16 décembre 2006

La messe en latin
16 décembre 2006 - golias.ouvaton.org
Les six cardinaux de la Commission Pontificale "Ecclesia Dei" se sont retrouvés à Rome, mercredi dernier, pour évoquer la question liturgique, et en particulier le motu proprio qui devrait libéraliser la célébration de la messe selon l’ancien missel dit de Saint Pie V. Parmi les six porporati, on compte le cardinal français Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et Président de la Conférence épiscopale. IL sera sans doute le seul à émettre de véritables réserves substantielles quant à la légitimation du rite ancien voulue par le Pape. En définitive, il se limiterait à exiger des contreparties (comme une reconnaissance de la part des intégristes de la valeur de Vatican II). En effet, la décision serait déjà prise. Certes, Benoît XVI a reçu cet automne les cardinaux Ricard et Lustiger qui se sont fait l’écho des réticences épiscopales françaises et leur a prodigués des paroles apaisantes, mais les observateurs qualifiés estiment généralement que ce n’est en fait que partie remise. Ce printemps, le Rubicon devrait être franchi. Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, à la tête de la Commission "Ecclesia Dei" semble plus déterminé que jamais. Beaucoup pensent que le Pape pourrait élever au printemps le bras droit de Mgr Castrillon, Mgr Camille Perl, à l’épiscopat (une fois les "négociations" internes d’Ecclesia Dei achevées). Mgr Perl serait en quelque sorte visiteur du Pape auprès des communautés, et des groupes isolés, attachés à la tradition liturgique latine (cf. à son sujet le document publié par Golias il y a quinze jours concernant ce prélat qui invite les fidèles tradis à se passer de l’accord des évêques pour célébrer la messe en latin). La décision envisagée exprime en fait un dessein caressé à la Curie, en particulier par le cardinal Ratzinger, depuis un quart de siècle. En fait, dès le milieu des années 1980, le cardinal Paul-Augustin Mayer, un bénédictin bavarois, alors préfet de la congrégation pour le culte divin, avait été chargé d’envisager un triple plan d’action : libéralisation de l’ancien rite, répression des abus liturgiques, réforme de la réforme elle-même (dans un sens conservateur et restaurateur). L’opposition tenace du secrétaire du même dicastère, Mgr Virgilio Noè, mais surtout des conférences épiscopales minèrent l’entreprise qui n’aboutit qu’à des demi-mesures : indult partiel plus ou moins étendu, mais largement conditionné par le bon vouloir épiscopal. Le Pape actuel entend faire de cette restauration liturgique un axe de son Pontificat. Il rejoint sur le fond la position d’un prélat autrichien, le cardinal Alfons Maria Stickler, ancien préfet de la Bibliothèque apostolique Vaticane et historien connu à Rome que l’on peut résumer en deux points : le nouveau missel n’a pas remplacé l’ancien mais l’a dédoublé ; il y a au fond deux rites légitimes, l’ancien et le "moderne" ; la restauration doctrinale et morale est indissociable d’un redressement de la liturgie (à cet égard, Joseph Ratzinger jugeait inachevée l’oeuvre de Jean PAul II). La question en débat va donc bien au-delà de la stratégie de l’accueil à réserver aux lefebvriste. Toute une vision de l’Eglise, de sa doctrine et peut-être de l’homme semble en jeu.



La supercherie de Laguérie
16 décembre 2006 - Jean Cardonnel - golias.ouvaton.org
A l’époque où je lançais mon cri d’alarme sur la nécessité du choix crucial Dieu le Grand Inquisiteur ou le Libérateur, je croyais encore naïvement qu’avec le nouveau pape, il fallait subir quelques mesures maladroites prises par un Souverain Pontife plus doctrinaire que pastorale et politique.
Or, Benoît XVI est intellectuellement, conceptuellement très cohérent d’une logique parfaite. Son action se déploie en premier lieu dans un domaine regardé trop souvent à tort comme secondaire : la liturgie avec pour élément central l’Eucharistie devenue dans le langage courant la Messe. Il a suffi d ‘une relativement courte durée – du début de ce qu’il est convenu d’appeler notre ère aux années 313-320 après jésus Christ pour que l’Eglise cesse d’être l’assemblée de la transgression universelle par la Parole incarnée, crucifiée, res-suscitée – des frontières de l’espace et même du temps.
Si l’Eglise a opéré progressivement cette mutation, c’est afin de copier, plagier son protecteur qui, par voie d’échange de méthodes dirigeantes, la consacre monarchie pontificale. C’est ainsi qu’au fil des siècles, même dans le passage historique de l’Empire de Rome à la multiplicité des royaumes barbares , la régime préféré de l’Eglise catholique romaine a été la monarchie absolue de droit divin.
Qui pouvait mieux que le visible roi terrestre représenter l’Invisible seigneur du ciel et de la terre ?
Si je pars à la découverte de mes souvenirs chrétiens et catholiques, ma mémoire n’a pas besoin de remonter très haut et loin dans le passé pour trouver avant la Concile de Vatican II sous Pie XII, mes premiers essais d’intelligence critique de la foi monarchisée. Avec le Père Liégé, lui aussi dominicain, nous diffusions partout notre maître-mot : non, Dieu ne peut pas être Louis XIV dans les cieux. Et pourtant, je ne pouvais pas de ne pas voir la ramanisation, la monarchisation non seulement de l’Eglise mais de Dieu comme Seigneur des Seigneurs, Roi des Rois. De la sorte, Eglise, catholicisme, christianisme, foi, Dieu, étaient rangés difinitivement dans la sphère, la zone d’influence du pouvoir.
« Dieu est le seul Etre qui, pour régner, n’ait pas besoin d’exister »
J’ai toujours présente à l’esprit la définition de Dieu par Baudelaire : « Dieu est le seul Etre qui, pour régner, n’ait pas besoin d’exister ». Au regard du monde déiste et, à son sommet monothéiste, au dessus de l’existence, il y a le Règne. L’existence, la vie même sont plébéiennes, vulgaires, communes. Le règne lui est supérieur, racé, transcendant, exceptionnel. La Fait du Prince.
Exactement comme à un roi, il faut une cour, à l’Etre suprême tout-puissant, il faut un culte dont l’exécution minutieuse et réglementée sera le rite. Le rituel, le protocole.
Que le pape Benoît XVI autorise pour la célébration de la messe une coexistence pacifique des deux rites, l’un élaboré au Concile Vatican II, de Paul VI, en langue vernaculaire, c’est à dire vivante, l’autre en langue latine morte néanmoins dominatrice ne serait-ce qu’à titre solennellement posthume, fait déjà problème.
Mais l’acte pontifical de bénir, d’accueillir l’abbé Laguérie, dissident ultra du corps d’armée intégriste représente un pas en avant, c’est à dire de fait en arrière dans les gages donnés à l’ennemi déclaré, officiel anti-conciliaire Vatican II de l’ouverture d’Eglise au monde.
Parce que l’abbé Laguérie et ses troupes ne s’en tiendront pas là. Leur but affiché devient toujours davantage le refus jusqu’à l’élimination complète de la Messe enfin un peu compréhensible, attractive, parlante, signifiante de la Pâque, passage de tous les humiliés, de la servitude, de l’esclavage à la libération, de pire que la mort, de la vie mortelle à la vie res-suscitée donc éternelle.
Voilà pourquoi les oppositions dans le domaine de la liturgie débordent à l’infini la question liturgique. Elles sont expressives ou bien de la pire des restaurations du Dieu Grand Inquisiteur ou bien de l’universelle résurrection de l’homme. Dieu à l’œuvre dans le soulèvement des vivants et des morts. Disons-le en vérité avec plus de crudité : nous sommes réellement menacés d’une réédition, d’une reconstitution du passé impérial de l’Eglise romaine substituée au mouvement du Peuple des ressuscités à mordant insurrectionnel.
Je me rappelle d’intense mémoire le vieux monsieur moins âgé que moi aujourd’hui et qui – affolé par la radicalité de mes mises en question des vérités les mieux établies, m’interrompt vivement : «  Mais enfin mon Père, il y a des vérités qui ne souffrent pas la discussion, le débat. Il y a Dieu le Père, le Fils, le Saint Esprit. Il y a la Vierge Marie, il y a l’Eglise, il y a le Pape, le Très Saint Père ». Cher Monsieur, réponds-je comme dirait San Antonio, vous allez tout de suite me comprendre .Il y a une seule vérité que je ne mets jamais, jamais en question, c’est l’universelle mise en question d’absolument tout. Pour faire bref, je l’appelle Dieu.
Selon que Dieu est le principe d’autorité, la caution des pouvoirs constitués ou le créateur contagieux d’une créatrice mise en question, nous disons le même mot mais chargé de sens radicalement opposés. L’alternative n’en est que toujours plus forte et n’importe quel organisme individuel ou institutionnel a la capacité de la voir : ou on se met en question, ou on met les autres à la question – ce qui fait l’Inquisition. Eh bien ! c’est à la glorification du Dieu Pouvoir que veut nous ramener la liturgie Laguérie en langue morte de l’Empire romain défunt qui ne demande qu’à être ré-animé dans l’institut du Bon Pasteur sacré Empereur .
Il est temps de clamer le sens politico-théologique du retour à la messe tridentine (Concile de Trente) du rite Saint Pie V , hélas ! dominicain , dont l’exploit historique reste Lépante, la victoire militaire des papistes sur les turcs.
Ce que l’on mesure encore mal, c’est la signification politique de l’attitude d’un clergé eucharistiquement conservateur, littéraliste, immuable, le célébrant de la Messe doit comme jadis se tourner vers Dieu et donc tourner le dos au peuple – mais ce dernier sent par trop encore le populaire avec son odeur suspecte de révolte, de barricade. Mieux vaut alors parler des fidèles sans lien entre eux.
Mais dans les milieux chrétiens bien au-delà des blocs intégristes, le terrible préjugé subsiste : Dieu serait d’autant plus Dieu que l’homme serait moins homme, moins humain, moins d’humanité.
Donc, liturgiquement, impossible d’être en même temps face à Dieu et face au peuple. C’est –opinion très habituelle- dans la stricte mesure où je range le faux semblant, le faux fuyant du peuple pieusement ratatiné en « maigre cheptel bigot », disait Bernanos que, moi prêtre simplement canal indigne d’une transcendante grâce divine, je peux de tout mon pouvoir sacerdotal, faire descendre mon Dieu Christ Prêtre Eternel – sur l’autel non table commune, hostie non pain partage – du Saint Sacrifice de la messe.
Le voilà le mot pestiféré, le hideux mignon, travesti du verbe qui ne fait jamais d’inflation verbale et ne dit jamais l’ignoble « Je me sacrifie » puisque sa Parole irrécupérable et irréductible à la sacralisation, c’est : ma vie on ne me la prend pas, je la donne. Le don devance la prise. Mais il faut reconnaître que nous venons de loin, de très loin, du passé le plus passéiste des ténèbres cléricalo-préhistoriques antérieures religieusement d’acte barbare sacrificiel à l’histoire du Verbe de Dieu donc à la création. Nous observons porté au paroxysme chez Laguérie le guerrier catho-romain du Dieu monarchique, à la fois ce qu’il empoisonne, gangrène dans les zones d’orthodoxie pontificale et ce qui l’a préparé au cœur de la piété traditionnelle.
Je n’ai garde d’oublier mon émerveillement quand, jeune frère prêcheur orateur du Verbe fait chair, je faisais mienne, personnelle, la trouvaille d’Eglise du caractère pascal de la liturgie, de la Messe.
Je proclamais ivre, fou de joie : nous célébrons en Festival d’un repas d’allure universellement conviviale l’actualisation du grand événement, la Pâque. Non ce n’est pas un repas, ce n’est pas une fête, c’est un sacrifice, l’immolation du Christ Sacrificateur et Victime, rugissaient nos vieilles brutes dogmatiques d’ordre de la sainte Inquisition rejointes aujourd’hui par les dernières jeunes recrues dominicaines.
La caste sacerdotale a banalisé la Messe Je le parle haut et fort : même si nous parvenons à bannir la supercherie Laguérie, sous sa forme la plus grossière, il nous faudra un travail épuisant et jubilatoire d’innombrables Prométhées du Verbe subversif pour dé-poussiérer, dé-terrer la parole res-suscitée re-crucifiée religieusement sacrificiellement par le gang clérical qui a fait main basse sur elle. Car, j’en suis le témoin depuis plusieurs années après mon ordination au pain partagé le 25 mars 1947, la caste sacerdotale a banalisé la Messe. Du coup, celle-ci n’a plus été le Sacrement, le signe sensible de la Pâque. Il m’est dit de tous côtés que l’on s’y embête comme des rats morts à en crever la bouche ouverte sans pouvoir trouver son dernier mot historique – Pas un seul gag – Pas la moindre surprise : Elle pue la mort, la Messe. Elle, l’Ancien sacrement de la Vie à profusion jusqu’à la mort et plus loin encore, se traîne en simulacre, d’une Passion oubliée comme résurrectionnelle d’inimaginable insurrection. Ce n’est pas Dieu possible et pourtant, c’est la vérité que l’Eglise romaine ait tourné le dos liturgiquement au chef d’œuvre théâtral, cinématographique, chorégraphique et peut-être quoiqu’avec une puissance d’innovation, télévisée, dont le titre sera : la casseur Père et Fils dans leur souffle commun , de tous les cachots et de tous les tombeaux. Cette grande œuvre interdite par le pouvoir depuis la nuit des temps, il faut la jouer, l’interpréter, la créer d’urgence.
Le contre-Evangile de Laguérie
Alors, amis dispersés, frères éparpillés, au féminin et au masculin d’humanité trahie, gaspillée, niée, re-niée, rassemblons-nous en un front commun sans précédent ; et vite, au plus tôt, puisque demain ce sera trop tard. Nous n’irons plus d’ennui en Laguérie suivi du retour classique au même ennui avec ou sans Laguérie, pour la raison enfantine que voici : bénir ou simplement subir Laguérie, c’est renier Jésus Christ.
Parce que, ne l’oublions pas, Lagérie a reçu du pape le droit à une « critique constructive » ce qui veut dire négationniste, du Concile Vatican II dont le crime reste toujours, selon les nostalgiques des croisades et de la sainte Inquisition, d’avoir voulu, disait Jean XXIII que l’Eglise Catholique se regarde dans le miroir de l’Evangile et non dans le rétroviseur du Césaro-papisme. En refusant malgré le pape, le contre-Evangile de Laguérie, nous partirons du plus beau des fous-rires aux larmes d’où fusera le mot immortel qui ne vaut pas que pour Lagardère : Si tu ne vas pas à Laguérie dont c’est l’unique Loi, Laguérie ira-t-a-toi.
Bien sûr que le laisser-faire Laguérie re-nie Jésus Christ .
Parce que celui qui dit qu’il faut tourner le dos à son prochain pour célébrer le mystère divin caricature la liturgie, Acte du peuple, en cérémonial, en étiquette, en préséances, en protocole de la cour du Roi Soleil et donc fait de Dieu le lointain, le Souverain, le Prince de ce monde mondain, le Grand Inquisiteur, la fléau cosmique, le Pouvoir, le Démon, le Diable.
Mais brusquement au milieu des ténèbres et non drôles pitreries d’inextricables polars bâclés qui font la trame de nos sociétés mondialisées, c’est-à-dire anonymes, privatisées sur le Tout-Marché, jaillit, fulgure la Lumière. Insolite. En 2006-2007 plus actuelle que jamais ; Elle banalise, sénilise toute les pseudo-nouvelles jusqu’à la dernière en date d’un faux An Neuf, l’élection d’un Président monarque de la République, couronné selon une reprise du rite de Vichy, chef de l’Etat français. Contre ces incorrigibles vieilleries résonne, vibre la clameur de nos poitrines et cœurs réunis : je vous annonce une nouvelles fantastique qui sera immense, inépuisable joie pour tout le peuple. Vous entendez bien pas Minuit Chrétien c’est l’heure solennelle où l’Enfant Dieu descendit parmi nous comme le Para divin., pour effacer la tache originelle … Non, pas du tout çà .
Mais l’Heureuse infiniment Bonne Nouvelle avec pour destinataire tout le peuple, toute l’humanité, tout l’univers : un Sauveur, un Libérateur, votre salut Public, la cordialisation de la vie publique vous est née. Et je vais vous dire le signe auquel vous la reconnaîtrez. Pas du tout le Roi, l’Empereur sur son char, sur son trône, pas du tout le Président Directeur Général à son bureau, l’incarnation du pouvoir exécutif dans le grand fauteuil de l’Elysée…
Non . Mais la parole naissante faite chair parce qu’elle en a assez , elle n’en peut plus d’être prise pour un mot en l’air. Oui, l’inattendu, l’imprévu absolu, l’unique signe auquel est reconnu Dieu tout nu, le premier de ses gags ininterrompus : le tout petit, le gosse, le bambin, le gamin, le Kid, un nouveau-né emmailloté, dans une mangeoire à bestiaux.
Alors, devenons-le tous, le Nouveau-né, le Fils de l’Homme né de la Femme, l’humanité ce beau nom féminin singulier de l’homme, l’Enfant de la Libération, de la Création.
Et foutons dehors à grands coups de pieds dans son Faux Cul, sa caricature, l’antique Papa Noël mercantilement fabriqué, le Vieux de la Consommation !
Jean Cardonnel
Un manifeste en faveur de la messe tridentine
16 décembre 2006 - Le Figaro
Nous laïcs, catholiques romains, souhaitons, devant l'émoi médiatique provoqué par une possible libéralisation de la messe grégorienne, témoigner publiquement de notre fidélité, de notre soutien et de notre affection au Saint-Père, Benoît XVI. 1. La constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II rappelle : « Obéissant fidèlement à la tradition, le concile déclare que notre Sainte Mère l'Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu'elle veut, à l'avenir, les conserver et les favoriser de toute manière. » Nous considérons donc comme une grâce la diversité des rites dans l'Église catholique et nous voyons venir avec joie la libéralisation de celui qui fut notre ordinaire, celui de nos parents et de nos grands-parents, et qui a nourri la vie spirituelle de tant de saints.
Nous voulons dire au Saint-Père et à nos évêques notre joie de voir apparaître de plus en plus de communautés paroissiales ou religieuses attachées à la beauté de la liturgie sous ses différentes formes. Nous partageons le constat de celui qui n'était alors que le cardinal Ratzinger : « Je suis convaincu que la crise de l'Église que nous vivons aujourd'hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». (Ma Vie, Fayard, 1998.)
2. « Promouvoir la restauration de l'unité entre tous les chrétiens, c'est l'un des buts principaux du saint concile oecuménique de Vatican II. Une seule et unique Église a été instituée par le Christ Seigneur », affirme l'introduction du décret Unitatis Redintegratio.
C'est dans cet esprit décrit par le concile que nous avons accueilli avec joie la création de l'Institut du Bon Pasteur et que nous prions et espérons que tous ceux qui se sont éloignés de la pleine communion suivent ce même chemin de réconciliation.
3. Nous sommes choqués par l'idée qu'un catholique puisse être inquiet de la célébration de la messe qui fut celle que célébrèrent le Padre Pio et saint Maximilien Kolbe. Celle qui a nourri la piété de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et du bienheureux pape Jean XXIII.
Nous savons que l'Église est composée d'hommes et de femmes, et que des propos critiquables et parfois insultants ont pu être échangés « parfois par la faute des personnes de l'une et de l'autre partie » (Unitatis Redintegratio, 3).
Nous demandons à Dieu de « pardonner nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
Nous mesurons combien est difficile le gouvernement de l'Église et combien est lourde la charge de notre Saint-Père le Pape, comme est exigeante celle de nos évêques.
Nous souhaitons afficher par ce texte notre soutien total à Benoît XVI qui, après Jean-Paul II le Grand et dans la longue et magnifique chaîne des successeurs de Pierre, continue de travailler avec humilité, courage, intelligence et fermeté à la nouvelle évangélisation.

Par René Girard, de l'Académie ­française ; Michel Déon, de l'Académie française ; Bertrand Collomb, de l'Institut ; Jean Piat, comédien ; Claude Rich, comédien ; Jean-Laurent Cochet, comédien et metteur en scène ; François Ceyrac, ancien président du CNPF ; Charles Beigbeder, chef d'entreprise ; Jean-François Hénin, chef d'entreprise ; Jean-Marie Schmitz, cadre dirigeant, président de la faculté libre de droit, d'économie et de gestion (faco) ; Raphaël Dubrulle, cadre dirigeant ; Jean François, président d'honneur du groupe Lafarge ; Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Lejeune ; Jean Raspail, écrivain ; Jean des Cars, historien ; Denis Tillinac, écrivain et éditeur ; Robert Colonna d'Istria, écrivain ; Isabelle Mourral, président d'honneur des écrivains catholiques ; Jacques Heers, professeur  d'université, historien, ancien directeur des études médiévales à l'université Paris IV Sorbonne ; Alain Lanavère, maître de conférences à l'Institut catholique de Paris ; Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain ; Yvonne Flour, professeur à l'université Paris I, vice-président du conseil scientifique ; Jacques Garello, professeur émérite à l'université Paul Cézanne, Aix-Marseille III ; JeanDidier Lecaillon, professeur des universités (Panthéon Assas) ; Catherine Rouvier, maître de conférences à l'université de Sceaux, avocat ; Patrick Louis, professeur à l'université Lyon III, député européen ; Jean-Yves Naudet, professeur à l'université Cézanne, président de l'Association des économistes catholiques ; Bertrand Fazio, membre de l'Association des économistes catholiques ; Roland Hureaux, écrivain, ancien élève de l'École normale supérieure et de l'École nationale d'administration ; Jean Sevillia, historien et écrivain ; Henry de Lesquen, haut fonctionnaire, ancien élève de l'École polytechnique et de l'École nationale d'administration ; Yvan Blot, haut fonctionnaire, ancien élève de l'École nationale d'administration ; Jacques Trémolet de Villers, avocat à la cour ; Alexandre Varaut, avocat à la cour ; Solange Doumic, avocat à la cour, ancien premier secrétaire de la conférence du stage ; Frédéric Pichon, avocat à la cour ; Francis Jubert, président de la Fondation de service politique ; Anne Coffinier, ancienne élève de l'École normale supérieure, ancienne élève de l'École nationale d'administration, diplomate ; Benoît Schmitz, professeur agrégé d'histoire, ancien élève de l'École normale supérieure ; Marie de Préville, professeur agrégé de lettres classiques ; Alexis Nogier, chirurgien, chef de clinique à la Pitié Salpêtrière ; Philippe Darantière, consultant ; Thierry Boutet, écrivain et journaliste ; François Foucart, écrivain et journaliste ; Philippe Maxence, écrivain, rédacteur en chef de L'Homme nouveau ; Jacques de Guillebon, écrivain ; Falk van Gaver, écrivain ; Mathieu Baumier, écrivain ; Christophe Geffroy, directeur de la NEF ; Anne Bernet, écrivain ; Louis Daufresne, journaliste ; Fabrice Madouas, journaliste ; Hilaire de Crémiers, journaliste.

15 décembre 2006

Pourquoi l’heure est grave ?
Décembre 2006 - Golias - golias.ouvaton.org
Il est désormais difficile de nier que l’enjeu des grandes manœuvres du tandem Benoît XVI-Castrillon de Hoyos (1) concernant la réintégration des intégristes est de tourner le dos au Concile Vatican II.
Bien sûr, le pape Ratzinger n’a de cesse de s’y référer, mais très habilement il en fait une relecture révisionniste qui le neutralise et le dénature complètement (2). Ainsi, au-delà de la matérialité des textes du concile, de la sédimentation des rédactions et des compromis finaux, un véritable tournant s’est dessiné, déjà longuement préparé (3) en amont, nous conduisant dans une autre direction.
Le courant intégriste ne s’est pas trompé de cible : il accepte désormais les négociations avec Rome et surtout, accueille favorablement l’interprétation du Concile faite par Benoît XVI.
L’interprétation ouverte du Concile comme événement fondateur, nouvelle inspiration, conversion de l’être chrétien, laisse hélas aujourd’hui la place à sa négation même : une sorte de concile châtré, épisode fade parmi d’autres, accumulation de textes doctrinaux indigestes ou convenus, qui n’empêche plus de dresser haut l’étendard menaçant d’une restauration catholique intransigeante.
On comprend alors pourquoi les prochains temps seront décisifs. Au fond, pour le pape actuel et le cardinal Castrillon de Hoyos (4), le Concile aura simplement marqué une parenthèse regrettable que des naïfs – dont nous sommes – auront cru « enchantée ». Une page se tourne donc. Le chemin de ce pontificat est tracé : une appropriation conservatrice des textes d’un concile qui se voulait tout sauf « doctrinaire » : dans l’esprit de Jean XXIII, il ne s’agissait pas de définir des positions ou des dogmes comme à Nicée, Trente ou même Vatican I.
Or, aujourd’hui, la Lettre l’emporte une nouvelle fois sur l’Esprit, dans une nouvelle manifestation de la peur devant la modernité et les « signes des temps » chers au pape Jean et à de nombreux Pères du Concile (Liénard, Frings, Alfrinck, etc…).
Pour le pape Benoït XVI, la tradition de Vatican II est définitivement verrouillée. Pis, le « transfuge » Laguérie a même obtenu le droit de critiquer le Concile… Une première dans l’histoire de l’Eglise ( !) dont peu d’observateurs semblent avoir mesuré l’importance. L’abbé Laguérie serait donc chargé par Rome de dépister tout ce qu’il y a de faux dans le dernier Concile. On croit rêver !
Est-il vraiment l’homme le plus qualifié pour mener cette opération ?
Comment Rome arrive-t-elle à une posture aussi lamentable ?
A moins que nous voyons là la confirmation de ce que nous écrivons depuis des années, à savoir que Vatican II n’a pas remis en cause ni modifié substantiellement le modèle catholique intransigeant, mais a seulement procédé à des rééquilibrages (5). Au risque de laisser des brèches ouvertes dans lesquelles les intégristes se sont engouffrés pour faire leur nid. D’autant que le pape régnant a toujours dénoncé et ce, de manière récurrente, un prétendu « esprit du Concile ».
Il nous faut donc, à Golias, poursuivre notre chemin de résistance humaine, spirituelle et théologique
- pour sauver, avec d’autres, ce qui fait le cœur même de notre foi,
- pour sauver notre liberté de fils et de fille de Dieu,
- pour sauver jusqu’au nom de Dieu puisque le noyau dur de notre espérance est touché, atteint même.
Le travail entrepris par Golias depuis des années maintenant est plus nécessaire que jamais. Le ralliement d’ex lefebvristes ensoutanés – signe avant coureur d’un mouvement plus important à terme – ne doit déstabiliser ni les communautés chrétiennes qui n’en ont vraiment pas besoin ni les hommes et les femmes de bonne volonté attachés à un christianisme d’ouverture.
D’ores et déjà, nous refusons qu’une poignée d’activistes victimisés – appartenant tous à l’extrême-droite catholique et dont le latin est le cache sexe – débarquent dans l’Eglise pour faire la leçon et casser ce qui se construit même difficilement.
Sans compter que les négociations pour leur réintégration se sont déroulées de manière honteuse. Car Rome , fidèle à ses habitudes, a non seulement imposé ses choix sans aucune concertation avec les responsables locaux, c’est-à-dire les évêques, mais, et ce n’est pas anodin, les a fait rentrer au bercail sans même leur demander, au moins publiquement, de « recevoir » le Concile et notamment la Déclaration sur la liberté religieuse (D. H. décembre 1965). Alors même que tous les clercs sont astreints à un serment de fidélité ! Un vrai scandale !
Nous le disons haut et fort : L’église de Laguérie n’est pas l’Eglise de Jésus Christ (6).
Que ces “ralliés” d’une autre époque laissent le Peuple de Dieu poursuivre sa route éclairé en particulier – nous le soulignons avec force – par Vatican II. Un Concile que l’institution ecclésiastique n’est toujours pas prête à entendre et qu’elle continue à instrumentaliser dans la direction que l’on sait, incapable qu’elle est d’accepter la loi congénitale de notre foi en la Résurrection.
Et pourtant, il lui faudra passer, un jour, par la mort pour renaître comme le Seigneur en son temps.

Notes :
1. Cardinal colombien, Préfet de la Congrégation pour le clergé, président de la commission « Ecclesia Dei » chargée de la réintégration des intégristes.
2. Confère son discours à la Curie le 22 décembre 2005 à l’occasion du quarantième anniversaire du Concile Vatican II. Déclaration approuvée dans sa quasi totalité par les responsables de la Fraternité St Pie X.
3. L’œuvre de Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous le pontificat de Jean Paul II, témoigne d’une multitude de travaux pour une interprétation minimaliste du Concile.
4. La compétence théologique et pastorale du cardinal colombien est d’ailleurs très contestée dans les milieux ecclésiastiques, y compris les plus conservateurs.
5. Lire l’ouvrage de Pierre Hégy : « Vatican II, ou l’espoir déçu », aux éditions Golias.
6. Lire notre ouvrage “Le scandale Laguérie - le retour des intégristes”, aux éditions Golias. A paraître le 8 décembre 2006 (260 pages, 22 euros).
Le séminaire est ouvert
Novembre/décembre 2006 - Le Mascaret - Abbé Forestier
Chers amis,
L’abbé Laguérie me demande de vous donner quelques nouvelles du séminaire.
Commençons, si vous le voulez bien, par quelques renseignements pratiques : Nous sommes situés à Courtalain, petite ville de l’Eure et Loir (28), à 40 kilomètres environ au sud ouest de Chartres.
L’adresse exacte est : 18, place Alexandre Rillié 28290 Courtalain.
Le téléphone est le 02.37.98.82.58.
Nous occupons une ancienne école en limite de la propriété du marquis de Gontau-Biron, et pouvons profiter, grâce à la bonté du marquis, du magnifique parc du château d’environ 70 hectares ! De quoi méditer en paix…
Les bâtiments sont sains mais encore en rénovation pour la plus grande partie ! Les dons sont les bienvenus.
Il y a tout de même 8 chambres complètement refaites, et plusieurs autres habitables, en attendant mieux (les travaux avancent…).
Le convict saint Vincent de Paul, compte, à l’heure actuelle, cinq séminaristes de première année, et deux frères.
Il y a trois français, un polonais, un mexicain. Les deux frères sont français.
Normalement quatre nouveaux devraient s’y adjoindre dans les semaines qui viennent, venant d’Amérique du sud. Quelle grâce et quelle espérance, de voir tous ces candidats, à moins de trois mois de la fondation de l’Institut du bon Pasteur !
Enfin nous commençons à former une petite paroisse (25 fidèles environ et ça devrait grandir, car beaucoup promettent de venir ; en plus, plusieurs familles prévoient de s’installer dans le coin!)
Les permanents du séminaire sont : Mr l’abbé Aulagnier, le Père Fraskowiack, l’abbé Forestier, l’abbé Gaillard, Frère Charles Perron.
Le corps enseignant est formé de Monsieur l’abbé Laguérie (Actes du magistère), Monsieur l’abbé Héry (Ecriture sainte), Monsieur l’abbé de Tanouärn (Patrologie), Monsieur l’abbé Aulagnier (Histoire du combat pour la messe saint Pie V, conférences spirituelles), Monsieur l’abbé Forestier (Spiritualité, histoire de l’Eglise), Monsieur l’abbé Gaillard (Orgue, formation à la vie de communauté) et Monsieur l’abbé Barthe (Liturgie).
Et, en plus des chiffres, un petit mot de l’ambiance ?
C’est celle, il me semble, d’un séminaire catholique, tel que Mgr Lefebvre avait voulu le fonder à Ecône :
D’abord la paix : loin des tensions de toutes sortes (même si les séminaristes sont tenus au courant des nouvelles fondamentales), les séminaristes travaillent à connaître et aimer Dieu, et à devenir les futurs pasteurs dont l’Eglise a tant besoin.
Ensuite la prière quotidienne et régulière qui nous vaut certainement l’excellente ambiance d’aujourd’hui.
Le travail aussi de tous les jours qui expose aux jeunes intelligences, en les éblouissant, la profondeur du mystère du Christ et la présence douce de la Vierge Marie.
La vie commune enfin qui soude les confrères de demain.
Beaucoup reste à faire, matériellement et spirituellement, sans doute, mais les séminaristes m’ont confié, simplement, leur joie de se sentir ici chez eux et en présence de Dieu. Alors, pour l’instant, merci à Dieu de cette bénédiction.
Les familles, amis et fidèles sont, bien entendu, les bienvenus au convict saint Vincent de Paul ! Spécialement le 13 janvier pour la journée « portes ouvertes ».
Que les Cœurs de Jésus et Marie, et saint Eloi, nous protègent tous !
Abbé Henri Forestier
Les Pontonniers de la Nouvelle Religion
Décembre 2006 - Abbé Philippe François, FSSPX
Bulletin du prieuré Marie-Reine, décembre 2006


LES PONTONNIERS DE LA NOUVELLE RELIGION

ou la mission des ralliés vis-à-vis de la Tradition

ON SAIT QUE les sacres de 1988 sont à l’origine des communautés ralliées, appelées aussi communautés « Ecclesia Dei » : «Une commission [commission « Ecclesia Dei »] est instituée (...) dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, des communautés religieuses et des individus, religieux ou religieuses, ayant eu jusqu’à présent des liens avec la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre et qui désireraient rester unis au successeur de Pierre dans l’Eglise catholique en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques » (extrait du Motu proprio « Ecclesia Dei » de Jean-Paul II, 2 juillet 1988, qui annonce par ailleurs l’excommunication de Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro-Mayer et des quatre évêques sacrés le 30juin 1988 à Ecône).

L’abbé Vincent Ribeton, nouveau supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pierre (FSSP), déclarait le 13 novembre 2006 sur le Forum Catholique dans la ligne du Motu proprio : il y a « le rôle de pont que doit jouer la FSSP vis-à-vis des prêtres et fidèles de la Fraternité Saint- Pie X ».

II ajoutait par ailleurs:

— « Je n’ai aucune hostilité envers la Fraternité Saint-Pie X. J’y compte des amis prêtres et j’y connais des familles édifiantes. De plus, je n’oublie pas que nous devons être pour eux un pont, nous devons leur montrer par notre attitude, par la liberté qui nous est donnée, qu’ils peuvent avoir confiance et faire le pas de la réconciliation avec Rome. (..) Heureusement, le pontificat de Benoît XVI nous donne de grandes espérances. » LE PONT DE LA BEREZINA

Quant à « la liberté qui est don née à la FSSP » par Rome et les évêques, le pont de M. l’abbé Ribeton fait penser, en cet automne 2006, à celui de la Bérézina pour les troupes napoléoniennes lors de la retraite de Russie: retrait par le cardinal Barbarin de la paroisse Saint-Georges à Lyon, fermeture, toujours à Lyon Francheville, de la Maison Saint Padre-Pio (année préparatoire au séminaire de Wigratzbad), passage au clergé diocésain de trois de ses prêtres lyonnais. A Versailles, N.-D. des Armées sera aussi retirée à la FSSP fin décembre par le maire, en accord avec l’évêque du lieu. Faute de place, nous ne pouvons énumérer ici tout ce que d’autres évêques viennent d’entreprendre contre les ralliés de leurs diocèses. Si nous élargissons au Barroux, Mgr Perl, secrétaire de la commission Ecclesia Dei, a fait récemment tout exprès le voyage depuis Rome pour venir réprimander les pères de la communauté hostiles à la célébration de la nouvelle messe, célébration souhaitée par une bonne partie des prêtres du monastère.
LE PONT D’AVIGNON

Quant à l’attitude de la FSSP qui doit nous inspirer confiance pour nous rapprocher des autorités romaines, nous nous limiterons à deux faits:

— sur l’oecuménisme : lorsque la Fraternité Saint-Pie X a publié en 2004 une étude de 45 p. intitulée « De l’oecuménisme à l’apostasie silencieuse », cosignée par nos quatre évêques, le district de France de la FSSP y a répondu par une critique de 100 p. dans sa revue « Tu es Petrus » ( n°96 - 97), justifiant les 25 ans d’oecuménisme de Jean-Paul II, y compris Assise.

— sur la nouvelle messe: dans ce même entretien du Forum Catholique (13.II.2006), M. l’abbé Ribeton déclare: « Je ne crois pas que célébrer la messe selon le nouvel ordo puisse en soi constituer un désordre moral objectif. (...) Compte tenu également du rôle de pont que doit jouer la FSSP vis-à-vis des prêtres et fidèles de la Fraternité Saint-Pie X, il me semble que les prêtres de la FSSP sont fondés à ne célébrer que le rite tridentin (…) Ceci étant dit, c’est à chaque prêtre de se déterminer de façon prudente » (pour célébrer ou non la nouvelle messe).

Ici, le pontonnier nous invite à le suivre sur le pont d’Avignon pour y danser le menuet du bi-ritualisme (situation des prêtres qui célèbrent la messe de toujours mais aussi la nouvelle messe) ou le quadrille de l’oecuménisme. Compte tenu de l’architecture particulière du célèbre pont, il est à craindre que ses efforts, si touchants au demeurant, ne tombent à l’eau.
LE PONT DE LA RIVIERE KWAÏ

M. l’abbé Ribeton veut finalement persuader prêtres et fidèles de la Tradition « qu’ils peuvent avoir confiance et faire le pas de la réconciliation avec Rome (...). Heureusement, précise-t-il, le pontificat de Benoît XVI nous donne de grandes espérances.

Le 8 septembre dernier, Mgr Fellay nous disait à Ecône: « Tant que la nouvelle messe et Vatican II restent la norme, un accord est un suicide ». En fait de confiance, on peut dire qu’elle n’a jamais été aussi mince de notre côté vis-à-vis des autorités romaines, notamment à cause de la volonté arrêtée de Benoît XVI de continuer à appliquer le Concile quant à la liberté religieuse, l’oecuménisme et la collégialité. Ses dix-huit mois de pontificat le montrent clairement, à moins de nier l’évidence.

Finalement, les choses étant ce qu’elles sont au Vatican, « le pas de la réconciliation avec Rome » évoquerait plutôt une apothéose façon film amé ricain à grand spectacle comme « Le Pont de la Rivière Kwaï », pour ne pas quitter la charitable image du pont que les ralliés nous construisent depuis seize ans à la sueur de leur front dans la jungle conciliaire - et ça n’est pas drôle tous les jours, croyez- moi.

Jeunes ou moins jeunes, nous avons tous regarde cela : le jour de l’inauguration, richement pavoisé et sifflant à travers la forêt tropicale, le train du ralliement approche, s’engage sur le pont stratégique et ... boum !...en un instant, tout sombre au fond de la rivière Kwaï !
Que Saint Pie X et Monseigneur Lefebvre, continuent à veiller sur leur Fraternité, fondée pour la véritable restauration du sacerdoce catholique, sans lequel il ne pourra y avoir de renouveau dans la Sainte Eglise Romaine!

Abbé Philippe François
Un nouvel institut pour la Tradition ?
Abbé Patrick de la Rocque - "Lettre à nos frères prêtres" n° 32 - décembre 2006 - LNFP
Un nouvel institut pour la Tradition ?
En septembre 2006, une nouvelle étonnante a été publiée : sous la direction de l’abbé Philippe Laguérie, un nouvel Institut, prenant le nom du Bon Pasteur, venait d’être fondé par la Commission Ecclesia Dei. Comment comprendre, comment interpréter un tel événement, dont ont résonné tous les médias, même suisses ? Plus intéressant et plus utile sera d’examiner ce que peut nous apprendre cette érection sur la situation actuelle à Rome.

« A Rome, le cardinal Castrillon Hoyos peut arriver à établir des ponts. C'est bien. Mais à condition que cela se fasse en vérité. » Le propos a trait à la reconnaissance de l’Institut du Bon Pasteur par la Commission Ecclesia Dei, le 8 septembre dernier. Emanant d’un archevêque français, il est cinglant.
Sans doute ces propos expriment-ils une part d’amertume devant les procédés utilisés : on ne peut que s’étonner de voir l’épiscopat français, et plus précisément le cardinal archevêque de Bordeaux, placé devant le fait accompli. Pourtant, c’est davantage le fond de cet accord que son mode d’élaboration qui a provoqué une levée de bouclier. Peut-on en effet parler de réconciliation véritable, lorsque les problèmes de fond demeurent identiques, pour la bonne et simple raison qu’ils ont été délibérément occultés ? Nul n’ignore que les divergences existant entre la Fraternité Saint-Pie X et la Rome actuelle ne se réduisent pas à des querelles disciplinaires, mais relèvent du domaine doctrinal.
Dès lors, procéder à une reconnaissance de certains prêtres issus de la Fraternité Saint-Pie X sans que ne soient abordés ces dissensions doctrinales relève sinon de la tromperie, du moins de l’utopie. Il y a là me semble-t-il un manquement au devoir de vérité, et volontiers je souscris au propos du père Piétri (in La Croix du 25/11/06) : « Derrière l’effort tenté en direction d’anciens tenants d’Ecône, il y a, non pas une tromperie délibérée, mais un déficit de vérité. »
Une telle carence de vérité peut devenir dommageable. Outre le fait que le chrétien - et qui plus est l’homme d’Eglise - est appelé à se conduire en fils de lumière beaucoup plus qu’en pur stratège, il est toujours dangereux de laisser ainsi la vérité au second plan : lorsque la vérité ne guide plus, les passions ne tardent guère à s’emparer des commandes. Elles ne furent hélas pas absentes des réactions qui suivirent l’érection de l’Institut du Bon Pasteur (IBP). Mgr Dagens le notait à sa manière : « Avec la création de l’Institut du Bon Pasteur, Rome procède par un ralliement partiel de prêtres. Est-ce un acte de réconciliation ? J’ai plutôt l’impression que cela réveille des rapports de force, où il y aurait un gagnant et un perdant. Pourtant je ne crois pas que les rapports de force soient la loi qui détermine la vie selon le Christ et l’Evangile. »
Ces tâtonnements, hélas douloureux et sans doute peu productifs, balisent néanmoins le chemin d’une réconciliation vraie. Elle ne pourra faire l’économie d’un débat doctrinal de fond. Sans doute sera-t-il laborieux, mais sûrement déterminant. C’est pour en être persuadée que la Fraternité Saint-Pie X a écarté par principe de potentiels accords qui ne seraient que pratiques : elle s’est toujours refusée à omettre les débats de fond. Certains l’ont alors accusée de rejeter la main tendue par Rome, au risque de s’enfoncer toujours plus dans la dissidence. Les faits récents qui ont entouré la création de l’IBP disent toute l’injustice de ces reproches : on ne bâtit point une maison sur du sable, surtout lorsqu’il s’agit de bâtir la maison de Dieu.
Plus que jamais désireuse de ces indispensables discussions doctrinales – qui pourraient alors s’apparenter aux disputationes antiques – la Fraternité Saint-Pie X s’efforce donc de favoriser les conditions nécessaires à ce débat clarificateur, en éloignant par exemple tout climat passionnel ou violent. C’est en ce sens qu’elle œuvre à la libéralisation totale du rite tridentin de la messe, afin que cesse l’injuste violence faite à l’endroit de ce trésor fécond.
Abbé Patrick de la Rocque
La libéralisation du rite tridentin
Une menace pour l'unité ecclésiale?
Abbé Celier - "Lettre à nos frères prêtres" n° 32 - décembre 2006 - LNFP
La libéralisation du rite tridentin
Une menace pour l'unité ecclésiale?

Nombreuses, les voix épiscopales se sont exprimées :
« Nous ne pourrions pas accepter l’éclatement de nos communautés chrétiennes au gré des sensibilités et des goûts de chacun en matière liturgique. »
« La liturgie n’est pas un spectacle dont on pourrait critiquer à loisir le programme et la distribution et corriger les partitions. Elle est l’expression de la foi et de la communion de l’Église. Elle est, en régime chrétien, l’action constitutive de l’Église. »
 « Si on voulait, de manière autoritaire, imposer un bi-ritualisme, on serait dans une situation grave et préoccupante. La liturgie n’est pas un objet qui peut être manipulé. Les rites ne sont pas la propriété de groupes humains. La question de l’unité de l’Église est en jeu. »
« On ne saurait livrer le choix d’une des formes du rite romain – messe de “Saint Pie V” ou messe de “Paul VI” – à sa seule subjectivité. Une Église où chacun construirait sa chapelle à partir de ses goûts personnels, de sa sensibilité, de son choix de liturgie ou de ses opinions politiques ne saurait être encore l’Église du Christ. »
« On parle de la “libéralisation” de la messe de Saint-Pie V. Cette expression me laisse perplexe. Peut-on  critiquer le libéralisme dans la société civile et inciter à le pratiquer dans le  corps du Christ en laissant à chacun la liberté de choisir selon sa sensibilité ? Est-ce cela, la foi ? Est-ce qu’on se fait sa religion à soi ? La liturgie est au-delà des libertés individuelles. »
 Ces interventions dénoncent le projet pontifical sous prétexte qu’il menacerait l’unité ecclésiale. Sous des dehors déférents, l’objection consiste à accuser Benoît XVI du reproche qu’il adresse si souvent à l’endroit de nos sociétés modernes : le relativisme. Accorder libre champ au rite tridentin et laisser à chacun le choix de son rite revient à introduire le relativisme en matière liturgique, au plus grand dépend de l’unité ecclésiale.
L’argument ainsi utilisé fait tristement sourire. Il émane de ceux-là même qui défendent la créativité liturgique, qui encouragent l’inculturation des rites. Tandis que règne toujours une grande disparité liturgique au sein des paroisses de France, voici  dénoncé le rite multiséculaire et unifié de l’Église comme facteur de division. Il fallait oser. Un tel argument ne peut que remettre en cause la sincérité de ceux qui pourtant prétendent marcher dans la vérité et la charité. A ceux-là, le cardinal Ratzinger avait répondu à sa manière ; c’était en 1998 : « La différence entre la liturgie selon les livres nouveaux, comme elle est pratiquée en fait, est souvent plus grande que celle entre la liturgie ancienne et la liturgie nouvelle, célébrées toutes les deux selon les livres liturgiques prescrits. »
En cet argumentaire, les opposants à Benoît XVI utilisent une arme à double tranchant, dont la première victime est le missel de Paul VI lui-même. Car enfin, s’il est certain que « la liturgie n’est pas un spectacle dont on pourrait critiquer à loisir le programme ou corriger les partitions » ; si tous admettent que « la liturgie ne peut être manipulée » ; l’honnêteté réclame aussi de reconnaître que les liturges ayant enfreint ces évidences ne sont pas les défenseurs du rite tridentin, mais bien les créateurs du missel de Paul VI. Quel fut en effet le travail confié à Mgr Bugnini ? Lui-même s’en expliqua : « Il ne s’agit pas seulement de retoucher à une œuvre d’art de grand prix […] Il s’agit bien d’une restauration fondamentale, je dirais presque d’une refonte : et, pour certains points, d’une véritable nouvelle création. » Nous voici donc en pleine manipulation, voici la liturgie entre les mains d’un groupuscule d’“experts” qui d’un coup de gomme décident du sort de la prière antique de l’Église.
L’honnêteté réclame de reconnaître la réalité de ces faits. Être crédible est souvent exigeant. Et ceux qui prétendent accomplir une démarche de vérité et de charité ne le seront que dans la mesure où ils reconnaîtront le rite de Paul VI pour ce qu’il est : une manipulation liturgique. A notre connaissance, il ne s’est trouvé qu’un seul évêque pour avoir une telle honnêteté, lorsqu’il écrivait : « La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète s'est éloi­gnée toujours davantage de son origine. Le résultat n'a pas été une réanimation, mais une dévastation. A la place de la liturgie, fruit d'un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n'a plus voulu continuer le devenir, maturation organique du vivant à travers les siècles, et on l'a remplacé, à la manière de la production technique, par une fabri­cation, un produit banal de l'instant.» C’était en 1990, et cet évêque s’appelait Joseph Ratzinger.
C’est aussi pour avoir refusé une telle manipulation de la liturgie que certains ont gardé le rite multiséculaire et unifié de l’Église latine.
  
Abbé Grégoire CELIER
Des nouvelles du Bon Pasteur
Novembre/décembre 2006 - Le Mascaret - Abbé Philippe Laguérie
Quelques nouvelles de notre jeune Institut qui, d’elles-mêmes, nous encourageront à persévérer dans le bel effort entrepris comme à remercier la douce Providence de tant de grâces en si peu de temps !
• Notre séminaire Saint Vincent à Courtalain fonctionne à merveille sous la houlette des abbés Aulagnier (supérieur) et Forestier (directeur) ; nos cinq séminaristes avec nos deux frères seront très vite rejoints par quatre puis encore quatre séminaristes sud américains. Tous apprennent, dans le silence et la prière que « si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il ne porte pas de fruit ». Quatre professeurs s’y succèdent sans relâche, en plus des cours fondamentaux de l’abbé Forestier sur la vie spirituelle : Messieurs les abbés Héry, de Tanoüarn, Barthe et votre serviteur. Quelle équipe !
• Car l’arrivée des sud-américains tient au zèle formidable déployé par notre premier supérieur de district, Monsieur l’abbé Rafaël Navas, nommé début novembre lors de son passage à Bordeaux. C’est vous dire le travail spectaculaire accompli en un mois par ce prêtre zélé et doux à la fois. Soutenons le de nos prières dans ce chantier qui commence au Mexique et s’arrête en Terre de feu !
• A Rome notre valeureux, Don Carlo Cecchin préside une maison de quatre étudiants studieux, ( dont lui !) avec un prêtre polonais, l’abbé Krolikowsky (en philosophie) et deux séminaristes (à rajouter aux autres), l’un en droit canon et l’autre en théologie.
• Ce qui porte aujourd’hui notre Institut à une dizaine de prêtres incardinés en lui et presque une vingtaine de séminaristes. D’autres demandes, tant de prêtres que de séminaristes sont à l’étude et la grande circonspection nécessaire dans ce domaine nous oblige aussi à la plus grande discrétion. J’invite d’ailleurs, à ce propos, et très cordialement, quelques confrères extérieurs à vouloir bien s’occuper de ce qui les concerne. La jalousie n’a jamais porté de beaux fruits…
• A Paris, notre très vaillant abbé de Tanoüarn prospère régulièrement (je parle de ses œuvres, naturellement). Il vient de signer un succès magnifique avec 1200 entrées à la Mutualité pour le premier congrès de l’Institut ! Il est temps de le soulager dans son apostolat, ce qui, grâce à Dieu, ne saurait tarder.
• Nos relations avec les évêques se multiplient et quoiqu’on n’en puisse rien dire, par discrétion convenue entre eux et nous, elles sont toutes très encourageantes, voire inespérées. Il est facile de comprendre que nous préférons annoncer les choses faites et bien faites plutôt que de satisfaire à une curiosité intempestive qui les compromettrait.
• On notera que la revue « Objections » est devenue officiellement la revue « d’études et d’actualité » du Bon Pasteur. Enfin le vrai débat de fond, sans peur d’aucune question qui fâche mais aussi sans ressentiment ni question de personnes peut s’ouvrir dans « l’Eglise qui est en France », avec respect et charité.
Je vous invite donc, bien chers amis, à une prière ardente pour tous les membres de l’Institut, sous la houlette et dans la grâce du Bon Pasteur. En ce temps de l’Avent qui s’ouvre, revenons avec plus de zèle à nos prières, dans le silence et la ferveur.
Ne nous occupons pas des détracteurs, mais travaillons à vaincre le mal par le bien.
Nous attendons dans l’Espérance et la prière le Motu Proprio annoncé du Pape Benoît XVI. Il devrait confirmer pour tous la liberté qui est déjà la nôtre…et permettre à de nombreux prêtres de célébrer les Saints mystères sans entraves dans toutes les paroisses catholiques… y compris, on l’espère, à Saint Nicolas du Chardonnet ! Il devrait apporter à l’Eglise un grand souffle de fraîcheur et de grâce. Un récent sondage établit que 65 % des français y sont favorables. Encourageant, non ?
Abbé Philippe Laguérie
Marginalisation de la foi
Novembre/décembre 2006 - Le Mascaret - Bertrand Le Noac'h
Emile Poulat s’interroge : « l’Institut du Bon Pasteur est-il "intégriste", "traditionaliste" ? ». Le désarroi de l’intellectuel est touchant, mais à vouloir penser le fait religieux à travers le prisme sociologique il se prive de toute explication philosophique ou théologique. En reprenant à son compte la définition du Père Congar : un intégriste est un catholique de droite, il enferme les catholiques dans des catégories incapables par elles-mêmes de rendre compte des divisions qui les traversent.
« Quel est le point commun entre tous ? Finalement, une vision commune du monde. Tous se sentent menacés par l’évolution sociale, trouvent dans les fraternités traditionalistes une protection contre la modernité et ses errements libéraux et "cosmopolites". ». A ce titre le militant CGT qui occupe son usine délocalisée par un fond de pension est un traditionaliste en puissance. José Bové, Monseigneur Lefebvre même combat !
Cette approche n’est jamais qu’un moyen d’esquiver les questions théologiques et de dresser un cordon sanitaire, avec l’aide puissante du politiquement correct, contre ceux qui tentent de reconstruire.
La division porte plus sur l’interprétation de la modernité que sur des concepts purement politiques ou sociologiques. D’une part ceux qui réduisent la foi au fidéisme, avec l’idée que seule la foi compte et affranchissent la foi de la raison, d’autre part ceux qui, au contraire, ont réduit la raison aux critères étroits de la science moderne, qui sont logico-empiriques, et conduisent à une exclusion méthodique de Dieu.
Ces deux erreurs empoisonnent le catholicisme, depuis ce que l’on a appelé la crise de la conscience européenne. Au delà de la guerre de « 70 » sur la question liturgique, l’enjeu de fond est bien philosophique : restaurer ce lien connaturel entre la foi et la raison. « Le courage de s'ouvrir à l'ampleur de la raison et non de nier sa grandeur – tel est le programme qu'une théologie se sachant engagée envers la foi biblique doit assumer dans le débat présent. » (Benoît XVI)
Bertrand Le Noac’h
Prophètes
Novembre/décembre 2006 - Le Mascaret - Abbé Roch Perrel
Durant le temps de l'avent qui nous rappelle la longue attente du Messie, la liturgie met à l'honneur deux prophètes importants : Isaïe et saint Jean-Baptiste. Un prophète n'est pas seulement quelqu'un qui annonce l'avenir, c'est le sens qu'on lui donne habituellement, il n'est pas faux, les prophètes ont annoncé par avance le temps où devait naître le Messie, qu'il devait naître d'une vierge etc... Mais surtout, le prophète est un envoyé de Dieu pour guider son peuple, pour le reprendre. Dans la Nouvelle Alliance, il n'y en a plus besoin puisque Jésus-Christ a fondé une Église et qu'il a envoyé ses disciples enseigner toutes les nations. C'est aux successeurs des apôtres qu'il revient de prêcher et de reprendre le peuple ; mais dans l'Ancienne Alliance, il n'en était pas ainsi, il y avait bien un clergé pour offrir les sacrifices au Temple mais pour transmettre la révélation, la parole de Dieu, Yahvé passait par le truchement des prophètes.
Une autre raison de la disparition des prophètes est que la Révélation est close depuis la mort du dernier apôtre, il n'y a plus rien à ajouter, Dieu ne va pas nous révéler des nouveautés.
Enfin, et c'est la raison la plus profonde, c'est que Jésus-Christ est apparu, revêtu de la dignité de prêtre, prophète et roi, il est le prophète par excellence, tout est récapitulé en lui.
Le prophète est envoyé par Dieu, il est saisi par lui. La vocation du prophète Isaïe est célèbre : l'année de la mort du roi Ozias, il voit la gloire de Dieu et des séraphins autour du trône qui chantent le Dieu trois fois saint. À ce chant, Isaïe répond qu'il a les lèvres impures et un séraphins prend une braise et l'applique sur la bouche d'Isaïe :
« Maintenant que ceci a touché tes lèvres, ton péché est enlevé, ta faute est effacée » (Is 67). Il est remarquable que la liturgie mentionne cette purification d’Isaïe avant de prêcher la parole de Dieu quand le prêtre, avant de chanter l’évangile, récite le Munda Cor : « Purifiez mon cœur et mes lèvres, Dieu tout-puissant qui avez purifié les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent. »
Il y a un parallèle avec saint Jean-Baptiste, Isaïe avait précisé le temps de sa vocation (l'année de la mort du roi Ozias), saint Luc aussi se plaît à situer dans le temps le ministère du Baptiste. Ensuite, comme pour Isaïe, « la parole du Seigneur se fit entendre à Jean » (Lc 32), il semble que saint Jean-Baptiste ne puisse pas échapper à la parole de Dieu, elle le prend avec une telle force qu'il ne peut pas lui résister.
La comparaison entre Isaïe et saint Jean-Baptiste se poursuit en ce que tous les deux ont été purifiés, Isaïe par un charbon ardent, saint Jean-Baptiste par le désert. Il s'était retiré au désert, « vêtu de poils de chameau et d'un pagne de peau autour des reins, et il mangeait des sauterelles et du miel sauvage » (Mc 16). Par sa pénitence, par ses mortifications, il pût se préparer à sa mission qui était de disposer son peuple à accueillir le Messie. « Et sortait vers lui tout le pays de Judée, ainsi que tous les habitants de Jérusalem, et ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, en avouant leurs péchés. » (Mc 15) A partir du moment où, Dieu ne parlait à son peuple que par les prophètes, on comprend que l’apparition d’un prophète suscitât un tel enthousiasme après quatre siècles sans prophètes ! Et quel prophète, puisque c’est celui dont Jésus dira : « parmi les enfants des femmes, il n’en est point paru de plus grand que Jean-Baptiste » (Mt 11). C’est aussi celui dont Hérode, apprenant les miracles de Jésus, pensera qu’ils sont l’œuvre de Jean-Baptiste ressuscité.
En se retirant au désert, saint Jean-Baptiste exécute ce qu’avait prédit Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. » (Is 403) ; au sens premier, la prophétie s’adressait aux Juifs déportés à Babylone qui espéraient revenir dans la Terre Promise, il fallait donc préparer la route du retour. Mais au sens spirituel, saint Jean Chrysostome commente ainsi : « Il annonce l’exaltation des humbles et l’abaissement des superbes, les aspérités de la loi faisant place aux merveilleuses facilités de la foi. Plus de sueurs ni de travaux pénibles, semble-t-il dire, mais la grâce et le pardon des péchés, qui nous rendront le salut si facile. (…) Les sentiers tortueux et raboteux représentent ici toute existence dépravée, les publicains et les fornicateurs, les larrons et les mages ; car, après avoir marché dans les chemins de l’iniquité, ils entreront dans la voie droite. »
Abbé Roch Perrel
Un carrefour qui fait mouche
Novembre/décembre 2006 - Le Mascaret - Abbé Prieur, diacre
Lundi 20 novembre 2006, le Congrès tant attendu, organisé à la Mutualité par l’abbé de Tanouärn s’est déroulé dans une atmosphère chaleureuse. Le thème ? « La Tradition Catholique notre Bien Commun ». On l’aura compris, le propos n’était pas de trancher des questions en cours mais de prendre acte de ce qu’il était désormais possible de débattre en commun sur un thème indiscutable : la Tradition Catholique ; non pas de prétendre résolues les questions des années soixante-dix, mais de prendre acte de ce qu’un trait à été tiré sur une prépotence désormais passée. Un nouveau paysage s’offre à nous : celui des confrontations aimables sur le fond. Dans un contexte dramatiquement contraire, le but n’est-il pas de favoriser les reconquêtes de l’Eglise ? Le veut-on, oui ou non ?
La réponse a été donnée devant 1200 personnes attentives, assidues aux interventions et débats qui se sont succédés à la Tribune. Il fallait supposer que ce fût possible ailleurs que dans l’atmosphère feutrée des dicastères : en France et sur le terrain où il n’y a pas de petits nuages pour flotter autour de vos têtes et vous illusionner, l’Eglise y est un laboratoire qui ne trompe pas. On peut donc débattre entre catholiques, et éventuellement - proh pudor ! - se fréquenter entre frères jusque là ennemis ou entre loyaux adversaires.
Il est indiscutable que Benoît XVI a “tracé la ligne” par quelques actes caractéristiques qui méritent la reconnaissance : « Merci Très Saint Père ! ». Qui osera dire que ce Pontificat n’ait pas d’ores et déjà changé le climat ambiant. Si on ne l’admet pas, la question est close. Si on l’admet, on retrousse ses manches.
Une circonstance ajoutait au piquant de la confrontation : l’article intolérant d’un journaliste et non des moindres, Jean-Pierre Denis, directeur de la Vie à l’égard de notre Supérieur Général, l’abbé Philippe Laguérie. On y relevait cependant quatre questions intéressantes. L’abbé de Tanouärn lui répondit avec brio dans sa revue Objection et le convia à ce colloque. Il était là. Merci à lui. L’ambiance bon enfant aura étonné le journaliste.
Le premier débat entre Jeanne Smits (directrice de Présent) et Philippe Maxence (rédacteur en chef de L’Homme Nouveau), montrait où les clefs de Pierre avaient dégrippé le système. Suivait un colloque avec l’abbé Héry (cf : sa chronique inactuelle), Olivier Pichon et Rémi Fontaine où il était débattu des réactions de l’épiscopat français. Puis l’abbé Aulagnier donna de la voix pour illustrer l’état de la question sur la Messe, montrer ce qui est accordé et lever les craintes de l’épiscopat. Ensuite, l’abbé Claude Barthe, subtil “vaticanologue” , fit le parallèle entre Jean XXIII et Benoît XVI, deux papes de transition avec, pour chacun, un mouvement de balancier opposé.
Vint un moment attendu : le débat mené par Daniel Hamiche avec, outre deux directeurs de Presse : Jean Pierre Denis de “La Vie” et Gérard Leclerc de “France Catholique”, monsieur l’abbé Laguérie et « notre ami le journaliste de l’extérieur », Bruno Larebière, rédacteur en chef du Choc du Mois. Excellent climat de confrontation et efficace meneur de jeu : chacun est ce qu’il est, tous admettent qu’il faut un nouveau regard sur la situation. Le plus caractéristique aura peut-être été ce touchant besoin chez nos deux journalistes d’affirmer leur foi, l’un avec pudeur l’autre avec émotion, tandis que Bruno Larebière nous bouleversait, lui qui disait ne pas croire, par son témoignage très réaliste, disant in fine ce qu’il trouve à Saint Eloi.
Au total les abbés de l’Institut du Bon Pasteur donnèrent de la hauteur et l’abbé Laguérie, sûr et souple, n’y manqua pas.
Enfin un dernier colloque entre l’abbé de Tanouärn et l’abbé Leclère, professeur de philosophie. Celui-ci exaltait le magistère de Vatican II comme relevant du Magistère Ordinnaire et Universel, et partant, infaillible. Pourquoi alors se ménage-t-il un espace critique, lequel, et à quel titre ? Il s’agit au contraire, sur les traces du pape et de facto, d’ouvrir largement les voies interprétatives. Qu’on se le dise !
L’abbé de Tanouärn pouvait enfin manifester sa joie et nous inviter à remettre ça. Coup au but !
Abbé Claude Prieur, diacre

13 décembre 2006

Benoît XVI ouvre les bras aux Traditionalistes
Céline Pascot - Minute - 13 décembre 2006
Benoît XVI ouvre les bras aux Traditionalistes Merci au Bon Pasteur
Chez les cathos tradis, on ne savait plus que croire – hormis en Dieu bien sûr. On savait que des pourparlers étaient en cours avec Rome, mais depuis le temps qu’on parlait de rapprochement… Et puis vendredi, l’accord a été signé. Les tradis sont dans Rome. Du moins une partie d’entre eux. Mais pas des moindres.
«Pour l’abbé, hip, hip, hip ! » « Hourra ! » enchaînent les paroissiens. A la sortie de l’église Saint-Eloi, dimanche dernier à Bordeaux, sur un parvis réduit à sa plus simple expression en raison de travaux de voirie mais où l’on parvient tout de même à se masser, qui derrière les barrières, qui dans l’enceinte du chantier, un triple ban accueille l’abbé Philippe Laguérie, qui, durant l’office, du haut de la chaire, vient d’annoncer la bonne nouvelle qu’il avait laissé espérer le dimanche précédent en confiant aux fidèles qu’il partait pour Rome : l’accord est enfin signé, un accord qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’historique entre le Saint-Siège et des prêtres traditionalistes.
Interpréter le concile, c’est possible
Deux jours plus tôt, le vendredi 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation du clergé, a érigé, au nom du Saint-Siège, l’Institut du Bon Pasteur en société de vie apostolique. Présenté comme cela, il n’y a pas de quoi émouvoir les foules. La nouvelle, pourtant, diffusée dès 13 heures par une agence de presse vaticane, soit une heure après que l’accord a été officiellement conclu, est reprise par l’ensemble des médias, journal de 20heures inclus. Pourquoi un tel intérêt pour un sujet, qui, a priori, n’intéresse pas la presse ? Parce que ce qui vient de se passer brise une logique de rupture, une dynamique de séparation même entre Rome et les catholiques traditionalistes qui, enclenchée après la décision de Mgr Marcel Lefebvre de sacrer quatre évêques en juin 1988 contre la volonté de Rome, n’avait fait que s’accroître et dont on finissait par penser qu’elle était sans issue.
Or l’accord de la Nativité a ceci d’exceptionnel – de « formidable » a dit l’abbé Laguérie – qu’il a été initié par Benoît XVI, qu’il a obtenu le plein accord de la conférence épiscopale française et qu’il accorde aux traditionalistes, plus que le droit de pratiquer le rite tridentin (la messe en latin et la liturgie d’avant le concile Vatican II), le devoir de le faire ; plus, aussi, que le droit de critiquer ce fameux concile, le devoir là encore de procéder à une « critique sérieuse » de celui-ci permettant au Saint Siège d’en livrer « une interprétation authentique », reconnaissance implicite, de la part de Rome, que celle-ci n’a jamais été donnée.
Des exclusions au final bénéfiques
Concrètement, ce 8 septembre, le cardinal Castrillon-Hoyos, préfet de la Congrégation du clergé, a érigé (créé), au nom du Saint-Siège, un institut de droit pontifical appelé Institut du Bon Pasteur, dont le siège est à Saint-Eloi et dont l’abbé Laguérie est le supérieur. Il peut – et va – ouvrir un séminaire à Courtallain, ainsi qu’un convict (une maison d’études) à Rome, afin de permettre aux prêtres et séminaristes avancés dans leurs études de terminer leur formation et d’obtenir les grades universitaires. « L’usage exclusif de la liturgie grégorienne » lui est octroyé, et le rite traditionnel est le « rite propre » de l’Institut, ainsi que le cardinal Castrillon Hoyos l’a clairement exprimé. Et le fait que l’Institut soit érigé ad experimentum pour cinq ans n’est pas le produit d’une méfiance romaine particulière ; c’est, sinon la règle, du moins l’usage.
Ce « pape de géant », selon le lapsus commis dimanche par l’abbé Laguérie qui voulait bien sûr parler de « pas de géant » – à moins que ce ne soit la sono défaillante qui ait révélé l’inconscient du prêtre… – est paradoxalement dû, involontairement s’entend, à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, créée en 1970 par Mgr Lefebvre et qui, dirigée aujourd’hui et pour douze ans encore par Mgr Fellay, puisqu’il vient d’être reconduit à sa tête, s’oppose, elle, à un accord qu’elle juge insatisfaisant pour des raisons qui sont sans doute très valables mais qu’il serait nécessaire qu’elle explique un peu précisément.
C’est en effet « grâce » à la Fraternité que l’abbé Aulagnier d’abord, qui en avait été le supérieur pour le district de France, puis les abbés Laguérie et Héry, enfin l’abbé de Tanoüarn, ont eu toute liberté de négocier avec le Vatican, la Fraternité Saint-Pie X ayant décidé de la leur rendre, cette liberté, en les priant tour à tour d’aller exercer leurs compétences ailleurs. Ce fut, pour les trois derniers du moins, la fameuse crise de l’été 2004, que nous avions été les premiers à relater sous le titre « Du rififi chez les cathos tradi » (« Minute » n° 2168 du 25 août 2004).
A ces exclusions qui suivirent le rififi donc, malheur fut bon. Remercié en avril 2005 – le mois de l’élection de Benoït XVI au trône pontifical –, l’abbé de Tanoüarn, qui allait créer le Centre Saint-Paul à Paris, entreprit un rapprochement avec Rome, qui, pour qui connaît Tanoüarn, ne pouvait être accompagné d’aucun reniement. Pour rendre à César ce qui est à César, c’est l’abbé Claude Barthe, auteur notamment de Quel chemin pour l’Eglise (2004), qui, le premier, engagea les négociations avec la Curie afin d’obtenir la levée des sanctions à l’égard de ceux qui le souhaitaient. Moyennant quoi ? La signature d’un acte d’adhésion en cinq points leur permettant de poursuivre le combat traditionaliste tout en revenant dans le giron de Rome. C’est ce même engagement qu’ont signé les membres du Bon Pasteur. A l’automne 2005, trois actes d’adhésion furent enregistrés : ceux des abbés Barthe, de Tanoüarn et Guelfucci.
Le pas suivant fut accompli par le pape – et cette fois ce n’est pas un lapsus – dans son discours peu analysé sur le moment du 22 décembre 2005, où il affirma que le concile pouvait être l’objet d’interprétations, chose inédite dans l’histoire de l’Eglise dans la mesure où le propos déniait à Vatican II une valeur normative. Il fallait déjà en déduire que l’interprétation authentique n’en avait pas été livrée par Rome. Si Rome n’y était pas parvenu en quarante ans, qui allait pouvoir l’y aider ? Se poser cette question, c’était trouver le début de la solution.
Champagne au Vatican !
Une dernière étape que l’on pourrait qualifier de préliminaire fut la visite en France de Mgr Rifan, évêque de l’administration apostolique saint Jean-Marie Vianney dans le diocèse de Campos, au Brésil, très lié à l’abbé Aulagnier et qui accomplit, à la demande de Rome, une sorte d’inspection ecclésiastique au centre Saint-Paul comme à Saint-Eloi, accompagnée d’une adjuration aux fidèles de ne pas se laisser enfermer dans une dérive sectaire – il n’employa pas le mot mais le sens y était.
Il faut croire que son inspection fut positive puisque peu après, en avril dernier, Rome accepta, en la personne de Mgr Castrillon Hoyos, mandaté évidemment par Benoît XVI, une première rencontre avec les abbés Aulagnier, de Tanoüarn, Laguérie et Héry. Selon l’un des participants, le préfet, déjà, était « rayonnant ». Il fallut néanmoins plusieurs autres voyages à Rome – tantôt Tanoüarn seul, tantôt le quatuor – pour que tous signent les actes d’adhésion et que les pourparlers aboutissent, avec, durant l’été, une rencontre entre l’abbé Laguérie et Mgr Ricard, cardinal archevêque de Bordeaux et, surtout, président de la Conférence épiscopale de France. Sitôt que Mgr Ricard eût donné son aval, il n’y avait plus d’obstacle.
Dimanche dernier, l’abbé Laguérie a cité Jeanne d’Arc : « Les hommes d’armes combattent et Dieu donne la victoire », rappelant à ses paroissiens, ce qui n’est jamais superflu, qu’« il est inutile de prier si on ne fait rien » et inversement. Cette victoire, cette « reconnaissance que nous étions catholiques » ne sont toutefois qu’un début. Un point de départ et non un aboutissement. L’Institut du Bon Pasteur a du pain sur la planche. L’une de ses missions est d’ouvrir de nouvelles paroisses. Il va lui falloir des moyens et des hommes. Déjà, un prêtre polonais, ancien de la Fraternité Saint-Pie X, a rejoint l’Institut du Bon Pasteur, et plusieurs prêtres d’Amérique latine, qui en avaient eux aussi été exclus, s’apprêtent à faire de même. Le prochain « heureux événement » est attendu pour l’automne. Benoît XVI devrait autoriser la célébration de la messe selon le rite tridentin dans l’ensemble de l’Eglise.
Cette première victoire, les abbés traditionalistes romains n’ont pas attendu leur retour à Paris et à Bordeaux pour la fêter. A Rome, vendredi, après la signature solennelle, le cardinal Castrillon Hoyos a fait servir les petits fours et le café. Les prêtres français n’avaient pas apporté de vin de bordeaux ; il aurait mal supporté le voyage. Les deux bouteilles de champagne, l’une de Moët & Chandon, l’autre de Veuve Clicquot, qu’ils avaient dans leur besace, ont très bien fait… office.
Céline Pascot
Article paru dans Minute n°2273 pp.10 et 11

12 décembre 2006

La porte n'est ouverte sur rien!
12 décembre 2006 - paixliturgiquereims.org
Aujourd’hui, mardi 12 décembre, nous avons rencontré Monseigneur JORDAN à l’évêché de Reims, afin de lui remettre vos suppliques pour obtenir la Messe chaque dimanche selon le rite de saint Pie V.
Cet entretien a débuté de façon cordiale, Monseigneur JORDAN nous demandant ce que nous désirions.
Notre réponse fut : « La Messe selon le rite de saint Pie V ».
Monseigneur JORDAN parla alors longuement de son esprit d’ouverture qu’il aurait largement pratiqué à Versailles quand il était vicaire général et à Pontoise. Les fidèles de ces diocèses devraient lui être reconnaissants d’avoir favorisé le rite traditionnel !
A son arrivée à Reims, Monseigneur JORDAN n’a eu aucun écho de quelque demande que ce soit de « traditionalistes » dans le diocèse. Les 250 personnes assistant chaque dimanche à la Messe de la FSSPX ainsi que les entretiens avec plusieurs familles ne comptent donc pour rien.
Ce n’est que depuis 2003 que notre archevêque est sollicité pour l’application du motu proprio « Ecclesia Dei » à Reims. A ce sujet, Monseigneur JORDAN a corrigé l’article de LA CROIX du 2 novembre 2006, en confirmant avoir reçu à l’époque quelques 64 courriers  et que le chiffre de 2/3 familles n’était pas celui qu’il avait dit. D’autre part, contrairement à ce qu’il est paru dans le journal L’UNION DE REIMS du 11 novembre 2006, Monseigneur JORDAN a reconnu nous avoir rencontré à cette époque (octobre 2003 puis, janvier 2004).
Très souvent, Monseigneur JORDAN a affirmé sa volonté d’unité ecclésiale. Il nous a presque convaincu que c’était son souci premier. Pour cela, il est prêt à soutenir le futur motu proprio de Benoît XVI dont on parle tant, qui est selon lui, non encore rédigé à ce jour. Il apporte cependant une restriction, seuls ceux qui suivent la FSSPX pour la seule raison liturgique peuvent prétendre à la communion. La réconciliation avec l’Institut du Bon pasteur est une erreur dans sa forme. C’est allé trop vite.
En conclusion, Monseigneur Thierry JORDAN, archevêque de Reims acceptera de commencer à réfléchir à la question liturgique si le collectif pour la paix liturgique à Reims cesse ses activités pour se consacrer à établir des « têtes de ponts » avec les fidèles qui ont suivi Monseigneur LEFEBVRE en 1988. L’obéissance depuis cette date de tant de catholiques rémois n’a apparemment aucune valeur.
Notre archevêque nous a alors dit qu’il ne savait même pas combien de personnes étaient concernées par notre demande, malgré qu’il reçoive régulièrement des mails en ce sens qu’il jette à la corbeille !
Nous avons, une grande tristesse dans l’âme, constaté qu’à aucun moment Monseigneur JORDAN n’a semblé vouloir ouvrir la porte contrairement à ce qu’il a parait-il affirmé au journaliste de L’UNION.
Reprenant points par points, la situation de la querelle liturgique dans le diocèse, lui rappelant notre regret de cette situation dans laquelle nous étions acculés, nous avons rappelé que le futur motu proprio de Benoît XVI n’était même pas nécessaire puisque Jean-Paul II avait écrit avec force dans celui de juillet 1988 : « A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté - à laquelle je demande que s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l'Eglise - de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations. »
Nous avons alors présenté vos suppliques avec une grande émotion devant le poids de vos espoirs.
La première réponse de Monseigneur JORDAN a été : « Je ne sais même pas d’où viennent ces gens »
Nous lui avons simplement lu vos villes d’origine. Au bout de la 10ème fois que nous répétions REIMS, Monseigneur JORDAN a dit : « L’entretien est terminé ».
C’est avec tristesse que nous avons donc constaté que la politique d’exclusion de tant de fidèles du diocèse de Reims est encore à l’ordre du jour. C’est donc avec une volonté renouvelée que nous poursuivons notre combat pour la PAIX LITURGIQUE que Monseigneur JORDAN appelle la guerre..
N’hésitez pas à faire connaître votre sentiment à Monseigneur JORDAN en lui écrivant : eveche@catholique-reims.cef.fr
Dès 1982, le cardinal Ratzinger préparait la réconciliation avec les lefebvristes...
12 décembre 2006 - Sophie de Ravinel - lefigaro.fr
Un document datant de 1982 prouve que Benoît XVI porte les projets de réforme liturgique depuis son arrivée au Vatican. LE CARDINAL Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, a organisé une réunion en 1982 au Vatican avec les principaux cardinaux de la Curie, au cours de laquelle ils se sont accordés à l'unanimité sur le fait que l'usage de l'ancien rite de la messe devait être admis dans l'Église, qu'il allait falloir préparer les esprits à cette permission, promulguer un document pontifical pour freiner les abus et réhabiliter l'ancien rite, mais aussi effectuer une synthèse des deux missels (l'ancien et le nouveau), cette fameuse « réforme de la réforme » qu'appelle de ses voeux une partie de l'Église.
Quelques observateurs des activités du Saint-Siège avaient eu vent de cette réunion très privée, organisée par celui qui était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mais le procès-verbal, rédigé en latin, n'avait jamais été rendu public. Le Figaro s'en est procuré une copie.
Le 16 novembre 1982, cinq cardinaux et un évêque sont donc réunis pour étudier le dossier de la liturgie, indépendamment de la « question Lefebvre » qui, six ans avant l'excommunication des quatre évêques ordonnés de manière illicite, était pourtant déjà un véritable sujet de préoccupation.
«Réforme de la réforme»
Ces hauts responsables du Vatican ont affirmé à l'unanimité que « le missel romain, dans la forme sous laquelle il a été en usage jusqu'en 1969, doit être admis par le Saint-Siège dans toute l'Église pour les messes célébrées en langue latine ». Jusqu'à ce que très récemment quelques cardinaux isolés de la Curie affirment que le rite ancien avait toute sa place dans l'Église, l'usage consistait à le considérer comme proscrit depuis les réformes de 1969, et ce malgré des autorisations - restrictives - données par Paul VI en 1971 puis par Jean-Paul II en 1984 et 1988. Cette permission, cependant, était soumise à conditions. Le document indique ainsi que les fidèles attachés à l'ancien missel ne devront opposer à la messe de Paul VI issue des réformes du concile Vatican II « aucune suspicion d'hérésie ou d'invalidité », mais aussi suivre le nouveau calendrier liturgique. Un point sur lequel l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois - qui vient de présider une messe de rite saint Pie V dans la paroisse parisienne de Sainte-Odile - insiste aujourd'hui fortement.
La « deuxième étape », après cette mise en condition, était « un document pontifical d'une nature restant à définir » dans lequel serait « réexposée l'essence de la sainte liturgie », qui freine « les abus largement répandus », qui promeuve « une participation plus profonde aux saints mystères » et surtout « traite de l'identité intime du missel ancien et du nouveau, de la forme ordinaire et de la forme permise, qui ne s'opposent nullement ». Rien ne semble avoir changé aujourd'hui. 
Cette étape serait suivie, selon ces plans, d'une « synthèse des deux missels qui conserve les acquis de la restauration liturgique mais qui abandonne certaines innovations exagérées ».
Interrogé la semaine dernière sur cette éventuelle « réforme de la réforme », le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a estimé « normal, compréhensible et possible que, près de quarante ans après 1969, on veuille faire le bilan et recadrer les choses, pour durer ».
La messe de saint Pie V en débat à Rome
12 décembre 2006 - Sophie de Ravinel - lefigaro.fr
Le document de libéralisation de l'ancien rite est soumis aujourd'hui aux six cardinaux de la commission Ecclesia Dei, dont le cardinal français Jean-Pierre Ricard. LE CARDINAL Jean-Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, planche aujourd'hui avec les cinq autres cardinaux de la commission Ecclesia Dei sur le document susceptible de libéraliser l'ancien rite de la messe, en vigueur avant le concile Vatican II.
L'archevêque de Bordeaux doit aussi rencontrer Benoît XVI afin, comme chaque année, de rendre compte au Pape de la dernière assemblée des évêques de France, début novembre à Lourdes. Au cours de cette audience, le cardinal Ricard va aborder le dossier de la liturgie traditionnelle qui agite l'épiscopat français depuis la rentrée. Lors de leur assemblée à Lourdes, les évêques avaient rendu publique une très inhabituelle déclaration de soutien à leur président, affirmant certes leur volonté « d'oeuvrer pour la réconciliation dans la vérité et la charité » avec les traditionalistes, mais aussi leur « attachement à la rénovation liturgique voulue par le concile Vatican II ».
Un soutien non négligeable pour le cardinal Ricard qui se sait plutôt isolé au sein de la commission Ecclesia Dei, créée en 1988 par Jean-Paul II afin de favoriser les liens avec les traditionalistes et présidée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos. Une majorité des cinq autres cardinaux membres de cette commission sont en effet sur la ligne du Pape en matière liturgique.
Il est peu probable que des informations tangibles filtrent de cette réunion plénière soumise à la plus stricte réserve. À la suite de sa première audience pontificale, le 26 octobre - requise pour apaiser le climat en France - le cardinal Ricard avait affirmé « que le travail et la réflexion sont encore à faire ». Les cardinaux vont donc sans doute se pencher sur une épreuve de travail, qui sera ensuite soumise à Benoît XVI.
S'il semble s'être montré attentif aux arguments de prudence que sont venus lui présenter en ­octobre les cardinaux Lustiger et Ricard, le Pape n'a jamais caché son intention de remettre en ­valeur l'ancienne liturgie (lire ci-dessous) et ainsi tendre la main aux fidèles lefebvristes, séparés de Rome.
Le DVD des lefebvristes Ces derniers se disent d'ail­leurs sur le point de remettre à Benoît XVI une sorte de « pétition spirituelle » constituée de quelque 2,5 millions de chapelets récités pour la « libération » de l'ancien rite. Convaincue que ses prières s'apprêtent à porter des fruits, la Fraternité Saint-Pie X s'apprête aussi à diffuser en France un DVD destiné aux prêtres afin de leur ­faire découvrir « la messe de toujours, souvent proscrite, jamais interdite ». Selon eux, 800 prêtres et 200 séminaristes auraient déjà commandé cet « outil pédagogique » en version allemande, déjà diffusée outre-Rhin. Avec la levée des sanctions infligées en 1988 aux quatre évêques ordonnés de manière illicite par Mgr Lefebvre, cette libéralisation du rite est une condition posée à Rome pour un éventuel retour dans le giron de l'Église.