18 août 2009

[Blog de Bernard Antony] Numéro hors-série de Marianne sur « Les intégristes »

SOURCE - 18 aout 2009 - Bernard Antony

Je lis cela en quelque sorte par nécessité professionnelle. Car on ressort-là des articles un peu retouchés ou réchauffés qui ont déjà bien servi. Et l’on retrouve toujours et encore la signature du couple semble-t-il indissociable, sinon indissoluble : Caroline Fourest-Fiametta Venner. Elles resservent sans nausée semble-t-il à peu de choses près leurs mêmes indigentes considérations contre les « cathos purs et durs ». Ces deux demoiselles font une sorte de fixation sur moi, avec toujours les mêmes clichés, lieux communs et déformations. Mais elles sont de remarquables vendeuses. Elles fourguent leur même camelote, à quelques variantes près, pour s’adapter aux styles des canards, au Monde, à l’immonde, je veux dire Charlie-Hebdo et à une multiplicité d’autres feuilles sans parler de leurs invitations sur les radios et télés, où elles tiennent toujours les mêmes blablas fanatiques.
S’il y en a à qui l’intégrisme rapporte, c’est bien à ce charmant duo de pimprenelles de la cathophobie.

Contre la messe en latin !

Là aussi, on retrouve la même « tarte à la crème » de plus en plus moisie, infiniment resservie contre la messe en latin.
Mais qu’est-ce que cela peut bien faire à des athées, à des agnostiques, à des protestants, à des juifs, à des adorateurs de l’oignon que la messe des catholiques soit célébrée en latin ? Il y a là vraiment quelque chose de très mystérieux. Quelque diable, que le latin rendrait plus furieux encore qu’à l’ordinaire, ne leur inspirerait-il pas cette commune et frénétique aversion ?
Moi, par exemple, je ne me préoccupe pas de savoir si on use dans les prêches à la mosquée d’arabe littéraire ou les idiomes dialectaux. Mais je remarque qu’on ne transige pas avec le Coran en arabe, puisque l’arabe est pour les mahométans la langue d’Allah.
Je crois savoir aussi qu’à la synagogue, on ne lit jamais la Tora autrement qu’en hébreu. Même si pour la plupart des juifs, l’hébreu, c’est... de l’hébreu !
Je ne m’indigne pas contre cela. Je ne me vois pas inviter les rabbins à modifier leur liturgie et à dévider des Rouleaux rédigés en langue basque ou en breton. Ce serait là une grande impolitesse.
Alors, que certains journalistes juifs dont je lis quelquefois la prose dans leur presse communautaire veuillent bien pratiquer la même politesse !

17 août 2009

[Paix Liturgique] Entretien avec Ricardo Turrini Vita, président d'Una Voce Italie

SOURCE - lettre de Paix Liturgique n°191 - 17 août 2009
A la suite de notre dernière lettre qui se faisait l’écho de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site www.maranatha.it, nous publions aujourd’hui un entretien qu’a bien voulu nous accorder Monsieur Ricardo Turrini Vita, Président d'Una Voce Italie.

Haut-fonctionnaire romain, Ricardo Turrini Vita est de longue date l'un des piliers d'Una Voce Italie. Il nous donne son point de vue sur la réalité décrite par la lettre de maranatha.it et son jugement sur l'alternative que pourraient représenter les paroisses personnelles - comme c'est à Rome le cas de la Très Sainte Trinité des Pèlerins - aux blocages rencontrés pour l'application du motu proprio Summorum Pontificum dans le cadre diocésain.

PL - Président Turrini Vita, que pensez-vous de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it ? Dans quelle mesure la situation dépeinte dans cette lettre est-elle représentative de la situation italienne ?

RTV - Plus qu'une lettre, ce texte est un appel dont il serait nécessaire de distinguer le contenu, la forme, le style et le support.

Sur le fond, les signataires illustrent bien que l'objectif du Souverain Pontife est de rendre le culte traditionnel vivant, au même titre que le culte nouveau, dans le contexte pastoral ordinaire. Mais en même temps, ils soulignent que la réalité est diverse, je dirais même contraire.

Pour juger de cette réalité, il faut d’abord considérer que coexistent deux droits : celui du catholique à l’usage du rite ancien (la forme extraordinaire) et celui du prêtre à ne pas le célébrer. Dans le cas dont nous parle la lettre - et comme le prévoit le MP Summorum Pontificum -, l’évêque a de toute façon permis une autre célébration, dont l’étendue n’est pas indiquée. Le cas est moins malheureux qu’ailleurs.

Si ma sensibilité personnelle et mon éducation font que je ne ressens pas particulièrement la nécessité de lier le culte traditionnel aux paroisses diocésaines, je reconnais néanmoins volontiers que les raisons affectives exposées dans la lettre sont justes et nobles et que les curés de paroisse devraient en tenir compte.

Les attitudes rencontrées par les auteurs sont, quant à elles, bien connues - et depuis des décennies - de tous ceux qui combattent pour la messe traditionnelle, et notamment au sein d'Una Voce Italie : le refus, la moquerie, la grossièreté. Après les très clairs éclaircissements canoniques fournis par le Saint Père actuel, les comportements rapportés par les deux signataires sont de plus devenus des enfreintes à la loi.
J'ai souvent fait observer que le sens de la légalité au sein du clergé se perdait, et pas seulement dans le domaine liturgique. De nombreux clercs ne se sentent pas tenus d'obéir à la loi ce qui, je le dis en passant, discrédite de fait la "pastorale de la légalité" dont on entend souvent parler. Les causes d'un tel comportement, outre la propension commune au péché, sont profondes et ne se limitent pas aux seuls bouleversements des années 70.

Il convient également de dire que de nombreux prêtres n'ont pas reçu de formation au culte traditionnel et que peu d'attention en général, même dans le nouveau rite, a été donnée à leur formation, comment dire, mistagogique.

Enfin, le Pape est le chef visible de l'Église mais n'en est pas le corps tout entier et ne peut suppléer à lui seul à ses défauts.

En Italie, si mépris et refus sont en général la règle, le nombre de lieux où le curé (ou l'ordinaire) n'est pas hostile à la forme extraordinaire grandit régulièrement. Les conditions d'application les meilleures dans le cadre canonique et dans la fidélité à l’esprit du Pontife s'observent à Rome, à Gênes et à Florence.

Quant à la forme de ce texte, au-delà du langage non protocolaire qui est utilisé, je ne crois pas en ce qui me concerne à l'utilité de tels appels : en 45 ans d'existence, Una Voce en a lancé de très nombreux sans grand résultat. Cependant, je tiens à féliciter les signataires pour l'affection filiale qu'ils nourrissent envers le Saint Père.

PL - En France, selon le sondage CSA pour Paix Liturgique de septembre 2008, 34% des catholiques se disent prêts à participer régulièrement à la Messe selon la forme extraordinaire si elle était célébrée dans leurs paroisses. Quelle serait, selon vous, la proportion de fidèles italiens disposés à faire de même ?

RTV - Je crois qu'elle serait inférieure : en fait, il manque en Italie une tradition de formation liturgique comme celle qui fut offerte par un géant comme Dom Guéranger. Toutefois, si l'on considère que le nombre des pratiquants en Italie est bien supérieur à celui de la France, il se pourrait, tous comptes faits, que celui des fidèles attachés au culte ancien ne soit pas inférieur au vôtre. À condition que celui-ci soit offert librement et avec régularité.

PL - Face aux résistances du clergé à l'ouverture des paroisses diocésaines à la forme extraordinaire de la messe, une issue pourrait se trouver dans le développement de paroisses personnelles, comme cela a été fait à Rome au printemps 2008. À la lumière de l'expérience romaine, que pensez-vous de cette solution ?

RTV - L'expérience romaine est satisfaisante parce que la paroisse s'est affirmée et intégrée à la pastorale générale. Surtout, celle-ci permet non seulement de bénéficier des sacrements et du culte mais offre aussi une formation spirituelle et des exercices de piété. Selon moi, la paroisse personnelle serait le meilleur moyen de pourvoir aux besoins de la portion du peuple de Dieu attachée au rite ancien ; à condition, bien entendu, qu'il existe un clergé disposé à s'y dévouer avec un esprit conforme à celui que la tradition exige.
Les réflexions de Paix Liturgique

1/ Monsieur Ricardo Turrini Vita connaît parfaitement la question liturgique en Italie. Son ancrage de terrain, ses nombreuses relations (laïques et ecclésiastiques), ses fonctions au sein d’Una Voce font de lui l’un des meilleurs spécialistes de la situation italienne. Le parcours de Monsieur Ricardo Turrini Vita est bien différent de celui des frères Lambruschini (voir notre lettre n°190 sur la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it), pourtant, leur attachement réciproque à la forme extraordinaire du rite romain et leur souhait de le promouvoir leur a donné de nombreux points communs : moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement.

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » dit l’adage. Cette pratique déloyale et scandaleuse pour des femmes et des hommes qui se revendiquent d’Eglise n’est hélas pas nouvelle : Ainsi, une distribution de tracts en faveur de la messe traditionnelle sur des pare-brise de voiture devient une « perturbation des ordinations sacerdotales » qui se déroulent dans l’église voisine, la récitation d’un chapelet dans la rue devient « une tentative de perturbation de la messe télévisée », une lettre respectueuse de demande d’application du Motu Proprio signée par plusieurs familles devient une « pétition inadmissible, une pression qui n’a pas sa place dans l'Église »… On ne compte plus non plus les attaques personnelles, les dossiers soi-disant « très graves » sur ce que l’on appelle les « traditionalistes » et dont on attend toujours la publication dix ans après… On ne compte pas non plus les amalgames politiques, les raccourcis indignes…

Non cela n’est pas nouveau mais qu’il nous soit permis de toujours nous en indigner et de ne pas nous habituer à cette culture du mépris.

2/ A la lueur de l'expérience romaine qu'il connaît bien puisqu'il est lui même paroissien de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (http://roma.fssp.it/), Monsieur Ricardo Turrini Vita semble plaider pour le développement de paroisses personnelles dédiées à la forme extraordinaire du rite romain. Cette formule n’est pas sans avantage à commencer par la concorde… Toutefois, force est de constater que la plupart des arguments en sa faveur sont le plus souvent des arguments de type négatif en ce que la paroisse personnelle est conçue d’abord comme le moyen de cesser de supporter les moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement et autres obstructions telles que précédemment décrites.

Si l’érection de paroisses personnelles ne va clairement pas contre le Motu Proprio puisque le texte papal prévoit cette possibilité explicitement (article 10), il nous semble que le Saint Père fait de la paroisse territoriale le cadre naturel et premier d’application du Motu Proprio.

En effet et comme le rappelait très récemment le Cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation du Culte Divin, « la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore ».

Dans cette optique, il nous semble donc que la paroisse territoriale de Monsieur et Madame Toutlemonde doit être le cadre normal, ordinaire et habituel de la célébration de l’une et l’autre des deux formes du rite romain.
C’est à ce prix que le trésor liturgique de la forme extraordinaire ne sera plus le fait de quelques réserves d’indiens mais pourra bel et bien être rendu à toute l'Église universelle.

[France Catholique] A propos du livre de Gérard Leclerc

SOURCE - Père Michel Gitton - 17 août 2009


Le livre que notre ami Gérard Leclerc vient de consacrer à Mgr Lefebvre arrive au bon moment.

L’attention portée au fondateur de la dissidence d’Ecône s’est trouvée soudain relancée par la levée de l’excommunication encourue en 1988 par les quatre évêques ordonnés alors par lui sans mandat pontifical, mesure qui a eu les conséquences médiatiques que l’on sait. Plus récemment, la mise en place par le Pape de la commission chargée de l’examen des questions doctrinales posées par la Fraternité Saint Pie X, dans le cadre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a prouvé que l’on ne s’en tenait pas à des mesures de courtoisie. De façon générale, ce livre rejoint les interrogations de nombreux catholiques, qui, après avoir cru que le schisme lefebvriste était une affaire réglée et qu’il s’agissait d’un quarteron de soldats perdus que l’histoire allait balayer, se sont rendus compte qu’il y a avait là une interpellation persistante que l’on ne pouvait négliger.

Il faut dire que c’est un livre courageux, qui n’a pas peur de sortir des chemins battus et qui renonce aux schémas manichéens trop souvent employés de part et d’autre. Il y a un réel effort pour présenter la stature humaine de l’évêque missionnaire hors pair que fut Marcel Lefebvre. Il y a aussi une tentative - à laquelle on ne peut qu’applaudir - pour sortir le débat des questions politiques et le poser à son vrai niveau, c’est-à-dire au plan doctrinal. Gérard Leclerc s’interroge sur les bases intellectuelles du fondateur d’Ecône qu’il trouve, sans surprise, dans la néo-scolastique enseignée à Rome dans les années 20, telle qu’elle a pu être synthétisée par le cardinal Billot.

C’est malheureusement là que je reste gêné par l’excessive assurance de l’auteur. Pour lui, il est si clair que le courant de la « Nouvelle Théologie », illustré par une pléiade de grands esprits comme les RR PP Daniélou, de Lubac, Bouyer, etc., a définitivement surclassé la théologie romaine sur laquelle s’appuyait Marcel Lefebvre que la cause est entendue et que celui-ci qui n’en a pas démordu est évidemment hors jeu pour toute discussion sérieuse. Je ne suis pas le dernier à reconnaître ma dette vis-à-vis du courant en question et j’ai personnellement peu de sympathie pour le néo-thomisme de ces années-là, mais il faut rester juste et ne pas commettre en sens contraire l’erreur que nous reprochons à nos partenaires : la scolastique a marqué l’enseignement de l’Eglise pendant toute la période qui précède le Concile, c’était l’horizon intellectuel de la plupart des Pères, elle a donné un Maritain et d’autres penseurs non négligeables. Ses insuffisances et ses raideurs n’empêchent pas qu’elle a porté certains aspects du dogme avec lequel l’approche plus existentielle et historique des théologiens de Fourvière a eu parfois un peu de mal. Le moment n’est-il pas venu précisément de réévaluer positivement tout ce qui nous vient de cet héritage et de tenter une honnête confrontation avec les acquis (qui me semblent pour ma part incontestables) des travaux fondés sur le renouveau biblique et patristique de l’après-guerre ?

Pour ceux qui, comme moi, ont cherché durant toutes ces années à rester fidèles au Pape et aux évêques, qui ont assimilé sans complexe Vatican II, qui ont vécu avec la Réforme liturgique, même si c’est parfois avec un peu de mal, les circonstances actuelles obligent à une sérieuse réflexion, nous pourrions avoir l’impression que le sol nous manque sous les pieds et que l’Eglise va nous donner tort. L’occasion est bonne sans doute pour réfléchir sur ce qui a réellement changé dans ces dernières années et nous demander où nous en sommes. Pourquoi ne peut-on plus aborder la question de l’intégrisme comme nous l’aurions fait il y a vingt ans ou même dix, quand, face à la critique progressiste encore dominante dans bien des milieux, il semblait important de maintenir une ligne « centriste », qui renvoyait dos-à-dos Hans Küng et les amis de Mgr Lefebvre, leur trouvant de surcroît des ressemblances cachées (1) ? Il semblerait que plusieurs des appuis de la position que je viens de caractériser se soient révélés à l’usage plus fragiles que nous ne pouvions le croire. Nous étions déjà sensibles aux faiblesses du triomphalisme post-conciliaire, qui à l’époque régnait encore dans bien des milieux d’Eglise (« les fruits merveilleux du concile »…), nous savions que, si Vatican II avait fait beaucoup de choses importantes, il n’avait pas rempli nos églises, ni ramené à la foi les masses déchristianisées, pas même séduit les intellectuels dans le vent. Nous savions déjà que la route serait longue avant de tirer de cet événement tous les fruits de renouveau dont il était porteur. Mais nous faisions confiance à un certain style, qui était en gros celui de Jean-Paul II. Il consistait à pratiquer ce qu’on a parfois appelé pas très gentiment le « grand écart » : fidélité à l’intérieur et ouverture à l’extérieur, réaffirmer, par exemple, que seul le catholicisme est la vraie religion (Dominus Jesus) et se retrouver à Assise pour prier en compagnie de tous les chefs religieux de l’humanité. Ce jeu assez exaltant de prendre au vol la modernité, de réinvestir ses concepts (comme les droits de l’homme) au nom du Christ et de l’Evangile, d’être sensible aux revendications des femmes sans les admettre au sacerdoce mais en définissant positivement leur rôle, tout cela nous a nourris et il n’y a vraiment pas lieu de le regretter. Seulement ce jeu d’équilibre pénétrait difficilement dans la conscience des catholiques de base, nous le savons peut-être mieux aujourd’hui. A la mort de Jean-Paul II, une religieuse interviewée et sollicitée de donner son témoignage avait dit tout naturellement : « Jean-Paul II nous a appris que ce qui était important, ce n’était pas la différence de nos croyances, mais le fait de bien s’entendre avec les hommes de toutes les religions ». Avait-elle compris le message ? Ce n’est pas sûr. Mais combien ont été comme elle ? Qui oserait aujourd’hui, dans nos paroisses, malgré les appels à la « nouvelle évangélisation », proclamer que la vérité confiée par le Christ à l’Eglise est nécessaire pour le salut ?

La ligne suivie dans ces années-là passait aussi par cette conviction que le renouveau, qui avait tardé, qui avait été compromis par les folies de l’après 68, allait enfin se manifester. Les nouvelles communautés, les nouveaux ordres religieux, nés après la crise, forts d’une ferveur toute neuve et d’une audace sans complexe, allaient relever les ruines de l’ordre ancien. Une partie du tissu ecclésial allait vers la mort, une autre vers la vie. Les JMJ nous administraient tous les deux ou trois ans la preuve d’un succès croissant auprès des jeunes du monde entier. Certes il y avait des prophètes de malheur pour dire dès ces années-là que le phénomène n’était pas si clair qu’il paraissait et pour dénoncer le « rêve de Compostelle » (2), rêve d’une reconquête de l’Europe et du monde par une religion épurée et retrempée dans ses sources évangéliques. Mais on y croyait.

Ce n’est pas forcément qu’on n’y croit plus, mais on sait que, là encore, le résultat n’est pas à portée de main. Beaucoup de communautés nouvelles, sans perdre leur bel enthousiasme, ont connu des crises plus ou moins profondes, elles ont dû apprendre la patience des réformes institutionnelles, les redéploiements douloureux, et la nécessité de mieux se former. Les JMJ sont maintenant un rite qui se continue et qui fait du bien, mais l’appel prophétique n’est peut-être plus tout à fait là. Dans les séminaires des pays d’Europe occidentale, la reprise tarde à se manifester, c’est le moins qu’on puisse dire.

Pendant ce temps, il faut bien se rendre à l’évidence que l’aile « traditionaliste », dans sa forme « ralliée », comme dans sa forme dure, continue de marquer des points. Que ce soit au plan des vocations religieuses et sacerdotales, au plan de l’éducation et de la vitalité des communautés, on ne peut plus soutenir qu’il s’agit là de quelques attardés en voie de disparition. Certes, il ne faut pas s’illusionner, là non plus tout n’est pas rose, la solidité affichée cache bien des faiblesses, mais on ne saurait quand même nier que la transmission de la foi aux jeunes générations y a souvent mieux réussi qu’ailleurs, malgré les trésors de pédagogie déployés dans les parcours de la catéchèse officielle.

Nous voilà donc ramenés à l’humilité et c’est mieux ainsi. Cela nous permet peut-être d’entendre ce qu’ont à nous dire les disciples de Marcel Lefebvre, malgré le côté désagréable et souvent exagéré de leurs critiques. Au fond, ils nous alertent sur les faiblesses possibles de ce que nous croyions définitivement admis et que nous tenons toujours pour des progrès indiscutables : la valeur de la réforme liturgique, le dialogue interreligieux, la collégialité épiscopale, une vision dynamique de la tradition de l’Eglise. Il ne s’agit pas de brader tout cela dans un nouvel opportunisme aussi idiot que le précédent, mais la moindre chose est d’accueillir les questions, de reconnaître que tout n’a pas fonctionné parfaitement jusqu’ici chez nous et qu’il y a peut-être lieu de revoir sur certains points notre copie, surtout d’approfondir ce que nous avions trop vite conclu. Nos amis peuvent nous y aider, comme nous pouvons les aider à sortir de certains blocages, qui ne peuvent mener qu’à des impasses.

Car eux aussi doivent reconnaître que les choses ne se sont pas passées comme ils l’attendaient. L’« apostasie de l’Eglise » devait aboutir à une crise apocalyptique, où Dieu reconnaîtrait les siens dans le naufrage général. Or, sans qu’ils osent toujours se l’avouer, ils voient bien que l’Eglise de Jean-Paul II et de Benoît XVI continue à vivre et à rayonner, le Veau d’or n’est pas installé dans le sanctuaire, la foi est enseignée et les sacrements dispensés, peut-être pas tout à fait comme ils le souhaiteraient, mais il est quand même difficile de nier la continuité. Alors que faire ? Tenir indéfiniment dans cette position paradoxale d’être catholiques sans Rome, ou saisir la main tendue ?

Il ne s’agit pas ici de politique, mais d’abord de la vérité. N’empêche qu’on se prend à rêver de la force qui serait celle d’une Eglise ayant réussi à résorber un schisme et qui parviendrait à atteler à la tâche de l’évangélisation les combattants pugnaces de la « messe de toujours » et les enfants de la génération Jean-Paul II !

Michel GITTON


(1) Le P. Louis Bouyer voyait la racine commune du traditionalisme catholique et du progressisme dans la théologie romantique du début du 19e siècle et spécialement chez Félicité de Lamennais (1782-1854).

(2) Le rêve de Compostelle. Vers la restauration d’une Europe chrétienne ? Sous la direction de René Luneau, avec la collaboration de Paul Ladrière, Paris Centurion 1989.

16 août 2009

[Max Barret / Courrier de Tychique] Essayer de comprendre …

SOURCE - Max Barret - 16 août 2009


Notre Dame de la Salette : Priez pour nous !

Essayer de comprendre …

Les événements semblant se précipiter, et l’horizon s’assombrissant, il nous faut bien essayer de comprendre ! Car, si on en croit le porte-parole de la FSSP X – le glorieux et triomphant abbé Célier – le plan de réintégration de celle-ci, prévu en trois étapes, en serait arrivé à la troisième qu’il prévoit ainsi – c’est lui le planificateur – : « Et tout à la fin interviendra la régularisation canonique, redonnant à la Fraternité un statut clair et stable » ! (« Monde et Vie » n° 806 – 31 janvier 2009). Notez bien que l’abbé Célier n’utilise pas le conditionnel. La régularisation canonique de la Fraternité « interviendra » ! Il en est certain. Ce qui implique forcément que la Fraternité aura avalé pas mal de couleuvres quand on sait la fermeté avec laquelle le Vatican entend maintenir les acquis du Concile ! Dés lors, pourquoi avons-nous combattu ? Quelle tristesse ! Par ailleurs, dans sa conférence du 31 juillet à Mentzingen, Mgr Fellay a déjà envisagé le statut qui serait celui de la Fraternité, quand les accords seront signés : « mon souhait serait une prélature, mais je n’ai pas de préférence » (La Porte Latine). On peut donc conjecturer que c’est bien vers une « prélature » que l’on pourrait s’orienter.

Qu’est-ce qu’une prélature ?

Les lecteurs de ce « Courrier » ne sont pas des analphabètes, mais il n’est pas très courant que l’on ait à se pencher sur ce sujet.

Il existe, diverses « prélatures » mais la plus connue est la « prélature personnelle », celle de l’ « Opus Dei ». C’est même la seule à l’heure actuelle. Elle est le fruit du Concile Vatican II et c’est Jean Paul II qui l’érigea en prélature personnelle de dimension internationale, par la Constitution apostolique « Ut sit » du 28 novembre 1982, devenue exécutoire le 19 mars 1983.

Les béotiens – espèce à laquelle je reconnais humblement appartenir – peuvent, s’ils ne font que survoler les aspects de cette concession, lui trouver un aspect engageant. L’Opus Dei est une structure juridictionnelle qui possède son autonomie propre et une juridiction ordinaire. Le canon 295 § 1 stipule : « La prélature personnelle est régie par les statuts établis par le Siège Apostolique, et un prélat est mis à sa tête comme Ordinaire propre ; celui-ci a le droit d’ériger un séminaire national ou international, ainsi que d’incardiner des séminaristes et de les appeler aux ordres au titre du service de la prélature. » Que demander de mieux ? … On comprend que ce soit considéré comme une panacée honnête ! Mais on ne peut sûrement pas faire l’injure à Mgr Fellay de s’en être tenu à ces dispositions sans les avoir étudiées. Or, déjà dans ce canon (n° 295) on découvre qui en tient effectivement les rênes. Les statuts de la prélature sont établis par le Siège Apostolique ! D’autre part : un prélat est mis à sa tête comme ordinaire propre ! Donc, Rome en établira les statuts et en fixera le prélat. Le canon 297 précise, en outre, que ces statuts déterminent les rapports de la prélature avec les Evêques diocésains… Mais il y a bien pire ! Si vous visitez le site de l’Opus Dei vous y découvrirez des précisions intéressantes tirées desdits statuts ! Par exemple, si la prélature « dépend de façon immédiate et directe du Souverain Pontife » (ce qui, en des temps ordinaires, semble tout à fait légitime…) ses « fidèles laïcs restent des fidèles des diocèses où ils résident et, par conséquent, ils continuent d’être soumis à l’évêque diocésain de la même manière et sur les mêmes questions que les autres baptisés, leurs égaux » !... Je regrette infiniment d’avoir à le dire, mais, dans la situation actuelle, j’en suis fort éloigné et n’ai nulle envie de changer d’attitude ! Et les diacres et les prêtres incardinés doivent « favoriser les relations fraternelles avec les membres du presbyterium diocésain et observer avec soin la discipline générale du clergé » etc … etc…. Tout est solidement verrouillé.

Il faudrait être bien naïf pour imaginer que la Rome des antichrists se montre plus conciliante et plus arrangeante dans l’élaboration – par elle – des statuts de la prélature évoquée par Mgr Fellay… quand on voit la fourberie dont elle a fait preuve lors de la publication des deux derniers « Motu proprio » concernant la messe et les excommunications ! Si les tractations se poursuivent, une fois de plus : le piège fonctionnera!

Ce qui obscurcit tout !

Ce qui obscurcit et perturbe tout débat, c’est que, depuis plusieurs années, on se comporte comme si nous n’avions pas été mis en garde contre une situation prédite et annoncée à Fatima et à la Salette (« Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’antéchrist ») et comme si l’Eglise n’était pas aux mains de ses pires ennemis ! Que le cardinal Ratzinger ait été, avec ses complices, le cardinal Angelo Sodano, l’archevêque Tarcisio Bertone et le cardinal Dario Castrillon de Hoyos, l’auteur du faux troisième secret de Fatima ne dérange plus personne ! Or il y a là un acte monstrueux ! Rappelons que, en mars 2002, le cardinal Mario Luigi Ciappi, théologien de Jean Paul II, a déclaré (in journal « Catholique ») : « Dans le troisième secret, il est prédit entre autres choses que la grande apostasie de l’Eglise commencerait au sommet » Et le cardinal Oddi a écrit, lui, dans le journal « Il Sabato » du 17 mars 1990 : « Le troisième secret n’a rien à voir avec Gorbatchev ! La Sainte Vierge nous y avertissait de l’apostasie dans l’Eglise » raison pour laquelle, bien sûr, il ne fut pas révélé en 1960, comme il aurait dû l’être.

Nous étions à la veille du Concile ! Dans son ouvrage « La bataille finale du démon » le Père Paul Kramer écrit : « Ce sont ces hommes (les quatre mentionnés ci-dessus) qui ont pris le commandement pour essayer rien moins que de tuer le message de Fatima et, avec lui, l’espoir envoyé du Ciel au monde de notre temps. Ils ont combiné et conspiré, et puis ils ont agi publiquement pour imposer à l’Eglise une version du message de Fatima qui ne ressemble en rien à la prophétie que la Mère de Dieu a délivré au monde pour toute l’humanité (…) Ils méritent donc d’être identifiés comme les responsables de ce crime que nous alléguons ici. » Crime abominable, pourrait-on ajouter ! (Consultez le site Internet : « La bataille finale du démon » vous y trouverez des citations intéressantes)

Dans le même ouvrage, le Père Kramer, particulièrement bien documenté, ajoute cette précision qui en dit long sur la minutie mise à « tuer le message de Fatima » : « Le Père Joaquim Alonso, Docteur en théologie et philosophie de l’Université grégorienne de Rome, qui fut professeur de philosophie à Rome, Madrid et Lisbonne, fut pendant 16 ans l’archiviste officiel de Fatima, désigné par l’Evêque de Fatima, pour préparer l’étude critique et définitive de Fatima. Or, c’est le Père Edouard Dhanis, l’un des auteurs du « Catéchisme hollandais » (hérétique n.d.l.r.) et qui fit carrière en essayant de déboulonner le message de Fatima, qui fut le seul « expert » de Fatima mentionné par le Cardinal Ratzinger dans le document du 26 juin 2000 : « Le Message de Fatima »

Lorsque, sachant cela, on découvre dans l’interview que Mgr Fellay a accordée le 31 juillet à Apcom (publiée sur « La Porte Latine ») qu’il considère Benoît XVI comme une « personne intègre qui prend très au sérieux la situation de l’Eglise », on devrait être en droit de s’en déclarer surpris… sans passer pour un ennemi de la FSSP X !... Car : ou bien Ratzinger – devenu Benoît XVI – a changé et prend désormais « très au sérieux la situation de l’Eglise » et alors il faut qu’il frappe sa coulpe et qu’il répare officiellement le scandaleux outrage qu’il a fait à la Très Sainte Vierge Marie, ou bien il n’a pas changé et il reste l’un des « responsables de ce crime » (dixit Père Kramer) avec lequel il devrait être impossible d’ouvrir le moindre début du plus petit dialogue. Car ce crime est la source de tout le désordre né dans l’Eglise… depuis 1960 (et même avant mais c’est à partir de cette date que tout s’est accéléré). Benoît XVI ose se dire préoccupé par la situation de l’Eglise ? Il en est en grande partie le responsable ! Et tous ses derniers déplacements, ses dernières déclarations, ses dernières encycliques prouvent que s’il a changé… c’est en pire, comme me l’écrivait Mgr Lefebvre dans l’une des lettres qu’il m’a adressées.

Et cependant le ralliement devient de plus en plus probable.

Les choses iraient beaucoup plus vite s’il ne restait un écueil. Et il est de taille ! C’est Mgr Lefebvre, ce géant de la Foi et ce défenseur de l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique et romaine ! On peut difficilement faire l’impasse sur l’enseignement sans équivoque de celui, qui sera sûrement porté sur les autels quand le Coeur Immaculé de Marie triomphera !

Alors on prend tout doucement ses distances avec les déclarations du fondateur de la Fraternité. C’est fait avec un art consommé de la manipulation. Vous en trouverez la preuve dans « Fideliter » (n° 189 - mai juin 2009) On peut y lire (p.65): Question : « La Fraternité s’écarte-t’elle des paroles de Monseigneur ? » – Réponse : « A supposer qu’elle s’en écarte, elle aurait le droit de le faire sur certains points (…) La Fraternité est autorisée à s’écarter des choix prudentiels de ses supérieurs passés, voire de son fondateur dés lors qu’elle reste fidèle à sa mission » ! Tout est délicatement enrobé. Mais c’est dit et on peut donc s’attendre à ce que l’on s’en écarte effectivement. Je ne puis tout citer, aussi pour qu’on ne puisse pas m’accuser (comme on l’a fait) de trafiquer les textes, j’invite les lecteurs à se forger une opinion personnelle en lisant l’intégralité de cet éditorial.

15 août 2009

[Abbé Meramo] Lettre aux fidèles du petit troupeau

SOURCE - Abbé Meramo - 15 août 2009 - mise en ligne le 30 août 2009 par tychique.net


A la suite de mon expulsion de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X qui sanctionne mon désaccord avec le Motu proprio et la fallacieuse levée de la prétendue excommunication, je suis venu en France parce que ce pays est le berceau de la Tradition et que, s'il doit y avoir une réaction, elle ne peut avoir lieu qu’ici, étant donné le contexte historique : c’est en France que se joue le combat de la Tradition.

Les fidèles doivent comprendre qu'il est urgent d’organiser une résistance pour continuer le combat de la Tradition catholique apostolique et romaine contre le modernisme hérétique condamné par le pape saint Pie X. Aujourd'hui, règnent en maîtres à Rome ces infiltrés puissants qui veulent désagréger les derniers bastions de l’Eglise encore visibles ainsi que toute véritable résistance.

Aussi, les fidèles doivent défendre l'Eglise catholique et sa foi contre cette nouvelle Eglise qui ne peut pas être la vraie, mais qui en a seulement les apparences et ainsi trompe tout le monde jusqu'aux traditionalistes eux-mêmes qui ont suivi le combat de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, ces valeureux combattants qui se sont opposés aux erreurs du concile Vatican II. Ils sont aujourd'hui trahis. Nous sommes aujourd'hui trahis !

Les deux « préalables » sont un moyen subtil de détruire le combat et la résistance héroïques engagés par eux. Le Motu proprio, sous prétexte de reconnaître la licéité de la messe de toujours, est avant tout la légitimation de la nouvelle messe, ce nouveau culte « bâtard ». Il est aujourd'hui appelé « rite ordinaire », c'est-à-dire le rite normal, alors que la Messe de toujours, qualifiée d’« extraordinaire », est le rite exceptionnel. C'est comme si on acceptait que l'unique et légitime épouse soit reléguée au second plan tandis que la concubine serait légitimée et deviendrait en plus l'épouse principale. C'est incroyable !

Il en est de même pour la levée des excommunications. Quel que soit le motif invoqué par Mgr Fellay à droite et à gauche, en haut et en bas, il est un fait incontestable que, selon les termes explicites du décret romain, on accepte la rémission de la peine (remissio poenae) ce qui, par conséquent, indique bien que l'on était effectivement excommunié, et que Rome, paternellement et avec bienveillance, enlève la sanction, étant donné que les délinquants, faisant montre de bonne volonté, abandonnent leur pertinacité, en lui demandant gentiment le retrait de ladite sanction.

Il est évident que les deux fameux « préalables » qui nous ont obtenu le Motu proprio et la levée de la prétendue excommunication ont été suggérés et demandés par la Rome moderniste et apostate, comme le montrent bel et bien ces deux textes sortis de la bouche de Mgr Fellay : « Après ces longues discussions, le Cardinal [Castrillón Hoyos] dit : Je constate que tout ce que vous exposez ne vous met pas en dehors de l’Eglise, donc vous êtes dans l’Eglise. Et il a continué en disant : Je vous demande d’écrire au Pape pour lui demander qu’il enlève les excommunications ». (Sermon de Mgr Fellay à Flavigny le 2 février 2006). Voici le deuxième texte: « Je m’attendais à cette levée de l’excommunication depuis 2005, depuis la première lettre de la demande de levée de l’excommunication que j’avais adressée à la demande de Rome même. Parce qu’il est clair que Rome ne demandait pas cette lettre pour refuser de lever l’excommunication ». (Entretien avec Mgr Fellay, Monde et Vie, n° 806, 31 janvier 2009).

Je m'adresse donc à tous les fidèles qui veulent résister à la capitulation sournoise de Mgr Fellay et qui comprennent que le Motu proprio est un stratagème subtil et pervers pour occulter le schisme liturgique et doctrinal de la nouvelle religion conciliaire avec sa nouvelle messe, fruit de l'adultère, qui s'éloigne « de façon impressionnante dans l’ensemble comme dans le détail » de la messe catholique comme le dit le Bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci.

Avec l'acceptation de ces deux « préalables » suggérés par la Rome apostate pluraliste et oecuméniste, l'oeuvre de Mgr Lefebvre est vilement trahie par Mgr Fellay et tous les hauts responsables de la Fraternité.

En étant confirmés dans la foi du baptême, les fidèles ont reçu le caractère sacramentel nécessaire pour défendre l’Eglise de ses ennemis publics comme de véritables soldats du Christ. Ainsi donc, tous les fidèles ont le devoir impérieux de réagir. Ils doivent se regrouper et agir pour développer une résistance (théologique, doctrinale, religieuse), seul moyen en ces temps de confusion et de désorientation de garder la foi ainsi que leur appartenance à l'Eglise catholique qui, aujourd’hui, se trouve réduite à un petit troupeau (pusillus grex, Luc 32, 12) dispersé de par le monde et persécuté par la nouvelle Eglise de l'Antéchrist, à savoir la nouvelle religion universelle, c'est-à-dire oecuménique, typique de l'anti-verbe qui dénature le véritable Verbe divin, le Christ.

A ce titre, les fidèles doivent se défendre et s'organiser pour continuer la véritable résistance sans aucun compromis avec l’apostasie. Ils doivent savoir clairement que la nouvelle Eglise n'a pas, comme l'a dit Mgr Lefebvre, la note de la visibilité de l'Eglise, mais que ce sont ceux qui restent fidèles à la vraie foi et à la Tradition catholique qui la possèdent.

Rappelons-nous ce que disait Mgr Lefebvre en 1988 : « Où est l’Eglise visible ? L’Eglise visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Eglise ? Sont-elles davantage dans l’Eglise officielle (il ne s’agit pas de l’Eglise visible, il s’agit de l’Eglise officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ? Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Eglise officielle. Tout cela montre que c'est nous qui avons les marques de l'Eglise visible. S'il y a encore une visibilité de l'Eglise aujourd'hui, c'est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n'y a plus chez eux d'unité de la foi, or c'est la foi qui est la base de toute visibilité de l'Eglise. Sortir de l'Eglise ? Bien sûr, on pourra nous objecter : « Faut-il obligatoirement sortir de l'Eglise visible pour ne pas perdre son âme, sortir de la société des fidèles unis au Pape ? » Ce n'est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l'Eglise. Quant à dire « sortir de l'Eglise VISIBLE », c'est se tromper en assimilant Eglise officielle et Eglise visible ». (Fideliter n° 66. Novembre-Décembre 1988).

Donc, il est clair que l’Eglise officielle n’est pas la véritable Eglise divine du Christ, mais une nouvelle Eglise, l’Eglise oecuménique conciliaire de l’Antéchrist.

Comme le disait encore Mgr Lefebvre : « Nous sommes suspens a divinis par l’Eglise conciliaire et pour l’Eglise conciliaire, dont nous ne voulons pas faire partie. Cette Eglise conciliaire est une Eglise schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Eglise catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte, déjà condamné par l’Eglise en maints documents officiels et définitifs (…) L’Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n’est donc pas catholique ». (Mgr Lefebvre, 29 juillet 1976).

N’oublions pas ce que disait déjà le Cardinal Pie à son époque, et qui est aujourd’hui plus vrai que jamais : « La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par Saint Paul comme un signe précurseur de la fin (II Thes, 1,3), ira se consommant de jour en jour. L’Eglise, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques ». (Cardinal Pie, cité par J. Jamet, Le cardinal Pie de A à Z, Editions de Paris 2005, « Le Christ, Roi des Nations »).

Il n'est pas possible de ne pas résister, de ne pas réagir au discours trompeur, inintelligent (pour ne pas dire complètement insensé) de Mgr Fellay qui, avec sa flûte, nous mystifie et arrive à assoupir les esprits, nous empêchant de penser, de réfléchir, de rester vigilants et de réagir pour nous laisser doucement étouffer par les tentacules du pouvoir d'iniquité du pseudo-prophète, l'Antéchrist religieux. Car, comme l'avait déjà dit Mgr Lefebvre après un entretien avec le cardinal Ratzinger, « Rome est dans l'apostasie ». Notre Dame à La Salette n’avait-elle pas annoncé - chose dont il ne faut pas s'étonner - que « Rome perdrait la foi et deviendrait le siège de l'Antéchrist » ?

Il ne faut donc pas se laisser absorber comme les pères de Campos acceptant sans rechigner l’abomination de Mgr Rifan, à qui personne n'a osé s'opposer. Car il se passe aujourd’hui la même chose avec les successeurs de Mgr Lefebvre.

C’est pourquoi il faut rester fidèle jusqu'au bout en témoignant notre amour pour le Christ crucifié et la sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine.

En l’Assomption de la Vierge Marie, le 15 août 2009.

Abbé Basilio Méramo

Contact : pusillus.grex@gmail.com

10 août 2009

[DICI] Allemagne : Plainte contre la Fraternité Saint-Pie X jugée irrecevable

SOURCE - août 10, 2009


Une centaine de fidèles ont répondu à l´appel de la Fraternité Saint-Pie X à protester à Stuttgart, le 1er août, en marge de la Christopher Street Day (CSD), défilé de la fierté homosexuelle organisé à Berlin du 20 au 27 juillet.

La réunion de protestation s´est déroulée sans incident. Une plainte des organisateurs de la CSD avait toutefois été déposée, parce que dans son bulletin d´information, le district d’Allemagne de la Fraternité Saint-Pie X avait dénoncé le fait que lors de ce défilé « les êtres humains se comportaient en sauvages et manifestaient de manière obscène et perverse dans les rues ». Elle avait fait aussi référence au IIIe Reich en affirmant que « comme sous ce régime, il y avait eu des catholiques courageux qui s´y étaient opposés, il devait aussi y avoir aujourd´hui des catholiques courageux pour s´opposer à cette folie qu´est la Christopher Street Day ».

Suite à la plainte déposée par les responsables de la CSD, les autorités judiciaires de Stuttgart ont conclu qu´il s´agissait d´une manifestation d´opinion qui n´était pas un appel à la violence ni à des mesures arbitraires. (Sources : Apic/kna)

[Père Juan Carlos Ceriani] 2004-2009: infructueuse opposition a l’«opération-suicide» ou: les raisons de la démission du Père Juan Carlos Ceriani

SOURCE - document écrit par le Père Ceriani qui quite la FSSPX et diffusé par le 'Courrier de Tychique' de Max Barret le 10 août 2009. [Tradinews ne reprend que la lettre à proprement parler, soit les 10 premières pages du document du Père Juan Carlos Ceriani. Pour les annexes, se reporter au document original]


1988: «opération-survie de la Tradition»
2004-2009: infructueuse opposition a l’«opération-suicide» ou: les raisons de la démission du Père Juan Carlos Ceriani…

Chers lecteurs,

Soyez remerciés d’avoir commencé à lire cette lettre, mais afin que vous ne soyez pas découragés par sa longueur (44 pages!), je désire d’abord vous en expliquer le contenu.

La lettre elle-même n’est composée que des dix premières pages dans une présentation suffisamment aérée pour en faciliter la lecture.

De la page 11 à la fin vous trouverez dix Annexes qui viennent corroborer ma démonstration afin qu’il ne soit pas dit que j’affirme sans prouver. La lecture desdites Annexes n’est pas absolument nécessaire, mais la plupart d’entre elles constituent cependant un véritable matériel d'étude et de réflexion.

Vous pouvez éventuellement ne lire que l’Annexe XI, page 43, qui est ma lettre de démission et qui résume mes arguments. J’ajouterai même que les points 7), 15), 16), 17) et 18) de cette lettre contiennent à eux seuls l’essentiel du problème.

Si toutefois, pour comprendre l’ensemble de ma résolution, vous voulez bien m'accompagner patiemment au fil des pages, alors commençons!

À Buenos Aires, Argentine, j'ai appartenu pendant quatorze années, jusqu'à ma rentrée au Séminaire de Paraná, à ce qu’on peut appeler une»paroisse réactionnaire», paroisse dans laquelle j'ai été formé par les livres et les conférences des Pères Leonardo Castellani, Julio Meinvielle, David Núñez, et des Professeurs Jordán Bruno Genta et Carlos Sacheri, entre autres.

Je remercie la Providence divine de ce que, en 1965 alors que je n’avais que onze ans, est arrivé dans cette paroisse le Père Carlos Morani qui, jusqu'à son décès prématuré en juin 1970, a été le guide et le soutien du Centre d'Études d'Orthodoxie Catholique, source de ma formation intellectuelle.

En 1976, après une année de lutte intense contre le nouveau Curé, nommé en 1975 pour détruire matériellement et spirituellement notre paroisse, est arrivé pour moi le moment de rentrer au Séminaire. Il était parfaitement clair que je ne pouvais ni ne devais le faire dans le séminaire du diocèse de Buenos Aires. Comme tant d'autres jeunes au cours des années soixante-dix, je me suis orienté vers le séminaire du diocèse de Paraná, où j'ai eu l'occasion de connaître par les journaux la suspense a divinis de Monseigneur Marcel Lefebvre, ses motifs et ses conséquences, ainsi que les convictions et l'enseignement de l’illustre prélat. Jusqu'à ce moment la question du Novus Ordo Missæ ne s'était pas posée pour moi.

Je suis resté là trois années vivant dans une atmosphère de plus en plus étouffante, me demandant sans cesse «quelle Messe vais-je dire une fois ordonné?», «Vais-je devoir accepter cette doctrine conciliaire qui pénètre jusque dans la philosophie, la théologie, le catéchisme, la piété, la liturgie, le droit canon?». Ceux qui me connaissent comprendront que tout cela a été matière à moult discussions avec certains professeurs et confrères.

Il était clair que je ne pouvais continuer ainsi. Janvier et février 1979 ont été pour moi des mois de réflexion et de prière pour en arriver à comprendre que je devais abandonner l’Église Conciliaire et m'associer au combat de Monseigneur Lefebvre pour l'Église Catholique et sa Tradition contre la Nouvelle Église ; que je devais adhérer à la Rome Éternelle et rejeter la Rome néo-protestante et néo-moderniste. Tout comme trois années auparavant, cette nouvelle décision m’a valu une nouvelle rupture: rupture avec l’atmosphère ecclésiale et avec mes amis.

Pendant mon Séminaire et mes cinq premières années de sacerdoce à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, bien que des situations doctrinales complexes se soient présentées (comme par exemple l’Indult d'octobre 1984), la présence de Monseigneur Marcel Lefebvre, ses interventions ainsi que la distance et le manque d'information depuis mon poste en Argentine, m’ont préservé de l’inquiétude.

La première alerte sérieuse a été l'atmosphère troublante dans laquelle nous avons dû vivre de novembre 1987 à mai 1988. Après l'annonce en juin 1987 de prochaines consécrations épiscopales, nous ne savions pas comment allaient se terminer ces fameux pourparlers romains.

En juin 1988, par l'intermédiaire de L'Osservatore romano, j'ai eu connaissance du Protocole d'accord signé le 5 mai. Ma première réaction a été de dire: Rome ment! Et Dieu m’est témoin que je n’aurais pas suivi Monseigneur Lefebvre s'il avait continué avec ce Protocole, dont le contenu complet est bien celui qui a été publié par le journal du Vatican et que, cependant, bien des prêtres de la Fraternité et l’ensemble des fidèles ne connaissent pas. Mais en juin, les consécrations étaient déjà décidées pour le 30, et j'ai considéré que le triste document était véritablement relégué aux oubliettes. Pour comprendre ce dont il s’agit, on peut se reporter à l’Annexe X - lettre de l’Abbé Ceriani à Mgr Fellay du 29 mai 2009, page 38.

Je regrette beaucoup de ne pas avoir demandé à l’époque à Monseigneur Lefebvre une rétractation claire et nette de la signature de ce document qui, de nos jours encore, est sujet à discussions au sein de la Fraternité et constitue une arme redoutable entre les mains de la Rome conciliaire.

Pendant 12 années environ, grâce à la situation obtenue par les consécrations épiscopales de 1988, nous avons vécu tranquillement le développement de toutes les Institutions de la Grande Oeuvre de la Tradition Catholique, laquelle n'est pas un mouvement de plus dans l’Église Officielle comme le prétend Benoît XVI (et comme semble l’avoir accepté Monseigneur Fellay, puisqu’on lit dans la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs Nº 74: «Nous avions demandé cela, dès l’an 2001, comme signe de bienveillance de la part du Vatican envers le mouvement traditionnel (…) On craint un rapprochement entre la tête de l’Eglise et notre mouvement.»).

Puis, à partir de l'an 2000 il a été à nouveau question de reprendre contact avec la Rome occupée par le modernisme ; et en 2001 sont apparus les fameux préalables. Dieu et quelques membres de la Fraternité sont témoins que, dès le début, la chose m'a paru fort équivoque ; mais à ce moment-là, mes craintes n’ont pas dépassé le stade de simples commentaires en privé.

Ce n’est qu’en juillet 2004 que j’ai décidé d’intervenir auprès de mes Supérieurs. Comme on peut le constater dans mon Appel (voir Annexe I, page 11), dès que Monseigneur Bernard Fellay a annoncé en juin 2004 qu'il avait demandé à Rome «‘officiellement’ le retrait du Décret de Déclaration des excommunications» j'ai écrit la même lettre à sept de mes Supérieurs (les quatre évêques, le Premier Assistant, l’Econome Général et le Secrétaire Général) pour leur faire remarquer que cette demande impliquait la reconnaissance des excommunications et que, tôt ou tard, nous allions finir par accepter l’inacceptable, c’est-à-dire la levée desdites excommunications.

Monseigneur Fellay et Monseigneur Tissier de Mallerais se sont contentés de me répondre qu'il s'agissait seulement d'une «imprécision de langage».

Trois lettres importantes à ces Évêques, ainsi qu’un travail canonique sur la question (voir résumé dans l’Annexe II, page 14), n’ont pas reçu de réponse. Comment comprendre que l’on veuille discuter doctrinalement avec la Rome Conciliaire quand on n'accorde même pas une réponse à un membre de la Fraternité?

Concernant l'autre préalable, la demande de la «libération de la Messe de toujours», «la possibilité de célébrer la messe tridentine», je ne suis pas intervenu jusqu'à la publication du Motu proprio du 7 juillet 2007.

Pourquoi? Parce que l’argument d'autorité basé sur Monseigneur Lefebvre était trop fort pour essayer, par un argument de raison, de m'opposer à la demande d'une égalité liturgique du rite catholique avec le rite bâtard. Monseigneur Lefebvre avait en effet, à plusieurs reprises, fait la même demande, pensant que cette situation ne serait que temporaire, la messe de toujours devant rapidement évincer le rite de Paul VI.

J’ajoute, cependant, que je n’ai pas fait chanter le Te Deum à mes fidèles de la Guadeloupe et que j’ai prêché à deux reprises, en Guadeloupe et en Martinique, pour expliquer aux fidèles la nocivité de ce document.

Bien qu’ayant effectué plusieurs travaux depuis la publication du Motu proprio pour démontrer sa nocivité et son opposition à l'oeuvre de la restauration de la Sainte Messe, je n'ai pu en publier qu’un seul sur la Porte Latine (voir»Motu proprio – réactions notables»), et ceci après avoir dû surmonter de nombreuses difficultés pour vaincre les réticences de mon Supérieur de District. La conclusion de cet article dit:

«a) De par sa cause matérielle ce Motu proprio manifeste que la Rome de tendance néomoderniste et néo-protestante continue de s’éloigner de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente.

b) De par son intention ce Motu proprio est simple comme la colombe et prudent comme le serpent ; mais, il faut le dire, sa simplicité benoîte est une astuce de plus du serpent, capable d’induire en erreur les élus mêmes. Cependant, rassurez-vous, chers fidèles, sa tête sera écrasée par l’Immaculée…»

Je n’ai pas pris la peine de demander la publication des autres études parce que je savais qu’elles ne seraient pas acceptées, étant donné qu’elles ne correspondent pas à l'interprétation de ce document par le Supérieur Général (voir les résumés dans l’Annexe III, page 15).

Je demande pardon à l'Église, à l'Oeuvre de la Tradition, à la Fraternité et à tous les fidèles de ne pas avoir réagi avant. Pardon pour mon mauvais exemple!

Le 30 décembre 2008 j'ai parlé personnellement à mon Supérieur de District à propos du second préalable (le «retrait du décret de déclaration des excommunications») et à propos d’un éditorial qu'il pensait publier le 1er janvier. Je lui ai remis en mains propres le travail de l’Annexe II, page 14.

Une fois publié son éditorial «D'un préalable l'autre», je lui ai envoyé une lettre le 6 janvier 2009, puis une autre le 20 janvier, sans obtenir de réponse. (Voir à ce sujet l’Annexe IV, page 18).

Après la publication du Décret du 21 janvier, contrairement à ce qui est arrivé dans presque tous les Prieurés, la lettre du Supérieur Général n’a pas été lue aux fidèles dans nos chapelles des Antilles, parce qu'elle contenait des imprécisions, des contradictions et une ambiguïté grave à propos de l'acceptation du Concile Vatican II (ceci a été reconnu et le texte a été modifié, mais pas le reste). Nous n’avons pas chanté non plus le Magnificat. La «levée des excommunications» ne nous mettait pas le coeur à la fête…

Par l'intermédiaire de mon Prieur, qui a assisté le lundi 26 janvier à une réunion de Prieurs convoqués à Paris par Monseigneur Fellay, j'ai recouru de vive voix à mes Supérieurs et j'ai demandé la révision de l'acceptation du Décret du Vatican dans un délai d’une semaine sans, toutefois, que cela constitue un ultimatum.

Pendant cette réunion, Monseigneur Fellay a déclaré que dans sa lettre du 15 décembre 2008, il n'avait pas demandé la levée des excommunications, mais le retrait du décret de déclaration des excommunications ; mais qu’il ne demanderait pas à Rome une rétractation.

J’ai eu une longue conversation téléphonique avec mon Supérieur de District le jeudi 29 janvier, au cours de laquelle je lui ai dit entre autres choses que, s'il est certain que le Décret du Vatican est faux, il faut le dénoncer comme tel et le rejeter.

Il m'a demandé un mois pour voir comment allaient évoluer les choses ; et il a ajouté qu'il allait faire son possible pour changer la situation. Compte tenu de l’urgence et de la gravité de ladite situation, je lui ai répondu qu’un mois me paraissait trop long et j’ai donc maintenu le délai d’une semaine.

Mais comme il allait faire son possible pour changer la situation, il m’était permis de croire qu’il avait bien compris le problème ; je lui ai donc demandé de supprimer du site officiel du District de France, La Porte Latine, trois informations qui ne correspondent pas à la réalité:

a) «Le dossier complet du retrait du décret des excommunications de 1988». En donnant à comprendre aux lecteurs que Rome a accordé le»retrait du décret des excommunications» et non la «levée des excommunications».

b) Deux vidéos dans lesquelles on parle de la «Réhabilitation de Mgr Lefebvre». Et par conséquent les lecteurs interprètent que Rome a réhabilité la personne de Monseigneur Lefebvre.

c) Dans une de ces vidéos apparaît une phrase prétendument extraite du Décret dans laquelle on peut lire:

«Je déclare privée d’effets juridiques la censure d’excommunication latae sententiae».

Quand en réalité le texte original dit: «je remets aux Évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta la censure d’excommunication latae sententiae déclarée par cette Congrégation le 1er juillet 1988, ainsi que je déclare privé d’effets juridiques, à partir de la date d’aujourd’hui, le Décret publié à cette époque.»

La différence est grande. Que prétend-on nous faire croire? Pensant me rassurer, le Supérieur du District m'a dit que le texte de la vidéo avait été préparé avant de connaître le texte du Décret… Il y aurait donc eu plusieurs textes? Y a-t-il eu échange entre Rome et la Fraternité?

Est-on arrivé à un consensus? En effet, les mots sont presque identiques, mais pas leur disposition dans le texte…

Samedi 31 janvier, malheureusement, rien n’avait changé sur La Porte Latine ; bien au contraire, on publiait deux interviews de Monseigneur Fellay qui contribuaient à augmenter la confusion.

Dans celle de l'hebdomadaire Monde et Vie, Olivier Figueras demande»Vous attendiez-vous, Monseigneur, à cette levée de l’excommunication vous concernant?» Et Mgr Fellay répond:

«Je m’y attendais depuis 2005, depuis la première lettre de demande de levée de l’excommunication que j’avais adressée à la demande de Rome même. Parce qu’il est clair que Rome ne demandait pas cette lettre pour refuser de lever l’excommunication.»

J'ai commencé alors à envoyer mon Appel aux quatre Évêques et aux Supérieurs majeurs de la Fraternité avec l'espoir que, comme je les en supplie à la fin du texte, ils allaient reconsidérer devant Dieu la situation actuelle et que, à l’exemple de Monseigneur Lefebvre au moment du Protocole, ils reviendraient sur leurs pas.

A ce moment-là sont arrivés, à une heure d'intervalle, deux messages:

— appel du Secrétaire Général disant que je devais arrêter mon envoi parce qu’une heure plus tard devait sortir un Communiqué officiel de Monseigneur Fellay clarifiant les choses.

— un message électronique du Supérieur du District disant que dans la semaine suivante sortirait ce Communiqué, mais que la Maison Générale n'avait pas accepté que soient corrigées les inexactitudes qui figuraient sur La Porte Latine. Elles s’y trouvent d’ailleurs encore aujourd’hui!...

N’ayant pas reçu le Communiqué officiel, j'ai complété l'envoi aux Supérieurs majeurs et j’ai renoncé à étendre cet envoi à certains prêtres et fidèles comme je l’avais un moment envisagé.

Lundi 2 février m’est arrivé ce Communiqué officiel, confidentiel, réservé seulement aux prêtres, dans lequel on confirme la décision d'accepter tel quel et sans le censurer le Décret du Vatican.

Pour expliquer pourquoi on n'exigeait pas de Rome une rétractation, Monseigneur Fellay se demande si, vu les circonstances et la situation de l’Eglise, nous pouvions obtenir beaucoup plus.

Et il dit ensuite que «Rome ne perd jamais la face», et qu’il serait illusoire pour le moment, voire dangereux, d’exiger du pouvoir pontifical une sorte de désaveu ou de rétractation. Enfin il conclut qu’il s’agit pour nous de sauver le principe d’autorité.

Qu’y a-t-il eu de changé dans la situation de l'Église entre le 15 décembre 2008 et le 21 janvier 2009? De plus, «Rome ne perd jamais la face»? C’est faux! Tant à Mgr Fellay qu’à Mgr Tissier de Mallerais j’ai fait parvenir des références historiques sur ce point (voir Annexe V, page 19).

La situation devenant de plus en plus ambiguë, je ne pouvais garder plus longtemps le silence: il était de mon devoir de rendre public mon appel. C’est ce que j’ai fait le mardi 3 février.

Si l’on revient en arrière, on se rend compte en effet que depuis vingt ans, la Fraternité est passée par différentes étapes sans que rien, en apparence, ne justifie ce glissement progressif:

Satisfaction d'être déclarée excommuniée par «ce système qui se qualifie lui-même d’Eglise conciliaire, contrefaçon d’Eglise, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste», qui par le fait même s’auto excommunie (Lettre Ouverte des Supérieurs, juillet 1988. Voir Annexe I, et Fideliter n° 64, juillet-août 1988).

Puis déclarations pour essayer de démontrer que l'excommunication n'est pas valide, sans insister sur le fait que l’excommuniée est la Rome moderniste.

En septembre-novembre 2005, satisfaction, joie et utilisation des déclarations du Cardinal Castrillón Hoyos: «Ils sont à l’intérieur de l’Eglise. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite –comme cela a été dit durant la rencontre avec Monseigneur Fellay– une plus pleine communion, parce que la communion existe».

Puis déclarations réitérées pour souligner que la déclaration de l'excommunication par Rome constitue un obstacle pour l'apostolat, et que, par conséquent, il faut demander le retrait de cette déclaration.

Enfin, acceptation, satisfaction, joie et remerciements pour ce décret qui lève l'excommunication et remet la censure.

Mon appel ayant été rendu public le 3 février, j'ai été invité le lundi 9 février par le Supérieur du District à prendre part à une réunion de prêtres au Séminaire de Flavigny, France, afin d’exposer ma position et de profiter de ce voyage pour aborder en privé ces questions avec Monseigneur Fellay et lui-même.

Mais les choses étaient bien différentes quand je suis arrivé à Flavigny le lundi 16 février!

Comme cela était à prévoir, on m’a imposé silence et j’ai reçu une Première Admonition Canonique en vue de mon expulsion, si je persistais à faire appel publiquement.

Ainsi donc, alors que la situation vis-à-vis de Rome est de plus en plus ambiguë, supplier publiquement les quatre Évêques de la Fraternité de reconsidérer devant Dieu la situation actuelle et, à l’exemple de Monseigneur Lefebvre, de revenir sur leurs pas, leur demander instamment de confirmer à nouveau prêtres et fidèles dans le bon combat pour la Rome Éternelle contre l’Église conciliaire, cela est considéré comme un délit par les actuelles autorités de la Fraternité St Pie X!

A l’admonition canonique j'ai répondu, par lettre du 24 février, que:

J’affirme que je suis intervenu publiquement parce que la confusion des termes qui existe, la situation d'humiliation de «l'opération survie de l'OEuvre de la Tradition» et l’attaque contre son existence même m'ont mis dans un véritable «état de nécessité».

Je témoigne que j'ai agi de «bonne foi», avec «bonne volonté» et avec «rectitude de conscience», étant donné que depuis 2004 j’avais essayé, en privé, d'éviter d'arriver à la situation actuelle, mais sans résultat.

Le mardi 17 février à Flavigny, j'avais d’ailleurs encore remis à Monseigneur Fellay et au Supérieur du District, en mains propres, un travail dans lequel je développais les quatre points

suivants:

Les deux préalables n’ont pas atteint leur but. Ils se sont montrés inefficaces.

On n’a pas reçu ce qu’on a demandé.

Ce que l’on dit avoir obtenu ne correspond pas à la réalité.

La publication des deux documents romains a eu pour conséquence un mal plus grand encore. Les actes législatifs romains ont humilié la Sainte Messe et l’Opération survie de l'OEuvre de la Tradition. (Voir Annexe VI, page 21).

Ici j’attire l’attention de mon lecteur sur le fait que la réunion de ces quatre points constitue une utilisation indue de la Médiation de la Très Sainte Vierge Marie et un outrage envers la Mère de Dieu.

De plus, se jeter volontairement dans cette»opération-suicide» implique tenter Dieu qui a déjà sauvé l’Oeuvre de la Tradition en 1988… «Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu»

Enfin, toujours dans ma réponse du 24 février, j’ai demandé que dans la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs nº74 soit enfin clarifiée la situation, tant en ce qui concerne les fidèles qu’en ce qui concerne Rome:

1) En ce qui concerne nos fidèles:

Que la FSSPX reconnaisse les ambiguïtés publiées et les clarifie.

2) En ce qui concerne la Rome antichrist et moderniste:

A) Rester dans la position actuelle, sans chercher de nouveaux contacts.

B) Si la Rome antichrist et moderniste tente d’avoir avec nous de nouveaux contacts,

spécialement des discussions théologiques, exiger comme préalables à toute discussion et non comme matière de discussion:

a) La suppression de la distinction entre «forme ordinaire et forme extraordinaire» d'un même rite.

b) La réhabilitation sans ambiguïtés ni conditions de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer.

c) La déclaration formelle que la FSSPX n'a pas demandé «la levée des excommunications», comme le dit le Décret du 21 janvier 2009.

En attendant, mon séjour à Flavigny des 16 et 17 février me réservait d’autres surprises!

Le premier sursaut s'est produit quand Monseigneur Fellay au cours d’une conférence a déclaré tout simplement: «J’en ai marre de discuter sur les mots.»

Quelques jours plus tard, dans ma lettre déjà citée du 24 février, je n’ai pas manqué d’évoquer cet ennui du Supérieur Général:

«Je constate que la confusion n’a été créée ni par Rome, ni par les prêtres de la Fraternité, ni par les fidèles, mais par le Supérieur Général et les Supérieurs de Districts.

En effet, Rome a toujours utilisé le même langage, erroné, mais clair et précis.

La Fraternité, par contre, tout au long des huit dernières années est tombée dans l’équivocité dans les termes, qui a engendré une grande confusion dans l’esprit des prêtres et des fidèles.

La conséquence de cette équivocité dans les termes et de cette confusion dans les esprits est l’ambiguïté et l’imprécision dans les communiqués officiels et les articles parus dans la presse.»

(Voir Annexe VII, page 23).

La seconde surprise de Flavigny m’est venue encore par Monseigneur Fellay quand il a déclaré que «Quelques-uns pour faciliter les choses font une identification entre l’Eglise Officielle et l’Eglise Moderniste. Mais c’est une erreur, parce que nous parlons d’une réalité concrète.»

Quand les prêtres ont été invités à poser des questions, je me suis contenté, pour répondre à cette déclaration, de me référer à une conférence et à une interview de Monseigneur Lefebvre, dont j’ai lu quelques passages, tout simplement.

De plus, dans ma lettre du 24 février, j’ai demandé si cette «réalité concrète» est «l'église visible» de Dom Gérard. Et j’ai ajouté que je ne voudrais pas assister à une nouvelle confusion sur les mots qui conduirait de nouveau notre Supérieur Général à «en avoir marre»; parce que, en effet: Rome a toujours utilisé un langage clair et précis. Monseigneur Marcel Lefebvre et les autorités de la Fraternité ont également toujours utilisé un langage clair et précis. Aujourd’hui, par contre, le Supérieur Général, Monseigneur Bernard Fellay, exprime une idée insolite et étonnante, inconnue dans le langage de notre Fondateur. Il doit utiliser des formules claires et précises pour éviter une nouvelle confusion, cette fois à propos de l’identification entre “église officielle” et “église moderniste” ou “église conciliaire”. Il ne peut pas changer la nature de notre combat ; s'il ne veut pas accomplir cette mission, il doit y renoncer. (Voir Annexe VIII, page 27).

Comme je n'ai même pas obtenu accusé de réception de cette lettre, j'en ai envoyé une autre le 10 mars. Or, le 9 mars, le Supérieur de District m'a écrit, disant répondre à mes lettres du 24 février et du 10 mars (sic). En réalité, il répondait seulement à ma décharge sur l'Admonition Canonique contenue dans ma lettre du 24 février. En substance, il me dit:

«La Fraternité n’a pas abdiqué de sa volonté de combattre les grandes erreurs et hérésies véhiculées par la Rome conciliaire. En conséquence de quoi, les approximations ou contradictions que vous déplorez restent cependant accidentelles. Elles ne justifiaient donc pas une réaction publique comme celle que vous avez eue. Seule une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi aurait pu légitimer cette protestation publique.»

Le 17 mars je répondis à cette lettre en posant le problème dans sa réalité concrète:

Est-il accidentel que le rite romain de la Sainte Messe (qui n’avait jamais perdu son droit) ait perdu, de jure, sa condition de seule forme ordinaire et officielle?

Est-il accidentel que la Rome antichrist et moderniste, par le biais du Motu proprio, l’ait humilié en le reléguant au rang de «forme extraordinaire» et en l’unissant au «rite bâtard», qui serait la «forme ordinaire»de l’unique rite romain?

Ne pas avoir réagi devant semblable innovation, ne constitue-t-il pas déjà une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi?

La Rome antichrist et moderniste, par le Décret du 21 janvier 2009, a humilié l’«opération survie» des sacres épiscopaux, la présentant non seulement comme illicite, mais aussi comme délictueuse et censurable. Est-ce accidentel de ne pas avoir exigé que soit lavé l’honneur des évêques consacrés, des deux évêques consécrateurs, de la Fraternité, de toute l’OEuvre de la Tradition, et surtout l’honneur de l’Eglise? Est-ce accidentel de ne pas avoir réagi devant pareille diffamation, qui remet en cause la continuité de notre mission?

Si cela ne constitue pas encore une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi, cela y conduit sûrement.

Il semble bien que le Supérieur Général, pour faciliter les choses, ne veut plus faire l’identification entre l’Eglise officielle et l’Eglise moderniste. Est-ce accidentel?

Non! cela n'est pas accidentel à notre combat, il s’agit d’une véritable dénaturation du combat de l’OEuvre de la Tradition pour l’Eglise catholique contre l’Eglise conciliaire.

Le 21 avril j’ai reçu un courrier électronique du Supérieur du District, daté du 18 dont voici un extrait:

«Le combat de la Fraternité est de garder, transmettre, propager et confesser la Foi. De combattre, en conséquence, toutes les erreurs et les hérésies professées par «l’église conciliaire» qui l’affaiblissent et la corrompent. De maintenir sa protestation contre ces erreurs et ces hérésies, alors même que certaines concessions lui seraient faites, tant que les principes de la révolution conciliaire n’ont pas été désactivés. Enfin, dans les circonstances actuelles, et conformément à la déclaration du Chapitre Général de 2006 ainsi qu’à la stratégie sans cesse répétée par notre Supérieur Général, de ne pas accepter de conclure des accords canoniques avant d’avoir obtenu la certitude morale que Rome ait renoncé aux principes mortifères du Concile. Voilà ce qui fait l’essentiel de notre combat. Aucune des questions que vous posez ne touche à cela seul qui est essentiel.»

J'avoue que de semblables affirmations m'ont désorienté un peu plus. Selon le Supérieur du district, il serait accidentel:

que le rite romain de la Sainte Messe ait perdu sa condition de seule forme ordinaire et officielle ;

que la Rome antichrist et moderniste l’ait humilié en le reléguant au rang de «forme

extraordinaire» et en l’unissant au «rite bâtard»;

que ne soit pas lavé l’honneur des évêques consacrés, des deux évêques consécrateurs, de la Fraternité, de toute l’OEuvre de la Tradition, et surtout l’honneur de l’Eglise ;

qu’on ne fasse plus l’identification entre l’Eglise officielle et l’Eglise moderniste…

Tandis que je réfléchis à une réponse, arrive la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs Nº 74, qui confirme les ambiguïtés et les contrevérités déjà dénoncées, en même temps que l'intention de discuter avec la Rome antichrist et moderniste sans exiger d’elle des explications ni réfuter sa fausseté. Toute cette stratégie, pourtant bien claire en elle-même, est cachée derrière «l’écran de fumée» des 12.000.000 de chapelets. Cette Lettre a motivé les commentaires de l’Annexe IX page 33.

Cest à ce moment que je décide de quitter la Fraternité

En effet, comme le dit le Père Leonardo Castellani: “Vivre «en protestant» ce n'est pas un idéal religieux. On proteste une fois contre un abus ; et ensuite on commence à vivre contre l'abus ou en-dehors de l'abus.

Après avoir essayé de «vivre contre l'abus» pendant ces derniers mois, présentant mes «protestations»de manière privée, j’en suis arrivé à la conclusion suivante:

ou bien l'abus allait m’expulser (me mettre dehors), si je continuais à vivre contre lui,

ou bien je devais prendre la décision de vivre en dehors de l'abus.

De même que j’avais eu à lutter dans la chère paroisse réactionnaire de mon adolescence ; de même que j’ai dû prendre la décision de choisir un séminaire en dehors du diocèse de Buenos Aires pour le quitter trois ans plus tard, aujourd’hui, après trente années, j’ai choisi d’abandonner la Fraternité Saint Pie X. J'assume la responsabilité de cette décision pour défendre résolument ma foi et mon sacerdoce, attaqués par la Rome antichrist et moderniste, inspiratrice et propagatrice de l’hérésie conciliaire.

Ma résolution de partir étant déjà prise, le 29 avril je répondis brièvement au courrier du Supérieur du District daté du 18 avril: Aucune de vos lettres n’a apporté de réponse claire et précise à mes questions. Mais rassurez-vous: vous pouvez être certain à présent que je ne reviendrai plus sur ces sujets ; je vois que c’est inutile…

Il restait encore une surprise à venir, et non des moindres. Le 7 mai j’ai reçu une lettre du Supérieur Général, Monseigneur Fellay, datée du 11 avril. Premier courrier après le 3 juin 2005!

Il est triste de constater qu’il n'a pas eu d’autre but en m’écrivant que de manifester son agacement, brandir des menaces et proférer des insultes.

L'autorité invoquée, que je ne cesse pas de lui reconnaître, lui vient de Dieu, certainement, mais ne lui a pas été conférée pour insulter ses sujets. En agissant de la sorte, il démontre, une fois de plus, qu'il n'a pas d’autre argument que le volontarisme: «sic volo, sic iubeo, sit pro ratione voluntas».

À ce stade des événements, ma réponse se contentera de donner une leçon à l'abus d'autorité.

Mais il y aura encore une réponse, et de sa part, et de la mienne. Voir en l’Annexe X ces quatre lettres, page 35.

Je suis parfaitement conscient de l’immense responsabilité que je dois assumer ; à partir de maintenant je serai considéré comme «clericus vagus», sans aucune reconnaissance, ni de l’Église officielle (il y a 30 ans que j'ai renoncé à elle), ni de l'Oeuvre de la Tradition qui adhère au nominalisme et au volontarisme des actuelles autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, ce nominalisme et ce volontarisme les empêchant de continuer le bon combat pour l'Église Catholique contre l'Église Officielle, conquise par le Conciliarisme.

Ce motif, ajouté à l’outrage envers la Très Sainte Vierge Marie et à la tentation contre Dieu constitue la raison ultime de mon départ. Voir Annexe XI, page 43, points 7), 15), 16), 17) et 18).

Si c’est nécessaire, je répète une fois de plus que je conteste et estime nuls et sans valeur, tant de droit que de fait:

le Motu proprio Summorum pontificum, du 7 juillet 2007, qui prétend assimiler le Sacro-saint Rite Romain de la Sainte Messe au «rite bâtard montinien»,

les prétendues excommunications de 1988, le Décret qui essaie de les déclarer et le Décret du 21 janvier 2009 qui tente de les lever, en laissant croire qu'elles étaient valables.

Ces contestations et leurs conséquences, je les considère comme une marque d'honneur et un signe d'orthodoxie devant les fidèles. Ceux-ci, en effet, ont le droit absolu de savoir que le prêtre auquel ils s'adressent n'est pas en communion avec une église falsifiée, évolutive, pentecôtiste et syncrétiste.

La divine Providence a voulu que Monseigneur Lefebvre, 21 jours avant sa mort, écrive ces paroles aussi consolantes que prophétiques; c’est à elles je fais appel à présent:

«Le restaurateur de la chrétienté c’est le prêtre par l’offrande du vrai sacrifice, par la collation des vrais sacrements, par l’enseignement du vrai catéchisme, par son rôle de pasteur vigilant pour le salut des âmes. C’est auprès de ces vrais prêtres fidèles que les chrétiens doivent se regrouper et organiser toute la vie chrétienne. Tout esprit de méfiance envers les prêtres qui méritent la confiance diminue la solidité et la fermeté de la résistance contre les destructeurs de la Foi.» (Préface du n°1 de la «Documentation sur la Révolution dans l’Eglise», Ecône, le 4 mars 1991).

A Fort de France, le 4 août 2009, Père Juan Carlos Ceriani

9 août 2009

[Paix Liturgique] Maranatha pour la Paix Liturgique

SOURCE - Lettre de paix Liturgique n°190 - 9 août 2009
Début juillet, le site italien www.maranatha.it a publié une poignante lettre ouverte de ses deux animateurs, les frères Gandolfo Lambruschini, au Saint-Père. Nous vous livrons cette semaine la lecture de ce document particulièrement intéressant après vous avoir révélé quelques aspects de ses auteurs.

1) Qui sont les frères Lambruschini ?

Membres actifs du tiers-ordre franciscain, les jumeaux Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini ont choisi durant les années 90 de se consacrer entièrement à la santé de leurs parents, gravement malades. Retenus de ce fait à domicile, ils ont pourtant trouvé un moyen de poursuivre leur élan missionnaire par le biais d'internet. Fin 1999, ils créent le site maranatha.it « pour mettre à la disposition du plus grand nombre la liturgie de l'Église ». Le succès de leur site auprès du clergé italien les conduit à développer des outils spécifiques pour télécharger facilement les textes liturgiques. Aujourd'hui, ils enregistrent 2 000 à 3 000 téléchargements par mois pour une moyenne de 10 000 visiteurs mensuels.

"Site le plus cliqué au Vatican" selon ses auteurs, maranatha.it est paradoxalement aujourd'hui dans le collimateur de nombreuses hiérarchies diocésaines italiennes. Le crime de ses rédacteurs ? Avoir publié dès la sortie du motu proprio Summorum Pontificum des ressources liées à la liturgie traditionnelle, à commencer par le missel de Jean XXIII. Depuis lors, les frères Gandolfo Lambruschini ont dû faire face à des pressions de toute sorte, plus ou moins aimables mais aussi claires les unes que les autres : pas de publicité pour le rite ancien...

Au lieu de plier, les jumeaux Gandolfo Lambruschini ont persisté, fidèles à "la réforme de la réforme" promue par le Saint Père, jusqu'à se faire les porteurs d'une demande de messe dans leur paroisse, à Sestri Levante, sur la côte ligure. Et c'est précisément le sort réservé à cette demande depuis deux ans par leur curé et leur évêque qui les a poussé à s'adresser aujourd'hui au Souverain Pontife.

Dès 2007, leur curé leur oppose un refus catégorique. Se retournant alors vers leur évêque diocésain, auprès duquel ils font valoir le texte papal, ils obtiennent de lui un premier accord : une messe un samedi sur deux. La première messe, qui rassemble une soixantaine de fidèles, est un succès. Mais très vite les incidents se multiplient : changement de lieu de culte, changement d'horaire, retard du prêtre... Les deux frères retournent voir l'évêque et demandent, pour eux et pour les fidèles de la petite communauté, une messe hebdomadaire. Après avoir expliqué qu'il n'avait pas de prêtre à disposition, l'évêque finit par accéder à leur requête. Ainsi, depuis le début 2009, un prêtre vient chaque samedi de Chiavari (le siège épiscopal) célébrer la forme extraordinaire du rite romain. Une quarantaine de personnes en moyenne participe à cette messe, en dépit de son horaire malcommode : 16h30 !

Certains pourraient se contenter de cette situation en demi-teinte mais pas les Gandolfo Lambruschini. Ce qu'ils demandent, c'est la pleine et généreuse application du motu proprio : la messe dominicale et la possibilité réelle de célébrer les sacrements selon la forme traditionnelle. Et de préférence au cœur de leur paroisse plutôt que dans une église périphérique. Constatant, à la lecture des témoignages qui leur parviennent par le biais de maranatha.it, que leur situation est celle de l'immense majorité des demandeurs italiens, ils ont décidé d'utiliser leur visibilité médiatique pour adresser au Pape ce qui ressemble fort à un cri de détresse.
2) De larges extraits de la lettre ouverte des rédacteurs de maranatha.it à Sa Sainteté Benoît XVI

Très Saint Père,

Humblement, nous vous écrivons pour porter à votre connaissance ce qu'il y a au plus profond de notre cœur.

Mais avant tout, nous devons vous remercier pour les enseignements que vous dispensez dans les Audiences, les Homélies, les Lettres et les Encycliques qui accompagnent, depuis des années, notre développement spirituel. En ces temps de grande "crise", cela a été pour nous, et nous croyons pour toute l'Église, un grand bienfait.

Votre enseignement représente une véritable libération de l'horreur spirituelle des temps modernes, un refuge sûr et une réparation garantie pour l'âme après avoir été endoctrinés de faux savoirs et d'interprétations personnelles élevées au rang de dogmes. Grâce à vous, un malaise spirituel qui couvait dans l'Église depuis des années et que nous avons ressenti avec grande douleur est en passe d'être résorbé. Un malaise dû à une confusion entre le vrai et le faux, le juste et l'erreur, toujours plus difficiles à distinguer et toujours moins nettement perçus, y compris des pasteurs eux-mêmes.

Malheureusement, nous désirons vous communiquer ce qui nous tient vraiment à cœur, ce que nous avons vécu depuis le 7 juillet 2007 dans le simple cadre d'une très ordinaire vie de paroisse.

En particulier, nous désirons porter à votre connaissance ce qui est notre vie, et la vie de tant d'autres, au lendemain du Motu Proprio Summorum Pontificum. Grâce à celui-ci et à la sensibilité liturgique de Votre Sainteté - chère au cœur de qui, comme nous, ne voit pas de "mal" dans l'expression liturgique de la foi qui a nourri spirituellement tant de Saints au fil des siècles de vie de l'Église -, nous avons obtenu, non sans sacrifices, souffrances et humiliations de la part de notre Évêque, la célébration de la Sainte Messe de toujours dans un Oratoire extérieur à notre paroisse.

La joie de redécouvrir la Sainte Messe, aimée de nos parents et que nous pensions éliminée pour toujours, l'a emporté sur la profonde déception de constater que cette sacrosainte liturgie n'a pas trouvé sa place à l'intérieur de notre très chère communauté paroissiale.

Dans l'article 5.1 du Motu Proprio, vous avez fait un grand cadeau à toute l'Église, en réaffirmant l'importance et le rôle central de la paroisse, de la communauté paroissiale unie par, et autour de, la Liturgie, juste clarification attendue depuis des années. Vous avez dit avec clarté que la tradition liturgique des 20 siècles passés n'avait pas été "excommuniée" mais avait toujours été valide, licite, légitime et sanctifiante. Le Motu Proprio Summorum Pontificum a vraiment constitué un grand acte de justice.

L'extraordinaire importance de ce document, croyons-nous, réside dans le fait que la Messe de toujours a enfin fait son retour dans la vie paroissiale de tous les jours et n'est plus reléguée dans les seules "mains" de quelques fidèles et associations auxquels va néanmoins notre approbation pour avoir su conserver ce trésor.

La tradition véritable ne réside pas seulement dans des mots et des gestes codifiés dans les temps anciens et transmis au fil des siècles par l'Église. La tradition est aussi ce qui nous lie, par le sang comme par le sol. Les racines qui plongent dans notre communauté, par lesquelles se révèle véritablement le sens mystique de la tradition qui n'est ni une ni loi ni un rite, mais une communauté d'esprits, unis et vivants, que pas même la mort n'a le pouvoir de séparer. Dans la paroisse, nos ancêtres, nos parents et nos descendants sont unis à nous spirituellement, comme un seul peuple vivant rassemblé face au Sacrifice du Christ.

Quelle tristesse de constater le dilemme qui nous est imposé : choisir de maintenir notre enracinement en humiliant notre sensibilité liturgique ou bien nourrir cette sensibilité en nous coupant de notre lien paroissial, nous obligeant à devenir des fugitifs, des exilés, relégués dans des chapelles, sans curé, sans cure attentive de nos âmes. Souvent ces chapelles sont des "centres de messe" qui regroupent des personnes venant de différents endroits, tous coupés de leur paroisse respective parce qu'ils n'ont pas d'autre solution pour se sanctifier, ne pouvant puiser à la source de tradition dans leur paroisse, là où celle-ci devrait naturellement se manifester.

Cette exclusion de la vie communautaire et paroissiale n'est rien d'autre qu'une ghettoïsation et la vraie cause d'une division que nous n'avons pas voulue mais que nous subissons !

C'est comme si la tradition était une maladie infectieuse à mettre en quarantaine pour éviter la contagion des catholiques encore indemnes. Et pourtant, comme nous aimerions participer à la Sainte Messe de toujours, célébrée par notre curé, dans notre paroisse, de la même façon dont nous participons à la Sainte Messe dans sa sacrosainte forme ordinaire ! Mais celle-ci est reléguée au loin, comme si elle n'était qu'un sous-produit de la liturgie catholique, de dignité inférieure, ne méritant d'être suivie que de catholiques de dignité inférieure !

Et que dire des problèmes que nous avons dû affronter du jour où nous avons mis en ligne, à disposition des prêtres du monde entier, le Missel Romain du Bienheureux Pape Jean XXIII avec toutes les explications et commentaires spirituels sur les différents gestes de la Sainte Messe. Que ce soit dans notre communauté paroissiale ou dans notre Diocèse, nous avons rencontré de nombreuses difficultés et enduré de nombreuses souffrances.

(…)

Le résultat est qu'à l'instant présent, grâce à ces persécutions subtiles et incessantes, nous nous sentons, bien malgré nous, éloignés de l'Église. Nous avons la douloureuse impression que notre Mère l'Église nous a chassés, tourné le dos, humiliés. Le manque que nous en ressentons est terrible !

En d'autres termes, nous souffrons de constater que de nombreux prêtres et évêques interprètent la Foi Catholique et la Divine Liturgie qui est l'expression finale de cette foi, non pas en "continuité" - comme vous l'avez expliqué plus d'une fois en vous référant à la tradition bimillénaire de l'Église - mais en "rupture" ouverte et incurable, allant jusqu'à faire de cette rupture un étendard à montrer avec arrogance au monde. Il est terrible d'éprouver concrètement chaque jour que dans l'Église elle-même il est impossible d'adhérer librement à tout le Magistère, sans recevoir en contrepartie moqueries et grimaces ! C'est tout simplement absurde. Nous sommes simplement Catholiques, enfants de l'Église catholique, Apostolique et Romaine, obéissants au Vicaire du Christ et à ses lois, fidèles à son enseignement et désireux de participer au Sacrifice même du Christ, qui se réalise aussi bien sous la forme ordinaire et moderne que sous celle, extraordinaire et plus antique, de l'unique Messe catholique.

(…)

Des témoignages constants que notre site enregistre depuis des mois, nous pouvons affirmer que notre expérience n'est pas un cas isolé.

Nous avons choisi de rendre publique cette lettre pleine de tristesse que nous vous adressons humblement, pour y associer spirituellement les invocations et les souffrances de nombreux autres catholiques qui se trouvent dans des situations identiques à la nôtre, subissant les mêmes vexations et humiliations.

Nous désirons que vous connaissiez la réalité. De la même façon, nous voulons que les fidèles qui ne connaissent pas la tradition liturgique de l'Église puissent prendre conscience du problème de coexistence pacifique qui se pose, en l'état actuel des choses, à l'intérieur du monde catholique et dont les amoureux de la tradition ne sont en aucun cas les responsables. Nous vous prions de grand cœur, Très Saint Père, de prendre les mesures opportunes que vous seul êtes à même de mettre en œuvre, afin que le Motu Proprio Summorum Pontificum vienne à être appliqué dans chaque paroisse.

Aidez-nous, Votre Sainteté, et permettez-nous de pouvoir goûter à ces fruits sanctifiants dans notre communauté paroissiale, naturellement et simplement, sans discriminations inutiles. Faites que les fidèles puissent réellement choisir, sans encourir la moindre répercussion, humiliation ou autre pénible fardeau.

Nous sommes convaincus qu'à cette requête s'unissent tant de frères qui, en Italie et dans le monde, éprouvent la même affliction, mais qui n'ont pas toujours le moyen de faire entendre leur malaise. Nous vous l'adressons au nom de l'histoire, au nom des générations futures et au nom de la véritable unité de l'Église.

Saint Père, nous vous supplions, ne nous laissez pas seuls ! Nous prions l'Esprit Saint, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, de garder Votre Sainteté en bonne santé et de vous donner la force et le courage de guider toujours efficacement l'Église, nous aidant à obtenir la célébration de la liturgie traditionnelle dans nos paroisses.

En la fête du Très Précieux Sang de Notre Seigneur, le 1er juillet 2009, avec l'expression de notre estime et de notre respect,

Vos très dévoués serviteurs dans le Christ,

Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini

(Notre traduction à partir de la source http://www.maranatha.it/Letter.htm)
Les réflexions de Paix Liturgique :

1/ Il est patent de constater qu’il en est en Italie comme en France : obstruction au Motu Proprio et opposition au Pape. Rien de très original en somme. De chaque côté des Alpes, des évêques utilisent les mêmes méthodes indignes pour nier la demande des fidèles et pour faire en sorte que le Motu Proprio apparaisse comme un coup d’épée dans l’eau. Pour arriver à leur fin, maintenir l’apartheid liturgique et leurs monopoles, ces hommes (bien peu) d’Eglise semblent prêts à tout…
À Sestri Levante comme à Amiens, l'attitude du clergé face au motu proprio Summorum Pontificum est tristement et malheureusement similaire. Les curés se défaussent et les évêques appliquent en traînant les pieds le motu proprio... de 1988 (Ecclesia Dei).

Résultat : les fidèles sont tenus à l'écart de la vie paroissiale et doivent se contenter du minimum pastoral, une messe de temps en temps dans une église éloignée.

2/ Le fait que la lettre de maranatha.it soit rédigée par des catholiques qui ne sont pas issus du monde traditionnel est en soi significatif. Comme l'a rappelé récemment le Cardinal Cañizares « en publiant le motu proprio Summorum Pontificum la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore » (voir notre lettre n° 181).

En un sens, l'histoire des jumeaux Gandolfo Lambruschi est l'illustration parfaite de la justesse des propos du Cardinal et de ce pourquoi le Saint Père a voulu le Motu Proprio.