24 mai 2008

[Mgr Williamson] Dernière cartouche

SOURCE - Mgr Williamson - Dinoscopus - version française publiée sur le forum catholique - 24 mai 2008

Dernière cartouche

Eleison comments XLVII

Un collègue prêtre de la Fraternité Saint-Pie X vient juste d’écrire (ou peut-être a fait sienne) une parabole par laquelle la Fraternité serait la dernière cartouche d’un chasseur qui doit tirer pour tuer le monstre du néo-modernisme qui s’est incrusté dans les structures mêmes de l’Eglise catholique. Puisque c’est la dernière cartouche, le chasseur ne peut pas se permettre de manquer son coup ! Bref, le « chasseur » serait accablé, mais laissez-moi tenter de l’assurer qu’il n’est pas si accablé que ça.

Premièrement et avant tout, l’Eglise catholique dépend de Dieu tout-puissant qui possède d’innombrables moyens pour lui venir en aide, que les hommes ne peuvent même pas imaginer. « Ma main est-elle trop courte parce que vous autres hommes êtes malicieux ? » (Isaïe 50,2). Imaginer que le Seigneur Dieu dépendrait de la Fraternité Saint-Pie X pour s’occuper du monstre du néo-modernisme, c’est gravement sous-estimer Ses pouvoirs !

Deuxièmement, le néo-modernisme est certainement incrusté trop profondément chez les Catholiques (ou ex-Catholiques) pour qu’une petite congrégation de quelque 450 prêtres puisse être capable de le déloger ! De même que le crime de l’avortement est devenu de plus en plus normal et accepté depuis les 40 dernières années, aussi l’hérésie du néo-modernisme s’est elle installée elle-même de plus en plus dans les cœurs et les esprits de la grande masse des catholiques (ou autrefois catholiques) dans la même période. Par la grâce de Dieu, la Fraternité Saint-Pie X peut toujours posséder la Vérité, mais quel levier pourrait encore être la Vérité pour des esprits diaboliquement désorientés, à commencer pour ceux des hommes d’Eglise qui la gouvernent aujourd’hui ?

Troisièmement, quel autre pouvoir la Fraternité Saint-Pie peut-elle avoir à part celui de la Vérité aujourd’hui impuissante ? Sinon la Foi, la Fraternité Saint-Pie X n’a ni de grandes masses avec elle, ni de grands théologiens, ni de grands écrivains. Elle se maintient dans le monde entier, ce qui est déjà un miracle, mais elle est fragile, et en termes temporels, elle n’avance pas plus vite que pas à pas, tandis que la Révolution mondiale avance en faisant des sauts et des bonds.

Non, cher collègue. L’humble mission de la Fraternité Saint-Pie X n’est certainement pas d’éliminer complètement la tempête (ce que Dieu seul peut faire), mais de s’en préserver. Non pas d’engloutir les mensonges, mais de soutenir la Vérité. Non pas de conquérir, mais de témoigner. Non pas d’être pressé, mais d’attendre l’heure de Dieu. C’est Son Eglise, et Il lui porte certainement attention avant toutes autres choses, soutenant jusqu’à présent la Fraternité Saint-Pie X. Mais il n’est jamais à court de cartouches !

Kyrie eleison

La Reja, Argentina

+ Richard Williamson

23 mai 2008

[Fides Saint Maur] L'association Fides Saint-Maur a rencontré le cardinal Hoyos

SOURCE - Fides Saint Maur - 23 mai 2008

Communiqué de l’association FIDES SAINT MAUR du 23 mai 2008

Le Président et le Vice-président de l’Association Fides Saint-Maur ainsi qu’un représentant de l’association Pro tridentin de Chartres avaient rendez-vous ce lundi 19 mai au Vatican à la Commission Ecclesia Dei chargée de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum Cura du 7 juillet 2007 du Pape Benoît XVI ayant libéré la messe traditionnelle.

Ce rendez-vous s’est déroulé pendant 1h10 avec le Président de la Commission, le Cardinal Dario CASTRILLON HOYOS et son Vice-président, Mgr Camille PERL.

Ce rendez-vous avait pour but premier de remercier pour son soutien la Commission, avec qui Fides Saint-Maur est en relation depuis sa création, mais également d’exposer l’application concrète de la volonté du Pape dans le diocèse de Créteil, et d’exprimer le souhait des fidèles de Saint-Maur-des-Fossés de vivre une vie paroissiale chrétienne et traditionnelle complète dans la paix et favoriser ainsi l’unité de l’Eglise dans le respect de sa diversité et des charismes propres de chacun.

Les représentants de l’association ont tenu à faire part à la Commission de la grande bienveillance de Mgr Michel SANTIER, Evêque de Créteil, ainsi que du Père Stéphane AULARD, Doyen-Curé de Saint-Maur-des-Fossés, qui ont très vite proposé une messe dominicale à la demande du groupe de fidèles stable représenté par l’association Fides Saint-Maur. Les responsables de la Commission ont fait part de leur satisfaction de voir la volonté du Pape si vite reçue dans le Diocèse de Créteil. Ils nous ont redit la volonté du Pape d’offrir avec libéralité la liturgie traditionnelle comme bien à toute l’Eglise sans opposer ni entrave ni difficulté mais au contraire de la proposer partout même sans demande particulière.

Le Cardinal a appris avec satisfaction qu’à ce jour, 800 personnes avaient demandé ou bénéficiaient de la messe traditionnelle à Saint-Maur-des-Fossés dont 142 familles représentant 632 fidèles qui avaient signé la demande de paroisse personnelle auprès de Mgr SANTIER, et qu’en pratique, 200 à 300 fidèles assistaient habituellement à la messe dominicale traditionnelle.

Il a été particulièrement heureux d’apprendre les témoignages qui nous arrivent de personnes qui nous disent revenir à la messe après avoir abandonné la pratique parfois pendant des années et mêmes des décennies. Il nous a demandé d’en faire part directement au Saint-Père dans une lettre qu’il lui remettrait personnellement.

Nous avons conclu ce rendez-vous en rappelant la légitime demande que nous avons faite à notre Evêque conformément à l’article 10 du Motu Proprio afin d’obtenir une paroisse personnelle à Saint-Maur-des-Fossés pour vivre pleinement notre vie chrétienne en bénéficiant de la richesse d’une vie paroissiale complète : messe dominicale mais également vêpres, messe et confessions en semaine, catéchisme pour les enfants et pour les adultes, cérémonies de la semaine sainte, œuvres de jeunesse.

Nous avons rappelé que les deux exemples de paroisses personnelles érigées en France étaient des réussites contribuant à l’unité et à la paix du diocèse dans le respect de l’identité des fidèles attachés à la vie traditionnelle de l’Eglise. Une paroisse personnelle traditionnelle à Saint-Maur-des-Fossés, demandée par des centaines de fidèles saint-mauriens, serait de la même manière, nous en sommes persuadés, un gage de paix et un facteur d’union, de sanctification et d’apostolat.

Nous continuons à œuvrer en ce sens et vous invitons tous à prier à cette intention, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes. Nous avons pris rendez-vous pour rencontrer à nouveau prochainement notre Evêque.

Le Cardinal CASTRILLON HOYOS a conclu notre rendez-vous en nous accordant sa bénédiction.

Nous avons eu la grâce d’avoir par deux reprises la Messe traditionnelle dans la Basilique Saint Pierre de Rome. Elles ont été dites sur le tombeau de Saint Pie X spécialement pour notre délégation.

Vous pourrez trouver sur le lien suivant quelques photos de notre rencontre et de la Sainte Messe ! PHOTOS

Le président, Dorian ABOUT
Le vice-président, Jérôme TRIOMPHE

22 mai 2008

[Zenit] Première paroisse de Rome pour « la forme extraordinaire » de la liturgie

SOURCE - Zenit - 22 mai 2008

Première paroisse de Rome pour « la forme extraordinaire » de la liturgie

L’Eglise confiée à la fraternité sacerdotale Saint-Pierre

ROME, Jeudi 22 mai 2008 (ZENIT.org) - Le diocèse de Rome a érigé la première « paroisse personnelle » de la ville pour les fidèles qui suivent la « forme extraordinaire » de la liturgie du rite romain.

Il s'agit de l'église Santissima Trinità dei Pellegrini, confiée à la fraternité sacerdotale Saint-Pierre, qui s'est réjouie de la nouvelle, estimant que les structures de l'église San Gregorio dei Muratori étaient trop petites pour accueillir les nombreux fidèles lors des célébrations liturgiques.

En application à la lettre apostolique de Benoît XVI « Summorum Pontificum », le cardinal Camillo Ruini, Vicaire du pape pour le diocèse de Rome, a proposé de confier l'église Santissima Trinità dei Pellegrini à la fraternité.

Le dimanche de Pâques, le pape a décrété l'érection de la paroisse « afin de satisfaire aux besoins pastoraux de la communauté entière des fidèles traditionnels résidents dans le dit diocèse ».

Pour la fraternité elle constitue une vraie pierre angulaire car c'est non seulement le dixième apostolat à avoir été érigé en paroisse personnelle à part entière, mais le tout premier à avoir été institué en Europe.

L'abbé Joseph Kramer, nommé premier curé de la paroisse Santissima Trinità dei Pellegrini, et recteur de l'église, a expliqué à Zenit que l'apostolat de la Fraternité avait commencé à Rome en 1988 sous les auspices de la commission Ecclesia Dei et l'approbation du pape.

Aujourd'hui, quelque 200 prêtres de la fraternité œuvrent dans plusieurs diocèses à travers le monde. Ils servent les fidèles attachés à la messe et aux sacrements du rite romain traditionnel.

Interrogé sur le ressenti de la fraternité après l'annonce de la charge qui leur est confiée, l'abbé Kramer s'est dit profondément reconnaissant au diocèse de cette « marque de confiance » et a souligné la « grande responsabilité » qui les attend, vu que « Rome a toujours été un exemple pour le reste de l'Eglise ».

L'abbé espère que « cette paroisse particulière ne servira pas seulement les paroissiens locaux mais qu'elle fournira aussi un exemple approprié de la beauté et de la solennité de la célébration de la forme extraordinaire du rite romain aux nombreux pèlerins et étudiants qui viennent à Rome ».

L'église Santissima Trinità dei Pellegrini fut construite par la Confraternité de la Très Sainte Trinité des Pèlerins sur une inspiration et sous la direction de saint Philippe Néri, avec la mission spécifique d'héberger et d'entretenir les pèlerins à Rome.

En étant nommé premier curé de la paroisse Santissima Trinità dei Pellegrini, l'abbé Kramer devient également recteur de la vénérable Archiconfrérie du même nom. « Saint Philippe, a-t-il souligné, fut le premier à répandre la Dévotion aux quarante heures ici à Rome et nous ferons en sorte que cette tradition se perpétue ».

Mais « nous sommes également attachés à notre service de charité auprès des convalescents que nous suivons à domicile » a-t-il ajouté ; et « comme saint Philippe, qui assistaient tous ceux qui étaient renvoyés des hôpitaux, par manque de places, au XVIème siècle, nous rendrons visite aux malades et nous nous occuperons de tous ceux qui ne peuvent sortir de chez eux ».

Le recteur de la nouvelle paroisse a par ailleurs en projet d'organiser un centre d'accueil à l'intention des nombreux pèlerins de Rome ; et de devenir, au regard du fait que Rome propose sans cesse de nouveaux programmes universitaires, « un point de référence spirituel pour tous ceux qui viennent ici pour étudier mais aussi pour approfondir leur foi ».

L'église de la Trinité a été édifiée en 1597 dans le sillage de la réforme liturgique tridentine, et l'abbé Kramer a souligné les nombreux éléments qui la rendent idéale pour la fraternité.

« La visibilité de l'autel, ainsi que le haut et grand tabernacle, bien éclairé, et la balustrade du chœur, reflètent la configuration typique des églises de la contre-réforme, comme l'église du Gesù et la Chiesa Nuova », a-t-il précisé.

« Il y a huit chapelles latérales, mais pas de nefs latérales et tout se concentre sur le maître-autel », a-t-il expliqué.

L'église renferme aussi de nombreuses œuvres d'art, comme la « Vierge à l'Enfant au milieu de saints » réalisée par le Chevalier d'Arpin, sous la direction duquel le Caravage avait travaillé, et « Saint Grégoire le Grand libérant les âmes du purgatoire » réalisé par Baldassarre Croce.

Le retable d'autel est un chef-d'œuvre peint par Guido Reni au sommet de sa carrière. L'artiste a réalisé sa Très sainte Trinité pour l'année jubilaire de 1625, en prévision de l'arrivée de milliers de pèlerins qui auraient visité l'Eglise.

L'ouverture officielle de la paroisse aura lieu le 8 juin prochain.

Le cardinal Darío Castrillón Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a défini l'érection de la paroisse « un acte important qui applique à Rome le récent motu proprio 'Summorum Pontificum' de Benoît XVI ».

« Cet acte est le fruit d'une disposition du pape pour le diocèse de Rome qui a une valeur en soi dans le parcours progressif mis en œuvre quant à l'application du motu proprio sur l'utilisation de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 », a-t-il expliqué.

A la nouvelle paroisse, lit-on dans le décret du cardinal Ruini, sont reconnus les mêmes droits dont disposent les autres paroisses de la ville. L'administration et les moyens de subsistance du curé seront assurés conformément aux normes établies par la Conférence épiscopale italienne et par le Vicariat de Rome.

Elizabeth Lev

Traduction française : Isabelle Cousturié

21 mai 2008

[Americatho] Les ordinations traditionnelles de la FSSP retransmises sur EWTN

SOURCE - Americatho - 21 mai 2008

21 mai 2008

Les ordinations traditionnelles de la FSSP retransmises sur EWTN

Le vendredi 30 mai prochain, en la Fête du Sacré-Cœur, S .E.R. le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, ordonnera au sacerdoce quatre séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) dans la cathédrale du Risen Christ du diocèse de Lincoln (Nebraska). En outre, et voilà qui intéressera davantage encore les lecteurs de ce blogue, l’ensemble de la cérémonie sera télédiffusée en direct sur Eternal Word Television Network (EWTN) à partir de 11 h (locales) soit 18 h (heure de Paris). Pour suivre cette diffusion exceptionnelle il vous suffira de vous rendre sur le site internet de EWTN à l’adresse suivante : www.ewtn.com/audiovideo

17 mai 2008

[Présent] La trahison des commissaires - Entretien avec Jean Madiran

SOURCE - 17 mai 2008 - Présent


La trahison des commissaires

Entretien avec Jean Madiran

« Ce livre est une chronique et un procès de la nouvelle religion qui s’est introduite dans le clergé catholique et dans sa hiérarchie : la religion se disant conciliaire et collégiale. » Dans cette troisième édition « augmentée » de La trahison des commissaires, Jean Madiran « en analyse les épisodes récents les plus significatifs ». Pour les lecteurs de Présent l’auteur commente dans cet entretien les nouvelles révélations que contient son livre. J.C.


— « Commissaire » ?… Celui qui est chargé de certaines fonctions « spéciales et temporaires ». C’est l’appellation que vous donnez aux évêques qui composent la « commission doctrinale de la conférence des évêques de France ». Est-ce pour marquer le caractère « temporaire » et provisoire de leur mission ?

— J’utilise « commissaire » dans son sens courant de « membre d’une commission ». Le noyau dirigeant qui manipule la « collégialité épiscopale » en France multiplie les commissions et les comités ayant en quelque sorte délégation du pouvoir épiscopal pour tous les diocèses. J’appelle « commissaires » les évêques membres d’une commission, et « comitards » ceux qui sont membres d’un comité. Au moyen de ces comitards et commissaires, encadrés, manipulés, instrumentalisés par le noyau dirigeant, celui-ci instille les principes d’une religion nouvelle.

— C’est en effet de la « religion nouvelle » que votre ouvrage, La trahison des commissaires, fait l’analyse à partir de plusieurs points significatifs. Il s’agit aujourd’hui de sa 3e édition. La première était de novembre 2004. La page du titre souligne que cette troisième édition est « complétée ». En quoi consiste ce complément ?

— Il concerne le fait que Mgr Bruguès, qui était président de la commission doctrinale, a connu depuis 2004 trois promotions aussi spectaculaires qu’inattendues ; trois promotions en trois ans :

– « consulteur » à la congrégation pontificale pour les instituts de vie consacrée ;

– « consulteur » puis « secrétaire » à la très importante congrégation pour l’éducation catholique : « secrétaire » signifie en effet commandant en second !

— Ces promotions attesteraient donc que, selon vous, la « religion nouvelle, venue coloniser de l’intérieur la religion traditionnelle », aurait des adeptes bien placés dans les hautes sphères de la hiérarchie catholique ?

— A l’occasion de la troisième promotion, la plus importante, les journaux catholiques ont publié, plus ou moins résumé, un aperçu de la carrière ecclésiastique de Mgr Bruguès. Aucun d’entre eux, je dis bien aucun, à ma connaissance, n’a mentionné la fonction la plus importante qu’il ait occupé, celle de président de la commission doctrinale, à ce titre représentant et détenteur, par délégation, de l’autorité doctrinale de l’épiscopat. Une information essentielle a ainsi été omise par les uns, caviardée dans les renseignements donnés aux autres. Or c’est en cette qualité de président de la commission doctrinale qu’il avait fait les déclarations publiques les plus scandaleuses : par exemple celles où il attribuait à l’exégèse moderne la découverte de « l’existence de frères et sœurs de Jésus », qui venait, disait-il, « questionner la compréhension de l’énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie » !

— Une allégation que vous réfutez d’autant plus aisément que le sens du mot « frère » en hébreu a été expliqué par les Pères de l’Eglise quasiment dès l’origine du christianisme : des cousins de Jésus ?

— Exactement. Il y a aussi, entre autres, son extravagante déclaration sur la lecture chrétienne de l’Ecriture qui ne conteste pas la lecture juive niant la divinité de Jésus. Que « l’une des deux [lectures] ait raison, prétend-il, n’entraîne pas que l’autre ait tort ». L’analyse de ces affirmations délirantes figurait dans la première édition de La trahison, elle demeure bien sûr dans cette troisième édition, mais celle-ci comporte le « complément » annoncé : l’exposé de la situation résultant de la promotion « au sein de la Curie », comme dit La Croix, d’un Jean-Louis Bruguès n’ayant rétracté aucune de ses contre-vérités.

— Dans la Postface de cette 3e édition vous vous posez la question : que peuvent faire des laïcs pour résister aux théologiens de la nouvelle religion ? Vous répondez : « Ils peuvent d’abord invoquer mon compatriote saint Prosper d’Aquitaine (Ve siècle) qui n’était ni docteur diplômé, ni prêtre, ni même diacre ; mais chroniqueur, essayiste, controversiste et poète. »

— Oui, j’appelle au secours Prosper et son exemple. Ce libre théologien laïc s’était fait connaître d’abord en appuyant saint Augustin contre les chicanes de quelques moines de Lérins ; il soutint la controverse contre les pélagiens et semi-pélagiens qui croyaient que sans la grâce les hommes peuvent, de leur propre initiative, commencer l’œuvre de la conversion et du salut. Le pélagianisme reste d’actualité, notamment avec la religion MK dans La Croix, proclamant qu’il faut aujourd’hui passer d’une foi « héritée » à une foi « choisie » : à la racine de cette prétention, c’est bien une erreur pélagienne ou, si vous voulez, semi-pélagienne. En invoquant Prosper, j’entends bien marquer qu’il ne s’agit point là du « pouvoir temporel du laïcat chrétien » dont j’ai parlé dans l’avant-propos de mon opuscule sur L’accord de Metz. Il s’agit là, j’en ai bien conscience, de l’intervention du laïcat dans un problème proprement religieux, – dans la crise du catholicisme, de la théologie catholique, du clergé et de sa hiérarchie. Nous ne sommes plus dans le temporel, mais dans ce qui est, de soi, le domaine de l’autorité spirituelle, c’est-à-dire de l’évêque. Son autorité épiscopale ne le met pas à l’abri de requêtes et de protestations légitimes que les laïcs ont éventuellement le droit voire le devoir de lui adresser. Par exemple un laïc qui s’entend prêcher qu’il faut désormais passer d’une foi héritée à une foi choisie sent tout de suite que cela ne va pas, n’est en accord ni avec l’Ecriture, ni avec l’acte de foi. Tout laïc perçoit également avec évidence qu’on ne peut pas tenir l’affirmation et la négation de la divinité de Jésus pour deux lectures de l’Ecriture également légitimes.

— Dans cette Postface, vous intervenez d’une façon plus personnelle que d’habitude ?

— Ce n’est pas sûr. Voyez mon Maurras de 1992 et mon Maurras toujours là de 2004, tous deux toujours disponibles chez DPF (Chiré), sans parler de mon Brasillach de 1958, réédité en 1985 : au détour des pages, le lecteur attentif aperçoit que je m’y suis de temps en temps mis en scène, peut-être un peu plus qu’il ne convient. Les « confessions » personnelles ne me paraissent possibles que dans la mesure où elles ont une portée « didactique ». Et vous avez eu tout récemment mes totales « confessions didactiques » avec les deux longues confessions, et une très brève, recueillies sous le titre Les vingt cinq ans de « Présent », et le sous-titre : confessions didactiques justement. Mais puisque nous parlons de livres, et puisque j’ai nommé DPF, je voudrais terminer par ce qui ne sera une dégression qu’en apparence.

Entre les éditeurs et les libraires, il existe, toute-puissante et inconnue du public, la redoutable corporation des diffuseurs.

Cette corporation tend à monopoliser la communication entre éditeurs et libraires, en la rendant par son intermédiaire plus commode, plus rapide, et quasiment indispensable. Ce qui lui permet, par son abstention, d’empêcher la distribution des ouvrages démocratiquement « incorrects ». Si vous avez près de chez vous un libraire qui ait en magasin et qui expose en vitrine nos livres, c’est-à-dire ceux de Sanders, de Rémi Fontaine, d’Yves Chiron, de Dillinger, de Trémolet, – et les miens, sans nulle vanité – vous avez une chance rarissime, favorisez-le en lui réservant toutes vos commandes et en le faisant connaître autour de vous. Dans ce domaine aussi il faut une activité militante. Mais si vous n’avez pas cette chance, n’allez plus jamais chez des libraires qui nous ignorent ou qui mettent quinze jours, et seulement sur commande payée d’avance, pour vous procurer nos ouvrages. Adressez-vous à DPF (Chiré), c’est l’œuvre magnifique de Jean Auguy, aujourd’hui menacée comme nous tous par l’asphyxie de la lecture, l’amenuisement du public cultivé, l’asservissement des intelligences sous l’arbitraire abrutissant des médias. Défendez-nous. Défendez-vous !

Propos recueillis par Jean Cochet

• Jean Madiran : La trahison des commissaires , Via Romana, 15 euros.

Article extrait du n° 6590 de Présent, du Samedi 17 mai 2008

[Abbé Barthe - Monde&Vie] Où en est le Motu proprio ?

17 mai 2008 - Monde&Vie - Abbé Barthe - Thierry Bouzard

Monde et Vie, 17 mai 2008
Où en est le Motu proprio ? 

Le 7 juillet 2007, dans un Motu proprio solennel, Benoît XVI a reconnu que le rite traditionnel n’a jamais été abrogé. Le pape assure que tout prêtre a le droit de le célébrer et que les fidèles organisés en groupes stables peuvent faire valoir ce droit pour eux-mêmes…

Mais qu’en est-il des évêques, comment reçoivent-il la volonté du pape, en particulier en France ? En cette fin d’année, le moment est venu d’un premier bilan. M. l’abbé Barthe, analyste écouté de l’actualité catholique dresse ici l’épure d’un tableau complet.


Les catholiques français ont été les premiers et les plus ardents à prendre la défense de la liturgie traditionnelle depuis les années 60. Quarante ans plus tard, le retard dans la parution du motu proprio réhabilitant cette liturgie a été le fait des résistances du clergé français. Neuf mois après sa parution, comment a-t-il été reçu en France ?
Abbé Barthe. Historiquement, on remarque que la France a souvent été le lieu privilégié des grandes batailles religieuses (jansénisme, infaillibilité, modernisme, et même américanisme). Ainsi en a-t-il été, et en est-il toujours, pour la messe tridentine et pour ce qu’elle représente du point de vue doctrinal. La réception épiscopale française au Motu proprio de 2007 a consisté globalement à « traîner les pieds ». Quant à la réaction du clergé, elle est très diverse. Il est encore impossible de dresser un bilan précis d’une situation encore très évolutive. Grosso modo, on peut dire qu’il y a eu, non pas ce raz de marée que craignaient ses adversaires, qui jouaient à se faire peur pour faire peur, mais un ébranlement de fond : demandes au total très nombreuses, prêtres en quantité assez importante apprenant à célébrer la « forme extraordinaire », augmentation certes relativement modeste, mais « grignotante », des célébrations dominicales. Très concrètement, les évêques ont essayé de dresser des coupe-feu, c'est-à-dire qu’ils ont accordé plus de messes selon l’indult de 1988, pour éviter que leurs curés ne soient obligés d’accorder des messes selon l’indult de 2007. L’essentiel est que le nombre des messes tridentines ait augmenté. Il y avait 300 lieux de culte dominicaux Saint-Pie-V avant le motu proprio de 2007. Y en a-t-il 30 de plus, 10% ? En revanche, le nombre de demandes non encore satisfaites est proprement considérable.
De nombreux groupes de fidèles se sont constitués pour demander son application à leurs évêques, peut-on cerner leur origine (Frat St-Pierre, St-Pie X, rite 1962) ?
A.B. Le Motu proprio crée une situation juridique paradoxale : il affirme un droit radical pour tous les fidèles de rite latin, celui de la forme ancienne, mais au lieu d’exiger (pour l’instant) que le clergé fasse en sorte que ce droit soit applicable, il dispose que ceux qui veulent le voir appliquer doivent le demander sous forme de « groupes ». D’une certaine manière, on pourrait dire que le texte pontifical prend acte du fait que la messe tridentine s’est maintenue durant 40 ans du fait d’une pression de fidèles, et qu’il institutionnalise cette pression. Dans ces groupes (légaux) « de pression », il y a ceux qui prennent l’initiative, ceux qui adhérent par leurs signatures à l’initiative, et ensuite ceux qui assistent aux célébrations obtenues. Selon mes sondages, les deux premières catégories sont indistinctement composées de fidèles St-Pie-X et de fidèles Ecclesia Dei. En revanche, la grande surprise est qu’une part minoritaire mais notable des fidèles qui assistent aux messes traditionnelles nouvellement célébrées (ou bien déjà existantes, mais devenues encore plus « légales » depuis le motu proprio) sont des fidèles qui pratiquaient antérieurement selon le missel de Paul VI. Et si les messes nouvellement proposées l’étaient en des lieux et à des heures convenables, ce qui est loin d’être toujours le cas (à Paris, en tout cas), cette catégorie de fidèles croîtrait sensiblement, peut-être même spectaculairement.
Quel impact ont les demandes du rite extraordinaire sur le clergé ordinaire ? Celui-ci est-il à même de faire face à ces demandes ou le recours à des prêtres déjà formé à la liturgie traditionnelle est-il indispensable ? A terme sera-t-il suffisant ?
A.B. Votre expression de « clergé ordinaire » n’est pas dans le motu proprio… Certains prêtres diocésains sont très heureux et apprennent à célébrer selon la « forme extraordinaire ». Certains sont très hostiles. Le cas le plus intéressant, du point de vue de la psychologie religieuse, est celui des prêtres hostiles qui acceptent cependant les demandes : je connais quelques cas de conversion, et inversement un cas de dépression (pas encore d’infarctus !) Concernant la célébration de la « forme extraordinaire », à moyen terme, on ne peut que faire appel aussi aux prêtres formés à la messe traditionnelle : ils seront, toutes tendances confondues, 10% à 20% des prêtres français en activité dans une dizaine d’année. Mais plus largement, dans ces dix ans, bien des choses vont changer : le nombre des prêtres en activité va s’effondrer dramatiquement ; un certain nombre de diocèses français vont pratiquement cesser d’exister (et à Rome ? Si Dieu prête vie au pape, il aura, dans dix ans, 91 ans). Bref, tous les prêtres de toutes tendances et nuances devront répondre à une situation de passage probable du catholicisme à la marginalité. Chez tous, traditionnels et « officiels », inévitablement, beaucoup de choses seront nécessairement bousculées.
Les évêques français peuvent adopter des attitudes radicalement différentes, quels sont les arguments qui permettent de justifier les refus ?
A.B. Les évêques récalcitrants invoquent l’un des trois ou les trois motifs suivants : 1°/ La possibilité d’assister à la « forme extraordinaire » existe déjà en suffisance dans le diocèse ; 2°/ La célébration dans telle paroisse va « diviser » les fidèles ; 3°/ Nous faisons un gros effort pour avoir du Paul VI digne. Concrètement, c’est dans les diocèses où sont déjà célébrées le plus de messes tridentines que le nombre de groupes demandant des célébrations paroissiales est le plus important. Je reviens donc à mon idée (n’y voyez aucune irrévérence !) : il y a une espèce d’utilisation du principe démocratique dans le renversement (ou au moins dans l’équilibrage) liturgique que le pape veut instituer ; et du coup, comme en matière de capitalisme dominant, en matière de liturgie traditionnelle « à la demande », la richesse appelle la richesse… Mais pour continuer à filer cette plaisante métaphore : il faut chercher à éliminer de plus en plus la misère liturgique !
Entretien réalisé par Thierry Bouzard

15 mai 2008

[Vittoria Prisciandaro - revue "Jésus"] Dario Castrillon Hoyos : Tradition sans contestation

SOURCE - Vittoria Prisciandaro - texte paru en italien dans la revue "Jesus" - mai 2008

Dario Castrillon Hoyos : Tradition sans contestation
par Vittoria Prisciandaro

Le cardinal qui est à la tête de la Commission pontificale « Ecclesia Dei » explique en quoi le Motu Proprio de Benoît XVI est une grande richesse spirituelle pour toute l'Église, et la façon de résoudre les problèmes qui sont apparus jusqu’ici.

Son Éminence est satisfaite. Le téléphone du bureau du rez-de-chaussée, dans le palais de l'ex Saint Office, connaît une nouvelle vie, et sur les tables s’accumule une correspondance venue du monde entier. Après la promulgation du Motu proprio, la Commission pontificale « Ecclesia Dei » est en effet devenue un maillon important dans l'organigramme du Vatican. « À présent, j'ai deux fois plus de travail que dans la Congrégation du clergé », confie le cardinal Dario Castrillon Hoyos, colombien, 79 ans, chaleureux partisan de la réintégration des Lefebvristes et, depuis l’an 2000, président de la Commission. Créée pour gérer les rapports avec la Fraternité Saint Pie X et avec les groupes qui gravitent dans la galaxie traditionaliste, « Ecclesia Dei » est aujourd'hui devenue un interlocuteur incontournable des diocèses et des paroisses pour les controverses relatives à l'application du rite extraordinaire.

Éminence, quelques mois après la promulgation du Motu proprio, quel bilan en faites-vous ?
« Avec le Motu proprio, le Pape a voulu offrir à tous une nouvelle occasion de profiter de l'énorme richesse spirituelle, religieuse et culturelle présente dans la liturgie de rite grégorien. Le Motu proprio a été conçu comme un trésor offert à tous, et non fondamentalement pour répondre aux lamentations ou aux demandes de qui que ce soit. Un bon nombre de personnes qui n’étaient pas initialement impliquées dans cette forme extraordinaire du rite romain ont maintenant pour lui une grande estime. Parmi les fidèles, je distinguerais trois groupes : ceux qui ont un lien quasi organique avec la Fraternité Saint Pie X ; ceux de la Fraternité Saint-Pierre ; et enfin ceux du groupe le plus important et le plus nombreux, formé de personnes éprises de culture religieuse de tous les temps et qui, aujourd'hui, découvrent l'intensité spirituelle du rite ancien, dont de nombreux jeunes. Au cours de ces mois-ci sont nées de nouvelles associations de personnes appartenant à ce dernier groupe ».
À propos de la richesse, certains spécialistes de la liturgie soulignent le fait que le rite extraordinaire n'offre pas la richesse biblique introduite par la novus ordo…
« Ils n'ont pas lu le Motu proprio, parce que le Pape affirme que les deux formes doivent s’enrichir mutuellement. Et il est évident que cette richesse liturgique ne va pas être gaspillée. Dans le novus ordo, en quelques années, on lit pratiquement toute la Bible, et c’est là une richesse qui ne s'oppose pas au rite extraordinaire, mais s’y intègre ».
Une autre objection porte sur le risque que des célébrations séparées et différentes créent des communautés séparées…
« C’est une multiplicité enrichissante ; c'est un surcroît de liberté culturelle que le Pape introduit sous une forme audacieuse. Du reste, dans les paroisses, il y a beaucoup de différences dans les célébrations, et je ne veux pas parler des abus, parce que ce ne sont pas les abus qui constituent la raison principale du Motu proprio ».
Votre secrétaire, monseigneur Camille Perl, a annoncé qu'il y aurait un document d'éclaircissement sur le Motu proprio. Quand sera-t-il publié ?
« C’est le cardinal Bertone qui l’a annoncé, et il a le droit de le faire. Mais moi qui suis un serviteur du Pape, je ne l'annoncerai que quand le Pape me dira de le faire. Notre Commission a indiqué au Souverain Pontife que de nombreuses demandes  arrivent de chaque partie du monde, dont un très grand nombre sont justifiées, mais dont certaines sont basées sur un manque de connaissance. Le Saint-Père, et seulement lui, dira s'il convient de publier un tel document et quand ».
Quelles sont les demandes qui vous sont parvenues et lesquelles mériteraient une réponse ?
« La première concerne le latin, parce que - disent les auteurs de ce type de demande - célébrer dans une langue qu’on ne connaît n’est pas pratique. Malheureusement les séminaristes, et même certains prêtres, ne l'ont pas étudié et il leur est donc difficile de célébrer sous la forme extraordinaire. Pour ce faire, ils devraient au moins connaître le canon de la Messe – la partie de la consécration. Nous autres d‘« Ecclesia Dei », nous nous équipons et nous préparons des rencontres, des cours et une communication informatique en vue d’une connaissance approfondie de la liturgie antérieure. Plusieurs cours déjà sont en activité en France, en Allemagne, au Brésil, en Amérique centrale et aux États-Unis. À Tolède, en Espagne, par exemple, nous sommes en train d’évaluer s'il convient de créer un séminaire supplémentaire pour la préparation au rite extraordinaire ou de donner des cours spéciaux dans le séminaire du diocèse. En général on remarque dans le monde académique un certain intérêt pour un retour au latin. Il a été triste au cours de ces années de constater l'abandon non seulement de la langue, mais même de certains contenus théologiques liés à la précision sémantique de la langue latine ».
« S'il manque de prêtres dans un diocèse et que seuls trois ou quatre fidèles demandent le rite extraordinaire, le bon sens dit qu’il est difficile de satisfaire cette demande. Cependant, puisque l'intention, la mens du Pape est de concéder ce trésor pour le bien de l'Église, le mieux pour les endroits où il n’y a pas de prêtres, serait d’offrir une célébration selon le rite extraordinaire dans une des Messes dominicales paroissiales. Ce serait une Messe pour tous ; tous, même les jeunes générations, profiteraient de la richesse du rite extraordinaire, par exemple de ces instants de contemplation qui, dans le novus ordo, ont disparu ».
Donc vous dites que, s'il n'y a pas de groupe consistant et stable, à l'avenir, il est question de proposer une des Messes dominicales selon le rite extraordinaire ?
« Je dirais que oui. D’ailleurs cette possibilité avait déjà été approuvée à l'unanimité en 1986 par une commission cardinalice à laquelle participait le cardinal Ratzinger lui-même (mais elle n'était pas devenue opérationnelle). Je serais sûr que cela serait faisable maintenant. ».
Un autre point à éclaircir est la définition d’un « groupe stable et consistant ». Que veut dire cela exactement ?
« C’est une question de bon sens : pourquoi faire un problème si les personnes qui demandent le rite viennent de paroisses différentes ? Si elles se réunissent et, ensemble, demandent une Messe, elles deviennent un groupe stable, même si elles ne se connaissaient pas au départ. Même le nombre est une question de bonne volonté. Dans certaines paroisses, en particulier à la campagne, les jours ouvrables, les personnes qui participent à la Messe ordinaire sont trois ou quatre et le même cas se produit dans de nombreuses maisons religieuses. Si ces trois personnes demandent la Messe ancienne, faut-il, d’un point de vue pastoral, la leur refuser ? ».
Donc le futur document devrait être plus accueillant aux demandes émanant de petits groupes ?
« Oui, mais il faut le voir non pas comme quelque chose qui va à l’encontre des autres, de la majorité, mais qui vise à leur enrichissement et toujours en évitant toute forme d’antagonisme ».
Il y a ensuite le problème des sacrements : je pense au rite de l’Ordination ou à celui de l’Onction des malades, pour lesquels on se réfère à des codes de droit canonique différents et on emploie des formules différentes…
« A première vue, il y a certainement quelques problèmes par rapport à l'Ordination, à l’Onction des malades et même aux divergences de calendrier. En ce qui concerne l'Ordination, dans la forme ancienne, il y avait la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat. Cette forme est encore en service et continuera à l'être dans les Institutions liées de façon stable au rite ancien, comme la Fraternité Saint-Pierre, la Fraternité Saint Pie X et d’autres Institutions. Pour l’Onction, avant même le Motu proprio, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait déjà indiqué qu'il n'y a pas de conflit entre les deux formules, et que la formule nouvelle comme l'ancienne sont valides, et elle a dit la même chose au sujet des autres sacrements dont les formules diffèrent. En ce qui concerne les calendriers qui ne coïncident pas toujours, il y a effectivement des problèmes comme dans les cas des fêtes patronales d'une paroisse, des sanctuaires, des congrégations et des instituts religieux, etc. On usera de prudence et de bon sens pour réaliser les accommodements nécessaires. La Commission pontificale « Ecclesia Dei » » s’en occupe aussi.
Quels sont les délais prévus pour la réconciliation avec la Fraternité Saint Pie X ?
« Il y a des signes positifs ; il y a un dialogue non interrompu. Il y a quelques jours à peine, j’ai écrit une nouvelle lettre à monseigneur Fellay, le supérieur de la Fraternité, en réponse à sa lettre précédente. Outre les rencontres et la correspondance, nous nous parlons au téléphone. Je considère viable une réconciliation avec la Fraternité Saint Pie X parce que, comme nous l'avons souvent dit à « Ecclesia Dei », il ne s'agit pas d'un vrai schisme mais d'une situation anormale apparue après l'« action schismatique » de monseigneur Lefebvre avec l'attribution de l'épiscopat sans mandat pontifical, à l’encontre de la volonté exprimée par le Pape. Dans mon cœur, j'ai une grande confiance que le Saint-Père réussira à retisser les liens de l'Église avec l’accès de ces frères à la pleine communion. Il restera toujours quelques différences, comme nous en avons toujours eu dans l'histoire de l'Église ».
Mais avec les Lefevbristes il y a aussi un problème d'acceptation du dialogue œcuménique…
« Oui, en effet, il y des difficultés relatives à l'interprétation des témoins du Concile à ce sujet et à certaines pratiques concrètes œcuméniques, mais aucun évêque de la Fraternité Saint Pie X ne dira qu'il ne faut pas chercher l'unité des chrétiens ».
Après le Motu proprio, certains membres de la Fraternité Saint Pie X sont-ils de nouveaux en communion avec l'Église de Rome ?
« Oui, et d’autres souhaitent le faire aussi. Mais j'ai l'espoir que le groupe entier vienne ; je ne voudrais pas qu'il se divise. Cependant si une personne vient et dit qu'elle veut être rapidement en unité avec le Pape, nous devons l’accepter. Le Motu proprio a aussi suscité le rapprochement d’autres personnes. Par exemple, le 28 mars, j'ai reçu la lettre d'un évêque non catholique qui a décidé d'entrer dans l'Église catholique avec d’autres évêques et des prêtres qui célèbrent la Messe tridentine ».
Les nouveaux pouvoirs d'« Ecclesia Dei » n'entrent-ils pas en conflit avec le ministère des évêques ?
« Le Pape Benoît XVI, qui possède l'autorité sur toute l'Église, sur chacun des fidèles et des évêques, a établi les nouvelles règles dans le Motu proprio, et la Commission pontificale n’est qu’un moyen à la disposition du Vicaire du Christ pour faire appliquer sa décision. « Ecclesia Dei » est attentive à l'application du Motu proprio en fraternelle harmonie, en compréhension et en collaboration avec les évêques. Il faut éviter les attitudes de divergence avec les pasteurs de la part de personnes, de groupes ou d’institutions à cause du Motu proprio. Les pasteurs, dans l’obéissance au Pape, auront certainement de la compréhension pour les fidèles qui ont un amour particulier envers la tradition liturgique. Avec les évêques qui se sont mis en contact avec nous, j’ai toujours eu de la compréhension ».
Dans l'introduction à la réimpression du Compendium de Liturgie pratique de Trimeloni, vous écrivez que le Pape se sert de la Commission pontificale « Ecclesia Dei » pour que, dans la diversité des formes cultuelles, puisse briller la richesse des trésors de la foi et de la spiritualité de l’Épouse du Christ. En quoi consiste la différence entre la liturgie de Jean XXIII et celle, réformée, de Paul VI?
« Le Pape Jean XXIII a incorporé la liturgie dans son désir de dialogue entre l'Église et la culture contemporaine. Paul VI a donné un caractère organique aux réformes nées de ce désir. L'Esprit Saint, qui accompagne l'Église en permanence, inspire les changements nécessaires à tout moment de l'histoire, sans rupture violente du processus de perfectionnement qu'il a lui-même inspiré au cours de l’histoire. Benoît XVI, avec ce Motu proprio, unit les richesses des deux stades du processus, en dissipant le malaise de ceux qui ont cru qu’il y avait eu dans le domaine liturgique une rupture inacceptable ».
Après la reformulation de la prière du Vendredi Saint, il a été dit qu'on faisait un retour de 40 ans en arrière dans le dialogue entre juifs et chrétiens. S’attendait-on à ces critiques ?
« N'est-il pas une bonne chose de prier pour nos frères, fils d'Abraham comme nous ? Abraham est le père de la foi, mais il s’inscrit dans une chaîne de salvification dans laquelle on attend le Messie. Et le Messie est arrivé. Dans les Actes des Apôtres nous lisons que 5000 juifs se sont convertis en un jour. Je ne conteste pas la prière du novus ordo, mais je considère comme parfaite celle, actuelle, du rite extraordinaire. Et je prie volontiers pour la conversion de mes nombreux amis juifs, parce que je crois vraiment que Jésus est le Fils de Dieu et le Sauveur de tous ».
Vittoria Prisciandaro

[Père Michel Gitton - La Nef] Une traduction qui vient à point

SOURCE - Père Michel Gitton - La Nef n°193 - mai 2008

La traduction française de l’édition 2002 de la Présentation générale du Missel Romain est disponible en français depuis avril 2008 (1). Présentation et analyse.
  
Depuis le Motu proprio de juillet 2007, reconnaissant, à côté du rite romain « ordinaire », un rite « extraordinaire », le paysage liturgique de l’Église a, qu’on le veuille ou non, profondément changé. C’est donc dans un tout autre esprit que nous pouvons recevoir la traduction française enfin réalisée de la Présentation générale du Missel Romain (PGMR) qui vient de paraître. On sait que le pape Jean-Paul II avait tenu en 2002 à donner à l’Église une édition à jour du Missel Romain restauré à la suite du Concile Vatican II, dont la première édition remontait à 1969. Ce travail considérable, qui intégrait les additions faites au sanctoral, mais qui donnait aussi les mélodies complètes pour la célébration de la messe en langue latine, comportait, comme il se doit, des préliminaires. Ceux-ci, qui sont les héritiers de l’ancien code des rubriques (dont la dernière édition était de 1962), donnent les principes généraux de la célébration et de ses différentes parties, ainsi que des règles sur le rôle des divers ministres, sur le choix des formulaires, sur l’ornementation, etc.

La nouveauté, c’est que ce document est inévitablement pris dans l’optique d’une comparaison implicite avec le rite « extraordinaire ». Naguère, le triomphalisme post-conciliaire était de règle dans beaucoup de milieux : l’Église avait abandonné définitivement les vieilles pratiques pour des usages plus éclairés, qui avaient le double avantage de retrouver la simplicité des origines et d’être mieux compris des hommes d’aujourd’hui. Sur ces deux points, il a fallu déchanter, le thème du « retour aux sources » n’a pas résisté sur tous les points à une meilleure connaissance des origines (notamment sur la concélébration et la question de l’orientation de l’autel), et quant à la compréhension plus facile, on ne peut pas dire qu’elle ait abouti à ramener les foules dans les églises !

Ce n’est pas dire que le rite « ordinaire » ne puisse faire valoir des qualités propres qui ne sont pas nulles et qui, à notre avis, justifient largement son usage dans la plus grande partie de l’Église catholique. Mais la preuve doit en être faite et le document mis aujourd’hui à la disposition des prêtres et des fidèles peut sans doute y aider. Mais surtout, si l’on veut soutenir la comparaison, il convient que la célébration de la messe selon le missel de 2002 s’améliore, et donc que l’on accepte de lire, d’étudier et, au besoin, de se réformer.
Le premier usage de ce PGMR est donc de rappeler qu’il existe un rite romain de la messe, que ce n’est pas une pâte à modeler que chacun peut interpréter à sa guise, le § 42 introduit d’ailleurs une autre source, tout à fait essentielle, « la pratique léguée du Rite romain ». Nous sortons de « l’herméneutique de la rupture » et nous apprenons qu’il y a derrière nous une longue histoire dont ce missel est l’héritier, c’est là que nous pouvons trouver les solutions aux questions que le missel laisse sans réponse et que nous pouvons éclairer des choix que le missel laisse ouverts.

Le titre donné à la traduction française : l’Art de célébrer la messe est sans doute une heureuse trouvaille, il renvoie aux conclusions du synode de 2006 sur la Sainte Eucharistie, reprises dans l’exhortation apostolique du Saint-Père (2). En réalité, l’objectif du texte dont nous avons maintenant la traduction n’est pas de donner une nouvelle législation sur le sujet (la liturgie ne se réforme pas par décret). On peine en effet à trouver au fil des pages des points qui traduiraient des modifications sensibles : même la prescription plus claire sur les pouvoirs des évêques et des conférences épiscopales (§ 387-390) est plutôt contraignante à leur égard. On peut citer l’insistance pour que toutes les lectures prévues soient faites « strictement » (§ 357), et quelques autres points en plus ou en moins. Mais on peut dire que l’objectif essentiel est de tirer les conclusions de la réception du missel de 1969, canalisant certains abus, remettant le tout dans une ambiance plus traditionnelle, comme en témoigne le préambule qui situe le missel dans la tradition liturgique de l’Église. On retrouve là un usage plus normal du ministère de Pierre qui n’est pas chargé de créer ex nihilo, mais de discerner dans la pratique ce qui va dans le sens de la continuité et du développement du rite romain et ce qui s’en écarte.

La traduction française, quant à elle, pour tardive qu’elle soit, arrive sans doute au bon moment. Elle se recommande par son incontestable lisibilité, même si certains choix aboutissent à de légères confusions (3). On voit la timide réintroduction d’un vocabulaire usant des termes propres au culte catholique, même si la tendance est encore limitée : on ose quelques fois parler de la « sainte communion », de l’« adoration de la croix », mais malheureusement pas du calice (qui est toujours une « coupe » sauf p. 126, § 327), on risque la « patène », etc. Surtout, les intitulés des prières retrouvent leur forme classique (Sanctus, Orate fratres, Agnus Dei), même si c’est avec traduction à la suite.

Si c’est un art qui est demandé, cet art demandera encore beaucoup de travail à ceux qui en sont les premiers usagers, c’est-à-dire les prêtres, souvent dépourvus en ce domaine de toute formation sérieuse (ceci étant vrai tous rites confondus). La perte de mémoire qui affecte notre société a atteint en ce domaine une ampleur vertigineuse. La défaillance d’une génération, qui avait pu recevoir l’écho de l’usage « reçu » mais ne l’a pas transmis, se fera encore longtemps sentir. Mais la prétention et le mauvais goût avec lequel tout liturge se croit volontiers compétent et prend ses habitudes pour la loi de l’Église (celle d’aujourd’hui ou de toujours, peu importe) n’est guère moins dommageable. Le chemin sera long, raison de plus pour s’y mettre sans retard....

Père Michel Gitton

(1) L’Art de célébrer la Messe. Présentation générale du Missel Romain, 3e édition typique 2002, préface de Mgr Robert Le Gall, Desclée-Mame, 2008, 224 pages, 12,50 e.
(2) Sacramentum Caritatis, Exhortation apostolique post-synodale, 22 février 2007, § 38 et suiv.
(3) L’un au deuxième alinéa du n. 22 in fine, où, parlant des Messes stationales de l’évêque, le texte latin dit : Quare huiusmodi Missarum sollemnia exemplo esse debent universæ diœcesi, que cette traduction rend par : « C’est pourquoi de telles messes solennelles doivent être un exemple pour tout le diocèse » (p. 32) ; inutile de souligner que pour l’auteur du texte latin c’est la solennité de ces Messes – voire leur cérémonial – qui devrait être un [bon] exemple pour tout le diocèse. L’autre au troisième alinéa du n. 309, sur l’emploi de l’ambon.

[Abbé Philippe François, fsspx] 20e anniversaire des sacres - «Le lien officiel à la Rome moderniste n'est rien à côté de la préservation de la foi»

SOURCE - mise en ligne par La Porte Latine - Abbé Philippe François - Texte extrait du Bulletin du Prieuré Marie-Reine - Mai 2008

1988 - 2008 : XXe Anniversaire des Sacres
«Le lien officiel à  la Rome moderniste n'est rien à côté de la préservation de la foi» - Mgr Lefebvre
 
On lira ci-après un extrait de la Vie de Monseigneur Lefebvre par Mgr. Tissier de Mallerais (Clovis, 2002, p. 587-590) relatant le « petit concile de la tradition » que notre fondateur réunit le 30 mai 1988 à Notre-Dame-du-Pointet. Il voulut faire cette ultime consultation avant de décider, avec toute la prudence nécessaire, le sacre des quatre évêques de la Tradition.
L’auteur fait ressortir le principe lumineux qui guida Monseigneur dans sa décision : « Le lien officiel à la Rome moderniste n’est rien à côté de la préservation de la foi ».
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Vingt ans après, dans sa Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n° 72 du 14 avril 2008, Mgr. Fellay affirme le même principe en analysant la situation de l’Eglise après le Motu Proprio du 7 juillet 2007 sur la messe : « (…) quelques évènements indiquent bien clairement qu’à part l’ouverture liturgique du Motu Proprio, rien n’a vraiment changé (…) ».
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« Le principe fondamental qui dicte notre action est la conservation de la foi, sans laquelle nul ne peut être sauvé, nul ne peut recevoir la grâce, nul ne peut être agréable à Dieu, comme le dit le concile Vatican I. La question liturgique n’est pas première, elle ne le devient que comme expression d’une altération de la foi et, corrélativement, du culte dû à Dieu ». (…)
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« Tous les changements introduits au concile et dans les réformes post-conciliaires que nous dénonçons, parce que l’Eglise les a précisément déjà condamnés, sont confirmés. (…) il faut conclure que rien n’a changé dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires, malgré quarante années de crise (…).
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« Voici pourquoi la Fraternité Saint-Pie X ne peut pas "signer d’accord". (…) Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un accord n’est pas encore venu. (…) Il serait très imprudent et précipité de se lancer inconsidérément dans la poursuite d’un accord pratique qui ne serait pas fondé sur les principes fondamentaux de l’Eglise, tout spécialement sur la foi ».
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Le 2 juin 1988, au lendemain de la réunion du Pointet, Mgr. Lefebvre écrivait à Jean-Paul II : « Étant donné le refus de considérer nos requêtes et étant évident que le but de cette réconciliation n'est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous, nous croyons préférable d'attendre des temps plus propices au retour de Rome à la Tradition »  (…)
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« Nous continuerons de prier pour que la Rome moderne, infestée de modernisme, redevienne la Rome catholique et retrouve sa Tradition bimillénaire. »
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C’est bien à la même intention que notre Supérieur Général nous invite à prier Notre-Dame, en conclusion de sa lettre du 14 avril : « La nouvelle croisade du Rosaire à laquelle nous vous appelons, pour que l’Eglise retrouve et reprenne sa Tradition bimillénaire appelle aussi quelques précisions »
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« Voici comment nous la concevons : que chacun s’engage à réciter un chapelet à une heure assez régulière du jour. Vu le nombre de nos fidèles et leur répartition dans le monde entier, nous pouvons être assurés que toutes les heures du jour et de la nuit auront leurs voix vigilantes et orantes, de ces voix qui veulent le triomphe de leur Mère céleste, l’avènement du règne de Notre Seigneur, « sur la terre comme au Ciel ».

En ce mois de Marie, pour l’amour de la Rome éternelle, ayons à cœur de répondre généreusement à l’appel de Mgr. Fellay ! Cette croisade de prière nous prépare à la persévérance pour un combat qui doit durer.

Abbé Philippe François.

LA REUNION HISTORIQUE DU 30 MAI 1988 AU POINTET (1)

De même que le prélat a consulté en 1984 au sujet de la « messe de l'induIt » les « chefs de file » de la résistance ecclésiastique : Mgr Ducaud-Bourget, le père André, l'abbé Coache, le père Vinson, dom Guillou, etc., de même il décide de convoquer au prieuré Notre­Dame-du-Pointet, le 30 mai, les prêtres grands défenseurs de la foi et les supérieurs des communautés amies de religieux et religieuses.

« J'incline, leur déclare-t-il alors, à sacrer de toute façon quatre évêques le 30 juin. Mon âge, ma santé défaillante me poussent à assurer la sauvegarde non de "mon œuvre", mais de cette petite entreprise de restauration du sacerdoce et de préservation de la foi catholique avant que le bon Dieu ne me rappelle à lui, en trans­mettant l'épiscopat à "des évêques libres de faire revivre la foi", "dans un milieu entièrement dégagé des erreurs modernes", comme je l'ai écrit à Jean-Paul II le 20 mai. Je vous demande votre avis. »

Chacun est touché de cette marque d'attention, de ce souci de communication, de ce désir de dégager un consensus des vétérans comme des jeunes responsables religieux. Tous comprennent l'impor­tance de cette consultation qui doit assurer qu'après les sacres, lorsque les sanctions et les vocables infamants tomberont, le front commun de la Tradition tiendra bon.

L'abbé du Chalard, d'Albano, transmet par téléphone le texte de la lettre du cardinal Ratzinger du jour même : les candidats proposés par Mgr Lefebvre ne plaisent pas. Ils n'ont pas « le profil». Rome va-­t-elle trouver dans la Fraternité un épiscopable ayant le profil, c'est-­à-dire conciliant, faible, libéral à souhait ? La menace n'est pas illu­soire, Monsignore Perl s'est soigneusement informé à ce sujet lors de la visite apostolique. 

DES AVIS DIVERGENTS

Alors, chacun des participants de ce petit concile de la Tradition livre franchement son opinion.

L'abbé Lecareux, les capucins, l'abbé Coache et l'abbé Tissier de Mallerais se prononcent pour l’accord. Dom Gérard également :

– « Si une rupture intervenait, dit-il, nous deviendrions sociologi­quement une secte, comme les "petites Eglises", dont on ne revient jamais à la grande Eglise. »

Quant aux dangers évoqués par Monseigneur :

– « A nous de nous défendre ! Ne sous-estimons pas notre force, qui est doctrinale ; et concluons entre nous une charte de charité, un pacte catholique de ne rien faire qui crève le front commun et mette nos frères en désaccord. »

En sens inverse parle le père André:

– « Maintenons nos exigences, sinon gardons notre liberté et sup­portons les accusations et étiquettes d'excommunication. »

L'abbé Aulagnier, pour sa part, parle le langage de la prudence :

– « A Rome, on a une pensée théologique et philosophique contraire à la pensée de l'Eglise. J'ai peur de cet accord ; je crains la ruse du démon, de l'ennemi. Je ne me vois pas discuter avec Lustiger, Decourtray, le pape d'Assise. L'évêque sacré n'aura pas l'autorité morale. Je crains le Bureau romain. "J'adhère à la Rome catho­lique, je refuse la Rome moderniste", qui risque d'être le Léviathan qui nous dévore. »

Les sœurs, à leur tour, sont quasi unanimement catégoriques : « Nous ne pouvons plus traiter avec des évêques qui ont perdu la foi », estiment les dominicaines de Fanjeaux ; et celles de Brignoles consi­dèrent que la dépendance à l'égard du Bureau les forcerait « à des contacts avec leurs anciennes congrégations devenues modernistes» et que « c'est impossible ». Les sœurs de la Fraternité évoquent le « risque pour la foi et la cohésion de la Tradition ». Enfin les carmé­lites jugent que « c'est un cheval de Troie dans la Tradition ». 

UN PRINCIPE LUMINEUX

Mgr Lefebvre, qui a objectivement exposé les avantages et incon­vénients de l'accord, montre pour finir où penche la balance. Le prin­cipe est lumineux : 

« Le lien officiel à la Rome moderniste n'est rien à côté de la préservation de la foi ! »

La réunion se clôt sur l'assurance de tous : – Nous nous en remettrons à la décision de Monseigneur. »

Mais, déjà, dom Gérard prend à part l'archevêque :

– « La condition du monastère est particulière, allègue-t-il, tenter sa normalisation ne crée pas les mêmes dangers que pour la Fraternité. »

Le prélat concède :

– « Vous, ce n'est pas pareil, vous avez vos moines autour de vous, moi j'ai quatre-vingts maisons et cinq cents chapelles, ce serait la division. »

Mais la division, sous-entend l'archevêque, elle sera entre vous et nous. Dom Gérard ne le saisit pas ; oublieux de son propos de pacte et front commun, il va négocier avec les autorités romaines, dès le 21 juin, un accord séparé.

Ayant consulté, Mgr Lefebvre doit maintenant décider. Ainsi le veut la vertu de prudence : être lent dans le conseil et prompt dans la décision. Cette décision, il la prendra seul. Le Vatican va le croire « prisonnier de son entourage » et lui enverra exprès, la veille des sacres, une grande Mercedès à Ecône pour le soustraire à ses préten­dus geôliers.

– « C'est étonnant, dira-t-il, que l'on invoque toujours mon entou­rage, alors que c'est moi qui ai soutenu mon entourage pour aller jusqu'aux sacres. »

C'est vrai : ni le tenace Schmidberger, ni le bouillant Aulagnier n'ont poussé à la roue. 

SEUL A POUVOIR DECIDER

La décision des sacres, Mgr Lefebvre est seul à pouvoir la prendre : imbibé du sens de l'Église dès son séminaire romain, puis en Afrique comme délégué et confident de Pie XII, héraut de la foi durant le concile, qui mieux que lui peut juger de la trahison de la vérité de l’Eglise par l’Autorité ? Évêque catholique, successeur des Apôtres depuis quarante ans, il ressent fortement la responsabilité formidable qui repose sur ses épaules. Il se sent seul en place pour pouvoir esti­mer que le moyen exceptionnel de salut public qu'il envisage, loin d'être illicite, est légitime et catholique, que l'action, au lieu d'être un péché, sera un acte bon et vertueux, lui qui dira après le sacre :

– « Si j'avais eu conscience de commettre un péché, je ne l'aurais pas fait. »

Aussi, le jour de la Fête-Dieu, 2 juin 1988, écrit-il au pape sa résolution :

« Étant donné le refus de considérer nos requêtes et étant évident que le but de cette réconciliation n'est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous, nous croyons préférable d'attendre des temps plus propices au retour de Rome à la Tradition.

« C'est pourquoi nous nous donnerons nous-même les moyens de poursuivre l'œuvre que la Providence nous a confiée, assuré par la lettre de Son Eminence le cardinal Ratzinger datée du 30 mai, que la consécration épiscopale n'est pas contraire à la volonté du Saint-Siège, puisqu'elle est accordée pour le 15 août.

« Nous continuerons de prier pour que la Rome moderne, infestée de modernisme, redevienne la Rome catholique et retrouve sa Tradition bimillénaire. Alors le problème de la réconciliation n'aura plus de raison d'être et l'Eglise retrouvera une nouvelle jeunesse. »

(1) Marcel Lefebvre, une vie par Mgr. Tissier de Mallerais (Clovis, 2002, p. 587-590)

Texte extrait du Bulletin du Prieuré Marie-Reine, 195, rue de Bâle, 68100 Mulhouse - Mai 2008

13 mai 2008

[Abbé Basilio Méramo] La Tradition en danger d’extinction

Abbé Basilio Méramo - 13 mai 2008

La Tradition en danger d’extinction
 
Telle une espèce rare en voie de disparition, la Tradition Catholique est sur le point de périr, aux mains de l’hydre moderniste qui a tout envahi, tel un sida spirituel, ôtant toute possibilité de réaction.

Le groupe réduit de fidèles qui a énergiquement et vaillamment réagi à l’autodémolition de l’Eglise effectuée par la voie de la Haute Hiérarchie spirituellement sodomisée, c’est-à-dire religieusement invertie, Hiérarchie qui, de moyen de Salut, est venue à se corrompre et à se pervetir pour se transformer en instrument de damnation en falsifiant, en adultérant, en vidant de son contenu le Testament Divin de la Nouvelle Alliance scellé avec le Sang du Christ sur la Croix, pour le convertir en un message falsifié de rédemption et de salut, obtenu non par le Sang du Christ répandu sur la Croix mais par les divines entrailles de l’homme moderne, lequel, en vertu des exigences de la dignité de la personne humaine, des aspirations de sa liberté omnipotente et de l’expression de ses droits inaliénables, revendique (d’une manière intrinsèque et intime, de par la nature propre de son être), la divinité du fait de son origine illustre, puisque l’on considère l’homme dans ce qu’il y a de plus intime dans son être, comme quelque chose de divin, une étincelle divine, revêtue de la nature humaine, comme le soutient ésotériquement la gnose.

Tout cela renvoie aux anciennes aspirations et prétentions de la gnose, de toutes les gnoses dans leurs manifestations ou expressions diverses, mais qui se trouvent unies dans l’invocation de cette même réalité, et qui trouvent la plus grande expression et synthèse de cette dernière dans la gnose juive ou communément appelée la kabbale.

Nous nous trouvons en face d’une lutte colossale entre le bien et le mal, entre la Vérité et l’erreur, entre Dieu et Satan, entre le Christ et l’Anti-christ, entre l’Eglise et la Contre-Eglise (la Synagogue de Satan), entre la Tradition Catholique et la Tradition Kabbalistique, entre la Véritable Tradition (Apostolique) et la Tradition Falsifiée (Moderniste).

D’où cette lutte titanesque et pour le plus grand nombre méconnue bien que chacun prenne partie pour l’une ou l’autre de ses légions.

Le modernisme, en tant que synthèse (ou résumé) de toutes les hérésies (un cloaque les incluant toutes) tel que l’a dénonçé Saint Pie X, est parvenu comme par magie (diaboliquement) à s’approprier le Temple Saint, de l’Eglise.

Avec Vatican II a été consolidé et institué urbi et orbi, d’une manière publique et officielle dans l’Eglise le Trone de Satan sous les auspices des doctrines modernistes, qui étaient jusqu’à présent condamnées et qui se trouvent aujourd’hui louées, applaudies et acceptées, excepté par un petit troupeau fidèle dont, si les temps ne sont pas abrégés (ou raccourcis), plus personne n’éviterait de succomber et d’admettre ces si grandes erreurs.

Il ne faut dés lors pas s’étonner que cette masse réduite de fidèles, ce petit troupeau de la Tradition Catholique ferme jusqu’à présent en vienne demain à capituler, qu’il se désagrège ou qu’il se dilue, absorbé par la tromperie, l’erreur et le mensonge.

C’est vers tout ceci que se tournent les desseins de la Rome moderniste, occupée par des brigands (des bandits) et des anti-christs comme l’aurait sginalé Mgr Lefebvre, lequel, après avoir tenté au maximum de renverser la situation et de faire revenir les Hauts Prélats et la Hiérarchie romaine au chemins de la Foi et de la Vérité, après avoir épuisé tous les recours possibles (jusqu’au dernier), est parvenu à signer un protocole qu’il a dû immédiatement annuler pour ne pas se compromettre avec les prédateurs du troupeau qui leur avait été confié.

La Divine Providence a ainsi permis que Monseigneur Lefebvre se rende compte de la grave erreur de tenter de renverser un processus de Révolution Anti-chrétienne, trop avancé, pour que l’on puisse l’arrêter.
C’est ainsi que l’on montrait pour l’avenir le chemin à suivre, fermes dans la Foi, dans la Tradition, dans la Vérité sans compromis ni accords qui tôt ou tard s’avèreraient être une capitulation dissimulée.
Face à la crise, il faut la réaction, le ferme rejet, et garder ce qui nous est donné même si l’on sait que ces choses vont périr.

L’Eglise est témoignage, le témoignage vivant et infaillible et indéfectible de la vérité. Il est de notre devoir, en tant que fils de la Sainte Mère l’Eglise, de rendre témoignage (jusqu’au martyr si Dieu le veut ainsi), sans compromis avec l’erreur, le mensonge, la tromperie, la fausseté de la Nouvelle Religion Universelle de l’Homme, de la Nouvelle Eglise post-conciliaire.

Combattre, résister jusqu’à la mort, sans capituler au profit des faux postulats des loups habillés en peux de brebis qui, comme dans l’histoire du Petit Chaperon Rouge, muni de ses ruses veut nous dévorer.

Abbé Basilio Méramo
Orizaba 13 Mai 2008

12 mai 2008

[Yves Chiron - Aletheia] L’analyse du cardinal Castrillon Hoyos

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 12 mai 2008

Le mensuel italien Jesus, qui est loin d’être favorable aux traditionalistes, publie un dossier spécial intitulé Il vetus qui avanza (« L’ ancien qui avance »). L’ « ancien » dont il est question ici est bien sûr l’ancien rite de la messe, ce que Benoît XVI appelle le « rite extraordinaire du rite romain ».

L’essentiel du dossier est constitué d’un important entretien avec le cardinal Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei depuis 2000. Sur la liturgie, et ses évolutions attendues ; sur les fidèles attachés à ce rite et sur les rapports du Saint-Siège avec la Fraternité Saint-Pie X, le cardinal Castrillon Hoyos apporte des informations et des analyses qui méritent d’être relevées et appréciées dans leur exacte portée.

Les évolutions de la liturgie

« Avec le Motu proprio [du 7.07.2007], le Pape a voulu donner à tous une opportunité renouvelée de tirer profit de l’immense richesse spirituelle, religieuse et culturelle présente dans la liturgie de rite grégorien. Le Motu proprio est né comme un trésor offert à tous, non en premier lieu pour venir en aide aux plaintes et requêtes de quelques-uns ».

Si l’on suit la pensée du cardinal Castrillon Hoyos, le motu proprio du 7 juillet 2007 ne fut donc pas circonstanciel (répondre à une attente de certains fidèles et prêtres). Il ne doit pas être perçu comme une première victoire de l’ancien rite, après tant de défaites. Il s’inscrit plutôt dans un grand projet liturgique, un projet non pas de réformes spectaculaires et décidées en comité restreint (comme le fut, en son temps, le novus ordo), mais un projet de dépassement par le haut.

Benoît XVI l’a dit dans son motu proprio, le cardinal Castrillon Hoyos le répète dans cet entretien : le rite traditionnel et le nouveau rite sont deux formes du même rite romain et « les deux formes doivent s’enrichir mutuellement ». Jusqu’à ne former qu’un seul rite ? Le cardinal ne le dit pas ici, mais celui qui est devenu Benoît XVI l’avait dit explicitement et on commence à percevoir comment, progressivement, on pourra arriver à ce résultat. Non dans un an ou dans deux ans, mais en quelques décennies peut-être.

Comme exemple d’ « enrichissement mutuel », le cardinal Castrillon Hoyos cite le cas des lectures liturgiques : « Dans le novus ordo, avec les années, pratiquement toute la Bible est lue, c’est une richesse qui ne s’oppose pas mais qui va être intégrée au rite extraordinaire. »

La nouvelle prière du Vendredi Saint est un autre exemple, déjà accompli celui-là, de réforme du rite extraordinaire.

Qui sont les fidèles de la forme extraordinaire du rite romain ?

Le cardinal Castrillon Hoyos est, dans l’Eglise, l’homme le mieux placé pour mesurer l’importance numérique des fidèles attachés au rite traditionnel. Par ses fonctions à la Commission pontificale il est en rapport avec toutes les communautés Ecclesia Dei, avec les instances dirigeantes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X mais aussi avec des fidèles ou des groupes de fidèles qui n’ont pas de relations régulières avec les communautés, fraternités ou associations traditionnelles.

On estime souvent que la FSSPX est le groupe traditionnel le plus important par le nombre de ses prêtres, de ses écoles, de ses prieurés et des fidèles qui les fréquentent régulièrement. L’analyse est sans doute toujours vraie pour la France, mais elle ne l’est pas pour tous les continents et pour tous les pays. Aux Etats-Unis, depuis plusieurs années déjà, le nombre des prêtres attachés à l’ancien rite, et n’appartenant pas à la FSSPX, est plus élevé que celui des prêtres appartenant à la FSSPX.

Le cardinal Castrillon Hoyos va plus loin encore puisqu’il estime : « Parmi les fidèles [attachés à la forme extraordinaire du rite romain] je distinguerais trois groupes : ceux qui sont liés pour ainsi organiquement à la Fraternité Saint Pie X ; ceux de la Fraternité Saint Pierre [et autres communautés, fraternités et instituts Ecclesia Dei, semble sous-entendre le cardinal] et, enfin, le groupe le plus important et le plus nombreux, formé des personnes attachées à la culture religieuse, qui aujourd’hui découvrent l’intensité spirituelle du rite antique et, parmi eux, de nombreux jeunes. Ces derniers mois sont nées de nouvelles associations de personnes appartenant à ce dernier groupe. »

Il y aurait donc un nombre important de nouveaux convertis – l’expression n’est pas du cardinal Castrillon Hoyos – à la forme extraordinaire, qui viendraient donc des paroisses où se célèbre la forme ordinaire ou du monde des non-pratiquants. À moins, mais il ne s’agirait plus de « convertis », qu’il ne s’agisse de fidèles venus de la FSSPX ou de lieux de culte issus du motu proprio de 1988 et qui cherchent à se rattacher à une paroisse ordinaire, la leur. Cette réalité, peu visible en France, est, dans d’autres pays et continents, un phénomène nouveau et notable dit le président de la Commission Ecclesia Dei.

Lettres, rencontres et appels téléphoniques

Malgré le non possumus de la FSSPX relatif à un « accord pratique » à court terme avec le Saint-Siège, position confirmée récemment par Mgr Fellay (cf. Aletheia, n° 124), le cardinal Castrillon Hoyos affirme que le « dialogue n’est pas interrompu » avec la FSSPX. Il évoque un échange récent de lettres entre lui et Mgr Fellay, il parle aussi de « rencontres » et d’échanges téléphoniques. Il dit sa détermination et son espérance de voir ces fidèles revenir « à la pleine communion ».

[Chez Nous Soyez Reine] [vidéo] 26e Pèlerinage de notre Dame de Chrétienté de Paris à Chartres

10 mai - 11 mai - 12 mai 2008

[AFP] Pèlerinage de Chartres: une marche de trois jours pour près de 8.000 personnes

François Feuilleux - AFP - 12 mai 2008

Près de 8.000 personnes ont participé au traditionnel pèlerinage de la Pentecôte, qui les a conduit, après trois jours de marche, à la cathédrale Notre-Dame de Chartres, l'un des plus importants sanctuaires français voués au culte marial.

Jeunes enfants, couples, familles, scouts, religieux, tous ont sillonné les routes et les chemins de Beauce durant trois jours ponctués de prières, avec à l'horizon les flèches de la cathédrale Notre-Dame, "C'est un moment très important dans ma vie de chrétien et de catholique", explique François, un scout d'Europe de 19 ans, étudiant de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

Pour cet habitué du pèlerinage entre Paris et Chartres, "ce moment privilégié est un réel besoin". "C'est une sorte de bulle d'oxygène dans ma vie. Pendant ces trois jours, j'oublie tout mon quotidien, mes soucis et j'arrive à faire véritablement le vide dans ma tête pour me consacrer uniquement à Dieu, à Marie et à la prière", assure-t-il.

"Ça fait du bien de pouvoir se retrouver entre personnes qui croient. On peut partager notre foi, nos expériences et parfois nos doutes durant notre marche", renchérit Isabelle, une jeune maman de 27 ans, consultante en management à Paris.

Catherine et ses trois enfants ont également participé à la marche. "J'ai rarement raté un pèlerinage de Chartres ", affirme cette quadragénaire de Paris, qui "ne conçoit pas de rester chez (elle) avec (ses) enfants alors que d'autres chrétiens comme (elle) marchent unis vers Chartres". "Pour moi ce pèlerinage, c'est une façon aussi de témoigner au monde et aux non croyants de la joie du Christ et de l'esprit Saint qui participe à façonner nos vies", dit-elle.

"Les prêtres qui nous accompagnent nous soutiennent et permettent de nous confesser pour que nous arrivions à Chartres pardonnés de tous nos péchés", ajoute Catherine.

A leur arrivée, ils ont assisté lundi après-midi à la grand-messe célébrée par Monseigneur Pansard, évêque de Chartres.

Samedi matin, les pèlerins traditionalistes de l'église de Monseigneur Lefèbvre avaient pris la route vers Paris pour effectuer leur pèlerinage, après avoir célébré une messe en latin sur le parvis de la cathédrale de Chartres.

Les fidèle de Mrg Lefèbvre n'ont toujours pas l'autorisation de Rome de célébrer la messe à l'intérieur de la cathédrale malgré le récent motu proprio du Pape Benoît XVI.

[Aletheia n°125] L’analyse du cardinal Castrillon Hoyos - par Yves Chiron

Le mensuel italien Jesus, qui est loin d’être favorable aux traditionalistes, publie un dossier spécial intitulé Il vetus qui avanza (« L’ ancien qui avance »). L’ « ancien » dont il est question ici est bien sûr l’ancien rite de la messe, ce que Benoît XVI appelle le « rite extraordinaire du rite romain ».

L’essentiel du dossier est constitué d’un important entretien avec le cardinal Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei depuis 2000. Sur la liturgie, et ses évolutions attendues ; sur les fidèles attachés à ce rite et sur les rapports du Saint-Siège avec la Fraternité Saint-Pie X, le cardinal Castrillon Hoyos apporte des informations et des analyses qui méritent d’être relevées et appréciées dans leur exacte portée.

Les évolutions de la liturgie

« Avec le Motu proprio [du 7.07.2007], le Pape a voulu donner à tous une opportunité renouvelée de tirer profit de l’immense richesse spirituelle, religieuse et culturelle présente dans la liturgie de rite grégorien. Le Motu proprio est né comme un trésor offert à tous, non en premier lieu pour venir en aide aux plaintes et requêtes de quelques-uns ».

Si l’on suit la pensée du cardinal Castrillon Hoyos, le motu proprio du 7 juillet 2007 ne fut donc pas circonstanciel (répondre à une attente de certains fidèles et prêtres). Il ne doit pas être perçu comme une première victoire de l’ancien rite, après tant de défaites. Il s’inscrit plutôt dans un grand projet liturgique, un projet non pas de réformes spectaculaires et décidées en comité restreint (comme le fut, en son temps, le novus ordo), mais un projet de dépassement par le haut.

Benoît XVI l’a dit dans son motu proprio, le cardinal Castrillon Hoyos le répète dans cet entretien : le rite traditionnel et le nouveau rite sont deux formes du même rite romain et « les deux formes doivent s’enrichir mutuellement ». Jusqu’à ne former qu’un seul rite ? Le cardinal ne le dit pas ici, mais celui qui est devenu Benoît XVI l’avait dit explicitement et on commence à percevoir comment, progressivement, on pourra arriver à ce résultat. Non dans un an ou dans deux ans, mais en quelques décennies peut-être.

Comme exemple d’ « enrichissement mutuel », le cardinal Castrillon Hoyos cite le cas des lectures liturgiques : « Dans le novus ordo, avec les années, pratiquement toute la Bible est lue, c’est une richesse qui ne s’oppose pas mais qui va être intégrée au rite extraordinaire. »

La nouvelle prière du Vendredi Saint est un autre exemple, déjà accompli celui-là, de réforme du rite extraordinaire.

Qui sont les fidèles de la forme extraordinaire du rite romain ?

Le cardinal Castrillon Hoyos est, dans l’Eglise, l’homme le mieux placé pour mesurer l’importance numérique des fidèles attachés au rite traditionnel. Par ses fonctions à la Commission pontificale il est en rapport avec toutes les communautés Ecclesia Dei, avec les instances dirigeantes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X mais aussi avec des fidèles ou des groupes de fidèles qui n’ont pas de relations régulières avec les communautés, fraternités ou associations traditionnelles.

On estime souvent que la FSSPX est le groupe traditionnel le plus important par le nombre de ses prêtres, de ses écoles, de ses prieurés et des fidèles qui les fréquentent régulièrement. L’analyse est sans doute toujours vraie pour la France, mais elle ne l’est pas pour tous les continents et pour tous les pays. Aux Etats-Unis, depuis plusieurs années déjà, le nombre des prêtres attachés à l’ancien rite, et n’appartenant pas à la FSSPX, est plus élevé que celui des prêtres appartenant à la FSSPX.

Le cardinal Castrillon Hoyos va plus loin encore puisqu’il estime : « Parmi les fidèles [attachés à la forme extraordinaire du rite romain] je distinguerais trois groupes : ceux qui sont liés pour ainsi organiquement à la Fraternité Saint Pie X ; ceux de la Fraternité Saint Pierre [et autres communautés, fraternités et instituts Ecclesia Dei, semble sous-entendre le cardinal] et, enfin, le groupe le plus important et le plus nombreux, formé des personnes attachées à la culture religieuse, qui aujourd’hui découvrent l’intensité spirituelle du rite antique et, parmi eux, de nombreux jeunes. Ces derniers mois sont nées de nouvelles associations de personnes appartenant à ce dernier groupe. »

Il y aurait donc un nombre important de nouveaux convertis – l’expression n’est pas du cardinal Castrillon Hoyos – à la forme extraordinaire, qui viendraient donc des paroisses où se célèbre la forme ordinaire ou du monde des non-pratiquants. À moins, mais il ne s’agirait plus de « convertis », qu’il ne s’agisse de fidèles venus de la FSSPX ou de lieux de culte issus du motu proprio de 1988 et qui cherchent à se rattacher à une paroisse ordinaire, la leur. Cette réalité, peu visible en France, est, dans d’autres pays et continents, un phénomène nouveau et notable dit le président de la Commission Ecclesia Dei.

Lettres, rencontres et appels téléphoniques

Malgré le non possumus de la FSSPX relatif à un « accord pratique » à court terme avec le Saint-Siège, position confirmée récemment par Mgr Fellay (cf. Aletheia, n° 124), le cardinal Castrillon Hoyos affirme que le « dialogue n’est pas interrompu » avec la FSSPX. Il évoque un échange récent de lettres entre lui et Mgr Fellay, il parle aussi de « rencontres » et d’échanges téléphoniques. Il dit sa détermination et son espérance de voir ces fidèles revenir « à la pleine communion ».