4 septembre 2007





Le Motu proprio du diable
4 septembre 2007 - Abbé Ph. Laguérie - blog.institutdubonpasteur.org
Mon cher Philippe,
Je t’envoie par mail une réaction de Mgr Williamson que j’ai lue sur la Porte Latine. Je sais que tu as, comme moi, une grande admiration pour Mgr. A chacune de ses interventions, il nous fascine et nous blesse en même temps ; c’est sans doute son génie propre. Mais les fidèles sont toujours déroutés par cette pensée dialectique Peux-tu me dire ce que tu en penses ?"
Monique Laguérie - Paris

Le débat sur le récent Motu proprio du pape Benoît XVI continue – je ne dirai pas à faire rage – mais certainement à soulever les passions. Le Motu proprio reconnaissait que le rite tridentin n’avait jamais été abrogé et donnait à tout prêtre catholique une certaine latitude pour le célébrer.
Certains ont condamné le document à cause de son double langage et ont affirmé que ce n’était là qu’un leurre pour attirer les catholiques traditionalistes dans les sables mouvants de l’Église conciliaire.
Pour ce qui est du double langage, parfois en faveur du catholicisme, parfois en faveur du conciliarisme, il est hélas indéniable. Mais à quoi pouvions-nous nous attendre de la part de ce que nous pourions qualifier de « pape dual » ? Benoît XVI, comme Paul VI et Jean-Paul II avant lui, ne s’aperçoit pas qu’il croit en deux religions contradictoires simultanément. À moins d’un miracle, Benoît XVI pensera ainsi jusqu’à sa mort. Voilà qui est assez affligeant, mais pour autant que le Motu proprio soit concerné, tout cela est de peu de rapport.
Ce qui importe plutôt, à mon avis, c’est que le diable porte Pierre comme le dit si bien l’adage. Dans de nombreux pays, nous voyons que de nombreux prêtres catholiques et des laïcs – mais en général pas les évêques – redécouvrir le véritable rite de la messe , commander des missels, des DVD didactiques sur la sainte messe, des ornements liturgiques, etc ... J’entends déjà les objections des purs et durs ! Bien sûr, tout ne sera pas parfait du premier coup. Il y aura des fautes de latin, les rubriques ne seront pas parfaites et tout ça, mais pourquoi ne pas donner sa chance à la grâce de Dieu ?
Avec Dieu, le moindre bien va loin – et un prêtre catholique ne se refait pas en un jour !
Laissez-moi vous présenter un scénario ; ce n’est pas infaillible, vous y croirez si bon vous semble. L’époque actuelle peut être comparée à celle de Noé, juste avant le déluge. Notre monde « idiot-visuel », maintenant répandu sur toute la planète, court à l’abîme. Dieu ne peut plus le laisser mener des millions d’âmes endormies en enfer.
Quand il s’effondrera, les catholiques en seront réduits à courir en tous sens à la recherche d’un prêtre pour la confession de leurs péchés. Il n’y aura pas assez de prêtres « liturgiquement parfaits » de la FSSPX disponibles. Donc, il est permis de penser que Dieu prépare un certain nombre de prêtres – connus de Lui seul – hors de la FSSPX pour ces jours dramatiques. Le Motu proprio, qui leur permet de renouer avec le rite véritable de la messe – au moins en privé – est une étape importante de cette préparation.
De tout notre coeur, prions pour de tels prêtres, et pour le pape. Kyrie Eleison.
Monseigneur Richard Williamson

Bien chère Monique,
Je partage avec toi ce jugement sur Mgr Williamson et, comme toi, il me fascine et m’ inquiète à la fois. J’ai tant d’admiration pour cet évêque que tout ce que je pourrais dire de lui sera toujours empreint et de cette déférence qui éloigne et de cette amitié qui rapproche.
Quand il parle du Motu Proprio, bien sûr qu’il est sur ses plate- bandes, mais : " pour grands que sont les rois, ils sont ce que nous sommes et peuvent se tromper comme les autres hommes". A quoi devraient songer tous les évêques et pas seulement ce singulier personnage. Et pourtant : sa pensée dialectique est séduisante, comme celle de Saint Paul, de Pascal ou de Julien Green. Malheureusement quel gâchis ! Je ne peux penser à lui sans évoquer, comme autour de ces innombrables conversations en sa douce compagnie, ces vers de Baudelaire qui lui collent à la peau :
Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer,
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Car ce génial Albatros n’est pas empêché de voler ; vous avez bien lu : il est empêché de marcher. Qui pourrait, hormis Dieu, empêcher ce géant de voler ? N’empêche que la création tout entière s’est liguée pour l’empêcher de marcher et le dernier venu l’entrave et le jette au sol.
Son thème favoris ? Apocalypse now ! Et tout lui donne raison, si ce n’est que l’apocalypse n’a pas encore eu lieu. Au moins devra-t-il convenir que la chose n’est pas encore possible tant que la conversion des juifs n’a pas encore eu lieu, comme saint Paul le prévoit. Là dessus nous sommes d’accord et il aurait été bien étonnant qu’il anticipât sur ce point.
Sa position sur le Motu Proprio est grande et simple ; et comme nous savons sa passion pour les syllogismes, il n’est pas interdit de la formuler ainsi :
Rien de bon ne peut sortir du "conciliarisme" ;
or le Motu Proprio sort du "conciliarisme" ;
donc le Motu proprio ne saurait être bon.
Il est pourtant évident que le Motu Proprio pourrait, per accidens, porter quelques bons fruits ;
or, le Seigneur a dit qu’un mauvais arbre ne saurait porter de bons fruits ;
donc le Motu proprio serait-il aussi une oeuvre catholique ?
D’où peuvent donc venir ces bons fruits d’un tout mauvais arbre ?
or c’est le diable, seul, qui "porte pierre"
Donc le Motu proprio est l’oeuvre du diable.
Le second argument de Monseigneur Williamson est tout aussi logique. Par quelles mains providentielles (car nul n’ignore quand même que le diable est entre les mains de Dieu et non l’inverse) pourra se réaliser ce bien accidentel du diable qui pourrait sauver quelques âmes de l’universel déluge ? Le bon sens de Mgr n’est certes pas pris en défaut : il s’agit de mains sacerdotales. Mais il faut en convenir avec ce géant des mers : les seuls prêtres de la FSSPX n’y suffisent pas. Il se trouvera donc, grâce au diable et à son savant Motu Proprio, quelques mauvais prêtres, non "liturgiquement parfaits", c’est à dire hors de la FSSPX, qui , néanmoins pourront, malgré leurs péchés, pardonner ceux des autres. Il faut prier abondamment pour ces prêtres, connus de Dieu seul, qui feront le sale travail accidentel du Diable. "Kyrie eleison" !
Je fais très humblement observer à notre prélat très aimé et très admiré qu’il se trouve des prêtres hors fraternité qui célèbrent assez bien (et mieux ?)la messe traditionnelle ; qui confessent (assez bien) les péchés au nom de Jésus-Christ sans s’occuper du diable ni attendre de lui quelque adjuvance complémentaire et qui, s’ils en ont besoin évidemment, ne requièrent pas forcément plus de miséricorde divine que ces "liturgiquement parfaits". Et peut-être un peu moins : ont-ils à supporter ce fardeau insupportable de s’entendre dire à longueur de temps qu’ils sont les vrais, les purs, les uniques par la grâce de supérieurs exceptionnellement exceptionnels. Allons, finissons encore avec Baudelaire :
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la vengeance bat son infernal rappel
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

3 septembre 2007





Communautés ED - Un fructidor ecclésial ?
3 septembre 2007 - par Ennemond - leforumcatholique.org
L’annonce du Motu Proprio puis sa promulgation, bientôt son application semblent manifester un nouvel état d’esprit à Rome. La Tradition catholique, même si les problèmes de fond demeurent, ne constitue plus le vilain petit canard de l’Église. Dieu soit loué !

Parallèlement, un sentiment de chasse aux communautés qui avaient eu le mérite de maintenir le flambeau de la Tradition aux heures sombres du combat semble de plus en plus confirmé. Les évêques, recevant le Motu Proprio ont, semble-t-il, décidé de contrôler à tout prix les mouvements dits traditionnalistes pour mieux gérer ce phénomène, du moins en France.

Bien sûr, nous, fidèles de la FSSPX, avons pris le parti – qui nous était un parti commun dans les années 70 et 80 – de nous affranchir des autorités diocésaines pour les exigences de la Foi. Comment auraient survécu spirituellement certains d’entre nous dans des régions où les évêques avaient de toute façon décidé d’éradiquer toute semence de Tradition ?

Mais les communautés Ecclesia Dei, d’abord promues à la fin des années 80, sont peu à peu négligées, voire reléguées alors qu’elles sont riches en vocation.

Quelques exemples – certains sont bien connus sur ce forum – manifestent ce nouvel état d’esprit depuis un an.

- L’écartement de la FSSP à Saint-Georges à Lyon, reléguée à Francheville, à l’extérieur du centre ville.
- La crise qui a secoué Notre-Dame-des-Armées à Versailles, l’un des bastions de la FSSP.
- La crise qui a suivi le refus de voir la FSSP s’installer à Niafles (Mayenne).
- Le refus de l’archevêque de Paris de donner un sanctuaire à l’abbé de Tanoüarn.
- Les récents refus des évêques de Marseille et d’Avignon à propos de simples messes célébrées sur leur territoire.
- Le refus officiel du cardinal primat de Colombie de recevoir l’IBP sur son diocèse.

Cette accumulation de faits ne semble pas relever du détail. Elle manifeste une volonté des évêques de reprendre en main les fidèles attachés à l’ancienne liturgie tout en s’affranchissant des communautés dépendant directement de Rome. Tout ceci me paraît en contradiction totale avec ce que préconise le Saint-Père qui fait des curés les responsables du choix du rite et qui, surtout, souhaite promouvoir les paroisses personnelles (article 10).

Le Motu Proprio doit manifester un retour à la Tradition, non pas une destruction du réseau établi contre vents et marées jusqu’ici. Aller trouver des prêtres est un geste louable. Il faut en effet les aider, les soutenir, les initier à la liturgie. Parallèlement, éparpiller les énergies dans un triomphalisme exagéré provoquant le délitement des communautés créées serait aller à l’encontre des intentions du Saint-Père. Le « confort » douillet des communautés qui est parfois épinglé sur ce forum ne doit pas masquer certaines réalités. Il s’agit pour les fidèles attachés à l’ancienne liturgie de savoir maintenir un certain équilibre.

Il faut savoir se réjouir et savoir être lucide. Le Saint Père est compréhensif vis-à-vis de la « Tradition » mais la paix de l’Église n’est pas encore revenue.

Prions mais sachons également résister !




Le Motu Proprio : Passé et présent de l'Eglise
3 septembre 2007 - Abbé Juan-Carlos Ceriani, FSSPX - laportelatine.org
Le Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, Monseigneur Bernard Fellay, dans sa lettre aux fidèles au sujet de l’acte de Benoît XVI a dit : « Le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 rétablit la messe tridentine dans son droit. Il y est clairement reconnu qu’elle n’a jamais été abrogée (…) Au-delà du rétablissement de la messe de Saint Pie V dans son bon droit, il importe d’étudier les mesures concrètes édictées par le Motu Proprio et la justification qu’en donne Benoît XVI dans sa lettre d’accompagnement. »
Comme d’autres auteurs, y compris Monseigneur Bernard Fellay, ont déjà largement « étudié les mesures concrètes édictées par le Motu Proprio », dans cet article j’attire votre attention seulement sur « la justification qu’en donne Benoît XVI dans sa lettre d’accompagnement », exprimant l’intention qui l’a déterminé à promulguer son Motu proprio :
« J'en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988. Il s'agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l'Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l'impression qu'aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l'Eglise n'ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l'unité; on a l'impression que les omissions dans l'Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd'hui une obligation: faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l'unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau. Il me vient à l'esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit: « Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens; notre coeur s'est grand ouvert. Vous n'êtes pas à l'étroit chez nous; c'est dans vos coeurs que vous êtes à l'étroit. Payez-nous donc de retour; ... ouvrez tout grand votre coeur, vous aussi ! » (2Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre coeur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place. »
Je veux signaler deux points de ce passage, en corrélation avec le passé et le présent de l’Eglise.
A) Dans la ligne même du mea-culpisme de Jean-Paul II, ce texte constitue une attaque en règle contre le passé de l’Eglise, particulièrement une critique de sa pratique envers les schismatiques et les hérétiques.
Pour faire paraître sa fausseté il suffit de citer deux textes du Magistère de l'Église catholique:
1) « Les prétentions excessives des Pontifes romains ont poussé à la division de l’Eglise en orientale et occidentale. »
Cette proposition a été condamnée par Pie IX, dans le Syllabus (N° XXXVIII).
Mais, nous savons déjà ce que pensait le cardinal Joseph Ratzinger à propos du Syllabus, ce sur quoi Benoît XVI ne s’est pas encore rétracté. En effet, en parlant de trois principaux documents du Concile Vatican II, il dit qu’ils constituent un contre-Syllabus, dans la mesure où ils représentent une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il est devenu depuis 1789 (Les principes de la théologie catholique, Téqui, Paris, 1985, p. 427).
2) « Les évêques empêcheront soigneusement et avec une réelle insistance qu’en exposant l’histoire de la Réforme et des Réformateurs, on n’exagère tellement les défauts des catholiques et on ne dissimule tellement les fautes des Réformateurs, ou bien qu’on ne mette tellement en lumière des éléments plutôt accidentels, que l’on ne voie et ne sent presque plus ce qui est essentiel : la défection dans la foi catholique. » (Instruction du Saint Office aux évêques, 20 décembre 1949 ; Les enseignements pontificaux, L’Eglise, volume II, 1269).
Le mea-culpisme de Benoît XVI, donc, a été condamné avant la lettre par Pie IX et par Pie XII.
Ce mea-culpisme s’est manifesté pendant le voyage apostolique de Benoît XVI en Turquie, particulièrement dans l’Office d’action de grâces à Saint-Georges du Phanar, dans la liturgie à Saint-Georges et dans la Déclaration commune de Benoît XVI et Bartholomeos Ier.
Un simple exemple :
« En ce qui concerne les relations entre l’Eglise de Rome et l’Eglise de Constantinople, nous ne pouvons oublier l’acte ecclésial solennel reléguant dans l’oubli les anciens anathèmes qui, durant des siècles, ont affecté de manière négative les rapports entre nos Eglises. Nous n’avons pas encore tiré de cet acte toutes les conséquences positives que peuvent en découler pour notre marche vers la pleine unité »(Déclaration Commune de Benoît XVI et Bartholomeos Ier).

B) Plus importante pour nous, étant donné les circonstances : la dernière partie de la Lettre de Benoît XVI à tous les Evêques du monde vise le présent de l’Eglise, et tout notamment l'Oeuvre de la Tradition et pour la Tradition afin de la culpabiliser bientôt de n’avoir pas saisi l’occasion qu’il lui offrait.
Benoît XVI culpabilise Mgr. Lefebvre post mortem, et dans un futur proche culpabilisera encore la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et tous les Instituts et Congrégations attachés à la Tradition de ne pas faire le nécessaire pour « conquérir la réconciliation et l'unité », de ne pas faire « tous les efforts afin de retrouver à nouveau l'unité »,  malgré son Motu proprio.
Cette hypothèse a néanmoins ses adversaires. En effet il y a ceux qui pensent  que Benoît XVI ne veut pas parler ici de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et des sociétés en intelligence avec elle, mais de l’ensemble de la mouvance à « sensibilité traditionnelle » en butte à l’aile progressiste ; et que la finalité du Motu proprio est d’obtenir une « réconciliation interne » entre ces deux partis.
Le Figaro du 13 juillet dernier a publié un article où nous pouvons lire :
« Pourquoi Benoît XVI a-t-il publié un Motu proprio libéralisant l’usage du missel tridentin ? Il en donne lui-même la raison dans sa lettre aux évêques : « Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise ». Ce faisant, il ne vise pas prioritairement les prêtres et fidèles qui ont suivi Mgr Lefebvre dans sa rupture avec le Siège romain en 1988. Il vise plus généralement la paix liturgique et il incite aussi à célébrer fidèlement selon les prescriptions du nouveau missel (…) Pour Benoît XVVI, il n’y a ni « rupture » ni « contradiction » entre les deux missels (…) Et c’est précisément parce qu’il n’y a pas de rupture que Benoît XVI peut affirmer en toute crédibilité que la permanence de l’ancien missel ne signifie en aucune façon une quelconque remise en cause de l’autorité du concile Vatican II et de la réforme liturgique du pape Paul VI. Nous pouvons témoigner que l’immense majorité des prêtres et fidèles qui sont attachés à l’ancien missel en pleine communion avec l’Eglise, reconnaissent sans l’ombre d’un doute cette autorité (…) Sans dote ce nouveau Motu proprio occasionnera-t-il ici ou là d’inévitables tensions. Il n’en demeure pas moins fondamentalement un appel pressant à la paix, à la reconnaissance de l’autre dans ses différences légitimes (…) Pour qu’une paix soit profonde, il faut que chacun fasse, sans arrière-pensées, un pas vers l’autre (…). » (Dom Antoine Forgeot, Abbé de Notre-Dame de Fontgombault, Dom Louis-Marie, Abbé de Sainte-Madeleine du Barroux, Christophe Geffroy, Directeur de La Nef).
Il revient aux partisans de cette seconde hypothèse de la démontrer dans un autre article ; et à vous, chers lecteurs, d’en juger.
Pour moi, je fais mon devoir de l’exposer et de la réfuter en prouvant la mienne, sans omettre de dire auparavant que, dans l’optique de cette hypothèse à « sensibilité traditionnelle », il ne s’agit pas de « parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise », mais d’une véritable démission, une déshonorante abdication, une honteuse capitulation…
Laissons de côté cette opinion doucereuse et obséquieuse. Alors, j’établis la validité de mon hypothèse par le contexte du Motu proprio, par le contexte historique et par l’argument d’autorité.

a) Le contexte du Motu proprio
Benoît XVI écrit aux évêques :
« Nous savons tous qu'au sein du mouvement conduit par l'Archevêque Mgr Lefebvre, la fidélité au Missel ancien est devenue un signe distinctif extérieur; mais les raisons de la fracture qui naissait sur ce point étaient à rechercher plus en profondeur. »
Et encore :
« Evidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l'usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L'exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. »
Est-ce que les prêtres de la mouvance à « sensibilité traditionnelle » ont par principe l'exclusion totale du nouveau rite ? Evidement non : « L’immense majorité des prêtres et fidèles qui sont attachés à l’ancien missel en pleine communion avec l’Eglise, reconnaissent sans l’ombre d’un doute l’autorité du concile Vatican II et de la réforme liturgique du pape Paul VI. »
Par conséquence ils ne provoquent pas de rupture, et il ne pas nécessaire d’envisager une réconciliation avec eux ; ils ont déjà démissionné, abdiqué, capitulé… C’est la paix !
Donc, cela écarte la seconde hypothèse.

b) Le contexte historique
En parlant du Motu proprio de 1988 de Jean-Paul II, Benoît XVI dit :
« A cette époque, le Pape voulait ainsi aider surtout la Fraternité Saint Pie X à retrouver la pleine unité avec le successeur de Pierre, en cherchant à guérir une blessure perçue de façon toujours plus douloureuse. Cette réconciliation n'a malheureusement pas encore réussi... »
Les tenants de l’hypothèse contraire allèguent que Benoît XVI ne dit justement pas qu’il reprend à son compte, par son Motu proprio, cette intention comme étant prioritaire. Il ne dit pas, non plus, le contraire.
Si ce que l’on discute, c’est la priorité, admettons qu’il peut avoir d’autres priorités. Nonobstant, tout le monde, hormis l’ensemble de la mouvance à « sensibilité traditionnelle », a bien compris qu’il s’agit ici de la Fraternité Saint Pie X : vous-mêmes chers lecteurs, la presse, votre entourage familial et de travail, les évêques et… le cardinal Castrillón Hoyos ! ; mais cela constitue l’argument d’autorité.

c) L’argument d’autorité
En effet, le cardinal Castrillón Hoyos avait déjà avancé le but réel du Motu proprio. Le 18 mai dernier, lors de la Ve Assemblée des évêques d’Amérique latine à Aparecida, Brésil, il a traité de l’intention de Benoît XVI. Le plus intéressant de ce discours est l’esprit dans lequel doit se faire la prétendue « libéralisation » de la Messe traditionnelle. Cette mesure est placée dans la perspective des sacres épiscopaux par Mgr Lefebvre en 1988 :
« La Commission Ecclesia Dei a été instituée par le serviteur de Dieu Jean-Paul II en 1988 quand un groupe notable de prêtres, religieux et fidèles qui avaient manifesté leur mécontentement de la réforme liturgique conciliaire et s’étaient rassemblés sous la direction de l’archevêque français Marcel Lefebvre, se sont séparés de celui-ci, parce qu’ils n’ont pas été d’accord avec l’action schismatique du sacre d’évêques sans mandat pontifical. Ils ont préféré alors maintenir la pleine communion avec l’Eglise (…) L’activité de la Commission ne se limite pas aujourd’hui au service des fidèles qui en cette occasion voulurent rester en pleine communion avec l’Eglise, ni aux efforts engagés pour mettre fin à la douloureuse situation schismatique et obtenir le retour de ces frères de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X à la pleine communion (…) Sans aucun doute, la charge la plus importante qui incombe à toute l’Eglise, est la recherche d’une façon de mettre fin à l’action schismatique et de reconstruire, sans ambiguïtés, la pleine communion. »
Comment faire pour obtenir ce but ? C’est ici que nous devons voir la mission du Motu proprio…
Et, comme vous le savez, le cardinal Castrillón Hoyos s’est précipité, le 8 juillet, pour faire au quotidien italien Il Giornale cette déclaration :
« Avec ce Motu proprio, la porte est largement ouverte pour un retour de la Fraternité Saint Pie X à la pleine communion. Si après cet acte, ce retour n’a pas lieu, je ne serai vraiment pas capable de comprendre. »
Pour qui prétend contester l’autorité du cardinal Castrillón Hoyos, il suffit de savoir qu’il est le Président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, dont le Motu proprio de Benoît XVI parle dans quatre articles (7, 8, 11 et 12) ; quatre sur douze, 33,33 % ! Dont le plus important est le 12 :
« Cette commission, outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l'autorité du Saint-Siège, veillant à l'observance et à l'application de ces dispositions. »
On ne comprend pas comment on peut dire que le Motu proprio de Benoît XVI ne vise pas la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et les sociétés en intelligence avec elle pour les culpabiliser de « fracture », « blessure », « action schismatique du sacre d’évêques » et « douloureuse situation schismatique ».
Les circonstances de la publication du Motu proprio sont un rappel de trois textes historiques de très haute importance :
« D’un côté, voici ceux qui, sous prétexte d’une plus grande fidélité à l’Eglise et au Magistère, refusent systématiquement les enseignements du concile lui-même, son application et les réformes qui en dérivent, son application graduelle mise en œuvre par le siège apostolique et les conférences épiscopales, sous notre autorité, voulue par le Christ. On jette le discrédit sur l’autorité de l’Eglise au nom d’une Tradition pour laquelle on ne manifeste un respect que matériellement et verbalement ; on éloigne les fidèles des liens d’obéissance au siège de Pierre comme à leurs évêques légitimes ; on refuse l’autorité d’aujourd’hui au nom de celle d’hier. C’est si dur de le constater ! Mais comment ne pas voir dans une telle attitude  –quelles que puissent être les intentions de ces personnes–  le fait de se placer hors de l’obéissance au successeur de Pierre et de la communion avec lui, et donc hors de l’Eglise» (Discours de Paul au Consistoire, le 24 mai 1976).
« Mgr Marcel Lefebvre, archevêque-évêque émérite de Tulle, ayant  –malgré l’avertissement formel du 17 juin dernier et les interventions répétées lui demandant de renoncer à son intention–  accompli un acte de nature schismatique en procédant à la consécration épiscopale de quatre évêques, sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife, il encourt la peine prévue par le canon 1364 §1 et par le canon 1382 du Code de Droit canonique. Je déclare à tous que les effets juridiques en sont les suivants : d’une part Mgr Marcel Lefebvre, d’autre part Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson,  Alfonso de Galarreta ont encouru ipso facto l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège apostolique (…) Nous avertissons les prêtres et les fidèles de ne pas adhérer au schisme de Mgr Lefebvre, car ils encourraient ipso facto la peine très grave de l’excommunication » (Décret de la Congrégation pour les évêques, de cardinal Gantin, le1er Juillet 1988).
« A la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition (…) Dans les circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois solennel et ému, paternel et fraternel à tous ceux qui, jusqu’à présent, ont été de diverses manières liés au mouvement issu de Mgr Lefebvre, pour qu’ils réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l’unité de l’Eglise catholique et de ne pas continuer à soutenir de quelque façon que ce soit ce mouvement. Nul ne doit ignorer que l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Eglise [cfr. CIC, can. 1364] » (Motu proprio de Jean-Paul II, « ECCLESIA DEI AFFLICTA », 2 juillet 1988).
Ce que nous trouvons au cœur du Motu proprio, c’est ce présent tragique de l’Eglise. Alors, pour réfuter cette accusation et démontrer clairement où se trouve le vrai schisme et quels sont ceux qui doivent revenir à la vraie Eglise catholique, nous possédons plusieurs textes dont je vous donne quelques citations avec leurs références :
« Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues » (Déclaration de Mgr Lefebvre, 21 novembre 1974. « La Condamnation Sauvage de Mgr Lefebvre » Itinéraires, Chroniques & Documents, Numéro Spécial hors série 205 ter, Août 1976. Fideliter, Numéro 81, mai-juin 1991. Le Sel de la terre, N° 25).
« Voilà ce que m’ont dit les envoyés officiels du Saint-Siège. Alors nous ne sommes pas de cette religion. Nous sommes de la religion de toujours, nous sommes de la religion catholique, nous ne sommes pas de cette religion universelle comme ils l’appellent aujourd’hui. Ce n’est plus la religion catholique. Nous ne sommes pas de cette religion libérale, moderniste, qui a son culte, ses prêtres, sa foi, ses catéchismes, sa bible, sa bible œcuménique. Nous ne les acceptons pas » (Sermon de  Mgr Lefebvre, 29 juin 1976. Homélies « Eté Chaud 1976 ». Fideliter, Numéro 81, mai-juin 1991).
« Le dimanche 27 juin, un envoyé de la secrétairerie d’Etat venait me rejoindre à Flavigny-sur-Ozerain en France, alors que je prêchais la retraite aux ordinands. La lettre qu’il me portait de S.E. Mgr Benelli se donnait pour une réponse à la lettre ci-jointe. Elle confirme l’interdiction des ordinations et les menaces de sanction, elle ne fait aucune allusion à la possibilité d’un dialogue même par personne entremise. Ainsi il apparaît impossible d’aborder le problème de fond, qui est l’accord de l’Eglise conciliaire, comme l’appelle S.E. Mgr Benelli lui-même dans sa dernière lettre, et de l’Eglise catholique. Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un différend entre Mgr Lefebvre et le pape Paul VI. Il s’agit de l’incompatibilité radicale entre l’Eglise catholique et l’Eglise conciliaire, la messe de Paul VI représentant le symbole et le programme de l’Eglise conciliaire » (Note préliminaire de Mgr Lefebvre,  12 juillet 1976. « La Condamnation Sauvage de Mgr Lefebvre »).
« Quoi de plus clair ! Désormais c’est à l’Eglise conciliaire qu’il faut obéir et être fidèle, et non plus à l’Eglise catholique. C’est précisément tout notre problème. Nous sommes « suspens a divinis » par l’Eglise conciliaire et pour l’Eglise conciliaire, dont nous ne voulons pas faire partie.
Cette Eglise conciliaire est une Eglise schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Eglise catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte, déjà condamnés par l’Eglise en maints documents officiels et définitifs (...)
C’est pourquoi les fondateurs de l’Eglise conciliaire insistent tant sur l’obéissance à l’Eglise d’aujourd’hui, faisant abstraction de l’Eglise d’hier, comme si celle-ci n’existait plus (…)
Cette Eglise conciliaire est schismatique parce qu’elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l’Eglise catholique (…)
L’Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres ou fidèles adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l’Eglise catholique. L’Eglise d’aujourd’hui n’est la véritable Eglise que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Eglise d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique c’est la Tradition (…) La demande de S.E. Mgr Benelli est donc éclairante : soumission à l’Eglise conciliaire, à l’Eglise Vatican II, à l’Eglise schismatique. Pour nous, nous poursuivons dans l’Eglise catholique, avec la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ et l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie » (Réflexions de Mgr Lefebvre sur la Suspense a divinis, 29 juillet 1976. « La Condamnation Sauvage de Mgr Lefebvre »).
« Ce concile représente, tant aux yeux des autorités romaines qu’aux nôtres, une nouvelle Eglise, qu’ils appellent d’ailleurs l’Eglise conciliaire (…)
Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican II, c’est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce concile, que celui-ci, tournant le dos à la tradition et rompant avec l’Eglise du passé, est un concile schismatique (…)
Tous ceux qui coopèrent à l’application de ce bouleversement, acceptent et adhèrent à cette nouvelle Eglise conciliaire comme la désigne S.E. Mgr Benelli dans la lettre qu’il m’adresse au nom du Saint-Père, le 25 juin dernier, entrent dans le schisme » (Déclaration de Mgr Lefebvre, 4 août 1976. Le Figaro, mercredi 4 août 1976. « La Condamnation Sauvage de Mgr Lefebvre ». Le Sel de la terre, N° 18, page 217).
« Qu’est-ce qu’ont voulu en effet les catholiques libéraux pendant un siècle et demi ? Marier l’Eglise et la Révolution, marier l’Eglise et la subversion, marier l’Eglise et les forces destructrices de la société et de toutes sociétés, la société familiale, civile, religieuse. Ce mariage de l’Eglise, il est inscrit dans le Concile. Prenez le schéma « Gaudium et Spes », et vous y trouverez : « Il faut marier les principes de l’Eglise avec les conceptions de l’homme moderne ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il faut marier l’Eglise, l’Eglise catholique, l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec des principes qui sont contraires à cette Eglise, qui la minent, qui ont toujours été contre l’Eglise (…) Nous la voyons détruite tous les jours sous nos yeux : les séminaires vides, ce beau séminaire de Lille qui était rempli de séminaristes, où sont-ils ces séminaristes ? Qui sont-ils encore ces séminaristes ? Savent-ils qu’ils vont être prêtres ? Savent-ils ce qu’ils vont faire quand ils vont être prêtres ? Ah ! Et cela précisément parce que cette union voulue par les catholiques libéraux entre l’Eglise et la Révolution est une union adultère, adultère. De cette union adultère ne peuvent venir que des bâtards. Et qui sont ces bâtards ? Ce sont nos rites. Le rite de la Messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards (…) Les prêtres qui sortent des séminaires ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont. Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. Ils ne savent pas qu’ils sont faits pour monter à l’Autel, pour offrir le Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ, et pour donner Jésus-Christ aux âmes, et appeler les âmes à Jésus-Christ » (Sermon de Mgr Lefebvre, Lille, 29 août 1976. Homélies « Eté Chaud 1976 »).
« Rome nous a fait demander si nous avions l’intention de proclamer notre rupture avec le Vatican à l’occasion du Congrès d’Assise. La question nous semblerait plutôt devoir être la suivante : Croyez-vous et avez- vous l’intention de proclamer que le Congrès d’Assise consomme la rupture des Autorités romaines avec l’Eglise Catholique ? Car c’est bien cela qui préoccupe ceux qui demeurent encore catholiques.
Il est bien évident en effet que depuis le concile Vatican II, le pape et les épiscopats s’éloignent toujours plus nettement de leurs prédécesseurs.
Le comble de cette rupture avec le magistère antérieur de l’Eglise s’est accompli à Assise, après la visite à la Synagogue. Le péché public contre l’unicité de Dieu, contre le Verbe Incarné et Son Eglise fait frémir d’horreur : Jean-Paul II encourageant les fausses religions à prier leurs faux dieux : scandale sans mesure et sans précédent (…) Nous pourrions reprendre ici notre Déclaration du 21 novembre 1974, qui demeure plus actuelle que jamais. Pour nous, demeurant indéfectiblement attachés à l’Eglise catholique et romaine de toujours, nous sommes obligés de constater que cette Religion moderniste et libérale de la Rome moderne et conciliaire s’éloigne toujours davantage de nous, qui professons la foi catholique des onze papes qui ont condamné cette fausse religion. La rupture ne vient donc pas de nous, mais de Paul VI et de Jean-Paul II, qui rompent avec leurs prédécesseurs. Ce reniement de tout le passé de l’Eglise par ces deux papes et les évêques qui les imitent est une impiété inconcevable et une humiliation insoutenable pour ceux qui demeurent catholiques dans la fidélité à vingt siècles de profession de la même foi. Nous considérons donc comme nul tout ce qui a été inspiré par cet esprit de reniement : toutes les réformes post conciliaires, et tous les actes de Rome qui sont accomplis dans cette impiété »  (Déclaration de Buenos Aires, 2 décembre 1986. Itinéraires, Numéro 309, janvier 1987. Le Sel de la terre, N° 30).
« La chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occupés par des antichrists, la destruction du Règne de Notre Seigneur se poursuit rapidement à l’intérieur même de son Corps mystique ici-bas, spécialement par la corruption de la sainte Messe, expression splendide du triomphe de Notre Seigneur par la Croix : « Regnavit a ligno Deus », et source d’extension de son Règne dans les âmes et dans les sociétés  (…)
C’est pourquoi, convaincu de n’accomplir que la sainte Volonté de Notre Seigneur, je viens par cette lettre vous demander d’accepter de recevoir la grâce de l’épiscopat catholique, comme je l’ai déjà conférée à d’autres prêtres en d’autres circonstances (…)
Je vous conjure de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Eglises, dans la foi catholique intégrale, exprimée dans les symboles de la foi, dans le catéchisme du Concile de Trente, conformément à ce qui vous a été enseigné dans votre séminaire. Demeurez fidèles dans la transmission de cette foi pour que le Règne de Notre Seigneur arrive » (Lettre aux futurs évêques, 29 août 1987. Fideliter Hors série, 29-30 juin 1988 ;  Numéro 81, mai-juin 1991. Le Sel de la terre, N° 25).
« Il nous faut tenir, absolument tenir, tenir envers et contre tout. Et alors, maintenant, j’en arrive à ce qui vous intéresse sans doute davantage ; mais moi, je dis : Rome a perdu la foi, mes chers amis. Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. C’est la vérité. Rome est dans l’apostasie. On ne pet plus avoir confiance dans ce monde-là, il a quitté l’Eglise, ils ont quitté l’Eglise, ils quittent l’Eglise. C’est sûr, sûr, sûr » (Conférence de Mgr Lefebvre, donnée à la retraite sacerdotale, le 4 septembre 1987 à Ecône. Le Sel de la terre, N° 31, page 194).
« – Avez-vous un mandat apostolique ?
– Nous l’avons
– Qu’on le lise
– Nous l’avons par l’Eglise Romaine qui, dans sa fidélité aux saintes traditions reçues des Apôtres, nous commande de transmettre fidèlement ces saintes traditions  – c’est-à-dire le dépôt de la foi–   à tous les hommes en raison de leur devoir de sauver leur âme.
Selon ce mandat de la Sainte Eglise Romaine toujours fidèle, nous choisissons ces quatre prêtres ici présents comme évêques de la Sainte Eglise Romaine, pour être auxiliaires de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X : Monsieur l’abbé Bernard Tissier de Mallerais, Monsieur l’abbé Richard Williamson, Monsieur l’abbé Alfonso de Galarreta, Monsieur l’abbé Bernard Fellay.
Etant donné que depuis le Concile Vatican II jusqu’aujourd’hui, les autorités de l’Eglise Romaine sont animées d’un esprit de modernisme, agissant contre la Sainte Tradition  –« ils ne supportent plus la sainte doctrine, détournant l’ouïe de la Vérité, pour se tourner vers des fables », comme dit saint Paul à Timothée dans sa seconde épître (IV, 3-5)–, nous estimons que toutes les peines et censures portées par ces autorités n’ont aucun poids » (Texte du Mandat, 30 juin 1988. Fideliter Hors série, 29-30 juin 1988).
« L’Eglise de Dieu est affligée… Par les sacres du 30 juin ? Ou par l’occupation de Rome et du Saint-Siège lui-même par l’idéologie moderniste ? (…)
Pour l’instant et depuis 25 ans, le Saint Père est occupé par une idéologie étrangère à la foi catholique
(...) Comment voulez-vous que le Pontife Romain puisse, dans ces conditions intérieures de son esprit, gouverner normalement l’Eglise catholique ? Il en est moralement empêché (…) Par exemple, il lui est impossible de donner de bons évêques à l’Eglise, sans exiger d’eux, à brève échéance, l’allégeance à tout le concile et la reconnaissance de la légitimité de la nouvelle messe !
Dans une telle situation, Mgr Lefebvre a interprété l’intention habituelle et implicite du Pape, à l’encontre, fatalement, de l’intention actuelle et explicite de ce dernier (…)
Nous pensons avoir montré que le sacre est légitime et non schismatique étant donné la Rome occupée et le Pontife Romain empêché de gouverner droitement l’Eglise (…)
Concluons : La rupture essentielle est bien de nature doctrinale. Mais ce n’est pas un schisme de Mgr Lefebvre avec l’Eglise. C’est la rupture (pour ne pas dire schisme, car nous n’avons pas l’autorité pour le prononcer), la rupture de l’Eglise de Vatican II et de la Rome occupée, avec la vraie tradition vivante !
La déclaration d’excommunication de l’Archevêque fidèle, de son collègue dans l’épiscopat et de leurs quatre fils est la déclaration officielle par Rome de cette dernière rupture : c’est la Rome occupée qui déclare sa propre rupture avec la tradition (pour ne pas dire son propre schisme et sa propre excommunication).
Pour nous, nous ne déclarons rien, sinon que nous restons en communion avec tous les papes de l’Eglise catholique qui ont précédé cette « Eglise conciliaire » qui afflige et souille le visage de l’Epouse immaculée de Jésus-Christ » (L’Eglise de Dieu affligée,  Mgr. Bernard Tissier de Mallerais. Bulletin  Saint-Joseph de Colmar ; Fideliter, Numéro 72,  novembre- décembre 1989).
         
« Eminence. Réunis autour de leur Supérieur général, les Supérieurs des districts, séminaires et maisons autonomes de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, pensent bon de vous exprimer respectueusement les réflexions suivantes.
Vous avez cru devoir, par votre lettre du 1e juillet passé, faire savoir à Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre, à Son Excellence Monseigneur Antonio de Castro Mayer et aux quatre évêques qu’ils ont consacrés le 30 juin dernier à Ecône, leur excommunication latae sententiae. Veuillez vous-mêmes juger de la valeur d’une telle déclaration venant d’une autorité qui, dans son exercice, rompt avec celle de tous ses prédécesseurs jusqu’au pape Pie XII, dans le culte, l’enseignement et le gouvernement de l’Eglise.
Pour nous, nous sommes en pleine communion avec tous les papes et tous les évêques qui ont précédé le Concile Vatican II, célébrant exactement la messe qu’ils ont codifiée et célébrée, enseignant le catéchisme qu’ils ont composé, nous dressant contre les erreurs qu’ils ont maintes fois condamnées dans leurs encycliques et leurs lettres pastorales. Veuillez donc juger de quel côté se trouve la rupture. Nous sommes extrêmement peinés de l’aveuglement d’esprit et de l’endurcissement de coeur des autorités romaines.
En revanche, nous n’avons jamais voulu appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d’Eglise conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missae, l’oecuménisme indifférentiste et la laïcisation de toute la Société. Oui, nous n’avons aucune part, nullam partem habemus, avec le panthéon des religions d’Assise; notre propre excommunication par un décret de votre Eminence ou d’un autre dicastère n’en serait que la preuve irréfutable. Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Eglise depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles. Nous croyons au seul Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, et nous serons toujours fidèles à son unique Epouse, l’Eglise Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine.
Etre donc associés publiquement à la sanction qui frappe les six évêques catholiques, défenseurs de la foi dans son intégrité et son intégralité, serait pour nous une marque d’honneur et un signe d’orthodoxie devant les fidèles. Ceux-ci ont en effet, un droit strict à savoir que les prêtres auxquels ils s’adressent ne sont pas de la communion d’une contrefaçon d’Eglise, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste… » (Lettre ouverte au cardinal Gantin des supérieurs de la FSSPX. Fideliter, Numéro 64, juillet-août 1988. Le Sel de la terre, N° 25).
En conclusion :
a) Même en concédant les points positifs qu’il comporte, de par sa cause matérielle ce Motu proprio manifeste que la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante continue de s’éloigner de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente.
b) De par son intention ce Motu proprio est simple comme la colombe et prudent comme le serpent ; mais, il faut le dire, sa simplicité benoîte est une astuce de plus du serpent, capable d’induire en erreur les élus mêmes.
Cependant, rassurez-vous, chers fidèles, sa tête sera écrasée par l’Immaculée...
Abbé Juan Carlos Ceriani

2 septembre 2007





La messe selon le missel du Bienheureux Jean XXIII à Saint-Cloud
2 septembre 2007 - Diocèse de Nanterre
Diocèse de Nanterre - Commission Ecclessia Dei Le Vicaire épiscopal
Le 2 septembre 2007
Communiqué - La messe selon le missel du Bienheureux Jean XXIII à Saint-Cloud
Pour la troisième année consécutive, est autorisée dans le diocèse de Nanterre la célébration de la messe avec le missel qui était en usage avant le concile Vatican II.
En février dernier (cf. communiqué du 14.02.07), je faisais part de la décision prise par notre Évêque : cette célébration serait confiée à la paroisse de Saint-Cloud à dater de la rentrée de septembre. Un nouveau communiqué du 24 juin en rappelait les raisons. Les prêtres désignés par Monseigneur Daucourt assureront donc la messe dominicale de 9 h 30 en l’église Notre-Dame des Airs. La première se déroule par conséquent dimanche 2 septembre.
Durant l’été, le Pape a publié la lettre apostolique Summorum Pontificum « sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 ». Je ne peux qu’inviter chacun à lire ce texte maintenant disponible en librairie et sur Internet. Benoît XVI y donne cette très importante précision : « Le missel romain promulgué par Paul VI (celui qui est habituellement utilisé dans nos paroisses NDLR) est l’expression ordinaire de la lex orandi (la règle de la prière NDLR) de l’Église catholique de rite latin. Le missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même lex orandi de l’Église et doit être honoré en raison de son usage mémorable et antique. »
En conformité avec cette décision, nous continuerons donc à célébrer « ordinairement » avec les livres liturgiques que nous pratiquons avec fruit et bonheur depuis près de quarante ans. En plus, pour « les fidèles sensibles aux formes liturgiques précédentes », nous nous servirons de manière « extraordinaire » des livres de 1962, selon les règles définies par le motu proprio Summorum Pontificum.
Dans un souci de charité pastorale et d’unité de l’Église, la paroisse de Saint-Cloud ne se contentera pas d’héberger une messe supplémentaire : elle accueillera fraternellement et chaleureusement les fidèles qui prendront part à cet office, qu’ils habitent sur la Commune ou qu’ils viennent d’ailleurs.
La charité ne pouvant aller sans la vérité, il est juste de continuer à citer clairement le premier article du texte du Souverain Pontife : « Ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n’induisent aucune division de la lex credendi (la règle de la foi NDLR) ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain. » Autrement dit, la réception de la foi catholique telle que la présente avec une autorité toute particulière l’enseignement du Concile Vati-can II (repris dans la Catéchisme de l’Église Catholique) est au programme de chaque baptisé quelle que soit sa « sensibilité » liturgique. Cela est vrai y compris en ce qui concerne la liberté religieuse, l’œcuménisme et le dialogue inter religieux. Par suite, l’usage des livres liturgique de 1962 ne peut être présenté ou perçu comme une remise en cause de la droiture et de la sûreté de ceux d’après 1970.
En présentant aux diacres et aux prêtres de son Diocèse le motu proprio, Monseigneur Daucourt a bien insisté pour que cette question, certes importante, ne nous détourne pas de l’essentiel de la mission : « Avec vos communautés, gardez le cap sur nos orientations et priorités diocésaines : “centralité“ de la Parole de Dieu, priorité aux pauvres et aux précaires, mise en place des Équipes d’Animation Pastorale, mise en œuvre des orientations nationales pour la catéchèse communautaire. Continuez de nourrir spirituellement tous ceux qui vous sont confiés et de les former pour qu’ils soient sel et lumière dans le monde d’aujourd’hui.
J’espère pouvoir compter sur la collaboration du plus grand nombre afin de travailler en ce sens et de réussir paisiblement à mettre en place cette messe selon la « forme extraordinaire ». C’est ainsi que, Dieu le voulant, je m’y engagerai avec détermination et patience.
« Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »
Père Yvon Aybram
Vicaire épiscopal
Curé-Doyen de Saint-Cloud

P.S. Je dois préciser à cette occasion que l’Association des Amis de Sainte-Marie et le bulletin qu’elle diffuse par Internet ne sont ni de près ni de loin en lien avec moi ou avec le Diocèse de Nanterre. En particulier cette Association, qui se qualifie suffisamment elle-même à travers ses pratiques, n’est nullement habilitée à transmettre des informations officielles et encore moins à récolter des fonds en vue d’une quelconque « cagnotte » que d’aucun pourrait imaginer alimenter le budget afférant à la célébration de la messe dont il est question ici.
 

30 août 2007





Non au retour du missel de Pie V
30 août 2007 - groupes-jonas.com - Jean Proust
L'évêque consulte son diocèse avant de décider des dispositions nécessaires au bien du Diocèse de Blois. - Un prêtre donne son point de vue. Réaction au MOTU PROPRIO de Benoit XVI sur la réintroduction du missel de Pie V - à la demande du Père M. de Germiny, évêque de Blois, aux prêtres, diacres, religieux et laics de son diocèse.
Par Jean Proust, délégué diocésain à l'Apostolat des laïcs et modérateur au secteur paroissial de Villerbon au diocèse de Blois

Je ne suis pas favorable à voir appliquer, dans le diocèse et de manière générale en France, les formules anciennes du Missel dit de Pie V, qui sont peut-être très vénérables, mais qui deviendront davantage des facteurs de divisions, de rivalités, d'oppositions de classes sociales... que de complémentarité des spiritualités, des cultures et des manifestations de la foi et de la convivialité communautaitre.
Pourquoi a-t-on fait Vatican II, un Aggiornamento salué par le monde entier qui a fait tomber de nombreuses barrières entre l'Église et le monde, après avoir été débattu pendant des années et adopté à une quasi unanimité, si c'est pour en briser l'élan et couper les chemins d'ouverture ? Le Concile de Trente a mis 200 ans à devenir la règle de l'Église (doctrine, organisation...). On peut toujours trouver que l'ancien avait telle ou telle caractéristique qui correspondait mieux à la sensibilité, au style de vie, à la conception sociale de « notre famille », de « notre classe sociale », aussi respectable soit-elle ; mais l'Église se doit d'être de son temps dans ce qui est son vocabulaire, ses concepts, ses modes d'expression communautaires, dans les modes de communication d'aujourd'hui, tout en favorisant des spiritualités diversifiées (franciscaines, jésuites, contemplatives, actives...).Qu'il y ait des personnes de sensibilité plus portée à voir ce qui se faisait dans le passé, je le respecte, mais je ne pense pas que ce soit servir l'Église du Christ que d'officialiser dans le culte officiel, même si on le dit semi-public, ouvert à x, y , ... à tout le monde, des liturgies dont la langue devient le symbole d'un rejet de 100 ans d'ouverture de l'Église au monde pour qu'elle y porte et y célèbre le message et le mystère d'amour aux petits, dans leur langue ( j'ajouterais dans leur culture si je parlais pour les chrétientés d'Afrique, d'Amérique, d'Asie...).
On parle de construire l'unité à travers la diversité, on le voit dans nos paroisses à travers les appartenances à des milieux sociaux, professionnels, culturels diverses, mais s'il s'agit d'une classe sociale, un monde politique, un style académique, une symbolique moyenâgeuse dont on voit bien qu'elle se fonde sur une conception de l'Église qui a entraîné des drames au 19ème et au 20ème siècles (quand les papes disaient que l'Église avait perdu la classe ouvrière et d'autres pans de la société, la réalité symbolique de la langue n'y était pas totalement étrangère).
Il y a dans la discipline actuelle un certain nombre de possibilités de faire de grandes célébrations en utilisant quelques morceaux de latin, comme langue commune (même si, en Allemagne, je prie mieux avec des chorals de Bach en allemand qu'avec une prière eucharistique en latin que ni les allemands ni les français ne comprennent). Réaliser au niveau local, dans un diocèse, un secteur, une paroisse, pour une sensibilité sociologique bien située dans le passé, une diversité de langue et de rite, je pense que c'est DIVISER le peuple chrétien quand nous disons vouloir « l'unité ».Dans le directoire des Évêques de France à Lourdes 2006, on demande de bâtir des communautés catéchétiques et missionnaires, témoins de foi et d'espérance. On s'y attelle de toutes manières... et « maintenant » la communauté que l'on s'efforce de fortifier, va se disperser, se diviser en fonction de choix affectifs fondés en large partie sur des atavismes d'un autre âge. Il est possible de laisser un mode d'expression diversifié dans le domaine privé, mais ne divisons pas nos communautés paroissiales et diocésaines qui ont, plus que jamais, besoin de vivre une seule foi, un seul Dieu, une seule Eucharistie, y compris dans la référence de la langue et des textes établis par l'Église de ce temps.La volonté de voir des communautés séparées revenir est une intention louable, mais ne va-t-on pas voir l'évasion de chrétiens dans des groupes marginaux, le départ d'une nouvelle partie, d'un nouveau pan de l'Église tomber dans l'incompréhension, l'indifférence (et souvent parmi les plus actifs dans la construction d'un monde de justice et de fraternité, vivant une option préférentielle pour les petits, les paumés, les marginalisés ... ; dans le Loir et Cher, en France et dans le monde.
Va-t-on voir se multiplier ce qui se passe en Afrique noire, dans une contexte plutôt protestant ou évangéliste – ce dont souffrent les églises protestantes elles-mêmes : on n'est pas d'accord avec un petit groupe ou avec le pasteur, alors on va se créer une nouvelle église, avec un leader qui devient vite le veau d'or de la communauté ? Dans l'Église catholique, qui bénéficie d'une plus grande unité, on peut utiliser des dévotions particulières (litanies, textes, chants, adoration du Saint Sacrement, chapelet...), mais utilisons les textes liturgiques d'aujourd'hui dans la langue d'aujourd'hui.
NB. Il aurait sans doute fallu faire un texte plus construit, avec une analyse historique, sociologique, théologique et spirituelle plus détaillée ; des théologiens, des pasteurs, des exégètes s'y emploient. Modestement je pense qu'a travers ce problème que je juge d'un autre âge, au lieu d'avancer, on se place, sous prétexte de "charité", en dehors de la Vérité et du véritable Amour qui ne peut faire fi des exigences, d'une Église qui se veut, selon la prière du Christ lui-même, non uniforme, mais UNE dans son expression de Foi et de Confession publique dans un lieu donné : « un diocèse », « un pays ».
Au service du diocèse y compris pour ces problèmes de rites et de langage catéchétiques et liturgiques
Jean Proust - 12 08 07
 

29 août 2007

[AFP] Le patriarche orthodoxe russe Alexis II salue le retour de la messe en latin

AFP - 29 août 2007

ROME, 29 août 2007 (AFP) - Le patriarche orthodoxe russe Alexis II salue le retour de la messe en latin

La libéralisation par le pape Benoît XVI de la messe en latin est un événement "positif", a estimé le patriarche orthodoxe russe Alexis II dans une interview au quotidien italien Il Giornale de mercredi.

Après avoir salué "le retour et la valorisation de l'ancienne tradition liturgique", le chef de la plus importante église orthodoxe ajoute : "nous tenons énormément à la tradition. Sans la défense fidèle de la tradition liturgique, l'Eglise orthodoxe russe n'aurait pas été en mesure de résister à l'époque des persécutions des années 1920-1930", une allusion à l'ère communiste en Russie.

Interrogé par Il Giornale sur les rapports toujours tendus entre le Vatican et le Patriarcat russe, Alexis II répond que "le pape Benoît XVI a affirmé à plusieurs reprises vouloir s'employer à favoriser le dialogue et la collaboration avec l'église orthodoxe et cela est positif".

Sur l'éventualité d'une rencontre - envisagée mais jamais concrétisée - entre le patriarche de Moscou et le pape, Alexis II juge qu'une "telle rencontre (avec Benoît XVI) doit être bien préparée et ne doit absolument pas risquer de se réduire à une occasion de prendre quelques photographies ou de se montrer ensemble devant les caméras".

jflm/kd/bds

28 août 2007





La vie spirituelle au coeur de la crise de l'Église
Après le Motu Proprio, le combat de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X au service de l'Eglise
28 août 2007 - Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France - laportelatine.org
« Si nous n’avions pleine confiance dans la promesse remarquable que Notre-Seigneur a faite de bâtir son Eglise sur un fondement si solide que les portes de l’enfer ne pourront jamais prévaloir contre elle, dans ce temps où elle est attaquée de toutes parts par tant d’ennemis, et battue en brèche sur tant de points, nous aurions raison de craindre de la voir succomber. » Catéchisme du Concile de Trente.
Il nous est reproché de parler trop souvent de la crise de l’Eglise, de ses enjeux et du combat doctrinal et pas suffisamment de la vie spirituelle. Nous sommes effectivement préoccupés de devoir défendre la foi contre l’hérésie pour que la vie spirituelle demeure encore possible. Et nous craignons en réalité que l’objection que l’on nous fait provienne de l’idée que la vie spirituelle, pour pouvoir s’épanouir, doit se tenir éloignée des combats générés par la crise de l’Eglise. Or  nous pensons que « la paix de Monseigneur Forester » est factice et nous voudrions montrer comment la sanctification des âmes ne peut, au contraire, continuer à bien se faire qu’en plein cœur de la bataille pour la défense de l’Eglise. Je souhaite d’abord rappeler que celles qui se trouvent présentes sur la terre, en un temps où l’Enfer semble s’y déverser entièrement, reçoivent de Dieu les grâces proportionnées à une situation si difficile (I). Et que c’est la crise elle-même qui est devenue en réalité pour elles le grand moyen de l’élévation vers Dieu (II). Je terminerai par quelques applications à la situation d’aujourd’hui (III).

(I) - Première partie
Monseigneur Lefebvre nous a prévenus le jour des consécrations épiscopales que son œuvre spirituelle s’apparentait à une opération de survie. Nous avons bien compris le sens de cette expression : le sacerdoce catholique se trouvait en péril de mort tant qu'un véritable épiscopat catholique n'était pas pérennisé. Ce sont bien les quatre évêques sacrés par lui qui ont sorti l’Eglise de ce danger et, depuis, qui ont tellement contribué à la prolongation de la vie catholique ici-bas. Nous sommes bien des rescapés, qui doivent s’estimer heureux d’avoir échappé à la mort par la grâce de Dieu, alors que tellement de catholiques sont demeurés étendus sur les champs de bataille du combat spirituel.
Cette réalité de la guerre peut surprendre et peiner certaines âmes qui objecteront que notre religion ne peut être empreinte que de la paix et de l'amour divin. C'est pourtant bien  une véritable persécution que nous avons subie, ces dernières décennies, de la part des autorités ecclésiastiques. Elles nous ont fermé les églises, interdit pendant longtemps la célébration de la messe dans les sanctuaires des lieux de pèlerinages et elles maintiennent cet interdit pour certains d’entre eux jusqu’à maintenant. Nous devons subir des sanctions que même les ennemis de l'Église n'avaient plus à supporter alors que notre seul désir n’était que de vivre selon notre foi et unis au Siège de Pierre. Cette guerre que nous n’avons pas choisie ; nous n’avons pas voulu la mener avec d’autres armes que celles que nous avait confiées Notre Seigneur, celles de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. Aujourd'hui, en présence du délabrement de « l’Eglise conciliaire », nous ne regrettons pas notre résistance car nous avons conscience de lui devoir notre survie spirituelle et la transmission de la Foi à nos enfants.
Mais notre position de survivants de ce naufrage ne doit-elle pas nous rendre modestes ? Quelles peuvent être nos espérances surnaturelles lorsque tout se trouve détruit et ravagé de fond en comble et que tout nous projette sans cesse hors de Dieu ? N’est-il pas illusoire d’imaginer, quand on a frôlé la mort et qu’elle nous talonne, une vie intérieure profonde et soucieuse d’union à Dieu ? Nous demeurons parqués sur des terrains permanents d’affrontement et réduits aux urgences de la guerre spirituelle. Comment pourrions-nous, en de telles conditions, ambitionner de gravir les sommets  de l’amour divin où sont parvenues les âmes saintes des générations précédentes ? Il s’agit de parer au plus pressé et de commencer donc par conserver la Foi et de continuer à la transmettre : n’est-ce pas déjà beaucoup ?
 Et, en même temps, nous éprouvons un violent serrement de cœur. Alors que nous aurions tant besoin de nous délasser de nos efforts de résistance par la contemplation des beautés célestes, elle serait devenue presque inaccessible à nos âmes avant tout anxieuses d’échapper à la contamination des erreurs ? Nous aurions voulu, vivant de nos vérités saintes et habités par nos trois Personnes adorées, nous perdre dans la prière et goûter les préludes de la Vision Béatifique mais nous voilà aussitôt poursuivis par la réalité implacable du combat, partout présente, partout prégnante. Comment donc concilier cette intimité croissante à laquelle nous invite notre Dieu et à laquelle nous aspirons, avec un monde qui lui est obstinément contraire ? Est-il vraiment possible, quand il faut tant résister, de trouver aussi la paix divine ?
Car voilà quarante ans que nos générations vivent en guerre. Beaucoup d’entre nous n’ont jamais connu qu’elle et meurent ou mourront  sans avoir vu le rétablissement de la paix de l’Eglise. Le Bon Dieu semble attendre de nous que nous passions notre existence à batailler. Bien sûr, nous ne sommes pas les premiers à connaître cette vie de combat et nous savons que le catholique, par vocation, est soldat du Christ. Mais notre combat est revêtu du caractère infiniment douloureux de l’agonie de l’Eglise à laquelle nous assistons et du rejet apparent où Elle se trouve de l’offrande que nous faisons de nous-mêmes pour Elle. Nous ne voulons que la servir, nous ne voulons qu’être les plus aimants de ses fils et Elle paraît repousser nos sacrifices et notre affection. Or voilà qu’à cette première épreuve, qui suffit à nous toucher jusqu’au plus profond de nous-mêmes, viendrait encore s’en ajouter une seconde, désespérante celle-là, qui consisterait en une sorte d’inaptitude radicale à nous élever  vers  Dieu,  cantonnés à ne pratiquer que les seuls gestes élémentaires de survie spirituelle ?
Nous ne pensons pas qu’il puisse en être ainsi. Dieu nous a fait le don de la liberté et Il ne s’en est pas repenti. Et c’est lorsque semblent s’accumuler les obstacles à notre cheminement spirituel qu’Il multiplie d’autant les grâces pour soutenir nos âmes éprouvées. Malgré toute la misère du monde, malgré la dénaturation presque totale de la vérité et l’abaissement consécutif de la spiritualité, Il demeure aussi altéré de nos âmes  que sur le Calvaire. Il nous est infiniment attentif et ne cesse de nous regarder et de creuser de mystérieux sentiers pour que nous puissions Le rejoindre. Si nous sommes embarrassés de la crise, Lui s’en joue : « Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera. » Ps. II,4  Et sa puissance n’est nullement rendue incertaine par son ampleur et sa complexité : « Tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier, tu les mettras en pièces. » Ps. II, 8
A ces heures les plus poignantes de notre guerre, l’agonisant de Gethsémani, qui a tant souffert de l’assoupissement de ses amis le laissant seul dans la nuit, aurait-Il le cœur à nous rendre la pareille et à se retirer avec ennui des âmes meurtries de mener un combat pour lui seul ? Il demeure là, infiniment compatissant et tendre au fond de nous-mêmes, nous devenant  d’autant plus intime que les abandons humains se font plus nombreux et plus tragiques. A rebours de l’homme, qui ne sait pas ce que sont ses amis devenus à l’heure de l’adversité, Dieu ne se fait jamais aussi proche qu’à ces moments-là.
C’est de Dieu dont nous parlons. Il révèle sa puissance aux hommes en cela qu’Il fait de l’atrocité du combat dans lequel ils se trouvent plongés et qui devrait les laisser hébétés et inertes,  la porte par laquelle Il entre en eux pour les veiller ou veiller avec eux, petite flamme qui ne s’éteint pas, même quand tout a vacillé. Nous qui sommes faits pour jouir de la paix éternelle, trouverions-nous Dieu ailleurs autant qu’en ces épousailles généreuses des plus forts combats entrepris pour sa gloire ? Le rencontrerions-nous ainsi même dans les plus merveilleux silences que réalisent en elles les âmes du fond des tabernacles ? Les bruits de la  guerre finissent par devenir tellement assourdissants que l’on n’entend plus ni rien ni personne- miracle du combat chrétien- et que l’on devient alors merveilleusement apte, au milieu des assauts les plus violents, à écouter celui qui nous parle sans aucun bruit.
En conséquence, ce n’est pas parce que nous vivons en un siècle où tout semble s’être ligué pour la disparition de notre religion et que nous devons sans cesse nous garder de la contagion néo-moderniste, que nous ne pouvons plus espérer gravir les sommets de la vie chrétienne. Pour qui veut ne pas périr, il est impératif de ne pas se résigner à vouloir seulement survivre. Il faut conserver la volonté de vivre et de vivre pleinement. Notre Dieu veut  pour nous ce qu’Il a toujours voulu pour  ceux qui nous ont précédés dans la  Foi : nous permettre de vivre de Lui et  nous élancer de toute notre âme vers Lui, avec autant de vigueur que nos anciens. Il ne lui plaît  pas, parce que nous nous trouvons en un siècle où tout est sali, où tout est avili, que nos âmes se résignent à être également un peu sales, à croire la pureté chimérique et la grâce elle-même essoufflée à fabriquer encore de la sainteté.
Sa puissance éclate au contraire en cela qu’Il se sert du concours des forces de dissolution elles-mêmes pour provoquer le sursaut et l’élévation des âmes chrétiennes. Leur résistance leur devient le moyen providentiel pour échapper à la tiédeur qui les menaçait. Et si elle exhale sans doute un goût de poudre à canon, il n’empêche qu’une sève spirituelle surabondante, et qui ne demande qu’à les vivifier, est bien réservée aux âmes éprouvées.

(II) - Deuxième partie
Il s’agit, pour commencer, d’une obstination farouche à défendre, à conserver, à transmettre la Foi. C’est pour qu’elle ne périsse pas que nous menons cette lutte acharnée ; pour qu’elle soit encore communiquée aux générations qui nous suivront, pour que nous-mêmes et nos enfants, nous ne nous laissions pas ensevelir, à notre tour, par cette déchéance abominable qui voudrait asservir tous les hommes ; pour que l’héritage de deux millénaires de Tradition Catholique ne disparaisse pas en fumée parce que nos âmes auront été trop futiles en face du grand devoir où elles se trouvaient de le transmettre à leur tour.
Nos générations portent la responsabilité historique de communiquer le trésor reçu de Dieu quand tout se ligue pour l’interruption définitive de cette transmission. En prendre vraiment conscience et en mesurer les conséquences suffit aujourd’hui à nous permettre d’endurer volontiers, prêtres et fidèles, des conditions inconfortables d’existence et nous rendre prêts à accepter tous les sacrifices.
Et ce sont précisément ces circonstances si difficiles que nous vivons qui nous redisent sans cesse le prix que vaut réellement la préservation du trésor de notre Foi. Qu’il s’agisse des kilomètres à parcourir pour trouver une messe le dimanche, du montant de la scolarité des enfants, des divisions graves qui se sont produites au sein de nos familles ou des épithètes que l’on brandit  pour désigner notre résistance ; tout conspire merveilleusement à nous rappeler que nous consentons tous ces maux pour un bien infini.
Toute hérésie, par les attaques qu’elle dirige contre un dogme, engendre chez les catholiques les plus aimants de leur Foi, un mouvement instinctif à se grouper autour de lui pour le défendre et les amènent ainsi à l’approfondir et à s’en nourrir. Il en résulte que les orientations spirituelles des âmes se trouvent nécessairement sous l’influence des luttes menées par l’Eglise contre les erreurs du temps. Leur sanctification ne s’opère pas dans une sorte d’isolement spirituel de l’époque où elles vivent mais dans un engagement intérieur, souvent très douloureux, à s’unir profondément aux mouvements les plus intimes de la défense de l’Eglise et de sa vie militante. Et ce n’est qu’au prix de l’acceptation d’une telle posture que les âmes s’élèvent.
N’est-ce pas encore cette crise qui nous a contraints à reprendre notre catéchisme et à  approfondir les vérités que nous aurions sinon survolées ? L’inquiétude provoquée par les nouveautés dans l’enseignement dispensé par les prêtres nous a obligés à réfléchir, à scruter notre Foi. L’œcuménisme et les appauvrissements de la nouvelle liturgie nous ont portés à mieux  apprécier, par contraste, combien la messe de toujours était nourrissante et savoureuse. Il a jailli du triste spectacle de l’immense misère spirituelle, tout un renouveau de la générosité des âmes qui a suscité des vocations expiatrices pour la chute des consacrés et pour les apostasies sans nombre qui se sont produites. Et toujours, en toile de fond, la compassion provoquée par l’affaiblissement et l’humiliation de notre Mère, l’Eglise.
La crise nous contraint à nous hisser à un niveau de pensées et de sentiments qui, naturellement, nous dépasse : c’est ainsi que nous ne cessons pas de croire à la divinité de l’Eglise quand tout nous laisse penser qu’Elle ne se relèvera pas des coups reçus de ses chefs ; que nous n’avons de cesse de prier pour le pape et pour les évêques alors que nous subissons de si grandes injustices de leur part. Que notre attachement à la foi nous est reproché comme un signe certain de manque de charité lorsque la charité est condamnée à disparaître si la foi n’est plus transmise.  Bien que nous demeurions tellement éloignés de l’héroïsme que demandent de telles circonstances, nous sommes comme acculés par le Bon Dieu à produire ces actes difficiles et répétés de foi, d’espérance et de charité.
Et cependant, comme nous devons veiller sur nous-mêmes car un sentiment trompeur d’invulnérabilité cherche à s’insinuer dans nos cœurs ! Nous ne sommes pas loin de nous dire parfois comme Pierre : « Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé » (Mt XXVI ,33) .Nous sommes en effet demeurés fidèles à la Foi de toujours, même au sein de la tourmente conciliaire. Nous avons supporté, et nous supportons jusqu’à présent, d’avoir été bannis des églises et considérés comme des parias par la hiérarchie : « Officiellement, nous sommes considérés comme des désobéissants, comme des gens qui ne se soumettent pas à ce courant libéral. C’est vrai. Nous ne nous soumettons pas à ce courant libéral et alors nous sommes poursuivis. Et cette situation est vraiment pénible. » (Monseigneur Lefebvre, le 21 XII 1984). Nous avons erré de grange en garage et de garage en grenier pour ne jamais accepter cette nouvelle messe qui a tari le flot de la transmission de la Foi. Les quelques clochers que nous avons reconquis l’ont été de haute lutte. Notre vie, jusqu’à aujourd’hui, n’a été qu’une guerre continuelle pour ne pas nous laisser dérober ces trésors spirituels, les seuls auxquels nous tenons vraiment.
Et nous pouvons donc penser, en raison de cette très longue résistance tissue (1) de tant de sacrifices, que nous nous trouvons comme à l’abri de glisser et de tomber à notre tour ; qu’il est donc possible, sans risque réel et parce que nous avons toujours maintenu le combat, de  nous octroyer certaines facilités que des évolutions de la crise rendent aujourd’hui possibles ; que notre expérience de cette guerre spirituelle, seul bain connu de notre âme depuis toujours ou depuis si longtemps, nous garantit d’être toujours fidèles ; que nous avons été de bons soldats courageux et que le Motu Proprio annonce pour bientôt ce moment heureux où il sera enfin reconnu que nous avons eu raison de faire les choix qui ont été les nôtres.
Mais nous ne sommes pas invulnérables. La crise dans l’Eglise évolue, devient plus complexe, prend des tournures nouvelles. Le Motu Proprio du pape Benoît XVI constitue une étape qui va certes compter pour la libération de la messe et pour la respiration du Corps Mystique. Mais il doit être clair, justement pour ne pas se perdre après avoir tenu si longtemps, que cet acte du pape ne résout pas la crise.
Il ne la résout pas puisqu’il considère les deux messes comme des formes toutes deux valables d’un même rite : « Il n’est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel Romain comme s’il s’agissait de « deux Rites ». Il s’agit plutôt d’un double usage de l’unique et même rite. » (Lettre qui accompagne le Motu Proprio de Benoît XVI aux évêques). Non seulement il estime qu’ « il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum » mais il prévient aussi que « L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. » De telles affirmations montrent suffisamment que le Motu Proprio ne peut être considéré autrement que comme une étape objectivement franchie d’un processus dont le terme -qui ne doit être autre que le retour à la seule vraie messe- n’est, quant à lui, pas désiré. Il en résulte un climat de confusion où la reprise de l’ancienne messe risque de ne signifier que rarement un retour à la bonne doctrine.
Cette situation qui suit le Motu Proprio nous oblige donc, plus que jamais, à comprendre que la ruine de l’Eglise ne tient pas uniquement à la question liturgique. Aussi importante qu’elle soit, elle demeure seconde par rapport à la vérité théologique dont elle n’est qu’une traduction. La méconnaissance de la défense de la Foi ou l’opinion qu’il s’agit là de problèmes éloignés ne concernant qu’une poignée d’intellectuels, laisserait alors accroire que la crise de l’Eglise est désormais terminée et remplie la glorieuse mission de la Fraternité saint Pie X.
A ce moment de notre combat, la crise agit donc de nouveau comme un signe de contradiction. Pour comprendre le combat de la Fraternité, il est devenu impérieux de ne plus ignorer la teneur de cette mésentente doctrinale cruciale qui l’oppose à  Rome. Elle seule permet d’adhérer réellement à son refus d’une « réconciliation » qui aurait été conclue avant  que la vérité ait recouvré tous ses droits. « Il y en a qui seraient prêts à sacrifier le combat de la Foi en disant : Rentrons d’abord dans l’Eglise ! Faisons tout pour rentrer dans le cadre officiel, public de l’Eglise. Taisons notre problème dogmatique. Taisons notre combat. Ne parlons plus de la malice de la messe. Fermons la bouche, ne disons plus rien. Ne soyons pas opposés à cela. Ne disons plus rien sur les questions de la liberté religieuse, des Droits de l’Homme, de l’œcuménisme. Taisons-nous, taisons-nous, et puis comme cela nous pourrons rentrer dans le cadre de l’Eglise et, une fois que nous serons à l’intérieur de l’Eglise, vous allez voir, on va pouvoir combattre, on va pouvoir faire ceci, on va pouvoir faire cela…C’est absolument faux ! On ne rentre pas dans un cadre, et sous des supérieurs, en disant que l’on va tout bousculer lorsqu’on sera dedans alors qu’ils ont tout en mains pour nous juguler ! Ils ont toute l’autorité » (Monseigneur Lefebvre, le 21 XII 1984).
La lecture des livres de Monseigneur Lefebvre et des régulières mises au point de Monseigneur Fellay s’avère ici indispensable pour arriver à bien mesurer l’étendue et la gravité des questions  posées. Pour faire court, je dirai qu’il n’y a aucun « accord » envisageable tant que les principes au nom desquels ont été acceptés les réunions interreligieuses d’Assise, le baiser d’un pape au Coran, les différentes visites dans les mosquées et les synagogues telles qu’elles se sont déroulées, la bénédiction d’un autre pape par un rabbin n’auront pas été relégués aux oubliettes de l’Eglise. Or ces scandales qui  n’ont cessé de se succéder les uns après les autres trouvent les fondements de leur justification théologique dans les textes du Concile.
Le Motu Proprio nous oblige finalement, encore plus qu’avant, à nous situer au cœur du débat : Vatican II, par son décret sur la liberté religieuse en particulier, a décidé le découronnement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Monseigneur Lefebvre, lui au contraire, a donné comme titre à son livre le plus important : Ils l’ont découronné. Ces deux positions sont irréconciliables l’une avec l’autre. Et nous avons sous nos yeux, dans nos pays, si nous avons du mal à  percevoir la perversité de ces nouveaux principes, l’illustration manifeste de la déchéance qui a suivi le divorce -consacré par le Concile- de nos institutions politiques avec l’Eglise.
C’est pourquoi, avant même d’être celui de la messe, le combat de la Fraternité est celui des droits divins de Notre-Seigneur : elle revendique qu’ils soient de nouveau reconnus et proclamés : « Alors cette guerre qui s’est faite à l’intérieur de l’Eglise continue. Il ne faut pas croire que c’est fini. Il ne faut pas croire parce que nous assistons à quelques mesures et quelques rappels qui sont plus conformes à l’esprit traditionnel que le combat est terminé ! Ce combat de la Foi, dans lequel nous avons été pris, nous a fait prendre comme décision de ne pas accepter les réformes post-conciliaires, parce qu’elles sont faites dans cet esprit œcuménique et libéral. Et donc, tout ce qui est fait dans cet esprit du libéralisme, condamné par les papes, ne peut pas être accepté, parce que c’est contraire à notre Foi, contraire au bien de l’Eglise, contraire au salut des âmes et contraire à la vie humaine, sociale et chrétienne, à la vie de la société. » Monseigneur Lefebvre, le 21 XII  1984.
Et, si je suis parvenu à m’expliquer, un nouveau jaillissement spirituel se produira donc, plus magnifique que jamais, de ce que nos âmes, amoureuses de l’honneur méprisé de Notre-Seigneur, se seront postées sur les créneaux de la défense de son Règne. Elles ne s’élèveront et ne peuvent s’élever que dans cette seule mesure où elles se refusent à être situées ailleurs qu’au plein cœur d’un combat de positions qui, seule en retour leur fournit la garantie de se trouver au cœur de l’Eglise.
En conséquence, il doit être également évident, pour tous ceux qui savent quelle est la bataille de Monseigneur Lefebvre, que la justice la plus élémentaire  interdit de nouer «  des accords » si la mémoire de celui à qui nous devons tout - autant qu’il est possible de tout devoir à un homme - n’a pas été lavée des injustices et des peines subies. L’existence même de la commission Ecclesia Dei, dressée sur la condamnation de nos évêques, qui regroupe ceux «  qui ont abandonné le mouvement de Monseigneur Lefebvre" (interview du cardinal Castrillón Hoyos, 6 VIII 2007) se trouve viciée dès l’origine. Accepter d’en être est une gifle à la mémoire d’une personne qui nous est sacrée. Ce n’est point là  affaire de susceptibilité. Chacun peut comprendre que nous serions, tout au contraire, des fils bien indignes et bien ingrats, et que nous pêcherions gravement contre l’honneur et contre la piété filiale, si nous admettions une régularisation canonique de notre situation sans plus nous soucier de notre fondateur. L'origine même de cette commission pontificale, comme sa dénomination invitant textuellement les fidèles à s'affranchir du combat des seuls évêques qui ont osé se lever pour défendre la doctrine traditionnelle, nous est odieuse et suffit à la discréditer à nos yeux.

(III) - Troisième partie
A suivre

Abbé Régis de Cacqueray ,
Spérieur du District de France.
Suresnes, le 28 août 2007.
(1) [NDLR de LPL] « Tissue » : tissé, tissu. La forme tissé, ée, s’emploie au sens propre : une fine étoffe tissée de soie et de lin. – La forme tissu, ue s’emploie au sens figuré : Une relation infidèle des faits, toute tissue d’erreurs et d’inventions.
 

25 août 2007





Pour l'amour de la Sainte Eglise, nous ne voulons pas de cette paix.
25 août 2007 - Abbé Guépin - virgo-maria.org
POUR L'AMOUR DE LA SAINTE EGLISE, NOUS NE VOULONS PAS DE CETTE PAIX
La loyauté qu'exige le service de la Vérité nous contraint de dire et d'affirmer sans détour : «Nous ne voulons pas de cette paix».
Le «Motu Proprio» de Benoît XVI proclame que la religion issue de Vatican II est celle de la majorité des catholiques «forme ordinaire», et que le Rite de St Pie V, «forme extraordinaire»..., a droit à une égale protection !
N'est-ce pas là, en réalité, proclamer l'équivalence de la Vérité et de l'erreur, du Saint Sacrifice de la Messe et de la messe de Luther ? La coexistence pacifique des deux rites est une injure faite à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Cela est insupportable au regard du témoignage de la Foi. Il faut le redire à ceux qui l'ont oublié :
Le NOVUS ORDO MISSAE de Paul VI «s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXIIè session du Concile de Trente» (Lettre à Paul VI des Cardinaux Ottaviani et Bacci, 3 septembre 1969). Ce nouvel ordo présente toutes les caractéristiques d'une «messe de Luther» : prépondérance de la Parole, suppression de l'Offertoire (remplacé par une bénédiction juive), modification des paroles de la Consécration (transformée en récit historique) et désacralisation générale qui est une diminution-négation de la Foi en la Présence réelle.
Ce n'est donc pas une cohabitation que nous voulons, ce n'est pas la présence simultanée de deux rites : c'est la suppression totale d'un rite profondément protestant et le rétablissement de la Messe catholique latine et grégorienne selon le Missel Romain de Saint Pie V dans toutes ses prérogatives.
La doctrine de l'Eglise catholique nous dit que le prétendu «droit à la liberté religieuse» est une infamie, une manière d'apostasie. Il a été condamné par les Papes Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII ; il s'oppose à la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ.
La doctrine nous dit encore que Vatican II enseigne une fausse conception de l'Incarnation de Notre-Seigneur : conception selon laquelle par la seule Incarnation Jésus-Christ est uni à tout homme. Voilà qui évacue la nécessité de la Rédemption (1), voilà qui est à l'origine d'une fausse conception de l'Eglise et de la folie de l'œcuménisme galopant qui dissout les restes de la foi catholique.
La mise en œuvre de Vatican II est éloquente !
- Le 30 novembre 2006, Benoît XVI visitait la Mosquée bleue d'Istanbul. A l'invitation de son hôte musulman, Mustafa Cagrici, il s'y recueillait quelques instants, les mains croisées sous la poitrine, tourné dans la direction de la Mecque. Il s'était auparavant déchaussé (et chaussé de babouches blanches) pour y pénétrer ! (St Pie V et Lépante...) . C'est cela, l'apostasie (2).
- Le 10 mai 2007, Benoît XVI, en visite au Brésil, s'est mis à genoux aux pieds du grand Rabbin de Sao Paulo pour demander la bénédiction d'un «grand frère dans la Foi» ! Imaginons un instant saint Pie V ou saint Pie X à genoux aux pieds du grand Rabbin ! Imaginons Notre-Seigneur Jésus-Christ à genoux aux pieds de Caïphe, demandant sa bénédiction ! Cela est impossible ! Un Pape ne peut pas faire cela ; il ne peut pas se prosterner devant la Synagogue de Satan. Ce qu'un Pape de l'Eglise catholique ne peut pas faire, Benoît XVI, à la suite de Jean Paul II, l'a fait... II faut le dire, le crier à ceux qui l'ont oublié !
- Nous sommes d'autant plus consternés d'apprendre que la Fraternité St Pie X exprime à Benoît XVI «sa vive gratitude» et chante le Te Deum à l'occasion de la publication de son «motu proprio» le 07.07.07. Mgr Fellay demande à nouveau le retrait du décret d'excommunication ?!... Pourtant, il y a quelques années, il avait fait publier un tract en couleurs, à des milliers d'exemplaires : «Nous ne sommes ni schismatique, ni excommunié !» et maintenant, il demande au Chef des Modernistes la levée de cette excommunication! C'est l'incohérence. Ou bien il est aveuglé, ou bien il a perdu la tête !
Nous nous en tenons aux propos de Mgr Lefebvre du 29 juin 1976 à Ecône : «Demain peut-être nous serons excommunié, eh bien j'en appelle à saint Pierre et saint Paul, et je considérerai cette excommunication comme un brevet de fidélité à l'Eglise Catholique Romaine». (Plus de 10 000 personnes ont applaudi.)
Ce «cadeau» est un cadeau empoisonné et nous n'en voulons pas. D'abord, nous n'avons pas besoin de «l'autorisation» du Chef des modernistes pour célébrer la Messe catholique. Nous nous en tenons à la Bulle de saint Pie V «Quo primum tempore» du 19 juillet 1570 : «...Afin que tous et en tous lieux adoptent et observent les traditions de la Sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Eglises, faisons, pour les temps à venir et à perpétuité, défense que, dans toutes les églises du monde chrétien, la Messe soit chantée ou récitée autrement que selon la forme du Missel publié par Nous... Rien, jamais, ne devra lui être ajouté ou retranché, rien ne devra y être modifié... En outre, en vertu de l'Autorité Apostolique, par la teneur des présentes, concédons et donnons l'indult suivant, et cela même à perpétuité :
Que, désormais, pour chanter ou réciter la Messe en n'importe quelles églises, on puisse, sans aucune réserve, suivre ce même Missel, avec permission (donnée ici) et pouvoir d'en faire libre et licite usage, sans aucune espèce de scrupule ou sans qu'on puisse encourir aucunes peines, sentences et censures... Ainsi donc, qu'il ne soit à personne, absolument, permis d'enfreindre ou, par téméraire entreprise, contrevenir à la présente charte de Notre permission, statut, ordonnance, mandat, précepte, concession, indult, déclaration, volonté, décret et défense. Que s'il avait l'audace de l'attenter, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu Tout Puissant, et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul».
Contrairement à la volonté de saint Pie V, Benoît XVI met des réserves ; la Messe est «en liberté surveillée». On ne peut célébrer la messe que selon l'ordo de Jean XXIII publié en 1962. Avant 1962, c'est interdit ! A dix reprises, il insiste sur cette date qui est comme un seuil.
D'autre part, cette autorisation est donnée pour toute l'année, sauf pour le Triduum sacré ! (Art. 2). Il faudra donc que les «traditionalistes» célèbrent l'ordo de Paul VI le Jeudi Saint et la Veillée Pascale ! Quoi de plus normal, en effet, pour manifester pleinement leur «communion» avec leur «Saint Père» !
Tout ceci met providentiellement en évidence que témoigner de la Vérité n'est possible que dans l'absolue conformité à la Vérité. Et c'est pourquoi nous ne voulons pas de cette coexistence des deux rites dans les mêmes églises. Nous ne voulons pas de cette unité qui est contraire à la Vérité et contraire à la Sainteté de l'Eglise. Le résultat de cette confusion sera que les pratiques sacrilèges très répandues mais actuellement privées d'objet, auront demain toute leur odieuse portée eu égard à la Présence Réelle recouvrée. Et dans d'autres circonstances, les fidèles seront gravement trompés en assistant à des Messes célébrées par des «prêtres» qui ne sont pas Prêtres.
En toutes choses, rien n'égale la franchise ; et il faut dire sans détour qu'il n'existe au monde qu'une seule société qui possède la Vérité : c'est l'Eglise Catholique. Et cette société doit nécessairement être intolérante à l'égard du mal, de l'erreur des fausses religions et aujourd'hui à l'égard du modernisme. «La religion qui vient du ciel est vérité, et elle est intolérante envers les fausses doctrines. C'est la condition de toute vérité d'être intolérante ; mais la vérité religieuse étant la plus absolue et la plus importante de toutes les vérités, est par conséquent aussi la plus intolérante et la plus exclusive.
Rien n'est exclusif comme l'unité. Or, entendez la parole de Saint Paul : Un Dieu, une Foi, une Eglise. Je l'avoue, il n'y a pas là de subtilité, c'est l'intolérance, l'exclusion la plus positive, la plus franche. Et encore, Jésus Christ a envoyé Ses Apôtres prêcher toutes les nations, c'est-à-dire, renverser toutes les religions existantes pour établir l'unique religion catholique par toute la terre». (Cardinal Pie).
La secte de Vatican II agit à l'opposé de l'enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le Cardinal Pie, combattant le libéralisme du XIXè, annonçait par avance la situation dramatique que nous subissons : «Que de consciences seraient tranquilles, le jour où l'Eglise Catholique donnerait le baiser fraternel à toutes les sectes ses rivales !» C'est ce que Benoît XVI met en œuvre après J.P.II : il participe au culte juif, musulman, protestant, et se garde bien de prêcher Notre Seigneur Jésus-Christ aux ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ !
Nous refusons donc la paix proposée par Benoît XVI ; et en cela nous mettons en œuvre l'enseignement de notre divin Maître : «Nul ne peut servir deux maîtres». Devant cette situation insoutenable en regard de la Foi, nous faisons nôtre l'affirmation du Cardinal Pie : «Nous sommes donc intolérants, exclusifs en matière de doctrine : nous en faisons profession ; nous en sommes fiers».
Pour l'amour de la vérité et par fidélité à la Sainte Eglise notre Mère : «Non possumus» : nous ne pouvons pas accepter cette paix.
Abbé Philippe GUEPIN
Prêtre réfractaire à la révolution de Vatican II
Août 2007, Chapelle du Christ-Roi, 98 rue d'Allonville, 44000 NANTES

1 Remise en question de l'existence des Limbes ; les petits enfants morts sans baptême vont tout droit au Ciel ! Ceci est en pleine contradiction avec l'enseignement de saint Thomas d'Aquin.
2 Un apostat n'appartient plus à l'Eglise Catholique. Comment quelqu'un qui n'appartient plus à la Sainte Eglise peut-il en être le Chef ?