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3 janvier 2006

[Mgr Williamson, fsspx] "Si la crise de l’Eglise ne cesse de s’aggraver..."

Mgr Williamson, fsspx - 3 janvier 2006

La Reja, Argentine

3 janvier 2006

Réflexions , Janvier 2006

Si la crise de l’Eglise ne cesse de s’aggraver, comme c’est le cas pour le moment, il y a de plus en plus de Catholiques voulant garder la Foi que vont être tentés de se faire « sédévacantistes », c'est-à-dire, de croire qu’il n’y a plus eu de vrai Pape sur le Siège de Pierre depuis, par exemple, la mort de Pie XII en 1958. Dans l’espoir de diminuer plutôt que d’augmenter la confusion de ces Catholiques pour un avenir immédiat qui s’annonce difficile, puis-je présenter la raison double pour laquelle je n’ai jamais été moi-même sédevacantiste ?

Le problème principal, évidemment, c’est le libéralisme des cinq derniers Papes en particulier (Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I et II, Benoît XVI). Au lieu de résister au monde moderne et anti-catholique, ceux-ci ont cru bon s’adapter plus ou moins à ces erreurs. Le résultat –c’était prévisible– a été la décomposition de l’Eglise, au point où on peut craindre que dans quelques années il n’y restera plus grande chose debout. Alors comment est-ce possible que deux, trois, cinq Vicaires du Christ –Vicaires du Christ ! – aient pu être de si mauvais Pasteurs de l’Eglise Universelle ? « Ce n’est pas possible », disent les ‘sédévacantistes’. – « Ils n’ont pas pu être de vrais Papes ! »

Observons d’abord que cette réaction, souvent indignée, procède de la Foi. Si l’on ne croyait pas dans l’Eglise et dans la papauté en particulier, c’est évident qu’on n’éprouverait aucune difficulté à admettre que des Papes puissent être des fossoyeurs de l’Eglise. Mais en même temps observons que c’est identiquement le même argument qui pousse et les Catholiques libéraux à se faire Libéraux, et les Catholiques ‘sédévacantistes’ à se faire ‘sédévacantistes’ : - (Majeure) Le Pape est infaillible. (Mineure) Or, ces derniers Papes sont libéraux. (Conclusion libérale) Donc il faut se faire libéral. (Conclusion ‘sédévacantiste’) Donc ces « Papes » ne sont pas de vrais Papes.

D’où il paraît que les ‘sédévacantistes’ ne sont pas toujours aussi anti-libéraux qu’ils le pensent ! En effet, dans le cours des dernières 30 années, on a vu des ‘sedevacantistes’ éminents sombrer étonnamment dans le libéralisme, et également des libéraux sombrer dans le sédévacantisme. Un Catholique ne réfléchira jamais assez sur cette relation surprenante entre le ‘sédévacantisme’ et le libéralisme : ce sont souvent comme face et pile de la même pièce de monnaie.

Or, dans l’argument cité ci-dessus, la logique est bonne, la Mineure est bonne, alors le problème se situe dans la Majeure, en l’occurrence, l’exagération de l’infaillibilité du Pape. Et nous arrivons à ma double raison : c’est voir trop humainement les choses de Dieu que de faire tant dépendre des hommes la Vérité et l’Eglise de Dieu.

Quant à la Vérité, la vérité naturelle se lit dans la nature des choses créées, et toutes les bêtises et fantaisies des hommes ne peuvent changer ce qui s’y trouve, ce qui s’y lit. Quant à la vérité surnaturelle, elle existe depuis l’éternité, inaltérable dans l’Esprit divin ; elle n’a été que révélée par Notre Seigneur Jésus Christ qui en tant qu’homme dit à maintes reprises qu’Il lui est soumis ; elle n’est que transmise par les Apôtres depuis, avec leurs successeurs et avec les Papes en tête. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas », dit Notre Seigneur (Mc XIII, 31).

Et alors ne nous affolons pas outre mesure si ses instruments humains, y compris les Papes, défaillent même gravement dans la transmission de cette Vérité, dans la défense de cette Eglise. Cette Vérité et cette Eglise viennent de Dieu et à Lui elles appartiennent. C’est Dieu qui a choisi de les mettre entre les mains d’hommes bien capables de les faire péricliter, mais comment pourrait-il embellir son Ciel avec les grands héros de son Eglise si en même temps d’autres ne pouvaient la trahir ? Et si d’aucuns la mettent en péril, pensons-nous que Dieu ne sait pas exactement doser le péril, du côté des pasteurs comme des brebis, pour le bien des élus ? Pour qui le prenons-nous ? « Ma main s’est-elle raccourcie et devenue si faible que ne puisse pas racheter ? » dit le Seigneur (Is. L, 2).

Patience ! Ce n’est pas parce que ces derniers Papes chancellent que nous devons absolument les suivre ni absolument les honnir. En toute tranquillité, prions pour eux, car c’est par eux au moment micro-minuté de Dieu qu’Il va intervenir pour redresser le principe d’autorité, seul capable de sauver l’Eglise et le monde.

Mère de l’Eglise, intercédez pour les Vicaires de votre Fils !

1 janvier 2006

[Aletheia n°86] René Rancœur (1910-2005)

Aletheia n°86 - 1er janvier 2006

René Rancœur (1910-2005)

Au terme d’une longue maladie, René Rancœur est mort le 28 décembre dernier, dans sa 96e année, à son domicile parisien. Il laissera le souvenir d’un érudit modeste, d’un grand bibliographe, d’un homme généreux, fidèle à ses convictions catholiques et royalistes.

Il a accompli l’essentiel de sa carrière professionnelle à la Bibliothèque Nationale de France, où il fut Conservateur en chef. Son premier travail bibliographique a été une Bibliographie des travaux publiés sur le centenaire de 1848 en France (1949). À partir de 1953, il fut en charge de la Bibliographie littéraire de la France, monumentale entreprise qu’il poursuivit jusqu’en 1996, année après année, et qui reste une référence incontournable, nommée “ le Rancœur ” par les spécialistes.

René Rancœur apporta aussi une contribution significative, mais restée non connue des lecteurs, à d’autres bibliographies qui sont, aujourd’hui encore, des ouvrages de référence : il collabora, anonymement, à la grande Enciclopedia de orientacion bibliografica, quatre volumes publiés à Barcelone, entre 1964 et 1965, sous la direction du P. Tomas Zamarriego s.j. et à la Nouvelle bibliographie de Charles Maurras, deux volumes publiés, en 1980, à Aix-en-Provence, par Roger Joseph et Jean Forges.

Lorsque la BNF était encore installée dans son site historique de la rue Richelieu, René Rancœur participa à l’organisation de plusieurs grandes expositions et à la rédaction des catalogues qui les accompagnaient. Il fut ainsi un des rédacteurs, et dans certains cas l’unique rédacteur, du catalogue des expositions Huysmans (1948), Péguy (1950), Lamennais (1954), Barrès (1962) et Bernanos (1978).

Son domaine de prédilection fut, sans doute, le XIXe siècle dont il était un parfait connaisseur. Ses travaux personnels et ses recherches dans diverses archives, privées ou publiques, l’amenèrent à publier plusieurs études sur le comte de Falloux, sur Dom Guéranger et à éditer diverses correspondances.

Érudit maurrassien

René Rancœur, angevin de naissance, était un royaliste de conviction. Étudiant, il avait fréquenté assidûment l’Action française et il est resté fidèle à son combat jusqu’à la fin.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le journal L’Action française, qui s’était “ replié ” à Lyon, fut interdit en zone occupée – même les historiens semblent l’avoir oublié. Son patriotisme, sa position politique (“ la seule France ”, la “ ligne de crête ”) ne pouvaient pas s’accorder avec l’occupant allemand. En zone occupée, les sections locales du mouvement monarchiste recevaient clandestinement des numéros du journal et s’efforçaient de le diffuser dans la discrétion. À cette époque, René Rancœur était en poste à Nantes, comme professeur de lycée. Pendant toutes ces années 40-44, il lira avec attention L’Action française : quand il ne pouvait conserver l’exemplaire du journal qu’il avait pu se procurer, il recopiait à la main des articles entiers de Maurras ou il en faisait des copies dactylographiées en plusieurs exemplaires qu’il distribuait à d’autres lecteurs. Il collabora aussi, à cette époque, au quotidien nantais L’Express.

Après-guerre, ses fonctions à la Bibliothèque Nationale l’obligeront à un devoir de réserve. Mais sa fidélité à l’Action française restait entière. Le quotidien du même nom avait cessé de paraître en août 1944. Lui succéda, en juin 1947, un bimensuel intitulé Aspects de la France et du monde. Ce bimensuel devint hebdomadaire à partir du 25 novembre 1948, c’est à partir de cette date que René Rancœur apporta sa collaboration sous le pseudonyme de Georges Narcy. Cette collaboration dura jusqu’au début des années 1990. La plupart des articles qu’il y publia avaient trait à l’histoire de l’Action française, surtout dans ses rapports avec l’Eglise. À l’occasion des ouvrages ou des articles qu’il recensait, René Rancœur savait apporter les rectifications, les rappels et les précisions qui s’imposaient. Loin d’être des recensions qui n’apportent rien de neuf au sujet, ses articles ajoutaient à la connaissance du sujet évoqué.

René Rancœur fut actif aussi dans les études maurrassiennes en présentant des communications aux “ Colloques Charles Maurras ” organisés, à partir de 1968, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, sous la direction de Victor Nguyen et de Georges Souville. René Rancœur a notamment pris une part essentielle au Ve colloque, organisé en 1976 : “ La condamnation de l’Action française par l’Eglise catholique ”, et dont les actes, publiés en 1986 seulement, en deux gros volumes, et enrichis par lui de nombreux documents, forment un ensemble essentiel pour mieux comprendre la condamnation romaine de l’Action française en 1926 et la levée des sanctions de 1939.

René Rancœur a également œuvré, par un très lourd travail, à l’édition du livre, tragiquement posthume, de Victor Nguyen : Aux Origines de l’Action française (Fayard, 1991, 958 pages) ; monument impressionnant sur la généalogie intellectuelle d’une œuvre et d’un mouvement.

La romanité

Dès avant-guerre, René Rancœur avait été en relations étroites avec le chanoine Henri Lusseau (1896-1973), professeur à l’Université catholique d’Angers. Le chanoine Lusseau fut, avec d’autres prêtres de cette génération (l’abbé Berto, l’abbé Luc J. Lefèvre, et d’autres) un des représentants de l’esprit “ romain ” dans la France de l’après-guerre et de l’avant-concile Vatican II. Cet attachement à la “ romanité ” voyait se conjuguer attachement indéfectible au Saint-Siège et souci d’une grande rectitude doctrinale.

Cet esprit “ romain ” s’exprimera notamment dans une revue, La Pensée catholique, dirigée par le chanoine Lusseau et par l’abbé Lefèvre. La revue paraîtra à partir de 1946, pendant cinquante ans. René Rancœur y collabora dès le premier numéro par un article sur “ l’histoire chrétienne ”. Dans les années 50 aussi, il collabora, de manière régulière mais anonyme, à la Revue des Cercles d’études d’Angers, animée par le chanoine Lusseau.

René Rancœur fut actif encore, mais dans la discrétion, auprès des mouvements catholiques laïcs : la “ Cité catholique ” de Jean Ousset, puis l’ “ Office international des œuvres de formation civique et d’action doctrinale selon le droit naturel et chrétien ” qui lui fera suite.

René Rancœur, qui connaissait bien l’Italie, sa culture et sa langue, traduisit en français, avec Maurice Valuet et Nicolas Lancien, un ouvrage du cardinal Ottaviani, Il Baluardo. L’ouvrage, traduit sous le titre L’Eglise et la Cité (1963), fut composé sur les presses de l’Imprimerie polyglotte vaticane et diffusé en France par l’Office.

Membre, dès l’origine (1964), de l’association Una Voce, “ pour la sauvegarde du latin et du chant grégorien dans la liturgie catholique ”, René Rancœur est resté, indéfectiblement, un catholique de Tradition. La messe de ses funérailles sera célébrée, ce mardi 3 janvier, à 10 heures, en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

La charité en acte

Je ne pourrais terminer cette rapide évocation sans exprimer une reconnaissance de dette. Dès mon premier livre – il y a vingt ans – René Rancœur, que je ne connaissais pas encore, avait été un juge bienveillant et pointilleux à la fois. Lorsque, plus tard, je préparais une biographie de Maurras – qui parut en 1991 – j’étais allé le voir. Les chroniques signées “ Georges Narcy ” m’avaient montré un érudit de l’histoire maurrassienne, sa rencontre me fit connaître un homme modeste, effacé, qui ne faisait pas étalage de son savoir mais qui savait guider utilement et conseiller.

Plus tard, quand je préparais une biographie de Paul VI, sa connaissance de l’histoire religieuse contemporaine me fut précieuse aussi. Il m’orienta vers des pistes que, sans lui, je n’aurais peut-être pas découvertes. Nous restâmes en relations. Il savait beaucoup de choses et fut un de ces hommes-relais qui, dans l’histoire intellectuelle, sont aussi importants, mais moins visibles, que les auteurs qui multiplient livres et articles.

En 1999, déjà très affaibli par la maladie qui ne devait l’emporter que six ans plus tard, “ ne pouvant plus travailler ” me dit-il, il dispersa sa bibliothèque. Il m’invita à venir choisir “ les livres qui pouvaient m’être utiles ”, dans le domaine de l’histoire religieuse et dans celui des études maurrassiennes. Même pour quelqu’un qui avait déjà beaucoup de livres, la bibliothèque de René Rancœur était d’une richesse exceptionnelle.

Au cours des différentes visites que je lui fis alors, c’est lui qui m’encourageait à prendre telle ou telle collection de livres, de revues, de dictionnaires, d’articles rassemblés en dossiers. Il me confia aussi des archives, des notes de travail, pensant que cela pourrait “ me servir ”.

Combien de fois depuis ai-je utilisé des instruments de travail, français, italiens ou espagnols, que je dois à René Rancœur ? À chaque fois, une pensée me ramenait à lui – et me ramènera à lui –, à sa méticulosité de bibliothécaire et de parfait bibliographe, à sa vraie humilité et à sa générosité en acte.

Deux livres d’Annie Laurent

Annie Laurent, spécialiste du Moyen-Orient, où elle a séjourné plusieurs années, a beaucoup réfléchi sur les rapports entre islam et christianisme. Elle a publié notamment un ouvrage collectif sur le sujet : Vivre avec l’Islam ? Réflexions chrétiennes sur la religion de Mahomet (éditions Saint-Paul, 1996). Elle a signé ces derniers mois deux livres importants qui méritent d’être lus :

• Sous le titre Dieu rêve d’unité. Les catholiques et les religions : les leçons du dialogue (Bayard, 216, 20 euros), elle publie un livre d’entretiens avec Mgr Fitzgerald .

Mgr Michael Fitzgerald est, depuis 2002, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Les entretiens qu’il a eus avec Annie Laurent permettent d’éclairer un champ d’action de l’Eglise qui, depuis le concile Vatican II, s’est beaucoup développé et a donné lieu aussi à de nombreuses critiques. Sous le feu serré des questions d’Annie Laurent, Mgr Fitzgerald apporte des éclaircissements et des mises au point qu’on ne trouve pas forcément dans les documents officiels. Ses réponses permettent aussi de mieux comprendre le sens de certaines initiatives du pontificat de Jean-Paul II (les rencontres d’Assise, par exemple).

Mgr Fitzgerald explique ainsi : “ le dialogue interreligieux ne peut viser l’unification des religions. Si l’on peut trouver, dans les diverses croyances, des points communs, ceux-ci ne sauraient suffire comme base pour une unité de foi. Le jugement appartient à Dieu, principe d’unité, qui réalisera l’unité religieuse de l’humanité selon son bon plaisir ” (p. 22).

Parfois Mgr Fitzgerald est trop rapide quand il s’agit d’expliquer certaines initiatives qui ont choqué des catholiques (par exemple, p. 85, quand il essaie d’expliquer pourquoi Jean-Paul II a baisé un exemplaire du Coran en mai 2000). En revanche, quand, plus loin (p. 124), il est interrogé sur le statut théologique de l’Islam, il expose comment le Coran ne s’inscrit pas dans “ la Révélation biblique ” et pourquoi l’Islam n’est pas “ une religion révélée ” comme le christianisme.

• Plus récemment, Annie Laurent a publié L’Europe malade de la Turquie (F.-X. de Guibert, 172 pages, 19 euros). À l’heure où la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’Union européenne est à l’étude, le livre d’Annie Laurent s’ouvre par deux citations : l’une du futur Benoît XVI, en septembre 2004 (“ Historiquement et culturellement, la Turquie a peu de choses en commun avec l’Europe ”), l’autre de l’historien Jean-Paul Roux, spécialiste du monde turcophone (“ La Turquie n’est pas européenne. Mais elle s’est toujours voulue européenne ”).

Annie Laurent ne se contente pas d’apporter la démonstration du caractère non-européen de la Turquie, elle invite aussi à une longue plongée dans l’histoire turque, qui a été “ en contraste permanent avec l’Europe ” selon une autre formule du futur Benoît XVI.

La Turquie qui frappe aujourd’hui à la porte de l’Europe est un révélateur sur l’Europe elle-même. Jadis, au XIXe siècle, on disait de la Turquie – l’Empire ottoman – qu’elle était “ l’homme malade de l’Europe ”. Annie Laurent retourne la formule : c’est l’Europe qui est “ malade de la Turquie ”. Ceux qui acceptent de la faire entrer dans l’Union européenne sont ceux qui veulent édifier une Europe sans référence à ses racines chrétiennes. La “ question turque ” révèle une crise d’identité de l’Europe.


Par un courrier en date du 12 décembre 2005, Benoît XVI a bien voulu accorder à l’auteur de Diviniser l’humanité. Anthologie sur la communion fréquente (Editions la Nef, 2005) sa Bénédiction apostolique. Que cette mansuétude du Saint-Père accompagne toute notre année 2006.

31 décembre 2005

[Jeanne Smits et Olivier Figueras, Présent] De la supplique à Benoît XVI au Centre Saint-Paul - Entretien avec l’abbé Guillaume de Tanoüarn

SOURCE - Propos recueillis par Jeanne Smits et Olivier Figueras, Présent  - 31 décembre 2005

Ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, sorti de la Fraternité Saint-Pie X, a créé à Paris le Centre culturel Saint-Paul (12, rue Saint-Joseph, Paris 2e – 01 40 26 41 78). Il vient d’adresser une supplique au Saint-Père pour la défense de la liturgie traditionnelle.

Cette question des relations entre Rome et la Tradition nous a déjà conduits à interroger Mgr Fellay (Présent du 5 novembre 2005), et le cardinal Medina (Présent des 19 et 22 novembre 2005).
— Vous avez adressé, à l’occasion de votre journée réussie du 20 novembre, une supplique à Benoît XVI. Quel en est le sens ?
— J’adresse cette supplique à Benoît XVI en réponse à l’impatience, plus ou moins déguisée, souvent non déguisée, d’un certain nombre de catholiques qui trouvent que le Pape ne va pas assez vite dans le sens d’un retour de la Tradition. Je crois que Benoît XVI, contrairement à ce qu’on a dit au moment de son avènement, n’est pas seulement un pape spirituel, contemplatif, mais qu’il est aussi, et ses antécédents le montrent bien, un pape politique. J’ai voulu donc montrer à travers cette supplique que Benoît XVI ne pouvait pas ne pas faire ce qu’il avait si largement et si audacieusement écrit en tant que cardinal Ratzinger. En tant que cardinal Ratzinger, il a à plusieurs reprises pris la défense du rite traditionnel. En tant que Pape, il pourrait, et je crois que c’est une question de mois, prendre la défense du rite traditionnel dans les mêmes termes qu’il l’a fait lorsqu’il était le théologien de Jean-Paul II. Donc, ce que nous écrivons à Benoît XVI, c’est ce qu’il a lui-même écrit, et ce que nous lui demandons, c’est de répéter ce qu’il a déjà dit. C’est ça le sens de cette démarche.
— Vous êtes prêtre, originaire de la Fraternité Saint-Pie X de laquelle on vous a prié de sortir. Qu’est-ce qui, aujourd’hui fait que vous pensez pouvoir, plus spécialement, adresser cette supplique ?
— Je n’ai pas de contacts personnels avec Rome. J’ai simplement fait partie d’un petit groupe de prêtres qui ont demandé à Rome la levée des sanctions qui les frappaient, et Rome, de façon très magnanime, a répondu dans un rescriptum, c’est le terme juridique, dans une réponse écrite, en levant toutes les sanctions qui nous frappaient. Il me semble que ce recours à Rome s’imposait pour moi une fois mis hors de la Fraternité Saint-Pie X par le supérieur général Mgr Bernard Fellay, puisque c’était une manière de montrer que je n’entendais pas rester une sorte de cavalier seul ecclésiastique, mais que je voulais vraiment inscrire toute mon action pastorale dans le sens de l’Eglise, et dans l’amour de l’Eglise. Et donc dans l’acceptation d’un lien profond avec l’Eglise par l’intermédiaire de la dépendance hiérarchique.
— Et cela s’est fait très rapidement ? Et sans conditions ?
— Cela s’est fait très rapidement, moyennant une déclaration que j’ai signée, déclaration en quatre articles dont j’avais déjà signé les deux premiers pour pouvoir être ordonné prêtre à Ecône (je n’en parlerais donc pas ici), et dont les deux derniers articles concernent l’un le fait que je m’engage à avoir une attitude de critique constructive du concile Vatican II – c’est me semble-t-il ce que j’ai toujours fait, et que j’ai fait en particulier dans ce livre qui s’appelle Vatican II et l’Evangile. Le quatrième article me demande de « préparer les conditions d’une réception authentique du concile Vatican II ». C’est un langage un peu technique : il s’agit d’une lecture du Concile, qui n’est pas infaillible, mais qui est authentique parce qu’elle provient de l’autorité. Mais ce qui est étonnant, c’est ce verbe « préparer ». Rome nous dit aujourd’hui qu’il n’y a pas de réception authentique de Vatican II, et qu’il faut la préparer. Il me semble que c’est ce que j’ai toujours fait ; et que toutes les critiques que j’ai adressées au concile étaient destinées à préparer une future lecture de Vatican II.
— Dans l’inquiétude qui peut être celle d’un certain nombre de fidèles traditionalistes, qui ont une certaine peur des discussions avec Rome, vous avez créé le Centre Saint-Paul, mais vous n’êtes pas directement reconnu dans le cadre diocésain ?
— Je suis un prêtre catholique sur lequel ne pèse actuellement plus aucune sanction, mais j’ai créé non pas une paroisse, qui nécessiterait évidemment une autorisation ou même une incardination, mais un centre culturel, qui ne nécessite directement aucune forme de lien à la hiérarchie diocésaine. Dans ce centre culturel, il est évident que la liturgie est à l’honneur. Mais nous ne cherchons pas à revendiquer le titre de paroisse. Par ailleurs, dans ce centre culturel, nous organisons des cours, des conférences, qui sont ouverts à tous ceux qui veulent avoir une vision plus profonde de leur foi.
— L’accord que vous avez signé est ouvert, au fond, à tout prêtre fidèle à la Tradition. N’y a-t-il pas là déjà une préfiguration de ce qui pourrait être ?
— Ce que je crois, c’est que le fait que Rome nous ait donné si libéralement ce rescriptum marque bien que si les traditionalistes voulaient recevoir quelque chose du Pape, ils le recevraient ; et que si aujourd’hui ils ne reçoivent rien, c’est peut-être qu’ils ne veulent rien recevoir.
— Quel sens donnez-vous donc à « tradi-œcuménisme », que vous employez à l’occasion, et qui peut aller jusqu’à Campos ?
— Je l’emploie à l’occasion parce qu’on m’a beaucoup reproché de le cultiver. Et finalement je me suis identifié à ce qu’on m’a reproché d’être. Ce tradi-œcuménisme, au sens le plus noble du terme, est le regroupement de toutes les forces vives du catholicisme. Car les forces vives du catholicisme existent forcément, et elles vivent forcément autour de la Tradition. Et il me semble que ce serait une erreur de dire que qui que ce soit puisse prétendre être l’Eglise à lui tout seul. Nous avons besoin d’être avec tous ceux qui constituent l’Eglise, qui font vivre l’Eglise, et qui vivent de l’Eglise ; et donc avec tous ceux qui se réfèrent à la Tradition. Et notre rôle est de faire en sorte que cette référence à la Tradition dans l’Eglise latine soit de plus en plus facile.
— Avec, comme but premier, la défense de la liturgie traditionnelle…
— Avec comme but la défense des formes de la Tradition, forme liturgique, forme théologique, forme du catéchisme, car le catéchisme, Jean Madiran le répète assez, a mis longtemps à s’élaborer dans une forme donnée, et ce n’est pas un hasard s’il a aujourd’hui cette forme. Ce sont ces formes qu’il faut transmettre à l’Eglise d’aujourd’hui pour qu’elle en vive. Et finalement, dans notre génération, nous sommes les seuls à avoir reçu ces formes ; c’est donc à nous de les transmettre, nous ne pouvons pas les trahir une seule seconde.
— Finalement, ce tradi-œcuménisme pourrait regrouper des gens aussi divers que la Fraternité Saint-Pie X, les communautés Ecclesia Dei, Campos, voire les Petits Gris, la communauté Saint-Martin…
— Je ne cherche à regrouper personne, mais je vais même aller plus loin : le 1er décembre, j’ai organisé au Centre Saint-Paul un débat avec un orthodoxe bien connu sur la place de Paris, Jean-François Colosimo. L’idée était de se demander : catholiques-orthodoxes, la fracture est-elle irréductible ? Parce qu’au fond l’œcuménisme qu’on a fait à la suite du concile est un œcuménisme marqué par l’esprit des Lumières, et qui cherche à élaborer un plus petit commun dénominateur impossible, introuvable.
L’œcuménisme réel est un œcuménisme qui se fonde sur la richesse de la Tradition. Dans la mesure où nous pouvons considérer que nous avons, avec les orthodoxes, des points communs extraordinaires et inexplicables par l’histoire seule, car la rupture a déjà presque mille ans, il est important de manifester une fidélité commune à la Tradition, en espérant qu’un jour le Bon Dieu nous réunisse. Il ne faut pas oublier que l’unité des chrétiens n’est pas le fait des hommes, l’unité des chrétiens est surnaturelle. Le cardinal Journet l’avait expliqué dans un petit livre, le premier qu’il ait écrit sur l’union des chrétiens, et il se fondait sur des thomistes aussi sérieux que Billuard et Cajetan. L’unité des chrétiens provient de la grâce de Dieu. Elle est donc un fait divin, réalisée dans l’Eglise catholique, et pas un fait humain, que l’on obtiendrait à coup de marchandages. Ce que nous pouvons considérer, c’est que le grand facteur de l’unité est la Tradition. Non seulement la tradition comme idée, mais la tradition comme forme, la tradition comme liturgie, la tradition comme doctrine.
— Pour préciser simplement une espèce de paradoxe, quand on a déjà autant de mal à se mettre d’accord entre latins, comment peut-on prétendre à un accord y compris avec les orthodoxes sans tomber dans ce piège du mot œcuménisme qu’on nous ressort à tous les coins de rues ?
— Il me semble que c’est vraiment un des apports propres à Benoît XVI que de montrer qu’il n’y a d’unité possible que dans la vérité d’une part, et que cette vérité d’autre part on la trouve, non pas dans telle ou telle idée géniale de telle ou telle personne, mais on la trouve dans la tradition apostolique telle qu’elle vient jusqu’à nous. Dans la mesure où on adhère à cette tradition, on a une légitimité chrétienne, c’est aussi simple que cela. Par conséquent, je ne refuserai jamais aucune forme de dialogue. J’espère bien qu’un jour, au Centre Saint-Paul, des curés de Paris que je connais pourront venir parler, échanger, discuter ; j’espère bien aussi que le centre Saint-Paul puisse jouer son rôle de centre culturel chrétien, et être vraiment un ferment de tradition auprès de tous les esprits inquiets qui, parce qu’ils ont reçu la formation d’aujourd’hui, n’ont pas encore aperçu l’importance de ce facteur traditionnel et en restent finalement à leur petite liberté de conscience subjective. Il est clair qu’on n’arrivera jamais à l’unité des chrétiens sur la base de la liberté de conscience, avec ses choix aléatoires !
— Dans Valeurs pour un temps de crise, le Pape se présente comme le gardien de la mémoire de la vérité de l’Eglise. N’est-ce pas une idée qui est pleine d’espoir pour nous ?
— Je pense que vraiment Benoît XVI a l’intention d’être pape dans toute l’amplitude de ce terme, si anti-moderne que cela puisse paraître à nos contemporains ; et donc il a l’intention d’être le témoin de la vérité comme le Christ l’a été. Et quoi qu’il puisse lui en coûter. Il a évoqué les loups lors d’un de ses tout premiers discours, ça n’est pas pour rien. Je crois que le Pape fera là où il est tout ce qu’il peut faire, qu’il ne peut pas tout faire, et qu’il nous appartient, à nous, d’aider le Pape, et de faire ce que nous pouvons faire, avec la liberté qui nous est donnée, avec cette parole libre qui doit pouvoir décomplexer l’Eglise issue du concile, et lui faire retrouver la fierté de sa source divine.
— Pour changer un peu de sujet : vous avez été sorti de la Fraternité, à votre corps défendant, vous avez fondé le Centre Saint-Paul pour continuer le combat de la foi catholique. Celui-ci n’a donc pas été créé comme un ersatz de la position qui était la vôtre au sein de la Fraternité.
— J’avoue que, à travers le Centre Saint-Paul, j’ai créé quelque chose que j’avais toujours eu envie de faire dans la Fraternité, mais qu’elle ne m’a pas donné l’occasion de réaliser, et à partir du moment où elle m’a donné congé, eh bien j’ai pris ce congé comme un signe de Dieu.
— Vous aviez Pacte et Certitudes…
— … qui allaient déjà dans le sens où je vais actuellement. Mais vous n’êtes pas sans savoir que je viens de créer un mensuel, Objections. Le soustitre me semble suffisamment explicite : « La vraie Tradition est critique ». Le but de cette revue, au format magazine ? Faire entendre une parole entièrement libre sur l’Eglise et pour l’Eglise. Combien de journalistes déjà m’ont dit leur plaisir de pouvoir écrire, dans Objections, même sous pseudonymes, ce qu’ils pensaient devoir écrire mais que personne n’osait publier. L’Eglise meurt d’une trop grande licence donnée à la contestation sous toutes ses formes et d’une absence de liberté laissée à la foi véritable. Comme l’écrivait Pascal, dans une crise peut-être aussi grave que la nôtre : « Jamais les saints ne se sont tus. » L’Eglise meurt du silence qu’elle a fait trop souvent régner en son sein par voie d’autorité pure. L’Eglise meurt aussi des coteries qui voudraient bien se partager (odieusement !) les dépouilles de leur mère. Nous entendons, nous, réprouver l’esprit de chapelle, sous toutes ses formes. Et puis… chercher l’unité pour ellemême, cela ne sert à rien. Seule la vérité nous unit !
— Est-ce que vous n’êtes pas en train de changer de discours et, comme ils disent tous, de vous « rallier » ?
— Lorsque j’ai créé le Centre Saint-Paul, mon souci a été essentiellement de continuer le combat de la Fraternité Saint-Pie X, dont je crois que c’est le plus beau combat sous le ciel, le combat pour que soient restitués aux fidèles catholiques les formes spirituelles de la tradition catholique.
— Combat abandonné par la société que vous veniez de quitter ?
— Non ! je ne cherche pas à juger la Fraternité Saint-Pie X en elle-même. Il m’est arrivé de juger le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X ; je crois qu’il était difficile de ne pas le faire étant donné les circonstances. Mais je ne jugerai jamais, je ne critiquerai jamais la Fraternité Saint-Pie X, parce qu’il me semble que, dans la liberté qui lui a été providentiellement donnée par les sacres de 1988, elle a essayé de rendre le beau témoignage à la vérité que l’on devait attendre de fidèles chrétiens.
— Quelle est l’activité fondamentale du Centre Saint-Paul ?
— L’activité la plus visible du Centre Saint-Paul est liturgique, parce que la liturgie porte en elle tout le génie du christianisme, et chaque messe basse manifeste, de manière géniale et divine, l’ordre dans lequel Dieu veut que nous vivions. Mais, au-delà de cette activité liturgique, nous proposons des cours et des conférences, que l’on ne trouve pas ailleurs, dans un esprit d’amitié catholique, que l’on trouve trop peu ailleurs. Voilà, je crois, l’idéal du Centre Saint-Paul : proposer aux catholiques leur culture, dont ils ont été séparés par le laïcisme de l’Etat d’une part, par la révolution culturelle conciliaire d’autre part, proposer donc aux catholiques leur culture, et la leur proposer dans une atmosphère qui est celle de l’amitié catholique, et d’une amitié qui est inconditionnelle parce qu’elle essaie d’être une image de la charité.
— Vous venez de publier L’évidence chrétienne. Qu’entendez-vous par là ?
— Ce titre s’est imposé à moi, parce qu’il m’a semblé que, au fond, aujourd’hui, si décrédibilisée que puisse paraître l’Eglise, la morale chrétienne reste la seule morale universelle actuellement disponible. La morale laïque a fait naufrage depuis Mai 68, et les hussards noirs de la République sont un souvenir nostalgique peut-être pour certains mais rien de plus. La morale musulmane comme la morale juive sont des morales communautaires. Il me semble que seul le christianisme propose, au-delà de la loi, une morale – universelle, parce qu’elle est divine, humaine, parce qu’elle a pour auteur le Créateur de la nature humaine.
— Votre espérance pour demain ?
— Le propre de l’espérance, en tant que c’est une vertu théologale, c’est qu’elle n’a pas d’objet connaissable. Une vertu morale a un objet qui est connaissable par l’homme, mais une vertu théologale a un objet qui est forcément divin. Nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure. C’est Dieu, dans sa providence, qui dirige tout. Mais notre espérance ne peut pas nous être enlevée, parce qu’elle est la manifestation concrète de notre foi lorsque cette foi affronte le temps qui passe.

29 décembre 2005

[Catholic Family News] Interview de Mgr Richard Williamson, de la FSSPX

Paru en anglais dans Catholic Family News - version française par csi-diffusion.org - 29 décembre 2005

Note : Dans un récent entretien à 30 jours (n°9, 2005), le Cardinal du Vatican Dario Castrillon Hoyos, Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, a admis que la Société Saint Pie X n’était pas en situation de schisme formel, et que la Messe Latine Tridentine n’avait jamais été abolie. C’est alors que Una Voce d’Italie a publié le 8 décembre 2005 que Mgr Bernard Fellay, Supérieur Général de la Société Saint Pie X, avait eu au Vatican un entretien confidentiel de cinq heures avec le Cardinal Castrillon Hoyos au cours de novembre dernier John Vernan, Editeur des Catholic Family News, a contacté Mgr Richard Williamson, Recteur du Séminaire Notre-Dame Corédemptrice en Argentine, pour recueillir ses commentaires.
CFN : Pourriez-vous commenter la récente déclaration du Cardinal Castrillon Hoyos selon laquelle la Société Saint Pie X n’est pas en situation de schisme formel?
Mgr Williamson : Si le Cardinal Castrillon a dit récemment que la SSPX n’est pas en situation de schisme, c’est là une déclaration à laquelle il faudrait donner une large publicité, car les catholiques ne discernent pas tous en aucune façon, clairement que telle est la vérité en la matière. La SSPX ne s’est jamais placée en situation de schisme, car elle n’a jamais dénié aux autorités romaines de l’Eglise le droit de gouverner l’Eglise, elle a seulement déclaré que certains ordres émanant de ces autorités, ne pouvaient être observés en raison du fait qu’ils allaient à l’encontre du bien de l’Eglise. Une telle "désobéissance" sélective n’a jamais culminé en schisme.
CFN : Une autre remarque surprend de la part du Cardinal Hoyos, quand il a déclaré que la Messe Latine Tridentine n’avait jamais été abolie.
Mgr W : Là encore, si le Cardinal Castrillon a déclaré que le rite Tridentin de la Messe n’a jamais été interdit, il s’agit d’une autre déclaration à laquelle il faudrait donner une large publicité, car nombreux sont les prêtres catholiques qui aimeraient célébrer la Messe dans ce rite, alors qu’ils continuent à croire que cela leur est interdit. Bien entendu, la Messe Latine Tridentine n’avait jamais été abolie, mais depuis longtemps, l’impression est venue de Rome, selon laquelle elle avait été abolie.
CFN : Una Voce d’Italie a fait rapport du récent entretien de cinq heures entre le Cardinal Hoyos et l’Evêque Fellay. Il rapporte que l’un des points discutés portait sur l’éventualité que le Vatican "lève" l’excommunication des Evêques de la FSSPX. Cependant depuis les Consécrations de 1988, l’Archevêque Lefebvre et la SSPX ont répété qu’il n’existait nullement d’excommunication légale réelle, et par suite, nulle excommunication à lever. Comment résoudre, selon vous, cette contradiction ?
Mgr W : A propos de la déclaration de Rome de la fin juin 1988 selon laquelle l’Archevêque Lefebvre, ainsi que les quatre évêques qui avaient accepté de se faire sacrer sans permission par celui-ci, s’étaient automatiquement, de par la loi de l’Eglise, excommuniés eux-mêmes, la FSSPX a toujours soutenu la position selon laquelle, de par la loi de l’Eglise, aucune excommunication de ce genre n’était intervenue, car les cinq évêques ont tous agi sous la conviction sincère – même s’ils s’étaient trompés (voir Nouveau Code, Canon 1323, n°4) – que la grave crise de l’Eglise nécessitait ces consécrations. A la recherche d’une mutuelle harmonie, la FSSPX peut à présent rechercher une formule qui sauve la face de Rome pour "lever" "l’excommunica-tion", mais nulle harmonie mutuelle ne saurait justifier toute formule qui trahirait la vérité. "L’Harmonie" basée sur le mensonge n’est pas la véritable harmonie !
Le grave problème ici, sous-jacent à toute recherche de l’harmonie entre Rome et la FSSPX, est que Rome ne croit toujours pas qu’il y ait une crise dans l’Eglise, ni quoique ce soit d’aussi grave que ce que croit la FSSPX. Tant que Rome voit les choses ainsi, toute "résolution" des problèmes entre la FSSPX et Rome devrait, à tout le moins, rester difficile.
CFN : La hiérarchie conciliaire parle au Vatican de la possibilité de stopper les abus. Mais les Catholiques traditionnels définiront le terme "abus" différemment de la hiérarchie du Novus Ordo. Pour les Catholiques traditionnels, c’est la Nouvelle Messe elle-même qui constitue un abus, car (selon les termes du Cardinal Ottaviani), elle "représente un éloignement frappant de la théologie Catholique de la Messe, telle qu’elle a été formulée dans la Session XXII du Concile de Trente".
Mgr W : C’est là un exemple classique de la difficulté. Rome actuellement ne considère toujours pas qu’il y ait un grave problème intrinsèque à la nouvelle Messe (de Paul VI en 1969). L’Archevêque Lefebvre et la FSSPX d’autre part ont toujours soutenu que ce nouveau rite est si intrinsèquement de-catholisé (dépréciant la Présence Réelle, le véritable sacrifice, la prêtrise du sacrifice) qu’elle met à la foi gravement en danger la foi du prêtre qui la célèbre et celle du laïc qui y assiste. Tant que Rome ne commencera pas à réaliser à quel point le problème de la Messe du Novus Ordo est grave, il est difficile de concevoir comment une véritable harmonie pourrait être établie entre Rome et la FSSPX.
CFN : La déclaration de 1974 de l’Archevêque Lefebvre (voir ci-dessous) résume la mission de la Société Saint Pie X. Pense-vous que la FSSPX puisse remplir cette mission dans le cadre d’une approbation du Vatican actuel ?
Mgr W : La question de savoir si la FSSPX pourrait remplir sa mission telle que présentée par l’Archevêque Lefebvre en novembre 1974, si la FSSPX recevait l’approbation du Vatican actuel, dépendrait des conditions requises par le Vatican pour cette approbation. Par exemple, selon toute vraisemblance, le Vatican exigerait une sorte de reconnaissance du Second Concile du Vatican. Mais ce Concile et la Nouvelle Messe se situent respectivement au cœur de la théorie et de la pratique de ce changement de la religion Catholique que la FSSPX a pour mission de refuser. Aussi est-il difficile d’imaginer que cette Rome puisse offrir quelque sorte d’approbation que la FSSPX, fidèle à cette fameuse déclaration de l’Archevêque Lefebvre, puisse accepter.
CFN : Après la rencontre du 29 août de l’Evêque Fellay avec le Pape Benoît XVI, le Cardinal Francesco Pompedda, l’ancien Préfet de la Signature Apostolique, a déclaré au quotidien italien La Stampa que la Société Saint Pie X ne pourrait être réconciliée avec le Saint Siège, qu’à la condition de reconnaître les décrets de Vatican II. Or l’Archevêque Lefebvre a souligné, à juste titre, que les décrets de Vatican II constituent un "mélange" - mélangeant des documents libéraux avec des documents traditionnels. Comment, dès lors, la FSSPX pourrait-elle "accepter" Vatican II ?
Mgr W : Assurément. Il n’est pas étonnant qu’aussitôt après la rencontre de l’Evêque Fellay avec le Pape Benoît XVI en août dernier, un Cardinal Romain ait soulevé l’exigence de la Rome Conciliaire selon laquelle une réconciliation entre Rome et la FSSPX requièrerait la reconnaissance des décrets de Vatican II de la par de la FSSPX. Mais ces décrets sont en fait un “patchwork”, mélangeant l’(ancienne) religion catholique avec la (nouvelle) religion conciliaire. Pour les accepter, la FSSPX devrait trahir sa véritable raison d’être, laquelle est de refuser cette nouvelle religion.
CFN : En février 2004, la Société Saint pie X a publié "De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse", adressé à tous les Cardinaux dans le Monde. Il s’agissait d’une critique théologique, basée sur le Magistère pérenne de l’Eglise, contre l’œcuménisme conciliaire et post-conciliaire. Le Cardinal Hoyos a publiquement critiqué ce document de la FSSPX, déclarant que "personne n’a le droit de juger le Saint Siège", même si ce document qui mettait en cause l’œcuménisme, ne portait pas de jugement sur la personne du Pape.
Mgr W : Ce document de février 2004 de la FSSPX, "De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse", constituait un exposé classique de la véritable doctrine catholique, laquelle ne peut changer, sur les relations entre la véritable Eglise Catholique et toutes les autres religions, lesquelles doivent nier plus ou moins la doctrine de cette Eglise pour s’en différencier. Cette question est une question de vérité, il ne s’agit pas du droit ou du défaut de droit "de juger le Saint Siège". Le Saint Siège est soumis à la vérité. Néanmoins, il est typique du Vatican actuel d’éluder les questions primordiales de vérité, et de les détourner sur des questions secondaires de discipline, d’obéissance, de "défaut de droit de juger", etc, etc…En fait, dans l’Eglise Catholique, les questions primordiales de doctrine et de vérité conditionnent ces questions secondaires. Dans l’Eglise Conciliaire la vérité n’est plus le critère suprême.
CFN : Merci pour vos commentaire, Votre Excellence. Avez-vous des remarques pour conclure ?
Mgr W : Ce que réalisent peu à peu les Catholiques sincères, mais non pas les autorités actuelles de l’Eglise à Rome, c’est que Vatican II et la Nouvelle Messe représentent un mélange du Catholicisme avec une nouvelle religion centrée sur l’homme, avec une inclination pour la nouvelle religion. Entre le Catholicisme et cette nouvelle religion il existe une guerre à mort, qui ne peut que se terminer par le dévoilement et la destruction de cette nouvelle religion, car Notre Seigneur a promis que Sa religion, le vrai Catholicisme, durerait jusqu’à la fin du monde.
Dès lors, s’il doit être trouvé une harmonie entre la Rome de Vatican II et la FSSPX de la déclaration authentiquement catholique de novembre 1974 de l’Archevêque Lefebvre, il n’existe que trois possibilités : soit Rome abandonne la religion Conciliaire, soit la FSSPX trahit la Religion Catholique, soit Rome abandonne a moitié et la FSSPX trahit à moitié en sorte de trouver quelque part entre ces positions un lieu de rencontre.
Ce ne sont pas là des mots durs, mais tout simplement la réalité de la question, que beaucoup d’âmes ne comprennent pas encore, mais qu’elles comprendront si elles cherchent la vérité.

27 décembre 2005

[Louis-Hubert Rémy - csi-diffusion.org] La manœuvre machiavélique et rouée de l’abbé Hoyos envers la FSSPX et ses évêques

SOURCE - Louis-Hubert Rémy - csi-diffusion.org - 27 décembre 2005

Pendant que l’on essaie de dissimuler la gêne provoquée par la divulgation de la réunion du 7 décembre, en précisant pour s’excuser que "tout Rome savait", alors que personne, ou presque, ne le savait, ni dans la FSSPX, ni en France, on comprend mieux, avec l’information qui suit, pourquoi les journaux romains avaient précisé que tout devait se passer dans le plus grand secret.

La vérité sur les 5 heures de conversation, organisée par l’abbé Nély (piloté par l’abbé Schmidberger) entre Mgr Fellay et le « cardinal » Hoyos commence à se faire jour. Notons tout d’abord que cet article positionne cette rencontre au 15 novembre, alors qu’elle a eu lieu le 7 décembre. Ou alors s’agit-il d’une autre rencontre secrète ?

L’abbé Hoyos est un homme d’une ruse redoutable. A partir du moment où Campos a commencé à discuter avec Hoyos, les prêtres de Mgr de Castro-Meyer furent perdus. Nous connaissons la suite et leur apostasie.

Bien renseigné par ses agents du réseau Schmidberger au sujet des oppositions au sein de la FSSPX au ralliement, il a imaginé un plan machiavélique mais qui serait efficace s’il venait à fonctionner. Nous pourrions le résumer ainsi : 
« Puisque vous posez comme condition la levée de votre excommunication, demandez-la donc officiellement par une lettre que vous quatre évêques signerez »
La signature des 4 évêques au bas d’un tel document aurait pour effet de constituer une reconnaissance explicite de l’autorité de la Rome apostate et néo-anglicane de l’abbé Ratzinger comme étant la véritable Eglise catholique.

Fort de cet acquis, il ne resterait donc plus ensuite à l’abbé Hoyos qu’à dérouler la logique implacable qu’une telle soumission explicite impliquerait de façon inéluctable pour obtenir le ralliement formel de la FSSPX.

L’abbé Hoyos, qui poursuit le plan Rampolla de liquidation de l’épiscopat catholique et par là même du Sacerdoce de Melchisédech, veut évidemment obtenir le ralliement-apostasie des 4 évêques que Mgr Lefebvre a sacrés en 1988 afin de préserver l’« Arche de la Nouvelle Alliance » selon les propres termes de ce dernier.

Mgr Williamson affirme de plus : 
"We are talking about two different, and necessarily opposed, religions."
"Nous parlons de deux religions différentes, et nécessairement opposées"
"All four bishops believe in Catholicism, and disbelieve in “Rome’s" Conciliarism, ie. the new globalist religion that burst into the Catholic Church with Vatican II"
"Les quatre évêques croient au Catholicisme, et ne croient pas au Conciliarisme de 'Rome', c’est-à-dire à la nouvelle religion globalisante qui à surgi au sein de l’Eglise Catholique avec Vatican II"

Nous présentons ci-dessous l’entretien publié avec Mgr Williamson.

Nous le faisons suivre de la lettre publique du 08 juillet 1988 adressée au « Cardinal » Gantin et signée de tous les responsables de la FSSPX, par laquelle ces derniers revendiquaient comme un honneur de chrétiens d’être, avec Mgr Marcel Lefebvre et Mgr Castro-Mayer, excommuniés par Wojtyla et Ratzinger, les chefs de la nouvelle religion conciliaire, à la suite des sacres des quatre évêques conférés à Ecône par Mgr Lefebvre et Mgr Castro Mayer. Il nous semble que ce rappel est aujourd’hui particulièrement opportun et éclairant.

22 décembre 2005

[vatican.ca] Discours du pape Benoît XVI à la Curie Romaine à l'occasion de la présentation des vœux de Noël (Extrait)

SOURCE - Benoît XVI - Vatican - 22 décembre 2005

[...]

Le dernier événement de cette année sur lequel je voudrais m'arrêter en cette occasion est la célébration de la conclusion du Concile Vatican II, il y a quarante ans. Ce souvenir suscite la question suivante: Quel a été le résultat du Concile? A-t-il été accueilli de la juste façon? Dans l'accueil du Concile, qu'est-ce qui a été positif, insuffisant ou erroné? Que reste-t-il encore à accomplir? Personne ne peut nier que, dans de vastes parties de l'Eglise, la réception du Concile s'est déroulée de manière plutôt difficile, même sans vouloir appliquer à ce qui s'est passé en ces années la description que le grand Docteur de l'Eglise, saint Basile, fait de la situation de l'Eglise après le Concile de Nicée: il la compare à une bataille navale dans l'obscurité de la tempête, disant entre autres: "Le cri rauque de ceux qui, en raison de la discorde, se dressent les uns contre les autres, les bavardages incompréhensibles, le bruit confus des clameurs ininterrompues a désormais rempli presque toute l'Eglise en faussant, par excès ou par défaut, la juste doctrine de la foi..." (De Spiritu Sancto, XXX, 77; PG 32, 213 A; SCh 17bis, p. 524). Nous ne voulons pas précisément appliquer cette description dramatique à la situation de l'après-Concile, mais quelque chose de ce qui s'est produit s'y reflète toutefois. La question suivante apparaît: pourquoi l'accueil du Concile, dans de grandes parties de l'Eglise, s'est-il jusqu'à présent déroulé de manière aussi difficile? Eh bien, tout dépend de la juste interprétation du Concile ou - comme nous le dirions aujourd'hui - de sa juste herméneutique, de la juste clef de lecture et d'application. Les problèmes de la réception sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et sont entrées en conflit. L'une a causé de la confusion, l'autre, silencieusement mais de manière toujours plus visible, a porté et porte des fruits. D'un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler "herméneutique de la discontinuité et de la rupture"; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d'une partie de la théologie moderne. D'autre part, il y a l'"herméneutique de la réforme", du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné; c'est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l'unique sujet du Peuple de Dieu en marche. L'herméneutique de la discontinuité risque de finir par une rupture entre Eglise préconciliaire et Eglise post-conciliaire. Celle-ci affirme que les textes du Concile comme tels ne seraient pas encore la véritable expression de l'esprit du Concile. Ils seraient le résultat de compromis dans lesquels, pour atteindre l'unanimité, on a dû encore emporter avec soi et reconfirmer beaucoup de vieilles choses désormais inutiles. Ce n'est cependant pas dans ces compromis que se révélerait le véritable esprit du Concile, mais en revanche dans les élans vers la nouveauté qui apparaissent derrière les textes: seuls ceux-ci représenteraient le véritable esprit du Concile, et c'est à partir d'eux et conformément à eux qu'il faudrait aller de l'avant. Précisément parce que les textes ne refléteraient que de manière imparfaite le véritable esprit du Concile et sa nouveauté, il serait nécessaire d'aller courageusement au-delà des textes, en laissant place à la nouveauté dans laquelle s'exprimerait l'intention la plus profonde, bien qu'encore indistincte, du Concile. En un mot: il faudrait non pas suivre les textes du Concile, mais son esprit. De cette manière, évidemment, il est laissé une grande marge à la façon dont on peut alors définir cet esprit et on ouvre ainsi la porte à toutes les fantaisies. Mais on se méprend sur la nature d'un Concile en tant que tel. Il est alors considéré comme une sorte de Constituante, qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle. Mais la Constitution a besoin d'un promoteur, puis d'une confirmation de la part du promoteur, c'est-à-dire du peuple auquel la constitution doit servir. Les Pères n'avaient pas un tel mandat et personne ne le leur avait jamais donné; personne, du reste, ne pouvait le donner, car la constitution essentielle de l'Eglise vient du Seigneur et nous a été donnée afin que nous puissions parvenir à la vie éternelle et, en partant de cette perspective, nous sommes en mesure d'illuminer également la vie dans le temps et le temps lui-même. Les Evêques, à travers le Sacrement qu'ils ont reçu, sont les dépositaires du don du Seigneur. Ce sont "les administrateurs des mystères de Dieu" (1 Co 4, 1); comme tels ils doivent se présenter comme "fidèles et sages" (cf. Lc 12, 41-48). Cela signifie qu'ils doivent administrer le don du Seigneur de manière juste, afin qu'il ne demeure pas dans un lieu caché, mais porte des fruits et que le Seigneur, à la fin, puisse dire à l'administrateur: "En peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai" (cf. Mt 25, 14-30; Lc 19, 11-27). Dans ces paraboles évangéliques s'exprime le dynamisme de la fidélité, qui est importante dans le service rendu au Seigneur, et dans celles-ci apparaît également de manière évidente comment, dans un Concile, le dynamisme et la fidélité doivent devenir une seule chose.

A l'herméneutique de la discontinuité s'oppose l'herméneutique de la réforme comme l'ont présentée tout d'abord le Pape Jean XXIII, dans son discours d'ouverture du Concile le 11 octobre 1962, puis le Pape Paul VI, dans son discours de conclusion du 7 décembre 1965. Je ne citerai ici que les célèbres paroles de Jean XXIII, dans lesquelles cette herméneutique est exprimée sans équivoque, lorsqu'il dit que le Concile "veut transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation" et il poursuit: "Notre devoir ne consiste pas seulement à conserver ce trésor précieux, comme si nous nous préoccupions uniquement de l'antiquité, mais de nous consacrer avec une ferme volonté et sans peur à cette tâche, que notre époque exige... Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d'une façon qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet, il faut faire une distinction entre le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, et la façon dont celles-ci sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée" (S. Oec. Conc. Vat. II Constitutiones Decreta Declarationes, 1974, pp. 863-865). Il est clair que cet engagement en vue d'exprimer de façon nouvelle une vérité déterminée exige une nouvelle réflexion sur celle-ci et un nouveau rapport vital avec elle; il est également clair que la nouvelle parole ne peut mûrir que si elle naît d'une compréhension consciente de la vérité exprimée et que, d'autre part, la réflexion sur la foi exige également que l'on vive cette foi. Dans ce sens, le programme proposé par le Pape Jean XXIII était extrêmement exigeant, comme l'est précisément la synthèse de fidélité et de dynamisme. Mais partout, cette interprétation a représenté l'orientation qui a guidé la réception du Concile, une nouvelle vie s'est développée et des fruits nouveaux ont mûri. Quarante ans après le Concile, nous pouvons révéler que l'aspect positif est plus grand et plus vivant que ce qu'il pouvait apparaître dans l'agitation des années qui ont suivi 1968. Aujourd'hui, nous voyons que la bonne semence, même si elle se développe lentement, croît toutefois et que croît également notre profonde gratitude pour l'oeuvre accomplie par le Concile.

Paul VI, dans son discours lors de la clôture du Concile, a ensuite indiqué une autre motivation spécifique pour laquelle une herméneutique de la discontinuité pourrait sembler convaincante. Dans le grand débat sur l'homme, qui caractérise le temps moderne, le Concile devait se consacrer en particulier au thème de l'anthropologie. Il devait s'interroger sur le rapport entre l'Eglise et sa foi, d'une part, et l'homme et le monde d'aujourd'hui, d'autre part (ibid. pp. 1066, sq). La question devient encore plus claire, si, au lieu du terme générique de "monde d'aujourd'hui", nous en choisissons un autre plus précis: le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l'Eglise et l'époque moderne. Ce rapport avait déjà connu un début très problématique avec le procès fait à Galilée. Il s'était ensuite totalement rompu lorsque Kant définit la "religion dans les limites de la raison pure" et lorsque, dans la phase radicale de la Révolution française, se répandit une image de l'Etat et de l'homme qui ne voulait pratiquement plus accorder aucun espace à l'Eglise et à la foi. L'opposition de la foi de l'Eglise avec un libéralisme radical, ainsi qu'avec des sciences naturelles qui prétendaient embrasser à travers leurs connaissances toute la réalité jusque dans ses limites, dans l'intention bien déterminée de rendre superflue "l'hypothèse de Dieu", avait provoqué de la part de l'Eglise, au XIX siècle, sous Pie IX, des condamnations sévères et radicales de cet esprit de l'époque moderne. Apparemment, il n'existait donc plus aucun espace possible pour une entente positive et fructueuse, et les refus de la part de ceux qui se sentaient les représentants de l'époque moderne étaient également énergiques. Entre temps, toutefois, l'époque moderne avait elle aussi connu des développements. On se rendait compte que la révolution américaine avait offert un modèle d'Etat moderne différent de celui théorisé par les tendances radicales apparues dans la seconde phase de la Révolution française. Les sciences naturelles commençaient, de façon toujours plus claire, à réfléchir sur leurs limites, imposées par leur méthode elle-même, qui, tout en réalisant des choses grandioses, n'était toutefois pas en mesure de comprendre la globalité de la réalité. Ainsi, les deux parties commençaient progressivement à s'ouvrir l'une à l'autre. Dans la période entre les deux guerres mondiales et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, des hommes d'Etat catholiques avaient démontré qu'il peut exister un Etat moderne laïc, qui toutefois, n'est pas neutre en ce qui concerne les valeurs, mais qui vit en puisant aux grandes sources éthiques ouvertes par le christianisme. La doctrine sociale catholique, qui se développait peu à peu, était devenue un modèle important entre le libéralisme radical et la théorie marxiste de l'Etat. Les sciences naturelles, qui professaient sans réserve une méthode propre dans laquelle Dieu n'avait pas sa place, se rendaient compte toujours plus clairement que cette méthode ne comprenait pas la totalité de la réalité et ouvraient donc à nouveau les portes à Dieu, conscientes que la réalité est plus grande que la méthode naturaliste, et que ce qu'elle peut embrasser. On peut dire que s'étaient formés trois cercles de questions qui, à présent, à l'heure du Concile Vatican II, attendaient une réponse. Tout d'abord, il fallait définir de façon nouvelle la relation entre foi et sciences modernes; cela concernait d'ailleurs, non seulement les sciences naturelles, mais également les sciences historiques, car, selon une certaine école, la méthode historique-critique réclamait le dernier mot sur l'interprétation de la Bible, et, prétendant l'exclusivité totale de sa propre compréhension des Ecritures Saintes, s'opposait sur des points importants à l'interprétation que la foi de l'Eglise avait élaborée. En second lieu, il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre Eglise et Etat moderne, qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d'une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et de leur liberté d'exercer leur religion. Cela était lié, en troisième lieu, de façon plus générale au problème de la tolérance religieuse - une question qui exigeait une nouvelle définition du rapport entre foi chrétienne et religions du monde. En particulier, face aux récents crimes du régime national socialiste, et plus généralement, dans le cadre d'un regard rétrospectif sur une longue histoire difficile, il fallait évaluer et définir de façon nouvelle le rapport entre l'Eglise et la foi d'Israël.

Il s'agit là de thèmes de grande portée - ce furent les thèmes de la seconde partie du Concile - sur lesquels il n'est pas possible de s'arrêter plus amplement dans ce contexte. Il est clair que dans tous ces secteurs, dont l'ensemble forme une unique question, pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, s'était effectivement manifestée une discontinuité dans laquelle, pourtant, une fois établies les diverses distinctions entre les situations historiques concrètes et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n'était pas abandonnée - un fait qui peut échapper facilement au premier abord. C'est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme. Dans ce processus de nouveauté dans la continuité, nous devions apprendre à comprendre plus concrètement qu'auparavant que les décisions de l'Eglise en ce qui concerne les faits contingents - par exemple, certaines formes concrètes de libéralisme ou d'interprétation libérale de la Bible - devaient nécessairement être elles-mêmes contingentes, précisément parce qu'elles se référaient à une réalité déterminée et en soi changeante. Il fallait apprendre à reconnaître que, dans de telles décisions, seuls les principes expriment l'aspect durable, demeurant en arrière-plan et en motivant la décision de l'intérieur. En revanche les formes concrètes ne sont pas aussi permanentes, elles dépendent de la situation historique et peuvent donc être soumises à des changements. Ainsi, les décisions de fond peuvent demeurer valables, tandis que les formes de leur application dans des contextes nouveaux peuvent varier. Ainsi, par exemple, si la liberté de religion est considérée comme une expression de l'incapacité de l'homme à trouver la vérité, et par conséquent, devient une exaltation du relativisme alors, de nécessité sociale et historique, celle-ci est élevée de façon impropre au niveau métaphysique et elle est ainsi privée de son véritable sens, avec pour conséquence de ne pas pouvoir être acceptée par celui qui croit que l'homme est capable de connaître la vérité de Dieu, et, sur la base de la dignité intérieure de la vérité, est lié à cette connaissance. Il est, en revanche, totalement différent de considérer la liberté de religion comme une nécessité découlant de la coexistence humaine, et même comme une conséquence intrinsèque de la vérité qui ne peut être imposée de l'extérieur, mais qui doit être adoptée par l'homme uniquement à travers le processus de la conviction. Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l'Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l'Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l'enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l'Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps. L'Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2); mais, tandis qu'elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d'Etat. Les martyrs de l'Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s'était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de concience et pour la liberté de professer sa foi, - une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. Une Eglise missionnaire, qui sait qu'elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s'engager au service de la liberté de la foi. Elle veut transmettre le don de la vérité qui existe pour tous, et assure dans le même temps aux peuples et à leurs gouvernements qu'elle ne veut pas détruire leur identité et leurs cultures, mais qu'elle leur apporte au contraire une réponse que, au fond d'eux, ils attendent, - une réponse avec laquelle la multiplicité des cultures ne se perd pas, mais avec laquelle croît au contraire l'unité entre les hommes, et ainsi, la paix entre les peuples également.

Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l'Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L'Eglise est, aussi bien avant qu'après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps; elle poursuit "son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu", annonçant la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'Il vienne (cf. Lumen gentium, n. 8). Ceux qui espéraient qu'à travers ce "oui" fondamental à l'époque moderne, toutes les tensions se seraient relâchées et que l'"ouverture au monde" ainsi réalisée aurait tout transformé en une pure harmonie, avaient sous-estimé les tensions intérieures et les contradictions de l'époque moderne elle-même; ils avaient sous-estimé la dangereuse fragilité de la nature humaine qui, dans toutes les périodes de l'histoire, et dans toute constellation historique, constitue une menace pour le chemin de l'homme. Ces dangers, avec les nouvelles possibilités et le nouveau pouvoir de l'homme sur la matière et sur lui-même, n'ont pas disparu, mais prennent en revanche de nouvelles dimensions: un regard sur l'histoire actuelle le démontre clairement. Mais à notre époque, l'Eglise demeure un "signe de contradiction" (Lc 2, 34) - ce n'est pas sans raison que le Pape Jean-Paul II, alors qu'il était encore Cardinal, avait donné ce titre aux Exercices spirituels prêchés en 1976 au Pape Paul VI et à la Curie romaine. Le Concile ne pouvait avoir l'intention d'abolir cette contradiction de l'Evangile à l'égard des dangers et des erreurs de l'homme. En revanche, son intention était certainement d'écarter les contradictions erronées ou superflues, pour présenter à notre monde l'exigence de l'Evangile dans toute sa grandeur et sa pureté. Le pas accompli par le Concile vers l'époque moderne, qui de façon assez imprécise a été présenté comme une "ouverture au monde", appartient en définitive au problème éternel du rapport entre foi et raison, qui se représente sous des formes toujours nouvelles. La situation que le Concile devait affronter est sans aucun doute comparable aux événements des époques précédentes. Saint Pierre, dans sa première Lettre, avait exhorté les chrétiens à être toujours prêts à rendre raison (apologia) à quiconque leur demanderait le logos, la raison de leur foi (cf. 3, 15). Cela signifiait que la foi biblique devait entrer en discussion et en relation avec la culture grecque et apprendre à reconnaître à travers l'interprétation la ligne de démarcation, mais également le contact et l'affinité qui existait entre elles dans l'unique raison donnée par Dieu. Lorsqu'au XIII siècle, par l'intermédiaire des philosophes juifs et arabes, la pensée aristotélicienne entra en contact avec le christianisme médiéval formé par la tradition platonicienne, et que la foi et la raison risquèrent d'entrer dans une opposition inconciliable, ce fut surtout saint Thomas d'Aquin qui joua le rôle de médiateur dans la nouvelle rencontre entre foi et philosophie aristotélicienne, plaçant ainsi la foi dans une relation positive avec la forme de raison dominante à son époque. Le douloureux débat entre la raison moderne et la foi chrétienne qui, dans un premier temps, avait connu un début difficile avec le procès fait à Galilée, connut assurément de nombreuses phases, mais avec le Concile Vatican II, arriva le moment où une nouvelle réflexion était nécessaire. Dans les textes conciliaires, son contenu n'est certainement tracé que dans les grandes lignes, mais cela a déterminé la direction essentielle, de sorte que le dialogue entre religion et foi, aujourd'hui particulièrement important, a trouvé son orientation sur la base du Concile Vatican II. A présent, ce dialogue doit être développé avec une grande ouverture d'esprit, mais également avec la clarté dans le discernement des esprits qu'à juste titre, le monde attend de nous précisément en ce moment. Ainsi, aujourd'hui, nous pouvons tourner notre regard avec gratitude vers le Concile Vatican II: si nous le lisons et que nous l'accueillons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours plus une grande force pour le renouveau toujours nécessaire de l'Eglise.

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[Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Benoît XVI discute l'interprétation de Vatican II | Commentaire de Jean-Marie Guénois

SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 22 décembre 2005

Dans ses vœux de Noël aux cardinaux de la curie, le pape a critiqué les fondements du courant de pensée qui se revendique de «l’esprit du concile Vatican II»

Lors de son homélie de clôture du conclave, le 20 avril dernier, le pape qui venait d’être élu avait placé la mise en œuvre du concile Vatican II au cœur de son « programme » pontifical. Hier, devant les cardinaux de curie, pour la traditionnelle présentation des vœux de Noël, il a, pour la première fois, clairement et longuement explicité dans quel sens devait se faire cette mise en œuvre. Benoît XVI s’est en effet livré à une réflexion sur l’année passée, marquée, a-t-il dit, par le souvenir de Jean-Paul II, les Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, et le Synode. Mais c’est sur l’anniversaire des quarante ans de la conclusion du Concile, dernier événement de l’année fêté le 8 décembre, qu’il a choisi de revenir avec force.

Le premier constat est sous forme d’interrogation : « Qu’est-ce qui, dans la réception du Concile, a été bien fait, qu’est-ce qui est resté insuffisant, et où s’est-on trompé ? » Le pape, qui fut lui-même l’un des acteurs de ce concile, comme jeune théologien, répond en opposant deux conceptions du Concile, deux interprétations – ou « herméneutiques » – différentes. L’une, qui voudrait que le Concile marque une rupture dans l’histoire de l’Église. L’autre conception, défendue ici par Benoît XVI, est celle qui voit dans Vatican II une « réforme », un « renouveau dans la continuité ». Il n’y a pas, souligne donc Benoît XVI, d’un côté l’esprit du Concile, et de l’autre, les textes, dont la prudence s’expliquerait par le souci des Pères conciliaires d’aboutir à un compromis. Non, pour le pape actuel, qui reprend la citation de Jean XXIII, « le Concile veut transmettre pure et intègre la doctrine, sans atténuation ni altérations ».

C’est donc dans cette perspective de la continuité que Benoît XVI éclaire le type de rapport que l’Église doit entretenir avec le monde, rapport sur lequel Vatican II a posé un regard nouveau. Certes, admet-il, le devoir d’exprimer dans un monde nouveau une vérité déterminée exige une nouvelle réflexion sur cette vérité. Mais, la question du rapport entre l’Église et son époque est ancienne, explique-t-il, et elle a débuté sur un mode problématique avec le procès de Galilée.
Liberté religieuse
Les choses ont ensuite évolué, la modernité elle-même a connu ses propres développements, et, remarque-t-il, les deux parties (modernité et religion) « ont commencé progressivement à s’ouvrir l’une à l’autre » : « Dans la période entre les deux guerres mondiales, et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, des hommes d’État catholiques ont démontré qu’il pouvait exister un État moderne laïque, et qui cependant n’était pas neutre au regard des valeurs, mais puisait dans les grands principes éthiques mis en place par le christianisme. » Il en est de même de la notion de liberté religieuse, proclamée par Vatican II, mais qui, fondée sur la vérité de l’homme, fait en réalité partie « du patrimoine plus profond de l’Église ».

Ainsi, le Concile, avec une nouvelle définition du rapport entre la foi de l’Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne, donne-t-il une apparence de discontinuité. Mais en réalité, l’Église a, par-là, « maintenu et approfondi sa nature intime et sa profonde identité ». C’est avec cette grille qu’il faut, ajoute encore Benoît XVI, comprendre le fameux « oui » de Paul VI au monde moderne, et aux « signes des temps » : « Ceux qui attendaient avec ce ‘‘oui’’ fondamental à l’époque moderne que toutes les tensions disparaissent, et que l’ouverture au monde se transforme en une pure harmonie », ont sous évalué, prévient-il, « les tensions intérieures et aussi les contradictions de cette époque moderne ».

Dans notre temps aussi, explique en effet Benoît XVI en bon disciple de saint Augustin, « l’Église reste un signe de contradiction ». « Il ne pouvait pas être dans l’intention du Concile d’abolir cette contradiction de l’Évangile dans sa confrontation aux dangers et aux erreurs de l’homme », soutient-il encore.
"Renoncer à la solidarité trop euphorique qui a suivi le Concile"
« Vatican II avait raison de souhaiter une refonte des rapports entre l’Église et le monde. Toutefois, ces deux réalités ne peuvent se rencontrer sans conflit, ni, a fortiori, se confondre, écrivait déjà le cardinal Ratzinger en 1984. Parmi les devoirs les plus urgents pour le chrétien, il y a la réappropriation de sa capacité à réagir face à de nombreuses tendances de la culture environnante, à renoncer à la solidarité trop euphorique qui a suivi le Concile. »

Une manière, donc, pour Benoît XVI, de situer dans quelle ligne exigeante doit se faire la mise en œuvre de Vatican II, qu’il ne renie nullement, au contraire : « Ainsi nous pouvons aujourd’hui avec gratitude tourner notre regard vers le concile Vatican II. Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il pourra être et devenir toujours plus une grande force pour le nécessaire renouvellement de l’Église. »

Isabelle de GAULMYN, à Rome

Commentaire
Le pape et « l’esprit du Concile » - par Jean-Marie Guénois

Benoît XVI a voulu remettre hier des pendules à l’heure à propos du concile Vatican II. Ses propos vont faire grincer plus d’un rouage dans l’Église. Le 20 avril, lendemain de son élection, il avait rassuré en plaçant « la mise en œuvre du concile Vatican II » comme sa priorité mais avec cette phrase énigmatique et diversement interprétée : « en continuité fidèle avec la tradition bimillénaire de l’Église ». Huit mois plus tard, il précise sa pensée et développe, comme jamais encore, sa vision de l’application du concile Vatican II (lire ci-contre).

Il entend solder, une fois pour toutes, un débat central qui divise l’intérieur de l’Église depuis quarante années : l’opposition entre « la lettre et l’esprit du Concile ». Entre ceux qui se réjouissent de voir que l’Église catholique s’est « ouverte au monde » et ceux qui déplorent sa perte de substance et appellent à un nouvel enracinement.

Que dit le nouveau pape ? Que les tenants de «l’esprit du Concile», pensant «interpréter justement» le Concile en termes de «rupture» avec le passé et opposant «Église préconciliaire et Église post-conciliaire» se trompent «à la racine, sur la nature d’un Concile». Il fonde sa position sur trois arguments : un Concile n’est pas une constitution démocratique ; le monde n’est pas un modèle en soi et a autant besoin de l’Évangile aujourd’hui qu’hier ; la jonction entre le monde et l’Église n’est pas une simple question d’« ouverture » mais de dialogue serré entre la foi et la raison à conduire «avec ouverture mentale mais clarté dans le discernement des esprits». Le nouveau pape semble ainsi vouloir rompre avec un certain romantisme ecclésial. Pour lui, en effet, «il n’était pas dans les intentions du Concile d’abolir la contradiction entre l’Évangile et les périls et les erreurs de l’homme».

21 décembre 2005

[John Grasmeier - AngelQueen] Entretien avec Son Excellence Mgr Richard Williamson

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - John Grasmeier - AngelQueen - 21 décembre 2005

A la suite de tant d’événements tels que les récents contacts entre la Société et la Curie, j’ai pensé qu’il serait opportun de solliciter un nouvel entretien auprès de son Excellence. Quand je l’ai contacté pour l’informer que j’envoyais mes questions au Frère John, j’étais certain de m’adresser à lui sous le titre de « Votre Excellence », plutôt qu’« Eminence », ainsi que je l’avais fait au cours du premier entretien. Bien qu’il ait été assez aimable pour ne pas relever mon erreur, j’ai été très embarrassé quand j’ai découvert (en même temps que les milliers de lecteurs qui avaient lu la version non-éditée du premier entretien) à quel point j’ai été minable.

Après tout, je n’avais aucune expérience en la matière, puisque avant d’entrer en contact avec l’Evêque Williamson, je n’avais jamais eu affaire à un Evêque Catholique, ni à m’adresser à lui. J’ai approché une fois un Evêque américain de la « pleine communion » (qui restera anonyme) pour lui demander un entretien, mais rien n’en est jamais ressorti. J’ai du passer par un adjoint appointé et sans doute bien payé faisant office de « filtre » et portant un titre très long, lequel, à la suite de plusieurs échanges de communications, a finalement accepté de soumettre mes questions posées à ce personnage si important à l’examen et au jugement de son comité directorial. Je n’ai jamais reçu de réponse ni de l’un ni des autres, ce qui me laissait supposer que cet évêque, soit vivait dans quelque lointain système extra-solaire, soit, pour quelque raison que ce fut, ne considérait pas digne de son temps les nombreux milliers de Catholiques internautes qui visitent Angelqueen.org.

Par contraste, mon contact initial avec l’Evêque Williamson fut son appel personnel chez moi afin de corriger une mauvaise information qui avait été postée sur le forum, laquelle impliquait la mise en cause de la réputation d’une personne. Il semble que Son Excellence ne rechigne pas se salir les mains avec les « humbles », et il entama son appel par un simple « hello ? » comme nous le faisons tous. Pas de filtres ni de processus complexes pour l’approcher. La seule raison pour laquelle les communications par e-mails doivent passer par le frère John, et que l’évêque ne s’embarrasse pas d’informatique et ne trouve aucun intérêt dans les ordinateurs.

Il protesta vivement quand j’ai mentionné que je lui poserai des questions plus personnelles que celles que je lui avait posées lors du premier entretien, mais il ne repoussa pas d’emblée ma requête. Après tout, peu importe ce que l’on pense de lui, c’est un personnage intéressant, et auquel beaucoup de personnes s’intéressent.

Appréciez :

AQ : L’Evêque Fellay s’est entretenu longuement récemment avec le Cardinal Hoyos. Y aurait-il quoique ce soit que vous puissiez partager avec nous à propos de ce qui en est ressorti.
Ev. Williamson : La principale proposition pratique qui a émergé de ces cinq heures de discussion lors de la rencontre du 15 novembre avec le Cardinal Castrillon était que les quatre évêques devaient signer tous les quatre demandant à Rome la « levée » de l’« excommunication » de 1988. Selon le commentaire de l’Evêque Fellay, il serait difficile de trouver pour une telle requête une formulation qui puisse satisfaire à la fois Rome et la FSSPX. Rome est à la recherche de la moindre reconnaissance d’une erreur, ou manifestation de regret, de la part de la direction de la FSSPX. La FSSPX a toujours soutenu que, de par la loi de l’Eglise elle-même, cette « excommunication » était et reste inexistante. Aussi est-il difficile dès lors d’apercevoir comment un accord pourrait être trouvé quand à la formulation d’une telle requête.
AQ : Croyez-vous que nous pouvons nous attendre à de substantiels changements dans la situation qui prévaut entre Rome et la Société, dans un avenir proche ?
Ev. Williamson : Honnêtement, je ne vois aucune vraisemblance d’un changement dans le proche avenir de la situation qui prévaut entre Rome et la FSSPX. Même si Rome se convertissait à moitié et la FSSPX trahissait à moitié dans le but, pour chacune des parties de faire la moitié du chemin, il demeurerait toujours une guerre à mort entre le Conciliarisme et la Catholicisme. Nous ne sommes pas en train de parler du caractère sympathique ou hostile de Rome ou de la FSSPX. Nous sommes en train de parler de deux religions différentes et nécessairement opposées.
AQ : Dernièrement, certains cercles au sein des divers « camps » traditionnels (Una Voce, les groupes Ecclesia Dei, les groupes de l’indult, des Catholiques conservateurs etc.) se sont efforcés de chercher des moyens d’unir leurs efforts pour rapprocher la Sainte Mère Eglise de la Tradition. Certains affirmeraient qu’il y a eu un réchauffement notable envers la Société. Avez-vous quelque influence en cela ?
Ev. Williamson : Que Dieu bénisse les âmes Catholiques qui travaillent à ramener les clecrs d’aujourd’hui à la Tradition Catholique ! Il est normal que dans ce mouvement ils puissent avoir des sentiments plus chaleureux, comme vous l’évoquez, envers la FSSPX, mais la FSSPX n’est pas la question. La FSSPX na de raison d’être que pour la défense de la Tradition. Ce qui est important ce n’est pas que des catholiques doivent nourrissent des sentiments chaleureux envers la FSSPX, mais qu’ils doivent croire ce que l’Eglise Catholique a toujours cru, et qu’ils doivent comprendre – ce n’est pas une chose aisée de comprendre ! – à quel point cette foi exclut toute acceptation de la nouvelle religion humanitaire véhiculée et promue dans le nouveau rite de la Messe de Paul VI, et dans les 16 décrets du second Concile du Vatican.
AQ : Pourriez-vous vous étendre sur vos efforts en Argentine? Vous appréciez votre mission et votre travaux sont-ils féconds ?
Ev. Williamson : J’ai été affecté en Argentine depuis Août 2003, en d’autres morts depuis plus de deux ans, hormis des voyages. Je suis en ce moment Recteur du Séminaire d’Amérique Latine de la FSSPX, à 50 minutes de Buenos Aires. Nous avons quelques 20 séminaristes, l’un ayant été ordonné prêtre cette année, et nous avons en outre huit jeunes hommes en année d’Humanités, qui constitue une sorte d’introduction au cours normal des six ans du Séminaire.
AQ : Certains ont supposé qu’il pouvait y avoir une division au sein même de l’épiscopat de la FSSPX. Parlez-nous de vos relations professionnelles et personnelles avec les autres évêques de la Société, de manière la plus explicite possible.
Ev. Williamson : Les amis comme les ennemis de la FSSPX sont concernés par une division entre les quatre évêques de la FSSPX. La Rome Néo-moderniste en particulier suscite des rumeurs selon lesquelles trois des quatre évêques seraient prêts à être sympathiques à « Rome », alors qu’un seul (qui doit rester anonyme) insisterait pour être hostile à « Rome ». A tous les amis de la FSSPX, je suis heureux de préciser qu’il n’existe nullement une division telle que celle que « Rome » cherche à le croire, ou a créer. Tous les quatre Evêques croient au Catholicisme, et ne croient pas au Conciliarisme de « Rome », c’est-à-dire à la nouvelle religion globalisante qui a surgi au sein de l’Eglise Catholique avec Vatican II.
AQ : Parmi les Evêques de la Fraternité, vous êtes souvent jugé comme le “mouton noir” ou suscitant le plus de controverses. Pourquoi selon vous une telle situation ?
Ev. Williamson : Les Anglais sont réputés pour être excentriques, et je suis Anglais, aussi je suppose que je suis excentrique (bien qu’il m’arrive d’être intimement persuadé d’être le centre de l’univers). En tout cas, je suppose que je demeure suffisamment excentrique pour passer pour « le mouton noir » ou pour « susciter des controverses ».
AQ : Pourriez-vous nous parler de l’époque de votre vie à laquelle vous vous êtes converti au Catholicisme ? Quelle était votre situation personnelle à cette époque ? et d’où vous est venue cette grâce ?
Ev. Williamson : Je suis devenu, par la grâce de Dieu, Catholique Romain en 1971, parce que Dieu m’a fait comprendre que le monde moderne s’était très profondément fourvoyé. En 1972, je suis entré au Séminaire de l’Archevêque Mgr Lefebvre à Ecône, en Suisse, parce que Dieu m’a fait comprendre que le véritable Catholicisme Romain se situait avec cet Archevêque, plutôt qu’avec la majorité des autres clercs. C’est la même grâce de Dieu qui m’a fait comprendre, premièrement, que le monde moderne s’était fourvoyé, et deuxièmement, que la nouvelle religion conciliaire émergente au début des années 1970 faisait partie du problème et non pas de la solution, qui ne pouvait être autre que Dieu permanent et immuable et sa religion permanente et immuable. C’est cette religion que maintenait l’Archevêque Marcel Lefebvre.
AQ : En mettant à part les questions spirituelles pour un instant, avez-vous des recherches temporelles qui vous intéressent ? Avez-vous des hobbies, des sports, des distractions ou tout autre chose (si c’est le cas) auxquels vous vous livrez quand vous avez du temps libre ?
Ev. Williamson : Le travail d’un Evêque ne doit pas ordinairement lui laisser beaucoup de temps libre, mais j’ai développé depuis le début de mon adolescence un grand amour pour la musique classique, en particulier pour Beethoven et Mozart, et j’écoute encore leur musique sur CD.
Q : Il est probablement exact de déclarer que l’on a beaucoup plus écrit et raconté sur vous que vous-même n’avait écrit ou dit à propos de vous-même. Y aurait-il des malentendus que vous voudriez dissiper ou quelque chose que vous voudriez dire à vos détracteurs ?
Ev. Williamson : A tous mes détracteurs, je veux seulement dire : « Allez-y ! continuez !». Mais je voudrais aussi leur demander de m’inclure dans leurs prières quotidiennes

18 décembre 2005

[Aletheia n°85] Le dialogue entre la FSSPX et ROME : “sans illusion”

Aletheia n° 85 - 18 décembre 2005

Le dialogue entre la FSSPX et ROME : “sans illusion”

Dans les quatre mois qui se sont écoulés depuis la rencontre du 29 août dernier entre Mgr Fellay, Supérieur général de la FSSPX, et Benoît XVI, les autorités de la FSSPX comme certaines autorités romaines ont multiplié les déclarations publiques, non sans poursuivre le dialogue par des échanges de correspondance et des rencontres discrètes. Dans le flot des rumeurs, des bruits, des prises de position contradictoires et des projets point encore réalisés, on peut relever, me semble-t-il, quelques étapes saillantes. Cette chronologie se fonde sur les déclarations publiques des deux parties, et aussi sur des informations, italiennes et romaines, qui, pour certaines, n’ont pas encore transparu dans la presse française :

• On ne reviendra pas sur la rencontre du 29 août sur laquelle beaucoup a été dit. Sinon pour relever deux choses.

Le cardinal Castrillon Hoyos, Président de la Commission pontificale ”Ecclesia Dei” depuis 2000, qui assistait à l’audience du 29 août, reste le principal interlocuteur de la FSSPX depuis cette date.

L’insistance de Benoît XVI sur la nécessité d’une réception du concile Vatican II pour tous les catholiques a fortement impressionné la FSSPX. Ce qui a amené Mgr Fellay, quelque temps après l’audience, à écrire une lettre au Pape pour dire qu’ “ en conscience ” cette perspective l’effrayait.

• Différentes sources affirmaient qu’une “ libéralisation ”, au moins partielle, de la messe traditionnelle interviendrait à l’occasion du synode sur l’Eucharistie organisé en octobre. Les oppositions rencontrées par Benoît XVI au sein de la Curie lui ont fait renoncer, à ce moment-là, au décret prévu. Ces oppositions sont venues, notamment, du cardinal Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, et de Mgr Sorrentino, secrétaire de la même Congrégation. Ils ont signé une note de sept pages qui a été remise au pape.

À cette opposition, interne si l’on peut dire, s’est ajoutée une intervention publique du cardinal Arinze. Le 7 octobre, au cours d’une conférence de presse et alors que le synode sur l’Eucharistie était en cours, il a affirmé que la question de la messe traditionnelle “ n’était pas une priorité pour le synode, et que personne n’en avait parlé ”.

On signalera, en y voyant plus qu’une coïncidence, que Mgr Sorrentino a été nommé, quelques semaines plus tard, évêque d’Assise et qu’un nouveau secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin vient d’être nommé : Mgr Ranijth, qualifié de conservateur, réputé favorable à une plus grande liberté pour la messe traditionnelle et en phase avec la perspective ratzinguérienne de “ réforme de la réforme ” (en avril 2004, Mgr Ranijth avait publié dans l’Osservatore romano un commentaire “ autorisé ” de l’instruction Redemptionis Sacramentum, déplorant les abus engendrés par la réforme liturgique et dénonçant l’ “ interprétation réductrice ” du sacrement de l’Eucharistie faite par certains).

• Le 13 novembre, dans une déclaration faite à chaîne de télévision Canal 5, le cardinal Castrillon Hoyos a affirmé à propos de la FSSPX :

“ Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. C’est une attitude schismatique de consacrer des évêques sans mandat pontifical. Mais ils sont dans l’Eglise, il manque seulement une pleine, une plus parfaite – comme il a été dit lors de la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe déjà. ”

Cette déclaration a fortement et favorablement impressionné les autorités de la FSSPX. Est affirmée publiquement – même si ce n’est pas la déclaration solennelle que ces autorités attendent toujours – que la FSSPX n’est ni hérétique, ni schismatique, ni excommuniée.

• Cette déclaration a très certainement favorisé le déjeuner, discret, qui a réuni, début décembre, le cardinal Castrillon Hoyos et Mgr Fellay. La presse et les outils de communication internautiques français n’ont pas, à ma connaissance, rapporté cette rencontre. Elle a eu lieu dans la résidence du cardinal Castrillon Hoyos, Piazza della Citta Leonina. L’abbé Marc Nély, Supérieur du district italien de la FSSPX, accompagnait Mgr Fellay. Plus qu’un déjeuner de convivialité, il s’est agi d’une rencontre approfondie puisque, arrivés vers 11 heures à la résidence cardinalice, les deux clercs de la FSSPX en sont repartis après 16 heures.

Ils ont remis au cardinal Castrillon Hoyos un exemplaire de la traduction italienne de la biographie de Mgr Lefebvre par Mgr Tissier de Mallerais, traduction qui vient de paraître, et aussi un memorandum sur les objections faites par la FSSPX au concile Vatican II et aux réformes qui l’ont suivi.

• Le 11 décembre dernier, Mgr Fellay a fait, à Paris, une conférence intitulée : “ Le point sur nos relations avec Rome ”. Je ne peux qu’inviter mes lecteurs à en écouter l’enregistrement intégral qui est disponible sur le site officiel de la FSSPX en France (www.laportelatine.org). Le Supérieur général de la FSSPX expose longuement “ les principes qui nous guident dans nos relations avec Rome ”. Il reconnaît que, dans les discussions avec Rome, “ le grand point d’achoppement, ça sera le concile ”. Il porte, sur Benoît XVI, un jugement ainsi formulé : “ Une tête mal formée, par une philosophie moderne, libérale, parfois moderniste, et un cœur conservateur ”. Enfin, dans l’état actuel des discussions avec Rome, en considérant aussi les projets de décret et de réforme en préparation, il estime que, pour le moment, il y a “ plus d’espérance que de mécontentement, mais sans illusion ”.


Maurice Brillaud – Yves Chiron: L’abbé Emmanuel Barbier (1851-1925)

L’abbé Barbier a d’abord été un grand éducateur, directeur ou fondateur de plusieurs collèges jésuites qui ont fait la réputation de la Compagnie de Jésus. Puis, le “ grand exil ” des congrégations, consécutif à la loi de 1901, l’amène à quitter la Compagnie de Jésus et à demeurer simple prêtre, attaché à une paroisse parisienne.

C’est alors qu’il va devenir un des principaux combattants du libéralisme religieux et du modernisme, à travers une œuvre abondante (sur le Sillon, notamment) et une revue, la Critique du libéralisme.

Deux de ses livres sur le libéralisme de Léon XIII ont été mis à l’Index, en 1908, et pourtant saint Pie X, en 1912, lui accordera une bénédiction publique pour “ avoir très bien mérité de la cause catholique ”. Les cinq volumes de son Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France. Du concile du Vatican à l’avènement de S.S. Benoît XV (1870-1914) reste un ouvrage de référence par l’immense documentation fournie.

On trouvera d’abord dans ce volume l’édition des “ Souvenirs ” de Maurice Brillaud sur l’abbé Barbier.

Puis, Yves Chiron publie une biographie de l’abbé Barbier, la première parue à ce jour, fondée sur des sources d’archives inédites (archives diocésaines de Paris, Nancy et Poitiers et archives jésuites de Vanves). Elle est suivie d’une bibliographie exhaustive de l’œuvre de l’abbé Barbier.

Maurice Brillaud (1886-1950), romancier et mémorialiste, fut l’élève de l’abbé Barbier à Poitiers et resta en relations avec lui jusqu’à sa mort.

Yves Chiron, membre de la Société d’histoire religieuse de la France, spécialiste de l’histoire religieuse contemporaine, auteur de biographies de Pie IX (traduit en anglais, italien et espagnol), de saint Pie X (traduit en anglais), de Pie XI (traduit en italien) et de Paul VI.

ISBN 2-35005-011-4
Un volume de 175 pages – 16 euros
A commander (avec ses coordonnées: nom, prénom, adresse complète) à:
Association Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE
Chèque à l'ordre de l'Association Nivoit.