7 juillet 2008

A 75 jours de la visite du Saint Père en France
Un écho diplomatique de Rome : L’archevêché de Paris cherche à empêcher que le pape donne la communion aux fidèles à genoux et sur les lèvres lors de son voyage en France.
7 juillet 2008 - lettre 118 - paixliturgique.com
Lettre 118 - 7 juillet 2008 En nous appuyant sur des sources très fiables, nous pouvons dire, sans entrer dans trop de détails, que la préparation de la venue en France du Saint Père, en septembre prochain, donnerait lieu à des négociations relativement difficiles. Ces négociations soit directes, soit, selon l’usage, menées par l’intermédiaire de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, mettent face à face les représentants du Saint-Siège et les autorités ecclésiastiques françaises (le pluriel ne devant pas faire oublier que le cardinal André Vingt-Trois est à la fois archevêque de Paris, où le pape résidera deux jours, et président de la conférence des évêques de France). Il semble même que l’on ait parfois fortement haussé le ton du côté des interlocuteurs romains devant les réserves et les freins opposés par les autorités ecclésiastiques françaises.

Monseigneur Guido Marini, cérémoniaire pontifical, qui s’est rendu à Lourdes et à Paris au milieu du mois de juin a présenté un certain nombre de « désirs » concernant le déroulement des cérémonies ainsi que le mobilier et les objets liturgiques à utiliser lors de la visite du pape (il a notamment écarté l’usage des coupelles ou des corbeilles de communion et a exigé l’utilisation de ciboires de forme traditionnelle). Pour la concélébration sur l’esplanade des Invalides, l’archevêché à prévu que les 300 prêtres qui doivent concélébrer seront revêtus de chasubles, mais il ne tient nullement à réduire ce nombre considérable qui va tirer la cérémonie vers le style des JMJ. Et surtout, Mgr Vingt-Trois ne manifesterait aucun empressement à répondre à la demande de Mgr Guido Marini qui voudrait que le pape puisse distribuer à Paris la communion aux fidèles à genoux et sur les lévres.
La question de la participation des prêtres venus de toute la France aux diverses cérémonies n’a pas été évoquée, mais on sait qu’à Paris, l’archevêché voudrait exercer un contrôle rigoureux et éviter autant que possible « l’infiltration » de prêtres traditionalistes, qu’ils soient membres des communautés Ecclesia Dei, ou pire encore de la Fraternité Saint-Pie X, qui espèrent pourtant pouvoir venir en nombre.
L’archevêché de Paris a prévu que Benoît XVI inaugurera le somptueux ensemble du collège des Bernardins (faculté de théologie, centre d’études et de conférences sur le dialogue de la culture avec le christianisme), réalisation nouvelle dont s’enorgueillit le diocèse (et qui jouxte pratiquement l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où le pape pourrait éventuellement se rendre en quelques pas...). En revanche, il s’oppose fortement à ce que le Saint Père réponde à l’invitation de l’Institut de France (le pape en est membre : le cardinal Joseph Ratzinger avait été reçu à L’Académie des Sciences Morales et Politiques, le 6 novembre 1992, et y avait prononcé un discours sur « La théologie de l’Alliance dans le Nouveau Testament », le 23 janvier 1995). Cette invitation à se rendre au Quai de Conti est fortement soutenue par Jean Foyer, ancien Garde des Sceaux, tenu pour « traditionaliste » par les évêques de France.
Fondamentalement, les instances dirigeantes de l’épiscopat et l’archevêché de Paris craignent que le pape tienne un discours trop « négatif » à propos de l’Église de France, qui pourrait sembler être un écho aux remontrances de ceux que le cardinal Vingt-Trois qualifie de « groupuscules » (les traditionalistes ou assimilés) : dérives de certains théologiens, chute des vocations sacerdotales et religieuses, nécessité de la réorganisation de la carte des diocèses, perte de contact entre l’épiscopat et les prêtres de terrain, surtout les prêtres des nouvelles générations.
Commentaires de Paix Liturgique
- Ces informations illustrent une fois encore le sérieux des déclarations officielles au terme desquelles "il n'y a pas de problème liturgique en France, nous avons le soutien du Pape..." que servent - non sans arrogance - les détracteurs du Motu Proprio aux fidèles qui en demandent la mise en oeuvre.
- Il y aura certainement des esprits mal intentionnés qui prétendront que ces informations sont erronées. Tant pis, il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut voir... Quoi qu'il en soit, tout ceci est bien réel. Nous remercions vivement Monsieur Henri Tincq, qui dans son article publié le 2 juillet dernier dans le Monde, répond directement au document sur lequel se fondent nos informations et partant, en confirme l'existence.
- Si nous devions néanmoins ne relever qu’un point de tout cela, ce serait la constatation du fait que nous ne sommes pas les seuls à remarquer à quel point nos pasteurs ont perdu le contact avec la réalité. Ce n’est d’ailleurs pas faute d’avoir tenté de les aider à ouvrir les yeux (Sondages Ipsos de 2001 et CSA de 2006) mais il n’y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir... Dans les deux cas, plus de 15 % des catholiques souhaitent vivre au rythme de la liturgie traditionnelle (alors que beaucoup répétaient incantatoirement que cela était interdit) et moins de 5 % « refusaient » que cette messe soient célébrée… pour les autres ! Et encore, ces chiffres ont-ils été donnés avant la publication du Motu Proprio, à une époque où le Saint Père n'avait pas concrètement réhabilité la messe traditionnelle.
- Comment comprendre qu’au nom de l’unité l’on continue de s’appuyer sur une minorité, pour continuer à exclure les milliers de familles qui souhaitent vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain ou faire croire qu’il n’y a que peu de demandes, alors qu’actuellement l’ensemble de celles-ci dépasse les 900 !
- Comment ne pas voir que toutes les turbulences qui se poursuivent aujourd’hui n’auraient pas eu lieu si le dialogue et la charité avaient toujours été la juste règle ! Juste un souvenir d’il y a un peu plus de 30 ans : celui où, jeunes cheftaines et chefs de troupe Guides et Scouts d’Europe, nous nous sommes vu refuser la communion à Saint Pierre de Montrouge... car nous voulions communier à genoux !
- Rappelons que nous ne demandons rien d’autre que de pouvoir vivre notre foi catholique comme l’église l’a toujours permis (Motu proprio Summorum pontificum, Article 2 « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé...») et que notre souhait est de participer dans nos paroisses et nos diocèses à la vie de notre église, comme tous les autres catholiques.
Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église.

[Justin Petipeu - Le Forum Catholique] "...les évêques de France jouent la montre..."

SOURCE - Justin Petipeu - Le Forum Catholique - 7 juillet 2008

Il est évident que les évêques de France jouent la montre et qu'ils s'opposent de tout leur poids au MP. La sempiternelle réponse qu'on entend ici est "les directives de l'évêque sont très claires" ce qui correspond à peu près à "NIET".

Mgr Le Gall, chargé par la CEF de limiter au maximum les effets du MP parle d'ailleurs des 3 années après lesquelles il faudra rendre compte. Dans son esprit, il n'y a plus que deux ans à tenir et on pourra aller à Rome dire que le rite traditionnel n'intéresse personne ! Ouf...

Et puis le pape régnant est âgé, n'est-ce pas !

Quant'aux difficultés de mise en œuvre, je ne peux m'empêcher de penser aux dizaines de prêtres des instituts traditionnels qui moisissent ici et là pendant que les épiscopes ferment consciencieusement les paroisses les unes après les autres. De quel apaisement parlez-vous donc ? Je ne vois que la politique de la terre brûlée !

Quand j'entends le cal Hoyos affirmer que la messe traditionnelle doit être proposée dans toutes les paroisses du monde et mise à disposition des fidèles, je me demande si Son Eminence sait encore que nous existons, que l'épiscopat français existe et comment on peut expliquer un tel décalage entre Rome et l'Église universelle...Ça me fait penser aux textes du Vatican qui continuent à louer les mérites liturgiques du chant grégorien alors que celui-ci a pratiquement - lire : en pratique - disparu de 99,9% des paroisses.

Naïveté ? Méthode Coué ?

La seule solution en ce qui concerne la France est la mise en place d'une administration apostolique.

[ Catherine Corroller - Liberation] La messe en latin dans sa chapelle - Un an après la réhabilitation des célébrations traditionnelles, la hiérarchie de l’Eglise s’oppose aux paroissiens.

SOURCE - Catherine Corroller - Libération - 7 juillet 2008

Sous le frais soleil de ce premier dimanche de juillet, les adeptes de la messe selon le rite de saint Pie V, dit «tridentin», s’égaient devant l’église Saint-Germain, au Chesnay (Yvelines). La célébration a eu lieu en latin, le prêtre dos aux fidèles servi par des enfants de chœur tous de sexe masculin. Malgré la solennité du rite, y compris les cierges et l’encens, l’ambiance est recueillie mais détendue sur fond de cris d’enfants, l’assistance étant majoritairement jeune et prolifique. Pourtant une certaine frustration agite certains de ces partisans de la liturgie en vigueur avant le concile de Vatican II. Il y a un an, le 7 juillet 2007, Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum redonnant droit de cité à cette messe. Depuis Vatican II, cette liturgie était soumise à autorisation expresse de l’évêque. Désormais, sa célébration est de plein droit «dans les paroisses où existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure», précise le décret papal . Pas question, en clair, de donner la clé des églises à des commandos traditionalistes constitués pour la circonstance.

Résultat. Un an après la publication du motu proprio, «on n’a pas vu de rush dans la plupart des diocèses, affirme Robert Le Gall, archevêque de Toulouse et président de la commission pour la liturgie à la Conférence des évêques de France. Mais on n’a pas fait de point précis, le pape nous a donné trois ans.»Pour les tenants de la messe en latin, ce maigre résultat s’explique par la mauvaise volonté de la hiérarchie ecclésiastique.

Fabien, Claire et leurs cinq enfants habitent Versailles. Elle, universitaire, est âgée de 33 ans, lui, consultant, de 34 ans. Tous deux votent à droite, «entre Bayrou et Sarkozy», sont conservateurs sur les questions de morale mais ouverts à l’œcuménisme (l’un des buts principaux de Vatican II). En théorie, i ls dépendent de la paroisse Notre-Dame-de-Versailles. Dès la décision du pape connue, ils ont écrit, avec cinq autres familles, à leur curé pour lui demander qu’y soit célébrée la messe selon le rite de saint Pie V. Selon Fabien, le prêtre leur a demandé «combien vous avez de personnes avec vous ?», et leur a opposé une fin de non-recevoir. «Il a peur qu’on ait trop de succès», analyse le jeune homme. Les familles se sont alors tournées vers l’évêque. Le prélat a argué d’«une campagne de promotion du rite antérieur au concile», et conclu qu’il ne lui paraissait «pas opportun d’accéder à [leur] demande». Désormais au nombre de 130, les mêmes ont écrit à la commission Ecclesia Dei, au Vatican, pour lui demander «aide et conseil». Sans réponse pour l’instant. A l’échelle du diocèse, la situation serait peu ou prou la même selon Louis, un ami du couple. Il y aurait eu «environ 55 à 60 messes accordées», mais plus de 800 demandes non satisfaites. Dans un premier temps, Fabien, Claire et leurs amis se sont voulus discrets. Mais c’est fini. Ils devraient organiser, en septembre, un colloque sur l’application du motu proprio, et y ont convié les médias. L’évêque a fait savoir qu’il ne viendrait pas.

Abandon. Lorsque le pape a publié le décret , les évêques français n’ont pas bondi de joie. L’abandon de la messe selon le rite de saint Pie V avait été l’une des causes de la dissidence des adeptes de l’évêque Marcel Lefebvre, excommunié par le pape Jean Paul II en 1988 après avoir lui-même ordonné des évêques. Le Saint-Père espérait que la libéralisation de cette liturgie inciterait les intégristes à retourner dans le giron de Rome. En novembre 2006, le cardinal Jean-Pierre Ricard, alors président de la conférence épiscopale française, avait pourtant souligné que les différends avec les lefebvristes n’étaient pas seulement liturgiques mais aussi «théologiques (autour de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux) et politiques», rien n’y a fait, le pape a publié le motu proprio. Depuis, des traditionalistes sont rentrés dans le rang. Mais les successeurs de, Mgr Lefebvre, continuent de traîner des pieds.

Reste que Fabien et Claire n’ont rien à voir avec cette chapelle intégriste. «On n’a jamais été des paroissiens lefebvristes», affirment-ils. «On reconnaît totalement Vatican II», assure Fabien. Ils se disent favorables à la coexistence entre les deux formes de célébration. Même s’ils se reconnaissent davantage dans la liturgie tridentine. Pour Claire, «le latin, c’est une forme de généalogie des catholiques». Et pour Edwige : «Dans la forme extraordinaire [la messe tridentine, ndlr], on a beaucoup plus l’impression qu’on s’approche de Dieu que dans la forme ordinaire [la messe post-Vatican II]». Espèrent-ils qu’un jour, le rite tridentin supplantera l’autre ? «C’est la crainte des évêques de France», analyse Fabien. Le fait est que l’église catholique de France se droitise : Nicolas Senèze (1), auteur de la Crise intégriste, affirme ainsi que 17 % des séminaristes sont proches de la mouvance traditionaliste contre 1,5 % des prêtres en activité. Pour Arnaud Spriet, curé de Saint-Germain, il n’y a pas de doute, les «tradis» sont l’avenir de l’église catholique. La «nouvelle évangélisation» voulue par Jean-Paul II, confirmée par Benoît XVI, et qui vise à ramener vers l’Eglise «les grandes masses qui [s’en] sont éloignées», passe par eux.

(1) Ed. Bayard, mars 2008.

6 juillet 2008

Colloque : Le Motu Proprio dans le diocèse de Versailles
mise en ligne: leforumcatholique.org - contact: cmp78@laposte.net
Colloque : Le Motu Proprio dans le diocèse de Versailles Pour le premier anniversaire du Motu Proprio une vingtaine de groupes demandant son application dans les Yvelines organisent un colloque pour faire le point dans leur diocèse.
Qui sont ces « Cathos » ? Ils sont jeunes, trente à quarante ans ; ils ont de nombreux enfants. Ils vivent dans leur temps au cœur des nouvelles technologies dans la mondialisation. Ils sont cadres, employés, artisans, chefs d’entreprises, elles sont avocates, mères au foyer, universitaires.... et ils aiment la messe en latin. Ils sont de la génération JMJ, Jean-Paul II, Benoit XVI. Ils s’inscrivent dans les évolutions historiques de la liturgie, mais estiment que l’Eglise doit évoluer avec son temps.
Que souhaitent-ils ? Ils pensent que l’application du Motu proprio dans leur diocèse constitue une formidable opportunité de modernisation de l’Eglise. Pour eux les querelles du passé n’ont plus de raison d’être : à l’époque de la « guerre liturgique » ils n’étaient pas nés. Ils se tournent vers l’avenir et veulent l’unité retrouvée en participant à la nouvelle évangélisation avec leurs amis qui vont à la messe ordinaire.
Que se passe-t-il dans le Diocèse de Versailles ? Plus de 20 demandes ont été formulées, et aucune à ce jour n’a été exaucée. A Versailles, 600 fidèles de la paroisse Notre Dame attendent l’application du motu proprio ; à St Germain en Laye, des paroissiens ont applaudi lorsque le Curé a annoncé son refus d’appliquer le Motu proprio suite à la demande de plus de 300 personnes ; à la Cathédrale, les obsèques sous la forme extraordinaire d’une paroissienne ont été refusées par le Curé. Autant d’exemples qui peinent les paroissiens du diocèse de Versailles attachés à la forme extraordinaire et qui suscitent une véritable incompréhension. En effet, alors que le Pape souhaite une réintégration de la forme extraordinaire du rite dans toutes les paroisses, quelle est la réponse dans le diocèse des Yvelines ?
C’est pourquoi, ils ont décidé d’organiser un colloque. Moment d’écoute, de réflexion et d’échanges fraternels, en totale indépendance d’associations, de fraternités liturgiques ou de communautés religieuses, cet événement aura lieu le: Dimanche 28 septembre 2008 à 15 h au Palais des Congrès à Versailles à 200 mètres de la Gare Versailles Rive gauche (Garde d’enfants assurés) - Contact : cmp78@laposte.net
Le motu proprio s’est appliqué en douceur
06/07/2008 - Nicolas Senèze - la-croix.com
Le motu proprio s’est appliqué en douceur Un an après la publication de « Summorum Pontificum », par lequel Benoît XVI a libéralisé la liturgie d’avant Vatican II, peu de demandes ont été déposées
Benoît XVI l’aurait confié à des évêques français de passage à Rome : à ses yeux, le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, redonnant droit de cité à la liturgie telle qu’elle était célébrée avant Vatican II, ne concernait qu’un petit nombre de fidèles. De fait, un an exactement après sa publication, le nombre de lieux de culte où la liturgie catholique est célébrée selon la « forme extraordinaire du rite romain » n’a pas explosé : 172 en France, dont 124 où était déjà appliqué le motu proprio Ecclesia Dei adflicta publié en 1988 par Jean-Paul II.
À Paris, les six lieux où la messe dominicale est ainsi célébrée « à l’ancienne » ne rassemblent pas plus d’un millier de fidèles. « On dénombre en général cinq ou six personnes par paroisse qui demandent une célébration selon la forme extraordinaire, explique Mgr Patrick Chauvet, vicaire général, chargé de ce dossier par le cardinal André Vingt-Trois. Du coup, nous les rassemblons par arrondissement. » Selon lui, les curés accueillent avec bienveillance les demandes, du moment qu’elles ne soient pas instrumentalisées par des groupes qui, à l’instar de La Paix liturgique, tentent de fédérer l’opposition aux évêques sur ce sujet.
« Mais avec quelques conditions, souligne le P. Chauvet : qu’il n’y ait pas d’agressivité, et qu’il n’y ait pas de communautés les unes à côté des autres. » C’est le principal souci des évêques de France : éviter toute « ghettoïsation » des fidèles attachés à l’ancien rite. « Dans le 16e arrondissement, ceux qui viennent à Sainte-Jeanne-de-Chantal s’intègrent bien dans la vie paroissiale », relève-t-il. Un an après Summorum Pontificum, seuls douze diocèses de France métropolitaine n’ont pas mis le motu proprio en application.
Faute de demandes
Et c’est davantage faute de demandes que par mauvaise volonté. Ainsi, à Blois, Mgr Maurice de Germiny constatait en septembre dernier qu’« il n’existe pas dans le diocèse de groupe stable de fidèles désireux de reprendre l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 ». Depuis, une « demande courtoise de mise en œuvre » du motu proprio a été adressée pour Vendôme, et l’évêque cherche « un prêtre “ad hoc” » dans son diocèse, plutôt que de faire appel à un institut relevant de la Commission pontificale Ecclesia Dei. C’est aussi ce choix qu’a fait le cardinal Vingt-Trois à Paris, déclinant l’offre de l’Institut du Bon-Pasteur qui dispose d’un local et d’une chapelle dans le 2e arrondissement. « Ils ne célèbrent que la messe tridentine, ce qui est contraire au motu proprio », souligne Mgr Chauvet. Pas non plus de paroisse personnelle : « Le cardinal ne souhaite pas que les traditionalistes soient traités comme des chrétiens à part : l’objectif du motu proprio est justement de réunifier l’ensemble des catholiques », explique encore le vicaire général.
À Fréjus-Toulon, c’est au contraire cette dernière solution qu’avait retenue Mgr Dominique Rey dès 2005. Résultat : « Il y a eu peu de demandes. Sauf dans le golfe de Saint-Tropez, mais il semble s’agir plus de demandes d’estivants, pour lesquels nous allons trouver une solution », explique le P. Marc Aillet, vicaire général du diocèse.
"Insérer les fidèles dans la vie paroissiale"
« L’important est d’insérer les fidèles dans la vie paroissiale », insiste-t-il, soulignant par exemple que les séminaristes relevant de la paroisse personnelle reçoivent la même formation que les autres au séminaire diocésain – où ils célèbrent chaque jour dans la forme ordinaire –, et que des couples de la paroisse personnelle participent aux équipes de préparation au mariage sur le doyenné de Toulon. « Mais, si cela se passe bien, cela tient aussi à la personnalité des prêtres qui desservent la paroisse : autant ils sont attachés à la forme extraordinaire du rite romain, autant ils sont ouverts à Vatican II », conclut le P. Aillet.
Reste la question de la réconciliation avec les intégristes, toujours en rupture avec Rome, qui formait l’un des buts avoués de ce motu proprio. Sans doute Benoît XVI n’espérait-il pas grand-chose des responsables de la Fraternité Saint-Pie-X qui, fin juin, ont refusé une énième main tendue (La Croix du 2 juillet). Rome garde toutefois l’espoir que certains fidèles et prêtres intégristes sauteront cette fois le pas.
À Paris, quelques fidèles de Saint-Nicolas du Chardonnet fréquentent aujourd’hui régulièrement les messes du diocèse selon l’ancien Missel. Et on a recensé l’un ou l’autre prêtre de la Fraternité qui ont demandé à rejoindre des diocèses français. Mais pas non plus, pour l’instant, de raz de marée sur ce plan-là.
Nicolas SENÈZE

5 juillet 2008

[Stéphanie Le Bars - Le Monde] Jeunes et activistes, les demandeurs de la messe en latin posent "question" à l'Eglise

SOURCE - Stéphanie Le Bars - Le Monde - 5 juillet 2008

Ils sont jeunes, organisés, plutôt revendicatifs. Leur combat n'a qu'un but : obtenir la messe en latin. Un an après la publication du décret papal qui, le 7 juillet 2007, a libéralisé la messe selon le rite ancien - un office en latin ponctué de silences et de génuflexions, célébré dos tourné à l'assemblée -, les catholiques attachés à la "tradition" ne se satisfont pas de la quarantaine de nouvelles messes mises en place dans les paroisses au niveau national. Si l'on en croit les évêques, l'offre de messes est désormais "suffisante" pour cette communauté de fidèles dont le nombre s'élève selon les sources de 30 000 à 45 000 personnes en France. "Nous n'assistons pas à une multiplication des demandes et on les honore autant qu'il est possible", assure Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, président de la commission pour la liturgie à la Conférence des évêques de France. Quelque 170 célébrations selon la "forme extraordinaire" sont proposées chaque semaine à travers la France, dont la majeure partie en région parisienne.

Mais les groupes de demandeurs font preuve d'un activisme qui agace une hiérarchie catholique diversement réceptive au motu proprio de Benoît XVI. Les "tradis" multiplient les pétitions et les mises en réseaux, des "pressions insupportables qui exagèrent les effectifs réels", déplore Mgr Le Gall. Des messes "privées" (non annoncées officiellement), avec ou sans fidèles, se tiennent, parfois sans l'accord du curé de la paroisse.
"DÉCOMPLEXÉS"
Mgr Le Gall reconnaît toutefois que "la jeunesse de ce public pose question" à l'Eglise. Les jeunes fidèles se défendent de toute nostalgie de l'Eglise avant le concile de Vatican II, dont l'un des effets fut l'abandon de la messe selon le rite ancien. "Les jeunes prêtres comme les jeunes fidèles sont décomplexés par rapport à Vatican II", explique Louis de Lestang, 32 ans, à la tête d'un collectif de jeunes demandeurs des Yvelines. "On est surtout de la génération Jean Paul II, attachés à Rome et à la tradition", insiste ce père de cinq enfants. Dans son diocèse, des jeunes prêtres se forment comme ils peuvent pour apprendre à célébrer selon le rite ancien.
 
En réaction, pour "ramener des fidèles" aux messes ordinaires, "il faut réintroduire davantage de silence, de hiératisme, d'intériorité, de beauté dans les vêtements liturgiques", souligne Mgr Le Gall. Au séminaire, une formation pour apprendre à célébrer la messe en latin pourrait être introduite, indique l'évêque.
 
Le texte papal, censé contribuer à la réconciliation entre catholiques - y compris les schismatiques liés au courant de Mgr Lefebvre -, n'a pas atteint son but. "Certains évêques nous accusent de vouloir diviser la communauté de fidèles. Et, en même temps, ils nous disent : "Restez dans votre ghetto"", regrette Louis de Lestang.
 
Si l'on en croit les estimations données par Nicolas Senèze dans La Crise intégriste (ouvrage paru en mars chez Bayard, 193 pages, 15 euros), l'Eglise de France n'en a pourtant pas fini avec les "tradis" : si seuls 1,5 % des prêtres en activité sont assimilés à la mouvance traditionaliste, en revanche 17 % des séminaristes seraient proches de cette tendance.
 
Stéphanie Le Bars




Autour de l’ultimatum : surinformation et désinformation
5/7/2008 - dici.org
On trouvera ici une brève revue de presse des dépêches et articles parus sur l’ultimatum du cardinal Castrillón Hoyos. Ces textes rédigés souvent à la hâte se complètent et se contredisent. Pour un lecteur qui aurait voulu suivre l’actualité « en temps réel », il était impossible de s’y retrouver. Afin de ne pas ajouter à cette confusion, nous ne mentionnons pas les commentaires innombrables qui, de blog en forum, réagissaient immédiatement à ces dépêches ou rebondissaient instantanément sur ces articles.
Quelles sont les conditions posées par le cardinal Castrillón Hoyos ?
 L’Agence France Presse annonçait à ce sujet, le 23 juin :
 « Des tractations sont en cours entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée par l’évêque schismatique Marcel Lefebvre, pour mettre fin à une brouille vieille de vingt ans, affirme lundi (23 juin, ndlr) le quotidien italien Il Giornale.
« Selon ce journal, l’actuel supérieur de la Fraternité Mgr Bernard Fellay a récemment rencontré au Vatican le cardinal Dario Castrillón Hoyos, président de la Commission ad-hoc "Ecclesia Dei", qui lui a remis une lettre posant cinq conditions au retour du mouvement intégriste dans "la pleine communion" de l’Eglise.
« Les Lefebvristes doivent donner leur réponse d’ici le 28 juin, assure Il Giornale.
« Comme par le passé, les conditions posées par le Vatican seraient notamment l’acceptation par le mouvement intégriste des enseignements du concile Vatican II (liberté religieuse, œcuménisme) et de la réforme liturgique qui a suivi. »
Mais le lendemain, 24 juin, l’AFP devait rectifier :
« Le Vatican a renoncé à exiger de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X la reconnaissance du concile Vatican II pour passer l’éponge sur le schisme provoqué il y a vingt ans par ce mouvement catholique intégriste fondé par Mgr Lefebvre, selon un vaticaniste italien.
Les cinq conditions posées dans une lettre du Vatican aux Lefebvristes concerneraient la reconnaissance de l’autorité du pape et l’engagement à ne rien dire contre l’Eglise, mais ne feraient aucune allusion au concile Vatican II, a assuré mardi le vaticaniste de Il Giornale, Andrea Tornielli, sur son blog (http://blog.ilgiornale.it/tornielli).
« Jusqu’à présent le Vatican exigeait la reconnaissance des enseignements du concile Vatican II (liberté religieuse, œcuménisme) et de la réforme liturgique qui a suivi pour lever l’excommunication qui a frappé en 1988 les adeptes de Mgr Marcel Lefebvre.
« Andrea Tornielli avait révélé lundi des tractations en cours entre le Vatican et le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay. Il assurait cependant que les conditions posées par le Vatican, et toujours refusées par les Lefebvristes, restaient inchangées.
« Mais mardi le journaliste, généralement bien informé sur les milieux intégristes, indique avoir pu prendre connaissance de la lettre qui ne fait aucune mention explicite ni de Vatican II, ni de la nouvelle liturgie.
Le 25 juin, l’agence I.MEDIA, partenaire à Rome de l’APIC, donnait les cinq conditions, en précisant avoir eu une copie de la lettre du cardinal Castrillón Hoyos à Mgr Fellay, en date du 4 juin, tout comme le vaticaniste Andrea Tornielli l’avouait sans ambages sur son blog, cité par l’AFP. Un spécialiste français des questions religieuses confiait à DICI que, selon lui, la commission Ecclesia Dei cherchait ainsi à mettre la Fraternité Saint-Pie X au pied du mur.
Les conditions de l’ultimatum comprennent-elles implicitement l’acceptation du concile Vatican II et de la messe de Paul VI ?
La Croix du 25 juin a interrogé sur ce point le Père Lombardi, porte-parole du Vatican :
« Contrairement aux accords proposés précédemment par l’Église catholique, celui-ci ne cite pas explicitement Vatican II. Cela veut-il dire que Benoît XVI, passionnément attaché à éviter que le schisme ne devienne définitif, renoncerait à faire de la reconnaissance du concile la condition d’un accord ?
« ‘La reconnaissance du concile Vatican II comme véritable concile œcuménique de l’Église et la reconnaissance de la validité de la Messe célébrée selon la liturgie rénovée après le concile ne sont absolument pas remis en question’, déclare à La Croix le P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège.
« Pour lui, les cinq conditions citées, sont ‘les conditions minimales pour qu’il puisse y avoir un rapport caractérisé par le respect et la disponibilité à l’égard du Saint-Père’. ‘Il faut que cette offre, cette “main tendue”, soit reçue avec une attitude et un esprit de charité et de communion’, ajoute-t-il. »
Et le journaliste de La Croix, Nicolas Senèze, explique que le cardinal Castrillón Hoyos emploie là un moyen détourné pour parvenir à un accord :
 « En fait, depuis plus de 20 ans, Rome et Écône sont d’accord pour reconnaître le concile « à la lumière de la Tradition de l’Église ». Les intégristes en profitaient alors pour opérer un tri sévère dans les textes conciliaires, pour en exclure tout ce qui, à leur avis, était contraire à la Tradition. Le cardinal Castrillón Hoyos prend donc une autre voie en demandant aux lefebvristes d’agir « dans le respect de l’autorité » du pape, et de ne pas prétendre à un magistère supérieur au sien. En clair, Rome leur demande d’obéir au pape et à son magistère (qui intègre les décisions du concile) ».
Mgr Fellay a-t-il répondu ou pas ?
 Une dépêche de l’AFP du 27 juin annonçait : « ‘La Fraternité n’a pas l’intention de répondre à cet ultimatum’, a déclaré à l’AFP l’abbé Alain Lorans, porte-parole de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, joint par téléphone à Ecône (Suisse) », pour ajouter quelques lignes plus loin : « Selon l’abbé Lorans, le supérieur général de la Fraternité, Mgr Fellay aurait répondu jeudi (le 26, ndlr) une lettre aux autorités vaticanes ».
 Néanmoins, Le Figaro du 30 juin n’hésitait pas à écrire péremptoirement : « C’est non. Mgr Bernard Fellay, supérieur de la fraternité schismatique Saint-Pie X, et chef des catholiques intégristes, a rejeté la main tendue la semaine dernière par le Vatican pour réintégrer les rangs de l’Église. Si sa réponse officielle n’a pas encore été publiée, elle ne fait aucun doute, les fidèles de Mgr Marcel Lefebvre ne veulent pas, vingt ans après leur excommunication, de l’occasion historique que leur a offerte Benoît XVI de se réconcilier définitivement avec le Saint-Siège ».
On admirera l’assurance de la formule ‘si sa réponse officielle n’a pas encore été publiée, elle ne fait aucun doute’. Nul doute aussi que le métier de journaliste ne soit difficile, mais mieux vaut quand même s’en tenir aux faits avérés et aux documents publiés.
date : 5/7/2008


La forme traditionnelle de la communion, selon le cérémoniaire du pape
5/7/2008 - dici.org
Le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Guido Marini, a longuement expliqué dans L’Osservatore Romano du 26 juin 2008 les choix récents de Benoît XVI en matière de liturgie, marqués par un certain retour à la tradition.
Il a ainsi évoqué la distribution par le pape de la communion sur les lèvres et à genoux, indiquant qu’elle était « une pratique destinée à devenir habituelle dans les célébrations pontificales ». Il a précisé que la distribution de la communion dans la main était « un indult par rapport à la loi universelle, que ce privilège avait été concédé par le Saint-Siège aux conférences épiscopales qui en avaient fait la demande ». Mgr Guido Marini a souligné la « préférence » de l’Eglise pour le mode traditionnel de réception de la communion qui « met mieux en lumière la vérité de la présence réelle dans l’Eucharistie, aide la dévotion des fidèles, introduit plus facilement au sens du mystère ».
Mgr Guido Marini a indiqué que la férule en forme de croix grecque ayant appartenu à Pie IX et utilisée par Benoît XVI depuis le dernier dimanche des Rameaux (16 mars 2008), serait désormais « constamment » utilisée. « Ce choix ne signifie pas simplement un retour à l’ancien, a précisé Mgr Marini, mais il témoigne du développement dans la continuité, d’un enracinement dans la tradition qui permet d’avancer de manière ordonnée sur le chemin de l’histoire ».
Depuis peu, Benoît XVI se sert également d’un trône pourpre bordé d’or utilisé par Jean XXIII, à la place du trône blanc à haut dossier en usage sous Jean-Paul II. Mgr Guido Marini a expliqué que ce trône entendait « mettre en évidence la présidence liturgique du pape, successeur de Pierre et vicaire du Christ ». Quant à la position centrale de la croix au milieu de l’autel, elle indique « l’orientation exacte que toute l’assemblée est appelée à avoir durant la liturgie eucharistique : on ne se regarde pas, mais on regarde Celui qui est né, mort et ressuscité pour nous, le Sauveur ».
A la question de savoir si Benoît XVI célébrerait un jour la messe traditionnelle réhabilitée par le Motu Proprio Summorum Pontificum (7 juillet 2007), Mgr Marini a confié ne pas pouvoir donner de réponse. (sources : L’Osservatore Romano/Apic)
Commentaire : Des propos du cérémoniaire du pape, il ressort que la distribution de la communion dans la main qui se pratique aujourd’hui partout lors des messes conciliaires, est une forme extraordinaire, alors que la réception de la sainte hostie sur les lèvres et à genoux, telle qu’elle a lieu dans les messes traditionnelles, est la loi universelle. Autrement dit : la forme extraordinaire de la distribution de la communion est celle qui se pratique dans le cadre de la forme ordinaire de la messe (Paul VI), et la forme ordinaire de la communion est celle qui est en usage dans la forme extraordinaire de la messe (saint Pie V).
 Pour ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient porter à la connaissance d’un évêque ou d’un prêtre lisant avec peine L’Osservatore Romano, voici la traduction de l’italien des paroles de Mgr Guido Marini :
O.R. Lors de la récente visite à Santa Maria di Leuca et à Brindisi le Pape a distribué la communion aux fidèles agenouillés et sur les lèvres. Cette pratique est-elle destinée à devenir habituelle dans les célébrations pontificales ?
Mgr G.M. Je pense que oui. A cet égard, nous ne devons pas oublier que la distribution de la communion dans la main est toujours, d’un point de vue juridique, un indult par rapport à la loi universelle. [La communion dans la main] a été permise par le Saint-Siège aux conférences épiscopales qui en ont fait la demande. Le mode de distribution de la communion adopté par Benoît XVI vise à souligner la validité de la règle valable pour toute l’Eglise. En outre, nous pourrions peut-être y voir aussi une préférence pour cette manière de distribuer la communion qui, sans s’opposer à l’autre, souligne mieux la vérité de la présence réelle dans l’Eucharistie, contribue à la dévotion des fidèles et introduit plus facilement le sens du mystère. Aspects que d’un point de vue pastoral, il est urgent à notre époque de souligner et de récupérer.
date : 5/7/2008

4 juillet 2008

Lettre ouverte d’un fidèle de la FSSPX à Mgr Fellay et à l’abbé de Cacqueray
4 juillet 2008 - virgo-maria.org
Monseigneur,
Monsieur l’abbé,
Je suis un de vos fidèles : je ne fréquente que les chapelles de la FSSPX ou des communautés amies, y compris en vacances. Je mets mes enfants dans les écoles, je ne fréquente que les pèlerinages organisés par elle, j’ai suivi plusieurs retraites de saint Ignace dans vos maisons, etc. En résumé, je ne vois pas ce que je pourrais faire pour être davantage marqué FSSPX.
Et pourtant, je commence à être ulcéré par la phobie anti «sédévacantiste» qui vous anime, et qui commence à prendre des allures pathologiques, en témoigne la récente «mise en garde» de M. l’abbé de Cacqueray.
La FSSPX insiste à temps et à contretemps pour nous dire que Benoît XVI est bien le Pape, légitime successeur de Pierre, à qui nous devons l’obéissance et la soumission tant qu’il ne s’écarte pas de la Tradition, mais à qui nous devons désobéir lorsqu’il s’en écarte.
Quant à contester tout ce qui n’est pas catholique dans les actions et les enseignements de Benoît XVI, d’accord. Mais alors pourquoi refuser tout ce qui ne s’oppose pas à cette Tradition si celui qui le commande est le véritable successeur de Pierre ? Exemple : Même si la nouvelle prière du Vendredi Saint pour les Juifs est en retrait par rapport à la formule ancienne, elle reste catholique. De plus, la formule ancienne ne date que du XVI° siècle, pas de l’antiquité chrétienne. En soi, elle peut donc évoluer. Vous tenez compte de la modification que Jean XXIII a faite au Canon de la messe (le Canon n’avait JAMAIS été touché jusque là !), mais vous refusez la modification d’une prière du XVI° siècle ? Sur quel motif désobéissez-vous donc à celui que vous reconnaissez comme Souverain Pontife ?
Si Pie XII avait ordonné cette réforme (et il en a ordonné qui ne furent pas très heureuses et que vous appliquez !) vous auriez certainement obéi ! Si donc vous reconnaissez Benoît XVI comme Pape, vous devez obéir aux réformes de ce dernier qui ne s’opposent à la Tradition de l’Église. Or (heureusement !) vous ne le faites pas. Votre position est donc « sédévacantiste » dans les actes, et anti « sédévacantiste » dans les paroles. Alors de grâce, cessez de prendre pour des imbéciles les fidèles que nous sommes avec ces anathèmes sous lesquels vous ne parvenez plus à cacher vos contradictions !
Quelle est la réalité ? C’est que vous ne reconnaissez aucune juridiction à Benoît XVI, juridiction qui est précisément ce qui fait qu’un Pape est Pape. Un évêque muni de la juridiction sur l’Église Universelle, sur l’Église catholique, s’appelle un Pape ; un Pape sans juridiction est un simple évêque pour peu qu’il ait été ordonné validement. La réalité est donc que vous ne reconnaissez pas vous-même la juridiction de Benoît XVI, vous-même le considérez de facto comme un anti-pape !
Quant à trancher entre les deux positions en présence sur l’infaillibilité du Pape, l’une la réduisant au Magistère solennel (position de la FSSPX), l’autre l’étendant à tous les actes de son Magistère officiel (position traditionnelle des théologiens anti-libéraux au moment de la promulgation du dogme de l’infaillibilité), il faut convenir que bien rares sont les fidèles qui peuvent trancher cette question.
Tenons-nous en donc à l’infaillibilité du Magistère solennel, défini par 4 circonstances : le Pape doit parler en tant que Souverain Pontife, en matière de foi ou de mœurs, il doit s’adresser à l’Église universelle, et doit obliger les fidèles à accepter son enseignement.
Mais alors, qu’en est-il des actes solennels des « Papes » conciliaires ? Ont-ils été posés par des Papes infaillibles ? Quelques exemples :
o        La promulgation des documents du Concile Vatican II par Paul VI ;
o        La promulgation de la nouvelle messe par le même Paul VI (la liturgie ne peut jamais véhiculer d’erreurs sur la foi) ;
o        La promulgation du nouveau Code de Droit Canon par Jean-Paul II, entérinant par exemple l’inversion des fins du mariage entre autres erreurs ;
o        La canonisation de don Escriva de Balaguer par le même Jean-Paul II, en attendant celle de ce dernier… (cf. un récent article de Fideliter qui reconnaissait être dans l’impasse sur cette question après avoir une fois de plus condamné ce maudit « sédévacantisme » sans l’ombre d’un seul argument !).
Et n’allez pas nous raconter que les Papes post-conciliaires ne pouvaient jouir du charisme de l’infaillibilité parce qu’ils ne croyaient pas à la simple notion de vérité objective. Cela voudrait dire que le Saint-Esprit aurait été incapable d’éclairer celui qu’Il aurait préalablement choisi. Une autre manière de dire qu’il n’y a plus de Pape.
Alors de grâce, parlez-nous le langage de la VÉRITÉ ! N’ayez pas peur de la vérité : n’interdisez pas les questions à l’issue des conférences que vous donnez, prenez quelque recul sur la réalité que nous vivons, et reconsidérez-la à la lumière de la foi plutôt qu’à l’ombre de vos divisions internes, voyez ce qui est dangereux pour la foi plutôt que pour votre propre cohésion, considérez les objections qui se présentent plutôt que de ressasser des condamnations jamais étayées. En résumé, ayez le souci des âmes plutôt que de vos organisations humaines et de votre réputation !
Avec l’assurance de mes prières.
Un de vos fidèles.
Pourquoi nous est-il toujours aussi difficile de dialoguer avec nos Pasteurs ?
Lettre 117 - 4 juillet 2008 - paixliturgique.com
1 – Négociation(s), dialogue(s) et rencontre(s) : d’abord quelques rappels Une rencontre, fortuite ou arrangée, permet à deux parties de se faire face. La rencontre, hostile ou conviviale, stérile ou porteuse d'espérance, permet la reconnaissance de "l'autre".
Le dialogue ne nécessite pas la volonté de parvenir à un accord, mais, en revanche, ne se justifie que si l'on cherche à mieux faire comprendre sa position et à mieux appréhender la position de son interlocuteur.En cas contraire, on parlera de "dialogue de sourds".
L'art de la négociation réside dans la capacité du négociateur à définir l'attente de l'autre partie et les conditions que cette dernière est susceptible d'accepter afin d'obtenir satisfaction. Ceci présuppose que l'on souhaite parvenir à un accord y compris en concédant certains avantages à la partie adverse.
2 – Une situation étonnante pour les hommes ordinaires que nous sommes
Force est de constater que des milliers de fidèles attachés au rite extraordinaire de l'Eglise,depuis plus de 20 ans , ont en vain, chacun avec son charisme, essayé de rencontrer les autorités ecclésiastiques, d'amorcer un dialogue, de négocier l'application du Motu Proprio.
Comment expliquer cette situation sans jeter l'anathème sur ceux qui se dérobent à leur mission de Père, de Pasteur ?
Pour certains de nos interlocuteurs, la stratégie consiste à nous nier : "Je n'ai aucune demande... ou peut-être une ou deux". Pour d'autres, à nous discréditer : "On ne peut pas dialoguer avec vous".
Un grand nombre de prêtres interrogés se déclarent non concernés : "... essayez de voir à l'Evêché" ou peureux : "Je ne peux pas proposer ça à mon conseil paroissial".
Certains interlocuteurs plus diplomates proposent, faute de possibilité dans leur paroisse, d'aller voir "ailleurs" ou de revenir en septembre prochain, "le temps d'y voir clair".
D’autres enfin profitent du premier haussement de voix habituel dans la vie courante pour se déclarer attaqué, agressé, violenté, insulté... donc enfin en bonne position pour légitimement... cesser un dialogue qui n’avait pas commencé.
S'agit-il d'une stratégie concertée imposée par leurs auteurs à tous leurs confrères ou d'une attitude propre au clergé ?
Nous ne pouvons pas nier que l'épiscopat français ne partage pas notre sensibilité et que peu d'évêques souhaitent le succès d'une application généreuse des dispositions du Motu Proprio. Cependant, réduire la position de nos interlocuteurs à une sombre théorie du complot n'explique pas leur "comportemental".
En fait, le refus de nous "rencontrer" relève d'une manière générale d'un état proche de la paranoïa, caractérisé par la surestimation pathologique du moi, la méfiance, la fausseté du jugement et l'inadaptation sociale et, pour certains d'entre eux, d'une perte du contact avec la réalité de nature schizophrène.
Ce constat est patent : Comment "nous" rencontrer, si "nous" n'existons pas ?. Comment accepter que nous existions alors qu'ils avaient décidé que nous n'existerions plus après quelques années d'interdiction de la Messe Tridentine ?
Vous pouvez les inviter aux pèlerinages de Chartres, à de grands rassemblements scouts… Ils ne voient qu'une assemblée de pauvres jeunes manipulés par des vieillards d’extrême droite.
Vous pouvez recueillir plus de 1 000 signatures sur une seule paroisse (comme à Versailles...) pour l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum… Vous serez, au mieux, « pas représentatifs ».
LEUR PATHOLOGIE DU MOI NECESSITE NOTRE NEGATION
En leur imposant de NOUS voir, de NOUS rencontrer, nous déclenchons chez eux un mécanisme de méfiance maladive. Qui êtes-vous ? De quelle paroisse dépendez-vous ? Où allez-vous à la Messe ? Vous habitez où ? Vous appartenez à quel groupe? Qui vous envoie ? Qui vous manipule ?
Cette méfiance est d'autant plus aiguë que leur fausseté de jugement nous avait "caractérisé" faussement. Ainsi, dans l'évêché de Nanterre, les fidèles qui depuis des années demandaient l'application du Motu Proprio (d'abord de 1988 puis de 2007) avaient été traités soit "d'anciens militants de l’Action Française, de Vichystes ou de Pétainistes, de nostalgiques de l’OAS à relents d'antisémitisme" soit, ailleurs, « de provocateurs » ou « de simples d’esprit ». Étonnant quand on sait que la plupart de ces demandeurs n'ont pas trente ans...
Subitement confronté à des "Tradis" polymorphes, l'interlocuteur, bloqué dans ses certitudes, ne peut que refuser le dialogue. Nous n'existions pas, voilà que nous sommes différents de ce que nous devrions être ! "Vous êtes des Trotskystes" déclarait voici plus d'un an un jeune curé de Boulogne peu désireux d’entrer en dialogue avec ceux qui n’existaient pas !
Comment peuvent-ils comprendre qui nous sommes quand, autorisant "à titre testuel" une Messe, ils voient une assemblée jeune, socialement représentative de l'environnement, culturellement mélangée ?
Ils nous voulaient sectaires, ils découvrent des familles issues de leur paroisse qui viennent leur demander l'application du Motu Proprio. Ils nous imaginaient introvertis, ils voient des assemblées conviviales qui ne refusent pas de boire un kir après la Messe. Ils nous croyaient "hors du monde", ils font face à des gens responsables et dont certains sont emblématiques de leur métier. Ils croyaient aussi, peut-être, que nos femmes, nos filles, nos sœurs portaient le voile ?
La confrontation à la réalité conduit nos interlocuteurs à pallier leur inadaptation sociale par une attitude réactionnaire : "Comprenez que l'Eglise n'est pas une démocratie" ; "ce n'est pas parce que vous souhaitez me rencontrer, que je suis obligé de vous recevoir" ; "je suis le Curé, je suis seul à décider" ; "depuis quand les fidèles décident ?"
Cette attitude réactionnaire présente l'avantage de la confrontation à la réalité. Pour agressante qu'elle soit, cette phase est nécessaire à la reprise du contact avec le réel.
Nous pouvons observer des décisions mettant en évidence une perte du contact avec la réalité. Tel, voici un an, l'arrêt de "l'expérience" de Sainte-Marie-de-Fontenelles à Nanterre ; des lieus de cultes, chichement accordés ces derniers mois, vont être suspendus comme à Saint Pierre de Montrouge "afin de permettre une analyse de la situation et de prendre les décisions qui en découleront". Ces attitudes sont d'un autre temps et disqualifient les néo-cléricalistes qui en usent.
Que faire ? Continuer à se faire connaître, en famille, individuellement, en groupe constitué. Ne pas les abandonner à leur malaise existentiel. Oublier leur colère, leur sursaut d'autorité, leurs erreurs de jugement passées et les conduire à nous aimer dans notre diversité pour réapprendre à vivre ensemble. Ne pas oublier que pour nous, tout est plus facile. Nous avons vécu depuis des années dans un bi-ritualisme PAS EUX. Nous assistons parfois, dans nos familles ou durant les vacances, au rite ordinaire, la réciproque n'était PAS VRAIE POUR EUX. Nous sommes demandeurs d'unité dans la diversité PAS EUX. Nous les connaissons, nous connaissons nos paroisses, ils ne nous connaissent pas... Pour eux, l'accueil des différences, l'enrichissement mutuel va devoir passer de la théorie... à la réalité bien matérielle.
Bien sûr, ils devraient le faire, gageons que cela leur est le plus souvent impossible ! Les rares cas où le dialogue s’instaure rend notre réflexion plus cruelle encore, lorsque nous voyons un homme cultivé et intelligent ne pas parvenir à sortir du carcan des modèles construits, ne pas être capable, ou très difficilement, de saisir le réel…
Mais que cela ne nous freine pas : des rencontres providentielles avec des hommes brillants qui se situaient aux antipodes de nous, ont montré que rien n’est impossible ! Ceux qui ont participé aux premiers colloques du C.I.E.L. et ont eu le privilège de dialoguer avec le père Gy peuvent en témoigner : lorsque la bonté et la charité sont au rendez-vous, le dialogue est non seulement possible mais fécond… D’autres rares exemples le confirment. Ainsi, avec la prière, il n’y a pas d’autre issue pratique pour sortir de cet enfermement.
Henriette Oulès
Membre du bureau du Mouvement pour la Paix liturgique et la Réconciliation dans l’Église.
Le feuilleton des négociations avec les lefebvristes
Rome d’Ecône !
4 juillet 2008 - Christian Terras - golias-editions.fr
Le feuilleton des négociations avec les lefebvristes
Rome d’Ecône !
Christian Terras
Alors qu’un rapprochement entre les lefebvristes et le Vatican semblait s’envisager il y a quelques jours, la Fraternité Saint Pie X a refusé la main tendue de Benoît XVI qui était pourtant prêt à tourner le dos au concile Vatican II pour réintégrer cette communauté intégriste au sein de l’Eglise. Malgré tout, Rome persiste à maintenir le contact avec les disciples de Mgr Lefebvre.
Contrairement à ce l’on pouvait encore prévoir comme le plus probable il y a quelques jours, les lefebvristes auraient décliné l’offre du Pape et qui plus est sur un ton cassant, péremptoire, définitif et insolent. Mgr Bernard Fellay, sacré illicitement par Mgr Lefebvre en 1988, actuel Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X aurait opposé à Rome une fin catégorique de non-recevoir.
En effet, selon lui, le protocole d’accord préparé par Rome constituerait un piège grossier dans la mesure où au fond il finirait par museler la Fraternité. Pour lui, accepter un tel protocole reviendrait à accepter une sorte de « fermez-la » de Rome afin que les positions « conciliaires » ne puissent être attaquées de l’intérieur.
En 1988 déjà, Mgr Lefebvre refusa la main tendue du cardinal Ratzinger (et indirectement de Jean Paul II) en raison de sa perte reconnue de confiance en la parole de Rome. Dorénavant, on semble se retrouver bel et bien dans une situation analogue. La majorité de la Fraternité n’aurait pas confiance et ne voudrait donc pas se faire récupérer à son insu.
Selon certains observateurs, cette proposition toute récente de Benoît XVI avait en fait valeur d’ultimatum, comme la main tendue de la dernière chance. Rien n’est moins sûr car si le Pape exigeait une réponse dans un délai court, cela ne voulait certainement pas dire qu’en face d’un refus il renoncerait définitivement à entreprendre une autre démarche de rabibochage dans le futur. Ce serait bien le méconnaître que de lui prêter un tel calcul. Les conditions explicitement énoncées pour la réconciliation (au nombre de cinq) n’incluaient pas l’acceptation de Vatican II. On pouvait légitiment y voir une intention de Joseph Ratzinfger de poursuivre dans le sens d’une restauration intransigeante qui tourne le dos à l’esprit d’ouverture du Concile, quitte à s’allier avec certaines franges extrêmes de l’Eglise.
Le Saint-Siège dément qu’il ait jamais été son intention de brader l’héritage conciliaire et de rendre facultatif le Concile Vatican II. Pourquoi est-il donc si nécessaire de devoir le préciser ?
Rome prête à renier le Concile
4 juillet 2008 - Christian Terras - golias-editions.fr
Rome prête à renier le Concile Christian Terras
L’affaire est d’une gravite extrême. A Rome, le Pape et une partie de son entourage, sans oublier le silence complice des autres, se disposaient il y a encore quelques jours à accueillir les lefebvristes en leur donnant, qui plus est, un statut juridique très favorable (la seule réalité ecclésiale à en bénéficier pour le moment est l’Opus Dei) en l’occurrence un statut de prélature personnelle .

Le Vatican ne demandait aucune contre-partie sérieuse et conséquente aux intégristes sinon de ne pas s’en prendre à la personne même du Pape. Pour certains lefebvristes, cette initiative constituait une aubaine mais c’était sans compter sur la division au sein de la fraternité Saint Pie X. Mais le plus scandaleux, y compris du point de vue de la théologie, est le fait que Rome semble renoncer à exiger une quelconque adhésion des intégristes au Concile, ce qui est véritablement un reniement, car ces intégristes attaquent haut et fort et de manière radicale le Concile : mieux le rejettent et le vomissent.

Dans un passé encore récent, Rome exigeait pourtant toujours l’adhésion à Vatican II, au moins bien interprété, « selon la tradition » tenait à préciser à l’époque le cardinal Ratzinger. Le Concile n’était pas encore ouvertement remis en cause, mais soumis à la possibilité d’une lecture révisionniste, ce qui était déjà faire un pas dans la direction actuelle mais timidement.

Depuis l’élection de Benoît XVI en 2005, le processus d’occultation et d’abandon du Concile n’a fait que se confirmer et s’intensifier ; au fil des mois, il n’était même plus nécessaire de le cacher. Comme toujours, Joseph Ratzinger procède par petites touches : il critique d’abord une lecture idéologique du Concile, qu’il prend soin de distinguer du vrai Concile, de sa lettre. On se souvient également des polémiques lancées contre les historiens de l’école de Bologne par le cardinal Ruini et Mgr Marchetto. Dans un deuxième temps, c’est le Concile lui-même qui tombe aux oubliettes.

3 juillet 2008

[Jérôme Anciberro - Témoignage Chrétien] Vatican. Bras de fer entre le pape et les intégristes

SOURCE - Jérôme Anciberro - Témoignage Chrétien - 3 juillet 2008

Les traditionalistes de la Fraternité Saint-Pie X ont rejeté les cinq conditions préalables à un accord proposées par le Vatican pour une reprise du dialogue.

Vatican. Bras de fer entre le pape et les intégristes
par Jérôme Anciberro
Révélée par Andrea Tornielli, le vaticaniste du quotidien italien Il Giornale, la dernière initiative auprès de la Fraternité Saint-Pie X du cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la commission vaticane « Ecclesia Dei » chargée des relations avec les traditionalistes de toutes chapelles, aura finalement fait long feu. Dans un document daté du 4 juin, qui faisait suite à un entretien avec Bernard Fellay (l’actuel supérieur de la Fraternité), le cardinal avait posé cinq conditions préalables à un accord ayant pour but le retour des intégristes à la pleine communion avec le reste de l’Église catholique (lire encadré). Aucune mention n’était faite parmi ces cinq conditions ni du Concile Vatican II, ni de la question liturgique, toujours présente dans les esprits malgré la promulgation en juillet 2007 du décret libéralisant la messe tridentine en latin, désormais officiellement « rite extraordinaire » de la messe. 

Conditions minimales

Selon le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, interrogé par La Croix le 25 juin, « les cinq points cités par Tornielli, comme cela du reste apparaît dans leur teneur elle-même, concernent les conditions minimales pour qu’il puisse y avoir un rapport caractérisé par le respect et la disponibilité à l’égard du Saint-Père, et par un esprit ecclésial constructif. Ils sont donc d’une autre nature, et c’est pour cela qu’ils ne font pas référence au concile, et à la liturgie, et non parce que ces deux arguments ne seraient plus fondamentaux ». De fait, c’est le « respect de l’autorité du Vicaire du Christ », c’est-à-dire du pape, qui est au centre du document de la commission « Ecclesia Dei ». Il y a vingt ans, le protocole d’accord qu’avait accepté Mgr Lefebvre, avant de finalement retirer sa signature, ce qui avait consommé le schisme, était nettement plus détaillé. On ne peut que constater que les termes choisis par la commission « Ecclesia Dei » aujourd’hui sont assez vagues dans leur modération (lire encadré). Les responsables de la Fraternité Saint-Pie X font d’ailleurs valoir que c’est l’imprécision de ces cinq conditions qui les a conduits à ne pas répondre positivement à la proposition du cardinal Castrillon Hoyos. Pour autant, l’insistance mise par le Vatican à réclamer de la part des intégristes le respect de la personne du pape et l’engagement à « éviter la prétention d’un magistère supérieur au Saint-Père » ne relève pas que de l’intransigeance hiérarchique. En dépit d’une vision de l’Église très traditionnelle, et même s’il ne manque pas de critiquer certaines interprétations du Concile Vatican II qui auraient selon lui contribué à diluer la force du message catholique dans l’air du temps, Benoît XVI s’inscrit lui-même explicitement dans la lignée du dernier concile dont il se veut le garant et, de fait, l’ultime interprète d’un point de vue hiérarchique. Reconnaître au pape actuel le magistère ultime - ce qui est clairement demandé dans la troisième condition de la commission « Ecclesia Dei » - équivaudrait donc pour les intégristes à reconnaître Vatican II selon l’interprétation qu’en fait Benoît XVI, laquelle interprétation n’a rien de particulièrement progressiste, mais n’est assurément pas non plus la même que celle qu’en avait fait Mgr Lefebvre. Il ne leur serait en effet plus possible de jouer sur les mots en prétendant accepter le concile tout en faisant leur marché parmi les décrets et autres déclarations qui y furent adoptés. Où l’on voit que si les textes de Vatican II ne sont pas cités dans les propositions de la commission, sans doute pour des raisons diplomatiques, ils pèsent tout de même de tout leur poids dans les tractations en cours. Les intégristes ne s’y sont pas trompés. « Nous attendrons », a ainsi déclaré Mgr Fellay en déplacement au séminaire de Winona (États-Unis) pour des ordinations.

Le refus des intégristes de céder à la pression romaine est donc clair. Le risque est cependant grand pour eux de rater le coche dans un contexte éminemment favorable. Il n’est en effet pas sûr que le Vatican se montre aussi ouvert aux discussions avec les courants traditionalistes sous le prochain pontificat. Pour autant, le fait que Mgr Fellay ait répondu dans les délais demandés par la commission Ecclesia Dei (cinquième condition) témoigne d’une volonté de la part de la Fraternité de ne pas complètement couper les ponts. Cela suffira-t-il à calmer l’impatience de Rome ?

[encadré]Les cinq engagements réclamés à la Fraternité Saint-Pie X par la commission "Ecclesia Dei"
1. Donner une réponse proportionnée à la générosité du pape.
2. Éviter toute intervention publique qui ne respecte
pas la personne du Saint-Père et qui serait négative pour la charité ecclésiale. 3. Éviter la prétention d’un magistère supérieur au Saint-Père et ne pas proposer la Fraternité en contraposition à l’Église.
4. Démontrer la volonté d’agir honnêtement en toute charité ecclésiale et dans le respect de l’autorité du Vicaire du Christ.
5. Respecter la date – fixée à la fin du mois de juin – pour répondre positivement. Cela sera une condition requise et nécessaire comme préparation immédiate à l’adhésion pour accomplir la pleine communion.

2 juillet 2008

Le pape Benoît XVI et ses intégristes, par Henri Tincq
02.07.08 - lemonde.fr
Il y a vingt ans, Marcel Lefebvre, évêque français insoumis, esprit borné, bafouait l'autorité du pape Jean Paul II, le 30 juin 1988. Dans son séminaire d'Ecône, en Suisse, bastion de l'intégrisme catholique, il consacrait quatre évêques pour assurer la postérité de la "tradition" contre le concile "hérétique" Vatican II. Des années de tractations avec la Curie romaine (surtout Josef Ratzinger) ou avec des "amis" comme le philosophe Jean Guitton étaient anéanties. Il faisait soleil, ce matin-là sur Ecône. L'huile sainte luisait sur le front des jeunes prélats. Les fidèles s'agenouillaient devant leur crosse, baisaient leur anneau. Au même moment, un décret fulminé par Rome excommuniait Mgr Lefebvre (mort en 1991) et ces nouveaux évêques devenus "schismatiques". Deux décennies plus tard, et malgré les échecs successifs des tentatives de "réconciliation" menées par Jean Paul II et surtout Benoît XVI, le traditionalisme, s'il n'a pas gagné dans les textes, a gagné dans les têtes. Ceux qui avaient confondu - et ils étaient alors nombreux - cet épisode des sacres d'Ecône, il y a vingt ans, avec l'expression d'un folklore désuet promis aux poubelles de l'histoire, d'une nostalgie béate pour l'encens, la soutane et la messe en latin, se sont trompés.
Les "tradis" sont toujours là. Largement français à ses débuts - en raison de la nationalité de Mgr Lefebvre et des crispations dans l'Hexagone sur la liturgie moderne -, le phénomène s'est mondialisé. La frontière est de plus en plus poreuse, avec des manifestations de foi et de dévotion encouragées par un Benoît XVI, par un jeune clergé et des communautés dites "nouvelles" qui prônent le retour à la tradition comme mode de résistance à la sécularisation moderne.
Les séminaires de la Fraternité saint Pie X, noyau dur du schisme, ont essaimé en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis dans le Minnesota, en Amérique latine. Les générations de prêtres (près de 500) qui en sortent et de fidèles (600 000, de source vaticane) héritiers de cette dissidence se sont renouvelées. Elles sont installées dans plus de trente pays. Typiquement européen, ce modèle d'une Eglise autoritaire, intransigeante, anti-oecuménique et anti-moderne, dominée par la figure du saint prêtre en charge du sacré, s'est exporté. Il est, pour les traditionalistes, le garant de cette part de mystère, d'émotion et de beauté propre à toute tradition et que la "nouvelle messe" aurait sacrifiée. Dans un monde éclaté, le latin y retrouverait un statut de langue universelle et les emprunts aux traditions culturelles, en Inde ou en Afrique, pousseraient vers la "tradition" les fidèles attachés à une liturgie et à un catéchisme uniques.
Les traditionalistes ont trouvé un allié avec le pape allemand. Les fidèles s'étonnent des audaces que prend Benoît XVI en matière liturgique, à rebours de toute une évolution enregistrée depuis Vatican II. Le maître des cérémonies de Jean Paul II a été remplacé. Benoît XVI a rétabli le trône pourpre bordé d'or des papes préconciliaires, renoncé au "bâton pastoral" de ses prédécesseurs, symbole d'une Eglise plus humble, et ressorti la "férule" en forme de croix grecque du pape le plus réactionnaire du XIXe siècle (Pie IX). Il a restauré l'usage de la distribution de la communion à genoux et par la bouche, "destinée à devenir la pratique habituelle des célébrations pontificales", a déclaré dans L'Osservatore romano Mgr Guido Marini, son cérémoniaire. La France risque d'être stupéfaite lors de la visite de Benoît XVI en septembre.
LA ROME DU XIXE SIÈCLE
Un an après, le motu proprio (décret du pape) de juillet 2007 libéralisant l'ancien rite en latin n'a certes pas déchaîné les passions. En France, le ralliement à l'"ancienne messe" n'aurait touché que... 0,1 % de fidèles. Le nombre de paroisses où elle est célébrée depuis un an n'est que de 40, s'ajoutant aux 132 qui la proposaient déjà. Mais les traditionalistes n'ont pas renoncé à leur guerre d'usure contre les évêques, les prêtres et la Curie "modernistes". Ils ont rejeté le protocole d'accord proposé par Rome en vue de régler le schisme, qui ne leur demandait que de s'engager à respecter l'autorité et la personne du pape. Victime d'un jeu de surenchères sans fin, Benoît XVI se voit sommé de lever les excommunications de juin 1988 et d'attribuer aux prêtres traditionalistes un statut sur mesure de "prélature nullius", qui leur offrirait le double avantage d'être reconnus par Rome et de rester indépendants des évêques. Benoît XVI peut-il aller jusque-là ? Serait-il vraiment ce pape qui n'aurait jamais réussi à s'affranchir de son modèle bavarois où la messe, la famille, l'angelus des champs et la musique des villes étaient au coeur du quotidien ? D'un passé de théologien épouvanté par l'ampleur des dérives qui ont suivi le dernier concile, par le "nihilisme" de Mai 68 et par l'inexorable montée du "relativisme" des moeurs et des opinions, y compris religieuses ? On peine à penser que ce philosophe, qui a dialogué avec des figures de la pensée laïque (Florès d'Arçais en Italie, Habermas en Allemagne), renoué avec Hans Küng, son ancien collègue théologien devenu son meilleur ennemi, prié dans une mosquée (Istanbul), visité des synagogues, écrit des encycliques au ton moderne sur l'amour et l'espérance, puisse demain ouvrir la porte aux schismatiques de 1988, arc-boutés sur la Rome du XIXe siècle. Celle qui combattait les idées de liberté et de droits de l'homme, qui était le bastion du dogme le plus figé, la citadelle de la seule foi catholique légitime, hostile à tout dialogue avec les chrétiens séparés et les confessions non chrétiennes.
Son goût pour la liturgie traditionnelle était connu, ceux qui s'en scandalisent devraient relire les ouvrages qu'il y a consacrés. De même sa mission de pape, gardien de l'unité, l'oblige-t-elle à renouer, avec les traditionalistes, une négociation dans laquelle, comme responsable de la doctrine à Rome, il avait mis le prix, il y a vingt ans, mais dont il vit encore comme un échec personnel la rupture. Dans toutes les religions, la liturgie est toujours l'expression d'une foi. Elle ne peut être dissociée de la doctrine. Or le cap a été fixé, il y a plus de quatre décennies, lors de Vatican II, maintenu par Paul VI et Jean Paul II. Aujourd'hui, un néoconservatisme règne à Rome, encouragé moins par le pape que par des groupes qui n'ont jamais fait leur deuil de l'Eglise autoritaire et repliée de jadis. Le retour à une liturgie plus traditionnelle, la réintégration des schismatiques risquent de se faire au prix d'un grignotage des acquis de quarante ans. Ce serait le triomphe posthume de Mgr Lefebvre.
Renouer le dialogue avec le Vatican
02 juillet 2008 - ATS - lenouvelliste.ch
Renouer le dialogue avec le Vatican 02 juillet 2008
La Fraternité Saint-Pie X demande la levée des excommunications
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, mouvance catholique traditionnaliste d’Ecône, a demandé au Vatican de lever les excommunications prononcées contre elle. Elle veut ainsi montrer sa volonté de dialogue, selon l’agence d’informations religieuses I.Media.
Le supérieur de la Fraternité, basée à Menzingen (ZG), Mgr Bernard Fellay, a adressé au pape Benoît XVI une lettre de réponse aux conditions posées par le Vatican à une réintégration de cette organisation fondée par l’évêque schismatique Marcel Lefebvre, indique l’agence.
Selon une note interne de la Fraternité citée par I.Media, Mgr Fellay demande que le dialogue «se situe au niveau doctrinal» et qu’il évite toute «précipitation». Il souligne également que «le retrait préalable des décrets d’excommunication de 1988 favoriserait la sérénité d’un tel dialogue».
L’information est rendue publique vingt ans jour pour jour après l’excommunication par le pape Jean Paul II de Mgr Lefebvre et des quatre évêques que le prélat venait d’ordonner, en violation des règles de l’Eglise catholique. ATS

[APIC - Jacques Berset] Ecosse: Premiers pas des "Rédemptoristes Transalpins" pour se réconcilier avec Rome


SOURCE - APIC - 2 juillet 2008

Écosse: Premiers pas des "Rédemptoristes Transalpins" pour se réconcilier avec Rome
Une vingtaine d'entre eux vivent dans les Orcades

Papa Stronsay/Ecosse, 2 juillet 2008 (Apic) La communauté des "Rédemptoristes Transalpins", qui vivent depuis 1999 sur la petite île de Papa Stronsay, dans l'archipel des Orcades, au nord de l'Ecosse, ont fait les premiers pas pour se réconcilier avec Rome. Ces Rédemptoristes écossais, proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), avaient déjà fait savoir qu'ils allaient obéir au pape en ce qui concerne la prière du Vendredi Saint. Ils ont été fondés par feu l'archevêque schismatique Marcel Lefebvre. 

Dans un communiqué du 1er juillet, leur vicaire général, le Père Michael Mary, annonce une levée des sanctions canoniques et l'établissement de la pleine communion avec Rome. Ce geste était en gestation depuis ce printemps. Jusqu'à présent, trois prêtres de l'association schismatique s'étaient adressés à Rome et, après plusieurs rencontres, vu levées les sanctions canoniques qui les visaient, selon une source de la Communauté. Mais ce n'est pas encore la Communauté en tant que telle qui est retournée au bercail. Il ne s'agit en fait que d'un premier pas.

La vingtaine de Rédemptoristes Transalpins suivent la règle de saint Alphonse de Liguori, mais ils n'étaient jusqu'à présent pas reconnus par Rome. En contraste avec la FSSPX, ils ont accepté la nouvelle prière "pro judeis" du Vendredi Saint. La demande formelle de reconnaissance aurait été déposée le 18 juin à Rome devant la Commission pontificale "Ecclesia Dei", présidée par le cardinal colombien Castrillon Hoyos. C'est la troisième Communauté réconciliée par l'action du cardinal depuis son entrée en fonction en 2000.

Les Rédemptoristes Transalpins sont très peu et mènent une vie plus monastique que celle de prédicateurs surtout ruraux qui fut celle des fils de saint Alphonse de Liguori, au temps de leur splendeur au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Les "Transalpine Redemptorists" ont également une implantation à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. (apic/be) 

02.07.2008 - Jacques Berset

1 juillet 2008

Un premier bilan du Motu Proprio Summorum Pontificum dans le diocèse de Paris
Lettre 116 - 1 juillet 2008 - paixliturgique.com
Après la publication de notre premier bilan des demandes et de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum dans le diocèse de Versailles, vous avez été très nombreux à nous demander de publier des dossiers semblables à propos des autres grands diocèses de France. Pour répondre à cette demande nous entamons aujourd’hui la publication d’une série de « Premiers bilans du Motu Proprio Summorum Pontificum » en débutant par cette lettre consacrée au bilan du Motu Proprio sur le diocèse de Paris


A – UN BILAN

1 – Situation des célébrations de la forme « extraordinaire » dans le diocèse de Paris avant la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007

Depuis 1988, le diocèse de Paris a autorisé la célébration de messes tridentines dans 3 églises du diocèse : L’église paroissiale Sainte-Odile (17ème), la chapelle Notre-Dame du Lys (15ème), que le cardinal Vingt-Trois avait décidé de remplacer par l’église Saint-Germain-L’Auxerrois (1er) et l’église paroissiale Saint-Eugène (9ème).

A ces trois lieux, il faut ajouter le cas de prêtres « idoines », au sens du Motu Proprio Summorum Pontificum (par exemple, l’abbé de Tanoüarn, l’abbé Barthe, l’abbé Belon, l’abbé Veuillez, etc.), célébrant, ainsi que les y autorise le Code de Droit Canonique, dans des lieux privés (par exemple, Centre Saint-Paul, 2ème, rue de Grenelle, 7ème, il y a quelques mois, rue Gerbert, 15ème, ainsi que quelques autres célébrations extra locum sacrum). N’oublions pas également que la Fraternité Saint-Pie X est très présente à Paris avec Saint-Nicolas du Chardonnet (5ème) qui est sans doute l’une des plus importantes « paroisses » de la capitale, la chapelle Sainte-Germaine de Wagram (17ème), et la chapelle de l’Institut Saint-Pie-X (6ème), ce qui démontre qu’à Paris, l’attente des fidèles est particulièrement importante et qu’elle est loin d’être géographiquement satisfaite, et qu’en outre, ce même diocèse comporte un nombre très conséquent de prêtres célébrant de manière privée selon la forme extraordinaire et qui ne demandent qu’à le faire officiellement.

Première conclusion

Une situation antérieure au Motu Proprio qui démontre l’importance des besoins parisiens mais une «offre» sans rapport avec l’immensité de la ville et le nombre énorme de ses habitants, ce qui a justifié de nombreuses demandes à la suite du Motu Proprio.


2 – Les demandes suite au Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007

Il est toujours impossible d'établir un bilan exhaustif des demandes, celles-ci étant souvent exprimées dans une grande discrétion. Aussi nous ne nous fondons, pour ce dossier, que sur les informations déjà très significatives sur lesquelles nous avons des témoignages précis. Ainsi, à notre connaissance, depuis le mois de juillet 2007, au moins 21 curés de paroisses du diocèse de Paris ont été sollicités dans le sens de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum.

- 8 sont des demandes formelles, officielles et structurées.

- D’autre part, au moins 15 autres paroisses du diocèse de Paris ont fait l'objet de demandes « informelles », c’est-à-dire de demandes formulées lors d’entretiens privés, de rencontres fortuites de fidèles ou de familles avec leurs curés ou de demandes écrites individuelles. Ces demandes « informelles » sont, dans la quasi-totalité des cas, superbement ignorées par les curés. Elles sont néanmoins très importantes car elles témoignent de l’état d’esprit de la plupart de ces paroissiens qui souhaitent que leurs demandes s'épanouissent paisiblement et charitablement dans leurs propres paroisses. Ces fidèles ont lu le Motu Proprio et ont bien compris que la coexistence pacifique des deux formes du même rite romain, dans le cadre paroissial, était non seulement possible et permise mais également encouragée par le Saint-Père. Dès lors, ces paroissiens n'ont pas jugé nécessaire de s'organiser en association, d'organiser un débat public mais ont ils préféré manifester leurs demandes en douceur, sans provoquer « de vagues » ni générer de conflits avec les autres paroissiens aux sensibilités différentes.

Il serait indélicat de refuser ensuite ces demandes comme n'étant pas « réelles » ou « authentiques » au simple titre qu’elles ne sont pas « formelles » ou « structurées », du moins jusqu'à aujourd’hui. On notera d'ailleurs que ce sont les mêmes qui proclament « pas de pétition, pas d'association... » et qui ne prennent pas non plus en compte les demandes individuelles, fussent elles nombreuses...


3 – Les effets du Motu Proprio au 30 juin 2008 dans le diocèse de Paris


Voici les résultats actuels des effets du Motu Proprio dans le diocèse de Paris au 30 juin 2008.

a) Nous n’avons relevé qu’un seul cas où le curé a proposé de lui-même, en même temps qu’une demande lui était faite, un commencement de mise en place du Motu Proprio dans sa paroisse : il s’agit du Père Hubert Blin, curé de Saint-Georges dans le 19ème arrondissement de Paris, qui depuis le 14 septembre a célébré chaque mardi à 19 h une messe dans la forme « extraordinaire » du rite romain dans son église paroissiale devant une assemblée de 30 à 40 personnes, ce qui, selon un vicaire général du diocèse de Paris, « est un exploit dans ce quartier ». Ce n’est d’ailleurs pas l’avis du Père Blin. Mais le Père Blin quitte dans quelques jours le diocèse de Paris, et cette messe risque de disparaître.

b) Le second cas est celui de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal dans le 16ème. Dans cette paroisse une demande significative a amené le curé le Père Jean-Pierre Guiot à accorder à partir du 10 février dernier une messe chaque dimanche à 12 h 45. Le succès de cette célébration tardive célébrée désormais par le curé lui-même pourrait être mille fois plus important si cette messe était célébrée à un horaire "familial" et moins tardif.

c) Le troisième cas est celui de la paroisse Saint-Pierre de Montrouge. Là aussi le curé, le Père Philippe Marsset a accordé à partir du 30 mars une messe à 12 h célébrée non pas dans l’église paroissiale mais dans la chapelle Saint-Paul du Boulevard Brune. Le démarrage tardif, juste avant les vacances de Pâques et l’horaire peu familial n’ont pas empêché le succès de cette initiative avec les prêtres désignés par le Père Marsset, Mgr Descourtieux, l’abbé Thuillier, Mgr Fleichmann, le Père Potez. Cette célébration qui s’est interrompue le 22 juin est aujourd’hui l’objet d’une évaluation dont les conséquences seront, nous le souhaitons, son glissement vers un horaire « familial » accessible à tous.

d) Nous avons aussi le cas de Notre-Dame de Clignancourt dans le 18ème ou l’abbé Olivier Horovitz a célébré en semaine une messe privée dans des conditions horaires très dures (jeudi et samedi matin à 8 h) devant un nombre significatif de fidèles, démontrant que la forme extraordinaire avait de l’avenir dans ces quartiers populaires de Paris. Mais l’abbé Horovitz quitte dans quelques jours le diocèse de Paris et cette messe va disparaître. Subsiste, en revanche, la demande de ce groupe stable de fidèles qui assistaient à cette messe.

e) Il faut citer bien sûr le cas, dans le cadre du Motu Proprio de 1988, de la célébration décidée par l’archevêque de Paris, celle de Saint-Germain l’Auxerrois (1er), qui s’est ajoutée dans la continuation de la célébration à Notre-Dame du Lys (15ème), grâce à la volonté du Père Laurent, desservant cette chapelle, et l’appui des fidèles assistant à cette messe. De l’avenir de la messe à Notre-Dame du Lys, on ne sait actuellement rien, le Père Laurent ayant quitté, avec une vingtaine d’autres, sa congrégation des Pères de Saint Vincent de Paul pour entrer dans une nouvelle société érigée dans le diocèse d’Ars.

f) Les pèlerinages de la paroisse Saint-Eugène

En marge de ce bilan « territorial » nous pouvons citer le cas du Père Jean-Pierre Batut, curé de la paroisse Saint-Eugène, qui trois fois au cours de l’année a organisé un pèlerinage marial dans Paris. Ces pèlerinages furent autant d’occasions d’aller célébrer la forme extraordinaire du rite romain dans trois sanctuaires emblématiques de l’Eglise parisienne. Ainsi la messe de novembre au sanctuaire de la Médaille Miraculeuse fut-elle suivie par une célébration en janvier à Notre-Dame des Victoires puis le 17 juin à Notre Dame de Paris devant plus de 1000 fidèles.


Conclusion à propos de l’année 2007/2008

Depuis la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum en juillet 2007, les demandes de célébrations de la messe selon la forme extraordinaire du rite romain dans le diocèse de Paris ont été significatives (sur au moins 20% des paroisses du diocèse) et, pour l'heure, éminemment discrètes, ce qui n’a pas empêché certains curés de paroisse de profiter du caractère discret de ces demandes pour les rejeter sans concertation réelle, comme à Saint-Etienne-du-Mont ou dans le 12ème... obligeant ces familles de demandeurs à utiliser demain d’autres moyens.

Parallèlement, ce qui a été mis en place a été très limité et pas toujours accordé dans des conditions horaires favorables à l’enracinement de ces « expériences ». D’autre part le succès des messes célébrées dans les quartiers nord de Paris dans des conditions difficiles nous éclaire sur ce que serait la réponse des fidèles si une offre sérieuse de messes « extraordinaires » était proposée sur Paris.


B – LES PERSPECTIVES


1 - Les demandes dans l’avenir

Nous évoquions dans notre étude précédente (Lettre 112) le caractère original du diocèse de Versailles. Celui de Paris l’est tout autant pour des motifs différents liés en premier lieu à l’importance de la population (2 500 000 habitants), ce qui induit que le diocèse de Paris sera certainement le second diocèse de France à voir des demandes d'application du Motu Proprio se manifester dans toutes les paroisses. Aussi, il est évident que, dans l’année à venir, des groupes solliciteront d’une manière ou d’une autre les curés de la plupart des paroisses de la capitale pour demander à y vivre leur foi catholique au rythme de la forme « extraordinaire » du rite romain.


2 – Les espérances raisonables pour l’année 2008/2009

Il serait insensé de croire que dès l’année 2008/2009 il serait possibled’obtenir la célébration de messes traditionnelles dans la totalité des paroisses du diocèse de Paris car, de bonne foi, d’authentiques difficultés pratiques et matérielles se présentent même si l’on sait qu’une réelle bonne volonté et un authentique dialogue pourraient aisément les résoudre. Cependant il semble réaliste que cette forme soit célébrée chaque dimanche et fête dès l’année prochaine au minimum dans tous les doyennés (qui correspondent grosso modo aux arrondissements parisiens).

A ce minima devrait naturellement s’ajouter d’autres célébrations qui correspondent aux autres besoins des fidèles.

- Tout d’abord quelques célébrations de semaine dans les quartiers « d’affaires » qui attirent sur Paris chaque jour plusieurs dizaines de milliers de « travailleurs ». La célébration à Saint-Louis d’Antin serait un bon écho pour répondre à ce qui se fait déjà petit-à-petit à la Défense.

- Le succès de la messe du 17 juin à Notre Dame nous appelle à demander à l’archevêque de Paris de célébrer à une heure familiale au moins une fois par an une messe solennelle à Notre Dame de Paris pour concourir à la communion ecclésiale.

- A cela devrait s’ajouter, dans un premier temps chaque trimestre, la célébration de la messe extraordinaire dans les grands sanctuaires parisiens comme le Sacré-Cœur de Montmartre, Notre-Dame des Victoires, ou la Chapelle de la Médaille Miraculeuse.


NOS CONCLUSIONS

Nous laissons le mot de la fin au Père Chauvet, ancien vicaire général du diocèse de Paris et depuis peu curé de Saint-François-Xavier, qui a dit devant quelques-uns de ses confrères que « l’on pouvait raisonnablement penser qu’à moyen terme, la forme extraordinaire du rite romain pourrait être célébrée dans toutes les grandes églises de Paris ».

Le Père Leborgne, vicaire général du diocèse de Versailles a, de même, affirmé que « l’Eglise, ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un et l’autre. C’est un vrai défi ».

Prions pour cela et relevons le défi !


Marc Tezier
Membre du bureau du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église.