2 juillet 2007





La messe interdite du nouveau prêtre basque
2 juillet 2007 - Communiqué du district de France de la FSSPX
Le dimanche 8 juillet 2007 à 10 h 00, à Biriatou (Pyrénées-Atlantiques), l’abbé David Aldalur, ordonné prêtre à Écône le 29 juin, célébrera sa première messe traditionnelle en latin dans son village natal. Mais il ne pourra le faire que dehors, sur la place publique. En effet, l’évêque lui a sèchement refusé l’accès à l’église où il a été baptisé, au prétexte qu’il s’agirait de sa part d’une « requête sentimentale ». Un comble, au moment où le pape Benoît XVI publie un Motu Proprio pour reconnaître que la messe traditionnelle en latin n’a jamais été interdite !

L’abbé David Aldalur, né en 1983, est de père basque et de mère bretonne. Il a passé toute sa jeunesse, jusqu’à son entrée au séminaire, dans le village basque de Biriatou. Expert en pelote basque et en fandango, il s’est forgé une solide identité basque, et reste très attaché à son pays, à ses compatriotes et à ses amis d’enfance.

Entré au séminaire de la Fraternité Saint-Pie X (fondé par Mgr Lefebvre) à Écône, il vient d’être ordonné prêtre après six années d’études. Bien évidemment, il a souhaité célébrer une première messe en Bretagne, pour la famille de sa mère, mais surtout à Biriatou, au Pays basque, pour ses amis d’enfance, ses professeurs, ses maîtres de catéchisme et toutes ses connaissances. L’évêque de Quimper l’a autorisé sans condition à célébrer sa messe dans son diocèse, là où il le voudrait : cette messe autorisée aura donc lieu le lundi 6 août à 9 H 45 à l’église paroissiale Saint-Fiacre de Plogoff (Finistère).

En revanche, l’évêque de Bayonne, Mgr Pierre Molères, a refusé catégoriquement d’ouvrir l’église de Biriatou à l’abbé Aldalur, église où ce dernier a pourtant été baptisé. L’évêque a affirmé qu’il s’agissait de la part de l’abbé Aldalur d’une simple « requête sentimentale », dans la mesure où, selon lui, l’abbé Aldalur aurait été « conditionné par son milieu social ».

Devant ce refus brutal et non motivé, la communauté villageoise s’est solidarisée avec l’enfant du pays. Le maire de Biriatou a autorisé la célébration de la messe sur la « place libre », en bas des marches de l’église. L’autel sera dressé devant le fronton ordinairement réservé à la pelote basque, ce qui permettra aux Biriatuar, gens de foi et grands « pilotari », d’unir deux éléments clés de leur culture ancestrale. La messe « interdite » aura lieu le dimanche 8 juillet à 10 H 00.

En 1988, le pape Jean-Paul II avait demandé aux évêques une application « large et généreuse » des directives du Saint-Siège concernant la messe traditionnelle en latin. Le pape Benoît XVI vient lui-même de promulguer un Motu Proprio qui élargit encore plus la possibilité de célébrer cette messe traditionnelle en latin. On ne peut donc que s’étonner du refus brutal de l’évêque de Bayonne à l’encontre d’un jeune prêtre basque, surtout en une époque où les vocations sacerdotales font cruellement défaut.

Suresnes, le 2 juillet 2007.

District de France de la Fraternité Saint-Pie X.

1 juillet 2007





Notre très profonde gratitude
Editorial - par l'abbé Régis de Cacqueray
Lettre à nos frères prêtres n°34, datée de juin 2008, envoyée en juillet 2008 - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - mise en ligne par laportelatine.org

C’est avec retard que ce numéro vous parvient. A dessein, nous avons attendu la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum pour exprimer ici notre très profonde gratitude suite à la libération du rite traditionnel de la messe, tant attendue. Justice a enfin été rendue à l’endroit du missel tridentin : il est désormais officiellement reconnu – et de quelle manière ! – que jamais ce missel n’avait été abrogé. Outre la dimension juridique de l’affaire, le pape en explique dans sa lettre d’accompagnement la raison profonde : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. »

En tout premier lieu, c’est vers le Ciel que se tourne notre reconnaissance. Dieu a exaucé les prières instantes de tout un peuple, s’élevant de divers horizons ecclésiaux, mais toutes réclamant la libération d’un rite arbitrairement proscrit. A n’en point douter, Notre-Dame s’est faite médiatrice de ces demandes, elle qui fut particulièrement invoquée à l’occasion de ces deux millions et demi de chapelets que la Fraternité Saint-Pie X a offert au pape précisément à cette intention.
Du Ciel, notre gratitude descend bien évidemment et en tout premier lieu vers notre pape Benoît XVI. Malgré les oppositions rencontrées, sa détermination demeura intacte, et c’est avec largesse qu’il reconnaît le droit de la liturgie traditionnelle : non seulement du missel, mais encore du bréviaire, du rituel et du pontifical. Même si la lettre d’accompagnement n’est pas sans quelque ombre, l’histoire retiendra surtout le Motu proprio lui-même, et donc le courage d’un pape qui osa dire une vérité tue trop longtemps parce que considérée comme dérangeante.

Notre reconnaissance enfin ne peut oublier son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre. A une époque où la réforme et la créativité étaient devenues la règle pour ainsi dire universelle, il fut l’instrument voulu par Dieu pour la sauvegarde des trésors de l’Eglise. Sa préoccupation n’était pourtant point celle d’un conservateur de musée, tout désolé de voir disparaître tant de richesses. Elle relevait d’une conviction profonde, d’une foi en l’efficacité apostolique d’un missel qui a façonné tant de saints. Tandis qu’allait devenir toujours plus difficile la transmission de la foi aux générations nouvelles, il savait que la liturgie traditionnelle de l’Eglise était porteuse des plus belles réalités de notre foi, et qu’elle continuerait donc d’attirer et d’animer les coeurs. Elle ne serait pas la liturgie des nostalgiques, mais celle de jeunes générations désireuses de vivre en vérité leur amour de la foi catholique. Les faits lui donnèrent raison, ainsi que le reconnaît Benoît XVI : « On pouvait supposer que la demande de l’usage du missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, mais il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique. » Un jour, ces jeunes découvriront ce qu’ils doivent à Monseigneur Lefebvre.

Le pas qui vient d’être réalisé est important. En reconnaissant solennellement que le missel dit de saint Pie V n’a jamais été abrogé, en expliquant dans sa lettre d’accompagnement que « ce missel n’a jamais été juridiquement abrogé et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé », Benoît XVI rend justice à ce missel. Reste à rendre justice à ceux qui l’ont défendu, au prix de sanctions ecclésiastiques. C’est en ce sens que nous implorons du Saint-Père la levée du décret d’excommunication touchant Mgr Lefebvre et les évêques sacrés par lui.

A n’en pas douter, le motu proprio Summorum Pontificum ravive notre espérance, sans pour autant nous leurrer sur les difficultés toujours présentes. Outre celles que certains ne manqueront pas de mettre dans l’application de ces normes pourtant claires, nous savons que l’enjeu présent n’est pas seulement d’ordre liturgique. En cette période de confusion et de relativisme, l’Eglise a un besoin urgent de renouer avec sa Tradition doctrinale. C’est à cela que la Fraternité Saint-Pie X entend oeuvrer, et de tout coeur elle espère apporter sa part lors des discussions doctrinales qu’elle entreprendra avec Rome dès que celle-ci aura levé le décret d’excommunication touchant son fondateur, c’est-à-dire d’ici peu j’en suis persuadé.

Abbé Régis de CACQUERAY

30 juin 2007





Messe en latin : les évêques de France au pied du mur
30 juin 2007 - Sophie de Ravinel - Le Figaro
Alors que Benoît XVI doit rendre public cette semaine le motu proprio libéralisant le rite de saint Pie V, les évêques de France prennent acte de la volonté du Pape, mais restent circonspects. « NOUS ne souhaitions pas ce document [...] Mais nous accepterons ce que le Pape demande et ferons de notre mieux pour aller dans le sens qu'il demande. » Tenus sur les ondes de Radio Vatican par l'archevêque de Toulouse et président de la commission liturgique, Mgr Robert Le Gall, ces propos illustrent la position des évêques français. Après avoir clairement manifesté leur réticence face à la libéralisation de l'ancien rite en latin ces derniers mois, ils sont désormais placés au pied du mur.
La publication du motu proprio est une question de jours, les évêques devant recevoir le document dans leur boîte aux lettres -avec un message d'explication de Benoît XVI - avant qu'il ne soit rendu public. Le climat, pourtant, est tendu. Et l'on s'attend à une levée de boucliers, au moins de la part de cette partie du clergé et des laïcs qui ont « fait » l'Église dans les années 1970. « Je regretterais que l'Église apparaisse comme un espace de vaines polémiques, anticipe avec prudence Mgr Benoît Rivière, évêque d'Autun. Loin d'un esprit de querelle, il nous faut comprendre la volonté de Benoît XVI qui souhaite tendre la main aux catholiques en rupture ou au bord de la rupture. » Inutile donc de se battre « sur des questions de ritualisme», ajoute le prélat. Mais pas question non plus de transiger à l'avenir « sur la communion nécessaire avec l'Église et son magistère ». Et donc avec les enseignements du concile Vatican II, dont une partie est mise en cause par les traditionalistes et les lefebvristes, qu'il s'agisse de la liberté religieuse, de l'œcuménisme ou de la collégialité.
«Fortes tensions»
« Je n'ai pas l'habitude de crier avant d'avoir mal ! » affirme pour sa part Mgr Michel Dubost qui, comme son homologue d'Autun, préfère pour le moment mettre en avant la volonté romaine de réconciliation et d'unité, tout en restant « très attentif» à ce que le texte va contenir. L'approche de l'évêque d'Évry se veut a priori bienveillante. Il comprend - même si le latin n'est pas vraiment sa tasse de thé - que « dans une société mondialisée, certaines personnes puissent avoir besoin de rites pour marquer leur identité » et que « l'Église est appelée à réfléchir sur cette dimension rituelle».
Mgr Dubost, lui aussi, va s'efforcer de recevoir le texte « du mieux possible », mais refuse pour l'instant de s'exprimer sur le point susceptible de créer des remous chez les évêques s'il était confirmé. Selon nos informations, il devrait revenir aux curés d'accepter, ou non, la célébration des messes tridentines dans leur paroisse, selon des modalités préalablement définies par l'évêque qui disposera d'un délai pour mettre en place le contenu du motu proprio dans son diocèse.
Moine de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé, auteur d'un ouvrage sur le sens de ces deux liturgies (1) et enseignant en liturgie au sein de l'Institut catholique de Paris, le père François Cassingena-Trévedy redoute, sans mettre en cause la valeur de l'ancienne liturgie, l'avènement d'une logique de service « à la carte » qui serait « paradoxalement très moderne».
SOPHIE DE RAVINEL

(1)Te igitur, Editions Ad Solem




Déjà une centaine de messes « tradis » chaque semaine, en union avec Rome
30 juin 2007 - Sophie de Ravinel - Le Figaro
La messe de saint Pie V est célébrée dans près de 300 lieux de culte en France, selon la revue traditionnelle Oremus. Mais seuls 132 d'entre eux y sont autorisés par l'autorité ecclésiastique, répartis dans 72 diocèses. Dans 64 d'entre eux, le rythme est hebdomadaire, ce qui fait que chaque semaine environ, une centaine de messes sont célébrées dans l'ancien rite, en communion avec Rome. Dans quelques-uns de ces diocèses, les messes tridentines sont célébrées dans des communautés monastiques ou religieuses. Une quinzaine de communautés attachées au rite traditionnel et attachées à Rome existent en France, qu'elles soient dominicaines, bénédictines ou autres, présentées dans un album de textes et photos, fraîchement édité par La Nef et rédigé par Thomas Grimaux. Beaucoup des quelques milliers de fidèles attachés " a la Tradition " affirment être proches de l'une ou l'autre de ces communautés.
Mais, en dehors de ce cercle des communautés dites " Ecclesia Dei » - du nom du dicastère romain chargé du lien avec les fidèles tridentins - de plus en plus d'évêques ont demandé à des prêtres diocésains de célébrer la messe de saint Pie V pour ces fidèles.
Parmi ces prêtres, on trouve un bon nombre de prêtres anciennement liés à la Fraternité Saint-Pierre - ou à la fraternité lefebvriste de saint Pie X - mais qui ont fait le choix d'être directement rattachés à leur évêque.
Cela a été le cas pour certains prêtres de l'église Saint-Georges de Lyon, cela le sera sans doute prochainement à l'église Notre-Dame-des-Armées à Versailles.
S. de R.

29 juin 2007





Lettre à un évêque inquiet
29 Juin 2007 - Valeurs Actuelles - par Michel De Jaeghere, journaliste, écrivain
Lettre à un évêque inquiet Par Michel De Jaeghere, journaliste, écrivain
On me dit, Monseigneur, que vous êtes inquiet. Que vous multipliez depuis un an les voyages à Rome pour faire connaître au Saint-Père votre préoccupation. Que vous avez exprimé votre angoisse dans des communiqués. Que vous vous y êtes fait le relais des protestations qui montent, dans vos paroisses, des questions que se posent les chaisières, les conseillers synodaux et les diacres mariés.
Vous êtes inquiet et vous avez vos raisons de l’être. L’Espérance est surnaturelle. Elle est, nous dit Péguy, un « désespoir surmonté ». Or, selon une enquête réalisée en octobre 2006 pour le Monde des religions, il ne reste plus que 51 % des Français à se déclarer catholiques. Ils étaient 81 % en 1986. Vous avez perdu en vingt ans près du tiers de votre troupeau. En 2000, pour la première fois, moins de la moitié des enfants nés en France ont été baptisés. Les chiffres ne peuvent donc, à vue humaine, qu’empirer.
La foi de ces catholiques a au surplus de quoi surprendre. 8 % d’entre eux ont en effet déclaré aller à la messe tous les dimanches, 9 % une ou deux fois par mois, 31 % pour les grandes fêtes ; 46 % seulement pour les événements familiaux. 6 % des catholiques n’assistent jamais au moindre office religieux ; 29 % ne prient “jamais”. 12 % ne connaissent pas par cœur le Notre Père, 19 % le Je vous salue Marie. 17 % ne croient pas à l’existence de Dieu (dont 6 % de ceux qui vont deux fois par mois à la messe) ; 30 % n’ont « pas d’opinion ». Comme disait l’un de vos confrères, vous avez « gagné en qualité ce que vous avez perdu en quantité ».
Vous êtes inquiet, Monseigneur, comme un syndic de faillite pourrait l’être. Car vous manquez cruellement de prêtres pour apporter la Bonne Nouvelle à ce peuple désabusé. Au lendemain de Vatican II, les prêtres ont abandonné le sacerdoce par milliers. Vous avez fermé les grands et les petits séminaires. Il y avait 49 100 prêtres diocésains en activité en France en 1965, il n’y en avait plus que 13 510 en 2005 ; au rythme actuel des ordinations (une centaine par an), l’Église de France pourrait ne plus compter, dans dix ans, que 4 500 prêtres de moins de 65 ans. Cette défaillance pose des problèmes incommensurables pour la transmission de la foi, le catéchisme ou la vie sacramentelle. Il y a des communes où l’on ne compte guère plus d’une messe par trimestre. Il y en a d’autres où l’on détruit les églises parce qu’elles sont désaffectées, alors que l’on construit, en France, des mosquées.
Il est vrai qu’il existe des communautés nouvelles vivaces (communautés saint Jean, de l’Emmanuel, saint Martin), et que les communautés traditionnelles sont en relative expansion (une vingtaine d’ordinations par an en France). Mais elles sont éparpillées et irriguent en réalité de petits îlots de vitalité comme les chrétiens d’Orient en pays musulman. L’avenir de la transmission la foi catholique réside dans le réseau des paroisses, et non seulement dans l’existence de communautés ferventes.
Vous êtes inquiet et vous n’êtes pas seul à l’être. Le Saint-Père multiplie les discours pour dénoncer « l’apostasie silencieuse » (le mot est de Jean-Paul II) des pays de vieille chrétienté, la « dictature du relativisme » (celui-là est de Benoît XVI) qui, mieux que le communisme, est sur le point d’éradiquer le christianisme d’Europe occidentale, l’« hédonisme triomphant » qui a fait inscrire dans nos législations tant de lois contraires aux préceptes de la morale naturelle. « S’il ne se passe rien, déclarait le sociologue Marcel Gauchet dans un entretien paru en 2002, on peut dire que dans un siècle, il ne restera en Europe plus grand-chose du christianisme. » (Chrétiens, tournez la page, Bayard).
Au moment de conclure cette lettre, je viens de relire votre communiqué, Monseigneur, et j’avais lu trop vite, je vous demande de me le pardonner. Ce dont vous êtes inquiet, j’ai du mal à le croire, c’est de la publication prochaine d’un décret qui devrait reconnaître droit de cité à la messe grégorienne (celle de saint Pie V). Vous êtes inquiet parce qu’il sera bientôt loisible aux prêtres qui le souhaitent de la célébrer comme vous l’avez célébrée vous-même, quand vous fûtes ordonné. Qu’il vous sera possible d’employer les dizaines de prêtres que vous laissez sans ministère, en exil intérieur, suspects, parce qu’ils la célèbrent. Vous êtes inquiet parce que ce geste pourrait déboucher (premier succès jamais enregistré par l’œcuménisme !) sur la réconciliation avec les fidèles entrés en dissidence après le concile parce qu’ils avaient le sentiment que l’héritage des siècles n’était plus défendu, dans l’Église, comme il le méritait. Je vous avais mal jugé, Monseigneur : je vous avais pris pour un père.
Michel De Jaeghere

Michel De Jaeghere vient de diriger la publication d’un ouvrage collectif : “Le christianisme va-t-il disparaître ?”, éditions Renaissance catholique, 368 pages, 24 e.




Le retour de la messe en latin
29 juin 2007 - Patrick Perotto - estrepublicain.fr
Le retour de la messe en latin Le Vatican s'apprête à publier le décret qui autorisera l'ancien rite célébré avant le Concile Vatican II.
Les protestations des évêques français, l'automne dernier, n'y ont rien changé. Dans « quelques jours » précise le Vatican, le « motu proprio », le décret libéralisant la célébration de la messe dans l'ancien rite Pie V, sera publié dans l'Osservatore romano, le journal officiel de l'Eglise catholique. Le document a été présenté à des prélats mercredi et a été envoyé à tous les évêques « avec l'indication de son entrée en vigueur ». Depuis l'arrivée de Benoît XVI sur le trône de saint Pierre, le ton avait singulièrement changé à l'égard des intégristes. Le pape n'a jamais caché son intérêt pour la liturgie à l'ancienne ni son jugement sévère sur les abus des années 70. De plus, tous ses discours sont empreints de son inquiétude, qui tourne à l'obsession, face à la déchristianisation de l'Europe. Il n'a eu de cesse après son élection d'appeler à l'unité de l'Eglise catholique romaine et a réussi à rallier quelques brebis égarées comme le célèbre abbé Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'église parisienne occupée depuis trente ans, qui s'est hier déclaré « très content ».
Expiation ou don de soi
Le texte fixera probablement des conditions pour la célébration de la messe Pie V, dont l'application sera laissée aux évêques, afin d'éviter le risque du biritualisme dans les paroisses : la messe en langue vernaculaire et dans le rite Paul VI d'après le Concile, le français en France, l'italien en Italie... et la messe en latin dans l'ancien rite avec le prêtre face au tabernacle et le dos tourné.
« Ce n'est pas seulement une guerre de sensibilité », dénonce un prêtre bisontin, qui se refuse à « devenir adepte d'une théologie de l'expiation », préférant « une théologie du don de soi ». En effet, les problèmes soulevés par cette concession aux intégristes, alors que depuis un autre « motu proprio » de 1988, les traditionalistes restés fidèles au pape peuvent déjà célébrer dans l'ancien rite, ne se limitent pas seulement à la langue mais sont aussi d'ordre théologiques et politiques.
Les fidèles de feu Mgr Lefebvre, et même l'abbé Laguérie, n'ont jamais caché leur intention d'influer sur le discours de l'Eglise catholique pour qu'elle renonce aux acquis du concile comme la liberté religieuse, l'oecuménisme, c'est-à-dire le dialogue avec les protestants et les orthodoxes, le dialogue interreligieux avec les autres religions. Dans le missel d'avant 1962 figure notamment une prière du jeudi saint pour les « juifs perfides », que Jean XXIII avait fait supprimer.
Tensions inutiles
En outre, au moins en France, le intégristes défendent des idées politiques issues de l'Action française et Maurras, condamnées en leur temps par Pie XI. Cette vision ante-révolutionnaire ne s'accorde pas du tout au discours développé dès la fin du Concile en 1965. Les évêques français ont bien compris qu'autoriser le retour de l'ancien rite créerait des tensions inutiles, d'autant que la moitié des intégristes du monde entier, soit 40.000 à peu près, vivent sur le territoire national, où ils ont développé un important réseau d'écoles hors contrat.
Les prélats français ont protesté énergiquement auprès du Vatican qui méconnaissait cette situation particulière, si bien que la publication du texte avait été repoussée. A Rome, l'Eglise de France est regardée avec méfiance. C'est dans notre pays qu'il y eut le plus d'expérimentations liturgiques, pas toujours heureuses, sans compter une tradition de contestation qui a trouvé son apogée avec l'affaire Gaillot, l'évêque d'Evreux « débarqué » de son diocèse par Jean Paul II.
L'enjeu de ce qui n'est pas uniquement une querelle des rites a été défini par Mgr Raffin, l'évêque de Metz, peu suspect de progressisme échevelé : « Si elle devait s'installer durablement, cette coexistence entre le rite Paul VI et le rite Pie V finirait par nuire à l'unité de l'Eglise catholique ». Et provoquer, non une réconciliation mais une scission.
Patrick PEROTTO




Messe de saint Pie V : le décret imminent
29 juin 2007 - Hervé Yannou, correspondant au Vatican -  lefigaro.fr
Le Vatican annonce sa publication dans les prochains jours. Il a déjà été présenté aux évêques à Rome.

APRÈS de nombreux rebondissements, des mois de réflexion et plusieurs renvois, le décret de Benoît XVI libéralisant la messe tridentine devrait être publié dans les tout prochains jours. La machine administrative du Saint-Siège s'est mise en marche pour faire entrer en vigueur cette mesure chère au Pape, mais qui a fait couler beaucoup d'encre, tout spécialement en France. Hier, le bureau de presse du Saint-Siège a confirmé que, mercredi, en toute discrétion, une quinzaine de prélats ont participé au Vatican à la présentation du décret. Les cardinaux Tarcisio Bertone, bras droit du Pape, Dario Castrillon Hoyos, chargé du dossier des catholiques intégristes, et Francis Arinze, préfet de la congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, se sont livrés à une explication de texte devant des évêques d'Angleterre, de Suisse, d'Allemagne, des États-Unis, mais aussi des cardinaux Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et Jean-Pierre Ricard, président de la conférence épiscopale française.
Benoît XVI s'est ensuite entretenu pendant plus d'une heure avec eux au sujet de la réception du texte par le clergé et les fidèles. L'un des participants à la rencontre a ainsi confié que le motu proprio devait encore connaître « quelques petites retouches ». Retour des anciens rites
Depuis l'automne et les premières indiscrétions sur un texte dont le but est à la fois de rappeler l'attachement de l'Église à sa tradition liturgique et de favoriser le retour des communautés intégristes dans le giron de Rome, Benoît XVI a pris son temps, consulté et écouté pour faire passer une décision majeure de son pontificat. Il a répondu à ceux qui y voient une remise en question des acquis de Vatican II. Il a rendu des arbitrages pour éteindre l'incendie qui couve chez les évêques français, américains ou allemands, inquiets de voir rogner leur autorité, éclater une « guerre des cultes » et exacerber les différends entre fidèles.
Il ne reste plus qu'à faire parvenir le texte corrigé aux évêques du monde entier, avec la date de son entrée en vigueur. Cet envoi sera accompagné d'une lettre du Pape dans laquelle il présentera les « raisons profondes de sa décision ». Ces documents seront ensuite publiés dans L'Osservatore Romano.
La messe et les liturgies du baptême et du mariage, selon les rituels promulgués par Jean XXIII en 1962 - la dernière version de la messe d'avant Vatican II expurgée des références aux juifs « perfides » - seront officiellement une « forme extraordinaire de l'unique rite romain ». Plus besoin de l'autorisation préalable de l'évêque : un groupe de 30 fidèles pourra en faire la demande auprès d'un prêtre. L'évêque arbitrera les conflits.
Dès hier, l'abbé Philippe Laguérie, l'une des figures de proue des traditionalistes en France, s'est déclaré « très content que ce document arrive ». Pour sceller le retour des anciens rites, les cardinaux Castrillon Hoyos et Ricard devraient ordonner ensemble, en septembre à Bordeaux, de jeunes prêtres selon le rite préconciliaire.




Sermon prononcé par Mgr Williamson aux ordinations à Ecône - le 29 juin 2007
mis en ligne sur leforumcatholique.org
Transcription d’un enregistrement audio relue par l’auteur le 16 septembre 2007.

Monsieur le Supérieur général,Messeigneurs, mes chers confrères, mes chères soeurs, Très chers fidèles,Je pense deviner que certains s’attachent la ceinture : prions pour qu’ils ne finissent pas par avoir voulu un siège éjectable ! Mais ne craignez pas !
Nous tremblons tous parce que la situation dans l’Eglise et dans le monde est chaque jour plus effarante.

I - NOTRE DAME A AKITA

Je vais citer quelques paroles de Notre Dame au Japon en 1973 : il y a donc 34 ans ; des paroles dont l’évêque du lieu, qui a bien examiné le cas, nous permet de penser, de croire que c’était bien la très Sainte Vierge qui parlait ; et lorsque l’évêque du lieu a consulté le Cardinal Ratzinger à ce moment-là, dans les années 1980, le Cal Ratzinger aurait dit « Fatima et Akita, c’est la même chose ».
Or, et c’est intéressant, il n’y a rien dans tout ce que nous connaissons jusqu’ici de l’événement de Fatima, qui soit comparable avec le contenu de ce troisième message d’Akita, ce qui nous permet de penser que ce message-ci correspond peut-être en grande partie au troisième secret de Fatima toujours non révélé. Ne nous laissons pas leurrer ; ce que l’on a révélé en 2000 n’est sûrement pas le secret qu’on attendait en 1960, comme vient de l’écrire dans un livre très intéressant un journaliste italien Antonio Socci.
Donc voici peut-être l’essentiel de ce troisième secret de Fatima, qu’on aurait dû connaître en 1960, et qui aurait pu nous éviter peut-être en bonne partie ou dans une certaine mesure, Vatican II, s’il avait été révélé au moment voulu par Notre Dame.
En tout cas, voici ce que disait Notre Dame en 1973, et cela correspond, c’est bien proportionné, à la gravité de la situation actuelle. Elle parle sans se montrer, à une religieuse d’une petite congrégation dans le nord du Japon. Elle a essayé de parler en Europe, on peut penser que cela a échoué, alors elle va au Japon pour se faire entendre et les autres évêques du Japon ont tout fait également pour étouffer ce message. Mais un évêque courageux, et qui a bien enquêté sur la chose, a eu le courage de soutenir, et de donner son appui et son approbation épiscopale comme ordinaire du lieu, à ce qu’a voulu dire Notre Dame.
« Comme je te l’ai dit, dit Notre Dame à cette religieuse, si les hommes ne se repentent et ne s’améliorent pas, le Père infligera un châtiment terrible à l’humanité entière. » Je n’ai pas les accents de Notre Dame, qui sans doute ont été bien plus doux, mais le contenu est terrible. « Ce sera alors un châtiment plus grave que le déluge, tel qu’il n’y en a jamais eu auparavant, un Feu tombera du Ciel et anéantira une grande partie de l’humanité, les bons comme les méchants, n’épargnant ni les prêtres ni les fidèles. Les survivants se trouveront dans une telle désolation qu’ils envieront les morts. Les seules armes qui nous resteront alors – qui NOUS resteront alors : Elle priera à ce moment-là avec nous – seront le Rosaire et le Signe laissé par le Fils. (On ne sait pas encore de quel signe il s’agit). Récitez chaque jour les prières du Rosaire ; avec le Rosaire priez pour le Pape, les évêques, et les prêtres. »

Voila bien le plus grave du problème : si seulement l’Eglise était sur pied, le monde serait en bien moins mauvais état. Mais si le sel de la terre s’affadit, si la lumière du monde s’éteint, le monde est dans les ténèbres et dans la corruption.
Je continue avec ce qu’a dit Notre Dame : « L’action du Diable s’infiltrera même dans l’Eglise, de sorte qu’on verra des cardinaux s’opposer à des cardinaux, des évêques contre d’autres évêques. Les prêtres qui me vénèrent seront méprisés et combattus par leurs confrères. Les églises, les autels seront saccagés… »
Mes chers amis, quoi de plus probable ? On ne l’aura pas volé !
« L’Église (je reprends les paroles de Notre Dame) sera pleine de ceux qui acceptent les compromis, et le Démon poussera beaucoup de prêtres et d’âmes consacrées à quitter le service du Seigneur. Le Démon s’acharne surtout contre les âmes consacrées à Dieu, la perspective de la perte de nombreuses âmes est la cause de ma tristesse. Si les péchés croissent en nombre et en gravité, il n’y aura plus de pardon pour ceux-ci. »
(Évidemment le Bon Dieu ne cesse pas d’être miséricordieux ; évidemment les prêtres qui entendent les confessions seront toujours capables de pardonner les péchés, à la place de Notre-Seigneur. Alors si Notre-Dame parle comme cela du pardon des péchés, c’est sans doute parce que dans bon nombre de grandes villes aujourd’hui, la confession est de moins en moins accessible.)

« Avec courage, parle à ton supérieur. Il saura encourager chacune d’entre vous à prier et à accomplir des oeuvres de réparation. »
Fin du troisième message d’Akita..

II - L’ENCYCLIQUE PASCENDI


Cette année-ci est aussi le centième anniversaire de cette autre grande lumière donnée par Dieu au vingtième siècle, et aussi à notre siècle, le vingt et unième. Il y a eu ces deux grandes lumières : Fatima, et l’Encyclique Pascendi qui a été promulguée par Saint Pie X en 1907.
Et si nous voulons comprendre pourquoi la crise est tellement terrible aujourd’hui, on ne peut mieux faire que de revenir à Pascendi, d’étudier Pascendi qui est comme la « Charte de la Fraternité Saint Pie X », en ce sens que Monseigneur a pris ce Pape comme Patron de la Fraternité ; sans doute pour toute la grandeur de son pontificat, mais en particulier pour sa défense de la Foi. Il a été grand dans le renouveau de la musique de l’Eglise, dans l’Eucharistie pour les enfants, dans la révision du Droit Canon, mais s’il n’y avait pas la Foi, que seraient ces autres accomplissements, ces autres faits ? Donc c’est sûrement en premier lieu pour la Foi et pour Pascendi, l’oeuvre insigne de Pie X en défense de la Foi, que Mgr
Lefebvre l’a choisi pour patron de la Fraternité.
Quelques mots sur l’encyclique elle-même, que tous devraient connaître : elle n’est pas facile, mais il faut la connaître pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Je vais essayer d’expliquer pourquoi. Puis je ferai quelques commentaires et applications.
Donc l’Encyclique elle-même se divise en trois grandes parties, outre l’introduction et la conclusion : la doctrine des modernistes, les causes du Modernisme, et les remèdes du Modernisme. Or les causes environnent les faits, donc se ramènent en quelque sorte à la doctrine, et les remèdes se ramènent également à la doctrine. Donc la Doctrine forme la plus grande partie de l’encyclique, et c’est la partie plus importante.
Cette première grande partie se subdivise en diverses sous-sections : le philosophe moderniste, le croyant moderniste, le théologien moderniste, l’historien moderniste, le critique moderniste, l’apologète moderniste et le réformateur moderniste, et la conclusion qui en sort est que le modernisme est l’égout collecteur de toutes les hérésies de tous les temps. Il n’y a pas de pire hérésie, ni plus profonde, ni plus subtile, et c’est pour cela que l’Eglise se trouve aujourd’hui dans cette crise si difficile à manier, si difficile à comprendre.
De ces diverses sections, c’est le philosophe moderniste que Pie X analyse en premier. Et pour cause : parce que ce sont les erreurs en philosophie qui sont à la racine des erreurs du croyant, du théologien, du critique et du réformateur moderniste.
Cette section sur la philosophie se subdivise entre les principes et leurs applications. Evidemment l’application dérive des principes, donc le noyau de l’encyclique se trouve dansces deux paragraphes, ces deux seuls paragraphes, sur les principes du modernisme et du philosophe moderniste.
Il y a deux grands principes : le phénoménisme agnostique [ou agnosticisme phénoméniste]1 qui est un principe négatif, comme pour déblayer le terrain ; et puis l’immanence vitale pour reconstruire. Mais puisque qu’on ne peut pas reconstruire sans avoir déblayé le terrain, le principe négatif qui précède le principe positif est encore plus important. Et l’on peut dire que le peu que dit Saint Pie X sur le phénoménisme agnostique est comme le gland dont le chêne est tout le reste de l’encyclique.
Qui a compris ce principe du phénoménisme agnostique [ou agnosticisme] peut facilement comprendre le reste de l’encyclique, encore faut-il comprendre le phénoménisme agnostique et, mes chers amis, c’est le problème de nos temps depuis 200 ans. Le phénoménisme agnostique, c'est-à-dire qu’au-delà des phénomènes, de l’autre côté des apparences, je ne peux rien connaître. Le « Ding an sich », la chose en elle-même, est inconnaissable. Mon intelligence n’atteint pas la réalité des choses, elle n’atteint que les apparences qui me sont livrées par les sens, et c’est mon intelligence qui organise les données des sens pour reconstituer l’univers ; autrement dit l’intelligence, l’intellect, est sevré [privé] de son objet.
On étudie la SCOLASTIQUE qui est la philosophie de l’Église ; on peut dire qu’elle est la“technicisation” – excusez-moi ce terme – du bon sens, pour faire monter à l’état technique ce que nous dit le bon sens. La Scolastique sait que l’objet est l’acte d’être même de l’action de l’intelligence. Sans objet il n’y a pas d’intellection Autrement dit, l’objet est tellement important – l’objet, pas les apparences – que sans cet objet il n’y aurait pas d’acte d’intelligence ; l’intelligence “n’intelligerait” pas. Voilà le bon sens, voilà la Scolastique. Nous connaissons les choses, nous savons ce qu’elles sont au-delà des apparences. Les apparences nous les indiquent, et en général, nous les indiquent sans nous tromper (à quelques exceptions près, comme le cauchemar). Les sens nous transmettent leur contenu intelligible qui est l’essence des choses. Nous connaissons l’essence des choses, nous connaissons la réalité, nous connaissons la vérité objective dans l’objet, en dehors de notre subjectivité, et là, nous pouvons la connaître, et la connaissant, l’intelligence marche, fonctionne à partir de cette saisie de l’objet.
Alors imaginez ce que c’est que dire que « l’intellect n’atteint pas l’objet »: c’est nier l’acte de l’intelligence, c’est libérer l’intelligence de l’objet : voilà ce que l’on a voulu : c’est la liberté, c’est l’ultime liberté. On adore la liberté, on aime la liberté, on poursuit la liberté, eh bien l’ultime liberté, c’est de dire que cette tente au-dessus de ma tête n’est une tente que si moi je consens que ce soit une tente : si moi je préfère dire que c’est un éléphant, ce sera un éléphant : ce sont les apparences d’une tente, mais moi je reconstitue les données sensibles de cette tente et je dis que de fait c’est un éléphant.
Alors là, on voit la folie de ce système. Et pour que ceux qui le pratiquent ne deviennent pas fous, et pour qu’ils puissent survivre, pour qu’ils puissent vivre, bien sûr ils appliquent ce système de façon sélective. Ainsi, lorsqu’ils descendent prendre le petit déjeuner, ils trouvent devant eux une tasse blanche qui contient un liquide noir ; ils choisissent de dire que c’est du café, parce que s’ils choisissaient de dire que c’est autre chose, ils risqueraient d’avoir soif. Ils descendent dans le garage, et avec le semblant de clé ils allument le semblant de moteur pour faire marcher le semblant d’auto, parce qu’autrement, ils n’arriveraient pas à l’université pour débiter leurs insanités, dans l’université où ils sont professeurs, s’il vous plait !
C’est l’assassinat du bon sens, et c’est ainsi depuis 200 ans, depuis la fin du XVIIIe siècle, que l’homme veut remplacer la nature, les choses et les objets qui nous sont donnés par Dieu, par ses propres fantaisies. Et depuis 200 ans, comme le dit fameusement bien Marcel de Corte, depuis 200 ans l’intelligence s’applique non pas à intelliger, mais à fabriquer avec l’aide de l’imagination un autre monde que celui qui nous est donné par Dieu. Cette folie sélective a gagné aujourd’hui le monde entier ou presque, et gagne chaque jour toujours plus de terrain. Et c’est pour cela que, les hommes étant détachés de la réalité et lancés chaque jour davantage dans la fantaisie, la crise du monde et de l’Eglise empire de jour en jour.
Et si nous voulons ne pas perdre pied dans cette épouvantable tempête qui monte toujours, et qui se terminera, si nous en croyons Notre Dame d’Akita, par un déluge de feu, c’est à cause de cette insanité que nous nous trouvons dans la situation où nous nous trouvons ; et c’est pour cela qu’il faut faire ce que l’on peut pour comprendre le phénoménisme agnostique et son application tous azimuts dans le monde qui nous entoure. Par exemple, la fantaisie préférée, la réalité de maintenant, c’est la réalité virtuelle. Depuis l’électronique, nous avons ce nom pour cette réalité-fantaisie, c’est la réalité virtuelle. Mais comme dit De Corte, ce n’est pas l’électronique qui s’est créée elle-même, c’est l’homme qui a désiré la fantaisie, qui a désiré remplacer la réalité par la fantaisie, le réel par la réalité virtuelle ; qui a créé l’internet, la télévision et tous ces écrans techniquement merveilleux mais très distrayants pour tout ce qui regarde les intérêts de Dieu.

Alors une application : Si chez ces hommes d’Église, une tête est détachée de la réalité, mais de façon sélective, alors elle peut très bien dire : « deux et deux font quatre » ; le problème n’est pas là. Le problème c’est qu’en même temps ils croient que deux et deux peuvent faire cinq. Or qui comprend avec un minimum de bon sens ce qu’est l’arithmétique comprend que si quelqu’un estime que deux et deux font quatre mais peuvent en même temps faire cinq, c’est un arithméticien hautement dangereux, parce qu’à un moment où je n’observe pas, il va glisser de l’un à l’autre. Voilà pourquoi Pie X dit dans cette encyclique que lorsqu’on lit un moderniste, une page est parfaitement catholique, et la page suivante est parfaitement rationaliste, c'est-à-dire la raison de l’homme mise à la place de Dieu.
Donc pour la promotion de l’arithmétique, il faut faire extrêmement attention si l’on a affaire à des gens qui pensent que deux et deux font quatre mais aussi cinq, car ils pourront encore raisonner sur « deux et deux font quatre », sur des bases apparemment solides. Mais s’ils ne disent jamais qu’ils croient que deux et deux peuvent aussi faire cinq, je ne saurai pas quand ils commencent à raisonner faux. Autrement dit, plus ils énoncent tout leur système et moins ils sont dangereux ; moins ils disent que deux et deux peuvent aussi faire cinq, et plus ils sont dangereux.
Or les conservateurs dans l’Église qui nous entourent – faisons attention : tous ces conservateurs ne sont pas pleinement « traditionalistes » –, ce sont tous des gens qui veulent plus ou moins mélanger la vérité objective, absolue, une et exclusive de la Foi catholique, avec la modernité, et ce n’est pas possible ! Dans l’arithmétique, les choses sont claires ; c’est malheureusement moins clair dans les choses de la Foi. Mais pour peu qu’on ait la Foi, on comprend très bien que la Foi est une vérité aussi une, aussi exclusive et aussi immuable, que deux et deux font quatre, et beaucoup plus importante !
Il y a deux semaines j’étais en Allemagne ; je parlais avec un confrère théologien qui venait de lire le dernier livre du Pape Benoit XVI et il me disait un peu ce qu’il y avait làdedans. J’ai dit (sans avoir lu le livre): « Çà, c’est quelqu’un qui pense que deux et deux font quatre et en même temps cinq ». Et ce théologien de me répondre un peu tristement, car il ne voulait pas le reconnaître, « C’est bien cela ».

Alors le Motu Proprio par exemple, c’est très gentil, c’est « deux et deux font quatre », libérer la Messe Tridentine, la Messe de toujours, c’est très bon. Et pour beaucoup d’âmes dans l’Eglise officielle on peut imaginer que cela va les libérer, ce sera le début d’une libération de ce qui a été pour quelques uns d’entre eux depuis des décennies, une prison, et ce sera de l’oxygène pour eux, ce sera de l’oxygène pour beaucoup de fidèles. Donc nous accueillons le fait que parmi ces gens là, si le Motu Proprio dira que « deux et deux peuvent faire quatre ou cinq » cela pourra les aider â avancer vers « deux et deux font quatre ». Peutêtre vont-ils arriver à éliminer totalement le « deux et deux font cinq » : c’est pour cela qu’il faut prier.
Mais pour nous qui, par la grâce de Dieu, – et jamais sans – avons la Foi, et comprenons que la Foi est à cet égard comme l’arithmétique, nous nous méfions extrêmement de ces braves (disons “braves”) hommes d’Église (je dirai un peu plus loin pourquoi on peut très bien dire qu’ils sont braves), envers ces braves gens de l’Église, nous nous méfions quand même ; ils ne savent pas ce qu’ils font. Au fond, dès qu’ils se sont laissé contaminer dans la moindre mesure, par l’idée moderne, l’idée maçonnique, que la Vérité est ouverte, et pas exclusive, dès que nous avons la moindre affaire à traiter avec ces gens-là, nous devons faire extrêmement attention.
Par contre, ils occupent la chaire de Moïse, nous croyons que ce sont les hommes de l’Eglise, votre serviteur cite toujours, et le nom du Pape dans le canon, et le nom de l’évêque du lieu s’il le connaît, et s’il ne le connaît pas il dit toujours « hujus diocesis ». Autrement dit : ils occupent la chaire de Moïse, ils ont notre respect, même notre affection, notre disponibilité, notre charité, ils ont aussi des âmes à sauver, tout cela ils l’ont et nous les en assurons. Mais en même temps – et nous ne le cachons pas – parce que « deux et deux font quatre » et même pas quatre virgule zéro un (4,01) mais « quatre », nous nous méfions extrêmement de parler, de traiter avec eux d’arithmétique, autrement dit des questions de la Foi. Et bien sûr Mgr Lefebvre a dû se battre d’abord sur la question de la Messe parce que c’était la première chose à sauver, mais derrière la Messe il y avait essentiellement dans le fond un problème de Foi, le problème on ne peut plus grave de la Foi, parce que ce sont les fondements mêmes de l’esprit qui sont ébranlés.
Et voilà encore une complication : puisque nier une vérité objective, nier l’exclusivité de la vérité n’est pas directement contre un dogme de la Foi, eh bien on ne peut pas affirmer clairement et nettement que ces gens ont nécessairement perdu la Foi. En adhérant à cette folie au niveau de la nature, ils n’ont pas nécessairement adhéré à une négation d’une vérité surnaturelle. Et cela complique beaucoup les choses ; nous ne pouvons pas dire comme cela que ces gens-là ont perdu la Foi ; Dieu seul le sait ! Arrive un moment où, comme un bon protestant, je dis « deux et deux font exclusivement cinq » ; à ce moment-là, la chose est nette et claire. Mais la confusion est bien pire que la netteté et la clarté des protestants « ancien style ». Nous avons affaire partout, – et non seulement dans l'Église – à des gens dont l’esprit flotte, et ils peuvent très facilement être sincères, attention ! Sincères et braves ! Qu’est ce que la sincérité ? La correspondance entre l’extérieur et l’intérieur. Mais si l’intérieur flotte, alors mon extérieur peut très bien adhérer aujourd’hui à une chose qui correspond à l’intérieur d’aujourd’hui, mais puisque l’intérieur flotte, puisqu’il est détaché de l’objet, de la vérité immuable, donc il est changeant. Si le lendemain l’intérieur flotte et l’extérieur flotte avec, il est tout aussi sincère demain qu’il l’a été aujourd’hui !
Combien sommes-nous à avoir fait l’expérience d’un prêtre de paroisse qui un jour est complètement d’accord avec moi, lorsque je parle de la Tradition ; et puis le lendemain, je sais qu’un moderniste acharné est allé le voir, et il a dit être complètement d’accord avec le moderniste aussi ! Il ne comprend plus le principe de non-contradiction : les plombs dans sa tête ont sauté !
Et comment veut-on raisonner avec ces gens-là, comment veut-on traiter des questions de la Foi avec ces gens-là ? On les aime, on leur veut tout le bien du monde, on veut qu’ils comprennent, et même plus, qu’ils se convertissent. Ils ont peut-être la Foi, Dieu le sait, mais Ô Ciel, Dieu seul peut démêler cette confusion-là ! Comme dit Macbeth « Confusion now hath made his masterpiece ». C’est aujourd’hui le chef d’oeuvre de la confusion, et elle augmente tous les jours, et le monde devient fou !

Application : Il y a comme cela deux dangers qui feront de moi ou un sédévacantiste ou un libéral. Si je dis (et ce serait normal de le dire) : « Ces gens-là sont sincères, ils sont braves, donc leur doctrine est bonne », je me trompe et je me fais libéral ; je suis leur doctrine et je me fais libéral. Si par contre je dis : « Ces gens ont une doctrine très mauvaise, donc ils ne sont pas sincères ni braves », je me trompe, parce qu’ils peuvent être sincères et braves !
Alors comment voir, et que leur doctrine est mauvaise, et qu’ils peuvent être sincères et braves ? Il faut comprendre le détachement de l’intelligence de son objet ; il faut comprendre le fond de Pascendi pour comprendre où nous en sommes. Et plus ils sont sincères et braves, plus ils peuvent être dangereux, objectivement parlant. Alors aujourd’hui, il faut constamment distinguer entre ce qui est objectif et subjectif. Dieu seul sait faire la part des choses dans chaque homme, mais nous, nous faisons ce que nous pouvons. Objectivement, ces Romains sont fous !, comme dit Astérix. Mais subjectivement, ils peuvent être braves. Ils ne sont pas nécessairement braves ; derrière, il y a un noyau dirigeant très méchant, qui sait pertinemment ce qu’il fait. Mais ce n’est pas le cas de tous ces Romains.
Alors sachons comprendre : si l’intelligence est détachée de son objet, il peut raisonner juste, mais à d’autres moments il peut raisonner faux, sans qu’il cesse peut-être d’être sincère et brave.
Et comme cela nous éviterons de dire, Ou : leur doctrine est mauvaise, donc ils sont méchants ; ou : ils sont braves, donc leur doctrine est bonne. Ce sont deux erreurs : leur doctrine est très mauvaise, parce que leur arithmétique est très mauvaise, mais néanmoins, parce qu’ils peuvent ne pas savoir ce qu’ils font, ils peuvent être sincères et braves, Dieu seul le sait !
En tout cas, ce que nous savons par la grâce de Dieu, c’est que « deux et deux font quatre », que la vérité est une, immuable, et surtout exclusive, exclusive de toute erreur. Il importe souverainement que nous en restions là, parce que c’est là ce qui est objectif, pour ne pas glisser dans le délire subjectif qui attire, où glisse tant de monde vers toujours plus de « deux et deux font cinq », et qui va attirer à la fin un déluge de feu, parce que, pour redresser cette situation-là, qu’est ce qu’il y a d’autre, sinon un déluge de feu ? Quelle autre solution est envisageable ? Les hommes sont plongés dans l’erreur, et avec l’erreur comme dit toujours saint Paul, va le péché. Dieu sait l’état de leurs consciences, mais si Notre-Dame dit (et apparemment c’est bien elle), si Notre-Dame dit qu’il va y avoir un déluge de feu si les hommes ne s’amendent pas et ne se repentent pas (depuis 1973 la plupart ne donnent aucune indication sérieuse de s’amender ni de se repentir), alors nous pouvons bien nous attendre – je ne sais pas à quelle échéance, Dieu le sait – à un déluge de feu, pire, bien pire que le déluge d’eau ! Mais tout aussi ravageur.

Autres applications : Observons bien, je l’ai déjà indiqué, qu’il s’agit d’une erreur au niveau de la nature, c’est le fonctionnement de l’intelligence naturelle qui glisse, et c’est tellement différent de la surnature qu’il est concevable que quelqu’un garde la Foi tout en adhérant à cette erreur dans le domaine de la philosophie. Tant que l’Eglise n’a pas défini, comme elle le fera sûrement quant elle sortira de cette crise, tant qu’elle n’a pas défini, avec toute la force de son autorité divine, ce qu’est cette erreur du phénoménisme agnostique par exemple, (Pie X a commencé, mais il faut mettre les points sur les « i »), tant que l’Église ne l’a pas fait, on n’est pas nécessairement hérétique à suivre ce système en philosophie.
Donc aujourd’hui mes chers amis, attention à la nature, c’est la nature aujourd’hui qui est faussée. Je crois l’avoir dit ici il y a douze ans, peut-être seize ans, que sais-je, en tout cas, cela n’a pas trouvé un bon accueil chez tous. On a pu dire « voilà du naturalisme », on peut le dire toujours, mais il me semble que l’ennemi attaque par là aujourd’hui. La surnature, il l’a plus ou moins faussée avec Vatican II, maintenant il s’attaque au sous-sol. Et le problème est dans le sous-sol ; à quoi bon un magnifique deuxième étage si le sous-sol est inondé ? Il nous faut descendre dans le sous-sol, dans la boue apportée par toute inondation, pour nettoyer la boue comme faisait saint Pie X, parce que c’est là qu’est le problème. On ne défend pas la forteresse là où l’ennemi n’attaque pas : aujourd’hui il faut être intelligent et savoir par où, en général, l’ennemi attaque.
Je vous donne un exemple que je donne toujours : la différence entre l’homme et la femme : c’est une question de nature. Mais si un prêtre dans le confessionnal ne comprend pas la différence profonde et naturelle donnée par Dieu, voulue par Dieu, et qui est un chef d’oeuvre de complémentarité très profond et magnifique, eh bien si un prêtre ne comprend pas cette différence, s’il s’est laissé contaminer par la propagande des francs-maçons, – cette propagande implacable de tous les jours de tous les médias – que les hommes et les femmes sont aussi interchangeables que les roues d’une voiture, eh bien si un prêtre ne comprend pas cela, comment va-t-il traiter avec les hommes et les femmes ? Comment va-t-il pouvoir aider les mariages, aider les familles ? Peut-être le comprend-il, mais ce n’est pas le monde moderne qui l’aide à comprendre cela, et ce n’est pas l’étude exclusive des grands mystères surnaturels de notre Foi qui va l’aider à comprendre cela. A la fin du XIXe siècle, Léon XIII a dû faire une encyclique sur la famille, ce qui n’était pas nécessaire auparavant ; les vérités naturelles de la famille allaient de soi, personne ne les mettait en question, mais à la fin du XIXe siècle elles étaient déjà bien ébranlées grâce à l’oeuvre des francs-maçons, des ennemis de Dieu, qui savent ce qu’ils font sans aucun doute (au moins ceux qui veulent aller en Enfer), mais à côté de ceux-là il peut y en avoir un bon nombre qui font l’oeuvre de la maçonnerie sans se rendre compte où cela va les mener.
Alors c’est la Nature qui est aujourd’hui attaquée : la nature est minée, la nature est subvertie, la nature est faussée, alors que la nature ne change pas : la nature des hommes et des femmes voulue par Dieu ne change pas. Mais selon toutes les apparences, selon toutes les fabrications de l’homme moderne, cela a changé. En Théologie morale nous apprenons tous que les hommes sont capables d’ébranler les principes secondaires de la théologie morale, mais pas les principes primaires. Par exemple : « Faites le bien, évitez le mal », cela on ne peut le faire sortir d’aucune tête, mais « ne pas voler », cela on peut le faire sortir des têtes en enseignant dès la jeunesse à des garçons que voler c’est bien ; pour le bien commun de quelque communauté que ce soit, on peut faire sauter ce principe « il ne faut pas voler ».
Alors cette falsification de la nature peut aller loin, avec la permission de Dieu, comme un juste châtiment de ce monde qui ne veut plus de Lui, et qui veut des fabrications humaines, des fabrications de la raison humaine à la place de la vérité objective donnée par Dieu.



Plusieurs applications pratiques

Voyons quelques applications pour notre vie de catholiques, si vous voulez.
D’abord ce manque de réalisme et ce manque de bon sens nous menacent tous. Peutêtre Dieu aidant avons-nous jusqu’ici gardé notre bon sens, mais il est menacé. Qu’est-ce que le bon sens ? C’est quelque chose de naturel, pas de surnaturel. Marcel de Corte dira que c’est le sens des réalités de l’intelligence, autrement dit, si vous voulez, l’embrayage entre l’intelligence et la réalité. L’intelligence peut très bien tourner, comme un moteur peut très bien tourner sans ce que rien n’arrive aux roues ! Entre les roues et le moteur il y a l’embrayage. Eh bien, le bon sens c’est l’embrayage entre l’intelligence naturelle et la réalité qui nous entoure.
Souvenez-vous, souvenons-nous qu’au moment de Vatican II, il y avait deux mille évêques qui tous avaient fait un bon séminaire, qui nombreux, sinon tous, avaient dans la tête les bons principes, par exemple du thomisme, et le thomisme est imparable, incomparable ; c’est comme je l’ai dit, la montée du bon sens au niveau technique ; au noyau du thomisme est le bon sens. Mais chez le grand nombre de ces évêques, le teilhardisme avait remplacé leur bon sens. À ce moment-là, à quoi servait leur thomisme ? Alors gardons le bon sens !
Il y a des années ici au séminaire, le Père Barrielle citait le Père Vallet disant : « Le bon sens ne perd jamais ses droits ». Dicton magnifique ; plus que jamais aujourd’hui, on a besoin du bon sens, et les catholiques ont besoin du bon sens ; il ne suffit pas aujourd’hui d’avoir une Foi magnifique, il faut encore ce bon sens pour la mettre en rapport avec cet environnement tel qu’on n’en a jamais eu dans toute l’histoire de l’humanité.
Ce monde d’aujourd’hui, j’imagine qu’on pourra le comparer seulement à ce qu’a été le monde juste avant le déluge au temps de Noé. Juste avant le déluge, Noé était isolé avec ses trois fils et leurs femmes ; tout le monde se moquait de lui, personne n’avait compris : comme dit Notre-Seigneur, « on naissait, on se mariait, on mourait comme d’habitude », comme si de rien n’était. Là encore, il aura fallu que le grand nombre des hommes aient passé à la fantaisie pour que, pour ainsi dire, le Bon Dieu n’ait rien eu d’autre à faire que de recommencer avec huit âmes seulement !
C’est la situation où nous nous trouvons aujourd’hui : méditons cette situation comme elle a dû être avant le Déluge parce que là nous avons la comparaison la plus exacte avec ce que nous vivons aujourd’hui. Seulement à ce moment-là, ils n’étaient pas encore apostats par rapport à Notre Seigneur Jésus-Christ ; aujourd’hui le monde entier, et surtout les catholiques, un bon nombre de catholiques sont effectivement (subjectivement ou objectivement, là encore, Dieu le sait), apostats de Notre Seigneur Jésus-Christ, et c’est bien plus grave ! Et c’est pour cela que le déluge sera bien plus grave que la première fois. Mais cela s’est passé une fois que l’humanité a pu tellement sombrer dans l’erreur et l’hérésie que le Bon Dieu a dû nettoyer. Et si cela s’est passé une fois, cela peut se passer une autre fois ; c’est arrivé, cela peut arriver de nouveau. Voilà pour l’irréalisme.

Ensuite, je l’ai déjà dit, la dénature ; c’est la nature qui est faussée et qui fait pour les catholiques de tout nouveaux problèmes. Nous avons des problèmes que les Pères de l’Église n’ont pas eu à affronter. Seulement quelques-uns de ces Pères avec une vision prophétique ont conçu ce que pourra être le monde à la fin, par exemple saint Paul dans la deuxième Épître à Timothée. Mais pour prévoir et analyser comment cela fonctionne, il faut de bonnes têtes modernes pour le faire. Et là, je me permets de recommander ce laïc, un professeur laïc, Marcel De Corte. Il a fini d’écrire en 1969. Là encore on a un esprit qui va au fond des choses et il a bien décrit à ce moment-là là la situation que nous vivons aujourd’hui.
De nouveaux problèmes, par exemple avec les jeunes. La nature humaine est toujours la même, mais les jeunes sont, d’une certaine façon, bien différents de ce qu’ils ont toujours été.
Et cela exige des familles…, le problème des familles, ah ! Trois choses, trois béatitudes, mes chers amis laïcs, pères et mères de famille, parents : Bienheureux ceux qui pleurent, car vous serez consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice et de vérité, car vous serez rassasiés. Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de moi, dit Notre Seigneur parce que vous voulez garder la foi dans un monde fou, et la persécution pour subtile et pour douce qu’elle soit, n’en est pas moins dangereuse. Alors bienheureux ! Élevez vos têtes, chers fidèles, parce que notre rédemption est proche. Ce n’est pas la rédemption de la fin du monde, je ne le crois pas. C’est la rédemption par – excusez-moi – par le déluge de feu. Cela s’approche.

Ensuite, le subjectivisme. Le subjectivisme nous guette tous. Dans ce monde l’anormal est devenu le normal, le normal devient anormal ; l’objectivité normale d’un esprit sain (s.a.i.n.) devient de jour en jour plus anormale. Et c’est le monde qui nous entoure, nous sommes des animaux sociaux, ne nous leurrons pas, nous sommes tous en contact, en échange – et en dépendance d’une certaine mesure – avec la société qui nous entoure ; dans le bureau, dans la vie, dans la compagnie, que sais-je, dans la paroisse et, surtout dans la vie quotidienne, on est entouré de gens qui se sont laissés “avaler” par la fantaisie. Un homme d’affaires en Belgique me disait il y a quelques mois : « Dans les affaires, aujourd’hui, ce qu’il faut surtout c’est savoir gérer les apparences. » Nous vivons dans un monde d’apparences. Or il faut garder le sens de la réalité. Si on suit le mouvement des apparences, on va à la rencontre au moins de déceptions qui pourraient ébranler la foi, parce que nous avons cru en un avenir qui chante, et puis cet avenir ne chante jamais. On nous a peut-être promis monts et merveilles, ces monts et merveilles n’arrivent jamais. C’en est à mettre ma foi en question. Non, ce n’est pas ma foi qui est dans l’erreur. C’est moi qui me suis laissé gagner dans une certaine mesure, – ne serait-ce que dans une petite mesure – par ce subjectivisme. Moi, mes idées, à côté de (mélangées avec et au-dessus de) la vérité objective, la réalité objective.
Alors, osé-je dire : méfions-nous de la dite “spiritualité”, parce qu’une saine, une bonne spiritualité, même du XVIIe siècle français, comme un bon repas dans un estomac malade, peut agir comme du poison. Une bonne spiritualité dans une nature atteinte par la modernité peut agir comme un poison. Et c’est pour cela qu’il faut s’occuper du sous-sol avant de construire un bellissime deuxième étage. Méfions-nous donc de cette notion moderne de spiritualité. Saint Augustin dit : « On est chrétien pour soi, prêtre pour les autres. » Donc la spiritualité des prêtres est pour les autres ; ce n’est pas pour la beauté de mon âme, ce n’est pas pour moi, c’est pour Dieu. Oublions-nous nous-mêmes et méfions-nous de la poursuite de nous-même dans ce qu’on appelle la spiritualité. La spiritualité est en soi une bonne chose ; aujourd’hui elle peut faire du mal. Je ne dis pas, évidemment, qu’elle fait nécessairement du mal. Mais au Moyen-âge, alors qu’il y avait tout de même des maux, les gens étaient bien plus naturellement, plus sainement chrétiens.

Méfions-nous de l’autoritarisme. Lorsque l’intelligence est atteinte par le subjectivisme et détachée de son objet et qu’elle ne fonctionne plus, la raison ne fonctionne plus, on se lance dans le volontarisme. Et dans la tentation ; et c’était bien le cas des conciliaires avant le deuxième concile du Vatican : « Pay, pray, and obey » « payez, priez (soyez surnaturels), et obéissez », c’est ce qu’on disait aux fidèles, et le reste, occuper. Ça ne marche plus aujourd’huivous n’avez pas à vous en , ça ne peut plus marcher. Ce sont les prêtres eux-mêmes qui ont détruit leur autorité et qui continuent de le faire en se lançant dans la fantaisie. C’est la réalité, c’est la vérité qui fait l’autorité et pas l’autorité qui fait la vérité. Aujourd’hui plus que jamais il faut comme saint Louis avec l’hérétique : raisonnez, raisonnez et puis percez avec le glaive.
Mais peut-être plus que saint Louis, il faut aujourd’hui raisonner, raisonner, raisonner parce que les têtes sont dans une telle confusion, elles ne comprennent plus le principe d’autorité.
L’autorité a été minée. Mgr Lefebvre a recréé l’autorité par la vérité. Je l’ai rarement entendu affirmer, faire valoir son autorité. Il avait bien sûr une autorité naturelle, mais cette autorité naturelle lui venait du fait qu’à chaque fois qu’il était consulté sur un problème difficile, après avoir écouté, il donnait la solution du bon sens. Il était un exemple vivant de bon sens. C’est ainsi qu’il a restauré l’autorité. Et nous-mêmes, chers confrères, notre autorité dépend dans une bonne mesure, oserais-je dire, non pas seulement de notre foi, mais aussi de notre bon sens. « Le bon sens ne perd jamais ses droits ! »

Et pour finir, l’hypocrisie. C’est un monde d’apparences. Comme le disait ce chantre des temps modernes, John Lennon : “Nothing is real, nothing is worth to worry about, strawberry fields for ever !” « Rien n’est réel, rien ne vaut la peine, des champs de fraises pour toujours ». Mais ces chantres rock ne sont pas tous fous. Cette pauvre jeunesse a affaire à un monde faux, un monde d’apparences, c’est ce que nous autres adultes nous leur avons légué ; c’est notre faute à nous autres adultes. N’empêche que les jeunes ont à manier ce pauvre monde et les meilleurs d’entre eux savent bien qu’il y a un problème. Beaucoup n’ont pas les instruments, les outils pour discerner où est le problème. Bien sûr, s’ils cherchaient où est la vérité et ne cessaient pas de la chercher, ils finiraient par la trouver, sans aucun doute. Dieu ne permet pas que quelqu’un qui cherche la vérité ne la trouve pas, à condition qu’on soit fidèle et qu’on persévère dans la poursuite de la vérité. Mais à ces pauvres jeunes, qui leur dit la vérité aujourd’hui ? Même les hommes d’Église leur mentent, objectivement, au moins. Lorsque les hommes d’Église leur mentent objectivement, comment voulez-vous qu’ils gardent la tête ? Nous les élevons dans une bonne famille, mais ils sont entourés et attirés par toutes les séductions de ce monde électronique et fantaisiste qui les entoure et qui leur donne l’idée que tout le monde est libre, nous jouissons comme jamais de la liberté, l’humanité est dans un état non pas terrible mais magnifique.
Alors, l’hypocrisie est la grande tentation depuis 500 ans, si l’on y pense. Parce que, en voulant descendre de la chrétienté, les premiers siècles après Notre Seigneur Jésus-Christ ont monté pour établir la chrétienté. La chrétienté a été présente mille ans, mais à partir de Luther elle décline. Pour descendre, il faut reconnaître ce qu’a été la chrétienté, et à partir de ce moment-là, il faut faire semblant d’être chrétien.
Dès lors s’enchaîne une série de systèmes hypocrites. Ce sera le protestantisme, le jansénisme, le libéralisme, le communisme, le modernisme, le néo-modernisme…, et maintenant le danger serait pour le traditionalisme lui-même de devenir hypocrite. Oui, vous mes semblables, mes frères – comme dit Baudelaire – vous et moi, nous sommes tous menacés, guettés par l’hypocrisie, c’est-à-dire la tentation d’établir une religion, une tradition d’apparence plutôt qu’une tradition de substance. Veillons à la réalité, veillons à la substance, et ne nous laissons pas gagner par ce pauvre monde qui nous entoure.

Finalement, voici une consigne naturelle et une consigne surnaturelle.
Une consigne naturelle : Je fais appel à Virgile pour suggérer à quel point le problème d’aujourd’hui est quand même naturel aussi bien que surnaturel.
Dans le deuxième livre de l’Énéide, le fantôme d’Hector, le héros tué par Achille, paraît en songe à Énée au moment où Troie est en train d’être envahie par les Grecs ; Hector avertit Énée qu’il ne faut pas rester mais qu’il doit fuir : « Hélas, fuis et arrache-toi à ces flammes ; l’ennemi possède les murailles [Les modernistes possèdent Rome, possèdent le mécanisme de l'Église]. Troie tombe de sa grande hauteur, [Rome tombe de sa grande hauteur, démolie, subvertie par les ennemis de Dieu]. On a fait assez pour le Roi de Troie et pour la Patrie [Nous avons essayé, surtout Mgr Lefebvre, de venir en aide aux modernistes, ils n’ont pas voulu]. Si Troie avait pu être défendue par un bras droit, elle l’aurait été par le bras d’Hector. Mais il fut tué par Achille ; c’était la volonté des dieux (des faux dieux, mais Achille au moins n’était pas apostat). Troie te confie à toi, Énée, ses choses sacrées et ses dieux des foyers. [Dieu nous confie à nous, les pauvres de la dite Tradition, il confie à ce pauvre reste les sacrements, choses sacrées de Dieu, et les saints de Dieu, et les intérêts de Dieu lui-même nous sont confiés]. Prends ceci [les sacrements] et les dieux [les saints du catholicisme] comme compagnons de ton destin.
La majesté de Virgile, la noblesse de Virgile ! Il y a une noblesse naturelle que le catholicisme seul peut restaurer. Il faut s’occuper de cette nature assiégée et la reconstruire et lui rendre sa noblesse. Avec les choses sacrées de Troie, cherche les grandes murailles que tu vas relever dans un autre endroit [les murailles de Rome]. Virgile était providentiellement conscient de la grande mission de la Rome païenne. Et nous, à combien plus forte raison, sommes-nous conscients de notre grande mission de sauver la Rome surnaturelle, de sauver la foi, de sauver la vérité objective, de sauver la nature humaine ? Cherche les grandes murailles que tu vas relever après avoir longtemps voyagé sur les mers. Enée dut voyager sept années sur les mers avec quantité d’aventures et de difficultés ; nous autres, dans la Tradition, cela fait maintenant presque quarante années que nous voyageons, et c’est loin d’être fini. Alors, laissons-nous inspirer par cette vision de Virgile donc toute naturelle, mais combien sage et providentielle, et l’on peut dire, inspirée à son niveau. Et nous avons à accomplir une mission semblable à celle d’Énée : reconstituer les murailles de Rome après avoir longtemps voyagé sur les mers.

Et finalement la consigne purement surnaturelle. Ici je reviens à Notre Dame d’Akita, mes très chers amis, le Rosaire. Si j’avais un conseil à offrir à qui le voudrait, comment garder le sens de la réalité dans cette tourmente, dans cette fantaisie qui risque de nous engloutir tous, ce serait bien le Rosaire. Notre Dame le dit, non seulement à Akita, mais à plusieurs autres endroits. Je ne sais pas, ma petitesse ne comprend pas pourquoi c’est le Rosaire qui sauve le sens de la réalité, mais je pense le constater. Donc très chers confrères, chers diacres en particulier, elle dit – la traduction en français, je ne sais pas en japonais original – elle dit : le « Rosaire » et pas le chapelet. Beaucoup nous sommes capables de prier une moyenne de quinze mystères par jour et pas seulement cinq. Faisons cela si nous le pouvons parce que le monde en a éperdument besoin. Combien de pauvres gens qui ne savent pas prier, qui ne savent pas prier pour eux-mêmes !
Notre Dame l’a dit aux enfants de Fatima : « Priez pour les pauvres pécheurs qui tombent en enfer, parce que personne ne prie pour eux ». À vous et à moi, mes chers amis, Dieu nous a donné la foi. Eh bien ! Il nous incombe à nous de prier pour des milliards de pauvres hommes qui sont actuellement dans une confusion extrême.
Mais ayons confiance ! Notre Dame a le Démon sous ses pieds. Et ce n’est pas Elle qui se laissera vaincre.
Il suffit que nous recourions à Elle. Et Elle mettra le Démon aussi sous nos pieds, pour autant que nous lui restions attachés.



Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.




Le pape prépare une concession majeure aux catholiques traditionalistes
29 juin 2007 - Henri Tincq - lemonde.fr
Le Vatican a annoncé, jeudi 28 juin, que le motu proprio (décret) du pape facilitant la messe en latin serait publié de manière imminente, précédé d'"une longue lettre" d'explication de Benoît XVI. Le pape et le cardinal Bertone, son secrétaire d'Etat, ont déjà réuni, mercredi 27 juin, une quinzaine d'évêques américains, anglais, suisses, allemands et français (les cardinaux Barbarin et Ricard, Mgr Vingt-Trois), soit les pays les plus touchés par le schisme traditionaliste. Le Vatican prend un maximum de précautions avant de rendre public un texte, annoncé depuis des mois, aux conséquences sans doute explosives. La teneur du motu proprio est connue. Le rituel en vigueur avant le concile Vatican II (1962-1965) - rituel dit "tridentin", car remontant au concile de Trente, avec messe en latin, dos du prêtre tourné à l'assistance, etc. - redeviendra "de plein droit", comme "une forme extraordinaire de l'unique rite romain" (messe Paul VI de 1969). Si un groupe de catholiques souhaite demain la célébration de l'ancienne messe, il n'aura plus besoin de l'autorisation préalable de l'évêque.
Le premier objectif du pape est de calmer les tensions qui traversent l'Eglise sur cette question du rite. Des diocèses en France, en Allemagne, aux Etats-Unis autorisent la messe à l'ancienne par des prêtres sous l'autorité de leur évêque. Mais de telles messes sont aussi célébrées, de manière sauvage, par des prêtres en "rupture de communion" avec l'Eglise, notamment ceux de la Fraternité Saint-Pie X (500 prêtres), créée par Mgr Lefebvre, évêque rebelle du concile Vatican II, excommunié par Jean Paul II en 1988 pour avoir consacré quatre évêques sans son accord.
L'objectif à terme de Benoît XVI est de favoriser la réintégration de ces catholiques traditionalistes (150 000 environ), nostalgiques de l'ancienne messe et hostiles aux réformes de Vatican II. Homme de tradition et d'orthodoxie, le pape a souvent critiqué les "abus" dans l'application de la réforme liturgique. Il parie sur le fait que l'usage libéralisé de la messe en latin pourra refaire l'unité. La réintégration de la Fraternité Saint-Pie X et la levée des excommunications seraient les étapes ultérieures de la réconciliation.
Mais nombre d'évêques (en France, aux Etats-Unis) sont inquiets par les risques de division que cette mesure du pape risque d'entraîner. Un bi-ritualisme de fait va s'instaurer dans l'Eglise catholique en Occident (les Eglises d'Orient ont leurs propres rites). Nombre de prêtres ont déjà exprimé leur crainte des méthodes musclées de groupes traditionalistes qui, demain, s'abritant derrière la décision du pape, viendront exiger d'eux la célébration de la messe en latin.
Cette concession aux traditionalistes inquiète aussi la grande majorité des catholiques acquis à Vatican II, pour qui la banalisation de la messe en latin - prétexte à des désaccords de fond - risque de menacer des options plus récentes de l'Eglise comme la reconnaissance de la liberté de religion, l'oecuménisme, le dialogue avec le judaïsme ou l'islam.
Henri Tincq

28 juin 2007





Le pape réhabilite la messe en latin réclamée par les intégristes
28 Juin 2007 - ATS - lematin.ch
Le pape a réhabilité la messe en latin, à la satisfaction des catholiques intégristes. Mais son décret s'accompagnera d'une lettre d'explication pour désamorcer les inquiétudes de nombreux fidèles. Le "motu proprio" (décret) de Benoît XVI visant à libéraliser la célébration de la messe "tridentine" en latin a été présenté à des évêques mercredi et sera diffusé dans "quelques jours", a annoncé le Vatican. Dans une "lettre personnelle" aux évêques, Benoît XVI explique "pourquoi il remet en valeur la forme liturgique pré-conciliaire qui constitue une grande richesse" pour l'Eglise, a précisé le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican.
Benoît XVI a souvent critiqué les "abus" auxquels aurait donné lieu la liturgie moderne qui a pris la place de l'ancienne après le concile Vatican II (1962-65).
Annoncé depuis plusieurs mois, son "motu proprio" (décret) ne supprime pas la liturgie moderne mais ouvre la porte à un usage plus large de l'ancienne, comme le réclamaient les intégristes adeptes de l'évêque Marcel Lefebvre, réunis au sein de la Fraternité Saint Pie X, fondée à Ecône (VS). Mgr Lefebvre, aujourd'hui disparu, avait été excommunié par le pape Jean Paul II en 1988.
Benoît XVI avait repris le dialogue direct avec les intégristes le 29 août 2005 en recevant leur supérieur, Mgr Bernard Fellay. Par le passé, Jean Paul II avait aussi cherché à leur faire réintégrer l'Eglise.
 




Vatican: Le retour à la messe en latin
28 juin 2007 - lejdd.fr
Le pape Benoît XVI va autoriser officiellement les prêtres à prononcer à nouveau la messe en latin. Le Vatican annonce la parution d'un document visant à libéraliser l'usage du rite dit tridentin, abandonné par le Concile Vatican II dans les années 60. Selon le quotidien La Croix, le texte, rédigé en latin est intitulé motu proprio. Certains épiscopats, notamment en France et aux Etats-Unis, ont émis des réserves, craignant de voir l'autorité des évêques être sapée par des prêtres décidant sans leur autorisation de prononcer la messe en latin. Au sein de l'Eglise, on assure que le retour de l'ancienne liturgie n'entrainera pas l'abandon des réformes engagées par le Concile Vatican II.




Ces nouveaux prêtres en question
28 juin 2007 - Reginald Urtebize - Golias
C’est la saison des ordinations et l’Eglise racle les fonds de tiroirs pour trouver des candidats. Golias en profite pour faire le point sur les nouveaux prêtres qui arrivent sur le marché ecclésial. Les nouveaux prêtres d’aujourd’hui ne ressemblent guère à leurs aînés étrillés par le Marquis de Saint Pierre. Au contraire, on peut dire que sur un grand nombre de points, ils tournent radicalement le dos aux intentions de leurs devanciers. Alors qu’en 1960, les prêtres aspiraient à quitter leur soutane ; leurs héritiers d’aujourd’hui reprennent des tenues très visibles. Les clercs de 1960 voulaient s’ouvrir au monde ; ceux d’aujourd’hui préfèrent l’ambiance des sacristies à celle des usines ou des night clubs.

Un responsable de formation, le Père Gérard Le Stang, supérieur du séminaire Saint-Yves de Rennes, en convient tout en essayant de minimiser les choses : « ils sont très centrés sur la personne du Christ. Et puis, contrairement à leurs aînés, ils ne sont plus dans l’émancipation vis-à-vis de l’institution, mais manifestent au contraire un retour vers une Eglise-source.".
Il faudrait tenter d’expliquer cette évolution. Elle ne traduit pas seulement ni d’abord la victoire d’une tendance ecclésiale sur une autre. Elle exprime plutôt les tourbillons parfois contradictoires qui secouent nos sociétés post-modernes. Il faut donc aborder le phénomène sous des angles différents.
En premier lieu, le progressisme des clercs de jadis traduisait leur volonté d’émancipation à l’endroit d’une culture et d’une disciplines étouffantes, mais bien connues. Nos jeunes lévites sont fascinés par des références dont ils ne mesurent pas les tenants et les aboutissants par manque de culture religieuse et de contact familier avec l’univers du catholicisme. Faute de bien connaître les repères qu’ils regrettent d’avoir perdus, ils se cramponnent à des visions très sulpiciennes et imaginatives où l’affectif joue un grand rôle et illustre ce sentiment diffus d’un manque d’identité. La confrontation parfois sourde mais non moins décisive avec un monde sécularisé incite beaucoup de jeunes croyants à faire de leur religion une bouée, illusoire bien entendu.
En second lieu, un contre-courant est souvent suscité par une évolution importante, rapide ou violente. La sécularisation de notre monde occidental, le refus croissant des consciences de s’assujettir à une autorité religieuse, au point que le problème ne se pose même plus, pourraient bien constituer un mouvement de fond à long terme qui fait naître des contre-courant et des effets de retour, qui ne seront pas durable, mais qui peuvent néanmoins sembler aguichants ou convaincants un certain temps.
En troisième lieu, le nouveau profil des jeunes abbés n’est pas tant l’indice d’un vent en poupe que la conséquence par défaut d’une hémorragie dans les rangs des catholiques d’ouverture. Autrement dit, il n’est pas si vrai de dire que les franges identitaires et intransigeantes du catholicisme l’emporteraient ; il vaudrait mieux préciser que les franges progressistes ont mioins résisté à l’érosion.
En quatrième lieu, l’Eglise, en particulier en France, paie peut-être la note des limites et étroitesses d’un catholicisme qui se voulait à la hauteur mais qui n’a pas véritablement ouvert ses portes à un esprit de renouveau, favorisé un élan de réflexion ni exalté l’amour de la vie. Le catholicisme dit progressiste reproduisit souvent les défauts qu’il dénonçait (avec raison) chez les conservateurs, comme si, en définitive, il était difficile de se libérer d’un mode de fonctionnement enfermant et aliénant, lors même qu’on entend le faire et parfois de manière spectaculaire.
Il est d’ailleurs toujours plus facile de changer de contenu que de mode de fonctionnement. Les lacunes évidentes d’un catholicisme devenu apparemment moins répressif (je dis apparemment) mais visiblement très ennuyeux, sinon davantage encore, ne pouvaient permettre à cet élan de liberté et de vie dans l’esprit de Concile de faire éclore des fruits savoureux. Trop cérébral, le catholicisme français post-conciliaire, par exemple, n’a pas su parler aux sens et au cœur. D’où la nostalgie récurrente de l’ancienne liturgie, lors même qu’elle présente des insuffisances théologiques évidentes et tend à pétrifier le mystère.
En cinquième lieu enfin, les « versions fortes » d’un courant l’emportent sur les « versions faibles » en cas de crise générale ou de déclin. Au contraire, lorsqu’une manière de voir va de soi de sorte qu’on y adhère volontiers presque spontanément, il n’y a pas besoin de se défendre, de prendre les armes et de remonter le pont-levis. Des questions inédites sont aujourd’hui posées aux représentants des religions, à commencer par les enjeux sociétaux. Souvent, les croyants opposent des certitudes en fait fragiles, et dissimulant de grands doutes et de grandes craintes, aux questions gênantes ou inédites.
Le type de prêtre encore présenté comme idéal dans l’Eglise catholique exprime des traits d’une époque révolue. Certaines exigences exaltées, au moins en théorie, comme la continence des clercs (l’absence totale de vie sexuelle) peuvent produire des effets inverses de ceux recherchés. Une évolution en douceur finira sans doute par prendre le relais des velléités itératives de modifier rapidement les choses. Il n’en reste pas moins que les rares isolés qui demandent aujourd’hui à devenir prêtres ne suffiront pas, du moins en France et dans l’espace européen occidental, à inverser le cours des mentalités et à occuper les Eglises menacées d’être rasées. Il faudrait peut-être songer à d’autres pistes.




Quatre réflexions sur le Motu Proprio
28 juin 2007 - Réginald - leforumcatholique.org
Je vous livre en vrac quelques réflexions sur le Motu proprio. En vrac, car étant, comme souvent ces derniers temps, assez pressé par diverses obligations, je n'ai pas le temps de rédiger. 1) Jamais, de mémoire d'homme, un document papal n'aura été autant préparé : réunions inter discatèrielles, consultations d'évêques, présentation du document hier par le Pape lui-même devant les responsables des conférences épiscopales et enfin lettre de quatre pages pour expliquer la décision. Ce luxe de précautions explique que le document ait mis autant de temps à sortir et que la décision pour le Pape n'a pas du être aussi facile à prendre tant les oppositions qui lui étaient présentées devaient être nombreuses et fortes.
2) Fait exceptionnel également : le Motu proprio a suscité des oppositions en dehors de l'Eglise, certains juifs, craignant, de manière totalement infondée, la réhabilitation d'une liturgie par essence anti sémite. [*]
3) Les évêques semblent déjà faire la tête (cf. l'interview de Mgr Le Gall). Sans être prophète, cela signifie que ce Motu Proprio ne saura être un simple élargissement du précédent MP de 1988, mais réhabilitera en profondeur le rite de 1962. Il sera désormais impossible, comme le fit naguère Mgr Raffin, de parler de "parenthèse miséricordieuse".
4) Si le document contiendra un bel éloge de la liturgie traditionnelle, il est probable également que l'on rappellera aux tradis que le rite "ordinaire" de l'Église est le rite de 1969 et qu'il convient de cesser au sujet de celui-ci toute polémique stérile, en affirmant notamment que le rite de 1969 n'est pas "légal" "légitime" ou que sais-je encore.
Puisse le document du Pape être reçu sereinement des deux côtés.
Réginald

[*] Aux journalistes qui me liraient, la liturgie de 1962 contient bien des lectures tirées de l'Ancien Testament. Par ailleurs, la mention aux "judeis PERFIDIS" est supprimée et l'on génuflecte bien lors de la prière du vendredi saint pour le peuple d'Israël.