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11 juin 2003

[Abbé Méramo, fsspx] Lettre à l'abbé Aulagnier

Abbé Aulagnier - 11 juin 2003

Bogotá, le 11 juin 2003 Cher Monsieur l'abbé Aulagnier,
 
Comme jusqu'à présent personne n'a répondu (que je sache) à votre déclaration du 10 mai 2003, je me sens dans l'obligation morale de vous manifester ouverte et clairement votre erreur, je dirais même votre déraillement.
 
Vous parlez avec enthousiasme du retour au pluralisme liturgique, dont l'encyclique du Pape sera l'origine. Vous vous réjouissez du pluralisme comme réalité ecclésiale à laquelle il faut accoutumer les esprits. Vous signalez comme une victoire que le Pape a parlé (causa finita est), même si les évêques de France auront du mal à accepter cela.
 
Tout cela est faux, absolument faux. C'est une véritable claudication, et vous montrez, en plus, à la Rome prostituée par le modernisme, le chemin pour nous contaminer de son apostasie.
 
C'est honteux parler du pluralisme liturgique, lequel est abominable à Dieu. L'idéal pour vous serait d'avoir un autel traditionnel dans le panthéon des faux religions. Il ne faut pas confondre pluralité de rites dans l'Église avec pluralité liturgique, pluralité de culte, lequel est une abomination comme l'est la pluralité religieuse. Car il y a un seul Dieu, une seule vérité, une seule Église, un seul baptême, un seul culte.
 
Votre retour au pluralisme liturgique est une apostasie, une claudication du combat de la Tradition, c'est une trahison. C'est indigne qu'un des plus anciens disciples de Mons. Lefebvre envisage une chose pareille avec la prétention de nous y pousser.
 
Vous parlez aussi de catholicisation de la nouvelle Messe: c'est une autre erreur qui montre l'aveuglement de celui qui le dit. On ne peut pas catholiciser une messe bâtarde, une messe mauvaise, comme Mgr Lefebvre la nomme. Ce serait vouloir catholiciser l'erreur; et l'erreur, il faut le corriger, pas le baptiser.
 
La nouvelle messe a été appelée messe bâtarde par Mgr Lefebvre parce qu'elle est née de la copulation illégitime et adultère entre le catholicisme et la protestantisme. Une chose pareille ne peut pas se catholiciser, cela est, une fois encore, une claudication, une apostasie.
 
Cher ami, retournez à la vérité. Il faut que vous arrêtiez de mettre de la pagaille parmi nous. Vous faites pire que l'ennemi moderniste et libéral, pire que les infiltrés, vous devenez la pomme pourrie qui va contaminer tout le sac.
 
Excusez-moi de vous parler ainsi, mais il faut dire la vérité avant tout, car c'est la vérité qui nous sauve et qui nous fait libres. C'est par cela que Notre Seigneur nous a dit: "veritas liberabit vos" (Jn. 8,32).
 
Réfléchissez au pied de la Croix et que la grâce de Dieu vous illumine.
 
En union de prières,
Mr. l'abbé Basilio Méramo

25 mai 2003

[Aletheia n°43] La Messe historique du 24 mai - Vers un accord avec la FSSPX ? - Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie

Yves Chiron - Aletheia n°43 - 25 mai 2003
La Messe historique du 24 mai
La messe selon le rite traditionnel célébrée hier, 24 mai, à la Basilique Sainte-Marie-Majeure par le cardinal Castrillon Hoyos, revêt une grande importance à différents points de vues. Je publie ci-dessous le compte-rendu (traduit de l’italien par mes soins) qu’a bien voulu m’envoyer Stefano Gizzi, précieux ami et bon historien :
Les suggestifs chants en grégorien, l’entrée solennelle du cardinal Dario Castrillon Hoyos, vêtu de fastueux ornements pontificaux, les amples volutes d’encens et la piété sincère des fidèles présents ont fait immédiatement comprendre la valeur et l’importance de la célébration à Sainte Marie-Majeure, qu’à bon droit on peut dire “ historique ”.
Cinq cardinaux ont assisté au sacré rite : Alfons Maria Stickler, Archiviste et Bibliothécaire émérite de la Sainte Eglise Romaine ; Jorge Medina Estevez, Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte divin ; William Wakefield Baum, Pénitencier majeur émérite ; Bernard Law, archevêque émérite de Boston ; Armand Gaétan Razafindratandra, archevêque d’Antananarivo (Madagascar). Étaient présents aussi trois évêques : Mgr Luigi De Magistris, Pro-Pénitencier Majeur ; Mgr Julian Herranz ; Mgr Romer. Deux Pères abbés : TRP Dom Gérard Calvet, de l’Abbaye Sainte-Madeleine (Le Barroux) et Mgr Wladimir-Marie de Saint-Jean, abbé des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu.
Parmi les nombreuses autorités civiles : Mario Borghezio, de la Ligue du Nord ; Federico Bricolo, vice-président du groupe parlementaire de la Ligue du Nord au Parlement ; Gennaro Malgeri, député de l’Allianza Nazionale ; le Prince Sforza Ruspoli ; la Princesse Elvina Pallavicini ; le marquis Luigi Coda Nunziante ; le professeur Roberto De Mattei, professeur d’histoire moderne à l’Université de Cassino et conseiller de Gianfranco Fini, vice-Président du Conseil.
Dans le chœur étaient présents de très nombreux prêtres et séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre et trois prêtres de l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos.
Une représentation nombreuse de l’Ordre de la Milice du Temple (dirigée par son Grand Maître, le comte della Magione), avec l’habit caractéristique et le manteau blanc avec la croix rouge sur l’épaule et sur la poitrine, a attiré l’attention du public.
Fut remarquée l’absence de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, tandis qu’étaient présents des fidèles des prieurés italiens et les Disciples du Cénacle de Velletri (fondées par don Francesco Putti), communauté très proche de la FSSPX.
La célébration a commencé, de manière un peu surprenante, par la lecture d’un message officiel du Saint-Père Jean-Paul II, signé par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Angelo Sodano, par lequel le Souverain Pontife s’est “ uni spirituellement ” à la Sainte Messe célébrée avec le Missel Romain de 1962 dans la Basilique et “ au pieux hommage à la très Sainte Vierge Marie lui demandant d’intercéder auprès de Son Divin Fils, afin que tous les chrétiens soient levain de sainteté et de renouveau spirituel dans le monde d’aujourd’hui. ”
Le cardinal Castrillon Hoyos a célébré avec une grande solennité et dévotion, prenant un soin particulier, jusque dans les détails, au respect des prescriptions des rubriques du Missel Romain et créant un climat de recueillement spirituel vraiment remarquable et sincère.
Les différents groupes présents à la célébration (beaucoup provenaient de France) ont suivi les différentes phases de la cérémonie avec une particulière bonne tenue et conscience, à commencer par le Saint Rosaire, récité à genoux par beaucoup de fidèles.
Durant la Sainte Messe, l’attention et une ferveur sincère ont accompagné l’écoute de la Parole de Dieu, la grande prière du Canon Romain et la Sainte Communion.
L’homélie, très attendue, du cardinal Castrillon Hoyos s’est révélée d’un grand intérêt.
Divisée en trois parties, dans la première il a rappelé la doctrine traditionnelle sur la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, commentant les enseignements du concile Vatican II sur la Madonne, à la lumière de la tradition constante de l’Eglise.
Dans la seconde partie, il a traité amplement du thème de la nécessité, pour les catholiques, de s’unir pleinement au Magistère du successeur de Pierre, avec des citations tirées du saint pape Léon et de saint Jérôme.
Dans l’intense partie conclusive, le cardinal Castrillon Hoyos a traité spécifiquement du rite de saint Pie V, précisant en toutes lettres que ce vénérable rite “ ne peut être considéré comme éteint ” et que “ l’antique Rite Romain conserve son droit de cité dans l’Eglise ”, dans la diversité des rites catholiques, soit latins soit orientaux.
Le célébrant a ensuite justifié pleinement l’utilisation du Missel Romain de saint Pie V avec une citation du concile Vatican II : “ la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ” (Sacrosanctum Concilium, 4).
Le cardinal Castrillon Hoyos, au nom des présents, a exprimé de vifs sentiments de gratitude au Saint Père, pour l’ “ exquise et paternelle compréhension qu’il montre à l’égard de ceux qui désirent maintenir vivante dans l’Eglise la richesse représentée par cette vénérable forme liturgique ”. Il a rappelé aussi que le rite de saint Pie V a nourri la foi personnelle de Jean-Paul II, dans son enfance, dans son ordination sacerdotale, lors de sa Première messe, dans sa consécration épiscopale, et jusqu’à la fin des années soixante.
En conclusion de son homélie, avec des paroles très diplomatiques, le cardinal a rappelé aussi les difficultés rencontrées par les fidèles traditionalistes dans beaucoup de diocèses et a cité les paroles du Pape : “ Soyez immensément reconnaissants au Saint Père pour l’invitation adressée aux évêques du monde entier “d’avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l’ancien rite“. ”
Après la conclusion de cette cérémonie solennelle, au chant du Christus vincit, cinq réflexions me sont venues à l’esprit :
1. Remerciement dévot et filial envers le Saint Père Jean-Paul II, envers le célébrant, les cardinaux et les prélats présents, pour la sensibilité manifestée.
2. Sentiments de filiale reconnaissance pour l’œuvre accomplie, dans les si tristes années soixante-dix, par Mgr Lefebvre, pour la défense de la Sainte Messe et du sacerdoce catholique, et dont de si nombreux fidèles ont reçu les fruits.
3. Si dans les années 1976-77, de la part des autorités romaines, s’étaient manifestées la même compréhension et la même sensibilité que dans cette période récente, Mgr Lefebvre non seulement n’aurait jamais été frappé de la déconcertante suspens a divinis, mais à l’occasion de la Sainte Messe de Lille et des ordinations sacerdotales du 29 juin 1976, il aurait reçu un message de félicitations de la part de la Secrétairerie d’Etat, avec la Bénédiction apostolique !
4. Si dans les années soixante-dix et quatre-vingts, il y avait eu une célébration comme celle de Sainte-Marie-Majeure, Mgr Lefebvre, intrépide défenseur du rite de saint Pie V, y aurait-il assisté ? Je crois certainement que oui !
5. Les importantes affirmations du cardinal Castrillon Hoyos sur la “ non-extinction ” du rite de saint Pie V et sur le plein droit de cité dans l’Eglise du même vénérable rite, n’ont-elles pas besoin maintenant d’une sanction légale, par le moyen d’une notification de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, communiquée à tous les évêques, clarifiant ainsi toutes les vicissitudes et surmontant beaucoup d’hostilité préconçue ?
Avv. Stefano Gizzi
Président de l’Académie des Beaux-Arts de Frosinone
Conseiller communal de Ceccano



Vers un accord avec la FSSPX ?
Le souhait exprimé par Stefano Gizzi dans sa cinquième et dernière “ réflexion ” n’est pas un vœu pieux. D’autres sources apportent des informations qui laissent présager un accord possible entre la FSSPX et le Saint-Siège.
Dans la récente encyclique, Ecclesia de Eucharistia, Jean-Paul II avait annoncé la préparation, en cours, de “ normes liturgiques ”, “ avec des rappels d’ordre également juridique ”. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des sacrements, dirigée par le cardinal Arinze, est chargée de la préparation de ces normes. Selon des sources fiables et sérieuses, cet important document, à paraître entre octobre et décembre prochain, contiendra des normes strictes pour en finir avec “ la Messe autofabriquée ” (selon la propre expression du cardinal Arinze) mais aussi une plus large faculté concédée aux prêtres pour célébrer la messe selon le rite traditionnel.
Dans un propos rapporté dans la Croix, le 30 avril dernier, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, voyait comme “ un geste important de la part de Rome ” la célébration annoncée à Sainte-Marie-Majeure pour le 24 mai. Il souhaitait aussi : “ Rome doit reconnaître que la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée ”. L’homélie du cardinal Castrillon Hoyos est venue répondre à cette demande. Enfin, Mgr Fellay souhaitait que “ Rome libéralise encore plus la célébration du rite tridentin ”. Les normes en préparation par la Congrégation pour le Culte divin contiendront, peut-être, cette autorisation sans préalable.
Si tel était le cas, une des deux conditions préalables posées par la FSSPX pour une réconciliation “ avec Rome ” serait remplie (l’autre étant la levée de l’excommunication de 1988). Mais rien n’assure, pour le moment, que le document en préparation à Rome concède une liberté complète et inconditionnelle pour le rite traditionnel.
En attendant, la FSSPX n’a pas rompu toutes relations avec le Saint-Siège, à l’inverse de ce qu’ont cru certains. Le père Georges Cottier, O.P. , Théologien de la Maison Pontificale, consulteur de plusieurs Congrégations romaines, reste en dialogue officieux avec des prêtres de la FSSPX mandatés par leur Supérieur général.
Celui-ci, dans un long entretien accordé au Giornale (25.4.2003), sans citer les noms d’interlocuteurs, a reconnu : “ Les négociations continuent, elles ne sont pas mortes ”. Il a aussi porté un jugement “ très positif ” sur la récente encyclique sur l’Eucharistie. Contre le maximalisme de certains de ses prêtres, il a rappelé encore le jugement de la FSSPX sur la “ nouvelle messe ” : “ nous n’avons jamais dit que la messe de Paul VI était invalide et encore moins l’avons-nous jamais définie “hérétique“. Nous la considérons cependant nuisible et dangereuse pour la foi, parce qu’elle n’exprime pas clairement tout ce qui devrait être dit dans la messe. ”
Le 10 mai dernier, dans le quotidien Présent, Jean Madiran estimait : “ La célébration du samedi 24 mai sera une étape solennelle (peut-être l’avant-dernière) dans la lente sortie de l’ostracisme injuste qui depuis trente-trois ans frappe la messe traditionnelle ”. Elle aura été aussi, peut-être, une des dernières étapes avant la réconciliation de la FSSPX avec le Saint-Siège.



Un essai de l’abbé Barthe sur la liturgie
L’abbé Claude Barthe publie un essai très intéressant sur “ l’essence de la liturgie ”. Prêtre atypique à bien des égards – il ne dépend d’aucun diocèse ni d’aucune congrégation et il dirige avec Bernard Dumont la revue Catholica, qui occupe une place à part dans le paysage traditionaliste et antimoderne français –, il n’est lié à aucune autorité immédiate qui le contraigne ou limite sa liberté d’expression.
D’où ce livre libre, qui est aussi une belle méditation sur la liturgie qui “ fait l’Eglise dans le monde en recouvrant toutes choses terrestres d’une trame de sacré ”. Sans entrer dans toutes les démonstrations d’un livre qui expose que “ la grande “crise de conscience“ de la liturgie romaine a commencé en même temps que celle de la société occidentale ”, on s’attachera à la conclusion intitulée “ Une nécessaire transition ”.
L’abbé Barthe fait justement remarquer qu’ “ entre l’état présent et une inscription déterminée dans un processus de reconstruction, il faudra une période, plus ou moins longue, de transition. ” Il note aussi que cette transition est engagée, en France, en silence, dans un nombre de paroisses forcément difficile à déterminer. Autel “ remis à l’endroit ”, retour de la table de communion, canon romain en latin, et ce, dans un rite qui n’est pas le rite traditionnel, sans être non plus le rite Paul VI en français qui se célébrait encore jadis, dans la même paroisse, il y a dix ans. À la suite de l’auteur, on pourrait multiplier les exemples, tirés d’autres lieux. Réintroduction de l’exorcisme dans le rite “ réformé du baptême ”, multiplication des adorations du Saint-Sacrement dans les paroisses et tant d’autres redécouvertes. La pratique liturgique en France en 2003 n’est majoritairement pas celle qui prévalait en 1963, mais elle n’est plus celle non plus qui régnait en 1973 ou en 1983.
Claude Barthe, Le Ciel sur la terre, François-Xavier de Guibert (3 rue Jean-François Gerbillon, 75006 Paris), 146 pages.
"La Messe historique du 24 mai" (Stefano Gizzi), suivi de "Vers un accord avec la FSSPX ?" (Yves Chiron)
Aletheia n°43 - 25 mai 2003
La Messe historique du 24 mai
La messe selon le rite traditionnel célébrée hier, 24 mai, à la Basilique Sainte-Marie-Majeure par le cardinal Castrillon Hoyos, revêt une grande importance à différents points de vues. Je publie ci-dessous le compte-rendu (traduit de l’italien par mes soins) qu’a bien voulu m’envoyer Stefano Gizzi, précieux ami et bon historien :
Les suggestifs chants en grégorien, l’entrée solennelle du cardinal Dario Castrillon Hoyos, vêtu de fastueux ornements pontificaux, les amples volutes d’encens et la piété sincère des fidèles présents ont fait immédiatement comprendre la valeur et l’importance de la célébration à Sainte Marie-Majeure, qu’à bon droit on peut dire “ historique ”.
Cinq cardinaux ont assisté au sacré rite : Alfons Maria Stickler, Archiviste et Bibliothécaire émérite de la Sainte Eglise Romaine ; Jorge Medina Estevez, Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte divin ; William Wakefield Baum, Pénitencier majeur émérite ; Bernard Law, archevêque émérite de Boston ; Armand Gaétan Razafindratandra, archevêque d’Antananarivo (Madagascar). Étaient présents aussi trois évêques : Mgr Luigi De Magistris, Pro-Pénitencier Majeur ; Mgr Julian Herranz ; Mgr Romer. Deux Pères abbés : TRP Dom Gérard Calvet, de l’Abbaye Sainte-Madeleine (Le Barroux) et Mgr Wladimir-Marie de Saint-Jean, abbé des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu.
Parmi les nombreuses autorités civiles : Mario Borghezio, de la Ligue du Nord ; Federico Bricolo, vice-président du groupe parlementaire de la Ligue du Nord au Parlement ; Gennaro Malgeri, député de l’Allianza Nazionale ; le Prince Sforza Ruspoli ; la Princesse Elvina Pallavicini ; le marquis Luigi Coda Nunziante ; le professeur Roberto De Mattei, professeur d’histoire moderne à l’Université de Cassino et conseiller de Gianfranco Fini, vice-Président du Conseil.
Dans le chœur étaient présents de très nombreux prêtres et séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre et trois prêtres de l’Union sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos.
Une représentation nombreuse de l’Ordre de la Milice du Temple (dirigée par son Grand Maître, le comte della Magione), avec l’habit caractéristique et le manteau blanc avec la croix rouge sur l’épaule et sur la poitrine, a attiré l’attention du public.
Fut remarquée l’absence de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, tandis qu’étaient présents des fidèles des prieurés italiens et les Disciples du Cénacle de Velletri (fondées par don Francesco Putti), communauté très proche de la FSSPX.
La célébration a commencé, de manière un peu surprenante, par la lecture d’un message officiel du Saint-Père Jean-Paul II, signé par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Angelo Sodano, par lequel le Souverain Pontife s’est “ uni spirituellement ” à la Sainte Messe célébrée avec le Missel Romain de 1962 dans la Basilique et “ au pieux hommage à la très Sainte Vierge Marie lui demandant d’intercéder auprès de Son Divin Fils, afin que tous les chrétiens soient levain de sainteté et de renouveau spirituel dans le monde d’aujourd’hui. ”
Le cardinal Castrillon Hoyos a célébré avec une grande solennité et dévotion, prenant un soin particulier, jusque dans les détails, au respect des prescriptions des rubriques du Missel Romain et créant un climat de recueillement spirituel vraiment remarquable et sincère.
Les différents groupes présents à la célébration (beaucoup provenaient de France) ont suivi les différentes phases de la cérémonie avec une particulière bonne tenue et conscience, à commencer par le Saint Rosaire, récité à genoux par beaucoup de fidèles.
Durant la Sainte Messe, l’attention et une ferveur sincère ont accompagné l’écoute de la Parole de Dieu, la grande prière du Canon Romain et la Sainte Communion.
L’homélie, très attendue, du cardinal Castrillon Hoyos s’est révélée d’un grand intérêt.
Divisée en trois parties, dans la première il a rappelé la doctrine traditionnelle sur la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, commentant les enseignements du concile Vatican II sur la Madonne, à la lumière de la tradition constante de l’Eglise.
Dans la seconde partie, il a traité amplement du thème de la nécessité, pour les catholiques, de s’unir pleinement au Magistère du successeur de Pierre, avec des citations tirées du saint pape Léon et de saint Jérôme.
Dans l’intense partie conclusive, le cardinal Castrillon Hoyos a traité spécifiquement du rite de saint Pie V, précisant en toutes lettres que ce vénérable rite “ ne peut être considéré comme éteint ” et que “ l’antique Rite Romain conserve son droit de cité dans l’Eglise ”, dans la diversité des rites catholiques, soit latins soit orientaux.
Le célébrant a ensuite justifié pleinement l’utilisation du Missel Romain de saint Pie V avec une citation du concile Vatican II : “ la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ” (Sacrosanctum Concilium, 4).
Le cardinal Castrillon Hoyos, au nom des présents, a exprimé de vifs sentiments de gratitude au Saint Père, pour l’ “ exquise et paternelle compréhension qu’il montre à l’égard de ceux qui désirent maintenir vivante dans l’Eglise la richesse représentée par cette vénérable forme liturgique ”. Il a rappelé aussi que le rite de saint Pie V a nourri la foi personnelle de Jean-Paul II, dans son enfance, dans son ordination sacerdotale, lors de sa Première messe, dans sa consécration épiscopale, et jusqu’à la fin des années soixante.
En conclusion de son homélie, avec des paroles très diplomatiques, le cardinal a rappelé aussi les difficultés rencontrées par les fidèles traditionalistes dans beaucoup de diocèses et a cité les paroles du Pape : “ Soyez immensément reconnaissants au Saint Père pour l’invitation adressée aux évêques du monde entier “d’avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l’ancien rite“. ”
Après la conclusion de cette cérémonie solennelle, au chant du Christus vincit, cinq réflexions me sont venues à l’esprit :
1. Remerciement dévot et filial envers le Saint Père Jean-Paul II, envers le célébrant, les cardinaux et les prélats présents, pour la sensibilité manifestée.
2. Sentiments de filiale reconnaissance pour l’œuvre accomplie, dans les si tristes années soixante-dix, par Mgr Lefebvre, pour la défense de la Sainte Messe et du sacerdoce catholique, et dont de si  nombreux fidèles ont reçu les fruits.
3. Si dans les années 1976-77, de la part des autorités romaines, s’étaient manifestées la même compréhension et la même sensibilité que dans cette période récente, Mgr Lefebvre non seulement n’aurait jamais été frappé de la déconcertante suspens a divinis, mais à l’occasion de la Sainte Messe de Lille et des ordinations sacerdotales du 29 juin 1976, il aurait reçu un message de félicitations de la part de la Secrétairerie d’Etat, avec la Bénédiction apostolique !
4. Si dans les années soixante-dix et quatre-vingts, il y avait eu une célébration comme celle de Sainte-Marie-Majeure, Mgr Lefebvre, intrépide défenseur du rite de saint Pie V, y aurait-il assisté ? Je crois certainement que oui !
5. Les importantes affirmations du cardinal Castrillon Hoyos sur la “ non-extinction ” du rite de saint Pie V et sur le plein droit de cité dans l’Eglise du même vénérable rite, n’ont-elles pas besoin maintenant d’une sanction légale, par le moyen d’une notification de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, communiquée à tous les évêques, clarifiant ainsi toutes les vicissitudes et surmontant beaucoup d’hostilité préconçue ?
Avv. Stefano Gizzi
Président de l’Académie des Beaux-Arts de Frosinone
Conseiller communal de Ceccano

Vers un accord avec la FSSPX ?
Le souhait exprimé par Stefano Gizzi dans sa cinquième et dernière “ réflexion ” n’est pas un vœu pieux. D’autres sources apportent des informations qui laissent présager un accord possible entre la FSSPX et le Saint-Siège.
Dans la récente encyclique, Ecclesia de Eucharistia, Jean-Paul II avait annoncé la préparation, en cours, de “ normes liturgiques ”, “ avec des rappels d’ordre également juridique ”. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des sacrements, dirigée par le cardinal Arinze, est chargée de la préparation de ces normes. Selon des sources fiables et sérieuses, cet important document, à paraître entre octobre et décembre prochain, contiendra des normes strictes pour en finir avec “ la Messe autofabriquée ” (selon la propre expression du cardinal Arinze) mais aussi une plus large faculté concédée aux prêtres pour célébrer la messe selon le rite traditionnel.
Dans un propos rapporté dans la Croix, le 30 avril dernier, Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, voyait comme “ un geste important de la part de Rome ” la célébration annoncée à Sainte-Marie-Majeure pour le 24 mai. Il souhaitait aussi : “ Rome doit reconnaître que la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée ”. L’homélie du cardinal Castrillon Hoyos est venue répondre à cette demande. Enfin, Mgr Fellay souhaitait que “ Rome libéralise encore plus la célébration du rite tridentin ”. Les normes en préparation par la Congrégation pour le Culte divin contiendront, peut-être, cette autorisation sans préalable.
Si tel était le cas, une des deux conditions préalables posées par la FSSPX pour une réconciliation “ avec Rome ” serait remplie (l’autre étant la levée de l’excommunication de 1988). Mais rien n’assure, pour le moment, que le document en préparation à Rome concède une liberté complète et inconditionnelle pour le rite traditionnel.
En attendant, la FSSPX n’a pas rompu toutes relations avec le Saint-Siège, à l’inverse de ce qu’ont cru certains. Le père Georges Cottier, O.P. , Théologien de la Maison Pontificale, consulteur de plusieurs Congrégations romaines, reste en dialogue officieux avec des prêtres de la FSSPX mandatés par leur Supérieur général.
Celui-ci, dans un long entretien accordé au Giornale (25.4.2003), sans citer les noms d’interlocuteurs, a reconnu : “ Les négociations continuent, elles ne sont pas mortes ”. Il a aussi porté un jugement “ très positif ” sur la récente encyclique sur l’Eucharistie. Contre le maximalisme de certains de ses prêtres, il a rappelé encore le jugement de la FSSPX sur la “ nouvelle messe ” : “ nous n’avons jamais dit que la messe de Paul VI était invalide et encore moins l’avons-nous jamais définie “hérétique“. Nous la considérons cependant nuisible et dangereuse pour la foi, parce qu’elle n’exprime pas clairement tout ce qui devrait être dit dans la messe. ”
Le 10 mai dernier, dans le quotidien Présent, Jean Madiran estimait : “ La célébration du samedi 24 mai sera une étape solennelle (peut-être l’avant-dernière) dans la lente sortie de l’ostracisme injuste qui depuis trente-trois ans frappe la messe traditionnelle ”. Elle aura été aussi, peut-être, une des dernières étapes avant la réconciliation de la FSSPX avec le Saint-Siège.

24 mai 2003

Homélie du Cardinal Hoyos - 24 mai 2003
Le 24 mai 2003 le Cardinal Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei, a célébré devant plusieurs milliers de fidèles une messe tridentine en la Basilique Sainte Marie Majeure, à Rome. Voici l'homélie qu'a prononcée le Cardinal.
Loué soit Jésus-Christ !
Aujourd'hui trois figures attirent notre regard de croyants, dans cette Basilique Patriarcale de Sainte-Marie-Majeure: Marie la Très Sainte, le Pierre d'aujourd'hui, et Saint Pie V.
1. MARIE, LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU
Tournons donc notre premier regard vers Marie la Très Sainte, la Mère de Dieu, la Theotokos.
La Divine Providence nous a réunis dans cette Basilique, première église mariale de Rome et de l'occident, nous qui sommes des catholiques de différentes parties du monde unis dans la même foi. Nous nous adressons à Vous, Mère de Dieu, heureux d’avoir été accueillis dans votre maison, dans le cadre de cette année du Rosaire proclamée par le Saint-Père.
Salve, sancta Parens, enixa puérpera Regem, qui caelum terramque regit in saecula saeculorum.
Dans ce saint temple, tout nous parle du mystère de l'incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la Vierge Marie. Ici, elle nous apparaît dans son rapport permanent avec le mystère auguste de la Trinité Sainte. Le Père qui, dans son dessein de salut, a voulu envoyer son Fils vers le monde, demande à Marie de Nazareth son adhésion et son consentement. L'Esprit Saint la féconde, arche de la nouvelle alliance, temple d'or. Et voilà le miracle: ecce concipies in utero et paries filium et vocabis nomen eius Iesum. Marie donne chair au Verbe éternel (cf. Lc. 1, 30-38).
Mais ce temple ne nous reporte pas seulement en esprit à Bethléem, à cet "et incarnatus est" de notre profession de foi : la "confession" sous cet autel, avec les reliques de la mangeoire que l’on y vénère, en perpétue le souvenir. Cette basilique nous reporte aussi à notre commune espérance en la résurrection et en la gloire. Il suffit de contempler la splendide mosaïque de l’abside: Marie, depuis l’annonciation jusqu’à sa glorieuse assomption.
C'est toute l'existence de Marie la Très Sainte, présentée à la contemplation priante du croyant. C'est le mystère de toute notre existence qui est reproduit ici.
En effet, une des intuitions du Concile Œcuménique Vatican II, en continuité avec toute la Traditio Ecclesiae, consiste à faire le lien entre la Très Sainte Vierge Marie et l'Eglise, dont elle est l’icône la plus éloquente. Le chapitre VIII de la Constitution dogmatique Lumen gentium est dédié à la "Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église." "Reconnue et honorée comme la vraie mère de Dieu et du Rédempteur", elle est, également, "la fille préférée du Père et le temple de l'Esprit Saint"; et elle est dans le même temps, "un membre singulier de l'Eglise et son image, son meilleur modèle dans la foi et dans la charité, et l'Eglise catholique, enseignée par l'Esprit Saint, la vénère d’une affection de pitié filiale comme sa mère très aimée" (Lumen gentium, n. 53).
Le même Concile nous présente ainsi la Sainte Vierge comme étant toujours présente aux vicissitudes quotidiennes de l'Eglise, de chacun de ses membres, et une fois de plus il la rend présente à nos affections: l'Auxilium Christianorum. En elle nous contemplons toute la beauté de l'Eglise telle qu'elle a été pensée et qu’elle est née dans le cœur divin de son Fondateur, chez qui tout est lumière, et chez qui il n’y a pas d’ombres. Ces dernières, dans notre chemin historique, viennent de la nature humaine de ses membres, pauvres pécheurs qui ont toujours besoin de conversion et de salut.
2. LE SUCCESSEUR DE PIERRE
La seconde figure qui est intensément présente aujourd'hui, c'est la personne vénérée du Saint-Père, l’Évêque de Rome et, en tant que tel, le Successeur de Saint Pierre. Il est – comme l’enseigne le Concile Vatican II en continuité avec Vatican I - "le principe et fondement perpétuel et visible de l'unité, tant des Évêques que de la multitude des fidèles" (Concile Œcuménique Vatican II, Const. Lumen gentium, 23; cf. Concile Vatican I, const. Pastor Aeternus, introduction, DZ 3050-3051).
Au milieu des flots de l'histoire, il est "le Roc." C’est là l'expression araméenne utilisée par le Divin Fondateur de l'Eglise à propos de Simon, telle que la rapporte le chapitre 16° de l'Évangile de Saint Matthieu. Mais pour mieux comprendre la pensée du Christ sur le Roc, l'épilogue du chapitre VII du même évangile nous éclaire. Pour Jésus le roc, la pierre, c’est la fondation : si le bâtiment repose sur elle, la tempête la plus terrible peut bien se déchaîner, la maison résiste. La consistance du nom conféré à Pierre est donc claire. Le concept de Pierre contient celui de consistance, de résistance, de cohésion, de fermeté, de solidité et de force.
Avec l'éloquence qui le caractérise, Saint Léon le Grand enseignait: "Cette disposition de la Vérité demeure à jamais; et Pierre, en persévérant dans cette solidité de la pierre qui lui a été assignée, n'a plus abandonné le gouvernail de l'Eglise. En effet, il a été préposé à tous les autres, de sorte que, quand on l’appelle ‘pierre’, quand on le dénomme ‘fondement’, quand il est constitué ‘gardien du royaume des cieux’, quand il est préposé comme arbitre de l’œuvre de lier et de délier dont les jugements resteront stables jusque dans les cieux, il nous est donné de connaître quelle est son union avec le Christ à travers le mystère de ces surnoms" (S. Léon le Grand, Sermo 3).
C’est à Jean Paul II, notre Pape bien-aimé, que vont notre pensée, notre prière et notre profond et affectueux sens de la communion ecclésiale. Au cours de ces vingt-cinq ans, sa vie et son ministère apostolique suprême sont caractérisés par la défense infatigable de la Vérité, par le dévouement total à la cause de l'unité de l'Eglise et par l'œuvre pastorale prophétique et courageuse pour la promotion de la vraie et juste paix entre les peuples et entre tous les hommes. Plus sa personne physique semble fragile, et plus fort se dresse son rôle moral et spirituel devant l'humanité. "Et toi, confirme tes frères!" (Lc 22, 32).
Nous sommes plus que jamais conscients des orages et des défis qui se présentent pour le Corps Mystique du Christ. Tel est le sort de l'Eglise, divine dans son essence et humaine dans ses membres. Nous souffrons de tant de contradictions, que la nature humaine et le péché peuvent infliger à l'histoire tourmentée de notre humanité et à la marche de l'Eglise, en pèlerinage vers la Patrie définitive. Mais nous sommes invités à renouveler constamment notre confiance au Seigneur de l'Histoire, Fondateur et Tête invisible de son Corps Mystique: "N'ayez pas peur... J'ai vaincu le monde" (Jn 16,33).
L'Eglise est victorieuse de par l'assistance permanente de l'Esprit Saint, garant de la continuité de la foi catholique: "et les portes de l’enfer ne prévaudront point" (Mt 16, 18). Victorieuse, parce que dans les Sacrements nous est garantie la grâce qui transforme et qui sanctifie. L'Eglise est victorieuse, parce que construite sur le roc de Pierre, qui n’est autre que le roc même du Christ. Victorieuse, parce que la communion avec les Pasteurs légitimes garantit cette note de catholicité, indispensable pour rester dans la société mystique du Corps du Christ. L'Eglise est victorieuse en ses Saints: comme sont nombreuses et emblématiques les figures de sainteté sublime par lesquelles le Saint-Père a étendu le sanctoral, et qu'il nous a proposées au cours de ce quart de siècle de Souverain Pontificat!
"Duc in altum!" s'exclame Jean Paul II, et en lui c’est la voix même du Bon Pasteur qui résonne. "Hommes de peu de foi, pourquoi doutez-vous?." "Jetez vos filets pour la pêche... Duc in altum!" Et la pêche devient abondante (cf. Lc 5, 4).
"Duc in altum!" Nous voulons prendre le large dans la barque de Pierre. Avec Saint Léon le Grand, nous voulons réaffirmer notre foi: "La solidité que lui, Pierre devenu pierre, a reçu de la pierre qui est le Christ, se propage aussi dans ses héritiers..." (St Léon, Sermo 5). Nous voulons dire avec Saint Jérôme: "Je ne veux suivre aucune autre primauté que celle du Christ; c’est pour cela que je me mets en communion avec la chaire de Pierre" (Epistola ad Damasum).
Ici nous prions avec celle qui est l'Auxilium Christianorum pour entourer le Vicaire du Christ de la chaleur de notre affection, et nous le faisons avec la réalité la plus puissante qui soit: le saint sacrifice de la Messe dans lequel « s'accomplit l'œuvre de notre Rédemption » (Conc. Vat. II, Const. Sacrosantum Concilium, n. 2). Réalité absolument toute-puissante, en tant qu’il renouvelle, de manière non sanglante, l'unique Sacrifice de la Croix, en rendant substantiellement présents le Corps et le Sang du Christ. L'unique Sauveur représente et réactualise constamment dans la Messe le fruit infini du Sacrifice sanglant de la Croix, offert pour le rachat de nos péchés.
3. LE VÉNÉRABLE RITE DE SAINT PIE V
Aujourd'hui une coïncidence providentielle nous permet de rendre son culte à Dieu en célébrant le divin Sacrifice selon le rite romain qui prit forme dans le Missel dit de Saint Pie V ; ses dépouilles mortelles reposent justement dans cette Basilique. Voilà la troisième figure, bien présente à cette célébration.
Vous-mêmes, très chers fidèles, particulièrement sensibles à ce rite qui a constitué pendant des siècles la forme officielle de la Liturgie romaine, vous avez pris l'initiative de cette célébration d'aujourd'hui. Et j'ai été heureux de pouvoir répondre à cette demande – qui va bien au-delà du nombre que vous êtes – tant parce qu’elle était motivée par une dévotion filiale au Saint-Père, à l’approche du vingt-cinquième anniversaire de Son Pontificat, et tant pour reconnaître les fruits de sainteté que le Peuple chrétien a obtenu de la Sainte Eucharistie dans le cadre de ce rite.
On ne peut pas considérer que le rite dit de Saint Pie V soit éteint, et l'autorité du Saint-Père a exprimé son accueil bienveillant envers les fidèles qui, tout en reconnaissant la légitimité du rite romain renouvelé selon les indications du Concile Vatican II, restent attachés au rite précédent et y trouvent une nourriture spirituelle solide dans leur chemin de sanctification. D'ailleurs le même Concile Vatican II déclarait que "... la sainte Mère l’Eglise tient pour égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et elle veut qu’à l’avenir ils soient conservés et favorisés de toute façon ; le Concile désire que là où c’est nécessaire, ils soient intégralement révisés avec prudence, dans l'esprit de la saine tradition, pour leur donner une nouvelle vigueur en fonction des circonstances et des besoins de notre époque" (Conc. Oecum. Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 4).
L'ancien rite romain conserve donc dans l'Eglise son droit de citoyenneté au sein de la multiformité des rites catholiques tant latins qu'orientaux. Ce qu'unit la diversité de ces rites, c'est la même foi dans le mystère eucharistique, dont la profession a toujours assuré l'unité de l'Eglise, sainte, catholique et apostolique.
Jean-Paul II, en célébrant le dixième anniversaire du Motu proprio Ecclesia Dei, exhortait "tous les catholiques à accomplir des gestes d'unité et à renouveler leur adhésion à l'Eglise, pour que la diversité légitime et les sensibilités différentes, dignes de respect, ne les séparent pas les uns des autres, mais les poussent à annoncer l'évangile ensemble; ainsi – poursuivait le Saint-Père - stimulés par l'Esprit qui fait concourir tous les charismes à l'unité, tous pourront glorifier le Seigneur et le salut sera proclamé à toutes les nations" (OR, le 26-27 octobre 1998, p. 8).
Tout cela est un motif de gratitude spéciale envers le Saint-Père. Nous sommes reconnaissants de cœur pour la compréhension exquise et paternelle qu'Il témoigne à ceux qui désirent maintenir vive, dans l'Eglise, la richesse que représente cette vénérable forme liturgique ; elle a nourri son enfance et sa jeunesse, elle a été celle de son ordination presbytérale, de sa première Messe, de sa consécration épiscopale, et elle fait donc partie de sa plus belle couronne de souvenirs spirituels.
Je sais que vous êtes immensément reconnaissants au Saint-Père pour l'invitation qu’il a adressée aux Évêques du monde entier "à avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée pour les fidèles attachés à l'ancien rite; et, au seuil du troisième millénaire, à aider tous les catholiques à vivre la célébration des saints mystères avec une dévotion qui soit un vrai aliment pour leur vie spirituelle et qui soit source de paix" (OR le 26-27 octobre 1998, 8).
Cette dévotion, comme l’enseignait l'Aquinate, doit être la plus haute possible, "propter hoc quod in hoc sacramento totus Christus continetur" (III q. 83, à. 4, à 5).
Nous sommes tous appelés à l'unité dans la Vérité, dans le respect réciproque de la diversité des opinions, sur la base de la même foi, en procédant "in eodem sensu" et en se souvenant du dicton augustinien: "In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas".
CONCLUSION
Au nom de vous tous, et de tous ceux qui aujourd'hui s'associent à nous dans cette célébration, je répète avec la Sainte Eglise, à la Très Sainte Trinité qui nous a donné Marie comme auxiliatrice: "concede propitius, ut, tali praesídio muniti certantes in vita, victóriam de hoste malígno cónsequi valeámus in morte." (Missale Romanum, Messe du jour, Collecte).
Loué soit Jésus-Christ.