9 octobre 2006

[Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres] A propos de Courtalain

SOURCE - Communiqué de Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres - 9 octobre 2006

Le 8 septembre dernier, le Saint-Siège, par le reconnaissance de l'institut du Bon Pasteur société apostolique de droit pontifical, a posé un geste afin de permettre à des prêtres ayant appartenu à la Fraternité Saint Pie X de Mgr Lefebvre de retrouver une communion avec l'Église Catholique Romaine, le Pape Benoît XVI et les évêques en communion avec lui. Ce geste de bienveillance n'est pas une remise en cause du Concile Vatican II. Le lendemain de son élection, Benoît XVI disait: Le Pape Jean-Paul II a indiqué à juste titre le Concile comme la "boussole" qui permet de s'orienter dans le vaste océan du troisième millénaire. Dans son Testament spirituel, il notait également : "Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XX siècle nous a offertes". Alors que je me prépare moi aussi au service qui est propre au Successeur de Pierre, je veux affirmer avec force la ferme volonté de poursuivre l'engagement de mise en oeuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes Prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l'Église".

Évêque de Chartres, avec le Pape et toute l'Église, je vis avec cette boussole. J'accueille aussi la volonté du Pape Benoît XVI de poser des gestes de réconciliation en direction de ceux qui sont dans la mouvance de Mgr Lefebvre.

J'ai appris par la presse et diverses sources la création d'un séminaire de l'institut du Bon Pasteur à Courtalain. Je suis étonné qu'à ce jour aucun contact, par respect du droit ecclésial (canon 733) ou ne serait-ce que par politesse, n'ait été pris avec moi de la part des responsables de cet institut au sujet de cette implantation dans le diocèse de Chartres.

Une expérience de réconciliation ne peut pas seulement se décréter, elle doit encore s’affermir et s’approfondir dans les faits, par un service de la charité et de la vérité, en paroles et en actes.

+ Michel Pansard
Évêque de Chartres.

7 octobre 2006

FSSP - Communiqué du supérieur du district de France concernant Lyon
Abbé Vincent Ribeton - 7 octobre 2006
Communiqué du supérieur du district de France concernant Lyon

Au nom de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, je tiens à remercier de tout cœur tous ceux qui lui témoignent soutien et amitié, et qui portent les difficultés présentes, dans un esprit de paix, par les moyens surnaturels de la prière et du sacrifice, de l’assistance à la Messe, et en particulier, en ce mois du Rosaire, par la récitation du chapelet.

J’assure les fidèles, -qui sont nombreux à s’interroger-, que tout est fait
actuellement pour parvenir à une solution de paix, conforme au bien de tous, diocèse, communauté St-Georges, Fraternité St-Pierre, prêtres et fidèles.

La Fraternité St-Pierre désire continuer, dans le diocèse de Lyon, -en profonde communion avec son évêque le cardinal Barbarin, et avec tous les prêtres et fidèles du diocèse-, à participer à la mission apostolique, à la sanctification des âmes, à l’évangélisation, selon son charisme propre, comme elle l’a fait à Lyon depuis 17 ans, avec de nombreux prêtres qui se sont ici succédés et ont chacun apporté leur pierre à l’édifice.

La Fraternité St-Pierre n’oublie pas quelle fut la générosité envers elle des autorités de ce diocèse, en particulier de la part du cardinal Decourtray et du cardinal Barbarin. Elle garde toute confiance que le cardinal Barbarin saura trouver une solution propre à ramener la paix dans les cœurs.

Puisque « la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux », la Fraternité St-Pierre souhaite que tous y trouvent leur place et y apportent leur générosité, selon leurs talents et les grâces reçues de Dieu.

Les supérieurs de la Fraternité poursuivent actuellement leurs démarches auprès de Son Eminence le cardinal Barbarin. Ils proposent pour Lyon la solution qui fut retenue l’an passé pour Bordeaux, lorsque deux lieux de culte distincts furent désignés pour l’application du Motu proprio, l’un restant confié à la Fraternité St-Pierre.

La Fraternité St-Pierre confie cette proposition à la prière des fidèles et recommande à tous de continuer à œuvrer dans une vraie charité.

Abbé Vincent Ribeton, supérieur du district de France
"Aux fidèles de l'église Saint Georges..."
Communiqué du cardinal Barbarin, archevêque de Lyon - 7 octobre 2006
Le Cardinal Archevêque de Lyon
« Qu’ils soient un » (Jn 17, 21)

AUX FIDÈLES DE L'EGLISE SAINT-GEORGES

«Que tous soient un, comme Toi. Père, tu es en moi et moi en Toi, Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17,21).

Frères et Sœurs,

Dans le Motu Proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988, le Pape Jean-Paul II soulignait la gravité de l’acte schématique qui venait d’avoir lieu. Il lançait un appel solennel aux fidèles qui jusqu’alors avaient suivi Mgr Lefebvre, leur rappelant « le grave devoir qui est le leur de rester fidèles au vicaire du Christ dans l’unité de l’Eglise catholique ». Il demandait aux pasteurs une application « large et généreuse des directives » romaines concernant l’usage du Missel de 1962.
Le Cardinal Decourtray, en décembre 1989, a ouvert l’église Saint-Georges, deux heures chaque jour et le dimanche toute la journée, à l’intention des fidèles qui avaient répondu à l’appel du Saint Père.
Dans un même esprit d’obéissance, mes prédécesseurs et moi-même, nous avons, depuis lors, constamment élargi ces dispositions. Aujourd’hui, vous le savez, l’église Saint-Georges est entièrement mise à la disposition de la communauté Ecclesia Dei. Tous les sacrements peuvent y être célébrés selon les livres liturgiques en vigueur en 1962. Après l’ouverture de l’école Saint-Dominique Savio et du collège des Bienheureux François et Jacinthe de Fatima, j’ai accepté que soit installé le Saint Sacrement dans ces deux établissements et que la Messe y soit célébrée une fois par semaine, selon le rite de 1962. A l’automne 2005, j’ai autorisé, à la demande du supérieur général de la Fraternité Saint-Pierre, l’ouverture de la Maison Saint-Padre Pio à Francheville, pour accueillir les jeunes gens ayant l’intention d’entrer au séminaire de Wigrazbad. Durant l’été 2006, une Messe a été célébrée dans le Beaujolais, chaque dimanche, pour éviter à des familles de revenir à Lyon.

On peut dire que, ces dernières années, tout s’est passé dans les meilleures conditions. J’ai eu la joie de rencontrer les fidèles à Saint-Georges, le jour des Rameaux 2003 pour les Vêpres, et en mai 2006 pour la Messe de la Confirmation, sur la recommandation personnelle de notre Saint Père, le Pape Benoît XVI. A ces deux occasions, j’ai été invité à prendre le repas à la Maison Sainte-Blandine, dont le cardinal Decourtray avait autorisé l’ouverture pour la communauté des prêtres « qui exerce un apostolat confié par l’archidiocèse de Lyon ». De tout cela, nous rendons grâce à Dieu.

Mais voici qu’en très peu de temps, la situation s’est gravement perturbée. J’ai été amené à prendre trois décisions douloureuses en dix jours - en particulier la fermeture de la Maison Saint-Padre Pio, le 26 septembre dernier.

Quelques jours plus tard, l’abbé Tancrède Leroux, l’abbé Timothée Pattyn et l’abbé Marc-Antoine Dor m’ont demandé l’incardination dans le diocèse de Lyon.
Jeudi, le 5 octobre, avec Monsieur le chanoine M. Cacaud, curé de la paroisse Saint-Jean-Saint-Georges, j’ai reçu Monsieur l’Abbé J. Berg et Monsieur l’Abbé P. du Faÿ, respectivement Supérieur général et Vicaire général de la Fraternité Saint-Pierre. Conscients des grandes souffrances que cette situation engendre chez les uns et les autres, nous avons cherché ensemble un chemin de réconciliation.
Comme me le demande l’Eglise, je m’engage à tout faire pour que la Messe, selon le rite de 1962, continue à être assurée dans l’église Saint-Georges, sous l’autorité de son recteur, l’abbé Leroux. En attendant que des solutions soient trouvées, j’invite les fidèles et les prêtres à prier et à être des artisans de paix, éclairés par cet enseignement de saint Pierre : « En obéissant à la vérité, vous vous êtes purifiés pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous intensément, les uns les autres car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa Parole vivante » (1 Pierre 1, 22-23).

À Lyon, le 7 octobre 2006, Fête de Notre-Dame du Rosaire.

+ Philippe cardinal Barbarin
Vatican II compris à la lumière de la Tradition
7 octobre 2006 - ProLiturgia
Selon certaines informations que l'on retrouve sur des sites internet, Benoît XVI aurait signé un document autorisant tout prêtre, où qu'il soit, à célébrer la messe selon les livres liturgiques en usage avant Vatican II. Cet ancienne forme du rite romain (habituellement appelée "de S. Pie V") serait qualifiée d' "extraordinaire", la forme "ordinaire" du rite romain étant celle qui a été définie par le missel promulgué en 2000 par le pape Jean-Paul II. Ce document devrait - toujours si l'on en croit les internautes "bien informés" - être publié en novembre. Bien entendu, certains journalistes et autres "spécialistes" des questions religieuses vont nous expliquer que le retour à la messe en latin est une erreur de Benoît XVI... une de plus après le fameux discours de Ratisbonne! C'est vrai: qu'est-ce qu'il connaît en religion, ce pape, à côté des savants journalistes?
Il faut alors s'interroger: qu'est-ce qui pousse certains "chroniqueurs" à critiquer les décisions du Souverain Pontife? Leur amour de la foi catholique? Hum, il est permis d'en douter. Si ces gens-là étaient pratiquants, ça se saurait. Leurs connaissances dans le domaine de la liturgie? Sûrement pas: s'ils étaient spécialistes de la question, ils sauraient que le dernier Concile - celui dont ils se réclament pour fustiger le retour à une liturgie latine - a clairement énoncé que... le latin devait être conservé (cf. art. 26). Et ils sauraient aussi que cet article n'a jamais été respecté par l'épiscopat français.
En fait, les contempteurs de Benoît XVI se moquent de la messe en latin - quelle que soit sa forme - comme de leur première chemise. Ce qu'ils reprochent aux fidèles qui aiment la liturgie latine, c'est d'aimer les chants et les prières qui énoncent la foi de l'Eglise avec une beauté inégalée. Selon ces journalistes, le simple fait de se mettre à genoux devant l'Hostie, de vouloir de la dignité, de chanter le Credo... est déjà un péché mortel qui traduit une étroitesse d'esprit interdisant toute adaptation au monde moderne. Vous savez, ce monde si chatoyant de la modernité (Paris-plage, la Gay-Pride, la Techno-Parade...) qui rend les gens si heureux en les amusant et en les "faisant s'éclater"?
Et puis, la rumeur concernant la liberté de célébrer l'Eucharistie selon un rite romain "extraordinaire" est-elle fondée? Si oui, c'est que le pape, après avoir bien étudié la question liturgique, a estimé utile de la donner, pour le bien de l'Eglise. Bien sûr, la coexistence de deux formes d'un même rite n'ira pas sans difficultés: il y aura des questions de calendriers, de fêtes, d'ordres mineurs et majeurs (le lectorat, l'acolytat et le diaconat existent dans la liturgie actuelle, mais la liturgie ancienne a, en plus, l'exorciste, le portier et le sous-diacre).
Aux esprit suspicieux et chagrins, il convient de rappeler que lors de son discours à la Curie romaine, Benoît XVI a clairement annoncé qu'il entendait faire appliquer Vatican II. Mais pour appliquer ce Concile comme il se doit, il convient de l'étudier à l'aide d'une grille de lecture adaptée. Cette grille de lecture s'appelle la "Tradition". Il n'y a que la Tradition qui puisse donner à Vatican II son vrai sens.
Or il semblerait qu'on ait oublié de donner cette grille de lecture à certains de ceux qui, à la tête de nos paroisses, se réclament sans cesse de Vatican II.
Faisons donc confiance plus à Benoît XVI qu'aux journalistes pour lire, comprendre et appliquer le Concile d'une façon vraiment catholique, c'est-à-dire d'une manière qui ne trahisse pas la foi reçue des Apôtres.

6 octobre 2006




Traditionalistes : des laïcs bordelais s'inquiètent, Mgr Ricard leur répond
Sophie de Ravinel - lefigaro.fr - 06 octobre 2006
Religion L'archevêque de Bordeaux doit gérer une situation tendue après le «cadeau» de Rome à l'abbé Laguérie et à ses proches. LA CRÉATION de l'Institut du Bon-Pasteur suscite des remous à Bordeaux, que tente d'apaiser l'archevêque Mgr Jean-Pierre Ricard. Annoncée le 8 septembre dernier et destinée aux catholiques traditionalistes, cette «société de vie apostolique et de droit pontifical» comprend pour l'instant cinq prêtres et un diacre. Les célébrations se déroulent exclusivement selon le rite tridentin, celui d'avant le concile Vatican II.
Et c'est à Bordeaux, en l'église Saint-Éloi, que se trouve le siège de cet institut dirigé par l'abbé Philippe Laguérie. Rome espère que cette structure «sur mesure» permettra à de nombreux prêtres lefebvristes de retourner dans l'Église. 
Or, le 22 septembre dernier, quelque 160 laïcs se sont retrouvés dans l'église de Bruges-le-Bouscat, en périphérie de Bordeaux, pour rédiger une lettre de protestation qui aurait été ensuite signée par plus 800 personnes.
«Initiative prometteuse ou espoir avorté»
«La création de l'Institut pontifical du Bon-Pasteur (...) nous stupéfie et nous inquiète», indiquent les signataires, qui souhaitent que «les orientations conciliaires ne soient pas remises en cause».
Dans le journal diocésain, L'Aquitaine, diffusé aujourd'hui, l'archevêque de Bordeaux a souhaité clarifier cette situation tendue. «L'avenir dira, dit-il dans son éditorial, si cette création est une initiative prometteuse ou un espoir avorté.»
Selon lui, «un geste généreux et exceptionnel d'offre de communion vis-à-vis d'un groupe particulier ne vient pas remettre en question le chemin que le Seigneur nous a fait vivre en Église depuis quarante ans». 
Déplacement au Vatican 
Le cardinal se rendra pourtant prochainement à Rome afin d'éclaircir les conditions de création de cet institut auquel il n'aurait été que peu associé. 
Mgr Ricard aurait affirmé aux prêtres de son diocèse avoir été averti de cette création par un journaliste en poste auprès du Vatican. Du côté de l'Institut du Bon-Pasteur, on affirme que l'archevêque avait donné un accord de principe par écrit.
Quoi qu'il en soit, Mgr Ricard regrette le climat de polémique «aussi lassant que stérile» et souhaite que «ces questions soient partagées fraternellement, dans un climat de respect mutuel et d'obéissance filiale au magistère».
Communiqué de la Fraternité Sacerdotale St Pierre sur la situation dans le diocèse de Lyon
6 octobre 2006 - fsspfrance.org
Ayant reçu de nombreuses demandes d'explications de fidèles inquiets de la situation de la Fraternité St-Pierre à Lyon, le district de France tient d'abord à remercier tous ceux qui, dans les difficultés présentes, offrent spécialement leurs prières et sacrifices et assurent la Fraternité Saint-Pierre de leur soutien. Nous voulons brièvement communiquer les informations suivantes : à l'occasion du long entretien que le Cardinal Archevêque de Lyon a accordé au Supérieur général et à son Vicaire le jeudi 05 octobre, nous avons suggéré la solution qui a été retenue par le Cardinal Ricard l'an dernier à Bordeaux, qui a permis, dans des circonstances similaires, à la Fraternité Saint-Pierre de poursuivre son ministère à la chapelle du Christ-Rédempteur. Le Cardinal Barbarin nous a assurés bien vouloir rechercher une solution rapide et qui peut rendre la paix.



La messe en latin officiellement de retour en novembre
Christian Terras - Romano Libero - golias.ouvaton.org - 6 octobre 2006
Fidèles du Peuple de Dieu, dépoussiérez vos missels du début de siècle dernier ;
Prêtres du Concile Vatican II, ressortez vos soutanes (s’il vous en reste), la Sainte Eglise Catholique a une surprise pour vous.
Dans quelques semaines, le pape promulguera un document pour la « libéralisation » de la liturgie romaine.
La date de publication du décret est prévue courant novembre prochain. Le contenu du document concernera la « libéralisation » totale du rite tridentin - selon les rubriques de 1962 - le mettant sur le même plan que le rite conciliaire (« réformé » pour les traditionalistes) : la « nouvelle » liturgie sera définie « rite ordinaire » alors que celle traditionaliste sera définie « rite extraordinaire », sans aucune limitation par quelque prêtre catholique que ce soit.
DANS le décret (déjà signé par Benoît XVI en septembre dernier), le pape exprime - entre autres - le désir que les églises principales célèbrent au moins une messe tridentine dominical. Une décision d’importance donc qui confirme - s’il avait besoin - que la réintégration des disciples « historiques » de Mgr Lefebvre (les abbés Laguérie et Aulagnier dans le cadre de l’Institut du Bon Pasteur) n’est que le signe avant coureur d’un ralliement général à venir de l’ensemble de la famille intégriste.
Le cardinal Castrillon de Hoyos qui a en charge le dossier des négociations avec la Fraternité St Pie X ne vient-il pas de rappeler que les discussions continuent et qu’il espère les voir déboucher à moyen terme sur un véritable accord.
Mais au fait quel est le diagnostic des tenants d’un retour à la liturgie ancienne ?
La volonté restauratrice dans le domaine liturgique s’appuie en réalité sur la conviction que le déclin de la pratique et la poussée de sécularisme tiendrait en bonne part, sinon essentiellement, à la mutation trop rapide, pour certains, une "dévastation", de la liturgie catholique. Cette thèse a été amplement développée, même si c’est avec des variantes considérables, à la fois par les intégristes de Mgr Lefebvre, par des liturgistes comme Mgr Klaus Gamber (dont le cardinal Ratzinger a été proche de certains points de vue) et par certains représentants du catholicisme le plus conservateur, comme jadis le cardinal Giuseppe Siri.
Les traditionalistes espèrent donc qu’une restauration conservatrice en liturgie suscitera l’effet inverse. Les gens retrouvant le chemin de leur paroisse. Ils misent sur la force d’attraction d’une sacralité à l’ancienne.
A mon avis, il y a là une grave erreur de perspective.
Sans doute, la mutation interne de l’Eglise et surtout du culte a pu surprendre et troubler. On connaît la réaction du Président Georges Pompidou qui déplorait cette évolution. Mais le maintien figé d’une liturgie d’un autre âge aurait accéléré encore, globalement, le processus de sécularisation.
Quel que soit le jugement porté sur la réforme liturgique au plan esthétique ou historique, force est de constater qu’elle aura certainement limité l’hémorragie. En effet, comme se plaît à le souligner le cérémoniaire du Pape, Mgr Piero Marini, sans cette réforme les grands messes très populaires de Jean Paul II, surtout hors de Rome, n’auraient pas été possibles.
Remplacer Madonna par Chopin dans des discothèques contribuerait plus à les vider qu’à les remplir. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse pas et ne doive pas y avoir aussi des salles de concerts. Néanmoins, une liturgie élitiste (en latin) ne mobiliserait pas un nombre important de fidèles et par contre en ferait fuir beaucoup d’autres.
De plus, les partisans d’une restauration liturgique semblent ignorer ce que des spécialistes comme Dom Nocent, Mgr Martimort, Dom Vaggagini, Mgr Magrassi et même un historien du culte aussi peu suspect de progressisme que Dom Oury, moine de Solesmes n’ont cessé d’établir : la messe actuelle est ...plus authentiquement traditionnelle que l’ancienne.
Enfin, et nous touchons là le point fondamental, névralgique il est vrai, la cause de la baisse de la pratique tient d’abord à une évolution de la société et des moeurs, au fond quelle que soit la liturgie en vigueur.
Célébrer en français n’a certainement pas endigué un déclin de la pratique qui correspondait finalement au passage d’un monde à un autre. Revenir aujourd’hui à une liturgie confinée et incompréhensible ne ferait par contre qu’accélérer un processus plus large, plus englobant. Au fond, nos critiques acharnés de la réforme liturgique n’ont semble-t-il pas vu que l’Eglise vivait dans une époque donnée et ne pouvait en faire abstraction.
A moins de préférer devenir une réserve de personnages anachroniques, un conservatoire de pierres tombales en marbre, tentations qu’en deux mille ans de christianisme l’Eglise aura toujours surmontée.

4 octobre 2006

La messe traditionnelle toujours en question
Jean Madiran dans present.fr  - 4 octobre 2006
Mis en ligne par le Forum catholique
La messe traditionnelle toujours en question
 
Avec son numéro d’octobre, la revue La Nef fait une intervention militante parmi les émois et commentaires que suscite l’érection par le Saint-Siège de l’Institut du Bon Pasteur, ayant à sa tête l’abbé Philippe Laguérie.
 
« Militante », cette intervention, elle l’est en faveur des communautés célébrant la messe traditionnelle « qui, écrit Loïc Mérian, président du Ciel, depuis près de vingt ans ont choisi de ne pas rompre avec Rome et qui subissent avec difficulté [de la part de la conférence épiscopale] une politique d’apartheid en France. »
 
Pour sa part l’Institut du Bon Pasteur, avec les abbés Laguérie, Aulagnier, Guillaume de Tanoüarn et Christophe Héry, a la faculté de célébrer la messe et les sacrements selon les rites traditionnels non point en vertu d’un « indult » relevant du motu proprio Ecclesia Dei, mais comme un droit et un devoir excluant toute célébration selon les rites de Paul VI : le missel de 1962 est reconnu comme « rite propre » de l’Institut.
 
Le directeur de La Nef, Christophe Geffroy, pose la question au cardinal Ricard : « Ne faudrait-il pas aussi commencer par répondre aux aspirations de ceux qui, dans l’esprit de l’Eglise et l’obéissance, devraient poser le moins de problèmes ? »
 
Ces questions viennent en effet à l’esprit, et La Nef a eu raison de les énoncer publiquement. On ne gagnerait rien à faire comme si elles n’existaient pas. Loïc Mérian demande : « Pour bénéficier d’un tel statut généreux, faut-il occuper des églises ? » Il est manifeste que pour le moment la réponse est oui. Ce n’est cependant pas une condition suffisante ; mais il apparaît que jusqu’ici c’est sinon une condition nécessaire, du moins une circonstance favorable. Ainsi va souvent le train des choses dans la réalité de ce monde, où ce n’est pas uniquement par raison démonstrative que l’on arrive à être entendu.
 
Le bénéfice d’un « indult » ou la jouissance reconnue d’un « rite propre » ne sont pas deux situations incompatibles. On peut les cumuler. Telle communauté officiellement classée au nombre des « communautés Ecclesia Dei » s’en tenait au rite traditionnel avant l’indult et s’y tiendrait toujours si l’indult lui était retiré. L’indult d’origine pontificale peut être une commodité pour passer outre à la mauvaise volonté de la conférence épiscopale ou pour ménager sa susceptibilité. L’Institut du Bon Pasteur n’est pas la première communauté à qui le Saint-Siège ait reconnu l’inscription dans ses constitutions du rite traditionnel comme « rite propre » : je suppose que si, dans tel cas précédent, un indult s’y est surajouté, c’est simplement par respect des convenances françaises.
 
Mais je voudrais surtout remarquer qu’en l’occurrence le point de vue de La Nef est celui des « aspirations » auxquelles « répondre » avec plus ou moins de « générosité ». C’est un point de vue légitime, et qu’un sage gouvernement ne saurait entièrement méconnaître. Ce n’est pas, ce ne peut pas être le point de vue décisif.
 
La question de la messe traditionnelle n’est pas essentiellement celle du nombre ou du comportement de ceux qui la réclament. Elle mérite d’être réclamée non pas comme une faveur ou comme une autorisation facultative, arbitrairement consentie ou refusée. Elle a été frappée d’une interdiction illégale, injuste, nulle de plein droit. Elle était le fait d’une coutume immémoriale que le Pape lui-même ne pouvait abolir, à moins de la déclarer intrinsèquement mauvaise. Si on la demande, si on la réclame, ce n’est point parce que la hiérarchie ecclésiastique aurait le droit de la refuser, c’est pour que lui soit rendue par toute la hiérarchie sa place légitime et sa primauté d’honneur. La clef de la question de la messe, c’est qu’à l’interdiction impie il fallait dire, et nous l’avons dit : Non licet.
 
JEAN MADIRAN

3 octobre 2006




Plus de Fraternité saint Pierre dans le diocèse de Lyon
03 octobre 2006 -  lesalonbeige.blogs.com
Il n'y a pas de rumeur : c'est un fait. Depuis dimanche la fraternité saint Pierre n'a plus d'apostolat dans le diocèse de Lyon. En effet, trois des cinq prêtres de la FSSP qui desservaient l'église saint Georges ont quitté leur fraternité tout en gardant, en accord avec l'archevêque de Lyon, la charge de l'église lyonnaise. Les deux prêtres restant à la FSSP n'ont plus accès à l'église. Par ailleurs, la maison Padre Pio installée à Francheville (69) n'est plus entre les mains de la fraternité depuis dimanche. Les jeunes séminaristes de la FSSP qui devaient y faire leur rentrée en propédeutique ont du partir pour Wigraztbad.
Le cardinal Barbarin, primat des Gaules, est partie prenante dans ces chagements qui concernent son diocèse et qui provoquent de profondes blessures au sein d'une fraternité et chez des fidèles, dont l'attachement au rite saint Pie V s'était reporté sur la FSSP et ses prêtres.
Ces événements interviennent presqu'un mois après que le Pape ait érigé l'Institut du Bon Pasteur à Bordeaux et à quelques semaines de la conférence des évêques à Lourdes, où sera abordée la question des "traditionnalistes" en France.
Le Primat des Gaules et les prêtres concernés dans cette affaire ont bien besoin de nos prières

1 octobre 2006

Communiqué de l'abbé Leroux
Bulletin paroissial de Saint-Georges (Lyon) - 1er octobre - Mis en ligne par leforumcatholique.org
Les cardinaux Decourtray, Baland, Billé et Barbarin ont permis, selon les termes du Motu Proprio « Ecclesia Dei », « une application large et généreuse de la liturgie traditionnelle » dans l’archidiocèse de Lyon.
Cet été, Mgr Barbarin a érigé l’église Saint-Georges en Sanctuaire, nommant l’abbé T. Pattyn chapelain et moi-même recteur.
Début septembre les nouveaux responsables de la FSSP désiraient remanier l’équipe de prêtres par des nominations et en la réduisant à trois prêtres.
De plus, ce projet remettait en cause les liens privilégiés établis avec l’archevêché et les prêtres du diocèse et mettait en danger plusieurs apostolats auxquels participent les prêtres du diocèse et mettait en danger plusieurs apostolats auxquels participent les prêtres de la communauté de Saint-Georges. Cela ne faisait aucun cas des situations, ni des engagements pris par leurs prédécesseurs.
En conscience, cette volonté nous apparaît être une grave remise en cause de l’esprit missionnaire vécu en notre communauté.
Aussi, avec la bénédiction du cardinal Barbarin, les abbés T. Pattyn et Dor m’aideront à continuer la mission apostolique auprès de la communauté « Ecclésia Dei » de Lyon, que notre archevêque nous confie. Nous rejoindrons de ce fait et par le biais du diocèse, d’autres prêtres attachés à la discipline et à la liturgie traditionnelles, spécialement la messe tridentine, qui se regroupent au sein d’une association de prêtres qui sera présente en plusieurs diocèses, permettant de poursuivre l’application large du Motu Proprio « Ecclésia Dei ».
Ce choix important s’est fait dans la prière et la réflexion, il s’est appuyé sur des conseils de prêtres, de communautés religieuses attachées au motu proprio. Il nous est apparu comme le seul moyen de poursuivre l’apostolat entrepris à Lyon dans la fidélité à notre vocation et à l’Eglise.
En ce mois du rosaire, nous nous confions à vos prières et à celle de Notre Dame du sacerdoce et vous assurons de tout notre dévouement en Notre Seigneur.
Abbé T. Leroux

[Aletheia n°98] Trois paroles d'évêques - par Yves Chiron

Aletheia n°98 - 1er octobre 2006

Trois paroles d'évêques - par Yves Chiron

Cette modeste lettre d’informations religieuses n’a ni vocation ni ambition à être parénétique. Elle a comme première ambition d’apporter des nouvelles et des précisions, de publier éventuellement des documents. Elle ne veut qu’inciter à la réflexion et, ainsi, contribuer, à sa place, à la paix dans l’Eglise par la vérité. Recevant il y a deux jours les évêques du Malawi en visite ad limina, Benoît XVI leur a demandé : « Ne cessez jamais de proclamer la vérité, et insistez sur cette vérité “à temps et à contretemps “ (2 Tm 4, 2) car “la vérité vous rendra libres“ (Jn 8, 32). »

Nous, fidèles du dernier rang, ne devons-nous pas demander aussi à nos évêques cette vérité, avec le respect dû à leur caractère de ministre ordonné, nous plaindre quand elle nous apparaît travestie et nous réjouir quand elle est proclamée ?

Trois faits récents donnent une image contrastée de nos évêques de France.

Mgr Dupleix et la messe

Vient de paraître, sous forme d’abécédaire, un livre qui s’adresse « à tous ceux qui désirent retrouver les mots de l’initiation chrétienne »[1]. L’ouvrage est présenté par Mgr André Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, et il émane, par ses auteurs, du Service national de catéchuménat et de sa revue Chercheurs de Dieu.

55 mots qui appartiennent presque tous aux conversations courantes : amour, bonheur, charité, joie, laïc, mémoire, résurrection, etc. , font l’objet de définitions et explications assez élaborées (trois ou quatre pages par notice). Pour chacun est d’abord donnée la signification ordinaire puis le sens particulier qu’ils ont pour les chrétiens.

Il ne s’agit pas d’un catéchisme ou d’un « parcours de la foi » mais l’ouvrage veut contribuer à l’évangélisation : « permettre aujourd’hui de comprendre la foi des chrétiens, à partir des mots de tous les jours et en dévoilant peu à peu le nouveau sens que leur donne cette foi ».

On reste alors stupéfait des définitions minimalistes qu’on y trouve. On ne s’attardera que sur celle de la messe. La messe y est définie comme une « rencontre d’hommes et de femmes de tous âges » pour former « un seul Corps avec le Christ » et « rompre le pain et boire à la coupe, comme Jésus l’a fait avec ses apôtres et ses disciples ». Y a-t-il présence réelle du Christ par la transsubstantiation ? Ce mémorial est-il aussi un saint sacrifice qui « actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur » (CEC, 1330). L’abécédaire de Mgr Dupleix n’en dit rien, n’utilise aucun de ces mots.

Plus grave, à la fin de la notice sur le mot « messe », entre une courte citation du Psaume 22 et une courte citation de la Première Lettre aux Corinthiens, est donnée la citation, longue cette fois, d’un auteur contemporain, Bernard Feillet qui réduit la doctrine catholique de la messe à néant :

« Ce n’est pas pour faire venir Dieu au milieu des hommes que l’on célèbre l’eucharistie, mais c’est parce que le mystère de Dieu habite l’humanité qu’il est possible de faire surgir par un geste simple de cette humanité le symbole de cette Présence.

Partager le pain et boire à la coupe est une démarche de communion entre ceux qui ensemble lui donnent un sens pour anticiper l’accomplissement d’une humanité enfin pacifiée et unie. L’eucharistie est constitutive d’humanité et révélation de cette humanité en Dieu. C’est un acte d’homme, accompli devant Dieu, au service de l’Homme. »

Cette vision anthropocentrique, immanente et symbolique de la messe est donnée sous l’autorité du secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France ; comme un caillou qu’on donnerait à un pauvre qui a faim.

Mgr Cattenoz et l’école catholique

Le hasard du calendrier ou les divisions grandissantes de l’épiscopat français font que, au moment Mgr Dupleix croit nécessaire de minimaliser les réalités et les mystères chrétiens pour proposer aux hommes d’aujourd’hui « un Dieu, un sens, une vérité qui ne leur tombent pas sur la tête ou leur sont imposés de l’extérieur » (p. 17 de sa Présentation), un autre évêque, Mgr Cattenoz, déplore l’ « humanitarisme bon teint » et les références « sans vrai lien avec la foi chrétienne » de nombre des projets pédagogiques de l’enseignement catholique[2].

L’archevêque d’Avignon regrette l’ « abus des valeurs de solidarité et d’ouverture à tous » et estime qu’aujourd’hui « beaucoup d’établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom ».

« À force de faire un catholicisme mou, on n’aura bientôt plus de catholicisme du tout » déclare Mgr Cattenoz qui vient de promulguer une « Charte diocésaine de l’enseignement catholique » pour restaurer « une vraie pédagogie chrétienne ».

Mgr Daucourt et la « conversion » de Frère Roger

Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, est intervenu dans la polémique sur la conversion au catholicisme de Frère Roger, avec l’autorité de sa fonction de membre du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Le 7 septembre, il a publié un communiqué pour démentir les informations publiées par Aletheia (n° 95, 1er août 2006), informations relayées avec éclat par Le Monde (6 septembre 2006).

Ce communiqué, aussitôt reproduit ou cité par des dizaines de journaux, en France et en Europe, a, dit-on, « dissipé toute incertitude sur la “conversion“ du Frère Roger, fondateur de Taizé : non, il ne s’est pas “converti“. »

Les démonstrations de Mgr Daucourt appelaient une réponse de ma part. Ma réponse a d’abord été privée : j’ai écrit, respectueusement, à l’évêque de Nanterre pour lui présenter des objections à son communiqué, tout en restant ouvert à toute explication et tout témoignage qui viendraient apporter des éclairages nouveaux sur la personnalité unique de Frère Roger et sur l’importance de sa démarche œcuménique.

Naïvement, j’ai cru que Mgr Daucourt, comme d’autres évêques de France, était ouvert au dialogue et qu’il daignerait répondre à mes demandes d’éclaircissement, comme l’avaient fait, précédemment à mon article, Mgr Séguy, évêque d’Autun au moment de la mort de Frère Roger, Mgr Johan Bonny, du Conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, Mgr Minnerath, évêque de Dijon, et Frère Alois, Prieur de la Communauté de Taizé.

À ce jour, Mgr Daucourt n’a pas jugé utile de répondre à mes objections et à mes questions. Je suis d’autant plus libre de les poser, désormais, publiquement :

• Mgr Daucourt affirme : « pour les personnes déjà baptisées, l’Eglise catholique ne parle pas de conversion au catholicisme ».

J’entends bien que c’est le mot de « conversion » qui fait d’abord débat dans la question de la communion catholique reçue par Frère Roger depuis 1972. Frère Alois, successeur de Frère Roger, récuse le mot parce que Frère Roger n’a pas voulu de « rupture avec ses origines ».

Mgr Daucourt, lui, récuse le mot parce que, dit-il, l’Eglise ne l’emploie pas « pour les personnes déjà baptisées » qui sont admises à la pleine communion dans l’Eglise. L’évêque de Nanterre devrait dire plutôt : « ne l’emploie plus » ou « ne l’emploie presque plus ». On ne fera pas l’injure à Mgr Daucourt de lui rappeler avec quelle hauteur de sentiment Newman a employé le mot dans son Apologia pro vita sua pour décrire « l’histoire de ses opinions religieuses » de l’anglicanisme au catholicisme.

Tout récemment encore, le mot est employé, non seulement en matière interreligieuse mais aussi en matière interconfessionnelle par des instances qu’on ne peut accuser de « romanocentrisme ». En effet, depuis le mois de mai dernier, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le Bureau des relations et du dialogue interreligieux du Conseil œcuménique des Eglises ont engagé une réflexion, sur trois ans, visant à élaborer « un code de conduite commun » en matière de conversion. Hans Ucko, responsable du Bureau des relations interreligieuses du COE, indique : « La question de la conversion religieuse demeure source de controverse dans bien des relations interconfessionnelles et interreligieuses ».

Le mot de « conversion » n’est pas accepté par Taizé, mais c’est pour d’autres raisons qu’il n’est pas accepté par Mgr Daucourt. L’évêque de Nanterre nous dit en somme : « Frère Roger ne s’est pas converti au catholicisme parce qu’il n’y a pas de “conversion“ entre confessions chrétiennes ».

• Mgr Daucourt nous dit que lorsqu’un baptisé non-catholique entre en pleine communion dans l’Eglise catholique, « cette démarche, dans tous les cas, comporte un document écrit et signé ». Or, dit-il, « aucun document de ce genre n’existe concernant Frère Roger » ; donc c’est bien une preuve supplémentaire que Frère Roger ne s’est pas converti au catholicisme « au sens où on l’entend habituellement ».

Un « document écrit et signé » accompagne-t-il vraiment « dans tous les cas » ce que Mgr Daucourt appelle une « démarche » d’admission dans l’Eglise catholique ? Rien n’est moins sûr.

Le pasteur Max Thurian, autre frère de la Communauté de Taizé, qui s’est converti au catholicisme puis est devenu prêtre, en 1987, n’a pas évoqué une telle déclaration écrite. Il écrivait : « La cérémonie ”d’adjuration” n’existe plus dans l’Eglise catholique, on confesse la foi de l’Eglise catholique dans sa plénitude »[3]. Plus récemment, en 2001, quand le pasteur Michel Viot a quitté l’Eglise évangélique de France pour l’Eglise catholique, où il est devenu prêtre, a-t-il signé « un document écrit » ? La question mérite d’être posée.

On accordera à Mgr Daucourt que, concernant frère Roger, un tel document « écrit et signé » n’existe pas dans les archives du diocèse d’Autun. Est-ce suffisant pour affirmer qu’il n’y a pas eu conversion ?

Mgr Le Bourgeois, qui a donné la communion catholique à Frère Roger, n’a pas jugé utile de formaliser davantage cette démarche accomplie en 1972. Ce n’est pas une preuve a contrario.

• Évoquant la communion reçue par Frère Roger lors des obsèques de Jean-Paul II, communion donnée par celui qui allait devenir quelques jours plus tard le pape Benoît XVI, Mgr Daucourt écrit : « Il n’y a rien là d’extraordinaire. Le droit de l’Eglise catholique confère à chaque évêque la responsabilité d’accueillir à l’Eucharistie, régulièrement ou exceptionnellement, un nouveau baptisé ou un baptisé venant d’une autre Eglise ».

On passera sur l’expression « Eglise » employée pour désigner les confessions protestantes, le Magistère ne l’emploie pas ; mais on conviendra que l’évêque a la faculté, pour des raisons éminentes, « d’accueillir à l’Eucharistie » un baptisé non-catholique.

Mais l’intercommunion n’est admise ni en doctrine ni en pratique habituelle par l’Eglise. On se souvient qu’une des premières condamnations de Benoît XVI a visé un théologien allemand, le Professeur Hasenhüttl, qui avait accordé la communion à des protestants et en avait justifié la pratique dans ses écrits.

• Finalement, Mgr Daucourt reconnaît le « caractère objectif et public à la communion de foi que Frère Roger vivait avec l’Eglise catholique ». Comment qualifier alors la démarche de Frère Roger, si on refuse le mot « conversion » ? Mgr Daucourt refusera-t-il aussi qu’on dise que Frère Roger était devenu catholique ?

Des autorités éminentes ont affirmé publiquement que Frère Roger était catholique :

- le cardinal Kasper, interrogé par le cardinal Barbarin le jour des obsèques de Jean-Paul II : « Frère Roger est formellement catholique ».

- Mgr Minnerath, évêque de Dijon : « Frère Roger a officialisé son passage au catholicisme auprès de l’évêque d’Autun »[4].

- Mgr Séguy, évêque émérite d’Autun où se trouve Taizé : « Frère Roger lui-même m’a confirmé qu’il était catholique »[5].

En refusant le terme de « conversion », Mgr Daucourt semble vouloir éviter de qualifier Frère Roger de « catholique ». Cette réticence, pour ne pas dire ce refus, pose question à l’historien comme au croyant : pourrait-on être en même temps protestant et catholique, dépasser les clivages confessionnels ? Ce serait une nouvelle praxis et une nouvelle doctrine.

On pourra préférer, finalement, la réponse, humble, de Frère Aloïs, prieur de la Communauté de Taizé : « D’origine protestante, [Frère Roger] a accompli une démarche qui n’a pas de précédent depuis la Réforme. […] Comme cette démarche était progressive et tout à fait nouvelle, elle était difficile à exprimer et à comprendre. [6]»

Enfin, on citera ces propos de Paul VI à propos du cardinal Newman :

« Pour aller jusqu’au bout de ce qu’il jugeait la Vérité, Newman a renoncé à l’Eglise d’Angleterre non pas pour se séparer d’elle, mais pour l’accomplir. Il ne cessait de croire ce qu’il avait cru, mais il le croyait davantage encore, il avait porté sa foi anglicane jusqu’à sa plénitude. Une conversion est un acte prophétique. Newman a vécu l’histoire de la réunion future, de cette récapitulation en Jésus-Christ dont le moment nous est encore caché, mais à laquelle nous aspirons tous. »

L’analogie ne saurait être poussée trop loin. Frère Roger n’avait pas « renoncé » à Taizé. Mais la route de Taizé n’était peut-être pas arrivée à son terme. On se souvient des paroles prononcées par Benoît XVI au lendemain de la mort tragique de Frère Roger. Le jour-même où Frère Roger était assassiné, le 16 août 2005, Benoît XVI avait reçu une lettre de lui où il écrivait : « Notre communauté de Taizé voudrait cheminer en communion avec le Saint-Père. Très Saint Père soyez assuré de mes sentiments de profonde communion. »

NOTES

[1] Les Mots des chrétiens, présentation par Mgr Dupleix, Presses de la Renaissance, août 2006, 222 pages, 15 €.

[2] Propos rapportés par La Croix (27 septembre 2006) et entretien accordé à Famille chrétienne (30 septembre 2006).

[3] Lettre de Max Thurian à l’auteur, le 27 juillet 1992.

[4] Lettre de Mgr Minnerath à l’auteur le 17 janvier 2006.

[5] Lettre de Mgr Séguy à l’auteur, le 19 janvier 2006 et déclaration au Monde, publiée le 6 septembre 2006.

[6] Entretien publié dans la Croix le 7 septembre 2006.

29 septembre 2006

Les mosaïques de Kephas
29 septembre 2006 - Romano Libero - golias.ouvaton.org
La réintégration des intégristes dans l’Eglise catholique met en lumière certaines publications qui travaillent dans l’ombre à l’accueil théologique et pastorale des disciples de Mgr Lefbevre. Ainsi, la revue Kephas qui reçoit le soutien de nombre d’autorités ecclésiastiques actuellement en fonction. Enquête...
PARMI les revues qui gravitent dans la galaxie polymorphe du catholicisme intransigeant, avec la diversité des familles d’esprits qui le composent, nous ne pouvons négliger de faire mention de “Képhas”, d’orientation très traditionnelle, mais sachant également racoler ici ou là des signatures très prestigieuses, par exemple pour des entretiens, comme Franz-Olivier Giesbert ou Alain de Penanster, sans oublier les éminents et excellents prélats dont certains fort en vue : nous citerons le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, le cardinal Jean-Louis Tauran, le cardinal Oscar Rodriguez, archevêque de Tegucigalpa, le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus et Toulon, pour ne citer que quelques uns. Des plumes ecclésiastiques connues apportent leur contribution : le Père Serge-Thomas Bonino, dominicain de tendance très conservatrice et membre de la Commission théologique internationale, le Père Alain Bandelier, chroniqueur de “famille chrétienne”, le défunt Père Bertrand de Margerie, un jésuite spécialisé dans les thèses mariologiques outrancières, ou le tristement fameux Mgr Tony Anatrella, qui n’est plus à présenter.
Le Comité de rédaction de la revue se compose en effet de prêtres et de laïcs appartenant à l’aile la plus traditionnelle du catholicisme, mais ne suivant pas la dissidence intégriste. Le directeur de la publication est l’abbé Bruno Le Pivain, vicaire à la cathédrale d’Angers. Les membres du Comité de Publication sont les suivants :
+  l’abbé Philippe Marie-Airaud, du diocèse de Poitiers, que l’on dit en froid avec son évêque Mgr Albert Rouet (réformateur) ;
+  Pierre Gardeil, un laïc, ancien professeur de philosophie dans un lycée privé, connu dans le Sud-Ouest pour sa théologie très traditionaliste ;
+  François Guillermet ;
+  Jean-Louis Massoure, un agrégé de lettres ;
+  Marc Parcé ;
+  Patrice de Plunkett, journaliste et ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine ;
+  l’abbé Vincent Richard, membre l’Opus Sacerdotale (société traditionaliste de prêtres) et historien brillant il faut le dire ;
+  Olivier Henri-Rousseau , physicien, professeur à l’université de Perpignan ;
+  l’abbé Gérald de Servigny, de la fraternité Saint Pierre, théologien,
+  Grégory Solari, qui dirige les éditions “ad solem” à Genève ;
+  le R.P. Olivier-Thomas Vénard, dominicain, bibliste lui aussi considéré comme très brillant.
En fait, la cheville ouvrière et l’animateur spirituel du groupe est Mgr Raymond Centène, devenu depuis évêque de Vannes. Né en 1958, juriste de formation, Monseigneur s’inscrit dans cette ligne très traditionnelle, qui, reconnaissons-le, ne sacrifie rien à une réelle qualité intellectuelle. Les articles de Képhas sont fort bien écrits, documentés et intéressants.
L’orientation de fond, parfois plus discrète, mais néanmoins omniprésente, reste celle du catholicisme le plus intransigeant. Les positions sont certes exprimées avec une certaine réserve, une modération réelle dans le ton, sans outrances rigoristes ou envolées charismatiques. Il n’empêche. Le programme qui se dessine au fil des articles laisse bien deviner l’intention d’une reconquête au spirituel et au temporel, d’une restauration d’une nouvelle chrétienté.
Dans le seul numéro d’octobre-décembre 2005, on y trouve ainsi un article de Tony Anatrella sur une clarification des mots concernant la famille, pour bien sûr diaboliser toutes les tentatives de réformer la société. Le Père Bonino, qui n’est pas le dernier venu, consacre un article d’ailleurs très solide aux rapports entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel au Moyen Age, y voyant un modèle. L’Abbé Vincent Richard entreprend de réhabiliter le combat d’un Pie X, au début du vingtième siècle, contre la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Plus loin, le Père Uwe Michael Lang revient sur la question de l’orientation de l’autel, dans le sens que l’on imagine. Le même a récemment soutenu une thèse à Rome en présence et avec le soutien de l’archevêque srilankais Randjith, secrétaire de la congrégation pour le culte divin, connu pour être très actif en faveur d’une restauration de la liturgie old style. Le défunt Père Bertrand de Margerie envisage la définition dogmatique de la maternité de Marie. Le Père Thierry-Dominique Humbrecht propose quant à lui des remarques très négatives sur la culture contemporaine et sur le besoin de la corriger. Enfin, dans un sens analogue, l’abbé Hyacinthe-Marie Houard, prêtre breton, distille des remarques du même cru.
Un échantillon, simplement, pour découvrir une revue qui a le vent en poupe, est lue à Rome et participe de ce projet de restauration déjà bien commencée. A Rome, et en France !
Droit au retour et devoir d'accueil - par François de Lacoste Lareymondie
29 sept. 2006 - libertepolitique.com
Voici des dissidents de la Fraternité Saint-Pie X qui concluent un accord avec les autorités de l'Église catholique romaine et l'enthousiasme des chrétiens de France est bien discret. Le "droit au retour" de ces turbulents fidèles a l'air de poser beaucoup de questions. Or cette nouvelle “affaire Laguérie”, du nom de cet abbé qui a souvent défrayé la chronique religieuse, est loin d'être mineure pour l'Église : d'abord parce que la décision annoncée le 8 septembre est le premier acte concret posé sous l'autorité de Benoît XVI en vue d'une réconciliation avec les héritiers de Mgr Lefebvre ; ensuite parce qu'elle s'applique en France, où le phénomène a pris naissance, où il a connu ses développements les plus douloureux, et où les fidèles concernés sont les plus nombreux ; enfin parce qu'elle s'apparente davantage à un pari qu'à un aboutissement.

En la fête de la Nativité de Marie, le cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et président de la Commission pontificale "Ecclesia Dei" [1], en accord avec Benoît XVI, a donc signé un décret érigeant l'Institut du Bon-Pasteur en société de vie apostolique de droit pontifical ; il en a nommé l'abbé Philippe Laguérie supérieur, et en a fixé le siège en l'église Saint-Éloi à Bordeaux.

Une nouvelle approche, spécifique à la France ?

La décision présente trois caractéristiques importantes :
1/ d'abord il s'agit d'un institut de vie consacrée, donc d'une collectivité ayant vocation à regrouper des religieux sous une règle commune et non de simples prêtres séculiers, directement rattaché à Rome sous une double tutelle, celle de la Commission “Ecclesia Dei” et celle de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique;
2/ ensuite et par voie de conséquence, son supérieur détient un pouvoir de juridiction ordinaire sur ses membres, avec la faculté d'ouvrir d'autres paroisses, d'accueillir des séminaristes et de les incardiner, mais non de les ordonner ;
3/ enfin les membres de cet Institut reçoivent le droit — et l'obligation — de célébrer la liturgie selon les rites en vigueur en 1962, autrement dit selon le rite tridentin ; et ce, de façon exclusive, c'est-à-dire en tant que rite propre, sans devoir ni pouvoir célébrer selon le rite de Paul VI.
Il faut préciser à cet égard, et c'est une limite importante mais de droit commun dans l'Église, que l'Institut ne pourra pas s'implanter dans un diocèse sans l'accord de l'évêque du lieu ; en particulier le statut de la paroisse Saint-Eloi et sa mission pastorale auprès des fidèles devront faire l'objet d'un accord avec Mgr Ricard, cardinal-archevêque de Bordeaux.

Deux différences avec les précédents ralliements méritent d'être soulignées.

La première se mesure par rapport à la Fraternité Saint-Pierre qui regroupe les prêtres attachés à la liturgie tridentine et demeurés fidèles à l'Église au moment où Mgr Lefebvre s'en est séparé en ordonnant quatre évêques de façon irrégulière en 1988. Celle-ci s'apparente plutôt à une confédération regroupant des instituts de vie consacrée dotés d'une personnalité propre, des monastères, des associations de fidèles et de prêtres séculiers : mais ceux-ci doivent être incardinés dans les diocèses et recevoir leur mission des évêques qui veulent bien les accueillir. L'application du Motu proprio "Ecclesia Dei" qui fut à l'origine de sa création s'est avérée compliquée et parcimonieuse : moins des deux tiers des diocèses français s'y sont prêtés, avec une centaine de lieux de cultes ouverts partiellement ou totalement à la liturgie ancienne, et dont la moitié seulement sont desservis par des prêtres de la Fraternité. D'où sans doute la recherche d'autres formules.

La seconde différence se mesure par rapport aux accords de Campos[2] conclus en janvier 2002. D'un côté Mgr Rangel et les prêtres qui l'accompagnaient ont signé une déclaration de reconnaissance de l'autorité du Pape, d'adhésion au concile Vatican II dans la lumière de la tradition de l'Église, et d'acceptation de la validité du nouvel Ordo ; de l'autre toutes les censures qui les touchaient ont été levées tandis que l'Union sacerdotale Saint Jean-Marie-Vianney qui les regroupe a été érigée en "administration apostolique" à caractère personnel, confiée précisément à Mgr Rangel (puis, à sa mort, à Mgr Rifan), et dotée d'une pleine juridiction épiscopale et territoriale, parallèle à celle de l'évêque du lieu et avec son accord évidemment.

Comment est-on parvenu à cet accord ?

La situation présente n'a rien de comparable mais résulte d'abord d'une crise interne à la Fraternité Saint Pie X. L'abbé Laguérie en est une des figures les plus connues : après avoir été curé de Saint-Nicolas du Chardonnet entre 1984 et 1997, il a été envoyé à Bordeaux où, en 2001, il parvint à se faire attribuer illégalement [3] par la ville une église en déshérence, Saint-Eloi. Tant à Paris qu'à Bordeaux, il s'est fait remarquer par sa forte personnalité, par ses propos dénués d'aménité dans la défense et la promotion des idées et positions de la Fraternité, mais aussi par un puissant rayonnement pastoral. Cependant il a été de ceux qui ont accueilli avec intérêt et sympathie les accords de Campos, se rendant suspect aux yeux des siens ; puis en 2004 il est entré en conflit ouvert avec la Fraternité.

Le conflit portait sur la formation des séminaristes et les critères de discernement de la vocation religieuse ; il s'est rapidement doublé d'un autre portant sur l'exercice de l'autorité au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Ayant rendu publique sa critique, il a été sanctionné par une mutation au Mexique à laquelle il n'a pas obtempéré. Bien au contraire, il a fait appel de cette sanction ; non pas auprès des instances de la Fraternité, mais à Rome. Paradoxe ? Pas tant que cela de la part d'un prêtre qui s'est toujours considéré comme membre de l'unique Église du Christ, quoiqu'en désaccord patent et virulent sur beaucoup de points avec ses pasteurs légitimes : pour lui comme pour ceux qui l'accompagnent aujourd'hui [4], l'autorité du pape demeure ultime et de droit divin. Ce faisant, il posait aussi un acte d'allégeance très fort dont nul ne pouvait ignorer la signification profonde, même si la portée finale n'en était pas décelable.

En conséquence de quoi, l'abbé Laguérie a été exclu de la Fraternité Saint-Pie X et s'est retrouvé ipso facto sans statut. D'où les premiers contacts, discrets, avec Mgr Ricard qui, ainsi que celui-ci l'a confirmé dans le récent entretien donné au journal La Croix [5], l'a de nouveau aiguillé vers Rome pour trouver une solution. Comme le fait observer à juste titre Mgr Ricard dans cet entretien, l'incardination directe et immédiate dans le diocèse de Bordeaux eût présenté plus de difficultés qu'elle n'eût apporté de solution : outre qu'elle eût concerné non un individu isolé mais un groupe, elle eût heurté le clergé local qui n'était pas prêt à accueillir des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X alors que les rapports étaient toujours conflictuels et que les désaccords sur nombre de questions liturgiques, pastorales et théologiques demeuraient pendants.

On a tout lieu de croire néanmoins qu'au moment où Benoît XVI faisait de la réconciliation une priorité de son pontificat, deux raisons ont incité tous les protagonistes à faire œuvre d'imagination, voire d'audace : 1/ d'un côté le souhait de retour dans la communion de l'Église manifesté par l'abbé Laguérie et ses amis, quoiqu'imparfait à première vue et en dépit de l'absence des préalables par lesquels étaient passés leurs prédécesseurs ; 2/ de l'autre la nécessité de trouver une solution canonique au moins transitoire pour des prêtres qui n'avaient pas l'intention de fonder une nouvelle secte. Cette audace en est une, et grande de la part du Saint-Père, de vouloir ainsi prouver la marche en marchant avant que ne soient formellement réunies toutes les conditions pour une réintégration dans l'Église en bonne et due forme. Mais les occasions qui passent sont à saisir en sachant que la pleine communion est d'abord le fruit de l'Esprit-Saint : Il a choisi de Lui faire confiance.

Sans se départir d'une certaine prudence puisque les statuts du nouvel Institut sont approuvés ad experimentum pour cinq ans seulement.


Devoir d'accueil et exercice de la charité:

Il n'échappe à personne que le chemin à parcourir sera très ardu ; en raison de la personnalité de l'abbé Laguérie et de ses amis d'une part, du report à plus tard des actes objectifs exprimant la pleine communion d'autre part, mais aussi du contexte propre à la France.

On est en droit de penser que la décision prise à Rome ne l'a pas été sans une concertation minimale, d'abord parce que Rome n'agit jamais autrement même si cela reste confidentiel, également parce que sa mise en œuvre concrète, et donc sa réussite, dépendra en premier lieu de Mgr Ricard qui, on l'a dit, n'a pas été étranger à l'amorce du processus.

Les réactions enregistrées dans le diocèse de Bordeaux ont été pour le moins chahutées. Le conseil presbytéral a publié un communiqué, distinct de celui qui émanait directement de Mgr Ricard, où, tout en réaffirmant sa communion avec son archevêque, il prend nettement ses distances avec une décision prise "sans information ni concertation avec l'Église locale", et souligne les difficultés d'une réconciliation néanmoins souhaitée. Le vicaire général du diocèse, tout en "renouvelant sa confiance à [son] archevêque", s'est même autorisé à publier en son nom personnel des déclarations assez raides dans le journal Sud-Ouest [6], accusant le cardinal Castrillon Hoyos de désinformation à propos du travail paroissial qui se ferait à Saint-Éloi, et en disant de l'abbé Laguérie qu'"il a blessé mon Église et, s'il veut le pardon, il faut qu'il le demande" !

Il est vrai que, du sermon prononcé par l'intéressé au lendemain de la publication du décret, on pouvait aisément retenir les accents triomphants qui ont accueilli l'"avancée formidable" dans la reconnaissance de la liturgie tridentine, et les propos ambigus sur "l'interprétation authentique du Concile". Mais sa lecture précise et obvie révèle d'abord une action de grâce dont la sincérité ne fait pas de doute, envers Dieu évidemment, mais aussi envers les pasteurs qui l'ont reçu, ainsi qu'une volonté d'action pastorale et missionnaire dont nul ne saurait s'attrister. Mais point de parole blessante ou injurieuse comme d'aucuns voudraient le faire accroire.

Il y a peu encore, les protagonistes échangeaient des coups sévères et violents : on ne surmonte pas des années de vindicte en un instant et la psychologie humaine a quelques exigences. C'est à ce niveau d'abord, me semble-t-il, que Rome a pris un risque : les habitudes d'exclusion réciproque prises par les hommes, avec leurs faiblesses et leurs défauts, seront d'autant plus difficiles à corriger qu'elles sont anciennes et qu'elles ont été abondamment alimentées par les vexations, les injures et l'incompréhension ; de part et d'autre… Pour la génération qui a connu la crise post-conciliaire, les cicatrices ne sont pas fermées. C'est pourquoi les réactions locales exprimées à chaud sont excusables.

Mais non celle que l'on a pu lire dans un hebdomadaire qui se veut chrétien [7]. Présenter en page de garde une photo de l'abbé Laguérie assortie de ce titre imprécateur : "Pourquoi cet homme devait rester dehors" est une provocation anti-ecclésiale. L'accompagner d'un éditorial où se mêlent les amalgames politiques, le ressassement de toutes les querelles, l'accusation gratuite de "porter le masque d'une fausse communion", et un pharisaïsme fielleux ("il y a entre l'abbé Laguérie et nous une différence essentielle : nous savons depuis toujours qu'il ne faut pas rompre la communion") dépasse les limites de ce qui est acceptable entre frères dans la foi, et démontre une fermeture d'esprit qui contredit l'affirmation d'une réception soi-disant "filiale [8]" de la décision.

Le pire n'est cependant pas sûr.

Objectivement on décèle de part et d'autre une réelle volonté d'en finir avec une division qui n'a pas de sens ; en particulier chez nombre de fidèles de la Fraternité Saint-Pie X pour qui les différends théologiques sont seconds par rapport à l'attachement à la liturgie tridentine et à certaines formes pastorales qui leur conviennent. D'où le caractère raisonnable du pari posé par Benoît XVI. Pari dont les membres de la Fraternité Saint-Pierre devraient ne pas tirer d'amertume : leur fidélité, acquise dans la douleur et qui pourrait se sentir bousculée, demeure un exemple dont l'étape actuelle constitue un fruit.

Comme le fait observer Mgr Ricard dans l'entretien précité, le risque pris par Rome est partagé par les évêques qui vont accepter les prêtres de l'Institut du Bon-Pasteur dans leurs diocèses, à commencer par lui-même à Bordeaux. Il ajoute cette évidence dont le rappel s'avère utile, qu'il "faut que l'on apprenne à vivre ensemble (dans la même maison) même si on vit à des étages différents". Que le président de la Conférence épiscopale française se trouve en première ligne dans cette affaire n'est pas anodin : n'est-il pas le mieux placé, compte tenu de son autorité et de la confiance dont il jouit auprès du pape et qu'a illustrée son érection au cardinalat, pour explorer des voies nouvelles et pragmatiques de rapprochement et d'apaisement, en vue d'avancer concrètement vers l'unité ? Et pour les faire admettre par les évêques de France ? Malgré les embûches qui ne manqueront pas dans un diocèse où la cohabitation avec les nouveaux venus ne sera pas de tout repos, ses qualités de prudence et de fermeté trouveront à s'employer.

Voilà pourquoi nous n'hésitons pas à formuler une action de grâce pour ce premier pas, et un acte d'espérance pour les suivants : le Seigneur ne nous a-t-il pas promis de ne jamais nous abandonner et d'assister indéfectiblement les pasteurs de son Église ? Notre prière pour l'unité trouvera ici un objet immédiat : ce sera notre contribution à la charité ecclésiale envers le frère en Christ le plus proche.

Notes
[1] La commission "Ecclesia Dei" a été créée à la suite de la promulgation de Motu proprio portant le même intitulé et placée sous l'autorité d'un cardinal de la Curie avec la charge d'en promouvoir et d'en suivre l'application.
[2] Du nom du diocèse brésilien où est implantée la communauté qui en a bénéficié. Depuis la mort de l'évêque de Campos, Mgr Rangel, le 16 décembre 2002, c'est Mgr Rifan qui est le supérieur de l'Union sacerdotale St-Jean-Marie-Vianney.
[3] Décision qui a ensuite été annulé par les tribunaux à la demande l'archevêque.
[4] Ce sont notamment l'abbé Paul Aulagnier, ancien responsable de la Fraternité Saint Pie X pour la France qui devrait prendre la charge du séminaire que l'Institut du Bon Pasteur envisage d'ouvrir à Courtalain, dans le diocèse de Chartres, l'abbé Guillaume de Tanoüarn, ainsi que quelques séminaristes exclus d'Ecône.
[5] Edition du 11 septembre 2006.
[6] Edition du 15 septembre 2006.
[7] La Vie, n° 3185 du 14 septembre 2006.
[8] Les guillemets qui encadrent l'adjectif ne sont pas un ajout mais figurent dans le texte, et par deux fois…

28 septembre 2006

Intégristes. La rébellion des cathos de Gironde  - par Philippe Clanché
temoignagechretien.fr  - édition du 28 septembre 2006
Les faits
A la suite d’un décret papal du 8 septembre ( lire l’éditorial de TC n°3218), l’abbé Philippe Laguérie et quelques autres prêtres intégristes sont de retour dans l’église catholique romaine. Depuis 2001, l’homme occupait déjà Saint-Éloi, une église du centre-ville de Bordeaux inutilisée par le diocèse. L’abbé Laguérie jubile et annonce, conforté par le document romain, qu’il ne changera pas ses pratiques d’un pouce. De nombreux prêtres et laïcs crient à l’abandon du Concile et somment l’archevêque Jean-Pierre Ricard de demander des explications à Rome.

L’analyse
Que diriez-vos de devoir travailler côte à côte avec des personnes qui vous méprisent publiquement depuis des années ? Telle est la situation des prêtres et laïcs du diocèse de Bordeaux. Le vent de fronde mené par les catholiques de la génération du Concile n’est pas près de s’apaiser. La grande question est de savoir contre qui il convient de protester – l’archevêque ou Rome –, et comment.
Le cardinal Jean-Pierre Ricard n’a jamais souhaité une réintégration des intégristes sans concessions sur leurs convictions et leurs pratiques. Le texte de l’homélie (plus politique que spirituelle) de l’abbé Laguérie le 10 septembre à Saint-Éloi laisse peu d’espoir de conversion : « Vous me direz… mais il y a eu des compromissions ? Eh bien non, vous avez bien vu : sur la liturgie, aucune, sur la doctrine, aucune. » Évoquant les invectives entre les deux clans, le disciple de Mgr Lefebvre est sûr de lui : « Tout cela va cesser. Et s’il y a quelques attardés, eh bien, il faudra qu’ils changent. Mais pas nous, c’est certain. » « C’est une déclaration de victoire et de guerre à la fois », résume Daniel Hamonic, laïc engagé. La responsabilité de Mgr Ricard divise le diocèse. Le père Jean Rouet, vicaire général, dénonce une « désinformation » dans le décret du Vatican concernant « l’accord présumé du cardinal ». « Jean-Pierre Ricard a été naïf. Il est dépassé », pensent beaucoup d’observateurs. « Ce n’est pas un pavé lancé dans une mer calme, note Jacques Faucher, prêtre et délégué diocésain pour le monde de la santé. La place des laïcs, l’œcuménisme, le dialogue avec les autres religions et avec le monde moderne sont de plus en plus remis en question par certains prêtres comme fruits amers d’un Concile influencé par le marxisme et les compromissions avec le monde. »
La bataille des enfants de Vatican II est-elle perdue ? « Concernant la réintégration des intégristes, c’est rapé, pense Jean-Marie Roumégoux, prêtre à Bordeaux. Mais sur la forme, je proteste contre la méthode. Rome agit en méprisant le local. » Son collègue, Hugues Walser, est très re-monté. Dans un courrier signé par l’équipe du secteur rural dont il est prêtre responsable, il a carrément suggéré « une démission tactique de l’archevêque », à qui il demande de « ne pas signer de protocole qui permettrait à cet institut de s’établir en Gironde. Le nom même de Bon Pasteur (1) est une honte, un camouflet pour nous ! » Le même texte s’étonne que la Conférence des évêques de France, présidée par Jean-Pierre Ricard, demeure silencieuse.
Le 22 septembre, deux cents laïcs ont participé à une réunion de protestation près de Bordeaux. Dans leur lettre ouverte à Mgr Ricard (voir ci-après), après avoir rappelé leur attachement au Concile et leur fidélité à l’archevêque, ils demandent à ce dernier de « convoquer un conseil pastoral diocésain exceptionnel pour aborder les questions soulevées par la création de cet institut » et de « tout mettre en œuvre pour rencontrer le Saint Père, dans un dialogue direct, ou de poser un geste significatif, afin de lui faire part de nos interrogations. »
Pour l’heure, aucun déplacement à Rome de l’archevêque de Bordeaux n’est prévu. « Il apprécie la situation et attend que l’abbé Laguérie le contacte pour négocier concrètement l’intégration de l’Institut dans le diocèse », précise Jean Rouet, qui ajoute que « Mgr Ricard n’a pas donné son accord pour les ordinations de prêtres que souhaite l’abbé Laguérie. » Un (petit) geste de fermeté qui décevra sans doute les catholiques conciliaires, pourtant habitués à avaler des couleuvres. Celle-ci apparaît de trop grande taille et certains prêtres n’excluent pas la démission, tandis que d’autres considèrent que l’annonce de l’Évangile est au-dessus de cette guerre. L’apaisement est encore loin.

1. Nom donné à l’institut créé par le Vatican pour accueillir les intégristes.

Lettre ouverte de laïcs girondins
Le Bouscat, le 22 Septembre 2006

à Monseigneur Jean-Pierre Ricard,
cardinal, archevêque de Bordeaux et Evêque de Bazas

Père,

Notre constat
Nous avons compris que la décision prise par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei, n’avait pas été précédée de consultation et de concertation mais plutôt d’une désinformation.
C’est ainsi que la création de l'Institut pontifical du Bon Pasteur, qui aura son siège à Bordeaux "en la paroisse Saint-Eloi" nous stupéfie et nous inquiète.
Elle ne tient pas compte de l’autorité de la chose jugée par la justice française, en donnant pour siège, à une société de vie apostolique, une église que les responsables de cet institut occupent illégalement depuis 2001. Le contenu et le ton des récents communiqués de l'Institut du Bon Pasteur nous alarment.

Notre attachement à l’Église de Gironde, à l’église universelle
Laïcs de l’Église, nous affirmons notre confiance en vous, notre pasteur, en votre auxiliaire Jacques Blaquart, en votre presbyterium et en votre conseil pastoral.
Nous voulons continuer de servir avec vous et avec eux l’annonce de l’Évangile en terre de Gironde pour que la Parole y prenne chair.
Nous nous reconnaissons de l’Église guidée par le pape, avec les évêques du monde entier unis à lui.
Nous désirons être de fidèles artisans d’unité et de paix. Nous espérons recevoir dans l’Esprit le don de la communion.Nous savons que la communion est le fruit de la vérité et de l’amour. Nous voulons faire grandir l’une et l’autre.

Notre attachement à une Église ouverte au monde
L’Église, fidèle à la tradition des conciles et en particulier de celui de Vatican II, nous invite à partager les peines, les joies et les espoirs des hommes de notre temps, à persévérer dans le dialogue avec les autres communautés chrétiennes, à respecter les valeurs des religions non chrétiennes.
Nous souhaitons que les orientations conciliaires ne soient pas remises en cause au prétexte d’une réinterprétation des textes de Vatican II.
Nous vous demandons de poursuivre la mise en oeuvre des décisions prises par les évêques du monde entier, réunis autour des papes Jean XXIII puis Paul VI, pour que l’Eglise continue à s’ouvrir aux cultures de ce temps et annonce au monde la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

Notre souhait d’un geste stratégique
Nous vous demandons de convoquer un conseil pastoral diocésain exceptionnel pour aborder les questions soulevées par la création de cet institut.
Nous vous demandons de tout mettre en oeuvre pour rencontrer le Saint-Père, dans un dialogue direct ou de poser un geste significatif, afin de lui faire part de nos interrogations.
Nous vous demandons de lui dire notre conviction qu’il n’est possible d’œuvrer à la construction du Corps du Christ qu'en associant les Églises diocésaines aux décisions qui les concernent

Nous restons à votre disposition et vous assurons, Père, de notre fidélité et de nos prières.

Des laïcs du diocèse de Bordeaux et Bazas

On peut signer ce texte auprès de Milène et Daniel Hamonic.
Le pape rallie ses intégristes
Henri Tincq - lemonde.fr - 28.09.06
Quand le célébrant se lève de son trône, le claquoir résonne, et dans un envol de surplis de dentelle blanche, de soutanes et mantilles noires, l'assemblée se dresse à son tour et en cadence. A chaque génuflexion, les diacres et sous-diacres relèvent la chasuble dorée de l'officiant. Sous un camail rouge bordé d'hermine, les enfants de choeur, à genoux, sont mains jointes. L'harmonium ronronne de plaisir. Les chantres déclinent le répertoire grégorien. Et, dans les odeurs d'encens, les fidèles égrènent leur chapelet ou plongent le nez dans le vieux missel pour qui le temps liturgique s'est arrêté. A la communion, ils iront s'agenouiller pour recevoir dans la bouche l'hostie sacrée. Quand le prêtre monte en chaire pour le sermon défilent les images pieuses d'antan, les mots du lexique mité des "annonces de la semaine" : salut au Saint-Sacrement, office de première classe, vêpres, messe basse, prières pour les âmes du Purgatoire, etc. Ce dimanche matin, dans l'église Saint-Eloi, adossée au mur de ceinture de la vieille ville de Bordeaux, la messe traditionnelle déploie son rite comme un ballet minutieusement réglé. "C'est la messe de mon enfance", s'écrie une paroissienne éblouie. Abandonnée par l'archevêché de Bordeaux, "squattée, saccagée, profanée" par des sans-papiers, cette église avait été cédée, en 2001, par Alain Juppé, alors maire, à un petit groupe de fidèles à l'ancienne. Pour le principe, Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a porté plainte et gagné son procès, mais a laissé l'église aux "traditionnels".
"Regardez mes mains, dit Philippe Laguérie, curé de Saint-Eloi. Elles ont porté 45 tonnes de chaux. Il a fallu refaire les joints, enduire les voûtes, les murs." La restauration de l'église n'est pas terminée, mais chaque dimanche elle fait le plein de ces nostalgiques d'un monde où l'Eglise était le centre, le latin la langue sacrée et l'ancien catéchisme le petit manuel d'une foi fondée sur l'obéissance et la morale, l'armure contre un monde perverti.
Tempête dans un bénitier ? Cette église de Bordeaux est devenue, le 8 septembre, grâce à une faveur de Benoît XVI, le siège du Bon Pasteur, un "Institut de droit pontifical" - n'ayant donc de comptes à rendre qu'à Rome - que l'écrasante majorité des prêtres et évêques de France considère déjà comme une pustule à leur flanc. Au mieux, comme l'ultime réserve des "derniers des Mohicans" de l'Eglise schismatique de Mgr Lefebvre ; au pire comme un ver intégriste dans le fruit de l'Eglise. Aujourd'hui tout miel avec le pape, promu supérieur de cet institut créé sur mesure, l'abbé Philippe Laguérie, 53 ans, guerrier de la tradition, soldat du Christ, affirmait en 2001 qu'il voulait être "l'aiguillon dans la chair dont l'Eglise de Vatican II (le dernier concile 1962-1965) voudrait se débarrasser à tout prix", celui qui porterait le fer contre la "messe moderne" oecuménique, protestantisée, d'inspiration maçonnique.
Dans sa sacristie, l'abbé Laguérie, cheveu court, air patelin, voûté comme un chanoine, sourit. "J'ai la baraka", confesse-t-il. Sans l'élection de Benoît XVI, il ne serait plus rien, ou marginalisé, coupé de ses fidèles, oublié des médias. Car la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre, en proie aux haines fratricides propres à toute secte, l'avait exclu, en 2003, pour indiscipline. La "baraka", parce que le nouveau pape est "son" pape. Pour lui et ses amis, l'Eglise avait cessé d'être à la mort de Pie XII, en 1958 : "L'Eglise, c'est comme une belle Porsche, mais la direction est cassée, le volant ne tourne plus, les freins ne marchent plus et les ailes sont cabossées." Avec Benoît XVI, elle est "à nouveau gouvernée". Enfin oubliées les "chimères" de Jean Paul II : "On doit au pape polonais d'avoir redonné du prestige à la papauté, qui, avec Paul VI, était tombée bien bas. Il était le fils le plus accompli et génial du concile Vatican II. Mais il a rêvé tout éveillé au culte de l'homme. Regardez l'oecuménisme : en quarante ans, il n'a ramené personne à l'unité catholique."
Benoît XVI est un pape "traditionaliste". Simple "gratte-papier" au concile, Joseph Ratzinger se dressa vite contre les "abus" de la nouvelle liturgie. Laguérie aussi s'est converti à Mgr Lefebvre quand, dans son église de Sceaux, en région parisienne, il a vu un podium à la place de l'autel et des guitaristes singer les gestes de la messe. Il est convaincu que le nouveau pape va "réformer la réforme" de la liturgie, revenir à la messe en latin, le prêtre dos aux fidèles. Son ralliement date du 22 décembre 2005 quand, pour le quarantième anniversaire de la clôture de Vatican II, Benoît XVI a expliqué que le concile ne devait pas être interprété comme une "rupture" avec la tradition de l'Eglise. Depuis, tous les "tradis", quelle que soit leur chapelle, sont aux anges. Et applaudissent au discours de Ratisbonne qui vient de mettre en colère le monde musulman. "Un discours vrai, puissant, s'enflamme Laguérie. Enfin Benoît XVI casse le miroir aux alouettes de Jean Paul II, sa volonté d'uniformiser toutes les religions."
De ces brebis perdues, revenues dans le bercail romain, on se serait attendu à plus de retenue. Pas du tout. Autre rallié, mais pas plus repenti, jovial et joufflu, l'abbé Paul Aulagnier, 63 ans, ancien supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, quand il monte en chaire à Saint-Eloi de Bordeaux, tonne contre "les libéraux, les modernistes qui ont détruit l'Eglise", s'étrangle d'émotion au souvenir de Mgr Lefebvre, dénonce la "subversion liturgique", la "situation catastrophique" de la papauté avant Benoît XVI et, déjà, fait monter l'enchère : non content de la main tendue par Rome, il réclame un statut propre pour les partisans de la tradition, un évêque à eux avec juridiction universelle, un département pour eux à la Curie romaine. Bref, une fois dans la place, ils veulent l'occuper jusqu'au bout.
Ils ne sont que cinq, mais d'autres, séminaristes et prêtres, frappent à la porte du Bon Pasteur. Ils s'appellent Philippe Laguérie, Paul Aulagnier, Guillaume de Tanouarn, Christophe Héry, Henri Forestier, tous de fortes têtes, combattants issus de cette branche "intransigeante" du catholicisme romain du XIXe siècle qui puise aux trois sources de l'anti-Réforme, de l'anti-Révolution et de l'anti-modernisme, héritage composite de la vieille Action française de Charles Maurras et des nouvelles formes de catholicisme prosélyte nord-américain, celui du cinéaste Mel Gibson, auteur en 2004 d'une Passion aux forts relents d'antisémitisme.
Laguérie fut longtemps curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'église intégriste de Paris où bat le coeur des dévots de la tradition et du latin, des clercs en soutane, des militants royalistes et lepénistes, des familles venues des beaux quartiers et des scouts au crâne rasé. Ce même bon apôtre avait occupé par la force une autre église parisienne, Saint-Germain l'Auxerrois, célébré les obsèques du milicien Touvier, pris la tête de processions musclées, volé au secours de Le Pen dans l'affaire de l'Holocauste-"point de détail", et s'était écrié, en chaire, après l'incendie du cinéma Saint-Michel qui avait programmé La Dernière Tentation du Christ, de Scorsese en 1988 : "Qui sème le vent récolte le tempête. Quand l'honneur de Dieu est en jeu, il faut réagir."
Aujourd'hui, il règle ses comptes : "J'ai servi la Fraternité mieux que personne. Mais le plus fidèle à Mgr Lefebvre, c'est moi. Je ne sais pas s'il aurait approuvé mon ralliement à Rome, mais il ne m'aurait pas mis dans les conditions de faire ce choix." Pour lui, Lefebvre était un "évêque de feu", un "bâtisseur". La Fraternité Saint-Pie X compte 450 prêtres, une quantité d'écoles, de prieurés dans une quarantaine de pays. Etonnant paradoxe : les curés ralliés au pape sont ceux qui avaient voté, en 1988, en faveur des sacres illégaux de quatre évêques par Mgr Lefebvre, suivis de leur excommunication par Jean Paul II.
Les autres avaient déjà "peur", clame Laguérie. Comme ils ont "peur" aujourd'hui d'un accord avec le Vatican. Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité, a "couru, volé" vers Benoît XVI quand celui-ci, à la surprise générale, l'a invité en août 2005. Puis il a fait volte-face, cédé à ses jusqu'au-boutistes. Laguérie l'accuse d'avoir préféré sa réélection, en juillet 2006, à la chance historique offerte par Benoît XVI, sa volonté de lever les excommunications, d'étendre la pratique du rite en latin.
Dans le bastion "refuznik", on reste de marbre. On dément toute hémorragie à la suite du "bricolage juridique" qui a servi à retourner ces soldats perdus de la tradition. La direction de la Fraternité interprète l'épisode actuel comme le "choc de deux impatiences" : celle de Laguérie, fort en coups et en gueule, et celle du Vatican, qui veut en finir avec ce schisme. Elle admet que Benoît XVI a réussi à "dé-diaboliser" le camp traditionaliste, mais il n'a fait aucune concession sur le fond : "Aujourd'hui, on est dégrisé parce que la modernité est en crise, dit un proche de Mgr Fellay. L'Eglise a fait le choix de la modernité et est aussi en crise. Et nous nous battons pour qu'elle redevienne le centre, la référence. Et tant pis si cela prend du temps."
Henri Tincq Article paru dans l'édition du 29.09.06