14 mars 2009

Comme un décalage
14 mars 2009 - Emmanuel Pic - vatican-integristes.blogs.la-croix.com
Depuis quelques semaines, Christophe rase les murs. Il faut dire qu’il est journaliste, et chrétien.
Journaliste et chrétien : ça vous dit quelque chose ? Il y a eu la levée des excommunications, les déclarations de Williamson, la tempête médiatique qui a suivi… Il en prend plein la tronche, le Christophe (comme on dit chez nous), de la part de ses confrères. Il va à reculons à toutes les conférences de presse. Et surtout, surtout, il en a plus que marre de se voir pris à partie par ses collègues alors que, dans le fond, il est d’accord avec eux. Moi aussi, d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet. Surtout qu’on vient d’en remettre une couche avec cet évêque brésilien qui a excommunié des médecins coupables d’avoir voulu aider une fillette de neuf ans.
L’autre jour, chez lui, j’ai dîné avec un autre ami, grand reporter archi-présent dans plein de télés connues. Un pote de Caroline Fourest, vous voyez le genre ? Heureusement qu’il y avait les épouses pour mettre un peu de calme dans la conversation… Excellente soirée, d’ailleurs. Avec les journalistes, on ne s’ennuie jamais. A la fin du repas, tout le monde a décidé d’inscrire ses enfants au catéchisme.
Hier, alors que le tam-tam ameute le monde pour défendre la petite fille du Brésil, voilà que je le croise dans la rue. « Tu as vu que ton patron (il s’agit du Saint-Père) a écrit une lettre aux évêques, elle vient d’être publiée, je t’envoie ça ».
Je fonce chez moi : pour une fois, le Vatican réagit en direct. Ils ont fait des progrès en com’. Formidable.
Je pensais à l’affaire du Brésil. Eh bien non : la lettre du pape, elle parle des autres excommunications, celles qu’il a levées il y a plus d’un mois. Histoire de revenir là-dessus, alors que les esprits commençaient à se calmer, pour relancer le débat. J’ai comme l’impression d’un léger décalage.
Emmanuel Pic
Après la lettre du Pape adressée aux évêques
14 mars 2009 - Jean Madiran - mis en ligne par: unavoce.fr
puce_carreDans sa lettre aux évêques, avec une aisance toute naturelle Benoît XVI a réussi à joindre la souveraine majesté qui est celle de sa fonction et l’humilité qui doit être celle de sa personne. Face à la persécution médiatique, la toujours difficile mais toujours opportune « imitation de Jésus-Christ » était ici, en substance, l’imitation de Notre Seigneur devant le Sanhédrin et devant Pilate : c’est-à-dire devant l’accusation des autorités religieuses et devant celle du monde profane.
puce_carreLa lettre du Pape n’est pas adressée à ce monde profane ; ni non plus aux prêtres et aux fidèles. Elle est adressée aux évêques, oui, comme un message non point à transmettre à leurs diocèses mais à recevoir pour eux-mêmes. Elle le fait avec une délicatesse de touche qui n’enlève rien à sa ferme autorité. Benoît XVI observe que ses amis juifs l’ont aidé à dissiper rapidement le malentendu fabriqué à l’occasion de l’affaire Williamson, tandis que « des catholiques » auraient dû mieux savoir ce qu’il en était. Ces catholiques, qui ont « offensé » le Pape « avec une hostilité prête à se manifester », ce sont des évêques, beaucoup d‘évêques, et le Pape en a « été peiné ». La comparaison de leur comportement avec celui des « amis juifs » est là pour pacifier le reproche par la gentillesse d’un sourire et la légèreté de la moquerie.
puce_carreMais un sourire triste, car l’Eglise catholique est celle de la succession apostolique, c’est-à-dire celle des évêques ; et donc aussi des évêques qui ont manifesté leur incompréhension et leur hostilité. Sous l’intense averse de la persécution médiatique, on en a même entendu rapporter avec complaisance ce qu’ils n’osaient dire eux-mêmes : « J’ai honte d‘être catholique. » C’est bien l‘équivalent du : « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 74). Souhaitons-leur de ne pas attendre trop longtemps pour, à leur tour, en « pleurer amèrement ».
puce_carreLe Vatican II du cardinal Congar et de l‘épiscopat français est cette fois clairement enterré : ce Vatican II que l’on présentait comme la référence et l’instrument d’une « relecture » et d’une « réinterprétation » des conciles antérieurs, de l’enseignement des papes précédents et globalement de toute l’ecclésiologie romaine issue de l’Eglise dite constantinienne. « A certains de ceux qui se proclament comme les grands défenseurs du Concile », écrit Benoît XVI, et ici encore la manière de s’exprimer laisse deviner un sourire un peu moqueur et passablement indulgent, – à ceux-là donc, il « doit être rappelé », et il l’est avec une claire autorité, qu’il faut « accepter la foi professée au cours des siècles » et « l’entière histoire doctrinale de l’Eglise ».
puce_carreDu coup tombe aussi le Vatican II super-dogme, considéré comme « un bloc non négociable », position extrémiste sur laquelle l‘épiscopat français s‘était retranché contre la levée des excommunications. Benoît XVI affirme, ou plutôt maintient et répète, que « les questions » [posées par les intégristes] « concernant la doctrine ne sont pas [encore] éclaircies ». C’est « au niveau doctrinal » qu’il faut les considérer. Ainsi s’annonce l’ouverture d’une discussion argumentée, sortant du niveau « disciplinaire » où, pour tout argument, l’on maintenait contre « les [supposés] intégristes » la brutalité aveugle d’une automatique relégation sociologique.
puce_carreDes attaques du monde profane, la lettre de Benoît XVI ne dit rien. Elles sont normales. On sait bien (ou l’on devrait savoir) que lorsqu’il n’est pas contenu par le rempart d’un Prince chrétien, le monde profane n’est capable que d’une persécution, sournoise ou violente, de l’Eglise et de son témoignage que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Aujourd’hui la persécution est surtout médiatique, c’est-à-dire à la fois violente et sournoise, vérifiant ce qui est annoncé par l’Evangile : « Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront » (Jn 15, 20).
JEAN MADIRAN

13 mars 2009

La Fraternité Saint Pie X remercie le pape pour sa lettre d’explications
12.03.2009 - AFP - tdg.ch
reconnaissance | Le supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Bernard Fellay, a remercié "vivement" jeudi le pape Benoît XVI pour la lettre adressée aux évêques. AFP | 12.03.2009
Le supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Bernard Fellay, a remercié "vivement" jeudi le pape Benoît XVI pour la lettre adressée aux évêques expliquant sa décision de lever l’excommunication de quatre prélats intégristes.
"Après le récent "déchaînement d’un flot de protestations", nous remercions vivement le Saint Père d’avoir replacé le débat à la hauteur où il doit se tenir, celle de la foi", écrit le responsable de la communauté intégriste. "L’Eglise traverse (...) une crise majeure qui ne pourra être résolue que par un retour intégral à la pureté de la foi", assure Mgr Fellay dans un message publié sur le site internet de la Fraternité Saint Pie X.
Mgr Fellay assure Benoît XVI de la "volonté" de la communauté intégriste "d’aborder les entretiens doctrinaux reconnus comme "nécessaires" par le décret" de levée de l’excommunication.
Enfin la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X assure le pape "de sa prière afin que sa foi ne défaille pas et qu’il puisse confirmer tous ses frères".
Le pape Benoît XVI a appelé les catholiques troublés par la levée de l’excommunication des évêques intégristes à cesser leurs critiques et à resserrer les rangs autour de lui, dans une lettre aux évêques du monde entier publiée jeudi par le Vatican.
Le pape reconnaît des "erreurs" dans la gestion de ce dossier, notamment de ne pas avoir expliqué "de manière suffisamment claire" "la portée et les limites" de cette "main tendue" aux intégristes. Il répète qu’il ignorait les positions négationnistes de l’un de ces évêques, Richard Williamson.
Il justifie sa décision au nom de la recherche de la réconciliation de tous les chrétiens face à un monde où "Dieu disparaît de l’horizon des hommes".
Évêques lefebvristes: la mise au point de Benoît XVI
12/03/2009 - Ségolène de Larquier - lepoint.fr
La forme et le ton "inhabituels" et "très personnels" montrent combien le cas Williamson s'ajoutant à la levée de l'excommunication de quatre évêques lefebvristes ont secoué l'Église catholique. Fait exceptionnel, Benoît XVI a choisi de s'expliquer dans une lettre adressée à ses évêques, deux mois après les faits. Il s'agit de "fournir quelques éclaircissements, qui doivent aider à comprendre les intentions qui m'ont guidé et (...) contribuer à la paix dans l'Église", souligne-t-il dans cette missive datée du mardi 10 mars et rendue publique jeudi ( disponible ici ).

Et pour cause, les deux affaires ont provoqué une véritable tempête. Ce fut "au sein et en dehors de l'Église catholique une discussion d'une véhémence telle qu'on en avait plus connu depuis très longtemps", reconnaît Benoît XVI. Et de mettre en garde contre les querelles intestines qui ont fait rage parmi les catholiques. Déplorant les "discordances" qui se sont manifestées et la "véhémence" des critiques qui lui ont été adressées, il cite une lettre de saint Paul, l'un des fondateurs du christianisme, en signe d'avertissement : "Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres."

Benoît XVI reconnaît aussi que le dossier de la levée des excommunications aurait pu être mieux géré. Il affirme avoir tiré la leçon : à l'avenir, "nous devrons prêter davantage d'attention à cette source d'informations" que représente Internet, explique-t-il. Alors que le Saint-Siège assure ne pas avoir eu vent des déclarations négationnistes de Mgr Williamson avant de prendre sa décision, d'autres ont estimé qu'une simple recherche sur Internet aurait suffi pour en prendre connaissance. Dans sa missive, Benoît XVI remercie "les amis juifs qui ont aidé à dissiper le malentendu". Jeudi, le pape a d'ailleurs rencontré le rabbin David Rosen, chargé du dialogue interreligieux au grand rabbinat d'Israël, pour mettre fin à cette phase de tensions entre communautés catholique et juive.

Réconciliation

Le pape regrette également que sa main tendue vers les lefebvristes ait pu être considérée comme "un retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs" depuis le concile. Benoît XVI insiste sur le processus de réintégration dans l'Église romaine de la Fraternité Saint Pie X créée par Mgr Lefebvre en 1970. "Les réconciliations petites et grandes font aussi partie" des priorités de l'Église, avance-t-il. Plaidant "pour l'unité des croyants", il poursuit : "Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 soeurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents ?" D'autant plus que la déchristianisation progresse : "En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l'horizon des hommes et que tandis que s'éteint la lumière provenant de Dieu, l'humanité manque d'orientation (...)", note le pape.
Non à tous les négationnismes! Merci à Mgr Aillet!
13 mars 2009 - Lettre 169 de paixliturgique.com
Monseigneur Marc Aillet a été nommé évêque de Bayonne Lescar et Oloron le 15 octobre 2009.

Ce jeune évêque de 51 ans s’est déjà illustré en publiant un ouvrage remarquable intitulé « Un évènement liturgique ou le sens du Motu Proprio » en novembre 2007 (*Pour en savoir plus, voir en fin de lettre).


Monseigneur Marc Aillet a été interrogé dans La Nef (http://www.lanef.net/) à propos de la levée des excommunications des quatre évêques sacrés par Monseigneur Marcel Lefebvre sans mandat pontifical en 1988. Voici un extrait des propos de Monseigneur Aillet sur ce sujet :


"Sans doute les propos négationnistes intolérables de Mgr Williamson sont-ils venus parasiter la décision du Saint-Siège et je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont servi ceux qui veulent systématiquement discréditer le Saint-Père et faire peser le soupçon sur ses intentions. [...]

Mais l’incompréhension vient aussi de l’ignorance qui caractérise de nombreux fidèles par rapport au Concile Vatican II, dont on peut se demander, à quarante ans de distance, s’il a été effectivement reçu. C’était la question que posait Jean Paul II en 2001 dans sa lettre, Au début du nouveau millénaire : « En préparation du Grand Jubilé, j’avais demandé que l’Église s’interroge sur la réception du Concile. Cela a-t-il été fait ? » Force est de constater que, lors de la levée de bouclier qui a accueilli, y compris au sein du monde catholique, la levée des excommunications, l’on a d’autant plus invoqué le Concile Vatican II de façon incantatoire que l’on est souvent bien loin, dans sa mise en œuvre, du véritable Concile. [...] Comment taire la contestation ouverte qui s’est parfois imposée de manière explicite de la part de pasteurs ou de théologiens, constitués en véritables groupes de pression, qui comptent parmi les principaux défenseurs de l’esprit du Concile, sur des points essentiels de la foi ou de la morale catholique, rappelés pourtant sans ambiguïtés par le Concile et par le Magistère post-conciliaire : je pense à la doctrine d’Humanae Vitae ( Une encyclique promulgué par Paul VI en 1968 ) sur la régulation naturelle des naissances, l’indissolubilité du mariage, le non-accès des femmes au sacerdoce ministériel, le célibat des prêtres, la nature sacrificielle de la Messe, la présence réelle, le sacrement de pénitence et de réconciliation, etc. [...]

En outre, je suis de ceux qui demandent que nous soyons vigilants à dénoncer clairement tous les négationnismes : celui de l’holocauste bien sûr, mais aussi celui des goulags soviétiques dont nous avons pu être complices par des rapprochements pour le moins imprudents avec le Parti communiste ou ses dérivés syndicaux dans les années 70, mais encore celui des 220 000 enfants massacrés dans le sein de leur mère : les générations futures ne seront-elles pas en droit de nous reprocher notre silence ?"



LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1 – Le fait est trop rare pour ne pas être salué. Merci Monseigneur Aillet pour ce discours de vérité qui tranche avec la langue de buis habituelle. Merci de dire tout haut, calmement et sereinement, ce que l’immense majorité des fidèles pense tout bas. Merci d’être la voix de tous ceux et celles qui subissent le discours idéologique d’une minorité qui se croit représentative et qui impose « des déformations de la liturgie à la limite du supportable » (lettre de Benoît XVI aux évêques accompagnant le Motu Proprio).


2 – Merci de remettre les choses à leur place et de faire tomber les masques de Tartuffe de ceux qui invoquent Vatican II pour imposer leurs vues le plus souvent sans rapport avec l'authentique Vatican II ou pour justifier leur politique d’apartheid liturgique. Sans doute ces personnes feraient elles mieux de lire ce texte avant de lui donner un sens plus conforme à leurs fantasmes qu’à la réalité. Hier déjà, dès 1970, les Silencieux de l'Église dénonçaient à Versailles cette odieuse manipulation. Aujourd’hui, c’est un jeune évêque qui l’affirme tout net. Merci Monseigneur pour vos paroles pleines d’espérance pour la jeunesse qui aime le Pape et qui en a assez de la langue de buis qui déforme Vatican II et l’instrumentalise pour contrer la politique de paix dans l'Église initiée par Benoît XVI.


3 - Le négationnisme est un crime contre le réel, un refus de voir les choses comme elles sont (et non comme on les pense ou voudrait qu’elles soient). Ce négationnisme est criminel et odieux lorsqu’il touche une catégorie de personnes déterminées en fonction de leur race, de leur religion ou de leur croyance. Nous ne pouvons que souscrire aux propos courageux de Monseigneur Aillet sur la dénonciation de tous les négationnismes. Nier l’existence, nier la dignité d’un groupe en fonction de ses croyances ou de ses aspirations est aller sur une pente très dangereuse qui peut bien finir par la négation de l’humanité de ces mêmes personnes.


4 - Le directeur du service religion de "La Croix" est-il négationniste ?

Il existe en effet de nombreuses formes de négationnisme plus ou moins grave mais qui relèvent de la même perversion de la pensée au départ. Ainsi et dans un ordre des choses plus proche de l’objet de notre combat, comment ne pas être frappé par la négation de l’existence même des 34 % de fidèles pourtant mis en lumière par la seule étude scientifique sérieuse (sondage CSA réalisé en octobre 2007) dans l'Église de France ? « ILS NE SONT RIEN ! », voilà ce que déclarait publiquement Frédéric Mounier, Directeur du service religions de La Croix, le 10 février 2009 dans l’émission Le Grand Débat de la chaîne Histoire , à propos de ce qu’il appelle "les traditionalistes"… C’est donc de « rien » que l’on parle pendant une heure de débat télévisé ? C’est donc pour « rien » que le pape Benoît XVI a publié un Motu Proprio ? 34 % des pratiquants qui assisteraient à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans LEUR paroisse par LEUR curé ne sont donc « rien » ? Un prêtre français sur 4 ordonné dans la liturgie traditionnelle et pour célébrer cette forme liturgique, c’est donc « rien » pour la Croix ? Voilà un bel exemple de refus de la réalité. Sentence glaciale, effrayante et sans amour à la fois… Pour notre part, nous préférons faire nôtre les paroles paternelles et responsables de Monseigneur Marc Aillet et le remercions infiniment pour sa charité et sa bienveillance.


* Pour en savoir plus sur le livre de Mgr Aillet :

Un évènement liturgique ou le sens du Motu Proprio
de Don Marc Aillet

Editeur : Editions Tempora, 2007
ISBN 9-782916-053202
EAN13 : 9782916053202
Prix 13,90 € TTC

Ce livre peut être acheté chez votre libraire habituel, ou sur internet sur www.amazon.fr, www.alapage.com ou bien sûr chez www.librairiecatholique.com

12 mars 2009

Williamson : Benoît XVI exprime son désarroi
12/03/2009 - Aude Sérès - lefigaro.fr
Dans une lettre adressée aux évêques, le Pape se dit «attristé» par cette crise et la violence des réactions qu'elle a provoquées. Après un mois et demi de tumulte, Benoît XVI explique, dans une lettre adressée à tous les évêques du monde et qui sera rendue publique jeudi à midi, pourquoi il a levé l'excommunication de quatre évêque lefebvristes et comment il a personnellement vécu cette crise majeure.
Seules des citations étaient disponibles, mercredi, dans la presse italienne. En l'occurrence dans Il Giornale sous la plume du journaliste Andrea Tornielli, considéré comme une source autorisée sur le Vatican. Elles sont toutefois suffisamment fiables pour donner une idée d'un texte de quatre pages déjà reçu par les évêques de France et dont l'une des principales informations est de confier désormais le dossier intégriste non plus à la commission «Ecclesia Dei» (cette structure ad hoc du Vatican, qui a essuyé de multiples critiques internes ces derniers temps), mais à la congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ce qui semble indiquer que le dialogue va désormais porter sur le fond, à savoir la question du concile Vatican II.
Benoît XVI, en revanche, n'aborde pas, dans ce courrier, la douloureuse affaire brésilienne qui vient de provoquer une nouvelle polémique mondiale à la suite de l'excommunication prononcée par Mgr José Cardoso Sobrinho, évêque de Recife et Olinda, à l'encontre de la mère d'une fillette de 9 ans, enceinte - par suite de viols commis par son beau-père - de jumeaux. Ne pouvant médicalement poursuivre sa grossesse, elle avait été autorisée à avorter. Dans sa lettre aux évêques, le Pape reconnaît donc que l'affaire de la levée des excommunications «a suscité à l'intérieur et hors de l'Église catholique une discussion d'une véhémence que l'on n'avait pas connue depuis longtemps». Et de poursuivre : «J'ai été attristé par le fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir comment sont les choses, ont pensé devoir me frapper avec une hostilité prête à l'attaque.» Il remercie alors ses «amis juifs» qui ont contribué à lever le «malentendu» et à «rétablir une atmosphère d'amitié et de confiance».
Toujours selon les extraits publiés, Benoît XVI reconnaît cependant que «la portée et les limites» de sa décision n'ont pas «été expliquées de façon suffisamment claire au moment de sa publication».
Un rôle de bouc émissaire
Le Pape dit avoir agi «en ayant à cœur l'unité des croyants», et pour éviter que les intégristes, forts de «491 prêtres, 215 séminaristes, 117 religieux, 164 religieuses et de milliers de fidèles», s'en aillent «à la dérive loin de l'Église».
Plus largement, Benoît XVI estime que les intégristes auraient joué un rôle de bouc émissaire qui aurait rejailli sur sa propre personne. «On a parfois l'impression que notre société a besoin au moins d'un groupe envers lequel on n'accorde aucune tolérance, contre lequel on peut tranquillement se jeter avec haine. Et si quelqu'un ose s'approcher de lui - dans ce cas, le Pape -, il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut, lui aussi, sans peur et sans réserve, être traité avec haine», écrit Benoît XVI.
Une fois de plus, le Pape demande dans cette lettre aux intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X d'accepter les enseignements de Vatican II. Tout en adressant, à propos de l'interprétation de ce concile, un message à l'attention de toute l'Église : «On ne peut couper les racines sur lesquelles l'arbre vit.»
Benoît XVI à la peine face aux temps modernes
Les contempteurs de Benoît XVI se frottent les mains. Ils l'avaient annoncé dès son élection en 2005, ce Panzer Pape, comme ils aiment l'appeler, serait un réactionnaire. Son passé et ses écrits, selon eux, ne disaient rien de bon. Oubliant que son passage dans les Jeunesses hitlériennes était loin d'être spontané et que l'exégèse de sa réflexion ne pouvait se réduire au survol de quelques extraits de ses livres publiés dans la presse. Deux événements permettent de continuer dans le dénigrement, d'enfoncer le clou. L'affaire Williamson, du nom de cet évêque intégriste dont Benoït XVI a levé l'excommunication au moment même où celui-ci tenait des propos négationnistes. Et le drame vécu par cette petite brésilienne, violé par son beau-père, qui a avorté de jumeaux alors qu'elle était enceinte de quinze semaines. L'évêque de Récife a prononcé l'excommunication de la mère de la fillette et de l'équipe médicale. Aucun blâme, en revanche, contre le violeur. Le Vatican a justifié cette accablante décision. Ajoutant : " Il faut toujours protéger la vie ".
Déjà, il y avait eu l'épisode de Ratisbonne en 2005. Le discours du Pape, de très haute tenue, y avait été honteusement déformé. En affirmant que la foi ne doit pas s'imposer par la force, en s'inquiétant du dévoiement de l'islam par quelques dévots d'Allah, le Souverain Pontife faisait oeuvre de sagesse. L'analyse était pertinente, elle était celle d'un docte théologien. Il avait néanmoins dû préciser sa pensée face aux critiques.
Pour ce qui est de Williamson, le Pape a tardé à réagir. A trouver les mots justes pour expliquer qu'il condamne fermement le négationnisme, mais que son but est de rassembler l'Eglise, notamment en Europe. Noble cause à défendre. Difficile aussi à faire comprendre. Il le sait, il l'a écrit aujourd'hui dans un lettre adressée aux évêques du monde entier. "On a parfois l'impression que notre société a besoin d'un groupe (...) contre lequel on peut tranquillement se lancer avec haine", souligne-t-il à propos des intégristes. "Et si quelqu'un ose s'en approcher - dans le cas présent le pape - (...) il peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve", affirme-t-il. Bref, la théorie du bouc émissaire.
Il a cette phrase, étonnante de naïveté quand il se reproche de n'avoir pas "suivi avec attention les informations auxquelles on peut accéder sur Internet". Elle résume tout. La différence entre le temporel et le spirituel. Le Pape en butte aux temps modernes, à la civilisation de la communication. Sa personnalité, à mille lieues de celle de son prédécesseur, acteur engagé de l'actualité. Mais jusqu'à un certain point : Jean-Paul II fut autant embarrassé par le préservatif et la lutte contre le sida que Benoît XVI l'est aujourd'hui avec la tragédie de cette gamine brésilienne.
De l'avis de tous, Jean-Paul II fut un grand pape à défaut d'être un théologien de haut vol. Benoît XVI, c'est sans doute le contraire. A moins que le travail intense qu'il effectue en coulisses pour restaurer le dialogue entre les religions porte ses fruits. Il est allé en Turquie, il doit faire le voyage de Jérusalem dans quelques semaines...  
"Crise intégriste" : Benoît XVI s'explique dans une lettre aux évêques
12/03/2009 - Isabelle de Gaulmyn - la-croix.com
Dans une lettre très personnelle, Benoît XVI reconnaît l’ampleur de la crise, assume les erreurs et redonne la véritable portée de la levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes

Le mode d’expression est inhabituel pour un pape. Sur la forme : une lettre envoyée aux évêques pour s’expliquer sur une décision, et écrite avec une plume très personnelle qui, notait jeudi 12 mars le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, « révèle de manière toute particulière la personnalité de ce pape » : il est rare que le successeur de Pierre fasse part ainsi de sa propre souffrance.

Inhabituel sur le fond : Benoît XVI reconnaît l’ampleur de la crise provoquée dans l’Église par la révocation de l’excommunication. Il assume les erreurs, notamment de communication, avec humilité.

Écrite dans l’objectif de « ramener la paix dans l’Église », la lettre explique la portée de la levée de l’excommunication. Puis le pape replace ce geste dans la logique de son pontificat. Il demande aux catholiques une plus grande solidarité à son égard, leur reprochant en des termes assez durs les « discordances » exprimées : « Si vous vous mordez et dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres », dit-il, citant saint Paul.
Deux erreurs
Benoît XVI ne nie pas la profondeur de la crise interne à l’Église, qui « a laissé perplexes » de nombreux évêques. Il désigne les deux erreurs commises. D’abord le cas Williamson, sur lequel il ne revient que brièvement, estimant que les rencontres qu’il a eues depuis avec les représentants juifs – jeudi encore, il recevait le grand rabbinat d’Israël – ont levé les malentendus.

De fait, le pape ne peut être soupçonné de revenir sur le rapprochement avec le judaïsme : cette exigence exista, dit-il « dès le début de mon travail théologique personnel », comme le prouvent le discours comme cardinal à l’Académie des sciences morales et politiques en 1995, ou le document de la Commission biblique pontificale sur Le Peuple juif et ses Saintes Écritures. Seconde erreur, la mauvaise communication. Au passage, le pape demande à ses collaborateurs une plus grande attention à Internet (sur lequel les propos de Mgr Williamson avaient été diffusés).

Comment comprendre la portée de la levée de l’excommunication ? Benoît XVI insiste sur le fait qu’elle concerne des personnes – les quatre évêques, non la Fraternité – et qu’elle lève une sanction disciplinaire. Mais du point de vue doctrinal, le problème reste entier. Tant que la discussion n’aura pas eu lieu, « la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église » et, précision importante, « ses ministres n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Église ». La Fraternité devra accepter Vatican II
Qui dit discussion doctrinale implique qu’elle soit menée à ce niveau-là. Logiquement, le pape annonce l’intégration de la commission « Ecclesia Dei » dans la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cela devrait permettre, ajoute le pape dans une critique implicite au mode de fonctionnement d’« Ecclesia Dei », d’améliorer la collégialité des prises de décisions, en intégrant dans le processus de délibération des cardinaux chefs de dicastères, ainsi que des représentants des conférences épiscopales.

Sur les négociations elles-mêmes, le pape fixe les deux extrêmes à éviter : il ne s’agit pas de « geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 » (année du concile), donc la Fraternité devra accepter Vatican II, mais aussi le Magistère de tous les papes qui ont suivi, comme le précisait une note de la Secrétairerie d’État le 4 février. Inversement, il ne faut pas non plus considérer que toute l’histoire de l’Église a commencé avec Vatican II. C’est la fameuse « herméneutique de la réforme » à l’égard d’un concile s’inscrivant dans la continuité de l’Église, définie devant la Curie en décembre 2005.

Une fois ces précisions données, Benoît XVI replace cette décision et la crise dans le cadre de son pontificat. C’est un passage intéressant pour comprendre le mode choisi par ce pape théologien pour gouverner l’Église. La réconciliation avec les intégristes n’est pas sa priorité comme telle, dit-il. Comme il l’a souligné dès le début, l’axe de son pontificat est d’affermir ses frères dans la foi. Mais cela passe par un effort constant au service de l’unité. L’unité avec les autres chrétiens, mais aussi avec les autres croyants : deux points – œcuménisme et dialogue interreligieux – au nombre des éléments auxquels les intégristes s’opposent le plus fortement. Le pape ne se fait guère d’illusion sur les intégristes
C’est donc comme geste de « petite réconciliation » qu’il faut comprendre la main tendue aux intégristes. Benoît XVI l’avait explicité dans sa lettre aux évêques accompagnant le motu proprio qui libéralisait l’usage de l’ancien Missel. Le pape ne se fait guère d’illusion sur les intégristes. Les termes qu’il utilise pour les caractériser (« éléments déformés et malades, suffisance et présomption, unilatéralisme ») ne sont pas tendres.

Mais, interroge-t-il dans une analyse quasi politique, ne faut-il « pas mieux tenter de prévenir les radicalisations, et de réintégrer – autant que possible – leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale ? ». D’autre part, il y a un principe de réalité : un « mouvement de 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs » ne peut laisser indifférent.

Il y va enfin d’une attitude spirituelle. Benoît XVI dit avoir souffert du manque de tolérance avec laquelle il a été traité, subissant « une haine sans crainte ni réserve ». Manifestement, certains reproches, notamment venus d’Allemagne, l’ont blessé. Et le pape de reprocher aux catholiques critiques de « se mordre et se dévorer entre eux ».

L’affaire des intégristes a révélé, au sein des pays occidentaux, la force de l’opinion publique à l’intérieur de l’Église. Comme le note le canoniste Adolphe Borras, vicaire général de Liège, « il y a eu beaucoup de prises de position, certaines excessives, mais nous devons nous former à une culture du débat : nous sommes en train de faire l’apprentissage de Vatican II ». Isabelle de GAULMYN, à Rome
Mgr Fellay pris au mot ?
12 mars 2009 - abbé Guillaume de Tanoüarn - ab2t
Après la Lettre aux évêques du monde, produite par Benoît XVI aujourd'hui, Mgr Fellay, supérieur de la FSSPX s'est félicité que le débat se trouve ainsi élevé par le pape lui-même au niveau qu'il mérite : le niveau doctrinal.

Mais peut-on parler doctrine avec le pape d'égal à égal ?

Ce pape "monarchique" qu'est Benoît XVI, ce pape profondément conscient de sa dignité ne le conçoit certainement pas.

La partie apparaît donc hélas particulièrement difficile pour Mgr Fellay désormais, quoi qu'il en dise. Et peut-être pas seulement pour lui s'il est vrai que c'est la "ligne Castrillon" (celle d'un accord tout pratique) qui se trouve aujourd'hui désavouée implicitement dans la Lettre aux évêques.




Crise intégriste - Claude Dagens, évêque d’Angoulême,de l’Académie Française
Souffrir pour l’Église et par l’Église
12/03/2009 - La Croix
Nous sommes nombreux, en ce moment, à souffrir pour l’Église et par l’Église. Pas seulement en France, mais aussi en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Italie, et dans d’autres pays d’Europe et du monde. Nous souffrons pour une raison qui est simple, mais parfois difficile à exprimer publiquement. C’est que tout ce qui concerne l’Église, sa vie, son unité, sa mission nous touche profondément. Car l’Église n’est pas une organisation ordinaire. Elle est ce Corps du Christ dont nous sommes les membres et dans lequel nous sommes chargés, en tant qu’évêques, en communion avec l’évêque de Rome, de « promouvoir et de sauvegarder l’unité de la foi et la discipline commune » (Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium , n° 23).
La plupart d’entre nous comprennent très bien que notre pape Benoît XVI ne se résigne pas à la rupture voulue par Mgr Lefebvre lorsqu’il a ordonné quatre nouveaux évêques, en juin 1988. Mais il nous semble évident que le geste de réconciliation accompli par le pape, lorsqu’il a décidé de lever les excommunications concernant ces évêques, a été très mal préparé et très peu expliqué quant à ses enjeux profonds. De sorte que beaucoup se demandent aujourd’hui quelles peuvent être les conséquences de ce geste pour ceux à qui il est destiné et aussi pour tous les membres du peuple de Dieu qui, depuis des années, vivent sans bruit leur fidélité à la tradition catholique.
Il faudrait davantage le reconnaître : on ne souffrirait pas autant pour l’Église si on ne l’aimait pas. Bien sûr, on peut être sensible à ce qu’il y a parfois d’excessif dans les interrogations, les critiques, les réactions d’étonnement et d’indignation qui s’expriment. Mais même ces réactions passionnées révèlent un attachement profond au Corps du Christ. La crise actuelle a réveillé ce « sens de la foi », ce sensus fidei qui, en deçà des mots, consiste à « sentir » avec l’Église militante. Aucun catholique ne peut se résigner à ce que l’on manipule le Corps du Christ. On accepte un geste de réconciliation, mais on ne veut pas que cette réconciliation soit instrumentalisée de façon plus ou moins détournée.
Cet attachement à l’Église s’accompagne d’une crainte légitime : en accordant une attention prédominante au schisme intégriste, ne risque-t-on pas de faire du tort à la mission même de l’Église, en favorisant ces courants de pensée qui cherchent à relativiser le concile Vatican II sous prétexte soit qu’il aurait été infidèle à la Tradition catholique, soit que sa mise en œuvre aurait été marquée par des dérives graves et qu’il faudrait procéder maintenant à une sorte de redressement de l’œuvre conciliaire ?
Ces critiques ou ces soupçons sont dangereux. Ils nous tirent en arrière. Ils réveillent les vieux réflexes du catholicisme intransigeant selon lequel existerait un antagonisme radical entre la tradition catholique et ce que l’on appelait hier les « idées nouvelles » et que l’on appelle aujourd’hui la « modernité » ou la « postmodernité ».
Il serait naïf de prêcher « l’ouverture au monde » pour résister à ces stratégies d’opposition au monde. Il faut absolument sortir de ces catégories inspirées par les rapports de forces politiques et sociaux. C’est de l’identité même de l’Église qu’il s’agit: elle est du Christ pour le monde. L’enjeu essentiel, ce n’est pas d’être ouverts ou fermés au monde. C’est de vivre le mystère du Christ dans le monde et, comme l’affirmait le Concile Vatican II au début de sa Constitution pastorale sur « L’Église dans le monde de ce temps », de « continuer sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi». (Gaudium et spes , n° 3).
Et la même Constitution ajoutait aussitôt cet appel de grande portée : « Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future, et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique ». (Gaudium et spes, n° 4)
Je sais qu’aujourd’hui, certains penseurs catholiques estiment que ces perspectives théologiques sont périmées. Elles reposent à leurs yeux sur un présupposé discutable de continuité et de dialogue entre l’Église et le monde, la foi et la culture moderne ou postmoderne. Ce présupposé interdirait de manifester la nouveauté chrétienne comme elle doit l’être, avec son caractère abrupt, en discontinuité et même en contradiction avec l’esprit du monde.
Je crois à la nouveauté chrétienne et à son caractère abrupt. Mais je pense qu’il serait grave que la crise actuelle, liée au schisme intégriste, constitue un alibi pour durcir la tradition catholique, en pratiquant une réinterprétation critique du concile Vatican II.
Ces stratégies sont dérisoires. Elles ne peuvent pas être inspirées par l’Esprit Saint. Elles nous détournent de l’essentiel, qui est la rencontre des hommes avec Dieu. Nous sommes nombreux à vouloir demeurer au service de cette rencontre, en ce temps de crise. Mais nous attendons des signes venant de Rome et des autorités romaines, pour être confirmés dans cette mission qui est notre raison de vivre et d’espérer pour l’Église.

(1) Mgr Dagens vient de publier Aujourd’hui l’Évangile , une reprise d’interventions sur les défis de l’Église (éd. Parole et Silence, 236 p., 19 €).


Dos à dos
12 mars 2009 - Nicolas Senèze - vatican-integristes.blogs.la-croix.com
D’un côté les intégristes, un groupe « à la dérive loin de l’Église », comprenant « différents éléments déformés et malades », dont Benoît XVI relève la « suffisance », la « présomption », la « fixation sur des unilatéralismes » et dont il rappelle à deux reprises que prêtres et évêques « n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Église »…

De l’autre, un certain nombre de catholiques aux propos pleins d’« amertume », « d’une véhémence telle qu’on n’en avait plus connue depuis très longtemps », qui « accusaient ouvertement le pape de vouloir revenir en arrière, au temps d’avant le Concile » et ont cherché à l’« offenser avec une hostilité prête à se manifester », usant « d’une liberté mal interprétée ».

Vraiment, ce pape qui a choisi comme devise « Coopérateurs de la Vérité » n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de dire clairement les choses. Et pour renvoyer dos à dos les deux extrêmes dont il craint, depuis le début, que le combat ne déchire définitivement l’Église.

C’est déjà ce qu’il disait dans son discours du 22 décembre 2005 à la Curie romaine. Sur un ton plus théologique et moins blessé que dans sa lettre aux évêques, il se refusait à envisager le concile Vatican II comme une « rupture » dans l’Église.

« A certains de ceux qui se proclament comme les grands défenseurs du Concile », celui qui y fut un jeune et brillant expert souligne que l’Église n’a pas commencé en 1962. « Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église, insiste-t-il. Celui qui veut obéir au Concile doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit. »

Aux intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X, il rappelle qu’« on ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 ». Surtout, pour Benoît XVI, il est « clair » que le problème qui persiste avec les intégristes demeure « l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des pape ». « Tant que ces questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut dans l’Église », prévient Benoît XVI.

Tel va donc être l’enjeu des discussions doctrinales qui auront lieu sous l’égide de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à qui est désormais rattachée la Commission Ecclesia Dei (manière d’écarter le cardinal Castrillon Hoyos, discrètement sanctionné pour son attitude jugée complaisante envers les intégristes, au point d’avoir mis imprudemment le pape dans l’embarras).

Il ne faut pas oublier que, par le passé, la Congrégation pour la Doctrine de la foi a déjà été responsable du « Dossier Lefebvre », avec le cardinal Seper, puis son successeur le cardinal Ratzinger. La première fois, Mgr Lefebvre avait très mal vécu la procédure (la même que pour tous ceux dont les écrits sont examinés par l’ex Saint-Office), qu’il avait comparé à « un véritable procès ». La deuxième fois avait abouti à l’accord du 5 mai 1988, dénoncé dès le lendemain par Mgr Lefebvre, qui refusait justement les « innovations du Concile ».

Cette fois encore les discussions seront difficiles. « L’Eglise traverse, en effet, une crise majeure qui ne pourra être résolue que par un retour intégral à la pureté de la foi », affirme Mgr Fellay dans le communiqué qui a suivi la publication de la lettre de Benoît XVI. On ne peut dire plus clairement que Fraternité Saint-Pie-X n’entend toujours pas accepter pleinement l’enseignement du Concile.

Il se trouve qu’au moment d’envoyer ce billet, l’auteur reçoit le livre L’Église, une communauté toujours en chemin (Bayard), traduction d’un livre publié en 1991 par le cardinal Joseph Ratzinger. Le futur pape s’y interroge sur la façon de « transformer » l’Église et de « la rendre meilleure », sans « tout briser ». C’est donc sur ce chemin, étroite et difficile ligne de crête entre les extrêmes, que Benoît XVI tâche aujourd’hui d’entraîner l’Église.
Nicolas Senèze

Merci Très Saint Père!
12 mars 2009 - Christophe Geffroy - vatican-integristes.blogs.la-croix.com
Permettez-moi de réagir de façon très spontanée et très simple : quelle joie de lire cette lettre du pape Benoît XVI aux évêques de l’Eglise catholique. Quelle hauteur de vue et quelle leçon de dignité et de charité, on a affaire ici à un grand texte : il remet à leur juste place tous ceux qui se sont crus autorisés à attaquer le pape en cette affaire sans nullement chercher à comprendre ses motivations profondes et les raisons d’un tel geste.
Certes, je comprends que l’on ait pu être gêné par cette mesure de clémence, surtout en raison des propos négationnistes de Mgr Williamson, je comprends beaucoup moins qu’on se soit servi de ce geste de charité pour laisser croire que le pape lui-même pouvait avoir une quelconque indulgence à l’égard du négationnisme ou qu’il allait remettre en cause le Concile Vatican II en se rangeant soudain peu ou prou aux thèses des fidèles de Mgr Lefebvre. Tout cela est absurde, il n’empêche qu’une certaine presse – y compris dite « catholique » – s’est précipitée pour réaliser cet amalgame et contribuer ainsi aux ignobles attaques dont Benoît XVI a été victime.
Sur toutes les folies auxquelles on a assisté, le pape répond avec sérénité, avec douceur, mais aussi avec fermeté et chacun ferait bien de lire très attentivement cette lettre dont je retiens ici les points suivants.
1. La portée et la limite de la levée des excommunications : il s’agit d’un geste à but médicinal pour favoriser le retour d’une communauté qui est en « danger de schisme » (il faut arrêter de parler de « schisme » comme s’il était déjà consommé). Mais cela n’a jamais signifié le retour à la pleine communion, la rupture n’étant pas le fait de raisons disciplinaires mais bel et bien doctrinales. Sans un accord minimum sur ce plan-là, la Fraternité Saint-Pie-X ne pourra avoir de statut canonique dans l’Eglise : c’est très clair.
2. Si le pape fustige le « blocage » de la Fraternité Saint-Pie-X à l’année 1962, il rappelle aussi qu’on ne peut se prévaloir de défendre Vatican II et rejeter les enseignements antérieurs à ce Concile. Il ne peut y avoir de rupture substantielle sur les points essentiels du Magistère, c’est la fameuse « herméneutique de la réforme dans la continuité ».
3. Cette mesure était-elle nécessaire, opportune, n’y avait-il pas d’autres priorités plus urgentes ? La priorité – qui osera le nier ? – « est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu ». Si l’on admet cela, le raisonnement du pape est difficilement critiquable et l’on ne comprendrait pas que l’on refuse des sacrifices pour réintégrer les derniers partis qui demeurent aussi les plus proches, même si leur attitude souvent présomptueuse est fort agaçante. Et le pape a raison d’insister sur le fait que le retour à la communion contribue à changer les cœurs et à faire tomber les écailles devant les yeux, l’expérience passée le montre abondamment.
4. Pour certains, l’affaire Williamson aidant, on a vraiment l’impression que les membres et fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X sont devenus le mal incarné, le bouc émissaire au sens girardien. A force de les traiter d’« intégristes » et de réaliser des dossiers pour montrer combien ils sont pervers et forcément liés à « l’extrême-droite », avec tous les clichés qui ressortent invariablement, on ne favorise guère un quelconque rapprochement, on ne fait que braquer un peu plus les lecteurs contre ces salauds d’« intégristes », et le pape apparaîtra d’autant plus coupable de vouloir leur tendre une main charitable. Mais ceux qui s’offusquent si fort que des fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X puissent voter Le Pen, seraient-ils choqués que des cathos de gauche puissent voter Besancenot ? Deux poids, deux mesures ?…
La conclusion du pape sur le passage de la lettre aux Galates est très forte : « Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! » Le pape nous offre là une formidable leçon en nous apprenant à voir l’essentiel qui est souvent exigeant et difficile : l’amour. Merci très Saint-Père.
Christophe Geffroy

[Stéphanie Le Bars - Le Monde] Benoît XVI concède avoir commis des "erreurs" au sujet des évêques intégristes

SOURCE - Stéphanie Le Bars - Le Monde - 12 mars 2009

La forme et le ton sont inhabituels et soulignent l'ampleur du séisme vécu par l'Eglise catholique ces dernières semaines. Un mois et demi après la levée des excommunications, le 21 janvier, de quatre évêques intégristes, parmi lesquels un négationniste, le pape Benoît XVI a rendu publique, jeudi 12 mars, une longue lettre aux accents personnels dans laquelle il justifie ce geste controversé.

La missive de sept pages adressée à tous les évêques de l'Eglise catholique revient sur les défauts d'explications et les "erreurs" commises dans ce dossier.

Benoît XVI y reconnaît d'emblée que sa décision de tendre la main à un courant schismatique, la Fraternité Saint-Pie X, qui refuse les orientations du concile Vatican II, "a suscité une discussion d'une véhémence telle qu'on n'en avait plus connue depuis longtemps".

Ainsi qu'il l'affirme depuis le déclenchement de cette affaire, le pape répète qu'il ignorait les prises de positions négationnistes de Richard Williamson, l'un des quatre évêques concernés par son " geste discret de miséricorde". Benoît XVI qualifie la superposition du "cas Williamson" à la levée de l'excommunication "d'incident fâcheux imprévisible". A l'avenir, le Vatican devra "prêter davantage attention à Internet", dont la consultation préalable "aurait permis d'avoir connaissance du problème", avoue le pape.

Au-delà des propos négationnistes tenus par Mgr Williamson, les positions clairement assumées des intégristes, qui refusent les relations avec le judaïsme défendues par le concile, avaient inquiété les communautés juives à travers le monde. Le pape déplore que sa main tendue ait pu apparaître comme "un retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs" depuis le concile et remercie "les amis juifs qui ont aidé à dissiper le malentendu". Jeudi, le pape devait recevoir au Vatican le rabbin David Rosen, du grand rabbinat d'Israël, pour solder cette période de tensions.

S'il reconnaît un manque de pédagogie, le pape justifie longuement le bien-fondé de sa volonté de ramener dans le giron de l'Eglise une communauté de "491 prêtres, 215 séminaristes et de milliers de fidèles". Face à l'athéisme ambiant et à de possibles radicalisations, il faut serrer les rangs des croyants, explique en substance Benoît XVI. "En ce moment de notre histoire où le vrai problème est que Dieu disparaît de l'horizon des hommes (...), nous devons avoir à coeur l'unité des croyants." "Devons-nous impassiblement laisser (la Fraternité) aller à la dérive, loin de l'Eglise, l'exclure comme un groupe marginal radical ?", s'interroge le pape.

A charge pour les membres de la Fraternité d'accepter les acquis de Vatican II, insiste Benoît XVI, qui rappelle au passage aux "défenseurs du concile" que "Vatican II renferme l'entière histoire doctrinale de l'Eglise" et qu'ils doivent "accepter la foi professée au cours des siècles".

Cet exercice inédit et argumenté rassurera sans doute des croyants déstabilisés par cette affaire. Pour certains peut-être arrive-t-il un mois et demi trop tard.

Stéphanie Le Bars

11 mars 2009

Affaire Williamson: le pape s'explique dans une lettre aux évêques
11 mars 2009 - AFP - france24.com
CITE DU VATICAN, 11 mars 2009 (AFP) - Benoît XVI s'est expliqué dans une lettre aux évêques sur sa décision de lever l'excommunication des prélats intégristes dont un négationniste, a annoncé le Vatican mercredi, précisant que cette lettre serait rendue publique jeudi.

Selon des extraits publiés mercredi par un vaticaniste italien qui affirme en avoir eu connaissance, le pape confie avoir été blessé par les vives réactions suscitées par cette mesure.

Le Vatican, après avoir dans un premier temps refusé de confirmer l'existence de la lettre, a annoncé qu'elle serait publiée jeudi à 12H00 (11H00 GMT).

Les extraits publiés par le vaticaniste Andrea Tornielli sur son blog "sacri palazzi" montrent un pape blessé par la "véhémence" de la polémique qu'a provoquée la levée controversée de l'excommunication des quatre évêques lefebvristes tandis que, selon le Vatican, Benoît XVI ignorait les déclarations négationnistes de l'évêque Richard Williamson.

L'affaire "a suscité à l'intérieur et hors de l'Eglise catholique une discussion d'une véhémence que l'on n'avait pas connue depuis longtemps", aurait reconnu le pape.

"J'ai été attristé par le fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir comment sont les choses, ont pensé devoir me frapper avec une hostilité prête à l'attaque", aurait-il écrit.

Il remercie en revanche ses "amis juifs" qui ont contribué à lever le "malentendu" et à "rétablir une atmosphère d'amitié et de confiance".

Toujours selon les extraits publiés, Benoît XVI reconnaît cependant que "la portée et les limites" de sa décision n'ont pas "été expliquées de façon suffisamment claire au moment de sa publication".

Le pape dit avoir agi "en ayant à coeur l'unité des croyants", et pour éviter que les intégristes, forts de "491 prêtres, 215 séminaristes, 117 religieux, 164 religieuses et de milliers de fidèles", s'en aillent "à la dérive loin de l'Eglise".

Il se livre par ailleurs à une réflexion sur le rôle de bouc-émissaire qu'auraient, selon lui, joué les intégristes dans cette affaire, et qui aurait rejailli sur lui.

"On a parfois l'impression que notre société a besoin au moins d'un groupe envers lequel on n'accorde aucune tolérance, contre lequel on peut tranquillement se jeter avec haine. Et si quelqu'un ose s'en approcher - dans ce cas le pape -, il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi, sans peur et sans réserve, être traité avec haine", écrit Benoît XVI.

Concernant le concile Vatican II (reconnaissance de la liberté de conscience, dialogue avec le judaïsme, ouverture à la société) refusé par les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), Benoît XVI leur demande d'accepter ses enseignements.

Mais à l'adresse de l'aile progressiste de l'Eglise qui interprète ce concile comme une rupture par rapport à un passé contesté, il souligne aussi que "l'on ne peut couper les racines sur lesquelles l'arbre vit".
Intégristes : leurs amitiés avec l'extrême droite
11.03.09 - Philippe Merlant - lavie.fr
POLITIQUE. Les lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie-X et les nationalistes d’ultradroite ont des affinités idéologiques et des adversaires communs. Mais savent aussi se déchirer.

« Je suis un lefebvro-lepéniste. » Conseiller municipal (Front national) de Taverny (Val-d’Oise), Alexandre Simonnot, 31 ans, assume avec fierté sa double appartenance. Fidèle à la Fraternité Saint-Pie-X, d’un côté, au Front national, de l’autre, il a salué d’un tonitruant communiqué, « Monseigneur Lefebvre avait raison », la nouvelle de la levée des excommunications des quatre évêques intégristes. Et rappelé que l’évêque d’Écône « avait régulièrement, au grand dam des évêques français marxistes et francs-maçons, appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen ». Si on lui objecte que la seule déclaration publique en ce sens date d’avril 1985 (dans une interview au quotidien Présent), il rétorque qu’en privé Mgr Lefebvre ne se privait pas de réitérer son soutien au FN.
Jean-Marie Le Pen, lui, a participé à l’hommage solennel au fondateur d’Écône, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, après sa mort en 1991. Rien d’étonnant pour Alexandre Simonnot : « C’est le même combat, car nous avons les mêmes adversaires : le communisme et l’avortement. » Certes, cet élu du FN n’ignore pas qu’il appartient à un parti de rassemblement, qui compte aussi bien dans ses rangs des néopaïens, des traditionalistes et des intégristes. Certes, il sait que Saint-Nicolas-du-Chardonnet compte des fidèles de toute obédience politique. Mais vu les soutiens qu’il reçoit de la part des paroissiens intégristes, sa conviction est faite : « 80 % d’entre eux votent FN ! »
Tant que cela ? La plupart des spécialistes de l’extrême droite ne souscrivent pas à cette hypothèse. « C’est sans doute vrai des dirigeants, pas forcément des fidèles », nuance Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Les sondages montrent que les catholiques pratiquants, y compris les plus traditionnels, votent plutôt moins FN que les autres. Et si, en Belgique, les liens entre l’intégrisme et l’extrême droite s’affichent, en France, les liens sont plus dispersés.
Plusieurs raisons à cela. D’abord, l’extrême division qui marque ces deux familles, aussi bien celle des cathos tradis (divisés entre ralliés de la Fraternité Saint-Pierre, néoralliés du Bon-Pasteur et intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X) que celle de la droite nationaliste. Dans ce contexte, se trouver dans la même case au carrefour des deux familles devient hautement improbable ! « D’un point de vue extérieur, leurs positions peuvent ­sembler très proches ; vu de l’intérieur, ils n’ont rien à voir les uns avec les autres », analyse le sociologue Erwan Lecœur. Constat auquel Jean-Yves Camus ajoute : « Ce sont des univers traversés par de fortes haines intérieures. »
Ensuite, l’arrimage des tradis au Front national n’a pas été exempt d’arrière-pensées tactiques. C’est en 1984 que se noue l’alliance entre Jean-Marie Le Pen, qui veut sortir le FN de son statut groupusculaire, et Bernard Antony, qui vient d’effectuer un court passage au Centre national des indépendants et paysans, fondé par Antoine Pinay. L’année suivante, Le Pen annexe la traditionnelle fête de Jeanne-d’Arc, jusqu’ici apanage des Camelots du roi, branche militante avant-guerre de l’Action française. « Comme Maurras, il a fait le choix du catholicisme par tactique : il faut un ordre social fort que seule la religion catholique, en France, peut incarner. Et Bernard Antony lui a apporté les réseaux qui lui faisaient défaut en province », estime Erwan Lecœur. Mais dans un pays qui se flatte d’être « la fille aînée de l’Église » et où, comme l’explique Jean-Yves Camus, « les cathos ont du mal à assumer la désobéissance », rompre avec Rome aurait fragilisé le schéma de conquête du leader du FN. Même si la fibre personnelle de Bernard Antony est plus intégriste que strictement tradi – l’une des associations qu’il a fondées, Chrétiens solidarité, envoie des jeunes cathos français se battre aux côtés des chrétiens au Liban, au Nicaragua ou en Croatie –, il veut garder de bonnes relations avec le Vatican. Dans cette logique, les dirigeants du FN proches des intégristes – tels Roland Gaucher, François Brigneau, Martine Lehideux ou Bruno Gollnisch – mettent leur sympathie personnelle en sourdine, se contentant d’être des fidèles réguliers de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
Enfin, la hiérarchie s’est abstenue de jouer ouvertement la carte du politique. À une exception près : Philippe Laguérie, qui célébra en 1996 la messe en mémoire du milicien Paul Touvier, « une âme délicate, sensible et nuancée », et a, en juillet dernier, baptisé la troisième fille de Dieudonné en présence de son parrain… un certain Jean-Marie Le Pen ! Mais l’abbé du Bon-Pasteur n’appartient plus stricto sensu à la galaxie des intégristes. « Ceux-ci sont plus dans le “métapolitique” – un concept né autour de la Nouvelle Droite et qui prône d’abord la bataille des idées – que dans le jeu des relations avec les partis », explique Erwan Lecœur.
Deux passerelles importantes relient malgré tout intégristes et nationalistes. Les médias, tout d’abord. Fondé par Bernard Antony, le quotidien Présent a longtemps été dirigé par le conservateur Jean Madiran, ancien collaborateur de Charles Maurras, « dernier titulaire de la francisque (une décoration du régime de Vichy) encore vivant en France », selon Jean-Yves Camus, et rallié au Front national. Radio Courtoisie, « la radio de toutes les droites », a toujours été un vecteur de rapprochement, voire de cohabitation : les abbés de la Fraternité Saint-Pie-X, tels Alain Lorans et Régis de Cacqueray, y ont leurs émissions ; et le rédacteur en chef a longtemps été Serge de Beketch (ancien directeur de Minute et de National Hebdo, décédé en 2007), qui affichait lui aussi sa double appartenance « lefeb­vro-lepéniste ». La lutte contre l’avortement, ensuite. « Un acte révolutionnaire et satanique », selon le docteur Xavier Dor, qui a créé voilà 22 ans SOS Tout-Petits, organisation catholique qui revendique une bonne centaine de descentes dans des centres pratiquant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Et organise aujourd’hui des prières dans la rue pour la conversion des francs-maçons.
« Le lobby proavortement repose avant tout sur les loges. Quand Satan s’est adressé au genre humain, il s’est tourné vers Ève, pas vers Adam. Les maçons ont compris que, pour pervertir la société, il faut pourrir la femme. Le fer de lance de Lucifer, c’est la femme. Et sa prétendue libération n’est qu’un esclavage épouvantable », explique à La Vie le fondateur de SOS Tout-Petits. Les militants se recrutent aussi bien chez les « ralliés », au Bon-Pasteur ou à la Fraternité Saint-Pierre. « Mais les intégristes sont les plus fidèles, les plus déterminés, les plus militants », affirme sans hésiter le docteur. Côté politique, Xavier Dor ne cache pas son appartenance au FN, qui a « un vrai programme contre l’avortement ». Du moins, avait… Car l’influence de Marine Le Pen a considérablement édulcoré, selon lui, les positions du FN sur la question. « Les catholiques sont des orphelins politiques », arboraient nombre de manifestants à la Marche pour la vie de janvier 2007. Et voilà Xavier Dor tenté par le passage du Rubicon qu’ont déjà effectué d’autres « tradis », tels Martial Bild, Martine Lehideux ou Bernard Antony : rejoindre le Parti de la France, fondé le 23 février par Carl Lang.
Déçus du lepénisme, certains tradis lorgnent vers les groupes plus radicaux. Au premier rang desquels le Bloc identitaire : la « soupe aux cochons » distribuée aux SDF, les pressions sur le maire de Triel-sur-Seine (78) pour qu’il expulse des gens du voyage, la perturbation des cercles de silence en soutien aux sans-papiers… c’est eux. Plus radicaux, mais beaucoup moins nombreux : les Intransigeants. Des ultraminoritaires qui ne représentent pas grand-chose. Mais assument un projet où politique et religieux sont liés : « Le retour à la royauté du Christ », explique Jean-Yves Camus. Au-delà des apparences, tous ces courants cathos nationalistes partagent une base commune : la théocratie. 

[Joséphine Bataille - La Vie] Intégristes : le culte de la peur et du complot

SOURCE - Joséphine Bataille - La Vie - 11 mars 2009

DOCTRINE. Obsession du péché et de l’Apocalypse, culpabilité et diabolisation du monde. Telle est la forteresse mentale des intégristes.

Richard Williamson, devenu par ses propos négationnistes le plus célèbre des quatre évêques intégristes récemment « réincommuniés », parle toujours « études » à l’appui. Le 16 avril 2008, pour une célébration de confirmations, il a construit son homélie à partir d’une référence de choix : les Preuves irréfutables de la création et du déluge, œuvre du chef de file du créationnisme, le protestant américain Walter Brown. Les « preuves géologiques » de l’histoire de Noé qui y sont avancées ont comblé l’évêque lefebvriste, toujours très soucieux d’apporter son éclairage à l’Histoire. Comme, « bien sûr, le déluge est un fait historique, car personne dans l’assemblée ne croit qu’il y a des mensonges dans les Écritures », les jeunes confirmands sont invités à s’imaginer la scène : « Premier craquement », cris, fuites, ascension des collines, et tandis que l’eau continue de monter, gens qui se « battent comme des tigres » pour atteindre le point le plus haut, mais qui, finalement, « coulent et meurent ».

Le décor est planté. À dessein, car la suite arrive : « Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation exactement similaire à celle qui a précédé le déluge. À voir où va l’humanité, Dieu ne peut être qu’extrêmement en colère. Et cela fait déjà une centaine d’années que l’esprit libertaire se déchaîne et que la race humaine mérite d’être exter­minée », avertit Richard Williamson. Alors, l’évêque prophétise : « Un jour, le Fils va dire à sa Mère : tu ne peux pas retenir mon bras plus longtemps ; car toutes les âmes ou presque tombent en enfer. Et elle reconnaîtra qu’Il a raison, et cessera de retenir son bras. Ce ne sera pas comme le déluge, car Dieu a promis qu’il ne nettoierait plus la surface de la Terre par les eaux. Il n’a pas dit, en revanche, qu’il ne le ferait pas par le feu… » Pour tous ceux qui, malgré les avertissements, auront refusé de monter dans « l’arche de la tradition », s’ouvrira alors « une inimaginable éternité d’horreur et de peines ».

La scène est frappante, mais le procédé ne date pas d’hier. La prédication qui a cours au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X réactive tous les codes et les thèmes de ce que l’historien Jean Delumeau a appelé « la pastorale de la peur », et qui a caractérisé l’Église jusqu’à ce que le concile Vatican II entende y mettre un terme. Si Williamson pense avoir de bonnes raisons de croire que, cette fois, la fin du monde est proche, son ressenti n’en ressort pas moins d’une constante de l’histoire chrétienne. « Le Moyen âge mais aussi la Renaissance ont été très fortement marqués par cette attente eschatolo­gique, explique ainsi Jean Delumeau. À ces époques, les nombreux malheurs collectifs qui survenaient étaient interprétés comme des avertissements donnés par Dieu à une société encore lar­gement – contrairement à l’idée qu’on s’en fait – sous-christianisée. »

Le thème de l’imminence de l’Apocalypse repose sur l’idée qu’un point de non-retour a été atteint en matière d’immoralité. « Luther, déjà, jugeait que le péché était à son comble, et que Dieu ne manquerait pas d’intervenir très vite », rappelle l’historien. Les intégristes n’innovent donc pas en décrivant à leurs fidèles, à longueur de sermon, la façon dont notre monde court à sa perte. Ainsi, la « grande malade » que l’abbé de Cacqueray, supérieur du District de France de la FSSPX, choisit en 2005 de confier à Notre-Dame de Lourdes, c’est « la société dans laquelle nous vivons ».

Alors que le thème du péché originel redonne lieu à des interprétations ­littérales, on poursuit de façon obsessionnelle le péché que constitue toute collusion avec le monde d’ici-bas. « Nous mourons en effet de cette hégémonie de la jouissance. Nos âmes s’étiolent. Et nous sombrons imperceptiblement dans un catholicisme mondain. Nous sommes dans un univers des âmes blasées. De ces âmes qui ne craignent pas de composer avec le monde. Et parce qu’elles composent avec le monde, ces âmes sont en danger de se décomposer », tance, en 2008, le recteur du séminaire de Winona, l’abbé Yves Le Roux.

Si les hommes qui « utilisent le monde pour en tirer le maximum de plaisir » sont voués « à mourir comme des bêtes », dixit Richard Williamson (avril 2008), la jouissance reste un péché sans âge. Or, en ce XXIe siècle, le diable use aussi de moyens propres à l’époque pour détourner de Dieu. Ils ont pour nom « tee-shirts, jeans, fast-food, musique rock », et tout ce qui, loin de mettre les jeunes âmes « sur la route du paradis », les conduit plutôt « à se détruire et à se clochardiser » (Williamson). Plus encore si l’époque est inédite, c’est que le diable a parfait sa stratégie jusqu’à agir au sein même de l’Église catholique – dite conciliaire. « Aujourd’hui, l’ennemi n’est pas visible ; il agit comme ces gaz qui vous tuent sans qu’on les ait sentis. Nous vivons des temps dangereux ; nous nous trouvons en zone gazée... », avertit Bernard Fellay, qui en 2007 commente un texte émanant rien moins que du Vatican, et qu’il estime conçu pour détourner « par la ruse » les fidèles de la juste foi.

Par voie de conséquence, la « pastorale de la peur » se constitue sur les bases d’un appel à la mortification, à la pénitence et au contemptus mundi – mépris d’un monde qu’il ne reste qu’à fuir –, la vie religieuse étant donnée comme « modèle de l’existence parfaite ». Et les intégristes ne dérogent pas à cette loi de l’histoire de la prédication chrétienne. « La Croix. Le sacrifice. Le renoncement. Voilà la splendeur de la vie chrétienne. Ne l’édulcorons pas. Sans sacrifice, la vie chrétienne n’est qu’une coquille vide », s’exclame l’abbé Le Roux. La prière pour les âmes du purgatoire est présentée comme exemplaire, et l’existence, comme une lutte perpétuelle contre la tentation : « “La vie est faite pour être vaincue, non pour être vécue” (citation de René Bazin, ndlr). C’est un rude combat, nous avons le devoir d’y entraîner nos enfants. Leur tenir cachée cette réalité est un crime odieux, car à la première escarmouche ils rendront les armes avant d’avoir livré bataille », ajoute-t-il.

En creux se construit ainsi l’image d’un Dieu vengeur, voire pervers, dont le principe de satisfaction est la souffrance des hommes. « Non que le Dieu amour et pardon soit une nouveauté de Vatican II, mais les prédicateurs ont dû essayer de tenir à la fois l’exigence d’un Dieu bon et celle d’un Dieu juste, or, s’Il est juste, il punit nécessairement les méchants, et c’est cela qui domine les esprits », souligne Jean Delumeau. L’amour, d’ailleurs, se voit taxé de mièvrerie, tout du moins chez les intégristes du XXIe siècle – si l’on en croit les railleries de Bernard Tissier de Mallerais, parlant de l’après-Vatican II comme d’« une religion sans sacrifice, ni expiation, ni satisfaction, ni justice divine, ni pénitence, ni abnégation, ni ascétisme », c’est-à-dire « la religion du soi-disant amour-amour-amour, ce qui n’est rien d’autre que des mots ».

Quant à la notion de miséricorde, elle est rattrapée par les cheveux par Richard Williamson : « Dieu est bon, car il nous donne des avertissements. Et quand son châtiment arrivera, ce sera un acte de pitié, car il aura pour fonction d’em­pêcher beaucoup d’âmes de tomber encore plus bas. »

Établie sur de telles bases, la foi devient un cocktail psychologique détonant. « Dans l’Histoire, cela s’est soldé par de véritables névroses de culpabilité. Scruter le péché en soi à tout instant développe un narcissisme exacerbé », renchérit Jean Delumeau. Pour le cher­cheur, la « surculpabilisation des fidèles » a été l’un des facteurs du processus de déchristianisation qui s’est mis en place à partir du XVIIIe siècle. Que la « pastorale de la peur » fasse son retour, voilà qui ne laisse pas de l’étonner, et lui fait craindre que l’Église ne s’éloigne encore du monde : « Vatican II, qui est venu théoriser un regard plus optimiste sur ce qui fait l’essentiel du message chrétien, avait précisément pour objectif de lutter contre la déchristianisation. Ceux qui exploitent la peur, même s’ils recrutent des prêtres, resteront toujours minoritaires, car ils développent une mentalité de citadelle assiégée. Ce n’est pas sur ce principe qu’on rechristianise une société. »

10 mars 2009

[Vatican] Lettre de SS Benoît XVI aux évêques de l'Eglise Catholique au sujet de la levée de l'excommunication des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre

SOURCE - Vatican - Benoît XVI - 10 mars 2009

Chers Confrères dans le ministère épiscopal!

La levée de l’excommunication des quatre Évêques, consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège, a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l’Église catholique une discussion d’une véhémence telle qu’on n’en avait plus connue depuis très longtemps. Cet événement, survenu à l’improviste et difficile à situer positivement dans les questions et dans les tâches de l’Église d’aujourd’hui, a laissé perplexes de nombreux Évêques. Même si beaucoup d’Évêques et de fidèles étaient disposés, à priori, à considérer positivement la disposition du Pape à la réconciliation, néanmoins la question de l’opportunité d’un tel geste face aux vraies urgences d’une vie de foi à notre époque se posait. Inversement, certains groupes accusaient ouvertement le Pape de vouloir revenir en arrière, au temps d’avant le Concile : d’où le déchaînement d’un flot de protestations, dont l’amertume révélait des blessures remontant au-delà de l’instant présent. C’est pourquoi je suis amené, chers Confrères, à vous fournir quelques éclaircissements, qui doivent aider à comprendre les intentions qui m’ont guidé moi-même ainsi que les organes compétents du Saint-Siège à faire ce pas. J’espère contribuer ainsi à la paix dans l’Église.

Le fait que le cas Williamson se soit superposé à la levée de l’excommunication a été pour moi un incident fâcheux imprévisible. Le geste discret de miséricorde envers quatre Évêques, ordonnés validement mais non légitimement, est apparu tout à coup comme totalement différent : comme le démenti de la réconciliation entre chrétiens et juifs, et donc comme la révocation de ce que le Concile avait clarifié en cette matière pour le cheminement de l’Église. Une invitation à la réconciliation avec un groupe ecclésial impliqué dans un processus de séparation se transforma ainsi en son contraire : un apparent retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs faits à partir du Concile – pas dont le partage et la promotion avaient été dès le début un objectif de mon travail théologique personnel. Que cette superposition de deux processus opposés soit advenue et qu’elle ait troublé un moment la paix entre chrétiens et juifs ainsi que la paix à l’intérieur de l’Église, est une chose que je ne peux que déplorer profondément. Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’informations. J’ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester. C’est justement pour cela que je remercie d’autant plus les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu et à rétablir l’atmosphère d’amitié et de confiance, qui – comme du temps du Pape Jean-Paul II – comme aussi durant toute la période de mon pontificat a existé et, grâce à Dieu, continue à exister.

Une autre erreur, qui m’attriste sincèrement, réside dans le fait que la portée et les limites de la mesure du 21 janvier 2009 n’ont pas été commentées de façon suffisamment claire au moment de sa publication. L’excommunication touche des personnes, non des institutions. Une ordination épiscopale sans le mandat pontifical signifie le danger d’un schisme, parce qu’elle remet en question l’unité du collège épiscopal avec le Pape. C’est pourquoi l’Église doit réagir par la punition la plus dure, l’excommunication, dans le but d’appeler les personnes punies de cette façon au repentir et au retour à l’unité. Vingt ans après les ordinations, cet objectif n’a malheureusement pas encore été atteint. La levée de l’excommunication vise le même but auquel sert la punition : inviter encore une fois les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible une fois que les intéressés avaient exprimé leur reconnaissance de principe du Pape et de son autorité de Pasteur, bien qu’avec des réserves en matière d’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile. Je reviens par là à la distinction entre personne et institution. La levée de l’excommunication était une mesure dans le domaine de la discipline ecclésiastique: les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de comptes sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes dans l’Église. Il faut ensuite distinguer entre le niveau disciplinaire, qui concerne les personnes en tant que telles, et le niveau doctrinal où sont en question le ministère et l’institution. Pour le préciser encore une fois: tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Église.

À la lumière de cette situation, j’ai l’intention de rattacher à l’avenir la Commission pontificale " Ecclesia Dei " – institution compétente, depuis 1988, pour les communautés et les personnes qui, provenant de la Fraternité Saint-Pie X ou de regroupements semblables, veulent revenir à la pleine communion avec le Pape – à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des Papes. Les organismes collégiaux avec lesquels la Congrégation étudie les questions qui se présentent (spécialement la réunion habituelle des Cardinaux le mercredi et l’Assemblé plénière annuelle ou biennale) garantissent l’engagement des Préfets des diverses Congrégations romaines et des représentants de l’Épiscopat mondial dans les décisions à prendre. On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit.

J’espère, chers Confrères, qu’ainsi a été éclaircie la signification positive ainsi que les limites de la mesure du 21 janvier 2009. Cependant demeure à présent la question : cette mesure était-elle nécessaire? Constituait-elle vraiment une priorité? N’y a-t-il pas des choses beaucoup plus importantes? Il y a certainement des choses plus importantes et plus urgentes. Je pense avoir souligné les priorités de mon Pontificat dans les discours que j’ai prononcés à son début. Ce que j’ai dit alors demeure de façon inaltérée ma ligne directive. La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle: « Toi… affermis tes frères » (Lc22, 32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (I P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein.

Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible: c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. D’où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à cœur l’unité des croyants. En effet, leur discorde, leur opposition interne met en doute la crédibilité de ce qu’ils disent de Dieu. C’est pourquoi l’effort en vue du témoignage commun de foi des chrétiens – par l’œcuménisme – est inclus dans la priorité suprême. À cela s’ajoute la nécessité que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres, pour aller ensemble, même si leurs images de Dieu sont diverses, vers la source de la Lumière – c’est là le dialogue interreligieux. Qui annonce Dieu comme Amour "jusqu’au bout" doit donner le témoignage de l’amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l’inimitié – c’est la dimension sociale de la foi chrétienne, dont j’ai parlé dans l’encyclique Deus caritas est.

Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l’Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l’humble geste d’une main tendue soit à l’origine d’un grand tapage, devenant ainsi le contraire d’une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande: Était-il et est-il vraiment erroné d’aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui "a quelque chose contre toi" (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer – autant que possible – leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences? Le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble, peut-il être totalement erroné? Moi-même j’ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu’ensuite en ont émergé des forces positives pour l’ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité? Qu’en sera-t-il ensuite?

Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes – suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j’ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des cœurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède; consciente de la promesse qui lui a été faite? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi des discordances se sont fait entendre? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve.

Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent: "Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde: vous allez vous détruire les uns les autres !" J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour? Le jour où j’en ai parlé au grand Séminaire, à Rome, on célébrait la fête de la Vierge de la Confiance. De fait: Marie nous enseigne la confiance. Elle nous conduit à son Fils, auquel nous pouvons tous nous fier. Il nous guidera – même en des temps agités. Je voudrais ainsi remercier de tout cœur tous ces nombreux Évêques, qui en cette période m’ont donné des signes émouvants de confiance et d’affection et surtout m’ont assuré de leur prière. Ce remerciement vaut aussi pour tous les fidèles qui ces jours-ci m’ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de saint Pierre. Que le Seigneur nous protège tous et nous conduise sur le chemin de la paix! C’est un souhait qui jaillit spontanément du cœur en ce début du Carême, qui est un temps liturgique particulièrement favorable à la purification intérieure et qui nous invite tous à regarder avec une espérance renouvelée vers l’objectif lumineux de Pâques.

Avec une particulière Bénédiction Apostolique, je me redis

Vôtre dans le Seigneur

BENEDICTUS PP. XVI

Du Vatican, le 10 mars 2009.