15 juin 1985

[Fideliter] La pétition au saint père a été remise au cardinal Ratzinger par M. l'abbé Schmidberger

Fideliter (n°45) - mai/juin 1985

La pétition au saint père a été remise au cardinal Ratzinger par M. l'abbé Schmidberger

Après la publication à Rome le 3 octobre dernier de la «Lettre circulaire de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin» justifiant ce dont les traditionalistes et tout esprit impartial n'ont jamais mis en doute, à savoir que la Messe telle que saint Pie V l'a codifiée, n'était pas interdite, M. l'abbé Schmidberger, supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a pris la décision d'inviter les fidèles à signer une pétition au Saint-Père.

«Respectueusement et filialement» cette pétition demande au Saint-Père que soient rapportées les conditions assortissant ce décret et qui en suppriment l'aspect positif. Elle demande aussi que soit mis fin à l'injuste situation faite à S. Exc. Mgr Lefebvre et aux prêtres de la Fraternité, sanctionnés précisément pour leur attachement à la célébration de la Sainte Messe selon l'Ordo dont Rome reconnaît la totale validité. Et qu'enfin la Fraternité qui a maintenant essaimé dans le monde entier, soit reconnue dans l'Eglise comme «société de droit pontifical et prélature personnelle».

Les délais impartis pour réaliser cette pétition à travers le monde ont été courts. Peut-être ne s'est-on pas assez remué ? Certains ont été négligents, ont laissé passé la date ; d'autres n'aiment pas donner leur nom et leur adresse ; d'autres, blasés ou sceptiques se sont dit : «A quoi bon !...» ; ou simplement n'ont-ils pas mesuré l'importance, le poids du nombre !...

Quoi qu'il en soit le 26 mars, M. l'abbé Schmidberger a remis au cardinal Ratzinger, trois gros cartons pleins de feuilles de pétitions. L'entretien a été bref, mais très aimable. Le cardinal a promis d'en communiquer le résultat au Saint-Père.

Pour sa part, au cours d'un entretien privé, le cardinal Oddi a estimé qu'il s'agissait d'un beau résultat et qu'il convenait de l'apprécier en le multipliant par cinq. Et nous, nous savons bien que ce résultat aurait pu être considérablement accru ! Le Portugal est arrivé en retard avec 411 noms. D'autres pays et même des prieurés, en France (mais oui...) ont manqué le départ !

Nous publions ci-après le détail par pays :

RESULTATS DE LA PETITION AU SAINT PERE
Continents et pays
Résultats
Renseignements complementaires
EUROPE
France
Allemagne
Grande-Bretagne
Irlande
Belgique
Hollande
Italie
Espagne
Portugal
Suisse
Autriche
Luxembourg
Suède
Norvège
Danemark
Allemagne de l'Est
Yougoslavie
Roumanie Bulgarie
Hongrie
Tchécoslovaquie
TOTAL

38 112
23 727
5 185
2 699
1 880
415
3 968
779
411
14 415
9 455
 21
2
5
1
4
27
108
6
1
100 663

Dont 891 de l’étranger

 
Dont Eire : 1640





Dont Valais : 5548


Dont 1 compris en Allemagne

Compris dans le total de l’Allemagne
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
ASIE
Japon
Hong Kong
Inde
Sri Lanka
TOTAL

59
25
3 322
239
3 675

Valides, sur 151 au total

Valides, sur 3 499 au total
Valides, sur 276 au total
 AUSTRALIE
Australie

713

AFRIQUE
Afrique du Sud
Zimbabwe
Zambia
S.W. Africa
Nigeria
TOTAL            

2 161
629
1
12
2
2 813

Dont 312 au Swaziland et 26 au Mashonaland



compris dans le total d'Allemagne
AMERIQUE DU NORD
Canada
Etats-Unis
Mexique


AMERIQUE DU SUD
Argentine
Chili
TOTAL

5 145
13 646
2 646



574
14
16 880



dont plus de la moitié sont en soi invalides mais ont été comptés car rédigées de la main des catéchistes faute de temps et à cause des analphabètes

TOTAL CATHOLICITE
129 850

29 mai 1985

[Cardinal Ratzinger] Réponse à Mgr Lefebvre

SOURCE - Cardinal Ratzinger - 29 mai 1985

Rome, le 29 mai 1985

Excellence,

Monseigneur le Nonce Apostolique en Suisse m’a bien fait parvenir votre lettre datée du 17 avril dernier. Je vous en remercie. J’en ai pris connaissance avec la plus grande attention, la considérant comme le prolongement de notre entretien du 20 janvier 1985.

Dans la dernière partie de cette lettre, vous présentez cinq propositions concrètes pour régulariser la situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X. Il s’agit là assurément d’un objectif souhaitable et diverses fois envisagé dans le passé. Préalablement, il serait bon que la situation présente (implantation des maisons, catégories et nombre des membres, etc.) soit mieux connue du Saint-siège, et donc souhaitable que vous puissiez me faire donner sur ce point des indications précises.

Mais cette régularisation suppose aussi la condition préalable que vous connaissez bien d’une déclaration signée par vous-même et par les membres de votre Fraternité. Dans votre lettre du 17 avril, page 1, vous en proposez une version extrêmement brève, qui serait de soi acceptable, mais qui ne l’est malheureusement plus avec l’adjonction des remarques de la page 2, qui selon vous en découlent et l’explicitent.

En effet, le premier point déclare « accepter les textes du Concile selon le critère de la Tradition, c’est-à-dire selon le Magistère traditionnel de l’Église ». Mais les remarques demandent non seulement des révisions notables de plusieurs documents conciliaires, mais encore une « révision totale » de la Déclaration sur la Liberté religieuse, considérée comme « contraire au Magistère de l’Église ». Je ne puis ici que répéter ce que je vous écrivais au nom du Saint-Père dans ma lettre du 20 juillet 1983 (page 3) : « Vous pouvez exprimer le désir d’une déclaration ou d’un développement explicatif sur tel ou tel point. Mais vous ne pouvez pas affirmer l’incompatibilité des textes conciliaires — qui sont des textes magistériels — avec le Magistère et la Tradition ». La même chose vaut à propos de l’accusation nouvelle et particulièrement grave que vous portez contre le nouveau Code de Droit Canonique publié dans la plénitude de son autorité par le pape Jean-Paul II.

Dans le second point, vous déclarez ne pas affirmer « que le Nouvel Ordo Missæ, célébré selon le rite indiqué dans la publication romaine, est de soi invalide ou hérétique ». Néanmoins, votre seconde remarque maintient des accusations considérables à l’égard de la Réforme Liturgique, qui constituerait « un danger très grave pour la foi catholique ». Là encore, je ne puis que vous rappeler ce que je vous ai écrit dans la lettre déjà citée (p. 1 et 2), et notamment ceci : « (...) l’expression du désir d’une nouvelle révision est possible (...). Mais ceci à condition que la critique n’empêche pas et ne détruise pas l’obéissance, et qu’elle ne mette pas en discussion la légitimité de la liturgie de l’Église ».

Excellence, j’aurais souhaité pouvoir vous donner dès maintenant, et de la part du Souverain Pontife, une réponse plus favorable, et envisager sans plus de retard la mise en œuvre d’un processus de régularisation bien des fois évoqué entre nous oralement et par écrit. Avec regret, je constate que ce n’est pas encore possible. En conscience, je dois vous inviter à une réflexion ultérieure en présence du Seigneur Jésus et de la Vierge Marie, Mère de l’Église.

Soyez du moins assuré qu’à cette intention toute spéciale j’unis ma prière à la vôtre. Et veuillez agréer l’expression de mes sentiments de religieux et très respectueux dévouement.

Joseph Card. Ratzinger