24 février 2009





L'évêque Williamson a quitté l'Argentine
24/02/2009 - AFP - lefigaro.fr
L'évêque intégriste britannique Richard Williamson, sommé de quitter l'Argentine en raison de ses thèses négationnistes, a quitté mardi le pays pour Londres à bord d'un vol de British Airways, a-t-on appris à l'aéroport de la capitale argentine.

"British Airways a informé que le vol 246 à destination de l'aéroport londonien d'Heathrow a décollé à 14H15 (16H15 GMT)", a déclaré à l'AFP cette source aéroportuaire.

Mgr Williamson, qui avait auparavant accompli les formalités douanières, est monté dans l'appareil de la compagnie britannique, a confirmé une source du bureau des migrations.

Il est arrivé accompagné de deux hommes à l'aéroport international d'Ezeiza et a traversé le hall d'un pas rapide pour éviter la presse, portant lunettes et casquette noires, selon des images de la chaîne d'informations en continu TN.

"Nous voulons qu'avec le départ de Williamson tout cela retrouve un peu son calme", a dit à l'AFP le responsable pour l'Amérique du sud de la Fraternité intégriste Saint Pie X, Christian Bouchacourt.

Il a assuré que le départ de Williamson était déjà prévu lorsque l'Argentine l'a sommé de quitter son territoire. Le ministre argentin de l'Intérieur, Florencio Randazzo, avait annoncé jeudi avoir sommé Richard Williamson de quitter l'Argentine, où il réside depuis 2003, dans un délai de dix jours, "sous peine d'être expulsé", en raison de propos niant l'Holocauste.

Richard Williamson avait déclaré à une télévision suédoise: "Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz".
Pour Buenos Aires, de telles positions "heurtent profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité entière".

Deux jours après ces propos, la levée de l'excommunication par Benoît XVI de Mgr Williamson et de trois autres évêques intégristes le 24 janvier avait suscité un tollé, déclenché une crise compromettant les relations du Vatican avec le judaïsme et brouillé l'image du pape.

L'évêque, âgé de 68 ans, intégré dans un séminaire de la Fraternité intégriste Saint Pie X, à 40 km à l'ouest de Buenos Aires, avait été dénoncé devant la justice argentine pour apologie de crime.

Le Congrès juif mondial (CJM) s'est félicité vendredi de la décision de l'Argentine d'expulser l'évêque, estimant que le gouvernement argentin signifiait ainsi "clairement que ceux qui mettent en doute l'Holocauste ne sont pas les bienvenus dans le pays".






"L'Église risque de devenir une secte" (Hans Küng)
24.02.09 - Nicolas Bourcier et Stéphanie Le Bars - lemonde.fr
Longue silhouette au visage glabre et à la mèche rebelle, Hans Küng, considéré comme le plus grand théologien contestataire catholique vivant, reçoit chez lui, en Allemagne, à Tübingen, dans sa propriété élégante aux murs tapissés d'ouvrages. Les siens, innombrables et traduits dans toutes les langues, trônent en bonne place dans son bureau personnel. Il revient ici sur la tempête déclenchée par la main tendue du pape Benoît XVI aux intégristes catholiques. Comment analysez-vous la décision de Benoît XVI de lever l'excommunication de quatre évêques du courant intégriste de Mgr Lefebvre, dont l'un, Richard Williamson, est un négationniste affirmé ?
Je n'ai pas été surpris. Dès 1977, dans un entretien à un journal italien, Mgr Lefebvre indique que "des cardinaux soutiennent (son) courant" et que "le nouveau cardinal Ratzinger a promis d'intervenir auprès du pape pour (leur) trouver une solution". Cela montre que cette affaire n'est ni un problème nouveau ni une surprise. Benoît XVI a toujours beaucoup parlé avec ces personnes. Aujourd'hui, il lève leur excommunication, car il juge que le temps est venu. Il a pensé qu'il pourrait trouver une formule pour réintégrer les schismatiques, qui, tout en conservant leurs convictions, pourraient donner l'apparence qu'ils sont en accord avec le concile Vatican II. Il s'est bien trompé.
Comment expliquez-vous que le pape n'ait pas mesuré le tollé que sa décision allait susciter, au-delà même des propos négationnistes de Richard Williamson ?
La levée des excommunications n'a pas été un défaut de communication ou de tactique, mais elle a constitué une erreur de gouvernement du Vatican. Même si le pape n'avait pas connaissance des propos négationnistes de Mgr Williamson et même s'il n'est pas lui-même antisémite, chacun sait que les quatre évêques en question sont antisémites. Dans cette affaire, le problème fondamental, c'est l'opposition à Vatican II, et notamment le refus d'une relation nouvelle au judaïsme. Un pape allemand aurait dû considérer cela comme un point central et se montrer sans ambiguïté sur l'Holocauste. Il n'a pas mesuré le danger. Contrairement à la chancelière Angela Merkel, qui a vivement réagi.
Benoît XVI a toujours vécu dans un milieu ecclésiastique. Il a très peu voyagé. Il est resté enfermé au Vatican - qui est comme le Kremlin d'autrefois -, où il est préservé des critiques. Du coup, il n'a pas été capable de réaliser l'impact d'une telle décision dans le monde. Le secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, qui pourrait être un contre-pouvoir, était son subordonné à la Congrégation pour la doctrine de la foi ; c'est un homme de doctrine, absolument soumis à Benoît XVI. On est face à un problème de structure. Il n'y aucun élément démocratique dans ce système, aucune correction. Le pape a été élu par des conservateurs, et aujourd'hui c'est lui qui nomme les conservateurs.
Dans quelle mesure peut-on dire que le pape est encore fidèle aux enseignements de Vatican II ?
Il est fidèle au concile, à sa manière. Il insiste toujours, comme Jean Paul II, sur la continuité avec la "tradition". Pour lui, cette tradition remonte à la période médiévale et hellénistique. Il ne veut surtout pas admettre que Vatican II a provoqué une rupture, par exemple, sur la reconnaissance de la liberté religieuse, combattue par tous les papes antérieurs au concile.
La conception profonde de Benoît XVI est qu'il faut accueillir le concile, mais qu'il convient de l'interpréter ; peut-être pas à la manière des lefebvristes, mais en tout cas dans le respect de la tradition et de manière restrictive. Il a par exemple toujours été critique sur la liturgie de Vatican II.
Au fond, Benoît XVI a une position ambiguë sur les textes du concile, car il n'est pas à l'aise avec la modernité et la réforme. Or Vatican II a représenté l'intégration du paradigme de la réforme et de la modernité dans l'Eglise catholique. Mgr Lefebvre ne l'a jamais accepté, et ses amis à la Curie non plus. En cela Benoît XVI a une certaine sympathie envers Mgr Lefebvre.
Par ailleurs, je trouve scandaleux que pour le cinquantième anniversaire du lancement du concile par Jean XXIII (en janvier 1959), le pape n'ait pas fait l'éloge de son prédécesseur, mais ait choisi de lever l'excommunication de personnes opposées à ce concile.
Quelle Eglise le pape Benoît XVI est-il en train de léguer à ses successeurs ?
Je pense qu'il défend l'idée du "petit troupeau". C'est un peu la ligne des intégristes, qui estiment que, même si l'Eglise perd beaucoup de ses fidèles, il y aura au final une Eglise élitiste, formée de "vrais" catholiques. C'est une illusion de penser que l'on peut continuer comme cela, sans prêtres, sans vocations. Cette évolution est clairement un mouvement de restauration. Cela se manifeste par la liturgie, mais aussi par des actes ou des gestes, par exemple lorsqu'il dit aux protestants que l'Eglise catholique est la seule vraie Eglise.
L'Eglise catholique est-elle en danger ?
L'Eglise risque de devenir une secte. Beaucoup de catholiques n'attendent plus rien de ce pape. Et c'est très douloureux.
Vous avez écrit : "Comment un théoricien aussi doué, aimable et ouvert que Joseph Ratzinger a pu changer à ce point et devenir le Grand Inquisiteur romain ?" Alors, comment ?
Je pense que le choc des mouvements de protestation de 1968 a ressuscité son passé. Ratzinger était conservateur. Durant le concile, il s'est ouvert, même s'il était déjà sceptique. Avec 68, il est revenu à des positions très conservatrice, qu'il a gardées jusqu'à aujourd'hui.
Le pape actuel peut-il encore corriger cette évolution ?
Quand il m'a reçu en 2005, il a fait un acte courageux et j'ai vraiment cru qu'il trouverait le chemin pour réformer, même lentement. Mais, en quatre ans, il a prouvé le contraire. Aujourd'hui, je me demande s'il est capable de faire quelque chose de courageux. Déjà, il faudrait qu'il reconnaisse que l'Eglise catholique traverse une crise profonde. Ensuite, il pourrait très facilement faire un geste pour les divorcés et dire qu'à certaines conditions ils peuvent être admis à la communion. Il pourrait corriger l'encyclique Humanae Vitae (qui a condamné toutes formes de contraception en 1968) en disant que dans certains cas la pilule est possible. Il pourrait corriger sa théologie, qui date du concile de Nicée (en 325). Il pourrait dire demain : "J'abolis la loi du célibat pour les prêtres." Il est beaucoup plus puissant que le président des Etats-Unis ! Il n'a pas à rendre compte à une Cour suprême ! Il pourrait aussi convoquer un nouveau concile. Un Vatican III ?
Cela pourrait aider. Une telle réunion permettrait de régler des questions auxquelles Vatican II n'a pas répondu, comme le célibat des prêtres ou le contrôle des naissances. Il faudrait aussi prévoir un nouveau mode d'élection des évêques, dans lequel le peuple aurait davantage son mot à dire. La crise actuelle a suscité un mouvement de résistance. Beaucoup de fidèles refusent de revenir à l'ancien système. Même des évêques ont été obligés de critiquer la politique du Vatican. La hiérarchie ne peut l'ignorer.
Votre réhabilitation pourrait faire partie de ces gestes forts ?
Elle serait en tout cas plus facile que la réintégration des schismatiques ! Mais je n'y crois pas, car Benoît XVI se sent plus proche des intégristes que des gens comme moi, qui ont travaillé et accepté le concile.
Propos recueillis par Nicolas Bourcier et Stéphanie Le Bars







L'évêque négationniste Williamson a quitté l'Argentine
24.02.09 - lemonde.fr

L'évêque intégriste britannique Richard Williamson, sommé de quitter l'Argentine en raison de ses thèses négationnistes, est parti, mardi 24 février, à bord d'un vol de British Airways, selon des sources au bureau des migrations et à l'aéroport de Buenos Aires. Le ministre argentin de l'intérieur, Florencio Randazzo, avait annoncé jeudi avoir sommé Richard Williamson de quitter le pays, où il réside depuis 2003, dans un délai de dix jours, "sous peine d'être expulsé", en raison de propos niant l'Holocauste.
Richard Williamson avait déclaré à une télévision suédoise : "Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz [...]. Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz". Pour Buenos Aires, de telles positions "heurtent profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité entière".
L'évêque, âgé de 68 ans, intégré dans un séminaire de la Fraternité intégriste Saint Pie X, à 40 km à l'ouest de Buenos Aires, avait été dénoncé devant la justice argentine pour apologie de crime. Le Congrès juif mondial (CJM) s'est félicité vendredi de la décision de l'Argentine d'expulser l'évêque, estimant que le gouvernement argentin signifiait ainsi "clairement que ceux qui mettent en doute l'Holocauste ne sont pas les bienvenus dans le pays".


23 février 2009





Le gouvernement argentin expulse l’évêque négationniste Mgr Williamson
23-02-2009 - Isabelle Cousturié - zenit.org
Ses thèses « heurtent profondément la société argentine, le peuple juif et l’humanité » ROME, Lundi 23 février 2009 (ZENIT.org) - Le gouvernement argentin a donné dix jours à l'évêque britannique Richard Williamson, pour quitter le pays, soulignant que ses thèses négationnistes « heurtaient profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité ».
Le ministre de l'Intérieur Florencio Randazzo a annoncé le 19 février que la Direction nationale des Migrations sommait Mgr Richard Williamson de quitter impérativement le pays dans un délai de dix jours sous peine d'être expulsé.
L'Argentine, où l'évêque négationniste réside depuis 2003, a justifié sa décision en précisant que « l'évêque a falsifié à plusieurs reprises la véritable raison de sa résidence dans ce pays, puisqu'il déclarait être employé de l'Association civile ‘La Tradition', alors qu'il était prêtre et directeur du séminaire lefebvriste que la Fraternité Saint Pie X possède dans le pays ».
Mgr Richard Williamson avait soulevé un tollé général dans le monde, en déclarant à une télévision suédoise : « Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz ».
« L'évêque n'était déjà plus à la tête du séminaire, et s'apprêtait de toute façon à quitter le pays », a commenté le père Christian Bouchacourt, Supérieur du district d'Amérique du Sud de la Fraternité Saint-Pie X, dans des propos rapportés par le quotidien La Nación de Buenos Aires.
Lundi dernier, le père Christian Bouchacourt avait annoncé qu'« au vu des déclarations faites à la presse télévisuelle et qui sont du domaine public, les supérieurs de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X ont décidé de relever Mgr Williamson de la charge de directeur qu'il occupait au séminaire de La Reja ».
A travers un communiqué de son supérieur, Mgr Bernard Fellay (cf. Zenit, 27 janvier), la Fraternité Saint Pie X avait clairement pris ses distances avec l'évêque britannique, soulignant que les affirmations de Mgr Williamson « ne reflètent en aucun cas » la position de la congrégation.
Isabelle Cousturié


[abbé Guillaume de Tanoüarn - MetaBlog] Premières réactions du pape

SOURCE - abbé Guillaume de Tanoüarn - MetaBlog - 23 février 2009

Trois extraits importants du salon beige me renvoient à la Une du dernier numéro de Monde et Vie : "Colères cardinalices, haro sur le pape". Monde et Vie décrit l'offensive des cardinaux allemands que l'on sait de longue date hostiles au pape. L'archevêque de Vienne a joué le rôle de supplétif. Pour toutes ces Éminences, la gravité de "l'affaire Williamson" autorisait des attaques à découvert. Mais l'opposition cardinalice à Benoît XVI n'est-elle pas sortie trop vite de ses retranchements ? L'avenir le dira. La réaction extrêmement sereine, avant tout spirituelle et chrétienne, du Pontife, qui dès son discours d'intronisation avait prévenu qu'il attendait "les loups" lui donne aujourd'hui toute la supériorité du dogme (je parle du dogme de la Primauté) et de la foi (je parle de la foi en l'unité de l'Eglise qui l'anime) sur les supputations politiques hâtives de certains hommes rouges qui s'imaginent un peu vite en rivaux potentiels de l'homme en blanc, alors qu'ils doivent être avant tout ses soutiens, parce qu'ils constituent sa garde rapprochée.

Certains diront sans doute que je parle de manière trop crue de ces réalités feutrées... Eh bien lisez ces deux textes de Benoît XVI. Il se retranche derrière l'Epître aux Galates et derrière le dogme catholique de la Primauté de Pierre. Cela donne à ses commentaires des allures de mise au point, qui n'échapperont pas au lecteur attentif.

Premier texte, c'était vendredi, au terme d'un discours sur la liberté prononcé au Grand Séminaire Romain. Le Pape a déclaré sans élever la voix :

"Et pour finir, après ces belles choses, il y a encore une fois dans la Lettre, une allusion à la situation un peu triste de la communauté des Galates, lorsque Paul dit : «Si vous vous mordez et vous dévorez mutuellement, prenez garde au moins à ne pas vous détruire entièrement les uns avec les autres… «Marchez selon l'Esprit». Il me semble que dans cette communauté - qui n'était plus sur le chemin de la communion avec le Christ, mais sur celui de la loi extérieure de la «chair» - émergent naturellement aussi des polémiques et Paul dit : «Vous devenez comme des bêtes fauves, l'un mord l'autre». Il fait allusion ainsi aux polémiques qui naissent là où la foi dégénère en intellectualisme et où l'humilité est remplacée par l'arrogance d'être meilleur de l'autre.

Nous voyons bien qu'aujourd'hui aussi il y a des choses semblables où, au lieu de s'insérer dans la communion avec le Christ, dans le Corps du Christ qui est l'Église, chacun veut être supérieur à l'autre et avec une arrogance intellectuelle, veut faire croire qu'il serait meilleur. Et ainsi naissent les polémiques qui sont destructrices, ainsi naît une caricature de l'Église, qui devrait être une seule âme seule et un seul cœur.

Dans cet avertissement de Saint Paul, nous devons aujourd'hui encore trouver un motif d'examen de conscience : ne pas penser être supérieur à l'autre, mais nous trouver dans l'humilité du Christ, nous trouver dans l'humilité de la Vierge, entrer dans l'obéissance de la foi. C'est réellement ainsi que le grand espace de la vérité et de la liberté dans l'amour s'ouvre aussi à nous."Cette information opportune sur le Salon Beige est signée Michel Janva.

Deuxième texte, tout aussi clair. Aujourd'hui, en la fête de la Chaire de saint Pierre, Benoît XVI a demandé la prière des fidèles pour son ministère de Successeur de Pierre :

"Ce dimanche coïncide aussi avec la fête de la Chaire de saint Pierre, une fête liturgique importante qui met en lumière le ministère du Successeur du Prince des Apôtres. La Chaire de Pierre symbolise l'autorité de l'évêque de Rome, appelé à accomplir un service particulier vis à vis de tout le Peuple de Dieu. Chers frères et sœurs, cette fête m'offre l'occasion de vous demander de m'accompagner de vos prières, afin que je puisse accomplir fidèlement la haute tâche que la Providence divine m'a confiée en tant que Successeur de l'apôtre Pierre. Immédiatement après le martyre des saints Pierre et Paul, l'Eglise de Rome s'est en effet vue reconnaître le rôle primatial dans toute la communauté catholique, rôle attesté déjà au IIe s. par saint Ignace d'Antioche.

Ce ministère singulier et spécifique de l'évêque de Rome a été rappelé par le concile Vatican II : "De là vient aussi l'existence légitime, dans la communion ecclésiastique, des Eglises particulières qui jouissent de traditions propres, sans préjudice du primat de la Chaire de Pierre qui préside à toute l'assemblée de la charité, qui protège les légitimes diversités et, en même temps, veille à ce que les différences ne nuisent point à l'unité, mais la servent"(Lumen gentium, 13)".Ce deuxième post est encore signé Michel Janva, qui nous donne également une information importante sur les positions du Père Lombardi, soutenant désormais clairement la ligne du pape, alors que, toujours à en croire notre ami Romain Bénédicte dans le dernier numéro de Monde et Vie, décidément riche en révélations, celui qui, à la tête de la Salle de presse du Vatican devait être l'homme lige du gouvernement pontificale s'était permis d'attaquer nommément le cardinal Castrillon Hoyos et son rôle dans la levée des excommunications.

"On ne doit attribuer au «Saint-Siège» que les publications officielles publiées par la salle de presse du Saint-Siège. Le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, déplore que des propos soient abusivement attribués au «Saint-Siège», ou au «Vatican», alors qu'ils ne sont que des propos de personnes appartenant à la Curie.

"Assez souvent, les moyens d'information attribuent au ‘Vatican', entendant par là le ‘Saint-Siège', des commentaires et des points de vue qui ne peuvent pas lui être automatiquement attribués. En effet, lorsque le Saint-Siège entend s'exprimer de façon autorisée, il utilise les moyens qui lui sont propres et des modes adaptés (communiqués, notes, déclarations). Tout autre prise de position n'a pas la même valeur. Récemment encore, on a constaté des attributions inopportunes. Le Saint-Siège, dans ses organes représentatifs, manifeste du respect envers les autorités civiles, qui, dans leur autonomie légitime ont le droit et le devoir de pourvoir au bien commun".

Le P. Lombardi fait probablement allusion à des titres comme ceux employés vendredi 20 février pour un article de l'agence italienne Ansa à propos du dernier décret du gouvernement sur la sécurité : «Vatican : Non aux rondes, pas d'état de droit », confondant l'avis d'un prélat de la Curie, avec le Saint-Siège, qui n'a fait à ce sujet aucune déclaration officielle, souligne Janva.

On peut penser aussi que la ligne pontificale est très clairement déterminée dans le tohu bohu provoqué par l'affaire Williamson et qu'il n'est pas question d'usurper l'autorité de la Curie pour attaquer la volonté du pape.

Certains ont reproché à Benoît XVI "son individualisme" dans cette affaire. il me semble qu'il agit plutôt en Monarque, persuadé que l'immense majorité du peuple chrétien soutient et soutiendra ses initiatives pour la paix de l'Eglise et pour l'unité des chrétiens.

On s'est résigné un peu vite à reconnaître en Benoît XVI un pontife de transition. Tout se passe au contraire comme si, mettant de côté son âge et se confiant dans "la Providence divine" qu'il invoque explicitement dans le deuxième texte que je cite plus haut, le pape allemand nourrissait un grand dessein, un dessein qui bouscule les routines de certains fonctionnaires de Dieu mais qui fera de son passage sur la Chaire de Pierre un moment clé pour le siècle à venir.

Une lumière non seulement pour les chrétiens enfin réconciliés avec leur Eglise, mais aussi, je crois, pour tous les hommes de bonne volonté que sa piété et sa science théologique aura touchés au plus profond.




Trop c'est trop: la sainte colère de Denis Crouan, président de Pro Liturgia
23 février 2009 - Lettre 166 de paixliturgique.com
Nous reproduisons ici la chronique de Denis CROUAN publié sur le site de proliturgia.org OVERDOSE
Nous, simples fidèles, fidèles "de la base" qui formons le petit nombre de ceux qui fréquentent encore (tant que l'âge le permet) les messes dominicales, nous en avons plus qu'assez du discours hypocrite de nos évêques, de nos vicaires épiscopaux, de nos curés qui n'ont que Vatican II à la bouche - surtout depuis la levée des excommunications - mais qui nous interdisent à nous, fidèles, de recevoir et d'appliquer le Concile.

Nous en avons assez d'apprendre que des prêtres, des maîtres de chœurs, des organistes... sont limogés du jour au lendemain au seul motif qu'ils servaient la liturgie de l'Église - qui n'est pas celle de la pastorale locale - et respectaient le missel romain. Missel qui dit textuellement que personne ne peut modifier la liturgie, qui dit que le chant grégorien doit (et non pas "peut") occuper la première place, qui dit qu'il faut (et non pas "qu'on peut") être attentif aux normes de la Présentation Générale et à la pratique reçue du rite romain plutôt qu'à ses goûts personnels et à son propre jugement. Si, si: tout ça est écrit!

Nous en avons assez d'avoir à supporter des équipes inter paroissiales de laïcs dont la prétention, inversement proportionnelle à la compétence, nous imposent leurs fadaises au cours de leurs messes-karaoké supposées favoriser la participation. La participation à quoi ? A la niaiserie générale ?

Nous en avons assez d'avoir à supporter ces célébrations face au peuple qui nous obligent à voir devant nous des célébrants trop souvent négligés sur le plan vestimentaire et comportemental.

Tout ce que nous voyons, tout ce que nous chantons, tout ce qu'on nous fait faire, tout ce que nous sommes obligés de supporter de dimanches en dimanches pour satisfaire au précepte dominical... est très éloigné de la liturgie voulue par le Concile dont se réclament nos clercs.

Car ils ne sont pas dix évêques en France - pas dix! - qui respectent la liturgie et qui veulent - ou peuvent - la faire respecter dans les églises de leurs diocèses respectifs.

On fera peut-être remarquer qu'en tel endroit, la liturgie est convenable. Mais qu'est-ce qu'une liturgie "convenable" dans l'état actuel des choses ? Est-ce une messe qui, occasionnellement, est moins pire qu'ailleurs, ou plus acceptable qu'ailleurs ? Si tel est le cas, alors c'est raté : car la question n'est pas de savoir où trouver une messe mieux célébrée qu'ailleurs; elle est d'avoir partout, à toutes les heures, dans toutes les églises, la liturgie célébrée dans le strict respect du missel romain. C'est-à-dire la liturgie où il y a au minimum l'Ordinaire en grégorien, un service d'autel assuré par au moins deux acolytes, un chœur débarrassé de tout ce qui n'est pas strictement nécessaire à la célébration (chaises, banderoles, papiers, micros, surplus d'autels, animateurs ou animatrices, ministres "systématiquement extraordinaires" de la communion, lecteurs ou lectrices en jean's et en chaussures de sport... etc.), un célébrant qui sait chanter et parler sans faire des simagrées, qui sait être digne (garder les mains jointes!), et qui s'interdit de modifier quoi que ce soit dans ce qui est donné par le missel.

Tel est le minimum pour commencer à avoir la liturgie voulue par le Concile.

Avouons qu'on en est vraiment très loin dans 95% des paroisses. Et il en sera ainsi tant que la liturgie ne sera pas correctement enseignée dans les séminaires et les maisons religieuses et tant que les évêques garderont le silence devant l'inadmissible : ce qui est malheureusement le cas.

Oui : nous, simples fidèles, nous en avons plus qu'assez d'être les otages d'un clergé qui n'a que "Vatican II" à la bouche alors qu'il n'est jamais fichu d'étudier et d'appliquer le Concile comme il doit être appliqué.


Denis CROUAN docteur en théologie, Président de Pro Liturgia


Pour en savoir plus le site de Pro liturgia : proliturgia.org
LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1 – Le courage et la détermination de notre ami Denis Crouan qui continue, malgré mille difficultés, à demander inlassablement une application traditionnelle de la réforme liturgique issue de Vatican II, ne peuvent que nous inspirer respect et admiration.
Force est de constater en effet que ceux et celles qui souhaitent vivre leur foi au rythme de la nouvelle messe (forme ordinaire du rite romain), sans rupture et célébrée de manière traditionnelle ne sont pas plus respectés dans l’Eglise de France que ceux qui souhaitent le faire au rythme de la forme " Extraordinaire". Ils sont bousculés par tous ceux pour qui le concile n'est qu'un moyen comme un autre d'imposer des points de vue personnels. Le plus souvent, ces opinions liturgiques personnelles sont tout à fait étrangères au Concile bien que présentées par la force des mots et par le matraquage comme étant l’expression du « véritable esprit du concile ».
2 - Le traitement réservé à ceux qui désirent une célébration classique de la forme ordinaire du rite romain devrait éclairer ceux qui demandent inlassablement l’application du Motu Proprio de Benoît XVI. En effet, ceux et celles qui pourraient croire que les propositions de certains évêques ou curés, de mettre en place des « messes de Paul VI en latin » au lieu de célébrations tridentines, seront ainsi éclairées par les réelles intentions de ceux qui osent faire ce type de marchandage... ( Nous publierons très bientôt un dossier ahurissant à ce sujet concernant les décisions de Mgr Carré répondant ( !!!!! ) aux demandeurs d'Albi).
3 – Que n’a-t-on pas entendu et dû subir au nom du Concile ? Dans sa lettre aux évêques du 7 juillet 2007, le Pape lui-même parle de « déformations de la Liturgie à la limite du supportable ». Notre demande inlassable d’application du Motu Proprio de Benoît XVI n’est pas contraire au Concile comme voudraient le laisser croire ceux qui ne veulent pas de la paix dans l’Eglise. Nous n’acceptons pas que ceux qui travestissent chaque jour un peu plus le Concile dont il trahissent la réalité dans une relecture très éloignée de la réalité, osent s’en servir contre ceux qui ne demandent rien d’autre que de faire ce que l’Eglise propose.






La réconciliation avec les intégristes vue par les chrétiens d'Eure-et-Loir
23 février 2009 - Philippe Abline - larep.com
Dans le département comme ailleurs, la levée de l'excommunication des évêques intégristes met la communauté catholique mal à l'aise. Les sentiments de l'évêque, d'un prêtre et d'un fidèle. Les prêtres font des mises au point en fin de messe, l'évêque de Chartres, Mgr Michel Pansard, a retranscrit les propos qu'il a tenus devant le micro de Radio Grand Ciel et les a fait distribuer dans les paroisses, un espace de réactions a été ouvert sur le site Internet du diocèse Le décret de levée d'excommunication des évêques de la Fraternité Saint-Pie X suscite échanges et interrogations depuis quelques semaines au sein de la communauté chrétienne eurélienne.

Journaliste à Radio Grand Ciel, Christophe Jubien, s'il ne reçoit pas beaucoup d'appels d'auditeurs - « ce n'est pas une habitude chez nous » - sait que les prêtres doivent faire face à beaucoup de questions sur le sujet. L'évêque de Chartres y a répondu lors d'une interview diffusée à l'antenne (lire des extraits ci-dessous). Et ne souhaite pas en dire plus.
Des inquiétudes
En substance, Mgr Michel Pansard répond qu'il comprend les inquiétudes quant à ce qui pourrait être pris pour un reniement du concile Vatican II. Il reçoit aussi les observations sur un défaut de communication et le « télescopage de cette levée d'excommunication avec les propos négationnistes » tenus par Mgr Williamson, l'un des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X.

C'est effectivement ce qui a gêné Vincent Alix, un laïc actif dans sa paroisse de La Loupe, impliqué dans la vie de l'Église en général (il est parti trois ans avec sa femme, enseignante comme lui, au Burkina Faso dans le cadre de la délégation catholique pour la coopération). « Je suis né avec le concile Vatican II, je n'ai connu qu'un seul pape, Jean-Paul II, et je sens qu'il y a dans la mouvance intégriste des intransigeances qui ne vont pas dans le sens du respect » explique-t-il.

Vincent Alix, - et d'autres avec lui, la presse catholique a été inondée de correspondances ces dernières semaines - ne cache pas son malaise. Attaché à l'église et au pape, son représentant, il souhaite bien sûr lui rester loyal mais ne peut s'interdire d'émettre des critiques.

Le retour à un peu plus de tradition, « pourquoi pas ? » estimait-il. Même si la permission accordée par Benoît XVI de revenir à l'ancien missel (la messe en latin) avait été diversement accueillie au sein de la communauté chrétienne. La levée de l'excommunication aurait pu, selon lui, être comprise comme une main tendue. Une perche que les intégristes pouvaient saisir, en faisant eux aussi des efforts.
Défaut de communication
Mais cette volonté a, selon le Loupéen, souffert d'un défaut de communication important. Et la coïncidence avec les propos négationnistes tenus par Mgr Williamson ne pouvait pas plus mal tomber. « Je souhaite à la fois pouvoir accepter ce que dit le pape mais je ne tiens pas à supporter ce que disent certains chrétiens quand leurs propos portent atteinte à l'amour, qui est l'essence de ma foi » résume Vincent Alix. Pour qui cette situation rend la critique plus ouverte et plus évidente.

Faut-il, fort de ce constat, engager une réflexion sur l'église ? Celle-ci manque d'espaces de parole et devrait en profiter pour en créer estime le prêtre Roger Wilhem (lire ci-contre). « Pour que cette crise soit salutaire. » Il n'est sans doute pas le seul à le penser.
L'explication de l'évêque
Le diocèse de Chartres n'a pas échappé aux doutes et réflexions suscités par la levée de l'excommunication. Des commentaires de fidèles apparaissent sur le site Internet du diocèse. Quelques-uns seulement, et majoritairement favorables à la décision du pape, comprise comme un acte répondant à la volonté d'unité de l'église.

Mais Mgr Michel Pansard a tout de même dû pallier le « déficit de communication » de Rome. Pour lui, en levant l'excommunication des évêques intégristes, « le pape fait comme une remise de peine suite à une faute sanctionnée.

Pour reprendre l'image du feu tricolore, cela signifie que le pape a relevé la barrière pour ne pas s'enfermer définitivement dans une séparation. Mais le feu n'est pas devenu vert, il est devenu orange clignotant. »
Philippe Abline


21 février 2009





L'Argentine ne veut plus de l'évêque négationniste
21 février 2009 - Olivier Ubertalli - ouest-france.fr
Mgr Williamson, qui nie l'existence des chambres à gaz, a dix jours pour s'en aller. Le pays, longtemps considéré comme terre d'accueil de nazis, veut redorer son blason. Ses thèses négationnistes « heurtent profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité ». Les autorités argentines ont donné dix jours à Mgr Williamson, dont l'excommunication a été levée par le pape, pour quitter le pays. À Buenos Aires, qui abrite la troisième plus grande communauté juive au monde, les propos de l'évêque négationniste avaient provoqué un véritable tollé.
Pour déclarer Williamson persona non grata, le ministre de l'Intérieur argentin a trouvé une faille dans ses papiers d'immigration. L'évêque britannique aurait falsifié des documents afin de résider en Argentine. La vraie raison de cette mise à la porte semble ailleurs : il s'agit pour le pays de montrer qu'il a changé. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement péroniste, connu pour sa complaisance envers Mussolini et Hitler, avait permis l'exil argentin de centaines d'ex-nazis allemands ou fascistes italiens.
Conservatisme religieux
« Les courants conservateurs ont, aussi, été toujours influents au sein de l'Église argentine », noteJosé María Poirier, directeur du mensuel chrétien Criterio. Au fil du XXe siècle, le conservatisme religieux argentin s'est ainsi manifesté au travers du national-catholicisme de la puissante Opus Dei, de l'association catholique des avocats ou encore de l'Université catholique.
À partir des années 1970, Mgr Lefebvre, fondateur de la fraternité Saint-Pie X, a trouvé en Argentine de fervents soutiens, en particulier l'évêque Abelenda, qui avait défendu les thèses les plus traditionalistes, durant le Concile Vatican II. Quatrième communauté lefebvriste après la France, l'Allemagne et l'Amérique du Nord, l'Argentine abrite donc l'unique séminaire intégriste d'Amérique latine, avec vingt-cinq étudiants. Sept nouveaux sont attendus en mars. On y trouve vingt-deux paroisses lefebvristes répartis sur neuf provinces.
Mais aujourd'hui, les relations entre les lefébvristes et l'Église argentine sont tendues. Le père Christian Bouchacourt, supérieur du district d'Amérique du sud de la fraternité Saint-Pie X, a demandé une audience au cardinal Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, afin de renouer le dialogue.
En attendant, sur le parvis de l'Eglise de La Reja, à 50 kilomètres de la capitale argentine, les fidèles de la fraternité intégriste défendent leur évêque négationniste. Pour Silvia, couverte par une mantille noire, la mise à l'écart de Mgr Williamson reste « une grande perte pour la communauté et arrange les affaires des progressistes du Vatican ». L'église lefebvriste ne désemplit pas. Environ 500 fidèles se pressent chaque dimanche pour suivre les deux messes en latin.
Olivier UBERTALLI


20 février 2009

[ Abbé Claude Barthe] "Confiteor ou la Paix de l'Eglise" de Michel de Jaeghere

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Le Forum Catholique - 20 février 2009

Un nouvelle pièce de théâtre de Michel de Jaeghere, Confiteor ou la Paix de l'Eglise, Renaissance catholique, février 2009, 18€ :

Mgr Verdière, fondateur de la Fraternité du Christ Rédempteur, 80 ans : Vous me demandez une marque de confiance, alors que je suis persécuté depuis 20 ans pour avoir continué de professer ce qui fut, pendant des siècles, la foi de l'Eglise.
Cardinal Josef Hoffbauer, préfet du Saint-Office, 62 ans : Et si je vous promets de m'occuper de votre oeuvre, moi, me croirez-vous ? Si je vous assure qu'à votre mort, elle ne sera pas abandonnée à la vindicte de ses adversaires ?.

La scène est à Rome, il y a vingt et un ans, à ce qu'il semble.

[Abbé Claude Barthe] "Confiteor ou la Paix de l'Eglise" de Michel de Jaeghere

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Le Forum Catholique - 20 février 2009

Un nouvelle pièce de théâtre de Michel de Jaeghere, Confiteor ou la Paix de l'Eglise, Renaissance catholique, février 2009, 18€ :

Mgr Verdière, fondateur de la Fraternité du Christ Rédempteur, 80 ans : Vous me demandez une marque de confiance, alors que je suis persécuté depuis 20 ans pour avoir continué de professer ce qui fut, pendant des siècles, la foi de l'Eglise.
Cardinal Josef Hoffbauer, préfet du Saint-Office, 62 ans : Et si je vous promets de m'occuper de votre oeuvre, moi, me croirez-vous ? Si je vous assure qu'à votre mort, elle ne sera pas abandonnée à la vindicte de ses adversaires ?.

La scène est à Rome, il y a vingt et un ans, à ce qu'il semble.

[Journal Chrétien] Le pape regrette les « polémiques destructrices »

SOURCE - Journal Chrétien - 20 février 2009


Dans un discours improvisé prononcé vendredi lors d’une visite dans un séminaire de Rome, le pape Benoît XVI regrette les « polémiques destructrices » qui touchent l’Eglise Catholique, et qui risquent d’en faire une « caricature ». Il faisait ainsi allusion à la polémique impliquant Mgr Richard Nelson Williamson, évêque traditionaliste de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

Benoît XVI estime qu’un examen de conscience est nécessaire" au seind e l’Eglise Catholique après la polémique liée à la levée de l’excommunication de l’évêque Mgr Richard Williamson.

Le 1er novembre 2008, Richard Williamson est présent au séminaire de Zaitzkofen, situé sur la commune de Schierling, proche de Ratisbonne en Bavière, où il procède à l’ordination du premier diacre suédois de la Fraternité Saint-Pie-X. Il accorde ce même jour un entretien au journaliste suédois Ali Fegan qui lui demande de revenir sur les propos sur la Shoah qu’il avait tenus à Sherbrooke au Québec en avril 1989 et qui avaient suscité l’envoi par le président de la conférence épiscopale du Canada, l’archevêque d’Halifax James Martin Hayes, d’un télégramme au Congrès juif canadien désapprouvant ces propos.

Le 15 janvier 2009, en prévision de la diffusion, programmée pour le 21 janvier, de l’émission Uppdrag granskning sur le thème de la Fraternité Saint-Pie-X, la chargée des relations avec la presse du diocèse catholique de Stockholm, Maria Hasselgren, diffuse un communiqué dans lequel le diocèse « rejette complètement toute forme de racisme ou d’antisémitisme ».

Le 19 janvier 2009, le contenu de l’interview est révélé au public par le magazine allemand Der Spiegel.

L’entretien est ensuite diffusé le 21 janvier 2009 par la chaîne de télévision suédoise SVT.

« Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz.« , affirme-t-il. »Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration« , poursuit-il, »mais pas un seul dans les chambres à gaz", a-t-il conclu au cours de l’émission Uppdrag granskning, programme hebdomadaire de la télévision publique suédoise SVT.

Dans une lettre adressée le 21 janvier 2009 à la télévision suédoise et dans un entretien accordé le 23 janvier, le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, Bernard Fellay, s’est désolidarisé de Richard Williamson, en indiquant que ces propos lui étaient personnels. « Il n’engage que sa personne » a-t-il indiqué, ajoutant : « On va conclure que toute la Fraternité est antisémite. Je m’érige avec véhémence contre une telle accusation. ».

Dans un communiqué du 27 janvier 2009, B. Fellay revient sur les déclarations de R. Williamson, précisant que celles-ci « ne reflètent en aucun cas la position de notre société [sous entendu la Fraternité Saint-Pie X] » et qu’il « lui a interdit, jusqu’à nouvel ordre, toute prise de position publique sur des questions politiques ou historiques ». Il demande ensuite « pardon au Souverain Pontife, et à tous les hommes de bonne volonté, pour les conséquences dramatiques d’un tel acte » au nom de la Fraternité Saint-Pie X.

Le 28 janvier 2009, l’évêque a envoyé une lettre au Saint Père pour lui proposer ses excuses.

Le 4 février 2009, une note de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège précise que « Pour être admis aux fonctions épiscopales de l’Eglise, l’évêque Williamson doit sans aucune équivoque et publiquement prendre ses distances avec ses positions concernant la Shoah. »

Dans une interview à Der Spiegel en date du 9 février 2009, il refuse de retirer ses propos avant d’avoir étudié la réalité des chambres à gaz. Il accuse le concile Vatican II d’avoir provoqué « le chaos théologique que nous avons aujourd’hui » en légitimant une « dictature du relativisme ». Williamson se dit également « étonné » d’être un objet de polémique : « Visiblement, le catholicisme de gauche n’a pas encore pardonné le fait que Ratzinger soit devenu pape. » Cet entretien au Spiegel est perçu comme une confirmation des positions de Mgr Williamson.

Par décret de la congrégation pour les évêques du 21 janvier 2009 signé par le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation, l’excommunication qui frappait les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, Richard Williamson, Bernard Fellay, Alfonso de Galarreta et Bernard Tissier de Mallerais, est levée de façon unilatérale et sans concession de la part des quatre évêques concernés.

[Laurence Monnot - Le Monde] En Autriche, l'Eglise catholique traverse une crise morale

SOURCE - Laurence Monnot - Le Monde - 20 février 2009


Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne l'a lui même admis : l'Eglise catholique autrichienne traverse une crise et les évêques doivent "une explication" aux catholiques. "Nous voulons aussi exprimer l'espoir que toute crise peut être aussi une chance" a écrit le président de la conférence épiscopale autrichienne dans une lettre pastorale publiée le 16 février à l'issue d'une réunion de crise, rassemblant tous les évêques.

Mgr Schönborn tire les leçons du malaise suscité par deux épisodes particulièrement mal vécus par les catholiques, et qui viennent s'ajouter à un trouble plus ancien. L'annonce le 24 janvier par le Vatican de lever l'excommunication de quatre évêques lefebvristes, dont l'un négationniste, a choqué les catholiques autrichiens et suscité l'incompréhension au plus haut niveau de la hiérarchie.

Le 31 janvier, une nouvelle décision de Benoît XVI a accentué le trouble ressenti face aux décisions de la hiérarchie catholique. Rome annonçait la nomination de Gerhard Maria Wagner comme évêque auxiliaire de Linz, en dépit des recommandations contraires de l'Eglise autrichienne.

L'ecclésiastique ultraconservateur est connu pour ses prises de position sulfureuses : de Harry Potter le "satanique", aux catastrophes naturelles de la Nouvelle-Orléans ou du tsunami déclenchées par la "pollution spirituelle", en passant par ses opinions sur l'homosexualité "maladie curable"... Il a, face au tollé suscité par sa nomination, demandé au pape de revenir sur sa décision. Le Vatican n'a pas officiellement accédé à cette demande.

L'Eglise autrichienne, qui depuis les années 1990 peine à se relever de plusieurs scandales liés à des affaires de pédophilie et de pornographie au sein d'un séminaire, n'avait pas besoin de cette nouvelle recrue controversée. Pour Thomas Prügl, directeur de l'Institut d'histoire religieuse de la faculté catholique de Vienne, ces affaires sont le point d'orgue d'un malaise plus général. L'Eglise autrichienne, dont plus de 35 000 fidèles se détournent chaque année et qui a perdu plus de 1,3 million de fidèles depuis 1976, souffre, selon lui, d'une double fracture : entre traditionalistes et progressistes - dont il estime le poids respectif à 10 et 15 % des fidèles -, entre les prêtres de paroisses et leur hiérarchie.

La "base" progressiste incarnée par des mouvements comme Nous sommes l'église ou Initiative paroissiale appellent à des réformes structurelles. L'abolition de l'obligation de célibat pour les prêtres, la participation des femmes dans la liturgie, solutions défendues pour faire face à la pénurie de prêtres, recueillent d'après les sondages un large soutien parmi la communauté catholique. "Le défi posé à l'Eglise autrichienne et reconnu par les évêques dans leur récente lettre pastorale, est de prendre plus au sérieux les besoins de l'église locale" estime M. Prügl.

Effet du récent désarroi causé par la politique de Rome, l'Eglise évangélique autrichienne, qui ne rassemble que 5 % de la population contre 68 % de catholiques, enregistre depuis janvier un nombre croissant de demandes d'information. Un appel au boycott de l'impôt de l'Eglise a été lancé - en Autriche les Eglises reconnues sont habilitées à prélever un impôt sur le revenu de leurs fidèles. S'il était entendu, cet appel pourrait s'avérer un moyen de pression efficace : plus de 85 % des revenus de l'Eglise proviennent de cet impôt.

Laurence Monnot

Article paru dans l'édition du 21.02.09

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Williamson ne peut être exclu de l'Église

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 20 février 2009

Face à l'évêque britannique négationniste, les tribunaux civils semblent mieux armés que le droit canonique.

Il reste huit jours à Mgr Richard Williamson pour quitter l'Argentine. Jeudi soir, la Direction nationale des migrations, sous la responsabilité du ministère de l'Intérieur, l'a sommé de «quitter impérativement» le pays, «sous peine d'être expulsé». Une décision dont s'est félicité le Congrès juif mondial.

Déjà mis au ban de la Fraternité lefebvriste Saint Pie X, qui lui a retiré la direction du séminaire de La Reja, près de Buenos Aires - à la suite de propos négationnistes confirmés - Mgr Williamson était injoignable vendredi. Son dernier commentaire, sur son site personnel, date d'une semaine. Il se livre à une critique du dernier film où joue Meryl Streep, en religieuse, intitulé «Doubt» (Doute).

Pas de doute, toutefois, pour le supérieur de la Fraternité Saint Pie X en Amérique latine, l'abbé Christian Bouchacourt. Il a indiqué que les responsables de cette Fraternité «ont opportunément décidé que Mgr Richard Williamson devait sortir de la juridiction du territoire de la nation argentine ».

Pas de doutes non plus pour la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme). L'association va déposer plainte contre Mgr Williamson dans «le courant de la semaine prochaine», assure Me Alain Jakubowicz. Il est certain de «la compétence juri­dique française» en cette affaire : les propos de Mgr Williamson, ressortissant britannique, sont en effet disponibles sur le sol français, par voie de presse écrite (Der Spiegel est vendu à Paris) ou télévisuelle.

«L'hérésie», seul motif possible

Doute profond, en revanche, du côté romain, où l'on se refusait hier à commenter ce nouvel épi­sode. Si la communauté catholique reste sous le choc de la levée des excommunications - décidée par Benoît XVI pour quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre et annoncée le 24 janvier, alors que les propos négationnistes de Mgr Williamson venaient d'être publiés - les spécialistes du droit canonique, ce droit spécifique de l'Église catholique, ne voient pas par quel moyen le Pape peut agir sur Mgr Williamson.

Les canonistes sont toutefois certains d'un premier point : la levée des excommunications a juridiquement redonné du pouvoir au Pape sur ces évêques. Ils sont - en droit strict - en communion avec le Pape pour la raison sui­vante : ce type d'excommunication appartient à la catégorie des «censures médicinales».

Par cette peine, le récalcitrant doit justement prendre conscience de son problème, s'amender et demander le retour, réparant ainsi le «scandale» de la séparation. Conditions objectivement réunies aujourd'hui, constatent les canonistes. Ces évêques sont donc juridiquement en communion avec le Pape.

Deuxième certitude, ces évêques, parce qu'ils n'ont pas reçu de mission canonique, restent cependant dans une situation «d'irrégularité» : ils sont donc «limités» dans leur droit et ne peuvent exercer leur pouvoir d'évêques. Troisième certitude : ces évêques - sous le rapport de l'enseignement de l'Église et de son magistère, et non plus sur le plan juridique - ne sont toujours pas en communion avec le Pape.

Commence alors la difficulté pour les canonistes. Le Pape, qui a bien juridiction sur ces évêques, ne peut pas excommunier à nouveau Mgr Williamson. Le seul motif possible serait une «hérésie» contre la foi, soutenue «avec obstination». Si l'Église condamne la Shoah, elle n'en fait pas un article de foi.

Reste le «canon 754». Il permet de «proscrire une opinion erronée». Mais le droit de l'Église interdit que l'on oblige quelqu'un (sauf pour le Credo) à adopter, au fort interne, une opinion. Ce canon, qui protège en fait le droit de conscience, ne peut s'appliquer qu'au fort externe en obligeant la personne à… se taire !

Il a déjà été appliqué à Mgr Williamson par son supérieur hiérarchique, Mgr Fellay. L'évêque n'a pas obéi et a confirmé publiquement ses propos. Une seule solution s'ouvre donc pour le Pape aujourd'hui : exiger publiquement de Mgr Williamson qu'il se taise.

19 février 2009

[AFP] L'Argentine somme l'évêque négationniste Williamson de quitter le pays

SOURCE - AFP - 19 février 2009

BUENOS AIRES (AFP) — L'Argentine a donné jeudi dix jours à l'évêque britannique Richard Williamson pour quitter le pays, soulignant que ses thèses négationnistes "heurtaient profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité".

"Le ministre de l'Intérieur Florencio Randazzo a annoncé aujourd'hui que la Direction nationale des Migrations sommait Richard Williamson de quitter impérativement le pays dans un délai de dix jours sous peine d'être expulsé", a annoncé le ministère dans un communiqué.

La levée de l'excommunication par Benoît XVI de Mgr Williamson et de trois autres évêques intégristes le 24 janvier a suscité un tollé et déclenché une crise qui a compromis les relations du Vatican avec le judaïsme et brouillé l'image du pape.

Deux jours avant le décret pontifical, Richard Williamson avait déclaré à une télévision suédoise: "Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz".

L'Argentine, où l'évêque négationniste réside depuis 2003, a justifié sa décision en précisant que ses papiers n'étaient pas en règle.

La Direction argentine des Migrations a fait valoir "que l'évêque a falsifié à plusieurs reprises la véritable raison de sa résidence dans ce pays, puisqu'il déclarait être employé de l'Association civile +La Tradition+, alors qu'il était prêtre et directeur du séminaire lefebvriste que la Fraternité Saint Pie X possède dans la localité de Moreno", à 40 km de Buenos Aires, précise le communiqué.

Le ministère de l'Intérieur a rappelé, ensuite, que "l'évêque Williamson est devenu connu après avoir fait des déclarations antisémites à un média suédois, dans lesquelles il a mis en doute l'Holocauste dont a été victime le peuple juif".

"Pour ces raisons, qui s'ajoutent à la ferme condamnation du gouvernement argentin de positions qui heurtent profondément la société argentine, le peuple juif et l'humanité entière, prétendant nier une vérité historique, le gouvernement décide (...) de sommer l'évêque lefebvriste de quitter le pays ou de se soumettre à l'expulsion", toujours selon le texte.

Le secrétaire au Culte, Guillermo Oliveri, a précisé que l'évêque "pouvait évidemment faire appel" de cette décision administrative. Mais il a été on ne peut plus clair en déclarant à l'AFP que "le gouvernement a décidé qu'il ne doit plus résider dans le pays".

La communauté juive d'Argentine, la plus importante en Amérique Latine, a "salué" la décision du gouvernement.

"Nous estimons juste de le déclarer +persona non grata+ et d'aller jusqu'à l'expulsion", a déclaré le président de la Délégation d'associations israélites, Aldo Donzis.

Le secrétaire général de l'AMIA, la mutuelle juive, a dit que les déclarations de Williamson "portaient atteinte à la paix sociale dont a tant besoin ce pays".

Une plainte devant la justice fédérale argentine pour apologie du négationnisme avait été déposée le 10 février à l'encontre de Williamson par le responsable de l'édition argentine du magazine américain Newsweek.

Mgr Williamson, 68 ans, devait également répondre à l'Institut national contre la discrimination (INADI) qui lui a officiellement demandé "d'infirmer ou de confirmer ses propos".

[ Eléonore Monfort - Paris Match] Le camp retranché de Monseigneur Williamson

SOURCE - Eléonore Monfort - Paris Match - 19 février 2009


Depuis ses propos niant l’Holocauste, l’évêque intégriste que le Pape voulait réintégrer dans l’Eglise se terre en Argentine dans le monastère de La Reja.

De notre envoyée spéciale Eléonore Monfort - Paris Match

«Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz.» Depuis sa déclaration négationniste à la télévision suédoise qui a ulcéré le monde entier, l’evêque britannique Richard Williamson ne quitte plus les 60 hectares de la congrégation traditionaliste de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, en Argentine. Ce prélat ultra-réactionnaire a déjà versé dans l’antisémitisme mais, cette fois, le scandale agite le Vatican : quelques jours avant ces propos nauséabonds, le pape Benoît XVI venait de lever l’excommunication qui frappait cet inconditionnel de Mgr Lefebvre depuis vingt ans. Le successeur du regretté Jean-Paul II, qui accumule les bévues médiatiques, s’est empressé de rappeler que la négation de la Shoah est «intolérable», et a confirmé son prochain voyage en Israël.Plus isolé que jamais, l’évêque Williamson sort rarement du séminaire de La Reja, une ville de 35 000 habitants à une cinquantaine de kilomètres de Buenos Aires. Des sorties qui se limitent à une courte promenade dans le jardin de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Impossible donc d’apercevoir Richard Williamson, encore moins de le rencontrer. A notre demande écrite d’entretien, la réponse a été ferme :

«Monseigneur Williamson ne donne pas d’interview pour le moment.» Sur place, c’est sur un ton plus cordial qu’un séminariste français nous explique que l’évêque a reçu ordre par son supérieur, Mgr Bernard Fellay, de ne pas répondre à la presse. Destitué de sa charge de directeur du séminaire, il continue cependant de prendre ses repas avec la trentaine de séminaristes de la communauté. Et il occuperait désormais ses journées «à prier et à étudier beaucoup», d’après le jeune Français. Qui ne peut cependant préciser si l’évêque s’est attelé ou non à la lecture des preuves «historiques», selon lui, de l’Holocauste, comme il l’avait annoncé. Le jeune homme précise que la polémique n’est jamais évoquée avec lui : «On parle d’autres thèmes du quotidien. Mais, même s’il prend très naturellement toutes les conséquences de ses propos, je sais qu’il a été attristé que son point de vue historique ait nui à la communauté. C’est d’ailleurs un point de vue qui n’est pas partagé par tous les prêtres de la Fraternité.»

Une polémique qui n’empêche pas, ce dimanche 15 février, une centaine de personnes d’assister à la messe, dite en latin et le dos tourné à l’assistance, selon la liturgie antérieure au concile Vatican II. Ce n’est pas Richard Williamson qui officie, même si aucune interdiction ne pèse sur lui : il ne célébrerait plus, désormais, que des messes personnelles, dans un oratoire spécial. Mais pour les fidèles, rien n’a changé. Aux yeux d’un couple de Français en vacances dans le pays, qui a déjà rencontré il y a deux ans celui qui était encore directeur du séminaire, les propos négationnistes de l’évêque ne changent rien : «Les médias n’avaient pas à diffuser l’opinion privée de Mgr Williamson.» «Je pense que, au contraire, cela nous fait de la publicité, explique le séminariste français. Nous recevons beaucoup de témoignages de fidèles qui nous soutiennent et nous félicitent.» «C’est une polémique politique, qui concerne l’Allemagne. Mais pour nous, ici, aucun changement. Tout le monde est là, comme d’habitude», ajoute un fidèle venu de Buenos Aires.

«Je trouve horrible ce qu’a déclaré ce prêtre nazi. C’est très bien qu’il ait été renvoyé!»

Connue jusqu’ici pour être la capitale du bandonéon, la ville de La Reja est devenue un centre d’attention. Ignorant apparemment la raison de toute cette agitation, le garagiste qui travaille à quelques centaines de mètres du séminaire n’a jamais aperçu Williamson, mais sait «que la congrégation a fait beaucoup pour venir en aide aux gens dans le besoin, depuis vingt-cinq ans qu’elle est là». Un avis partagé par nombre d’habitants. Trois fois par semaine, les portes du séminaire s’ouvrent en effet aux plus démunis pour leur offrir vêtements, nourriture et médicaments. La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a été d’un grand secours pour la famille de Mariano, un autre habitant. Mais il n’apprécie pas pour autant l’homme, «ce nazi», qu’il a rencontré plusieurs fois et juge froid et distant. Très peu d’habitants l’ont aperçu dans les rues de la ville. Tito, patron d’un café-épicerie, confirme que les membres de la Fraternité sortent peu du séminaire, «juste pour acheter l’essentiel, car ils cultivent tout là-bas». Mais il tient à donner lui aussi son avis sur l’homme : «Je trouve horrible ce qu’a déclaré ce prêtre nazi, comme certains l’appellent ici. C’est très bien qu’il ait été renvoyé!»

Du côté des fidèles lefebvristes en Argentine, l’heure est au mutisme. «Le sujet est trop délicat, j’ai peur de dire à la presse des choses qui seront mal interprétées», déclare un homme d’une trentaine d’années, proche de la Fraternité. «Ce débat prend trop d’ampleur. Beaucoup de thèmes évoqués par la polémique se mélangent avec notre mouvement, qui n’a rien à voir avec ça. Il y a un amalgame», explique un avocat. Malgré l’agitation de ces derniers jours, pas de bouleversement apparent à la Fraternité Saint-Pie X. Un prêtre explique pourtant qu’elle est dans une période de changements, en attendant la nomination d’un autre directeur. Selon lui, Richard Williamson a eu tort de parler de l’Holocauste, «un thème compliqué. Il y a une vérité admise par le monde et, apparemment, on ne peut pas s’y opposer. Si quelqu’un met un bâton dans cette roue, on voit ce qu’il se passe». Et de conclure l’entretien par une précision : «On n’est pas “lefebvristes”... ce terme porte la connotation d’une secte, ce que nous ne sommes pas.» Seule certitude, Richard Williamson n’est pas entièrement coupé du monde. L’évêque utilise Internet pour mettre à jour, chaque samedi, son blog personnel. Le 14 février, il y donnait son avis sur un film qui vient de sortir en France, «Doute». L’histoire d’un prêtre accusé du pire, peut-être à tort... et sans preuves tangibles.

[La Nouvelle République] Des catholiques intégristes se forment dans l'Indre

SOURCE - La Nouvelle République - 19 février 2009


Une cinquantaine de jeunes se retrouveront à Niherne autour de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le week-end prochain, pour un stage intensif. Enquête.

De notre rédaction de Châteauroux

A l'école Saint-Michel, de Niherne, le premier week-end des vacances sera néanmoins intensif. L'établissement traditionaliste niché dans ce village de 1.500 habitants, près de Châteauroux, accueillera – hors cursus scolaire – 150 jeunes « désireux de s'engager pour que nos nations redeviennent chrétiennes ». C'est ce que dit l'invitation lancée à ces fidèles européens de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Au menu, une formation dispensée bien à l'abri des regards extérieurs. De 7 h 30 samedi à 16 h dimanche, les garçons et filles de 16 à 35 ans enchaîneront entre autres une douzaine d'ateliers aux thèmes aussi évocateurs que « La manipulation émotionnelle au service des lois mortifères et antifamiliales ». Celui-ci sera d'ailleurs conduit par Alain Escada, secrétaire générale de l'Institut Civitas, l'association organisatrice dont l'objet officiellement affiché est « l'instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier ». Un petit tour sur le blog de ce Belge suffit à mesurer les liens idéologiques. Ce lobbyiste au Parlement européen, en « croisade de l'esprit pour une Europe chrétienne », jongle de manière peu recommandable sur le registre du péril islamique, de l'antiavortement et tout cet arsenal bien connu à l'extrême droite.
L'école de Niherne fait également partie de la Fraternité Saint-Pie X. « Nous ne proposons que nos murs, je ne cautionne pas forcément tout ce qui y sera dit, je serai d'ailleurs absent ce week-end », se défend le directeur Vincent Betin. Hors contrat de l'Éducation nationale, du collège au lycée, ce sont ici 150 élèves qui reçoivent l'enseignement de trois prêtres, trois frères et seize professeurs laïcs. Ils passent leurs épreuves nationales, comme le baccalauréat, dans un lycée public de Châteauroux.

Après la levée récente, par le pape, de l'excommunication des quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X consacrés par Mgr Lefebvre en 1988 (dont l'évêque négationniste Williamson), le rendez-vous ne passe pas inaperçu. « Dans notre diocèse, plusieurs groupes se réclamant de Mgr Lefebvre vivent dans l'ignorance de l'Église diocésaine depuis des années ; mes prédécesseurs ont vécu des épreuves très douloureuses et même insultantes dans le passé », a déclaré récemment l'archevêque de Bourges, Mgr Armand Maillard. C'est dire si l'Église suit tout cela avec une certaine distance… Même si le curé de la paroisse Saint-Gildas, de Châteauroux, a prévu prochainement de rencontrer des membres de la Fraternité Saint-Pie X. Le monde catholique n'en demeure pas moins très divisé sur la question de ces intégristes, et le chemin d'un quelconque rapprochement promet d'être très long.

18 février 2009





Benoît XVI a regardé le reportage de KTO sur l’IBP-Roma
18 février 2009 - Abbé René-Sébastien Fournié - ibproma.com
Le reportage de KTO sur l’IBP-Roma rencontre un succès grandissant et inattendu. Ce sont plusieurs milliers de visionnages, des mails et des appels de félicitations de tous les pays. Les journalistes de la chaîne nous ont confiés que c’était la vidéo la plus regardée avec celle portant sur la mort de Sœur Emmanuelle, et qu’eux-mêmes recevaient de nombreux commentaires élogieux.

Et depuis quelques jours… il nous était demandé de transmettre une copie du reportage au Vatican afin qu'il soit visionné par le Pape en personne. Aussi, grâce à la diligence de KTO, le CD est arrivé par porteur à notre maison, puis repartit aussitôt pour le Vatican afin qu'il soit confié à Mgr Renato Boccardo, le Secrétaire Général du Vatican, qui le remit à Mgr Georg Gänswein, le Secrétaire personnel du Pape. C’est ainsi que depuis quelques heures, nous avons appris que Benoît XVI avait eu le reportage de KTO sur notre communauté de l’IBP-Roma… Nous vous tiendrons très prochainement au courant de la suite de cet épisode…

Abbé René-Sébastien Fournié






Mgr Genoud: «Je ne crois pas à une réintégration rapide d’Ecône»
18/02/2009 - Laurent Grabet - 24heures.ch
L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg évoque la polémique qui agite l’Eglise catholique après la main tendue par Benoît XVI à ses homologues intégristes de la Fraternité Saint-Pie X. LAURENT GRABET, FRIBOURG | 18.02.2009 | 00:03
A peine franchi le pas de la porte, Benoît XVI nous fait face… Son sourire rayonnant et son regard bienveillant sont, comme il se doit, accrochés sous cadre au mur de l’évêché de Fribourg. Arrive ensuite le maître des lieux, en la personne de M gr  Bernard Genoud. Malgré la crise qui frappe l’Eglise catholique depuis le 24 janvier dernier, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg semble tout aussi serein et souriant que son supérieur hiérarchique.
-Beaucoup de catholiques ont été choqués par la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques intégristes de la Fraternité Saint-Pie X. Ne risquez-vous pas de les perdre? Le jeu en vaut-il la chandelle?
–Il est légitime de se poser la question. Des fidèles et même des prêtres sont effectivement venus me trouver. La négation de la Shoah par Mgr Williamson quelques jours seulement avant l’annonce de la levée de son excommunication, a notamment été très mal vécue. Et, même si je le déplore, je comprends que certains catholiques puissent vouloir sortir de l’Eglise.
Tendre une main à qui que ce soit, comme vient de le faire le pape, est en soi un acte positif. Dans la parabole biblique, le père tend la main au fils prodigue, au risque de perdre son autre fils, qui lui était resté fidèle. L’histoire ne dit d’ailleurs pas si ce dernier reste ou non. La grande différence avec le cas présent, c’est que le fils prodigue, lui, s’était préparé au retour en reconnaissant sa faute. Alors que, quand j’entends certains responsables d’Ecône dire qu’ils refuseront Vatican II quoi qu’il arrive…
–Vous ne semblez pas croire à une réunification rapide?
–Pas vraiment. La Fraternité Saint-Pie X est elle-même divisée. Certains, comme Mgr Fellay, veulent se rapprocher du Vatican. D’autres, comme Mgr Williamson, pas.
–Des analystes avancent même que ce dernier aurait fait sauter une «bombe intellectuelle négationniste» à dessein, pour saborder tout rapprochement avec le Vatican. Qu’en pensez-vous?
–Des sources dignes de foi me l’ont effectivement assuré. Ce serait d’un cynisme gravissime! Mais à voir à quel point Mgr Williamson a du mal à se rétracter, j’ai tendance à croire que c’est effectivement le cas.
–Quand avez-vous été informé de la levée de l’excommunication?
–Il y avait de vagues bruits deux ou trois jours avant qu’elle ne tombe. Mais elle m’a été confirmée en même temps que tout le monde, par la radio. Etant évêque dans un pays où la Fraternité en question est implantée, j’aurais aimé en être informé avant. Cela m’aurait permis de décoder cette décision.
–C’est-à-dire?
–D’expliquer aux fidèles que cette levée n’est en aucun cas une réintégration des intégristes au sein de l’Eglise. Une barrière a simplement été levée. Pour la franchir vraiment, les disciples d’Ecône devront accepter les grandes avancées du concile Vatican II, notamment l’œcuménisme et la reconnaissance de la liberté religieuse.
–Au-delà de cette polémique, le fossé se creuse entre le Vatican et les croyants. Beaucoup regrettent la «rigidité» et le «dogmatisme» d’une Eglise «trop hiérarchisée»…
–L’humanité en général est hiérarchisée et l’église, elle aussi est humaine… Si le fossé se creuse, ce n’est toutefois pas son supposé dogmatisme qui est en cause, mais plutôt la perte des valeurs qu’engendre notre façon de voir le monde.
–A ce titre, vous pensez que la crise économique pourrait se révéler bénéfique. Comment?
–En recentrant les hommes sur leurs vraies valeurs et en faisant comprendre à ceux qui nous dirigent que ce monde ne carbure pas qu’à l’argent, au pouvoir, au sexe, au paraître ou à l’audimat… Que l’objectif d’une vie n’est certainement pas de devenir le plus riche du cimetière! Que l’«avoir» prend trop de place.
–Benoît XVI semble aujourd’hui bien mal placé pour accompagner cette révolution des esprits ou pour négocier cet «immense virage du troisième millénaire de l’Eglise» que vous appeliez de vos vœux il y a quelques années.
–Je n’en suis pas si sûr! C’est un très grand théologien, mais depuis qu’il est pape, son côté pastoral a pris le dessus. Il n’a pas le même charisme médiatique que Jean-Paul II, mais son sens du contact et sa capacité à parler simplement à tous, constatés notamment lors des Journées mondiales de la jeunesse, m’ont impressionné.
–Ce pape n’est-il tout de même pas un peu déconnecté des réalités?
–Quoi qu’en disent certains, globalement, je ne crois pas en tout cas que nous revenions en arrière avec lui. L’ordination d’hommes mariés ou la participation des laïques à la prédication par exemple, nous y viendrons. Par contre, certains catholiques espèrent aussi des choses impossibles, comme d’ouvrir la prêtrise aux femmes ou de mettre fin au célibat des prêtres déjà ordonnés.
–Malgré la polémique, vous semblez très serein. Pourquoi?
–Nous survivrons! L’Eglise est, comme il a été dit, «une princesse en haillon qui chemine entre les persécutions des hommes et les consolations de dieu». Que la société nous tape dessus est au final plutôt bon signe. Notre éthique dérange. J’aimerais même qu’elle le fasse davantage. Au point de susciter de vraies questions et des conversions.
–Lever l’excommunication de Mgr Richard Williamson «le négationniste», ne revient-il pas implicitement pour Benoît XVI à cautionner l’antisémitisme?
–Evidemment non! Principalement car le pape l’a fait sans être au courant des déclarations inadmissibles et stupides de cet évêque britannique. Ce qui est presque aussi grave en revanche, c’est qu’il ne se soit trouvé personne au Vatican pour l’en informer avant!
–Que vous inspirent ces propos comme quoi «200 000 à 300 000 juifs seraient morts dans les camps de concentration nazis et pas un seul dans les chambres à gaz»?
–Ils me dépassent! Comment peut-on être négationniste? Il y a quand même des vérités historiques qu’on ne peut pas nier. J’ai moi-même visité le camp d’extermination polonais d’Auschwitz. J’y ai vu jusqu’où l’homme peut aller. Ce «scandale du mal» et cette technicité à son service! Difficile de douter de l’existence du Démon après ça. Je ne comprends pas non plus qu’on puisse être antisémite et catholique. C’est incompatible! Jésus, Marie, Joseph et les apôtres étaient Juifs. N’oublions pas que nous sommes judéo-chrétiens et pas seulement chrétiens!
–L’Eglise n’a pas toujours été aussi claire sur ces questions…
–«Spirituellement, nous sommes des Sémites», disait Pie XII. L’époque où l’on évoquait en chaire les Juifs comme «le peuple déicide» est révolue. Moi qui ai été ordonné prêtre en 1968, je ne l’ai même pas connue. La lettre rédigée dernièrement par Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses, et les prises de position du Saint-Père sont très claires sur notre volonté d’entretenir des relations harmonieuse avec les Juifs.
L. GR.






Levée des excommunications : une justice prophétique.
18.02.2009 - Abbé Bernard Pellabeuf - pageliasse
Ainsi les évêques lefebvristes ont bénéficié d’une mesure venant d’un état d’esprit qu’ils n’aiment guère ! Car il est en quelque sorte la réédition de ce que fit jadis le Pape Paul VI à l’égard du Patriarche Athénagoras : il leva l’excommunication prononcée contre les Orientaux dissidents depuis 1054 ; et cela dans l’esprit de l’œcuménisme conciliaire. Ainsi apparaît la portée juridique de cet acte : la levée des excommunications n’est pas la réintégration des anciens excommuniés, mais une condition à remplir en vue de celle-ci, qu’on espère pas trop lointaine.
Mais il y aa des différences entre l’acte de Paul VI et celui de Benoît XVI. Aussi pour comprendre l’originalité du geste de Benoît XVI, il faut comprendre les circonstances précises de l’ordination des quatre évêques par Monseigneur Lefebvre, qui leur valut l’excommunication. Ces circonstances expliquent largement pourquoi cet acte a pu être posé en 1988 : elles tiennent à la fois à la situation de l’Eglise à l’époque, et particulièrement en France, à la place qui y était faite à Monseigneur Lefebvre et ses disciples, et aux valeurs qu’ils défendaient. On verra ainsi que la levée des excommunications est une œuvre de justice, et s’inscrit parfaitement dans la ligne « seizièmo-bénédictine ».
La décadence des catholiques en France.
En cette année 1988, qu’en était-il de l’Eglise de France ? Eh bien justement elle se disait « de France ». Or, s’il existe une Eglise d’Angleterre, et c’est l’Eglise anglicane, l’Eglise gallicane ne correspond à aucune institution juridique et tend à prendre la place de l’Eglise catholique dans notre pays. Il est clair que cette tendance ne vise pas à s’éloigner seulement de Rome, mais en même temps de pans entiers de l’action et de la doctrine de l’Eglise catholique.
Rappelons-en quelques exemples, non exhaustifs, choisis à propos des sacrements et du dogme.
Les sacrements malmenés.

Le baptême des petits enfants était clairement contesté. De nombreux prêtres conseillaient à leurs paroissiens d’attendre que leurs enfants soient en âge de choisir eux-mêmes. Et le fait de retarder l’âge de la confirmation à l’adolescence a été souvent perçu comme une revanche de ceux qui n’avaient pu imposer l’abandon du baptême des petits enfants. Car, comme pour le baptême, on a voulu que les jeunes « sachent ce qu’ils font » : mais est-on sûr qu’un enfant soit moins apte qu’un adolescent à s’engager pour Dieu ? Désormais, un prêtre baptisant un enfant peut se demander s’il a le droit d’accepter les engagements inhérents au baptême, alors que celui pour qui on les prend n’aura pas la grâce nécessaire pour affronter les graves tempêtes de l’entrée au collège et de l’adolescence. D’ailleurs certains disaient : « Si nous étions honnêtes, nous ne la ferions pas donner, car nous ne savons pas ce que c’est. »
Quant à l’eucharistie, on sait combien elle était malmenée. La brutalité et l’ampleur de la réforme liturgique en avaient perturbé plus d’un, et avait fait le lit de théories révisionnistes. On niait la doctrine de la transsubstantiation, on diminuait le caractère sacrificiel de la messe, etc. Il s’en est suivi une terrible crise liturgique, qui a provoqué la désaffection des fidèles. En trente ans, le nombre des pratiquants a été divisé par cinq.
On se souvient de ce qui est advenu à la confession, ou réconciliation. La généralisation des absolutions collectives a provoqué une perte du sens du péché, dans un monde qui justement perdait le sens de la responsabilité. Des théories pseudo psychologiques justifiaient ces abandons : une sorte de pendant freudien de la scolastique s’était répandue dans le clergé, hors de laquelle il semblait ne pas y avoir de salut.
Pour le mariage, des prêtres prenaient leur parti de la cohabitation avant le sacrement. Il est arrivé qu’on bénisse de tels couples. La conférence épiscopale contredisait le Pape au sujet de l’interdiction de la pilule même sous couvert de la théorie du moindre mal. Beaucoup admettaient à la communion les divorcés remariés : on propose aujourd’hui encore des cérémonies à l’Eglise spécialement pour célébrer leur nouvelle prétendue union.
L’ordre était en plein abandon. Les chiffres des vocations parlent d’eux-mêmes. Ceux des prêtres quittant le ministère aussi. On était imprégné des théories protestantes selon lesquelles le sacerdoce commun des fidèles n’était pas différent de celui des prêtres ordonnés. On estimait que le manque de prêtres était une chance pour que les laïcs prennent dans l’Eglise une place qui leur revenait et le conseil épiscopal d’un diocèse comtois publia ainsi sa conclusion : « Quand un prêtre cesse son ministère, il ne faut pas le remplacer, pour laisser aux laïcs un espace d’initiative » ! Cette attitude explique qu’on ait donné à des laïcs une autorité pastorale sur des prêtres… Le prêtre se comprenait bien souvent comme un animateur psychosociologue. En conséquence, une grave crise, qui est loin d’être résorbée, frappa les séminaires.
Enfin on prétendait faire administrer le sacrement des malades, par ailleurs bien revalorisé au niveau romain, par des laïcs. Dans bien des hôpitaux, les malades peinent à trouver des prêtres pour le leur donner.
La doctrine contestée.

Au niveau de la doctrine, quelques exemples suffiront. La doctrine sociale classique de l’Eglise était rangée parmi les idéologies. Déformée, elle s’inspirait des modèles du monde. De même qu’une scolastique freudienne tenait lieu d’anthropologie à une grande partie du clergé, ainsi une vulgate marxiste leur servait à l’analyse sociale. Et à présent l’idée de la nation comme corps intermédiaire indispensable est battue en brèche par un épiscopat qui, sous influence hégélienne, semble avide qu’advienne une Europe supranationale où les étrangers n’auraient pas spécialement à s’adapter.
Le dogme du péché originel était nettement nié. Les théories évolutionnistes faisaient considérer à certains théologiens que nos premiers parents étaient des sous-hommes : comment, « dans les brumes de leur conscience », auraient-ils pu engager toute leur postérité ? Mais leur conscience, justement, était bien plus éclairée que la nôtre, puisqu’ils vivaient dans l’intimité de Dieu, tandis que nous tâtonnons dans l’obscurité du péché.
Les esprits, âmes et anges, subissaient le même sort qu’aux yeux des Saducéens adversaires de Jésus et de Saint Paul. S’en tenant à certaines obscurités de la doctrine des esprits au début de la révélation de l’Ancien Testament, les prêtres de Jérusalem contestaient l’existence des anges et l’immortalité de l’âme. Une fausse exégèse protestante née en Allemagne au XIXème siècle remit cette imbécillité à l’ordre du jour. Vulgarisée, elle est toujours proposée dans les réunions de formation du clergé.
L’ecclésiologie était dans l’impasse. L’union au Pape n’était plus considérée comme un fondement de l’unité de l’Eglise : on devait s’affranchir de pans entiers de la juridiction romaine, et les non-catholiques pouvaient très bien demeurer en dehors des frontières visibles de l’Eglise catholique. L’efficacité salvifique du baptême était d’ailleurs omise : on affirmait que Dieu avait parlé dans le Coran, ce qui devait dispenser d’évangéliser les musulmans dont le nombre croissait sur notre sol. D’ailleurs on parlait « d’Eglise pécheresse », on niait la justesse de l’expression du credo, très claire pourtant en grec, « Je crois EN l’Eglise ».
Toutes ces erreurs, et bien d’autres, se trouvaient vulgarisées dans un catéchisme conçu non comme une instruction chrétienne, mais comme une technique pour « restaurer dans l’enfant un tissu psychologique et social ». A la suite des pédagogues du monde, on avait adopté pour la catéchèse les conclusions de certains psychologues et sociologues sans passer leurs présupposés philosophiques au crible de la Révélation. Le curé d’une cathédrale du Midi notait récemment sans s’en émouvoir que le catéchisme ne produit plus de catholiques pratiquants. Les enfants des familles authentiquement catholiques, mêlés aux non-pratiquants, ne reçoivent plus ce dont ils ont besoin pour persévérer.
Des valeurs légitimes rejetées.
Venons-en aux valeurs que Monseigneur Lefebvre voulait promouvoir, au-delà du maintien de la foi catholique.
On lui a reproché d’être royaliste. Et alors ? Le Concile Vatican II n’a-t-il pas proclamé « l’autonomie des réalités temporelles » ? N’a-t-il pas affirmé que les choix pour l’organisation de la société relèvent de la compétence propre des laïcs ? Pourquoi donc les clercs devraient absolument s’abstenir d’examiner sous un angle chrétien des options légitimes qu'ils ont en commun avec certains de leurs fidèles ? Bien sûr, le danger serait de ne plus distinguer ce qui relève de choix contingent de ce qui est doctrine définie. Mais là, Monseigneur Lefebvre fut bien en deçà des confusions entretenues dans les milieux ecclésiastiques gauchisants. Et c’est une chance pour toute l’Eglise d’avoir en son sein des gens sans illusion sur la République avorteuse, soumise aux conséquences ultimes de la révolution de 1989 : les révolutions morale et culturelle.
Dans les valeurs importantes aux yeux de Monseigneur Lefebvre et de ses disciples, il y a le port de la soutane. On le leur a reproché. Le prêtre qui se distingue par un habit qui permet de le reconnaître pour ce qu’il est serait un intégriste : il impose à tous de se souvenir de sa présence. Alors il faut dire que les Lefebvristes sont en bonne compagnie dans ce qui ferait leur intégrisme : Jean-Paul II est avec eux. Il a en effet insisté pour que les prêtres portent un habit ecclésiastique. Ceux qui désobéissent ne sont pas les Lefebvristes, mais leurs adversaires, sur ce point comme sur de nombreux autres. D’ailleurs on n’a jamais entendu ceux qui critiquent cette visibilité des prêtres s’insurger contre les musulmans qui affichent leur appartenance religieuse par leur vêtement.
Ce qui est grave dans cette querelle particulière, c’est qu’elle dénote une crise beaucoup plus importante : l’inefficience du droit canon. La loi de l’Eglise est continuellement bafouée. L’indiscipline est généralisée, nous l’avons vu à propos des normes liturgiques en parlant de l’eucharistie, à propos du mariage avec les bénédictions diverses données à des états de vie contraires aux exigences du Christ.
Monseigneur Lefebvre par ailleurs soutenait une vie sacerdotale proche du type canonial. Les prêtres de la fraternité Saint Pie X vivent en communautés et récitent l’office partiellement en commun. Ce mouvement se fait aussi sentir en bien d’autres lieux ecclésiaux, elle est un don de l’Esprit à l’Eglise de notre temps. Mais les partisans d’autres modes de vie – comme le « partage » cher à la mission de France ou à l’action catholique - s’y opposent, comme s’ils ressentaient dans la résurrection de ce mode de vie traditionnel une marginalisation sinon une condamnation du leur.
Abordons l’usage du latin dans la liturgie. Monseigneur se trompait sur la méthode, pas sur la nature du combat à mener. Beaucoup d’évêques, une majorité probablement, en était arrivée à considérer que l’Eglise s’était fourvoyée en utilisant pour la liturgie une langue différente de celle des autres usages quotidiens. Cela aussi dénote une ecclésiologie déficiente, car traditionnellement on affirmait que l’Eglise est « la société de la louange divine » ; c’est bien vu, même si cela n’épuise pas le mystère de l’Eglise. Alors, si l’Eglise s’est trompée en matière si fondamentale dans sa mission, c’est qu’elle n’est pas vraiment divine, et ce fait dénote une crise extrêmement grave. La bonne méthode est de s’en tenir à ce que dit le Concile sur lequel prétendent s’appuyer les adversaires du latin liturgique. Mais Monseigneur Lefebvre, opposé au Concile, ne pouvait utiliser cet argument, et son combat prenait ainsi un tour marginal. Pourtant c’est lui qui avait raison : il est indispensable que dans l’Eglise de rite romain le latin soit tenu en honneur. Que tous ne l’utilisent pas également, c’est une chose. Qu’on en prêche l’abandon est une absurdité, trop courante encore à présent.
Enfin, il faut étudier la question de l’ancien missel. Force est aujourd’hui de constater que le rôle de Monseigneur Lefebvre a été prophétique. Sans son action, cette forme liturgique aurait disparu. Or, et Benoît XVI l’affirme, elle a encore bien des choses à nous dire. La responsabilité personnelle de Paul VI est effrayante. Il n’a pas fait respecter par les artisans de la réforme liturgique la recommandation fondamentale des Pères de Vatican II que les formes liturgiques nouvelles apparaissent comme en continuité avec les anciennes. Et Jean Guitton lui a prêté cette idée que si l’Eglise permettait le retour à l’ancien missel, elle perdrait toute crédibilité !
Des personnes exclues.
On ne peut passer sous silence la façon indigne dont Monseigneur Lefebvre et ceux qui partageaient ses valeurs ont été traités, même s’ils avaient quitté la fraternité Saint Pie X. Monseigneur Lefebvre avait été archevêque de Dakar, avec une responsabilité de type diplomatique pour toute l’Afrique Occidentale Française. Mal impressionné par ce que le futur président du Sénégal se soit dit chrétien et marxiste, et que l’Union Soviétique soit à l’origine de la façon lamentable dont la décolonisation s’est faite, il prit des positions qui ont conduit à le nommer en France. Or cela prit la tournure d’un désaveu cinglant : on ne lui confia pas un archidiocèse pourtant vacant à l’époque, mais un des diocèses les plus déshérités à l’époque, celui de Tulle. En peu de temps il y fit grand bien. Mais les Spiritains voulurent venger l’affront qui, ayant été fait à l’un des leurs, atteignait du même coup tous les missionnaires en niant leurs compétences : ils élirent Mgr Lefebvre comme supérieur général, et c’est en cette qualité qu’il participa à la fin des travaux du Concile Vatican II.
On n’a sans doute pas assez considéré combien le début du Concile a dû être éprouvant pour lui. Il avait pris une part très active à l’élaboration des schémas qui devaient y être discutés. Or d’emblée, un Cardinal belge les fit écarter pour que l’assemblée détermine elle-même ce dont elle devait parler. Ce n’était pas poli : il aurait pu tout aussi bien faire cette proposition avant que les schémas soient élaborés. C’était contraire à la nature de l’institution conciliaire : Jean XXIII laissa faire, mais normalement dans l’Eglise, c’est celui qui convoque un conseil qui détermine ce sur quoi il a besoin d’avis, restant sauve la possibilité de lui suggérer d’autres questions. Enfin c’était dangereux : certains textes allaient souffrir d’un déficit dans l’élaboration, ce qui allait conduire à des situations épineuses. Ainsi de Gaudium et Spes, qui se voulait un dialogue de l’Eglise avec le monde d’alors : ce texte montre surtout, dans un style grandiloquent, les illusions qu’entretenaient certains intellectuels catholiques sur la bonté d’un monde délivré de l’obscurantisme moyenâgeux ! Mais c’est avant tout Dignitatis Humanae qui allait provoquer l’incompréhension du grand prélat. Il eût fallu que ce texte prenne appui sur les déclarations précédentes au sujet de la liberté religieuse pour bien articuler sa pensée sur elles. Il y eut peut-être une erreur de perspective, en mettant dans l’incipit les mots de ‘dignité humaine’ : celle-ci n’est pas un absolu, elle se fonde sur la capacité qu’a l’homme à l’égard de Dieu, elle se comprend donc en fonction de l’orientation effective du sujet à Dieu. On peut souhaiter qu’une encyclique vienne mettre les points sur les ‘i’ dans ce domaine.
Monseigneur fut encore mal traité en 1974. La dissolution de sa fraternité eut toutes les apparences d’un déni de droit. Elle se fondait sur les déclarations du prélat devant une commission cardinalice, dont on ne lui avait jamais dit qu’elle avait une portée juridique. La décision romaine fut prise en même temps que la décision du diocèse de Fribourg en Suisse, où la fraternité avait été canoniquement érigée, ce qui empêchait tout recours pendant lequel on aurait pu s’entendre.
Mais ceux qui avaient des valeurs légitimes en commun avec Monseigneur Lefebvre ne furent pas mieux traités par les sectaires qui faisaient la pluie et le beau temps dans nos évêchés. Un séminariste, qui avait quitté Monseigneur Lefebvre dés 1970 pour rentrer dans son diocèse, parce que, pensait-il, si les textes du concile ou ceux du missel comportaient des erreurs, l’Eglise ne serait plus l’Eglise de Dieu, reçut en 1976 une lettre du responsable des séminaristes lui disant qu’on n’avait rien à lui reprocher, mais qu’on ne voulait pas de lui dans le presbyterium. L’idée était qu’il était un « homme du passé » ; venant de soixante-huitards, cela fait sourire : depuis 1969, l’expression « soixante-huitard attardé » est un pléonasme.
Les séminaristes ayant quitté Ecône après les condamnations des années 1970 eurent un accueil semblable. Il était évident que pour conserver les valeurs légitimes auxquelles ils étaient attachés, ils devaient rester groupés au sein d’une institution stable. On les dispersa.
Jean-Paul II face à la crise.
On comprend ainsi, à la lumière de ce qui précède, comment Monseigneur en vint à douter des promesses qu’on lui faisait à Rome en 1988. Certes, au niveau surnaturel, il aurait dû espérer en l’Eglise. Mais les raisons naturelles de douter de la bonne foi de ses interlocuteurs étaient bien évidentes. Il y avait l’état de l’Eglise en elle-même, il y avait le sectarisme à l’égard d’un certain nombre de valeurs dont le rayonnement était pourtant indispensable à l’équilibre de l’Eglise, il y avait enfin la malhonnêteté dont on usa envers ceux qui tenaient à ces valeurs.
La responsabilité personnelle de Jean-Paul II fut malheureusement grande. Il ne s’agit pas de nier ses immenses qualités. Mais enfin son gouvernement eut des lacunes. Ainsi quand il nommait évêques des clercs qui ne portaient pas l’habit ecclésiastique, il accréditait l’idée que le droit canon est facultatif. Et, ce qui est plus grave, il mettait en place des gens qui allaient persécuter ceux qui obéissaient au droit canon : car si l’on n'obéit pas à la loi, c’est qu’on est opposé à ses motivations. Dans la plupart des diocèses de France, les collaborateurs des évêques étaient recrutés uniquement parmi ceux qui ne portaient pas le col romain, ce qui laissait penser que les prêtres obéissants étaient des marginaux. Et ce n’est là que la partie visible de ce qu’ils eurent à subir. Ceux qui ont trempé dans la nomination de ces évêques répondront devant Dieu des souffrances parfois indicibles des prêtres persécutés, et surtout de la déréliction des fidèles auprès de qui on les a empêchés d’exercer leur apostolat.
Quand Jean-Paul II se contentait d’admonitions romaines sans en exiger l’application sur le terrain, il obéissait à la logique qui était la sienne : il pensait que la persuasion seule devait être utilisée. Lorsque les évêques français se rendirent à la rencontre avec Jean-Paul II lors de sa première visite en France, ils n’étaient pas sans inquiétude. Ils en ressortirent disant que le Pape leur avait « donné une leçon de collégialité ». Mais des mesures coercitives auraient dû appuyer le raisonnement : il est déraisonnable de laisser les fidèles sous la responsabilité de pasteurs qui contrent l’action du Pape. Et déjà Paul VI eût dû tirer les conséquences de l’accueil réservé à Humanae Vitae par les évêques français : il devait cesser de nommer évêques des clercs recommandés par les contestataires.
Jean-Paul II n’a pas pris à temps la mesure de la crise. Il semble toutefois qu’au tournant du millénaire il ait compris certaines choses, comme en témoigne son action autour de l’eucharistie dans ses dernières années. De plus, rien dans sa formation ne lui permettait de saisir la dimension proprement française des questions soulevées. Mais surtout il a trop suivi l’avis des évêques français : beaucoup ne voulaient pas d’une réconciliation. C’est probablement sous cette influence qu’il a omis de publier la conclusion d’une commission cardinalice qu’il avait réunie au milieu des années 1980, disant ce que Benoît XVI a révélé dans le motu proprio Summorum Pontificum : l’ancien missel n’a jamais été abrogé.
Un autre aspect de cette influence néfaste des adversaires de la réconciliation fut le choix des émissaires chargés de discuter avec Ecône. Jamais on n’a désigné de personnage qui aurait pu lui inspirer confiance. Ainsi le Cardinal Thiandoum, successeur de Monseigneur Lefebvre à l’archevêché de Dakar, qui savait ce que la chrétienté de son pays lui devait, a fait plusieurs fois le voyage à Ecône pour tenter de persuader Monseigneur Lefebvre de revenir à la pleine communion avec le Saint Père. Il obtenait toujours la réponse suivante : « Mais quel mandat avez-vous pour me dire cela ? Qu’est-ce qui me prouve que ce dont vous m’assurez sera effectivement tenu ? »
Une décision réparatrice.
La levée des excommunications est donc une œuvre de justice et de réparation. Si l’on devait excommunier tous ceux qui doutent de l’Eglise, cela ferait du vide dans bien des milieux. On débarrasserait l’Eglise de ceux qui pensent que sur des questions essentielles elle s’est trompée dans le passé, comme ceux qui pensent qu’elle se trompe aujourd’hui là dessus. D’ailleurs Jean-Paul II voulait qu’en 2000 on demande pardon pour toutes les fautes commises au nom de l’Eglise, au cours de son histoire. Mais il ne put remplir totalement son programme, qui incluait les fautes récentes. Avec benoît XVI, cette omission commence à être réparée.
Allons ! « L’heure est venue d’aimer l’Eglise d’un cœur nouveau », disait déjà Paul VI, qui avait aussi parlé des fumées de Satan qui s’y était introduites par quelque fissure. L’heure est à la réconciliation. Que tous se souviennent que si Dieu nous a pardonné, nous devons faire de même. Benoît XVI nous y invite, quand il remarque que dans le passé, lors des grandes cassures de l’Eglise, on n’a pas toujours fait tout ce qui était possible pour les éviter. Ce péché ne lui sera pas imputé. Au contraire, en acceptant la levée de leur excommunication, les quatre évêques reconnaissent l’autorité du Saint Père, et lorsqu’il leur fera remarquer qu’il n’y a pas de mal dans la messe qu’il célèbre et le concile qu’il applique selon la tradition, ils seront bien obligés de se rendre !
Ainsi la décision prise par le Saint Père prépare l’avenir. De la réconciliation des personnes dépend la fécondation mutuelle des différentes écoles de spiritualité. Soyons à l’écoute de ce que l’Esprit dit aux Eglises !
Abbé Bernard Pellabeuf, ancien du séminaire Saint Pie X à Fribourg en Suisse de 1969 à 1970.