21 janvier 2008

[Mehdi Gherdane - Le Parisien] Des traditionalistes convoitent l'église

SOURCE - Mehdi Gherdane - Le Parisien - 21 janvier 2008

Des catholiques du Mantois adeptes de la messe en latin souhaitent investir la petite église du village qui ne sert presque plus.

APRÈS leur propre école, inaugurée ce week-end, ils veulent ouvrir « leur » église. Depuis plusieurs semaines, des catholiques réunis sous le rite traditionaliste ambitionnent de récupérer l'église de Fontenay-Mauvoisin, une commune proche de Mantes-la-Jolie.

Selon ces croyants, qui ont inauguré samedi une école privée dans la commune, cette église très peu fréquentée pourrait reprendre vie grâce aux visites hebdomadaires d'une centaine de fidèles traditionalistes.

Ce mouvement prône un retour à la liturgie ancienne : la messe est donnée en latin, le prêtre tourne le dos à l'assistance, le carême est scrupuleusement respecté, les relations hors mariage et la contraception bannies, et l'exorcisme originel encore pratiqué.

Il existe plusieurs milliers de ces catholiques dans les Yvelines, fidèles aux rites antérieurs au concile Vatican II (1962-1965). On peut les croiser à la sortie des messes du Port-Marly, d'une des églises de Versailles ou de Saint-Martin-de-Bréthencourt, quelques-uns des 400 lieux de culte traditionaliste connus en France.

Mais, la plupart du temps, ils doivent se contenter de chapelles artisanales. « Dans les prochains mois, nous aurons normalement notre petite chapelle, collée à l'école. Mais l'idéal, évidemment, c'est l'église », confie Roger Hédouin, président de l'association Famille catholique de tradition. « Nous constatons un regain autour de notre mouvement. De plus en plus de croyants souhaitent vivre leur foi sereinement sans tomber dans le matérialisme forcené. A Goussonville, où nous prions habituellement, nous sommes déjà 130 », justifie l'abbé Aulagnier.

Localement, c'est l'évêque de Versailles qui devrait trancher. Lui seul peut décider d'ouvrir les portes de l'église de Fontenay-Mauvoisin aux traditionalistes. Au service communication de l'évêché de Versailles, on confirme avoir reçu une demande : « L'évêque l'étudie avec les curés des paroisses environnantes », confie-t-on dans l'entourage de Mgr Aumonier.

Les traditionnalistes espèrent que leur salut viendra du Vatican. Le 13 janvier, le pape Benoît XVI a offert des gages au mouvement en prononçant, à Rome, une messe dos aux fidèles.

20 janvier 2008

[Ennemond - Le Forum Catholique] Rome, la FSSPX et la modification des textes du Vendredi Saint

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 20 janvier 2008
Les choses semblent se préciser. Toute la presse nationale vient de se faire l'écho de ce qui se prépare à Rome. On veut supprimer ou modifier le passage qui parle du voile recouvrant les yeux du peuple juif aveuglé puisqu'il ne reçoit pas le Christ. Il ne reconnaît pas la lumière du monde venu éclairer toute âme. Et cette réalité devrait être cachée. S'il s'agit d'éviter des traductions provoquantes soit, s'il s'agit de cacher la vérité, en l'occurence, celle du salut qui ne peut se faire que par le Christ, rien ne va plus.

La prière « pour les juifs, afin que Dieu notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs coeurs » sera un pieux souvenir.

Cette réaction est parfaitement démesurée car, au delà du fait qu'elle réponde aux injonctions d'une personne extérieure à notre religion, le grand rabin d'Israël, elle démontre que ce qui guide l'esprit de cette réforme assez symbolique, c'est ce que peuvent penser de nous les personnes de religion juive ou quelques progressistes qui font de l'oecuménisme la nouvelle vérité. On est là dans la droite lignée des démarches si ambiguës de feu le cardinal Lustiger. Il y a là un manque de charité chrétienne vis à vis des juifs auxquels nous sommes en devoir d'apporter la vérité, c'est à dire le Christ et son Evangile et non un flou dogmatique.

D'autre part, comment cette réforme sera-t-elle reçue dans les milieux traditionalistes ? A Rome, ils savent bien que la FSSPX n'est pas prompte à des modifications de la liturgie qui viendraient mettre à mal les principes d'une réconciliation. L'abbé de Cacqueray a récemment insisté sur la nécessité de ne pas entamer ce processus dans la précipitation :

"Et puisque la messe traditionnelle est l'expression par excellence de la Tradition de l'Église, il est du devoir de la Fraternité de continuer son œuvre en faveur de la pérennité de la messe. Une réappropriation de ce trésor par un grand nombre de prêtres - aussi souhaitable et légitime qu’elle puisse être - ne doit pas être accompagnée de la pratique fort dommageable qui a pourtant prévalu ces dernières décennies, et qui consiste à altérer les règles liturgiques au gré des commodités et des aspirations des communautés. Notre œuvre doit donc maintenir un foyer de rectitude liturgique tout autant que de droiture doctrinale. Sur ce plan également, la doctrine traditionnelle doit être rendue à l'Église avant que la liturgie ne soit livrée à un processus évolutif."

Voici un exemple où les liens que les catholiques devraient nouer entre eux sont mis à mal par un dialogue interreligieux qui finit par primer sur la vérité.

Quand est-ce que Rome demandera la mutilation de la cathédrale de Strasbourg et de la célèbre statue aux yeux bandées qui s'appelle : "la synagogue" ?

[Aletheia n°119] Le nouveau "pape noir": le R.P. Adolfo Nicolas

Le nouveau "pape noir": le R.P. Adolfo Nicolas
Le samedi 19 janvier, en fin de matinée, la 35e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus réunie à Rome, a élu un successeur au R.P. Kolvenbach, Préposé Général démissionnaire pour raison de santé. La Congrégation, qui n’a pas achevé ses travaux, a réuni, autour du P. Kolvenbach, 225 délégués.
L’origine de ces 225 délégués montre bien que le centre de gravité de la Compagnie de Jésus a basculé hors d’Europe : 18 délégués viennent d’Afrique, 40 d’Amérique Latine, 64 d’Asie et d’Australie, 69 d’Europe et 34 des Etats-Unis.
Les Européens ne représentent plus qu’environ un quart des 22.000 Jésuites que compte la Compagnie (elle comptait 35.000 membres au début des années 1960). La Province de France, dirigée par le P. Dumortier, rassemble 27 petites communautés en France métropolitaine et 7 communautés extérieures (une au Maroc, trois en Algérie, une en Grèce, une sur l’île Maurice et une à La Réunion) rattachées à la Province de France. On est loin de l’époque où les Jésuites de France étaient répartis en six Provinces. Le noviciat de l’unique Province française, désormais situé à Saint-Didier-du-Mont-d’Or, près de Lyon, compte six novices (dont une fille, car le noviciat est mixte).
Sans en faire la seule caractéristique de la Compagnie de Jésus, on rappellera que ces dernières années, trois théologiens jésuites ont fait l’objet de notifications de la Congrégation pour la doctrine de la Foi pour leurs écrits erronés en matière de christologie (le P. Jacques Dupuis en 2001, le P. Roger Haight en 2004, le P. Jon Sobrino en 2006) et qu’un quatrième, le P. Peter C. Phan, a reçu, en 2006, de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et, en 2007, de la part de la Commission doctrinale de la Conférence épiscopale américaine, des exhortations à s’expliquer sur plusieurs points litigieux de ses écrits.
Sans que leurs noms soient cités, la tendance hétérodoxe qu’ils représentent suscite de l’inquiétude. Les deux interventions solennelles du Saint-Siège et de Benoît XVI lui-même, avant l’élection du nouveau Préposé Général, y ont fait allusion.
Deux exhortations solennelles

La 35e Congrégation Générale (la « CG 35 » comme on dit chez les Jésuites, « GC 35 » chez les Américains) s’est ouverte, le 7 janvier dernier, dans un climat d’interrogation sur l’identité et la mission des Jésuites dans le monde.
Le cardinal Franc Rodé, qui n’est pas jésuite mais Préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, a prononcé lors de la messe d’ouverture, une homélie dans laquelle il a exprimé deux fois son « inquiétude » : face à l’« éloignement croissant de la Hiérarchie » qui se manifeste dans la Compagnie, et face à « la séparation toujours croissante entre foi et culture, séparation qui est un empêchement grave pour l’évangélisation ».
Le cardinal Rodé a demandé aux Jésuites « de présenter aux fidèles et au monde l’authentique vérité révélée dans l’Ecriture et la tradition ». Il a demandé aussi aux censeurs jésuites plus de vigilance – et comment ne pas voir ici une allusion aux quatre théologiens cités plus haut : « Ceux qui, selon votre législation, doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les ”règles pour sentire cum Ecclesia” avec amour et respect. »
Trois jours après l’homélie du cardinal Rodé, Benoît XVI a adressé une lettre au R.P. Kolvenbach, pour lui exprimer sa « gratitude ». Il a voulu aussi faire « quelques considérations » pour « encourager » et « stimuler » les Jésuites « à réaliser toujours mieux l’idéal de la Compagnie ». Il a demandé à la Compagnie de rester fidèle au « vœu d’obéissance directe au successeur de Pierre, perinde ac cadaver ». Il a rappelé qu’ « il est indispensable […] que la vie des membres de la Compagnie de Jésus, ainsi que leur recherche doctrinale, soient toujours animées par un vrai esprit de foi et de communion ”en harmonie avec les indications du Magistère” ». Il a aussi souhaité « vivement » que « tous les Jésuites » soient « encouragés à promouvoir la vraie et saine doctrine catholique.
Si ces exhortations ne sont pas nouvelles – Benoît XVI a repris certaines recommandations faites par Jean-Paul II lors de la précédente Congrégation Générale, en 1995 –, la demande qui suit est plus inattendue. En effet, quittant les directives générales, Benoît XVI a demandé à la Congrégation Générale de faire une profession de foi sur différents points et doctrines qui ont conduit notamment aux mises en garde et condamnations citées ci-dessus. « Il pourrait être fort utile, a dit le Pape, que la Congrégation Générale réaffirme, dans l’esprit de saint Ignace, son adhésion totale à la doctrine catholique, en particulier sur des points névralgiques fortement attaqués aujourd’hui dans la culture séculière, comme par exemple le rapport entre le Christ et les religions, certains aspects de la théologie de la libération, et divers points de la morale sexuelle, surtout pour ce qui regarde l’indissolubilité du mariage et la pastorale des personnes homosexuelles. »
Depuis longtemps on n’avait pas entendu un Pape se montrer aussi directif envers les Jésuites.
Le 29eme successeur de saint Ignace
Le P. Adolfo Nicolas, élu le 19 janvier dernier Préposé Général, est âgé de 71 ans. Né à Palencia, en Espagne, en 1936, il est entré au noviciat à dix-sept ans. Il a commencé ses études de philosophie à Alcala de Hénarès, avant de poursuivre celles de théologie au Japon où il a été ordonné prêtre en 1967. Il a accompli toute sa carrière ecclésiastique en Asie où il a été successivement professeur de théologie à l’université jésuite de Tokyo, directeur de l’Institut Pastoral de Manille, aux Philippines, recteur du scolasticat de Tokyo, Provincial du Japon avant d’être, depuis 2004, Modérateur de la Conférence jésuite d’Asie orientale et Océanie. Il est l’auteur d’une étude sur les directives spirituelles de saint Ignace dans sa correspondance (1960), d’un essai sur la Théologie du Progrès (1972) et de réflexions sur la vie religieuse, intitulée L’horizon de l’espérance (1978).
Le 29e successeur de saint Ignace n’apparaît pas comme un conservateur, certains vaticanistes le qualifient même de « très progressiste ». Mais les pronostics des vaticanistes sont souvent démentis par les faits et leurs analyses parfois simplificatrices.
Pour avoir une idée plus précise de la vision du nouveau Préposé Général, on peut se reporter aux réponses qu’il a données, à la fin du mois de décembre dernier, au site des Jésuites américains. Invité à s’exprimer sur ce qu’il attendait de la 35e Congrégation Générale, il avait répondu par six questions : Can we be realistic ? Can we be transparent ? Can we be accompanied ? Can we be creative ? Can we be practical ? Can we be short ?
Il ne souhaitait pas une CG trop longue, qui multiplie les textes. Il espérait qu’elle serait l’occasion d’une prise de conscience : « dans quelles mauvaises directions sommes-nous allés, ce qui a manqué dans nos vies, ce qui a été déformé ou blessé dans notre esprit, ce qui nécessite conversion, renouveau ou réforme radicale. »

19 janvier 2008

[Mathieu Perreault - La Presse] Image des juifs: le pape adoucit le ton

SOURCE - Mathieu Perreault - La Presse - 19 janvier 2008

Le pape Benoît XVI supprimera de la messe en latin un passage controversé qui affirme que les juifs font preuve d'«aveuglement», selon un quotidien milanais. La messe en latin de rite tridentin, interdite depuis 1965, avait été autorisée de nouveau par le pape l'été dernier, une décision qui avait fait des vagues tant chez les catholiques «progressistes» que chez les associations hébraïques.

La messe tridentine a mauvaise presse parce qu'elle est associée à des églises catholiques quasi schismatiques qui rejettent les évolutions amenées par le concile Vatican II. Elle rappelle aussi le temps où les prêtres jouaient un rôle très important dans la vie politique et sociale.

L'été dernier, de nombreux médias avaient fait état d'un passage de la messe du Vendredi saint en latin qui qualifiait les juifs de «perfides». En fait, ce passage avait été supprimé par le pape Jean XXIII en 1959. Le dernier missel officiel en latin, publié en 1962, évoquait toutefois encore l'«aveuglement» des juifs dans sa messe du Vendredi saint. Cette allusion avait été effacée du missel de 1970 - qui n'était toutefois plus en latin. En restaurant la messe tridentine, Benoît XVI remettait donc en vigueur le missel de 1962 et «l'aveuglement» des juifs.

Déjà, en 1939, le pape Pie XII avait expliqué que le terme «peuple perfide» signifiait simplement que les juifs «n'avaient pas la foi».

Donald Tremblay, un prêtre du diocèse de Saint-Jérôme, affirme que le geste de Benoît XVI est «une bonne chose». «Il exprime une sensibilité envers le peuple juif, un profond respect, et une reconnaissance de la contribution qu'ils apportent. Il les reconnaît pour ce qu'ils sont, nos frères dans la foi. Ça démontre une grande ouverture. On disait à son élection qu'il allait être conservateur. Mais il incarne quand même un conservatisme ouvert au monde moderne.»

Détail intéressant, lors de la première utilisation du missel de 1962 pour la messe du Vendredi saint de 1963 au Vatican, l'officiant avait pris par erreur l'ancien texte. Le pape Jean XXIII avait alors décidé de poser le geste très inhabituel d'interrompre la messe et de recommencer cette portion du début.
PASSAGE CONTROVERSÉ

> Dans le missel latin de 1962, la prière du Vendredi saint invitait l'assistance à intercéder «pour les juifs, afin que Dieu notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs coeurs». Deux pages plus loin, les juifs sont qualifiés de «peuple aveugle».

> Fait à noter, l'expression «enlève le voile qui couvre leurs coeurs», adoptée tant par la traduction française qu'anglaise, avait été rendue en italien par «soustraire ce peuple à ses ténèbres», une phrase au ton beaucoup plus négatif.

> Selon le quotidien milanais Il Giornale, le passage évoquant le «voile» restera en vigueur, mais celui qui évoque l'«aveuglement» sera dorénavant supprimé.

16 janvier 2008

[Paix Liturgique] Il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !

SOURCE - La Lettre de Paix liturgique n°80 - 16 janvier 2008

Il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !

Souvenez-vous, le jour même de l’entrée en vigueur du Motu Proprio Summorum Pontificum, La Croix titrait « le Motu proprio ne fait pas recette » minimisant ainsi l’importance de ce texte prophétique.

Depuis le mois de septembre, l’organe officiellement officieux et officieusement officiel de l’épiscopat français a tranché : il n’y a pas – ou quasiment pas – de demandes de célébrations de messes traditionnelles, la faible demande est déjà largement couverte par la « bienveillance » bien connue des évêques de France… circulez, il n’y a rien à voir.

On aurait pu penser que le dogme épiscopal de l’absence de demande avait pris un sérieux coup dans l’aile à la suite des milliers de lettres qui ont déjà été adressées aux curés depuis le mois de septembre.

A en croire le Figaro, l’aveuglement est encore d’actualité à la Conférence épiscopale de France qui, telle les derniers apparatchiks d’un univers en train de disparaître, ne réalise pas que le monde qui l’entoure a changé, que son système est en faillite complète et que ses schémas idéologiques sont usés jusqu’à la corde.

En effet, dans un article étonnant, Sophie de Ravinel évoque notamment la ligne officielle du Parti au sujet des « demandes ».
Voici l’article :

Prudence à la conférence des évêques de France, satisfaction chez les partisans de l’ancien rite

Sophie de Ravinel - LE FIGARO - lundi 14 janvier 2008 - p.9

Le président de la conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, par le biais de son entourage, ne souhaitait pas, hier, donner d’écho particulier à la messe célébrée vers l’Orient par Benoît XVI. Tout juste convenait-on que le choix de Benoît XVI manifeste « une certaine souplesse » vis-à-vis du rite latin. « C’est un non-événement, ajoutait-on. Il s’agit d’un simple geste pratique, lié à la configuration de la chapelle Sixtine dans laquelle l’autel a été construit pour cette ancienne messe. »

L’attention épiscopale, hier, était plutôt centrée sur les propos tenus par le Pape, lors de son angélus, en faveur de l’accueil « sympathique » devant être réservé aux jeunes immigrés.
Même prudente réserve sur le dossier du Motu Proprio qui a « libéralisé » l’ancienne messe. Au siège de la Conférence, on fait état d’un « calme plat » depuis son entrée en vigueur en septembre. « Il y a eu quelques demandes », dit-on simplement, sans être en mesure de donner des chiffres au niveau national, mais précisant toutefois que les évêques « feront un point sur cette question » d’ici à leur prochaine assemblée, début avril.

Les traditionalistes, eux, espèrent que l’épiscopat va prêter une oreille plus attentive à leurs demandes. Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Philippe Laguérie affirme haut et clair : « On ne peut pas parler de calme plat ! De nombreux évêques ont sur leur bureau des centaines, voire des milliers de signatures de fidèles qui sont en attente d’une réaction. » L’abbé, qui se félicite du geste liturgique du Pape, « d’une importance capitale », cite – comme gage de succès – le diocèse de Laval où, depuis la rentrée, « plus de 700 personnes » bénéficient de l’ancien rite. À Versailles, on évoque une vingtaine de demandes de groupes transmises à l’évêque, Mgr Aumonier. Le diocèse de Paris pourrait prochainement augmenter le nombre de paroisses – aujourd’hui quatre – autorisées à célébrer selon le « rite extraordinaire ». A Amiens, où la Fraternité lefebvriste Saint-Pie X invoque le Motu Proprio pour tenter d’obtenir un lieu de culte, la situation est plus compliquée. Le maire ne fera rien avant les élections. L’évêque, lui, attend l’éventuelle réconciliation avec Rome de ces catholiques séparés.

Sophie de Ravinel
Les Commentaires de Paix Liturgique

1/ Merci pour cette belle tranche de rire : « C’est un non-événement (ndlr : la célébration de la messe par le Saint-Père tourné vers le Seigneur, « dos au peuple »)… « Il s’agit d’un simple geste pratique, lié à la configuration de la chapelle Sixtine dans laquelle l’autel a été construit pour cette ancienne messe. » Comme c’est amusant ! Mais alors, si le Saint-Père a célébré la forme ordinaire du rite romain dos au peuple simplement pour des raisons pratiques, pourquoi cette forme ordinaire n’est-elle jamais célébrée comme cela dans les paroisses de France (à une dizaine d’exceptions près) dans lesquelles, pour leur écrasante majorité, « l’autel a été construit pour cette ancienne messe. » Cette affirmation ridicule en dit long sur la « bonne foi » des personnes qui osent la faire…

2/ A son modeste niveau, l’Association Paix Liturgique reçoit chaque jour des copies de lettres adressées par des fidèles à leurs curés ou à leurs évêques pour bénéficier du Motu Proprio. Chaque jour, l’Association Paix Liturgique est informée de la création de groupes de fidèles ici et là. Chaque jour, l’Association Paix Liturgique met des dizaines de personnes qui le souhaitent en contact en vue de faire des demandes. Bien évidemment, cette remontée d’information n’est rien par rapport à l’ensemble des demandes qui remontent effectivement dans les presbytères et les évêchés. Nous n’adressons notre lettre électronique qu’à 250 000 personnes et sommes bien loin d’avoir une connaissance exhaustive de la situation. Simplement, une chose est claire : les demandes de bénéfice du Motu Proprio sont extrêmement nombreuses. Malgré les pressions terribles qui sont souvent faites sur les courageux fidèles qui s’adressent à leurs curés, la lame de fond des demandes se développe d’une manière continue. Nous connaissons aujourd’hui plus de 150 demandes officielles et plus de 200 autres en gestation…

3/ En réalité, le « calme plat » de l’entrée en vigueur de septembre, l’actuel « il y a eu quelques demandes » présentés par la Conférence épiscopale sont des paroles incantatoires sans consistance qui ne reflètent pas la réalité mais qui ne font que traduire un aveuglement idéologique.

Les demandes sont nombreuses mais elles sont mal reçues. Ainsi des fidèles de Quimper se voient répondre par leur curé : « Nous préférons attendre l’arrivée de notre nouvel évêque », d’autres de Louveciennes : « Adressez-vous à votre prochain curé qui sera nommé en Septembre », d’autres encore d’Issy-les-Moulineaux : « Nous avons décidé, c’est non », de Paris : « La situation doit mûrir, revenez me voir dans six mois », de Boulogne Billancourt : « il a été convenu entre les curés du diocèse de Nanterre, que ces demandes doivent êtres formulées auprès du Vicaire épiscopal »… Nous avons aujourd’hui des centaines d’exemples comme cela. Oui il y a une volonté de casser, de décourager et de nier les demandes. Disons-le tout net : il y a dans une grande partie du clergé français, une volonté de nuire aux fidèles désireux de mettre en place dans les paroisses la coexistence pacifique des deux formes de l’unique rite romain.

4/ A côté de ces demandes mal reçues qui sont majoritaires, quand des prêtres courageux acceptent de tenter honnêtement l’expérience, le dogme épiscopal de l’absence de demande éclate en morceaux.

Le curé de Rambouillet (78) en a donné un nouvel exemple dimanche dernier 13 janvier en célébrant la messe dans sa forme extraordinaire dans son église Saint Lubin devant plus de 450 personnes !

Quand le Père Anglarès, curé de Notre-Dame de Pentecôte (La Défense - 92), permet aimablement qu’une messe traditionnelle soit célébrée le vendredi 21 décembre dernier pour les professionnels, une centaine de personnes est présente.

De même quand le Père Philippe Blin, curé de Sèvres (92), organise le 29 septembre 2007 une réunion pour présenter le Motu Proprio et mesurer la demande, ce ne sont pas moins de 80 personnes représentant au moins 50 familles essentiellement de Sèvres qui se déplacent.

Toutes les expériences qui ont été menées de bonne foi par les curés ont été des succès.

Alors plutôt que d’affirmer bêtement qu’il n’y a pas de demandes, nos pasteurs ne devraient-ils pas se mettre à l’écoute de leurs fidèles pour mesurer leurs besoins ?

Pourtant, en pratique, c’est un véritable mur de la honte qui s’établit afin de pouvoir continuer à dire tranquillement qu’il n’y a pas de demande.

5/ Pour conclure, si la responsabilité pleine et entière de cette situation folle incombe à des pères qui refusent d’accepter leurs enfants comme ils sont, avec leurs faiblesses et leurs défauts, il incombe également aux fidèles de relever leurs manches et de prendre avec courage leurs responsabilités, en allant voir, même si parfois il y a des risques d’exclusion ou de rejet, leurs curés et leurs évêques.

Ainsi, ils pourront, à temps et à contre temps, leur faire savoir qu’ils désirent bénéficier dans leurs diocèses ou leurs zones pastorales – et non à 30 ou 80 km comme à Rodez – tous les dimanches des mesures généreuses proposées par le Saint-Père dans son Motu Proprio du 7 juillet 2007.

Pour plus de détail voir notre site www.paixliturgique.com où chaque jour s’ajoutent de nouvelles demandes !

Sylvie Mimpontel

Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Eglise.

Te deum pour Rambouillet – Yvelines

Il y a une semaine nous annoncions la célébration d’une première messe « expérimentale » dans l’église Saint Lubin de Rambouillet.

Grâce soit rendu à l’évêque de Versailles, Monseigneur Aumônier et au père curé de Saint Lubin d’avoir permis à plus de 450 personnes heureuses et joyeuses (Le curé de saint Lubin affirme avoir distribué près de 400 communions !) de se joindre à ce magnifique témoignage de la réconciliation.

Prions pour que cette expérience se poursuive dans la joie et la charité en une célébration hebdomadaire !

Renseignements : d.vannini@orange.fr

Le 20 janvier première messe à Saint-Michel des Andaines – Orne

Le 20 janvier à 11h30 sera célébrée pour la première fois dans la forme extraordinaire une messe dans l’église de Saint-Michel des Andaines dans l’Orne.

Merci de vous unir par votre présence ou votre prière à cette « première » célébrée grâce à la bonté de l’évêque de Sées et du Père Philippe Pottier curé de la paroisse : qu’ils en soient vivement remerciés.

Renseignements : 06 24 14 64 11 (soir et week-end) ou auprès de motuproprio61@neuf.fr

Réunion le 16 février à Saint-Maur pour les familles du Val-de-Marne

L''association FIDES SAINT MAUR organise dans la salle polyvalente de la Maison de Quartier de la Pie, quai de la PIE 94100 Saint-Maur-des-Fossés une conférence sur le MOTU PROPRIO le samedi 16 février 2008 à 20h30.

Les intervenants seront notamment l''abbé de Tanouarn de l''Institut du Bon Pasteur, le Père Argouac''h du prieuré de Sainte Croix de Riaumont.

A l''issue de cette conférence, nous aurons le plaisir de nous retrouver autour d’un rafraîchissement, permettant à tous et à toutes de faire plus ample connaissance, et ainsi de terminer ce rendez-vous agréablement.

La situation de notre demande de célébrations selon la forme extraordinaire dans le diocèse de Créteil sera évoquée en introduction à cette conférence mais nous remercions par avance Mgr SANTIER, évêque de CRETEIL qui a accepté de nous rencontrer le vendredi 8 février 2008.

Merci, si possible de nous annoncer votre participation par courrier électronique à fidessaintmaur@free.fr  ou par téléphone au 06 37 88 87 81.

http://www.fidessaintmaur.com

Messe à Dunkerque – Pas-de-Calais

Une seconde messe selon la forme extraordinaire du rite latin sera célébrée le dimanche 20 janvier à 10h30 la chapelle Notre-Dame-des-Dunes à Dunkerque.

Soyez nombreux à vous unir par la prière à cette sainte messe.

Renseignements : alexandretriquet@aol.com

Une nouvelle demande à Blaye (Gironde)

Un groupe de fidèles de Blaye sollicite son curé pour que soit mis en place la célébration d’une messe selon la forme extraordinaire du rite latin dans cette sous-préfecture de la Gironde.

Les personnes intéressées pourront contacter Louis-Marie Riglet louis.riglet@wanadoo.fr  ou 06 7762 70 26.

Une nouvelle demande à Châtellerault – Indre

Après la consultation de plus d''une centaine de catholiques au sujet de leur désir de participer à une messe de saint Pie V, un groupe va faire, avant la fin du mois de janvier, une demande officielle auprès de monsieur le Curé de Châtellerault pour l’établissement hebdomadaire de cette messe dans notre ville.

Renseignements : grangeon.jean@wanadoo.fr

Vers un groupe sable à Verdun ?

Des fidèles de la région de Verdun se regroupent actuellement pour former un groupe stable qui pourrait bénéficier d’une célébration hebdomadaire de la forme extraordinaire du rite latin.

Les familles intéressées peuvent contacter info@motuproprio55.com

Amiens : l''église Notre-Dame des Vents sur tous les parvis !

Après plus de deux mois de messes dominicales dans le froid, on nous demande de façon répétée, où nous en sommes. "Votre affaire avance?", phrase entendue des centaines de fois, ces semaines-ci.

Oui, les choses avancent, à leur manière, pas toujours comme l''homme les souhaitent. En fait, notre grand malheur est d''exister; certains préfèrent nous oublier ou nous ignorer. En d''autres temps, on ne sait ce qu''ils auraient fait…

Aujourd''hui, ceux qui dérangent, on les ignore. Avec les autres, on dialogue.
Alors nous sommes là, tous les dimanches, et nous serons encore là pour longtemps, si l''ignorance devient aussi abyssale qu''au prétendu Moyen-Age.

Malgré tout, les choses avancent, et notre communauté, paisible et unie, n''a aucunement l''intention de reculer. D''ailleurs, on ne lui laisse d''autre possibilité. Alors, nous continuons, nous frappons à la porte et demandons un peu d''humanité.

Nous avançons plus que jamais, car tous les dimanches, notre paroisse Notre Dame des Vents ne désemplit pas. On aurait pu croire qu''après Noël, la fatigue, la lassitude s''installent. Il n''en est rien. Nous sommes toujours là.

Notre communauté s''attire une sympathie universelle : catholiques ou non-catholiques, traditionalistes ou non, pour tous l''affaire est entendue : "Ils ne demandent qu''un toit, mais on les laisse dans le froid !".

Pendant ce temps, à St-Jacques, à St-Roch, au Sacré-Cœur, à St-Rémy, à St-Germain, de messe, il n''y en a pas.

Tous les jours, 700 visiteurs en moyenne se rendent sur notre site. Les messages de sympathie continuent d''affluer, et nous rendons grâce à Dieu qui a donné le bon sens aux pauvres en esprit et la richesse de cœur aux petits.

"Alors, ça avance?" Oui, cela avance. Au départ, nous étions un petit ruisseau; aujourd''hui, nous sommes une large rivière; et le flot s''intensifie. Bientôt nous serons un fleuve… qui risque d''emporter ceux qui, assis confortablement à distance, feignent de nous ignorer.

L''affaire d''Amiens continue plus que jamais. Dans les prochaines semaines, elle nous donnera l''occasion de visiter tous les parvis…

Rendez-vous dimanche prochain, à 10h00, à St-Leu, grands et petits !

Pour en savoir plus, consultez le site de Paix Liturgique : www.paixliturgique.com

[Capreolus - AgoraVox] A quoi Benoît XVI a-t-il tourné le dos ?

SOURCE - Capreolus - AgoraVox - 16 janvier 2008

"Les gens qui n’sont pas comme nous Ca nous dérange", fredonne France Gall, en échos à Brassens: "Non, les brav’s gens n’aiment pas que L’on suive une autre route qu’eux..."... Quelle route suit donc le pape?

On a pu lire sur ce respectable site, édition du 14 janvier que Benoît XVI avait, sans demander la permission à M. Lenoir, chef de rédaction pourtant du Monde des Religions, célébré une Messe en la chapelle sixtine "selon le rite traditionnel ou tridentin." Au delà du fait que c’est inexact (le rite était celui de Paul VI qui n’interdit ni de la dire en latin, ni de la dire face au peuple), on peut s’étonner du remous provoqué par cette orientation, jusque dans les rang des anticléricaux et laïcs intégristes de tous poils, qui pourraient (qui leur en tiendrait rigueur ?) se dire qu’il s’en moquent.

Où va le pape ? Revient-il, par crispation identitaire, à un rite révolu par la grâce du dernier concile ?

Le concile de Vatican II ne dit rien de l’orientation de l’autel "face au peuple", c’est en réalité un texte plus tardif, l’Institutio generalis Missalis Romani, l’Introduction générale au nouveau Missel romain de 1969 où, au numéro 262, on lit : « Le grand autel doit être construit détaché du mur, de sorte que l’on puisse facilement tourner autour de lui et célébrer, dessus, vers le peuple [versus populum] ». L’introduction à la nouvelle édition du Missel romain de 2002 a repris ce texte à la lettre, mais il a ajouté à la fin cette remarque : « c’est souhaitable là où c’est possible ».

Commençons par deux remarques : D’abord la question de l’orientation reste, en principe, libre. Autrement dit, si le prêtre considère qu’il en a assez d’avoir devant lui une foule de personnes qui suivent plus ou moins ce qu’il fait, il a bien le droit de changer de sens.

Ensuite, le sens a lui même une signification : les chrétiens à la Messe sont-ils tous tournés vers l’Est, cad vers le soleil levant, c’est à dire vers le Christ (symboliquement, bien sûr), ou bien forment-ils une communauté fermée sur elle-même qui s’autocélèbre dans l’admiration béate de sa propre créativité ?

Dans la préface qu’il a rédigé pour le livre d’Uwe Michael Lang “Conversi ad Dominum”, le cardinal Ratzinger écrit :

L’orientation physique devrait - dit la Congrégation pour le Culte divin - être distincte de l’orientation spirituelle. Quand le prêtre célèbre versus populum, son orientation spirituelle devrait toujours être, de toute façon, versus Deum per Iesum Christum [vers Dieu à travers Jésus-Christ]. Comme les rites, les signes, les symboles et les mots ne peuvent jamais épuiser la réalité ultime du mystère du salut, il faut éviter dans ce domaine les positions unilatérales et érigées en absolu.

Ce n’est pas au peuple que le prêtre tourne le dos, mais avec le peuple il est une communauté ouverte tournée vers Dieu.

On dira, et on aura raison, qu’après tout cela regarde les catholiques. Oui, mais alors pourquoi ce raidissement médiatique, qui voudrait que même le pape soit soumis au magistère suprême de la bien-pensance laïque ?

Une dernière remarque... Au moment où le pape pose ce geste dont on ne consteste pas la valeur symbolique (parce qu’il adresse aux catholiques un message clair : arrêtez de vous regarder le nombril, tournez vos célébrations vers Dieu), il n’est pas un jour sans que de vraies bombes explosent et tuent vraiment des vrais gens. Proportionnellement, reconnaissons que l’indignation s’est émoussée par rapport à ces faits qui pourraient finir par nous sembler relever de la "banalité du mal".

En se tournant vers Dieu, le catholique ne se détourne pas des hommes, au contraire. Mais peut-être qu’en voulant qu’il se tourne vers les hommes, on souhaite secrètement qu’il se détourne de Dieu...

15 janvier 2008

[Zenit] Retour à la pleine communion de certains groupes traditionalistes - Entretien avec le cardinal Castrillón Hoyos

zenit.org - Zenit - 15 janvier 2008
ROME, Mardi 15 janvier 2008 (ZENIT.org) - Six mois après la publication de la Lettre apostolique de Benoît XVI sur l'extension de l'utilisation du missel de 1962, le Vatican constate des fruits de réconciliation parmi les catholiques qui avaient rejeté la réforme liturgique du Concile Vatican II.

La Lettre « Summorum Pontificum », facilite la célébration de la messe en latin selon le missel pré-conciliaire, qualifiant ce rite de « forme extraordinaire ». Publiée comme « motu proprio » (c'est-à-dire à l'initiative personnelle du pape), la Lettre a attiré l'attention sur la situation de groupes schismatiques tels que la Société de saint Pie X, qui refuse de célébrer la messe selon le « Novus Ordo » établi par le Concile Vatican II.

Dans un entretien à ZENIT, le cardinal Darío Castrillón Hoyos, précise que depuis la publication du Motu proprio de Benoît XVI le 7 juin 2007, un groupe schismatique a déjà demandé le retour dans la pleine communion de l'Eglise.

En tant que président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le cardinal Castrillón Hoyos est officiellement chargé par le Vatican de favoriser le retour à la pleine communion de personnes liées à la Société de saint Pie X, fondée par Mgr Marcel Lefebvre.

« Nous avons déjà reçu des réponses [à la Lettre] », déclare le cardinal. « Ici à Rome, nous avons une communauté qui a demandé de revenir et nous avons déjà entamé une médiation pour leur retour complet ».

Des demandes arrivent du monde entier, précise-t-il. « De nombreux fidèles nous ont contactés, par écrit ou par téléphone, en disant qu'ils veulent la pleine communion ».

Le cardinal Castrillón Hoyos a clarifié le statut actuel des membres de la Société de saint Pie X suite aux excommunications par le Vatican de membres du groupe, en 1988, en raison du geste schismatique de Mgr Lefebvre qui avait ordonné quatre évêques de manière illicite en disant : « L'excommunication pour une consécration faite sans la permission du pape n'affecte que les évêques qui ont réalisé cette consécration et les évêques qui ont reçu l'ordination épiscopale sous cette forme illicite dans l'Eglise, mais elle n'affecte pas les prêtres ou les fidèles. Seuls ces évêques sont excommuniés ».

Selon le cardinal, ce qu'il faut maintenant c'est « recoudre le tissu ecclésial, car nos frères - je les connais, je connais même mieux certains évêques - sont tous des personnes de bonne volonté, des personnes qui veulent être des disciples de Jésus ».

« En ce moment, a-t-il expliqué, avec un peu d'humilité, avec un peu de générosité, nous pouvons revenir à la pleine communion. Et c'est ce que veulent les fidèles car ils ne veulent pas participer aux célébrations si le prêtre est suspendu parce que l'Eglise ne lui permet pas de célébrer la messe et de remettre les péchés - les fidèles veulent donc ce retour complet ».

Le cardinal Castrillón Hoyos souhaite que toutes les personnes impliquées continuent « à travailler avec le Saint-Père pour recoudre cette unité afin que ces personnes de bonne volonté puissent avoir la plénitude de la sainteté qui vient de l'union avec l'unique Eglise du Christ fondée sur Pierre et ses successeurs ».

Mary Shovlain

[Mgr Bouilleret, évêque d'Amiens] A propos de la Fraternité St-Pie X

SOURCE - amiens-catholiques-sdf.com - 15 janvier 2008
Voici plusieurs semaines les fidèles de la Fraternité St-Pie X ont décidé de célébrer leur culte sur la place publique à Amiens.

Il m'apparaît de souligner et d'éclairer à nouveau les confusions entretenues autour de ces manifestations publiques afin de lever toute ambiguïté.

Depuis plusieurs décennies, les fidèles de la Fraternité St-Pie X célébraient la messe en la chapelle du Bon Pasteur à Amiens. Cette chapelle était la propriété du Conseil général. Un bail avait été signé entre les pouvoirs publics et la Fraternité St-Pie X. Les responsables de la fraternité envoyaient à Amiens un célébrant pour la messe chaque dimanche. Depuis mon arrivée en 2003, aucun prêtre ni aucun fidèle de la Fraternité St-Pie X n'a pris contact avec moi. J'ai seulement croisé et salué une famille habituée à prendre part à la messe dominicale en la chapelle du Bon Pasteur lors d'une visite pastorale dans le diocèse.

La Fraternité St-Pie X est née du schisme entre Mgr Lefebvre et le Saint Siège en 1988. Les fidèles qui ont suivi Mgr Lefebvre se retrouvent au sein de cette fraternité. Ils refusent des apports importants du concile Vatican II. Parmi ceux-ci figure la messe du nouveau rituel de Paul VI. Ils estiment que seule messe tridentine, dite de Saint Pie V est authentique. Cette situation de séparation n'est pas levée aujourd'hui.

En effet, nous rappelle un canoniste et moraliste autorisé: "toute personne humaine qui demande le baptême et/ou participe en exclusivité, comme baptisée d'origine catholique ou comme baptisée d'origine "lefebvriste", à la pastorale, aux rite, sous la seule autorité des seuls ministres fidèles à Mgr Lefebvre après son excommunication et malgré celle des prêtres que Mgr Lefebvre a indûment voulu faire accéder à l'épiscopat; ces personnes baptisées entrent dans le schisme." P. Jean-Paul Durand. Les fidèles de la Fraternité St-Pie X ne sont donc pas en communion avec l'Eglise catholique romaine.

Au cours de l'année 2007, le Conseil général de la Somme a informé la Fraternité St-Pie X que l'ensemble immobilier où se trouve la chapelle du Bon Pasteur serait vendu. Les fidèles de la Fraternité n'auraient donc plus ce lieu pour célébrer leur culte.

De surcroît, des contacts multiples ont alors eu lieu entre le diocèse d'Amiens et la Fraternité St-Pie X. Nous avons cherché une chapelle non affectée au culte sous l'autorité légitime de l'évêque d'Amiens. Nous n'en n'avons pas trouvé. Il ne m'est pas apparu respectueux de la vérité de la liturgie d'autoriser un culte dans une église confiée à ma responsabilité. Le Conseil presbytéral de notre diocèse n'est pas favorable à la mise à disposition d'une église diocésaine. La situation de séparation doit pouvoir être réglée en amont. L'église St-Nicolas du Chardonnet à Paris est toujours occupée illégalement.

Cependant, pour manifester ma bonne volonté, j'ai autorisé des funérailles selon le rite tridentin en une église d'Amiens. Je ne voulais pas laisser un défunt sans culte.

Le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI a publié une lettre apostolique en forme de Motu proprio: Sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970. L'article 5 § 1 précise: "dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers la demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962." A ma demande, un prêtre du diocèse d'Amiens a célébré la messe selon cette forme extraordinaire les 1er et 3e dimanches de l'Avent en l'église St-Roch à Amiens. Ces célébrations ont réuni entre trente et quarante personnes. Elles se poursuivront les 1er et 3e dimanches de chaque mois.

En même temps, les fidèles de la Fraternité St-Pie X ont célébré leur messe sur la place publique. Ils démontrent ainsi que les enjeux ne sont pas la messe en latin mais ceux de l'unité de l'Eglise catholique romaine. Et l'unité au sein du diocèse d'Amiens est le souci principal que je porte.

J'ai lancé un appel à cette unité pour la messe de la nuit de Noël. J'ai invité les catholiques qui le désiraient à manifester cette unité autour de l'évêque légitimement nommé par le Saint Père et ordonné pour présider à la charité en l'Eglise d'Amiens.

J'ai expliqué cette position à deux fidèles de la Fraternité St-Pie X que j'ai reçus. Je leur ai confirmé que la municipalité d'Amiens était prête à leur mettre une salle à disposition. Ils ont refusé les deux propositions faites.

Par ailleurs, j'ai été l'objet de nombreuses calomnies. La violence des propos à mon égard est quasiment passible de justice. J'ai préféré ne pas entrer publiquement dans des polémiques sans fin.

La charité chrétienne ne peut se vivre sans vérité et il n'existe pas de charité authentique sans vérité de la foi et de la liturgie.

Toutefois, je reste en contact avec les responsables de la Fraternité St-Pie X sur Paris pour trouver ensemble une solution qui respecte la vérité de nos convictions.

Je crains et regrette que certains ne comprennent pas la dimension des enjeux qui fondent l'unité de toute notre Eglise. Il ne s'agit pas ici simplement d'un lieu ou d'un local pour célébrer la messe.

Merci à ceux qui m'ont apporté leur soutien. Je regrette que beaucoup se soient arrêtés à la vérité des médias. Elle s'avère parfois partielle et partiale. Je regrette aussi que certains aient retiré leur soutien au diocèse d'Amiens. C'est pourtant dans les temps les plus rudes que nous avons particulièrement besoin de manifester notre communion.

Je vous assure de mon entier service envers tous les habitants de la Somme et vous redis mon entière disponibilité au service de l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Cordialement.

Amiens, le 15 janvier 2008

14 janvier 2008

[Hervé Yannou - Le Figaro] Nouveau geste de Benoît XVI en faveur des traditionalistes

SOURCE - Hervé Yannou - Le Figaro - 14 janvier 2008

En célébrant hier dans la chapelle Sixtine une messe dos aux fidèles, mais en italien, le Pape entendait affirmer sa conception d'une liturgie davantage respectueuse de l'ancien rite.

Dire la messe «dos au peuple» comme autrefois, aucun pape ne l'avait fait en public depuis des décennies. Hier, à l'occasion de la traditionnelle cérémonie des baptêmes dans la chapelle Sixtine, Benoît XVI a réhabilité l'un des aspects rituels les plus emblématiques de la messe d'avant Vatican II. Il s'agit de l'expression la plus manifeste de sa volonté, affichée depuis plusieurs mois, de voir réformée et «perfectionnée» la messe contemporaine en y intégrant certains aspects de l'ancienne liturgie.

Samedi, le service du Vatican chargé d'organiser les messes pontificales et de traduire en la matière les volontés du Pape, avait créé l'événement en annonçant que, cette année, cette cérémonie des baptêmes aurait un caractère particulier. La note expliquait que l'autel contemporain en bois, normalement utilisé dans la célèbre chapelle, ne serait pas installé dans son chœur et que la messe serait dite à l'ancien autel, installé de toute éternité sous la fresque du Jugement dernier de Michel-Ange. Lors de l'élection d'un pape, c'est sur cet autel qu'est déposée l'urne.

Les raisons invoquées étaient tant esthétiques que liturgiques. Benoît XVI ne voulait plus voir «altérées la beauté et l'harmonie de ce joyau de l'architecture» et souhaitait «préserver sa structure du point de vue de la célébration». Le Souverain Pontife devait donc se trouver «le dos tourné au peuple et le regard fixant la croix, orientant ainsi l'attention et la disposition de toute l'assemblée».

Benoît XVI a donc dit la messe à l'ancienne, sans regarder les fidèles, mais en italien, en utilisant le rite ordinaire (le missel du pape Paul VI) et des vêtements et parements liturgiques ayant appartenu à Jean-Paul II, ainsi que les fonts baptismaux contemporains en bronze. Si chaque matin, dans sa chapelle privée, le Pape célèbre sa messe à l'autel installé contre le mur, il ne l'avait jamais fait publiquement.

Par ce mélange des genres, Benoît XVI souhaite renforcer «la sacralité» de la messe post-conciliaire. Il l'avait écrit en juillet dernier dans la lettre qu'il avait adressée aux évêques en publiant le décret libéralisant l'usage de la messe tridentine: les rites d'avant et d'après le Concile Vatican II (1962-1965) «peuvent s'enrichir réciproquement» et il ne doit pas y avoir de rupture entre eux.

«Une réforme de la réforme»

Avant même son élection à la tête de l'Église, il avait expliqué que la réforme devait passer, entre autres, par la place de l'autel et de la position du célébrant. Pour lui, le Concile n'a pas imposé de mettre les autels au centre des églises au risque de transformer la messe en one-man-show du prêtre.

Par ce geste, le Pape confirme que, depuis quelques mois, il est passé à l'action. Avec la nomination de Mgr Guido Marini au poste de maître des cérémonies, d'anciennes pratiques sont venues s'agréger aux nouvelles, du mobilier et des vêtements liturgiques anciens ont été réintroduits, le latin est davantage utilisé lors des célébrations pontificales désormais plus sobres.

Si Benoît XVI veut faire «une réforme de la réforme» et a célébré la messe «dos au peuple» en public, il n'a pas encore dit la messe préconciliaire. Une telle cérémonie pontificale, qui demande une lourde organisation, n'est pas à l'ordre du jour, mais n'est pas à exclure.

Ainsi, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Saint-Siège, a annoncé que devant les réactions «désordonnées» qu'a suscitées la réhabilitation de la messe tridentine, le Vatican devait publier prochainement une instruction rappelant les volontés pontificales.

[Sophie de Ravinel - Le Figaro] Prudence à la conférence des évêques de France, satisfaction chez les partisans de l’ancien rite.

Sophie de Ravinel - Le Figaro - 14 janvier 2008
Prudence à la conférence des évêques de France, satisfaction chez les partisans de l’ancien rite.

« Le président de la conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt- Trois, par le biais de son entourage, ne souhaitait pas, hier, donner d’écho particulier à la messe célébrée vers l’Orient par Benoît XVI. Tout juste convenait- on que le choix de Benoît XVI manifeste « une certaine souplesse » vis- à- vis du rite latin. « C’est un non- événement, ajoutait- on. Il s’agit d’un simple geste pratique, lié à la configuration de la chapelle Sixtine dans laquelle l’autel a été construit pour cette ancienne messe. » L’attention épiscopale, hier, était plutôt centrée sur les propos tenus par le Pape, lors de son angélus, en faveur de l’accueil « sympathique » devant être réservé aux jeunes immigrés.

Même prudente réserve sur le dossier du motu proprio qui a « libéralisé » l’ancienne messe. Au siège de la Conférence, on fait état d’un depuis son « calme plat » entrée en vigueur en septembre. « Il y a eu quelques demandes » , dit- on simplement, sans être en mesure de donner des chiffres au niveau national, mais précisant toutefois que les évêques « feront un point sur cette question » d’ici à leur prochaine assemblée, début avril.

Les traditionalistes, eux, espèrent que l’épiscopat va prêter une oreille plus attentive à leurs demandes. Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Philippe Laguérie affirme haut et clair : « On ne peut pas parler de calme plat ! De nombreux évêques ont sur leur bureau des centaines, voire des milliers de signatures de fidèles qui sont en attente d’une réaction. » L’abbé, qui se félicite du geste liturgique du Pape, « d’une importance capitale », cite – comme gage de succès – le diocèse de Laval où, depuis la rentrée, « plus de 700 personnes » bénéficient de l’ancien rite. À Versailles, on évoque une vingtaine de demandes de groupes transmises à l’évêque, Mgr Aumonier. Le diocèse de Paris pourrait prochainement augmenter le nombre de paroisses – aujourd’hui quatre – autorisées à célébrer selon le « rite extraordinaire ».   À Amiens, où la Fraternité lefebvriste Saint- Pie X invoque le motu proprio pour tenter d’obtenir un lieu de culte, la situation est plus compliquée. Le maire ne fera rien avant les élections.   L’évêque, lui, attend l’éventuelle réconciliation avec Rome de ces catholiques séparés. »

Sophie de Ravinel

13 janvier 2008

[Reuters] Le pape renoue avec un rite ancien durant la messe au Vatican


SOURCE - Reuters - 13 janvier 2008




CITE DU VATICAN (Reuters) - Le pape Benoît XVI a célébré la messe en tournant le dos régulièrement à ses ouailles, un rite ancien qui n'avait plus été observé depuis des décennies.

Le souverain pontife a utilisé un autel ancien de la Chapelle Sixtine placé contre le mur qui est sous la fresque du Jugement dernier de Michelange, au lieu de l'autel placé sur une plate-forme mobile qui permettait à son prédécesseur Jean Paul II de faire face aux fidèles.

Le département du Vatican chargé des célébrations liturgiques a expliqué que l'autel ancien, où sont placés les bulletins de vote lors de l'élection du pape, a été utilisé pour respecter la beauté et l'harmonie du lieu.

C'est la première fois depuis le concile de Vatican II (1962-65) que le pape tourne ainsi occasionnellement le dos aux fidèles pour regarder la croix. Il a également prononcé son homélie assis sur le vieux trône en bois situé à la gauche de l'autel, celui qu'utilisait Pie IX au XIXe siècle.

Benoit XVI, issu de la frange conservatrice de l'Eglise, réintroduit peu à peu des rites anciens abandonnés progressivement depuis Vatican II, le concile qui a marqué la modernisation de l'Eglise, substitué les langues vernaculaires au latin, et encouragé le dialogue oecuménique.

En juillet, le souverain pontife a publié un "motu proprio" libéralisant la célébration de la messe en latin, ce qui a été considéré comme un geste en faveur des traditionalistes. Il s'est également prononcé pour le retour du chant grégorien.

Silvia Aloisi, version française Jean-Stéphane Brosse

[AFP] Le pape Benoît XVI a célébré dimanche pour la première fois en public une messe en tournant le dos aux fidèles

AFP - 13 janvier 2008
CITE DU VATICAN, 13 jan 2008 (AFP) - Le pape Benoît XVI a célébré dimanche pour la première fois en public une messe en tournant le dos aux fidèles, à la manière dont cela se faisait dans la liturgie ancienne que le souverain pontife a réhabilitée il y a six mois.

Au cours de la cérémonie de baptême de 13 bébés d'employés du Vatican "le pape se trouvera à certains moments le dos tourné aux fidèles et le regard vers la croix", a indiqué auparavant l'Office des célébrations liturgiques en décrivant la messe qui s'est déroulée dans la Chapelle Sixtine.

"Pour le reste, la célébration se déroulera normalement et le missel (livre liturgique) ordinaire, c'est-à-dire celui introduit par Paul VI après le Concile Vatican II, sera utilisé", précise l'Office. Le pape a en effet prononcé la messe en italien et non pas en latin.

Benoît XVI a décidé en juillet dernier d'autoriser la célébration de l'ancienne messe en latin, selon le "missel de Saint Pie V", à la grande satisfaction des catholiques traditionalistes.

Le missel de Saint Pie V a été promulgué en 1570 près le concile de Trente et il a subi plusieurs fois des retouches, dont la dernière à l'époque du pape Jean XXIII en 1962. C'est pourquoi Benoît XVI préfère parler du missel "de Jean XXIII".

Celui-ci comprend toujours une prière pour la conversion des juifs le Vendredi Saint (commémorant la mort du Christ).

Le missel de Paul VI a remplacé cette prière par une autre qui évoque les juifs comme le premier peuple à avoir "reçu la parole de Dieu", mais ne demande plus de conversion. Il a été promulgué en 1970 après le concile Vatican II.

Selon ce missel, le prêtre officie face aux fidèles et dans les langues vernaculaires.

ljm/via

[Aletheia n°118] Après le discours du Latran - par Emile Poulat

Aletheia n°118 - 13 janvier 2008

Article paru dans l’hebdomadaire France Catholique (60 rue de Fontenay, 92350 Le Plessis-Robinson), le 11 janvier 2008.

Ce n’est pas à moi d’expliquer au pape Benoît XVI et au président Sarkozy ce qu’ils doivent penser, dire ou faire. D’ailleurs, ils ne me le demandent pas. Je me sentirais trop comme Grosjean voulant en remontrer à son curé ou à son instituteur. En revanche, à moi ou à nous, il nous appartient de les écouter, ce mot à double sens : les suivre et leur obéir, mais d’abord les entendre et les comprendre. C’est donc par là que je commencerai.

Nicolas Sarkozy a donc rendu visite à Rome à Benoît XVI. Cela fait trois points distincts : le voyage, le programme, le discours.

1/ Le voyage

Le Saint-Siège est la première puissance avec laquelle, depuis le XVe siècle, la France entretient des relations diplomatiques. Ces relations ont été interrompues pendant la Révolution française, reprises par Bonaparte, et rompues – seule et unique fois – par la IIIe République de 1904 à 1921.

Le voyage du chef de l’État nouvellement élu s’inscrit donc dans la meilleure tradition diplomatique. Ce qui est nouveau, c’est le style : d’une part, la suite bigarrée qui l’accompagnait ; d’autre part le rythme accéléré du programme de moins de vingt-quatre heures et avec les occupations parallèles (un dîner avec les chefs de gouvernement italien et espagnol).

2/ Le programme

Le programme comportait deux moments forts : une audience privée du Pape – courte, vingt-cinq minutes -, une cérémonie en la basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale du Pape, où Nicolas Sarkozy a été accueilli par le chapitre des chanoines pour y prendre possession de la stalle de « premier et unique chanoine d’honneur », titre transmissible décerné à Henri IV pour sa générosité envers le chapitre. En réalité, la « stalle » est un fauteuil au milieu du chœur, montrant bien ainsi que, parmi les chanoines, ce laïc n’est pas l’un des leurs, même si, traditionnellement, une stalle est réservée à un chanoine français (présentement Mgr Louis Duval-Arnould) pour le représenter.

Il semble bien que, depuis la fin de l’Ancien Régime, et peut-être même avant, la prise de possession soit tombée en désuétude. Elle a été relevée par la Ve République, comme un signe des bonnes dispositions de la France envers le Saint-Siège, à une heure où celui-ci occupait une place croissante sur la scène internationale. Nous sommes dans l’ordre de l’honorifique et du symbolique, sans aucune confusion des rôles et des plans, et selon un usage dont on trouverait bien des équivalents dans la société civile.

3/ Le discours

Ce qui a fait mouche et a ouvert le débat, c’est le discours prononcé par le président de la République à l’occasion de sa prise de possession, d’autant plus que ce discours s’inscrivait dans le prolongement du livre d’entretiens La République, les religions, l’espérance1.

Ce discours est donc à deux faces : la laïcité, la religion. Sur la laïcité, il a fait bondir la gauche laïque et même le centre (François Bayrou) rallié à la laïcité, et on peut se demander si c’est bien toujours à bon escient. Sur la religion, il a ravi les autorités romaines, et on peut se demander si ce n’est pas imprudence ou précipitation : la satisfaction était de circonstance, et donc s’imposait, mais à quoi allait-elle ?

Sur ces deux thèmes, la nouveauté du ton était indéniable, dans le style du président. Il y avait, dans le propos, une chaleur inhabituelle et une formule nouvelle : laïcité positive. Deux questions se posent aussitôt : n’était-ce pas déjà en France la réalité progressivement établie ? Et, si notre société peut faire mieux en ce domaine, que peut-on attendre de cette déclaration d’intention ?

Deux distinctions capitales s’imposent ici si l’on veut sortir de la confusion habituelle qui alimente les débats. La première est entre deux ordres de réalités : la laïcité qui habite chacun d’entre nous, la laïcité qui nous gouverne tous. La seconde est entre deux notions qui ne s’équivalent pas : laïcité et séparation.

La laïcité qui nous habite, c’est l’idée que chacun de nous est libre de s’en faire et sur laquelle se sont longtemps affrontées les familles de pensée, sans qu’on puisse considérer l’opposition comme surmontée et la discussion comme close. La laïcité qui nous gouverne – Notre laïcité publique2 – c’est le régime juridique et administratif progressivement mis en place, de la IIIe à la Ve République, un régime qui s’impose, à la fois par la force de la loi et par la satisfaction qu’il procure généralement dans son ensemble.

Ce régime représente bien aujourd’hui une réalité positive, qui n’exclut personne et qui intègre les religions. S’il y a des aspirations et des contentieux, leur domaine est limité et mineur. Personne ne songe à le remettre en cause radicalement. Laïcité positive, qui ne s’en réjouirait ? Objection : si elle n’était que positive, tout irait bien, mais elle renvoie à une laïcité négative et à ses partisans, qu’elle condamne et qui, justement vivaient leur idée de la laïcité comme positive. Comment ne pas raviver « la guerre des deux France » ? Autre objection, sémantique et inextricable : ajouter un adjectif, c’est changer le sens du substantif. Mais alors, pourquoi opposer à cette « laïcité » positive la « laïcité républicaine » ? Et parler simplement de « la laïcité » devient vite incantatoire, comme de parler de « la modernité » ou de « la liberté ».

Voici pourtant vingt-cinq ans que la Ligue de l’Enseignement a mis à son programme une recherche et une réflexion sur l’histoire et sur la mise en œuvre de notre laïcité française. Elle avait parlé, certes, non de laïcité positive, mais de laïcité ouverte, puis de laïcité plurielle. Entre la Ligue et le Président, c’est le tunnel du Mont-Blanc en percement, son ouverture par les deux bouts, en attendant l’heure de se rencontrer si chacun a calculé juste, un travail ingrat mais gratifiant loin du ciel des idées pures. C’est ce travail qui oblige à distinguer clairement laïcité et séparation des Églises et de l’État. Quand François Bayrou explique qu’il s’en tient à la laïcité de Jules Ferry3, c’est un peu court, pour deux raisons : parce que la laïcité ne se limite pas aux lois scolaires, et parce que, si la laïcité commence avec Jules Ferry, elle ne s’arrête pas avec lui.

Notre régime de laïcité publique s’enracine pour l’essentiel dans une période de vingt-cinq ans : des lois scolaires (1881-1886) à une loi cultuelle (1905) « concernant la séparation des Églises et de l’État ». Ces deux bornes ont été à l’origine d’un grave conflit avec l’Église catholique : deux conflits réglés - ou plutôt apurés en 1923-1924 pour le culte4, en 1959, par la loi Debré, pour l’enseignement.

La République est devenue constitutionnellement « laïque » en 1945 par la volonté commune d’un gouvernement tripartite (communistes, socialistes, démocrates-chrétiens) et en 1958 par la volonté d’une majorité gaulliste, sans que soit définie cette « laïcité », sans que soit assuré un accord sur une même acception. Des progrès sont nécessaires et peuvent être escomptés en vue d’une clarification, mais devant ce flou persistant, on comprend que le Saint-Siège n’ait pas les idées plus claires et demeure perplexe, tout en ayant sa propre idée d’une « vraie et saine laïcité ». Il reste que nous sommes bien parvenus à un régime apaisé, ouvert, pluriel, positif. C’est de lui qu’il peut sortir, si on l’estime possible et souhaitable, de nouvelles avancées.

L’État n’est pas devenu plus laïque grâce à la loi de 1905, simplement un peu moins sacristain. Il administrait à son échelle le temporel de quatre cultes reconnus : il y renonce au profit d’une entière liberté reconnue à tous les cultes. En ce sens, c’est la République qui est devenue plus laïque, puisqu’elle ne privilégie plus aucun « culte ». Et pourtant, on bute sur un obstacle inattendu : les sectes, en même temps qu’on dut découvrir une frontière incertaine entre culte et culture.

En 1905, le législateur a reculé devant une séparation intégrale. Il aurait pour cela fallu faire à l’Église catholique un « cadeau » - un cadeau empoisonné – et il s’y est refusé : lui rendre les 40.000 églises et chapelles nationalisées en 1789 et, depuis 1802, affectées à l’exercice du culte catholique. Au sein de la laïcité, la loi de 1905 est de nature hautement symbolique, mais son dispositif est singulièrement limité : elle se borne à supprimer le service public du culte, le budget des cultes et l’administration des cultes chargée de gérer ce budget et ce service. Elle a été modifiée une vingtaine de fois – la première moins d’un an après sa promulgation – selon une dizaine de critères. Elle appelle d’urgence une édition critique : sa version dite « consolidée » publiée officiellement est loin d’être satisfaisante. Faut-il encore la modifier ou la compléter ? Il faut d’abord la lire et bien la lire. La loi de 1905 a été condamnée par le pape Pie X et, à nouveau, par le pape Pie XI qui en a pourtant autorisé l’usage sans que le gouvernement ait accepté de la modifier. Elle a donc été condamnée tout en étant acceptée par l’épiscopat français et par le Saint-Siège. L’essentiel n’est pas d’ergoter sur le mot séparation, mais de suivre le Conseil d’État qui, dès mars 1906, a établi que la majorité parlementaire avait écarté une loi de combat au profit d’une loi de liberté : une liberté comme l’Église n’en avait jamais connu au cours de l’histoire de France. Et, d’une certaine manière, c’est bien ce qui faisait la difficulté : ni l’État, ni l’Église, ni personne n’avait l’expérience de cette liberté où il fallait s’engouffrer, sans savoir où elle menait.

Depuis un siècle, l’Église a donc toute liberté d’occuper tout l’espace public dont elle est capable. Traduit dans son langage, l’article 1er de la loi de 1905 assure la libertas conscientiarum et garantit la libertas Ecclesiæ en matière de culture, indépendamment des lois qui lui ouvrent libéralement accès à tout le champ des libertés publiques (presse, enseignement, association, réunion, syndicats, etc.) à une exception près, levée en 1942 : les congrégations. On dira qu’il ne faut rien idéaliser. Il faut plutôt éviter de confondre. Tout bien décanté avec le temps, si l’Église a eu à souffrir, ce n’est pas du nouvel état de droit mais du mouvement de la société. La loi de 1905 pouvait modifier le rapport de la puissance publique et de l’Église catholique : elle était le produit d’un rapport de forces sociales qu’elle n’avait pas le pouvoir de modifier, moins encore d’inverser. Dès lors, deux questions vont se poser à l’Église : la liberté pour quoi faire ? Et la liberté dans quelle situation ?

Le laïcisme n’a jamais désarmé et l’Église l’a toujours dénoncé : aussi agissant qu’on le suppose, il n’a jamais entamé le régime juridique issu des « lois laïques ». Mais surtout, il est à double face comme Janus : fils de la philosophie des Lumières et marqué à gauche ; fils de l’économie libérale et de la sécularisation des activités humaines, marqué à droite. Un exemple : les premiers ont supprimé le repos dominical, remplacé par le repos hebdomadaire fixé le dimanche, et ce sont les seconds qui réclament le dimanche jour ouvré, malgré les Églises et les syndicats.

C’est dans cet environnement défavorable, à régime juridique constant (sauf corrections successives toutes favorables), que l’Église va devoir exercer sa nouvelle liberté et faire l’apprentissage des possibilités qu’elles lui ouvrent. Et ceci sur deux registres bien distincts : la vie paroissiale dans le cadre diocésain, comme toujours ; depuis la Révolution française, un projet de restauration chrétienne de la société (« chrétienté profane », selon Jacques Maritain ; « royauté sociale » de Jésus-Christ sur les individus, les familles et les nations, selon Pie XI).

Chacun peut voir ce qu’il en est advenu : baisse continue des statistiques de pratique religieuse et de la fréquentation des Eglises ; affaissement de la catéchisation des enfants, des patronages et des mouvements de jeunesse catholique (à l’exception du scoutisme) ; rupture culturelle des jeunes générations ; sécularisation des organisations d’étiquette ou d’inspiration catholique ; révolution des mœurs (cohabitation juvénile, sexualité précoce, contraception, avortement, divorce, pacs, homosexualité revendiquée, pornographie généralisée, drogue banalisée, pédophilie, perspectives ouvertes par la génétique, etc.) L’Église n’a plus les moyens de son projet et ne les retrouvera pas, sans disposer d’un projet de remplacement, sans même une analyse et une réflexion sur les raisons de cette rapide transformation du paysage. L’Église de France reste pourtant d’une grande vitalité et d’une forte créativité, mais en tous sens, et avec une portée limitée, dans le prolongement de ce qu’au XIXe siècle, on appelait « les industries du zèle », sans dissiper les inquiétudes.

On comprend que, dans cette situation, l’appel romain de Nicolas Sarkozy à l’Église catholique et aux catholiques de France ait été accueilli par des applaudissements et qu’il ait « fait mouche » parmi les cardinaux « buvant du petit lait »5 . On comprend qu’il ait irrité les « laïques » comme une entorse à la laïcité.

Le Président voulait taper fort, au risque de taper trop fort, pour frapper l’opinion. Il a réussi. Il ne pouvait choisir meilleur moment, à l’heure où l’Église de France se montre soucieuse de sa visibilité, d’une plus grande visibilité, et s’interroge sur les voies à prendre, en réaction contre ceux des siens qui lui expliquaient qu’elle n’était plus qu’une minorité et qu’elle devait se faire modeste.

Pour une part, je trouve ce débat interne fallacieux. Je repense au débat ouvert par Maurice Druon en 1972, Une Église qui se trompe de siècle. Je pense qu’elle se trompe de cible. La question fondamentale pour elle n’est pas d’être visible, mais d’être audible, en sachant qu’il ne suffit pas de parler pour être entendu, mais qu’il faut trouver l’oreille d’autrui et lui dire des choses pour lui pertinentes.

En outre, elle sous-estime sa visibilité présente, qu’elle devrait apprendre à mieux mesurer. Je ne peux ici développer mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, après l’État, aucune organisation ne dispose – et de loin – de moyens équivalents. Sera-t-elle en mesure de répondre à l’appel présidentiel plus qu’elle ne fait aujourd’hui ? On peut le souhaiter sans discerner clairement la réponse. Et l’on ne peut oublier les deux freins qui pèsent sur cette réponse : la crainte de l’Église d’être instrumentalisée, et la persistance d’importantes divergences (en tête l’immigration, la bioéthique, la famille et le travail dominical). Il suffit de se souvenir que l’Église de France et le Saint-Siège ne sont toujours pas clairs avec la loi de 1905 – qui demeure condamnée – et avec les associations cultuelles qu’elle a instituées, et moins encore avec l’idée de laïcité.

Sur ce point, le discours présidentiel du Latran risque, en effet, d’accroître la confusion plutôt que de la dissiper. Le ton nouveau qu’il a adopté peut avoir un effet, limité, sur l’opinion publique : il ne change rien à l’ordre existant. Jean-Pierre Raffarin l’a expliqué sans équivoque : « la société française ne peut accepter qu’une religion tente de lui imposer un projet politique.6 »

Il faut en être conscient – et c’est sans doute là le vrai « tournant » - Nicolas Sarkozy ne fait que dire enfin tout haut ce qui se pratique au quotidien sans phrases, malgré les représentations contradictoires, éloignées de la réalité, que peuvent s’en faire des catholiques et des laïques. Ce qu’il dit n’est que la tardive reconnaissance publique du caractère libéral de notre régime de laïcité et de sa pratique depuis un siècle. Désormais, il y aura contradiction et même hypocrisie si l’on n’accorde pas ce qu’on pense de la laïcité et ce qui est fait un peu partout.

Si l’on voit, dans le discours du Latran, une atteinte ou une menace pour la laïcité, il faut aussi dénoncer le maire socialiste de Villiers-le-Bel après les violences qu’a subies sa commune, déclarant aux associations et aux religions : « J’ai besoin de vous »7. Il faut dénoncer Lionel Jospin qui, en 2002, a institué une rencontre annuelle entre le gouvernement et l’épiscopat. Il faut dénoncer Vincent Auriol qui, en 1947, a rétabli la présentation à l’Élysée des vœux des cultes anciennement reconnus, supprimée en 1905. Il faut dénoncer tous les recours de la puissance publique à l’aide des organisations d’étiquette ou d’inspiration confessionnelles.

L’appel du Latran laisse en l’état le statut des cultes et de ses ministres. Les religions ne redeviennent pas un service public. La loi de 1905 lui ouvre les portes du monde associatif sur un mode particulier, de droit privé. L’appel aux associations a précédé l’appel aux religions.

La religion se perd, et elle n’est plus ce qu’elle était, mais il nous faut apprendre à voir qu’elle occupe encore une place considérable dans l’espace public, et en grande partie du fait de l’Église catholique. La Raison, organe de la Libre-Pensée, s’est récemment plaint que l’agenda de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur chargée des cultes, ne lui permette pas de recevoir ses représentants, alors qu’elle trouve largement le temps de recevoir et de visiter les autorités religieuses8.

Il faut bien le constater : le ministre sait ce qu’elle peut demander aux grandes religions sur le terrain social, tandis qu’elle n’attend rien en ce domaine de la Libre Pensée.

Il était bien temps de le reconnaître publiquement et d’en tirer les conséquences, ou alors c’est un siècle de régime libéral et de pratique libérale de la laïcité qu’il faut remettre en cause. Il faut aussi reconnaître le long chemin à parcourir, au sein de la société française, pour qu’elle soit au clair avec la laïcité qu’elle s’est donnée.

Je n’ai pas abordé l’Europe et ses racines chrétiennes. C’est devenu un véritable cactus, un débat mal engagé où les sensibilités l’emportent sur la raison. Je m’en tiendrai à la remarque de bon sens du cardinal Jean-Louis Tauran : « Quand on fait un traité, on n’est pas obligé de faire de l’histoire ; mais quand on fait de l’histoire, on doit la respecter ».

Reste un dernier sujet, fondamental : l’espérance. Je ne suis pas sûr que le Pape et le Président s’en fassent la même idée et que le mot revête pour eux la même réalité. « L’espérance des peuples n’est pas dans la foi, mais dans la démocratie et le droit », écrivait récemment Bernard-Henri Lévy9. Mais de quelle foi s’agit-il ? Et comment s’articule-t-elle avec notre condition historique ? Plus qu’un point, grave de désaccord, j’y vois le lieu d’une réflexion commune à instaurer. « Spe salvi », sauvés dans l’espérance, cette deuxième encyclique de Benoît XVI, c’est le point de départ, pour l’Église, d’une réflexion, d’une redéfinition de son projet pour l’humanité au XXIe siècle10.

(1) Avec Thibaud Collin et le Père Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004, 172 pages, 17 €.

(2) Émile Poulat, Notre laïcité publique, Paris, Berg International, 2003, 416 pages. 22 €.

(3) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(4) Emile Poulat, Les Diocésaines. République française, Église catholique : Loi de 1905 et association culturelle, le dossier d’un litige et de sa solution (1903-2003), Paris, la Documentation française, 2007, 578 pages, 25 €.

(5) Reportage de Samuel Pruvot in Famille Chrétienne, 29 décembre 2007.

(6) Le Figaro, 28 décembre 2007 (en réponse à F. Bayrou).

(7) Le Figaro, 26 décembre 2007.

(8) La Raison, décembre 2007.

(9) Libération, 28 décembre 2007.

(10) Comment oublier deux ouvrages demeurés sans suite, la Théologie de l’espérance, de Jürgen Moltmann, Cerf, 1970 - et la Sociologie de l’espérance, d’Henri Desroche (Calmann-Lévy, 1973) ?

11 janvier 2008

[Paix Liturgique] Nos vœux pour que la paix liturgique s'établisse en France en 2008

SOURCE -  Lettre de Paix Liturgique n°79 - 11 janvier 2008

Nos vœux pour que la paix liturgique s'établisse en France en 2008

Au seuil de l’année nouvelle, nous avons demandé à Louis Renaudin, cofondateur d’Oremus, de répondre à quelques questions concernant les mesures généreuses prises l’été dernier par notre Pape Benoît XVI à travers le Motu Proprio « Summorum Pontificum ».

1 – En cette période de vœux, quels pourraient être les vôtres ?

Au risque de sembler peu original, les vœux que nous formulons sont ceux que nous formulons depuis vingt ans, et même plus… Nous formons le vœu que l’année 2008 se traduise dans la réalité de nos diocèses par la fin de l’apartheid liturgique. Puisse cette nouvelle année être celle où nous verrons enfin nos évêques nous aimer tels que nous sommes avec nos pauvretés et nos défauts et non pas tels qu’ils aimeraient que nous soyons. Puisse cette nouvelle année être celle où l’autorité accordera enfin aux fidèles très nombreux qui le désirent, la possibilité de vivre leur foi catholique, en pleine communion avec l’Eglise, au rythme de la liturgie traditionnelle appelée aujourd’hui surnaturellement « forme extraordinaire du rite latin ». Enfin, puisse cette nouvelle année sceller définitivement la fin de l’aveuglement liturgique de l’épiscopat français. Les saintes paroles du Pape ont confirmé que ce que nous demandons avec insistance est parfaitement légitime. Nous formons donc ces vœux avec plus d’intensité et d’espérance encore pour que les faits emboîtent le pas aux paroles et aux textes.

2 – En quoi le Motu Proprio change-t-il la situation ?

En théorie, le Motu Proprio du 7 juillet 2007 change tout ! Non, la messe de saint Pie V n’est pas « interdite », elle n’est pas « intégriste », elle n’est pas « marginale », elle n’est pas « obsolète », elle n’est pas non plus « seulement tolérée » le temps d’une « parenthèse miséricordieuse » pour quelques vieillards séniles… La messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée ou interdite. Ce rappel a des conséquences considérables car la ségrégation religieuse dont font l’objet les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise, a longtemps été justifiée par ces contrevérités aujourd’hui balayées par le Saint-Père lui-même. Le Motu Proprio change tout en théorie puisque le simple fidèle se voit, en principe, accorder la possibilité d’accéder à la nourriture spirituelle et liturgique qu’il implore… Dans la pratique, les choses changent lentement, trop lentement à notre gré, mais elles changent, et elles vont finir par changer en profondeur, mais il faudra du temps…

3 – Pourquoi cette lenteur face aux suggestions généreuse du Saint-Père ?

D’abord, les suggestions du Saint-Père ne vont sans doute pas tarder à être précisées, et donc renforcées. Le gallicanisme explique probablement une part de la première réception du Motu Proprio, qu’on pourrait dire instinctive, par une partie du clergé de France. Le « qu’en dira-t-on » et le respect humain sont aussi des pistes de réflexion (comment célébrer une liturgie longtemps considérée interdite à des fidèles qu’on a traînés dans la boue et injustement calomniés pendant plusieurs décennies dans les plus hautes sphères de l’Eglise de France ?).

En fait une partie du clergé français – pas toute heureusement – semble atteinte, comme nous tous probablement, du complexe d’Astérix : « il est le plus fort », « le plus intelligent », « le plus lucide » et, si vous me le permettez, ceci sans parler du peu de cas que fait ce personnage bien sympathique de bande dessinée de tout ce qui vient de Rome... Dans ces circonstances, le clergé français n’accepte pas de voir la réalité telle qu’elle est, surtout si celle-ci est éloignée ou contraire à ses schémas mentaux ou idéologiques.

Pour cette partie – la plus âgée, d’ailleurs – du clergé français, la situation est finalement assez simple : Les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise n’existent pas ! Mais pourquoi donc le Pape a-t-il eu cette idée saugrenue d’aller légiférer sur quelque chose qui n’intéresse ni ne concerne personne ?

Pour ce clergé français là, qui ne sera pas toujours majoritaire, il n’y a pas de problème liturgique. Les propos tenus par Monseigneur le Gall, archevêque de Toulouse, Président de la Commission de l’épiscopat pour la liturgie et la pastorale sacramentelle, dans les colonnes de La Croix, le 13 octobre 2006, sont révélateurs de cet aveuglement : « Je pense que notre pays, plus que d’autres, a trouvé un équilibre en la matière » (ndlr : en matière liturgique). Auto satisfecit facile mais illusoire…

Il y a de nombreux autres exemples de cet aveuglement épiscopal. Le cas le plus caricatural est probablement celui de Monseigneur Daucourt qui plus de cinq ans et demi après son arrivée sur le siège de Nanterre n’a toujours pas accepté de dialoguer avec les familles de son diocèse attachées à la liturgie traditionnelle de l’Eglise malgré des centaines de demandes… Pourquoi dialoguer avec des personnes qui n’existent pas se demande-t-il certainement.

4 – Mais alors comment s’en sortir ?

La prière, le courage des fidèles, la volonté du pape, le renouvellement des générations cléricales, et le temps finiront par venir à bout des blocages opposés par les vieux apparatchiks. Il ne faut pas se voiler la face, cela sera long et difficile car il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : Des milliers de jeunes pérégrinent sur les routes de Chartres lors des pèlerinages de Pentecôte ? Certains n’y voient que des jeunes « naïfs et manipulés ». Des centaines de vocations sacerdotales et religieuses dans les séminaires, abbayes et couvents traditionnels depuis quarante ans ? Les mêmes nous répondront qu’il ne s’agit pas là de vocations sérieuses ou que ces prêtres n’ont pas leur place dans l’Eglise d’aujourd’hui. Deux sondages officiels établis par des organismes professionnels et indépendants confirment sans équivoque qu’au moins 15% des catholiques français – c'est-à-dire plus de 4 millions d’âmes – assisteraient volontiers à la célébration régulière de la liturgie traditionnelle, « on » répond aussi vite que ces personnes ne comprennent rien et ne désirent en réalité rien d’autre qu’une application encore plus intense des excès liturgiques, avec seulement un léger saupoudrage de latin… Mais toutes les semaines, nous apprenons qu’une messe de saint Pie V va être dite désormais ici, une autre là, une autre encore ailleurs. C’est apparemment peu, mais les choses bougent. Soyons fermes et patients, patients et fermes.

5 – Que proposez-vous ?

Rien ne se fera sans la bienveillance et l’accord des évêques qui sont les Pères des fidèles et comme le rappelle la lettre du Pape aux évêques qui accompagne le Motu Proprio les « modérateurs » de la liturgie dans leurs propres diocèses. Rien ne se fera sans amour. Aussi, bien que nous soyons en 2008, il est urgent que nos pasteurs commencent à appliquer au plus vite les directives que Jean Paul II leur avait recommandé de suivre en 1988 avec la publication du Motu Proprio Ecclesia Dei.

6 – Qu’est-ce à Dire ?


Le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 a une grande valeur morale. Il rend justice à ces prêtres et à ces fidèles persécutés par la hiérarchie de l’Eglise de France au prétexte de leur attachement liturgique. En pratique, les choses sont moins nettes. Ce texte offre certes la liberté aux curés de célébrer la messe traditionnelle de l’Eglise sans autorisation spéciale préalable… Mais cette liberté n'est – pour l’heure – pas assez utilisée en pratique puisque les évêques et leurs conseils n’y sont généralement pas favorables pour les raisons indiquées ci-dessus. Nous sommes donc dans une situation encore difficile et les possibilités à court terme restent insuffisantes pour des prêtres respectueux de leur hiérarchie et des fidèles qui ne veulent pas partir en croisades contre leurs pasteurs… On peut le comprendre, bien qu’après tout le pape soit, en bonne doctrine, le Pasteur suprême. Cependant, il est vrai que seule des décisions courageuses, honnêtes et bienveillantes de nos évêques d’accorder d’une manière large et généreuse la liturgie traditionnelle pourra rétablir la concorde.

7 – Que devraient faire nos évêques ?

Ils devraient faire ce qu’ils auraient dû faire depuis 20 ans : ils devraient chercher loyalement à connaître les familles de leurs diocèses qui souhaitent de telles célébrations et mesurer la demande plutôt que de la minorer ou de l’ignorer. S’ils ne veulent ou ne peuvent agir ainsi, il leur reste d’autres solutions simples et sages. Par exemple, mettre en place, dans trois ou quatre églises de leur diocèse, des célébrations de messes traditionnelles pour une année, et faire ensuite un vrai bilan de la situation, pourrait permettre de montrer là où les besoins sont réels et là où ils le seraient moins. Une telle politique exige de la loyauté et de la concertation dans un esprit de charité.

8 – Comment choisir ces lieux ?

La réponse est de bon sens. Il faut que les fidèles concernés – dont beaucoup de familles nombreuses avec de jeunes enfants – puissent participer à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain sans avoir à parcourir de trop longues distances. Il suffit pour cela de reprendre l’esprit des circonscriptions administratives qui avec ses préfectures et sous-préfectures a œuvré à créer un maillage cohérent et accessible à tous. Dans cet esprit accorder des célébrations selon la forme extraordinaire dans une église convenable, à un horaire convenable, par un prêtre bien disposé et disponible, dans toutes les préfectures et sous-préfectures serait un gage de bonne foi et de grande charité.

9 – Cela suffira-t-il ?

Cela serait déjà un départ extraordinaire ! Maintenant rien n’empêche les fidèles là où ils sont plus organisés, ou plus nombreux, de solliciter des célébrations au niveau de chaque arrondissement pour les grandes villes, ou de chaque grande commune ou agglomération. Rien n’empêche les fidèles de faire des demandes au niveau des paroisses là où cela sera possible comme à Paris ou à Versailles.

10 – Mais n’est-ce pas laisser trop peu de champs aux fidèles ?

Soyons honnêtes, nous savons que les fidèles désireux de participer à la liturgie traditionnelle de l’Eglise sont très nombreux mais nous savons aussi que le nombre ne suffit pas. Pour l’instant, dans une majorité de cas – pas tous, et les exceptions augmentent chaque jour – le curé a refusé ou dit qu’il ne sait pas célébrer cette liturgie ou qu’il va réfléchir ou dit qu’il ne peut pas car il a peur des conséquences ou trouve toute sorte de prétexte pour botter en touche… Que faire, quand des curés, acteurs principaux du Motu Proprio, ne veulent pas ou ne peuvent pas l’appliquer ? Que demander dans ces circonstances aux fidèles désireux de participer à la liturgie traditionnelle ? Ce ne sont pas tous des héros ! Ils sont respectueux de leurs clercs et la plupart du temps, initier ou persister dans une demande impliquerait nécessairement de se mettre en conflit avec leurs prêtres et leurs évêques. C’est une chose, il faut l’avouer, difficile !

Voilà pourquoi nos vœux s’adressent d’abord et surtout à nos évêques. Nous voudrions qu’ils nous aiment et agissent pour qu’enfin la situation s’apaise et que tous les catholiques puissent passer ensemble avec leur particularité et sensibilité aux choses sérieuses : la nécessaire nouvelle évangélisation du monde qui nous entoure et notre sanctification.

Louis Renaudin
Cofondateur d'Oremus


Ce dimanche 13 janvier à 9h 30 sera célébrée dans l'église St LUBIN de Rambouillet une première messe selon la forme extraordinaire du rite latin. Merci de vous associer par la prière ou votre présence à cette grande première.
Renseignements : d.vannini@wanadoo.fr


En vue de la constitution d’un groupe stable dans le cadre d’une demande de messe en semaine selon la forme extraordinaire dans le doyenné, les fidèles intéressés des villes du sud du diocèse de Nanterre (Antony / Bourg-la-Reine / Sceaux / Chatenay / Le-Plessis-Robinson / Clamart / Fontenay-aux-Roses) sont en train de se regrouper.
Renseignements et adhésions auprès de Gwendaël et Jérôme Poret, 3 rue des Graviers - 92160 Antony
mpsud92@gmail.com


01 41 13 82 41 (répondeur) ou 06 74 90 97 14

Un groupe de fidèles de Mende et de ses environs s'organise en vue de demander l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum dans le diocèse. Si vous êtes intéressés par cette démarche, vous pouvez prendre attache avec eux à l'adresse : francoise.rouffiac@wanadoo.fr


Mgr Fruchaud, évêque de St Brieuc Tréguier, a décidé d’accorder la célébration de la Messe de St Pie V tous les dimanches et fêtes à partir du 20 janvier. Celle-ci a lieu à 11h à la Basilique Notre-Dame d’Espérance à St Brieuc.
Renseignements : johannessamathieu@hotmail.com


Un groupe se développe pour obtenir des célébrations selon la forme extraordinaire dans le diocèse de Carcassonne. Aidons-les !
Renseignement et adhésion : 06.07.60.91.22
http://motuproprio11.free.fr/




Le mercredi 16 janvier, pour la fête du Coeur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile propose un deuxième pèlerinage marial (faisant suite à celui du 27 novembre à la rue du Bac).
19h : Départ à pied de l'église Saint-Eugène
19h45 : Arrivée à Notre-Dame des Victoires et chapelet pour la VIE
20h15 : Messe selon le missel du Bx Jean XXIII

Pour en savoir plus, consultez le site de Paix Liturgique :
www.paixliturgique.com