8 octobre 2005

[Sophie de Ravinel - Le Figaro] Les lefebvristes encore loin de Rome

Sophie de Ravinel - Le Figaro - 8 octobre 2005

Les lefebvristes encore loin de Rome - Mgr Bernard Fellay, leur chef de file, a rencontré Benoît XVI, fin août, mais ne veut pas d'une «solution superficielle».

DEPUIS L'ÉLECTION de Benoît XVI, Mgr Bernard Fellay, chef de file des traditionalistes séparés de Rome, sent «comme un frisson qui traverse l'Eglise», une envie de résoudre la crise «dont beaucoup sont désormais conscients». Un mois après son audience avec le nouveau pape, il affirme néanmoins que «le risque d'arriver à une solution rapide trop superficielle est assez grand». L'éventuelle réconciliation entre Rome et les lefebvristes ne se fera pas autour des questions liturgiques, prévient-il alors que le synode en cours à Rome pourrait justement donner une plus grande liberté aux fidèles attachés à la messe en latin.

Dans quelques semaines, le prélat suisse présidera les célébrations du centenaire de la naissance de Marcel Lefebvre. Celui-ci l'avait consacré évêque en 1988. Le sacre illicite avait marqué la rupture avec Rome, puis l'isolement progressif de la fraternité Saint-Pie X, qui compte tout de même aujourd'hui quatre cent cinquante prêtres dans le monde, dont cent quarante en France. Une épine dans le pied de l'Eglise catholique.

Basée en Suisse, la fraternité affirme être seule à détenir «la vérité historique» en matière de foi catholique ; elle justifie sa désobéissance aux autorités par l'impératif de «sauver les âmes» ; elle refuse absolument la sanction du schisme et prétend être en «pleine communion» avec le Siège de Pierre.

«Tel que je connais Benoît XVI, explique Fellay lors d'un passage à Paris, je ne l'imagine vraiment pas nous considérer comme schismatiques.» Le prélat suisse en veut pour preuve l'audience de la fin du mois d'août dans la résidence d'été du Pape, «qui s'est déroulée dans un climat de bienveillance».

Sur le conflit qui l'oppose à Rome, il considère le concile Vatican II à la fois comme un point d'achoppement et «de solution». «Nous ne pouvons pas imaginer que Rome se dédise, concède-t-il, mais le Pape doit énoncer des principes, poser des actes qui manifestent clairement un retour à la tradition.» «Le concile doit être pris à bras-le-corps, affirme-t-il, les textes sont datés.» En clair, il considère qu'ils ont correspondu à une époque aujourd'hui révolue à ses yeux.

Si ces gestes étaient posés, Fellay souhaiterait ensuite que fidèles et prêtres attachés à la liturgie tridentine soient réunis dans une même structure qui dépende directement de Rome, exemptée donc de relations avec les évêques. Fellay ne souhaite pas que ses prêtres soient obligés de célébrer la nouvelle messe qui est «un poison».

Le temps de la réconciliation semble donc encore loin. Certes, il est séduit par les propos de l'ancien cardinal Ratzinger sur la tradition liturgique, mais il est aussi conscient du «désaccord de fond» avec lui. En outre, la rencontre entre Benoît XVI et le théologien dissident Hans Küng a été pour lui «un énorme point d'interrogation». «L'Eglise est à genoux, conclut Fellay. Il lui faudra bien plus d'un pontificat pour se relever

7 octobre 2005

[AFP] Les intégristes et l'Eglise catholique doivent parler théologie (Mgr Fellay)

AFP - 7 octobre 2005

PARIS, 7 oct 2005 (AFP) - Les intégristes et l'Eglise catholique doivent parler théologie (Mgr Fellay)

Le litige entre les catholiques intégristes et le Vatican doit se régler au plan doctrinal, a expliqué le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, Mgr Bernard Fellay.

"Le fond du problème est doctrinal, il faut en passer par un groupe de travail doctrinal", a déclaré Mgr Fellay jeudi soir à des journalistes.

Mgr Fellay avait envoyé, avant d'être reçu en audience par le pape le 29 août, une note en français "où était évoqué le bienfait d'un échange théologique". Maintenant, "la balle est dans leur camp, mais on aura certainement bientôt un échange", a-t-il estimé.

"Je ne veux pas faire un compromis qui serait trompeur", a-t-il insisté, "il faut qu'on se mette bien d'accord sur ce qu'on veut arranger, il y a un risque assez grand d'arriver à une solution rapide trop superficielle".

Si Benoît XVI, dont il a qualifié l'élection de "providentielle" donne plus de liberté à la messe en latin, cela rendra simplement "les discussions plus faciles et une entente plus rapide", a-t-il ajouté.

Selon lui, "le problème des relations entre la Fraternité Saint Pie X et l'Eglise officielle est un indicateur du problème de fond qu'est la crise de l'Eglise".

"Ce n'est pas en un pontificat qu'on résout ça, l'Eglise est à genoux", a-t-il poursuivi s'affichant toutefois confiant "en la divine Providence".

Le climat de l'audience était "serein" et empreint de "bienveillance, pas seulement dans le ton", a assuré Mgr Fellay, "je suis persuadé que le pape ne nous considère pas comme schismatiques, il nous connaît depuis longtemps".

"Je n'exclus pas que la crise force le pape à prendre des positions qui sont celles que je défends", a-t-il ajouté, assurant avoir le soutien d'évêques, y compris français.

Mgr Fellay a été excommunié en 1988 par Jean Paul II en même temps que le fondateur de la Fraternité, Mgr Marcel Lefebvre, qui l'a consacré évêque sans l'autorisation du pape.

4 octobre 2005

[Sensus Fidei] A propos d’une interview de Mgr Fellay au Nouvelliste

SOURCE - Sensus Fidei - 4 octobre 2005

Depuis la rencontre de Castel Gandolfo, Mgr Fellay a accordé une seule interview à la grande Presse, en l’espèce à un journal suisse, "Le Nouvelliste", daté du 29 septembre. L’importance de ce document se trouve renforcée par le fait que Vincent Pellegrini, le journaliste qui l’interroge, est un ancien séminariste d’Ecône qui sait donc ce que parler veut dire.

Cette interview comporte deux indications essentielles :

l) C’est bien la Fraternité qui a pris l’initiative de la rencontre, dans le triple but de "rendre hommage au chef, à la tête de l’Eglise", de "témoigner" de l’oeuvre de la Fraternité, enfin "d’approfondir" et "d’intensifier" les relations avec Rome "pour arriver une fois à une solution". L’attitude officielle de la Fraternité est donc déterminée par la reconnaissance de l’autorité du Pape et la recherche d’un accord avec lui.

2) Concernant les "problèmes de fond", Mgr Fellay déclare : "On peut les résumer à deux : la nouvelle messe et le Concile Vatican II [...] Pour la nouvelle messe, on nous demande de reconnaître qu’elle est valide[...] Nous sommes d’autant plus d’accord que Rome ajoute qu’elle est valide lorsque le prêtre à l’intention de célébrer le sacrifice de Notre Seigneur Jésus Christ[...]
"Pour le Concile", ajoute ensuite Mgr Fellay, je suis d’accord avec la formule du Concile interprété "à la lumière de la Tradition" ". (Formule proposée par Rome et reprenant celle du protocole de l988 "signé" par Mgr Lefebvre).

Ce sont là deux prises de position essentielles car elles tranchent, sans équivoque, des deux "problèmes de fond". Le pas en avant est considérable - et quoique l’on en pense sur le fond - il est décisif venant de l’autorité supérieure de la Fraternité.
L’accord est-il donc acquis ? Eh bien non !
En effet, Mgr Fellay ajoute aussitôt "qu’il ne peut pas signer dans le contexte actuel" ! Les raisons qu’il en donne sont tout d’abord confuses et d’une présentation embarrassée. "C’est, dit-il, un problème de vision, d’état de la question. Or pour arriver à une solution, il faut être d’accord sur l’état de la question [...] Nous n’aurions aucun problème à signer un accord superficiel [...] Dans la situation actuelle un tel accord tromperait tout le monde".

Le journaliste, probablement surpris, réagit :
"A vous entendre, observe-t-il, il ne reste plus guère d’espoir pour un accord ?"
"A vue humaine, oui, répond Mgr Fellay, mais il ne faut jamais oublier que l’esprit catholique est dans l’Eglise et qu’il reprend force actuellement. C’est une question de temps.
Le journaliste, insatisfait, insiste plus loin :
"Mais que demandez-vous pour vous réconcilier avec Rome ? Que le Vatican signe une déclaration ? Ce serait utopique de votre part [...]
"Nous demandons simplement que le climat change", réclame Mgr Fellay. "Que Rome reprenne les commandes de l’Eglise [...] Les conférences épiscopales [...] ont pris goût à l’indépendance au point de ne plus obéir vraiment au Vatican".

Ici les choses s’éclairent : en somme, l’accord n’est pas possible, non pour des raisons de fond - d’ailleurs rapidement expédiées - mais du fait d’une crise d’autorité à l’intérieur de l’Eglise.

Cette prise de position est surprenante car des plus contestables et des moins explicables en apparence.

En effet, elle suspend la réalisation d’un accord à des motifs subjectifs de "vision", de "climat". Accuser Rome de ne pas détenir "les commandes de l’Eglise" ne repose, concernant l’actuel souverain pontife, sur aucun argument décisif ou même probant. Rappelons d’ailleurs que les relations entre Rome et les épiscopats nationaux n’ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais faciles. En prendre argument n’est donc qu’un prétexte pour repousser indéfiniment un accord que Mgr Fellay dit pourtant avoir recherché lorsqu’il a pris l’initiative d’une rencontre avec le Pape. Il est, en outre, paradoxal de dénoncer le manque d’autorité de Rome vis à vis des évêques alors que l’on est soi-même en dissidence ouverte à son égard.

Une vision positive de la situation actuelle de l’Eglise ne voudrait-elle pas, au contraire, que la Fraternité apporte son concours et son appui à un redressement - que Benoît XVI veut, sans conteste, entreprendre - au lieu d’attendre qu’il y soit parvenu pour bien vouloir s’accorder avec lui ? Comment jugerait-on d’un subalterne qui refuserait d’aider son chef en difficulté pour ne le rallier que lorsqu’il aurait repris le dessus ?

En vérité, l’attitude de Mgr Fellay n’est compréhensible que si l’on y décèle l’effet des pressions négatives dont il est l’objet et qui l’empêchent d’aller de l’avant, comme il doit le souhaiter ainsi qu’en témoignent les avancées décisives qu’il a réalisées concernant les "problèmes de fond". Il appartient donc à tous ceux qui souhaitent une issue positive à la négociation en cours, de faire tout leur possible pour contrer les influences néfastes qui pèsent sur le comportement du Supérieur de la Fraternité sur qui reposent aujourd’hui les plus hautes et les plus lourdes responsabilités.

PS : Nous signalons à nos lecteurs que nous nous référons à la version authentique de l’interview telle qu’elle figure dans le numéro du Nouvelliste en notre possession. Le site de la Porte Latine a publié une version de ce texte profondément altérée par l’ajout de près de 40 lignes qui en modifie bien des aspects. Nous laissons nos lecteurs juges du procédé.

1 octobre 2005

[Yves de Lassus - Présent] Une première en Europe : une paroisse de rit tridentin instaurée à Toulon

SOURCE - Yves de Lassus - Présent - 1er octobre 2005

De nombreux catholiques traditionnels attendent depuis longtemps le jour où ils pourront avoir librement accès à tous les sacrements selon le rit de 1962 sans demander d’autorisation particulière et sans craindre de subir la suspicion du clergé local pour avoir exprimé un tel souhait. Grâce à la droiture et au courage de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, ce jour est arrivé pour les catholiques de Toulon. En effet, dimanche dernier 25 septembre, Mgr Rey a érigé la paroisse Saint-François-de-Paule en paroisse personnelle de rit tridentin.
L'HISTOIRE de cette nouvelle paroisse a commencé le 2 janvier 1994, jour où, pour répondre aux demandes de certains fidèles d’avoir la messe selon le rit tridentin dans une véritable église, Mgr Madec autorisa une messe tous les dimanches matin dans l’église Saint-François-de-Paule. Située au bas du cours Lafayette, en plein cœur de Toulon, cette église, dotée d’un très bel autel classé, dépendait de la paroisse cathédrale. Premier prêtre désigné pour y être le chapelain de la nouvelle communauté, l’abbé Trauchessec y exerça un an. A son départ, plusieurs prêtres du diocèse assurèrent à tour de rôle la célébration de la messe dominicale, dont le vicaire général qui pendant plusieurs années assura ce rôle deux ou trois fois par trimestre. En 2000, Mgr Rey, nommé évêque de Toulon en remplacement de Mgr Madec, maintint la décision de son prédécesseur et autorisa même deux messes le dimanche matin. Un an plus tard, devant les difficultés que représentait l’établissement chaque trimestre du tour de prêtres chargés de desservir Saint-François-de-Paule et aussi devant les inconvénients pastoraux pour les fidèles d’avoir un prêtre différent chaque dimanche, Mgr Rey demanda à la Fraternité Saint Pierre de desservir l’église toulonnaise. C’est ainsi qu’en septembre 2001 l’abbé Kühlem fut nommé chapelain de Saint- François-de-Paule. Au bout d’un an, devant les excellents rapports que l’abbé Kühlem avait su établir avec les prêtres du doyenné, Mgr Rey autorisa la messe tous les jours. Et la communauté de Saint-François-de-Paule continua ainsi à se développer dans la paix, de mieux en mieux acceptée par les autres communautés paroissiales du centre ville.

Mgr Rey suivait de près la vie de la communauté, confirmant les enfants du catéchisme en juin 2004, célébrant lui-même dans le rit traditionnel lors de l’intronisation au mois de décembre suivant de l’abbé Loiseau, remplaçant de l’abbé Kühlem.

Devant ce développement harmonieux, Mgr Rey décida en juin dernier d’ériger Saint-François-de- Paule en paroisse personnelle pour le rit de 1962. L’expression « paroisse personnelle » est une expression du Code de droit canonique de 1983 qui précise dans le canon 518 : « En règle générale, la paroisse sera territoriale, c’est-à-dire qu’elle comprendra tous les fidèles du territoire donné ; mais là où c’est utile, seront constituées des paroisses personnelles, déterminées par le rite, la langue, la nationalité de fidèles d’un territoire, et encore pour tout autre motif. »

La date pour l’érection officielle de la paroisse fut fixée au 25 septembre.

Pris par d’autres activités ce matin-là, Mgr Rey délégua son vicaire général, Dom Marc Aillet, pour cette cérémonie qui eut lieu juste avant la grand-messe. Après avoir expliqué à l’assemblée des fidèles le sens de la cérémonie, le vicaire général alla chercher à la porte de l’église l’abbé Loiseau qui allait être désigné curé de la nouvelle paroisse et le conduisit au chœur. Puis il lut le décret de Mgr Rey dont voici les principaux passages :
— « Décret d’érection canonique de la paroisse personnelle Saint-François-de- Paule
Nous, Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, érigeons, en vertu du canon 518 du Code de droit canonique, la communauté des fidèles attachés à l’ancienne forme liturgique du rite romain en vigueur en 1962 et fréquentant l’église Saint-François-de-Paule en paroisse personnelle et décrétons ce qui suit :
— Cette paroisse jouit de la même personnalité juridique que les autres paroisses du diocèse de Fréjus-Toulon.
Son administration est régie par les normes du Droit universel et le Directoire diocésain de pastorale, ainsi que par le présent décret.
— Est concédée à cette paroisse personnelle la faculté de célébrer l’Eucharistie, les autres sacrements, la liturgie des heures et toutes les autres actions liturgiques selon les livres en vigueur dans l’Eglise latine en 1962, suivant les dispositions du Motu proprio Ecclesia Dei Adflicta du 2 juillet 1988.
— La paroisse est confiée à un curé nommé par l’évêque de Fréjus-Toulon.
— Le curé de cette paroisse a les mêmes droits et devoirs fixés par le droit universel que les autres curés du diocèse. Son pouvoir est personnel, c’est-à-dire exercé envers les fidèles qui appartiennent à cette paroisse ; ordinaire, tant au for externe qu’au for interne ; cumulatif avec celui du curé de la Paroisse Cathédrale. »
Ce décret a reçu l’approbation du cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé et président de la Commission Ecclesia Dei, par une lettre datée du 17 septembre dont voici les passages les plus importants :
« Vous demandez l’approbation du Décret d’érection d’une paroisse personnelle pour les fidèles attachés au Missel de 1962.
C’est avec grande joie que je vous donne mon approbation pour cette initiative courageuse. Avec ces fidèles, je vous remercie d’avoir écouté leur voix qui demanda à leur évêque ce geste éminemment pastoral envers eux. J’espère que tout se passera dans la paix et la concorde, et que cette nouvelle paroisse sera bien insérée dans le tissu du diocèse. (…) Enfin, je désire exprimer mon espoir, que quelques évêques français puissent suivre votre bon exemple. »

Ainsi, pour le cardinal Hoyos, c’est une joie de donner son approbation à la création de cette paroisse, création qu’il qualifie lui-même « d’initiative courageuse ». Il considère le geste de Mgr Rey comme « éminemment pastoral ». Et surtout, il souhaite que « quelques évêques français puissent suivre ce bon exemple ». Dès lors qui pourra encore croire que la messe tridentine est interdite par Rome. Son autorisation reste encore soumise à la décision des évêques, mais le cardinal encourage ces initiatives.

Après avoir lu le décret de Mgr Rey et la lettre du cardinal Hoyos, le vicaire général intronisa officiellement l’abbé Loiseau curé de la nouvelle paroisse par une cérémonie brève mais très émouvante.

Il le conduisit d’abord devant le maître-autel. Après avoir ouvert la porte du tabernacle, tous deux, ainsi que toute l’assemblée, adorèrent quelques instants Notre Seigneur présent. Puis au son du quatrième concerto pour orgue de Haendel, le vicaire général conduisit l’abbé Loiseau aux fonds baptismaux, puis le fit asseoir dans l’un des deux confessionnaux installés au fond de l’église, enfin le fit monter en chaire, montrant par ces signes qu’au nom de l’évêque il lui donnait pouvoir d’administrer les sacrements et d’enseigner les fidèles de cette nouvelle paroisse.

Suivit une grand-messe avec diacre et sous-diacre, célébrée par le nouveau curé, le vicaire général tenant lui-même le rôle de cérémoniaire.

Après la messe, un déjeuner réunit les fidèles présents ainsi que plusieurs curés ou religieux du voisinage et Mgr Rey nous fit l’honneur et le plaisir de se joindre à nous pour le début du repas.

Au cours de celui-ci, l’abbé Loiseau lut le message qu’il avait reçu le matin-même de Dom Louis-Marie, père abbé du Barroux.

Dom Louis-Marie apportait son soutien à Mgr Rey et s’associait à la joie des fidèles de Saint-François-de-Paule.

Voici quelques extraits de son message :
« C’est sans réserve aucune que je m’associe à votre joie et à celle de vos frères. L’érection en paroisse personnelle de l’église Saint-François-de-Paule et votre installation comme curé est une première en France. C’est pourquoi je félicite vivement Mgr Rey de cette courageuse initiative et j’espère que cet exemple fera école dans de nombreux diocèses. Les fidèles, en effet, aspirent à vivre la spiritualité du rite antique, non pas dans des réserves mais bien plutôt dans des structures parfaitement intégrées dans les diocèses et dans un rapport filial avec les évêques. C’est une grande source d’espérance de voir enfin le rite de Saint Pie V pouvoir avancer au large. (…) C’est aussi une très grande joie de voir les relations filiales que vous entretenez avec votre évêque. Aujourd’hui, vous chanterez avec plus de force et de joie que de coutume votre foi en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. L’Eglise « espère que cet exemple fera école dans de nombreux diocèses ». En outre, il fait une remarque importante qui servit toujours de ligne de conduite pour les fidèles de Saint-François-de-Paule : « Rien ne s’est jamais fait de bien durablement sans nos évêques ». Et la reconnaissance de la paroisse Saint François de Paule est une preuve concrète que la Providence ne reste pas sourde à l’appel de ses enfants qui, tout en demandant la messe traditionnelle à temps et à contre-temps, ont voulu malgré tout rester dans l’Eglise, fidèles à leur diocèse et respectueux de leur évêque. Car, dans le domaine spirituel, aucun bien durable ne peut être fait en dehors de l’Eglise ; aucun bien durable ne peut être fait en dehors du cadre défini par un évêque ou un supérieur ecclésiastique.

Il nous reste maintenant à prier pour remercier le Ciel de cette nouvelle grâce. Remercions aussi Benoît XVI, dont l’érection au suprême pontificat n’est probablement pas étrangère à cette décision.

Et surtout continuons à prier pour que le souhait du cardinal Hoyos et de Dom Louis-Marie soit entendu par les autres évêques français. Certains n’attendaient peut-être que le geste courageux de Mgr Rey pour se décider.

Alors prions pour eux, pour que le Saint-Esprit leur accorde la force de suivre l’exemple de l’évêque de Toulon. Enfin prions pour que tout ceci se fasse dans la paix comme le souhaite le Cardinal.

Yves de Lassus

PRESENT n°5930 daté du samedi 1er octobre 2005, p.8

29 septembre 2005

[Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX] "Quelle figure extraordinaire que celle de ce missionnaire infatigable..."

SOURCE - Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX  - Lettre aux amis et bienfaiteurs n°68 - 29 septembre 2005

Chers amis et bienfaiteurs,

Dans quelques semaines, nous aurons la grande joie de célébrer le centenaire de la naissance de notre vénéré fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre.

Quelle figure extraordinaire que celle de ce missionnaire infatigable, missionnaire d’abord en Afrique, pour y apporter l’Évangile, missionnaire ensuite en Europe et dans le monde entier pour que la foi catholique y soit conservée dans son intégralité.

Nous aimerions rappeler ici sa magnifique stature, les vertus profondes qui ont animé Monseigneur Lefebvre toute sa vie; mais nous nous contenterons, dans le contexte de l’audience que nous avons eue à la fin du mois d’août avec le pape Benoît XVI, de rappeler un texte très éclairant tant sur la sagesse et la profondeur de vue de notre fondateur, que sur la ligne directrice qui l’a guidé et que nous épousons entièrement.

En 1966, soit un an après la fin du Concile, Mgr Lefebvre répondait aux questions posées par le préfet du Saint Office, le Cardinal Ottaviani, sur la situation de l’Église par les lignes qui suivent :
« […] J’ose dire que le mal actuel me paraît beaucoup plus grave que la négation ou mise en doute d’une vérité de notre foi. Il se manifeste de nos jours par une confusion extrême des idées, par la désagrégation des institutions de l’Église, institutions religieuses, séminaires, écoles catholiques, en définitive de ce qui a été le soutien permanent de l’Église, mais il n’est autre que la continuation logique des hérésies et erreurs qui minent l’Église depuis les derniers siècles, spécialement depuis le libéralisme du dernier siècle qui s’est efforcé à tout prix de concilier l’Église et les idées qui ont abouti à la Révolution. Dans la mesure où l’Église s’est opposée à ces idées qui vont à l’encontre de la saine philosophie et de la théologie, elle a progressé ; au contraire toute compromission avec ces idées subversives a provoqué un alignement de l’Église dans le droit commun et le risque de la rendre esclave des sociétés civiles. »

« Chaque fois d’ailleurs que des groupes de catholiques se sont laissés attirer par ces mythes, les Papes, courageusement, les ont rappelés à l’ordre, les ont éclairés et s’il le fallait condamnés. Le libéralisme catholique est condamné par Pie IX, le modernisme par Léon XIII, le sillonisme par saint Pie X, le communisme par Pie XI, le néo-modernisme par Pie XII. Grâce à cette admirable vigilance, l’Église se consolide et se développe. Les conversions de païens, de protestants sont très nombreuses ; l’hérésie est en déroute complète, les États acceptent une législation plus catholique. »

« Cependant des groupes de religieux imbus de ces idées fausses réussissent à les répandre dans l’Action catholique, dans les séminaires grâce à une certaine indulgence des évêques et la tolérance de certains dicastères romains. Bientôt c’est parmi ces prêtres que seront choisis les évêques. »

« C’est ici que se situe alors le Concile qui s’apprêtait par les Commissions préparatoires à proclamer la vérité face à ces erreurs afin de les faire disparaître pour longtemps du milieu de l’Église. C’eût été la fin du protestantisme et le commencement d’une nouvelle ère féconde pour l’Église. »

« Or cette préparation a été odieusement rejetée pour faire place à la plus grave tragédie qu’a jamais subie l’Église. Nous avons assisté au mariage de l’Église avec les idées libérales. Ce serait nier l’évidence, se fermer les yeux que de ne pas affirmer courageusement que le Concile a permis à ceux qui professent les erreurs et les tendances condamnées par les Papes, ci-dessus nommés, de croire légitimement que leurs doctrines étaient désormais approuvées. »

« […] »

« On peut et on doit malheureusement affirmer que, d’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Église comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition. »

« Qu’il s’agisse de la transmission de la juridiction des évêques, des deux sources de la Révélation, de l’inspiration scripturaire, de la nécessité de la grâce pour la justification, de la nécessité du baptême catholique, de la vie de la grâce chez les hérétiques, schismatiques et païens, des fins du mariage, de la liberté religieuse, des fins dernières, etc. Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter. »

« Les conséquences en ont été rapidement tirées et appliquées dans la vie de l’Église : »

« — Les doutes sur la nécessité de l’Église et des sacrements entraînent la disparition des vocations sacerdotales. »

« — Les doutes sur la nécessité et la nature de la « conversion » de toute âme entraînent la disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité traditionnelle dans les noviciats, l’inutilité des missions. »

« — Les doutes sur la légitimité de l’autorité et l’exigence de l’obéissance provoqués par l’exaltation de la dignité humaine, de l’autonomie de la conscience, de la liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l’Église, les sociétés religieuses, les diocèses, la société civile, la famille. »

« L’orgueil a pour suite normale toutes les concupiscences des yeux et de la chair. C’est peut-être une des constatations les plus affreuses de notre époque de voir à quelle déchéance morale sont parvenues la plupart des publications catholiques. On y parle sans aucune retenue de la sexualité, de la limite des naissances par tous les moyens, de la légitimité du divorce, de l’éducation mixte, du flirt, des bals comme moyens nécessaires de l’éducation chrétienne, du célibat des prêtres, etc. »

« — Les doutes sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mésestime du baptême désormais remis à plus tard, l’abandon du sacrement de pénitence. Il s’agit d’ailleurs surtout d’une attitude des prêtres et non des fidèles. Il en est de même pour la présence réelle : ce sont les prêtres qui agissent comme s’ils ne croyaient plus, en cachant la Sainte Réserve, en supprimant toutes les marques de respect envers le Saint Sacrement, et toutes les cérémonies en son honneur. »

« — Les doutes sur la nécessité de l’Église source unique de salut, sur l’Église catholique seule vraie religion, provenant des déclarations sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, détruisent l’autorité du Magistère de l’Église. En effet, Rome n’est plus la « Magistra Veritatis » unique et nécessaire. »

« Il faut donc, acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d’une manière inconcevable la diffusion des erreurs libérales. La foi, la morale, la discipline ecclésiastique sont ébranlées dans leurs fondements, selon les prédictions de tous les Papes. »

« La destruction de l’Église avance à pas rapides. Par une autorité exagérée donnée aux conférences épiscopales, le Souverain pontife s’est rendu impuissant. En une seule année, que d’exemples douloureux ! Cependant le Successeur de Pierre et lui seul peut sauver l’Église. »
Et voici les solutions préconisées par Mgr Lefebvre :
« Que le Saint Père s’entoure de vigoureux défenseurs de la foi, qu’il les désigne dans les diocèses importants. Qu’il daigne par des documents importants proclamer la vérité, poursuivre l’erreur, sans crainte des contradictions, sans crainte des schismes, sans crainte de remettre en cause les dispositions pastorales du Concile. »

« Daigne le Saint-Père : encourager les évêques à redresser la foi et les mœurs individuellement, chacun dans leurs diocèses respectifs, comme il convient à tout bon pasteur ; soutenir les évêques courageux, les inciter à réformer leurs séminaires, à y restaurer les études selon saint Thomas ; encourager les supérieurs généraux à maintenir dans les noviciats et les communautés les principes fondamentaux de toute ascèse chrétienne, surtout l’obéissance ; encourager le développement des écoles catholiques, la presse de saine doctrine, les associations de familles chrétiennes ; enfin réprimander les fauteurs d’erreurs et les réduire au silence. Les allocutions des mercredis ne peuvent remplacer les encycliques, les mandements, les lettres aux évêques. »

« Sans doute suis-je bien téméraire de m’exprimer de cette manière ! Mais c’est d’un amour ardent que je compose ces lignes, amour de la gloire de Dieu, amour de Jésus, amour de Marie, de son Église, du Successeur de Pierre, évêque de Rome, Vicaire de Jésus-Christ. […] »
Tout est dit et encore aujourd’hui, il n’y a rien à rajouter, rien à enlever à cette analyse remarquable sur les suites logiques du Concile, restitué dans son contexte historique, sur les réformes qui s’annonçaient alors, jusqu’à la profondeur de la crise qui a frappé l’Église et dont elle ne sort toujours pas, prisonnière des principes avec lesquels le Concile et les papes l’ont enchaînée.

Nous pensons bien franchement que la solution au problème que pose la Fraternité à Rome est intimement liée à la résolution de la crise qui frappe l’Église. Le jour où les autorités regarderont à nouveau avec bienveillance et espoir le passé de l’Église, sa Tradition, elles pourront dépasser la rupture causée par le Concile et se réconcilier avec les principes éternels qui ont construit l’Église pendant 20 siècles ; elles pourront y puiser la force et trouver les solutions à la crise. Et alors, il n’y aura plus de « problème » Fraternité Saint X…

C’est la raison de nos discussions avec le Saint Siège. C’est là qu’est le problème de fond. La nouvelle messe, le Concile ne sont que la pointe de l’iceberg qui a frappé le navire de l’Église ; l’esprit du Concile vient du libéralisme, du protestantisme, finalement de cette révolte contre Dieu qui marque l’histoire des hommes jusqu’à la fin des temps. Quel serait le sens d’un accord qui consisterait à se laisser abîmer par l’iceberg ?

Soyez vivement remerciés pour toutes vos prières et vos sacrifices généreux. Tout cela nous est fort précieux. Dans nos visites romaines et dans toutes nos activités, nous nous appuyons beaucoup sur eux. Soyez en retour assurés des prières des séminaristes et des nôtres au pied de l’autel pour votre inlassable générosité.

Que le sacrifice de Notre-Seigneur soit votre soutien quotidien ! Que le Cœur immaculé de Marie soit votre refuge protecteur et celui de vos familles. Avec toute ma gratitude, je vous bénis.

En la fête de Saint Michel
29 septembre 2005

+ Bernard Fellay
Supérieur général

[Mgr Fellay - Vincent Pellegrini - nouvelliste.ch] Mgr Bernard Fellay s’explique

SOURCE - Mgr Fellay - entretien avec Vincent Pellegrini - nouvelliste.ch - 29 septembre 2005

ÉCÔNE - Le chef de file des traditionalistes est Valaisan. Il nous a raconté sa rencontre du 29 août dernier avec le pape Benoît XVI. Entretien et questions autour d’un dialogue qui s’annonce très difficile.

Mgr Bernard Fellay est Valaisan et supérieur général de la Fraternité sacerdotale saint Pie X. Il est l’un des quatre évêques consacrés par Mgr Marcel Lefebvre. Cet homme de 47 ans est donc le numéro 1 du mouvement issu d’Ecône. C’est lui qui a rencontré le 29 août dernier à Castel Gondolfo le pape Benoît XVI et le cardinal Castrillon. Mgr Fellay était accompagné par son premier assistant, l’abbé Franz Schmidberger. La rencontre de trente-cinq minutes – qui a été précédée d’un échange de notes – s’est déroulée selon un communiqué du Vatican «dans un climat d’amour pour l’Eglise et de désir d’arriver à la pleine communion». Le ton est nouveau. C’est pourquoi nous avons sollicité une interview de Mgr Fellay qui a accepté de sortir du silence qu’il entretient face à la presse depuis sa rencontre avec Benoît XVI. Le supérieur général des traditionalistes nous a reçu lundi à Menzingen, dans le cadre de l’imposante maison générale de la fraternité, en pleine campagne zougoise. Entretien.
Mgr Bernard Fellay, qui a pris l’initiative de cette rencontre du 29 août? Vous ou le Vatican? Et quels en étaient les buts?
C’est nous. Cette rencontre avait d’ailleurs de multiples buts. Tout d’abord, nous voulions signifier notre déférence au souverain pontife Benoît XVI, lui montrer que nous le reconnaissons comme notre pape. Tout comme le pape précédent d’ailleurs. Cette rencontre était pour nous l’expression sensible de notre catholicisme. Nous sommes catholiques et nous le montrons en allant rendre nos hommages au chef, à la tête de l’Eglise. Il était important que la Tradition rappelle qu’elle conservait bien sa catholicité à l’heure où on lui reproche si souvent d’être refermée sur elle-même. Le deuxième but était de témoigner de ce que nous faisons auprès du nouveau pape. De lui montrer que ce que l’Eglise a toujours fait, nous le faisons aujourd’hui dans le monde moderne et au milieu d’une crise qui touche autant la société que l’Eglise. Que c’est faisable et que ce devrait être une indication pour sortir de la crise. Le troisième but de cette rencontre était d’approfondir nos relations avec Rome et de les intensifier pour arriver une fois à une solution.
Quel a été le climat de cette rencontre?
L’ambiance a été tout à fait sereine. On voyait sans aucun doute qu’il y avait de la bienveillance de la part du pape. D’ailleurs, depuis quelques années, Rome a adopté un nouveau ton à notre égard. La manière dont nous sommes reçus contraste de manière impressionnante avec la façon dont les évêques nous traitent dans leurs diocèses.
Vous-même avez parlé à l’issue de cette rencontre de «consensus pour résoudre les problèmes». S’agit-il uniquement d’un consensus sur la démarche à suivre où avez-vous déjà abordé avec Rome des questions de fond?
Cette première audience n’avait pas pour but de résoudre des problèmes de fond mais de poser des jalons, d’esquisser un chemin. Nous ne sommes pas allés plus loin. Nous avons voulu montrer notre bonne volonté en venant voir Benoît XVI. Nous lui avons dit que nous le reconnaissions comme pape et que nous priions pour lui. Je lui ai d’ailleurs écrit plusieurs lettres depuis son élection pour lui dire cela. Nous avons survolé les choses en gros et nous n’avons pas approfondi de problème très spécifique. Ce sont d’ailleurs toujours les mêmes problèmes qui nous occupent et l’on peut les résumer à deux: la nouvelle messe et le Concile Vatican II.
Le communiqué du porte-parole du Vatican parle de la volonté des deux parties de «procéder par étapes et dans des délais raisonnables». Que va-t-il se passer ces prochains mois? Y a-t-il un calendrier?
Il n’y a pas de calendrier explicite, mais l’on sent que Rome est assez pressée. De notre côté, nous tenons surtout à approfondir certains problèmes et nous sommes moins pressés. Nous voudrions d’abord que le pape se manifeste de manière à ce que la Tradition soit acceptée au niveau local, par les évêques. Car la Tradition ce n’est pas nous, mais tout le passé de l’Eglise.
Comment vont continuer les contacts avec le pape?
Les contacts vont continuer, mais avec le délégué du pape, le cardinal Castrillon. Nous avons demandé notamment que l’ambiance change et que soit rendue par Rome la pleine liberté de dire l’ancienne messe. La Curie admet d’ailleurs qu’il n’y a aucun argument pour interdire l’ancienne messe.
De fait, il y a déjà un indult de Rome pour ceux qui veulent dire l’ancienne messe…
Oui, mais les communautés traditionalistes ralliées à Rome ne sont pas bien traitées dans l’Eglise, en particulier par les évêques. L’indult autorise l’ancienne messe sous forme de concession, d’indulgence, presque de tolérance. Cela ne signifie pas pour un rite avoir plein droit à l’existence. Rome admet que l’ancienne messe n’a jamais été supprimée. Ce que nous demandons n’est donc que justice.
Vous avez demandé aussi à Benoît XVI la levée des excommunications prononcées contre les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre.
Nous considérons les excommunications comme nulles. Par ailleurs, si l’excommunication des orthodoxes a été levée par Paul VI pour faciliter le rapprochement, je ne vois pas pourquoi Rome ne pourrait pas faire la même chose avec nous. J’ajouterai à ce sujet que si le pape veut trouver rapidement un accord avec nous, c’est aussi parce que les orthodoxes ne feront rien avec l’Eglise catholique tant que Benoît XVI n’aura pas réglé les problèmes de Rome avec sa propre tradition.

Les orthodoxes sont eux aussi traditionalistes et la façon dont sera traitée la tradition latine dictera leurs relations avec Rome. Or, le pape veut l’union avec les orthodoxes. Mais lorsque nous demandons un statut canonique, nous demandons tout simplement de pouvoir vivre comme des catholiques dans l’Eglise. Nous suivons en tous points la doctrine traditionnelle de l’Eglise et nous sommes persécutés. Trouvez-vous cela normal alors que dans les universités catholiques des professeurs peuvent professer des hérésies sans être inquiétés? Regardez le catéchisme enseigné aux enfants dans les diocèses!
Mais quelles conditions pose Rome par rapport au Concile Vatican II?
Tant pour la messe que pour le concile, avec le temps, les exigences de Rome se font plus précises. Rome a même lâché un peu de lest. Pour la nouvelle messe, on nous demande simplement de reconnaître qu’elle est valide. Nous sommes d’autant plus d’accord que Rome ajoute qu’elle est valide lorsque le prêtre a l’intention de célébrer le sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pour le Concile Vatican II, Rome voudrait reprendre le protocole signé en 1988 par Mgr Lefebvre et par le cardinal Ratzinger. Ce protocole dit qu’une seule interprétation du Concile Vatican II est valable. Celle qui est faite à la lumière de la Tradition. Mais même si cela n’a pas été dit très explicitement, nous avons bien compris au cours de notre rencontre avec le pape qu’il nous considérait comme vieux jeu et que le concile c’est aussi un esprit que nous devons acquérir. Je suis d’accord avec la formule du concile interprété à la lumière de la Tradition mais je ne puis pas la signer dans le contexte actuel.
C’est parce que vous n’avez toujours pas la même appréciation du Concile Vatican II que Rome que vous ne voulez pas signer une formule d’accord qui semble pourtant acceptable par vous?
C’est un problème de vision, d’état de la question. Le problème que nous sommes censés causer à l’Eglise n’est pas perçu de la même manière par Rome et par nous et c’est pourquoi nos solutions divergent profondément. Or, pour arriver à une solution il faut être d’accord sur l’état de la question. Nous sommes allés à Rome pour poser le problème correctement. En clair, nous ne sommes pas le problème. Car même si nous n’existions pas, la crise de l’Eglise serait tout aussi grave. Nous ne faisons en effet que réagir à la crise du monde catholique. Notre manière de voir le Concile Vatican II ne correspond pas à celle de Rome actuellement, c’est vrai. Et c’est pourquoi l’on ne peut pas rester dans des formules d’accord superficielles. Il faut aller au fond des choses. Nous n’aurions aucun problème à signer un accord superficiel, mais nous ne voulons pas d’une réconciliation simplement tactique qui ne conduirait à rien. Il faut que cet accord soit vrai, profond. Il ne servirait à rien de donner l’impression que tout est rentré dans l’ordre alors que rien n’est réglé. Dans la situation actuelle, un tel accord tromperait tout le monde. J’ai peur que le pape et la curie ne soient bloqués par la ligne progressiste. Cela expliquerait cette focalisation sur le seul Concile Vatican II. Je vous le répète, si Rome fait le moindre effort sérieux pour sortir de la crise, sans même parler de nous, le problème n’existera plus car l’ambiance et l’esprit auront changé.
A vous entendre, il ne reste plus guère d’espoir pour un accord…
A vues humaines oui, mais il ne faut jamais oublier que l’esprit catholique est dans l’Eglise et qu’il reprend force actuellement. C’est une question de temps pour qu’il reprenne la première place.
Mais vu le blocage idéologique qui semble patent à entendre ce que vous me dites, pourquoi alors renouer avec Rome?
Nous devons avoir des relations suivies avec Rome. Elles nous permettent notamment d’envoyer des études approfondies. Nous avons par ailleurs des alliés à Rome et dans les diocèses.
Les vaticanistes parlent d’un possible geste de Rome très prochainement pour libéraliser largement l’usage de l’ancienne messe et donner un statut juridique aux traditionalistes dans l’Eglise…
C’est possible, mais je n’en sais rien. Pour la Fraternité saint Pie X, cela n’ira sans doute pas aussi vite. Par contre, pour les mouvements Ecclesia Dei (n.d.l.r.: pour les communautés traditionalistes ralliées à Rome), cela pourrait aller plus vite. Nous attendons pour voir…
Mais que demandez-vous au fond pour vous réconcilier avec Rome? Que le Vatican signe une déclaration? Ce serait utopique de votre part…
Nous ne demandons pas de déclaration de la part de Rome. Nous demandons simplement que le climat change, que Rome reprenne les commandes de l’Eglise. Un des principaux problèmes dans l’Eglise aujourd’hui se situe en effet entre Rome et les conférences épiscopales qui ne veulent pas se laisser faire et qui ont pris goût à l’indépendance au point de ne plus obéir vraiment aux directives émises depuis le Vatican. On l’a vu ces dernières années avec la déclaration «Dominus Jesus» ou certains documents sur les laïcs et l’Eucharistie par exemple qui ont suscité au mieux l’indifférence de nombre d’évêques.

Joseph Ratzinger travaille sur le dossier traditionaliste depuis plus de vingt ans. C’est un pourfendeur du relativisme contemporain et il est plutôt bien vu de vos milieux qui ont salué son élection. Il y a trois ans, il a même correspondu avec vous pour une reprise du dialogue sur des questions théologiques.
Avez-vous l’impression que Benoît XVI est plus sensible à la tradition que son prédécesseur Jean Paul II en ce qui concerne les questions liturgiques et doctrinales que vous posez?
Sans aucun doute. La doctrine a plus d’importance pour Benoît XVI que pour Jean Paul II. Ce dernier accordait plus d’importance à la pastorale, au vécu, à la communion prise au sens de l’être avec. J’ai l’impression que pour Benoît XVI, la foi a un rôle plus important et je pense qu’on le verra dans la nouvelle structure de la curie ainsi que dans sa façon de gouverner l’Eglise. Il va mettre à nouveau la foi à la première place, au-dessus de la politique et de la secrétairerie d’Etat. Paradoxalement, cela rend nos rapports à la fois plus faciles et plus difficiles. D’un point de vue liturgique, Benoît XVI a une inclination marquée contre la nouvelle liturgie. Je pense qu’il va conduire une réforme liturgique, une nouvelle «nouvelle messe» à base de l’ancienne selon une formule dont il a usé il y a deux ans. L’on peut s’attendre en tout cas à une réforme de la réforme…
Evaluez-vous la rencontre du 29 août comme une porte entrouverte par Benoît XVI aux traditionalistes de la Fraternité saint Pie X et comme un signe d’espérance pour l’unité?
Ce n’est ni le premier ni le dernier pas, mais il va dans la bonne direction. D’un côté comme de l’autre, il va falloir cependant du temps même si Rome m’apparaît relativement pressée.

26 septembre 2005

[Cardinal Medina - Antoine-Marie Izoard - APIC] Résoudre d'abord les questions doctrinales - Interview du cardinal Medina

Cardinal Medina - Antoine-Marie Izoard - APIC - 26 septembre 2005

Rome: Rapprochement avec la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre
Résoudre d'abord les questions doctrinales
Propos recueillis par Antoine-Marie Izoard


Rome, 26 septembre 2005 (Apic) Pour le cardinal Jorge Arturo Medina Estevez, membre de la Commission Ecclesia Dei, le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X passe en premier lieu par la résolution des problèmes doctrinaux.

Le cardinal chilien, Jorge Arturo Medina Estevez, membre de la Commission Ecclesia Dei et ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, répond aux questions d'I.MEDIA, partenaire de l'agence Apic à Rome. Un dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X devrait d'abord passer par la résolution des problèmes doctrinaux et l’établissement d’un groupe de travail en ce sens. Le cardinal a aussi souhaité que le pape élargisse la possibilité pour les prêtres de célébrer selon le rite tridentin, institué en 1570 après le concile de Trente (1563).

Q.: Quel regard portez-vous sur la rencontre du 29 août dernier entre Benoît XVI et Mgr Fellay, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X ?
Mgr Jorge Arturo Medina Estevez: Beaucoup d'autres contacts ont précédé cette visite de Mgr Fellay au Saint-Père. Des contacts notamment avec le cardinal Castrillon Hoyos (président de la commission Ecclesia Dei, ndlr), et avec d'autres personnes, comme moi-même. Mgr Fellay m'a rendu visite, et je suis allé le voir lorsqu'il avait été hospitalisé à Rome, il y a quelques années. Ainsi, on ne peut pas dire que cette rencontre avec le Saint-Père ait été inattendue, car nous avons des contacts, et Mgr Fellay sait que le pape est préoccupé par la communion plénière de tous les catholiques, tous les chrétiens, et en particulier avec ce groupe, qui relève des décisions et des positions de Mgr Lefebvre.
Q.: Désormais, quelles solutions peut trouver Rome pour avancer dans le rapprochement avec la Fraternité Saint-Pie X ?
Mgr Jorge Arturo Medina Estevez: La situation est complexe, avec d'un côté le problème liturgique et, d'un autre, les questions doctrinales. Je pense qu'il faudrait avant tout dresser une liste des difficultés doctrinales afin de pouvoir en discuter et trouver des solutions, des explications ou des nuances qui permettent de les surmonter. Il conviendrait d'organiser pour cela une espèce de groupe de travail. Mais, à l'intérieur même de la Fraternité, il y a des courants différents. Certains ont une position peu nuancée, inflexible. D'autres sont mieux disposés vis à vis du dialogue. Sans faire d'accusations désagréables, il faut rappeler que l'on a entendu dire que le missel de Paul VI était 'hérétique' ou bien que ce rite pouvait même être jugé comme 'invalide'. Dans ce cas, on se trouve dans une situation extrêmement difficile. Pourtant, sur la doctrine, je crois qu'il y a moyen de s'entendre. Peut-être y a-t-il eu de fausses interprétations, peut-être peut-on s'expliquer sur certains points… mais il faudrait se mettre d'accord sur la réception du Concile Vatican II.
Q.: Contrairement à vous, Mgr Fellay place avant la résolution des questions doctrinales celle du problème liturgique et de l'autorisation de célébrer la messe tridentine pour tous. Est-ce une bonne solution ?
Mgr Jorge Arturo Medina Estevez: Si le Saint-Père le veut, dès demain, il peut prendre une décision concernant les problèmes liturgiques, je n'y vois aucune difficulté. En revanche, si l'on ne se met pas d'accord sur les problèmes doctrinaux posés par certains membres de la Fraternité, on obtiendra des décisions utiles et sympathiques mais sans arriver à la pleine communion, si vivement souhaitée. L'autorisation, pour tous les prêtres, de célébrer selon la forme ancienne du rite romain ne résoudra pas le problème de fond qui existe avec la Fraternité Saint-Pie X. Si ces membres disaient, par exemple, nous repoussons le concile Vatican II, alors on se trouverait dans une situation difficile à résoudre. Il faudra s'occuper ensuite des questions pratiques liturgiques. Ce deuxième aspect est beaucoup plus facile car il s'agit d'un problème canonique, juridique et liturgique qui n'entraîne pas, à mon avis, de questionnements doctrinaux.
Q.: D'après vous, Benoît XVI peut donc libéraliser, du jour au lendemain, la célébration de la messe tridentine ?
Mgr Jorge Arturo Medina Estevez: Le Saint-Père pourrait, s'il le veut, établir des autorisations plus ou moins larges pour l'emploi de la forme ancienne du rite romain à l'intérieur de l'Eglise catholique. Par exemple, il y a quelques années, lors de la publication du nouveau rite des exorcismes, la Congrégation pour le culte divin a donné la possibilité aux évêques d'utiliser le rite précédent. Un certain nombre d'évêques l'a demandé. Cela crée un antécédent. Ainsi, j'espère que, petit à petit, la possibilité de célébrer dans la forme ancienne du rite romain sera ouverte. Avec de la bonne volonté, on peut y arriver. Je ne vois que quelques difficultés d'ordre pratique. Par exemple, il faudrait arriver à rendre compatibles les deux calendriers liturgiques. On pourrait aussi trouver une solution au problème du lectionnaire (les lectures bibliques choisies pour la célébration de la messe et des sacrements, ndlr). Dans un diocèse, bien sûr, cela peut poser un problème d'homogénéité. Il ne s'agit pas de problèmes capitaux, on peut les résoudre sans difficultés majeures, ce qui n’est pas le cas pour les questions dogmatiques.
Q.: Le rite de saint Pie V a-t-il réellement été aboli après le concile ?
Mgr Jorge Arturo Medina Estevez: J'ai examiné la question. Il y a vraiment des arguments pour soutenir que le rite de 1962 n'a jamais été juridiquement aboli. Mais, il y a aussi des arguments pour soutenir le contraire. Comme il y a un doute, on ne peut tirer de conclusions nettes pour dire qu'il a été interdit. Ainsi, on ne peut exclure ou blâmer le rite tridentin, qui a été celui de l'Eglise romaine pendant quatre siècles. Mais, je le répète encore, je crois qu’il faudrait en premier lieu trouver une solution aux questions doctrinales. J'appartiens à la commission Ecclesia Dei et, chaque fois que l'on me demande de célébrer dans l'ancien rite, je le fais sans demander la permission à personne : ni à Rome, ni à l'évêque du lieu. Le missel de saint Pie V et celui de Paul VI sont tous deux parfaitement orthodoxes. Ils ont des tonalités qui répondent à des sensibilités différentes, à différents accents théologiques. Ainsi, par exemple, je trouve que les formules de l'offertoire, dans le missel de saint Pie V, sont très pédagogiques pour souligner le caractère sacrificiel de la messe, un aspect essentiel de la célébration eucharistique. (apic/imedia/vb)
27.09.2005 - Apic

23 septembre 2005

[Rémi Fontaine - Présent] Mgr Vingt-Trois et la question liturgique

Rémi Fontaine - Présent- 23 septembre 2005

Archevêque de Paris depuis février dernier, Mgr Vingt-Trois est questionné dans Le Figaro de jeudi comme « traditionnel interlocuteur catholique du gouvernement, avec peu d’autres évêques » et comme « observateur de la société française » : « pas de ceux qui manient la langue de bois »... Concernant la crise de l’Eglise, il apparaît pourtant qu’il a bien conservé cette langue de buis, toute faite de clichés et d’a priori, j’allais dire dogmatiques...

Interrogé sur la demande de Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, d’un plus grand droit de cité de la messe traditionnelle, sa réponse fuse aussitôt, à l’identique mais plus cinglante et méprisante encore que celle de Mgr Ricard (Présent des 1er et 9 septembre) :
On sait bien que le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X n’est pas d’abord conditionné par la liturgie.
Cette question est un simple drapeau agité pour mobiliser des braves gens et leur faire croire qu’il s’agit du véritable enjeu. A Paris, l’autorisation de célébrer selon la liturgie tridentine existe depuis près de vingt ans. La pratique en est large et généreuse [sic], sans que cela fasse pourtant bouger grand monde de la Fraternité Saint-Pie X.. Le problème est bien ailleurs... Il réside dans leur refus du concile Vatican II, du dialogue interreligieux et du respect dû par tous à la conscience personnelle, dont ils se réclament pourtant pour contester la position de l’Eglise...


Contrairement à d’autres diocèses, la liturgie traditionnelle existe peut-être depuis près de vingt ans à Paris, mais sous forme de trois « réserves d’Indiens » (Saint-Eugène, Sainte- Odile, N.-D. du Lys), sous conditions, sous le régime arbitraire, offensant et humiliant, de la tolérance et de l’autorisation préalable. Régime offensant d’abord pour la messe elle-même, issue de la foi de l’Eglise, confirmée par vingt conciles œcuméniques, comme le rappelait Jean Madiran : « La question de la messe se pose essentiellement par rapport à la messe. Il ne s’agit pas d’abord de répondre plus ou moins aux réclamations de “groupes traditionalistes” : eux-mêmes d’ailleurs ne mettent pas en avant leur “sensibilité”. Il s’agit plutôt de rendre à la messe l’honneur, la place, le respect qui lui sont dus. »

On est très loin de « la pratique large et généreuse » qu’invoque Mgr Vingt-Trois, contrairement à ce qu’a convenu à plusieurs reprises le cardinal Ratzinger confronté à la terrible dérive des extravagances liturgiques sous couvert du nouveau rite. Présenter la question de la messe et de la liturgie comme « un simple drapeau agité pour mobiliser des braves gens [sic] et leur faire croire qu’il s’agit du véritable enjeu », c’est, en cette année de l’Eucharistie, ignorer coupablement les écrits répétés du futur pape et plus encore la réalité de la crise de l’Eglise avec « le bateau qui prend l’eau de toutes parts »...

La question de Vatican II, concile pastoral et non dogmatique, avec ses points litigieux (comme le nœud gordien de la liberté religieuse) n’en demeure pas moins essentielle. Encore faut-il la présenter en des termes convenables. On n’a certainement pas attendu ce concile, comme le laisse accroire Mgr Vingt-Trois, pour affirmer que « l’Eglise est missionnaire ou elle n’existe pas ». Une certaine façon « officielle » de comprendre la liberté religieuse, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, selon des concepts issus du concile, nous ont même plutôt fait entendre et constater que l’Eglise renonçait au prosélytisme au sens propre (zèle déployé pour répandre la foi) et donc à l’esprit missionnaire, du moins au sens traditionnel.

Les traditionalistes qui dénoncent la liberté religieuse ne la demandent pas pour l’Eglise selon son interprétation libérale et laïciste. Ils la demandent parce que c’est son droit, et ce droit, l’Eglise ne le tient pas du principe de laïcité, mais de sa nature même qui est surnaturelle !

« Il faudra faire admettre aux autorités romaines que nous ne pouvons suivre sans de sérieuses restrictions l’interprétation que l’on donne du concile et l’œcuménisme tel qu’il est pratiqué », déclare précisément Mgr Fellay dans un entretien accordé à DICI (www.dici.org) relatant sa rencontre avec Benoît XVI.

« “Mauvaise interprétation” et “déformations” ne signifie pas rejet entier, commente Yves Chiron dans Alethéia (www.aletheia.free.fr). Qui ajoute : On en reviendrait ainsi à un des points de l’accord, éphémère, du 4 mai 1988 : “A propos de certains points enseignés par le concile Vatican II [..] et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique.” » En présentant en bloc des entités « non négociables », il ne faudrait pas que Mg Ricard et Mgr Vingt-Trois soient plus papistes que le Pape !

RÉMI FONTAINE

22 septembre 2005

[Guillaume Riffaud - Le Point] Catholiques intégristes: Luttes intestines

Guillaume Riffaud - Le Point - 22 septembre 2005

L'élection de Benoît XVI sonnait comme un espoir pour les tenants d'une réconciliation entre l'Eglise et son extrême droite schismatique. Et la visite au pape de Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, principal mouvement des intégristes, semblait en être le premier signe. Seulement, qui dit petite communauté semble dire grandes disputes : les intégristes catholiques, enfants de Mgr Lefebvre, se déchirent de plus belle. L'abbé Laguérie a été écarté de la Fraternité saint Pie X pour avoir dénoncé les méthodes sectaires du séminaire d'Ecône, en Suisse, et se contente de diriger en électron libre sa paroisse Saint-Eloi, à Bordeaux. L'abbé de Tanoüarn, également exclu de la communauté, a créé le centre Saint-Paul, lieu de conférence, de prière et de discussion spirituelle dans la plus pure tradition de Vatican II. Ainsi, chez les intégristes, on croise chaque jour davantage de fidèles claquant la porte de leurs paroisses ou d'ecclésiastiques sans attaches. Les sites honneur.org ou frat.canalhistorique.free.fr se font l'écho de ces querelles byzantines. A un an des élections générales de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, les luttes pour le pouvoir se mêlent aux différends personnels. Un éclatement du groupuscule (450 prêtres dans le monde) qui place Rome en position de force.

[Le Figaro - Sophie de Ravinel] Mgr Vingt-Trois : «L'Église est missionnaire ou elle n'existe pas»

Le Figaro - Sophie de Ravinel - 22 septembre 2005

L'archevêque de Paris s'explique sur la position de l'Église face à la modernité, les célébrations de la laïcité et ses relations avec l'islam
Mgr Vingt-Trois : «L'Église est missionnaire ou elle n'existe pas»
Mgr André Ving-Trois est né à Paris. Après avoir passé les trente premières années de son ministère dans la capitale, il en est devenu l'archevêque en février dernier. Traditionnel interlocuteur catholique du gouvernement, avec peu d'autres évêques, cet observateur de la société française n'est pas de ceux qui manient la langue de bois. A l'heure de la célébration de la laïcité, «un concept moderne» et «qui n'avait pas le même sens en 1905», il observe à Paris des «signes de manifestations identitaires en forte hausse ces quinze dernières années». A cet égard, il souligne la «vocation culturelle importante» de la capitale et prévient que «bien vivre cette mixité sera le signe de la capacité de la France à mettre en oeuvre ses intentions «droit-de-l'hommistes» et universalistes dans l'accueil des étrangers».
Propos recueillis par Sophie de Ravinel
[22 septembre 2005]

LE FIGARO. – Que pensez-vous de l'écart qui ne cesse de se creuser entre ce que vit la société française et ce que propose l'Église catholique?
Mgr André VINGT-TROIS. – Je ne suis pas là pour faire un hold-up sur la société, pour rassembler tout le monde sous une même bannière ! Je suis là pour annoncer l'Évangile. La véritable conversion repose sur la liberté. Nous devons aider les gens à grandir dans leur liberté, à se dégager de ce qui les conditionne et les empêche de rencontrer le Christ. Depuis les premières générations apostoliques, au coeur de l'Empire romain, on constate que la proclamation de la bonne nouvelle suscite des clivages et des réactions bien différentes !
Ne sommes-nous pas en train d'assister à un retour des manifestations extérieures de la foi chrétienne ?
Nos communautés sont peut-être moins complexées. A l'occasion, elles sortent pour des célébrations. L'an dernier, Paris Toussaint 2004 a permis aux catholiques de prendre conscience que la perception de leur foi chez beaucoup de ceux qu'ils rencontrent n'était plus aussi automatique qu'elle pouvait l'être et que la foi intéresse de nouveau. Il faut que nous allions au-devant de la société, que nous prenions conscience de ce que disait le concile il y a quarante ans : l'Église est missionnaire ou elle n'existe pas ! Revenant à Paris, je constate que les communautés chrétiennes sont vivantes, se renouvellent et se diversifient aussi dans leur composition culturelle et ethnique. Elles doivent faire la démonstration de leur capacité évangélique à accueillir ceux qui sont différents et étrangers.
Quelles relations entretenez-vous avec la communauté musulmane à Paris?
La question déborde la situation parisienne ou française. J'ai d'excellentes relations avec le recteur de la Mosquée de Paris que je rencontre toujours avec plaisir et intérêt, ou avec d'autres représentants de la communauté musulmane. Est-ce le même islam qu'au Soudan ou en Iran ? Aux musulmans de le dire. Les catholiques du Soudan appartiennent bien à mon Église. Lorsque l'un d'eux est maltraité, c'est mon Église qui est touchée. Si l'islam est une religion universelle, il lui faut répondre aussi de ce qui se passe ailleurs qu'en France. J'affirme qu'il est indigne que des musulmans soient contraints de prier dans la rue dans la France des droits de l'homme. Je dis aussi qu'il est indigne que des chrétiens soient empêchés de prier dans des pays d'islam.
Nicolas Sarkozy affirme que l'organisation de l'islam en France pourrait donner de bonnes idées aux pays musulmans...
Pour l'instant, le CFCM a tenu dans la mesure où les ministres de l'Intérieur ont suffisamment fait sentir leur pression pour que ce conseil comprenne la nécessité de se rallier à la vision unificatrice du ministère !
Jugez-vous excessive l'implication du «ministre des Cultes» ?
Il n'existe pas de «ministre des Cultes» dans la République non confessionnelle. Il existe un ministre de l'Intérieur chargé de l'ordre public et qui, à ce titre, veille au respect de l'ordre public dans les cultes. La République ne se préoccupe pas de la confession des citoyens, ni d'ailleurs de l'organisation des cultes, même si, parfois, un coup de pouce peut être nécessaire pour aider à la vie collective. Bonaparte l'a donné pour les juifs, au moment du Concordat.
Pensez-vous qu'il faille retoucher la loi sur la laïcité de 1905 ?
La République a organisé la séparation. C'est à elle de savoir si cela lui plaît ou non, même si nous pouvons donner notre avis. Il ne s'agit pas d'abord d'une loi sur la laïcité, mais d'une loi de séparation des Églises et de l'État. La laïcité est un concept plus moderne qui n'avait pas le même sens en 1905.
Le supérieur de la communauté lefebvriste saint Pie X, Mgr Fellay, a récemment rencontré Benoît XVI et lui a, entre autres, demandé un accès simplifié à la liturgie antéconciliaire. Où en est cette question à Paris ?
On sait bien que le dialogue avec la Fraternité saint Pie X n'est pas d'abord conditionné par la liturgie. Cette question est un simple drapeau agité pour mobiliser des braves gens et leur faire croire qu'il s'agit du véritable enjeu. A Paris, l'autorisation de célébrer selon la liturgie tridentine existe depuis près de vingt ans. La pratique en est large et généreuse, sans que cela fasse pourtant bouger grand monde de la Fraternité saint Pie X. Le problème est bien ailleurs... Il réside dans leur refus du concile Vatican II, du dialogue interreligieux et du respect dû par tous à la conscience personnelle, respect dont ils se réclament pourtant pour contester la position de l'Église.
Pensez-vous que le dialogue puisse aboutir ?
Nous devons tous travailler à l'unité de l'Église. Encore faut-il que les interlocuteurs soient représentatifs, que Mgr Fellay soit suivi. Il serait triste d'aboutir à un fractionnement supplémentaire... Il faut dialoguer, mais on ne peut pas faire le chemin à leur place.

21 septembre 2005

[Paix liturgique] "... saluer la rencontre qui a eu lieu, le 29 août dernier, entre le Saint-Père et monseigneur Fellay..."

Lettre de Paix liturgique n°43 - 21 septembre 2005

Pour que vive la paix liturgique !

► Dans l´actualité des dernières semaines, de nombreux événements ont été autant de signes d´espérance pour tous les chrétiens qui souhaitent qu´une véritable paix liturgique se mette enfin en place, concrètement, entre tous les catholiques de bonne volonté par-delà les sensibilités liturgiques.

C´est ainsi par exemple que l´on a pu voir, lors des dernières JMJ à Cologne autour de Benoît XVI, une expérience concrète de « paix liturgique locale » réussie à travers la délégation internationale menée par Juventutem. Répondant à l´appel du Saint-Père, cette délégation de jeunes attachés à la messe de saint Pie V a organisé officiellement un festival au sein des Journées mondiales de la Jeunesse du 10 au 21 août 2005 auquel ont participé plusieurs milliers de jeunes. Cette délégation – dont la presse s´est d´ailleurs largement fait l´écho – était officiellement soutenue par des cardinaux et évêques du monde entier comme le cardinal George, archevêque de Chicago et vice-président de la conférence épiscopale des Etats-Unis, le cardinal Pell, archevêque de Sydney (Australie), monseigneur Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la conférence des évêques de France et membre de la commission pontificale « Ecclesia Dei », monseigneur Rifan, supérieur de l´administration apostolique St-Jean-Marie-Vianney (Brésil), monseigneur Alencherry, évêque de Thuckalay (Inde), monseigneur Haas, archevêque de Vaduz (Liechstenstein), monseigneur Eder, archevêque émérite de Salzbourg (Autriche), monseigneur Léonard, évêque de Namur (Belgique), monseigneur Burke, archevêque de Saint Louis (Etats-Unis), monseigneur Kozon, évêque de Copenhague (Danemark) et bien d'autres...

En France, des signes se sont également manifestés. Ainsi monseigneur Ricard déclarait dans La Croix du 25 août : « On pourra peut-être envisager des possibilités plus larges, pour ceux qui le souhaitent, de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V. Il doit y avoir place, dans l´Eglise, pour une large palette de sensibilités, et celle qui se manifeste par le désir de célébrer l´Eucharistie selon ce rituel ancien peut sans doute être encore mieux accueillie qu´elle ne l´est déjà. »

À Nanterre, il y a quelques mois seulement, les plus hautes autorités du diocèse refusaient encore et toujours d´appliquer les privilèges du Motu Proprio « Ecclesia Dei » pourtant promulgué par Jean Paul II en 1988, et ce malgré de multiples demandes respectueuses. Et voici que monseigneur Daucourt a annoncé au milieu du mois de juillet qu´il autorisait la célébration d´une messe traditionnelle à compter du premier dimanche de l´Avent chaque dimanche et fêtes à 9h 30 à Sainte-Marie de Fontenelle (30, avenue Felix Faure à Nanterre, à proximité de Rueil, Suresnes et Puteaux) et qu´il a nommé l´un de ses prêtres, le père Aybram, vicaire général chargé de la mise en place de la lettre « Ecclesia Dei » dans son diocèse...

Le document préparatoire au prochain synode sur l´Eucharistie qui appelle au retour du jeûne eucharistique, au respect des rites, à la cessation des abus, à un plus grand respect envers l´Eucharistie, ainsi que les discours répétés du Pape sur sa place centrale dans la vie de l´Eglise sont autant de signes encourageants venant de Rome.

Ces signes qui auraient semblé impensables il y a encore quelques mois sont des lueurs d´espérance pour les catholiques exclus de leurs diocèses en raison de leur attachement à la liturgie traditionnelle.

Cette espérance ne doit pas être déçue et c´est pourquoi il nous faut continuer ce beau travail en faveur de la paix liturgique partout où cela est nécessaire. Notre Saint-Père Benoît XVI lui-même nous montre la voie.

Comment en effet ne pas saluer la rencontre qui a eu lieu, le 29 août dernier, entre le Saint-Père et monseigneur Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X fondée par monseigneur Lefebvre ? Quel bel exemple que cette rencontre ! Rencontre dont le directeur de la salle de presse du Vatican dit qu´elle « s´est déroulée dans un climat d´amour de l´Eglise et de désir d´arriver à la parfaite communion ». Par cette rencontre, le Saint-Père nous indique que, par-delà les difficultés, le dialogue et l´écoute sont le début de la paix. Cette volonté d´unité clairement manifestée par Benoît XVI est un magnifique signe d´espérance pour l´Eglise car, si la paix et la pleine communion sont ainsi envisagées comme possibles, demain, avec la Fraternité sacerdotale Saint Pie X malgré les événements passés, alors la paix avec les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle de l´Eglise qui n´ont cessé depuis 1988 de demander à leurs évêques le bénéfice du Motu Proprio « Ecclesia Dei » de Jean Paul II s´impose d´elle-même aujourd´hui ! La pleine reconnaissance dans les diocèses et l´incorporation franche des communautés traditionnelles doivent donc être possibles aujourd´hui ! C´est finalement l´application « large et généreuse » du Motu Proprio à laquelle appelait déjà Jean Paul II pourtant restée quasiment lettre morte en France, qui doit désormais se
mettre en place.

A en croire les nombreux témoignages de sympathie reçus par notre association pendant tout l´été, il semble que l´urgence de faire cette paix entre tous les catholiques de bonne volonté est une priorité de terrain partagée par des chrétiens de plus en plus nombreux et aux sensibilités liturgiques diverses.

En effet, la terrible situation d´ostracisme liturgique dont nous nous sommes fait l´écho depuis deux ans est bien loin de ne frapper que notre diocèse et chaque semaine, des personnes qui reçoivent notre lettre électronique nous livrent ce qu´elles vivent au quotidien dans leurs diocèses, partagent avec nous cette volonté de tout faire pour que cesse l´apartheid liturgique et remercient Paix liturgique de se faire en quelque sorte la voix des sans-voix et des bannis des diocèses.

Beaucoup de fidèles, se croyant isolés dans leurs diocèses, nous écrivent pour nous dire à quel point il est important de communiquer sur la question de l´exclusion dans les diocèses des familles attachées à la liturgie traditionnelle de l´Eglise. La communication et l´information, voilà ce qui fait défaut pour beaucoup de fidèles découragés.

Ces témoignages divers nous touchent car, au-delà de la souffrance qu´ils traduisent, souvent se dégage une grande espérance de voir bientôt la paix, la vraie paix liturgique, rétablie non seulement dans notre diocèse de Nanterre mais partout ailleurs également.

C´est pourquoi, compte tenu de l´ampleur de l´ostracisme liturgique qui sévit encore en France, il ne nous semble plus possible de circonscrire notre tâche d´information aux seules limites géographiques du diocèse de Nanterre.

Désormais, nous tâcherons donc de mêler nos voix à celles de nos frères des autres diocèses qui souffrent terriblement de la situation d´apartheid liturgique. Comment ne pas penser à nos frères de Reims qui depuis des années s´adressent respectueusement, mais en vain, à leur évêque pour avoir une chapelle pour la communauté traditionnelle ? Comment ne pas penser aux fidèles de Chartres, d'Annecy, d'Orléans ou de Coutances et de bien d´autres diocèses de France qui, malgré les demandes, ne sont pas reçus ou sont menés en bateau depuis des années ? Que faut-il faire, nous demandent-ils, puisque le dialogue chrétien nous est refusé par notre évêque ? Que faut-il faire pour ne plus être appréhendés comme des lépreux ?

Loin de Paix liturgique l´idée de se substituer aux associations ou mouvements déjà existants. C´est clairement aux fidèles de chaque diocèse de s´adresser à leur évêque, leur père, pour obtenir de lui la paix des coeurs. Nous désirons simplement communiquer largement, informer avec précision, publier des témoignages et instaurer ainsi un début de dialogue partout où la sensibilité des familles attachées à la liturgie traditionnelle de l´Eglise n´est pas reconnue.

L´instauration d´au moins une église par diocèse pour la célébration de la liturgie traditionnelle est nécessairement un minimum pour qui souhaite répondre à l´appel du Saint-Père de faire une application « large et généreuse » du Motu Proprio « Ecclesia Dei ». Nous sommes hélas bien loin du compte quand on sait qu´environ la moitié des diocèses de France ne disposent pas même d´un simple oratoire pour ces familles… En effet, dans un diocèse de France sur deux, la messe traditionnelle n´est pas célébrée dans le cadre du Motu Proprio « Ecclesia Dei » et ce malgré la forte demande des familles depuis presque vingt ans ; et encore, dans les diocèses où elle l´est, les autorisations ne visent-elles souvent que la seule messe dominicale !

Que dire encore de tous ces diocèses où la liturgie traditionnelle n´est célébrée qu´un dimanche sur deux, comme c´est le cas par exemple à Troyes (10), à Bourges (18), à Autun (71), à Corbeil (91) ou à Castres (81), quand ce n´est pas qu´un dimanche par mois comme par exemple à Biarritz (64) ou à Limoges (84) ou des diocèses où toute activité est interdite en dehors de la messe, ce qui empêche la naissance d´une véritable communauté chrétienne ? Les fidèles de sensibilité traditionnelle ne sont-ils donc pas chrétiens chaque jour de leur vie et n´ont-ils pas besoin d´aller à la messe au moins chaque dimanche ? Toutes ces situations sont irrespectueuses des personnes, empêchent toute vie chrétienne stable et sont autant d´obstacles à l´intégration véritable de ces familles dans le tissu diocésain local.

En réalité, il n´y aura pas de vraie paix liturgique si l´on ne respecte pas les réalités géographiques des diocèses. Est-il compréhensible par exemple qu´à Paris même, en dépit du très grand nombre de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, les besoins dans le centre et l´ouest ne soient pas pris en compte ? Est-il compréhensible également qu´en dépit d´une forte demande, aucun lieu de culte ne soit affecté à la liturgie tridentine dans la zone de Mantes-la-Jolie dans le diocèse de Versailles ? Est-il compréhensible qu´il n´y ait rien dans cette grande zone du diocèse de Versailles alors que nos frères de la Fraternité Saint Pie X disposent dans ce secteur d´un grand prieuré, de trois lieux de culte et d´une école ? Que penser de Créteil où il n´existe qu´une chapelle très excentrée ne répondant pas aux besoins d´une grande partie du diocèse, de Saint-Denis où n´est présente que la Fraternité Saint Pie X... ?

Une application « large et généreuse » du Motu Proprio « Ecclesia Dei » implique finalement l´instauration d´un lieu de culte dans chaque arrondissement où une demande se manifeste. Cela nous semble la seule solution charitable pour que cessent les irritations réciproques et que puisse se mettre en oeuvre une véritable unité des chrétiens autour de leurs pasteurs. Cette réconciliation est possible et le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, lors de son homélie prononcée le 11 septembre dernier au cours de la célébration eucharistique inaugurale de la rencontre de Sant´Egidio, nous a montré la voie en expliquant ce que doit être une véritable réconciliation « … la clé des retrouvailles que désirent si ardemment tous les baptisés se trouve dans le pardon […] Il n´y a pas là matière à option. Les cent deniers, ces blessures que nous nous sommes infligées au long de l´histoire, doivent évidemment disparaître quand nous pensons aux dix mille talents de la Rédemption, où Jésus nous a aimés jusqu´à l´extrême, jusqu´à la folie [...] La rencontre que nous allons vivre ces jours-ci à Lyon, avec nos frères aînés, les juifs, avec les musulmans et les artisans de paix des grandes religions du monde nous en fait un devoir encore plus impérieux. C´est à l´amour que nous aurons les uns pour les autres que tous nous reconnaîtront pour ses disciples. Il faut que nous revenions et demeurions dans l´unité du Père et du Fils, pour que le monde croie que Jésus est l´envoyé du Père... » Comment ne pas être saisi par ce magnifique programme ? Ce programme, s´il est honnête, s´il est authentique, ne doit-il pas commencer à être appliqué vis-à-vis des catholiques attachés à la liturgie traditionnelle de l´Eglise qui supplient leurs évêques de respecter leur sensibilité ? Ne pourrait-il pas s´appliquer aussi à nos frères de la Fraternité Saint Pie X ? Ce qui est possible avec nos frères séparés et ceux des religions non chrétiennes ne peut-il pas l´être à l´intérieur même de l´Eglise catholique ?

Il est temps de répondre à l´appel du Saint-Père. Pour notre part, voici notre seul souhait, voici pourquoi nous allons continuer à oeuvrer pour qu´enfin triomphe l´authentique paix liturgique au sein de nos églises.

Sylvie Minpontel au nom de tous les membres de Paix liturgique des Hauts-de-Seine et d'ailleurs.

Vie de l'association
Le dimanche 11 septembre nous avons réunis le bureau de Paix liturgique auquel nous avons associé les représentant de 17 diocèses. C’est au cours de cette assemblée que nous avons pris les orientations que nous présentons dans cette lettre de rentrée. Nous remercions Sylvie Mimpontel d’avoir accepté de coordonner nos travaux pour au moins une année !

Bonnes Nouvelles
Parmi les « Bonnes nouvelles » que nous procure cette rentrée 2005, nous retenons l'arrivée de 18 nouveaux séminaristes au séminaire de l’Institut du Christ-Roi. Nous ne manquerons pas de vous communiquer les bonnes nouvelles que nous attendons de la fraternité Saint-Pierre et des autres communautés traditionnelles…

Un aperçu de cette belle rentrée : http://www.icrsp.com/accueil.htm

Texte de la semaine
Le Cardinal George Pell, Archevêque de Sydney, a dit en français lors des vêpres dans le rit romain traditionnel qu'il est venu célébrer avec Juventutem :
"Je suis content d'être ici, car le rit latin ancien est une des plus belles choses de toute la civilisation occidentale. Et je suis très content que ce rit ancien ait sa place dans l'Eglise aujourd'hui. Je suis content car ce rit vous aide à aimer Dieu et à vous aimer les uns les autres. Dans ce rit ancien toujours nous voyons que notre prière est un acte d'adoration. Il est impossible de voir une célébration comme ces vêpres comme quelque chose d'horizontal. Nous avons seulement une Eglise, dont le successeur de Pierre est le Chef, avec les successeurs des Apôtres les évêques, et cette unité est très importante pour la vie de l'Eglise (...)".

Courrier des lecteurs

► Les gentilles conversations ne servent à rien

« Si j’en avais l’age je ferai à Reims ce que vous avez fait à Nanterre, car manifestement nos gentilles conversations avec notre évêque n’ont servi à rien…»

J. V. (Reims)

 ► Renaissance du catéchisme
« Nous apprécions les jeunes prêtres de la génération Jean-Paul II qui arrivent dans nos paroisse, avec eux nous collaborons parfaitement à la renaissance d’un catéchisme qui n’est pas seulement une catéchèse… Mais combien de temps faudra-t-il pour que nous retrouvions la possibilité de prier comme nous en avons besoin ? »

P. M. (Strasbourg)
► Inertie de notre évêque 
Isolés dans notre province nous nous sentons bien démunis devant l’inertie de notre évêque… que pouvons-nous faire lorsque la bienveillance et un réel désir de paix n’est pas au rendez-vous ? Aussi nous prions pour le succès de vos entreprises afin que même les exclus de notre genre puissent espérer pouvoir un jour vivre leur foi, en communion avec leur diocèse, au rythme de la liturgie traditionnelle…

M. B. (Mende)
► Soutien 
Je vais chaque dimanche à la messe de Vatican II dite de Paul VI, mais je soutiens entièrement votre mouvement. Bien cordialement,
E. H. D. (Sceaux)

Qui sommes-nous ?
► Ce que nous sommes ?

- Des catholiques romains attachés à leur Eglise.
- Des fidèles attachés au Saint-Père.
- Des diocésains qui respectent leur évêque et qui attendent beaucoup de lui comme des enfants de leur père.
- Des croyants soucieux de respecter l’enseignement de l’Eglise conformément aux définitions qui ont été renouvelées par le catéchisme de l’Eglise catholique publié par Jean Paul II en 1992.
- Des chrétiens très nombreux qui désirent vivre leur foi catholique dans l’Eglise au rythme de la liturgie traditionnelle comme le pape l'autorise, notamment depuis la promulgation du motu proprio Ecclesia Dei en 1988.

► Ce que nous désirons ?

- Une application « large et généreuse » des privilèges accordés par l'Eglise en faveur des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle.
- C’est-à-dire la mise en place au sein de notre grand diocèse de trois églises (la surenchère ne nous intéresse pas), qui correspondent aux trois secteurs de la pastorale diocésaine.
- Il est nécessaire que ces lieux soient des églises où sera célébrée chaque dimanche et fêtes la liturgie traditionnelle selon le missel de 1962.
- L’enseignement de la foi catholique selon les schémas définis par le catéchisme de l’Eglise catholique publié par le Vatican en 1992.
- L’accès pour tous aux sacrements de la Sainte Eglise.
- La possibilité de développer dans la paix toutes les oeuvres chrétiennes nécessaires aux besoins des fidèles (scoutisme, patronage, chorale, Conférences Saint Vincent de Paul, Domus Christiani,  récollections, pèlerinage...)
- Ces communautés en communion avec l’évêque doivent être dirigées par des prêtres bienveillants, soucieux de paix et de réconciliation.

► Pourquoi nous le désirons ?

- Les querelles dans l’Eglise doivent cesser.
- C’est notre sensibilité et le pape a demandé que cette sensibilité soit accueillie et respectée.
- Au moment où l’Eglise traverse en France une crise grave, il est urgent de mettre en œuvre une réconciliation entre tous les fidèles : les fidèles des paroisses, les catholiques qui vivent leur foi au sein des communautés « Ecclesia Dei » en dehors du diocèse et ceux qui, pour des raisons diverses, ont préféré suivre le mouvement de Monseigneur Lefebvre.
- C’est par ce moyen et lui seul que se renoueront des liens de dialogue, de charité fraternelle et de respect et que cesseront les invectives.
- C’est surtout répondre au précepte évangélique d’agir en tout pour l’unité des catholiques malgré leurs différences et leurs diversités.

C’est ainsi que l’on pourra véritablement prétendre favoriser l’oecuménisme et entreprendre tous ensemble la nouvelle évangélisation réclamée par l'Eglise.

[...]

18 septembre 2005

[Aletheia n°81] Rome et la FSSPX en dialogue

Aletheia n°81 - 18 septembre 2005

Rome et la FSSPX en dialogue

Outre une conférence devant des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Fellay a rendu compte de sa rencontre avec Benoît XVI dans un entretien accordé à DICI (www.dici.org) et publié le 17 septembre. En voici la reproduction intégrale :

"Le devoir de faire reconnaître la place de la Tradition dans l’Église"

DICI : Monseigneur, vous avez demandé au pape Benoît XVI une audience qui a eu lieu le 29 août dernier. Quel était le sens de votre démarche ?

Mgr Fellay : Nous avons souhaité rencontrer le Saint-Père parce que nous sommes catholiques et que, comme tout catholique, nous sommes attachés à Rome. En demandant cette audience nous voulions montrer que nous sommes catholiques. Tout simplement.

Notre reconnaissance du pape ne se limite pas seulement à la mention de son nom au canon de la messe par tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Il est normal que nous marquions notre déférence en tant que catholiques romains. Catholique veut dire universel, et le Corps mystique de l’Église ne se réduit pas à nos chapelles.

Il y a également de notre part le dessein de rappeler au nouveau Souverain Pontife l’existence de la Tradition ; le souci de lui rappeler que la Tradition c’est l’Église et que nous incarnons de façon tout à fait vivante la Tradition de l’Église. Nous voulons montrer que l’Église serait plus forte dans le monde d’aujourd’hui si elle maintenait la Tradition. Ainsi nous souhaitons apporter notre témoignage : si l’Église veut sortir de la crise tragique qu’elle traverse, la Tradition est une réponse, voire la seule réponse à cette crise.

DICI : Comment s’est déroulée cette audience ?

Mgr Fellay : L’audience a eu lieu dans la résidence d’été des papes à Castel Gandolfo. Prévue à 11 h 30, elle a débuté effectivement à 12 h 10 dans le bureau du Souverain Pontife. Celui-ci accorde habituellement une audience de quinze minutes à un évêque. Pour nous cela a duré trente-cinq minutes. Cela signifie, disent les spécialistes du Vatican, que Benoît XVI a voulu montrer l’intérêt qu’il porte à ces questions.

Nous étions quatre : le Saint-Père et le cardinal Castrillon Hoyos, l’abbé Schmidberger et moi. La conversation s’est déroulée en français - contrairement à certaines sources qui annonçaient qu’elle se tiendrait en allemand - ; elle a été conduite par le pape dans une atmosphère bienveillante. Lui-même a énoncé trois difficultés en réponse à la note que nous lui avions fait parvenir un peu avant l’audience. Benoît XVI en avait pris connaissance et il n’a pas été nécessaire de reprendre les points évoqués dans cette note.

Nous y faisions une description de l’Église en citant "l’apostasie silencieuse" de Jean-Paul II, "le bateau qui prend l’eau de toute part" et "la dictature du relativisme" du cardinal Joseph Ratzinger, avec en annexe des photos de messes toutes aussi scandaleuses les unes que les autres.

Nous donnions également une présentation de la Fraternité avec des chiffres et diverses réalisations. Nous citions deux exemples d’actions menées par la Fraternité dans le monde actuel et l’attitude invraisemblable des épiscopats locaux à leur endroit : le procès en Argentine qui obtint l’interdiction de la vente des contraceptifs, qui nous vaut le qualificatif de terroristes de la part de l’évêché de Cordoba, et la dénonciation de la gay-pride de Lucerne qui se termina dans une église catholique par un office protestant dans l’indifférence totale de l’évêque.

Enfin nous formulions nos demandes : changer le climat d’hostilité à l’égard de la Tradition, climat qui rend la vie catholique traditionnelle - y en a-t-il une autre ? - à peu près impossible dans l’Église conciliaire, en donnant une pleine liberté à la messe tridentine, faire taire le reproche de schisme en enterrant les prétendues excommunications, et trouver une structure d’Église pour la famille de la Tradition.

DICI : Est-il possible de connaître les difficultés soulevées par Benoît XVI ?

Je peux seulement les évoquer. Dans un premier temps, le Saint Père a insisté sur la reconnaissance effective du pape et l’a reliée à la situation de nécessité invoquée pour le sacre des évêques par Mgr Lefebvre et pour notre activité subséquente.

Ensuite Benoît XVI a précisé qu’il n’y avait qu’une manière d’être dans l’Église catholique : c’est d’avoir l’esprit de Vatican II interprété à la lumière de la Tradition, c’est-à-dire dans l’intention des pères du concile et selon la lettre des textes. C’est une perspective qui nous effraie passablement…

Enfin il nous faudrait, pense le Souverain Pontife, une structure qui nous convienne pour le rite traditionnel et certaines pratiques extérieures, - sans pour autant nous protéger de l’esprit du concile que nous devrions adopter.

DICI : Le communiqué du Vatican à l’issue de l’audience parle d’une "volonté de procéder par étapes et dans des délais raisonnables". Que faut-il entendre par cette expression ?

Mgr Fellay : Le pape n’a pas voulu aborder les problèmes, mais simplement les esquisser. Or il faudra bien, dans un premier temps, répondre à l’exigence du droit de cité de l’ancienne messe pour ensuite aborder les erreurs du concile, car nous y voyons la cause des maux actuels, cause directe et pour une part indirecte.

Bien sûr, nous irons pas à pas. Il faut apporter sur le concile un éclairage différent de celui qui est donné par Rome. Tout en dénonçant les erreurs, il est indispensable de montrer leur suite logique, leur incidence sur la situation désastreuse de l’Église aujourd’hui, sans toutefois provoquer une exaspération qui entraînerait une rupture de la discussion. Cela nous oblige donc à procéder par étapes.

À propos des délais raisonnables, il se dit à Rome que des documents pour les communautés rattachées à la Commission Ecclesia Dei sont en préparation, quelque chose de nouveau, du jamais vu encore. "Attendons et voyons !" Il est certain que le pape a la volonté de régler rapidement cette situation.

Pour être tout à fait juste, je voudrais apporter ici une précision. En effet, il faut bien considérer la situation dans laquelle se trouve le pape. Il est coincé entre les progressistes et nous : s’il vient à libéraliser la messe sur notre seule demande, les modernistes se dresseront en disant que le pape a cédé aux traditionalistes. Nous apprenions ainsi de Mgr Ricard qu’en 2000, lui-même, le cardinal Lustiger et l’archevêque de Lyon s’étaient précipitamment rendus à Rome pour bloquer toute avance faite à la Fraternité, en brandissant la menace d’une rébellion. Nous savons que les évêques allemands ont agi de la même manière lors des J.M.J. de Cologne : "C’est eux ou nous". Il faut comprendre : "S’ils sont reconnus, nous sortons de l’Église et nous faisons schisme".

De telle sorte que le pape ne pouvait pas, au cours de l’audience, nous donner verbalement l’assurance qu’à l’automne, par exemple, la messe serait libéralisée. Toute promesse de sa part faite à la Fraternité en ce sens l’exposerait infailliblement à la pression exercée par les progressistes. Nous aurions alors recueilli les vues d’un pape contre une majorité d’évêques enclins à la sécession. Cela n’est pas envisageable dans la débâcle actuelle, même avec la volonté d’une certaine restauration. Pour ma part, je pense que seule une libéralisation limitée sera éventuellement concédée.

DICI : La presse s’est fait l’écho de divisions au sein de la Fraternité Saint Pie X. Qu’en est-il précisément ?

Mgr Fellay : L’annonce de cette audience accordée par le pape a provoqué un véritable tumulte dans les médias. Ils ont fait beaucoup de bruit, tentant de montrer des divisions dans la Fraternité parmi les quatre évêques. Les journalistes ont également propagé les menaces adressées au pape par les progressistes : "Libérer la messe c’est désavouer Paul VI et la réforme liturgique".

Mais je puis vous affirmer qu’à l’intérieur de la Fraternité Saint Pie X les quatre évêques sont à l’unisson au sujet des rapports avec Rome, et que Mgr Williamson, dont le nom a été cité, n’est pas "sédévacantiste". Les médias n’ont pas d’inquiétude à avoir. Malheureusement pour eux, c’est un hors sujet !

DICI : Monseigneur, qu’espérez-vous maintenant ?

Mgr Fellay : Il y a une espérance chez certains cardinaux à Rome de voir la Tradition reconnue. Nous l’espérons également. Nous espérons en particulier une entière libéralisation de la messe, mais cela risque fort de ne pas être pour demain. Nous aurons alors le devoir de faire reconnaître la place de la Tradition dans l’Église, en évitant de susciter les mauvaises interprétations que l’on donne d’elle.

Il faudra faire admettre aux autorités romaines que nous ne pouvons suivre sans de sérieuses restrictions l’interprétation que l’on donne du concile et l’œcuménisme tel qu’il est pratiqué. Au fond, ce que nous espérons, c’est de faire comprendre un jour la raison d’être de la Tradition.


Le jour même où étaient connues ces déclarations de Mgr Fellay, un autre évêque de la FSSPX, Mgr Williamson, rendait publiques des “ Réflexions pour le mois de septembre ” (texte original anglais et “ version française par l’auteur ” disponibles sur qien.free.fr).

Ces “ Réflexions ” se terminent ainsi : “ …tant que les autorités de notre Mère, l’Église, souffrent la lèpre de l’hérésie néo-moderniste, prions Dieu pour que nous gardions l’équilibre juste, en nous éloignant d’eux ni trop peu, car ils ont la lèpre, ni trop, car l’Église reste notre Mère. C’est un équilibre délicat, mais les quatre évêques de la Fraternité entendent unanimement le garder. Dieu aidant, et sa Très Sainte Mère. ”

Y A-T-IL ENCORE UN “ ETAT DE NECESSITE ” ?

Sans prétendre commenter ces déclarations épiscopales, et encore moins s’immiscer dans un dialogue que le Saint-Père a accepté de réengager, on relèvera quelques points des réponses de Mgr Fellay à DICI :

• L’attachement à Rome et la reconnaissance de l’autorité du Souverain Pontife sont affirmés d’emblée par le Supérieur général de la FSSPX. C’est un rappel de doctrine et de discipline qui, semble-t-il, n’est pas destiné seulement à rassurer le Saint-Siège. Il s’adresse aussi, sans doute, aux prêtres de la FSSPX qui refusent de mentionner le nom du pape au canon de la messe. Ces prêtres “ non una cum ” sont une minorité au sein de la FSSPX – Mgr Lefebvre, en son temps, avait sanctionné ceux qui refusaient de nommer le pape au canon. Mais les fidèles qui assistent à la messe dans un prieuré de la FSSPX ne savent pas, parfois, si le pape est nommé ou non dans le canon.

• Mgr Fellay indique que Benoît XVI a évoqué, dès les débuts de l’entretien, “ la situation de nécessité invoquée pour le sacre des évêques par Mgr Lefebvre ”.

En effet, l’argument de nécessité était revenu souvent, lors de l’ “ année climatérique ” (J. Madiran), dans les déclarations de Mgr Lefebvre pour justifier les sacres épiscopaux qu’il allait accomplir :

“ la Fraternité et son histoire manifestent publiquement cette nécessité de la désobéissance pour demeurer fidèles à Dieu et à l’Église ” (Lettre aux anciens du Séminaire d’Ecône, le 29 mars 1988) ;

“ la nécessité absolue d’avoir des autorités ecclésiastiques qui épousent nos préoccupations et nous aident à nous prémunir contre l’esprit de Vatican II et l’esprit d’Assise ” (Lettre au pape, le 2 juin 1988) ;

“ la nécessité absolue de la permanence et de la continuation du sacrifice adorable de Notre Seigneur pour que ”son Règne arrive” ” (Lettre aux futurs évêques, le 29 août 1987, rendue publique en juin 1988).

Cette nécessité – au sens philosophique, opposé à contingence – était définie aussi par Mgr Lefebvre comme une “ contrainte par la Providence ”.

Aujourd’hui, Benoît XVI affirme à Mgr Fellay que l’argument de l’état de nécessité ne peut plus être employé pour justifier la désobéissance et la séparation.

• La “ structure d’Église ” à accorder à la FSSPX, c’est-à-dire le statut canonique à lui reconnaître, ne semble pas poser un problème insurmontable. Une plus grande libéralisation de la messe traditionnelle semble aussi, selon d’autres sources, pouvoir intervenir lors du prochain synode sur l’Eucharistie, en octobre prochain.

Reste la question du concile Vatican II. Benoît XVI a affirmé, rapporte Mgr Fellay, “ qu’il n’y avait qu’une manière d’être dans l’Église catholique : c’est d’avoir l’esprit de Vatican II interprété à la lumière de la Tradition ”. “ Perspective ” effrayante commente Mgr Fellay.

On remarquera, néanmoins, que Mgr Fellay ne rejette pas tout le concile Vatican II en tant que tel. Il parle certes des “ erreurs du concile ” mais aussi, d’une manière plus limitée, des “ sérieuses restrictions ” à faire à “ l’interprétation ” du concile. L’abbé Schmidberger, premier assistant général de la FSSPX et qui participait à la rencontre du 29 août, avait évoqué déjà “ beaucoup de déformations nées du concile Vatican II et à une certaine façon de comprendre l’œcuménisme et la liberté de religion ” (déclaration à l’agence APIC le 30 août 2005). “ Mauvaise interprétation ” et “ déformations ” ne signifient pas rejet entier.

On en reviendrait ainsi à un des points de l’accord, éphémère, du 4 mai 1988 : “ À propos de certains points enseignés par le concile Vatican II […] et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique. ”