19 août 2008

Archive 11 - Combien de fidèles sont attachés à la liturgie traditionnelle ? - Lettre d'Oremus n°10 de mars 2000
19 aout 2008 - lettre 136 de paixliturgique.com
Archive 11 - Combien de fidèles sont attachés à la liturgie traditionnelle ? - Lettre d'Oremus n°10 de mars 2000 Lettre 136 - 19 août 2008

Bien avant nos deux sondages réalisés par des organismes professionnels, renommés et indépendants (Ipsos en 2001 et CSA en 2006), il nous est désormais possible de connaitre avec une précision grande, le nombre de familles catholiques françaises désirant vivre leur Foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain...
Cependant cette lettre d'Oremus écrite en mars 2000 abordait déjà cette question et fournissait des éléments sérieux pour qui, de bonne foi, souhaitait avoir une idée assez précise du nombre de fidèles qui aimeraient vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle.
Encore fallait-il à ce moment en 2000, tout comme aujourd'hui en 2008, accepter de voir les chose telles quelles sont et non pas comme l'on souhaiteraient qu'elles soient. Les faits sont têtus dit on...
Hors nous voyons qu'en 2008, un an après la publication du Motu Proprio de Benoît XVI rien n'est encore joué à ce sujet et que contre toute évidence, il est encore de bon ton de minimiser l'importance du courant traditionnel dans l'Eglise de France. Voici le texte :


COMBIEN SONT LES FIDELES ATTACHES A LA LITURGIE TRADITIONNELLE ?

Après nous être intéressés à l’appellation messe traditionnelle et aux motivations des fidèles qui adhèrent à ce rite, nous entreprenons aujourd’hui une enquête pour savoir le nombre de ceux qui sont attachés à la liturgie traditionnelle. Cette question n’est pas neutre. En effet, aujourd’hui, l’affirmation de certains ecclésiastiques selon laquelle «il n’existe que peu de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle» semble l’ultime argument de ceux qui s’obstinent à œuvrer pour que ne soit pas appliqué d’une manière large et généreuse le motu Ecclésia Dei adflicta. Nous avons demandé à Philippe Thomas, vice-président d’Oremus, de nous livrer les résultats de l’enquête qu’il a entreprise depuis cinq ans à ce propos.


Puisque tel est le sujet de notre entretien d’aujourd’hui, pouvez-vous nous indiquer à combien vous estimez les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ?

Avant de répondre à une question aussi complexe, il importe de rappeler que l’attachement à la liturgie traditionnelle est aujourd’hui devenu un phénomène mondial. L’association Una Voce qui réunit des fidèles de cette sensibilité est présente dans plus de quarante pays, et pas seulement des pays de vieille tradition latine ! Le Centre International d’Etudes Liturgiques (C.I.E.L.) a constitué en moins de cinq ans vingt comités nationaux, dont certains développent une activité stupéfiante. Il est donc patent aujourd’hui d’affirmer que des prêtres et fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise latine se retrouvent aux quatre coins du monde.

Mais cette présence de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle dans de nombreuses régions du monde est-elle une réalité ?

Je n’évoquerai, pour vous répondre, que le cas des Etats-Unis où chaque année, devant le besoin des fidèles, plusieurs diocèses accordent de nouvelles églises à la messe traditionnelle. Aujourd’hui, dans plus de cent cinquante diocèses, existent des communautés dynamiques et vivantes de fidèles de cette sensibilité. Aussi, vous comprendrez qu’il m’est impossible d’indiquer, même d’une manière approximative, le nombre de fidèles «de l’ensemble des communautés catholiques du monde» qui sont attachés à la messe traditionnelle. Je ne pourrai tenter de vous répondre que par rapport à la situation française, que nous croyons mesurer avec plus d’exactitude.

Je renouvelle alors ma question : à combien estimez-vous les catholiques français attachés à la liturgie traditionnelle ?

Apparemment la méthode la plus simple serait d’additionner les fidèles qui chaque dimanche se réunissent dans les églises et chapelles où est célébrée la messe traditionnelle au titre du motu proprio Ecclesia Dei adflicta. C’est ce calcul qu’appliquent ceux qui veulent montrer le caractère marginal du courant traditionnel en France. Bien évidemment, il nous faut affirmer avec force que cette manière de procéder ne correspond en rien à la réalité. Imaginez, par exemple, que l’on veuille mesurer le nombre des catholiques français en comptabilisant uniquement ceux qui pratiquent régulièrement chaque dimanche. Vous savez que dans ce cas leur nombre serait ridiculement bas et ne correspondrait pas à la réalité du catholicisme français.

Pourquoi contestez-vous cette méthode ?

Pour une raison toute simple : il n’y a pratiquement pas, dans ce pays, d’églises ou de chapelles où soit célébrée la liturgie traditionnelle en accord avec l’évêque du lieu ; de plus, alors qu’aujourd’hui l’on insiste tant sur la nécessité de constituer d’authentiques communautés paroissiales vivantes et rayonnantes, il faut savoir que la plupart de ces chapelles limitent leur apostolat à la célébration de la liturgie traditionnelle en interdisant une vie communautaire (catéchisme, groupes de scouts, écoles, patronages...) qui seule permettrait à ces églises d’attirer vers elles ceux qui veulent vivre leur foi catholique selon leur sensibilité. De ce fait, compter le nombre de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle en se fondant sur le nombre des pratiquants de ces lieux trop peu nombreux relève, vous en conviendrez, d’une méthode qui n’a pas de sens.

Mais est-il exact de dire que les fidèles attachés à la messe traditionnelle n’ont pas assez de lieux pour vivre leur foi chrétienne selon leur sensibilité ?

La réponse est malheureusement affirmative. En effet, rappelons que la liturgie traditionnelle n’est célébrée en accord avec l’évêque du diocèse que dans quarante diocèses de France, ce qui veut dire que, dans plus de cinquante autres, aucune possibilité n’existe pour un fidèle de vivre sa foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle en lien avec son évêque. Vous comprendrez donc pourquoi le calcul du nombre des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ne peut se limiter aux seuls pratiquants des chapelles où s’appliquent les bénéfices du motu proprio.

Cependant, quarante-cinq diocèses dans lesquels est célébrée la messe traditionnelle, cela ne représente-t-il pas un nombre important de lieux de culte ?

Certes oui, mais il ne faut pas oublier que dans plusieurs de ces diocèses, la messe n’est pas célébrée selon le rite traditionnel chaque semaine, mais seulement une ou deux fois par mois, ou bien qu’elle est célébrée par une communauté monastique qui ne constitue pas véritablement «une paroisse» pour des familles. Vous conviendrez que cela ne concourt pas au renforcement des liens ecclésiaux et à la régularité de la pratique des fidèles, et ne permet guère aux fidèles de pratiquer aisément selon leur sensibilité liturgique.

Mais cette situation ne représente-t-elle pas déjà un progrès ?

Sans doute, mais il n’empêche qu’elle ne permet pas de comptabiliser les fidèles sur la simple observation des pratiquants de ces rares chapelles. Il ne faut pas non plus négliger le fait que tous les fidèles ne peuvent pas faire cinquante ou cent kilomètres chaque dimanche pour participer à une liturgie traditionnelle. Quel serait le nombre de pratiquants catholiques en France s’il n’existait qu’un ou deux lieux de culte par diocèse ? Il y a fort à penser que celui-ci serait réduit d’une manière considérable et ne représenterait guère que 10 à 15 % du nombre de participants réguliers que l’on dénombre aujourd’hui.

Mais avez-vous quelques indices de l’existence d’une demande de la célébration de la liturgie traditionnelle dans les régions où elle n’est pas célébrée en accord avec l’évêque ?

Plus que des indices, nous avons des preuves ! En effet, il suffit d’étudier attentivement la géographie de l’implantation des prieurés et chapelles de la Fraternité Saint-Pie X pour constater que partout en France, et particulièrement dans les diocèses où les évêques s’opposent à une célébration de la liturgie traditionnelle dans le cadre du motu proprio, ces installations prospèrent et se multiplient. Quelle ne fut pas ma surprise, il y a deux ans, en discutant avec un évêque français quand celui-ci me dit : «Dans mon diocèse il n’y a pas de problème liturgique et il n’existe pas de demande du rite traditionnel», alors que dans ledit diocèse trois centres de messe de la Fraternité Saint-Pie X réunissent plusieurs centaines de fidèles chaque dimanche.

Vous pensez donc qu’il faudrait comptabiliser tous ceux qui fréquentent les prieurés de la Fraternité Saint-Pie X !

Il me semble certain que ces fidèles sont des catholiques qui ne souhaitent aucunement se séparer de l’Eglise et participer à un schisme. Il est donc tout à fait normal de considérer que les 50 000 fidèles qui, en France, fréquentent régulièrement les prieurés de la Fraternité Saint-Pie X sont à incorporer dans notre calcul du nombre de catholiques français qui sont attachés à la liturgie traditionnelle.

Mais puisque souvent les prieurés de la Fraternité Saint-Pie X suppléent en quelque sorte à l’absence de lieux de culte accordés par l’évêque du lieu, ne peut-on pas considérer que la seule addition des fidèles «motu proprio» et des fidèles «Saint-Pie X» nous permettrait de connaître le nombre de catholiques en France attachés à la liturgie traditionnelle ?

Pour de multiples raisons, cet argument, qui est parfois utilisé, n’est pas recevable. En effet, tout d’abord aujourd’hui de nombreux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ne souhaitent pas ou ne souhaitent plus fréquenter la Fraternité Saint-Pie X qui leur est présentée par les autorités religieuses comme «schismatisante». D’autre part, même si la Fraternité Saint-Pie X est assez bien répandue sur le territoire français, elle souffre de la même difficulté que les chapelles «motu proprio» : celle d’obliger trop de fidèles à faire chaque dimanche de fort longs déplacements - je pense notamment aux familles et aux personnes âgées - pour pouvoir pratiquer régulièrement. Cela en réduit donc considérablement le nombre.

Dans ce cas, comment estimez-vous possible de comptabiliser les fidèles français ?

Le meilleur moyen est de partir du nombre d’églises et de chapelles existant, d’estimer que celles-ci n’attirent en fait que les fidèles voisins, et de rapporter ensuite ce résultat à l’ensemble du territoire national - étant bien évidemment entendu que doit se faire une pondération entre les zones de forte concentration et les zones à la fréquentation plus réduite.

Quel est selon vous le nombre de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle auquel on pourrait ainsi parvenir ?

En appliquant ce mode de calcul, l’on peut estimer d’une manière réaliste qu’il existe en France 4 500 000 fidèles environ qui sont attachés à la liturgie traditionnelle et qui vivraient volontiers leur foi chrétienne au rythme de celle-ci.

Ce chiffre n’est-il pas trop important par rapport au nombre de fidèles dont on constate effectivement la présence dans les chapelles et églises «traditionnelles» ?

Il le serait si l’on oubliait un aspect tout à fait fondamental. Ce n’est pas en effet parce qu’un fidèle est attaché à la liturgie traditionnelle qu’il est obligatoirement un meilleur catholique et un pratiquant plus régulier. Toutes les enquêtes qui ont été menées sur ce point montrent que la pratique religieuse des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle connaît les mêmes turbulences que celle des autres fidèles. De ce fait, affirmer qu’il existe en France 4 500 000 fidèles ne veut pas dire qu’il y ait potentiellement dans notre pays 4 500 000 pratiquants réguliers de la liturgie traditionnelle. N’oublions pas qu’en France, aujourd’hui, les pratiquants réguliers constituent moins de 7 % de l’ensemble des baptisés.

Mais votre étude ne fait-elle pas la confusion entre les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle et ceux qui préfèrent «la messe en latin» telle qu’elle pourrait être célébrée dans le rite de Paul VI ?

Cela est sans doute partiellement vrai, mais force est de constater que la célébration «traditionnelle» du nouveau Ordo missae a connu les mêmes interdits que la célébration de la messe traditionnelle. De ce fait aujourd’hui, hormis dans de respectables abbayes, la messe «Paul VI traditionnelle» n’existe pas, et c’est seulement dans la liturgie traditionnelle de l’Eglise que les fidèles qui sont attachés à cette sensibilité peuvent se retrouver. Le meilleur exemple de cette situation nous est fourni par Denis Crouan, président de l’association Pro Liturgia qui œuvre pour l’amplification de la célébration du nouvel Ordo missae selon sa forme traditionnelle. Lui-même avouait récemment l’échec de son combat en disant : «Faute de ne pouvoir trouver, dans les paroisses de mon diocèse, la liturgie actuelle strictement respectée (qu’elle soit en français ou en latin), je vais assez souvent dans une église où la messe est célébrée sous sa forme préconciliaire (rite dit "de saint Pie V") avec permission de l’évêque. Or là, je constate que les fidèles - dont la moyenne d’âge n’est pas très élevée - suivent la liturgie intégralement latine sans difficulté, malgré la "bienheureuse absence" d’animateur liturgique. Les gens chantent et répondent spontanément au célébrant sans le moindre problème, sans la moindre hésitation.»
Que peut-on dire de plus sur cette situation paradoxale, où le président d’une association qui veut voir célébrer d’une manière traditionnelle la liturgie de Paul VI soit obligé de fréquenter les chapelles où est célébrée la messe traditionnelle ?

Permettez-moi d’insister : vos 4 500 000 fidèles ne seraient-ils pas, pour leur majorité, des nostalgiques du latin ?

Il ne faudrait pas prendre les fidèles pour des imbéciles et considérer obligatoirement que, s’ils sont attachés à la messe traditionnelle, ce n’est que par niaiserie ou ignorance, ou même encore par nostalgie. De fait, si l’on voulait mesurer parmi les catholiques français ceux qui sont attachés à la forme latine, ce ne serait pas à 4 500 000 fidèles que l’on arriverait, mais probablement à plus de dix millions de fidèles, c’est-à-dire près du quart des catholiques français.

Si je suis bien votre raisonnement, il nous faut croire que 4 500 000 catholiques français sont attachés réellement à la messe traditionnelle...
Vous avez tout à fait compris mon analyse et mes conclusions, et les faits démontrent assez clairement que ce calcul n’est pas seulement théorique. Prenons un exemple : celui du pèlerinage traditionnel de Chartres qui, chaque week-end de Pentecôte, entraîne sur les routes plus de 25 000 jeunes. Cet événement - tout comme la mobilisation qu’il génère - indique assez clairement que la mouvance traditionnelle représente bien un minimum de 10 % du catholicisme français. La présence très nombreuse de jeunes catholiques attachés à la liturgie traditionnelle lors des JMJ qui se sont déroulés en 1997 va tout à fait dans ce sens.

Pourriez-vous me fournir d’autres illustrations ?

Un autre exemple plus significatif encore est celui des ordinations sacerdotales. Toutes les statistiques officielles de l’Eglise de France nous indiquent que, depuis dix ans, leur nombre dans les diocèses de France tourne aux alentours de cent dix par an. Or, si nous comptons uniquement les nouveaux prêtres français ordonnés chaque année par la Fraternité Saint-Pierre et l’Institut du Christ-Roi réunis, nous arrivons à une moyenne de quinze ordinations, en sachant que très probablement ce chiffre se situera autour de vingt dans les trois prochaines années. Stricto sensu, nous voyons donc qu’à ce niveau, la mouvance traditionnelle française Ecclesia Dei représente près de 15 % du nombre total des ordinations sacerdotales réalisées en France.
Si l’on y tenait compte des prêtres ordonnés dans le cadre de la Fraternité Saint-Pie X, il faudrait comptabiliser au minimum une douzaine de prêtres français supplémentaires, et l’on parviendrait alors au chiffre stupéfiant de 25 % des ordinations générées en France par la mouvance traditionnelle. Vous voyez donc que l’estimation de 4 500 000 fidèles attachés en France à la liturgie traditionnelle, c’est-à-dire 10 % du total des catholiques français, n’a rien d’excessif, ni rien d’extraordinaire.

Pour conclure, pouvez-vous m’expliquer pourquoi les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle sont si peu admis dans les églises locales ?

Depuis de nombreuses années, nous protestons contre l’exclusion dont nous faisons l’objet. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que le motif principal du rejet que nous continuons de subir dans trop de diocèses - je pense particulièrement au diocèse de Nanterre dans lequel nous avons identifié plus de 4 000 fidèles favorables à la messe traditionnelle - s’explique presque essentiellement par les craintes qu’ont certains membres du clergé de découvrir, après avoir nié depuis trop longtemps notre existence, que notre famille spirituelle est une composante incontournable de la communauté catholique française.

Lettre d'Oremus 10 de mars 2000

REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1- Oui, c'est un fait constaté par la pratique de terrain et les sondages indépendants que 15 % des catholiques pratiquants français souhaiteraient vivre - s'ils en avaient la possibilité matérielle - leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l'Eglise. Ces chiffres sont le résultats d'enquêtes antérieures au Motu Proprio de Benoît XVI et au rappel clair et définitif que ce rite n'avait jamais été interdit et qu'au contraire il était une des deux formes de l'unique rite romain aussi ans doute faudrait il aujourd'hui corriger ces chiffres à la hausse pour avoir une photographie à jour du nombre de fidèles concernés car certains de ceux qui découvrent aujourd'hui la liturgie traditionnelle croyaient hier les mensonges que certains clercs leur répétaient quand ils disaient que la liturgie traditionnelle était interdite.

2- Ces chiffres doivent également tenir compte du fait que l'on aime que ce que l'on connaît et que de nombreux fidèles qui n'ont jamais eu accès à la liturgie traditionnelle et qui par conséquent n'ont pas répondu favorablement aux deux sondages cités ci-dessus, changeraient peut être d'avis s'ils parlaient en connaissance de cause. Il va de soi que le désir du Saint Père de faire coexister dans le cadre paroissial, les deux formes du rite romain va de fait, multiplier à moyen terme, le nombre de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise tout simplement en la faisant connaître à des chrétiens à qui ce trésor de l'Eglise avait jusque là été caché. Rappelons juste sur ce point, les propos tenus le 13 juin 2008 par le Cardinal Castrillon Hoyos, responsable de la liturgie latine au Vatican et proche collaborateur du pape, lors d’une conférence de presse tenue à Londres. Lorsqu’on a demandé au Cardinal Castrillon si la messe en latin serait célébrée dans beaucoup de paroisses ordinaires dans l'avenir, il a dit : « Non, pas dans beaucoup de paroisses, mais dans toutes les paroisses ». Le Saint Père offre cette possibilité, non pas à quelques groupes qui la demandent, mais afin que tous connaissent cette façon de célébrer l’Eucharistie.

3- Encore aujourd'hui en 2008, on entend des clercs refuser de donner une église aux fidèles demandeurs de l'application du Motu Proprio au prétexte qu'un autre lieu de culte du diocèse où est déjà célébrée la liturgie traditionnelle de l'Eglise n'est pas comble ou déjà suffisant. Ce type d'argument ne vaut rien car les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise n'ont pas une vocation de nomades. A titre d'exemple, quand l'abbé Aybram a décidé de déporter brutalement et sans concertation, les fidèles traditionnels qui pratiquaient à Nanterre pour les parquer à Saint Cloud, on a pu constater qu'il s'agissait de 2 communautés distinctes et que l'immense majorité des anciens fidèles de Nanterre n'avaient pas suivi et que la nouvelle communauté traditionnelle de Saint Cloud était principalement composée des personnes qui n'étaient jamais venues à Nanterre. La simple addition des fidèles pratiquants dans les lieux de culte traditionnels existants n'est donc clairement pas une méthode révélatrice du nombre réel des familles attachées à la liturgie traditionnelle.

4- La réalité est que de très nombreuses familles qui aimeraient vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle n'ont tout simplement pas la possibilité matérielle aujourd'hui et continuent de pratiquer dans leur paroisse ou ne pratiquent plus. Les raisons sont très nombreuses, citons notamment : soit il n'y a pas de messe traditionnelle dans le diocèse, soit cette messe est célébrée de manière épisodique (comme à Reims par exemple, un seul dimanche par mois), soit à des horaires impraticables en famille (9 h du matin à Lisieux ou 12 h 45 ( ou même bientôt à 12 h 15....) à Sainte Jeanne de Chantal (Paris 16ème), soit le prêtre est hostile et décourage les fidèles, soit le lieu est trop éloigné, etc...

5 - Enfin ,plus que le nombre actuel de fidèles pratiquants régulièrement dans les lieux de culte traditionnel existants, un bon indice pour mesurer le réel impact de la liturgie traditionnelle dans l'Eglise de France, est le nombre de vocations sacerdotales et religieuses issues de cette famille. En effet, environ 15 % des ordinations sacerdotales annuelles de prêtres français sont faites dans le cadre des séminaires utilisant la forme extraordinaire du rite romain. Si l'on ajoute à ce chiffre les nombreux nouveaux prêtres diocésains qui entendent célébrer les deux formes du rite romain, il est aisé de comprendre combien de catholiques pratiqueraient leur foi dans la forme extraordinaire du rite romain si la célébration de ce rite ne faisait pas l'objet de blocages systématiques de la part des évêques de France et si le Motu Proprio de Benoît XVI était loyalement appliqué et correctement reçu.

18 août 2008


Archive 10 - " Le débat au sujet de l’application du Motu Proprio continue"- Lettre d'Oremus 8 de janvier 1999
18 août 2008 - lettre 135 de paixliturgique.com
Archive 10 - " Le débat au sujet de l’application du Motu Proprio continue"- Lettre d'Oremus 8 de janvier 1999 Lettre 135 - 18 août 2008

La lettre publiée aujourd'hui est une lettre déjà publiée dans le cadre des activités de l'Association Oremus en janvier 1999.
Cette lettre faisait le point sur la situation de la liturgie traditionnelle aux lendemains des dix ans du dixième anniversaire du Motu Proprio Eccledia Dei de Jean-Paul II.
Bien que vieille de presque dix ans, cette lettre est instructive à plus d'un titre et conserve son actualité, notamment au regard des blocages et des motifs déjà invoqués à l'époque pour contrer les mesures d'apaisement venant de Rome...

Lettre d'Oremus 8 de janvier 1999 voici la lettre


LE DEBAT AU SUJET DE L'APPLICATIONDU MOTU PROPRIO CONTINUE...


Les temps ne sont plus où l’on pouvait ignorer l’existence de la liturgie traditionnelle et le fait que de nombreux fidèles souhaitent vivre leur foi catholique et leur vie chrétienne au rythme de ce rite vénérable. Aujourd’hui, débats, articles et rapports à son sujet se succèdent à un rythme dont nous n’avions plus l’habitude tant il nous avait été rappelé «qu’il n'y avait plus désormais de problèmes liturgiques en France». Oremus, qui a consacré sa dernière livraison à l’étude de ces échanges, ne pouvait aujourd’hui rester à l’écart de ce débat. Aussi, consacrons-nous cette nouvelle Lettre à ce sujet.

Pouvez-nous dire brièvement en quoi la situation relative à la liturgie traditionnelle a brusquement évolué ?

Nous avons déjà évoqué cette question dans notre précédente Lettre parue en novembre 1998. Nous y expliquions que, depuis près de vingt ans, de nombreux clercs essayaient contre toute réalité de faire croire à leurs fidèles mais surtout à leurs confrères et aux autorités romaines «qu’il n’existait plus en France de problèmes liturgiques et que tous les fidèles ou presque s’étaient ralliés avec satisfaction aux pratiques liturgiques issues des réformes de 1969-70». Comme cette affirmation n’est pas exacte, le temps devait obligatoirement venir où les âmes justes seraient obligées d’évoquer une question que l’on avait jusqu’alors occultée. Il est probable que les articles et pèlerinages qui se sont multipliés à l’occasion du dixième anniversaire du motu proprio Ecclesia Dei aflicta ont rendu irréversible ce retournement.

Comment s’exprime ce débat ?

De façon très diverse mais notamment par de nombreux articles publiés dans la presse française et internationale, parfois parmi les plus prestigieux comme l’Osservatore Romano qui relate le discours du Saint-Père aux représentants des communautés Ecclesia Dei, mais aussi par le développement d’une action moins positive, notamment sous forme de requêtes épiscopales faites au Saint Père pour que soit purement et simplement supprimée la commission Ecclesia Dei... Lorsque l’on sait l’accueil qui est fait à de nombreux fidèles qui implorent leur évêque pour qu’ils puissent bénéficier du privilège de la célébration régulière de la liturgie traditionnelle, l’on peut craindre le pire et comprendre qu’ensuite les fidèles n’aient pas toujours la confiance qu’il faudrait en leur pasteur pour que renaisse une authentique communauté d’amour et de charité.

N’exagérez-vous pas en évoquant de pareilles attitudes ?

Le vingtième siècle, bientôt achevé, restera caractérisé pour les historiens par un étonnant paradoxe. En effet, il aura été celui où seules des valeurs d’unité et d’amour, de réconciliation et de repentance auront été prononcées hautement, alors que dans le même temps, on aura assisté à d’innombrables situations de rejets et d’exclusion qui font, par le scandale qu’elles génèrent, le lit d’une véritable dérive schismatisante - laquelle, pour une fois, se sera déroulée avec la bénédiction de nombreux clercs.

Pourriez-vous fournir quelques exemples de ces attitudes d’exclusion ?

Le dernier exemple en date que je pourrais citer a été publié dans Le Figaro du 12 décembre 1998 sous le titre : «Les réticences de l’évêque de Luçon». L’on y voit, sous un prétexte pastoral, attribué à certains «traditionalistes» - mais qui en fait sont ceux dont on se sert pour prendre la décision finale - des attitudes et des propos excessifs qui, en réalité ne servent que l’autorité diocésaine dans son refus de trouver un accord inspiré par la charité du Christ. Dans cet article, le fin du fin est exprimé dans l’interrogation «Comment continuer à se rencontrer ? Comment dépasser nos incompréhensions mutuelles ?» alors que le dialogue - si dialogue il y a eu - s’est limité à la recherche de mensonges grossiers. Si l’on souhaite véritablement sortir d’une crise, il faut y mettre le prix... et la charité, et non pas commencer par rechercher la paille qui se trouve dans l’œil de son frère.
Effectuons un parallèle saisissant : comment ne pas penser au discours sur l’Islam, au sujet duquel on nous dit sans cesse qu’il ne faut pas confondre les musulmans avec certains extrémistes qui ne reflètent en rien cette religion ? Tel fut le discours de la dernière assemblée des évêques français à Lourdes. Comment en même temps entendre que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle doivent être caractérisés par des attitudes caricaturales qui ne sont en rien l’expression de la grande majorité de ces fidèles ? C’est une injustice énorme et un manque de charité incroyable à l’égard de fidèles loyaux et dévoués à l’Eglise.

Revenons au débat actuel : pourriez-vous nous indiquer autour de quelles idées principales celui-ci se développe ?

Pour simplifier, l’idée «à la mode» est celle qui consiste à faire croire que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle vivant leur foi au rythme du rite de 1962, toute solution pour leur permettre de leur trouver une place légitime et fraternelle dans la vie des églises locales, est impossible. On déclare maintenant qu’il faut de leur part des gestes concrets témoignant de leur bonne foi, et surtout qu’ils abandonnent certaines choses auxquelles ils sont attachés pour facilité leur assimilation.

Pouvez-vous préciser ?

Les exemples sont nombreux. Ainsi, certains affirment que, si les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ne suivaient pas les rubriques du missel de 62 mais plutôt celles du missel de 65, tout irait pour le mieux, et cela suffirait pour que tous les problèmes soient résolus instantanément.

Ne pensez-vous pas que cela servirait la cause de la liturgie traditionnelle ?

Lorsque l’on voit les autorités de nombreuses paroisses et de nombreux diocèses refuser tout dialogue avec les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle et préfèrent les voir s’éloigner de l’Eglise, il peut apparaître comme surréaliste de croire que d’adopter le missel de 1965 plutôt que celui de 1962 pourrait avoir des effets apaisants.
Lorsque l’on sait que dans de nombreux diocèses la célébration du nouvel Ordo en latin, c’est-à-dire comme l’ont défini les rubrique de sa promulgation, n’est pas célébrée, on peut légitimement s’interroger sur les chances de voir mieux accueilli par les autorités diocésaines, le missel de 65, d’ailleurs utilisé quasiment nulle part.

Ne croyez-vous pas que vous exagérez ?

Malheureusement non. Une preuve parmi d’autres en est fournie par la pitoyable aventure de l’association «Pro Liturgia» qui, depuis des années, réclame que soit célébrée régulièrement et dans tous les diocèses la messe de Paul VI telle que celui-ci l’a promulguée, et qui reçoit le même accueil malveillant que nous.
Ce point est particulièrement éclairant : comment et en quoi exiger fidélité de la part des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle si le missel actuel n’est même pas considéré comme un référence ? Les demandes de Pro Liturgia se heurtent à de multiples refus et tracasseries ; on a l’impression que c’est la fidélité aux normes de l’Eglise elles-mêmes qui n’est pas acceptée : 1962-1965, 1969 même, rien ne trouve grâce aux yeux de certains.
Nous restons lucides : l’adoption du missel de 65 plutôt que celui de 62 ne servirait à rien, sinon à désorienter encore un peu plus les prêtres et les fidèles. Mais je pense qu’il existe de nombreuses autres raisons qui s’opposent à cette évolution.

Pourriez-vous nous les présenter ?

La première est que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ne sont pas simplement des fidèles français. Nous venons de publier le Guide 99 de la liturgie traditionnelle qui indique tous les lieux du monde où est célébrée la messe traditionnelle avec l’accord de l’ordinaire. La lecture de ce document est très éclairante et démontre que le problème de la liturgie traditionnelle n’est pas comme on aimerait le faire croire, un problème franco-français mais bien un problème qui existe partout dans le monde. Dans ce contexte, toute solution locale apparaîtrait comme inappropriée puisque le problème est mondial et concerne plusieurs centaines de diocèses.

Certaines personnes n’ont-elles pas également soulevé la question du calendrier liturgique ?

En effet, plusieurs clercs ont évoqué la question de l’existence d’un double calendrier liturgique - le calendrier ancien et le calendrier rénové - comme un obstacle à l’unité ecclésiale. Rappelons tout d’abord que l’usage, par les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle, du calendrier d’avant la réforme est une conséquence technique du motu proprio qui leur concède l’usage des livres liturgiques de 1962, ce qui implique obligatoirement l’usage de l’ancien calendrier.

Ne serait-il pas cependant concevable dans un esprit d’unité, d’envisager la mise en place d’un calendrier unique ?

Le paradoxe serait, si l’on avançait dans cette voie, que le désir d’unité des défenseur de ce projet aboutisse en fait à approfondir le fossé, et la suspicion qui existe entre de nombreux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle et leur pasteur. Je pense notamment aux prêtres et aux fidèles qui suivent aujourd’hui la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, qui seraient tout à fait convaincus qu’un évolution semblable aurait pour seul but de les faire disparaître - ce qui bien sûr les amènerait à refuser toute concession dans ce domaine et concourrait à approfondir les diversions et les suspicions.
Aussi nous pensons que toute décision dans ce domaine doit être reportée à un moment où la réconciliation et la paix seront non seulement effectives, mais encore pratiquées au sein des diocèses depuis un long moment, c’est-à-dire au moment où une véritable confiance aura été rétablie entre les fidèles et leurs pasteurs.

Qui pourrait donc agir en cette matière ?

L’Eglise est une société hiérarchique. Il y a plus de dix ans, le pape a mandaté la commission Ecclesia Dei pour répondre aux besoins pastoraux des fidèles attachés à la messe traditionnelle. Seule cette commission, à laquelle appartiennent de nombreux princes de l’Eglise, pourrait prendre des décisions sur ce sujet. D’ailleurs le Saint-Père a été très clair dans ses différents documents officiels, et l’utilisation des livres de 1962 a été concédée sans que ce soit une mesure temporaire. A de nombreuses reprises, la commission Ecclesia Dei, à laquelle il a conféré autorité pour s’exprimer dans ce domaine, l’a confirmé : il n’y a pas de limite dans le temps ou de condition évolutive à cette autorisation.

Pensez-vous malgré tout qu’une évolution dans ce domaine serait positive ?

En tant que laïcs, nous n’avons pas de position de principe sur cette question. A court terme, toute modification des termes du motu proprio - et notamment la référence que celui-ci fait du missel de 1962 - serait catastrophique. En effet, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X avec ses 500 prêtres et ses 400 prieurés, anime la vie chrétienne de plusieurs centaines de milliers de fidèles.
Si, sans réflexion, l’on modifiait la liturgie de référence - celle de 1962 - cela apporterait un coup décisif à toute réconciliation possible avec des fidèles qui, aujourd’hui encore, pour des raisons diverses, fréquentent des prieurés de la Fraternité Saint-Pie X.

Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Cela est simple. Les fidèles qui, aujourd’hui, continuent de vivre leur foi dans l’orbite de la Fraternité Saint-Pie X pourront demain, si la bienveillance épiscopale le permet, s’agréger aux communautés attachés à la liturgie traditionnelle qui sont en parfaite communion avec leurs évêques. Au contraire, si la messe de ceux qui sont indéfectiblement attachés à Rome n’était plus celle définie dans le motu proprio à savoir celle de 1962, les fidèles ne comprendraient plus, ce qui engendrerait une rupture décisive et peut-être même un schisme définitif - le bon sens aujourd’hui peut encore permettre de l’éviter. J’ajouterai que de nombreux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X verraient dans cette évolution la preuve que, loin d’être un privilège accordé aux fidèles, le motu proprio n’aurait été qu’un piège grossier. Or, le discours du pape aux pèlerins de Rome nous a bien montré que tel n’était pas le cas.

Il semble que d’autres questions qui soient débattues aujourd’hui.

Oui, bien sûr, et notamment celle de la concélébration des prêtres procédant habituellement à la messe traditionnelle, dans le nouveau rite, avec des confrères ou leur évêque..

Que pensez-vous de cette suggestion ?

Nous n’avons aucune compétence pour donner un avis doctrinal ou canonique sur une question aussi complexe. En revanche, comme pour le problème précédent, nous pouvons rappeler qu’aujourd’hui de nombreux fidèles, pour des raisons diverses, suivent les prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. La principale question à leur endroit est celle de savoir si l’on souhaite œuvrer au maximum pour la réconciliation des fidèles ou bien si l’on cherche à élargir un fossé qui est déjà considérable.
De plus, imaginerait-on de demander aux prêtres des rites orientaux d’abandonner leurs vénérables formes de célébration pour montrer qu’ils sont bien catholiques ? C’est une exigence folle qui n’est en rien conforme avec la douce et généreuse pratique de l’Eglise.

En quoi la question de la concélébration des prêtres avec leur évêque risquerait-elle d’avoir des incidences sur la désunion de l’Eglise ?

Quels qu’en soient les responsables, nous sommes obligés de constater qu’aujourd’hui encore de nombreux fidèles n’ont pas confiance dans les autorités ecclésiastiques locales. Dans un tel contexte, toute décision qui semble aller à l’encontre de leurs habitudes et de leurs pratiques liturgiques risque de leur apparaître comme une attaque déloyale. Aussi, la question est-elle de savoir si l’on veut mettre en avant la reconstitution de l’unité de l’Eglise ou de simples satisfactions personnelles ?

Pouvez-vous préciser votre point de vue ?

Lorsque l’on connaît les tensions qui existent entre certains pasteurs et leurs fidèles - il suffit de relire à ce propos l’article précité qui évoque l’évêque de Luçon - est-il indispensable de croire que la véritable unité catholique passerait par le fait que tous les fidèles participent à une même messe «fut-elle celle du pape et de leur évêque ?», alors qu’au cours de l’histoire de l’Eglise la pluralité liturgique a pratiquement toujours été la règle de mise ? Cette pluralité a été louée par le pape dans le texte même du motu proprio Ecclesia Dei, elle a été rappelée dans la Constitution sur la liturgie du concile Vatican II, et elle est restée l’expression de la pratique de l’Eglise durant des siècles.
Une volonté uniformisatrice, nivelante, ne serait en rien conforme à ce que l’Eglise a toujours voulu et souhaité ; ce serait une nouveauté proprement révolutionnaire et tyrannique ne reposant sur aucun fondement. La légitime diversité existe déjà et a toujours existé. Cela est d’ailleurs ô combien vrai aujourd’hui, où il est pratiquement impossible d’assister à deux célébrations rigoureusement semblables et où la créativité et l’inventivité sont encouragées et soutenues largement dans un domaine qui relève de l’autorité hiérarchique.

Comment expliquer ce décalage ?

On a l’impression que ce débat est un débat d’intellectuels déconnectés de toute réalité pastorale et spirituelle, et plus proches de l’idéologie que de la pratique ecclésiale. Ce n’est plus du tout l’esprit du mouvement liturgique, dont les tenants ont mis en garde justement contre toutes sortes de dérives. Il suffit de relire les textes du père Louis Bouyer, très éclairants sur les dangers d’une liturgie laissée à l’arbitraire, ou ceux du cardinal Ratzinger aujourd’hui. Alors que les fidèles sont attachés à la liturgie telle qu’elle se célébrait encore au moment du concile Vatican II, on vient les rejeter pour leurs supposées opinions politiques, historiques ou autres sans jamais considérer leurs aspirations spirituelles. Comment concilier ce fait avec les affirmations sans cesse répétées d’une plus grande participation des fidèles, d’une plus grande attention à leurs désirs, et la critique de l’Eglise passée, caricaturée comme tyrannique, alors que l’on applique exactement ce qui est dénoncé aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle !

Comment voyez-vous l’avenir ?

Nous pensons qu’à l’aube du troisième millénaire, la priorité des priorités est sans aucun doute de sauvegarder l’unité de l’Eglise. Si ce désir est partagé par beaucoup - et nous croyons que tel est bien le cas - il faut savoir se recentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la foi et le sens de l’Eglise, et accepter d’être tolérant aux différentes sensibilités qui traversent le cœur des fidèles. C’est ainsi que l’on œuvrera véritablement à une réconciliation.

Celle-ci est-elle en marche ?

Oui, sans doute, mais toute réconciliation, surtout lorsqu’elle implique une multitude de personnes, ne peut être qu’infiniment lente. Aussi il nous semble urgent de retarder aux décades prochaines ce qu’il n’est pas urgentissime d’entreprendre aujourd’hui, et d’éviter qu’une bonne intention ne finisse par générer des catastrophes tout simplement parce que l’on aurait pas mesuré toutes les conséquences.

Comment croyez-vous que la situation va évoluer dans les temps à venir ?

Nous pensons que depuis dix ans d’énormes efforts de réconciliation et d’apaisement ont été entrepris par les différentes autorités responsables de ce problème : le souverain pontife, de nombreux évêques mais aussi de nombreuses associations de laïcs…
Aussi, nous ne pouvons croire que de tels efforts n’aboutissent pas à une véritable réconciliation. Cependant, il faut être lucide : de nombreux problèmes subsistent et subsisteront tant que ne se développera pas dans tous les diocèses - de la part des évêques et de leurs fidèles attachés à la liturgie traditionnelle - un véritable dialogue d’amour et de charité fondé sur le principe qu’à l’aube du IIIe millénaire il n’est tout de même pas inconcevable que des fidèles puissent vivre en même foi sous l’autorité d’un même pasteur en suivant des formes liturgiques différentes.

REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1- Il est frappant de constater à dix ans d'intervalle, la permanence des méthodes des adversaires de la réconciliation et du pluralisme liturgique. Au "il n'y a pas de problème liturgique en France" d'il y a dix ans, succède aujourd'hui le "je n'ai pas de demande d'application du Motu proprio dans mon diocèse"... Ces répétitions incantatoires ne sont guère convaincantes et vont à l'encontre des mesures d'apaisement mises en place par Benoît XVI. Inefficaces il y a dix ans, elles le sont toujours aujourd'hui et il est curieux de constater que pourtant, elles font encore recette dans l'Eglise de France.

2- De même, il n'est pas rare aujourd'hui encore, que certains clercs d'une particulière mauvaise foi, fondent leur refus d'appliquer le Motu Proprio sur le prétendu "comportement inadmissible" de certains fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. Cette vieille méthode déloyale n'est pas nouvelle et déjà en 1999 le Figaro rapportait que c'était l'argument de l'évêque de Luçon de l'époque pour ... ne rien faire.
Quand en 2008 Monseigneur Jordan à Reims, l'abbé Aybram à Nanterre, pour ne citer que les plus caricaturaux rejouent la fable des vierges effarouchées qui "auraient aimé faire quelque chose pour les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle mais qui là, vraiment, compte tenu de ce qui a été dit ou fait par un tel ou tel autre, ne peuvent rien faire" ne font guère preuve d'imagination et ne sont pas crédibles un seul instant. Ceci d'autant plus quand ces agissements supposés sont largement postérieurs à la grande et vieille tradition d'exclusion de ceux qui invoquent cet argument malhonnête...
A ces comportements puérils et proprement indignes de la part de pasteurs, nous souhaitons de tout coeur que succède rapidement un comportement loyal, adulte, responsable et chrétien.

3- Ce ne sont pas des techniciens, de docteurs et de savants qui glosent sur le calendrier liturgique, le lectionnaire à utiliser ou sur l'opportunité de la concélébration dont l'Eglise a besoin. Ces vieux débats - qui n'ont le plus souvent pas d'autre intérêt que d'empêcher de faire avancer les choses et de travailler à la réconciliation - sont récurents... et encore en 2007, à la publication du Motu Proprio de Benoît XVI, on a entendu un tel ou un tel expliquer que la messe traditionnelle n'avait jamais posé aucun problème (!) mais qu'en revanche la dualité de calendrier ou de lectionnaire était absolument inconcevable et desservait l'unité...
Voilà un autre exemple de procédé déloyal utilisé par ceux qui ne veulent absolument pas de la coexistence pacifique des deux formes de l'unique rit romain. Ces ennemis de la paix n'ont d'autre but - quand ils ressortent ces vieux débats - que d'altérer la confiance, entretenir la polémique et empêcher la réconciliation. Si ces personnes étaient de bonne foi, peut être devraient elles d'abord se préoccuper des différences de taille qui existent au sein d'un même diocèse d'une célébration dans la forme ordinaire du rite romain à une autre dont le principal point commun semble être la créativité...

4- Nos Pères évêques ont un rôle essentiel dans le chemin de paix et de réconciliation auquel nous invite Benoît XVI. Sans eux, nous ne pouvons rien faire et c'est pourquoi nous continuons de les supplier d'aimer leurs enfants attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise, comme ils sont, avec leurs richesses et leurs faiblesses. C'est l'amour dont nous avons besoin pour bâtir ensemble la paix, pas du jugement. Plus que jamais, il est indispensable de nous rencontrer, de nous connaître et de travailler ensemble - sans arrière pensée - à la nouvelle évangélisation.

16 août 2008

Archives 9 - " Débats à propos de quelques objections faites aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle -Lettre d'Oremus 7 de Novembre 1998
16 août 2008 - lettre 134 de paixliturgique.com
Archives 9 - " Débats à propos de quelques objections faites aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle -Lettre d'Oremus 7 de Novembre 1998 Lettre 134 - 16 août 2008

Voilà aujourd'hui un texte écrit il y a 10 ans à propos des "objections faites aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle".
Ce texte faisait déjà à l'époque un bilan de ces objections, c'est dire si ces objections ne datent pas d'hier.
Aujourd'hui, en 2008, ces objections, vieilles de 30 ans, n'ont pas pris une ride...
Alors, si les candides qui nous interpellent souvent - et nous demandent pourquoi déployer tant d'énergie au sujet de la forme extraordinaire alors qu'il y a tant d'autres urgences dans l'Eglise - ont mille fois raison, notre responsabilité est de leur montrer que depuis trop longtemps nos pasteurs font à peu près tout ce qu'ils peuvent pour s'opposer aux solutions bienveillantes préconisées par nos souverains pontifes.
Si ces candides sont de bonne foi, ils comprendront naturellement que c'est bien l'ostracisme et le plan concerté des évêques de France contre la liturgie traditionnelle qui dure depuis plus de 30 ans qui est responsable de la situation.
Voici la lettre du 7 novembre 1998:


DEDAT A PROPOS DE QUELQUES OBJECTIONS FAITES AUX FIDELES ATTACHES A LA LITURGIE TRADITIONNELLE



Au moment où l’on commémore le dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Ecclesia Dei adflicta, quelques voix se sont prononcées d’une manière critique au sujet des bienfaits accordés par le Saint-Père aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, accusant en fait ceux-ci « de ne pas jouer le jeu » et de refuser l’accueil qui leur aurait été offert au sein de l’Eglise. Nous avons demandé à Marc Bouhier, vice-président d’Oremus, d’entamer un débat avec nous sur ce sujet.

Le motu proprio a été promulgué il y a dix ans. Pourquoi certaines voix s’élèvent-elles aujourd’hui contre l’opportunité de ce texte ?

Je pense que l’on peut expliquer l’amplification des critiques relatives au motu proprio pour deux raisons. Tout d’abord les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ont fait depuis plusieurs mois parler d’eux, notamment dans les médias. Il devenait donc nécessaire pour les opposants au motu proprio d’exprimer leurs critiques ou leurs réserves à ce sujet, afin de ne pas laisser ce terrain aux seuls fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. D’autre part, il est probable que dans l’esprit de certains, ce motu proprio, promulgué en 1988, devait simplement satisfaire « un dernier carré de nostalgiques » que l’on affirmait être en voie d’extinction rapide. Or, aujourd’hui, le dynamisme des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle est tel que cela oblige les personnes de bonne volonté à réétudier un dossier que certains avaient voulu clore un peu trop rapidement, d’où le réveil de critiques formulées par les opposants les plus déterminés au motu proprio.

Pourriez-vous nous indiquer les principales objections qui sont faites à propos de ce motu proprio ?

Il y en a plusieurs, et je propose d’en présenter une synthèse succincte en apportant à chaque fois la réponse qui nous semble la plus appropriée.
La première critique qui nous est faite est que nous reprocherions continuellement aux évêques d’appliquer d’une manière trop restrictive le motu proprio. La réponse à cette critique est simple. Si, comme le dit le texte du motu proprio lui-même, l’objectif de celui-ci est d’assurer la sauvegarde de la fidélité des fidèles afin que ceux-ci n’adhèrent pas à un « schisme », l’on peut ne pas comprendre pourquoi certains fidèles se trouvent encore aujourd’hui dans beaucoup de diocèses sans autre alternative que celle de fréquenter, pour participer à une liturgie traditionnelle, un prieuré desservi par la Fraternité Saint-Pie X. C’est pourquoi les fidèles répètent sans relâche leur demande d’une application large et généreuse des privilèges du moto proprio.
Comment comprendre alors que des pasteurs aillent jusqu’à dire que le motu proprio est terminé, dépassé, caduc alors que le Saint-Père lui-même en rappelait l’actualité devant les pèlerins réunis à Rome pour les dix ans d’Ecclesia Dei ?

Mais ne peut-on pas objecter à ces fidèles que, dans le cas où il n’existe pas dans leur diocèse de lieu accordé par l’ordinaire, ils devraient se soumettre à la loi commune et retourner dans leur paroisse où est célébrée la messe de Paul VI ?

Avec une telle affirmation, l’on s’éloignerait tout à fait de l’esprit du motu proprio, dont l’un des buts est d’œuvrer pour garantir le respect de « ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine », et l’on reviendrait à la situation antérieure d’un rejet de toute sensibilité différente en matière liturgique, surtout si celle-ci s’enracine dans la tradition ancienne. Le motu proprio exalte la richesse que constitue la diversité de ces rites pleinement catholiques : Les pasteurs et les fidèles doivent aussi avoir une conscience nouvelle, non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l’Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat qui constituent la beauté de l’unité dans la variété.
Car enfin, le rite traditionnel qui a nourri la vie de l’Eglise durant des siècles est un trésor inestimable qu’il serait insensé de perdre ! D’autant plus que dans le monde, ce sont des millions de catholiques qui sont attachés à ce rite vénérable.

Mais cela ne concourt-il pas à démontrer que certains de ces fidèles adhèrent en quelque sorte au schisme ?

Je ne suis pas canoniste et je ne peux pas répondre à cette question. Cependant, je rappellerai que ce problème n’existerait pas, ou du moins existerait beaucoup moins, si les fidèles français avaient dans chacun de leur diocèse un véritable choix : assister à la liturgie traditionnelle en accord avec l’ordinaire du lieu ou se rendre dans une chapelle desservie par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X… J’ajouterai encore que la suspicion et l’absence de bienveillance que les fidèles constatent dans de nombreux diocèses de la part de certains clercs ou laïcs ne concourent pas au rétablissement de liens ecclésiaux positifs conformes à l’enseignement de Jésus-Christ, et que cela nuit grandement à la restauration d’une communion affective au sein des diocèses.

Mais puisque vous évoquez le rétablissement des liens ecclésiaux, pensez-vous que là ou les évêques se sont montrés généreux, ces liens ont été rétablis ?
Il faudrait pouvoir étudier chaque cas particulier pour proposer une réponse globale. Cependant, si je m’en réfère à la situation qui est la nôtre dans le diocèse de Versailles, je constate que le cheminement vers une authentique restauration de l’unité ecclésiale y est plus que notable lorsqu’on sait quelles étaient, il y a une dizaine d’années, les relations entre les communautés traditionnelles et leur évêque. Mais force est de constater que cela n’a été possible dans ce diocèse que grâce à une volonté commune, affirmée avec persévérance et bienveillance, par le père évêque et ses vicaires généraux, ainsi que par les prêtres et les fidèles des communautés attachées à la liturgie traditionnelle.
Il faut d’ailleurs constater que dans ce diocèse où les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle ont été traités avec charité et bienveillance, l’audience de la Fraternité Saint-Pie X s’est trouvée considérablement réduite.

Une autre objection qui vous est opposée est celle de l’attitude présumée négative des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle à propos de l’action des décisions du concile Vatican II et des positions de l’Eglise contemporaine ?

Je suis extrêmement surpris que l’on mette en avant une telle objection. En effet, je dois remarquer que, depuis plus de dix ans, au cours desquels nous avons rencontré des dizaines de prêtres, de religieux et d’autorités ecclésiastiques, évêques ou cardinaux, jamais cette question n’a été abordée ni directement ni indirectement, surtout dans l’esprit « d’un engagement à une attitude positive d’étude des points conciliaires qui paraissent les plus difficiles ».
Au mieux (1) certains de nos amis furent sommés une ou deux fois - mais on peut se demander ce que cela signifiait, surtout depuis la promulgation du motu proprio - de dire s’ils reconnaissaient, ou non, l’autorité du droit canon.
Il est surprenant que l’on continue encore aujourd’hui à utiliser de tels arguments alors qu’en réalité, sur le terrain, le plus souvent, il n’existe aucun dialogue réel.
A titre personnel, nous avons rencontré il y a quelques années monseigneur Moutel, qui était alors évêque de Nevers et avait la charge des questions liturgiques au sein de la Conférence épiscopale. Nous sommes restés ensemble plus de trois heures et avons abordé de nombreux sujets, mais à aucun moment les questions évoquées ne sont apparues comme une difficulté dans notre dialogue.
Soyons sérieux, les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle se veulent avant tout catholiques et n’ambitionnent pas d’être des théologiens en herbe. Ils ne désirent pas autre chose que vivre une vie spirituelle puisée à la source d’une liturgie authentique et donner à leur famille les fondements d’un enseignement chrétien solide. La contestation théologique me semble être largement plus le fait d’une aile progressiste qui remet en cause les décisions du magistère et dénigre son autorité : que de réactions dans les journaux catholiques, aux derniers textes du Saint-Père, sur le rôle des conférences épiscopales, l’ordination des femmes, le serment de fidélité au magistère ! Que d’attaques contre la personne du Saint-Père, accusé de revenir aux périodes les plus sombres de l’histoire de l’Eglise ! Ce n’était pas le fait de milieux attachés à la liturgie traditionnelle, qui ont au contraire unanimement applaudi à ces textes ! Par qui le Saint-Père, infatigable défenseur de la vie, est-il publiquement soutenu quand il dénonce le grave crime de l’avortement ? Soyons donc sérieux.

Mais les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle ne sont-ils pas responsables de ce manque de dialogue ?

Le cas peut se produire, mais il n’en reste pas moins vrai que, dans de nombreux diocèses, les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle n’arrivent pas à rencontrer leur père évêque - l’exemple le plus significatif étant celui du diocèse de Nanterre, dans lequel vivent plusieurs milliers de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle qui ne peuvent rencontrer leur évêque parce qu’il refuse tout contact avec eux. Il est donc trop facile d’accuser ensuite les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de ne pas participer suffisamment à la vie ecclésiale, s’il ne leur est même pas possible d’avoir un contact avec leur pasteur légitime, celui qui est le père de tous !

Mais que dire à ceux qui affirment que, depuis dix ans, l’on trouve encore les même critiques sur l’Eglise et le concile ?

Je pense que c’est une affirmation plus qu’excessive. Aujourd’hui, les jeunes, notamment ceux qui sont attachés à la liturgie traditionnelle, s’intéressent plus aux J.M.J. et à la nouvelle évangélisation proposée par le Saint-Père, ou bien à l’œuvre de mère Térésa, qu’aux propos dépassés de certains clercs qui tiennent absolument à établir les liens qui existeraient aujourd’hui entre les communautés traditionnelles et la condamnation de l’Action française. Mais, plus encore, il semble profondément injuste d’affirmer que dans le discours des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, « rien n’a bougé ».
Il y a vingt-hui ans déjà, lorsque nous avions fondé le M.J.C.F., nous l’avions fait dans l’esprit du concile Vatican II, et je ne crois pas que l’action que mène Oremus depuis cinq ans soit uniquement négative et malveillante. Je crois que l’on pourrait dire la même chose à propos du mensuel La Nef et de beaucoup d’autres publications… Nous sommes donc confrontés ici à de véritables calomnies.

Une autre objection a été faite aux communautés traditionnelles : qu’elles vivraient repliées sur elles-mêmes, sans relation avec les autres sensibilités ?

Cette assertion est un peu rapide. J’affirme au contraire que là où les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle sont intégrés à la vie diocésaine, ce caractère disparaît et les échanges sont nombreux, particulièrement au niveau des œuvres caritatives (ordre de Malte, Secours catholique…), au niveau des mouvements (notamment le scoutisme) ou enfin des écoles.
Que malheureusement quelquefois des communautés attachés à la liturgie traditionnelle puissent apparaître comme pratiquement autonomes et « autosuffisantes » devrait peut-être interpeller les autorités de l’Eglise et les conduire à s’interroger afin de savoir si elles n’ont pas pratiqué, elles aussi, une politique d’exclusion à l’endroit de ces communautés.

Comment les autorités religieuses répondent-elles aux demandes des fidèles désireux de voir célébrer régulièrement dans leur diocèse la liturgie traditionnelle ?

Il est difficile de généraliser, sans compter que cette question ne concerne que les diocèses desquels cette célébration est absente. Cependant, les fidèles se trouvent souvent alors pris dans un véritable cercle vicieux ; s’ils demandent individuellement à leur évêque la célébration de la liturgie traditionnelle, on leur répond qu’ils ne représentent rien ; s’ils essaient de se réunir pour montrer que c’est par dizaines voire centaines que les familles souhaitent en un lieu bénéficier de cette liturgie, on leur répond, comme dans les diocèses d’Evreux ou d’Avignon, que les listes fournies sont des pétitions et qu’elles constituent un mode de pression intolérable ; si enfin, ils informent la commission Ecclesia Dei instituée par le Saint-Père, on leur dit qu’ils ne reconnaissent pas l’autorité de l’évêque sur son diocèse. Il y a de quoi être désemparé !

Les objections que nous venons d’évoquer sont-elles nouvelles ?

Hélas non. En effet, derrière leur apparente « nouveauté », c’est-à-dire le fait d’être des réflexions actuelles à propos de la célébration du dixième anniversaire du motu proprio, l’on retrouve mis au goût du jour des arguments développés très largement, depuis plus de vingt ans, contre les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle.

Pourriez-vous citer quelques exemples ?

Le plus caricatural mais aussi le plus significatif a été le pamphlet Vive le schisme publié en 1977 par Jean-Luc Maxence. Cet auteur exprimait alors tout haut - en se servant d’ailleurs de nombreux textes d’autorités contemporaines - ce que beaucoup pensaient tout bas : Que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle quittent l’Eglise, fondent leur propre communauté indépendante, et l’Eglise catholique s’en trouvera débarrassée de ceux dont elle ne veut plus.
Un discours semblable se retrouve régulièrement dans les colonnes de la revue Golias et même, d’une manière plus subtile mais distillée régulièrement, sous la plume du chroniqueur religieux du Monde, Henri Tincq. Je me rappelle avoir discuté, en 1988, avec un éminent professeur de l’Institut catholique de Lille qui répétait à propos du projet qu’avait monseigneur Lefebvre de sacrer les évêques : Qu’il sacre et qu’il parte, après nous serons tranquilles !

Mais cette attitude est-elle celle de l’Eglise ?

Certainement pas, et nous savons que ces positions sont par bien des aspects des caricatures. Il n’en reste pas moins vrai que, répétées alentour, elles finissent par être reprises très largement, notamment par des fidèles de base qui ne sont pas toujours enclins à la finesse. L’Eglise, mère des fidèles, ne peut avoir vis-à-vis de ses fils une attitude semblable. C’est pourquoi d’ailleurs les autorités romaines ont beaucoup fait depuis vingt ans pour œuvrer vers une réconciliation et l’intégration de ses fidèles au sein de l’Eglise, et que le pape a récemment rappelé dans son discours aux pèlerins venus à Rome pour le remercier d’avoir octroyé le motu proprio en 1988 : J’invite aussi fraternellement les évêques à avoir une compréhension et une attention pastorale renouvelée aux fidèles attachés à l’ancien rite.

Comment expliquez-vous cette exagération des critiques qui sont formulées contre vous?

L’adage dit : Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage. Appliqué à la situation actuelle et à la liturgie traditionnelle, cela devient : il faut démontrer, coûte que coûte, qu’il n’existe pas en France de problème liturgique, que les quelques adeptes de la liturgie traditionnelle ne sont que des nostalgiques, qui ne souhaitent pas vivre en Eglise et qu’ils sont donc des schismatiques de fait !

Devant la virulence de ces accusations, peut-on croire que vous êtes confrontés à de véritables ennemis ?

Je ne pense pas que l’on puisse aller jusque là, mais il est certain qu’existent encore aujourd’hui des clercs qui n’acceptent pas que d’autres sensibilités - surtout lorsqu’elles ont traditionnelles - puissent s’exprimer et vivre au sein de la communauté ecclésiale. Ces mêmes personnes d’ailleurs réclament, lorsque cela leur est utile, le droit à la différence ou à la contestation qu’elles considèrent comme parfaitement légitime lorsqu’il s’agit de s’opposer aux postions de l’Eglise - cf. l’intéressant dossier qui a opposé l’hebdomadaire catholique La Vie à monseigneur Legal, évêque de Tulle, et tout particulièrement le dialogue entre ce journal et l’évêque paru dans le numéro 2776 du 12 novembre 98.
En fait, certains de ceux qui ont mis en place la réforme liturgique de 1969 n’acceptent pas que subsistent des communautés fidèles à d’autres sensibilités liturgiques. Des historiens savent que ce sont de pareilles attitudes qui ont provoqué tout au long de l’histoire les schismes les plus durables, bafouant par cette rigidité le commandement divin : Qu’ils soient un comme nous somme un. Jn XVII, 23.

Quelle est la nature de vos relations avec les autorités de l’Eglise ?

Nous pouvons témoigner qu’au cours de nos nombreuses rencontres avec les autorités romaines, nous avons toujours senti qu’elles avaient le souci de tout faire pour que cesse le scandale d’une guerre fratricide entre les fidèles et leurs pasteurs.

Avez-vous trouvé la même volonté d’écoute lors de vos contacts avec le clergé français ?

En France, la situation est souvent ambiguë. En effet, je crois pouvoir dire que, lorsqu’ils existent, les échanges entre les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle et leurs évêques sont bons, voire excellents.
Malheureusement, dans de nombreux diocèses, les fidèles se trouvent dans une situation comparable à celle de la chaise vide. L’exemple le plus extrême est celui du diocèse de Nanterre, déjà cité. Si le père ne reçoit pas ses enfants, on peut se demander clairement si cette attitude ne favorise pas en définitive le développement de la Fraternité Saint-Pie X.
Mais, en fait, nous sommes tout à fait dans l’esprit, dans ce cas, de ce que nous évoquions précédemment à propos de l’ouvrage de Jean-Luc Maxence Vive le schisme.

Comment envisagez-vous l’avenir ?
L’avenir appartient à Dieu et nous ne sommes pas maîtres des décisions qui seront prises dans les prochains mois ou les prochaines années.
Cependant, nous ne pouvons pas accepter que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle soient délibérément exclus, explicitement ou implicitement, de la communauté ecclésiale de nombreux diocèses, et supporter sans réagir d’être accusés de rester en marge des communautés diocésaine

REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1- Depuis plusieurs décennies, on affirme contre toute évidence qu'il n'y a pas de problème liturgique en France ni de demandes de célébrations de messes tridentines.
Si des demandes se font jour dans ce climat de découragement des fidèles qui savent par avance qu'ils s'apprêtent à entamer un véritable parcours du combattant en formulant une telle demande, l'antidote épiscopal est simple : si la demande est individuelle, elle n'est pas représentative, si plusieurs familles se manifestent respectueusement, c'est une pétition qui fait pression de manière intolérable et inadmissible... Dans les deux cas, la demande n'est pas recevable.
Le Motu Proprio de Benoît XVI n'a rien changé à ce vieux stratagème indigne et l'on constate chaque jour que des clercs osent encore en 2008 ressortir les ""bonnes méthodes" vieilles de plus de trente ans.
Qu'il nous soit permis d'avoir une idée assez précise sur le sérieux et l'honnêteté de ce type d'attitudes.

2- Le manque de dialogue ne date pas d'hier. Déjà en 1998, la palme de l'apartheid liturgique revenait au diocèse de Nanterre. Force est de constater que 10 ans plus tard, l'évêque n'a toujours reçu aucune famille de son diocèse attachée à la liturgie traditionnelle. Sans doute existe-t-il encore quelques bonnes âmes qui nous expliqueront qu'il faut être patients et qu'il ne faut rien faire qui puisse braquer l'évêque. Notre réponse est simple : 10 ans et plus que nous demandons en vain d'être reçus, entendus et aimés pour ce que nous sommes et autant de temps de réponse épiscopale que l'on connaît...

3- Il est frappant de constater que si déjà il y a dix ans, certaines objections faites aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise (attitude présumée négative des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle à propos de l’action des décisions du concile Vatican II et des positions de l’Eglise contemporaine) étaient déjà vieillissantes, elles sont aujourd'hui carrément anachroniques. La plupart des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise n'étaient pas nés au moment des évènements qu'on invoque toujours à leur encontre. Si certains clercs se sont comme focalisés sur tel ou tel évènement et que le temps s'est arrêté pour eux, il n'en demeure pas moins que pour des millions de catholiques, la vie a continué et que les querelles du passé ne peuvent servir de boussole pour les générations à venir.

4- Le reproche fait il y a dix ans aux fidèles traditionnels de vivre replier sur eux-mêmes et de ne pas s'intégrer à la vie des paroisses est un grand classique. Dans le même temps, quand des fidèles nombreux, bien disposés et déjà engagés dans leurs paroisses demandent l'application de Summorum Pontificum comme à Sèvres (92) ou à Maisons Laffitte (78) dans leurs propres paroisses, avec leur propre curé diocésain, c'est encore non. Demandent ils à trop s'intégrer dans leurs paroisses ? A trop partager ?

5- On le voit bien tous les arguments avancés depuis des décennies contre le développement de la pratique traditionnelle en France vont dans le même sens, celui selon lequel il n'y a pas de besoin, pas de demande. Dans ce monde idéologique, ce qui est vrai un jour peut être faux le lendemain pourvu que cela serve le discours dominant. Ces objections sont usées et révélatrices de la bonne foi de ceux qui les professent encore en 2008. Elles sont l'expression pitoyable d'un combat d'arrière garde déjà perdu par des généraux sans troupe.

15 août 2008

Que demandez-vous à l’Eglise ? La Foi !
Sermon de Mgr Bernard Fellay, lors de la procession du vœu de Louis XIII, à Saint-Malo
15 août 2008 - Mgr Bernard Fellay - dici.org
Que demandez-vous à l’Eglise ? La Foi !
Mes bien chers frères,
Nous sommes ici pour accomplir le vœu du roi Louis XIII. On pourrait dire que plus que jamais il nous faut essayer d’accomplir ce vœu pas seulement par une procession, pas seulement lors d’une acclamation de la T. S. Vierge Marie par laquelle nous la reconnaissons comme notre reine et notre mère, mais en la faisant entrer vraiment dans nos vies personnelles, familiales et sociales. Plus que jamais nous devons vivre dans cette intimité avec la T.S. Vierge Marie, plus que jamais nous avons besoin de son patronage, de sa protection.
Car nous vivons des temps très spéciaux. Si vous voulez, nous pouvons risquer ce mot : nous vivons des temps apocalyptiques, non pas pour nous complaire dans le fantastique, mais tout simplement parce que ce que nous vivons correspond à ce qui est décrit dans ce livre de l’Ecriture Sainte qu’est l’Apocalypse. Il est vrai que, pris dans un sens très large, l’Apocalypse décrit ce qui se passe dans l’Eglise depuis la mort de Notre Seigneur jusqu’à la fin des temps. Dans un sens large, on doit prendre ce livre comme la description de la vie de l’Eglise. Certains auteurs, des saints même y ont vu diverses interprétations, et ont pris certains chapitres pour dire : « Ce chapitre vaut pour telle époque, celui-ci pour celle-là ». Nous savons que le futur nous échappe, et qu’il est toujours dangereux de vouloir appliquer la Parole de Dieu qui nous dépasse à des événements particuliers. Il est plus facile une fois que les choses ont eu lieu de dire que telle partie s’est accomplie, que telle prophétie était destinée à tel moment. C’est délicat, aussi nous ne voulons pas nous livrer à ce type d’application.
Il reste pourtant que ce que nous vivons - au niveau de la société humaine et de l’Eglise – n’est pas normal, sort complètement de l’habituel et de l’ordinaire. Nous sommes vraiment dans une période où tout est bouleversé, où on attaque jusqu’aux principes les plus profonds. C’est une période invraisemblable. On voudrait pouvoir dire que cela ne peut pas être, que cela ne doit pas exister. Cependant c’est ce que nous vivons, c’est une réalité ! Et on n’a pas le droit de faire jouer la foi contre la réalité. Si c’est réel, c’est réel ! Nous avons les promesses de Notre-Seigneur : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Eglise » (Mat., XVI,18). Notre-Seigneur est la Vérité, cette parole est et reste vraie. Cependant lorsqu’on en regarde l’application concrète, on a vraiment envie de dire que les théologiens d’après Vatican I – le concile où a été affirmée avec une telle solennité la primauté papale, l’infaillibilité du souverain pontife -, que ces auteurs auraient certainement considéré comme impossible, inconcevable ce que nous vivons.
Le message de Notre Dame à La Salette
Il est très intéressant de se rappeler que Notre Dame, à La Salette, a annoncé une époque terrible pour l’Eglise. Ces annonces, qui ont été transmises à Rome, ont été mises à l’Index tellement elles étaient terribles ! Cette mise à l’Index ne signifie pas qu’elles étaient fausses. Pendant longtemps lorsqu’on faisait référence à Notre Dame de La Salette, on se voyait rembarrer par un mot expéditif : l’Eglise a condamné ! L’Eglise en a simplement interdit la lecture par la mise à l’Index, mais cela ne veut pas dire que cela était faux. Depuis quelques années, précisément depuis le 3 octobre 1999, on a retrouvé les manuscrits originaux de Mélanie et ceux de Maximin. Ils étaient dans les archives et ils sont encore dans les archives du Saint Office que l’on appelle aujourd’hui la Congrégation pour la doctrine de la foi. On retrouve là toutes les communications, celles de Mélanie qui envoie au pape ce que la Sainte Vierge lui a dit, le célèbre Secret de La Salette. Nous avons également les textes de Maximin qui lui aussi a reçu des secrets de la part de Notre Dame. Ils sont tous consignés, et ils ont été publiés à une période relativement récente. Eh bien ! l’on constate que les textes qui avaient circulé dans le public, étaient tout à fait fidèles et correspondaient bien à ce qui fut dit. Et que disait la Sainte Vierge à La Salette ? Elle annonçait une période terrible pour l’Eglise, jusqu’à déclarer : « Rome perdra la foi ». Elle affirmait : « L’Eglise sera éclipsée. Rome deviendra le siège de l’Antéchrist ». Des paroles extrêmement fortes ! Il y a aussi des reproches très sévères envers le clergé. Y a-t-il depuis lors une époque où ces choses se vérifient d’une manière plus précise que la nôtre ? Depuis La Salette jusqu’à aujourd’hui, ne sont-ce pas ces 40 dernières années qui sont les plus proches de cette description ? Des paroles fortes qu’on n’ose pas reprendre. Nous n’osons pas dire aujourd’hui : « Rome a perdu la foi ». Nous disons que tel ou tel cardinal a perdu la foi, ou que tel évêque se montre comme n’ayant plus la foi. Encore aujourd’hui nous n’osons pas dire que Rome a perdu la foi.
Or il me semble que ce n’est pourtant pas sans raison que nous voyons beaucoup de choses qui sont faites ou publiées à Rome et qui ne sont plus l’expression de la foi catholique. On peut aller jusqu’à dire que nous assistons à l’apparition d’une nouvelle Eglise, une Eglise qui se prétend catholique, mais qui n’a plus rien de catholique. Elle a ses rites, ses lois, sa bible, sa manière de faire, mais ce n’est plus ce que l’Eglise a enseigné depuis des siècles. Cette Eglise nouvelle nous l’appelons conciliaire, ou plutôt c’est elle-même qui se fait appeler ainsi. Toutefois il est presque impossible de la distinguer de la vraie. C’est un peu comme un cancer généralisé. Le cancer dans une personne ne s’identifie pas à cette personne, ce n’est pas sa vraie nature, c’est une maladie, mais qui est bien là en elle. Lorsque le cancer se réduit à une tumeur on peut le circonvenir pour l’exclure ; mais lorsque les métastases sont répandues dans le corps entier le médecin arrête, car il constate que le cancer est partout. Il n’ose plus prendre son bistouri pour extirper le corps étranger qui se trouve dans cette personne.
Pascendi de saint Pie X et Humani Generis de Pie XII
C’est une image qui tente d’exprimer tant bien que mal un mystère, le grand mystère où l’on voit, dans l’Eglise, ce corps étranger qui propage autre chose que la foi catholique, qui veut être l’ami de toutes les religions, qui prétend qu’on peut se sauver dans toutes les religions, que le Saint-Esprit utilise comme moyen de salut toutes les religions. Tout cela est faux, cela n’a jamais été l’enseignement de l’Eglise ! Nous avons aujourd’hui une Eglise qui promeut ce qui a été condamné il y a moins de 50 ans. Et nous voyons que cela s’est produit au cours du concile Vatican II. Un concile qui n’a pas tellement inventé lui-même des nouveautés, mais qui a consacré et qui a légalisé ce qui était condamné comme erreur 10 ans auparavant. A ce propos, je vous conseille beaucoup de relire l’encyclique de Pie XII Humani Generis sur les erreurs modernes. C’est la dernière grande condamnation des erreurs dans l’Eglise. Elle ressemble un peu à Pascendi de saint Pie X qui condamnait le modernisme, mais saint Pie X avait réussi à l’époque à neutraliser l’ennemi. Il disait bien que cet ennemi était à l’intérieur. Déjà au début du XXe siècle, il dénonçait l’ennemi de l’Eglise comme travaillant à l’intérieur de l’Eglise. Eh bien ! ce travail de sape a continué, et nous sommes aujourd’hui dans cette situation très difficile où, d’un côté, nous sommes obligés par nécessité, pour être sauvés, de maintenir notre foi dans l’Eglise – Eglise qui ne peut pas rester une abstraction, car elle est une réalité concrète, visible, c’est l’Eglise catholique -, et en même temps que nous confessons notre foi dans l’Eglise, dans tout ce qu’elle est et a été, nous devons nous détacher, nous séparer, nous opposer à un corps étranger, un corps nouveau qui se veut lui-même nouveau, qui s’est propagé pendant 40 ans, et qui porte des fruits de mort.
Cette révolution dans l’Eglise a causé plus de dommages à l’Eglise que les guerres, les persécutions. Bien plus de morts spirituelles, plus d’abandons, plus de pertes pour l’Eglise - dans les congrégations religieuses ou chez les prêtres - ont été causés par cette révolution interne que par les guerres, les persécutions… Même la persécution communiste n’a pas réussi à faire autant de morts spirituelles que cette crise inaugurée par Vatican II. Aussi nous nous battons, nous nous défendons contre ce poison qui n’est pas l’esprit de l’Eglise catholique. Le malheur est que, jusque dans les plus hautes sphères du gouvernement de l’Eglise, on trouve les propagateurs de l’erreur. Mais ils ne répandent pas ces nouveautés de manière uniforme et constante.
Paul VI parle des « fumées de Satan » dans l’Eglise
Ainsi Paul VI, qui juste après Jean XXIII a mis en place cette nouvelle religion, est capable de dire qu’il y a dans l’Eglise des forces, des idées qui ne sont pas l’Eglise. Il va même affirmer que par une fissure les fumées de Satan sont entrées dans l’Eglise. Une telle parole nous glace. Il dira à Jean Guitton qu’il se peut que cette pensée étrangère à l’Eglise triomphe. C’est bien lui qui l’a dit, mais en ajoutant que ce ne sera jamais l’Eglise, car il y aura toujours une part, aussi infinitésimale soit-elle, qui restera. C’est Paul VI qui parle, celui qui fait la nouvelle messe et qui y tient, celui qui lance l’œcuménisme ! Quel mélange !
Il y a également ce fait dont on ne parle pas beaucoup : lorsque le même Paul VI a publié la nouvelle messe, le cardinal Journet est allé le voir parce que la définition qui se trouvait dans l’introduction de cette nouvelle messe était franchement hérétique. Le cardinal Journet est donc allé voir le pape, et Paul VI a pleuré devant lui en disant qu’il avait signé sans lire. Voilà comment est passée la nouvelle messe avec un pape qui faisait confiance à son collaborateur, Bugnigni, sans même lire les textes qu’il lui présentait ! Bien sûr, on a corrigé cette définition, mais on n’a pas corrigé la messe. C’est un exemple des irrégularités qui se sont multipliées et qui ont démoli l’Eglise. Prenez la communion dans la main ! Le texte qui introduit cette pratique dans l’Eglise est en fait une condamnation. Ce document dit que cela n’est pas permis, mais que dans quelques régions l’usage s’en est introduit et que là on peut continuer. Et c’est ainsi que la communion dans la main a été répandue dans le monde entier. Au niveau de la pénitence, il y a un texte qui dit que la pénitence est une très bonne chose , qu’il faut faire pénitence - c’est le texte qui traite des indulgences -, mais on finit au terme de sa lecture par ne plus savoir ce que c’est que faire pénitence. Et ainsi de suite, on pourrait prendre les documents les uns après les autres. C’est une confusion invraisemblable !
Jean-Paul II dénonce une « apostasie silencieuse »
Le pape suivant Jean-Paul II, celui qui a fait Assise, se lamentait au début de son pontificat sur le fait que l’erreur, l’hérésie soit répandue à pleines mains dans l’Eglise, que le chrétien d’aujourd’hui soit tenté par l’agnosticisme. Ce pape à la fin de sa vie déplorera une « apostasie silencieuse ». S’il a pu ainsi se lamenter, c’est qu’il avait encore un regard catholique, et pourtant c’est lui qui a causé le désastre sans nom d’Assise.
Voyez, mes bien chers frères, je vous donne ces éléments pour vous montrer combien cette situation est difficile, combien il nous faut approcher de cette réalité avec beaucoup de prudence, en se rappelant toujours que nous touchons là à un mystère. Le mystère est une vérité qui nous dépasse, c’est une réalité que nous pouvons constater, mais dont nous n’avons pas la clef explicative. Ce mystère que nous constatons ressemble au mystère de la Passion de Notre Seigneur. Les apôtres, tous les disciples du Christ étaient obligés de croire à sa divinité, à sa toute-puissance, or ce Dieu qu’ils adoraient comme tout-puissant, ils le voyaient souffrir, meurtri, crucifié, et même ils le voyaient mort sur une croix. La raison humaine nous dit : « Mais s’il est Dieu, il ne peut pas souffrir, il ne peut pas mourir. S’il est tout-puissant d’un simple clin d’œil il va aplatir tous ces soldats, ses bourreaux ». Eh bien non ! il laisse faire. Et il reste Dieu, il est vraiment Dieu. Néanmoins il souffre, non comme Dieu mais dans son humanité. Je dirais que là aussi nous avons un exemple qui peut nous aider à comprendre ce qui se passe dans l’Eglise. Certains mystiques, certains saints, et Mgr Lefebvre lui-même, nous proposent cette vue mystérieuse selon laquelle l’Eglise, le Corps mystique de Notre Seigneur suit la même voie que son corps physique. Si Notre Seigneur a voulu subir une passion dans son corps physique, cette passion se continue, dans le temps et dans l’espace, à travers les membres de son Corps mystique.
Il y a des époques où l’on voit plus clairement cette passion, dans les persécutions par exemple. Celle que nous vivons aujourd’hui est beaucoup plus difficile à percevoir parce que c’est une persécution non physique mais spirituelle, et parce que le bras qui persécute n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur de l’Eglise. Cela devient presque intenable. Le Bon Dieu nous oblige à une épreuve de la foi terrible. Il exige de nous une foi héroïque, et dans des temps pareils, mes bien chers frères, il faut se tourner vers la Sainte Vierge, car s’il y a une personne dans l’histoire en qui éclate la foi, c’est la Sainte Vierge. Elle qui a fait l’objet d’une béatitude à cause de sa foi. Dans l’évangile, sa cousine Elisabeth lui déclare : « Bienheureuse êtes-vous parce que vous avez cru les choses qui vous ont été dites » (Luc, I,45). Bienheureuse à cause de cette foi. Et plus tard elle manifestera sa foi au pied de la croix. C’est bien donc vers elle qu’il faut se tourner pour lui demander une foi qui puisse passer à travers cette épreuve. Et si vous êtes ici aujourd’hui, c’est bien que le Bon Dieu vous soutient dans cette foi, il vous maintient dans la foi catholique, dans cette vie catholique qui continue malgré tout, malgré les épreuves. Mais, encore une fois, combien nous avons besoin de ce soutien.
A propos de l’ultimatum du cardinal Castrillon Hoyos
Je voudrais profiter de ces instants pour vous donner des nouvelles sur ce qui se passe maintenant à Rome par rapport à la Fraternité. Vous avez probablement entendu que l’on a parlé d’un ultimatum. Où en sommes-nous ? Tout d’abord c’est une chose bizarre que cet ultimatum, parce que lorsqu’il y a ce genre de démarche, il y a un objet. Dans le cas qui nous concerne, on se demande bien quel était l’objet. J’ai été convoqué par le cardinal Castrillon Hoyos, au début du mois de juin, parce que la dernière Lettre aux amis et bienfaiteurs de la Fraternité Saint-Pie X faisait le point en indiquant clairement que nous n’étions pas disposés à avaler le poison que l’on trouve dans le concile. C’est ce qui a déplu aux autorités romaines. Le fait de dire que nous ne changerions pas, que nous résisterions, que nous ne boirions pas ce poison, c’est cela qui leur a déplu. Donc j’ai été convoqué à Rome, et là on m’a remis une feuille écrite. Etaient présents à cette réunion qui se tenait dans les bureaux de la Commission Ecclesia Dei – c’est d’ailleurs la première et la seule fois que je me suis rendu dans ces bureaux -, étaient donc là le cardinal, le vice-président de la commission Mgr Perl, le secrétaire Mgr Marini et le secrétaire personnel du cardinal. J’étais accompagné de M. l’abbé Nély.
On nous remet une note écrite, et le cardinal me demande de la lire devant tout le monde. Dans cette lettre qui ressemble vraiment à un ultimatum, il est dit en substance : « Jusqu’ici j’ai affirmé que vous n’étiez pas schismatiques, mais désormais je ne pourrai plus le dire. Aujourd’hui il faut que vous acceptiez les conditions claires que nous allons vous imposer ». Après avoir lu, j’ai demandé au cardinal quelles étaient ces conditions claires, parce qu’elles n’étaient pas écrites. Et le cardinal ne m’a absolument rien répondu. J’ai reposé la question en lui demandant : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ? » ; à ce moment-là, presque à voix basse, il a répondu : « Si vous pensez en conscience que vous devez dire cela à vos fidèles, faites-le ! Mais vous devez respecter la personne du pape ». Ce sur quoi je lui ai répondu que je n’avais pas de problème. Et c’est ainsi que cette réunion s’est terminée. - Comment puis-je affirmer que le motif de cette réunion était vraiment la dernière Lettre aux amis et bienfaiteurs ? C’est ce que je lui ai demandé, puisqu’il y faisait référence : « Pouvez-vous me dire ce qui ne va pas dans cette lettre ? » ; il l’a alors relue devant moi, et le seul reproche qu’il a pu formuler était le fait que j’écrive que les couvents étaient vides, ainsi que les séminaires. Il m’a dit : « Cela n’est pas vrai ». C’était le seul reproche.
Alors en quoi consiste l’ultimatum, quel est son objet ? A la sortie de cette entrevue, je disais à M. l’abbé Nély que j’étais très frustré parce que j’avais assisté à une mise en scène théâtrale, emplie d’émotion, où le cardinal déclarait : « C’est fini ! Je convoque une conférence de presse. J’arrête tout ! ». Mais ce qu’on attendait vraiment de moi, je l’ignorais. Si bien que j’ai renvoyé M. l’abbé Nély le lendemain pour qu’il pose la question encore une fois : « Qu’est-ce que vous voulez ? » ; alors on l’a fait attendre une demi-heure, le temps de rédiger les fameux cinq points qui ont été diffusés sur Internet.
Cinq points dont le premier dit ceci : « Il faut que Mgr Fellay s’engage à donner une réponse proportionnée à la générosité du pape ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? C’est une parole extrêmement floue qui peut dire tout et rien. On est obligé de supposer que cette générosité du pape était le Motu Proprio. Et la réponse proportionnée était de l’en remercier, tout en reconnaissant qu’il n’était pas pour nous, puisqu’il était pour tous les prêtres de l’Eglise. Sinon on ne voit pas bien.
Ensuite je devais m’engager, dans cette lettre, à respecter la personne du pape. Je suppose que cela veut dire qu’on ne doit pas l’injurier, mais si on considère comme une injure de dire qu’il est parfaitement libéral, juste après un voyage aux Etats-Unis où il n’a fait que louer l’Etat américain en déclarant que la liberté de toutes les religions était magnifique. Vraiment on ne peut pas trouver de déclaration plus libérale que celle-là. Je ne vois pas ce qu’il y a d’injurieux dans mes paroles.
Le troisième point est plus sensible, parce qu’on me demande de ne pas m’ériger « en magistère au-dessus du pape et de ne pas poser la Fraternité en contraposition à l’Eglise ». Là aussi cela veut tout dire et cela ne veut rien dire. Avec cette phrase là, chaque fois que nous poserons une objection, on nous dira : « Vous vous mettez au-dessus du pape ». C’est bien ce point qui fait comprendre que Rome n’est pas du tout d’accord avec le fait que nous osions dire quelque chose contre le concile. C’est cela qui fait problème.
Nous considérons comme essentielle cette confrontation théologique
On dit que j’ai refusé une proposition de Rome, mais il n’y avait pas de proposition de Rome. Il y avait simplement un cardinal impatient de ce que les choses, disait-il, « traînent ». Or nous avions depuis l’an 2000 dit aux autorités romaines que nous ne leur faisions pas confiance et que si elles voulaient un dialogue il fallait commencer par donner des signes qui puissent nous faire retrouver quelque confiance. Ces signes étaient au nombre de deux : la liberté de la messe traditionnelle et le retrait du décret d’excommunication des évêques. Après sept ans, on peut dire qu’un des points est réalisé. Reste le deuxième. Après cela nous sommes disposés à discuter, avions-nous dit. Et nous le disons encore car c’est très important, nous considérons vraiment comme essentielle cette confrontation théologique qui doit permettre de voir si ce qui a été dit au concile et après le concile, est fidèle à la Révélation, à l’enseignement de l’Eglise. Ce n’est pas nous qui nous érigeons au-dessus du pape, ce sont les papes du passé qui ont canonisé un certain nombre de propositions, qui les ont définies dogmatiquement. Ces propositions ne peuvent plus être changées. Un dogme est irréfragable. Donc ce n’est pas nous qui nous érigeons en juges. Nous demandons simplement au pape d’aujourd’hui de nous expliquer comment ce qu’il nous dit correspond à ce que ses prédécesseurs ont dit, ayant en tête les paroles très claires de l’apôtre saint Paul : « Si un ange, ou moi-même, vous annonce un évangile différent de celui que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème » (Gal.,I,8-9). Cela ne peut pas être plus fort. On a l’impression que saint Paul prévoyait déjà des situations comme celle dans laquelle nous nous trouvons : Si moi-même – et il est apôtre – je commence à vous enseigner quelque chose de différent de ce que je vous ai enseigné auparavant, que je sois anathème ! Si un ange vient vous enseigner autre chose, anathème !
Nous avons 20 siècles d’enseignement de la doctrine de l’Eglise. Ce sont ces choses-là qui jugent le pape. Ce n’est pas nous. Le pape est infaillible quand il correspond aux conditions qui lui sont données. Et puisqu’il le sait, qu’il fasse usage de son infaillibilité ! Et il dira la foi, comme ses prédécesseurs. Maintenant si, comme au concile Vatican II, on ne veut pas faire usage de cette infaillibilité, il arrivera ce qui est arrivé.
Nous ne voulons pas construire sur du sable
Mais de notre côté, que l’on comprenne bien, nous n’avons absolument rien refusé de la part de Rome. Encore maintenant nous continuons à dire qu’on ne peut pas régler la situation canonique de la Fraternité, sans avoir d’abord regardé la question de fond, - ce fond qui est justement toutes les nouveautés introduites dans l’Eglise depuis Vatican II. Faire le contraire équivaudrait à accepter la proposition suivante : on vous offre une maison, mais une maison ne tient pas en l’air, elle est bâtie sur quelque chose, sur un terrain…, si cette maison est construite sur des sables mouvants, allez-vous la prendre ? Si vous savez que demain elle va s’écrouler, qu’elle va disparaître engloutie dans les marais, vous vous dites : cela ne vaut pas la peine. De même, si on vous dit qu’on vous donne une Rolls Royce, mais qu’elle ne peut que rester au garage, pourquoi vous la donne-t-on ? Ou si on vous dit qu’on vous donne un bateau, mais qu’il doit rester en cale sèche.
C’est ce qui nous arrive. Rome, en voulant passer un accord canonique ou, pour reprendre cette image, en nous proposant une voiture, un bateau, une maison, ne veut surtout pas qu’on discute de la pierre sur laquelle doit être bâtie la maison. Pour les autorités romaines, il va de soi que l’ambiance dans laquelle circulerait cette voiture ou naviguerait ce bateau, c’est l’ambiance doctrinale de Vatican II. Pour elles, il est absolument évident qu’il n’y a pas de remise en cause des nouveautés de Vatican II, et c’est précisément là le point crucial, le point sur lequel nous voulons amener Rome. Et tant que Rome ne veut pas faire cela, nous ne pouvons pas aller de l’avant. Nous sommes obligés de passer par là, parce que sinon c’est construire sur du sable. Et nous ne voulons pas construire sur du sable. C’est au nom de la foi, de l’enseignement de l’Eglise, de la pratique de l’Eglise que nous disons cela.
De Rome nous attendons la foi
On nous déclare : « Vous savez, aujourd’hui le pape vous veut du bien, mais qui viendra après lui ? On n’en sait rien ! Donc c’est maintenant le moment ou jamais où vous devez accepter ». J’ai répondu au cardinal qui me tenait ce discours : « Eminence, je crois au Saint Esprit. Si le Saint Esprit est capable d’éclairer ce pape, il pourra aussi éclairer le suivant ». Et si lui nous veut du bien, peut-être que le prochain pape nous voudra encore plus de bien. Encore une fois, on ne peut pas discuter sur la foi, on n’a pas le droit de trafiquer la foi. Quand on voit d’une manière si claire ce qui se passe dans l’Eglise - c’est le Bon Dieu qui nous donne cette grâce -, il n’y a pas de place pour une négociation. D’ailleurs je n’aime pas ce terme, il est faux. Nous ne sommes pas en négociation avec Rome. De Rome, nous attendons la foi. C’est la première chose qui s’est produite à notre baptême, cela a été la première question : « Que demandez-vous à l’Eglise ? – La foi ». « Que vous procure la foi ? – La vie éternelle ». C’est là le contrat passé au baptême. Nous demandons à l’Eglise la foi, nous savons qu’il n’y a que l’Eglise qui peut nous la donner. Eh bien ! nous maintenons cette demande première du baptême. Nous ne faisons rien d’autre. On pourrait résumer tout notre combat à cela, car nous savons que l’Eglise est la seule entité établie par Dieu qui puisse sauver - on ne peut pas être sauvé en dehors de l’Eglise : Hors de l’Eglise pas de salut  –, et nous savons que ce salut vient par la foi et par la grâce. C’est ce que nous demandons à Rome, rien de plus rien de moins. Cela prendra le temps qu’il faut.
Serons-nous encore vivants lorsque les choses se seront enfin améliorées ou pas ? Bien sûr que nous l’espérons, mais nous n’en savons rien. Il est vrai qu’humainement parlant, on voit un certain nombre d’éléments qui montrent que l’on va vers un mieux. Au niveau des principes, il y a un réveil, il y a une attente surtout dans les jeunes générations, chez celles qui n’ont rien reçu, une attente qui se tourne vers la Tradition et qui, insatisfaite par ce qu’on leur donne aujourd’hui, réclame la doctrine traditionnelle. On voit des prêtres qui se tournent vers l’ancienne messe et qui découvrent tout simplement leur religion. Si vous saviez le nombre de jeunes prêtres qui, célébrant l’ancienne messe pour la première fois, nous déclarent : « Mais ce sont deux mondes ! En célébrant cette messe, je découvre ce que c’est que le prêtre ». Cela ne veut pas dire qu’ils n’avaient aucune idée du sacerdoce, mais ils découvrent là que Notre Seigneur veut que ses prêtres lui soient unis, soient ses continuateurs, des médiateurs entre Dieu et les hommes pour arracher du cœur de Dieu le salut des âmes à travers le Sacrifice de son Fils auquel elles sont appelées à s’unir. C’est la clef de la crise d’aujourd’hui : on ne veut plus de la croix, on ne veut plus de la souffrance, on ne veut plus du péché, on ne veut plus du sacrifice. On peut dire que la solution de cette crise, elle est là ! C’est pourquoi nous insistons tellement sur la messe, parce que la messe est l’expression incarnée de cette foi : le salut passe par la croix, il passe par le Sacrifice de Notre Seigneur, il passe par le prêtre. La crise que nous vivons est une crise du sacerdoce. On a voulu dénaturer le prêtre, un prêtre qui aujourd’hui ne trouve plus son identité dans la nouvelle messe. Cela les agace à Rome lorsque nous disons cela ! Ils ne peuvent pas supporter que nous disions que la nouvelle messe est mauvaise. Pourtant il n’y a qu’à regarder, c’est une évidence. Il n’y a qu’à regarder les fruits. Notre Seigneur a dit que l’on reconnaissait aux fruits la qualité de l’arbre.
« Les fruits sont bons, donc il y a le Saint Esprit ! »
Il faut donc continuer, le temps qu’il faudra ! Est-ce que cette affaire du début de l’été va vraiment finir en déclaration de schisme, comme certains de nos ennemis le voudraient ? J’en doute, mais je n’en sais rien. Et puis qu’est-ce que cela changerait ? De toute façon, les évêques nous traitent en schismatiques, comme les pires êtres qui puissent exister sur terre. Dans leurs églises ils reçoivent tout le monde, ils font des cérémonies de prières avec tout le monde, mais avec nous c’est comme si nous étions la peste. Il faut voir cela ! En même temps qu’ils disent à Rome que nous ne sommes pas schismatiques, on nous traite comme les fléaux de l’humanité. Cela durera le temps que cela durera, mes bien chers frères. Nous avons chaque jour la consolation de la grâce, nous voyons bien le Bon Dieu à l’œuvre dans nos âmes, dans les âmes de nos enfants. Nous voyons bien que ce sont des fruits de la grâce, et Rome aussi le reconnaît. Ce même cardinal Castrillon parlant de la Fraternité me disait : « Les fruits sont bons, donc il y a le Saint Esprit ». Eh bien ! qu’il en tire les conséquences. Nous ne pouvons pas les tirer pour eux. Nous n’oserions pas nous-mêmes nous décerner ces louanges, bien que nous puissions constater aussi que les fruits sont bons.
Nous recourrons donc à la Très Sainte Vierge. Aujourd’hui dans l’une des antiennes, on la salue comme celle qui écrase toutes les hérésies. On la célèbre : « Bienheureuse êtes-vous, vous qui avez écrasé toutes les hérésies ». Il y a chez Marie, si douce d’un côté, un aspect terrible. Et cela vient de son amour. Si on aime Dieu, si on aime le bien, en même proportion on doit haïr ce qui est contre Dieu. On doit haïr le péché. Nous avons là une sorte de thermomètre pour nous même, de notre état spirituel : jusqu’à quel point haïssons-nous le péché, à commencer par nos propres péchés ? Parce que c’est dans la même proportion que nous aimons le Bon Dieu. Demandons à la Sainte Vierge d’augmenter cette proportion, cette proportion d’amour et d’aversion contre tout ce qui s’oppose à Dieu, à son règne, au salut des âmes. Demandons à Notre Dame cette protection particulière, gagnons-la cette protection par une dévotion spéciale. Essayons de grandir dans l’intimité avec le Cœur Immaculé de Marie. Que Notre Dame soit vraiment notre mère tous les jours, pas seulement le temps d’un Ave ou lors d’un passage devant sa statue. Qu’elle soit vraiment notre mère ! Cette consécration que nous allons renouveler selon le vœu de Louis XIII, doit avoir des conséquences dans notre vie. Que ce ne soient pas de simples mots. Que ce don à la Sainte Vierge soit réel, qu’il soit un don vrai. Que nous vivions ensuite vraiment comme ses enfants. Alors oui, nous assurerons notre salut et par là même la continuation de la Tradition de la foi de l’Eglise, à travers l’espace et le temps, pour les générations futures. Ainsi soit-il !

Pour conserver à ce sermon son caractère propre, le style oral a été maintenu. Seuls les intertitres et les références scripturaires ont été ajoutés.