17 juillet 2006

[Abbé David Grossin - La Tour de David] Election de Mgr Fellay

SOURCE - Abbé David Grossin - La Tour de David - 17 juillet 2006

Comme vous avez pu le lire sur le site de dici.org, Mgr Fellay a été réélu Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X. Je ne m'étendrai pas en commentaires, d'autres s'en chargent avec abondance de documentations. Je veux seulement dire ceci : le ralliement a été opéré dans les têtes cléricales en l'an 2000, lorsque toutes les communautés ont été se prosterner aux pieds de l'antichrist Wojtyla. Les années qui suivent ne sont que la concrétisation dans les actes de ce ralliement de principe. C'est pourquoi j'ai refusé toute participation à ce pseudo-jubilé, alors que je n'étais qu'un simple vicaire de campagne, à Lanvallay (22). Ce qui m'a valu d'être expulsé et je m'en réjouis tous les jours depuis ! Il y a une logique des évènements qui s'enchaînent de manière inéluctable. Mgr Fellay est l'homme de la situation pour ce sale travail de sabordement : il aura la même récompense que l'abbé Bisig et que Dom Augustin (Flavigny), voire pire. Le choix de l'abbé Pfluger comme assistant n'est pas dû au hasard : sa soeur est Mère Abbesse du monastère cistercien de Magdenau, près de St Gall en Suisse allemande (Révérende Mère Raphaëla Pfluger), ce que les français ignorent, en général. Les rapports avec Rome en seront facilités. L'abbé Nély est inconsistant, il jouera donc le rôle du valet, en attendant sa récompense pour services rendus.... Ceci est l'aboutissement des mauvaises fondations de cette société basées sur les contradictions internes DEPUIS LE DEBUT. Il n'y a jamais eu de "bonne" Fraternité de Mgr Lefebvre et de "mauvaise" Fraternité de Mgr Fellay. C'est la même Fraternité, multiple et divisée contre elle-même, qui s'écroule sous nos yeux aujourd'hui. C'était fatal, on ne corrige pas un fondateur, on le suit et on applique ses incohérences ou alors on quitte sa Société. "Tout royaume divisé contre lui-même...." Prions pour que les prêtres voient clair et réagissent selon la Foi et non selon les sentiments et la fausse obéissance. Seuls les prêtres et les fidèles vivant en esprit et en vérité de leur consécration à l'Immaculée s'en sortiront. Et tous ne sont pas consacrés, aussi étonnant que cela puisse paraître !

16 juillet 2006

Lettre de Mgr Fellay aux fidèles
suivie d'une Déclaration du chapitre
16 juillet 2006 - Mise en ligne par laportelatine.org
Menzingen, le 16 juillet 2006
Chers fidèles,
Permettez-moi de commencer la première lettre de ce nouveau mandat en vous remerciant de vos prières abondantes pour notre chapitre général. Pendant tout son déroulement, dans une atmosphère sereine et en même temps intense, nous avons bien senti ce soutien spirituel que vous nous apportiez.
J’aimerais vous présenter ici quelques-uns des fruits de vos prières et du chapitre.
Tout d’abord les élections : le chapitre a donc décidé de me confier, à nouveau et malgré sa longueur, un nouveau mandat de supérieur général. J’ose vous demander un surcroît de prières pour que, avec cette aide précieuse, je me dévoue au mieux à l’accomplissement de cette tâche à la fois lourde et magnifique.
Le chapitre a également élu deux assistants.
Monsieur l’abbé Niklaus Pfluger dont deux frères et deux neveux sont prêtres chez nous, un troisième est frère, sans compter deux sœurs religieuses ! C’est un Suisse à qui ont été confiées les fonctions de supérieur de district (Suisse puis Allemagne) et de supérieur de séminaire (Zaitzkofen). Il a ainsi acquis une bonne expérience tant par la formation sacerdotale que dans le gouvernement de deux districts.
Monsieur l’abbé Alain Nély, d’abord professeur à l’école Saint Joseph des Carmes, puis prieur de Marseille et enfin supérieur du district d’Italie, a aussi acquis une solide connaissance de la jeunesse et des prêtres ainsi que dans le gouvernement d’un district.
Les deux assistants résideront tous deux à Menzingen en Suisse, où est établie notre Maison générale depuis 1993. Ils seront de précieux collaborateurs pour la bonne marche de la Fraternité, auront l’occasion de voyager de par le monde et permettront ainsi un contact encore meilleur entre la maison générale et les membres de la Fraternité, ainsi qu’avec les fidèles.
Le chapitre ne se réduit pas à des élections. C’est aussi l’occasion de faire le point sur notre situation, de considérer les faiblesses qui demandent à être améliorées, de donner des directives afin que nos prêtres puissent vivre toujours mieux selon nos statuts et ainsi vous apporter plus efficacement la grâce et les dons du Ciel. Nous avons bien évidemment aussi considéré l’état de nos rapports avec Rome. Dans un souci de clarté la plus grande possible, dans le souci aussi d’éviter tout faux espoir ou toute illusion le chapitre, à l’unanimité, a décidé de faire la déclaration que vous trouverez en annexe.
Dans cette même ligne, il me charge de vous communiquer un projet ambitieux :
La Fraternité a l’intention de présenter au Souverain Pontife un bouquet spirituel d’un million de chapelets pour la fin du mois d’octobre, le mois du Rosaire. Les chapelets seront récités aux intentions suivantes.
1. Obtenir du Ciel pour le pape Benoît XVI la force nécessaire afin qu’il libère totalement la Sainte Messe de toujours, dite de saint Pie V.
2. Pour le retour de la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ.
3. Pour le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.
C’est donc à une véritable croisade du Rosaire que nous vous appelons. Cette prière tant de fois recommandée par la Très Sainte Vierge Marie elle-même est présentée comme le grand moyen de soutien, de protection et de salut pour les chrétiens d’aujourd’hui dans ce temps de crise. Depuis des siècles, depuis que l’antagonisme entre le monde et l’Eglise se manifeste de plus en plus fortement, cette prière est apparue comme l’arme donnée par le Ciel pour se défendre, pour se sanctifier et pour vaincre.
Nous vous recommandons donc instamment de commencer sans tarder à apporter des roses spirituelles à notre bouquet. Les prêtres vous donneront sous peu les indications nécessaires pour recueillir ce trésor.
Nous voulons aussi manifester tant aux autorités romaines qu’au Ciel, par cette quantité évidemment symbolique, notre volonté et notre détermination « d’y mettre le prix ».
Confiants que notre bonne Mère des Cieux écoute la prière assidue de ses enfants, qu’Elle ne peut être indifférente ni à la dureté des temps qui courent, ni à la misère spirituelle qui nous entoure, et que tôt ou tard Elle écoutera cette prière qui répond à son appel, nous avons confié toutes les décisions du chapitre à la maternelle bienveillance du Cœur Immaculé de Marie et à la protection du Sacré-Cœur de Jésus afin qu’Il les bénisse, les rende efficaces pour la plus grande gloire de Dieu et notre salut à tous.
Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria.
+ Bernard Fellay
16 juillet 2006, En la fête de Notre Dame du Mont Carmel

Déclaration du chapitre
Pour la gloire de Dieu, pour le salut des âmes et pour le vrai service de l’Église, à l’occasion de son 3ème Chapitre général, tenu du 3 au 15 juillet 2006 à Écône en Suisse, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X tient à déclarer sa ferme résolution de poursuivre son action, Dieu aidant, dans la ligne doctrinale et pratique tracée par son vénéré fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre. Marchant sur ses pas dans le combat pour la défense de la foi catholique, la Fraternité fait pleinement siennes ses critiques envers le concile Vatican II et ses réformes, telles qu’il les a exprimées dans ses conférences et ses sermons, et en particulier dans sa déclaration du 21 novembre 1974 :
« Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la Foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette Foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre, et nous avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues.»
Dans les échanges qu’elle a eus en ces dernières années avec Rome, la Fraternité a pu constater le bien-fondé et la nécessité des deux préalables(1) qu’elle a réclamés, qui procureraient un très grand bien à l’Eglise en restituant à celle-ci au moins une partie de ses droits à sa propre Tradition. Non seulement le trésor de grâces dont jouit la Fraternité serait sorti de dessous le boisseau, mais il apporterait ainsi le remède dont le Corps mystique a tant besoin pour guérir.
Si, après leur accomplissement, la Fraternité attend la possibilité de discussions doctrinales, c’est encore dans le but de faire résonner plus fortement dans l’Église la voix de la doctrine traditionnelle. En effet, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible “accord” purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits,
« le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse ». (2)
Dans ce long travail de reconquête, le Chapitre encourage tous les membres de la Fraternité à vivre encore plus intensément, dans la conformité aux Statuts, de cette grâce qui lui est propre : l’union à la grande prière du Souverain Prêtre, au saint Sacrifice de la Messe. Qu’ils soient convaincus, avec leurs fidèles, que c’est dans cet effort d’une sanctification toujours plus grande au cœur de l’Église que se trouve la seule solution aux malheurs présents : la restauration de l’Église par la restauration du sacerdoce.
A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera.

(1) La liberté entière et sans conditions pour la Messe tridentine et le retrait du décret d’excommunication des quatre évêques de la Fraternité
(2) Lettre de Mgr Lefebvre du 2 juin 1988 au pape Jean-Paul II.

15 juillet 2006

A propos de la réélection de Mgr Fellay
Abbé Philippe Laguérie - Editorial du Mascaret n°281 de juillet - août 2006 - mascaret.presse.fr
L’avenir de la Fraternité Saint Pie X était suspendu depuis des mois au chapitre général et à cet évènement : l’élection du supérieur général et de ses assistants. Le mardi 11 juillet 2006, Mgr Bernard Fellay a été réélu pour un second mandat de douze ans, conformément aux statuts. Le 1er des assistant (élus eux aussi) devient l’abbé Nicklaus Pfluger, en remplacement de l’abbé Schmidberger, le second devient M. l’abbé Alain-Marc Nély, en remplacement de Mgr de Galaretta. Le premier, Suisse allemand, était supérieur du District d’Allemagne, le second, français, supérieur d’Italie. L’un et l’autre devront quitter leur poste pour ne pas cumuler les fonctions, afin de se consacrer à la seule charge d’assistants, résidant auprès du Supérieur et se partageant le rôle de visiteurs pour la Fraternité.
On notera que le recours formé par M. l’abbé Aulagnier (le plus ancien des prêtres de la Fraternité et donc membre du chapitre) n’a pas été examiné. On lui a signifié simplement qu’il ne faisait pas partie du chapitre.
Quelque soit le choix heureux des deux assistants, deux prêtres de terrain, ouverts et chaleureux (dont enfin un français), dont il faut remercier la Providence, le chapitre a choisi de maintenir coûte que coûte la continuité. Choix humainement compréhensible, qui ne saurait occulter la question capitale des enjeux concernant Rome, la Tradition et la « survie*» de la Fraternité. Tendue entre deux risques, la peur et l’autosuffisance, tentée par le repli protectionniste qui pourrait la conduire au dépérissement, voire au schisme, et touchée par le malaise interne né d’une équivalence non évidente, imposée aux prêtres et aux fidèles, entre apostolat et discipline communautaire, la Fraternité trouvera-t-elle la force d’assurer sa mission et son avenir au sein de l’Église romaine ?
Certes, nul ne saurait rien dire pour l’heure de la position de Mgr Fellay sur la question décisive de Rome, dont les variations successives ont abouti à interrompre (au moins officiellement) les négociations avec le pape Benoît XVI, entamées le 29 août 2005. La légitimité du Supérieur étant aujourd’hui renouvelée et renforcée, d’aucuns parlent d’ores et déjà d’un nouveau chapitre général qui pourrait à terme être convoqué par lui, l’heure venue, pour entériner ses décisions sur le projet d’un accord avec Rome.
Valeurs Actuelles (21 juillet 2006) cite en effet le quotidien italien Il Giornale, qui révèle « qu’un projet d’accord aurait déjà été transmis, depuis plusieurs semaines, par le Vatican aux lefebvristes ». Cette information s’accorde avec une déclaration à un journal italien du Cardinal Ricard, le 31 mai 2006, qui annonçait lui-même (c’est ce fait qui est nouveau !) la levée prochaine de l’excommunication ainsi que la restitution de son droit au rite de saint Pie V.
De telles mesures, si elles tombent à l’automne, obligeront Mgr Fellay – qui ne pourra que s’en réjouir comme d’une victoire. Le gouvernement de Benoît XVI déplace, sinon les montagnes, du moins les hommes et le ton : la nomination du cardinal Bertone (archevêque de Gênes) à la Secrétairerie d’État (en remplacement du cardinal Sodano) et de Mgr Ranjith comme secrétaire de la Congrégation des rites, impriment une direction nouvelle qui rend possibles ces mesures bienveillantes en faveur de la tradition.
Reste la question des enjeux doctrinaux. Là aussi, le discours de Benoît XVI du 22 décembre 2005 a modifié sensiblement la donne, autorisant la critique sérieuse et en règle de « l’esprit du Concile ». On sait que ce discours n’a pas été bien reçu par la Fraternité Saint Pie X qui a cru peut-être y voir un piège. On sait aussi que lors du consistoire en mars 2006, les cardinaux rangés derrière le cardinal Lustiger ont fait valoir la faiblesse théologique du livre Le Problème de la Réforme liturgique (Clovis, 2001) préfacé par Mgr Fellay, qui prétend défendre la Messe traditionnelle, mais avec de mauvais arguments. Le Supérieur général reconduit dans ses fonctions ne pourra continuer à exiger du pape un accord doctrinal préalable à toute réconciliation, sans produire sur la Messe et sur le Concile de nouveaux arguments, plus sérieux, moins dialectiques et plus respectueux de la tradition thomiste dans ses nuances.
Par delà les querelles intestines non apaisées, à l’heure où d’aucuns dans la FSSPX accusent ouvertement le pape d’hérésie et caressent la thèse apocalyptique de l’invalidité de l’épiscopat dans le nouveau rite du pontifical de 1968 – dernier rempart furieux de ce qui n’est plus du sédévacantisme mais de l’ecclésio-vacantisme –, Mgr Fellay saura-t-il imposer une ligne claire, cohérente, sage et doctrinalement fondée ? La tâche est écrasante. Nous l’y aiderons sincèrement de nos prières et de nos travaux, comme nous l’avons toujours fait, qu’il le sache.
Abbé Philippe Laguérie

* Cf. Mgr Lefebvre, sermon des sacres du 30 juin 1988 : « l’opération survie de la Tradition ».

13 juillet 2006

Le pape Benoît XVI va remettre de l'ordre dans la liturgie
AFP - 13juillet 2006
CITE DU VATICAN, 13 juil 2006 (AFP) - Le pape Benoît XVI va remettre de l'ordre dans la liturgie Le pape Benoît XVI va mettre fin aux "abus" dans la célébration de la messe et faire cesser "les affrontements" avec les partisans de la messe en latin, a déclaré jeudi un responsable du Vatican à l'agence I-Média, spécialisée dans l'information du Vatican.
Selon l'évêque sri-lankais Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape va "prendre des mesures" car la liturgie de l'Eglise catholique serait trop souvent "un signe de scandale".
Le prélat, nommé par Benoît XVI, dénonce certains "abus" dans la mise en oeuvre des réformes de la liturgie introduites après le concile Vatican II il y a 40 ans.
Ces réformes, notamment l'abandon de la messe dite "tridentine" (célébrée en latin et le prêtre tournant le dos aux fidèles), "n'ont pas porté les fruits espérés", selon Mgr Ranjith.
Elles n'ont en outre jamais été acceptées par le courant catholique traditionaliste rassemblé autour de l'évêque français Marcel Lefebvre (aujourd'hui décédé).
Le pape Benoît XVI, qui a reçu l'été dernier le chef des Lefebvristes, Mgr Bernard Fellay, s'est fixé pour but de les faire revenir dans le sein de l'Eglise.
Selon le secrétaire de la congrégation pour le culte divin, il "va prendre des mesures pour nous indiquer avec quel sérieux nous devons célébrer la liturgie".
Mgr Ranjith révèle que le Vatican reçoit "chaque jour (...) de nombreuses lettres, signées, où les gens se lamentent de nombreux abus: des prêtres qui font ce qu'ils veulent, des évêques qui ferment les yeux ou même qui justifient ce que font les prêtres au nom du +renouveau+" (...) Et à la fin, les gens vont assister à la messe tridentine et nos églises se vident".
Or "la messe tridentine n'appartient pas aux Lefebvristes", souligne Mgr Randjith. Il est donc temps "de cesser les affrontements", a-t-il ajouté.
Election de Mgr Fellay - Pourquoi le choix du même
Abbé Guillaume de Tanoüarn - 13 juillet 2006 - frat.canalhistorique.free.fr
Deux questions qui avaient été plus ou moins enterrées à la faveur de l’immobilité des circonstances ont resurgi, prenant occasion en quelque sorte de l’élection d’un nouveau Supérieur général pour 12 ans, lors du Chapitre qui s’est tenu à Ecône le 11 juillet dernier :
L’une porte sur le passé récent de la FSSPX, l’autre sur son avenir.
  • Les capitulants ont-ils tenu compte de la manière parfaitement désinvolte dont Mgr Fellay avait géré entre 2004 et 2005 ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Laguérie ?
  • Les capitulants ont-ils envisagé comme possible un accord de la FSSPX avec Rome ?
Pour mieux éclairer la manière dont ces enjeux ont été posés, il importe de revenir brièvement sur plusieurs circonstances de ce chapitre.
Notons pour commencer tous les mystères faits autour de l’importance de ce Chapitre. Il ne concernait pas seulement ceux qui y ont participé (45) mais tous les membres de la FSSPX (450) et, à cause de la dureté des temps et du rôle de suppléance de cette Fraternité, tous les fidèles. Rien n’a filtré des intentions de votes ou simplement des mobiles qui animaient les uns et les autres. Il était impossible de parler de ce Chapitre sans paraître indiscret. Tout juste pouvait-on (et d’ailleurs devait-on) « jeûner et prier ». Silence on tourne !
C’est dans ce contexte de peur qu’il faut situer l’intervention de Mgr Tissier de Mallerais au mois de février dernier. L’évêque a déclaré à une revue traditionaliste américaine, The Remnant, que le nouveau Supérieur ne devait pas être un évêque. Le biographe de Mgr Lefebvre s’exprimait là au nom de l’esprit du fondateur. C’est la seule tentative d’influence sur le scrutin qui ait eu lieu à ciel ouvert. Si Mgr Tissier avait été écouté, on était sûr que Mgr Fellay ne pouvait pas être réélu. Il l’a été.
Le scrutin a duré longtemps. Toute la journée. Indice clair que cette réélection n’allait pas de soi (lors du précédent chapitre, en 1995, les résultats étaient connus en fin de matinée. Cette fois, ils ont été communiqués en début de soirée). Cela ne signifie pas pour autant que le résultat soit laborieux, incertain ou ambigu. L’équipe que forme Mgr Fellay avec ses deux assistants semble au contraire parfaitement soudée et sans contrepoids interne pour l’instant.
L’abbé Aulagnier, essayant de faire reconnaître la nullité de son exclusion passée, n’a réussi qu’à faire l’unanimité (vous avez bien lu) des membres du Chapitre contre lui. Un nouveau vote a “validé” son exclusion. Cette proportion est trop écrasante pour être honnête. Elle a conféré à Mgr Fellay une sorte de blanc-seing sur sa gestion du passé, en groupant tous les participants, inconditionnellement et sans exception, autour de “la défense du principe d’autorité”.
Au cours de l’Affaire Laguérie (2004-2005), Mgr Fellay a largement prouvé à qui voulait analyser les faits, sa désinvolture dans l’exercice de l’autorité supérieure. Cela n’a pas suffi à faire réfléchir les votants sur l’opportunité d’un second mandat de 12 ans conféré à Mgr Fellay. Au contraire, tout se passe comme si on lui avait su gré de son absence de scrupule et de son aptitude à gouverner en dehors des règles du droit. La situation présente exigerait ce genre de tempérament, fort de leur autorité et sachant ignorer les objections, les questions et le fonctionnement normal d’une institution (avec le droit d’appel, afférent à tout ordre proprement juridique et inexistant dans la FSSPX).
Cette réélection déçoit un grand nombre de prêtres qui ne participaient pas au Chapitre. Elle était pourtant inscrite dans la logique politique qui gouverne la FSSPX et ses statuts. Le Supérieur est élu tous les douze ans, aux deux tiers des voix, par un cénacle de 45 participants (un dixième des membres de la Fraternité, nous l’avons vu). Les électeurs, se trouvant à des postes de responsabilité aux quatre coins du monde, se connaissent peu entre eux. Ils votent donc pour le plus connu, et le plus connu (de tous) provient évidemment de l’équipe de direction précédente (Mgr Fellay en 1995 était non seulement un des quatre évêques, mais il était économe général, connu de tous les supérieurs locaux).
Mais pourquoi avoir réélu Mgr Fellay lui-même ? Toutes les prudences humaines auraient dû conduire les électeurs à réfléchir à ce que signifie un deuxième mandat de 12 ans. Avec 24 ans de Supériorat en perspective, l’évêque suisse atteint aux dimensions d’un re-fondateur de la Fraternité, qu’il aura marquée de son empreinte comme personne avant lui. Ce règne d’un quart de siècle signifie que le pouvoir personnel du Supérieur pèsera considérablement dans la balance et marquera plus que jamais la gestion des hommes et l’administration des choses. « Ipse feci vos », c’est moi qui vous aie tous créés, disait le pape Léon XIII, à la fin de son pontificat (26 ans entre 1876 et 1903). On peut dire qu’avec 24 ans de Supériorat, Mgr Fellay aura entièrement constitué le chapitre de 2018, qui élira son successeur. Et sa jeunesse lui permet d’ores et déjà de garder tout espoir.
Une telle continuité était-elle dans les habitudes de la Fraternité ? Mgr Lefebvre, premier supérieur, n’avait eu de cesse que de faire élire un successeur : entre 1983 et 1995, ce fut l’abbé Schmidberger qu’il mit à la tête de sa propre Maison. Ce prêtre allemand eut un rôle considérable, en ayant la haute main sur le choix de trois des quatre évêques sacrés en 1988 et, plus tard, en 1994, lorsqu’il fit approuver une interprétation particulière des statuts, tout axée sur une équivalence (qui ne va pas de soi) entre vie de communauté et vie apostolique. Lors du précédent scrutin, en 1995, il fut tout de même élu premier assistant. Beaucoup se plaisaient à dire qu’il était un Mentor pour le jeune Mgr Fellay. Cette fois, il n’est plus explicitement dans l’équipe dirigeante. Il a perdu son poste. Il a sans doute perdu aussi beaucoup de son influence, en particulier dans la question des accords avec Rome, où sa présence et ses contacts amicaux avec le cardinal Ratzinger étaient décisifs.
Il faut souligner qu’il y a une rupture dans le présent scrutin, placé pourtant sous le signe de la reconduction du même : aucun des deux assistants élus n’avaient accédé, jusque-là, à des postes d’officiers généraux au sein de la FSSPX. Ce sont donc, par contraste avec Mgr Fellay des “homines novi”, sans doute tout prêts à le servir comme le veut leur fonction d’assistant.
Pour les relations avec Rome, Mgr Fellay dispose de la docilité de l’abbé Alain Nely, prieur de la maison d’Albano et excellent intermédiaire, qui sera sans doute utilisé désormais de préférence à l’ancien Premier assistant l’abbé Schmidberger, qui, sur ces chapitres, formait un duo, que l’on pourra sans doute oublier, avec l’abbé du Chalard.
Pour l’esprit général de ce gouvernement, gageons que les deux Suisses – Mgr Fellay et l’abbé Pfluger - se retrouveront parfaitement sur le mode sécuritaire de l’exercice de l’autorité, mode que l’on pourrait assez bien résumer dans la formule de Caïphe, le Grand prêtre : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple ». C’est ainsi déjà que Mgr Fellay avait agi en 2004 avec l’abbé Laguérie. Il me semble que sa réélection ne peut que l’incliner à poursuivre cette politique, forcément sacrificielle, du « Je ne veux voir qu’une tête ». Cela est vrai non seulement dans le domaine purement disciplinaire des mutations et des sanctions (« Ce que fait un prêtre de la Fraternité, un autre doit pouvoir le faire », sinon…) ; cela se vérifie aussi dans le débat doctrinal, qui devra épouser plus étroitement que jamais les circonvolutions du Supérieur, ce qui, dans l’immédiat en tout cas, ne promet guère d’explications bien précises ni sur la messe ni sur le Concile ni sur le combat traditionnel. Plus que jamais sans doute, selon le désormais fameux “style Fellay”, l’heure est aux petites phrases, qui peuvent se contredire entre elles sans mal et permettent de dire une chose un jour tout en soutenant le contraire le lendemain, sans oublier sa première position. Il suffit de faire un digest des “sentences” (dûment datées) de Mgr Fellay pour s’apercevoir que dans son dialogue avec Rome, il pousse très loin l’art de la contradiction.
Dans ces contradictions subsistantes qui marquent son discours, - c’est là tout son art - , Mgr Fellay est merveilleusement statique (voir notre article : La FSSPX combien de divisions in Objections n°5). Sans doute, cela a-t-il rassuré cette majeure partie des capitulants, les deux-tiers du collège qui a fini par lui accorder ses suffrages. Je ne voudrais pas être ici un oiseau de mauvaise augure pour la Fraternité, à laquelle je reste attaché de toutes mes fibres. Mais il me semble que les capitulants et leurs chefs ont en commun ce vers de Paul Valéry : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ». Dans l’Eglise de Benoît XVI, toutes les lignes bougent insensiblement. La nouvelle-ancienne gouvernance risque donc d’être plus décalée que jamais, et cela malgré l’incontestable habileté de son très définitif leader.
Abbé Guillaume de Tanoüarn
Lefebvristes : l'accord est très proche  de Rome
Jeudi, 13 juillet 2006 - Il Giornale (traduction)
Tout est prêt pour un accord entre le Saint-siège et la Fraternité Saint Pie X, fondée par l'archevêque "rebelle" Marcel Lefebvre. Le Vatican a avancé depuis déjà plusieurs semaines des propositions précises pour signer la paix et pour le retour à la pleine communion romaine des levebvristes.  Les négociations commencées, nous le savons, dès 2000, ont connu une accélération après l'élection de Benoît XVI, qui a reçu à Castelgandolfo le supérieur des traditionalistes, Mgr Bernard Fellay, en août dernier. Pourtant, jusqu’à maintenant le signe de consentement qu’on attend de Menzingen, où réside le chef des lefebvristes, n'est pas venu. Il y a tout juste deux jours, le même Monseigneur Fellay a été confirmé au gouvernail de la Fraternité, par le chapitre général, pour les douze prochaines années. Il la dirige depuis 1994. L’abbé Niklaus Pfluger et l’abbé Marc Nely ont été élus « premier et second assistants ». Le premier appartient à l’aile la plus intransigeante, et le second à celle plus ouverte au dialogue. Il est possible que, dans la dernière période, sachant que son mandat venait à expiration, dans l'attente d'une éventuelle réélection, Fellay ait temporisé. Mais maintenant, des signaux précis sont attendus au Vatican. Les termes de l'accord proposé prévoient la souscription à l'accord théologique déjà convenu en 1988 entre Mgr Lefebvre et celui qui était alors le Cardinal Ratzinger, la révocation des excommunications décrétées par le Saint-siège après l'ordination illégitime de quatre évêques accomplie par le même Lefebvre, et une structure canonique, semblable à celle d’un ordinariat militaire, qui permettrait à la Fraternité Saint Pie X de conserver ses séminaires et d'incardiner des prêtres.
Dans le contexte de l'accord, le Saint-siège annoncera une forme de libéralisation du missel pré-conciliaire de Saint Pie V – disposition également très attendue par les traditionalistes en communion avec Rome.
Rome: Le Vatican entend réaffirmer le besoin de discipline liturgique
13 juillet 2006 - Apic - kipa-apic.ch
Rome: Le Vatican entend réaffirmer le besoin de discipline liturgique
Le pape veut mettre fin aux "abus, assure Mgr Malcom Ranjith
Rome, 13 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI va mettre fin aux "abus" dans la célébration de la messe et faire cesser "les affrontements" avec les partisans de la messe en latin, a déclaré jeudi un responsable du Vatican à l'agence I.Media, partenaire de l'Apic à Rome. Selon l'évêque sri-lankais Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, nouveau secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape va "prendre des mesures" car la liturgie de l'Eglise catholique serait trop souvent "un signe de scandale".
Mgr Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, entend rappeler l’importance de la discipline en matière de célébration liturgique. Selon le prélat Sri Lankais, Benoît XVI “va prendre des mesures“ pour indiquer avec quel sérieux il convient de célébrer a expliqué le prélat à son retour du Ghana où il a participé à un congrès consacré à la promotion liturgique en Afrique et à Madagascar.
Q.: Vous avez récemment affirmé dans le quotidien catholique français La Croix que la réforme liturgique du Concile Vatican II n’avait “jamais décollé“. Ces mots ont surpris de nombreuses personnes…
R.: Je suis surpris, car je ne l’ai pas dit ainsi et ce n’est pas vrai. Je voulais dire que la réforme conciliaire - avec le renouveau spirituel attendu, avec les catéchèses profondes qui devaient relancer l’Eglise face au contexte séculariste - avait donné des résultats qui ne sont pas si positifs que cela. La réforme a bien décollé. Ainsi, l’utilisation de la langue vernaculaire est une chose positive, car tout le monde peut comprendre ce qui se passe à l’autel ou lors des lectures. De même, pour le sens de communion qui s’est développé. Mais ces éléments ont parfois été un peu trop accentués en abandonnant certains aspects positifs de la tradition de l’Eglise. Le cardinal Ratzinger lui-même, dans la préface du livre Tournés vers le Seigneur - l’orientation de la prière liturgique du père Uwe Michael Lang, a rappelé que l’abandon du latin et l’orientation du célébrant vers le peuple ne faisaient pas partie des conclusions du Concile.
Q.: Pour certains, qui ont fidèlement suivi le Concile, vos propos surprennent…
R.: Il ne s’agit pas d’abandonner le Concile, car il a déjà beaucoup influencé l’Eglise, comme dans son ouverture au monde. Mais, dans le même temps, il aurait fallu approfondir ce que nous possédions déjà. Il aurait fallu, comme dit le Concile, un changement ‘organique', sans brusquerie, sans abandonner le passé. L’Encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean Paul II (publiée en avril 2003, ndlr), et l’Instruction Redemptoris Sacramentum (avril 2004) qu’il avait demandée à la Congrégation, indiquent bien que quelque chose n’allait pas. Le pape parlait alors avec une certaine amertume de ce qui se passait. Ainsi, on ne peut pas dire que tout s’est bien passé, mais on ne peut pas dire non plus que tout s’est mal passé. Les réformes du Concile, par la façon dont elles ont été traduites et mises en place, n’ont pas porté les fruits espérés.
Q.: Concrètement, que faut-il faire?
R.: Il y a deux extrêmes à éviter: permettre à chaque prêtre ou évêque de faire ce qu’il veut, ce qui crée la confusion, ou, au contraire, abandonner complètement une vision adaptée au contexte moderne et s’enfermer dans le passé. Aujourd’hui, ces deux extrêmes continuent de croître. Quel est le juste milieu ?… Il convient de réfléchir un moment, de célébrer sérieusement et d’améliorer ce que nous faisons actuellement.
Q.: Doit-on attendre un document pontifical ou de votre Congrégation à ce sujet ?
R.: Dans son livre L’esprit de la liturgie (publié en allemand en 2000, puis en français en 2001, ndlr), le cardinal Ratzinger avait présenté un cadre très complet de la question. Je crois que le pape est très conscient de ce qui se passe, qu’il étudie la question et qu’il faut faire quelque chose pour aller de l’avant. Il va prendre des mesures pour nous indiquer avec quel sérieux nous devons célébrer la liturgie. Il a la responsabilité que la liturgie devienne un signe d’édification de la foi et non un signe de scandale. Car, si la liturgie n’est pas capable de changer les chrétiens et de les faire devenir des témoins héroïques de l’Evangile, alors elle ne réalise pas sont but véritable. Celui qui a participé à la messe doit sortir de l’église convaincu que son engagement social, moral, politique et économique, est un engagement chrétien.
Q.: Les abus liturgiques sont-ils réellement si nombreux ?
R.: Chaque jour, nous recevons tellement de lettres, signées, où les gens se lamentent des nombreux abus : des prêtres qui font ce qu’ils veulent, des évêques qui ferment les yeux ou, même, justifient ce que font leurs prêtres au nom du ‘renouveau’… Nous ne pouvons pas nous taire. Il est de notre responsabilité d’être vigilants. Car, à la fin, les gens vont assister à la messe tridentine et nos églises se vident. La messe tridentine n’appartient pas aux Lefebvristes. C’est le moment de cesser les affrontements et de voir si nous avons été fidèles aux instructions de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium . C’est pourquoi il faut de la discipline pour ce que nous faisons sur l’autel. Les règles sont bien indiquées dans le Missel romain et les documents de l’Eglise.
Q.: Vous rentrez à peine de Kumasi, au Ghana, où vous avez dirigé les travaux du congrès organisé par votre congrégation sur la promotion liturgique en Afrique et à Madagascar. En quoi cela consistait-il ?
R.: Il y avait des représentants de 23 pays africains, dont de nombreux évêques. Nous leur avons présenté le travail de la Congrégation, les mises à jour nécessaires. Nous avons aussi évoqué la façon de traduire les textes liturgiques et le besoin de reconnaissance de ces textes par la Congrégation. Nous avons consacré une journée entière à l’inculturation dans la liturgie, et nous avons aussi étudié la question de la formation liturgique des fidèles.
Q.: Quelles questions ont été particulièrement évoquées concernant l’inculturation ?
R.: Nous avons surtout parlé des problèmes de langage dans les traductions liturgiques, comment y introduire les langues locales, et aussi des adaptations de la liturgie. Les évêques sont conscients, d’un côté, du danger d’arriver à un certain syncrétisme religieux et culturel, et d’un autre ils ont conscience de la nécessité absolue que la liturgie soit compréhensible par tous. Nous avons discuté de la question de l’identité universelle de la messe, des choses qui ne peuvent être changées et de celles qui peuvent l’être, des valeurs africaines du sacré, du mystère, de la famille, du respect des anciens, et de comment les introduire dans la liturgie.
Q.: Quelles recommandations sont issues de ce premier congrès continental ?
R.: 25 points différents ont été approuvés par les participants au terme du congrès. L’essentiel étant de ne pas trahir la forme universelle des sacrements, surtout ses aspects ‘catholiques’. Dans le même temps, il convient de chercher à engager une inculturation plus profonde, non seulement externe mais de mentalité, de façon de voir, de façon de prier, etc. Beaucoup d’évêques ont pris connaissance de nombreux points de la liturgie de l’Eglise qu’ils ignoraient auparavant. Cette rencontre, d’un côté, a donc permis à la Congrégation d’écouter les évêques, de connaître leurs difficultés, et, de l’autre côté, elle a aidé les évêques à comprendre les nécessités universelles de la liturgie.
Q.: Vous attendez désormais des textes provenant de pays africains pour les reconnaître ?
R.: Oui, car beaucoup d’évêques ignoraient qu’il fallait que leurs textes soient reconnus par la Congrégation. Ils continuaient en effet d’utiliser des textes rédigés sans aval de Rome. Il est bien possible que cette situation existe sur d’autres continents.
(Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard/apic/ami/pr)
13.07.2006 - Apic

11 juillet 2006

Lettre ouverte à Mgr Jordan - Collectif pour la paix liturgique à Reims et contre l'exclusion dans l'Eglise
11 juillet 2006 - paixliturgiquereims.org
Reims le 11 juillet 2006 Monseigneur,
Depuis des années maintenant un nombre toujours croissant de fidèles du diocèse de Reims vous sollicite pour obtenir l’application du motu proprio « Ecclesia Dei Adflicta » à Reims. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez considéré que cette mesure ne se justifiait pas et avez donc repoussé les demandes que vous avez reçues.
Pourtant, c’est toujours avec piété filiale que nous revenons vers vous pour renouveler notre supplication d’instaurer cette paix liturgique qui ferait tant de bien à l’Eglise qui est à Reims. Vous obtiendriez la reconnaissance de ces catholiques qui veulent rester unis à leur Archevêque en bénéficiant du rite qui les aide à progresser vers la sainteté. Plusieurs sensibilités peuvent tout à fait évoluer dans le diocèse en une vraie unité dans la diversité. Nous croyons fermement qu’en cela, nous répondons aux demandes de nos derniers Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI quand ils appellent à la nouvelle Evangélisation. Chacun, selon sa sensibilité pourra découvrir chaque jour davantage la richesse des charismes dans l’Eglise.
Monseigneur, c’est avec confiance que nous nous adressons à vous. Notre supplication est d’autant plus grande que nous savons que la très grande majorité des fidèles de Reims accueillerait volontiers cette partie du troupeau que nous représentons. Le temps n’est plus où les passions des uns ou des autres rendaient la cohabitation impossible. La plupart des fidèles qui s’adressent à vous à travers nous, n’ont pas connu ces disputes des années 1970. Ils veulent vivre leur Foi dans la sérénité et sous l’aile paternelle de leur évêque.
Monseigneur, c’est avec un grand espoir que nous voyons toujours davantage de vos confrères accueillir les fidèles demandant de pouvoir vivre selon les livres liturgiques de 1962. Nous savons qu’ils ne portent pas davantage attention que vous aux besoins spirituels des âmes qui leur sont confiées.
Monseigneur, c’est avec le souci de servir l’Eglise que nous vous écrivons aujourd’hui. Servir l’Eglise en représentant ces membres du diocèse qui souhaitent de tout leur cœur vivre dans l’Eglise de ce que l’Eglise permet de leur donner. Ils ne veulent pas croire que les paroles du Pape Jean-Paul II pour les 10 ans du motu proprio (26/10/1998) soient lettres mortes.
Alors, Monseigneur, nous vous supplions d’accorder cette Messe dominicale selon le rite de 1962 à Reims. Nous sommes à votre entière disposition pour en discuter de nouveau avec vous à la date qui vous conviendra le mieux.
En vous assurant de nos prières aux intentions du diocèse, nous vous prions de croire, Monseigneur, en l’expression de notre piété filiale par les cœurs de Jésus et Marie. 
Tous les membres du collectif
La ferme du château
51480 COURTAGNON
Collectif51@tiscali.fr
Tel : 06.31.75.73.94.

[Abbé Lorans - FSSPX] Mgr Bernard Fellay réélu supérieur général de la FSSPX pour douze ans (Communiqué)

SOURCE - Abbé Lorans - FSSPX - 11 juillet 2006

Election du Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X : communiqué officiel
  
Le mardi 11 juillet 2006, au séminaire d’Ecône (Suisse), le Chapitre général de la Fraternité Saint Pie X a procédé à l’élection de son Supérieur général et de ses deux Assistants généraux.
 
Après avoir vérifié que les quarante capitulants étaient régulièrement convoqués, et après avoir entendu le rapport du supérieur sortant, le chapitre a réélu Mgr Bernard Fellay supérieur général pour douze ans. MM. les abbés Niklaus Pfluger et Alain-Marc Nély ont été respectivement élus premier et deuxième assistants pour douze ans également.

Mgr Bernard Fellay est né le 12 avril 1958, en Suisse. Il est entré au séminaire d’Ecône en octobre 1977. Il a été ordonné prêtre le 29 juin 1982, et fut aussitôt nommé économe général de la Fraternité. Il a été en même temps chargé de l’aumônerie de plusieurs groupes de jeunes et d’un ministère paroissial. Il a accompli plusieurs voyages apostoliques dans les pays du Tiers Monde. Le 30 juin 1988, il fut consacré évêque tout en gardant ses fonctions d’économe général jusqu’à sa première élection comme supérieur de la Fraternité, en juillet 1994. Mgr Fellay parle couramment le français, l’anglais et l’allemand, il connaît l’italien et l’espagnol.

M. l’abbé Niklaus Pfluger est né le 3 novembre 1958 à Oensingen (Suisse). Il est entré au séminaire de Zaitzkofen (Allemagne) en 1978, il a été ordonné prêtre en 1984. Après une année au prieuré d’Oberriet, il est prieur à Bâle de 1985 à 1989. Supérieur du district de Suisse en 1989, il est nommé directeur du séminaire de Zaitzkofen en 1991. En 1998, il est de nouveau supérieur du district de Suisse. Depuis 2004, il est supérieur du district d’Allemagne. M. l’abbé Pfluger parle le français et l’allemand.

M. l’abbé Alain-Marc Nély est né le 18 février 1950 à La Ferté-sous-Jouarre (France). Il est entré au séminaire d’Ecône en 1979, et y a reçu l’ordination sacerdotale en 1984. De 1984 à 1994, il fut directeur-adjoint et professeur de philosophie à l’école Saint Joseph des Carmes (Aude). De 1994 à 2004, il a été prieur-doyen de Marseille. Depuis 2004, il est supérieur du district d’Italie. M. l’abbé Nély parle le français, l’anglais et l’italien.
 
Abbé Alain Lorans
Directeur du Service d’information de la Fraternité Saint Pie X

Supérieur général : Mgr Bernard Fellay.
Né en Suisse en 1958, ordonné prêtre en 1982,
sacré évêque en 1988.
De 1982 à 1994, Économe général de la Fraternité Saint-Pie X.
De 1994 à 2006, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X.
 
Premier Assistant : abbé Niklaus Pfluger.
Né en Suisse en 1958, ordonné prêtre en 1984.
De 1984 à 1986, collaborateur à l’institut S. Karl Borromäus (Oberriet).
De 1986 à 1989, prieur du prieuré S. Theresia (Bâle).
De 1989 à 1991, Supérieur du District de Suisse.
De 1991 à 1998, Directeur du séminaire de Zaitzkofen (Allemagne).
De 1998 à 2004, Supérieur du District de Suisse.
De 2004 à 2006, Supérieur du District d’Allemagne.
 
Second Assistant : Abbé Alain-Marc Nely.
Né en France en 1950, ordonné prêtre en 1985.
De 1984 à 1994, collaborateur à l’école Saint-Joseph des Carmes (Carcassonne).
De 1994 à 2004, prieur-doyen du prieuré Saint-Ferréol de Marseille.
De 2004 à 2006, Supérieur du District d’Italie.
Enjeu de la réélection de Mgr Fellay
Message de Taedium sur le Forum Catholique - 2006-07-11 20:18:28
Enjeu de la réélection de Mgr Fellay La question importante est la contribution de la Fraternité parmi les autres instituts attachés à la liturgie traditionnelle et à l’enseignement sans ambiguïté de la foi catholique à la mission de l’Eglise de sauver les âmes en faisant connaître et aimer le Sauveur, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, né de la Vierge Marie.

Etant donné la crise doctrinale, catéchétique et liturgique née du déchaînement des progressistes avant et après le Concile Vatican II, la Fraternité Saint Pie X a joué un rôle signalé de préservation du dépôt du Saint Sacrifice de la Messe, et de défense de la Vérité catholique face à l’optimisme béat des libéraux.

L’échec des libéraux est net : séminaire vide, perte du sacré et protestantisation de la liturgie.

Que doit faire la Fraternité Saint Pie X ?
- Continuer à protéger le dépôt en circuit fermé comme depuis dix à douze ans depuis 1995.
- Prendre le risque de se frotter à des évêques amers, pleins de mauvaise conscience et qui ne veulent pas reconnaître le désastre.

Or Jean-Paul II déjà, puis surtout Benoît XVI se sont opposés aux abus et à la théologie idéaliste contre toute attente car eux-mêmes en viennent.

Doit-on attendre que tous les évêques aient rétablis la bonne doctrine et une liturgie digne pour signer la paix ? Ce serait vouloir une Eglise parfaite.


Mgr Fellay a réussi sa réélection.
Il n'a pas de ligne précise car il veut préserver surtout l'unité de la Fraternité Saint Pie X.
En ce sens, sa réélection est un bien pour l'institut qui devra choisir de se réconcilier avec Rome en évitant l'explosion. L’élection d’un dur ou d’un modéré aurait provoqué la scission rapidement.
Le problème de Mgr Fellay est sa trop grande familiarité avec les prêtres français furieusement opposés aux accords, Avrillé, monsieur l’abbé Pivert, le clergé parisien et d’autres sauf les très souples abbés Célier et Lorans. Il voudra les endormir en soufflant le chaud et le froid.
Le problème sera donc que les accords en seront retardés d’autant.

L’abbé Pflüger est une prêtre humain et qui sait écouter.
Directeur du séminaire, il était assez apprécié des séminaristes. Toutefois, il garde la raideur de raisonnement suisse allemande. Il est classé parmi les durs mais garde son indépendance toutefois.

L’abbé Nély est un prêtre très humain, un français latin catholique bon vivant. Il écoute plus encore mais n’agit pas fréquemment. Il est très prudent. Il est très doux et non violent. Il pourra convaincre les prêtres impatients des lenteurs de Mgr Fellay de rester dans la Fraternité Saint Pie X.


Le compte à rebours est maintenant enclenché.
- Rome va attendre que Mgr Fellay manœuvre sans briser le navire.
- Si cela prend trop de temps, Rome pourrait proposer la prélature personnelle aux prêtres de bonne volonté de tout le monde Saint Pie V.
Alors, malgré l’abbé Nély, des prêtres quitteront la Fraternité Saint Pie X selon des garanties de replacement toutefois car l’homme reste un homme.

La Fraternité a bien combattu. Elle ne pourra pas être accusée d’abandonner le combat. Qu’elle se raisonne car l’Eglise a besoin de prêtres traditionnels. Ils viendront de toute façon car les diocèses sont dans un triste état.

[AFP] Mgr Bernard Fellay réélu à la tête de la Fraternité Saint Pie X

AFP - 11 juillet 2006

Mgr Bernard Fellay, 48 ans, a été réélu supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X pour douze ans, a annoncé mardi cette organisation fondée en 1979 par l'archevêque intégriste schismatique Mgr Marcel Lefebvre.

Le chapitre général de la Fraternité Saint Pie X réuni au séminaire d'Ecône (Suisse) a réélu Mgr Fellay et élu les abbés Niklaus Pfluger et Alain-Marc Nély respectivement premier et deuxième assistants, pour douze ans également, selon un communiqué.

Mgr Fellay, né le 12 avril 1958 en Suisse, est entré au séminaire d'Ecône en octobre 1977. Il a été ordonné prêtre le 29 juin 1982 et aussitôt nommé économe général de la Fraternité, également chargé de l'aumônerie de plusieurs groupes de jeunes et d'un ministère paroissial.

Le 30 juin 1988, il a été consacré évêque aux côtés de trois autres par Mgr Lefebvre sans l'autorisation du pape Jean Paul II, ce qui leur a valu l'excommunication. Après le décès de Mgr Lefebvre en 1991, Mgr Fellay a été élu une première fois supérieur en juillet 1994. Il parle couramment le français, l'anglais et l'allemand et connaît l'italien et l'espagnol, précise le communiqué.

Sa réélection intervient alors que des discussions se poursuivent avec Rome pour un retour éventuel dans l'Eglise catholique de la Fraternité, branche la plus intransigeante des catholiques conservateurs qui refuse obstinément depuis plus de 40 ans les réformes du concile Vatican II.

En janvier, Mgr Fellay, qui a rencontré le 29 août 2005 le nouveau pape Benoît XVI, s'était déclaré "absolument certain qu'un jour il n'y aura plus de problèmes entre la Fraternité et Rome". Fin mars, les cardinaux consultés par le pape sont toutefois restés divisés sur les modalités d'une réintégration de la Fraternité.

La Fraternité Saint Pie X, qui prévoit d'ordonner cette année 17 nouveaux prêtres au total, compte 460 prêtres, 178 séminaristes, 70 frères, 133 religieuses et 68 oblats (religieux), et revendique 150.000 fidèles dans une cinquantaine de pays dont la France où elle occupe illégalement l'église parisienne Saint-Nicolas du Chardonnet depuis 1977.

7 juillet 2006

L'abbé John Berg élu nouveau supérieur général de la FSSP
7 juillet 2006 - fssp.org
Le Chapitre Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, réuni à Wigratzbad, a élu le vendredi 7 juillet 2006, M. l’abbé John Berg Supérieur Général pour un mandat de six années conformément au droit. De nationalité américaine, l’abbé Berg a étudié la philosophie aux Etats-Unis et la théologie en Allemagne (Wigratzbad) et à Rome. Il a exercé des fonctions pastorales et d’enseignement aux Etats-Unis. L’abbé Berg est le troisième Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre depuis sa fondation.

30 juin 2006

Lex orandi - par Gérard Leclerc
France Catholique n°3031 du 30 juin - www.france-catholique.fr
Benoît XVI s’apprêterait à prendre des décisions en faveur d’une réforme de la réforme de la liturgie ! Certains s’en réjouissent, d’autres s’en lamentent. Faute de données précises sur les intentions concrètes du Saint-Père, il nous est possible d’en comprendre l’esprit, puisqu’il s’est lui-même exprimé plusieurs fois sur le sujet et puisque le cardinal Ratzinger, avant Benoît XVI, n’a pas été avare d’explications et de mises au point sur la réforme liturgique qui a suivi Vatican II. Si le Pape intervient aujourd’hui sur le sujet, ce n’est évidemment pas pour ouvrir un nouveau conflit à l’intérieur de l’Eglise et ranimer les querelles qui ont opposé depuis un demi-siècle progressistes et traditionalistes. Le système médiatique n’a que trop de complaisance à orchestrer les oppositions qui offrent des correspondances d’ordre politique, pour mieux estomper les questions sérieuses, celles qui concernent la foi de l’Eglise. Or lorsqu’on parle liturgie, c’est d’abord la foi qui est en cause, conformément à l’ancien adage : lex orandi, lex credendi. Il y a donc lieu de relativiser toute sensibilité politique, idéologique voire esthétique au profit d’un recentrage sur l’essentiel. Et c’est de ce point de vue que doivent être comprises et accueillies, par exemple, les éventuelles mesures de Rome en faveur d’une réconciliation avec la mouvance dite traditionaliste. Un théologien comme Yves Congar - pourtant marqué par sa réputation œcuménique et réformiste - n’hésitait pas à reconnaître un aspect légitime à certaines demandes émanant de l’opposition au Concile. Il admettait sans réserve qu’on soit attaché à la messe de saint Pie V, à condition que ce soit sans rejet pour la messe dite de Paul VI. Le cardinal Ratzinger est allé encore plus loin en reconnaissant qu’il y avait eu des dérives graves, d’ailleurs étrangères à la constitution conciliaire sur la liturgie, et qu’il convenait de prêter une attention soutenue à certaines plaintes et à certaines objections.
On ne peut prendre à la légère, par exemple, la question de l’orientation de la liturgie tournée vers le soleil levant, qui désigne symboliquement le Christ ressuscité. On s’est beaucoup moqué de Claudel s’insurgeant contre “la messe à l’envers”. Mais il est certain que s’il y a détournement de signification grave, avec une assemblée qui se recentre sur elle-même pour oublier que la liturgie est ouverture au mystère de Dieu, la déviation est gravissime. Il nous semble que la nouvelle disposition de la cathédrale de Paris, qui est présente dans les belles retransmissions de KTO, devrait amplement donner matière à réflexion. Désormais, toute l’attention se trouvent attirée vers la grande croix dorée qui se trouve au fond du chœur de la cathédrale. Ainsi est mise en valeur l’orientation de l’action liturgique qui attire l’assemblée et les célébrants au-delà d’eux-mêmes, pour qu’ils entrent dans la dynamique du mystère de Dieu.

29 juin 2006

"La réforme de la réforme" en bonne voie
Golias - 29 juin 2006 - golias.ouvaton.org/
Mgr Malcom Ranjith Patabendig, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, n’est pas encore très connu du grand public. Ce sri-lankais de 59 ans a pourtant été personnellement choisi par le Pape en raison de sa sensibilité traditionnelle.
Il vient de tenir à l’agence I. Media des propos qui ne sont pas en contradiction avec sa réputation.
Après le Concile Vatican II, "certains changements peu réfléchis ont été faits, dans la rapidité et l’enthousiasme" ce qui a abouti à "une situation opposée à celle que l’on souhaitait".
L’archevêque n’est pas tendre contre certaines mesures adoptées après le Concile : ces "directives erronées comme l’abandon du sacré, la confusion des rôles entre les laîcs et les prêtres, ou encore certaains changements qui ont vidé les eglises en les protestisant. Ces changements de mentalité ont affaibli le rôle de la liturgie plutôt que de le renforcer" .
Il ne faudrait pas, selon Mgr Ranjith, chercher ailleurs la cause de la désaffection des sanctuaires et des séminaires.Il faudrait retrouver "certains aspects de la liturgie du paassé".
L’archevêque rappelle que "l’ancien missel de saint Pie V n ’a jamais été aboli". L’ancien missel ne saurait être dénigré. Il serait plus pertinent d’entreprendre, dans un sens traditionnel, une réforme de la réforme.
Le même archevêque avait accordé une préface à un ouvrage recommandant la célébration de la messe à l’ancienne (et non pas face au peuple).
Manifestement des "évolutions" sont à attendre en matière liturgique ces prochains temps.
Certains ont même devancé l’appel, tel le primat des Gaules, le cardinal Philippe Barbarin.

[Mgr Tissier de Mallerais, fsspx] Ecône, sermon pour les ordinations du 29 juin 2006

SOURCE - Mgr Tissier de Mallerais, fsspx - 29 juin 2006

Au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

Monseigneur le supérieur général, Messeigneurs, mes biens chers confrères, chers fidèles, chers ordinands, voici qu’en 2006, l’Eglise va donc par notre ministère, ordonner quatre nouveaux prêtres et en plus quelques diacres.

Cette célébration en 2006, parmi une Eglise qui ne croit plus au sacerdoce, puisqu’elle se prépare à être une Eglise sans prêtre, et qu’elle s’organise du reste, partout dans tous les diocèses, pour être désormais une Eglise sans prêtre, notre cérémonie est donc pleine de signification de notre volonté d’empêcher un si grand crime.

Le sacerdoce, le prêtre a toujours sa place essentielle dans l’Eglise. On ne peut pas imaginer une Eglise sans prêtre. Quel est le rôle du prêtre ? C’est ce que je voudrais vous exprimer en deux mots, en vous disant, le prêtre c’est un sauveur à la suite de l’unique sauveur Notre Seigneur Jésus-Christ. Sauveur de tous, spécialement des fidèles, salvator omnium, et sauveur du monde, salvator mundi. Je dirais sauveur des âmes et en plus sauveur des sociétés d’où la place essentielle du prêtre, non seulement dans l’Eglise mais dans la société. Et donc ce sont ces deux points que je voudrais développer : tout d'abord voir, bien chers futurs prêtres, votre rôle de sauveur des âmes et ensuite envisager votre rôle de sauveur des sociétés.

Jésus bien entendu est l’unique sauveur, sauveur principal, sauveur par son incarnation, sauveur par sa croix, sauveur comme le dit son nom : Jésus qui veut dire Dieu sauve. Donc il suffit de prononcer le nom de Jésus pour professer notre foi en Jésus-Christ sauveur des âmes.

Sauveur, qui dit sauveur dit par conséquent une catastrophe universelle, un naufrage, un sauvetage. Il n’y a pas de sauveur sans un naufrage. Et ce naufrage universel, c’est le naufrage du péché qui entraîne toutes les âmes en enfer, du moins c’est ce que Notre Seigneur a enseigné. C’est aussi ce que Saint Ignace dans ses exercices spirituels nous montre très bien dans cette belle contemplation de l’Incarnation du Fils de Dieu. Il nous fait voir les trois personnes divines assises sur le trône de leur majesté et contemplant de toute éternité le désastre du péché, leur œuvre créatrice ravagée par le péché et comment ces trois personnes dans l’éternité décrètent : "opérons la rédemption du genre humain".

Et cette rédemption, ce sera l’incarnation de la deuxième personne divine, sa passion et sa croix pour expier les péchés des hommes. Et c’est cette œuvre de rédemption que le prêtre continue par sa messe. Alors chers jeunes futurs prêtres, attardons nous à contempler ce mystère de la rédemption puisque vous êtes appelés à le prolonger, à le propager, par vos saintes messes.

Il est écrit dans la sainte Ecriture : "sans effusion de sang, il n’y a point de rémission".

Dieu a posé cette loi dès l’origine de l’humanité. Il fallait offrir des sacrifices sanglants pour apaiser sa colère, c’est-à-dire satisfaire à sa justice depuis le péché originel. Et Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a pas voulu se soustraire à cette loi. Dans l’incarnation, la sainte trinité a décrété que le Fils de Dieu verserait son sang pour expier nos péchés, sacrifice expiatoire comme dans l’ancienne loi mais au lieu du sang de boucs et de béliers, ce serait le précieux sang d’un agneau immaculé, le Christ, l’homme Dieu avec une valeur infinie aux yeux de Dieu. Alors tel est le mystère incompréhensible que nous méditons et que nous réactualisons à chaque sacrifice de la messe, chers futurs prêtres.

Et c’est ce mystère de la rédemption par le sang de Jésus, par une expiation qui est nié actuellement par les plus hautes autorités de l’Eglise. Bien que l’on emploie à satiété dans le nouveau catéchisme, il y a une page célèbre qui a une énumération incroyable des mots expiation, satisfaction, compensation. Mais ils prononcent ces mots sans y croire car ils leur donnent un sens tout à fait différent. Depuis qu’un célèbre théologien de Tübingen en Allemagne écrivit en 1968 que la présentation de la théologie de la satisfaction était très rudimentaire dans l’Eglise et qu’il fallait changer cela. Il écrivait :
«Cette présentation est faussée. On prétend que la justice de Dieu infiniment offensée devrait être réconciliée par une satisfaction infinie et pour cela on nous présente un Dieu qui envoie son Fils à la mort avec une justice inexorable pour obtenir une satisfaction infinie par un sacrifice sanglant. Cette thèse de droit lésé et rétabli n’est pas la signification de la satisfaction du mystère de la rédemption dans le nouveau testament. On se détourne avec horreur d’une telle justice divine et de sa sombre colère qui ôte toute crédibilité au message de l’amour»
Ainsi le Fils de Dieu n’aurait pas expié nos péchés sur la croix. Il aurait seulement - nouvelle interprétation - démontré une passion héroïque : l’amour de Dieu pour les hommes, un amour parfaitement gratuit du Fils de Dieu fait Homme par le don de sa vie. On ne devrait plus parler de justice lésée ni d’offense du péché puisque Dieu ne peut pas être offensé. Dieu étant infiniment heureux et bienheureux en lui-même, Il ne peut pas être offensé et donc il n’y aurait plus de justice divine à satisfaire mais seulement un Dieu qui montre à l’homme pécheur son amour inchangé et étreint l’homme justifié et gratifié par l’amour gratuit de Dieu.

Vous voyez chers amis que l’on a complètement dépouillé le mystère de la rédemption de sa substance. Puisqu'on ne parle plus du péché ni de l’expiation ni de la peine due au péché. Or, ce théologien a par la suite reçu des charges importantes dans l’Eglise. Je n’en dirai pas plus mais vous pouvez deviner. Alors on recule avec horreur, non pas devant la justice divine que nous comprenons très bien comme catholiques, mais devant cette caricature honteuse du mystère de la rédemption qui a eu une influence incroyable dans l’Eglise puisque ce livre selon l’éditeur qui l’a réédité récemment en l’an 2000, est une œuvre capitale de la théologie du XX° siècle et à tel point que les catéchèses de plusieurs nations ont été infectées par cette hérésie comme nous le lisons dans un célèbre ouvrage des évêques de France écrit vers 1969 en disant que la théologie de la satisfaction nous représente un Dieu moloch qui exige sa ration de sang humain pour être satisfait. Donc c’est toujours la caricature de notre foi catholique.

Or, ces théologiens, s’ils avaient pris la peine de lire quelques pages de saint Anselme, de saint Léon le Grand et encore plus de saint Thomas d’Aquin dans sa somme théologique, auraient très bien compris que c’est la plus grande preuve d’amour du bon Dieu de nous donner un satisfacteur, un homme pris d’entre nous, l’homme Dieu qui va satisfaire pour nos péchés, parfaitement, à la justice divine à cause de la dignité de sa vie qu’il va offrir pour nous, à cause de son grand amour, de sa charité, à cause de son obéissance, c'est entendu, mais surtout à cause des souffrances immenses qu’il va choisir lui-même d’assumer pour offrir à son Père une satisfaction surabondante pour nos péchés. Saint Thomas d’Aquin a trois articles sur la passion de Jésus-Christ où il détaille les souffrances que Jésus a voulu souffrir pour expier nos péchés.

Or de cela on ne veut plus parler. On dit que Jésus a donné sa vie pour une preuve d’amour gratuit. On ne considère pas les souffrances de la passion de Jésus On ne considère plus du tout la valeur rédemptrice de la souffrance. Tout cela est une falsification du mystère de la rédemption. Et l’on comprend maintenant pourquoi la nouvelle messe. La nouvelle messe n’est rien d’autre que l’application de cette hérésie dans la liturgie et l’on comprend par conséquent la raison profondément dogmatique de notre attachement à la messe traditionnelle qui exprime, qui renouvelle, qui réactualise le mystère de la rédemption, de cette expiation de Jésus-Christ au calvaire.

Sans doute Jésus Christ ne veut plus souffrir maintenant. A la messe, il ne peut plus souffrir, il ne peut plus expier à proprement parler, mais il offre un sacrifice propitiatoire qui apaise la justice divine et qui nous rend Dieu à nouveau propice par l’application des satisfactions et des mérites du calvaire qui sont à nouveau présentés à Dieu par la victime présente sur l’autel sous les apparences du pain et du vin.

Voilà le mystère que vous êtes appelés à renouveler, chers jeunes prêtres.

Mystère de justice, le sacrifice de la messe, c’est d’abord faire justice à Dieu. Et ensuite dépendent les mérites de Jésus-Christ qui vont sanctifier les âmes et d’abord ôter le négatif avant de donner le positif. Il faut d’abord absoudre les péchés avant de penser à donner la grâce. Il faut d’abord penser à faire justice à Dieu avant d’espérer son pardon et sa vie divine. C’est un peu comme dans les sept dons du Saint-Esprit. Il y a le don de sagesse qui est le plus élevé qui consiste à être en action de grâce pour tout ce qui nous arrive au gré du bon Dieu. Puis il y a le don de crainte qui est le plus petit, le plus humble, qui nous fait craindre par-dessus tout d’offenser le bon Dieu que nous aimons. Je pense que le don de sagesse ne peut pas se passer du don de crainte. Il est impossible de vivre sans être en action de grâce pour toutes les épreuves que le bon Dieu nous envoie sans d’abord exercer le don de crainte c’est-à-dire craindre par-dessus tout la catastrophe la pire qui puisse nous arriver, de commettre un péché délibéré. Eh, bien! c ’est la même chose pour la messe.

Comment penser que nous puissions offrir un sacrifice d’action de grâce, de louange et d’adoration, si d’abord nous n’offrons pas un sacrifice d’expiation et de satisfaction à la divine justice.

C’est vouloir barrer la vertu de justice de la théologie et même de la philosophie chrétienne. On dit amour, amour, amour, eros et je ne sais quoi encore, des choses vraiment étranges et l’on ne dit plus justice, justice pour Dieu.
Alors vous serez les ministres de ce sauvetage spirituel des âmes par vos messes. Quelle consolation pour le prêtre, à chaque consécration, de savoir qu’il peut appliquer à sa volonté les infinies satisfactions de Jésus-Christ pour purifier des âmes à toutes les intentions qui lui sont confiées à sa messe. Quelle puissance dans le pouvoir du prêtre ! Mais songeons toujours à faire justice à Dieu et ensuite de sanctifier les âmes. Alors croyons de tout notre cœur, chers futurs prêtres, que notre sacrifice de la messe est vere propitiatorium comme le proclame et le définit le concile de Trente qui est un sacrifice vraiment propitiatoire. C’est un dogme de foi. C’est un sacrifice propitiatoire. Alors si la croix n’est plus un sacrifice expiatoire, il est impossible que la messe soit un sacrifice propitiatoire. Tout se tient. C’est en célébrant votre messe essentiellement que vous serez de nouveaux sauveurs, que vous continuerez ce sauvetage spirituel d’une Eglise qui ne croit plus à son sacerdoce. Quelle importance donc que nous au moins en petit nombre nous y croyons, que nous maintenions le sacerdoce et sa nature.

Sauvetage spirituel, mais également sauvetage temporel de la société, de la chrétienté, salvator hominum mais aussi salvator mundi.

Les samaritains après la visite de Jésus, disaient à la samaritaine : nous croyons maintenant que celui-ci est vraiment le sauveur du monde, salvator mundi. Donc sauveur également des sociétés temporelles, des nations, des Etats. Regnavit a ligno Deus, Dieu règne par sa croix ; mais il règne. Non pas seulement au fond des sacristies ou de nos chapelles. Il doit régner en public, dans les institutions publiques de la société civile et par la croix, par son sang. Voyons bien la rédemption avec toutes ses conséquences même temporelles.

Et l’importance, par conséquent, de votre sacerdoce, chers candidats au sacerdoce. Vous allez être ordonnés prêtres dans un temps d’apostasie, ce qui est par conséquent exercer le sacerdoce d’une façon plus difficile que l'exercèrent saint Pierre et saint Paul, que nous fêtons aujourd’hui, qui eurent eux la mission de convertir le monde païen. Vous, vous avez la mission de convertir un monde apostat. C’est beaucoup plus difficile. Comment allez-vous faire ? Eh bien vous reprenez le programme que Mgr Lefebvre nous a fixé, qui n’est pas son programme parce qu’il n’avait jamais eu aucune idée personnelle mais qui est le programme de l’Eglise catholique de toujours, opposé au programme libéral du libéralisme et de la franc-maçonnerie que l’on expliquait au jeune Marcel Lefebvre quand il était séminariste à Rome. On lui expliquait d’abord le programme des adversaires pour ensuite lui exposer le programme du Christ Roi.

Et voilà une chose très intéressante que j’aimerais vous développer en trois points : le programme libéral, la franc-maçonnerie.

Premier point : ce sera exclure le gouvernement du Christ Roi par la laïcisation des sociétés. C’est ce qui est arrivé dans tous les pays à la fin du XIX° et au début du XX° siècle : la laïcisation de toutes les sociétés civiles. Mais il continue maintenant depuis le concile Vatican II au nom de la liberté religieuse. Dire cela en 1925, quand Mgr Lefebvre était séminariste, c’était prophétique de ce qui devait arriver 40 ans après seulement. En 1965. Cela a été très vite, l’exécution du plan libéral et maçonnique ; en 40 ans de temps s’était réalisée, par la liberté religieuse, la laïcisation de la société civile.

Deuxième point : supprimer la messe, c’était le programme des francs-maçons.

Supprimer la messe, en privant les catholiques de leurs églises. Et avec le concile Vatican II, beaucoup plus simple avec la nouvelle messe qui nous a privé de la messe s’il n’y avait pas eu Mgr Lefebvre pour nous la garder, pour la sauver pour l’Eglise.

Troisième point du programme maçonnique : supprimer la vie spirituelle divine des âmes afin que les âmes ne vivent plus en état de grâce.

Puisque les âmes n’auront plus la source de la grâce à la messe, elles ne vivront plus en état de grâce. C’est la situation où personne ne va se confesser ; comment vivre en état de grâce ?

Je pourrai résumer ces trois points par ces trois expressions : le programme libéral, ce fut d’établir des sociétés laïques, de créer une Eglise laïque et enfin de faire des âmes laïques. Et, c ’est cela qu'à Rome on accepte et qu'on a voulu imposer à Mgr Lefebvre en 1987. Quand Mgr Lefebvre est allé trouver le cardinal Ratzinger à Rome, ils ont discuté là-dessus et ne se sont pas trouvés d’accord parce qu’à Rome on suit le programme maçonnique : on veut des sociétés laïques, on veut une Eglise laïque, on veut des âmes laïques. C’est logique.
Alors vous autres, chers jeunes prêtres, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez prendre en main les trois points du programme catholique qui va à rebours du programme libéral.

Premier point : redonner la messe aux âmes. Puisque Mgr Lefebvre nous l’a sauvée, redonnons la aux âmes, la messe, ce sacrifice qui obtient la rémission de nos fautes, sacrifice satisfactoire, sacrifice propitiatoire.

Deuxième point de notre programme : avec la messe, reconstituer une élite de catholiques fidèles vivant en état de grâce. Ces catholiques, cette élite, chers fidèles, c’est vous. Je vous lance des fleurs, mais c’est une réalité dont vous devez être davantage conscients d’être une élite et par conséquent de toutes vos responsabilités, de tous vos devoirs comme élite chrétienne dans l’Eglise catholique, vis-à-vis de vos familles, vis-à-vis des institutions chrétiennes, vis-à-vis aussi de la politique de vos pays. Reconstituez une élite catholique vivant en état de grâce.

Et alors, troisième point : par cette élite, de chrétiens fervents vivant en état de grâce, recouronner Notre Seigneur Jésus Christ, lui redonner sa couronne, lui redonner sa place dans la société civile. C’est votre programme, chers jeunes prêtres. Cela découle de votre sacerdoce.

Voilà un programme tout à fait enthousiasmant, un programme capable de mobiliser toutes vos forces, un programme qui vous fait entrer dans le travail de vos anciens qui œuvrent depuis 40 ans avec succès, avec un grand succès malgré les difficultés. Nous avons reconstitué tout un tissu catholique, un embryon de chrétienté, pas nous mais la grâce de Dieu, par nous, grâce à notre humble fidélité au programme catholique.

Alors chers jeunes prêtres engagez-vous avec foi, avec persévérance dans l’exécution de ce programme catholique.

Demandons pour terminer à la Très Sainte Vierge Marie, mère du prêtre, notre reine, notre avocate, par son intercession toute puissante auprès de Dieu, de daigner bénir ces jeunes prêtres, ces jeunes diacres également, qui vont devoir prêcher dès maintenant l’Evangile, la vérité sur le mystère de la rédemption. Supplions la Sainte Vierge de remplir nos jeunes prêtres et nos jeunes diacres d’un zèle  vraiment surnaturel, soucieux de la saine doctrine catholique et pleins de foi dans l’importance irremplaçable de leur sacerdoce.

Ainsi soit-il.

Au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

+ Mgr Tissier de Mallerais

25 juin 2006

La réforme Vatican II n'a jamais décollé - Entretien avec Mgr Albert Malcolm Ranjith
25 juin 2006 - La Croix - www.la-croix.com
La réforme Vatican II n'a jamais décollé Pour le secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, il faut retrouver le véritable esprit de la réforme conciliaire
Entretien avec Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements
La Croix : On a le sentiment que, pour Benoît XVI, la liturgie est une priorité.
Mgr Albert Ranjith : À juste titre. Lorsque l’on remonte l’histoire de la liturgie à travers les siècles, on voit combien est important pour tout homme le besoin d’écoute de Dieu et de contact avec l’au-delà. L’Église a toujours été consciente que sa vie liturgique doit être orientée vers Dieu et comporter une atmosphère profondément mystique. Or, depuis quelques années, on a tendance à l’oublier, pour y substituer un esprit de liberté totale qui laisse tout l’espace à l’invention, sans enracinement, ni approfondissement.
– Serait-ce que la liturgie est devenue l’objet de polémiques, de débats dans l’Église, voire un facteur de graves divisions ?
– Je pense que c’est là un phénomène proprement occidental. La sécularisation en Occident a entraîné une forte division entre ceux qui se réfugient dans le mysticisme, en oubliant la vie, et ceux qui banalisent la liturgie, en la privant de sa fonction de médiatrice vers l’au-delà. En Asie – par exemple au Sri Lanka, mon pays –, chacun, quelle que soit sa religion, est très conscient du besoin de l’homme d’être porté vers l’au-delà. Et cela doit se traduire dans la vie concrète. Je pense qu’il ne faut pas abaisser le sens du divin au niveau de l’homme, mais au contraire chercher à hisser l’homme vers le niveau supra-naturel, là où nous pouvons approcher le Mystère divin. Or, la tentation de devenir protagoniste de ce Mystère divin, de chercher à le contrôler est forte dans une société qui divinise l’homme, comme le fait la société occidentale. La prière est don : la liturgie n’est pas déterminée par l’homme, mais par ce que Dieu fait naître en lui. Elle implique une attitude d’adoration vers le Dieu créateur.
– Avez-vous le sentiment que la réforme conciliaire est allée trop loin ?
– Il ne s’agit pas d’être anti-conciliaire ou post-conciliaire, ni conservateur ou progressiste ! Je crois que la réforme liturgique de Vatican II n’a jamais décollé. D’ailleurs, cette réforme ne date pas de Vatican II : elle a en réalité précédé le Concile, elle est née avec le mouvement liturgique au début du XXe siècle. Si l’on s’en tient au décret Sacrosanctum Concilium de Vatican II, il s’agissait de faire de la liturgie la voie d’accès à la foi, et les changements en la matière devaient émerger de manière organique, en tenant compte de la tradition, et non de manière précipitée. Il y eut de nombreuses dérives, qui ont fait perdre de vue le véritable sens de la liturgie. On peut dire que l’orientation de la prière liturgique dans la réforme postconciliaire n’a pas été toujours le reflet des textes de Vatican II, et en ce sens, on peut parler d’une correction nécessaire, d’une réforme dans la réforme. Il faut regagner la liturgie, dans l’esprit du Concile.
– Concrètement, par quoi cela passe-t-il ?
– Aujourd’hui, les problèmes de la liturgie tournent autour de la langue (vernaculaire ou latin), et de la position du prêtre, tourné vers l’assistance ou tourné vers Dieu. Je vais vous surprendre : nulle part, dans le décret conciliaire, on n’indique qu’il faut que le prêtre désormais se tourne vers l’assistance, ni qu’il est interdit d’utiliser le latin ! Si l’usage de la langue courante est consenti, notamment pour la liturgie de la Parole, le décret précise bien que l’usage de la langue latine sera conservé dans le rite latin. Sur ces sujets, nous attendons que le pape nous donne ses indications.
– Faut-il dire à tous ceux qui ont suivi, avec un grand sens de l’obéissance, les réformes post-conciliaires qu’ils se sont trompés ?
– Non, il ne faut pas en faire un problème idéologique. Je remarque combien les jeunes prêtres, ici, aiment à célébrer en rite tridentin. Il faut bien préciser que ce rite, celui du missel de saint Pie V, n’est pas « hors la loi ». Faut-il l’encourager davantage ? C’est le pape qui décidera. Mais il est certain qu’une nouvelle génération est en demande d’une plus grande orientation vers le mystère. Ce n’est pas une question de forme, mais de substance. Pour parler de liturgie, il ne faut pas seulement un esprit scientifique, ou historico-théologique, mais surtout une attitude de méditation, de prière et de silence. Encore une fois, il ne s’agit pas d’être progressiste ou conservateur, mais simplement de permettre à l’homme de prier, d’écouter la voix du Seigneur. Ce qui se passe dans la célébration de la gloire du Seigneur n’est pas une réalité seulement humaine. Si on oublie cet aspect mystique, tout se brouille, et devient confus. Si la liturgie perd sa dimension mystique et céleste, qui, alors, aidera l’homme à se libérer de l’égoïsme et de son propre esclavage ? La liturgie doit avant tout être une voie de libération, en ouvrant l’homme à la dimension de l’infini.
Recueilli par Isabelle de GAULMYN à Rome

Un fidèle de Benoît XVI
Âgé de 58 ans, Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don est l’un des premiers responsables de la curie nommés par Benoît XVI. Originaire du Sri Lanka, il fut évêque auxiliaire de Colombo en 1991, avant de recevoir la charge du diocèse de Ratnapura en 1995. Cet homme brillant et cultivé, d’un grand classicisme doctrinal, fut appelé à Rome en 2001 comme sous-secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Mais il dut en repartir, nommé en 2004 nonce en Indonésie, ce qui fut considéré comme une sanction liée aux différends qu’il avait eus avec le cardinal Sepe, alors préfet de ce dicastère et récemment muté à Naples. Sa nomination à la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, remplaçant Mgr Sorrentino comme bras droit du cardinal Arinze, a signifié le retour en grâce de ce fidèle de Benoît XVI.

24 juin 2006

Un nouveau Secrétaire d’Etat du Vatican
Le cardinal Tarcisio Bertone
Abbé Barthe / Olivier Figieras - Présent - 24 juin 2006
Un nouveau Secrétaire d’Etat du Vatican Le cardinal Tarcisio Bertone
L’abbé Claude Barthe* répond aux questions de “Présent”
Benoît XVI a nommé jeudi le cardinal Tarcisio Bertone, actuel archevêque de Gênes, et l’un de ses plus proches collaborateurs à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, comme successeur du cardinal Sodano, démissionnaire, à la tête de la Secrétairerie d’Etat.
Le Pape a également nommé son actuel ministre des Affaires étrangères, Mgr Giovanni Lajolo, au gouvernement de la Cité du Vatican, où il succédera au cardinal américain Szoka. Nous avons demandé à M. l’abbé Barthe, qui connaît le cardinal Bertone, qui était le nouveau Secrétaire d’Etat.
— Qui est le cardinal Bertone ?
— Le cardinal Tarcisio Bertone est un Italien du Nord, du diocèse d’Ivrea, près de Turin, cinquième enfant d’une famille qui en compte huit. C’est un homme de 71 ans, sérieux mais plein d’humour, d’une forte stature physique et de grande capacité intellectuelle. Religieux salésien (Don Bosco), ordonné en 1960, il a étudié à Turin, avant d’enseigner à l’Université salésienne de Rome (dont il est devenu « Recteur magnifique »), tant la morale que le droit de l’Eglise.
C’est donc tout à la fois un canoniste et un moraliste, spécialiste de droit public ecclésiastique, qui connaît bien le domaine de la liberté religieuse. Sa dissertation de licence avait d’ailleurs pour thème : Tolérance et liberté religieuse.
— C’est un proche du cardinal Ratzinger ?
— C’est un des plus proches, sinon le plus proche parmi les hauts personnages ecclésiastiques. Quand a-t-il été remarqué par le Cardinal, qui avait les yeux toujours fixés sur le personnel professoral romain ?
Je ne saurais dire. Il s’occupait déjà de la rédaction du Nouveau directoire œcuménique de 1993. Et même avant, en 1988, il faisait partie du groupe qui assistait le cardinal Ratzinger dans la tentative de réconciliation avec Mgr Lefebvre.
Il est devenu secrétaire de la Congrégation de la foi (le secrétaire est le second personnage d’une Congrégation, après le préfet) de 1995 à 2002. C’est l’époque de la déclaration Dominus Iesus sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise (6 août 2000). Il a notamment suivi plusieurs dossiers français très inquiétants. Il « collait » parfaitement à la ligne Ratzinger, étant en outre de formation théologique plus classique. C’est pour cela qu’il est
aujourd’hui choisi pour remplacer le cardinal Sodano à ce poste de « Premier ministre ». Au début du pontificat, la rumeur le voyait à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il semble qu’il ait refusé ce poste. Mais, depuis l’élection de
Benoît XVI, il n’a cessé de faire des allées et venues entre Gênes et Rome. Il est consulté constamment.
— Plutôt connu à la Curie comme un homme de doctrine, le voici à la Secrétairerie d’Etat…
— Oui ! et c’est très intéressant, car cela confirme que Benoît XVI veut redonner à la doctrine la première place dans le gouvernement de l’Eglise. Il faut se rappeler que, jusqu’à Paul VI, le Saint-Office (devenu ensuite Congrégation de la
doctrine de la foi) était dit la Suprême (congrégation) : c’était le premier de tous les dicastères du Saint- Siège. Le préfet du Saint-Office était d’ailleurs le Pape lui-même. La Congrégation avait donc une indépendance certaine. Un des effets
de Vatican II a été de réduire cette puissance. Le Secrétaire d’Etat a certes, toujours eu une très grande importance, celle d’un Premier ministre qui coordonne les autres et qui s’occupe de toutes les affaires de poids. Mais depuis Paul VI, celui-ci avait acquis encore plus d’importance. On dit que Benoît XVI veut rendre à la Congrégation pour la doctrine de la foi sa suprématie. Mais déjà, en prenant pour premier collaborateur celui qui l’a secondé au palais du Saint-Office, le Pape donne un signe d’un rééquilibrage en ce sens.
— En effet, la Secrétairerie d’Etat n’était pas connue jusqu’ici comme très proche du cardinal Ratzinger.
— Jusqu’à présent, non. Le cardinal Sodano, dans les temps qui ont précédé le dernier conclave n’était certes pas un « ratzinguérien ». Mais les choses changent très vite. Aujourd’hui, les membres de la Secrétairerie connus pour leur sympathie à l’égard de celui qui était le cardinal Ratzinger n’ont plus à se garder prudemment. Et le nouveau Secrétaire d’Etat a la capacité de se donner rapidement les coudées franches.
— Le cardinal Bertone a été en relations suivies avec sœur Lucie, à Fatima. Mais nos milieux le connaissent peu.
— Le monde traditionnel d’une manière générale ne le connaît pas ; c’est dommage, car c’est un personnage intéressant. Il faut ainsi savoir qu’il a célébré récemment, et pontificalement, la messe de saint Pie V. Sur les questions liturgiques, je pense qu’il est en parfaite syntonie avec Benoît XVI.
— Et en ce qui concerne les relations avec les religions non chrétiennes et l’œcuménisme ?
— Il est extrêmement sensible comme Benoît XVI, et comme le cardinal Ruini, autre « ratzinguérien » de poids, au danger de l’islamisme, et à celui du terrorisme. Quant à l’œcuménisme proprement dit, il s’est notamment beaucoup intéressé, quand il était à la Congrégation pour la doctrine de la foi, à la question anglicane. Sur ce sujet, sa position est fermement traditionnelle : il n’est pas question de reconnaître la validité des ordres anglicans.
— Que peut-on donc espérer de cette nomination ?
— Tout simplement que l’ensemble de la Curie soit davantage dans la ligne du Pape, à commencer par la Secrétairerie d’Etat, ce qui n’était pas acquis au premier abord. Au reste, les manœuvres d’opposition et de sape vont continuer,
s’amplifier peut-être. D’autres nominations vont suivre. La rumeur actuelle veut que Mgr Baldelli, l’actuel nonce à Paris soit nommé à la place de Mgr Lajolo (aux relations avec les Etats), ou à celle de Mgr Sandri comme substitut à la Secrétairerie d’Etat. Le premier vient de recevoir une nouvelle nomination… Il se dit aussi que Mgr Comastri, actuel vicaire général de la Cité du Vatican, serait nommé pour remplacer le cardinal Castrillon Hoyos à la tête de la Congrégation pour le clergé. Le départ de Joaquín Navarro Valls, directeur de la Salle de presse est imminent : tout porte à croire que l’ensemble du système de communication du Saint-Siège : radio, TV, salle de presse, Osservatore Romano, va être « resserré ».
Pour en revenir au cardinal Bertone, c’est un personnage qui, compte tenu de ses capacités et de la confiance que lui porte Benoît XVI, va jouer un rôle important dans le pontificat, et compter pour l’Eglise dans les années à venir.
Propos recueillis par Olivier Figueras

* Auteur d’un certain nombre d’ouvrages de réflexion sur la crise actuelle de l’Eglise, l’abbé Claude Barthe vient de publier, aux Editions François-Xavier de Guibert (www.fxdeguibert.com), une nouvelle édition de son Trouvera-t-il encore la foi sur la terre ?, dans laquelle il prolonge son étude jusqu’aux nouveaux développements mis en place par Benoît XVI dans la perspective d’une réforme de la réforme.