28 janvier 2007

[Aletheia n°104] Les quatre refus de la FSSPX

Yves Chiron - Aletheia n°104 - 28 janvier 2007
Les quatre refus de la FSSPX - par Yves Chiron
Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.



Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.



« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».



Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »



« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.
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NOTES
[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

[Yves Chiron - Aletheia] Les quatre refus de la FSSPX

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia (n°104) - 28 janvier 2007

Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
 
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.
Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
 
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
 
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
 
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
 
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.
« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
 
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».
Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
 
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
 
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »
« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
 
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
 
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
 
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
 
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
 
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.

[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
 
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

26 janvier 2007

[Golias] Le rôle cardinal du G.R.E.C.

SOURCE - Golias - 26 janvier 2007

On sait que "cardo" en latin désigne le "gond". Ce qui permet à une porte de s’ouvrir.
 
Nous entendons ici évoquer le rôle souterrain et néanmoins décisif d’un groupe plus ou moins informel, le G.R.E.C. qui vise à favoriser la réconciliation entre les traditionalistes de la Fraternité Saint Pie X et la hiérarchie catholique officielle.
 
La règle d’or de ce groupe est d’éviter la polémique agressive au profit d’un échange, d’un partage respectueux et d’une recherche en commun de solutions. Le G.R.E.C. (sans "e" final) est le Groupe de réflexion entre catholiques à ne pas confondre avec le GRECE club d’Alain de Benoist de tendance traditionaliste et gnostique.
 
Le G.R.E.C est né à l’initiative de Madame Huguette Pérol, veuve de l’Ambassadeur à Rome Gilbert Pérol, dès 1997.
 
Le groupe fait office de passerelle officieuse entre les intégristes et Rome. Mais l’épiscopat français y participe également avec l’un de ses représentants, Mgr Philippe Breton, né en 1936, évêque d’Aire et Dax depuis 2002, connu pour ses accointances avec tout ce que l’Eglise compte de réactionnaire. Ce prélat très précieux d’ancien régime est d’ailleurs surnommé "Fifi la duchesse".
 
Deux autres évêques français, désireux de retrouvailles amicales avec les intégristes, auraient des contacts réguliers avec le G.R.E.C : NN SS André Fort, évêque d’Orléans et Alain Planet, évêque de Carcassonne.
 
Le G.R.E.C. est proche de la revue "Képhas", de l’abbé Denis Le Pivain son rédacteur en chef et du protecteur épiscopal (et collaborateur), Mgr Raymond Centène. Né en 1958, évêque de Vannes, Mgr Centène est attaché à l’ancienne liturgie et proche de la mouvance traditionaliste (Vaucluse). Sur les questions morales, il a pris des positions d’une intransigeance inouïe et réouvert un petit séminaire dans son diocèse pour restaurer la théologie la plus sclérosée du sacerdoce.
 
Le principal représentant d’Ecône est l’abbé Alain Lorans. Cet ecclésiastique frêle et cultivé est un proche de Mgr Bernard Fellay, évêque schismatique lefebvriste d’origine suisse et patron de la fraternité sacerdotale Saint Pie X. Les négociations au sommet sont déjà balisées au niveau du G.R.E.C. . L’abbé Lorans, habile diplomate, dirige le DICI, l’organe international de presse de la fraternité Saint Pie X. Il serait en relation étroite avec Mgr (autoproclamé tel) Gilles Wach, né en 1956, ordonné en 1979 par le Pape Jean Paul II et fondateur de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de Gricigliano. L’abbé Lorans est ancien Recteur de l’Institut Universitaire Saint Pie X. Il anime une émission sur Radio Courtoisie.
 
L’homme clé pourtant est l’abbé Claude Barthe. Né en 1947, prêtre du diocèse d’Auch, longtemps en état d’apesanteur canonique" selon son mot, plaisant en vérité, l’abbé est un théologien brillant, qui écrit dans la revue "Catholica" dirigée par un laïc proche de la droite la plus dure, Bernard Dumont. L’abbé Barthe vient d’écrire et diffuse un petit livre "proposition pour une paix liturgique de l’Eglise" ? Spécialiste de la question liturgique, il critique très vivement la réforme liturgique de Paul VI et souhaite promouvoir une restauration liturgique qui reprend certaines considérations formulées par... Joseph Ratzinger.
 
L’abbé Barthe a ses entrées à Rome, y compris chez le cardinal français Paul Poupard. Il est également très lié aux abbés Paul Aulagnier et Philippe Laguérie, de l’Institut du Bon Pasteur.
 
Barthe est à la tête d’un réseau occulte d’influence incluant Gregory Solari, directeur des éditions "ad solem", Daniel Hamiche, chroniqueur à Radio Courtoisie, Denis Sureau, directeur de l’Homme Nouveau (auquel le Vatican vient de confier l’édition et la diffusion de l’édition française hebdomadaire de... l’Osservatore Romano, pas moins !).
 
Le Père Michel Lelong, né en 1925, père blanc, très actif jadis dans le dialogue avec les musulmans, grand pourfendeur des abus liturgiques et de la catéchèse frelatée (selon lui) y joue également un rôle décisif. Tout comme le Père Olivier de la Brosse, né en 1931, longtemps en poste à Rome, éloigné des vues intégristes à titre personnel mais connu pour son entregent sinon son esprit d’intrigue. C’est un homme fort cultivé au demeurant, maître d’œuvre d’une remarquable chronologie universelle. Le bon père remplit un office stratégique au sein du G.R.E.C. En effet, il tente de se faire l’écho de l’esprit de ce groupe dans le monde de la culture, quitte à apitoyer fallacieusement des personnalités de ce même monde sur le sort de traditionalistes qui seraient exclus et persécutés dans l’Eglise de France.
 
Depuis 1998, le G.R.E.C se réunit chaque mois. Son influence est considérable car il sert de relais aux actions des différents réseaux des participants... et de lieu d’échange et de croisement de ces mêmes réseaux. En 2003, il a notamment organisé un colloque très remarqué sur le thème "tradition et modernité".
 
A l’évidence, le G.R.E.C. n’a rien d’un simple groupe marginal se cantonnant à pieuses considérations. Il constitue la courroie de transmission des échanges et des négociations entre Rome et Ecône.
 
Les différents partenaires sont ainsi également informés des réactions dans les différents camps. C’est en son nom que pourrait se préciser la forme concrète sous laquelle une restauration liturgique pourrait être mise en place et une reconnaissance globale très complaisante de la fraternité Saint Pie X mise en place.

15 janvier 2007

[Yves Amiot - Le Mascaret] La cultuelle Saint Marcel

SOURCE - Yves Amiot -  Le Mascaret - janvier 2007

Connaissez-vous la « cultuelle Saint Marcel », Non, sans doute. Alors il n’est que temps de combler une telle lacune car c’est cette « cultuelle » qui constitue l’assise financière sur laquelle repose aujourd’hui l’Institut du Bon Pasteur.

La « cultuelle » est une association d’un type très particulier car elle a, pour unique objet, de supporter les charges liées à l’exercice d’un culte religieux. C’est sa raison d’être exclusive, en ce sens qu’elle ne peut en avoir d’autres. A ce titre, il revient à la cultuelle de prendre en charge le traitement des prêtres et du personnel se consacrant à l’exercice du culte ainsi que les charges sociales correspondantes (retraite, maladie, accident).

Mais c’est également à la « Cultuelle » que peuvent revenir les dépenses correspondant à l’acquisition et à l’entretien des édifices du culte ce qui, comme on l’imagine, peut se révéler extrêmement lourd. La cultuelle a également vocation à assumer les charges des grands séminaires avec prudence d’ailleurs, car les charges « d’hôtellerie » par exemple doivent être sévèrement encadrées.
 
En revanche, les cultuelles ne peuvent intervenir dans des domaines, proches du culte sans doute, mais qui n’y sont pas nécessairement rattachés. Il en va ainsi par exemple, des dépenses scolaires, même s’il s’agit d’écoles religieuses hors contrat, des dépenses de librairie, de celles afférentes à des manifestations du type des kermesses par exemple. En somme, la cultuelle est exclusivement orientée vers l’exercice du culte, entendu par les administrations compétentes de manière restrictive.
 
Mais, direz-vous alors, quel est l’intérêt de bénéficier d’une cultuelle si elle est aussi étroitement encadrée dans son objet et dans son contrôle administratif ? C’est, qu’en échange, la cultuelle bénéficie d’un statut fiscal particulier à l’égard des produits dont elle bénéficie et qui lui permettent d’assumer les charges qui viennent d’être évoquées.
 
Ces produits sont ceux qui résultent des dons, donations et legs. Les dons résultent des quêtes et des dons individuels, consentis sous forme de dons manuels par des personnes physiques, et de subventions ou autres en provenance des associations ou des institutions qui y sont autorisées par leur objet social. Ces dons sont traités par la cultuelle selon le régime des associations se livrant à des activités d’intérêt général, c’est-à-dire que les dons manuels émanant de personnes physiques, en particulier, donnent lieu, de la part de la « cultuelle », à un reçu fiscal, autorisant leur déductibilité au titre de l’impôt sur le revenu. Il n’y a donc là rien de particulier aux « Cultuelles ».
 
En revanche les « Cultuelles » ont seules le droit de recevoir des donations ou des legs en franchise d’impôt et cela est essentiel. En effet, le droit fiscal soumet les legs ou donations en faveur de tiers, extérieurs à la parentèle, à des impôts extrêmement lourds et, pour tout dire, confiscatoires. Or, dans le cas des « Cultuelles », cette imposition n’existe pas. C’est ce qui explique pourquoi les cultuelles sont aussi encadrées par les administrations compétentes (ministères de l’intérieur et des finances) dans leur objet comme dans leur fonctionnement.
 
C’est, qu’en effet, les donations et les legs ainsi reçus doivent bénéficier dans leur totalité à l’institution religieuse qui les reçoit, ce qui est aujourd’hui le cas de « l’Institut du Bon Pasteur », Institut de Droit Pontifical dont le premier supérieur a été choisi par ses confrères et nommé par le Vatican.
 
Or ces donations et legs ont une importance fondamentale pour assurer le fonctionnement et le développement de l’Institut, car elles constituent une base permanente, en capital et en revenu, qui permet de compléter et de compenser ce que les produits quotidiens, résultant en particulier des quêtes, peuvent avoir de fluctuant ou de temporaires. Elles sont les fondations matérielles sur lesquelles peut s’édifier, et rayonner, notre Eglise dans l’espace et dans le temps.
 
C’est pourquoi il convient d’avoir toujours présent à l’esprit l’existence de notre « Cultuelle Saint Marcel » lorsque nous souhaitons assurer à l’Institut du Bon Pasteur les moyens de son expansion, soit dans l’immédiat, en lui consentant une donation, soit à terme, lors de la rédaction ou de la modification d’un acte testamentaire. C’est un témoignage exemplaire de la plus hautes des charités puisque ses effets se prolongeront dans le temps « Ad majorem Dei gloriam ». N’hésitez donc pas à y réfléchir et vous en entretenir avec nos prêtres sans plus attendre, car c’est aujourd’hui que se construit, sous nos yeux, l’édifice dont nous avions tant rêvé et pour lequel nous avons tant combattu.
 
Y. Amiot

Pour aider la Cultuelle Saint Marcel, que ce soit pour un don ou pour un leg, toujours le même intitulé : CULTUELLE SAINT MARCEL ;
Mais trois adresses :
1)Eglise Saint Eloi, 1 rue Saint Eloi, 33000 Bordeaux
(Pour aider l’église Saint Eloi, son clergé dont son supérieur général)
2) Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph, 75002 Paris
(Pour aider le Centre Saint Paul)
3) Séminaire Saint Vincent, 18 Place Alexandre Rillet, 28290 Courtalain
(Pour aider le séminaire Saint Vincent)

[Abbé Henri Forestier - Le Mascaret] Des nouvelles du séminaire - Une montée vers Dieu

SOURCE - Abbé Henri Forestier - Le Mascaret - Janvier 2007

« Écoute, mon fils les préceptes du maître et tends l'oreille de ton coeur… Reçois volontiers l'exhortation d'un père et mets-la en pratique, afin de revenir par le labeur de l'obéissance à Celui dont t'avait détourné la lâcheté de la désobéissance… Voilà pourquoi nous allons fonder une école du service du Seigneur. En l'organisant nous espérons n'y rien établir de rigoureux, ni rien de pesant. Pourtant s'il s'y présentait un peu de contrainte, dictée par un juste motif, pour corriger les vices et sauvegarder la charité... n'allons pas, épouvantés, fuir aussitôt le chemin du Salut dont l'entrée est forcément étroite... Car avec le progrès de la conduite et de la foi, le coeur se dilate...et c'est dans une ineffable douceur d'amour que l'on court sur le chemin des commandements de Dieu ! »
Règle de saint Benoît.

« Les maisons de formation sacerdotale auront la première place dans l’INSTITUT. Les supérieurs veilleront sur la piété des candidats, sur leur sérieuse formation intellectuelle, sur leur zèle apostolique. Et parce que la Charité de Notre Seigneur Jésus-Christ est la source et le fondement du Sacerdoce comme de son exercice, il devra régner dans ces maisons la vraie paternité du collège apostolique. »
Extrait des statuts de l’Institut du Bon Pasteur.
Chers amis,
 
Après ces quelques mois, où en est notre séminaire ? On peut dire en vérité qu’il se porte bien. Nous avons voulu, monsieur l’abbé Laguérie, monsieur l’abbé Aulagnier et moi-même, former les séminaristes selon la tradition doctrinale, spirituelle, et liturgique traditionnelle de l’Eglise (comme l’expriment les textes ci dessus) et le bon Dieu semble bénir cette œuvre.
 
Nous sommes ravis et même… émus, de voir ces séminaristes heureux dans leur vocation et leurs prières, impressionnés de la beauté de la foi catholique et se préparant courageusement au service des âmes.
Alors, avant toutes choses, remercions le bon Dieu et la sainte Vierge de toutes ces grâces accordées.
Pensez donc :
 
Ouvrir en ce 21ème siècle une maison de prières. Voir des jeunes avides de se donner au bon Dieu. Etre aujourd’hui le seul séminaire traditionnel reconnu de France… On peut vraiment dire que nous sommes comblés de merveilles venues directement des Cœurs de Jésus et Marie !
 
Pour parler plus pratiquement, notre séminaire est maintenant parfaitement international : Trois séminaristes français (avec nos deux bordelais !), trois séminaristes brésiliens, un polonais et le postulant frère (français). Quand à notre mexicain, il a du revenir pour quelques mois dans sa famille, mais devrait revenir prochainement.
 
Les nouveaux arrivants, brésiliens, nous paraissent d’excellentes vocations, mais comme ils sont arrivés mi décembre, on attendra sans doute un peu avant de leur donner la soutane pour éprouver la solidité de leur décision. Des futures vocations s’annoncent aussi pour l’année prochaine.
 
Les travaux se poursuivent, plus longs que prévus, ce qui nous a conduit à reporter notre journée portes ouvertes (vous serez avertis de la nouvelle date fixée).
 
Enfin, nous attendons tous avec joie la cérémonie toute proche (dimanche 4 février) des prises de soutanes à Saint-Eloi ! Heureux de ce grand pas pour nos séminaristes, heureux de manifester ainsi l’amitié qui nous lie à vous tous, heureux de nous sentir soutenus par toute une paroisse connue maintenant dans le monde entier pour son combat pour la foi catholique et la tradition.
 
Nous vous donnons donc rendez vous pour ce jour là et vous assurons de notre prière fidèle dans les Cœurs de Jésus et Marie!
 
Abbé Henri Forestier

[Abbé Christophe Héry - Le Mascaret] Un débat ouvert sur la liturgie, la Tradition et ses ruptures

SOURCE - Abbé Christophe Héry - Le Mascaret - Janvier 2007

Un débat ouvert sur la liturgie, la Tradition et ses ruptures
Première rencontre universitaire foi et raison, le 2 décembre 2006 à Paris

Dans l’attente où se trouve l’Église du Motu proprio de Benoît XVI sur la liberté de la messe traditionnelle, le colloque « Les célébrations liturgiques » qui s’est tenu le 2 décembre 2006 à Paris, sous l’égide du Bon Pasteur, manifeste la présence active du nouvel Institut dans le débat historique et théologique interne à l’Église. Se sont réunis durant une journée, avec bonheur et clarté, des professeurs d’université, des prêtres et des religieux qui ont captivé une assemblée d’une centaine de participants, autour du thème brûlant : « Tradition ou mutation ? »
I- La Messe des Pères et des Docteurs
Le professeur Philippe Bernard, de l’Université de Provence, spécialiste du chant grégorien et de la liturgie au bas Moyen-Âge, ouvrait cette première Rencontre universitaire foi et raison par la mise en place du problème de l’évolution de la liturgie. Par une analyse historique de la notion de « développement organique » (Sacrosanctum Concilium, n° 23), telle que l’emploient des auteurs qui divergent sur sa signification, il propose une démonstration originale du caractère « inopérant » de cette expression, si l’on veut rendre compte de la réalité de la tradition des rites de l’Église romaine à travers les âges. L’idéologie du progrès historique tout comme celle de l’élan vital, adossées à l’imaginaire darwinien de la mutation adaptative, altèrent selon Ph. Bernard la question de l’histoire des rites latins. C’est la volonté des papes qui explique aux yeux de l’historien les réformes successives, et non une supposée vie propre de la liturgie, dont le mouvement naturel connaît des périodes de décadence. Le « développement organique » serait-il une boîte noire qui n’explique rien mais justifie ce qu’on veut ? Le débat est désormais ouvert.
La doctrine du « mystère pascal » est-elle une nouveauté ?
Pour répondre à cette question, le professeur Alain Rauwel, agrégé à l’Université de Bourgogne et spécialiste des liturgies du haut Moyen-Âge, retraçait l’histoire des doctrines qui accompagnent le rite romain, à travers l’enseignement des Pères et des Docteurs – notamment saint Thomas d’Aquin. Il démontre ainsi que la doctrine médiévale de la Messe, vrai sacrifice, évoque principalement le Christ souffrant, mais aussi le Christ ressuscitant, montant aux cieux et siégeant à la droite du Père. Cette approche thomiste d’un sacrifice du Christ consommé dans le Ciel et actualisé par les rites de la Messe trouve son épanouissement au XVIIe siècle dans la doctrine de l’école française fondée par le cardinal de Bérulle. Un autre débat s’ouvrirait ici, pour mesurer ce que le « mystère pascal » qui sous-tend la nouvelle théologie de la célébration (chez dom Casel par ex.) doit au thomisme, et en quoi il s’en écarte. On ne peut ni réduire la Messe à l’actualisation de la seule passion du Christ, coupée de la résurrection et de l’ascension, ni non plus à un simple mémorial de la Cène et de la Pâque, comme le revendiquent nombre de liturgistes qui ont influencé le rite de Paul VI.
L’autel et la croix au premier millénaire
De quand datent les crucifix sur les autels ? L’abbé Stéfano Carusi, de l’Institut du Bon Pasteur, en formation à Rome et docteur en archéologie chrétienne diplômé de l’Université de Macerata (Italie), présentait en seconde partie de la matinée le résultat de ses travaux sur les représentations des croix d’autel au cours du premier millénaire. Les découvertes archéologiques récentes, en Syrie, à Rome et à Ravenne, ont prouvé que dès l’antiquité chrétienne et tout au long du Moyen-Âge, la représentation artistique de la croix du Christ, peinte ou sculptée, vers laquelle se tourne l’assemblée liturgique, est expressément rapportée à l’autel où se célèbrent les saints mystères. Ce lien figuratif très ancien entre la croix et l’autel atteste l’antiquité du caractère sacrificiel des rites, et leur corrélation étroite avec le Calvaire. Du point de vue scientifique, il est devenu impossible de soutenir que les croix d’autel seraient apparues au XIIe ou au XIIIe siècle, voire au Concile de Trente, comme l’ont prétendu maints liturgistes dans la mouvance de Vatican II.
Comment Cajetan répondait à Luther
L’abbé Guillaume de Tanouärn, de l’Institut du Bon Pasteur, directeur du centre Saint-Paul et doctorant en philosophie, abordait quant à lui la définition théologique des rites comme signes sensibles et efficaces, tels que Cajetan les défendaient au XVIe siècle en réplique à Luther et au protestant helvétique Zwingli. Face à l’idée protestante d’une foi purement intellectuelle, le dominicain de la Contre Réforme critique le déni de la médiation sacramentelle des signes sensibles (les croix, les génuflexions, les bénédictions, la consécration du pain et du vin, etc.), en lesquels consiste la liturgie romaine, et par quoi le Christ continue de communiquer sa grâce salvatrice. En guise de commentaire, on peut dire que la volonté d’œcuménisme qui a prévalu lors de la réforme de 1969 a placé la théologie de la célébration sur le terrain même voulu par Luther. Ainsi, tant que n’est pas dépassée la problématique protestante du mémorial de la Cène, sans rites et sans autres signes que l’assemblée elle-même, Cajetan garde son autorité pour défendre la corrélation essentielle entre sacrifice et sacrement dans la liturgie.
II- La messe des experts et des auteurs
L’après-midi, Madame Millet-Gérard, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne, s’attachait à retracer le lien esthétique qui joint « littérature et liturgie au XXe siècle ». Le mouvement symboliste, à la fin du XIXe siècle, connut de nombreuses conversions par la liturgie. Déjà, l’athée Mallarmé avait fourni des pistes, par ses chroniques titrées « Offices ». Mais alors que les écrivains déplorent les sermons et la rigidité d’une religion jansénisante, c’est la liturgie romaine, « immolation solennelle de l’éphémère », qui fascine les esthètes et qui sauve tout. Dans le célèbre récit, publié en 1913, où il évoque sa conversion de Noël 1886 à Notre-Dame de Paris, Claudel souligne qu’entré là par désoeuvrement, il fut retourné par le chant du Magnificat. La liturgie fut le « grand livre » où il apprit sa foi toute neuve.
 
Huysmans, lui,  tombe sous le charme du grégorien des Bénédictines, rue Monsieur à Paris. La narration émue d’En Route entraîne entre les deux guerres toute une génération d’écrivains (Du Bos, Mauriac, Maritain, Massignon…) dans ce haut-lieu d’esthétique spirituelle. Mais, dès les années cinquante, paraissent des témoignages d’inquiétude et de refus devant la percée des « expériences », pratiquées sous couvert d’authenticité. Claudel, un mois avant sa mort en 1955, fustige dans un retentissant article « La messe à l’envers », la révolution qui sévit à Saint-Séverin. Jean Follain, poète épris de liturgie, parsème ses Agendas de regrets à mesure que les effets du Concile se font sentir. De même Julien Green dans son Journal. Avec la liturgie nouvelle, se dissipe une puissance d’inspiration poétique. « L’antique archive des rapports de Dieu avec sa créature » semble se clore.
Les postulats du Mouvement liturgique français (1943-1963)
L’abbé Éric Pépino, du diocèse de Lyon, prépare une thèse d’histoire sur le Mouvement liturgique français, dont l’influence sur le Concile et la réforme liturgique de 1969 fut considérable. Ce chercheur offrit au colloque le fruit de son exploration des archives du CNPL (Centre national de pastorale liturgique), de 1943 à 1963. Le Mouvement français fut assujetti à deux impératifs : 1) le « retour aux sources » dites historiques ou archéologiques, visant à purifier les rites des apports déclarés inauthentiques, accumulés depuis le bas Moyen-Âge et lors de la Contre Réforme ; 2) la subordination utilitaire de la liturgie à des fins dites « pastorales » ou rééducatives, selon les besoins supposés du peuple.
 
Les « postulats des liturgistes français », conclut l’abbé Pépino, se retrouvent intégralement dans la constitution conciliaire sur la liturgie. Ceux-ci ont ensuite activé en France la « rupture pastorale » (messe face au peuple, assemblées présidées, langue vulgaire, fin du hiératisme, suppression de l’offertoire, mémorial de la Cène au lieu du sacrifice, composition de préfaces et de prières eucharistiques, etc.), au nom de la « tradition » confondue avec un « âge d’or » antique, et reconstituée au goût du jour.
Vatican II contient-il en germe la réforme liturgique de 1969 ?
Ou celle-ci s’est-elle écartée du Concile ? Les textes eux-mêmes, rapportés au contexte historique du Mouvement liturgique, répondent. Ce fut l’objet de ma conférence qui suivait celle de l’abbé Pépino. On note en effet dans Vatican II l’influence d’une « théologie de la célébration » – ainsi dénommée par le père Martimort dans L’Église en prière, 1963 – qui marque la structure du nouveau missel et la rupture pastorale de 1969.
 
Gardant des traits traditionnels, la constitution de Vatican II sur la liturgie promeut les thèses du Mouvement liturgique. Elle définit la « célébration » : « mémorial de la mort et de la résurrection du Christ » ou « banquet pascal dans lequel le Christ est mangé » [n° 47] – termes acceptables pour un luthérien. Pour modifier leur sens, « la structure des rites » [n° 38]  devra changer et « l’on n’imposera pas la forme d’un libellé unique » [n° 37] (pas d’unité formelle). « En accord avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui » [n°4], les motifs invoqué pour la réforme seront « l’utilité » et l’« adaptation » [n° 38] à la (faible ?) « capacité » des fidèles : adoption libre de la langue vulgaire [n° 36 §2] et simplification des rites qu’ils ne comprennent plus [n°34] ; mise en place des « commissions liturgiques » [n° 44-46] chargées des « expériences » [n° 40 ; 44] les plus libres ; postulat d’une finalité « didactique »[n° 33-36] de la liturgie, pour « inculquer » [n° 109] au peuple la « nouveauté » du Concile.
 
La « participation active » des fidèles oriente l’eucharistie vers une liturgie de la « communauté célébrante » (Congar) ou du « peuple de Dieu », que n’aurait pas récusée Zwingli : elle fait de l’assemblée le sujet et l’acteur principal. Ceci fut relevé par le cardinal Journet, le cardinal Daneels ou le père Bouyer. Le prêtre y joue le rôle d’animateur-président. La médiation des signes accomplis par le prêtre qui offre le sacrifice du Christ pour rendre louange à Dieu et sauver l’humanité du péché disparaît au profit d’une « offrande spirituelle » de l’assemblée, effectuant elle-même la médiation et devenant le « signe » sacré… « de l’unité du genre humain » [Lumen Gentium n° 1]. L’esprit du Concile, esprit de rupture comme l’a montré Benoît XVI, est la maladie de Vatican II ; mais les germes ne sont-ils pas dans le texte ?
L’orientation de l’autel : le sens de l’histoire
En conclusion de ce riche colloque, le père Uwe Michael Lang, de l’Oratoire de Londres, présentait (pour la première fois en France) la traduction de son livre, préfacé par le pape : Se tourner vers le Seigneur (Ad Solem, déc. 2006). Par une ferme démonstration historique, ce jeune liturgiste prolonge les travaux de Mgr Gamber sur l’orientation traditionnelle du prêtre dans le sanctuaire. Si les commissions conciliaires ont encouragé le retournement des autels au nom de la « participation active » des fidèles, nulle part la messe face au peuple ne se trouve légalement inscrite dans le droit de l’Église. Le père Lang montre au contraire que l’histoire des liturgies atteste dès l’antiquité la constance de l’orientation commune du peuple et du célébrant dans la seconde partie de la messe. Par ailleurs, citant Jungman, Bouyer, ou L’Esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger, le père Lang soutient que la messe « face au peuple », loin de favoriser la « participation active » et intérieure aux saints mystères, referme l’assemblée sur un dialogue avec elle-même : elle devient le sanctuaire. Cette distribution des rôles tend spontanément à transformer l’autel en podium, à faire de l’assemblée un public, et de la liturgie une simple catéchèse, sinon une séance d’animation.
 
Le problème de l’orientation du prêtre « face au peuple » ou « dos au peuple » relève d’une dialectique mal posée : Dieu semble en être absent. La question est de savoir vers qui se tourne l’assemblée, prêtre inclus. Aujourd’hui, des fidèles nombreux souhaitent autre chose et le sens de l’histoire semble devoir peu à peu s’inverser, en même temps que celui des autels. La figure du Bon Pasteur, marchant au-devant des siens, les associant à son offrande, ne se trouve-t-elle pas confirmée dans la manière traditionnelle d’offrir le sacrifice par le ministère du prêtre, tous ensemble tournés vers le Père ?
 
Ce colloque a montré s’il en était besoin, combien «il demeure nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu au moyen de la raison et [que] cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne. » (Benoît XVI à Ratisbonne, le 12 septembre 2006). L’enjeu est bien celui de la Tradition, lien de la communion face aux ruptures du passé.

Abbé Christophe Héry

13 janvier 2007

[Aletheia n°103] L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage - Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette

Yves Chiron - Aletheia n°103 - 13 janvier 2007
L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de l’affaire Wielgus dont on peut résumer la chronologie en quelques lignes :
• 6 décembre 2006 : nomination de Mgr Stanislas Wielgus comme archevêque de Varsovie, en remplacement du cardinal Glemp.
• 20 décembre : l’hebdomadaire polonais Gazeta polska accuse Mgr Wielgus d’avoir collaboré avec le SB (Sluzba Bezpieczenstwa), l’ancienne police secrète communiste.
• 21 décembre : Benoît XVI prend la défense du nouvel archevêque de Varsovie dans un communiqué publié par le Bureau de Presse du Vatican : « En décidant de la nomination du nouvel archevêque métropolite de Varsovie, le Saint-Siège a pris en considération toutes les circonstances de sa vie, dont également celles qui concernent son passé. Cela signifie que le Saint-Père nourrit envers Mgr Stanislas Wielgus une confiance totale, et, en pleine confiance, il lui a confié la mission de pasteur de l’archidiocèse de Varsovie ».
• 2 janvier 2007 : le Nonce à Varsovie demande à l’Institut de la Mémoire Nationale (I.P.N., Instytut Pamieci Narodowej) le dossier de Mgr Wielgus.
• 3 et 4 janvier : des documents relatifs à Mgr Wielgus, à l’époque où il « collaborait » avec le SB, sont publiés dans la presse polonaise.
• 5 janvier : Mgr Wielgus est investi canoniquement dans la cathédrale de Varsovie. Ce même jour, dans un communiqué rendu public quelques heures auparavant, il avait nié avoir nui à l’église catholique polonaise même s’il reconnaissait avoir signé, en 1978, « sous la menace » précisait-il, une attestation de collaboration avec le SB.
• 6 janvier : dans un message lu dans les églises de Varsovie, Mgr Wielgus reconnaît avoir eu des « contacts avec les services secrets de cette époque ». « Guidé par le désir de faire des études importantes pour ma spécialisation scientifique, je me suis laissé entraîner dans ces contacts sans la prudence nécessaire, le courage et la détermination d’y mettre fin […] mais j’affirme aujourd’hui avec une conviction totale n’avoir pratiqué la délation à l’égard de personne, ni avoir cherché à nuire à quelqu’un ». Il implore le pardon de Dieu et demande aux fidèles de l’accueillir comme « un frère qui souhaite unir et pas diviser, prier et unir le peuple de l’Eglise, dans l’Eglise des saints et des pécheurs, que nous sommes tous ».
À la fin de ce même message, Mgr Wielgus ajoute : « Je déclare au Saint-Père avec toute humilité que je respecterai sa décision, quelle qu’elle soit. »
Ce même-jour, la copie du dossier de Mgr Wielgus, envoyée par l’I.P.N., arrive à Rome. En fin de soirée, Benoît XVI fait demander à Mgr Wielgus de remettre sa démission, en vertu de l’article suivant du droit canon : « L’évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour tout autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office. » (Code de droit canonique, canon 401, § 2).
• 7 janvier : dans la cathédrale de Varsovie, Mgr Wielgus annonce, en larmes, sa « renonciation » à son siège archiépiscopal.

Qu’est-ce que « collaborer » ?
Un archevêque, acculé à la démission, le jour-même où il doit prendre solennellement possession de son siège est, bien sûr, un événement quasiment inédit dans l’histoire de l’Eglise.
On se trompe vraiment en résumant cet épisode à une « erreur de casting », comme l’a fait un autre archevêque. Je ne crois pas du tout que le nonce en Pologne, chargé de préparer les nominations épiscopales, ni Benoît XVI, qui a pris la décision finale, aient été trompés ou mal informés. Certes les documents issus des archives de l’ancienne police secrète communiste n’ont été connus du Saint-Siège qu’après la nomination, mais les liens de Mgr Wielgus avec le SB ont été connus du Pape avant la nomination officielle.
Les consultations pour nommer un successeur au cardinal Glemp avaient été longues. Dans l’épiscopat polonais, plusieurs prétendants espéraient être promus à la tête du diocèse le plus peuplé de Pologne. La Congrégation pour les évêques, présidée par le cardinal Re, avait examiné, avant l’été, le dossier de trois candidats (l’archevêque de Lublin, l’archevêque de Przemysl et l’évêque de Tarnow). Finalement, le choix du Saint-Siège s’est porté sur un autre évêque, Mgr Wielgus, évêque du petit diocèse de Plock.
C’est un point qui a été peu relevé : Mgr Wielgus est évêque depuis 1999. Une enquête sur son passé avait donc déjà eu lieu à ce moment-là.Quand Jean-Paul II l’a nommé au siège de Plock, personne n’a mis en cause publiquement le passé de Mgr Wielgus. Ses faiblesses passées étaient-elles connues de Jean-Paul II ? On n’en sait rien à ce jour. En tout cas, Benoît XVI en a été informé, par l’intéressé lui-même, avant qu’il ne le nomme officiellement à Varsovie.
Mgr Wielgus l’a dit explicitement dans son message du 6 janvier : « J’ai présenté au Saint-Père l’histoire de mon implication et mes contacts avec les services secrets de cette époque » et aussi : « Je confesse devant vous cette erreur que j’ai commise pendant des années, comme je l’ai déjà confessée au Saint-Père ».
Mgr Wielgus n’est pas le seul ecclésiastique à avoir collaboré avec le régime communiste polonais. 10 % des ecclésiastiques polonais, estiment les historiens, ont collaboré, d’une manière ou d’une autre, avec le régime communiste.
Encore faut-il s’entendre sur ce qu’a signifié cette collaboration. Il y a eu, forcément, des degrés divers dans cette collaboration : simples conversations, participation au grand jour à des initiatives du régime, espionnage, délation, etc.
Mgr Wielgus a affirmé et soutient toujours qu’il n’a dénoncé personne et qu’il n’a « cherché à nuire à personne ». Un jugement sur l’implication réelle de Mgr Wielgus ne pourra se faire qu’après une étude des documents existants.
L’historien polonais Peter K. Raina, qui a publié de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire contemporaine de l’Eglise en Pologne, a indiqué les différents moyens employés par la police secrète communiste pour amener des prêtres à « collaborer » et en quoi consistait cette collaboration :
« On faisait tout pour compromettre le prêtre et ensuite le soumettre au chantage. La pratique commune était de rassembler le plus de renseignements possibles sur le compte de chaque prêtre : s’il aimait l’alcool ou les femmes, s’il était frustré dans son travail. Souvent, on employait des agents féminins pour le conduire à des situations compromettantes ; on le photographiait en cachette ou bien l’agent féminin annonçait qu’elle était enceinte. Soumis alors au chantage, le prêtre recevait une proposition de collaborer avec la police secrète. La collaboration avec le SB consistait à fournir des informations sur ses activités de curé, sur la situation de sa paroisse, sur les comportements et convictions de l’évêque, etc. […] L’une des armes de chantage les plus utilisées par les Services Secrets était la concession d’un passeport pour pouvoir voyager à l’étranger. Tout citoyen qui en faisait la demande était invité à se rendre dans les bureaux du S.B. Dans ce cas-là aussi c’était la politique du “donnant donnant“ : le citoyen recevait son passeport s’il promettait de fournir des informations, et les Services voulaient tout savoir sur les personnes. Bien sûr, cette règle valait aussi pour les prêtres qui, pour pouvoir aller étudier à l’étranger (tant de prêtres rêvaient de visiter Rome et de poursuivre leurs études sur les bancs des Universités pontificales) ou devenir missionnaires, devaient demander un passeport. D’habitude les prêtres racontaient des faits sans aucune importance, juste de quoi satisfaire la personne en charge des services qui prenait des notes sur tout.[1] »

Le pardon
Si l’on revient au cas Wielgus, on constate qu’il s’est trouvé exactement dans cette situation en 1978. Sollicitant un visa pour se rendre en Allemagne, pour une nouvelle année d’études à Munich, la police secrète l’a contraint « sous la menace » à signer une déclaration dans laquelle il reconnaissait avoir collaboré avec le SB. Cette « collaboration » était ancienne, puisque les premiers contacts remontent à 1969. Mais, à ce jour, l’ampleur de cette collaboration et les conséquences qu’elle a éventuellement eues n’ont pas été mises à jour.
Le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, a fait une déclaration importante après la démission de Mgr Wielgus. Le P. Lombardi fait justement remarquer que, même si la renonciation de ce dernier a été « la meilleure solution pour répondre au trouble créé en Pologne », « le cas de Mgr Wielgus n’est pas le premier, et qu’il ne sera probablement pas la dernière agression contre des personnalités de l’Eglise de Pologne basée sur les archives des services secrets de l’ancien régime. Dans l’évaluation de ce matériau colossal et dans les conclusions à en tirer, on n’oubliera pas qu’il est le produit d’un système politique cultivant l’oppression et le chantage ».
Si Benoît XVI a cru pouvoir nommer à l’archevêché de Varsovie un ecclésiastique jadis compromis avec la police secrète communiste, c’est qu’il a jugé que cette « collaboration », reconnue par l’intéressé, n’avait pas eu de conséquences graves et qu’elle avait été le résultat d’une faiblesse de l’intéressé et non pas d’une volonté de nuire ou d’une quelconque sympathie pour l’idéologie communiste et son système.
Si on veut trouver une des clefs de la nomination de Mgr Wielgus au siège de Varsovie, on peut se rapporter au discours de Benoît XVI, prononcé justement à Varsovie, le 25 mai dernier. Le Pape s’adressait à plusieurs centaines de prêtres polonais, en présence du cardinal primat, le cardinal Glemp, et de plusieurs dizaines d’évêques, parmi lesquels Mgr Wielgus qui n’avait pas encore été pressenti comme possible successeur du cardinal Glemp.
Évoquant la douloureuse époque du communisme et des compromissions des uns et des autres, Benoît XVI demandait à l’Eglise polonaise de pardonner :
« Nous savons que l’Eglise est sainte, mais qu’il y a des pécheurs parmi ses membres . Nous avons besoin de rejeter le désir de nous identifier seulement avec ceux qui sont sans fautes. Comment l’Eglise pourrait-elle exclure les pécheurs de ses rangs ? C’est pour leur salut que Jésus a pris chair, est mort et ressuscité. Nous devons par conséquent apprendre à vivre la pénitence chrétienne avec sincérité. En la pratiquant, nous confessons nos fautes individuelles, en union avec les autres, devant les autres et devant Dieu. Pourtant, il nous faut nous garder de la prétention arrogante de nous établir de nous-mêmes juges des générations passées, qui vivaient des temps différents en des circonstances différentes. Une humble sincérité est nécessaire pour ne pas nier les fautes du passé mais en même temps ne pas s’abandonner aux accusations faciles en absence de toute évidence ou sans égard pour les conceptions reçues, différentes à l’époque.[2] »
Le refus des « accusations faciles » et la prise en considération des « circonstances différentes » dans des « temps différents » qui ont guidé le choix de Benoît XVI n’ont, à l’évidence, pas été compris par ceux qui en Pologne, et ailleurs, dans le clergé et hors du Clergé, ont réclamé la tête de Mgr Wielgus.

Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette
(Éditions de Paris, 75 pages, 15 euros)
Au moment où l’affaire Wielgus secoue l’Eglise polonaise et l’opinion publique mondiale, Jean Madiran écrit dans son dernier livre : « L’Internationale communiste a causé à l’Eglise, au XXe siècle, des dégâts dont une grande partie, en ce début du XXe siècle, n’est pas encore réparée ».
L’affaire Wielgus, survenue juste après la publication du livre de Jean Madiran, est une illustration de ces « dégâts » postérieurs.
Le livre de Jean Madiran est consacré principalement à un fait majeur de l’histoire de l’Eglise depuis le concile Vatican II : la non-condamnation du communisme. C’est Jean-Paul II qui apportera la « délivrance » en usant d’une méthode habile : « contre-attaquer le communisme sans le nommer », par ses voyages en Pologne qui suscitent « une massive espérance mobilisatrice », inédite « méthode de réanimation et de gouvernement de l’Eglise » en Pologne.
L’origine de cette non-condamnation se trouve dans ce que Jean Madiran appelle « l’Accord de Metz ». En septembre 1962, à Metz, le cardinal Tisserant et Mgr Nicomède, représentant de l’Eglise orthodoxe russe, ont conclu un accord : les orthodoxes russes répondraient à l’invitation d’envoyer des observateurs au concile Vatican II qui devait s’ouvrir « à la condition de garanties en ce qui concerne l’attitude apolitique du concile ».
C’est Mgr Schmitt, évêque de Metz, qui a révélé l’accord lors d’un entretien au journal local, Le Lorrain (9.2.1963) ; la Croix s’est contentée, à l’époque, de faire discrètement écho à cette révélation.
Durant le concile Vatican II, plusieurs évêques, ignorant l’Accord de Metz, demanderont la condamnation du communisme. Il y a eu, notamment, en 1965 une pétition signée par quelque 450 évêques (parmi lesquels 13 français) ; la pétition sera « égarée » suffisamment longtemps pour ne pouvoir être prise en compte.
Chaque chapitre du livre de Jean Madiran est suivi de « Notes techniques » et de « Documents » qui viennent apporter la preuve de la démonstration. On peut légitimement mettre au compte de « l’esprit du Concile » cette non-condamnation du communisme, même si « l’esprit du Concile » ce fut bien d’autres choses, négatives ou positives. Cette non-condamnation favorisa une non-résistance au communisme.
L’affaire Wielgus est l’illustration non d’une connivence idéologique mais d’une faiblesse face à ce que Pie XI appelait le caractère « intrinsèquement pervers » du communisme.
Commander le livre:
Jean Madiran, L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette (75 pages)
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NOTES
[1] Entretien à l’agence Zenit le 12 janvier 2007.
[2] La Documentation catholique, n° 2360, 18 juin 2006, p. 568.

[Paix Liturgique Reims] Attentisme ou action

SOURCE - Paix Liturgique Reims - 13 janvier 2007

Nous attendons tous avec impatience le motu proprio que le pape Benoît XVI doit publier prochainement. Ce document pontifical sera la reconnaissance sans contestation possible de la légitimité de nos aspirations.
 
Ainsi, certains de nos amis nous écrivent pour nous expliquer que notre action est inutile puisque bientôt Monseigneur JORDAN sera dans l’obligation de donner droit à notre demande.
 
Ces amis, qui partagent souvent avec force notre amour pour le rite tridentin, se bercent hélas d’une grande illusion. Cette dernière nous paraît d’ailleurs contre productive dans le combat général.
 
En effet, il nous semble important d’analyser succinctement ce que l’on sait aujourd’hui du prochain document romain puis ce que l’on peut espérer en attendre dans les faits dans notre diocèse de Reims, c’est-à-dire son application par Monseigneur JORDAN.
 
Deux certitudes se dégagent des différentes informations qui ont filtrées du Vatican. Le motu proprio contiendra une autorisation pour tout prêtre qui le désire de célébrer les sacrements selon le rite de 1962 et la possibilité pour tout groupe d’au moins 30 ou 50 fidèles le demandant de pouvoir assister à la Messe « traditionnelle » chaque dimanche.
 
La situation dans le diocèse de Reims nous fait affirmer que ce motu proprio risque de ne rien changer du tout d’une part, et que d’autre part, il peut paraître inutile.
 
Il ne changera peut-être rien du tout parce que chacun sait que Monseigneur JORDAN est violemment opposé à toute célébration du rite de saint Pie V, mis à part exceptionnellement pour certains groupes ou mariages.  Cette opposition est si manifeste que nous nous demandons quel prêtre du diocèse oserait braver son archevêque, même avec la bénédiction de Rome. Il est illusoire de penser que le jour de la publication du motu proprio des prêtres du diocèse célèbreront dans le rite antique, ils prendraient trop de risques.
 
De ce côté-là, restons réalistes.
 
Ne rêvons pas non plus au sujet du second point du document de Benoît XVI.  Bien évidemment, nous remplissons largement les conditions numériques (30 à 50 personnes) qui seraient imposées. Même les chiffres donnés par Monseigneur JORDAN (20 à 30 familles) l’attestent. Cependant, n’oublions pas que nous demandons de pouvoir vivre notre foi avec les livres liturgiques en vigueur en 1962 grâce au ministère d’un prêtre favorable.  Rien ne serait plus facile pour notre archevêque que de nommer un prêtre n’aimant pas ce rite, le montrant et ne sachant pas le célébrer, pour rendre les Messes dominicales difficiles à suivre. D’autre part, il est peu probable que le motu proprio détermine des horaires ou des lieux. Que ferions nous si la seule Messe dans le rite tridentin était célébrée à 17 h 00 à 20 km de Reims ? Les familles seraient dans la quasi impossibilité d’y assister.
 
Non, chers amis, quoique l’on puisse trouver dans le motu proprio, il ne faut pas l’attendre comme la solution miracle.
 
Nous osons même croire que le motu proprio du pape Jean-Paul II du 2 juillet 1988 est suffisant quand nous y lisons : On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962.
 
C’est d’ailleurs ce que nous avons dit à Monseigneur JORDAN le 12 décembre. Les textes et la volonté de Rome sont suffisamment clairs. Or, notre archevêque ne s’y conforme pas. Un nouveau texte est-il vraiment utile ? Dans d’autres diocèses peut-être, mais chez nous ?
 
Chers amis, sainte Jeanne d’Arc disait les hommes batailleront et Dieu donnera la victoire.*
 
C’est à cela que nous engage le code de Droit canon dans son article 209 :
 
§ 2. Les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l'Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits.
 
§ 3. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des moeurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes.
 
Mais au-delà du Droit, nous pensons à tous ces fidèles isolés, exclus qui souffrent en silence. Beaucoup osent relever la tête aujourd’hui, de nombreux témoignages le montrent. Nous pensons également à toutes ces familles, souvent nombreuses qui souhaitent transmettre à leurs enfants leur attachement à la Messe traditionnelle et qui nous disent leur sentiment d’exclusion. Pour tous ceux-là, et pour nous-même, il nous est interdit de ne rien faire.

Jean-Paul II disait que c’est maintenant l’heure des laïcs, il avait bien raison.

POUR AGIR, nous vous proposons de signer la supplique [...]

8 janvier 2007

[Donec Ponam - La Porte Latine] Le VIIème congrès théologique de Si Si No No

SOURCE - Donec-Ponam - 8 janvier 2007

VIIème congrès théologique de Si Si No No - à Paris les 5, 6 et 7 janvier 2007
Le VIIème congrès théologique de Si Si No No organisé par Le Courrier de Rome en partenariat avec l’IUSPX et DICI s’est tenu à Paris ce week-end. Trois jours pleins de travail intense, d’attention soutenue, de réflexion alimentée par des conférences de haute tenue tant intellectuelle que spirituelle. Comme on l’eût dit en d’autres lieux, il s’agissait bien du « dernier endroit où il fallait être absolument sous peine d'être taxé de ringardise »… Qu’il nous soit donc permis, par ce bref résumé, de vous y conduire !
La réforme grégorienne
Après la présentation des 40 années de travaux infatigables du Courrier de Rome par Monsieur l’abbé du Chalard, Monsieur l’abbé Boivin nous entretint de la Réforme Grégorienne en nous rappelant préalablement que les désordres surviennent dans l’Eglise lorsqu’il y a une inversion des primats, le temporel venant dominer le spirituel.

La crise de l’Eglise s’était installée au IXème siècle sous l’action conjuguée du délitement de l’Empire Carolingien et des grandes invasions qui déferlaient du Nord, de l’Est et du Sud (n’oublions pas que, en 840, Rome fut mis à sac par les musulmans qui pillèrent et volèrent une multitude de trésors religieux lesquels, d’ailleurs, disparurent tous dans un naufrage…).

Dès lors les structures de l’Eglise furent subordonnées au pouvoir des principautés souveraines issues du morcellement de l’Empire et c’est ainsi que l’Auctoritas Ecclesiæ passa de fait entre les mains de laïcs qui nommaient les charges spirituelles et auxquels évêques et Pères Abbés devaient hommage et allégeance. De spirituelles, ces charges devinrent surtout temporelles (les abbayes et les diocèses procuraient des revenus lucratifs) et l’on put assister, outre la perte d’âme, à des nominations aberrantes comme celle d’un enfant de cinq ans à la tête de l’évêché de Reims ! Tous ces désordres furent accompagnés d’un profond désordre moral et l’on vit fleurir la simonie et le nicolaïsme (la simonie désigne le commerce des charges et des sacrements, le nicolaïsme désigne l’incontinence des clercs).

La première réforme fut celle des réguliers avec, en 909, la fondation de Cluny par Guillaume d’Aquitaine qui place d’emblée l’abbaye sous la protection de saint Pierre et saint Paul et lui assure l’exemption. Elle fut ultérieurement dotée de l’immunité. La réforme séculière vint plus tard : les papes pré-grégoriens condamnèrent la tutelle laïque et Grégoire VII affirma la supériorité du spirituel sur le temporel. Par le « Primatus Papæ » il situa résolument l’Eglise à la vraie place accordée par le « Tu es Petrus » du Christ.

150 ans de crise, 70 années de remise en ordre… Plusieurs générations ! Mais, recouvrant la Libertas Ecclesiæ et le Primatus Papæ, l’Eglise put reprendre sa route et après une période de friche, elle put connaître la prodigieuse floraison intellectuelle, artistique et spirituelle des XIIème et XIIIème siècles.
Le Protestantisme et la Contre Réforme
Avançant dans le temps, Monsieur l’abbé Schmidberger nous présenta la Réforme de Luther en nous rappelant les grandes lignes de l’hérésie : l’homme est mauvais par nature, sa concupiscence est invincible, il ne peut donc être justifié que par la Foi.
 
De ce fait, les sacrements ne distribuent pas la grâce, ils ne sont que le signe de la confiance que nous portons au Christ.
 
Par l’abandon de l’union entre la nature et la grâce, le subjectivisme peut s’installer en lieu et place du Dogme et la Réforme se répandre comme une traînée de poudre.
 
Nous évoquant les causes de l’hérésie, de la rapidité de son impact et les moyens utilisés par ses diffuseurs, il nous présenta l’ampleur de la réaction de l’Eglise qui permit, là aussi, toute cette efflorescence spirituelle, intellectuelle, artistique, que l’on appelle la « Contre-Réforme ».
 
Les précurseurs de l’aggiornamento, l’ouverture aux idées modernes dans la théologie de la Renaissance et la réaction thomiste.
 
Docteur en Philosophie, Madame Scrosati développa une des causes de la Réforme et nous démontra comment c’est au cœur de la Renaissance qu’il faut chercher les germes de la crise de l’Eglise depuis la Réforme juqu’au Modernisme en passant par le Jansénisme. A cette époque, l’homme n’est plus seulement une créature de Dieu, il devient une valeur en soi.
 
Le processus de l’individualisme s’amorce, Erasme en est le penseur et le chantre. On note un désintérêt pour le dogme précisément défini, un attrait pour le spiritualisme, un déséquilibre entre la foi et la raison, un manque total d’obéissance à l’Eglise. Ces théories gagnent les hautes sphères religieuses, et on peut alors voir un pape préfacer des ouvrages sur la Kabbale ou une traduction du Talmud…

Mais à l’Université de Louvain, deux théologiens, Driedo et Latonus, travaillèrent à caractériser et à répondre aux erreurs répandues en particulier dans les œuvres d’Erasme. C’est eux qui ouvrent la voie à la réponse ferme de la Contre Réforme catholique. Pour contrer ce subjectivisme naissant, saint Pie V préconisera le retour à l’enseignement scolastique et fera de saint Thomas un Docteur de l’Eglise à l’enseignement incontournable.
La formation du clergé au XVIIe siècle
Après cette matinée extrêmement dense, le même rythme nous fut proposé durant un après-midi ouvert par la conférence de Monsieur l’abbé Portail : Crise et réforme du clergé au XVIIème siècle. Un constat : à la fin du règne d’Henri IV (fin des Guerres de Religion), les prêtres menaient une vie licencieuse, la simonie et le nicolaïsme refleurissaient. Dans les Dombes, saint Vincent de Paul eut à lutter contre la fréquentation des cabarets et autres maisons de jeu, contre la vente des sacrements et surtout contre l’alcool.
Le désastre moral s’accompagnait d’un désordre intellectuel pire encore, avec un manque de zèle pastoral évident, une absence totale de sermons, de catéchisme, d’évangélisation, et des fidèles laissés dans l’ignorance. De leur côté, découragés, les évêques ne visitaient plus leur diocèse et démissionnaient de leurs responsabilité devant des prêtres qui font de plus en plus appel aux juridictions civiles.

Plusieurs causes expliquent un tel état de délabrement. D’abord des causes générales comme les guerres (il ne faut pas oublier que 12 000 prêtres ont été tués durant les Guerres de Religion) et la Fronde qui remettait en cause l’Autorité centralisée. Les habitudes de jeunesse étaient pernicieuses : la chasse, le jeu, le collège, dans une ambiance de brutalité, d’ivrognerie, de tavernes, de mœurs licencieuses.En ce qui concerne les causes propres aux prêtres, on pouvait répertorier d’abord le défaut de vocation, de pureté d’intention dans le choix de l’état ecclésiastique ; puis, la trop grande pauvreté du clergé, son défaut de science et son esprit d’orgueil qui lui fait aspirer à l’estime du monde et on voit s’installer la fainéantise, l’absence de pénitence, le mépris de l’oraison et par dessus le tout, l’insoumission.

On réagira en revenant aux directives du Concile de Trente :
- Les clercs doivent porter l’habit sous peine de punition (l’Ordre Sacerdotal étant le premier état social, il doit être marqué par l’apparence)
- Célibat ecclésiastique incontournable
- Respect de la « modestie cléricale » (terme général qui recouvre la façon de vivre)

On crée des séminaires (oratoriens, sulpiciens, etc.) dont tous les fondateurs seront des missionnaires. Ces séminaires ne ressemblent pas aux nôtres : ils sont conçus comme une école de vertu et de dévotion, comme une maison spirituelle et d’enseignement de la pratique professionnelle, les études proprement dites étant faites à l’Université. Cela commence par ce que l’on appelait des « retraites d’ordinants » qui duraient 10 jours…

La réforme du clergé va être entreprise et couronnée de succès en deux générations. Cependant, très vite se profile une nouvelle crise dont, curieusement, les premiers signes se manifestent dans les rangs du clergé qui a mené la réforme… il s’agit de l’esprit d’indépendance, de curiosité toutes choses qui s’expliquent par la pauvreté du matériel humain et par l’esprit de division généré en particulier par le Jansénisme et qui explique cette montée de l’insubordination. Pas plus que le Xéme siècle, le XVIIIème ne verra de grandes figures de clercs.

La conclusion de cette conférence sera double : d’abord la constatation que le clergé est tributaire de la société dans laquelle il vit et que sa « réforme » doit donc être permanente. Ce travail, fort intéressant, fait partie de la Thèse à laquelle travaille actuellement Monsieur l’abbé Portail qui, cette année, a publié sur Internet une étude tout aussi intéressante sur l’état du clergé à la fin du XIXème siècle : Saint Pie X et le Sacerdoce.
Le modernisme : causes et remèdes selon Pascendi
Ce fut au tour de Monsieur l’abbé Thouvenot, recteur de l’IUSPX, d’aborder la crise du modernisme sous l’angle de l’encyclique Pascendi dont nous fêterons cette année le centenaire. Le Modernisme dans l’Eglise est une révolte qui touche les esprits et les apparente aux anges rebelles. Révolte pernicieuse de clercs qui ne se rebellent pas totalement mais ne se soumettent pas non plus : contrairement à Luther ils restent donc dans l’Eglise, mais c’est l’Ecriture et la Tradition qui sont atteintes.

Saint Pie X fit preuve de toute la vigilance qui doit être celle du Pasteur suprême et, avec une « sainteté toute papale », porta un « regard d’aigle » sur ce qui menaçait l’Eglise. Dans les deux textes de 1907 (l'allocution du 17 avril et l'encyclique du 8 septembre), il pose clairement le problème (on dira même qu’il a « inventé » le Modernisme), et c’est parce qu’il le pose clairement qu’il peut alors préconiser les moyens permettant de le résoudre.

Merci à Monsieur l’abbé Thouvenot pour le plan distribué (qui allège le travail de ses « recenseurs » !) et que je restitue tel quel :
Causes du Modernisme selon Pascendi :
- Causes éloignées : morales (curiosité, orgueil alors qu’il convient de se renoncer à soi-même pour suivre le Christ), intellectuelle par l’ignorance (alors que la méthode scolastique est rigoureuse et exigeante), la guerre acharnée contre la philosophie scolastique, la Tradition, l’autorité des pères et le Magistère de l’Eglise.
- Cause prochaine :  perversion de l’esprit.
Remèdes à la crise selon Pascendi :
- Redressement des esprits par la philosophie thomiste
- Lutte contre les modernistes en les excluant systématiquement de l’enseignement et en faisant tout pour neutraliser leur influence par la censure et l’obligation d’obéissance.
La critique de la raison moderne selon Benoît XVI
En conclusion de cette première journée, Monsieur l’abbé Lorans se livra à une analyse de la position du pape Benoît XVI à travers le discours de Ratisbonne où il est question d’une « crise de la raison qui devient folle ».
 
Il fait remarquer cet apparent paradoxe de l’accroissement de la connaissance qui, au lieu d’enrichir la raison, la frappe de cécité.
 
Le pape, dit-il, a une pleine conscience de la crise, il ne lui reste qu’à décider d’utiliser les remèdes.
Suit alors une brillante présentation du kantisme inspirateur des idées conciliaires en général et de Benoît XVI en particulier.
 
Faisant appel au sens commun, Monsieur l’abbé Lorans conclut alors en disant que l’on ne peut pas faire ne pas être ce qui est, ni inversement.
La notion d’Église
 La seconde journée fut ouverte par la communication de Monsieur l’abbé Gleize à propos de la notion même d’Eglise. Traditionnellement, l’Eglise est une société monarchique ayant à sa tête un chef unique : le successeur de Pierre auquel le Verbe incarné a confié les pouvoirs et auquel tous sont liés par un lien de dépendance et de subordination.
Cette société hiérarchique doit assurer la fonction de transmission et d’enseignement. Ses membres sont donc inégaux et l’on distingue l’Eglise enseignée constituée par les laïcs qui ont le caractère du baptême, de l’Eglise enseignante constituée par les clercs qui ont le pouvoir d’ordre et administrent les sacrements qui permettent la sainteté et le Salut.

L’Eglise est donc condition nécessaire (bien que non suffisante) du Salut : s’il n’est pas de sainteté et de Salut sans la grâce des sacrements, l’Eglise ne s’identifie pas pour autant au Salut qui ne s’opère que dans la Communion des Saints.

Avec Benoît XVI, on voit formalisée une nouvelle notion de l’Eglise. Le pape ne dit plus que le Christ a fondé une Eglise : il commence en déclarant que le Christ a suscité un rassemblement autour d’une expérience commune.Le mot expérience devient dès lors le maître mot de cette nouvelle ecclésiologie : l’évangélisation devient l’annonce de l’expérience et ce qui est important, c’est le rassemblement. Le ministère, lui, n’arrive qu’en arrière-plan et ne traduit nullement l’idée d’une société constituée.

Il n’est pas à proprement parler question d’Eglise, mais de « Royaume » et ce Royaume représente l’union des personnes dont chacune fait la même expérience religieuse. (Chez les Protestants, le Postulat Individualiste est second, le premier étant constitué par le Libre Examen). Dieu existe donc parce qu’on le ressent et nous constatons de ce fait le primat de l’expérience sur l’intelligence.

Cependant Benoît XVI, tout en le gardant, purifie ce « Postulat Individualiste » : il ne s’agit pas seulement d’une expérience individuelle mais d’une Communion de chacun avec Dieu et avec les autres. L’Eglise fut définie à Vatican II comme le signe et l’instrument de l’unité avec Dieu et de l’unité du genre humain. Ce qui fonde l’Eglise c’est la Cène, ce n’est plus la remise des clés à Pierre.

Le ministère et la Tradition se trouvent donc dans une toute autre position. Le ministère ne constitue pas l’Eglise, il est défini comme un service qui doit permettre cette expérience commune. La hiérarchie n’est pas niée, mais elle est secondaire et le rapport est inversé car l’unité hiérarchique découle de l’unité de l’expérience commune qui définit l’Eglise.

Dans la Tradition, l’Eglise, société visible et hiérarchique, précède la Communion des Saints. L’une est aussi distincte et inséparable de l’autre que le sont les conditions du Salut et le Salut. Selon Benoît XVI, l’Eglise est la communauté rassemblée par le Christ qui appelle tous les hommes qui viendront y faire l’expérience du Salut donné par le Père. L’Eglise se confond alors avec la Communion des Saints, et l’expérience commune précède le ministère. Cette expérience commune est celle de la dignité de l’homme et dès lors, le surnaturel devient une exigence de la nature.
Le mariage en crise
Après cette magistrale ouverture de la journée, Monsieur l’abbé Knittel aborde le problème de la crise du mariage, crise en particulier du mariage catholique qui est une catastrophe pour l’Eglise tant il y a peu de vocations sacerdotales en dehors des familles basées sur un mariage véritablement catholique.

Aujourd’hui, la conception catholique du mariage s’appuie sur Gaudium et Spes qui déclare que l’amour conjugal est la base du mariage.Cela s’oppose à tout le magistère antérieur qui définissait une fin première du mariage : la naissance et l’éducation des enfants, et une fin seconde : l’aide mutuelle et le remède à la concupiscence.

Les premières attaques contre cette définition du mariage surviennent juste après Pie XI où l’on titre un ouvrage : « Du sens et de la fin du mariage ». Mais, si l’on en vient à distinguer la fin du sens, comment le mariage pourrait-il avoir un sens qui ne s’appuierait pas sur sa finalité ?

Depuis 1963, l’homme doit être le principe et la fin de toutes les institutions et la fin du Bien Commun est de garantir les droits et les devoirs de chacun.En 1983, on déclare que le mariage est ordonné au bien des époux ainsi qu’à l'éducation des enfants. Mais il est impossible que le même acte ait deux fins différentes, voire même contradictoires, et tout cela est lourd de conséquences :
- La fin unitive et la fin procréative étant de même valeur, cela crée un conflit de devoirs qui aboutit à la contraception, ce à quoi les évêques répondent en invoquant le principe du moindre mal.
- La fin unitive placée en premier aboutit à une surévaluation de la sexualité dans la vie de chacun.
- Le bien des époux conduit à l’autorisation du préservatif dans les cas de SIDA ou autre problème de santé.
- Cela conduit à l’immaturité qui, elle-même, conduit aux innombrables demandes d’annulation de mariages.
- Et enfin, cela conduit à l’adultère du cœur.

Les causes de cette mutation sont à rechercher dans le personnalisme inauguré par Kant qui fait un absolu de la personne humaine mais surtout avec Jacques Maritain quand il distingue l’individu – qui est ordonné au bien de la cité, de la personne – au bien de laquelle est ordonnée la cité. La conclusion en est que la cause de la faillite du mariage est philosophique.
L’éducation et la famille
En dernière partie de cette matinée, Monsieur l’abbé de Cacqueray nous entretint de la crise de l’éducation en mettant en exergue de sa conférence une très belle citation du Père de Foucault : écrivant à une personne de sa famille, le Bienheureux la supplie de ne pas confier ses enfants à l’Ecole Publique car il y avait, lui-même, perdu la foi. Il reproche surtout à cette école sa neutralité qui n’est pas de nature à former les intelligences et les volontés.
La déclaration conciliaire traitant de l’éducation, « Gravissimum Educationis Momentum »,  est peu connue, peu commentée. Elle intervint à la fin de la Troisième session qui venait âprement de discuter de la liberté religieuse. Cette question de l’éducation semble avoir présenté peu d’intérêt pour les Pères, mais la déclaration permet de constater toute la cohérence des décisions du Concile. En effet, le fondement de ce qui est défini comme le « droit à l’éducation » est, comme pour « le droit à la liberté religieuse », la dignité humaine érigée en valeur absolue.

Le principe en est que toute éducation fondée sur la dignité humaine favorise l’unité véritable et devient facteur de paix dans le monde. En cela, le Concile s’est bien mis à la remorque des idées du temps et s’est forgé des concepts qui, censés rendre la Tradition intelligible, ne servirent qu’à la dénaturer.

Par la suite, les diverses déclarations tant des papes que des évêques (Paul VI ira jusqu’à faire l’éloge de l’Ecole Publique) présentèrent l’Ecole Catholique comme nécessaire  non pas pour des raisons essentielles d’éducation : il s’agit simplement de laisser un espace à la sensibilité particulière des catholiques et d’intervenir en tant que simple complément de l’Ecole publique… On le voit, rien de très motivant !

Mais ce texte, nous dit Monsieur l’abbé de Cacqueray, « véhicule une chimère naturaliste » : une éducation qui ne reconnaît pas la finalité surnaturelle ne peut pas être facteur de paix car elle ne forme pas les intelligences ni les volontés. Elle fait l’inverse et, sous prétexte de droit à l’éducation, on installe un droit contre l’éducation. Le but avoué de l’éducation est aujourd’hui ainsi défini : « les enfants ont le droit d’être incités à apprécier sainement les valeurs morales » (sic…). Disparait alors, par dénigrement de l’autorité, le rôle de l’enseignant en tant que dispensateur du savoir, de l’éducateur en tant que formateur et dispensateur des règles.
L’enseignement et le magistère
Monsieur le Professeur Dominique Viain eut la lourde tâche de reprendre le flambeau après le déjeuner, mais il le fit avec une verve telle que nous ne risquions pas de nous endormir ! C’est d’ailleurs une tâche impossible que celle de résumer sa communication. Voici cependant quelques idées saisies au vol. La question posée était de savoir si l’enseignement disposait d’une garantie magistérielle et si l’on est en droit de déduire une méthode d’enseignement des 2 000 ans d’histoire de l’Eglise.

Dans la chrétienté des premiers siècles, l’enseignement était celui qui était délivré dans l’Empire Romain. Les Pères sentent bien qu’il y a là quelque chose d’insuffisant, mais on perpétue la tradition romaine : on étudie les grands textes, on les commente : Ciceron, Virgile, Horace. On étudie aussi diverses matières comme l’Astronomie, la Musique. Progressivement, on ajoute l’étude de l’Ecriture et de la morale. Cela se perpétue durant le Moyen-Âge. La Renaissance verra une explosion culturelle liée à la « jubilation de la redécouverte du Grec » ; le projet d’un savoir encyclopédique prend forme et se développe. C’est durant le XVIIème siècle que s’institutionnalise l’école essentiellement avec les Jésuites et le lycée napoléonien ne sera que la version laïcisée du collège jésuite.

Au cours des siècles, l’enseignement changea de visage pour des raisons évidentes et tout ce que l’on privilégie aujourd’hui n’existait pas : les mathématiques ne purent s’enseigner tant que l’on n’avait pas la notion du zéro, les langues vivantes n’avaient pas d’objet, avant les XVIème et surtout XVIIIème siècle, la géographie était une géographie d’historiens et l’histoire, essentiellement antique, était l’étude des modèles moraux à travers les grandes figures du passé ; quant à la littérature nationale, elle n’intéressait personne.

Mais on ne peut parler d’évolution ni de progression car, aujourd’hui, nous assistons à un effondrement civilisationel sans précédent qui a un lien intime avec l’effondrement spirituel. L’éducation peut-elle apporter des solutions ? Les Grecs et les Romains ont toujours été à la base de toute éducation chrétienne et européenne :  le latin n’est  pas une « matière », il est notre langue maternelle, l’essence même de l’instruction chrétienne et européenne ! (Voir les vibrants plaidoyers de l’orateur en faveur du Latin réhabilité comme langue vivante.) Mais les Humanités ont disparu et il est urgent de les rétablir, urgent aussi de combattre le démocratisme et de différencier l’enseignement de l’éducation.

Car en voulant que tout le monde appartienne à l’élite on a cassé la possibilité de former une élite qui seule a le pouvoir de nous entraîner vers le haut. Au lieu de cela, la loi de la majorité est une loi du peu qui abaisse l’ensemble de la population vers le non-savoir. Quant à la perte spirituelle, elle est le fait de la laïcisation des professeurs et des étudiants.

Laissons aux lecteurs des Actes du congrès (à paraître en juin prochain) le soin de découvrir les remèdes préconisés par le Professeur Viain avec leur posologie et leur mode d’administration !
Le droit
Lui succède Monsieur Franck Bouscau, professeur des Facultés de Droit et Président du Jury rectoral de l'Institut saint Pie X. Il explique que, selon la conception traditionnelle (le "droit naturel classique"), telle qu’elle est énoncée par Aristote, les Romains et saint Thomas, le Droit est une application de la justice particulière qui consiste à rendre à chacun son dû, c’est à dire à effectuer un juste partage (cf. le symbole de la balance de Thémis).

Depuis les XVIème et XVIIème siècles, cette conception a été concurrencée par le "Droit naturel moderne" qui se fonde sur des principes généraux déduits, ou supposés tels, de la nature humaine et de la morale. Dans ce contexte, au lieu de chercher à déterminer la juste part de chacun, le droit vise désormais à satisfaire des revendications ou droits subjectifs. Cette conception connaîtra un apogée avec la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Au XXème siècle, les « Droits de l’Homme » pénètrent et bouleversent l’ensemble du système juridique, jusqu’au "droit à la santé", ou récemment, au "droit au logement opposable"… le Concile Vatican II, quant à lui, a reconnu les Droits de l’Homme et la liberté religieuse comme faisant partie des impératifs devenus incontournables.

Cependant, il faut noter que l’invention continue et incontrôlée de nouveaux « Droits de l’Homme » aboutit à une contamination de tout le Droit par des notions extra-juridiques. Il convient donc pour les juristes de revenir à la méthode aristotélico-thomiste.
Le travail de Si Si No No
Après avoir, dimanche matin à la Grand’messe, écouté le sermon profondément spirituel de Monseigneur Fellay qui nous enjoignait d’avoir, à l’instar des Mages, le courage d’ouvrir les yeux dans la nuit pour voir l’étoile et la suivre, nous débutons l’après-midi avec un vibrant plaidoyer de Monsieur l’abbé Castelain en faveur de la revue Si Si No No.

Il nous dit l’enthousiasme qu’il ressent lui-même face à cette œuvre fondamentale accomplie sans relâche depuis quarante années et nous rappelle que le mot enthousiasme est issu du mot grec enthousiasmos qui signifie « transport divin », ardeur qui nous pousse à agir. Il nous livre son expérience des « conférences Si Si No No » organisées à Lyon durant lesquelles sont commentés d’anciens numéros de la revue, articles qui sont tellement fondamentaux, qu’ils ne datent jamais et ne perdent jamais leur impact actuel.

Mais pour vivre, une revue a besoin du nerf de la guerre, en l’occurrence elle a besoin d’abonnements. Pour cela c’est très simple, il suffit d’écrire à courrierderome@wanadoo.fr . Vous pourrez vous abonner à la revue et aussi commander les diverses publications. Puisse l’appel de Monsieur l’abbé Castelain ne pas avoir été lancé dans le désert !
Le témoignage émouvant et puissant d'un Révérend Père Abbé
C’est alors que nous pûmes entendre l’émouvant et magnifique témoignage d’un Révérend Père Abbé qui nous expliqua avec des mots simples et sensibles comment, ordonné en 1977 dans l’Eglise issue du Concile Vatican II, il vint à la Tradition après avoir traversé une terrible crise.

Ordonné dans un monastère italien , il fut nommé prieur en 1989 et se fit une spécialité d’organiser des rencontres inter-religieuses (sa première rencontre fut celle du DalaÏ-Lama dans la basilique de San Miniato) tout en menant de front diverses activités politiques teintées gauche.

Mais à vouloir dialoguer sans songer à être missionnaire, on tombe dans la « crise du rien » nous dit-il et la crise d’identité des prêtres est profonde : préalablement déformés au séminaire où on détruit leur sens du surnaturel en leur faisant lire Kant, perdus dans les activités sociales, ils ne savent plus ce qu’est le prêtre quand le Christ lui-même est réduit à un agitateur politique, à un simple « maître à penser ». Lorsqu'on fait comme Che Guevara, dans ses études on lit Hegel et Marx de préférence à saint Thomas, Dieu se réduit à la Communauté, et la liturgie devient prisonnière des fidèles…

Après vingt années de ce régime, il subit une crise personnelle dramatique en 1998 au cours de laquelle il fit l’expérience du « ciel fermé sans la moindre lumière ». Alors il s’astreint à lire : l’Introduction à la Vie Dévote de saint François de Sales, l’Imitation de Jésus-Christ et retourne à saint Thomas malgré le souvenir du mépris de son professeur de philosophie lui affirmant que saint Thomas était dépassé… Puis il se rendit au Barroux et comprit qu’il y avait une autre Eglise qu’il ne connaissait pas. C’est là qu’il dit sa première messe tridentine, et c’est à partir de cela que sa vie changea radicalement. Ensuite, il rencontra le Révérend Père Ange à Bellaigue, puis la FSSPX avec Monsieur l’abbé du Chalard et Monseigneur Fellay. Quand on pense avec un peu de droiture intellectuelle dit-il, on ne peut qu’être reconnaissant à Monseigneur Lefebvre qui disait si justement que lorsqu’on perd la Tradition, on perd sa culture et son âme.

Mais la Tradition, ce n’est pas que la liturgie : c’est une vérité, cela concerne la vérité de la foi.Il n’y a pas que la messe, il y a la foi ! Bien sûr on attend le Motu Proprio du pape, mais il ne règlera pas le problème de la foi. Dans les rapports avec Rome, il faut évidemment être prudent, mais il ne faut pas avoir peur. Lui-même, lors d’une de ses rencontres, il demanda au cardinal Castrillon ce qu’il pensait de Monseigneur Fellay. Oh ! lui répondit-il… "Monseigneur Fellay ? Lui, il est vraiment évêque !"

Il conclut son intervention « ex abondancia cordis » comme il la définit lui-même, en nous disant son bonheur, le matin même, d’avoir vu à la messe de saint Nicolas une église pleine, et pleine de nombreux jeunes, de nombreux enfants. Mais il sait bien qu’ils n’étaient là que parce qu’il y a des prêtres capables de vivre un vrai sacerdoce.
Typologie de la crise présente
Nous arrivions presque à la fin du congrès, mais le rythme ne se ralentit pas et nous pûmes écouter Monsieur le Professeur d'Amico pour une conférence passionnante sur la Typologie de la crise présente qu’il ouvrit sur la très belle phrase de Dostoïevsky : « La beauté sauvera le monde ».

Tout d’abord il nous rappela les principes de l’œcuménisme tels que l’Eglise les a toujours définis :
    - L’Eglise a reçu la plénitude du Christ et n’a pas besoin de perfectionnements.
    - Puisque nous ne pouvons pas modifier le Dogme, il est impossible de faire une unification par assimilation.
    - L’unification ne peut se faire que par conversion, principalement par conversion personnelle.
    - Qui vient au catholicisme ne perd rien de positif.

Face à cette définition, l’œcuménisme actuel s’inscrit donc dans une totale irrationalité. Pour faire accepter cette irrationalité, il convient de manipuler le langage. On n’a jamais autant écrit dans l’Eglise que depuis Vatican II, ni avec… une expressivité aussi vide.Les paroles ne disent rien, ou autre chose, et s’il est vrai que le premier acte d’une révolution est la manipulation du langage, nous sommes bien en présence d’une révolution dans l’Eglise.

Souvenons-nous du livre de Georges Orwell « 1984 » et comment cet écrivain met en lumière les mécanismes d’oppression du peuple par la destruction du langage, comment il nous montre l’essence du pouvoir totalitaire qui repose sur la disparition du passé : « Qui contrôle le passé contrôle le futur, et qui contrôle le présent contrôle le passé ».

On assiste actuellement à un véritable « génocide culturel », à un « stalinisme ecclésiologique », par fermeture de la mémoire au moyen de la destruction du langage. Nous sommes bien dans la novlangue et la bi-pensée quand deux propositions qui s’annulent sont simultanément considérées valables comme, par exemple, les expressions « communion non pleine » ou « unité partielle ». L’effort de réflexion n’est pas gigantesque pour comprendre que, s’il y a communion elle est forcément pleine et que, s’il y a unité elle ne peut pas être partielle ! D’autres procédés linguistiques sont utilisés, Monsieur d'Amico les développera dans les Actes du congrès.

Le but de tout cela est de faire pénétrer l’utopie dans l’Eglise alors même qu’il n’y a pas de plus grand ennemi de l’utopie que l’Eglise qui a toujours fait preuve d’une sainte suspicion. L’utopie est partout : utopie politique, utopie humanitaire. Avec elle, la révolution a pris ses marques dans l’Eglise.
Le rôle de la FSSPX dans la crise présente
Le congrès s’achève, Son Excellence Monseigneur Fellay qui, depuis le début, a assisté à toutes les conférences, prend la parole pour conclure, et il nous parlera surtout de l’action de Monseigneur Lefebvre qui pressentit la crise avant même son explosion et en détermina immédiatement le remède. Voyant que la crise de l’Eglise est avant tout une crise du Sacerdoce, il en déduisit immédiatement que la solution en est la restauration et la sauvegarde du sacerdoce. Cependant plusieurs années s’écoulèrent entre ce « rêve » fait dans une église de Dakar et la création de la FSSPX. Les œuvres divines ne se font pas dans la précipitation.

Saint Paul explique que la lettre tue s’il manque l’esprit. Or, par le Concile, c’est ce formel qui a été atteint, et c’est cela qui met l’Eglise en péril par perte de « l’esprit chrétien », par perte de « l’esprit sacerdotal ». Monseigneur Lefebvre comprend qu’il y a un lien intime entre la messe, le prêtre et la société chrétienne.

Le Libéralisme érige la liberté en absolu. Mais, la liberté repose sur la raison et la volonté et, l’érigeant en absolu, on érige aussi la raison et la volonté en absolu à l’exclusion de Dieu. A partir de là, le péché n’a plus de sens et ce qui suit n’a pas de sens non plus : la peine disparait, la sanction disparait, la réparation aussi et plus n’est besoin de Rédemption… Or Vatican II baptise le libéralisme…

A travers quatre nouvelles définitions des relations entre l'Eglise et le monde au Concile  soulignées  par  Benoît XVI  (l’Eglise et l'Etat moderne, la foi  et la science, l’Eglise et les autres religions, l’Eglise et la foi hébraïque) on voit comment l’Eglise accomplit les plans maçonniques même si, individuellement, le pape est hostile à la maçonnerie.  (La phrase telle qu'énoncée ici est en fait, pour nécessités de résumé, un court-circuit d'une partie de la conférence, la condensation de deux arguments que vous trouverez, développés, dans les Actes.)

Lorsque Monseigneur Lefebvre entreprit de sauver le Sacerdoce, la messe et l’esprit chrétien, toutes les autorisations furent données pour la fondation de la FSSPX et du séminaire d’Ecône « Manifestation évidente, écrivit Monseigneur, de la bénédiction sur l'Oeuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ». Bien sûr il ne s’agit pas de s’encenser mais de peser une mission.

Or cette mission, même si beaucoup l’ont délaissée, ne représente jamais que le devoir de chaque Chrétien et, ce faisant, nous ne faisons rien de spécial. Alors, continuons tout simplement à faire notre devoir!

A Paris, le 8 janvier 2007
Donec-Ponam pour La Porte Latine