1 octobre 2006

Communiqué de l'abbé Leroux
Bulletin paroissial de Saint-Georges (Lyon) - 1er octobre - Mis en ligne par leforumcatholique.org
Les cardinaux Decourtray, Baland, Billé et Barbarin ont permis, selon les termes du Motu Proprio « Ecclesia Dei », « une application large et généreuse de la liturgie traditionnelle » dans l’archidiocèse de Lyon.
Cet été, Mgr Barbarin a érigé l’église Saint-Georges en Sanctuaire, nommant l’abbé T. Pattyn chapelain et moi-même recteur.
Début septembre les nouveaux responsables de la FSSP désiraient remanier l’équipe de prêtres par des nominations et en la réduisant à trois prêtres.
De plus, ce projet remettait en cause les liens privilégiés établis avec l’archevêché et les prêtres du diocèse et mettait en danger plusieurs apostolats auxquels participent les prêtres du diocèse et mettait en danger plusieurs apostolats auxquels participent les prêtres de la communauté de Saint-Georges. Cela ne faisait aucun cas des situations, ni des engagements pris par leurs prédécesseurs.
En conscience, cette volonté nous apparaît être une grave remise en cause de l’esprit missionnaire vécu en notre communauté.
Aussi, avec la bénédiction du cardinal Barbarin, les abbés T. Pattyn et Dor m’aideront à continuer la mission apostolique auprès de la communauté « Ecclésia Dei » de Lyon, que notre archevêque nous confie. Nous rejoindrons de ce fait et par le biais du diocèse, d’autres prêtres attachés à la discipline et à la liturgie traditionnelles, spécialement la messe tridentine, qui se regroupent au sein d’une association de prêtres qui sera présente en plusieurs diocèses, permettant de poursuivre l’application large du Motu Proprio « Ecclésia Dei ».
Ce choix important s’est fait dans la prière et la réflexion, il s’est appuyé sur des conseils de prêtres, de communautés religieuses attachées au motu proprio. Il nous est apparu comme le seul moyen de poursuivre l’apostolat entrepris à Lyon dans la fidélité à notre vocation et à l’Eglise.
En ce mois du rosaire, nous nous confions à vos prières et à celle de Notre Dame du sacerdoce et vous assurons de tout notre dévouement en Notre Seigneur.
Abbé T. Leroux

[Aletheia n°98] Trois paroles d'évêques - par Yves Chiron

Aletheia n°98 - 1er octobre 2006

Trois paroles d'évêques - par Yves Chiron

Cette modeste lettre d’informations religieuses n’a ni vocation ni ambition à être parénétique. Elle a comme première ambition d’apporter des nouvelles et des précisions, de publier éventuellement des documents. Elle ne veut qu’inciter à la réflexion et, ainsi, contribuer, à sa place, à la paix dans l’Eglise par la vérité. Recevant il y a deux jours les évêques du Malawi en visite ad limina, Benoît XVI leur a demandé : « Ne cessez jamais de proclamer la vérité, et insistez sur cette vérité “à temps et à contretemps “ (2 Tm 4, 2) car “la vérité vous rendra libres“ (Jn 8, 32). »

Nous, fidèles du dernier rang, ne devons-nous pas demander aussi à nos évêques cette vérité, avec le respect dû à leur caractère de ministre ordonné, nous plaindre quand elle nous apparaît travestie et nous réjouir quand elle est proclamée ?

Trois faits récents donnent une image contrastée de nos évêques de France.

Mgr Dupleix et la messe

Vient de paraître, sous forme d’abécédaire, un livre qui s’adresse « à tous ceux qui désirent retrouver les mots de l’initiation chrétienne »[1]. L’ouvrage est présenté par Mgr André Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, et il émane, par ses auteurs, du Service national de catéchuménat et de sa revue Chercheurs de Dieu.

55 mots qui appartiennent presque tous aux conversations courantes : amour, bonheur, charité, joie, laïc, mémoire, résurrection, etc. , font l’objet de définitions et explications assez élaborées (trois ou quatre pages par notice). Pour chacun est d’abord donnée la signification ordinaire puis le sens particulier qu’ils ont pour les chrétiens.

Il ne s’agit pas d’un catéchisme ou d’un « parcours de la foi » mais l’ouvrage veut contribuer à l’évangélisation : « permettre aujourd’hui de comprendre la foi des chrétiens, à partir des mots de tous les jours et en dévoilant peu à peu le nouveau sens que leur donne cette foi ».

On reste alors stupéfait des définitions minimalistes qu’on y trouve. On ne s’attardera que sur celle de la messe. La messe y est définie comme une « rencontre d’hommes et de femmes de tous âges » pour former « un seul Corps avec le Christ » et « rompre le pain et boire à la coupe, comme Jésus l’a fait avec ses apôtres et ses disciples ». Y a-t-il présence réelle du Christ par la transsubstantiation ? Ce mémorial est-il aussi un saint sacrifice qui « actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur » (CEC, 1330). L’abécédaire de Mgr Dupleix n’en dit rien, n’utilise aucun de ces mots.

Plus grave, à la fin de la notice sur le mot « messe », entre une courte citation du Psaume 22 et une courte citation de la Première Lettre aux Corinthiens, est donnée la citation, longue cette fois, d’un auteur contemporain, Bernard Feillet qui réduit la doctrine catholique de la messe à néant :

« Ce n’est pas pour faire venir Dieu au milieu des hommes que l’on célèbre l’eucharistie, mais c’est parce que le mystère de Dieu habite l’humanité qu’il est possible de faire surgir par un geste simple de cette humanité le symbole de cette Présence.

Partager le pain et boire à la coupe est une démarche de communion entre ceux qui ensemble lui donnent un sens pour anticiper l’accomplissement d’une humanité enfin pacifiée et unie. L’eucharistie est constitutive d’humanité et révélation de cette humanité en Dieu. C’est un acte d’homme, accompli devant Dieu, au service de l’Homme. »

Cette vision anthropocentrique, immanente et symbolique de la messe est donnée sous l’autorité du secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France ; comme un caillou qu’on donnerait à un pauvre qui a faim.

Mgr Cattenoz et l’école catholique

Le hasard du calendrier ou les divisions grandissantes de l’épiscopat français font que, au moment Mgr Dupleix croit nécessaire de minimaliser les réalités et les mystères chrétiens pour proposer aux hommes d’aujourd’hui « un Dieu, un sens, une vérité qui ne leur tombent pas sur la tête ou leur sont imposés de l’extérieur » (p. 17 de sa Présentation), un autre évêque, Mgr Cattenoz, déplore l’ « humanitarisme bon teint » et les références « sans vrai lien avec la foi chrétienne » de nombre des projets pédagogiques de l’enseignement catholique[2].

L’archevêque d’Avignon regrette l’ « abus des valeurs de solidarité et d’ouverture à tous » et estime qu’aujourd’hui « beaucoup d’établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom ».

« À force de faire un catholicisme mou, on n’aura bientôt plus de catholicisme du tout » déclare Mgr Cattenoz qui vient de promulguer une « Charte diocésaine de l’enseignement catholique » pour restaurer « une vraie pédagogie chrétienne ».

Mgr Daucourt et la « conversion » de Frère Roger

Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, est intervenu dans la polémique sur la conversion au catholicisme de Frère Roger, avec l’autorité de sa fonction de membre du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Le 7 septembre, il a publié un communiqué pour démentir les informations publiées par Aletheia (n° 95, 1er août 2006), informations relayées avec éclat par Le Monde (6 septembre 2006).

Ce communiqué, aussitôt reproduit ou cité par des dizaines de journaux, en France et en Europe, a, dit-on, « dissipé toute incertitude sur la “conversion“ du Frère Roger, fondateur de Taizé : non, il ne s’est pas “converti“. »

Les démonstrations de Mgr Daucourt appelaient une réponse de ma part. Ma réponse a d’abord été privée : j’ai écrit, respectueusement, à l’évêque de Nanterre pour lui présenter des objections à son communiqué, tout en restant ouvert à toute explication et tout témoignage qui viendraient apporter des éclairages nouveaux sur la personnalité unique de Frère Roger et sur l’importance de sa démarche œcuménique.

Naïvement, j’ai cru que Mgr Daucourt, comme d’autres évêques de France, était ouvert au dialogue et qu’il daignerait répondre à mes demandes d’éclaircissement, comme l’avaient fait, précédemment à mon article, Mgr Séguy, évêque d’Autun au moment de la mort de Frère Roger, Mgr Johan Bonny, du Conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, Mgr Minnerath, évêque de Dijon, et Frère Alois, Prieur de la Communauté de Taizé.

À ce jour, Mgr Daucourt n’a pas jugé utile de répondre à mes objections et à mes questions. Je suis d’autant plus libre de les poser, désormais, publiquement :

• Mgr Daucourt affirme : « pour les personnes déjà baptisées, l’Eglise catholique ne parle pas de conversion au catholicisme ».

J’entends bien que c’est le mot de « conversion » qui fait d’abord débat dans la question de la communion catholique reçue par Frère Roger depuis 1972. Frère Alois, successeur de Frère Roger, récuse le mot parce que Frère Roger n’a pas voulu de « rupture avec ses origines ».

Mgr Daucourt, lui, récuse le mot parce que, dit-il, l’Eglise ne l’emploie pas « pour les personnes déjà baptisées » qui sont admises à la pleine communion dans l’Eglise. L’évêque de Nanterre devrait dire plutôt : « ne l’emploie plus » ou « ne l’emploie presque plus ». On ne fera pas l’injure à Mgr Daucourt de lui rappeler avec quelle hauteur de sentiment Newman a employé le mot dans son Apologia pro vita sua pour décrire « l’histoire de ses opinions religieuses » de l’anglicanisme au catholicisme.

Tout récemment encore, le mot est employé, non seulement en matière interreligieuse mais aussi en matière interconfessionnelle par des instances qu’on ne peut accuser de « romanocentrisme ». En effet, depuis le mois de mai dernier, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le Bureau des relations et du dialogue interreligieux du Conseil œcuménique des Eglises ont engagé une réflexion, sur trois ans, visant à élaborer « un code de conduite commun » en matière de conversion. Hans Ucko, responsable du Bureau des relations interreligieuses du COE, indique : « La question de la conversion religieuse demeure source de controverse dans bien des relations interconfessionnelles et interreligieuses ».

Le mot de « conversion » n’est pas accepté par Taizé, mais c’est pour d’autres raisons qu’il n’est pas accepté par Mgr Daucourt. L’évêque de Nanterre nous dit en somme : « Frère Roger ne s’est pas converti au catholicisme parce qu’il n’y a pas de “conversion“ entre confessions chrétiennes ».

• Mgr Daucourt nous dit que lorsqu’un baptisé non-catholique entre en pleine communion dans l’Eglise catholique, « cette démarche, dans tous les cas, comporte un document écrit et signé ». Or, dit-il, « aucun document de ce genre n’existe concernant Frère Roger » ; donc c’est bien une preuve supplémentaire que Frère Roger ne s’est pas converti au catholicisme « au sens où on l’entend habituellement ».

Un « document écrit et signé » accompagne-t-il vraiment « dans tous les cas » ce que Mgr Daucourt appelle une « démarche » d’admission dans l’Eglise catholique ? Rien n’est moins sûr.

Le pasteur Max Thurian, autre frère de la Communauté de Taizé, qui s’est converti au catholicisme puis est devenu prêtre, en 1987, n’a pas évoqué une telle déclaration écrite. Il écrivait : « La cérémonie ”d’adjuration” n’existe plus dans l’Eglise catholique, on confesse la foi de l’Eglise catholique dans sa plénitude »[3]. Plus récemment, en 2001, quand le pasteur Michel Viot a quitté l’Eglise évangélique de France pour l’Eglise catholique, où il est devenu prêtre, a-t-il signé « un document écrit » ? La question mérite d’être posée.

On accordera à Mgr Daucourt que, concernant frère Roger, un tel document « écrit et signé » n’existe pas dans les archives du diocèse d’Autun. Est-ce suffisant pour affirmer qu’il n’y a pas eu conversion ?

Mgr Le Bourgeois, qui a donné la communion catholique à Frère Roger, n’a pas jugé utile de formaliser davantage cette démarche accomplie en 1972. Ce n’est pas une preuve a contrario.

• Évoquant la communion reçue par Frère Roger lors des obsèques de Jean-Paul II, communion donnée par celui qui allait devenir quelques jours plus tard le pape Benoît XVI, Mgr Daucourt écrit : « Il n’y a rien là d’extraordinaire. Le droit de l’Eglise catholique confère à chaque évêque la responsabilité d’accueillir à l’Eucharistie, régulièrement ou exceptionnellement, un nouveau baptisé ou un baptisé venant d’une autre Eglise ».

On passera sur l’expression « Eglise » employée pour désigner les confessions protestantes, le Magistère ne l’emploie pas ; mais on conviendra que l’évêque a la faculté, pour des raisons éminentes, « d’accueillir à l’Eucharistie » un baptisé non-catholique.

Mais l’intercommunion n’est admise ni en doctrine ni en pratique habituelle par l’Eglise. On se souvient qu’une des premières condamnations de Benoît XVI a visé un théologien allemand, le Professeur Hasenhüttl, qui avait accordé la communion à des protestants et en avait justifié la pratique dans ses écrits.

• Finalement, Mgr Daucourt reconnaît le « caractère objectif et public à la communion de foi que Frère Roger vivait avec l’Eglise catholique ». Comment qualifier alors la démarche de Frère Roger, si on refuse le mot « conversion » ? Mgr Daucourt refusera-t-il aussi qu’on dise que Frère Roger était devenu catholique ?

Des autorités éminentes ont affirmé publiquement que Frère Roger était catholique :

- le cardinal Kasper, interrogé par le cardinal Barbarin le jour des obsèques de Jean-Paul II : « Frère Roger est formellement catholique ».

- Mgr Minnerath, évêque de Dijon : « Frère Roger a officialisé son passage au catholicisme auprès de l’évêque d’Autun »[4].

- Mgr Séguy, évêque émérite d’Autun où se trouve Taizé : « Frère Roger lui-même m’a confirmé qu’il était catholique »[5].

En refusant le terme de « conversion », Mgr Daucourt semble vouloir éviter de qualifier Frère Roger de « catholique ». Cette réticence, pour ne pas dire ce refus, pose question à l’historien comme au croyant : pourrait-on être en même temps protestant et catholique, dépasser les clivages confessionnels ? Ce serait une nouvelle praxis et une nouvelle doctrine.

On pourra préférer, finalement, la réponse, humble, de Frère Aloïs, prieur de la Communauté de Taizé : « D’origine protestante, [Frère Roger] a accompli une démarche qui n’a pas de précédent depuis la Réforme. […] Comme cette démarche était progressive et tout à fait nouvelle, elle était difficile à exprimer et à comprendre. [6]»

Enfin, on citera ces propos de Paul VI à propos du cardinal Newman :

« Pour aller jusqu’au bout de ce qu’il jugeait la Vérité, Newman a renoncé à l’Eglise d’Angleterre non pas pour se séparer d’elle, mais pour l’accomplir. Il ne cessait de croire ce qu’il avait cru, mais il le croyait davantage encore, il avait porté sa foi anglicane jusqu’à sa plénitude. Une conversion est un acte prophétique. Newman a vécu l’histoire de la réunion future, de cette récapitulation en Jésus-Christ dont le moment nous est encore caché, mais à laquelle nous aspirons tous. »

L’analogie ne saurait être poussée trop loin. Frère Roger n’avait pas « renoncé » à Taizé. Mais la route de Taizé n’était peut-être pas arrivée à son terme. On se souvient des paroles prononcées par Benoît XVI au lendemain de la mort tragique de Frère Roger. Le jour-même où Frère Roger était assassiné, le 16 août 2005, Benoît XVI avait reçu une lettre de lui où il écrivait : « Notre communauté de Taizé voudrait cheminer en communion avec le Saint-Père. Très Saint Père soyez assuré de mes sentiments de profonde communion. »

NOTES

[1] Les Mots des chrétiens, présentation par Mgr Dupleix, Presses de la Renaissance, août 2006, 222 pages, 15 €.

[2] Propos rapportés par La Croix (27 septembre 2006) et entretien accordé à Famille chrétienne (30 septembre 2006).

[3] Lettre de Max Thurian à l’auteur, le 27 juillet 1992.

[4] Lettre de Mgr Minnerath à l’auteur le 17 janvier 2006.

[5] Lettre de Mgr Séguy à l’auteur, le 19 janvier 2006 et déclaration au Monde, publiée le 6 septembre 2006.

[6] Entretien publié dans la Croix le 7 septembre 2006.

29 septembre 2006

Les mosaïques de Kephas
29 septembre 2006 - Romano Libero - golias.ouvaton.org
La réintégration des intégristes dans l’Eglise catholique met en lumière certaines publications qui travaillent dans l’ombre à l’accueil théologique et pastorale des disciples de Mgr Lefbevre. Ainsi, la revue Kephas qui reçoit le soutien de nombre d’autorités ecclésiastiques actuellement en fonction. Enquête...
PARMI les revues qui gravitent dans la galaxie polymorphe du catholicisme intransigeant, avec la diversité des familles d’esprits qui le composent, nous ne pouvons négliger de faire mention de “Képhas”, d’orientation très traditionnelle, mais sachant également racoler ici ou là des signatures très prestigieuses, par exemple pour des entretiens, comme Franz-Olivier Giesbert ou Alain de Penanster, sans oublier les éminents et excellents prélats dont certains fort en vue : nous citerons le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, le cardinal Jean-Louis Tauran, le cardinal Oscar Rodriguez, archevêque de Tegucigalpa, le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus et Toulon, pour ne citer que quelques uns. Des plumes ecclésiastiques connues apportent leur contribution : le Père Serge-Thomas Bonino, dominicain de tendance très conservatrice et membre de la Commission théologique internationale, le Père Alain Bandelier, chroniqueur de “famille chrétienne”, le défunt Père Bertrand de Margerie, un jésuite spécialisé dans les thèses mariologiques outrancières, ou le tristement fameux Mgr Tony Anatrella, qui n’est plus à présenter.
Le Comité de rédaction de la revue se compose en effet de prêtres et de laïcs appartenant à l’aile la plus traditionnelle du catholicisme, mais ne suivant pas la dissidence intégriste. Le directeur de la publication est l’abbé Bruno Le Pivain, vicaire à la cathédrale d’Angers. Les membres du Comité de Publication sont les suivants :
+  l’abbé Philippe Marie-Airaud, du diocèse de Poitiers, que l’on dit en froid avec son évêque Mgr Albert Rouet (réformateur) ;
+  Pierre Gardeil, un laïc, ancien professeur de philosophie dans un lycée privé, connu dans le Sud-Ouest pour sa théologie très traditionaliste ;
+  François Guillermet ;
+  Jean-Louis Massoure, un agrégé de lettres ;
+  Marc Parcé ;
+  Patrice de Plunkett, journaliste et ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine ;
+  l’abbé Vincent Richard, membre l’Opus Sacerdotale (société traditionaliste de prêtres) et historien brillant il faut le dire ;
+  Olivier Henri-Rousseau , physicien, professeur à l’université de Perpignan ;
+  l’abbé Gérald de Servigny, de la fraternité Saint Pierre, théologien,
+  Grégory Solari, qui dirige les éditions “ad solem” à Genève ;
+  le R.P. Olivier-Thomas Vénard, dominicain, bibliste lui aussi considéré comme très brillant.
En fait, la cheville ouvrière et l’animateur spirituel du groupe est Mgr Raymond Centène, devenu depuis évêque de Vannes. Né en 1958, juriste de formation, Monseigneur s’inscrit dans cette ligne très traditionnelle, qui, reconnaissons-le, ne sacrifie rien à une réelle qualité intellectuelle. Les articles de Képhas sont fort bien écrits, documentés et intéressants.
L’orientation de fond, parfois plus discrète, mais néanmoins omniprésente, reste celle du catholicisme le plus intransigeant. Les positions sont certes exprimées avec une certaine réserve, une modération réelle dans le ton, sans outrances rigoristes ou envolées charismatiques. Il n’empêche. Le programme qui se dessine au fil des articles laisse bien deviner l’intention d’une reconquête au spirituel et au temporel, d’une restauration d’une nouvelle chrétienté.
Dans le seul numéro d’octobre-décembre 2005, on y trouve ainsi un article de Tony Anatrella sur une clarification des mots concernant la famille, pour bien sûr diaboliser toutes les tentatives de réformer la société. Le Père Bonino, qui n’est pas le dernier venu, consacre un article d’ailleurs très solide aux rapports entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel au Moyen Age, y voyant un modèle. L’Abbé Vincent Richard entreprend de réhabiliter le combat d’un Pie X, au début du vingtième siècle, contre la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Plus loin, le Père Uwe Michael Lang revient sur la question de l’orientation de l’autel, dans le sens que l’on imagine. Le même a récemment soutenu une thèse à Rome en présence et avec le soutien de l’archevêque srilankais Randjith, secrétaire de la congrégation pour le culte divin, connu pour être très actif en faveur d’une restauration de la liturgie old style. Le défunt Père Bertrand de Margerie envisage la définition dogmatique de la maternité de Marie. Le Père Thierry-Dominique Humbrecht propose quant à lui des remarques très négatives sur la culture contemporaine et sur le besoin de la corriger. Enfin, dans un sens analogue, l’abbé Hyacinthe-Marie Houard, prêtre breton, distille des remarques du même cru.
Un échantillon, simplement, pour découvrir une revue qui a le vent en poupe, est lue à Rome et participe de ce projet de restauration déjà bien commencée. A Rome, et en France !
Droit au retour et devoir d'accueil - par François de Lacoste Lareymondie
29 sept. 2006 - libertepolitique.com
Voici des dissidents de la Fraternité Saint-Pie X qui concluent un accord avec les autorités de l'Église catholique romaine et l'enthousiasme des chrétiens de France est bien discret. Le "droit au retour" de ces turbulents fidèles a l'air de poser beaucoup de questions. Or cette nouvelle “affaire Laguérie”, du nom de cet abbé qui a souvent défrayé la chronique religieuse, est loin d'être mineure pour l'Église : d'abord parce que la décision annoncée le 8 septembre est le premier acte concret posé sous l'autorité de Benoît XVI en vue d'une réconciliation avec les héritiers de Mgr Lefebvre ; ensuite parce qu'elle s'applique en France, où le phénomène a pris naissance, où il a connu ses développements les plus douloureux, et où les fidèles concernés sont les plus nombreux ; enfin parce qu'elle s'apparente davantage à un pari qu'à un aboutissement.

En la fête de la Nativité de Marie, le cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et président de la Commission pontificale "Ecclesia Dei" [1], en accord avec Benoît XVI, a donc signé un décret érigeant l'Institut du Bon-Pasteur en société de vie apostolique de droit pontifical ; il en a nommé l'abbé Philippe Laguérie supérieur, et en a fixé le siège en l'église Saint-Éloi à Bordeaux.

Une nouvelle approche, spécifique à la France ?

La décision présente trois caractéristiques importantes :
1/ d'abord il s'agit d'un institut de vie consacrée, donc d'une collectivité ayant vocation à regrouper des religieux sous une règle commune et non de simples prêtres séculiers, directement rattaché à Rome sous une double tutelle, celle de la Commission “Ecclesia Dei” et celle de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique;
2/ ensuite et par voie de conséquence, son supérieur détient un pouvoir de juridiction ordinaire sur ses membres, avec la faculté d'ouvrir d'autres paroisses, d'accueillir des séminaristes et de les incardiner, mais non de les ordonner ;
3/ enfin les membres de cet Institut reçoivent le droit — et l'obligation — de célébrer la liturgie selon les rites en vigueur en 1962, autrement dit selon le rite tridentin ; et ce, de façon exclusive, c'est-à-dire en tant que rite propre, sans devoir ni pouvoir célébrer selon le rite de Paul VI.
Il faut préciser à cet égard, et c'est une limite importante mais de droit commun dans l'Église, que l'Institut ne pourra pas s'implanter dans un diocèse sans l'accord de l'évêque du lieu ; en particulier le statut de la paroisse Saint-Eloi et sa mission pastorale auprès des fidèles devront faire l'objet d'un accord avec Mgr Ricard, cardinal-archevêque de Bordeaux.

Deux différences avec les précédents ralliements méritent d'être soulignées.

La première se mesure par rapport à la Fraternité Saint-Pierre qui regroupe les prêtres attachés à la liturgie tridentine et demeurés fidèles à l'Église au moment où Mgr Lefebvre s'en est séparé en ordonnant quatre évêques de façon irrégulière en 1988. Celle-ci s'apparente plutôt à une confédération regroupant des instituts de vie consacrée dotés d'une personnalité propre, des monastères, des associations de fidèles et de prêtres séculiers : mais ceux-ci doivent être incardinés dans les diocèses et recevoir leur mission des évêques qui veulent bien les accueillir. L'application du Motu proprio "Ecclesia Dei" qui fut à l'origine de sa création s'est avérée compliquée et parcimonieuse : moins des deux tiers des diocèses français s'y sont prêtés, avec une centaine de lieux de cultes ouverts partiellement ou totalement à la liturgie ancienne, et dont la moitié seulement sont desservis par des prêtres de la Fraternité. D'où sans doute la recherche d'autres formules.

La seconde différence se mesure par rapport aux accords de Campos[2] conclus en janvier 2002. D'un côté Mgr Rangel et les prêtres qui l'accompagnaient ont signé une déclaration de reconnaissance de l'autorité du Pape, d'adhésion au concile Vatican II dans la lumière de la tradition de l'Église, et d'acceptation de la validité du nouvel Ordo ; de l'autre toutes les censures qui les touchaient ont été levées tandis que l'Union sacerdotale Saint Jean-Marie-Vianney qui les regroupe a été érigée en "administration apostolique" à caractère personnel, confiée précisément à Mgr Rangel (puis, à sa mort, à Mgr Rifan), et dotée d'une pleine juridiction épiscopale et territoriale, parallèle à celle de l'évêque du lieu et avec son accord évidemment.

Comment est-on parvenu à cet accord ?

La situation présente n'a rien de comparable mais résulte d'abord d'une crise interne à la Fraternité Saint Pie X. L'abbé Laguérie en est une des figures les plus connues : après avoir été curé de Saint-Nicolas du Chardonnet entre 1984 et 1997, il a été envoyé à Bordeaux où, en 2001, il parvint à se faire attribuer illégalement [3] par la ville une église en déshérence, Saint-Eloi. Tant à Paris qu'à Bordeaux, il s'est fait remarquer par sa forte personnalité, par ses propos dénués d'aménité dans la défense et la promotion des idées et positions de la Fraternité, mais aussi par un puissant rayonnement pastoral. Cependant il a été de ceux qui ont accueilli avec intérêt et sympathie les accords de Campos, se rendant suspect aux yeux des siens ; puis en 2004 il est entré en conflit ouvert avec la Fraternité.

Le conflit portait sur la formation des séminaristes et les critères de discernement de la vocation religieuse ; il s'est rapidement doublé d'un autre portant sur l'exercice de l'autorité au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Ayant rendu publique sa critique, il a été sanctionné par une mutation au Mexique à laquelle il n'a pas obtempéré. Bien au contraire, il a fait appel de cette sanction ; non pas auprès des instances de la Fraternité, mais à Rome. Paradoxe ? Pas tant que cela de la part d'un prêtre qui s'est toujours considéré comme membre de l'unique Église du Christ, quoiqu'en désaccord patent et virulent sur beaucoup de points avec ses pasteurs légitimes : pour lui comme pour ceux qui l'accompagnent aujourd'hui [4], l'autorité du pape demeure ultime et de droit divin. Ce faisant, il posait aussi un acte d'allégeance très fort dont nul ne pouvait ignorer la signification profonde, même si la portée finale n'en était pas décelable.

En conséquence de quoi, l'abbé Laguérie a été exclu de la Fraternité Saint-Pie X et s'est retrouvé ipso facto sans statut. D'où les premiers contacts, discrets, avec Mgr Ricard qui, ainsi que celui-ci l'a confirmé dans le récent entretien donné au journal La Croix [5], l'a de nouveau aiguillé vers Rome pour trouver une solution. Comme le fait observer à juste titre Mgr Ricard dans cet entretien, l'incardination directe et immédiate dans le diocèse de Bordeaux eût présenté plus de difficultés qu'elle n'eût apporté de solution : outre qu'elle eût concerné non un individu isolé mais un groupe, elle eût heurté le clergé local qui n'était pas prêt à accueillir des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X alors que les rapports étaient toujours conflictuels et que les désaccords sur nombre de questions liturgiques, pastorales et théologiques demeuraient pendants.

On a tout lieu de croire néanmoins qu'au moment où Benoît XVI faisait de la réconciliation une priorité de son pontificat, deux raisons ont incité tous les protagonistes à faire œuvre d'imagination, voire d'audace : 1/ d'un côté le souhait de retour dans la communion de l'Église manifesté par l'abbé Laguérie et ses amis, quoiqu'imparfait à première vue et en dépit de l'absence des préalables par lesquels étaient passés leurs prédécesseurs ; 2/ de l'autre la nécessité de trouver une solution canonique au moins transitoire pour des prêtres qui n'avaient pas l'intention de fonder une nouvelle secte. Cette audace en est une, et grande de la part du Saint-Père, de vouloir ainsi prouver la marche en marchant avant que ne soient formellement réunies toutes les conditions pour une réintégration dans l'Église en bonne et due forme. Mais les occasions qui passent sont à saisir en sachant que la pleine communion est d'abord le fruit de l'Esprit-Saint : Il a choisi de Lui faire confiance.

Sans se départir d'une certaine prudence puisque les statuts du nouvel Institut sont approuvés ad experimentum pour cinq ans seulement.


Devoir d'accueil et exercice de la charité:

Il n'échappe à personne que le chemin à parcourir sera très ardu ; en raison de la personnalité de l'abbé Laguérie et de ses amis d'une part, du report à plus tard des actes objectifs exprimant la pleine communion d'autre part, mais aussi du contexte propre à la France.

On est en droit de penser que la décision prise à Rome ne l'a pas été sans une concertation minimale, d'abord parce que Rome n'agit jamais autrement même si cela reste confidentiel, également parce que sa mise en œuvre concrète, et donc sa réussite, dépendra en premier lieu de Mgr Ricard qui, on l'a dit, n'a pas été étranger à l'amorce du processus.

Les réactions enregistrées dans le diocèse de Bordeaux ont été pour le moins chahutées. Le conseil presbytéral a publié un communiqué, distinct de celui qui émanait directement de Mgr Ricard, où, tout en réaffirmant sa communion avec son archevêque, il prend nettement ses distances avec une décision prise "sans information ni concertation avec l'Église locale", et souligne les difficultés d'une réconciliation néanmoins souhaitée. Le vicaire général du diocèse, tout en "renouvelant sa confiance à [son] archevêque", s'est même autorisé à publier en son nom personnel des déclarations assez raides dans le journal Sud-Ouest [6], accusant le cardinal Castrillon Hoyos de désinformation à propos du travail paroissial qui se ferait à Saint-Éloi, et en disant de l'abbé Laguérie qu'"il a blessé mon Église et, s'il veut le pardon, il faut qu'il le demande" !

Il est vrai que, du sermon prononcé par l'intéressé au lendemain de la publication du décret, on pouvait aisément retenir les accents triomphants qui ont accueilli l'"avancée formidable" dans la reconnaissance de la liturgie tridentine, et les propos ambigus sur "l'interprétation authentique du Concile". Mais sa lecture précise et obvie révèle d'abord une action de grâce dont la sincérité ne fait pas de doute, envers Dieu évidemment, mais aussi envers les pasteurs qui l'ont reçu, ainsi qu'une volonté d'action pastorale et missionnaire dont nul ne saurait s'attrister. Mais point de parole blessante ou injurieuse comme d'aucuns voudraient le faire accroire.

Il y a peu encore, les protagonistes échangeaient des coups sévères et violents : on ne surmonte pas des années de vindicte en un instant et la psychologie humaine a quelques exigences. C'est à ce niveau d'abord, me semble-t-il, que Rome a pris un risque : les habitudes d'exclusion réciproque prises par les hommes, avec leurs faiblesses et leurs défauts, seront d'autant plus difficiles à corriger qu'elles sont anciennes et qu'elles ont été abondamment alimentées par les vexations, les injures et l'incompréhension ; de part et d'autre… Pour la génération qui a connu la crise post-conciliaire, les cicatrices ne sont pas fermées. C'est pourquoi les réactions locales exprimées à chaud sont excusables.

Mais non celle que l'on a pu lire dans un hebdomadaire qui se veut chrétien [7]. Présenter en page de garde une photo de l'abbé Laguérie assortie de ce titre imprécateur : "Pourquoi cet homme devait rester dehors" est une provocation anti-ecclésiale. L'accompagner d'un éditorial où se mêlent les amalgames politiques, le ressassement de toutes les querelles, l'accusation gratuite de "porter le masque d'une fausse communion", et un pharisaïsme fielleux ("il y a entre l'abbé Laguérie et nous une différence essentielle : nous savons depuis toujours qu'il ne faut pas rompre la communion") dépasse les limites de ce qui est acceptable entre frères dans la foi, et démontre une fermeture d'esprit qui contredit l'affirmation d'une réception soi-disant "filiale [8]" de la décision.

Le pire n'est cependant pas sûr.

Objectivement on décèle de part et d'autre une réelle volonté d'en finir avec une division qui n'a pas de sens ; en particulier chez nombre de fidèles de la Fraternité Saint-Pie X pour qui les différends théologiques sont seconds par rapport à l'attachement à la liturgie tridentine et à certaines formes pastorales qui leur conviennent. D'où le caractère raisonnable du pari posé par Benoît XVI. Pari dont les membres de la Fraternité Saint-Pierre devraient ne pas tirer d'amertume : leur fidélité, acquise dans la douleur et qui pourrait se sentir bousculée, demeure un exemple dont l'étape actuelle constitue un fruit.

Comme le fait observer Mgr Ricard dans l'entretien précité, le risque pris par Rome est partagé par les évêques qui vont accepter les prêtres de l'Institut du Bon-Pasteur dans leurs diocèses, à commencer par lui-même à Bordeaux. Il ajoute cette évidence dont le rappel s'avère utile, qu'il "faut que l'on apprenne à vivre ensemble (dans la même maison) même si on vit à des étages différents". Que le président de la Conférence épiscopale française se trouve en première ligne dans cette affaire n'est pas anodin : n'est-il pas le mieux placé, compte tenu de son autorité et de la confiance dont il jouit auprès du pape et qu'a illustrée son érection au cardinalat, pour explorer des voies nouvelles et pragmatiques de rapprochement et d'apaisement, en vue d'avancer concrètement vers l'unité ? Et pour les faire admettre par les évêques de France ? Malgré les embûches qui ne manqueront pas dans un diocèse où la cohabitation avec les nouveaux venus ne sera pas de tout repos, ses qualités de prudence et de fermeté trouveront à s'employer.

Voilà pourquoi nous n'hésitons pas à formuler une action de grâce pour ce premier pas, et un acte d'espérance pour les suivants : le Seigneur ne nous a-t-il pas promis de ne jamais nous abandonner et d'assister indéfectiblement les pasteurs de son Église ? Notre prière pour l'unité trouvera ici un objet immédiat : ce sera notre contribution à la charité ecclésiale envers le frère en Christ le plus proche.

Notes
[1] La commission "Ecclesia Dei" a été créée à la suite de la promulgation de Motu proprio portant le même intitulé et placée sous l'autorité d'un cardinal de la Curie avec la charge d'en promouvoir et d'en suivre l'application.
[2] Du nom du diocèse brésilien où est implantée la communauté qui en a bénéficié. Depuis la mort de l'évêque de Campos, Mgr Rangel, le 16 décembre 2002, c'est Mgr Rifan qui est le supérieur de l'Union sacerdotale St-Jean-Marie-Vianney.
[3] Décision qui a ensuite été annulé par les tribunaux à la demande l'archevêque.
[4] Ce sont notamment l'abbé Paul Aulagnier, ancien responsable de la Fraternité Saint Pie X pour la France qui devrait prendre la charge du séminaire que l'Institut du Bon Pasteur envisage d'ouvrir à Courtalain, dans le diocèse de Chartres, l'abbé Guillaume de Tanoüarn, ainsi que quelques séminaristes exclus d'Ecône.
[5] Edition du 11 septembre 2006.
[6] Edition du 15 septembre 2006.
[7] La Vie, n° 3185 du 14 septembre 2006.
[8] Les guillemets qui encadrent l'adjectif ne sont pas un ajout mais figurent dans le texte, et par deux fois…

28 septembre 2006

Intégristes. La rébellion des cathos de Gironde  - par Philippe Clanché
temoignagechretien.fr  - édition du 28 septembre 2006
Les faits
A la suite d’un décret papal du 8 septembre ( lire l’éditorial de TC n°3218), l’abbé Philippe Laguérie et quelques autres prêtres intégristes sont de retour dans l’église catholique romaine. Depuis 2001, l’homme occupait déjà Saint-Éloi, une église du centre-ville de Bordeaux inutilisée par le diocèse. L’abbé Laguérie jubile et annonce, conforté par le document romain, qu’il ne changera pas ses pratiques d’un pouce. De nombreux prêtres et laïcs crient à l’abandon du Concile et somment l’archevêque Jean-Pierre Ricard de demander des explications à Rome.

L’analyse
Que diriez-vos de devoir travailler côte à côte avec des personnes qui vous méprisent publiquement depuis des années ? Telle est la situation des prêtres et laïcs du diocèse de Bordeaux. Le vent de fronde mené par les catholiques de la génération du Concile n’est pas près de s’apaiser. La grande question est de savoir contre qui il convient de protester – l’archevêque ou Rome –, et comment.
Le cardinal Jean-Pierre Ricard n’a jamais souhaité une réintégration des intégristes sans concessions sur leurs convictions et leurs pratiques. Le texte de l’homélie (plus politique que spirituelle) de l’abbé Laguérie le 10 septembre à Saint-Éloi laisse peu d’espoir de conversion : « Vous me direz… mais il y a eu des compromissions ? Eh bien non, vous avez bien vu : sur la liturgie, aucune, sur la doctrine, aucune. » Évoquant les invectives entre les deux clans, le disciple de Mgr Lefebvre est sûr de lui : « Tout cela va cesser. Et s’il y a quelques attardés, eh bien, il faudra qu’ils changent. Mais pas nous, c’est certain. » « C’est une déclaration de victoire et de guerre à la fois », résume Daniel Hamonic, laïc engagé. La responsabilité de Mgr Ricard divise le diocèse. Le père Jean Rouet, vicaire général, dénonce une « désinformation » dans le décret du Vatican concernant « l’accord présumé du cardinal ». « Jean-Pierre Ricard a été naïf. Il est dépassé », pensent beaucoup d’observateurs. « Ce n’est pas un pavé lancé dans une mer calme, note Jacques Faucher, prêtre et délégué diocésain pour le monde de la santé. La place des laïcs, l’œcuménisme, le dialogue avec les autres religions et avec le monde moderne sont de plus en plus remis en question par certains prêtres comme fruits amers d’un Concile influencé par le marxisme et les compromissions avec le monde. »
La bataille des enfants de Vatican II est-elle perdue ? « Concernant la réintégration des intégristes, c’est rapé, pense Jean-Marie Roumégoux, prêtre à Bordeaux. Mais sur la forme, je proteste contre la méthode. Rome agit en méprisant le local. » Son collègue, Hugues Walser, est très re-monté. Dans un courrier signé par l’équipe du secteur rural dont il est prêtre responsable, il a carrément suggéré « une démission tactique de l’archevêque », à qui il demande de « ne pas signer de protocole qui permettrait à cet institut de s’établir en Gironde. Le nom même de Bon Pasteur (1) est une honte, un camouflet pour nous ! » Le même texte s’étonne que la Conférence des évêques de France, présidée par Jean-Pierre Ricard, demeure silencieuse.
Le 22 septembre, deux cents laïcs ont participé à une réunion de protestation près de Bordeaux. Dans leur lettre ouverte à Mgr Ricard (voir ci-après), après avoir rappelé leur attachement au Concile et leur fidélité à l’archevêque, ils demandent à ce dernier de « convoquer un conseil pastoral diocésain exceptionnel pour aborder les questions soulevées par la création de cet institut » et de « tout mettre en œuvre pour rencontrer le Saint Père, dans un dialogue direct, ou de poser un geste significatif, afin de lui faire part de nos interrogations. »
Pour l’heure, aucun déplacement à Rome de l’archevêque de Bordeaux n’est prévu. « Il apprécie la situation et attend que l’abbé Laguérie le contacte pour négocier concrètement l’intégration de l’Institut dans le diocèse », précise Jean Rouet, qui ajoute que « Mgr Ricard n’a pas donné son accord pour les ordinations de prêtres que souhaite l’abbé Laguérie. » Un (petit) geste de fermeté qui décevra sans doute les catholiques conciliaires, pourtant habitués à avaler des couleuvres. Celle-ci apparaît de trop grande taille et certains prêtres n’excluent pas la démission, tandis que d’autres considèrent que l’annonce de l’Évangile est au-dessus de cette guerre. L’apaisement est encore loin.

1. Nom donné à l’institut créé par le Vatican pour accueillir les intégristes.

Lettre ouverte de laïcs girondins
Le Bouscat, le 22 Septembre 2006

à Monseigneur Jean-Pierre Ricard,
cardinal, archevêque de Bordeaux et Evêque de Bazas

Père,

Notre constat
Nous avons compris que la décision prise par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei, n’avait pas été précédée de consultation et de concertation mais plutôt d’une désinformation.
C’est ainsi que la création de l'Institut pontifical du Bon Pasteur, qui aura son siège à Bordeaux "en la paroisse Saint-Eloi" nous stupéfie et nous inquiète.
Elle ne tient pas compte de l’autorité de la chose jugée par la justice française, en donnant pour siège, à une société de vie apostolique, une église que les responsables de cet institut occupent illégalement depuis 2001. Le contenu et le ton des récents communiqués de l'Institut du Bon Pasteur nous alarment.

Notre attachement à l’Église de Gironde, à l’église universelle
Laïcs de l’Église, nous affirmons notre confiance en vous, notre pasteur, en votre auxiliaire Jacques Blaquart, en votre presbyterium et en votre conseil pastoral.
Nous voulons continuer de servir avec vous et avec eux l’annonce de l’Évangile en terre de Gironde pour que la Parole y prenne chair.
Nous nous reconnaissons de l’Église guidée par le pape, avec les évêques du monde entier unis à lui.
Nous désirons être de fidèles artisans d’unité et de paix. Nous espérons recevoir dans l’Esprit le don de la communion.Nous savons que la communion est le fruit de la vérité et de l’amour. Nous voulons faire grandir l’une et l’autre.

Notre attachement à une Église ouverte au monde
L’Église, fidèle à la tradition des conciles et en particulier de celui de Vatican II, nous invite à partager les peines, les joies et les espoirs des hommes de notre temps, à persévérer dans le dialogue avec les autres communautés chrétiennes, à respecter les valeurs des religions non chrétiennes.
Nous souhaitons que les orientations conciliaires ne soient pas remises en cause au prétexte d’une réinterprétation des textes de Vatican II.
Nous vous demandons de poursuivre la mise en oeuvre des décisions prises par les évêques du monde entier, réunis autour des papes Jean XXIII puis Paul VI, pour que l’Eglise continue à s’ouvrir aux cultures de ce temps et annonce au monde la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

Notre souhait d’un geste stratégique
Nous vous demandons de convoquer un conseil pastoral diocésain exceptionnel pour aborder les questions soulevées par la création de cet institut.
Nous vous demandons de tout mettre en oeuvre pour rencontrer le Saint-Père, dans un dialogue direct ou de poser un geste significatif, afin de lui faire part de nos interrogations.
Nous vous demandons de lui dire notre conviction qu’il n’est possible d’œuvrer à la construction du Corps du Christ qu'en associant les Églises diocésaines aux décisions qui les concernent

Nous restons à votre disposition et vous assurons, Père, de notre fidélité et de nos prières.

Des laïcs du diocèse de Bordeaux et Bazas

On peut signer ce texte auprès de Milène et Daniel Hamonic.
Le pape rallie ses intégristes
Henri Tincq - lemonde.fr - 28.09.06
Quand le célébrant se lève de son trône, le claquoir résonne, et dans un envol de surplis de dentelle blanche, de soutanes et mantilles noires, l'assemblée se dresse à son tour et en cadence. A chaque génuflexion, les diacres et sous-diacres relèvent la chasuble dorée de l'officiant. Sous un camail rouge bordé d'hermine, les enfants de choeur, à genoux, sont mains jointes. L'harmonium ronronne de plaisir. Les chantres déclinent le répertoire grégorien. Et, dans les odeurs d'encens, les fidèles égrènent leur chapelet ou plongent le nez dans le vieux missel pour qui le temps liturgique s'est arrêté. A la communion, ils iront s'agenouiller pour recevoir dans la bouche l'hostie sacrée. Quand le prêtre monte en chaire pour le sermon défilent les images pieuses d'antan, les mots du lexique mité des "annonces de la semaine" : salut au Saint-Sacrement, office de première classe, vêpres, messe basse, prières pour les âmes du Purgatoire, etc. Ce dimanche matin, dans l'église Saint-Eloi, adossée au mur de ceinture de la vieille ville de Bordeaux, la messe traditionnelle déploie son rite comme un ballet minutieusement réglé. "C'est la messe de mon enfance", s'écrie une paroissienne éblouie. Abandonnée par l'archevêché de Bordeaux, "squattée, saccagée, profanée" par des sans-papiers, cette église avait été cédée, en 2001, par Alain Juppé, alors maire, à un petit groupe de fidèles à l'ancienne. Pour le principe, Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a porté plainte et gagné son procès, mais a laissé l'église aux "traditionnels".
"Regardez mes mains, dit Philippe Laguérie, curé de Saint-Eloi. Elles ont porté 45 tonnes de chaux. Il a fallu refaire les joints, enduire les voûtes, les murs." La restauration de l'église n'est pas terminée, mais chaque dimanche elle fait le plein de ces nostalgiques d'un monde où l'Eglise était le centre, le latin la langue sacrée et l'ancien catéchisme le petit manuel d'une foi fondée sur l'obéissance et la morale, l'armure contre un monde perverti.
Tempête dans un bénitier ? Cette église de Bordeaux est devenue, le 8 septembre, grâce à une faveur de Benoît XVI, le siège du Bon Pasteur, un "Institut de droit pontifical" - n'ayant donc de comptes à rendre qu'à Rome - que l'écrasante majorité des prêtres et évêques de France considère déjà comme une pustule à leur flanc. Au mieux, comme l'ultime réserve des "derniers des Mohicans" de l'Eglise schismatique de Mgr Lefebvre ; au pire comme un ver intégriste dans le fruit de l'Eglise. Aujourd'hui tout miel avec le pape, promu supérieur de cet institut créé sur mesure, l'abbé Philippe Laguérie, 53 ans, guerrier de la tradition, soldat du Christ, affirmait en 2001 qu'il voulait être "l'aiguillon dans la chair dont l'Eglise de Vatican II (le dernier concile 1962-1965) voudrait se débarrasser à tout prix", celui qui porterait le fer contre la "messe moderne" oecuménique, protestantisée, d'inspiration maçonnique.
Dans sa sacristie, l'abbé Laguérie, cheveu court, air patelin, voûté comme un chanoine, sourit. "J'ai la baraka", confesse-t-il. Sans l'élection de Benoît XVI, il ne serait plus rien, ou marginalisé, coupé de ses fidèles, oublié des médias. Car la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre, en proie aux haines fratricides propres à toute secte, l'avait exclu, en 2003, pour indiscipline. La "baraka", parce que le nouveau pape est "son" pape. Pour lui et ses amis, l'Eglise avait cessé d'être à la mort de Pie XII, en 1958 : "L'Eglise, c'est comme une belle Porsche, mais la direction est cassée, le volant ne tourne plus, les freins ne marchent plus et les ailes sont cabossées." Avec Benoît XVI, elle est "à nouveau gouvernée". Enfin oubliées les "chimères" de Jean Paul II : "On doit au pape polonais d'avoir redonné du prestige à la papauté, qui, avec Paul VI, était tombée bien bas. Il était le fils le plus accompli et génial du concile Vatican II. Mais il a rêvé tout éveillé au culte de l'homme. Regardez l'oecuménisme : en quarante ans, il n'a ramené personne à l'unité catholique."
Benoît XVI est un pape "traditionaliste". Simple "gratte-papier" au concile, Joseph Ratzinger se dressa vite contre les "abus" de la nouvelle liturgie. Laguérie aussi s'est converti à Mgr Lefebvre quand, dans son église de Sceaux, en région parisienne, il a vu un podium à la place de l'autel et des guitaristes singer les gestes de la messe. Il est convaincu que le nouveau pape va "réformer la réforme" de la liturgie, revenir à la messe en latin, le prêtre dos aux fidèles. Son ralliement date du 22 décembre 2005 quand, pour le quarantième anniversaire de la clôture de Vatican II, Benoît XVI a expliqué que le concile ne devait pas être interprété comme une "rupture" avec la tradition de l'Eglise. Depuis, tous les "tradis", quelle que soit leur chapelle, sont aux anges. Et applaudissent au discours de Ratisbonne qui vient de mettre en colère le monde musulman. "Un discours vrai, puissant, s'enflamme Laguérie. Enfin Benoît XVI casse le miroir aux alouettes de Jean Paul II, sa volonté d'uniformiser toutes les religions."
De ces brebis perdues, revenues dans le bercail romain, on se serait attendu à plus de retenue. Pas du tout. Autre rallié, mais pas plus repenti, jovial et joufflu, l'abbé Paul Aulagnier, 63 ans, ancien supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, quand il monte en chaire à Saint-Eloi de Bordeaux, tonne contre "les libéraux, les modernistes qui ont détruit l'Eglise", s'étrangle d'émotion au souvenir de Mgr Lefebvre, dénonce la "subversion liturgique", la "situation catastrophique" de la papauté avant Benoît XVI et, déjà, fait monter l'enchère : non content de la main tendue par Rome, il réclame un statut propre pour les partisans de la tradition, un évêque à eux avec juridiction universelle, un département pour eux à la Curie romaine. Bref, une fois dans la place, ils veulent l'occuper jusqu'au bout.
Ils ne sont que cinq, mais d'autres, séminaristes et prêtres, frappent à la porte du Bon Pasteur. Ils s'appellent Philippe Laguérie, Paul Aulagnier, Guillaume de Tanouarn, Christophe Héry, Henri Forestier, tous de fortes têtes, combattants issus de cette branche "intransigeante" du catholicisme romain du XIXe siècle qui puise aux trois sources de l'anti-Réforme, de l'anti-Révolution et de l'anti-modernisme, héritage composite de la vieille Action française de Charles Maurras et des nouvelles formes de catholicisme prosélyte nord-américain, celui du cinéaste Mel Gibson, auteur en 2004 d'une Passion aux forts relents d'antisémitisme.
Laguérie fut longtemps curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'église intégriste de Paris où bat le coeur des dévots de la tradition et du latin, des clercs en soutane, des militants royalistes et lepénistes, des familles venues des beaux quartiers et des scouts au crâne rasé. Ce même bon apôtre avait occupé par la force une autre église parisienne, Saint-Germain l'Auxerrois, célébré les obsèques du milicien Touvier, pris la tête de processions musclées, volé au secours de Le Pen dans l'affaire de l'Holocauste-"point de détail", et s'était écrié, en chaire, après l'incendie du cinéma Saint-Michel qui avait programmé La Dernière Tentation du Christ, de Scorsese en 1988 : "Qui sème le vent récolte le tempête. Quand l'honneur de Dieu est en jeu, il faut réagir."
Aujourd'hui, il règle ses comptes : "J'ai servi la Fraternité mieux que personne. Mais le plus fidèle à Mgr Lefebvre, c'est moi. Je ne sais pas s'il aurait approuvé mon ralliement à Rome, mais il ne m'aurait pas mis dans les conditions de faire ce choix." Pour lui, Lefebvre était un "évêque de feu", un "bâtisseur". La Fraternité Saint-Pie X compte 450 prêtres, une quantité d'écoles, de prieurés dans une quarantaine de pays. Etonnant paradoxe : les curés ralliés au pape sont ceux qui avaient voté, en 1988, en faveur des sacres illégaux de quatre évêques par Mgr Lefebvre, suivis de leur excommunication par Jean Paul II.
Les autres avaient déjà "peur", clame Laguérie. Comme ils ont "peur" aujourd'hui d'un accord avec le Vatican. Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité, a "couru, volé" vers Benoît XVI quand celui-ci, à la surprise générale, l'a invité en août 2005. Puis il a fait volte-face, cédé à ses jusqu'au-boutistes. Laguérie l'accuse d'avoir préféré sa réélection, en juillet 2006, à la chance historique offerte par Benoît XVI, sa volonté de lever les excommunications, d'étendre la pratique du rite en latin.
Dans le bastion "refuznik", on reste de marbre. On dément toute hémorragie à la suite du "bricolage juridique" qui a servi à retourner ces soldats perdus de la tradition. La direction de la Fraternité interprète l'épisode actuel comme le "choc de deux impatiences" : celle de Laguérie, fort en coups et en gueule, et celle du Vatican, qui veut en finir avec ce schisme. Elle admet que Benoît XVI a réussi à "dé-diaboliser" le camp traditionaliste, mais il n'a fait aucune concession sur le fond : "Aujourd'hui, on est dégrisé parce que la modernité est en crise, dit un proche de Mgr Fellay. L'Eglise a fait le choix de la modernité et est aussi en crise. Et nous nous battons pour qu'elle redevienne le centre, la référence. Et tant pis si cela prend du temps."
Henri Tincq Article paru dans l'édition du 29.09.06

27 septembre 2006

Tendre la main, mais pas à n'importe quel prix
27 (?) septembre 2006 - catho.be
Les relations entre Rome et le mouvement intégriste ont connu, ces dernières semaines, une étape importante. Le 8 septembre, le cardinal Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a effectivement annoncé la création d’un nouvel institut pour accueillir dans l’Église catholique des prêtres issus de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre et toujours schismatique. Cet Institut du Bon-Pasteur, qui a le statut de société de vie apostolique et son siège en l’église Saint-Éloi de Bordeaux, est déclaré de droit pontifical et dépendra donc directement de Rome.
Que le Vatican cherche à tout prix à résoudre une crise qui déchire l’Église depuis Vatican II, cela peut se comprendre. Mais fallait-il pour autant qu’il opte pour cette solution et agisse comme il l’a fait, c’est-à-dire sans tenir compte des principaux intéressés? Car il faut bien reconnaître que cette nouvelle fraternité court-circuite la réflexion de la Conférence épiscopale française. Réunie en assemblée plénière en avril dernier, celle-ci avait effectivement décidé de régler le problème traditionaliste qui se pose dans plusieurs diocèses de France et lancé un groupe de travail sur la question. La sentence de Rome est donc tombée avant que celui-ci n’ait pu rendre ses conclusions. Un véritable camouflet pour les évêques de ce pays, qui se retrouvent aujourd’hui contraints de négocier avec une communauté de croyants, n’ayant aucun compte à leur rendre et apparemment peu disposée à renoncer à l’idéologie lefebvriste. Deux des prêtres réintégrés, les abbés Laguérie et Aulagnier, ont d’ailleurs prévenu que la création du Bon-Pasteur n’était pas “une fin en soi” mais “un commencement”.
Le plus inquiétant est que ces mêmes prêtres se targuent de n’avoir fait “aucune concession sur le fond”, c’est-à-dire de ne pas avoir changé d’avis sur les points cruciaux du Concile Vatican II: l’oecuménisme, la liberté religieuse, la participation des laïcs à la vie ecclésiale, le dialogue avec les autres religions, la réforme liturgique, etc. Pas question donc, pour eux, d’une quelconque marche arrière ou repentance. S’ils reviennent dans le giron de l’Église, c’est pour y agir de l’intérieur et défendre leurs positions. N’est-il pas naïf, dès lors, de leur tendre la main? Telle est la question que se posent aujourd’hui de nombreux catholiques. Pascal ANDRÉ

23 septembre 2006

Église : début de dialogue entre ''tradis'' et progressistes
23 novembre 2006 - Sophie de Ravinel - lefigaro.fr
Rencontre inédite entre catholiques de sensibilités opposées à la Mutualité.

APRÈS UN PREMIER mouvement d'humeur chez les évêques, la main tendue par Benoît XVI à la minorité traditionaliste semble avoir permis de renouer un timide dialogue entre deux communautés qui se lancent des anathèmes ­depuis trente ans. Lundi soir, au palais de la Mutualité à Paris, des catholiques de différentes sensibilités se sont ainsi retrouvés autour d'une même table pour débattre d'une éventuelle sortie de crise. Devant une assemblée de plusieurs centaines de fidèles pour la plupart traditionalistes, Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire La Vie (groupe Le Monde), ainsi que Gérard Leclerc, éditorialiste à France Catholique, se sont retrouvés aux côtés de Bruno Larebière, rédacteur en chef du magazine d'extrême droite Choc du mois, et de l'abbé Philippe Laguérie, supérieur du nouvel Institut du Bon Pasteur, organisateur de la soirée.
« Il souffle ici ce soir un bon air catholique qui semblait s'être raréfié depuis les années 1970 », a lancé, enflammé, l'animateur du débat, Daniel Hamich, rédacteur à L'Homme nouveau. L'assemblée, visiblement briefée, n'a pas ménagé ses applaudissements lorsque Jean-Pierre Denis a pris la parole. Le jeune patron de La Vie avait pourtant titré il y a peu « Pourquoi cet homme devait rester dehors » à propos de l'abbé Laguérie, ex-lefebvriste récemment réintégré par Benoît XVI.
«Excès de tiédeur»
« Une des difficultés du christianisme dans la société est l'excès de tiédeur », a-t-il lancé à un auditoire ravi, justifiant sa présence par le fait qu'il appartient à la génération de l'après-concile, désireuse de « dépasser les conflits idéologiques ». Précisant sa pensée, il expliquait en aparté : « Les intégristes nous obligent à nous poser la question de notre identité catholique et de ce en quoi nous croyons. Il faut avoir le courage de leur répondre. »
Comme c'était à prévoir, le dialogue a porté sur le concile Vatican II. Les traditionalistes veulent pouvoir l'interpréter. « Pour interpréter une partition, a prévenu Jean-Pierre Denis, encore faut-il accepter de la jouer. » Gérard Leclerc a fait remarquer pour sa part : « Plus on se rapproche, plus les différences apparaissent. » Ce qui, a-t-il analysé, « est une règle du genre ».
« Je cherche les brebis égarées »
L’abbé Leszek Krolikowski, sur l’Institut du Bon Pasteur
Version française d'un entretien paru en polonais le 23 septembre 2006 sur prawy.net
« L’Institut du Bon Pasteur a ici un rôle important à jouer – soulever la discussion sur le Concile de Vatican II, ayant toujours en vue le bien de l’Eglise. Ce n’est sûrement pas un rôle facile. L’Eglise ne sortira pas de la crise du jour au lendemain, mais sera le fruit d’un combat de longue durée, auquel l’Institut compte participer » – dit l’abbé Leszek Krolikowski , qui s’entretient avec Marcin Wielicki.

Mon Père, pourquoi avez-vous décidé de quitter la Fraternité Saint Pie X ?
Le motif direct qui m’a fait quitter la Fraternité a été la réélection de Mgr Fellay comme supérieur général  et le choix de l’abbé Nicolas Pfluger comme premier assistant.
Tous deux représentent une fraction qui vise  un enfermement de plus en plus grand de la Fraternité.
Monseigneur Marcel Lefebvre percevait la Fraternité comme une œuvre de l’Eglise et pour l’Eglise. C’est pour ça qu’il a attaché une grande importance à la création canonique de la Fraternité le 1er novembre 1970. Cette validation, comme la lettre d’éloges qui a suivi, de la part du cardinal Wrigth, étaient pour lui le signe qu’il se trouvait sur une bonne voie. Mais actuellement la Fraternité devient un but en soi et ne veut plus servir l’Eglise, ce qui devait être sa mission selon Mgr Lefebvre. La Fraternité a mis comme condition de négociations avec Rome la libéralisation de la messe traditionnelle. Pourtant quand on entend l’abbé Duverger, le numéro deux de la Fraternité en France, dire que la libéralisation de la messe tridentine  desservirait la Fraternité, car elle détournerait les fidèles de ses chapelles, on peut se poser la question : la condition posée par la Fraternité est-elle l’expression d’un désir sincère, ou un prétexte pour ne pas négocier avec Rome.
Selon quelle base fonctionnera l’Institut du Bon Pasteur ?
L’Institut est une société de la vie apostolique comme ne serait-ce que les Pallotins, les Jésuites ou la Fraternité Saint-Pierre. Elle dépend directement du Saint Siège, qui dans ses contact avec l’Institut est représenté par le cardinal Dario Hoyos en tant que président de la Commission Ecclesia Dei. L’Institut a le droit de fonder des paroisses personnelles, fonctionnant sur un principe similaire à l’ordinariat militaire. Chose très importante : la liturgie traditionnelle a été reconnue comme rite propre de l’Institut, ce qui veut dire entre autres choses que les prêtres de l’Institut ne peuvent pas célébrer la messe d’après le concile. Ceci prépare au document pontifical prévu pour novembre, qui autorisera chaque prêtre du rite latin à célébrer publiquement de la messe traditionnelle (tridentine). L’Institut a obtenu le droit de critiquer le Concile de Vatican II de manière constructive, et même , il a mission de prépare son interprétation authentique par l’institution ecclésiastique. On peut considérer sans exagérer que ces droits dépassent ce que réclamait Mgr Lefebvre, qui voulait seulement la liberté de faire « l’expérience de la tradition ».
Où seront les prieurés, les séminaires de l’Institut ?
Il existe déjà une paroisse à Bordeaux avec l’église Saint-Eloi. A Paris il existe le Centre Saint-Paul, qui donne un cycle de conférences, les cours de latin, philosophie, psychologie, langues étrangères. Difficile de dire s’il sera transformé en paroisse, parce qu’il est de règle dans le diocèse de Paris de ne pas approuver les paroisses dirigées par des instituts religieux. La seule exception sont, je crois, les lazaristes. En plus la création de l’Institut a provoqué en France une véritable furie parmi les catholiques  dit progressistes, qui ont commencé une offensive médiatique visant l’Institut. L’institut fonde aussi une maison à Rome pour les prêtres et séminaristes y étudiant. Il y faut ajouter une ou deux maisons en Amérique du Sud. C’est l’état au jour d’aujourd’hui. Je pense que durant les prochains mois cela peut changer et nous aurons plus de paroisses de ce type. Le séminaire dirigé par l’abbé Aulagnier ouvrira ses portes à Courtalain près de Chartres.
Comment se présente la situation en Allemagne ? Puisqu’il y a là bas des légendes de la lutte pour la Tradition catholique, comme les abbés frères Joseph et Stéphane Maessen, ou le curé Goesche.
Qui vivra verra. L’annonce de la création de l’Institut est trop fraîche pour qu’on puisse prévoir toutes les réactions. Le fait que l’abbé Pfluger ait été durant plusieurs années le supérieur du district Allemagne, officiellement ou dans les faits, et qu’il y soit bien connu, joue son rôle. En Allemagne, comme dans d’autres pays, il y a beaucoup de prêtres critiques vis-à-vis des dirigeants de la Fraternité. Par contre on ne sait pas ce qu’ils vont faire.
Et vous-même, où serez-vous ?
A Rome, je commencerai des études menant au doctorat de philosophie à l’Angelicum (l’Université de Saint-Thomas d’Aquin). J’espère qu’elles ne me pas totalement du travail apostolique, en Italie en France ou en Pologne, s’il besoin est.
Peut-on envisager que l’Institut s’installe en Pologne ?
C’est certainement envisageable. Mais deux semaines après la création de l’Institut il est trop tôt pour avancer une date ou un lieu concret. Beaucoup dépend de la réaction que l’érection de l’Institut aura parmi les catholiques polonais, ainsi que de l’attitude des évêques polonais.
Justement. La création de l’Institut est largement commentée dans le milieu traditionaliste polonais, avez-vous un retour ? Avez-vous été contacté par des prêtres ou des fidèles ?
Pour l’instant je n’ai pas eu grand retour, mais je pense que bientôt ça viendra. La liste de contacts avec le clergé, comme avec les fidèles, grandit de jour en jour.
Et vous n’avez pas peur que l’Institut s’engage dans des concessions vis-à-vis du modernisme, comme cela a été le cas avec Campos, qui de son temps déclarait aussi la fidélité à la Tradition, et a fini par concélébrer la messe avec les modernistes ?
Comme je l’ai déjà dit, les statuts qui ont été approuvés par le Saint Siège prévoient comme rite propre de l’Institut les messes, les sacrements et les sacramentaux (par exemple : la  consécration d’une église, les bénédictions de médailles, du scapulaire, du chapelet) selon le rite traditionnel. En principe donc les membres de l’Institut n’ont pas le droit de célébrer la Sainte Messe dans un autre rite. Chacun de nous peut tomber aussi bas qu’il se le permettra à lui-même. Cela concerne tous les mortels. Il ne peut être question d’une garantie absolue. La seule garantie est celle donnée par le Christ à l’Eglise que les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur Elle. Je crois profondément qu’avec l’aide de la Grâce Divine l’Institut restera toujours Fidel à la foi catholique.
Comment évaluez-vous la situation dans l’Eglise où d’un côté on tente de supprimer l’agenouillement à l’Eglise, et de l’autre on va vers la liturgie grégorienne ?
Saint-Pie X déjà avait remarqué que les ennemis de l’Eglise se trouvent aussi en Son sein. Mais même parmi ceux qui ont à cœur le bien de l’Eglise règnent des opinions différentes sur les sources de la crise dans l’Eglise et les remèdes à apporter. Je pense que l’Institut du Bon Pasteur a ici un rôle important à jouer – soulever la discussion sur le Concile de Vatican II, ayant toujours en vue le bien de l’Eglise. Ce n’est sûrement pas un rôle facile. L’Eglise ne sortira pas de la crise du jour au lendemain, mais sera le fruit d’un combat de longue durée, auquel l’Institut compte participer.
Pour finir, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à vous-même et à l’Institut ?
Avant tout, la bénédiction Divine et la protection de la Mère de Dieu, et aussi la fidélité dans le service de l’Eglise et l’observation de l’esprit missionnaire qui veut qu’on cherche les brebis égarées, tel un Bon Pasteur, et qu’on ne s’enferme pas derrière un mur de barbelé par crainte d’être contaminé par le « monde mauvais ».
Je vous remercie.
L’abbé Laguérie en " Bon Pasteur " ! On croit rêver...
23 septembre 2006 - Philippe Villeneuve - Golias - golias.ouvaton.org
L’arrangement semble surréaliste entre l’Eglise et un quarteron de boute-feu intégristes emmenés par le chef de guerre Laguérie, " Bon pasteur " d’un tout nouveau genre, lui qui est connu comme violent, indiscipliné, incontrôlable (et exclu en 2004 de la Fraternité St Pie X).
Dans tout compromis, chacun fait des concessions. Si l’on voit bien l’ampleur de celles, unilatérales, de l’Eglise, où sont donc celles de cette poignée d’intégristes, qui se sont aussitôt félicités de n’avoir fait "aucune concession sur le fond ", ni en rien renié leur "parenté avec Mgr Lefèbvre " ?
L’Eglise, qui s’était réjouie en 2002 de la réintégration réussie du groupe schismatique de Campos (Brésil), avait espéré réintégrer progressivement en son sein la Fraternité St Pie X : elle a dû renoncer en 2005, face au refus intransigeant d’une Fraternité arc-boutée sur ses positions et ses haines. En obtenant seulement l’abbé Laguérie et son clan, l’Eglise vient de négocier pour un bien piètre lot de consolation.
Se confirme ainsi, depuis l’infléchissement donné par le nouveau pape et les courants traditionalistes qui le soutiennent, une sorte de connivence objective entre l’Eglise et ces courants intégristes :
la volonté d’une Restauration de l’identité catholique ;
la prééminence d’une Eglise dite " experte en humanité " et imprégnant davantage la société (ce qui va dans le sens du rêve théocratique des intégristes) ;
la critique d’un prétendu excès d’ouverture au monde d’un concile Vatican II dont on souhaiterait une lecture minimaliste,
et la critique du relativisme des croyances qu’il aurait favorisé ; l’accent mis sur la crise de l’Eglise ; l’attachement à la liturgie ancienne et à son ‘intériorité’, etc...Les points de convergence sont nombreux, même si c’est à des degrés - et dans des esprits - bien différents.
L’affaire Laguérie révèle d’abord, ou confirme, ce tournant de l’Eglise.
Le pari semble bien risqué : Benoit XVI pourrait espérer que la nouvelle structure mise en place réussisse - beaucoup mieux que la Fraternité St Pierre lancée dans le contexte explosif des excommunications de 1988 - à récupérer les fidèles de Mgr Lefèbvre vivant mal leur situation de schisme : le contexte est en effet différent, les intégristes acceptant favorablement les signes de cette Restauration de l’Eglise, qu’ils vivent comme une confirmation de leurs positions, et seraient davantage attirés par une légitimation déculpabilisante. Le calcul est risqué, car l’ampleur de ces éventuels mouvements de retour au bercail est imprévisible.
Surtout, pour tenter ce pari, l’Eglise semble avoir cédé beaucoup : le présent compromis naît dans la confusion et le mensonge : il n’est, pour en juger, que de lire le texte du décret instituant, le 8 septembre, l’Institut du Bon Pasteur :
affligeant tissu de contre-vérités, d’hypocrisie cache-misère, de ‘jésuitisme’ : il prétend d’abord faire de l’abbé Laguérie et de ses acolytes des serviteurs de Mgr Ricard, répondant à un besoin pastoral (" les fidèles attachés aux précédentes formes liturgiques du rite romain manquent de pasteurs disponibles pour apporter aux évêques une aide efficace... ") - alors qu’il n’y a aucun manque - ;
le texte présente ensuite ces " pasteurs " comme apparus providentiellement pour aider l’archevêque ( !) (" Récemment, dans l’archidiocèse de Bordeaux, est apparu un groupe de quelques prêtres sous le patronage du Bon Pasteur... ") ;
le décret prétend aussi que Mgr Ricard serait tout heureux de cette aide inattendue (" L’archevêque lui-même, convaincu de la grande utilité de tels coopérateurs, reçoit dans son diocèse cette communauté, en lui confiant l’église Saint Eloi... ") :
et voilà même, pour cette église St Eloi, Mgr Ricard amené à donner ce qu’il a renoncé à reprendre, malgré la réussite de l’action en Justice !
Qui espère-t-on convaincre avec ces mensonges bien-pensants ? Un tel démarrage dans l’ambiguïté - pour le moins - augure mal de la vérité des relations et de la " pleine communion " recherchée par l’Eglise.
Notons, au passage, cette sorte d’ironie de l’Histoire, avec l’appellation de "Bon Pasteur " : l’abbé Laguérie et ses acolytes sont connus pour leur prétention auto-référente et sectaire à la Vérité, leur critique haineuse de l’Eglise, leur mépris de tout autre hormis leur groupe, leur morgue suffisante et prétentieuse, leur violence, verbale et en acte ; en acte aussi : faut-il rappeler que c’est l’abbé Laguérie qui, en 1993, alors curé de St Nicolas du Chardonnet, prend l’initiative d’emmener un commando investir l’église St Germain l’Auxerrois ; et qui doit s’en retirer, à son grand regret, parce que désavoué par sa propre hiérarchie intégriste (qui le suspend d’ailleurs momentanément) ? Faut-il rappeler que c’est l’abbé Aulagnier (un autre " Bon Pasteur " du groupe des cinq !) qui, en 1997, emmène un commando investir, plusieurs dimanches, l’église de Chamblac dans l’Eure (effraction, messes interrompues, violences envers les paroissiens, vol de registres paroissiaux, etc...) ?
Quant à parler de violence verbale à propos de ces baroudeurs fiers de l’être, c’est comme faire un pléonasme : elle leur est consubstantielle, l’intégrisme s’étant constitué sur un ensemble de refus et de haines (des Lumières, de la démocratie depuis la fin de l‘Ancien Régime, des droits de l’homme, de la laïcité, du libéralisme, etc..., et donc, aussi, de l’Eglise de Vatican II) ; Et Mgr Ricard lui-même évoque la " violence " dont ont fait preuve ces ralliés, envers les diocèses, " jusqu’à ces derniers mois " : " Bon Pasteur " ? Qui çà ? Où ça ? Veut-on croire qu’ils ont pu changer en profondeur ? Qu’ils le pourront ? Leurs récentes déclarations ne permettent à quiconque de rêver longtemps...
Pour faire la paix, il faut être deux à la vouloir vraiment, sans arrière-pensées ; ne s’agit-il pas d’un accueil à sens unique ? et de la ‘méthode Coué’ quand Mgr Ricard, en son communiqué, affirme que ces ralliés ont " souhaité " vivre "en pleine communion avec le siège de Rome " ? L’abbé Laguérie gagne en effet sur tous les tableaux :
1/ Il se venge de la Fraternité St Pie X qui l’a exclu, et il n’aura de cesse de s’efforcer de la vider de sa substance, par des débauchages, jusqu’à créer ‘sa’ Fraternité.
2/ Sans qu’il lui soit demandé de concession (pas de reconnaissance de Vatican II, par exemple), il obtient un statut sur mesure pour sa communauté bordelaise (3 des 5 prêtres sont à Bordeaux) et ses amis.
3/ Il conserve, maintenant par décision papale, une église St Eloi jusque là occupée illégalement.
4/ Il est autorisé, et c’est une première, à célébrer " exclusivement " selon la liturgie traditionnelle de St Pie V.
5/ Il acquiert le droit de continuer à être un aiguillon de l’Eglise, un gardien du temple véhément - mais de l’intérieur maintenant - pour la pousser vers ses conceptions de la Tradition : affirmant sans rire que l’Eglise " a réalisé combien il était nécessaire pour elle d’avoir affaire à nous ", il déclare ainsi être autorisé à mettre en œuvre " une critique sérieuse et constructive du Concile de Vatican II " ou encore : " Rome nous a donné l’obligation statutaire de travailler à rendre l’authenticité de la doctrine ", rien de moins...
Son Institut est déclaré de droit pontifical, dépendant directement de Rome : bénéficiant de la reconnaissance d’un pape dont il tire sa légitimité nouvelle, l’abbé Laguérie peut passer au-dessus des structures de l’Eglise (refusant par exemple toute concertation, et bien sûr toute concélébration), pour en poursuivre la critique constante : il affirme ainsi, avec son aplomb et sa prétention ordinaires, vouloir " soutenir Benoît XVI et être missionnaire avec lui dans un monde et une Eglise qui ont perdu le Nord " (sic) : l’abbé Laguérie ou le nouveau Sauveur apportant la boussole ! La critique se présente comme maintenant autorisée (aux deux sens du terme : possible, et faisant autorité) : " il nous est possible désormais de poser la question de la responsabilité propre de l’Eglise dans la crise qu’elle traverse aujourd’hui " (La Croix, 11/09) ; on peut lui faire confiance, avec cette nouvelle autonomie, et restant incontrôlable, pour continuer à exercer sa virulence, jugeant de tout et de tous, dans son rôle favori de procureur intentant un procès permanent ; ayant toujours fait la leçon aux papes, il continue de distribuer les bons points : ainsi, après la page Jean-Paul II heureusement tournée, voici enfin, en Benoît XVI, " un nouveau pape qui a compris la tradition... ", mais qui peut encore faire mieux...
On peut se demander pourquoi une telle imprudence d’imposer cette fausse réconciliation ; comme si Mgr Ricard, qui participe pourtant à la Commission Ecclesia Dei, en charge du dossier intégriste, avait laissé faire (ou pas pu s’opposer ?) à cette création, et redoutait une telle décision : son communiqué fait état d’une " convention " à venir entre le diocèse et cet Institut, qui devra " préciser les modalités de (sa) présence et de (sa) mission (...) et les conditions qui y seront mises " ; il reconnaît la nécessité de " tout un travail de pacification, de réconciliation et de communion (...) encore à faire ", et évoque la " violence " encore récente des comportements de ces intégristes envers l’Eglise diocésaine (il affirmera plus tard que ces nouveaux ralliés " ne sont pas en pays conquis " : comment mieux dire la méfiance envers ceux dont on cherchera à se protéger ?) : curieux blanc-seing donné d’emblée, avant que les conditions soient réunies, et alors même que tout ou presque, aux dires de Mgr Ricard, " reste à faire " ! !
Certes, si la " pleine communion " peut être seulement espérée, et donnée comme un objectif à atteindre à terme, encore faut-il des conditions suffisantes, une sincérité, un engagement en vérité des deux partenaires.
Comment avoir ainsi parié, sans ces conditions, sur les intentions réelles des intégristes, la vérité de leur "réconciliation " ? Charité chrétienne ? Naïveté ? Volonté d’y croire malgré l’évidence ? On constate qu’à peine " autorisé ", l’abbé Laguérie, toujours conquérant et ‘roulant pour lui’, annonce la poursuite de son action, les prochaines formations et ordinations, en France et à l’Etranger : la logique est celle d’une Eglise parallèle et concurrente qui visera son propre et exclusif développement ; il répète son intention d’acheter des églises désaffectées pour y créer des paroisses parallèles. Il prend appui et prétexte sur le fait qu’une mission lui a été reconnue par le décret : " ce nouvel Institut veut offrir aussi aux autres évêques qui le désirent son service pastoral " ; on remarque la même formulation mensongère, inversant la réalité : les évêques n’ont rien demandé (on les comprend), l’abbé Laguérie a juste obtenu la bénédiction officielle pour développer ses activités.
On souhaite ‘bien du plaisir’ aux archevêques de Bordeaux, présents et futurs... Il aurait pourtant été facile d’éviter cette situation : Mgr Ricard, qui s’était très justement placé sur le terrain du Droit, avait porté l’affaire en Justice, et, par des décisions judiciaires successives, avait eu, tout naturellement, gain de cause.
L’abbé Laguérie refusant de partir, et se mettant désormais clairement hors la loi, l’Eglise avait le pouvoir de faire exécuter ces décisions judiciaires par les autorités de l’Etat ; mais, comme à St Nicolas du Chardonnet, son renoncement, par un souci pastoral curieusement unilatéral, a pu apparaître comme une faiblesse, et un encouragement donné au parti adverse (d’ailleurs pour de possibles futures avancées) ; le désordre que pouvait craindre Mgr Ricard à cette occasion n’aurait pas été durable, ni à craindre ; les intégristes auraient réintégré leur chapelle de " Notre Dame du Bon Conseil ", rue de Lisleferme, chapelle jusque là fort suffisante, parmi leurs autres lieux de culte en Gironde ; et la mairie aurait dû prendre en charge, au moins pour partie, les travaux qu’elle avait laissé entreprendre par l’association culturelle servant d’écran aux intégristes.
Au lieu de cela, voilà une situation de tensions, de conflit potentiel, de malaise, de découragement pour nombre de prêtres et de fidèles. Signe des temps ? Tristes temps...

22 septembre 2006

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Un Bon Pasteur pour les « tradis » ?

Jérôme Bourbon - Rivarol - 22 septembre 2006

Un Bon Pasteur pour les « tradis » ?
La visite de Benoît XVI dans sa Bavière natale, et surtout le hourvari provoqué par sa dénonciation du fanatisme musulman, ont quelque peu éclipsé une autre de ses initiatives : la signature le 8 septembre, par le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei et préfet de la Congrégation pour le clergé, du décret d’érection ad experimentum (pour cinq ans) d’une nouvelle fraternité traditionaliste, l’Institut du Bon pasteur (IBP) regroupant des figures historiques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X – mais qui en avaient été exclues (RIV. du 10/09/04). Dépendante du Vatican, cette société de vie apostolique a en effet pour supérieur général l’abbé Philippe Laguérie, longtemps dynamique responsable de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris (1984-1997) avant de l’être depuis 2001 de l’église Saint-Eloi à Bordeaux. Elle comprend pour l’heure quatre autres prêtres : les abbés Paul Aulagnier, supérieur pendant 18 ans (1976-1994) du district de France de la FSSPX, Guillaume de Tanoüarn, fondateur dans la capitale du centre Saint-Paul et de l’Association cultuelle Saint-Marcel, Christophe Héry, auquel on doit le très récent livre Non-lieu sur un schisme défendant en tous points les positions doctrinales de la Fraternité, et l’abbé Henri Forestier,  prêtre de la FSSPX à Lyon puis à Toulouse avant de rejoindre Saint-Eloi.
LE COURONNEMENT LOGIQUE D’UNE LENTE EVOLUTION
Cet accord n’est pas vraiment une surprise. Depuis quelques années, ces clercs souhaitaient trouver un arrangement avec Rome. En avril 2001, dans le mensuel Pacte (n°54), alors qu’il était déjà question d’une éventuelle régularisation canonique de la FSSPX, l’abbé Laguérie écrivait : « Je crois à la possibilité d’un accord pratique. (…) Il est urgent de se retrouver dans la communion liturgique et sacramentelle avec l’Eglise de toujours pour que, faisant pareil, on finisse par penser pareil. ». Quant à l’abbé Aulagnier, il avait été exclu de la FSSPX en octobre 2003 pour avoir soutenu les accords dits de Campos (Brésil) par lesquels, le 18 janvier 2002, le Vatican avait érigé une administration apostolique, l’Union sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney, qui obtenaient la faculté de dire la messe traditionnelle en échange de sa reconnaissance de l’autorité de Jean-Paul II, de la validité de la nouvelle messe et de son acceptation de Vatican II interprété « à la lumière de la Tradition ».
 
Depuis leur exclusion de la FSSPX, ces prêtres avaient bénéficié d’un rescrit les lavant de toute censure ecclésiastique en échange de la signature en cinq points, le 21 septembre 2005, d’un « acte d’adhésion » au Vatican (RIV. du 31/03/06). La fondation de leur Institut est donc le couronnement logique de ce rapprochement avec la Rome de Benoît XVI. « J’ai beaucoup parlé de Rome  depuis bientôt 18 ans que je suis prêtre. Mais aujourd’hui je peux dire  que j’a vu le visage de Rome et que ce visage est un visage de miséricorde » écrit ainsi l’abbé de Tanoüarn dans le n°2 de la Lettre à nos amis du Centre Saint-Paul (12 rue Saint-Joseph, Paris IIe) en se réjouissant de « la générosité toute pastorale » du Vatican.
LES ACQUIS DU NOUVEL INSTITUT
Ces prêtres obtiennent l’usage exclusif du missel romain traditionnel, mais aussi du rituel, du bréviaire et du pontifical en vigueur en 1962. Ils ne seront donc pas tenus en principe à concélébrer la messe chrismale le jeudi saint avec l’évêque conciliaire du diocèse. La messe tridentine n’est pas pour eux sous le régime de l’indult comme elle l’est depuis 1988 pour la Fraternité Saint-Pierre ou l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre ; elle est un droit « et même une obligation » ajoute fièrement l’abbé Laguérie. Rome leur permet « une critique sérieuse et constructive qui concourt à la préparation d’une interprétation authentique de la part du Saint-Siège du concile Vatican II ».  En contrepartie, ils s’engagent à « recevoir avec le respect qui leur est dû » tous les documents émanant de Rome, reconnaissent l’autorité de Benoît XVI et la validité du novus ordo missae.

Ils pourront par ailleurs avoir des « paroisses personnelles » (comme c’est désormais le cas de l’église Saint-Eloi à Bordeaux) au nom de l’Institut et Philippe Laguérie se fait fort d’obtenir des églises, désaffectées ou abandonnées, « en centre-ville », pour le rite tridentin. Ils pourront établir un séminaire en France et former de futurs prêtres qui seront incardinés directement dans l’Institut nouvellement créé. Le cardinal Castrillon Hoyos ou le cardinal Ricard (ce n’est pas encore décidé) devrait venir prochainement à l’église Saint-Eloi pour célébrer les premières ordinations sacerdotales (celle des abbés Prieur et Belon) et diaconales (trois ou quatre). Par ailleurs, une demi-douzaine de séminaristes feraient bientôt leur entrée dans la maison de formation de Courtalain, près de Chartres sous la responsabilité de l’abbé Aulagnier. De plus, plusieurs prêtres français et polonais et une dizaine de prêtres sud-américains seraient sur le point de rejoindre l’IBP.
Le siège de l’Institut est à l’église Saint-Eloi. Alors qu’en mai 2005 le Conseil d’Etat avait annulé la convention passée entre la mairie de Bordeaux et l’association dirigée par Philippe Laguérie, c’est une victoire pour le bouillonnant abbé. Mais aussi, d’une certaine manière, pour l’archevêque de Bordeaux et président de la conférence épiscopale, Mgr Jean-Pierre Ricard, l’église revenant dans le giron.
 
Si beaucoup de disciples de Mgr Lefebvre se réjouissent de ce dénouement, comme on peut s’en rendre compte en naviguant sur les différents sites Internet « tradis » et comme le laissaient à penser les reportages de TF1 et France 3 où étaient interrogés d’enthousiastes fidèles de Saint-Nicolas, la direction de la FSSPX est beaucoup plus circonspecte.
LES RESERVES DE LA FRATERNITE SAINT-PIE X
Dans un communiqué daté du 8 septembre, elle déclare qu’ « elle ne peut faire sienne une solution communautariste où la messe tridentine serait confinée dans un statut particulier » : «  La messe de la Tradition bimillénaire doit jouir dans l’Eglise d’un droit de cité plein et entier : elle n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, elle est un droit pour tous les prêtres et tous les fidèles de l’Eglise universelle. »
 
Et la FSSPX d’inviter « prêtres et fidèles à s’associer à sa campagne de prières » décidée par le chapitre général de juillet dernier et qui a pour but de présenter, fin octobre, à Benoît XVI « un million de chapelets pour la libération totale de la messe traditionnelle ». Ce que l’abbé Alain Lorans, porte-parole de la FSSPX, appelle dans le n°100 de Nouvelles de Chrétienté, « la nouvelle bataille de Lépante » ! Or, d’après l’abbé Laguérie, la décision de Benoît XVI serait déjà prise : il  libéraliserait « en novembre » la messe tridentine, l’un des deux préalables posés par la FSSPX (le second étant le retrait du décret d’excommunication des quatre évêques le 30 juin 1988) pour un accord en bonne et due forme avec le Vatican, lui-même précédé de discussions doctrinales. Sur le site <www.laportelatine.org>, très proche de la direction d’Ecône, l’abbé Grégoire Celier, dans un long communiqué intitulé « un nouvel institut Ecclesia Dei ? » condamne « la rupture de l’unité du front au profit des adversaires de la liturgie » traditionnelle, juge « imprudent de sous-estimer la capacité de la Rome actuelle à absorber et à recycler même ses plus féroces adversaires » et critique le fait que l’IBP, qui « ne bénéficie d’aucun évêque propre », doive « recourir aux évêques conciliaires ».
 
Le fait est que les cardinaux Ricard et Castrillon Hoyos ont été sacrés dans le nouveau rite de consécration épiscopale et l’on sait que beaucoup, dans la mouvance issue de Mgr Lefebvre, dont Mgr Tissier de Mallerais lui-même, ont de sérieux doutes sur la validité des nouveaux rites sacramentels. Ainsi la FSSPX a souvent réordonné sub conditione les clercs qui, la rejoignant, avaient auparavant été fait prêtres dans le nouveau rituel.
QUEL AVENIR POUR CETTE SOCIETE SACERDOTALE ?
L’Institut du Bon Pasteur pourrait néanmoins exercer une attraction non négligeable tant sur l’aile « droite » de la Fraternité Saint-Pierre que sur l’aile « gauche » de la Fraternité Saint-Pie X. Les prêtres qui composent cette société naissante sont en effet dynamiques, ouverts, chaleureux, charismatiques, meneurs d’hommes, souvent très appréciés de la jeunesse, ils jouissent d’une notoriété et d’une popularité indéniables au sein de la mouvance traditionaliste, même si, bien sûr, ils ont aussi leurs détracteurs qui leur reprochent leur activisme voire leur libéralisme. Cet Institut pourrait nuire au recrutement des deux Fraternités et exercer une forte pression sur la FSSPX pour qu’elle normalise elle aussi sa situation canonique avec Rome, qui aurait ainsi marqué un point décisif, ainsi que l’a reconnu très honnêtement l’abbé Laguérie lors de sa conférence de presse parisienne du 13 septembre : « la création de l’IBP est incontestablement un signal fort envoyé par Rome à la FSSPX ».
 
Encore faut-il que le clergé conciliaire ne mette pas des bâtons dans les roues de l’IBP. Or, le communiqué officiel de Mgr Ricard est pour le moins réservé : « La présence de cet Institut appelle une convention entre cet Institut et le diocèse. (…) L’élaboration de cette convention est encore à faire… Tout un travail de pacification, de réconciliation et de communion est encore à faire car la violence  a marqué jusqu’à ces derniers mois les relations de plusieurs membres de cet Institut avec l’Eglise diocésaine. Il faudra que chacun y mette du sien. »  Et le même cardinal de préciser dans La Croix du 11 septembre « que pour ce qui est de l’apostolat, ils dépendent de l’évêque diocésain et ils sont obligés d’avoir son accord pour toute implantation dans son diocèse (…) Ils doivent se rendre compte qu’ils ne sont pas en pays conquis ». Quant aux plus progressistes au sein de l’église conciliaire, ils ne cachent pas leur haine : La Vie du 14 septembre, « hebdomadaire chrétien d’actualité », titre, avec une photo pleine page de l’abbé Laguérie, « Pourquoi cet homme devait rester dehors ». On n’est pas plus charitable !
 
Reste à savoir si ce « ralliement » à l’église post-Vatican II ne se soldera pas par l’édulcoration, voire l’abandon des positions longtemps défendues par les cinq abbés. L’exemple de la Fraternité Saint-Pierre, du Barroux, de Campos, de l’Institut Saint-Philippe Néri fondé à Berlin en 2003 par le cardinal Castrillon Hoyos, pour des prêtres et séminaristes allemands, eux aussi transfuges de la FSSPX,  incite à s’interroger. Signant un accord avec Rome en 1988, Dom Gérard, alors prieur du Barroux, réclamait qu’ « aucun silence ne soit fait sur (sa) prédication antimoderniste ». Quelques années plus tard, il concélébrait la nouvelle messe et le père Basile défendait l’orthodoxie de Dignitatis humanae. N’est-il donc pas illusoire de vouloir convertir de l’intérieur l’église conciliaire ?
INTERPRETER OU REJETER VATICAN II ?
En clôture d’un colloque parisien sur les quarante ans de Vatican II, l’abbé Laguérie professait hardiment que « le concile est en rupture totale non seulement avec la tradition catholique mais plus généralement avec la religion catholique » (RIV. du 18/10/2002). Pourra-t-il désormais tenir de pareils propos dans le cadre d’une « critique sérieuse et constructive » ? Car d’évidence les questions que pose Vatican II ne relèvent pas de « l’herméneutique », d’une « théologie de la réception » mais de la foi : il y a une contradiction flagrante entre le magistère de l’Eglise et ce que l’abbé de Tanoüarn nommait « une nouvelle religion ».
 
De sorte que, sauf à se dénaturer, le combat traditionaliste ne saurait se réduire à la défense de la messe tridentine, aussi essentielle soit-elle. Il est une claire condamnation des orientations doctrinales, pastorales et disciplinaires inlassablement mises en œuvre depuis la mort de Pie XII par les modernistes qui occupent, occultent et éclipsent l’Eglise de Jésus-Christ. Car, jusqu’à preuve du contraire, et comme le rappelait Mgr Richard Williamson dans une interview à Minute le 8 mars 2006,  l’œcuménisme libéral, la collégialité et la liberté religieuse restent plus que jamais à l’ordre du jour au sommet de l’institution conciliaire.
 
Jérôme BOURBON

RIVAROL daté du vendredi 22 septembre 2006, page 9, numéro 2778. (1 rue d’Hauteville. 75010 Paris).