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6 février 2007

[Institut du Bon Pasteur] IBP : combien de divisions ?

SOURCE - IBP - 6 février 2007

Cher Monsieur l’abbé, Merci pour la création de ce blog, c’est vraiment une bonne idée. Nous vous espérons en forme et vous félicitons encore pour la création de l’Institut du Bon Pasteur. A propos de l’IBP, combien compte-t-il de membres ?

André Roche - Paris

Cher Monsieur,
Il y a actuellement dix prêtres et deux diacres incardinés à l’IBP :
  •  les cinq fondateurs (MM. les abbés Laguérie, de Tanoüarn, Héry, Aulagnier et Forestier)
  •  M. l’abbé Navas, supérieur du district d’Amérique du Sud.
  •  Don Carlo Cecchin, supérieur de la maison de Rome.
  •  Monsieur l’Abbé Krolikowsky, son collaborateur
  •  M. l’abbé Roch Perrel, directeur de l’école Saint Projet à Bordeaux
  •  M. l’abbé Pinzon, collaborateur de M. l’abbé Navas
  •  M. l’abbé Prieur, diacre (et fondateur), très bientôt ordonné.
  •  M.L’abbé Spinozza, diacre
Nous avons un autre diacre, un sous-diacre et neuf séminaristes dans nos deux maisons de formation, le séminaire Saint Vincent à Courtalain et la Maison du Bon Pasteur à Rome.

Nous avons enfin un frère qui a pris la soutane avec les quatre premiers séminaristes le dimanche 4 février dans l’église Saint Eloi de Bordeaux, notre maison mère.

Quand les ordinations du 3 mars à Courtalain auront eu lieu ( nous vous y invitons chaleureusement), nous aurons deux prêtres de plus (cela fera douze) et toujours autant de diacres.

S’il plaît à Dieu, nous serons en mesure d’ordonner quatre prêtres supplémentaires en 2007. Enfin, sachez que de partout, des prêtres demandent leur incardination dans l’IBP, mais il nous faut en ce domaine observer, c’est évident, la plus grande prudence.

Merci de vos bons mots. Recevez ma bénédiction

Abbé Philippe Laguérie

[Blog de l'abbé Laguérie] Validité des consécrations épiscopales dans le nouveau rite ?

SOURCE - Blog de l'abbé Laguérie - 6 février 2007

Cher Monsieur,
 
J’ai beaucoup étudié cette question, décisive pour le statut actuel de l’ Église Catholique.
 
Je vous renvoie aux études parues dans Le Sel de la terre (n°154) et à celles de Fr.Ansgar Santogrossi sur cette question publiée dans la revue Objections n°6 (juin 2006).
 
Il est évident, et démontré à présent, que la forme du Pontifical traditionnel est bien plus récente, parce que moyenâgeuse, que la nouvelle formule de Paul VI, qui est apostolique. Cette dernière est évidemment la plus traditionnelle qui soit. Elle est celle de l’Église d’Antioche depuis 2000 ans, celle aussi de l’Église d’Alexandrie depuis la même époque, et, il est à peu près certain aujourd’hui, qu’elle était celle de l’Église Romaine à la même époque. (cf Liber Sacramentorum de Saint Hippolyte de l’Église Romaine Elle- même).
Deux conditions sont requises pour la validité de la forme d’une consécration épiscopale, en plus de la matière qui est l’imposition des mains :

L’onction (ou descente) du Saint Esprit et la Grâce spéciale qu’Il opère dans le sujet ( cf Pie XII Sacramentum Ordinis 1947).
 
Par l’expression " Spiritum principalem" invoquée par le nouveau rite (qui est, on l’a compris, le plus ancien) sur la tête de l’élu, auquel on impose les mains, est signifiée à la fois, et la puissance de l’Esprit Saint, et le pouvoir de Prince de l’Église conféré à l’ordinand. Il n’y manque rien. D’autant que le nouveau rite précise dans la forme sacramentelle même, que cet esprit qui fait les Princes est "Celui-la même que le Christ conféra aux apôtres pour qu’ils établissent en tout lieu les églises à la Gloire de Son Nom".
 
Il n’y a évidemment aucun doute sur l’ancien rite, qui se contentait pourtant de demander au Seigneur d’étendre la dignité sacerdotale du sujet… ce qui reconnaissons-le, est bien plus flou que la forme du nouveau rite.
 
En dehors de toute polémique et, toutes choses égales par ailleurs, le nouveau rite de consécration est bien plus clair que l’ancien. Ceux qui contestent sa validité devraient nous expliquer comment ni Saint Athanase, ni Saint Cyrille, ni Saint Barsès ….ne furent jamais que de pieux laïcs !
 
Ne mélangeons pas tout. La nouvelle messe a été un affreux bricolage, mais le nouveau rite de consécration épiscopale est un retour aux sources manifeste, avec la garantie de la plus vieille Tradition de l’Église, tant orientale qu’occidentale.
 
Quels que soient les replis frileux et désespérés de quelques théologiens de la FSSPX, fussent- ils évêques, aucun doute ne peut subsister sur la validité de la puissance épiscopale des évêques catholiques.
 
Toute autre divagation est le refuge désespéré du sedevancantisme.
 
Dieu en préserve notre chère Fraternité !
 
Abbé Philippe Laguérie

5 février 2007

[Reuters / L'Express] Une paroisse pour les catholiques traditionalistes à Bordeaux

SOURCE - Reuters / L'Express - 5 février 2007

Le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France, et l'abbé traditionaliste Philippe Laguérie ont signé une convention créant une "paroisse personnelle" à Bordeaux où la messe sera célébrée en latin. "Depuis septembre dernier le dialogue ouvert entre l'Institut du Bon Pasteur et le diocèse de Bordeaux vient de franchir une étape importante : la création d'une paroisse personnelle pour les prêtres et les fidèles laïcs désirant célébrer la liturgie selon les livres en vigueur en 1962 et la signature d'une convention confiant à l'Institut du Bon Pasteur la charge de cette paroisse dans l'église Saint Eloi à Bordeaux", indiquent les deux parties lundi dans un communiqué.
 
Cette convention signée le 1er février fait suite à la création le 8 septembre dernier par le pape Benoît XVI de l'Institut du Bon Pasteur composé de cinq prêtres dont son supérieur général Philippe Laguérie qui ont rompu avec le schisme de feu Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité saint Pie X en réaction aux réformes du Concile de Vatican II.
 
Mgr Ricard précise sur le site Internet de l'archevêché que la convention "sera revue dans cinq ans et le point sera fait chaque année entre les deux parties".
 
Philippe Laguérie avait été ordonné prêtre le 29 juin 1979 par Mgr Lefebvre.
 
De 1984 à 1997 il avait été le curé militant intégriste et très médiatisé de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, occupé illégalement.
 
En 1997, il est venu s'installer dans l'agglomération bordelaise où en 2002 il avait obtenu de la mairie de Bordeaux l'autorisation pour une association proche de la Fraternité saint Pie X d'utiliser l'église désaffectée Saint-Eloi, décision contestée par Mgr Ricard.
 
Quelques mois après, l'abbé Laguérie avait été exclu de la Fraternité saint-Pie X à la suite des critiques qu'il avait formulés sur son fonctionnement.

4 février 2007

[Jean-Marie Guénois - La Croix] Mgr Ricard : «Sortons de la critique systématique pour vivre la charité fraternelle»

SOURCE - Jean-Marie Guénois - La Croix - 4 février 2007

Mgr Ricard : «Sortons de la critique systématique pour vivre la charité fraternelle»
Celui qui a dû accueillir dans son diocèse l'Institut du Bon Pasteur, érigé par Rome, où les prêtres sont autorisés à célébrer la messe selon le rite tridentin, explique le sens de la convention qui vient d'être signée

Entretien - Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France
La Croix : Quels sont les points qui vous paraissent essentiels dans la convention signée entre le diocèse de Bordeaux et l’Institut du Bon Pasteur ?
Cardinal Jean-Pierre Ricard : Le diocèse de Bordeaux a érigé une paroisse personnelle, c’est-à-dire non territoriale (canon 518), déterminée par l’usage des livres liturgiques en vigueur en 1962. Il la confie ad experimentum pour cinq ans à l’Institut du Bon Pasteur, érigé par Rome le 8 septembre dernier. Il met l’église Saint-Éloi à la disposition de cette paroisse personnelle et intègre le fonctionnement de cette paroisse dans celui des autres paroisses du diocèse, notamment en ce qui concerne sa gestion financière.
On pensait, le 8 septembre dernier, lors de l’annonce de la création de l’Institut du Bon Pasteur, que l’accord avec le diocèse allait de soi. La signature de cette convention, le temps pour y parvenir, démontrent le contraire : quelles ont été les difficultés rencontrées ?
Quand le décret de création de cet Institut par Rome (commission Ecclesia Dei) a été signé, j’ai regretté qu’une convention avec le diocèse de Bordeaux n’ait pas été signée de façon concomitante. Avec le recul, je reconnais que ce décalage dans le temps a permis un grand débat dans les conseils du diocèse (conseil presbytéral et conseil pastoral diocésain), le début d’une meilleure connaissance mutuelle et un ajustement de nos positions respectives. Après des années d’ignorance mutuelle, de polémiques et de contentieux (en particulier à propos de l’utilisation de l’église Saint-Éloi), la confiance ne se crée pas du jour au lendemain. Je crois que les contacts et les rencontres que nous avons eus à l’occasion de cette convention ont permis, ces derniers mois, d’en ouvrir le chemin.
Le décret romain du 8 septembre exprimait une décision du Saint-Siège et vous n’aviez pas caché avoir été mis devant le fait accompli. Le texte de la convention insiste au contraire sur l’initiative du diocèse de Bordeaux : avez-vous retrouvé une liberté d’action et toute votre responsabilité épiscopale sur ce dossier ?
Le décret romain et les statuts donnés à l’Institut stipulaient que celui-ci bénéficierait d’un usage exclusif des livres liturgiques de 1962. J’ai donc tenu compte de cette décision. Le décret ne donnait pas d’indication particulière sur une mission pastorale dans le diocèse de Bordeaux. Cela restait du ressort de l’archevêque et du diocèse. Ma liberté était grande sur ce point. Elle m’a même permis de préciser un point du décret, à savoir que l’église Saint-Éloi ne pouvait être aujourd’hui le siège de l’Institut que parce qu’une paroisse personnelle lui était confiée sur Bordeaux. En effet, il ne m’est pas possible de confier une église municipale dont le diocèse est affectataire à une institution qui n’aurait pas une mission pastorale dans le diocèse. Sur ce point en particulier, les choses sont rentrées dans l’ordre.
La négociation en vue de cet accord a-t-elle fait progresser votre connaissance réciproque, voire votre communion, ou a-t-elle gelé les positions ?
Je dois avouer que j’ai été inquiet après la création de cet Institut par Rome par des affirmations comme « Nous avons gagné », « Nous n’avons rien cédé », « Nous serons les sauveurs d’une Église en ruine » ! De tels propos ont eu des effets ravageurs. La signature d’une convention dans cet état d’esprit n’aurait pas été possible. Or, je sens aujourd’hui chez l’abbé Laguérie et les prêtres de l’Institut du Bon Pasteur une volonté d’être en pleine communion avec Rome et d’intégrer, sous ma responsabilité épiscopale, la famille diocésaine.
Vous insistez beaucoup sur la dynamique de communion – vous instituez même une commission de dialogue. Pensez-vous qu’un tel objectif soit réalisable dès lors que vous ne cachez pas une forte « divergence » sur le concile Vatican II ?
Je pense que cette communion qui est un don de Dieu est aussi une tâche à réaliser et que cette tâche est réalisable. Elle demande relations, connaissance mutuelle, dialogue et échange. Sur la suggestion du conseil presbytéral, j’ai mis sur pied une commission de dialogue (de prêtres et de laïcs) pour faciliter ces relations. Elle a été bien acceptée par les prêtres de l’Institut. Sortons de l’époque de la polémique, des jugements à l’emporte-pièce, de la critique systématique pour vivre la charité fraternelle et l’estime et le respect mutuels. Dans la foi, je crois aux fruits de communion que l’Esprit Saint peut susciter dans son Église.

Cela dit, cette communion appelle également la vérité. Je n’ai pas voulu que la question des divergences sur la relation au concile Vatican II et à certains de ses textes soit occultée. La réception positive de l’enseignement du Concile comme acte magistériel est une condition importante de cette communion. Car, plus que sur une question liturgique, c’est bien à ce niveau-là que s’est établi le contentieux avec ceux qui avaient suivi Mgr Lefebvre.

Je crois que, sur ce point-là, le dialogue est nécessaire. Les prêtres qui ont fondé l’Institut ont accepté d’avoir en ce domaine « une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique ». L’année prochaine, nous aurons quatre catéchèses diocésaines pour adultes afin de revisiter les grandes intuitions du concile Vatican II. J’ai demandé aux prêtres de l’Institut de participer à cette réflexion diocésaine en faisant part de leur propre approche. Une écoute et un échange respectueux devraient être possibles.
L’abbé Laguérie avait estimé que cette convention pourrait servir de « prototype » pour d’autres diocèses : le président de la Conférence des évêques que vous êtes encourage-t-il une telle diffusion ?
Cette convention est faite pour le diocèse de Bordeaux et fait référence à une situation particulière. Il est toujours possible de s’en inspirer, mais chaque évêque reste juge dans son diocèse de l’opportunité ou pas de faire appel à l’Institut du Bon Pasteur.
La décision du 8 septembre a provoqué une onde de choc dans le catholicisme français et beaucoup d’interrogations subsistent à propos d’un éventuel motu proprio libéralisant la messe tridentine. Vous êtes membre de la commission Ecclesia Dei en charge de ce dossier à Rome, le Saint-Siège va-t-il vraiment poursuivre cette voie de réforme ?
Benoît XVI souhaite poursuivre un travail de réconciliation avec ces prêtres et fidèles qui ont quitté la pleine communion avec le Siège de Pierre (en particulier la Fraternité Saint-Pie-X). Il se pose également la question d’une « libéralisation » de la messe tridentine. Le pape a en mains tous les éléments du dossier. Il prend son temps avant d’arrêter sa décision sur une question de cette importance.

Recueilli par Jean-Marie GUENOIS

2 février 2007

[Diocèse de Bordeaux - Mgr Ricard] La convention entre le diocèse de Bordeaux et l'Institut du Bon Pasteur - présentation

SOURCE - Diocèse de Bordeaux - 2 février 2007

Mgr Ricard présente le sens et la portée de la convention signée avec l'Institut du Bon Pasteur
UNE CONVENTION AVEC L’INSTITUT DU BON PASTEUR
Le jeudi 1° février ont été signés un décret érigeant sur Bordeaux une paroisse personnelle et une convention confiant la charge pastorale de cette paroisse à l’Institut du Bon Pasteur.
 
Le Code de Droit canonique parle de la paroisse personnelle en ces termes : « En règle générale, la paroisse sera territoriale, c’est-à-dire qu’elle comprendra tous les fidèles du territoire donné ; mais là où c’est utile, seront constituées des paroisses personnelles, déterminées par le rite, la langue, la nationalité de fidèles d’un territoire, et encore pour tout autre motif. » (canon. 518)
 
Cette paroisse personnelle, qui n’est donc pas territoriale, réunit des fidèles qui souhaitent célébrer la liturgie avec les livres liturgiques en vigueur en 1962. Elle prend sa place parmi les autres communautés, où cette liturgie est célébrée en accord avec l’archevêque: chapelles du Christ Rédempteur (à Talence) et de Saint Germain (à Auros), église Saint Bruno (à Bordeaux). Cette paroisse a son siège en l’église Saint Eloi qui est mise à sa disposition par le diocèse. Elle est confiée à l’Institut du Bon Pasteur, société de vie apostolique de Droit pontifical, érigé officiellement par Rome le 8 septembre dernier.
Le temps est venu
Cette décision, évoquée dans mon éditorial paru dans L’Aquitaine du 6 octobre 2006, a été précédée d’une consultation du Conseil presbytéral et du Conseil pastoral diocésain. Des questions ont été posées et des réticences exprimées. Les contacts pris, les rencontres avec les membres de l’Institut et son Supérieur général, les difficultés surmontées, une lettre personnelle que m’a adressée l’abbé Laguérie, souhaitant, après des années de polémique, nouer avec le diocèse des relations plus fraternelles, m’ont convaincu que le temps était venu de signer avec l’Institut une convention. Celle-ci, comme d’ailleurs la reconnaissance par Rome de l’Institut, est ad experimentum. Elle sera revue dans cinq ans et le point sera fait chaque année entre les deux parties.
Pour une communion fraternelle
La signature de cette convention n’est pas un pur acte administratif ni une décision prise à contrecœur. Elle est l’expression d’une volonté d’accueil et de communion dans le diocèse de Bordeaux de ces prêtres et de ces fidèles qui ont souhaité retrouver la pleine communion avec le Siège de Rome. Il faut nous rappeler que nous sommes de la même famille, tous appelés par grâce à prendre place comme des pauvres à la table du Seigneur. Lors de la célébration de l’Eucharistie, j’adresse souvent au Père cette prière : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps. » Personne n’est propriétaire de l’Eglise. Dans une réconciliation selon l’Evangile, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, ni concession ni condition, il y a communion fraternelle, c’est-à-dire accueil de l’amour du Christ, tout en tous.
Une tâche à réaliser
Certes, cette communion a, par la convention signée, une dimension institutionnelle : cette paroisse personnelle a les mêmes droits et devoirs que les autres paroisses du diocèse, tels qu’ils sont définis par nos statuts diocésains et le droit universel de l’Eglise. Mais cette communion doit être aussi vécue par des liens fraternels, car, si elle est un fruit de l’Esprit, elle est aussi une tâche à réaliser, avec ce que cela comporte de connaissance mutuelle, de communication, d’échange et de dialogue. Sur la suggestion du Conseil presbytéral, j’ai décidé la création d’une commission de dialogue (de 5 à 7 personnes) qui sera en relation habituelle avec cette paroisse confiée à l’Institut du Bon Pasteur et aidera à une meilleure connaissance réciproque.
Dans l’approfondissement du Concile Vatican II
Nous savons bien que ce n’est pas seulement la question liturgique qui a été précédemment la cause de divisions dans l’Eglise mais plus largement une divergence sur l’autorité doctrinale et pastorale du Concile Vatican II et sur la réception de ses textes. L’accueil fait par Rome aux prêtres de l’Institut n’a pas fait l’économie de cette question. Celle-ci reste encore présente. Il ne faut pas se le cacher. La communion fraternelle ne l’efface pas. La difficulté n’est pourtant pas insurmontable. Lors de la création à Rome de l’Institut du Bon Pasteur, le 8 septembre dernier, les prêtres de cet Institut ont déclaré « accepter la doctrine, contenue dans le n°25 de la Constitution dogmatique « Lumen Gentium » du Concile Vatican II sur le Magistère de l’Eglise et l’adhésion qui lui est due. » Ils ont accepté aussi de préciser : « A propos de certains points enseignés par le Concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique. » (Acte d’adhésion) Il est donc possible, en fidélité au Magistère actuel, de pouvoir parler avec les membres de l’Institut et avec les fidèles qui les rejoignent, des différents points qui leur font difficulté dans le Concile Vatican II. La vérité de la communion est à ce prix.
 
Le Concile Vatican II, situé dans toute la Tradition de l’Eglise, est pour nous, comme l’ont dit les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, une « boussole » pour notre marche ecclésiale. L’année prochaine, j’ai proposé à tout le diocèse quatre grandes catéchèses pour adultes sur les grandes intuitions de ce Concile. Je souhaite qu’elles soient également l’occasion, sans faire l’économie de nos différences, d’une réflexion sereine et d’un échange respectueux entre tous.
Une communion pour la mission
N’oublions pas enfin que notre communion est au service de notre mission. Nous sommes confrontés à des défis terribles : comment annoncer l’Evangile aujourd’hui à ceux qui ne le connaissent pas ? Comment transmettre la foi chrétienne aux générations qui viennent dans une société largement sécularisée ? Comme je l’ai déjà dit en octobre dernier : « Nous avons besoin d’unir nos forces, toutes nos forces, et de partager nos expériences. Nous sommes appelés à vivre la même aventure apostolique. Certains jours, la mer peut paraître forte. La barque ecclésiale en est secouée. Mais n’ayons pas peur ! Entendons le Christ nous dire : Hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ? Ne savez vous pas que je suis avec vous dans la barque jusqu’à la fin des siècles ? »
 
C’est bien sur cet horizon de la communion et de la mission qu’il nous faut situer l’enjeu de la convention qui vient d’être signée.
 
Bordeaux, le 2 février 2007
En la Fête de la Présentation de Jésus au Temple
Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas

[Diocèse de Bordeaux] La convention entre le diocèse de Bordeaux et l'Institut du Bon Pasteur

SOURCE - Diocèse de Bordeaux - 2 février 2007

Le 1° février Mgr Ricard a érigé une paroisse personnelle qu'il a confié à l'Institut du Bon Pasteur; en voici le texte.

Convention entre l’archidiocèse de Bordeaux et l’Institut Pontifical du Bon Pasteur
 
Entre son Eminence le Cardinal Jean-Pierre Ricard,
Archevêque de Bordeaux, Evêque de Bazas
et
M. l’abbé Philippe Laguérie,
Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur,
il est convenu ce qui suit :
 
Mgr l’Archevêque a érigé en l’église Saint-Eloi une paroisse personnelle déterminée par l’usage des livres liturgiques en vigueur en 1962 (CIC n° 518), qu’il confie à la Société de vie apostolique de l’Institut du Bon Pasteur (CIC n° 520 §1) pour une période ad experimentum de cinq ans (520 §2).
 
Conformément au Décret n° 118/2006 du 8 septembre 2006, la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » a conféré aux membres de l’Institut du Bon Pasteur le droit de célébrer la liturgie sacrée, « en utilisant, et vraiment comme leur rite propre, les livres liturgiques en vigueur en 1962, à savoir le missel romain, le rituel romain et le pontifical romain pour conférer les ordres, et aussi le droit de réciter l’office divin selon le bréviaire romain édité la même année.»
 
Sur proposition du Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur, Mgr l’Archevêque nomme le curé de cette paroisse pour qu’il en soit le pasteur propre exerçant son ministère sous l’autorité de l’évêque diocésain (CIC n° 519).
 
Un vicaire paroissial pourra lui être adjoint (CIC n° 545 § 1). Présenté par le Supérieur Général de l’Institut, il sera également nommé par l’Archevêque de Bordeaux.
 
Le curé et le vicaire de la paroisse personnelle confiée à l’Institut du Bon Pasteur exerceront leur charge selon les règles fixées par l’Eglise universelle. (CIC n° 515 et suivants).
 
L’Archevêque, affectataire de l’église St Eloi, commet au curé de la paroisse personnelle confiée à l’Institut du Bon Pasteur les droits et les devoirs de l’affectataire.
 
Les offices et les sacrements de la vie chrétienne de la paroisse personnelle confiée à l’Institut du Bon Pasteur seront célébrés exclusivement dans l’église Saint Eloi.
 
Conformément au Canon 535 §1 la paroisse est dotée de registres paroissiaux. Un double des registres sera adressé chaque année à l’archevêché.
 
Les processions et autres manifestations hors de l’église pouvant servir à l’édification du Peuple de Dieu, que la paroisse personnelle confiée à l’Institut du Bon Pasteur voudra organiser, seront soumises à l’autorisation écrite de Mgr l’Archevêque.
 
Mgr l’Archevêque selon les besoins nécessaires à sa charge se réserve la possibilité de célébrer dans l’église Saint Eloi.
 
Les lettres pastorales et les textes officiels destinés par Mgr l’Archevêque à être lus dans toutes les églises du diocèse seront lus aussi dans l’église Saint Eloi.
 
Un panneau sera mis dans l’église à la disposition des avis et annonces diocésaines.
 
Les quêtes habituelles seront acquises à la paroisse personnelle, les quêtes impérées prescrites par Mgr l’Archevêque devront être annoncées, collectées et remises au service de l’économat diocésain.
 
Les enveloppes du denier de l’Eglise seront distribuées à l’église Saint Eloi et communiquées à l’archevêché.
 
Le curé et le vicaire seront pris en charge financièrement par la paroisse personnelle qui bénéficiera, pour assurer leur traitement, du reversement de la part du denier de l’Eglise que reçoit tout prêtre dans le diocèse de Bordeaux.
 
La paroisse personnelle jouit de l’utilisation du presbytère attenant à l’église Saint Eloi. Le siège de l’Institut pourra y être transféré.
 
Il sera constitué sous l’autorité du curé un conseil économique selon les règles en vigueur dans le diocèse de Bordeaux. Les comptes de la paroisse seront remis annuellement au service de l’économat diocésain.
 
La présente convention sera soumise à réévaluation chaque année pendant cinq ans. Toute difficulté grave dans l’application de cette convention ainsi que toute situation nouvelle feront l’objet de discussions et d’accords entre les parties signataires.
 
Au terme de cette période, une convention plus complète sera rédigée si nécessaire.
 
A Bordeaux le [1er février 2007]

M. l’Abbé Philippe Laguérie,
Supérieur général du Bon Pasteur
Jean-Pierre Cardinal Ricard,
Archevêque de Bordeaux
M. l’Abbé Pierre Grenié,
Chancelier

1 février 2007

[Diocèse de Bordeaux] Accord sur une convention pour Saint Eloi - communiqué

SOURCE - Diocèse de Bordeaux - 1er février 2007

Le cardinal Ricard et l'abbé Laguérie font part ensemble d'un accord sur une convention pour Saint Eloi
Communiqué de presse
Depuis septembre dernier le dialogue ouvert entre l’Institut du Bon Pasteur et le diocèse de Bordeaux vient de franchir une étape importante : la création d’une paroisse personnelle pour les prêtres et les fidèles laïcs désirant célébrer la liturgie selon les livres en vigueur en 1962 et la signature d’une convention confiant à l’Institut du Bon Pasteur la charge de cette paroisse dans l’église Saint Eloi à Bordeaux.
 
Cette étape est le signe d’une ferme volonté de travailler à l’unité et de chercher les chemins d’une réconciliation après le temps des polémiques. Cet accord donne un cadre pour une connaissance mutuelle et un dialogue constructif. Le respect mutuel permettra un débat serein sur la réception du Concile Vatican II, en fidélité au Magistère, et sur les enjeux d’une évangélisation aujourd’hui.
 
Dans les mois qui viennent, seul un climat de paix, de confiance et d’esprit évangélique nous permettra d’être pleinement fidèles à cette mission que le Christ a confiée à ses disciples : « Qu’ils soient un afin que le monde croie ! »
 
A Bordeaux le 1° février 2007
Abbé Philippe Laguérie
Supérieur général de l’Institut du Bon Pasteur
Jean Pierre Cardinal Ricard
Archevêque de Bordeaux, Evêque de Bazas

28 janvier 2007

[Aletheia n°104] Les quatre refus de la FSSPX

Yves Chiron - Aletheia n°104 - 28 janvier 2007
Les quatre refus de la FSSPX - par Yves Chiron
Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.



Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.



« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».



Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »



« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.
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NOTES
[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

[Yves Chiron - Aletheia] Les quatre refus de la FSSPX

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia (n°104) - 28 janvier 2007

Alors que le motu proprio de Benoît XVI sur la messe est toujours en attente de publication, la Fraternité Saint-Pie X, à travers ses instances officielles, s’est exprimée ces dernières semaines dans une tonalité de fermeté ou de refus qui est significative du non possumus que, depuis 1988 au moins, elle maintient.
 
Les quatre prises de position que je vais citer ont été publiques. On ne peut accuser la FSSPX de tenir un double langage. En revanche, il n’est pas sûr que les lecteurs d’Aletheia – qui, pour leur plus grand nombre, ne sont pas familiers des moyens de communication de la FSSPX ou des lieux où elle s’exprime – en aient eu connaissance. Aussi, sans porter de jugement sur les prises de position exprimées, je crois utile de les rapporter, le plus objectivement possible, dans leur ordre de succession en ce mois de janvier 2007.
Benoît XVI à la mosquée bleue : « un scandale »
L’abbé Grégoire Celier, qui dirige encore pour quelques mois la principale revue de la FSSPX (Fideliter) et sa maison d’éditions (Clovis), intervient de plus en plus souvent au nom de la Fraternité Saint-Pie X pour expliquer les positions de la Fraternité fondées Mgr Lefebvre. Ses interventions laissent présager du rôle qui sera le sien, à l’avenir, dans la politique de communication de la FSSPX.
 
Lors du voyage qu’il a accompli en Turquie, Benoît XVI a visité, le 30 novembre dernier, la célèbre mosquée bleue d’Istanbul. Au cours de cette visite, le Pape et le Grand Mufti qui l’accompagnait se sont arrêtés, un moment : le Mufti priant en silence, le Pape se recueillant dans une méditation silencieuse.
 
Cette image a scandalisé certains catholiques, le site sédévacantiste Virgo Maria y voyant même une « apostasie » de Benoît XVI. L’abbé Celier, dans un article publié le 3 janvier 2007 sur le site internet de la FSSPX en France (La Porte Latine), n’emploie pas ce mot, mais il estime que c’est un « acte mauvais en soi » et « un scandale, au sens réel et étymologique » car « il induit les âmes au péché, dans ce qui est le plus grave, la confession de la foi ». L’abbé Celier, pour mieux faire connaître cette prise de position de la FSSPX, a réalisé, en urgence, une brochure qui reprend le texte diffusé sur internet, accompagné de diverses photographies[1].
 
Le geste de Benoît XVI à Istanbul s’inscrirait dans la logique des réunions inter-religieuses organisées par Jean-Paul II à Assise. S’il écarte, avec bon sens, le « soupçon d’adhésion implicite à l’islam », l’abbé Celier estime que le Pape a posé un acte qui « encourage l’opinion commune que les diverses traditions religieuses se valent plus ou moins, qu’aucune religion ne détient la totalité de la vérité ». Par ce « geste » de méditation silencieuse dans une mosquée le Pape « participe à la diffusion du relativisme religieux ».
 
On remarquera que les explications que Benoît XVI a fournies sur son geste et sa « médiation » dans la mosquée d’Istanbul ne sont pas citées une seule fois par l’abbé Celier, ni le commentaire qui a été donné ensuite par le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican.
« Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique »
Le 7 janvier dernier, clôturant à Paris le VIIe Congrès théologique organisé par la revue Si si No no, l’Institut Universitaire Saint-Pie X et DICI, congrès consacré aux crises de l’Eglise, le Supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay, a fait une longue conférence pour montrer que dans la crise actuelle de l’Eglise, c’est le sacerdoce lui-même qui a été atteint[2]. S’appuyant sur de nombreuses et longues citations de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay a montré que celui-ci avait d’abord voulu fonder une œuvre de préservation et de transmission du sacerdoce « dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire ». Reprenant une expression de Mgr Lefebvre, Mgr Fellay estime que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est « l’Œuvre à laquelle Dieu va confier l’Arche d’Alliance du Nouveau Testament ».
 
Faisant allusion, notamment, à la déclaration sur la liberté religieuse, à la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde et au décret sur l’œcuménisme, Mgr Fellay estime que « Vatican II a baptisé l’idéal maçonnique ».
Benoît XVI : « un moderniste » et « un « hérétique »
Vatican II : à mettre « tout entier à la poubelle »
Dans les jours qui ont suivi ce Congrès théologique, Mgr Williamson, un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, a donné une interview à l’hebdomadaire Rivarol (numéro du 12 janvier 2007).
Dans cet entretien, accordé au journaliste Jérôme Bourbon, Mgr Williamson porte des jugements très sévères sur Benoît XVI, dans des termes que je ne commenterai pas : « Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se réapproprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. »
 
Mgr Williamson estime encore que les actes du concile Vatican II « sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle ! ».
 
Dans une vision providentialiste de l’histoire de l’Eglise, Mgr Williamson estime « ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains. »
« Pas d’accord à court terme avec Rome »
Avec un Pape qui crée « scandale », qui est « moderniste » et « hérétique », qui ne met pas « à la poubelle » un concile « empoisonné », il n’y a pas d’accord « à court terme » possible : voilà, en substance, la position actuelle de la FSSPX.
 
Ce résumé de la situation, à partir des textes cités ci-dessus, trahit-il ou caricature-t-il la position actuelle de la FSSPX ?
 
Je ne le pense pas. Et, tout en tenant compte que les analyses et prises de position des uns n’équivalent peut-être pas celles des autres, et que l’autorité des uns n’équivaut pas à celles des autres, on doit bien considérer que la FSSPX reste dans une position de « Non possumus ».
 
Même si le Pape publie un indult accordant une plus grande liberté à la messe traditionnelle et lève solennellement l’excommunication qui frappe les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre, « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome ».
 
C’est la position qu’expose l’abbé Grégoire Celier dans un ouvrage à paraître Benoît XVI et les traditionalistes. Le livre doit être publié le 12 mars prochain aux éditions Entrelacs, une filiale du groupe Albin Michel. C’est un livre d’entretiens entre l’abbé Celier et Olivier Pichon, directeur du magazine Monde et Vie, ancien élu du Front National et du M.N.R.
 
Il est significatif que l’ouvrage soit annoncé à paraître le 12 mars. Que d’ici là, le motu proprio « libérateur » de la messe traditionnelle ait été publié ou pas, la position de la FSSPX n’en sera pas changée. Car, en disant « la Fraternité Saint-Pie X n’envisage pas de signer un accord à court terme avec Rome », l’abbé Celier n’exprime pas, bien sûr, une opinion personnelle, il s’exprime, comme dans toutes ses initiatives et tous ses écrits publics, avec l’accord de ses supérieurs. C’est donc bien la position officielle de la FSSPX qu’il développe dans cet ouvrage à paraître.

[1] Abbé Grégoire Celier, D’Assise à Istanbul, A L’Enseigne du Petit-Pont, 12 pages, 2 euros. La brochure est disponible à la Librairie France-Livres, 6 rue du Petit-Pont, 75005 PARIS.
 
[2] Les actes de ce Congrès seront publiés dans les mois à venir. Des comptes-rendus, d’une tonalité assez différente, ont été publiés sur le site de la FSSPX, La Porte Latine, et sur le site sédévacantiste Virgo Maria.

26 janvier 2007

[Golias] Le rôle cardinal du G.R.E.C.

SOURCE - Golias - 26 janvier 2007

On sait que "cardo" en latin désigne le "gond". Ce qui permet à une porte de s’ouvrir.
 
Nous entendons ici évoquer le rôle souterrain et néanmoins décisif d’un groupe plus ou moins informel, le G.R.E.C. qui vise à favoriser la réconciliation entre les traditionalistes de la Fraternité Saint Pie X et la hiérarchie catholique officielle.
 
La règle d’or de ce groupe est d’éviter la polémique agressive au profit d’un échange, d’un partage respectueux et d’une recherche en commun de solutions. Le G.R.E.C. (sans "e" final) est le Groupe de réflexion entre catholiques à ne pas confondre avec le GRECE club d’Alain de Benoist de tendance traditionaliste et gnostique.
 
Le G.R.E.C est né à l’initiative de Madame Huguette Pérol, veuve de l’Ambassadeur à Rome Gilbert Pérol, dès 1997.
 
Le groupe fait office de passerelle officieuse entre les intégristes et Rome. Mais l’épiscopat français y participe également avec l’un de ses représentants, Mgr Philippe Breton, né en 1936, évêque d’Aire et Dax depuis 2002, connu pour ses accointances avec tout ce que l’Eglise compte de réactionnaire. Ce prélat très précieux d’ancien régime est d’ailleurs surnommé "Fifi la duchesse".
 
Deux autres évêques français, désireux de retrouvailles amicales avec les intégristes, auraient des contacts réguliers avec le G.R.E.C : NN SS André Fort, évêque d’Orléans et Alain Planet, évêque de Carcassonne.
 
Le G.R.E.C. est proche de la revue "Képhas", de l’abbé Denis Le Pivain son rédacteur en chef et du protecteur épiscopal (et collaborateur), Mgr Raymond Centène. Né en 1958, évêque de Vannes, Mgr Centène est attaché à l’ancienne liturgie et proche de la mouvance traditionaliste (Vaucluse). Sur les questions morales, il a pris des positions d’une intransigeance inouïe et réouvert un petit séminaire dans son diocèse pour restaurer la théologie la plus sclérosée du sacerdoce.
 
Le principal représentant d’Ecône est l’abbé Alain Lorans. Cet ecclésiastique frêle et cultivé est un proche de Mgr Bernard Fellay, évêque schismatique lefebvriste d’origine suisse et patron de la fraternité sacerdotale Saint Pie X. Les négociations au sommet sont déjà balisées au niveau du G.R.E.C. . L’abbé Lorans, habile diplomate, dirige le DICI, l’organe international de presse de la fraternité Saint Pie X. Il serait en relation étroite avec Mgr (autoproclamé tel) Gilles Wach, né en 1956, ordonné en 1979 par le Pape Jean Paul II et fondateur de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de Gricigliano. L’abbé Lorans est ancien Recteur de l’Institut Universitaire Saint Pie X. Il anime une émission sur Radio Courtoisie.
 
L’homme clé pourtant est l’abbé Claude Barthe. Né en 1947, prêtre du diocèse d’Auch, longtemps en état d’apesanteur canonique" selon son mot, plaisant en vérité, l’abbé est un théologien brillant, qui écrit dans la revue "Catholica" dirigée par un laïc proche de la droite la plus dure, Bernard Dumont. L’abbé Barthe vient d’écrire et diffuse un petit livre "proposition pour une paix liturgique de l’Eglise" ? Spécialiste de la question liturgique, il critique très vivement la réforme liturgique de Paul VI et souhaite promouvoir une restauration liturgique qui reprend certaines considérations formulées par... Joseph Ratzinger.
 
L’abbé Barthe a ses entrées à Rome, y compris chez le cardinal français Paul Poupard. Il est également très lié aux abbés Paul Aulagnier et Philippe Laguérie, de l’Institut du Bon Pasteur.
 
Barthe est à la tête d’un réseau occulte d’influence incluant Gregory Solari, directeur des éditions "ad solem", Daniel Hamiche, chroniqueur à Radio Courtoisie, Denis Sureau, directeur de l’Homme Nouveau (auquel le Vatican vient de confier l’édition et la diffusion de l’édition française hebdomadaire de... l’Osservatore Romano, pas moins !).
 
Le Père Michel Lelong, né en 1925, père blanc, très actif jadis dans le dialogue avec les musulmans, grand pourfendeur des abus liturgiques et de la catéchèse frelatée (selon lui) y joue également un rôle décisif. Tout comme le Père Olivier de la Brosse, né en 1931, longtemps en poste à Rome, éloigné des vues intégristes à titre personnel mais connu pour son entregent sinon son esprit d’intrigue. C’est un homme fort cultivé au demeurant, maître d’œuvre d’une remarquable chronologie universelle. Le bon père remplit un office stratégique au sein du G.R.E.C. En effet, il tente de se faire l’écho de l’esprit de ce groupe dans le monde de la culture, quitte à apitoyer fallacieusement des personnalités de ce même monde sur le sort de traditionalistes qui seraient exclus et persécutés dans l’Eglise de France.
 
Depuis 1998, le G.R.E.C se réunit chaque mois. Son influence est considérable car il sert de relais aux actions des différents réseaux des participants... et de lieu d’échange et de croisement de ces mêmes réseaux. En 2003, il a notamment organisé un colloque très remarqué sur le thème "tradition et modernité".
 
A l’évidence, le G.R.E.C. n’a rien d’un simple groupe marginal se cantonnant à pieuses considérations. Il constitue la courroie de transmission des échanges et des négociations entre Rome et Ecône.
 
Les différents partenaires sont ainsi également informés des réactions dans les différents camps. C’est en son nom que pourrait se préciser la forme concrète sous laquelle une restauration liturgique pourrait être mise en place et une reconnaissance globale très complaisante de la fraternité Saint Pie X mise en place.

15 janvier 2007

[Yves Amiot - Le Mascaret] La cultuelle Saint Marcel

SOURCE - Yves Amiot -  Le Mascaret - janvier 2007

Connaissez-vous la « cultuelle Saint Marcel », Non, sans doute. Alors il n’est que temps de combler une telle lacune car c’est cette « cultuelle » qui constitue l’assise financière sur laquelle repose aujourd’hui l’Institut du Bon Pasteur.

La « cultuelle » est une association d’un type très particulier car elle a, pour unique objet, de supporter les charges liées à l’exercice d’un culte religieux. C’est sa raison d’être exclusive, en ce sens qu’elle ne peut en avoir d’autres. A ce titre, il revient à la cultuelle de prendre en charge le traitement des prêtres et du personnel se consacrant à l’exercice du culte ainsi que les charges sociales correspondantes (retraite, maladie, accident).

Mais c’est également à la « Cultuelle » que peuvent revenir les dépenses correspondant à l’acquisition et à l’entretien des édifices du culte ce qui, comme on l’imagine, peut se révéler extrêmement lourd. La cultuelle a également vocation à assumer les charges des grands séminaires avec prudence d’ailleurs, car les charges « d’hôtellerie » par exemple doivent être sévèrement encadrées.
 
En revanche, les cultuelles ne peuvent intervenir dans des domaines, proches du culte sans doute, mais qui n’y sont pas nécessairement rattachés. Il en va ainsi par exemple, des dépenses scolaires, même s’il s’agit d’écoles religieuses hors contrat, des dépenses de librairie, de celles afférentes à des manifestations du type des kermesses par exemple. En somme, la cultuelle est exclusivement orientée vers l’exercice du culte, entendu par les administrations compétentes de manière restrictive.
 
Mais, direz-vous alors, quel est l’intérêt de bénéficier d’une cultuelle si elle est aussi étroitement encadrée dans son objet et dans son contrôle administratif ? C’est, qu’en échange, la cultuelle bénéficie d’un statut fiscal particulier à l’égard des produits dont elle bénéficie et qui lui permettent d’assumer les charges qui viennent d’être évoquées.
 
Ces produits sont ceux qui résultent des dons, donations et legs. Les dons résultent des quêtes et des dons individuels, consentis sous forme de dons manuels par des personnes physiques, et de subventions ou autres en provenance des associations ou des institutions qui y sont autorisées par leur objet social. Ces dons sont traités par la cultuelle selon le régime des associations se livrant à des activités d’intérêt général, c’est-à-dire que les dons manuels émanant de personnes physiques, en particulier, donnent lieu, de la part de la « cultuelle », à un reçu fiscal, autorisant leur déductibilité au titre de l’impôt sur le revenu. Il n’y a donc là rien de particulier aux « Cultuelles ».
 
En revanche les « Cultuelles » ont seules le droit de recevoir des donations ou des legs en franchise d’impôt et cela est essentiel. En effet, le droit fiscal soumet les legs ou donations en faveur de tiers, extérieurs à la parentèle, à des impôts extrêmement lourds et, pour tout dire, confiscatoires. Or, dans le cas des « Cultuelles », cette imposition n’existe pas. C’est ce qui explique pourquoi les cultuelles sont aussi encadrées par les administrations compétentes (ministères de l’intérieur et des finances) dans leur objet comme dans leur fonctionnement.
 
C’est, qu’en effet, les donations et les legs ainsi reçus doivent bénéficier dans leur totalité à l’institution religieuse qui les reçoit, ce qui est aujourd’hui le cas de « l’Institut du Bon Pasteur », Institut de Droit Pontifical dont le premier supérieur a été choisi par ses confrères et nommé par le Vatican.
 
Or ces donations et legs ont une importance fondamentale pour assurer le fonctionnement et le développement de l’Institut, car elles constituent une base permanente, en capital et en revenu, qui permet de compléter et de compenser ce que les produits quotidiens, résultant en particulier des quêtes, peuvent avoir de fluctuant ou de temporaires. Elles sont les fondations matérielles sur lesquelles peut s’édifier, et rayonner, notre Eglise dans l’espace et dans le temps.
 
C’est pourquoi il convient d’avoir toujours présent à l’esprit l’existence de notre « Cultuelle Saint Marcel » lorsque nous souhaitons assurer à l’Institut du Bon Pasteur les moyens de son expansion, soit dans l’immédiat, en lui consentant une donation, soit à terme, lors de la rédaction ou de la modification d’un acte testamentaire. C’est un témoignage exemplaire de la plus hautes des charités puisque ses effets se prolongeront dans le temps « Ad majorem Dei gloriam ». N’hésitez donc pas à y réfléchir et vous en entretenir avec nos prêtres sans plus attendre, car c’est aujourd’hui que se construit, sous nos yeux, l’édifice dont nous avions tant rêvé et pour lequel nous avons tant combattu.
 
Y. Amiot

Pour aider la Cultuelle Saint Marcel, que ce soit pour un don ou pour un leg, toujours le même intitulé : CULTUELLE SAINT MARCEL ;
Mais trois adresses :
1)Eglise Saint Eloi, 1 rue Saint Eloi, 33000 Bordeaux
(Pour aider l’église Saint Eloi, son clergé dont son supérieur général)
2) Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph, 75002 Paris
(Pour aider le Centre Saint Paul)
3) Séminaire Saint Vincent, 18 Place Alexandre Rillet, 28290 Courtalain
(Pour aider le séminaire Saint Vincent)

[Abbé Henri Forestier - Le Mascaret] Des nouvelles du séminaire - Une montée vers Dieu

SOURCE - Abbé Henri Forestier - Le Mascaret - Janvier 2007

« Écoute, mon fils les préceptes du maître et tends l'oreille de ton coeur… Reçois volontiers l'exhortation d'un père et mets-la en pratique, afin de revenir par le labeur de l'obéissance à Celui dont t'avait détourné la lâcheté de la désobéissance… Voilà pourquoi nous allons fonder une école du service du Seigneur. En l'organisant nous espérons n'y rien établir de rigoureux, ni rien de pesant. Pourtant s'il s'y présentait un peu de contrainte, dictée par un juste motif, pour corriger les vices et sauvegarder la charité... n'allons pas, épouvantés, fuir aussitôt le chemin du Salut dont l'entrée est forcément étroite... Car avec le progrès de la conduite et de la foi, le coeur se dilate...et c'est dans une ineffable douceur d'amour que l'on court sur le chemin des commandements de Dieu ! »
Règle de saint Benoît.

« Les maisons de formation sacerdotale auront la première place dans l’INSTITUT. Les supérieurs veilleront sur la piété des candidats, sur leur sérieuse formation intellectuelle, sur leur zèle apostolique. Et parce que la Charité de Notre Seigneur Jésus-Christ est la source et le fondement du Sacerdoce comme de son exercice, il devra régner dans ces maisons la vraie paternité du collège apostolique. »
Extrait des statuts de l’Institut du Bon Pasteur.
Chers amis,
 
Après ces quelques mois, où en est notre séminaire ? On peut dire en vérité qu’il se porte bien. Nous avons voulu, monsieur l’abbé Laguérie, monsieur l’abbé Aulagnier et moi-même, former les séminaristes selon la tradition doctrinale, spirituelle, et liturgique traditionnelle de l’Eglise (comme l’expriment les textes ci dessus) et le bon Dieu semble bénir cette œuvre.
 
Nous sommes ravis et même… émus, de voir ces séminaristes heureux dans leur vocation et leurs prières, impressionnés de la beauté de la foi catholique et se préparant courageusement au service des âmes.
Alors, avant toutes choses, remercions le bon Dieu et la sainte Vierge de toutes ces grâces accordées.
Pensez donc :
 
Ouvrir en ce 21ème siècle une maison de prières. Voir des jeunes avides de se donner au bon Dieu. Etre aujourd’hui le seul séminaire traditionnel reconnu de France… On peut vraiment dire que nous sommes comblés de merveilles venues directement des Cœurs de Jésus et Marie !
 
Pour parler plus pratiquement, notre séminaire est maintenant parfaitement international : Trois séminaristes français (avec nos deux bordelais !), trois séminaristes brésiliens, un polonais et le postulant frère (français). Quand à notre mexicain, il a du revenir pour quelques mois dans sa famille, mais devrait revenir prochainement.
 
Les nouveaux arrivants, brésiliens, nous paraissent d’excellentes vocations, mais comme ils sont arrivés mi décembre, on attendra sans doute un peu avant de leur donner la soutane pour éprouver la solidité de leur décision. Des futures vocations s’annoncent aussi pour l’année prochaine.
 
Les travaux se poursuivent, plus longs que prévus, ce qui nous a conduit à reporter notre journée portes ouvertes (vous serez avertis de la nouvelle date fixée).
 
Enfin, nous attendons tous avec joie la cérémonie toute proche (dimanche 4 février) des prises de soutanes à Saint-Eloi ! Heureux de ce grand pas pour nos séminaristes, heureux de manifester ainsi l’amitié qui nous lie à vous tous, heureux de nous sentir soutenus par toute une paroisse connue maintenant dans le monde entier pour son combat pour la foi catholique et la tradition.
 
Nous vous donnons donc rendez vous pour ce jour là et vous assurons de notre prière fidèle dans les Cœurs de Jésus et Marie!
 
Abbé Henri Forestier

[Abbé Christophe Héry - Le Mascaret] Un débat ouvert sur la liturgie, la Tradition et ses ruptures

SOURCE - Abbé Christophe Héry - Le Mascaret - Janvier 2007

Un débat ouvert sur la liturgie, la Tradition et ses ruptures
Première rencontre universitaire foi et raison, le 2 décembre 2006 à Paris

Dans l’attente où se trouve l’Église du Motu proprio de Benoît XVI sur la liberté de la messe traditionnelle, le colloque « Les célébrations liturgiques » qui s’est tenu le 2 décembre 2006 à Paris, sous l’égide du Bon Pasteur, manifeste la présence active du nouvel Institut dans le débat historique et théologique interne à l’Église. Se sont réunis durant une journée, avec bonheur et clarté, des professeurs d’université, des prêtres et des religieux qui ont captivé une assemblée d’une centaine de participants, autour du thème brûlant : « Tradition ou mutation ? »
I- La Messe des Pères et des Docteurs
Le professeur Philippe Bernard, de l’Université de Provence, spécialiste du chant grégorien et de la liturgie au bas Moyen-Âge, ouvrait cette première Rencontre universitaire foi et raison par la mise en place du problème de l’évolution de la liturgie. Par une analyse historique de la notion de « développement organique » (Sacrosanctum Concilium, n° 23), telle que l’emploient des auteurs qui divergent sur sa signification, il propose une démonstration originale du caractère « inopérant » de cette expression, si l’on veut rendre compte de la réalité de la tradition des rites de l’Église romaine à travers les âges. L’idéologie du progrès historique tout comme celle de l’élan vital, adossées à l’imaginaire darwinien de la mutation adaptative, altèrent selon Ph. Bernard la question de l’histoire des rites latins. C’est la volonté des papes qui explique aux yeux de l’historien les réformes successives, et non une supposée vie propre de la liturgie, dont le mouvement naturel connaît des périodes de décadence. Le « développement organique » serait-il une boîte noire qui n’explique rien mais justifie ce qu’on veut ? Le débat est désormais ouvert.
La doctrine du « mystère pascal » est-elle une nouveauté ?
Pour répondre à cette question, le professeur Alain Rauwel, agrégé à l’Université de Bourgogne et spécialiste des liturgies du haut Moyen-Âge, retraçait l’histoire des doctrines qui accompagnent le rite romain, à travers l’enseignement des Pères et des Docteurs – notamment saint Thomas d’Aquin. Il démontre ainsi que la doctrine médiévale de la Messe, vrai sacrifice, évoque principalement le Christ souffrant, mais aussi le Christ ressuscitant, montant aux cieux et siégeant à la droite du Père. Cette approche thomiste d’un sacrifice du Christ consommé dans le Ciel et actualisé par les rites de la Messe trouve son épanouissement au XVIIe siècle dans la doctrine de l’école française fondée par le cardinal de Bérulle. Un autre débat s’ouvrirait ici, pour mesurer ce que le « mystère pascal » qui sous-tend la nouvelle théologie de la célébration (chez dom Casel par ex.) doit au thomisme, et en quoi il s’en écarte. On ne peut ni réduire la Messe à l’actualisation de la seule passion du Christ, coupée de la résurrection et de l’ascension, ni non plus à un simple mémorial de la Cène et de la Pâque, comme le revendiquent nombre de liturgistes qui ont influencé le rite de Paul VI.
L’autel et la croix au premier millénaire
De quand datent les crucifix sur les autels ? L’abbé Stéfano Carusi, de l’Institut du Bon Pasteur, en formation à Rome et docteur en archéologie chrétienne diplômé de l’Université de Macerata (Italie), présentait en seconde partie de la matinée le résultat de ses travaux sur les représentations des croix d’autel au cours du premier millénaire. Les découvertes archéologiques récentes, en Syrie, à Rome et à Ravenne, ont prouvé que dès l’antiquité chrétienne et tout au long du Moyen-Âge, la représentation artistique de la croix du Christ, peinte ou sculptée, vers laquelle se tourne l’assemblée liturgique, est expressément rapportée à l’autel où se célèbrent les saints mystères. Ce lien figuratif très ancien entre la croix et l’autel atteste l’antiquité du caractère sacrificiel des rites, et leur corrélation étroite avec le Calvaire. Du point de vue scientifique, il est devenu impossible de soutenir que les croix d’autel seraient apparues au XIIe ou au XIIIe siècle, voire au Concile de Trente, comme l’ont prétendu maints liturgistes dans la mouvance de Vatican II.
Comment Cajetan répondait à Luther
L’abbé Guillaume de Tanouärn, de l’Institut du Bon Pasteur, directeur du centre Saint-Paul et doctorant en philosophie, abordait quant à lui la définition théologique des rites comme signes sensibles et efficaces, tels que Cajetan les défendaient au XVIe siècle en réplique à Luther et au protestant helvétique Zwingli. Face à l’idée protestante d’une foi purement intellectuelle, le dominicain de la Contre Réforme critique le déni de la médiation sacramentelle des signes sensibles (les croix, les génuflexions, les bénédictions, la consécration du pain et du vin, etc.), en lesquels consiste la liturgie romaine, et par quoi le Christ continue de communiquer sa grâce salvatrice. En guise de commentaire, on peut dire que la volonté d’œcuménisme qui a prévalu lors de la réforme de 1969 a placé la théologie de la célébration sur le terrain même voulu par Luther. Ainsi, tant que n’est pas dépassée la problématique protestante du mémorial de la Cène, sans rites et sans autres signes que l’assemblée elle-même, Cajetan garde son autorité pour défendre la corrélation essentielle entre sacrifice et sacrement dans la liturgie.
II- La messe des experts et des auteurs
L’après-midi, Madame Millet-Gérard, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne, s’attachait à retracer le lien esthétique qui joint « littérature et liturgie au XXe siècle ». Le mouvement symboliste, à la fin du XIXe siècle, connut de nombreuses conversions par la liturgie. Déjà, l’athée Mallarmé avait fourni des pistes, par ses chroniques titrées « Offices ». Mais alors que les écrivains déplorent les sermons et la rigidité d’une religion jansénisante, c’est la liturgie romaine, « immolation solennelle de l’éphémère », qui fascine les esthètes et qui sauve tout. Dans le célèbre récit, publié en 1913, où il évoque sa conversion de Noël 1886 à Notre-Dame de Paris, Claudel souligne qu’entré là par désoeuvrement, il fut retourné par le chant du Magnificat. La liturgie fut le « grand livre » où il apprit sa foi toute neuve.
 
Huysmans, lui,  tombe sous le charme du grégorien des Bénédictines, rue Monsieur à Paris. La narration émue d’En Route entraîne entre les deux guerres toute une génération d’écrivains (Du Bos, Mauriac, Maritain, Massignon…) dans ce haut-lieu d’esthétique spirituelle. Mais, dès les années cinquante, paraissent des témoignages d’inquiétude et de refus devant la percée des « expériences », pratiquées sous couvert d’authenticité. Claudel, un mois avant sa mort en 1955, fustige dans un retentissant article « La messe à l’envers », la révolution qui sévit à Saint-Séverin. Jean Follain, poète épris de liturgie, parsème ses Agendas de regrets à mesure que les effets du Concile se font sentir. De même Julien Green dans son Journal. Avec la liturgie nouvelle, se dissipe une puissance d’inspiration poétique. « L’antique archive des rapports de Dieu avec sa créature » semble se clore.
Les postulats du Mouvement liturgique français (1943-1963)
L’abbé Éric Pépino, du diocèse de Lyon, prépare une thèse d’histoire sur le Mouvement liturgique français, dont l’influence sur le Concile et la réforme liturgique de 1969 fut considérable. Ce chercheur offrit au colloque le fruit de son exploration des archives du CNPL (Centre national de pastorale liturgique), de 1943 à 1963. Le Mouvement français fut assujetti à deux impératifs : 1) le « retour aux sources » dites historiques ou archéologiques, visant à purifier les rites des apports déclarés inauthentiques, accumulés depuis le bas Moyen-Âge et lors de la Contre Réforme ; 2) la subordination utilitaire de la liturgie à des fins dites « pastorales » ou rééducatives, selon les besoins supposés du peuple.
 
Les « postulats des liturgistes français », conclut l’abbé Pépino, se retrouvent intégralement dans la constitution conciliaire sur la liturgie. Ceux-ci ont ensuite activé en France la « rupture pastorale » (messe face au peuple, assemblées présidées, langue vulgaire, fin du hiératisme, suppression de l’offertoire, mémorial de la Cène au lieu du sacrifice, composition de préfaces et de prières eucharistiques, etc.), au nom de la « tradition » confondue avec un « âge d’or » antique, et reconstituée au goût du jour.
Vatican II contient-il en germe la réforme liturgique de 1969 ?
Ou celle-ci s’est-elle écartée du Concile ? Les textes eux-mêmes, rapportés au contexte historique du Mouvement liturgique, répondent. Ce fut l’objet de ma conférence qui suivait celle de l’abbé Pépino. On note en effet dans Vatican II l’influence d’une « théologie de la célébration » – ainsi dénommée par le père Martimort dans L’Église en prière, 1963 – qui marque la structure du nouveau missel et la rupture pastorale de 1969.
 
Gardant des traits traditionnels, la constitution de Vatican II sur la liturgie promeut les thèses du Mouvement liturgique. Elle définit la « célébration » : « mémorial de la mort et de la résurrection du Christ » ou « banquet pascal dans lequel le Christ est mangé » [n° 47] – termes acceptables pour un luthérien. Pour modifier leur sens, « la structure des rites » [n° 38]  devra changer et « l’on n’imposera pas la forme d’un libellé unique » [n° 37] (pas d’unité formelle). « En accord avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui » [n°4], les motifs invoqué pour la réforme seront « l’utilité » et l’« adaptation » [n° 38] à la (faible ?) « capacité » des fidèles : adoption libre de la langue vulgaire [n° 36 §2] et simplification des rites qu’ils ne comprennent plus [n°34] ; mise en place des « commissions liturgiques » [n° 44-46] chargées des « expériences » [n° 40 ; 44] les plus libres ; postulat d’une finalité « didactique »[n° 33-36] de la liturgie, pour « inculquer » [n° 109] au peuple la « nouveauté » du Concile.
 
La « participation active » des fidèles oriente l’eucharistie vers une liturgie de la « communauté célébrante » (Congar) ou du « peuple de Dieu », que n’aurait pas récusée Zwingli : elle fait de l’assemblée le sujet et l’acteur principal. Ceci fut relevé par le cardinal Journet, le cardinal Daneels ou le père Bouyer. Le prêtre y joue le rôle d’animateur-président. La médiation des signes accomplis par le prêtre qui offre le sacrifice du Christ pour rendre louange à Dieu et sauver l’humanité du péché disparaît au profit d’une « offrande spirituelle » de l’assemblée, effectuant elle-même la médiation et devenant le « signe » sacré… « de l’unité du genre humain » [Lumen Gentium n° 1]. L’esprit du Concile, esprit de rupture comme l’a montré Benoît XVI, est la maladie de Vatican II ; mais les germes ne sont-ils pas dans le texte ?
L’orientation de l’autel : le sens de l’histoire
En conclusion de ce riche colloque, le père Uwe Michael Lang, de l’Oratoire de Londres, présentait (pour la première fois en France) la traduction de son livre, préfacé par le pape : Se tourner vers le Seigneur (Ad Solem, déc. 2006). Par une ferme démonstration historique, ce jeune liturgiste prolonge les travaux de Mgr Gamber sur l’orientation traditionnelle du prêtre dans le sanctuaire. Si les commissions conciliaires ont encouragé le retournement des autels au nom de la « participation active » des fidèles, nulle part la messe face au peuple ne se trouve légalement inscrite dans le droit de l’Église. Le père Lang montre au contraire que l’histoire des liturgies atteste dès l’antiquité la constance de l’orientation commune du peuple et du célébrant dans la seconde partie de la messe. Par ailleurs, citant Jungman, Bouyer, ou L’Esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger, le père Lang soutient que la messe « face au peuple », loin de favoriser la « participation active » et intérieure aux saints mystères, referme l’assemblée sur un dialogue avec elle-même : elle devient le sanctuaire. Cette distribution des rôles tend spontanément à transformer l’autel en podium, à faire de l’assemblée un public, et de la liturgie une simple catéchèse, sinon une séance d’animation.
 
Le problème de l’orientation du prêtre « face au peuple » ou « dos au peuple » relève d’une dialectique mal posée : Dieu semble en être absent. La question est de savoir vers qui se tourne l’assemblée, prêtre inclus. Aujourd’hui, des fidèles nombreux souhaitent autre chose et le sens de l’histoire semble devoir peu à peu s’inverser, en même temps que celui des autels. La figure du Bon Pasteur, marchant au-devant des siens, les associant à son offrande, ne se trouve-t-elle pas confirmée dans la manière traditionnelle d’offrir le sacrifice par le ministère du prêtre, tous ensemble tournés vers le Père ?
 
Ce colloque a montré s’il en était besoin, combien «il demeure nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu au moyen de la raison et [que] cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne. » (Benoît XVI à Ratisbonne, le 12 septembre 2006). L’enjeu est bien celui de la Tradition, lien de la communion face aux ruptures du passé.

Abbé Christophe Héry

13 janvier 2007

[Aletheia n°103] L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage - Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette

Yves Chiron - Aletheia n°103 - 13 janvier 2007
L’affaire Wielgus - Anatomie d’un lynchage
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de l’affaire Wielgus dont on peut résumer la chronologie en quelques lignes :
• 6 décembre 2006 : nomination de Mgr Stanislas Wielgus comme archevêque de Varsovie, en remplacement du cardinal Glemp.
• 20 décembre : l’hebdomadaire polonais Gazeta polska accuse Mgr Wielgus d’avoir collaboré avec le SB (Sluzba Bezpieczenstwa), l’ancienne police secrète communiste.
• 21 décembre : Benoît XVI prend la défense du nouvel archevêque de Varsovie dans un communiqué publié par le Bureau de Presse du Vatican : « En décidant de la nomination du nouvel archevêque métropolite de Varsovie, le Saint-Siège a pris en considération toutes les circonstances de sa vie, dont également celles qui concernent son passé. Cela signifie que le Saint-Père nourrit envers Mgr Stanislas Wielgus une confiance totale, et, en pleine confiance, il lui a confié la mission de pasteur de l’archidiocèse de Varsovie ».
• 2 janvier 2007 : le Nonce à Varsovie demande à l’Institut de la Mémoire Nationale (I.P.N., Instytut Pamieci Narodowej) le dossier de Mgr Wielgus.
• 3 et 4 janvier : des documents relatifs à Mgr Wielgus, à l’époque où il « collaborait » avec le SB, sont publiés dans la presse polonaise.
• 5 janvier : Mgr Wielgus est investi canoniquement dans la cathédrale de Varsovie. Ce même jour, dans un communiqué rendu public quelques heures auparavant, il avait nié avoir nui à l’église catholique polonaise même s’il reconnaissait avoir signé, en 1978, « sous la menace » précisait-il, une attestation de collaboration avec le SB.
• 6 janvier : dans un message lu dans les églises de Varsovie, Mgr Wielgus reconnaît avoir eu des « contacts avec les services secrets de cette époque ». « Guidé par le désir de faire des études importantes pour ma spécialisation scientifique, je me suis laissé entraîner dans ces contacts sans la prudence nécessaire, le courage et la détermination d’y mettre fin […] mais j’affirme aujourd’hui avec une conviction totale n’avoir pratiqué la délation à l’égard de personne, ni avoir cherché à nuire à quelqu’un ». Il implore le pardon de Dieu et demande aux fidèles de l’accueillir comme « un frère qui souhaite unir et pas diviser, prier et unir le peuple de l’Eglise, dans l’Eglise des saints et des pécheurs, que nous sommes tous ».
À la fin de ce même message, Mgr Wielgus ajoute : « Je déclare au Saint-Père avec toute humilité que je respecterai sa décision, quelle qu’elle soit. »
Ce même-jour, la copie du dossier de Mgr Wielgus, envoyée par l’I.P.N., arrive à Rome. En fin de soirée, Benoît XVI fait demander à Mgr Wielgus de remettre sa démission, en vertu de l’article suivant du droit canon : « L’évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour tout autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office. » (Code de droit canonique, canon 401, § 2).
• 7 janvier : dans la cathédrale de Varsovie, Mgr Wielgus annonce, en larmes, sa « renonciation » à son siège archiépiscopal.

Qu’est-ce que « collaborer » ?
Un archevêque, acculé à la démission, le jour-même où il doit prendre solennellement possession de son siège est, bien sûr, un événement quasiment inédit dans l’histoire de l’Eglise.
On se trompe vraiment en résumant cet épisode à une « erreur de casting », comme l’a fait un autre archevêque. Je ne crois pas du tout que le nonce en Pologne, chargé de préparer les nominations épiscopales, ni Benoît XVI, qui a pris la décision finale, aient été trompés ou mal informés. Certes les documents issus des archives de l’ancienne police secrète communiste n’ont été connus du Saint-Siège qu’après la nomination, mais les liens de Mgr Wielgus avec le SB ont été connus du Pape avant la nomination officielle.
Les consultations pour nommer un successeur au cardinal Glemp avaient été longues. Dans l’épiscopat polonais, plusieurs prétendants espéraient être promus à la tête du diocèse le plus peuplé de Pologne. La Congrégation pour les évêques, présidée par le cardinal Re, avait examiné, avant l’été, le dossier de trois candidats (l’archevêque de Lublin, l’archevêque de Przemysl et l’évêque de Tarnow). Finalement, le choix du Saint-Siège s’est porté sur un autre évêque, Mgr Wielgus, évêque du petit diocèse de Plock.
C’est un point qui a été peu relevé : Mgr Wielgus est évêque depuis 1999. Une enquête sur son passé avait donc déjà eu lieu à ce moment-là.Quand Jean-Paul II l’a nommé au siège de Plock, personne n’a mis en cause publiquement le passé de Mgr Wielgus. Ses faiblesses passées étaient-elles connues de Jean-Paul II ? On n’en sait rien à ce jour. En tout cas, Benoît XVI en a été informé, par l’intéressé lui-même, avant qu’il ne le nomme officiellement à Varsovie.
Mgr Wielgus l’a dit explicitement dans son message du 6 janvier : « J’ai présenté au Saint-Père l’histoire de mon implication et mes contacts avec les services secrets de cette époque » et aussi : « Je confesse devant vous cette erreur que j’ai commise pendant des années, comme je l’ai déjà confessée au Saint-Père ».
Mgr Wielgus n’est pas le seul ecclésiastique à avoir collaboré avec le régime communiste polonais. 10 % des ecclésiastiques polonais, estiment les historiens, ont collaboré, d’une manière ou d’une autre, avec le régime communiste.
Encore faut-il s’entendre sur ce qu’a signifié cette collaboration. Il y a eu, forcément, des degrés divers dans cette collaboration : simples conversations, participation au grand jour à des initiatives du régime, espionnage, délation, etc.
Mgr Wielgus a affirmé et soutient toujours qu’il n’a dénoncé personne et qu’il n’a « cherché à nuire à personne ». Un jugement sur l’implication réelle de Mgr Wielgus ne pourra se faire qu’après une étude des documents existants.
L’historien polonais Peter K. Raina, qui a publié de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire contemporaine de l’Eglise en Pologne, a indiqué les différents moyens employés par la police secrète communiste pour amener des prêtres à « collaborer » et en quoi consistait cette collaboration :
« On faisait tout pour compromettre le prêtre et ensuite le soumettre au chantage. La pratique commune était de rassembler le plus de renseignements possibles sur le compte de chaque prêtre : s’il aimait l’alcool ou les femmes, s’il était frustré dans son travail. Souvent, on employait des agents féminins pour le conduire à des situations compromettantes ; on le photographiait en cachette ou bien l’agent féminin annonçait qu’elle était enceinte. Soumis alors au chantage, le prêtre recevait une proposition de collaborer avec la police secrète. La collaboration avec le SB consistait à fournir des informations sur ses activités de curé, sur la situation de sa paroisse, sur les comportements et convictions de l’évêque, etc. […] L’une des armes de chantage les plus utilisées par les Services Secrets était la concession d’un passeport pour pouvoir voyager à l’étranger. Tout citoyen qui en faisait la demande était invité à se rendre dans les bureaux du S.B. Dans ce cas-là aussi c’était la politique du “donnant donnant“ : le citoyen recevait son passeport s’il promettait de fournir des informations, et les Services voulaient tout savoir sur les personnes. Bien sûr, cette règle valait aussi pour les prêtres qui, pour pouvoir aller étudier à l’étranger (tant de prêtres rêvaient de visiter Rome et de poursuivre leurs études sur les bancs des Universités pontificales) ou devenir missionnaires, devaient demander un passeport. D’habitude les prêtres racontaient des faits sans aucune importance, juste de quoi satisfaire la personne en charge des services qui prenait des notes sur tout.[1] »

Le pardon
Si l’on revient au cas Wielgus, on constate qu’il s’est trouvé exactement dans cette situation en 1978. Sollicitant un visa pour se rendre en Allemagne, pour une nouvelle année d’études à Munich, la police secrète l’a contraint « sous la menace » à signer une déclaration dans laquelle il reconnaissait avoir collaboré avec le SB. Cette « collaboration » était ancienne, puisque les premiers contacts remontent à 1969. Mais, à ce jour, l’ampleur de cette collaboration et les conséquences qu’elle a éventuellement eues n’ont pas été mises à jour.
Le P. Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, a fait une déclaration importante après la démission de Mgr Wielgus. Le P. Lombardi fait justement remarquer que, même si la renonciation de ce dernier a été « la meilleure solution pour répondre au trouble créé en Pologne », « le cas de Mgr Wielgus n’est pas le premier, et qu’il ne sera probablement pas la dernière agression contre des personnalités de l’Eglise de Pologne basée sur les archives des services secrets de l’ancien régime. Dans l’évaluation de ce matériau colossal et dans les conclusions à en tirer, on n’oubliera pas qu’il est le produit d’un système politique cultivant l’oppression et le chantage ».
Si Benoît XVI a cru pouvoir nommer à l’archevêché de Varsovie un ecclésiastique jadis compromis avec la police secrète communiste, c’est qu’il a jugé que cette « collaboration », reconnue par l’intéressé, n’avait pas eu de conséquences graves et qu’elle avait été le résultat d’une faiblesse de l’intéressé et non pas d’une volonté de nuire ou d’une quelconque sympathie pour l’idéologie communiste et son système.
Si on veut trouver une des clefs de la nomination de Mgr Wielgus au siège de Varsovie, on peut se rapporter au discours de Benoît XVI, prononcé justement à Varsovie, le 25 mai dernier. Le Pape s’adressait à plusieurs centaines de prêtres polonais, en présence du cardinal primat, le cardinal Glemp, et de plusieurs dizaines d’évêques, parmi lesquels Mgr Wielgus qui n’avait pas encore été pressenti comme possible successeur du cardinal Glemp.
Évoquant la douloureuse époque du communisme et des compromissions des uns et des autres, Benoît XVI demandait à l’Eglise polonaise de pardonner :
« Nous savons que l’Eglise est sainte, mais qu’il y a des pécheurs parmi ses membres . Nous avons besoin de rejeter le désir de nous identifier seulement avec ceux qui sont sans fautes. Comment l’Eglise pourrait-elle exclure les pécheurs de ses rangs ? C’est pour leur salut que Jésus a pris chair, est mort et ressuscité. Nous devons par conséquent apprendre à vivre la pénitence chrétienne avec sincérité. En la pratiquant, nous confessons nos fautes individuelles, en union avec les autres, devant les autres et devant Dieu. Pourtant, il nous faut nous garder de la prétention arrogante de nous établir de nous-mêmes juges des générations passées, qui vivaient des temps différents en des circonstances différentes. Une humble sincérité est nécessaire pour ne pas nier les fautes du passé mais en même temps ne pas s’abandonner aux accusations faciles en absence de toute évidence ou sans égard pour les conceptions reçues, différentes à l’époque.[2] »
Le refus des « accusations faciles » et la prise en considération des « circonstances différentes » dans des « temps différents » qui ont guidé le choix de Benoît XVI n’ont, à l’évidence, pas été compris par ceux qui en Pologne, et ailleurs, dans le clergé et hors du Clergé, ont réclamé la tête de Mgr Wielgus.

Jean Madiran - L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette
(Éditions de Paris, 75 pages, 15 euros)
Au moment où l’affaire Wielgus secoue l’Eglise polonaise et l’opinion publique mondiale, Jean Madiran écrit dans son dernier livre : « L’Internationale communiste a causé à l’Eglise, au XXe siècle, des dégâts dont une grande partie, en ce début du XXe siècle, n’est pas encore réparée ».
L’affaire Wielgus, survenue juste après la publication du livre de Jean Madiran, est une illustration de ces « dégâts » postérieurs.
Le livre de Jean Madiran est consacré principalement à un fait majeur de l’histoire de l’Eglise depuis le concile Vatican II : la non-condamnation du communisme. C’est Jean-Paul II qui apportera la « délivrance » en usant d’une méthode habile : « contre-attaquer le communisme sans le nommer », par ses voyages en Pologne qui suscitent « une massive espérance mobilisatrice », inédite « méthode de réanimation et de gouvernement de l’Eglise » en Pologne.
L’origine de cette non-condamnation se trouve dans ce que Jean Madiran appelle « l’Accord de Metz ». En septembre 1962, à Metz, le cardinal Tisserant et Mgr Nicomède, représentant de l’Eglise orthodoxe russe, ont conclu un accord : les orthodoxes russes répondraient à l’invitation d’envoyer des observateurs au concile Vatican II qui devait s’ouvrir « à la condition de garanties en ce qui concerne l’attitude apolitique du concile ».
C’est Mgr Schmitt, évêque de Metz, qui a révélé l’accord lors d’un entretien au journal local, Le Lorrain (9.2.1963) ; la Croix s’est contentée, à l’époque, de faire discrètement écho à cette révélation.
Durant le concile Vatican II, plusieurs évêques, ignorant l’Accord de Metz, demanderont la condamnation du communisme. Il y a eu, notamment, en 1965 une pétition signée par quelque 450 évêques (parmi lesquels 13 français) ; la pétition sera « égarée » suffisamment longtemps pour ne pouvoir être prise en compte.
Chaque chapitre du livre de Jean Madiran est suivi de « Notes techniques » et de « Documents » qui viennent apporter la preuve de la démonstration. On peut légitimement mettre au compte de « l’esprit du Concile » cette non-condamnation du communisme, même si « l’esprit du Concile » ce fut bien d’autres choses, négatives ou positives. Cette non-condamnation favorisa une non-résistance au communisme.
L’affaire Wielgus est l’illustration non d’une connivence idéologique mais d’une faiblesse face à ce que Pie XI appelait le caractère « intrinsèquement pervers » du communisme.
Commander le livre:
Jean Madiran, L’Accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette (75 pages)
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NOTES
[1] Entretien à l’agence Zenit le 12 janvier 2007.
[2] La Documentation catholique, n° 2360, 18 juin 2006, p. 568.