21 juillet 2008

[Abbé Claude Barthe] Les Nominations Episcopales en France : Les lenteurs d’une mutation
Chapitre I - " Un premier bilan" et " Les rouages du processus de nomination"
21 juillet 2008 - lettre 122 de paixliturgique.com
Les Nominations Episcopales en France : Les lenteurs d’une mutation
Chapitre I - " Un premier bilan" et " Les rouages du processus de nomination"
Nous entreprenons avec cette lettre 122 la publication intégrale en quatre parties de l'excellente étude de l'abbé Claude Barthe sur " les nominations épiscopales en France" un texte qui nous fait comprendre bien des choses à propos de la situation actuelle au sein de l'Eglise de France...

A travers une « radioscopie » des nominations épiscopales de ces dernières années, Claude Barthe met à jour les mécanismes qui, favorisant la cooptation, expliquant l’étonnante lenteur que met le monde épiscopal français à se renouveler. Or, c’est précisément en raison de cet immobilisme apparent qu’aucune réflexion sur une mutation profonde de la pastorale ne se dessine.
Cette réflexion est d’autant plus urgente qu’une part du clergé français attend aujourd’hui une nouvelle donne pastorale, un nouveau style d’évêques, une nouvelle visibilité de l’Eglise. Ces clercs, formés dans le contexte désastreux de l’après-concile et en réaction contre lui, reprochent à leurs aînés et à leurs supérieurs de ne pas vouloir tirer les conséquences des erreurs passées.
Si-dans les années à venir ce que représente l’élection du pape Benoît XVI était appliqué en France, une union des forces vives du catholicisme serait possible. En effet, à moyen terme, tout est suspendu à l’émergence d’une nouvelle sensibilité dans l’épiscopat français.

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ISBN 978-2-915844-12-2, 64 pages
Diffusion/distrinution : Serdif
NB : Les notes de l'auteur sont incorporées par nous en italique dans le texte lui-même

LES NOMINATIONS EPISCOPALES EN FRANCE : LES LENTEURS D'UNE MUTATION


INTRODUCTION : PREMIER BILAN



Lors de l’accession au souverain pontificat de Benoît XVI, le 19 avril 2005, une onde d’espérance a soulevé cette part du clergé français, peu nombreuse en soi mais proportionnellement toujours plus importante, qui attendait impatiemment une nouvelle donne, avec un nouveau style de pasteurs, une nouvelle pastorale de visibilité de l’Eglise, l’utilisation ouverte de toutes les ressources humaines, y compris traditionalistes, en un mot une salutaire « remise des pendules à l’heure » [Le contenu de ce carnet a fait l’objet d’une publication dans L’Homme nouveau, sous forme de quatre dossiers successifs : « Radioscopie de l’épiscopat français », 24 juin 2006 ; « Episcopat francs : d’hier à aujourd’hui », 30 septembre 2006 ; « Retour sur l’ère Lustiger », 12er mars 2008 ; « Des évêques pour une « troisième voie », 15 mars 2008].

Ces clercs, formés dans le contexte désastreux de l’après-Concile et en réaction contre lui, reprochent à leurs aînés et à leurs supérieurs de ne pas vouloir tirer les conséquences des erreurs passées. Surtout dans les zones rurales, où ils s’épuisent à saupoudrer cultuellement une quantité toujours plus grande d’églises pour un nombre toujours plus réduit de paroissiens, mais leur désir de rupture avec des expériences désastreuses reste, à ce jour, étouffé. Beaucoup d’évêques, demeurant encore trop souvent, par conviction ou en raison de la pression de leur entourage, conformes au modèle des « années de plomb », maintiennent au niveau diocésain ou à celui des ensembles pastoraux tout un ensemble de structures, de bureaux et de conseils.

Pourtant, deux mois seulement après l’élection du nouveau pape, est intervenue la nomination de Mgr Raymond Cenène à l’évêché de Vannes, désignation étrangère à tous les réseaux habituels de « fabrication » d’évêques, comparable à la toute récente désignation de Mgr Nicolas Brouwet, curé de Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine, comme auxiliaire de Mgr Daucourt, à Nanterre. Mais l’ensemble des nominations durant les trois premières années du pontificat de Benoît XVI ont fait retomber un optimisme sans doute trop impatient. Les procédures ont continué à fonctionner de manière accoutumée : Mgr Nourrichard, nommé à Evreux dans la droite ligne de son « progressiste » prédécesseur, Mgr David, qui se l’était fait donner pour coadjuteur en le choisissant parmi les hommes de confiance de son ami Mgr Duval, ancien archevêque de Rouen ; Mgr Grua, longtemps vicaire général à Digne, où il faisait régner avec efficacité le « religieusement correct », nommé à Saint-Flour par la grâce du cardinal Panafieu ; Mgr Pontier, vice-président de la Conférence des Evêques, promu de La Rochelle à Marseille. Sans parler de Mgr Mathieu, désigné comme évêque de Saint-Dié sous le précédent pontificat, premier évêque de France consacré en aube, sans chasuble ; on peut évoquer les classiques, mais aussi peu avenants que possible aux traditionalistes (au moins jusqu’à ce jour), Mgr Benoît Rivière, auxiliaire de Marseille, nommé évêque d’Autun, et Mgr Alain Castet, curé de Saint-François-Xavier à Paris, nommé évêque de Luçon. On pourrait continuer : quel changement manifestent des nominations comme celles de Mgr de Kérimel à Grenoble, de Mgr Lalanne, secrétaire de la Conférence des Evêques, à Coutances ou de Mgr Jacolin à Mende ? Quelle nouveauté, le transfert de Mgr Houssin de Montauban à la Rochelle, celui de Mgr Maillard de Laval à Bourges, de Mgr Santier de Luçon à Créteil ou de Mgr Ulrich de Chambéry à Lille ?

Certes, tout le monde peut évoluer, même un évêque : Mgr Pansard, « poussé » à Chartres, selon l’expression consacrée, par Mgr Favreau, prédécesseur de Mgr Daucourt à Nanterre, et ordonné au son du tam-tam, s’est cependant montré toujours plus accueillant pour le pèlerinage de chrétienté dans sa cathédrale et d’une tolérance très paternelle pour l’installation à Courtalain de l’Institut du Bon Pasteur, auquel il a même confié le service de l’église du village. Le Motu Proprio Summorum Pontificum aidant, cette évolution, encore timide mais sensible, n’est d’ailleurs pas exceptionnelle. Par ailleurs, deux nominations où l’on reconnaissait les ultimes effets de l’influence du cardinal Lustiger sont venues, non pas inverser mais tempérer la déception de ceux qui attendaient des changements significatifs : celle de Mgr Legrez, dominicain de grande réputation spirituelle, qui avait un temps collaboré avec l’inclassable ami du cardinal de Paris, le P. Garrigues, dans la Fraternité des moines apostoliques de Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence), au diocèse de Saint-Claude (lequel s’avère au reste ingouvernable) ; et celle de Mgr Le Vert, qui était passé un temps dans la quasi traditionaliste Communauté Saint-Martin, d’abord auxiliaire de Meaux, puis évêque de Quimper.

De plus, des classiques ont fait une (timide) apparition ; outre Mgr Centène et Mgr Brouwet dont je viens de parler, Mgr Wintzer a été imposé comme auxiliaire à Mgr Rouet, à Poitiers ; le cardinal Barbarin a poussé son auxiliaire Mgr Giraud, comme évêque coadjuteur de Soissons ; Mgr Lebrun a été nommé à Saint-Etienne ; Mgr Ginoux a été propulsé par la recommandation de Mgr Cattenoz à Montauban. Si l’on ajoute la nomination de deux évêques auxiliaires à Paris et le transfert de Mgr Robert Le Gall de Mende à Toulouse, on compte tout de même environ vingt-cinq nominations ou transferts en trois ans. Autrement dit : un quart de l’épiscopat français a été modifié depuis l’élection de Benoît XVI. Or, le paysage épiscopal de l’hexagone est resté pratiquement inchangé. En France donc, sur le point ecclésialement le plus déterminant pour une réforme de l’Eglise, à savoir le gouvernement des diocèses, l’effet Benoît XVI n’a, pour l’instant, pratiquement pas joué.

Je voudrais donc tenter dans ces pages d’expliquer les mécanismes qui, favorisant la cooptation, expliquent pour une part l’étonnante lenteur que met le monde épiscopal français à se renouveler. Il m’a semblé que, dans un sujet d’une telle conséquence, il fallait pratiquer l’« écrire vrai ». J’insiste sur le fait que la déception n’est pas tant le fait des traditionalistes que de ces prêtres que l’on appelle, avec une connotation inverse à celle des années soixante, « les nouveaux prêtres », proportionnellement toujours plus nombreux [Je dis bien hélas, proportionnellement : dans tel diocèse particulièrement éprouvé, les « nouveaux prêtres » en activité formeront dans dix ans la moitié du presbyterium, c'est-à-dire qu’ils seront trois sur six].


Le plus angoissant pour l’Eglise de France est que la reconduction d’une pastorale toujours identique se fait dans un contexte dont on connaît l’extrême gravité (on a parlé, à propos de certains diocèses, de « coma dépassé »), mais sans encore en prendre la mesure exacte : dans des régions entières, le sacerdoce est en voie d’extinction, les cours de catéchisme sont fréquentés par une poignée d’enfants, les paroissiens continuent à vieillir et à se clairsemer. Pire encore : dans tel ou tel diocèse parmi les plus durement touchés, la proportion entre le nombre de prêtres encore en activité et le nombre de fidèles vraiment pratiquants n’a jamais été… aussi forte : un prêtre pour une petite centaine de fidèles. C’est un cercle infernal : il y a toujours moins de pratiquants et donc toujours moins de vocations ; mais comme les prêtres restent en activité fort longtemps, il sont parfois… trop nombreux pour les fidèles qui restent ! Et cependant, dans ces diocèses financièrement et humainement exsangues, on continue à organiser à grands frais des synodes diocésains (ou plus modestement, des « assemblées générales diocésaines », comme au Mans) dont tout le monde sait qu’ils ne servent à rien, on s’échine à planifier des regroupements paroissiaux alors que l’heure est en réalité au regroupement de diocèses dans lesquels on ne célébrera bientôt plus qu’une poignée de messes dominicales, et surtout on persiste à laisser se coopter entre eux des évêques d’une génération qui gère aujourd’hui la faillite qu’elle a hier programmée.
Or, c’est spécialement parce que le recrutement des pasteurs de diocèse reste en France structurellement conservateur qu’aucune réflexion sur l’ensemble de la pastorale ne se dessine. C’est donc bien du recrutement des évêques de France dont il faut parler avec franchise, en appelant les faiblesses et les maux par leur nom. De même en effet qu’il existe des « structures de péché » dans la société, on peut assurément évoquer des « structures d’immobilisme » dans l’Eglise de France.


CHAPITRE I : LES ROUAGES DU PROCESSUS DE NOMINATION


La préparation de la nomination des évêques est l’une des tâches principales, sans doute la plus absorbante, du nonce apostolique à Paris. C’est actuellement, depuis 1999, Mgr Fortunato Baldelli, 72 ans, qui se dispose sans doute à être appelé à des fonctions romaines conduisant au cardinalat. En raison du départ en retraite des évêque à 75 ans, il arrive qu’il y ait à pourvoir huit à dix sièges par an. Ce qui veut dire que, sur une centaine de sièges français, un renouvellement profond pourrait être théoriquement très rapide, bien plus rapide qu’il n’a été lors de changements historiques de « lignes » imposés à l’épiscopat français sous Pie X ou Pie XI.
Le nonce est donc chargé de présenter les dossiers des candidats possibles au « ministère » romain compétent, la Congrégation des Evêques, dont le préfet est le cardinal Jean-Baptiste Re. L’ambassadeur du Pape établit de nombreuses fiches, recueille des listes de candidats remplissant les critères canoniques (âgés de plus de 35 ans, prêtres depuis plus de cinq ans, compétents théologiquement et ayant de bonnes mœurs [Aussi étonnant que cela puisse paraître, durant les deux ans d’attente du Motu Proprio libéralisant la messe traditionnelle et depuis sa promulgation, dans le climat d’opposition épiscopale larvée que l’on sait, le fait pour les prêtres pressentis d’être favorables à cette libéralisation n’a jamais fait partie des critères examinés]), listes qui sont régulièrement établies à divers niveaux des instances épiscopales. De plus, le nonce interroge beaucoup, à droite et à gauche, c’est bien le cas de le dire. Ceux auxquels il demande de lui donner des noms s’empressent, flattés de penser qu’ils vont « faire » des évêques. En réalité, ces demandes ont plutôt valeur de sondage : elles permettent aux diplomates de l’avenue du Président-Wilson de noter comment sont perçus et par qui sont appréciés les noms portés sur les listes fournies par les évêques eux-mêmes.


Une mécanique complexe où domine la cooptation


Lorsqu’un siège épiscopal est vacant, commence pour l’ambassadeur du Saint-Siège et pour ses collaborateurs un long travail ayant pour but d’établir une liste de trois noms de prêtres ou bien d’évêques [évêques auxiliaires, ou évêques proposés pour être promus à un siège plus important que celui qu’ils occupent] – la terna –, qui puisse être adoptée par le préfet de la Congrégation pour les Evêques. Les noms sont retenus en fonction de savants dosages entre les diverses demandes d’évêques ou d’ecclésiastiques influents, de France ou de Rome. Il faut tenir compte des usages (tel évêché est, selon la coutume établie, un « premier poste », Chartres, par exemple ; à tel autre, Lille, on n’accède généralement que par promotion, c’est-à-dire par transfert d’un autre évêché), maintenir une certaine présence de religieux à l’intérieur du corps épiscopal (actuellement, un bénédictin, plusieurs dominicains, des membres de sociétés diverses), donner une représentation aux nouveaux groupes d’Eglise, soit directement [sept évêques sont actuellement issus de communautés nouvelles], soit indirectement si ces communautés sont considérés comme trop « marquées » [Mgr Le Vert, qui avait appartenu à la Communauté Saint-Martin : Mgr Brincart, qui avait enseigné pour la Communauté Saint-Jean ; et jusqu’à un certain point, Mgr Centène, proche du monde traditionaliste]. Les propres intuitions du nonce comptent assurément : il fut un temps où la possible création d’un séminaire dans le diocèse concerné, ou bien le maintien du séminaire créé (celui de Toulon fondé en 1983 par Mgr Madec, celui d’Aix, en 1984, par Mgr Panafieu) était un critère qui dépassait en importance tous les autres. Mais il est des nonces aplomados, comme on dit en tauromachie, des taureaux piqués et banderillés, par de cruelles déconvenues d’en bas ou d’en haut. Et puis, certaines influences peuvent peser très lourd sur la nonciature, comme je le dirai à propos de celle du feu cardinal Lustiger. Chaque nom est accompagné d’un dossier composé après enquête discrète, dans laquelle les renseignements donnés par l’évêque dont dépend le prêtre sont particulièrement importants, mais aussi ceux des évêques qui l’ont bien connu. Le nonce communique son propre avis, expose les besoins spécifiques du diocèse (état des fidèles, des finances, problèmes en suspens, séminaire à maintenir, etc.), les remarques et suggestions du métropolitain (ce titre est désormais réservé aux archevêques à la tête d’une région apostolique), du président de la Conférence épiscopale et des évêques de la région apostolique, ainsi que le sentiment de membres du clergé et même de quelques laïcs. S’ajoutent la biographie de chacun des épiscopables, les postes qu’il a occupé, ses qualités morales, pastorales, les appréciations de ceux qui le poussent, l’absence, dans le jargon, de « casseroles », de mauvaises affaires qui pourraient ressortir après sa nomination.

Le cardinal Re – il padrone, et même il padrino, comme le nomment des langues romaines acérées – exige en outre que les candidats que lui présente le nonce aient de bonnes capacités administratives et des compétences dans le domaine financier, compte tenu de l’état plus qu’alarmant des finances de nombreux diocèses français. Il lui est arrivé de renvoyer purement et simplement une terna lorsque la situation de quasi faillite financière du diocèse – c’est un cas de figure qui se reproduit de plus en plus – exigeait des candidats ayant fait la preuve de leurs capacités de gestionnaires en matière économique. Pour les évêques auxiliaires ou les évêques coadjuteurs (auxiliaires avec droit de succession), il n’est pas rare que la terna soit proposée par l’évêque qui demande un auxiliaire, avec l’accord du nonce (simple formalité quand il s’agit par exemple de l’archevêque de Paris, Mgr Nahmias et Mgr Beau). Mais, sauf le cas exceptionnel de la succession du cardinal Lustiger, dont je parlerai plus bas, un évêque démissionnaire n’est normalement pas consulté à propos de son successeur, ce qui installerait une cooptation pure et simple (il est cependant arrivé que tel prélat ayant l’oreille du nonce, apprenant qui allait le remplacer, s’y soit opposé efficacement). Les dossiers sont examinés par les employés de la Congrégation des Evêques (dans laquelle la « section française » n’est constituée que par un seul Français, Mgr Joël Mercier, ancien secrétaire de Mgr Orchamp, d’Angers) et franchissent les diverses étapes jusqu’au bureau du secrétaire de la Congrégation, Mgr Monterisi, le numéro deux et personnage clé dans tout dicastère romain.

Il faut aussi savoir que la Secrétairerie d’Etat, une énorme machine, faite de pôles divers voire divergents, cœur du gouvernement de l’Eglise, située au troisième étage du Palais apostolique, au même niveau, mais côté opposé, que les appartements privés du pape, a un rôle de coordination et de direction de l’ensemble des dicastères romains. De sorte que ses services interviennent de diverses manières, au cours de cette élaboration – n’y a-t-on pas fait valoir que Mgr Raymond Centène avait la tare pour un Français… de porter volontiers la soutane ? – de même qu’interviennent d’autres instances ou d’autres prélats qui s’intéressent de près au pays concerné. Entérinée définitivement par le cardinal Re, la terna est alors proposée à l’ensemble des cardinaux et des évêques convoqués en assemblée plénière et constituant à proprement parler la Congrégation. Chaque nom proposé est présenté par un cardinal ou par un évêque de la Congrégation, le « ponant », qui expose ses qualités en fonction des besoins du diocèse. Et les membres de la plenaria sont invités, à tour de rôle, à donner leur avis. Le vote de l’assemblée permet alors de fixer l’ordre dans lequel les trois noms seront présentés au Pape, cette classification étant l’aboutissement de tout le processus préparatoire (théoriquement, car il est parfois acquis bien avant).

Assurément la classification n’oblige pas le Pape, qui peut souverainement décider de choisir le deuxième ou le troisième nom de la terna au lieu du premier, ou même, en soi, un tout autre prêtre ou évêque. En fait, dans bien des cas, le Pape ne connaît pas, ou fort peu, les noms qui lui sont présentés et ne peut que faire confiance aux membres de la Congrégation en choisissant le premier nom. La bulle de nomination est alors préparée pour être présentée à sa signature. Cependant, lorsque le siège est particulièrement important (Paris, Lyon, Milan, Washington, etc.) la nomination est directement l’œuvre du Pape et de ses conseillers les plus écoutés. A la fin du règne de Jean-Paul II, les discussions qu’avait à arbitrer le secrétaire particulier, Mgr Stanilas Dziwisz, entre les cardinaux les plus influents, Sepe, Re, Ratzinger, Sodano, et Mgr Sandri, ont parfois maintenu un suspense haletant jusqu’à la dernière minute. Ainsi, lors du transfert du très conservateur Mgr Carlo Caffarra de Ferrare à Bologne, barré par Mgr Re, mais qui fut emporté par son ami le cardinal Scola, patriarche de Venise, très proche comme Mgr Caffarra, de Communione e Liberazione.

Dans le même temps, en France, en vertu d’accords informels passés lors de la reprise des relations diplomatiques après la Grande Guerre, aux termes desquels le Saint-Siège avait promis de consulter le gouvernement de la République avant la désignation d’un évêque, le nom retenu est présenté par le nonce à la section des cultes du ministère de l’Intérieur. Une enquête rapide est faite (Renseignements généraux, préfets) pour savoir si l’épiscopable pressenti pourrait être considéré comme indésirable (au pire, comme dangereux « pour la forme républicaine de l’Etat », selon la formule consacrée). Dans l’immense majorité des cas, le gouvernement fait savoir courtoisement qu’il n’élève aucune objection à cette courtoise interrogation, au point que la procédure est pratiquement devenue de pure forme diplomatique. Même en Alsace-Moselle, où sont encore en vigueur le Concordat de 1801 et les Articles organiques de 1808, qui prévoient que la désignation des évêques soit faite par décret du Président de la République, sanctionné ensuite par l’investiture canonique du pape, la véritable désignation est romaine, étant davantage considéré, il est vrai le sentiment des autorités publiques [sauf, il va de soi, lorsque les autorités publiques se montrent trop « traditionalistes », et cherchent par exemple – Georges Pompidou étant premier ministre, André Malraux, ministre de la Culture –, à préconiser le chanoine Roussel, curé de Port-Marly, tout à la fois gaulliste et célébrant selon le rite tridentin, pour l’archevêché de Strasbourg].

La bulle d’investiture est ensuite enregistrée en Conseil d’Etat. (Pour les évêques auxiliaires, il en va théoriquement de même, mais cela est plus encore de pure forme : ainsi le Conseil d’Etat a-t-il accepté la bulle nommant Mgr Kratz évêque auxiliaire de Strasbourg le 17 janvier 2001, lequel avait été déjà consacré le 14 janvier).
L’effet principal de la procédure ordinaire auprès du ministère de l’Intérieur, qui précède l’annonce de la nomination de l’évêque, est d’ordre anecdotique : la section des cultes s’estimant sans doute moins strictement tenue au secret que les instances ecclésiastiques, le nom de l’évêque désigné est alors connu par un cercle d’initiés, qui goûtent le délicat plaisir de répandre la nouvelle avant tous autres.


Des changements très lents


Le dernier mot, le fiat d’acceptation, reste cependant à l’ecclésiastique qui va être nommé. Informé directement par le nonce, il peut parfaitement refuser la nomination proposée. Il peut aussi arriver que, par avance, les prêtres que l’on va porter sur la terna soient préalablement sondés sur leur acceptation éventuelle. A l’heure où je mets la dernière main à ces pages, l’évêché de Bayonne semble ainsi difficile à pourvoir. Ce refus, jusqu’à une dizaine d’années, était rarissime. Mais la charge épiscopale est devenue si peu gratifiante qu’il arrive aujourd’hui que des prêtres pressentis n’acceptent pas la charge qui leur est proposée. Ainsi a-t-on vu un ecclésiastique, qui avait fait son deuil depuis longtemps de l’aboutissement de sa vocation épiscopale, se retrouver propulsé à un évêché du fait du refus catégorique du premier de la terna.

Les évêques de nombreux diocèses français sont en effet devenus des espèces de curés-doyens sillonnant les routes de leur territoire au volant de leur voiture, de réunions en réunions, s’épuisant en tâches administratives, pourvoyant de plus en plus difficilement aux nominations de responsables de secteurs paroissiaux, contestés à droite et à gauche (tel évêque s’étant séparé d’un proche collaborateur a la surprise de voir répandre dans et hors du diocèse une lettre ouverte d’accusation-déballage). Des évêques de certains diocèses, dont on peut dire qu’ils sont en voie de disparition, ont d’autant plus de mal à se faire obéir par leurs subordonnés qu’ils n’ont plus la possibilité de les remplacer, lesdits subordonnés pouvant ainsi faire un tranquille chantage.

On comprend pourquoi ce processus de nomination, où la cooptation a une si grande part, freine puissamment le renouvellement du profit du corps épiscopal français. Et par voie de conséquence, le renouvellement de la vie des diocèses.

Au sein d’une France qui dans dix ans ne comptera plus que cinq mille prêtres en exercice, tout un monde de prêtres, de communautés nouvelles, sans parler des traditionalistes et para-traditionalistes dont le poids n’est pas négligeable [avec, toutes tendances confondues, 300 lieux de culte dominicaux, 400 prêtres, 160 séminaristes, le tout pour 4 à 5 % des pratiquants, le monde Saint-Pie V français représentait jusqu’au Motu Proprio, la valeur d’environ deux diocèses] ,reste brimé ou comprimé, et dans certains cas encore persécuté, par des prêtres, des religieuses et des laïcs souvent très cléricaux, qualifiés communément de « progressistes », majoritairement présents dans les conseils diocésains et paroissiaux. Or, un bon nombre d’évêques soit sont en phase avec ces instances diocésaines [44 Evêques actuellement en fonction étaient vicaires généraux ou épiscopaux au moment de leur nomination] ,soit estiment qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de les court-circuiter.

Et pourtant, depuis le milieu du XIXe siècle, époque à laquelle le catholicisme français s’est partagé en tendances très contrastées, les changements d’orientation du Saint-Siège (sous Pie IX, Léon XIII, Pie X, Benoît XV ou Pie XI) s’étaient manifestés, en France spécialement, par de véritables politiques de désignations épiscopales qui les reflétaient successivement. Pie X nommait des prélats « intégraux » comme Mgr Ricard, Mgr Marty, Mgr Penon ; Pie XI les remplaça un à un par des évêques démocrates, Mgr Feltin, Mgr Liénart, Mgr Gerlier. De même, Paul VI a contribué à la transition espagnole en nommant systématiquement des auxiliaires très conciliaires (pour contourner le privilège du régime franquiste qui, en vertu du concordat, avait le droit de nommer aux sièges diocésains). Plus tard, sous Jean-Paul II, dans certains pays comme l’Espagne, les Pays-Bas ou le Brésil, le choix préférentiel de candidats modérés a renouvelé les épiscopats. Mais en France, où les guerres idéologiques sont inexpiables et les changements qui pourraient intervenir plus décisifs – et sans chauvinisme exagéré, plus exemplaires –, ces mutations sont de fait beaucoup plus lentes. Bien entendu, de « nouveaux évêques », comme le cardinal Barbarin, Mgr Turini à Cahors, Mgr Rey à Toulon, Mgr Cattenoz à Avignon, Mgr Sankalé, Mgr Planet, etc., ont rejoint des évêques comme Mgr Brincard au Puy, Mgr Bagnard ou Mgr Fort. Ces « nouveaux évêques » sont délibérément (Mgr Rey) ou tentent d’être en phase à des degrés divers avec le monde, lui-même multiforme, des « nouveaux prêtres ». Les changements peuvent d’ailleurs affecter les hommes eux-mêmes : on a vu, hier, le cardinal Ricard, curé marseillais connu comme plutôt « progressiste », se faire, d’abord à Montpellier, puis à Bordeaux, l’« évêque de tous », accueillir toute la palette des traditionalistes, confier la direction de son séminaire à des prêtres « identitaires » ; on voit aujourd’hui des évêques devenir particulièrement « réalistes » dans l’utilisation de communautés considérées comme très conservatrices, voire même dans l’accueil de communautés purement et simplement traditionalistes, jusqu’à leur confier des églises au centre des villes.

Pourtant, un décalage important entre le modèle nouveau désiré par Rome et la manière dont il est accepté par la hiérarchie française demeure : la réception pratiquement hostile et l’application en traînant les pieds du Motu Proprio du 7 juillet 2007 le montrent éloquemment. On pourrait certes faire valoir que le Saint-Siège ne défend pas son texte avec une vigueur proportionnée à son caractère « révolutionnaire ». Mais de quelle marge de manœuvre dispose-t-il, sinon de celle des nominations ? En tout cas, le conformisme idéologique des années d’après 1968 reste tel que des évêques réputés comme « conservateurs » ont du mal à s’en écarter. Ainsi, Mgr Robert Le Gall, évêque de Mende, ancien moine bénédictin de la congrégation de Solesmes (il était Père Abbé de l’abbaye de Sainte-Anne de Kergonan), devenu président de la commission épiscopale pour la liturgie, déclarant que l’instruction romaine Redemptionis sacramentum, du 25 mars 2004, sur les abus à éviter en matière de célébration de l’eucharistie… ne concernait pas la France, où comme chacun sait, les célébrations se déroulent conformément aux livres liturgiques ! Ou bien Mgr Minnerath, évêque de Dijon, secrétaire du premier synode sur l’Eucharistie, intellectuel non conformiste « parachuté » dans le petit monde administratif diocésain, bien plus classique que son prédécesseur, Mgr Coloni, mais se prononçant pourtant de manière stupéfiante en faveur… de l’ordination d’hommes mariés.


Une caste de cadres supérieurs conciliaires


C’est qu’en fait le processus de nomination des évêques se déroule au sein d’une caste de cadres ecclésiastiques (vicaires généraux et épiscopaux, chanceliers, permanents nationaux, curés de paroisses importantes, supérieurs de séminaires) indélébilement marqués par les années de l’après-Vatican II. Il s’agit d’un ensemble, certes divers et ayant de plus en plus tendance à se diversifier, mais où le conformisme ecclésiastique joue puissamment pour la sauvegarde du « correct ». Ces hommes ont été formés peu avant, durant ou un peu après les années soixante-dix, « années de plomb » pour l’Eglise de France (la moyenne d’âge des évêques de France s’élève à soixante-quatre ans). Ils constituent un milieu de décideurs diocésains et nationaux de tous niveaux, en même temps qu’un vivier d’épiscopables. De sorte que les évêques nommés auront en somme à gérer leur diocèse au moyen du personnel dont ils émanent.

Ceci explique grandement la lenteur de ce monde épiscopal à se renouveler dans le sens où pourtant l’y incitent, au sommet, la ligne « restauratrice » de Jean-Paul II et de Benoît XVI, et, à la base, une génération de « nouveaux prêtres » identitaires (dont certains, d’ailleurs, ont la cinquantaine et ont traversé comme ils ont pu les « années de plomb »). Il faut exclure, bien entendu, un certain nombre de personnalités affirmées qui ont accédé à l’épiscopat – on pense, entre autres à l’imprévisible Primat des Gaules – mais qui ne parviennent pas encore à troubler le jeu de manière significative.

Le nonce apostolique, dont le rôle est théoriquement déterminant, ne parvient pas davantage à infléchir nettement la tendance. La nomination des derniers locataires du 10 de l’avenue du Président-Wilson (Felici, Antonetti, Tagliafferi, Baldelli) est cependant très typée. Une des raisons en est que, compte tenu du poids particulier de la question lefebvriste en France, la nomination du nonce à Paris n’a jamais échappé au feu vert de celui qui a eu officieusement la charge de cette affaire depuis 1982, le cardinal Ratzinger. Mais ce nonce a d’autant moins les coudées franches que les rouages de la machine à faire les évêques français sont ce qu’ils sont, et que les choses sont beaucoup plus compliquées que cette opposition bipolaire qu’on a tendance à imaginer entre « Rome », dont il serait l’agent, et « les évêques français », dont on le croit le mentor, mais dont il est aussi, d’une certaine manière, le porte-parole. En tout cas, s’il est bien vrai qu’en dernière analyse, les évêques de France sont faits par le Saint-Siège, il faut apporter cette précision : ce dernier, surtout depuis l’après-Concile est pour une part très « français ». Il ne faut donc pas trop vite dénoncer le complexe anti-romain qui affecterait notre Eglise nationale. En réalité, depuis le Concile et jusqu’à aujourd’hui, c’est à Rome même qu’agit le plus efficacement le complexe anti-romain en question, qui fait perdurer une étonnante continuité dans le type d’évêques nommés.

La suite dans nos trois prochaines lettres....

19 juillet 2008

Correspondance romaine
19 juillet 2008 - Jean Madiran - present.fr
Un correspondant romain m‘écrit : « Le Pape, avec le motu proprio [du 07.07.07] a fait un acte qu’on peut qualifier d’héroïque quand on connaît les vives oppositions à la messe traditionnelle dans la Curie romaine et dans les épiscopats, mais depuis lors il règne plus qu’il ne gouverne. Il cherche à donner un certain exemple liturgique par son cérémoniaire Mgr Guido Marini, mais il n’impose rien. Le point sur lequel il ne cède pas c’est la messe, ce n’est pas tout mais c’est déjà beaucoup. (…) « Avec Mgr Bruguès devenu secrétaire de la congrégation pour l‘éducation, il ne faudra pas s’attendre à un redressement des séminaires et des universités catholiques. Mgr XXX quitte finalement la secrétairerie d’Etat où il exerçait une grosse influence sur les nominations épiscopales en France. Maintenant c’est à Bruguès que sera demandé un avis. Et le cardinal XXIII a pris la place du cardinal Lustiger à la congrégation des évêques. Il y a donc peu à espérer pour un changement d’orientation dans l‘épiscopat français. »
On peut trouver ce pronostic trop pessimiste. L’abbé Claude Barthe l’est un peu ou beaucoup moins dans son opuscule sur Les nominations épiscopales en France, encore qu’il souligne « les lenteurs d’une mutation » enclenchée par « ce tournant de l’histoire postconciliaire » opéré par Benoît XVI. L’abbé Barthe observe en effet qu’« un quart de l‘épiscopat français a été modifié depuis l‘élection de Benoît XVI » et cependant « le paysage épiscopal de l’hexagone est resté pratiquement inchangé » parce que « l’on persiste à laisser se coopter entre eux des évêques d’une génération qui gère aujourd’hui la faillite qu’elle a hier programmée ».
Justement : l‘épiscopat français ne sait pas, ne peut pas, ne veut pas voir qu’il s’agit d’une faillite ; qu’il s’agit d’un désastre qui est le sien. Il est effarant de constater avec quelle obstination cet épiscopat continue à jouer et imposer l‘émerveillement devant l‘évolution conciliaire, devant ses prétendus « acquis », et devant le fameux « esprit du concile » (ce soi-disant « esprit » récusé en bloc dès le premier grand discours de Benoît XVI à la Curie). Le progressisme du clergé diocésain et de sa hiérarchie a fait la preuve qu’il est en réalité un régressionisme.
L’attachement inouï de l‘épiscopat français à une triste liturgie supprimant tout agenouillement, imposant la communion dans la main, instituant la mise en scène spectaculaire d’un célébrant face aux fidèles, oui, cet attachement s’appuie silencieusement sur un méli-mélo à la fois doctrinal, canonique, administratif. Pour s’en tenir au plus visible : la nouvelle messe a fait l’objet d’une première édition « typica », c’est-à-dire officielle, promulguée par Paul VI dans sa constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969, édition à laquelle plus personne ne se réfère, plus personne n’en parle, ce silence est celui d’une honte inavouée ; la seconde édition « typica » (remaniée) est de 1970 ; en 1975, ce fut la « typica altera » ; et en 2002, une nouvelle édition corrigée, la quatrième, présentée comme « typica tertia », c’est-à-dire « troisième », manière efficace de confirmer que l‘édition de 1969 est considérée désormais comme ne comptant plus et n’ayant jamais existé. Bref, une cascade de corrections subreptices, sans explication et sans autre argument exprimé qu’un automatique et aveugle argument d’autorité.
Donc, la quatrième édition, appelée troisième, celle de 2002, est en vigueur depuis six ans. On sait qu’une grande partie de notre clergé diocésain ne célèbre la messe qu’en langue française. Mais où en est l‘édition française ? Nulle part. Elle est à venir. La Croix nous l’annonçait le 23 janvier dernier : le « groupe de travail » chargé de la traduction ne s’est « mis en place » qu‘à l’automne 2007. Et, tenez-vous bien, « cela nous fait une traduction à l’horizon 2010-2012 ». Comme on vous le dit. Avec, donc, seulement huit à dix ans de retard. On n’arrête pas le progrès.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6634 de Présent, du Samedi 19 juillet 2008
http://www.present.fr/

17 juillet 2008

Lettre envoyée par Una Voce au Saint-Père
17 juillet 2008 - unavoce.fr
Paris, le 17 juillet A.D. 2008 Très Saint Père,
Notre association œuvre depuis 1964 pour « sauvegarder et développer la liturgie latine, le chant grégorien et l’art sacré dans le sein de l’Église catholique romaine ». Vous avez promulgué, il y a un an, le Motu proprio Summorum Pontificum cura qui a reçu un accueil des plus favorables de la part d’innombrables fidèles. Una Voce peut le confirmer par les nombreux témoignages recueillis.
Généreusement, vous avez rendu aux fidèles catholiques la faculté de bénéficier de la forme extraordinaire du rit romain qu’ils estiment plus apte à élever leur âme et à exprimer par la prière la transcendance de Dieu.
Pour diverses raisons, les demandes que de nombreux catholiques français expriment filialement (messe traditionnelle, chant grégorien, latin, doctrine, catéchisme) ne sont ni satisfaites, ni même reconnues. Nous constatons avec regret que, depuis sa publication, le texte du Motu proprio n’a pas reçu la diffusion qu’il mérite, ce qui a contribué et contribue encore à décourager l’expression même de ces voeux.  On ne peut pas demander ce qu’on ne connaît pas. La Commission Ecclesia Dei en a été maintes fois informée, mais les requêtes répétées sont restées sans réponse.
Nous supplions très respectueusement Votre Sainteté qu’à l’occasion de votre visite en France, un soutien du Magistère – suivi d’effets – soit apporté aux laïcs catholiques qui demandent à l’Église d’utiliser la forme extraordinaire du rit romain dans les paroisses de nos diocèses.
Nous attendons avec joie et espérance votre venue en France. Que Votre Sainteté veuille agréer l’assurance de nos sentiments de respect filial et notre sincère union de prière.
Patrick Banken  Président
A 55 jours de la venue du Pape à Paris, existe-t-il une menace sur l'avenir de Notre-Dame-du-Lys (Paris 15ème) ?
17 juillet 2008 - lettre 121 de paixliturgique.com
Il y a environ un an, l’archevêché de Paris envisageait de supprimer la célébration de la forme extraordinaire du rite romain à Notre-Dame-du-Lys (7 rue Blomet, Paris 15ème) qui avait été mise en place dès 1988 à la demande et avec le soutien d'un très grand nombre de familles du 15ème arrondissement.
Nous nous étions fait l’écho de cette tentative de suppression dans notre lettre Paix Liturgique n° 67 en date du 23 octobre 2007 (consultable sur notre site (http://www.paixliturgique.com) où nous avions publié la note que le père Philippe Marsset, curé de Saint-Pierre de Montrouge (Paris 14ème) avait adressé le 14 septembre 2007 à ses paroissiens à l’occasion de l’entrée en vigueur du Motu Proprio Summorum Pontificum où il annonçait que la célébration de la messe traditionnelle à Notre-Dame-du-Lys était « remplacée depuis ce jour par Saint-Germain-l’Auxerrois ».
Les nombreuses réactions de familles n'avaient alors pas permis cette suppression, et la célébration à 11 h 15 d'une messe selon la forme extraordinaire dans la Chapelle de Notre-Dame-du-Lys avait été maintenue, nonobstant l’adjonction de la nouvelle célébration de Saint-Germain-l’Auxerrois (Paris 1er).
Aujourd’hui, il semble que cette célébration de Notre-Dame-du-Lys est à nouveau menacée et qu’absolument rien n’est garanti pour les nombreux fidèles du 15ème arrondissement de Paris, habitués de Notre Dame du Lys, pour la rentrée prochaine.
En effet, à ce jour, rien ne filtre sur la division de la société des Pères de Saint Vincent de Paul (religieux qui desservaient jusqu'alors Notre-Dame-du-Lys) et sur le fait que le Père Laurent, célébrant habituel de la messe traditionnelle dans cette chapelle, n’a pas choisi la même voie que ses confrères qui conservent le contrôle de la Congrégation. A ce jour, on ne sait même pas si les Pères de Saint Vincent de Paul vont rester à Notre-Dame-du-Lys alors même que ces locaux n'appartiennent pas à cette congrégation ?
Quel sera à la rentrée de septembre le statut du Père Laurent ?
Pourra-t-il seulement rester à Notre-Dame-du-Lys ?
Dans le cas d'une réponse négative, qui alors célébrera la messe traditionnelle à Notre-Dame-du-Lys ?
On comprend mal tout le secret qui pèse sur cette affaire, on comprend mal l’absence totale de concertation et de dialogue avec les fidèles. Ce qui se passe à Notre-Dame-du-Lys les concerne pourtant directement et l'on parle du mois de septembre prochain (dans moins de 2 mois !) pour un possible arrêt de la célébration de cette messe.
La raison de ces "secrets" est peut-être à chercher ailleurs…
Le flou est total pour l'heure et l'on dit que les murs de la chapelle de la rue Blomet étant indirectemt la propriété du diocèse, la division de la Congrégation des Pères de Saint Vincent de Paul serait l'occasion rêvée que l'archevêché attendait pour reprendre la direction de cette chapelle et d'en exclure définitivement le groupe des familles attachées à la forme extraordinaire du rite romain.
Certes, « on » explique, que le Père Patrick Chauvet, nouveau curé de l’église Saint-François-Xavier (Paris 7ème) pourrait « récupérer » les demandes qui s’expriment en vain depuis le mois de septembre 2007 dans les paroisses du 7ème arrondissement et que du coup, une célébration de la forme extraordinaire du rite romain à Saint-François-Xavier, sous le rigoureux contrôle de l'évêché, pourrait remplacer celle de Notre-Dame-du-Lys, au prétexte... qu'il n'y aurait plus à Notre-Dame-du-Lys de prêtres pour y célébrer la messe traditionnelle... ou que Notre-Dame-du-Lys aurait été donnée à une autre communauté.
Nous le disons tout net. Si une célébration supplémentaire à Saint-François-Xavier serait une excellente décision, dans le cadre du Motu Proprio Summorum Pontificum, pour les fidèles du 7ème arrondissement, et surtout pour les paroissiens de Saint-François-Xavier, à aucun moment et en aucune manière, il ne serait acceptable de supprimer une messe qui existe depuis de nombreuses années et qui répond aux attentes d'un vrai groupe stable et enraciné. Il existe en effet un groupe local, stable et paisible depuis de nombreuses années à Notre-Dame-du-Lys qu'il serait inenvisageable de déporter ou de délocaliser telle une vulgaire marchandise.
Et si réellement à la rentrée il n'y avait plus de Pères de Saint Vincent de Paul à Notre-Dame-du-Lys, ne serait-ce pas là une excellente occasion pour confier aux prêtres de l'Institut du Bon Pasteur, déjà présents à Paris, idoines et disponibles, une véritable chapelle à Paris ? Le Motu Proprio, s'il fait de la paroisse le cadre normal d'application du Motu Proprio, prévoit également la possibilité d'ériger des paroisses personnelles. Lorsque l'on sait que contre toute charité, ces prêtres en parfaite situation canonique, sont contraints de célébrer la messe pour plusieurs centaines de fidèles dans des locaux trop petits et totalement inadaptés (Centre Saint-Paul - 12 rue Saint Joseph - Paris 2ème. Messes dimanches et fêtes : 9 h, 10 h, 11 h (chantée), 12 h 30 (Messe brève), et 19 h), on ne peut qu'approuver l'idée de l'attribution d'une paroisse personnelle à cette Communauté.
Certes, ce n'est pas le schéma que Monseigneur Vingt-Trois souhaite pour Paris, mais est-il crédible de bloquer l'application paroissiale du Motu Proprio et de refuser également l'érection de paroisses personnelles tout en se disant soucieux d'appliquer le Motu Proprio seulement au niveau des paroisses?
Hier, on demandait aux fidèles de Notre-Dame-du-Lys d’aller à Saint-Germain-l'Auxerrois, aujourd’hui, on leur demanderait d’aller à Saint-François-Xavier. Et demain où devraient-ils aller ? Les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain n’ont pas une vocation de nomades. Ils ont droit à autant de respect que n’importe quels autres fidèles. La pitoyable « gestion » du dossier des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'abbé Aybram dans le diocèse de Nanterre, déplacés sans charité de Nanterre à Saint-Cloud, a illustré le fait que la déportation d’une communauté sans concertation avec les fidèles d’un lieu à un autre, n'avait pas d'autres objectifs que celui de tenter de "casser" la communauté et sa dynamique. Cette expérience a également démontré de manière évidente que les fidèles qui pratiquaient dans un lieu ne sont pas les mêmes que ceux qui pratiquent dans l’autre tout simplement parce qu'une célébration donnée répond à un besoin local donné.

N'est-ce pas aujourd'hui l'objectif de l'archevêché de Paris que de casser la dynamique de Notre-Dame-du-Lys ? Compte tenu des secrets et de l'absence totale de transparence, la question mérite d'être posée.
Il est plus que temps que l’archevêché de Paris prenne la juste mesure du Motu Proprio Summorum Pontificum, comprenne qu’Ecclesia Dei et ses réserves indiennes relève du passé et ne peut servir de norme d'application de Summorum Pontificum - même si les lieux de culte confiés aux communautés Ecclesia Dei, que nous souhaitons de plus en plus nombreux, auront la mission de devenir des pôles de référence au milieu des plus nombreuses messes traditionnelles célébrées dans le cadre paroissial- et gère sérieusement et chrétiennement les demandes qui sont faites au sein des paroisses pour que soit appliqué le Motu Proprio.
A quelques jours de la venue du Pape à Paris, la suppression de la célébration de la liturgie traditionnelle à Notre-Dame-du-Lys apparaîtrait comme une véritable provocation et un affront à la volonté du Saint Père de faire coexister au sein des paroisses les deux formes liturgiques de l’unique rite romain.
Les fidèles ne peuvent plus accepter le chantage visant à proposer un nouveau lieu de culte « en échange » de la suppression d’un autre lieu de culte. Cette gestion anachronique n’est pas conforme à ce que souhaitent le Pape et les familles attachées à la liturgie traditionnelle de l’Eglise. Ce qu'il souhaitent, c'est de pouvoir vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire du rite romain dans toutes les paroisses ou ils en font significativement la demande… ou au moins dans une ou deux paroisses, choisis dans la concertation par doyenné…

Chacun sait que la demande de célébrations de la forme extraordinaire du rite romain est très largement insatisfaite à ce jour à Paris. Faisons dès lors en sorte que la réflexion faite il y a quelques semaines par le Père Chauvet, lors d’un un dialogue informel avec des représentants de groupes de demandeurs parisiens, un certain nombre de prêtres et un représentant du nonce à Paris, selon laquelle « l’on pouvait raisonnablement penser qu’à moyen terme, la forme extraordinaire du rite romain pourrait être célébrée dans toutes les grandes églises de Paris » devienne rapidement réalité.
Dès septembre prochain ?
Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église

15 juillet 2008

A 60 jours de la venue du Saint Père à Paris, voilà comment la paroisse Saint-Etienne-du-Mont (Paris 5ème) accueille son Motu Proprio Summorum Pontificum
15 juillet 2008 - lettre 120 de paixliturgique.com
A 60 jours de la venue du Saint Père à Paris, voilà comment la paroisse Saint-Etienne-du-Mont (Paris 5ème) accueille son Motu Proprio Summorum Pontificum Nous publions ci-après le témoignage éloquent d'un groupe de fidèles paroissiens de l'église Saint-Etienne-du-Mont, dans le 5ème arrondissement de Paris. Ce témoignage en dit long d'une part sur le soi-disant " dialogue" d'un clergé qui dit qu'il n'a pas de demande d'application du Motu Proprio et qui n'écoute pas les demandeurs et d'autre part sur la manière dont tout est fait à Paris pour ne pas appliquer le Motu Proprio de Benoît XVI.

Où en êtes vous dans le 5ème arrondissement de Paris, concernant l’application du Motu Proprio ?
Nous sommes 50 à avoir signé la demande d’une messe hebdomadaire à Saint-Etienne-du-Mont, soit 146 personnes avec les familles. Un gros tiers des demandeurs résident sur le territoire paroissial stricto sensu. Les autres sont à peu près tous sur les paroisses limitrophes – il s’agit fréquemment de personnes liés à la paroisse via les services d’aumônerie qu’assure son clergé, au Lycée Henri IV ou à l’école des Dominicaines qui est toute proche.
Nous avons déposé notre demande aux environs de Noël, le curé nous a répondu début juin. C’est non.
Explique-t-il son refus ?
Bien sûr. Sa lettre liste plusieurs raisons qui viennent en quelque sorte s’ajouter à celles données de vive voix en septembre 2007 : Il faudrait revoir l’organisation du dimanche, des gens viendraient d’autres paroisses, « voire même du sud-est parisien », etc. Mais l’argument principal semble être que cette messe est déjà célébrée à Saint-Germain l’Auxerrois.
C’est également la position du diocèse, contacté suite au refus de notre curé. Par la voix de Mgr Chauvet on nous répond qu’« il y a encore de la place à Saint-Germain de l’Auxerrois ». Et aussi : « Pourquoi disperser les communautés ? »
Il est vrai que cette messe est déjà autorisée dans plusieurs églises de Paris.
Notre demande n’est pas d’aller ailleurs dans le diocèse, fut-ce à 15 ou 20 minutes de métro seulement. Ce que nous voulons c’est la messe sous sa forme extraordinaire dans notre paroisse – à défaut dans une autre église de notre quartier. Je dirais même : ce que nous voulons, ce que veulent 146 personnes qui auraient facilement pu être le double ou le triple si nous avions fait une information à la sortie des messes de notre paroisse, c’est le Motu Proprio Summorum Pontificum. Nous pensons que notre démarche s’inscrit dans sa lettre comme dans son esprit. Le Cardinal Castrillon Hoyos le répétait encore en mai dernier dans une interview à la revue italienne « Jésus » : « le Pape a voulu offrir à tous une nouvelle occasion de profiter de l'énorme richesse spirituelle, religieuse et culturelle présente dans la liturgie de rite grégorien. Le Motu proprio a été conçu comme un trésor offert à tous, et non fondamentalement pour répondre aux lamentations ou aux demandes de qui que ce soit ».
Allez-vous en appeler à Rome ?
Il ne s’agit pas de « faire appel », ce n’est d’ailleurs pas dans cet esprit que nous nous sommes adressés au diocèse. Nous regrettons le refus de notre curé mais nous en prenons acte. Nous allons simplement signaler notre existence à la Commission Ecclesia Dei, selon l’article 7 du Motu Proprio.
En attendant nous ne perdons pas espoir. Si notre curé acceptait de dire (ou de faire dire) la messe selon sa forme extraordinaire, ne serait-ce que de manière ponctuelle quelques dimanches dans l’année, cela serait pour nous un signe fort qu’il y a une place pour nous –avec notre sensibilité liturgique– dans notre paroisse.

LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE
- Voilà un groupe de fidèles qui n'a pas employé les "mauvaises méthodes de Paix Liturgique" et au contraire à voulu utiliser les "bonnes méthodes" du dialogue discret et délicat. En effet, ces fidèles n'ont pas souhaité organiser de pétition, ni se faire connaître à la sortie des messes de Saint-Etienne-du-Mont, ni alerter la presse locale ou encore faire de la publicité via internet. Quelques mois après cette tentative le résultat est sans appel : C'est NON ! Pas de Motu Proprio à Saint-Etienne-du-Mont ! Pas le moindre commencement de début de dialogue non plus avec les fidèles... Pourquoi d'ailleurs rencontrer des gens dont on ne souhaite pas que leur sensibilité existe et dont on sait qu'on refusera - a priori - leurs demandes...
- L'exemple de Saint-Etienne-du-Mont en dit long sur le sérieux et la crédibilité à prêter aux arguments de ceux qui, pour refuser d'appliquer le Motu Proprio dans leurs paroisses, disent : "J'étais prêt à donner quelque chose mais Paix Liturgique est derrière tout ça, il y a trop de ceci, pas assez de cela, je ne voulais pas de publicité, dans ces circonstances je ne peux vraiment rien faire...( OUF !) "
- Comment croire un seul instant en ces comédies qui ne sont qu'une expression supplémentaire de la culture du mépris qui continue de régner chez trop de clercs français à l'endroit des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise. Quelle que soit la forme de la demande, confidentielle ou publique, structurée ou informelle, c'est non, non et toujours non ! Le Motu Proprio de Benoît XVI n'a pas droit de cité dans les paroisses parisiennes qui commencent seulement en 2008 à appliquer avec un peu plus de largesse et de générosité, le Motu Proprio de 1988 avec son lot de réserves indiennes que l'on critique mais que l'on tient à conserver pour éviter la contagion dues aux effets de ce même Motu Proprio.
- Avec de tels agissements, pas étonnant qu'on puisse lire dans La Croix du 6 juillet dernier "Un an après la publication de « Summorum Pontificum », par lequel Benoît XVI a libéralisé la liturgie d’avant Vatican II, peu de demandes ont été déposées". Plus surprenants en revanche sont les propos (dans La Croix du même jour) de Monseigneur Patrick Chauvet, vicaire général du diocèse de Paris aux termes desquels à Paris "On dénombre en général cinq ou six personnes par paroisse qui demandent une célébration selon la forme extraordinaire, ... du coup, nous les rassemblons par arrondissement » . Parti pris, manque d'informations, décalage entre les hautes instances du diocèse et la réalité des paroisses ?
- Il n'est plus acceptable que les fidèles qui demandent l'application du Motu Proprio de Benoît XVI de 2007 dans leurs paroisses soient traités, au mieux, comme des niais à qui l'on propose une application limitée de Motu Proprio de Jean-Paul II de 1988, ou comme c'est plus souvent le cas, comme des chrétiens de seconde catégorie qui ne méritent même pas qu'on leur parle.
Une question reste en suspens : Quand la situation va-t-elle enfin se débloquer ? Pouvons-nous l'espérer pour les premiers jours de septembre ? Ou faudra-t-il faire appel au Saint-Père lui-même ?
Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église
Discussion de parvis sur la messe des « ralliés »
Juillet 2008 - Abbé Jacques Mérel, FSSPX - article paru dans Le Pellican  - mise en ligne par agoramag
Discussion de parvis sur la messe des « ralliés »
A la sortie de la chapelle, M. l'abbé discute avec un fidèle, Philippe, 17 ans. Au cours de la conversation, Philippe raconte son dernier week-end avec des amis en région parisienne. Et Philippe de dire que le groupe d'amis a choisi d'aller à une messe de ralliés...(N.B. : conversation fictive en style parlé).
Philippe: pourquoi vous faites cette tête-là, Monsieur l'abbé ? C’est quand même la bonne messe !
M. l'abbé: que la messe soit bonne, sans doute; mais ce n'est pas le principal.
Philippe: pas le principal ? Qu'est- ce qu’il vous faut de plus, Monsieur l'abbé ?
M. l'abbé: Eh bien, je prends une comparaison. Le rhum est une bonne chose, d'accord? (Philippe acquiesce en souriant d'un air en- tendu). Bon. Mais à chaque fois que l'on boit du rhum, on ne fait pas forcément une bonne action ? (Philippe comprend). Alors c'est pareil pour la sainte Messe. Que la messe en elle-même soit bonne, c'est une chose; mais il faut aussi qu'assister à cette messe soit bon; il faut que l’assistance à cette messe soit une bonne action.
Philippe: Oui enfin, quand même, le rhum et la messe, ce n'est pas pareil! Vous avez l’air de dire qu’on peut faire mal en assistant à la messe traditionnelle !
M. l'abbé: Tout à fait, c'est bien ce que j'ai voulu dire ! De même qu'on peut faire mauvais usage du rhum, de même il n'est pas forcément bien d'assister à une vraie messe. Cela peut même être mal.
Philippe: alors ça c’est la meilleure !
M. l'abbé: cher Philippe, c'est un peu compréhensible ton étonnement. Normalement, un catholique n'a pas à se poser de questions en assistant à une messe catholique. Mais en ce moment dans l'Eglise, il y a bien des choses anormales. Nous, par exemple, on dit la messe dans des salles aménagées comme on peut, avec l'hostilité du clergé de la région, avec une étiquette de pestiféré, d'excommunié, de schismatique... Beaucoup de gens ne viennent pas ici parce qu'ils croient que c'est mal. Pourtant c'est bien la bonne messe ! Ce qu'il y a, c'est qu'ils se trompent en pensant que c'est mal de venir ici.
Philippe: oui justement, ils se trompent, vu que c’est la bonne messe!
M. l'abbé: non, Philippe, fais attention. Leur problème ce n'est pas la messe; leur problème c'est qu'on leur a dit que c'est mal d'y aller. C'est tout différent. Eh bien, le problème avec les ralliés, il est du même genre: leur messe est bonne, d'accord; mais y aller, est-ce bon? C'est une autre affaire ! Tu vois la distinction ?
Philippe: d'accord, je vois la distinction. Mais je vois vraiment pas pourquoi c’est mal d'a1ler chez Saint-Pierre ou au Christ-Roi!
M. l'abbé: tu vois, quand on commence à se demander si assister à telle messe est bien ou mal, tout de suite on parle de celui qui dit cette messe. Intéressant, non?
Philippe: là, je ne vois pas bien. ..
M. l'abbé: Eh bien si ! on va dire, comme tu viens de le faire: je vais à la bonne messe chez Saint-Pierre, au Christ-Roi, chez Saint-Pie-X, à Saint-Georges, place Foch, ou rue Buisson etc:.. La messe dite dans ces différents cas est la même. Pourtant, assister ici ou là, ce n'est pas pareil. Cela dépend de celui qui la dit.
Philippe: mais pourquoi?
M. l'abbé: parce que la messe et le rhum ce n'est pas pareil ! Tout à l'heure tu aurais pu me dire: mais moi, je fais attention quand je bois du rhum; il n'y a jamais aucun problème; c'est toujours avec modération ! Mais la messe n'est pas quelque chose qui se consomme tout seul dans son coin, de façon privée.
Philippe: c’est quoi alors? Moi je vais à la messe pour me recueillir, pour prier. pour communier. Tant pis si le prêtre est à Saint-Pierre ou à Saint-Pie-X Vous n'avez qu'à vous arranger entre vous, après tout!
M. l'abbé: la sainte Messe est l'acte le plus élevé de culte public de l'Eglise. C'est-à-dire que c'est un acte avant tout social, dans lequel on honore Dieu et on en reçoit ses bienfaits, sous l'autorité de l'Eglise, société que Dieu a instituée pour pouvoir être honoré comme Lui le veut.
Philippe: là, Monsieur l'abbé, c'est un peu dur...
M. l'abbé: je recommence. En privé, tu peux prier le bon Dieu assez librement, quand tu veux, comme tu veux; c'est ta prière, en quelque sorte. Mais le bon Dieu a voulu être honoré aussi et surtout en réunissant les hommes autour de la croix, par la messe; et cela c'est la prière publique et officielle de l'Eglise. Elle rend ainsi à Dieu au nom de tous les hommes tout l'honneur et la gloire qui lui sont dues. La messe n'est donc pas une dévotion privée, ni des assistants ni des prêtres qui la disent. C'est un acte commun de culte, qui suppose que celui qui fait le culte (le prêtre) ait reçu de l'Eglise l'autorité pour le faire. Il doit dépendre d'un évêque, lequel dépend du pape. C'est pourquoi je parlais de l'autorité de l'Eglise.
Philippe: mais vous, Monsieur l'abbé, vous êtes indépendant de cette autorité.
M. l'abbé: Philippe, on arrive là au cœur du problème. Ce que tu dis, c'est ce que disent les conciliaires et ceux qui les croient, quand ils disent que assister à la messe chez nous n'est pas permis. Encore une fois, ce n'est pas parce que la messe qu'on dit est mauvaise qu'ils disent cela; c'est parce qu'on résiste à la hiérarchie, à Rome. Et nous on dit: il ne faut pas assister à la messe chez les ralliés, parce qu'ils se soumettent à la hiérarchie conciliaire.
Philippe: si je comprends bien, en fait, le fond du problème, c’est la soumission à la hiérarchie actuelle ?
M. l'abbé. Exactement ! Normalement dans l'Eglise, un prêtre est soumis à son évêque qui est soumis au pape; du coup il reçoit une mission de célébrer la messe et les autres sacrements pour une portion des fidèles de l'Eglise. Or, depuis une trentaine d'année, il se trouve que pour garder la foi, les fidèles ont demandé à des prêtres qui eux aussi voulaient la garder, de s'occuper d'eux, au point de résister aux évêques et au pape. Leur but n'était pas de résister pour résister, en bons gaulois qu'ils étaient, mais de défendre leur foi face à des décisions de Rome qui contribuaient à faire perdre la foi aux fidèles.
Philippe: quelles décisions?
M. l'abbé: eh bien par exemple, la promulgation de la nouvelle messe de Paul VI, en 1969. Mais avant, il y a eu le concile, avec plusieurs mauvais textes, notamment sur l'œcuménisme, la liberté religieuse. Plus tard, il y a eu les changements sur les autres sacrements, puis le nouveau Droit Canon, en 1983. Il y a eu tous les scandales de l'œcuménisme, comme Assise, en 1986. Et puis il y a eu la lutte farouche contre Mgr Lefebvre qui pourtant ne faisait, comme il le disait souvent, que ce qu'il avait fait pendant toute sa vie, avec approbation de Rome. En 1988, Mgr a sacré des évêques parce qu'il a compris que Rome voulait détruire la Tradition. La foi des fidèles continuait à être menacée. C'est là l'essentiel qu'il faut bien comprendre: la hiérarchie, les évêques, le pape, sont là pour conduire les prêtres et les fidèles dans la foi. S'ils ne le font pas, les fidèles et les prêtres doivent résister et chercher à garder la foi ; ce qui est une forme de soumission plus haute finalement.
Philippe: bon...bon... mais la messe chez les ralliés dans tout ça Je vais y perdre la foi?
M. l'abbé: Il faut prendre le problème par l'autre bout...
Philippe (interrompant): l’autre bout?
M. l'abbé: oui, l'autre bout. La question de savoir si je vais perdre la foi est capitale. Mais ce qu'il faut se demander, c'est: quelle est, face à la messe des ralliés, l'attitude de foi qui convient ? Dans ta question, n'y a-t-il pas un sous-entendu, du style: si je fais attention, vu que c'est quand même la bonne messe, il n'y aura pas de problème. Comme pour le rhum. Je me trompe ?
Philippe: non, Monsieur l'abbé, on est d'accord !
M. l'abbé: Il faut donc voir l'autre bout, celui que j'ai expliqué tout à l'heure. La messe est avant tout un acte public et hiérarchique. La messe d'un prêtre rallié est la messe d'un prêtre qui, officiellement au moins, obéit à l'évêque du lieu et au pape; un prêtre qui va donc recevoir de temps en temps son évêque pour des cérémonies; un prêtre qui ne prêche pas que la nouvelle messe est mauvaise, dangereuse pour la foi; un prêtre qui va donc rassembler autour de lui des fidèles plus faibles dans leur foi, moins au courant des dangers sérieux qui menacent la vie chrétienne dans l'église conciliaire; un prêtre, qui, s'il est logique avec lui-même, estime que la situation de l'Eglise aujourd'hui est grosso modo normale, en tous cas assez normale pour rendre la résistance publique de la Fraternité Saint-Pie X illégitime; un prêtre qui en obéissant à des autorités libérales et modernistes va inévitablement dévier; un prêtre qui finalement  trahit tout ce qu'a fait Mgr Lefebvre, qui trahit les âmes, les trompe, en leur faisant croire, par sa soumission publique à la hiérarchie, que le pape conduit vraiment ses brebis et ses agneaux dans les sentiers de la vraie foi...
Philippe: vous y allez un peu fort, Monsieur l'abbé !
M. l'abbé: Monseigneur parlait comme cela en son temps l Un prêtre rallié, actuellement, n'a pas une position juste dans l'Eglise. Il n'est pas en ordre avec le bon Dieu. Il n'est pas dans la vérité. Il est entre deux chaises, tiraillé entre son désir de bien faire, et sa soumission aux autorités conciliaires. Ses sermons s'en ressentent obligatoirement. La table de presse, les revues aussi; il y aura des documents de l'évêché au fond de l'église. Il y a encore le risque sérieux, avec le temps, de se laisser attiédir par le contact de fidèles bien moins formés dans la foi; risque aussi de se laisser attirer, soit par une doctrine plus accommandante, soit éventuellement par la sympathie des gens ou des prêtres.
Philippe: Donc, on ne peut jamais assister à la messe chez les ralliés?
M. l'abbé: on ne peut jamais déplaire à Dieu l Ces messes ne sont pas pour nous ! Si pour des raisons exceptionnelles on est amené à être présent à une cérémonie des ralliés, il convient de garder une attitude discrète, évitant de donner l'impression qu'on adhère à leur soumission aux évêques et au pape. Par exemple en s'abstenant de communier. C'est qu'il faut penser aussi à l'exemple que l'on donne autour de soi.
Philippe: et le dimanche, si c'est la seule messe accessible?
M. l'abbé : si tu as bien compris notre conversation, tu: peux conclure toi-même que le dimanche, dans ce cas, on n'est pas obligé d'assister à cette messe-là. On ne peut pas être obligé d'assister à la messe d'un prêtre qui ne confesse pas publiquement que l'Eglise conciliaire met la foi des fidèles en danger. Ce n'est pas possible d'être obligé dans ces conditions. Le bon Dieu te donnera des grâces autrement, ne serait-ce qu'en récompensant ta courageuse fidélité, ton attachement à la vérité.
Philippe: à la vérité?
M. l'abbé: oui, à la vérité. Résumons un peu. Je disais au début: la messe des ralliés est bonne; mais là n'est pas la question. La question c'est: est-ce vraiment bon d'y assister? Est-ce que je me rattache vraiment, en toute vérité, à l'Eglise, à Notre Seigneur par cette messe? La réponse est non, parce que le prêtre rallié n'est pas dans une position vraie, il ne résiste pas aux mauvais pasteurs alors qu'il le devrait. Il se  trompe, et trompe les gens. Comment veux-tu ensuite trouver à ses cotés, sous son influence, sous son autorité de prêtre, un véritable amour de la vérité, de Notre Seigneur, de l'Eglise, du pape même ? Il est dans le faux sur une question essentielle !
Philippe: décidément, cela va plus loin que ce que je croyais !
M. l'abbé: oui, il faut reconnaître que ce n'est pas évident. Aujourd'hui il faut se former plus que jamais, savoir ce qu'on fait. Le danger est partout. Mais c'est aussi une période extraordinaire, comme disait Mgr Lefebvre, car cela nous pousse à aimer plus véritablement l'Eglise, Notre Seigneur, à demeurer forts dans la foi !  Et c'est aussi le meilleur service de charité que l'on peut rendre à ceux qui ont encore du mal à saisir toutes les difficultés de la situation actuelle. Soyons les témoins de la vérité, de la volonté de Dieu !
Abbé Jacques Mérel
Fraternité sacerdotale Saint Pie X
article paru dans Le Pellican juillet 2008
"Indispensables évêques..." - abbé Christian Bouchacourt
Juillet 2008 - "Iesus Christus" n°117 - fsspx-sudamerica.org
"Indispensables évêques..."
Depuis environs cinquante ans, la quasi-totalité des pays catholiques a renoncé à l’être officiellement. Tous sont atteints par le même mal, celui de l’athéisme et du laïcisme, minés par un désordre social et économique qu’aucun remède ne semble vouloir soigner. A cela s’ajoute une terrible décadence morale que les adversaires de l’Eglise parviennent à imposer avec plus ou moins de succès selon la résistance qu’ils rencontrent. Parfois ces projets, comme l’avortement, la contraception, la légalisation de l’homosexualité, l’éducation sexuelle dans les écoles, sont contrariés et retardés dans leur application grâce au courage de quelques évêques et hommes politiques, mais, curieusement, ils ne sont jamais abandonnés. Les ennemis de l’Eglise et de la chrétienté jouent sur l’usure du temps. Ils savent que leurs idées s’imposeront tôt ou tard, efficacement relayées et diffusées par les médias qu’ils possèdent de façon quasi exclusive.

Pendant ces cinquante dernières années, dans certains pays, il y a bien eu quelques tentatives pour sauver la société catholique, mais les efforts n’ont eu aucun effet durable. Il y a comme une malédiction qui semble stériliser toutes les entreprises de restauration catholique tandis que nos adversaires surfent sur la vague du succès. Pourquoi donc?

Ils sont aussi nombreux les laïcs généreux, désabusés par les échecs à répétitions, tentés par l’abandon du combat. Quelques uns enfin estiment qu’il n’y a plus rien à faire si ce n’est attendre “les évènements” imminents annoncés par des apparitions plus ou moins douteuses. Et pourtant rien n’arrive… tandis que la dégringolade religieuse, économique, sociale s’accélère. Jusqu’où iront les ennemis acharnés de l’Eglise? Pourquoi parviennent-ils à réaliser avec tant de succès leur funestes entreprises?

L’Eglise est elle-même atteinte par ce même syndrome d’autodestruction. Pourquoi? La crise qu’elle traverse a sa part de mystère comme la Passion de Notre Seigneur a la sienne. Cependant, on peut désigner avec certitude les autorités coupables de la mort du Christ : Les chefs des prêtres juifs. Ils ont donné la main aux autorités politiques pour condamner le Christ et éradiquer l’influence extraordinaire qu’Il exerçait sur les foules et dont ils étaient jaloux. Ce sont ces autorités religieuses juives qui ont traîné le Christ devant les tribunaux civils et obtenu sa condamnation à mort.

Aujourd’hui c’est cette même collusion des autorités religieuses avec les dirigeants politiques qui est en train de condamner à mort la société catholique. Les souverains pontifes et les évêques nommés par eux, imprégnés de modernisme et de libéralisme depuis Jean XXIII, sont les principaux responsables de la désintégration de la société chrétienne qui semble inéluctable. Lors du dernier concile, ils ont pensé qu’il était possible de catholiciser les principes de la Révolution Française comme le dira plus tard le Cardinal Ratzinger lui-même. C’était vouloir baptiser le diable…Cette union contre nature de l’Eglise avec la Révolution est la cause des maux qui accablent l’Eglise et la société civile. Ces principes concoctés dans les loges maçonniques, ont fait entrer “les fumées de Satan” dans l’Eglise et tué l’âme des sociétés catholiques.

Récemment, un évêque qui me recevait, m’avoua que lui-même avait eu du mal à appliquer certaines réformes et à accepter quelques textes du dernier concile. Mais, m’a-t-il dit, “en suivant le Pape, j’étais sûr d’être dans le vrai. Donc, j’ai donc tout accepté”. Avec de tels principes, Saint Paul n’aurait pas dû résister à Saint Pierre et alors les baptisés que nous sommes serions encore tous soumis à la circoncision et aux pratiques étroites de la religion judaïque ! Saint Athanase n’aurait ni arrêté l’hérésie arienne ni été canonisé malgré son opposition au pape. En écoutant ces objections, l’évêque poussa un soupir et détourna la conversation vers un autre sujet…

L’Eglise et la société souffrent de la démission des évêques qui n’osent plus ni enseigner la saine doctrine ni dénoncer l’erreur. Pour beaucoup, le rétablissement du règne social de notre Seigneur est un idéal soit suranné soit inatteignable, aussi louent-ils le pluralisme religieux dans la société et le revendiquent mais refusent tout statut privilégié pour l’Eglise.

Je voudrais que vous compariez ces deux textes qui vont suivre. Ils valent mieux qu’un long discours. Le premier a pour auteur saint Pie X:
“Basé en effet sur ce principe que l’Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, Cette thèse est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu (…) En outre, c’ est la négation très claire de l’ordre surnaturel. (…) Cette thèse bouleverse également l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concorde entre les deux sociétés. (…) Enfin, cette thèse inflige de graves dommages à la société civile elle-même, car elle ne peut pas prospérer ni durer longtemps lorsqu’on n’y fait point sa place à la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs”.(1)
Le second texte est de Monseigneur Levada:
“Grâce à la constitution des Etats-Unis, nous sommes venus à la vie dans un pays qui nous garantit le droit naturel à la liberté religieuse. Nous avons tous le droit de professer notre foi en accord avec notre conscience. L’interdiction envers le gouvernement de professer une religion particulière lui a permis d’adopter une attitude « désintéressée » envers toutes les fois religieuses; (…) L’Eglise, en effet, admet et partage avec enthousiasme l’interdiction constitutionnelle d’établir une religion d’état ou d’entraver son libre exercice”.(2)
Ne croyez-vous pas que ce dernier texte est en rupture totale avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise? L’auteur de ces dernières lignes est aujourd’hui cardinal de la sainte Eglise et a été promu… préfet de la Congrégation pour la Foi! Le pape Benoît XVI à son retour des Etats-Unis, il y a quelques semaines, à repris presque mot pour mot ces considérations. Ce sont ces principes qui ont condamné à mort la chrétienté et rendu vaine toute tentative de restauration catholique depuis de nombreuses années.

L’Eglise a besoin d’évêques intégralement catholiques qui se fassent l’écho de Grégoire XVI, de Pie IX, de Léon XIII, de Saint Pie X, de Pie XI ou de Pie XII qui l’illuminèrent de leurs enseignements. Ces papes surent professer la vérité et dénoncer l’erreur. L’Eglise et la société civile manquent de docteurs de la foi, ardents, convaincus que la Tradition catholique n’est pas surannée. Nous souffrons de constater qu’aucun évêque en charge d’un diocèse, n’est lucide sur les origines de la crise que nous traversons. Aucun ne veut revenir à la Tradition catholique prêchée et appliquée dans son intégralité. Aucun ne veut porter un regard critique sur les textes du dernier concile en rupture avec cette Tradition comme le sont ceux qui traitent de l’œcuménisme, de la liberté religieuse et de la collégialité. Aucun de manière officielle et habituelle ne veut revenir à la messe traditionnelle et aux sacrements qui ont sanctifiés des générations de catholiques.

Nous supplions les évêques de nous parler du “Dieu qui s’est fait homme” et de sa doctrine salvatrice et non de “l’homme qui s’est fait dieu” comme ils le font trop souvent. Nous leur demandons d’éclairer nos intelligences et de fortifier nos volontés pour nous aider à aimer Dieu et le suivre. Qu’ils cessent d’exalter la conscience humaine libre de toute entrave et souveraine.

C’est parce qu’aucun évêque ne remplissait ce rôle sublime, qu’il y a 20 ans Monseigneur Lefebvre consacra quatre évêques afin de suppléer à ces tragiques déficiences. Il ne voulait pas que nous restions orphelins après sa mort. Ce fut “l’opération Survie”(3) qui sauva le sacerdoce et la Tradition catholique. Où serions nous aujourd’hui sans cet acte providentiel? Notre fondateur, le 30 juin 1988, a posé un acte héroïque de charité en consacrant quatre évêques sacrifiant ainsi sa réputation pour le bien des âmes et celui de l’Eglise.

Depuis 20 ans, certes on discerne quelques avancées positives comme le Motu Proprio, mais en fait, la situation reste inchangée et l’erreur est plus subtile à discerner que jamais. En juin dernier, lors des ordinations sacerdotales qu’ils conféraient à des séminaristes de la Fraternité Saint Pierre, le Cardinal Castrillon Hoyos durant son sermon, exhorta les prêtres à concélébrer avec leurs évêques “au moins a la messe chrismale et toutes les fois qu’il conviendra de manifester la pleine communion ecclésiale”. De même, il y a quelques semaines, cette même Fraternité s’est vue confiée une paroisse personnelle à Rome, mais a dû accepter en contrepartie, qu’une nouvelle messe y soit célébrée chaque dimanche par un prêtre venant de l’extérieur. Il y a 20 ans le cardinal Ratzinger avait eu la même exigence envers Mgr Lefebvre lui demandant qu’une messe de Paul VI soit célébrée chaque dimanche à saint Nicolas du Chardonnet à Paris. Non! La situation n’a pas fondamentalement changé depuis 20 ans… Le concile reste intouchable. Comment voulez-vous que nous ayons confiance en face de faits qui parlent d’eux-mêmes? La Fraternité Saint Pie X, avec quelques sociétés amies, est la seule à rappeler ces vérités et souligner ces erreurs. Toutes les communautés religieuses qui ont signé un accord avec Rome ces derniers temps sont devenues muettes et inopérantes pour la restauration de la Tradition. C’est la triste réalité.

Chers fidèles, l’état de nécessité demeure plus que jamais et plus que jamais nous avons besoin des quatre évêques auxiliaires de la Fraternité Saint Pie X pour nous fortifier dans la foi et nous sanctifier. Que Dieu les soutienne, qu’ils soient remerciés de leur inlassable dévouement pour nos âmes et assurés de nos prières reconnaissantes.

Prions et faisons pénitence pour l’Eglise et le pape. Supplions Dieu de convertir les évêques du monde entier afin qu’ils retrouvent leur voix. De cela dépend le salut de millions d’âmes et le succès de toute restauration catholique.

Dieu vous bénisse!
+ Padre Christian Bouchacourt
Superior du District d'Amerique du Sud

(1) “Vehementer nos”, 11 février 1906.
(2) Mgr William Levada: Réflexion sur le rôle des catholiques dans la vie politique et la réception de la sainte communion. 13 juin 2004.
(3) Mgr Lefebvre: Sermon des consécrations épiscopales, 30 juin 1988.

14 juillet 2008

[Touforek / Forum Catholique] Paris : 2 prêtres célébrant dans la forme extraordinaire quittent le diocèse

SOURCE - Touforek - Forum Catholique - 14 juillet 2008

Le premier est l'abbé Hubert BLIN, curé de Saint Georges de la Villette dans le XIXè, célébrant le jeudi soir dans la forme extraordinaire et ayant autorisé une Messe dominicale dans sa paroisse célébrée par l'abbé Barthe puis interdite par l'évêché (voir ici).

Le second est l'abbé Olivier HOROVITZ, vicaire à Notre-dame de Clignancourt (XVIIIè) et qui célébrait la Messe dans la forme extraordinaire le vendredi et le samedi matin.

L'annonce des mutations du diocèse ayant été publié ici, on peut apprendre que tous les deux quittent le diocèse et sont mis à la disposition du diocèse de Fréjus-Toulon.

Deux prêtres quittent donc leur diocèse d'origine. Leur départ a-t-il un rapport avec la forme extraordinaire? Je n'en sais rien. Mais la coïncidence est troublante quand on sait que ces deux prêtres n'étaient pas de la même paroisse et qu'ils partent dans un diocèse où l'évêque fait preuve de bienveillance vis à vis des tradis.

Ces prêtres sont tous deux relativement jeunes, portant la soutane, et ayant appliqué spontanément le Motu Proprio, ce qui dénote indubitablement dans le paysage ecclésial parisien. Les messes qu'ils célébraient étaient "privées", ce qui veut dire qu'ils célébraient cette Messe par choix et non pas de mauvaise grâce, parce qu'un groupe stable actif les aurait contraint d'appliquer le Motu Proprio.

Paris perd deux bons prêtres et trois Messes de semaine dans la forme extraordinaire. Quel dommage!

[Zenit] Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie - Entretien avec Mgr Nicola Bux

SOURCE - Zenit - 14 juillet 2008

ROME, Lundi 14 juillet 2008 (ZENIT.org) - Le synode sur la Parole pourra servir entre autres à clarifier ce que l'on entend par « unité du pain de la Parole et de l'Eucharistie », une expression facile à comprendre pour un théologien mais qui peut confondre les fidèles.

C'est ce qu'affirme le théologien Nicola Bux, consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de la Congrégation pour les causes des saints, et professeur d'œcuménisme à l'Institut de Théologie de Bari (Italie).

Le théologien, qui écrit habituellement sur des questions doctrinales pour l'agence Fides, rappelle, dans cet entretien à ZENIT que lorsque nous parlons des Ecritures il est important de se souvenir que le texte a besoin d'images et que les images doivent être davantage enseignées, dans les catéchèses aussi.

Zenit - Qu'attend un théologien comme vous de ce synode des évêques centré sur la Parole de Dieu?
Mgr Bux - Je vous donne un exemple. Dans les Lineamenta du prochain synode publiés l'année dernière on parle de l'unité du pain de la Parole et de l'Eucharistie. Cette expression qu'un théologien et un fidèle avertis comprennent, résulte en réalité incompréhensible à la plupart et tend à confondre.
Nous savons que l'Ancien Testament dit que l'homme doit se nourrir de la parole qui sort de la bouche du Seigneur, mais dès l'instant où cette parole est devenue chair dans la personne divine-humaine de Jésus tout a changé : il n'existe pas deux paroles ni deux nourritures, cela devient un tout entre la chair et le sang de Jésus Christ.
Les pères disaient que c'est le verbum brevissimum. Tout comme il était dit, dans d'autres textes, pour l'expression « deux repas de la parole et de l'Eucharistie », qu'il s'agissait en fait d'« un seul et même repas ».
A notre époque, les messages doivent être plus que jamais simplifiés, non ambigus et rendus compréhensibles. Le catholique doit savoir que la Parole de Dieu entendue lors de la lecture des Ecritures est comme l'avant-goût d'un repas que l'on se prépare à prendre mais qui, sans ce repas au bout, reste en suspens. C'est pourquoi nous nous nourrissons de la Parole faite de cette chair qui est le Seigneur. Sans le sacrement, la Parole ne devient pas solide mais reste aériforme ou liquide. On peut appliquer à cela l'expression ‘pensée faible' ou ‘liquide'.
Donc, personnellement, je souhaite que le synode dissipe une telle ambigüité pour le bien de la vérité catholique.
Zenit - Les fidèles connaissent beaucoup mieux la Bible qu'il y a quarante ans mais les textes sont encore méconnus. Que peut-on faire, au niveau de la formation théologique, pour mieux faciliter l'approche du texte sacré ?
Mgr Bux - On fait déjà beaucoup, mais souvent en disséquant les textes et en mettant dans la tête des gens qu'en fin de compte ils ressemblent à n'importe quel autre texte historique ou littéraire. Essayez de leur demander s'ils savent qui en est l'auteur ou l'inspirateur. Difficilement vous les entendrez dire : Dieu.
De plus, dans la civilisation des images et des dvd on lit de moins en moins : il faudrait renouer avec cette habitude de lier le texte à l'image tant dans les catéchèses que dans la liturgie.
Car les images racontent et résument les personnes sacrées et saintes de l'histoire du salut. Mais aujourd'hui en occident les fidèles, comme le prêtre, ne prêtent pas attention aux images qui ornent l'Eglise à commencer par la croix, le plus souvent parce qu'elles sont laides et mal placées.
Il faut éduquer à l'image pour faire naître ce désir de mieux connaître les saintes Ecritures. En cela, l'abrégé du catéchisme de l'Eglise catholique est exemplaire.

Zenit - Quel est selon vous le défi le plus grand de ce synode, au plan même de l'œcuménisme ?
Mgr Bux - Un de mes amis prêtres, qui est théologien, mathématicien et expert en herméneutique, m'a fait remarquer que face à la sécularisation extérieure et au relativisme théologique interne, en substance, face à cet « athéisme déferlant » que l'on perçoit un peu partout, l'Eglise postconciliaire a manqué de développer une méthodologie intégrale en ce qui concerne l'étude des Saintes Ecritures.
Tout a commencé par un net refus des méthodes « modernes » sous St Pie X (sur la base d'analyses dont on devrait reconnaître aujourd'hui le caractère essentiellement prophétique de ce que cela aurait comporté ensuite concernant l'étude des Ecritures « et si Deus non daretur »).
Puis, sous Pie XII, l'ouverture (« Divino afflante Spiritu ») se poursuit, s'accentue. Mais il n'y a aucune intégration entre l'insistance sur la vérité de foi, que l'on estime fondée sur les Ecritures (dans la tradition) et les méthodologies « athées » (qui excluent d'emblée le surnaturel).
Seulement voilà, à chaque fois que l'étude, disons historique et critique, risque de franchir les limites fixées par la foi, il y a rappel à la fidélité. Mais il s'agit d'imposer des limites extrinsèques, en nous soustrayant à l'élaboration d'une méthodologie intégrale juste et adaptée au sujet.
Exemple: on pourrait aussi bien lire un livre de texte de physique nucléaire en utilisant la méthode faite pour l'étude des belles lettres, et en tirer quelque chose, mais ce n'est absolument pas une méthode adaptée au sujet. De cette manière, on arrive aussi par exemple au rétablissement de la « double vérité », à un Schillebeeckx, qui dit que celui qui croit en la conception virginale de Jésus, y croit parce que l'Eglise le lui enseigne, mais qu'il ne peut la tirer des Ecritures (où elle ne serait due qu'à un genre littéraire ou à une approche théologique et pédagogique, et ainsi de suite).
E. Schillebeeckx a été publiquement rappelé, mais c'est plus ou moins comme cela que l'on enseigne, effectivement, dans les séminaires et dans les facultés de théologie concernant tout ce qu'il y a de surnaturel dans les Ecritures.
Voilà, admettons et utilisons au maximum les méthodes dites « athées » en soi, mais sachons les cerner dans une méthodologie intégrale qui leur est propre !
Si les chrétiens d'Orient et d'Occident convergeaient sur ce point...

Zenit - Mais certains ne pourraient-ils pas trouver un peu contradictoire de rappeler l'importance des Ecritures tout en appliquant le « Summorum Pontificum » où la sainte Ecriture n'a pas la place que le Concile Vatican II lui a donnée ?
Mgr Bux - D'aucuns disent que le rite postconciliaire est plus riche de lectures, de prières eucharistiques, et que le missel de Pie V est pauvre, peu soigné. C'est une thèse anachronique car elle ne tient pas compte des quatre siècles d'écart ; c'est comme si l'on accusait les sacrements antérieurs de plusieurs siècles à ceux de Pie V.
On oublie par ailleurs que les péricopes de ce missel se sont formées sur la base des anciens capitulaires comme le Liber comitis de saint Jérôme daté de 471 ou de péricopes évangéliques ; une tradition commune à l'orient, comme l'atteste encore aujourd'hui la liturgie byzantine.
Et puis, l'attention des fidèles dure plus longtemps si la lecture est brève. Un peu comme dans la liturgie des Heures. Donc, il n'y a aucune contradiction.
Miriam Díez i Bosch
Traduit de l'italien par Isabelle Cousturié