5 janvier 2009

[Paix Liturgique] La paix à Limoges! Oui, comme à Limoges la paix est possible partout dès aujourd'hui - tels sont nos vœux pour 2009

SOURCE - Lettre 159 de Paix Liturgique - 5 janvier 2009

LA PAIX A LIMOGES ! OUI COMME A LIMOGES LA PAIX EST POSSIBLE PARTOUT DES AUJOURD'HUI TELS SONT NOS VOEUX POUR 2009

Lettre 159 - 5 janvier 2009

C’est bien volontiers que nous reproduisons ici cette magnifique information qu’un de nos lecteurs de Limoges nous adresse :

Par décision de l'évêque de Tulle, administrateur apostolique du diocèse de Limoges au siège vacant, la messe sera désormais célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain tous les dimanches et fêtes d'obligation à la Chapelle Saint-Antoine (Rue des Papillons - 87000 Limoges) à 10 h 45, à partir du 11 janvier 2009.

Rappelons que jusqu’alors cette messe n'était célébrée que les deuxième et quatrième dimanche du mois à… 18 h.

LES VŒUX DU MOUVEMENT POUR LA PAIX LITURGIQUE ET LA RECONCILIATION DANS L'EGLISE POUR 2009

1/ Nous nous sommes plusieurs fois fait l’écho de la détresse des fidèles de Limoges attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise : voir sur notre site (paixliturgique.com) notamment notre lettre 84 du 12 février 2008 et la lettre 145 ter du 3 octobre 2008. C’est donc avec d’autant plus de joie que nous saluons cette belle et généreuse réponse faite à la demande très ancienne des familles de Limoges de pouvoir vivre leur attachement liturgique dans des conditions normales d’horaire et de régularité. "Noël" auraient chanté les anciens !

2/ A Limoges, c’est pour toutes ces familles jusque là malmenées, un véritable miracle de Noël. Cette mesure de générosité montre qu’il suffit de bien peu pour que le respect et la paix remplacent les exclusions et la méfiance réciproque. Voilà une communauté paisible qui n’avait pas la messe tous les dimanches ni pour les grandes fêtes de l’Eglise mais seulement deux dimanches par mois. Voilà une communauté paisible qui avait une célébration à un horaire peu praticable pour les familles (la messe à 18 h). La réponse qui leur est faite est magnifique de simplicité, de loyauté et de générosité : nous vous donnons ce que vous demandez simplement et que le Pape encourage et cessons les mesquineries, les vexations et les humiliations.

3/ Le miracle de Noël de Limoges ne doit pas rester un cas isolé. Il y a aujourd’hui en France un très grand nombre de groupes stables (plus de 50 !!!) en situation de détresse qui, comme à Limoges jusqu’à une date récente, n'ont pas la messe au moins tous les dimanches. A titre d’exemple : un dimanche tous les deux mois comme à Saintes, une seule fois par mois à Moulins, Beaune, Evreux, Reims, Verdun, Biarritz, Meaux, Rambouillet, Genac… deux fois par mois à Castelnaudary, Rodez, Salon-de-Provence, Lisieux, Cornil, Compiègne, Amiens… ou trois fois par mois à Metz ou Loublande… ou pire encore, très rarement comme à Sens où la messe n'est célébrée que le 5ème dimanche du mois c'est-à-dire 4 ou 5 fois par an !!!

4/ Il y a aujourd’hui en France de très nombreux groupes qui ont des célébrations à des horaires non familiaux (18 h, 9 h , 12 h 15) comme à La Garenne Colombes, Lisieux, Evreux, Amiens, Blois, Sainte Jeanne de Chantal (Paris 16ème) ou à Notre-Dame du Travail (Paris 14ème).

5/ Rappelons qu'il y a toujours aujourd’hui en France 14 départements où il n'y a aucune « messe Extraordinaire selon le Motu Proprio » : Aisne, Alpes de Haute Provence, Ardèche, Ardennes, Creuse,Guadeloupe,Guyane, Indre (sauf l'abbaye de Fontgombault), Lozère, Haute-Marne,Martinique, Puy-de-Dôme (sauf l'abbaye de Randol), Haute-Saône et Seine-St-Denis alors qu’il existe des demandes et que l’on sait que dans ces diocèses comme dans tous les diocèse de France, 34% des catholiques souhaiteraient y assister régulièrement (voir sondage effectué par l’Institut de sondage CSA les 24 et 25 septembre 2008 à la demande de Paix Liturgique (Sondage CSA 08 01 153 B) : [lien]).

En plus de ces paroissiens diocésains dont l'attrait pour la liturgie traditionnelle est rappelée par ce sondage, l'existence dans ces diocèses de célébrations organisées par la FSSPX démontre que ce n'est pas l'absence de besoin des fidèles qui justifie ces absences de célébrations de messes "Motu proprio" mais un refus de faire enfin la paix…

6/ Alors voici nos vœux pour 2009…

si dans nos paroisses, si dans nos diocèses, si dans notre Eglise, …comme à Limoges l'on faisait la paix ?

Si comme à Limoges, on était loyal ?

Si comme à Limoges, on cessait d’avoir un a priori négatif sur les demandes d’application du Motu proprio ?

Si comme à Limoges, on cessait d’imposer de multiples obstacles et vexations pour empêcher la paix liturgique de s’instaurer dans nos paroisses ?

Prions donc et agissons avec toujours plus de zèle pour que demain d’autres Limoges se fassent jour, que cessent les politiques de guerre liturgique et que se bâtisse enfin la paix et la réconciliation dans l’Eglise.

2 janvier 2009

[Aletheia n°135] Il y a 40 ans, L’hérésie du XXe siècle

Aletheia n° 135 - 2 janvier 2009
Il y a 40 ans, L’hérésie du XXe siècle
Diffusé en librairie à partir de décembre 1968, L’hérésie du XXe siècle est un des livres les plus importants de Jean Madiran. Vingt ans plus tard, dans la postface écrite pour la réédition de cet ouvrage, il estimait : « S’il me fallait ne laisser après moi qu’un seul livre, ce serait celui-là ». Il précisait encore : « J’ai exprimé dans l’Hérésie toutes les raisons de mes refus et aussi toutes les idées pour lesquelles je me bats. Tous les combats auxquels j’ai, en quelque sorte, consacré ma vie.[1] »
Les premières lignes de l’avant-propos précisaient d’emblée : « L’hérésie du XXe siècle est celle des évêques. Non qu’ils en soient les inventeurs : mais les agents. Ils ne sont pas débordés par elle ; si elle a presque tout envahi, ce n’est pas en raison de leur impuissance ou de leur inattention, c’est parce qu’ils en sont. »
Comme toujours chez Madiran, ce coup d’estoc s’accompagnait d’une précision qui ne nuançait pas l’accusation mais faisait les distinctions nécessaires pour mieux circonscrire son périmètre :
« Les évêques : mais combien d’entre eux ?
La “majorité“, à ce qu’ils disent, et souvent même quasiment l’“unanimité“. Ils ont raison de le prétendre : ils ont raison en ceci que leur prétention ne se heurte à aucune contestation épiscopale. Un très petit nombre d’hérétiques, peut-être, fait marcher l’ensemble des évêques : mais enfin ils marchent, et ceux mêmes qui ne voudraient point marcher acceptent de faire semblant, ou de laisser croire qu’ils marchent aussi. […] Je ne suis pas juge des culpabilités : je réponds à l’agression des erreurs qui massacrent les âmes. Je constate que l’hérésie est enseignée par des évêques et n’est pas contestée par d’autres évêques. »
La suite du livre ramènera ces « erreurs qui massacrent les âmes » à sept « propositions », qu’il n’est pas inutile de rappeler aujourd’hui :
I. La transformation du monde (mutation de civilisation) enseigne et impose un changement dans la conception même du salut apporté par Jésus-Christ.
II. La transformation du monde nous révèle que la pensée de l’Eglise sur le dessein de Dieu était, avant la présente mutation, insuffisamment évangélique.
III. La foi écoute le monde.
IV. La socialisation n’est pas seulement un fait inéluctable de l’histoire du monde. Elle est une grâce.
V. Aucune époque autant que la nôtre n’a été en mesure de comprendre l’idéal évangélique de vie fraternelle.
VI. Dans un monde tourné vers la prospective, l’espérance des chrétiens revêt sa pleine signification.
VII. Le droit naturel est l’expression de la conscience collective de l’humanité.

On le voit, l’ouvrage analysait la crise du catholicisme d’alors – nous étions en 1968 – en remontant aux principes. L’hérésie du XXe siècle, disait Jean Madiran, est « le fruit d’une déchéance intellectuelle sans précédent » (p. 64), elle est « la fille religieuse de la philosophie moderne » (p. 66).
La recension de Marcel Clément
Marcel Clément, qui dirigeait alors L’Homme nouveau, a bien vu l’importance du livre.
L’histoire de L’Homme nouveau comme la biographie intellectuelle de Marcel Clément restent à écrire. À cette époque, Marcel Clément s’associait, avec éclat, à une « Adresse au Pape » signée par nombre de personnalités catholiques éminentes – P. Debray, J. de Fabrègues, E. Gilson, A. Latreille, G. Marcel, H. Massis, F. Mauriac, E. Michelet, J. Ousset, L. Salleron et d’autres.
Les signataires voulaient manifester leur « obéissance » au Saint-Siège, disaient leur « filiale affection » envers Paul VI, louaient « l’admirable effort de renouveau de l’Eglise inauguré par le Concile » tout en dénonçant « une petite minorité d’agitateurs, clercs et laïcs, qui prétendent régenter l’Eglise et jettent partout le trouble et le doute.[2] »
Dans le numéro qui suivit cette « Lettre d’adhésion au Saint-Père », Marcel Clément publia une recension du livre de Jean Madiran[3]. Cette marque d’estime publique ne manquait pas de courage. Marcel Clément rendait compte, dans le même article, d’un ouvrage que le P. Louis Bouyer, un des théologiens les plus importants du XXe siècle[4], consacrait à la crise de l’Eglise (La Décomposition du catholicisme, Aubier-Montaigne).
Du livre de Jean Madiran, Marcel Clément écrivait :
On peut dire du dernier ouvrage de Jean Madiran un peu l’inverse de ce que j’ai dit de celui du Père Bouyer. L’Hérésie du XXe siècle est sans doute polémique par la forme, il l’est très peu, ou pas du tout, par le fond.
La forme est parfois virulente. Certains y verront une attaque contre des personnes. Ce sera, d’une certaine manière, un contresens. Un peu comme de ramener ce que Péguy, naguère, écrivait à une attaque personnelle contre M. Laudet. On a, incontestablement ici, affaire à un genre littéraire caractérisé. La paille des mots ne doit pas dissimuler le grain des choses.
À travers l’évocation du mouvement des idées chrétiennes depuis cent ans, il n’est pas exagéré de dire que c’est un grand livre de philosophie que l’auteur vient d’écrire. Au moment même où, souvent, faute de culture chrétienne suffisante, la notion de nature semble vaciller dans les esprits, Jean Madiran, avec une admirable force démonstrative, la restaure, l’illustre et lui donne toute sa puissance en vue des heures de résurrection.
Comme le Père Bouyer, il dénonce dans la crise actuelle l’influence d’une mythologie. « L’Hérésie du XXe siècle relève de l’imaginaire ; elle est une mythologie : elle ne se fonde pas sur une fausse conception des rapports de la nature et de la grâce. Elle se fonde sur une méconnaissance radicale de l’ordre naturel, entraînant une méconnaissance égale de l’ordre surnaturel » (p. 64).
Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que le chapitre intitulé « préambule philosophique » et cet autre consacré à la « situation de la loi naturelle » me paraissent sans équivalent pour comprendre en profondeur les racines de la crise intellectuelle contemporaine.
Là, on va plus profond encore que le Père Bouyer.
Marcel Clément avait bien vu que Jean Madiran n’incriminait pas, personnellement, « les » évêques de France mais qu’il dénonçait d’abord une confusion intellectuelle. Vingt ans plus tard, l’auteur résumera ainsi son propos : « L’Hérésie du vingtième siècle c’est d’abord et avant tout la méconnaissance, le mépris et le refus de l’ordre naturel. Le refus de la loi naturelle comme étant universelle et obligatoire, vraie pour tous les hommes, en tous temps et en tous lieux. Certes le refus de cette vérité objective ne constitue peut-être pas, à proprement parler, une hérésie formelle ; mais plutôt une infirmité, dont les conséquences dans l’ordre religieux entraînent ce que l’on peut appeler une hérésie : c’est-à-dire la corruption des dogmes. Une hérésie d’autant plus pernicieuse que nous la vivons de manière imprécise, impalpable, indéfinissable.[5] »
Quarante ans après la parution du livre, où en sommes-nous ?La réhabilitation de la loi naturelle, c’est-à-dire sa juste compréhension et sa réintroduction dans le discours de l’Eglise sont en cours. En 1992, elle est à nouveau en bonne place dans le Catéchisme de l’Eglise catholique. Depuis, Benoît XVI, à plusieurs reprises, a insisté sur les conséquences de la méconnaissance de la loi naturelle, notamment « la dérive relativiste qui blesse dramatiquement la société ».
Il a aussi demandé à la Commission théologique internationale de préparer un document pour « que ce concept soit de nouveau proposé et rendu incompréhensible dans le contexte de notre pensée ». Après plusieurs mois de travail, ce document est prêt. Il a été présenté au Pape en décembre dernier et il porte comme titre (provisoire ?) : A la recherche d’une éthique universelle. Nouvel éclairage sur la loi naturelle.

Paul VI et le Périconcile
Entretien paru dans Monde & Vie le 22 novembre 2008
Peut-on dire, depuis la première édition de votre ouvrage en 1993, que l’historiographie a renouvelé notre vision de ce pontificat ?
Les travaux sur Paul VI se sont multipliés. Il ne se passe pas de mois sans que paraissent, dans tel ou tel pays, des études ou des témoignages nouveaux sur ce pontificat et son événement majeur, le concile Vatican II.
Cela dit, lors de la 1ère édition de mon livre, il y a quinze ans, il était déjà possible d’avoir une vision claire du rôle de Paul VI au concile Vatican II et dans l’élaboration de la réforme liturgique. Par exemple, les volumineux Mémoires de Mgr Bugnini, le maître d’œuvre de la réforme liturgique, étaient déjà parus. Ils sont essentiels à deux points de vue : d’une part, pour mesurer combien cette réforme a été « fabriquée » (l’expression est de celui qui est devenu Benoît XVI) ; d’autre part, parce qu’ils permettent de voir combien Paul VI a suivi de près cette réforme. Elle n’a pas été menée à son insu. Depuis, d’autres témoignages sur la réforme liturgique sont parus, mais ils n’ont fait que confirmer ou préciser ce que l’on savait déjà.
Une source de documentation pourrait modifier la vision que l’on a de Paul VI : l’ouverture des Archives Secrètes Vaticanes. Mais il faudra attendre, sans doute, au moins une vingtaine ou une trentaine d’années.
Un Benoît XV ou un Pie XII ont souffert de la guerre, Paul VI, lui, semble avoir été profondément marqué par la crise que vivait l’Eglise. Pourtant, paradoxalement, son action au sein du Concile Vatican II permet à la crise de s’affirmer. Peut-on parler d’un manque de lucidité sur la modernité et ses enjeux ?
Au concile de Vatican II, l’action de Paul VI est ambivalente, voire contradictoire. Je crois qu’il faut distinguer, plus qu’on ne l’a fait jusqu’ici, trois niveaux ou trois strates : les textes du concile, les interventions de Paul VI dans la vie du concile et ce que j’appellerai le périconcile.
1. Les textes du concile (constitutions dogmatiques, constitutions pastorales, décrets, déclarations) sont tous, sans exception, des textes de compromis et même, peut-on dire, des textes composites. Ils ne sont pas l’expression de la pensée personnelle de Paul VI, même s’il est évident qu’il les a approuvés.
2. Sa pensée personnelle, il faut la chercher ailleurs. Le Pape n’assiste pas ordinairement au concile. Il intervient indirectement : par certaines instances qu’il a mises en place, par des cardinaux ou des évêques auxquels il demande d’intervenir dans les congrégations générales, par certains théologiens proches de lui qui œuvrent au sein des commissions de travail restreintes. Enfin, Paul VI intervient directement mais très rarement : soit en prononçant des discours en séances solennelles (ses discours d’ouverture des IIe, IIIe et IVe session, par exemple) soit en faisant lire et insérer des amendements voire un texte complet (c’est le cas de la fameuse Nota explicativa praevia qui, ajoutée en dernière minute, vient rappeler la primauté pontificale et préciser le sens, limité, de la collégialité).
3. Enfin, il y a le périconcile que le Pape ne contrôle pas du tout. J’appelle ainsi les articles, livres, conférences, interviews que théologiens ou laïcs, et aussi évêques et cardinaux, multiplient avant l’ouverture du concile (dès l’annonce par Jean XXIII en 1959 et dès les travaux préparatoires), pendant les sessions conciliaires, pendant les intersessions et après le concile. On a là une « littérature » très abondante qui a influencé considérablement l’évolution de l’Eglise.
Ces trois niveaux ne se complètent pas forcément, ils ont pu s’opposer. Pour résumer : Paul VI n’a pas été univoque, il a pu se trouver, certaines fois, en opposition avec la tendance dominante du concile et avec le périconcile.
En dernière analyse, vous reprenez les mots de Jean Guitton : « Paul VI n’était pas fait pour être pape ». Quelle différence entre le « moment nécessaire » Benoît XVI d’avril 2005 et ce jour du 21 juin 1963 qui voit l’élection du cardinal Montini ?
Ce jugement de Jean Guitton m’a beaucoup surpris. Il a fréquenté Montini/Paul VI pendant vingt-huit ans. Il a publié trois livres sur lui, plutôt élogieux. Mais lors de notre longue rencontre, il a livré le fond de sa pensée, s’effrayant lui-même de ses propres audaces.
Les cardinaux qui ont élu Jean XXIII ont voulu élire un pape de transition. Ils ont eu, contre toute attente, un pape de révolution, si l’on peut dire. Après Jean XXIII, ils ont voulu élire un pape de continuité. Ils l’ont eu, trop peut-être. Paul VI a été débordé, en quelque sorte, par l’événement conciliaire et il n’a pas su maîtriser « la tempête qui a suivi » (l’expression est de lui). Mais c’est Jean XXIII qui avait ouvert l’outre aux vents.
Yves Chiron, Paul VI, Via Romana, 326 pages, édition révisée et complétée, index, 25 euros [disponible franco de port auprès d’Aletheia].
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NOTES
[1] Entretien accordé au journal Présent, 13-14 mai 1988.
[2] « Lettre d’adhésion au Saint-Père » publiée dans L’Homme nouveau, le 5 janvier 1969.
[3] « La crise du catholicisme. Fin ? Décomposition ? Hérésie ? », L’Homme nouveau, 19 janvier 1969.
[4] Les entretiens qu’il avait eus avec Georges Daix, Le Métier de théologien (Editions France-Empire, 1979), ont été réédités, sous le même titre, avec une préface de Hans Urs von Balthasar, un hommage du cardinal Lustiger et une postface de Jean Duchesne (Editions Ad Solem, 2005). On signalera aussi l’importante étude qui lui a été consacrée il y a quelques mois : Davide Zordan, Connaissance et mystère . L’itinéraire théologique de Louis Bouyer, 2008, 807 pages.
[5] Entretien à Présent, 13-14 mai 1988.

31 décembre 2008

[Abbé Régis de Cacqueray-Valménier, fsspx] D'un préalable l'autre - Voeux 2009 aux fidèles

SOURCE - Abbé Régis de Cacqueray-Valménier, SSPX/France - La Porte Latine - 31 décembre 2008

Les voeux 2009 aux fidèles
Suresnes , le 31 décembre 2008
"D’UN PREALABLE L’AUTRE"

« On emploie plutôt « second » quand il n’y a que deux choses. »
Dictionnaire Robert
« Si l’on prend le terme de « secondaire » au sens que nous avons dit, et qui est le sens primitif : est second ce qui suit…ce qui résulte de l’autre. »
Romano Amerio
« Jeanne d’Arc a aujourd’hui moins de sceptiques qu’elle n’en trouva de son temps. »
Jacques Bainville

Au début de l’année 2001, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X précisa et porta à la connaissance du Saint-Siège « les trois étapes » qu’il lui semblait nécessaire de respecter pour continuer à travailler à la résolution de la crise doctrinale de l’Eglise et, par voie de conséquence uniquement, à la régularisation canonique de sa propre situation.

L’exposition rendue publique de cette ligne stratégique fut accueillie par de nombreuses critiques défavorables, surtout au motif que le principe de signifier à Rome, comme première étape, des préalables à toute discussion avec elle, parut, sinon inadmissible, du moins parfaitement déplacé. Cette prétention, déjà jugée exorbitante en elle-même, ne dissimulait-elle pas, en sus, une volonté inavouée de la Fraternité de rester dans son coin et de reporter aux calendes grecques l’heure de sa réintégration ?

La « stratégie » de la Fraternité


Pour la déception de certains, la joie des autres, l’itinéraire proposé par la Fraternité pour parvenir à des « accords » fut donc jugé impraticable : comment Rome aurait-elle pu accepter de se laisser dicter une ligne de conduite, émise, de surcroît, sans la moindre concertation, par cette Fraternité « exclue de l’Eglise » ? N’eût-ce pas été donner à celle-ci une importance démesurée et se placer  à la remorque de sa marginalité, pour le plus grand agacement de presque tous ?

A noter cependant que la lente diplomatie romaine ne produisit pas plus de contre-proposition en place de celle de la Fraternité qu’elle n’exprima - au moins publiquement - son accord ou son désaccord à l’idée de devoir passer sous les fourches caudines qui lui avaient été désignées, il faut le dire, non sans quelque audace ou ingénuité. Ce fut toutefois ce silence officiel où Rome se maintint, qui contribua finalement, faute de l’expression d’une autre proposition ou du refus de celle qui lui avait été indiquée, à rendre peu à peu la stratégie de la Fraternité, restée seule sur le terrain diplomatique, maîtresse de celui-ci jusqu’à ce jour, au point de s’être imposée, sans combat, comme la référence naturelle en fonction de laquelle chacun prit l’habitude de se placer ou de se déplacer, et de désormais se situer dans les relations qui s’ensuivirent.

Etant donné que la présentation de ces deux préalables ne forme que la première des trois étapes de l’itinéraire suggéré par la Fraternité, ni le succès partiel qu’elle a obtenu à la suite de sa première requête, ni l’autre succès qui proviendrait de l’obtention de la seconde, ne suffiraient donc, par eux-mêmes, à régler le différent, d’essence purement doctrinale, qui l’oppose à « la Rome conciliaire », et dont le traitement a été fixé à la deuxième des trois étapes.

Aussi, les deux préliminaires n’entendent nullement se substituer à l’examen des questions doctrinales. Telle n’est pas leur fonction. En vertu même de leur statut, ils n’ont d’autre office que d’y préluder et de créer un climat propice à leur bon déroulement. Ils ont été choisis et formulés pour être présentés à un interlocuteur à venir, que l’on espère capable d’apprécier l’intérêt qu’il y a à exaucer ces deux requêtes pour le bien de toute l’Eglise, mais dont on sait en même temps, au moins à l’instant où l’on est encore, sa persistance à suivre et à professer les déviations conciliaires.

Qu’il s’agisse donc de la messe de Saint Pie V ou des « excommunications de 1988 », les préalables n’ont pas la prétention de faire valoir auprès du Saint-Siège tout ce que veut obtenir la Fraternité sur de tels sujets. Sur le premier point, la Fraternité n’a, en effet, jamais fait mystère de sa volonté de parvenir à l’éradication pure et simple de la nouvelle messe. Quant au second, elle entend bien que Rome finira par conclure à la nullité des « excommunications de 1988 ».

Mais elle a bien conscience qu’il ne pourra, logiquement, lui être donné entière satisfaction, sur ces deux points, qu’après l’aboutissement heureux de la deuxième étape de sa stratégie. C’est pourquoi elle a jaugé, dans le choix des deux préalables qu’elle a posés et dans leur formulation précise, ce qui pourrait, dans un premier temps, être déjà obtenu d’un pape, toujours attaché à défendre du Concile, mais paradoxalement soucieux de chercher les moyens de porter remède au délabrement de l’Eglise et aux injustices commises. Or il est apparu que le pape Benoît XVI présentait ce profil.

Malgré ce sage réalisme, les deux préalables à toute discussion n’en demeuraient pas moins, l’un comme l’autre, d’inacceptables remises en cause. Qu’on en juge ! Alors que Paul VI avait bel et bien eu la volonté de remplacer l’ancienne messe par la nouvelle, la Fraternité ne demandait rien de moins que la reconnaissance du droit des prêtres à l’avoir toujours célébrée et à la célébrer encore.

Quant aux sacres du 30 juin 1988, ils se trouvaient, ipso facto, sanctionnés par l’excommunication prévue dans le nouveau Code de droit canonique. Or la Fraternité se refuse pourtant à demander « une  levée des sanctions ». Elle cherche à obtenir « le retrait du décret des excommunications » et il n’échappe à personne que les termes qu’elle a employés pour traduire sa requête l’ont été à dessein. Elle veut que soit bien manifestée sa conviction de la nullité des sanctions et, si Rome se décide à agir, qu’elle le fasse en laissant au moins la porte ouverte à cette hypothèse canonique.

Tous les ingrédients paraissaient donc rassemblés pour que cette stratégie demeurât lettre morte, gelât davantage les relations entre Rome et la Fraternité et, plus grave, portât même  préjudice à une éventuelle volonté romaine de reconnaître le droit des prêtres à célébrer la messe de toujours.

Si cette perspective n’est pas inexacte, la décision de la promulgation du Motu Proprio du  7 juillet 2007 apparaît alors comme encore plus surprenante. Comment le Pape aurait-il pu se résoudre à franchir un si redoutable Rubicon si la question de cette messe ne s’était pas d’abord présentée à lui comme une affaire de conscience, s’il n’avait perçu un état de nécessité suffisamment grave pour se risquer sur un tel terrain et s’il n’avait escompté tirer des avantages décisifs de son Motu Proprio ? Aurait-il bravé l’épiscopat du monde entier, comme il l’a fait, pour une affaire jugée secondaire? Et, parce qu’il s’y est décidé, une question ne manque pas d’être désormais sur toutes les lèvres : s’il a osé accorder le premier, donnera-t-il aussi le second des deux préalables ?

D’une attente à  l’autre


A peine avons-nous eu le temps de nous laisser éduquer aux lenteurs romaines par ce jeu de patience qui précéda l’exaucement de notre premier préalable que nous nous trouvons en effet conviés, sans même avoir retrouvé notre souffle, à l’attente du second ! Saurons-nous tirer de notre première expérience d’endurance le meilleur profit ? Vivre celle qui a débuté comme il convient? Au fait, ne serait-ce pas tout simplement à la seule cadence de nos rosaires?

Pas seulement ! Si la prière est bel et bien la respiration de nos âmes, elle ne tient cependant pas lieu de tout et ne nous dispense pas du reste. Les instants que nous vivons doivent également être utilisés à anticiper une profonde réflexion à propos de cette défense et de cette confession publique de la foi auprès de Rome, qui sera peut-être « l’heure » par excellence de la vie de notre Fraternité.

Il faut vraiment nous attendre à ce que ces moments, qui pourront apporter leur pierre décisive au redressement de la vie de l’Eglise, finissent par survenir. Nous devons, par conséquent, avoir ce grand souci de comprendre nous-mêmes, toujours plus profondément, que la restitution partielle de la messe devra être suivie de sa restitution totale et de celle de la foi. Gare à nous, clercs et laïcs, si nous ne parvenons pas à une conscience suffisante des véritables enjeux et des profondeurs de notre combat. Notre rang de soldats de Dieu nous demande de ne pas nous laisser bercer par l’espoir du retrait d’un décret qui, s’il arrivait, ne signerait pas même un armistice. L’attente n’est pas la passivité. Ce moment doit être impérativement mis à profit à poursuivre l’instruction et la formation de chacun, son affermissement et son aguerrissement.

Rappelons-nous donc les fautes et les imperfections constatées au cours de cette première période d’attente pour n’y pas retomber. Au fur et à mesure que des bruits, toujours plus nombreux et toujours plus insistants, certains en provenance de Rome, nous avertissaient que le pape allait publier un texte en faveur de l’ancienne messe, les esprits eurent tendance à se partager entre scepticisme et euphorie. Le temps passant, ils s’échauffèrent et il se répandit un climat d’excitation finalement peu propice à une réflexion objective sur la signification exacte que revêtirait  la concession du premier préalable.

D’un préalable l’autre


Quoique imparfait et insatisfaisant sous de nombreux rapports, il apparaît aujourd’hui comme une évidence que ce Motu Proprio  fait bien date dans l’histoire du désenclavement de la messe traditionnelle. Il méritait d’être salué par la Fraternité, qui n’y a pas manqué, au moins pour cet aveu pontifical tant attendu que la messe de Saint Pie V n’avait jamais été abrogée et pour cette reconnaissance conséquente que tout prêtre avait toujours eu le droit de la célébrer et avait donc présentement le droit de le faire.

Par ailleurs, il correspondait et répondait, dans sa matérialité, au premier préalable suggéré par la Fraternité et pour lequel elle avait réclamé de ferventes prières. S’il n’était sans doute pas explicitement présenté comme une réponse à sa première requête, il l’était de facto. Non content d’indiquer une certaine rencontre de la pensée du Pape avec la nôtre sur ce  premier bien que l’on escomptait de la reconnaissance de la liberté de la messe, il se prêtait trop visiblement à être perçu comme un signe à l’égard de la Fraternité pour n’avoir pas été pensé et mesuré comme tel.

Remarquons aussi qu’il n’a pas répugné à Benoît XVI de s’inscrire visiblement dans cette logique, pourtant émise et unilatéralement définie par la Fraternité, alors qu’il savait bien qu’on ne manquerait pas, ou pour l’en louer ou pour l’en blâmer, de le souligner. Quoique d’en avoir joué le premier acte ne l’engage pas, il est vrai, pour ceux qui suivent, s’y être commis n’est cependant pas neutre et il le sait bien. D’autant plus que le Pape n’était pas sans ignorer que l’effet secondaire de la publication du Motu Proprio serait l’immanquable accentuation du discrédit qui affecterait les fulminations portées par Rome contre la Fraternité. En affirmant que la messe n’avait jamais été interdite, le discours pontifical donnait raison, hélas seulement après sa mort, à celui qui l’avait toujours affirmé, quasi-isolément parmi tous les évêques: « Le vénéré Monseigneur Lefebvre ».

A la suite d’une telle réhabilitation implicite de son grand combat pour la messe, même si elle ne demeure encore que partielle, sera-t-il longtemps possible au Pape de maintenir le souvenir de « l’excommunication  » de celui qui, à peu près seul, eut le courage de le mener contre tous, qui ne s’est pas laissé intimider et dont la récompense, pour le moment, n’a cependant consisté que dans la salissure de sa mémoire ?

Est-il vraiment possible qu’un combat si héroïque, dont l’utilité pour l’Eglise ne cesse et ne va désormais plus cesser de se révéler davantage, puisse avoir été mené par un homme mauvais, mauvais d’une malice qui aurait été plus ténébreuse que celle de Luther, et dont la mémoire devrait à jamais demeurer maudite ? Maudit, celui sans qui cette messe n’aurait toujours pas été rendue à l’Eglise ? Qui osera encore le prétendre ? Qui ne commence, au contraire, à percevoir cette réunion et ce bourgeonnement de tous ces signes laissant pressentir que ces   « excommunications » étaient bien une forfaiture et que l’on  ne peut plus, plus longtemps, laisser croire qu’elles ont existé et qu’elles existeraient encore ?

Admettons - dato, non concesso - que les consécrations épiscopales de 1988 n’eussent d’ailleurs pas eu d’autre but que leur décisive et incontestable contribution à la sauvegarde et au maintien de la messe. Ce seul souci, si grave et si sacré, n’eût-il pas dû déjà suffire et, aujourd’hui encore, ne  le devrait-il pas encore, à concéder la réalité d’un état de nécessité, au moins liturgique, auquel Monseigneur Lefebvre se trouvait acculé et duquel il s’est réclamé ?

Ou, si l’on ne peut ou qu’on ne veut avouer cette nécessité pourtant évidente, ledit souci ne devrait-il pas suffire à faire reconnaître du moins la noblesse de son intention et, au vu de l’éminent service ainsi  rendu à l’Eglise, à empêcher de s’attarder sur une «  faute » qui, par la suite, se serait avérée comme si bienheureuse qu’elle ne mériterait  d’autre sanction que la magnanimité pontificale ? S’il n’est aucunement le nôtre, ce raisonnement devrait, en revanche, trouver attentifs nos interlocuteurs soumis à un nouveau Code de droit canonique qui le favorise.

Que la pensée de Benoît XVI chemine en ce sens n’aurait vraiment pas de quoi nous étonner. Si lui-même n’avait pas d’abord été intimement convaincu d’une grave nécessité provoquée par l’état de déliquescence liturgique, aurait-il alors encouru ce risque de braver et de se mettre à dos la grande majorité de l’épiscopat ? S’il l’a pris, c’est que, lui aussi, avait particulièrement conscience d’un état de nécessité liturgique suffisamment grave pour  devoir intervenir.

Bien que nous trouvions – et nous ne nous en cachons pas - considérablement à redire sur la doctrine et sur la théologie du Pape, enracinées sur les textes du Concile, ces graves réserves ne nous empêchent pas de penser en même temps que Benoît XVI ne manque ni d’intelligence ni d’une indiscutable probité. Il sait parfaitement qu’il n’aurait pu rendre la messe à l’Eglise si l’attachement à cette liturgie et la  revendication de sa liberté n’avaient été maintenus et transmis par le Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X . Ces excommunications, elles traînent dans son âme de pape comme une poussière dans un œil. Nous pensons qu’elles le font pleurer et qu’elles obscurcissent son regard : combien de temps, lui qui veut voir, les supportera-t-il encore ?

Dès lors, tout espoir ne devient-il pas possible ? Ce premier clin d’œil pontifical ne nous laisse-t-il pas le droit de penser que le Pape ne s’arrêtera plus en si bon chemin ? A-t-il pu, en choisissant de faire le premier pas, ne pas se poser la question du second, ne pas songer à cette logique qui presse, de toutes ses fibres, à remonter d’un préalable à l’autre, c’est-à-dire d’un agir reconnu bienfaisant à un être qui ne peut donc être malfaisant ?

D’ailleurs, les deux demandes se ressemblent. Dans les deux cas, il ne s’agit, en définitive, que d’obtenir l’aveu d’un non-être : non-être de l’interdiction de la célébration de la messe de Saint Pie V, non-être des excommunications et nullité d’un décret honteux. Si la première croisade du Rosaire a été suivie du Motu Proprio sur la messe, la seconde pourrait bien aboutir au retrait du décret des excommunications.

Le second préalable

Avant l’obtention du premier préalable, peu nombreux ont réellement été ceux qui ont conjecturé que Rome se hasarderait à l’accorder malgré la hargne épiscopale. Peu ont cherché, en conséquence, à prendre la véritable mesure d’un tel événement. Après son obtention, il est encore possible, ou d’avoir tendance à en relativiser la signification et la portée par un juste souci de ne pas risquer un emballement injustifié envers le pape Benoît XVI, ou bien d’avoir été soi-même touché par cet emballement.

Il faut bien réfléchir et prier pour trouver l’équilibre dans le jugement et éclairer les âmes comme il le faut, ne pas écarter l’hypothèse du retrait du décret comme improbable, ne pas non plus l’annoncer, telle madame Irma, comme allant certainement se produire sous peu.

Parce que le décret peut très bien ne pas être retiré avant longtemps encore, il faut en montrer la nullité et  l’injustice et démontrer en même temps qu’il est l’aboutissement de la machine conciliaire rejetant Foi et Tradition. Tant que l’apparence de cette sanction subsistera, nous continuerons à la porter comme une légion d’honneur, comme le symbole d’un glorieux opprobre, celui qu’a valu à nos évêques leur seule fidélité.

Parce que le retrait du décret peut également se produire rapidement, il est de notre devoir d’en anticiper la déclaration de manière à ce qu’un tel acte, s’il doit se produire, soit uniquement jugé selon sa signification exacte. S’il s’agit réellement du retrait du décret – et non pas d’une levée des excommunications - il sera alors le commencement de la réparation de l’injustice inouïe que l’on sait et nous pourrons nous en réjouir.

En effet, même s’il ne s’agira, en définitive, que d’un premier pas vers la réparation d’une indignité, nous éprouverons à l’égard du pape qui le décidera un véritable sentiment de gratitude qu’il ne faudra aucunement hésiter à exprimer. Les pas suivants n’arriveront sans doute qu’après le succès de la deuxième étape : explicitation que le retrait du décret est dû à la nullité des « excommunications », réhabilitation solennelle de Monseigneur Lefebvre et, nous le croyons, ouverture d’un tout autre procès, celui qui débouchera sur la déclaration de l’héroïcité de ses vertus.

Si, en revanche, il s’agissait d’une « levée des excommunications », les choses seraient tout autres. Il ne correspondrait pas à notre deuxième préalable et ne laverait nullement nos évêques du mauvais procès qui leur a été fait. Laissant alors accroire que les peines prononcées n’étaient pas nulles et qu’elles étaient peut-être même méritées, n’en résulterait-il pas, dans un certain sens au moins, un nouveau mal plus profond ? Rome aurait alors enlevé, avec une apparence miséricordieuse, des sanctions qui se trouveraient, par le même acte, confirmées comme ayant été validement, voire légitimement portées.

Nous avons entendu dire que certains prêtres des Instituts Ecclesia Dei s’étaient joints à notre croisade du Rosaire et nous les en remercions. Nous voudrions simplement  leur signaler que notre croisade vise à obtenir le retrait d’un décret nul et affligeant, non celui d’une peine  que nous savons être inexistante. Cette distinction est de taille ! L’existence de cette Commission Ecclesia Dei juchée sur la condamnation de Monseigneur Lefebvre, comme l’acceptation d’en être, est un authentique sujet de scandale. Nous n’avons jamais compris, en particulier, comment certains, qui lui doivent tout et sont convaincus de la nullité de ces excommunications, s’y soient  fourvoyés. Puissent-ils protester contre une telle tutelle et s’en émanciper. Ne serait-ce pas là une façon de payer leur dette de reconnaissance à l’égard de Monseigneur Lefebvre ?

Quoi qu’il en doive être, si nous avons mené à bien cet effort d’expliquer ce qui anime notre Fraternité, les âmes ne se trouveront pas décontenancées. Ces deux préalables, aussi importants qu’ils soient, ne sont, in fine, rien d’autre que le début d’un long processus !

Toutes les questions les plus sérieuses, celles qui portent sur la foi elle-même, restent à aborder. C’est le cœur de notre combat et nous n’avons pas un iota à en concéder. Ce ne sera donc certes pas un manque de gratitude, mais un acte de charité, de continuer à exprimer bien nettement tous nos désaccords avec la doctrine empoisonnée du Concile. Donnons-nous du mal, dès à présent, pour réfuter ce sentimentalisme si commun qui voudrait, comme réponse aux avancées du Pape, que nous cessions nos critiques au sujet de sa pensée, pourtant résolument inscrite dans son herméneutique de la continuité de Vatican II, absolument inadmissible.

Ne laissons jamais dire que « ces discussions théologiques » sont une affaire de spécialistes et ne nous regardent pas. Il faut insister pour démontrer que c’est tout le contraire : parce qu’elles touchent à la foi, ces questions nous regardent tous éminemment, clercs et laïcs. Nous devons donc nous donner du mal pour en comprendre et pour en faire comprendre les enjeux.

Vatican II, c’est le découronnement politique de Notre Seigneur Jésus-Christ et le déni de Ses droits sur les sociétés. Vatican II, c’est une bienveillance infiniment dommageable et scandaleuse pour les âmes à l’égard de ces sociétés, convoyeuses de l’erreur et du vice et pourvoyeuses de l’Enfer, bien improprement appelées « autres religions ». Vatican II, c’est ce triomphe du démocratisme dans l’Eglise qui rend toute autorité chimérique et tout commandement à peu près  impossible, qui permet la prolifération de l’hérésie et du schisme. Vatican II, c’est en réalité le plus grand désastre qui se soit jamais produit dans l’Eglise.

Pour s’en remettre, elle doit s’en défaire. En aucune manière, la Fraternité ne pourra donc cesser son immense combat de confession de la foi qui comporte obligatoirement la dénonciation de l’erreur. Elle doit rester humble et respectueuse mais intrépide, impavide, pour continuer à dire tout ce qu’elle doit dire, confesser tout ce qu’elle doit confesser, dénoncer tout ce qu’elle doit dénoncer.

De sainte Jeanne d’Arc à Monseigneur Lefebvre


L’heure n’est-elle pas venue de se souvenir du procès de sainte Jeanne, de celle qui fut brûlée, le 30 mai 1431, comme sorcière, hérétique et relapse sur la  place du Vieux Marché de Rouen ?

Ce fut son admirable mère, Isabelle Romée, qui obtint la tenue d’un nouveau procès d’Inquisition. Le 7 juillet ( n’est-ce pas une date que nous connaissons déjà ?) 1456, dans la grande salle du palais archiépiscopal de Rouen, les commissaires pontificaux, sous la présidence de Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, déclarèrent le procès de condamnation de Jeanne et la sentence « entachés de vol, de calomnie, d’iniquité, de contradiction, d’erreur manifeste en fait et en droit y compris l’abjuration, les exécutions et toutes leurs conséquences » et, par suite, « nuls, invalides, sans erreur et sans autorité ».

Aujourd’hui, bien que, certainement, la sainte mère de Monseigneur Lefebvre, du haut du Ciel, l’attende aussi avec confiance, c’est la Fraternité Saint-Pie X, sa fille, qui demande justice pour son père. Nous sommes certains que, de lui, les catholiques avoueront, un jour, ce que d’aucuns avaient pressenti de Jeanne : « Ta mort sera ta vie. ». Et les Français, de même qu’ils éprouvent une légitime fierté de compter, parmi les leurs, une telle enfant, en ressentiront une non moins vive, du service rendu à l’Eglise par cet archevêque, autre insigne rejeton et honneur de leur race.

Tous les deux jugèrent, au lendemain de ces sacres fameux, dont ils avaient bien conscience qu’ils leur vaudraient les plus violentes incompréhensions et représailles de leurs juges, avoir achevé leur épopée. Pour l’un comme pour l’autre, le sacre, celui d’un roi ou celui de quatre évêques, est l’instant par excellence vers lequel convergent leurs admirables missions. Et de leurs chevauchées et de leurs destinées et de leur fidélité au plan de Dieu, l’on n’a rien compris et l’on ne comprendra jamais rien si l’on n’a pas perçu  qu’elles sont toute tendues vers ces sacres sauveurs.

Leur génie ou leur sainteté, le sceau de leur inspiration divine comme le symbole de leur indomptable détermination, ne se manifeste, dans toute son amplitude, qu’à l’heure de ces consécrations victorieuses. Leur mission s’achève et culmine en ces sacres, qui ont déjà valu à l’une et vaudront un jour à l’autre, bien plus que dans tout autre acte de leur vie, la déclaration de l’héroïcité de leurs vertus et les rendent, l’un de l’autre, si théologiquement proches ! Il est saisissant de voir d’ailleurs à quel point les réflexions des meilleurs biographes ou des hagiographes de Jeanne éclairent aussi la vie de notre fondateur.

Or donc, en 1456, lecture de la réhabilitation de Jeanne fut donnée dans toutes les grandes villes du royaume de France. A notre tour, nous espérons patiemment l’heure (et nous sommes fermement convaincus qu’elle viendra) où chaque évêque de notre pays, chacun dans sa cathédrale, sera invité à annoncer que ces prétendues sanctions portées contre nos évêques n’avaient en réalité jamais existé. Tout au contraire, que Monseigneur Lefebvre, par son courage du 30 juin 1988, avait rendu un signalé service à l’Eglise. Au préalable, ils auront bien sûr, chacun dans son évêché, sabré le champagne, celui du sacre de Reims ou des sacres d’Ecône, pour fêter cette réparation ! Qu’on veuille bien  nous pardonner cette petite malice - qui n’en est d’ailleurs pas forcément une ! - d’avoir imaginé cette plaisante scène.

Quoi qu’il en soit, nous voudrions inviter chacun à bien réfléchir sur la lumière que fournit l’obtention du premier préalable. La Fraternité l’a demandé et elle l’a désormais obtenu. Il aurait sans doute été concédé plus tôt si elle avait été plus vigoureusement imitée et soutenue dans sa demande et dans sa prière. Aujourd’hui, elle a commencé une seconde prière et une seconde demande - non pour réclamer la levée des excommunications ! - mais pour requérir le retrait du honteux décret.

Personne ne doit penser que cette seconde requête n’intéresserait cette fois-ci - à la différence de la première - que les seuls membres et les seuls fidèles de la Fraternité ! D’abord parce que tous et chacun d’entre nous ont toujours le devoir d’être concernés, dès qu’est mené un combat au service de la vérité et de la justice. Et ensuite et surtout, parce que l’obtention du second préalable ouvrira enfin, officiellement, sur le débat tant attendu de ces questions graves et décisives que le Concile pose à la conscience catholique.

Puissent les catholiques contemporains ne pas avoir à éprouver la confusion de s’avouer trop tard qu’ils se sont contentés  d’avoir couru au secours de la victoire, faute d’avoir sans doute eu le courage de s’affranchir des consensus et d’avoir su soulever la chape du « religieusement correct ». Ce serait d’autant plus dommage qu’il devient aujourd’hui facile de sentir que le vent a commencé à tourner et de flairer ce que sera l’aboutissement de toute cette affaire !

Le bourreau de Jeanne, après avoir allumé le feu qui devait la dévorer vivante, s’écria : « Nous sommes perdus : nous avons brûlé une sainte. » Nous nous demandons si les personnes les plus secrètement confuses ne seront pas, un jour, celles qui auront voulu s’obstiner à croire ou à faire semblant de croire à « ces excommunications » et qui, d’une voix grave et peinée, font, toujours aujourd’hui, prier pour leur levée et pour le retour des schismatiques dans le giron de l’Eglise. Qui sera donc le dernier à dire y croire encore ?
Quant à la Fraternité, elle continue, aussi paisiblement qu’il est possible d’avancer paisiblement dans une tempête, à suivre son cap. Avec ou sans le retrait du décret des excommunications, elle se trouve d’autant plus résolue à ne pas baisser les bras et à ne pas passer avec Rome «  l’accord de l’eau et du feu » que sa providentielle stratégie a été reconnue et choisie et a même commencé à porter ses fruits.

Par la grâce de Dieu, elle passera, en cette année 2009, le seuil des cinq cents membres prêtres. En France, elle a la joie de vous annoncer, après la bénédiction de la nouvelle église construite au cœur de la ville de Rouen, l’ouverture, pour cette nouvelle année, de deux nouveaux lieux de culte dans la région parisienne, l’un en plein Paris et l’autre près de Meaux, et espère bien, dès la rentrée prochaine, ouvrir un prieuré à Rouen et une nouvelle école primaire à Brest.

Pour l’avancement de notre apostolat, nous vous remercions, de tout notre cœur, de vos prières et de votre soutien. Nous devons, partout, tout continuer à tout construire par nous-mêmes car les lieux de culte nous sont toujours refusés. A mesure que s’entassent davantage les décombres du Concile, il semble en effet que les évêques, plutôt que de chercher à s’en dégager, préfèrent se laisser également ensevelir avec ce qu’il subsiste de leurs diocèses.

Nous ne nous plaignons pas de payer au prix fort notre liberté de parole et de confession de la foi. Mais c’est un fait, dont on doit avoir bien conscience, alors que les églises vides nous demeurent obstinément fermées - comme à Amiens - et que nous devons payer, jusqu’au dernier centime, chaque arpent de nos installations et chaque pierre de nos constructions, que le combat de la foi ne s’est miraculeusement maintenu et ne demeure que dans cet ostracisme et dans cette immense précarité auxquels nous restons confrontés.

Plus que jamais, afin d’intensifier notre résistance et afin de propager la foi, nous avons besoin  de votre aide. Nous vous remercions de ce soutien indispensable pour que nous puissions toujours davantage développer notre apostolat pour la gloire de Dieu, pour le salut des âmes, pour que la foi soit transmise à nos enfants et qu’elle ne disparaisse pas de notre pays. Sainte Jeanne l’a dit et l’a vécu : « Il faut besogner quand Dieu veut. Besognons et Dieu besognera. »

Chers Amis et Bienfaiteurs, en ce début d’année 2009, rempli d’une invincible certitude que l’heure de Dieu et du triomphe de sa justice surviendra, je vous présente tous mes vœux pour qu’enracinés dans ce combat de la foi, nous continuions à le mener, tous ensemble et jusqu’au bout, dans le creuset des vertus chrétiennes et dans le Cœur Douloureux et Immaculé de la très Sainte Vierge Marie.

Abbé Régis de Cacqueray-Valménier
, Supérieur du District de France

29 décembre 2008

[Paix Liturgique] Mgr Malcom Ranjith nous éclaire sur les formes nécessaires d'adoration et de respect de la présence réelle dans l'Eucharistie

SOURCE - Lettre 158 de Paix Liturgique - 29 décembre 2008

Nous reproduisons ci-après l'introduction rédigée par Mgr Malcom Ranjith de l'ouvrage Dominus Est, Pour comprendre le rite de communion pratiqué par Benoît XVI de Mgr Athanasius Schneider, publié au éditions Tempora.

Dans le livre de l’Apocalypse, saint Jean raconte qu’après avoir vu et entendu ce qui lui avait été révélé, il s’était lui-même prosterné en adoration, au pied de l’ange de Dieu (cf. Ap 22, 8). Se prosterner ou se mettre à genoux, devant la majesté de la présence de Dieu, en une adoration humble, était déjà une habitude de respect que le peuple d’Israël manifestait en la présence du Seigneur.

Il est dit au Premier livre des Rois : « Quand Salomon eut achevé d’adresser au Seigneur cette prière et cette supplication, il se releva de devant l’autel du Seigneur, où il était agenouillé, les mains étendues vers le ciel, et s’étant mis debout, il bénit toute l’assemblée d’Israël » (1 R 8, 54-55). La position de supplication du roi est claire : il était à genoux devant l’autel. La même tradition est également visible dans le Nouveau Testament quand nous voyons Pierre se mettre à genoux devant Jésus (cf. Lc 5, 8), Jaïre lui demander de guérir sa fille (Lc 8, 41), le Samaritain revenir le remercier ou Marie, la sœur de Lazare, demander la vie de son frère (Jn 11, 32). C’est la même attitude de prosternation devant la stupeur que provoque la présence ou la révélation divine que l’on remarque généralement dans le livre de l’Apocalypse (Ap 5, 8, 14 et 19, 4).

À cette tradition était étroitement liée la conviction que le Temple Saint de Jérusalem était la demeure de Dieu, et que, par conséquent, il fallait y disposer tout le corps dans une attitude exprimant un sentiment profond d’humilité et de respect à l’égard du Seigneur présent. Même dans l’Église, la conviction profonde que, dans les espèces eucharistiques, le Seigneur est vraiment et réellement présent ainsi que la pratique croissante de conserver la Sainte Communion dans les tabernacles, ont contribué à l’habitude de s’agenouiller dans une attitude d’humble adoration du Seigneur, présent dans l’Eucharistie. De fait, en ce qui concerne la présence réelle du Christ dans les espèces eucharistiques, le Concile de Trente déclare : in almo sanctae Eucharistiae sacramento post panis et uini consecrationem Dominum nostrum Iesum Christum uerum Deum atque hominem uere, realiter ac substantialiter sub specie illarum rerum sensibilium contineri, « dans le vénérable sacrement de la sainte Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est vraiment, réellement et substantiellement contenu sous l’apparence de ces réalités sensibles »(DS 1651).

Par ailleurs, saint Thomas d’Aquin avait déjà défini l’Eucharistie latens Deitas (Saint Thomas d’Aquin, Hymne Adoro Te devote). La foi dans la présence réelle du Christ sous les espèces eucharistiques appartenait déjà alors à l’essence de la foi de l’Église catholique et faisait partie intégrante de l’identité catholique. Il était clair qu’on ne pouvait édifier l’Église si une telle foi venait à peine à être ébranlée. Donc, l’Eucharistie, pain transsubstantié en Corps du Christ et vin en Sang du Christ, Dieu parmi nous, devait être accueillie avec émerveillement, avec le plus grand respect et dans une attitude d’humble adoration.

Le Pape Benoît XVI, en se référant aux paroles de saint Augustin, nemo autem illam carnem manducat, nisi prius adorauerit; peccemus non adorando, « que personne ne mange cette chair sans d’abord l’adorer ; nous pécherions si nous ne l’adorions pas » (Enarrationes in Psalmos 98, 9 ; CCL 39, 1385), souligne le fait que « recevoir l’Eucharistie signifie se mettre en attitude d’adoration envers Celui que nous recevons. […] Ce n’est que dans l’adoration que peut mûrir un accueil profond et vrai » (Sacramentum Caritatis 66).

Selon cette tradition, il est évident qu’adopter des gestes et des attitudes du corps et de l’esprit qui facilitent le silence, le recueillement, l’humble acceptation de notre pauvreté face à la grandeur infinie et à la sainteté de Celui qui vient à notre rencontre sous les espèces eucharistiques, devenait cohérent et indispensable
. La meilleure façon d’exprimer notre sentiment de révérence à l’égard du Seigneur-Eucharistie était de suivre l’exemple de Pierre qui, comme nous dit l’Évangile, se jeta à genoux devant le Seigneur en lui disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur » (Lc 5, 8).
Aujourd’hui, comme nous le voyons dans certaines églises, une telle pratique est tombée toujours plus en désuétude, et les responsables, non seulement exigent que les fidèles reçoivent la Sainte Eucharistie debout, mais ont même été jusqu’à supprimer les agenouilloirs, obligeant les fidèles à s’asseoir ou à se tenir debout, même durant l’élévation des Espèces eucharistiques présentées pour être adorées. Le comble est de constater que de telles mesures ont été prises dans les diocèses, par les responsables de la liturgie, ou dans les églises, par les curés, sans même consulter le moins du monde les fidèles, alors qu’aujourd’hui, plus que jamais, on parle dans de nombreux milieux de démocratie dans l’Église.

Dans le même temps, il faut reconnaître, au sujet de la communion dans la main, que cette pratique a été introduite de manière abusive et à la hâte dans certains milieux de l’Église juste après le Concile, changeant la coutume séculaire qui avait précédé pour devenir désormais la pratique régulière dans toute l’Église. On a justifié un tel changement en affirmant qu’il reflétait mieux l’Évangile ou l’antique pratique de l’Église. Il est vrai que si l’on peut recevoir sur la langue, l’on peut aussi recevoir sur la main, ces deux organes du corps étant d’une égale dignité. Certains, pour justifier cette pratique, font référence aux paroles de Jésus : « Prenez et mangez » (Mc 14, 22 ; Mt 26, 26). Quelles que soient les raisons favorables à cette pratique, nous ne pouvons ignorer ce qui se passe au niveau mondial, quand une telle pratique vient à se réaliser. Ce geste contribue à un affaiblissement graduel et croissant de l’attitude de respect envers les saintes Espèces eucharistiques. À l’inverse, la pratique précédente avait mieux préservé ce sentiment de vénération. Au lieu de cela, se sont glissés un manque alarmant de recueillement et un esprit de générale insouciance. Il arrive désormais de voir des personnes ayant communié qui retournent à leur place comme si rien d’extraordinaire ne s’était produit. Dans la grande majorité, ce sont les enfants et les adolescents qui sont distraits. Dans de nombreux cas, on ne remarque pas ce sens de gravité et ce silence intérieur qui doivent être les signes de la présence de Dieu dans l’âme. Et puis il y a toutes sortes d’abus : ceux qui emportent les saintes espèces pour les garder comme souvenirs ; ceux qui les vendent, ou pire encore, ceux qui les emmènent afin de les profaner dans des rites sataniques. On a pu faire le constat de telles situations : jusque dans les grandes concélébrations, même à Rome, on a pu trouver à plusieurs reprises les Saintes Espèces jetées par terre. Cette situation nous amène à réfléchir non seulement sur cette grave perte de la foi, mais aussi sur ces outrages et offenses faites au Seigneur, Lui qui daigne venir à notre rencontre en voulant nous rendre semblables à Lui, afin que se reflète en nous la sainteté de Dieu. Le Pape parle de la nécessité non seulement de comprendre le sens véritable et profond de l’Eucharistie, mais aussi de la célébrer avec dignité et respect. Il dit que nous devons être conscients « de l’importance des gestes et des postures, comme le fait de s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique » (Sacramentum Caritatis, 65). De plus, en parlant de la réception de la Sainte Communion, il invite tout le monde à « faire [son] possible pour que le geste, dans sa simplicité, corresponde à sa valeur de rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus dans le Sacrement » (Sacramentum Caritatis, 50).

Dans cette perspective, il faut apprécier le petit livre écrit par S. E. Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda, au Kazakhstan, dont le titre Dominus est est tout à fait significatif. Ce livret veut apporter sa contribution dans la discussion actuelle sur l’Eucharistie, comme présence réelle et substantielle du Christ dans les espèces consacrées du pain et du vin. Il est à noter que Mgr Schneider commence sa présentation par une note personnelle qui rappelle la profonde foi eucharistique de sa mère et de deux autres femmes, foi conservée au milieu de tant de souffrances et de sacrifices, que la petite communauté catholique de ce pays a supportés durant les années de persécution soviétique. En partant de sa propre expérience qui a éveillé en lui une grande foi, de l’émerveillement et de la dévotion à l’égard du Seigneur présent dans l’Eucharistie, il nous présente un excursus historico-théologique qui explique bien comment la pratique de recevoir la Sainte Communion dans la bouche et à genoux a été accueillie et pratiquée dans l’Église durant de nombreux siècles. Aujourd’hui, je crois que le moment est arrivé de bien évaluer cette pratique, de revoir et, si nécessaire, d’abandonner la pratique actuelle qui, en réalité, ne se trouve indiquée ni dans Sacrosanctum Concilium lui-même, ni par les Pères Conciliaires, mais qui fut acceptée après avoir été introduite abusivement dans certains pays. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire d’aider les fidèles à retrouver une foi vive en la présence réelle du Christ dans les espèces eucharistiques, dans le but de renforcer la vie même de l’Église et de la préserver au milieu des dangereuses déviations de la foi que de telles situations continuent à provoquer. Les raisons d’une telle orientation ne doivent pas être tant théoriques que pastorales – autant spirituelles que liturgiques : elles doivent contribuer à une meilleure édification de la foi. En ce sens, Mgr Schneider fait preuve d’un courage louable parce qu’il a su saisir la vraie signification de la parole de saint Paul : « Que tout se passe de manière à édifier » (1 Co 14, 26).

Malcolm Ranjith - Évêque Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements

Réflexions de Paix Liturgique :

1 - Mgr Ranjith n'est pas n'importe qui dans l'Eglise. Il n'est ni un vieillard resté attaché à des croyances du passé, ni un électron libre incontrôlable, ni un nostalgique de vieilles valeurs occidentales.
Mgr Ranjith est un proche collaborateur et un ami du Pape. Il a 61 ans, évêque du Sri Lanka, ancien nonce apostolique en Indonésie, il est aujourd'hui Archevêque Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements. Les fonctions qu'il occupe au Vatican donnent à ses paroles d'autant plus d'importance qu'elles ne font pas qu'exprimer ses opinions personnelles mais résument tout au contraire ce que le Pape entend rappeler à l'ensemble de l'Eglise universelle en la matière.

2 - Mgr Ranjith ne s'appuie pas sur des impressions mais sur des réalités théologiques et scripturaires fortes pour affirmer ce qui lui semble la règle juste pour distribuer et recevoir la sainte communion… Il nous rappelle que de l'Ancien testament jusqu'à une époque récente, la position à genoux a été une pratique populaire, normale et souhaitée par les fidèles. Or, force est de constater que si ce qu'il dit n'est pas "interdit" dans nos paroisses, ce n'est pas dans cette voie que l'on oriente et éduque encore les fidèles...

3 - Enfin et surtout Mgr Ranjith illustre très bien ce vieux principe selon lequel la loi de la prière éclaire et entraîne la loi de la Foi : comment en effet comprendre par tous les pores de sa peau ce qui se déroule sur l'autel au cours du sacrifice eucharistique si cela est banalisé par des attitudes sans rapport avec la grandeur du mystère et de la présence réelle. Oui, il faut que tous les fidèles et les prêtres s'interrogent : que se passe-t-il pendant la messe ? La présence réelle est-elle authentique ? Croyons-nous vraiment que la "sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix?” De la réponse à ces questions dépendra l'évolution des formes liturgiques qui ne sont que des réponses à nos croyances ou non à certaines réalités.

4 - Le Motu Proprio Summorum Pontificum libéralisant l'usage de la messe "traditionnelle" ne s'inscrit-il pas dans cette logique voulue par le Saint Père de redonner à la liturgie sa vraie place ? En effet, la forme extraordinaire de l'unique rite romain, trésor liturgique de l'Eglise, n'exprime-t-elle pas par excellence les vérités de Foi auxquelles l'Eglise nous demande d’adhérer ? Et dans ces conditions, pourquoi certains pasteurs s'entêtent-ils à faire la sourde oreille face aux demandes des fidèles qui souhaitent bénéficier des richesses de cette forme liturgique ?

Pour en savoir plus :

Dominus Est.Pour comprendre le rite de communion pratiqué par Benoît XVI
de Athanasius Schneider, préface de Mgr Malcolm Ranjith

Editeur : Editions Tempora,2008
EAN13 : 9782916053356

Ce livre peut être acheté chez votre libraire habituel, ou sur internet sur www.amazon.fr, www.alapage.com ou bien sur chez www.librairiecatholique.com

26 décembre 2008

[VirgoMaria] Un prêtre [sédévacantiste] répond à l’abbé de Tanoüarn sur la légitimité de la messe

SOURCE - VirgoMaria - 26 décembre 2008

Globalement je crois que l’abbé de Tanoüarn dit plein de bonnes choses quant aux principes : il nettoie beaucoup de poussières accumulées depuis 40 ans dans les consciences des tradis. Notamment en disant qu’un rite du Pape est nécessairement légitime.

Finalement il ne reste que deux alternatives : se rallier, ou dire que Benoît XVI n’est pas Pape. La position de la FSSPX n’existe pas, elle est d’ailleurs un non-sens théologique, elle voudrait occuper un vide mais comment occuper “le vide” ?! Soit dit en passant, l’abbé de Tanoüarn bouscule aussi les ralliés qui ont gardé la mentalité de la FSSPX : ceux qui suivent l’IBP sans admettre la légitimité du NOM.

Mais ma critique de fond à ces lignes de l’Abbé de Tanoüarn, si elle ne touche les principes, touche leur application : le NOM. En réalité la critique fondamentale des tradi sur le NOM n’est pas qu’il est moins bon, mais aussi qu’il est mauvais, qu’il fait du mal (en soi, même si bien célébré), qu’il diminue en soi la foi. Et l’abbé de Tanoüarn l’admet lui-même : voir ses dernières lignes (”le rite de Paul VI transmet mal aux fidèles le Mysterium fidei dont il est chargé et que l’Eglise souffre chaque jour dans ses chairs exsangues, des équivoques de ce rite qui avait été pensé pour être le rite de tous les chrétiens, quelle que soit leur conception du sacrement et du sacrifice. Je suis convaincu que tant que l’Eglise ne redira pas clairement le caractère propitiatoire (ou simplement : réel) de son sacrifice, dans le monde a-religieux qui est le nôtre, la crise de la pratique religieuse continuera et le désert spirituel s’étendra”). Or le Pape ne peut rien donner de mauvais aux fidèles, c’est là l’affirmation la plus catholique qui soit (NDLR: Passage marqué en gras).

En réalité, contrairement à ce que dit l’abbé de Tanoüarn, on peut vraiment vraiment douter qu’un Pape puisse révolutionner toute la liturgie. C’est à dire qu’un Pape, chef de l’Eglise, reçoit pour mission de transmettre le dépôt révélé, de l’expliciter, de le préciser, de le défendre… jamais de le changer, de la travestir, de le nier. D’où la question : peut-on juger théologiquement une révolution liturgique comme celle de Paul VI (dans le fond, indépendamment des circonstances… même si les circonstances sont une aggravante et une résonance du fond) autrement que comme une atteinte au dépôt révélé ?

C’est à dire un vrai Pape peut-il changer toute la liturgie comme il l’a fait ? Si l’on considère que les protestants acceptent le NOM comme valable pour eux, si l’on se souvient des hérésies protestantes sur la Messe, et toutes les autres en matière de liturgie, si l’on pense à l’adage Lex Credendi, Lex Orandi, si l’on se souvient surtout que le Très Saint Sacrifice de la Messe est l’écrin le plus précieux de l’Eglise, le poumon du Corps mystique du Christ (poumon au sens où la grâce qui le fait vivre passe essentiellement par la célébration quotidienne de la Messe, et l’abbé de Tanoüarn l’a bien compris, ses lignes citées plus haut en témoigne) le doute laisse place à la certitude : un vrai Pape ne peut cautionner cette réforme liturgique.

Légitimité de Paul VI et légitimité de la réforme liturgique ne font qu’un : en voyant le NOM, je le refuse, et donc je comprends que Paul VI n’est pas Pape (ou au moins le doute me vient). Une fois certain de l’illégitimité de Paul VI (aussi par d’autres voies : liberté religieuse, œcuménisme, personalisme, etc.) alors toute la réforme liturgique perd toute légitimité à priori. N’est-ce pas là le cheminement du Père Guérard des Lauriers : du Bref Examen Critique à la thèse de Cassiciacum ?

25 décembre 2008

[Jean Madiran - Présent] Le rapport de la FIUV au Pape (II) - Les conférences épiscopales dans le collimateur

SOURCE - Jean Madiran - Présent - 24 décembre 2008

Nous avons souhaité la bienvenue, samedi dernier, au rapport de la FIUV (Fédération internationale Una Voce) publié dans la revue française Una Voce (40 rue de la Procession, 75015 Paris).

Il a décisivement mis en cause les conférences épiscopales.

Et il pèse lourd.

D’autant plus qu’il contient la promesse de ne pas se laisser oublier : chaque année désormais, la FIUV établira « un rapport semblable ».

L’utilité pratique d’une conférence épiscopale se réunissant seulement une ou deux fois par an, mais représentée par un « conseil permanent » restreint qui parle en son nom, est d’instituer un interlocuteur unique pour le gouvernement dans les conversations et accords entre l’Etat et l’Eglise.

L’argument est constamment utilisé. Pourtant il est spécieux.

Au niveau des rapports entre l’Eglise et l’Etat, l’interlocuteur normal pour la République n’est pas l‘épiscopat mais le Saint-Siège.

On vient de le voir encore ces jours-ci : l’accord signé pour la reconnaissance par l’Etat des diplômes de l’enseignement supérieur catholique a été passé avec le Saint-Siège et non point avec l‘épiscopat. Il en va habituellement de même pour les concordats et autres négociations de ce genre. C’est d’ailleurs là, pour l‘épiscopat local, une garantie d’indépendance à l‘égard de l’Etat.

Les assemblées ne sont pas forcément perverses. Elles évitent de l‘être quand elles sont dirigées par un chef responsable. Le concile œcuménique est de plein droit dirigé par le Pape, les éventuels conciles provinciaux sont dirigés par un légat du Pape. Livrées à elles-mêmes, désorientées par une libre prolifération d’opinions et propositions diverses, les assemblées sont enclines à rechercher prioritairement, par le dialogue et les concessions réciproques, un accord prétendant servir « l’unité », plutôt que de fonder leur unité sur une commune adhésion à la vérité.

Observons au passage que le désordre initial de Vatican II fut sa rébellion épiscopale contre l’autorité du Souverain Pontife : ce concile commença en effet par rejeter aveuglément les schémas préparés sous la direction de Jean XXIII pour encadrer les travaux et orienter utilement les discussions. Son déroulement demeura marqué par cette faute originelle.

Au meeting tenu à la Mutualité par Renaissance catholique, le 20 novembre 2005, Michel De Jaeghere avait défini le rôle des laïcs, dans la crise générale de la foi, des mœurs et du culte, comme devant comporter successivement :

1. – la réclamation ; et si elle ne suffit pas :

2. – la contestation ; et si elle ne suffit pas non plus :

3. – la suppléance.

Cela vaut pour le catéchisme des enfants baptisés ; pour la pratique du latin liturgique et du grégorien ; pour la messe traditionnelle, l’action des laïcs ne peut être qu’auxiliaire, mais souvent décisive ; et pour l’opposition raisonnée aux sophismes abrutissants et aux mœurs sectaires de l’idéologie moderniste devenue dominante dans de nombreux secteurs de l’Eglise.

Le rapport de la FIUV est un bel exemple d’action des laïcs aux trois niveaux de Michel De Jaeghere. Procurez-vous-le. Etudiez-le. Faites-le connaître.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6744 de Présent, du Mercredi 24 décembre 2008
http://www.present.fr/article-8302-6744.html

24 décembre 2008

[Lyon Mag] Noël : dix messes sur mesure

SOURCE - Lyon Mag - 23 décembre 2008

Noël : dix messes sur mesure
Où trouver des messes de Noël un peu décalées? A Lyon, plusieurs églises organisent des célébrations originales. Sélection.
[...]
Latin
Les cathos traditionalistes sont unanimes : rien ne vaut une bonne messe en latin pour célébrer la naissance de Jésus, qui pourtant ne parlait pas un mot de latin. D’ailleurs la grande majorité des curés ne cuisine plus cette langue morte depuis plus de 30 ans. A part quelques résistants, si on peut dire. Bref, pour un retour dans le passé, rendez-vous à la messe de Noël de la paroisse Saint-Georges, dans le Vieux-Lyon, ou à celle du prieuré Saint-Irénée à Villeurbanne. Pas forcément très drôle, avec le curé qui tourne le dos toute la messe. Mais c’est une bonne occasion de rendre visite à une tribu en voie de disparition.
Messe le 24 décembre à 23h45. Compter environ 2 heures de messe. A Saint-Irénée, messe le 24 décembre au 56 rue d’Inkermann à minuit.
[...]

22 décembre 2008

[Paix Liturgique] Presque un conte de Noël... L’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre vient d’être érigé de Droit pontifical

SOURCE - Lette 157 de Paix Liturgique - 22 décembre 2008




Un événement considérable vient de marquer la vie de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.


Le 7 octobre dernier, en la fête du Très Saint Rosaire, par volonté de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, Son Eminence Révérendissime le Cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet émérite de la Congrégation du Clergé et actuel président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, a signé le décret Sæculorum Rex élevant l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre au rang de ‘Société de vie apostolique en forme canoniale’, de Droit Pontifical.

Cette approbation pontificale intervient après vingt ans d’existence et la consultation de tous les évêques (une cinquantaine) auprès desquels l’Institut exerce son apostolat, tant en Europe (France, Italie, Belgique, Allemagne, Espagne,…) qu’aux Etats-Unis ou en Afrique. Elle est l’aboutissement d’une procédure canonique normale et sereine, au cours de laquelle les prêtres ont su faire leurs preuves et se faire apprécier dans les diocèses, tout en célébrant la forme extraordinaire du rite romain.

Pour faire un peu d’histoire, rappelons que cet institut a été fondé il y a vingt ans par Mgr Gilles Wach et Monsieur le Chanoine Philippe Mora.

A cette époque, ces jeunes prêtres français ont reçu leur formation sacerdotale auprès du Cardinal Siri à Gènes, qui les manda à Saint Pierre de Rome recevoir des mains du Pape Jean-Paul II l’ordination sacerdotale, le 24 juin 1979. Ils n’avaient aucunement l’intention de fonder une famille religieuse. Mais durant les années 1986-87, alors qu’ils travaillaient à Rome – l’un auprès du cardinal Oddi à la Curie Romaine, l’autre au Vicariat –, beaucoup de jeunes gens les contactèrent pour leur demander une formation catholique traditionnelle au Sacerdoce. Plusieurs cardinaux leur soumirent l’idée de lancer les bases d’une communauté ecclésiastique, de sorte que l’idée de l’Institut existait déjà bien avant 1988. Ils ont alors décidé de réunir ces vocations et d’assurer leur formation.

La Providence aidant cette entreprise courageuse, cette fondation naissante allait recevoir une première existence canonique. Comme la situation en France était trop tendue, c’est Monseigneur Obamba, Évêque de Mouila au Gabon, qui invita le premier la jeune communauté à l’aider dans son diocèse pour l’apostolat missionnaire. Il lui donna alors une première reconnaissance canonique, le 1er septembre 1990. En même temps, il nomma l’abbé Wach Vicaire général, qui avec cette charge devint " Monseigneur Wach"

Bientôt, avec l’aide du Cardinal Mayer de la Curie romaine et accueilli par le Cardinal Piovanelli dans l’Archidiocèse de Florence, Monseigneur Wach put trouver une maison appropriée pour le Séminaire et la Maison Généralice de sa communauté rapidement grandissante : Gricigliano.

L’Institut a ensuite connu une croissance régulière dans le monde entier. Son travail apostolique s’est assez vite étendu en France, en Espagne, en Belgique, en Suisse, en Autriche, en Allemagne et aux Etats-Unis. De plus en plus de séminaristes ont rejoint l’Institut pour avoir une formation catholique et traditionnelle au sacerdoce.

Aujourd’hui, ce sont en moyenne une quinzaine de jeunes garçons qui entrent chaque année au séminaire de Gricigliano pour répondre à l’appel du divin Maître.

Les constitutions de cette congrégation sont donc définitivement approuvées par Rome depuis le 7 octobre dernier.

L’Institut n’est donc plus sous l’autorité et la responsabilité de l’archevêque de Florence, mais dépend directement de Rome.

Son Supérieur et Ordinaire canonique est désormais en tout Mgr Gilles Wach, Prieur Général.

L’une des spécificités de l’Institut est la romanité. Pour mieux comprendre cet aspect, penchons-nous directement sur un passage de ses constitutions :

« L’Institut possède un dévouement filial envers les Successeurs de Pierre sur le Siège Apostolique, dans Lequel il reconnaît la présence visible du Christ Roi Souverain Prêtre, tête invisible de son Corps Mystique qui est l’Eglise. L’Institut – par la grâce de Dieu resté toujours fidèle au sein de notre Sainte Mère l’Eglise – s’est vu proche du Siège Romain et de l’Evêque de l’Eglise universelle depuis son commencement. Pour cette raison, tous ses membres sont formés dans l’esprit d’une Romanité vivante, qui est un reflet de l’Unité, de la Sainteté, de l’Apostolicité et de la Catholicité de l’Eglise Romaine dans la vie quotidienne de l’Institut. Une des multiples expressions de cette Romanité sera l’oraison pour le Pontife Romain, ajoutée aux oraisons du Saint Sacrifice de la Messe par tous les prêtres de l’Institut, en conformité avec les normes liturgiques. »

Les trois saints patrons de l’Institut achèvent de lui donner son esprit et son charisme propres.

1. Saint Benoît rappelle aux membres de l’Institut de placer Dieu – et le culte qui lui est du – à la première place. La liturgie et le chant grégorien ont donc une place primordiale dans la vie des prêtres de l’Institut.

La Messe, célébrée dans la forme extraordinaire, mais également l’Office divin chanté au chœur en commun, sont comme les sources auprès desquelles ils viennent puiser la fécondité de leur apostolat.

Leur rythme de vie, que l’on pourrait qualifier de canonial, vient confirmer leurs constitutions, où l’on peut lire que les prêtres de l’Institut sont des chanoines séculiers :

« La vie commune des membres de l’Institut est canoniale et orientée selon la forme des presbytères augustiniens et des chanoines séculiers au cours de l’histoire de l’Eglise, à l’exemple d’une famille spirituelle centrée autour de la célébration du Mystère liturgique. Cette vie commune dans le monde sera la source efficace d’un engagement pastoral ouvert aux nécessités spirituelles de l’homme contemporain. »

Pour marquer cette spécificité canoniale, leur ordinaire d’alors (le Cardinal-archevêque de Florence) leur avait déjà donné en 2006 leur habit de chœur propre, dont ils se revêtent pour chaque office chanté en commun. Le manteau de chœur rappelle précisément la coule bénédictine, que les moines portent au chœur dans les mêmes circonstances. La couleur bleue et la croix de saint François de Sales évoquent directement leur deuxième saint patron.

2. Saint François de Sales apporte à l’Institut sa spiritualité, fondée sur l’amour de Dieu. A la suite de leur patron céleste, les chanoines de l’Institut souhaitent être missionnaires. Ils savent que, dans un monde déchristianisé comme le nôtre, il est plus facile à une âme d’accepter la grandeur et la majesté de la foi divine quand celle-ci est présentée avec l'humilité compatissante de la charité, et avec la patience et douceur que Notre Seigneur a toujours pour ses enfants.

C'est la raison pour laquelle les membres de l'Institut veulent suivre l'exemple de Saint François de Sales, qui a été à la fois l’un des plus grands théologiens de son époque et aussi le "docteur de la charité".

3. Un autre docteur, Saint Thomas d’Aquin, vient clore admirablement le trio. Surnommé le ‘Docteur Angélique’, il est un maître assuré et incontesté dans la formation doctrinale et théologique.

Dès le début de leurs études, les séminaristes sont mis à son école. Avec lui, ils comprennent que la science théologique n’est pas une pure connaissance morte qui assèche l’âme, mais qu’elle est au contraire pour elle source d’une authentique vie spirituelle d’union à Dieu.

Les professeurs viennent des universités romaines, de la Sorbonne, du corps enseignant philosophique de l’IPC à Paris, et également des prêtres licenciés de l’Institut. Les études commencent par une année de Spiritualité, puis continuent avec deux ans de philosophie, et enfin quatre ans de théologie.

La formation intellectuelle est accompagnée d'une formation humaine, qui inclut la culture générale, les coutumes sacerdotales, et bien sûr les travaux plus pratiques d’entretien de la maison et du jardin. Ainsi est donnée une éducation complète de l'esprit et du corps. Une formation purement intellectuelle n'est jamais suffisante pour un prêtre. Si elle ne repose pas sur une vie profonde de prière, et soutenue par l'humilité, la personnalité du prêtre ne serait pas assez formée.

L’Institut du Christ Roi veut donc former des prêtres de demain : des "administrateurs fidèles des mystères saints", qui font tout comme le Christ veut qu'ils fassent pour les âmes.

Le Séminaire de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre est situé en Toscane, près de Florence et à moins de 300 km de Rome, à Gricigliano, dans la Villa Martelli, château fortifié puis villa Renaissance édifiée et transformée par la famille des comtes Martelli.

Après beaucoup d'efforts et avec l’aide de dons de nombreux fidèles – car l’Institut dépend uniquement, depuis vingt ans, des dons de ses bienfaiteurs – Gricigliano a pu être rénové et les dépendances aménagées, afin de recevoir les séminaristes, ajoutant ainsi de nouvelles salles de cours, de nouveaux bureaux et également une nouvelle chapelle, plus grande que l’antique chapelle des Martelli devenue trop petite. Aujourd’hui cette chapelle s’avère à son tour trop étroite, et les murs du Séminaire ne se sont pas élargis en fonction de l’afflux des vocations… Avec cela la toiture n’est pas encore totalement refaite, et les travaux continuent…

La charité apostolique a donc nourri l’expansion de l'Institut. De Gricigliano sont envoyés des prêtres partout dans le monde :

- En France, dans 21 diocèses, où l’Institut a la charge de prieurés et d’apostolats importants, comme notamment la Chapellenie de Port-Marly dans le diocèse de Versailles, ou encore la collégiale Saint-André, à Grenoble. S’y ajoutent aussi 4 écoles.

- En Belgique, avec une école à Bruxelles ; en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Angleterre, en Irlande, en Espagne, et bien sûr en Italie : à Florence et à Rome.

- Aux Etats-Unis, dans 13 diocèses, où les apostolats sont très florissants, à remarquer notamment la construction ou restauration de magnifiques églises. Une maison de préformation pour les séminaristes se trouve à Saint-Louis dans le Missouri.

- En Afrique, au Gabon, avec des missions, écoles et dispensaires, en particulier à Libreville où se construit une église monumentale.


La mentalité et la culture de ces pays et de ces peuples sont certainement très différentes, mais leur chant religieux et la foi de leurs âmes sont semblables partout. De plus en plus de jeunes vocations naissent de ces apostolats et entrent au Séminaire. Les familles demandent à suivre la spiritualité de l’Institut, et forment maintenant la branche laïque, la Société du Sacré Cœur.

Quant à la fondation des Sœurs Adoratrices, la branche religieuse féminine, elle semble bénie par Dieu, car Il y envoie des âmes s’y consacrer essentiellement à la prière pour l’Eglise et pour les prêtres. Les vocations sont donc nombreuses, et leur nombre ne peut que s’accroître. Une fois formées, elles pourront ensuite aider les chanoines sur leurs différents lieux d’apostolat.

18 décembre 2008

[MotuProprio75] Mobilisons-nous pour une messe "extraordinaire" à la Sainte Geneviève!

SOURCE - La Lettre de Motu Proprio Paris n°3 - 17 décembre 2008

Pour la solennité de Sainte-Geneviève, patronne de Paris, une messe est célébrée chaque année dans le rite ordinaire à l'église Saint-Etienne-du-Mont.
Cette année, la messe sera célébrée par son Excellence Monseigneur Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris, le dimanche 11 janvier à 15h.

Dans le cadre de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum, un membre de l'Association des Porteurs de la Châsse de Sainte-Geneviève, association organisatrice de cette manifestation, a demandé au curé de la paroisse St-Etienne-du-Mont, Monsieur l'Abbé Ollier, que cette messe puisse être célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

Cette demande a été refusée.

SI VOUS DESIREZ QUE LA MESSE SOIT CELEBREE SELON LA FORME EXTRAORDINAIRE LE 11 JANVIER, ENVOYEZ UN MESSAGE A M. LE CURE EN METTANT MGR BALDELLI EN COPIE DE VOTRE LETTRE..

Monsieur le Curé Ollier : jacques.ollier@aliceadsl.fr
Mgr Baldelli : 10 av.du Pt Wilson 75116, 01.53.23.01.50

Ci-dessous un exemple de courrier :

Monsieur le Curé,

La solennité de Sainte Geneviève sera célébrée à Saint Etienne du Mont, le 11 janvier 2009 ; elle attire un grand nombre de fidèles de tous les arrondissements de Paris et de la banlieue.

Beaucoup parmi eux - et en particulier les signataires de cette lettre - sont attachés au rite extraordinaire de la messe et souhaitent que ce rite soit célébré lors de la cérémonie du 11 janvier.

Vous serait-il possible de leur accorder ce souhait ?

Veuillez agréer, Monsieur le Curé, l’expression de nos sentiments respectueux,

Copie au nonce apostolique

17 décembre 2008

[Paix Liturgique] Une application paroissiale ou une application diocésaine du motu proprio? Ce n'est pas pareil! Réflexions et conséquences...

SOURCE - Lettre 156 de Paix Liturgique - 16 décembre 2008

Cette question peut paraître de prime abord bien étrange ou à tout le moins sans importance. Le Saint Père a parlé, ce qui compte n’est il pas simplement l’application bienveillante du Motu Proprio et la marche sereine vers la réconciliation de tous les catholiques qu'il met en mouvement ?

A y regarder de plus prêt, la réponse – diocésaine ou paroissiale – aux demandes de mise en œuvre du Motu Proprio doit être bien prise en considération, tant au niveau de la réception de cette demande qu’à celui du bilan de l’expérience.

Au niveau de la réception de la demande d’abord. Le texte du Motu Proprio, en son article 5, vise expressément « les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure ». On pourrait donc croire le débat tranché.

A Y REGARDER DE PLUS PRES, LA QUESTION N'EST PAS SI SIMPLE

On sait qu’une partie non négligeable des catholiques aimeraient vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Eglise dans leurs paroisses s’ils en avaient la possibilité.

En effet, les résultats du sondage CSA réalisé les 24 et 25 septembre 2008 à la demande de Paix Liturgique (Sondage CSA 08 01 153 B ) indiquent clairement que 34% des catholiques français souhaitent assister régulièrement à la messe célébrée dans sa forme dite « extraordinaire ».

Pour autant, il n’est pas raisonnable pour le moment de demander une mise en œuvre immédiate du Motu Proprio dans toutes les paroisses et un regroupement dans un premier temps par grosse paroisse ou par doyenné semble plus opportun. c'est ce que préconisait il y quelques mois le père Chauvet lors d'une réunion du Grec en déclarant " que l’on pouvait raisonnablement penser qu’à moyen terme, la forme extraordinaire du rite romain pourrait être célébrée dans toutes les grandes églises de Paris "

Au niveau de la demande, il arrive que des curés refusent d’entendre les demandes qui leur sont faites au motif que certains des demandeurs ne feraient pas partie de la paroisse mais d'une paroisse voisine. Pour qu’un tel raisonnement soit acceptable, il faudrait donc que les demandeurs disqualifiés dans la paroisse ou s'effectue la demande soient entendus dans leurs propres paroisses territoriales . Ce n’est hélas que rarement le cas et il est constant que certains ecclésiastiques casuistes ou mal intentionnés jouent sur les 2 tableaux : A un groupe paroissial très important (comme à Saint Germain en Laye (78) ou à Notre Dame de Versailles), on répondra que des solutions diocésaines ont déjà été mise en œuvre ça et là et qu'il n'est pas souhaitable de faire plus. Dans le même temps, pour ne pas répondre à une demande plus discrète mais non moins sérieuse à l’autre bout du diocèse, on répondra que le Motu Proprio concerne le cadre paroissial et ne peut pas prendre en compte tout un bassin de population d’une même zone pastorale en allant jusqu'a accuser les paroissiens des communes voisines de faire du " bourrage" comme si faire quelques kilomètres pour aller à la messe qui vous permet de mieux vivre votre foi catholique était une faute…

AU NIVEAU DU BILAN AUSSI...

Pour que l’expérience soit concluante, il convient d’abord de bien s’entendre sur les objectifs. Soit la mise en œuvre du Motu Proprio est une application littérale du texte pontifical et se fait dans le cadre paroissial, par le curé et pour ses paroissiens. Soit elle est pilotée par l’évêché en vue de répondre à une demande globale à laquelle on répond en donnant un lieu de culte à l’instar de ce que prévoyait le Motu Proprio de Jean-Paul II de 1988.

Dans l’un et l’autre cas, la situation et les résultats que l'on sera en droit d'attendre , seront tout à fait différents.

En effet, dès lors que nous nous trouvons dans le deuxième cas – de très loin le plus courant actuellement ( nos évêques semblant découvrir en 2008 les possibilités offertes par Jean-Paul II en 1988 pour mieux oublier celles de Benoît XVI de 2007 ) et que la mise en œuvre du Motu Proprio est faite pour satisfaire une demande diocésaine et non pas simplement paroissiale, les conditions d’application doivent être adaptées loyalement en premier lieu au bon sens

Ainsi, dès lors que des fidèles n’appartenant pas géographiquement à la paroisse sont invités à prendre leur voiture pour se rendre dans une paroisse plus ou moins éloignée pour vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Eglise, le lieu choisi doit obligatoirement être un central et accessible , représentatif de la zone géographique (grosse ville, chef lieu de canton, sous préfecture…).

Par ailleurs, dans ce cas, l’horaire choisi doit également être un « horaire diocésain » c'est-à-dire un horaire qui permettra aux fidèles de cette zone du diocèse de se rendre régulièrement à cette messe dans des conditions normales notamment en tenant lieu du déplacement indispensable.

Si 75 % des messes parisiennes dominicales débutant entre 9h 45 h et 11 h 30, il est assez aisé de se faire une idée de ce qui constitue un horaire adapté et ce qui n’en est pas un surtout si l'on ajoute que les familles attachées à la forme extraordinaire sont souvent des familles nombreuses à qui un horaire trop matinal comme 9h pose de très nombreux problèmes pratiques !

Dès lors que ces deux critères élémentaires ou l’un des deux font défaut, nous nous trouvons alors ipso facto dans le premier cas, c'est-à-dire en présence d'une application du Motu Proprio qui ne concerne que la paroisse et pas l’ensemble d’une zone d’un diocèse.

A l’heure du bilan, cette considération ne sera pas sans importance car il ne serai pas alors honnête d’affirmer qu’il n’y a pas de demande ou que la demande n’est pas assez importante au prétexte que la messe dominicale de 9 h (comme à la Garenne Colombes (92)), de 12 h 15 (Sainte Jeanne de Chantal, Paris 16ème) ou 18h 30 à Notre Dame du Travail (Paris 14 ème) ne fait pas « salle comble »… Non dans ces cas des assemblés de 70 à 100 personnes sont plus que significatives et il faudrait vraiment mettre en place des solutions centrales à des horaires " normaux et familiaux " pour prendre la mesure de toute l' attente de forme " EXTRAORDINAIRE"qui pourrait exister dans un secteur donné.