20 mars 2010

[osservatore-vaticano.org] 3ème réunion des représentants de la FSSPX et du Saint-Office : les informations sujettes à caution de l’APIC

SOURCE - osservatore-vaticano.org - 20 mars 2010
Une dépêche mal informée de l’APIC évoque « un climat tendu fait de critiques des lefebvristes », à propos de la 3ème réunion de la commission de dialogue doctrinal entre Rome et les représentants de la FSSPX, qui aurait lieu le 20 mars, et prétend que « plusieurs voix, à Rome, notamment, font état des réelles difficultés d’établir un véritable dialogue face à “l’immobilisme“ des positions de la délégation de la Fraternité Saint-Pie X  ».

Ces affirmations nous semblent hasardeuses. Tout d’abord, la date indiquée (20 mars, aujourd’hui même), effectivement proche de la date supposée de la rencontre, est cependant inexacte. Pour appuyer ses dires, l’agence évoque « un communiqué assez inhabituel publié début mars, [par] l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X  », ou celui-ci « s’en est pris aux évêques de l’hexagone ». Elle parle du site Internet de la Fraternité Saint-Pie X en France, qui a déploré la visite de Benoît XVI, le 14 mars dernier, à la communauté de l’Église luthérienne de Rome. On le voit : les preuves ainsi avancées sont externes aux débats proprement dits.

En réalité, autant qu’on puisse l’induire d’un certain nombre de recoupements, compte tenu de l’extrême discrétion des deux parties, le climat serait beaucoup plus “positif” que ne le laisse croire cette dépêche.

Tout semble indiquer d’abord une volonté insufflée par le Saint-Père d’aboutir à un résultat acceptable par tous. Ensuite, on devine, en fonction des propos tenus par les uns et les autres, que les deux parties ont fait des efforts notables pour se comprendre et pour parler sans polémique stérile.

Au total, on évoluerait dans une espèce de flou (quelle est l’autorité des points dont on discute ? n’y a-t-il pas un accord implicite sur certaines “déficiences” relatives, par exemple dans la réforme liturgique ?). À la limite, les théologiens romains aimeraient que la partie lefebvriste resserre avec plus de rigueur ses critiques et surtout qu’elle les “lisse” davantage dans la forme, pour pouvoir lui donner acte de la nécessité de précisions interprétatives.

En somme, à ce jour, le miracle ne serait pas exclu, à savoir…  une victoire du bon sens des deux côtés.

[Aletheia] Entretien avec Mgr Brunero Gherardini

Aletheia n° 153 - Yves Chiron - 20 mars 2010

Aletheia, abonnement postal : 15 euros par an (à l’ordre de l’Association Nivoit).
Yves Chiron   16, rue du Berry   36250 Niherne

Si vous le permettez, Monseigneur, l’année 2009 a été « l’année Gherardini ». En effet, vous avez fait paraître, coup sur coup : en mars 2009 Un discorso da fare, sur le concile Vatican II ; en avril 2009 Quale accordo fra Cristo e Beliar ? sur « les problèmes, les équivoques et les compromis » du dialogue interreligieux ; et en septembre 2009, Ecumene tradita, sur « le dialogue œcuménique entre équivoques et faux pas »[1]. Est-ce une simple coïncidence ou une volonté d’attirer l’attention sur la nécessité d’une bonne « herméneutique » de Vatican II ?
Un ami cher, le Prof. Roberto de Mattei, directeur de Radici cristiane, a réussi, en octobre 2009, à m’arracher une interview – un genre dont je m’étais toujours tenu à l’écart. Et voilà qu’un autre cher ami réussit dans cette entreprise.

Bien loin de penser à une ”année Gherardini”, je reconnais que les publications auxquelles vous vous référez – et auxquelles s’ajoute maintenant Quod et tradidi vobis. La Tradizione vita e giovinezza della Chiesa – ne sont pas une simple coïncidence, mais une tentative modeste de donner une réponse et un contenu objectif à l’”herméneutique de la continuité”, souhaitée, comme chacun sait, par le Saint Père.
Considérez-vous que l’Entretien sur la foi, publié en 1985 par celui qui était alors le cardinal Ratzinger, a marqué un tournant dans la réflexion de l’Église sur elle-même ? Était-ce le signe d’une prise de conscience ?
Peut-être plus dans les intentions de l’éminent Auteur et dans les espoirs de plusieurs théologiens, parmi lesquels moi-même, que dans la réalité. Les dangers et les équivoques sont entrevus, mais les causes ne sont pas discutées et apparaît encore moins la moindre intention de les éliminer. On en reste, par conséquent, toujours au point de départ.
On dit que vous êtes l’ultime représentant de la « théologie romaine » qu’ont illustrée, jadis, le cardinal Palazzini ou le cher et regretté Mgr Piolanti. Votre voix, en tant que théologien, est-elle isolée en Italie ou voyez-vous, dans certaines universités, dans certaines revues, des théologiens qui partagent vos préoccupations et votre analyse de la situation ?
Je ne sais pas à quel point je peux me considérer comme un épigone de la glorieuse École Romaine. Les noms illustres auxquels vous faites référence appartenaient déjà à la phase descendante de cette École. Après le concile Vatican II, la voix de la dite École, toujours plus faible, pouvait encore se faire entendre à travers deux Académies romaines (l’Académie pontificale de Théologie et l’Académie pontificale de Saint Thomas d’Aquin), les revues Divinitas et Doctor Communis, les congrès thomistes. Aujourd’hui, quand on réussit encore à la percevoir, c’est seulement une voix isolée, admirée par quelques-uns, mais bien plus souvent dédaignée ou méprisée. Cela m’est arrivé. Néanmoins, écoutée ou non, elle résonne toujours et si dans ma voix on reconnaît le timbre de l’École romaine, je m’en réjouis.
Malheureusement cette glorieuse École est aujourd’hui privée de chaires universitaires et épiscopales. Pourtant, même de ce point de vue, les choses commencent à changer : le 25 de ce mois, par exemple, je suis invité par les autorités académiques à donner, au Latran, une conférence sur ”Le Thomisme et l’École Romaine au XXe siècle”, et L‘Osservatore romano m’a déjà demandé le texte de cette leçon.
Si je ne me trompe, vous aviez été pressenti, par le Saint-Siège, pour participer aux « conversations théologiques » qui sont engagées, depuis l’automne 2009, avec la Fraternité Saint-Pie X[2]. Pourquoi n’avez-vous pas accepté cette proposition ?
 Je suis désolé, mais la discrétion m’empêche de répondre à cette question.
Un accord doctrinal est-il possible entre le Saint-Siège et la FSSPX ?  Sous quelle forme ?
Sans aucune doute, et je souhaite – l’Église aussi le souhaite – que, pour le bien des âmes, on arrive bientôt à un accord. Je voudrais répondre de manière adéquate, mais je ne voudrais pas m’embourber dans des détails. Le pape a déjà fait beaucoup pour trouver une solution ; on doit lui en donner acte. Mais il est nécessaire de mettre sur le tapis le “cadre doctrinal” auquel lui-même se réfère. Ce cadre, néanmoins, n’aboutira à aucun résultat s’il ne permet – comme il semble – qu’un interminable affrontement point contre point : les deux parties ont, chacune, des flèches appropriées à leur arc et la dialectique, quand elle le veut, est capable de mettre en évidence les raisons de celui qui a tort.

Selon moi, il n’y a qu’un argument à mettre sur le tapis : Jean-Paul II l’a suggéré quand, infligeant la fameuse excommunication en 1988, il a reproché à la Fraternité Saint-Pie X d’avoir “une incomplète et contradictoire notion de la Tradition”. Personnellement, je suis d’un tout autre avis, mais c’est exactement pour cela que je vois dans la Tradition l’unique thème doctrinal à traiter à fond. Si on réussissait à clarifier le concept de Tradition sans se réfugier dans l’escamotage de la tradition vivante, mais aussi sans fermer les yeux sur le mouvement interne de la tradition apostolico-ecclésiale “eodem tamen sensu, eademque sententia” [en conservant le même sens et la même pensée], le problème cesserait d’exister.

Objectivement la Fraternité Saint-Pie X ne devrait pas, pour autant, cesser d’exister ; elle pourrait être, dans le firmament de l’Église, une ”société de vie sacerdotale”, une famille d’”oblats” ou franchement une ”Prélature nullius” vu qu’elle a déjà plusieurs évêques, mais, par charité, éloignons les rêves.
Propos recueillis par Yves Chiron

[1] J’ai présenté le premier ouvrage dans Présent le 6 juin 2009, le second dans L’Homme nouveau le 29 août 2009.
Le premier ouvrage a été édité par Casa Mariana Editrice (Via Piano della Croce – 83040 Frigento – Italia) ; les mêmes éditions en ont publié une version française et une version anglaise.
Les deux autres ont été édités par Fede & Cultura (Via Camuzzoni, 5 – 37138 Verona – Italia).

[2] Cf. Aletheia, n° 140, 8 avril 2009.

19 mars 2010

[Romano Libero - Golias] L’examen de conscience de Mgr Aillet (Bayonne)

SOURCE - Romano Libero - Golias - 19 mars 2010

Il est aujourd’hui, à 53 ans, l’évêque qui se manifeste le plus dans le sens intransigeant et tradifriendly de toute la conférence. A Bayonne depuis peu, Mgr Marc Aillet s’est illustré comme vicaire général de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

Depuis qu’il a coiffé la mitre, cet ancien membre membre de la communauté Saint Martin de Gênes a défrayé la chronique : aussi bien en s’opposant la Gay Pride de Biarritz qu’en appuyant un curé refusant les fillettes pour le service de l’autel. Il faut reconnaître à Mgr Aillet une façon très directe d’aborder les problèmes. Mais certes point pour le meilleur...

Revenant sur la polémique concernant les abus sexuels au sein du clergé, cet évêque trépide, véritable idole des courants tradis s’en prend - un peu facilement ! - à la licence sexuelle. Citons son dernier communiqué. Repris par de nombreux site « tradis » dont celui de Perepiscopus. L’évêque déplore et dénonce les abus - mais comment pourrait-il faire autrement ? Avant d’ajouter : « Pour autant, les fautes de quelques-uns, quelle que soit leur gravité, ne sauraient jeter le discrédit sur l’ensemble du clergé. La presse et les media qui concentrent leurs accusations sur l’Eglise, semblent ignorer que ce fléau n’épargne, en fait, aucun milieu social ni aucune institution. Toutes les statistiques démontrent en effet que la grande majorité des affaires de pédophilie mettent en cause, non des prêtres ou des religieux, mais des personnes de toutes origines. Dans ces conditions, les actes de pédophilie, qui émanent en général d’hommes mariés et de pères de famille, n’ont bien entendu rien à voir avec la question du célibat des prêtres (...) La multiplication des affaires de viols, d’inceste et de pédophilie requiert, de la part de tous, un véritable examen de conscience : considérées comme des acquis intouchables, la licence sexuelle et la pornographie ne sont-elles pas à l’origine d’un grand nombre de déviances comportementales ? « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » disait Bossuet… »

Que voilà donc une belle citation ! Mais justement, ce qui tente de nier Mgr Aillet c’est la cause, du moins occasionnelle dans la mesure où la pédophilie tient d’une structure psychologique. Cette cause n’est pas directement et en soi le célibat mais de façon plus générale une certaine approche malsaine de l’affectivité et de la sexualité cultivée par l’Eglise. Ce que Pierre Solignac dénonçait jadis comme une « névrose chrétienne ». Ce que Drewermann a bien mis en évidence.

Il y a donc bien un lien indirect tout-de-même entre la loi du célibat et la pédophilie. En tant que la première illustre quelque chose de malsain. Le pédophile - au moins s’il s’agit d’une tendance foncière - ne sera que rarement protégé par le fait d’être marié ! Mais l’obligation du célibat crée un contexte malsain. Déjà, comme le reconnaissait Mgr Jaschke (Hambourg), parce qu’il attire des jeunes avec des problèmes sexuels.

15 mars 2010

[Côme Prévigny - Fideliter] Lourd nuage dans le ciel conciliaire

SOURCE - Côme Prévigny - Fideliter - mars 2010

Ce n’est pas un bouleversement, mais une première remise en cause. Les accents sont très prudents, mais les choses sont dites. Même à Rome, on commence à discuter de la catholicité du concile Vatican II.
Le concile oecuménique Vatican II , un débat à ouvrir
Brunero Gherardini éd. Casa Mariana Editrice, Frigento, 2009.
A la fin du mois de janvier, les grandes figures libérales de l’ère « wojtylienne », du cardinal Martini à Mgr Sorrentino, ont parrainé la création d’un nouveau site en Italie : Viva il Concilio !

Une acclamation pour chanter les merveilles d’un « superdogme » comme s’il fallait resserrer les rangs pour conjurer une inéluctable menace : le concile Vatican II, dont l’aula raisonnait de mille voix il y a bientôt un demi-siècle, verrait aujourd’hui son aura ternie.

Dans le même temps, après trois éditions successives dans la langue de Dante, l’un des plus éminents théologiens du Latran, Mgr Brunero Gherardini, faisait paraître l’édition française de son dernier ouvrage : Le concile oecuménique Vatican II, un débat à ouvrir.

La démarche de Mgr Gherardini

Ni homme de pouvoir ni prélat de cour, ce professeur toscan, originaire de Prato, a passé des décennies à former les prêtres à l’ecclésiologie et à l’oecuménisme. Doyen de la faculté de théologie de l’Université pontificale du Latran, chanoine de l’archibasilique vaticane, il est devenu un spécialiste reconnu et consulté de la réforme luthérienne, de l’ecclésiologie ou de la mariologie. L’ouvrage que cet héritier de l’École classique publie à l’âge de quatre-vingt-cinq ans pourrait être perçu comme une synthèse des centaines de publications que cet éminent universitaire romain, initié à la théologie thomiste et aux définitions assez traditionnelles, fit éditer au cours de sa carrière ecclésiastique. Tel n’est visiblement pas le but de ses deux cent soixante pages. Elles apparaissent, à l’heure où s’engagent les discussions doctrinales entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint- Pie X, comme une réponse au fameux discours du 22 décembre 2005 de Benoît XVI à la Curie. Le pape, dans ce véritable programme d’ouverture, faisait de « l’herméneutique de la continuité » le thème phare de son pontificat. Il s’agissait pour lui de mettre fin à la crise postconciliaire et de placer le Concile dans le sillon de la Tradition.

Mgr Gherardini se dit disposé à suivre cette démarche. Il laisse d’ailleurs entendre que c’est celle qu’il a patiemment appliquée dans ses enseignements, en essayant de raccorder les textes conciliaires au Magistère antérieur. Mais, sans la récuser, il montre qu’elle ne va manifestement pas de soi. Il fait part des doutes qui se sont accumulés à l’expérience de cette méthode et, dans la précision des définitions, il souligne la dissonance réelle d’un grand nombre de textes, depuis Dignitatis Humanae jusqu’à Lumen Gentium par rapport à la Tradition. Après cinquante ans d’enseignement, il affirme :

« J’avoue que je n’ai jamais cessé de me poser le problème de savoir si effectivement la Tradition de l’Église a été en tout et pour tout sauvegardée par le dernier concile et si, par conséquent, l’herméneutique de la continuité évolutive lui est vraiment applicable.»

Dès lors, son propos, empreint d’un grand respect et d’une inégalable déférence ne tourne pas à l’éloge pompeux et mièvre. Après quatre ans de pontificat, il pousse même un cri d’alarme et conclut son livre par une supplique au Saint Père:

« Il me semble qu’après un demi-siècle d’un pareil langage, d’encensement grandiose, de célébrations intempestives, non sollicitées et qui produisent l’effet contraire, le moment est enfin venu de tourner la page.»

Une relecture du Concile

Avant d’aborder méthodiquement les textes conciliaires qui lui paraissent, de manière emblématique, particulièrement problématiques, Mgr Gherardini prend soin de désamorcer le soi-disant caractère « définitoire » de Vatican II qui devait en faire un troisième Testament. Le prélat rappelle la nécessité de placer le Concile dans son contexte et de veiller à considérer les intentions que les papes Jean XXIII et Paul VI lui avaient assignées : un objectif pastoral qui évacuait tout désir de proclamer des définitions de foi :

« Lorsqu’un concile présente lui-même le contenu et la raison de ses documents sous la catégorie de la “pastoralité” en s’autoqualifiant de “pastoral”, il exclut par là même toute intention de définition. En conséquence, ce concile ne peut prétendre à la qualité d’un concile dogmatique, et personne ne peut la lui conférer. Et ce même si, dans son contenu, il fait certaines références aux dogmes du passé et développe un discours théologique. “Théologique” n’est pas nécessairement synonyme de “dogmatique”. »

Désormais, ce ne sont plus les membres de la Fraternité qui avancent cet argument de la pastoralité, c’est l’un des plus éminents doyens de faculté romaine.

De même, le professeur d’ecclésiologie ne veut pas trop opposer Concile et postconcile. Selon lui, l’un nourrit effectivement l’autre, par ses manques, par ses brèches, par ses ambiguïtés, par ce qui serait contraire au Magistère antérieur :

« Si l’on a parlé d’esprit conciliaire, ce n’est pas un hasard. Le concile l’avait diffusé à pleines mains avec sa confiance dans l’homme et dans le progrès ; avec son attention à l’expérimentation sociale, politique et culturelle […], avec son invitation à dialoguer et à collaborer tous azimuts avec un monde à la mesure de l’homme ; avec son irénisme ouvert au monde et son bruissement frondeur ; avec un silence imposé à tous les oiseaux de malheur.»

Dès lors, Mgr Gherardini se lance dans une étude poussée des célèbres textes relatifs à la liturgie (Sacrosanctum Concilium), la liberté religieuse (Dignitatis Humanae), l’oecuménisme (Unitatis Redintegratio) et à la définition de l’Église (Lumen Gentium). Le doyen ne fait pas ici un procès. Il insiste sur ce qu’il considère comme les apports essentiels de Vatican II et même sur ce qu’il estime être les bienfaits de certaines constitutions comme Lumen Gentium. Il relève cependant le rôle particulièrement dévastateur d’experts, aux premiers rangs desquels il cite Karl Rahner, qui ont porté ce qu’il appelle les « aspirations révolutionnaires de Vatican II ». La conclusion est claire : l’Église ne peut se satisfaire de la flagrante contradiction des textes magistériels. Le pape doit programmer des colloques et ouvrir une grande étude du Concile afin d’en donner une lecture conforme à la vraie notion de Tradition, que lui-même prend bien le soin de préciser en se référant à la définition de saint Vincent de Lérins.

Silence sur la résistance existante

L’ouvrage est court, mais les dizaines de pages historiques et théologiques relatives au Concile et au postconcile ne parlent jamais du Coetus Internationalis Patrum ou de la Fraternité Saint-Pie X. Le nom de Mgr Lefebvre n’est pas cité une seule fois. Un esprit soucieux de justice pourrait se formaliser de telles absences. A quelque endroit, le lecteur pourrait presque sentir un désaveu, notamment lorsque l’auteur fait allusion à l’aspect polémique de certaines publications du Courrier de Rome, qui sont notoirement connues pour être tenues par un éminent membre de l’oeuvre d’Écône. Néanmoins, cette distance demeure une posture et le silence cache, me semble-t-il, les éloges que le théologien, certain que nous défendons la vérité plutôt qu’une cause particulière, n’a pas voulu publiquement conférer. Son appel doit également toucher ceux qui se seraient déjà braqués à l’égard d’une fraternité valeureuse mais officiellement condamnée. Une habile allusion apparaît d’ailleurs comme un clin d’oeil pour le lecteur averti. Dans le chapitre relatif à la liturgie, l’une des références auxquelles recoure le théologien est l’ouvrage d’un certain « D. Bonneterre », publié aux « éditions Fideliter » en 1980…

Car la démarche de Mgr Gherardini, si elle ne prend pas de front Vatican II, et si, par conséquent, elle s’affranchit d’une certaine manière de celle de la Fraternité Saint-Pie X, aboutit aux mêmes conclusions : face à un concile qu’il n’est possible ni d’annuler, ni de réduire facilement au rang de conciliabule, il est nécessaire que Rome se réapproprie son autorité doctrinale pour préciser, définir, voire condamner. À ce texte, il faut que l’autorité de l’Église apporte des notae previae – en l’occurrence posteriorae – qui seront comme des arcs-boutants venant soutenir le déséquilibre d’une voûte paraissant clairement s’écrouler dans un sens obvie. Dans sa supplique, assuré du désamorçage du caractère dogmatique de Vatican II, Mgr Gherardini réclame d’ailleurs la franchise face à la contradiction qui affleure partout :

« Dans le cas où, tout ou en partie, cette continuité ne pourra être scientifiquement prouvée, il serait nécessaire de le dire avec sérénité et franchise, en réponse à l’exigence de clarté attendue depuis presque un demi-siècle. »

Dans sa préface au livre, Mgr Mario Oliveri, évêque d’Albenga- Imperia, près de Gênes, corrobore ces propos :

« […] Si d’une herméneutique théologique catholique, il ressortait que tels ou tels passages et affirmations du concile ne disent pas seulement nove [la même chose, dite d’une nouvelle façon] mais aussi nova [des choses différentes] par rapport à la Tradition pérenne de l’Église, on ne se trouverait plus devant un développement homogène du Magistère : on aurait là un enseignement non irréformable, et certainement pas infaillible.» Mgr Marcel Lefebvre

En 1987, Mgr Lefebvre avait déjà, dans un entretien, réclamé qu’on mette à jour ces contradictions, voire ces erreurs. On lui posait alors cette question :

« […] la seule solution du « cas » Lefebvre que vous puissiez accepter, semblerait être un désaveu public de Vatican II par le souverain pontife. Mais, est-ce que vous voyez le pape, un dimanche matin, se montrer place Saint-Pierre et annoncer aux fidèles qu’après plus de vingt ans, il s’est avéré que le concile s’est trompé et qu’il faut abolir au moins deux décrets votés par la majorité des Pères et approuvés par un pape ? »

Et il répondit :

« Allons donc ! A Rome, on saurait bien trouver une modalité plus discrète… Le pape pourrait affirmer avec autorité que quelques textes de Vatican II ont besoin d’être mieux interprétés à la lumière de la Tradition, de sorte qu’il devient nécessaire de changer quelques phrases, pour les rendre plus conformes au Magistère des papes précédents. Il faudrait qu’on dise clairement que l’erreur ne peut être que “tolérée”, mais qu’elle ne peut avoir de “droits” ; et que l’État neutre au plan religieux ne peut, ni ne doit exister.»

A la fin du mois de janvier, Mgr Babini, évêque émérite de Grosseto, n’hésitait pas à rendre un hommage au fondateur d’Écône :

« Mgr Lefebvre sur ses choix idéologiques avait raison. Ce fût certainement un grand et sage homme d’Église que j’ai toujours aimé. Les “lefebvristes” ne sont en rien schismatiques. Jean-Paul II se vit obligé de les excommunier, mais il le fit avec les larmes aux yeux. Mais je le répète, si seulement il y avait eu dans l’Église catholique aujourd’hui si progressiste des hommes sérieux et courageux comme ce grand homme que fut Mgr Lefebvre… dont la mémoire est en train d’être réévaluée ! Il suffit de considérer ceux qui sortent de ses séminaires, prêtres bien préparés, courageux, alors que des nôtres souvent vides, ce n’est pas toujours ce qui sort !»

Perspectives...

La simple ouverture des colloques doctrinaux et l’acceptation de discuter le concile ont, semble-t-il, délié des langues et ragaillardi des avis occultés. La tentation face à ces paroles aussi éminentes que rares, qui ébranlent le tabou d’un concile divinisé, serait aujourd’hui de reposer la croix que nous a confiée Notre-Seigneur.

Le Christ lui-même aurait finalement pu interrompre son chemin vers le Golgotha dès la première chute. Mais, avant que ces prises de position soient partagées par les autorités de l’Église, rappelons-nous qu’elles sont le fruit de l’exigence de ceux qui nous ont précédés. Que resterait-il actuellement, si nous nous étions satisfaits des maigres compromis liturgiques que constituaient les indults il y a vingt ans ?

Côme Prévigny, agrégé de l'Université
Extrait de Fideliter n° 194 de mars-avril 2010

« Le principe de la “Tradition vivante” n’a pas été l’objet de discussions. Pourtant, il est susceptible d’ouvrir la voie à un gauchissement du dépôt sacré des vérités contenues dans la Tradition. Dans une ambiance comme celle qui régnait pendant et après Vatican II, quand seul ce qui était nouveau apparaissait comme vrai, et quand ce nouveau se présentait sous les traits de la culture immanentiste et fondamentalement athée de notre temps, la doctrine de toujours ne constituait plus qu’un vaste cimetière. La Tradition est restée mortellement blessée et elle agonise aujourd’hui (à moins qu’elle ne soit déjà morte) à la suite de positions radicalement inconciliables avec son passé. Il ne suffit donc pas de la définir comme vivante, si elle n’a plus rien de vivant. » (Brunero Gherardini)

[Golias] Biritualisme: Le « Forum catholique » sonne le toscin !

SOURCE - Golias - 15 mars 2010

C’est l’une des questions qui suscitent les passions du côté de tradiland. L’une des plus explosives. Celle du biritualisme. Entendez non pas de la coexistence en général des deux formes de la liturgie telle que promue par le motu proprio « Summorum Pontificum » qui libère le missel de 1962. Mais celle d’une éventuelle obligation spirituelle ou même canonique pour les prêtres qui se destinent à la célébration selon l’ancienne liturgie de célébrer aussi avec le nouvel ordo de la messe.

Un texte annoncé de longue date (en 2008 déjà, par Mgr Camille Perl, alors secrétaire de la Commission Ecclesia Dei) devrait préciser les modalités d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum libérant le missel de 1962.

La difficulté pour les traditionalistes est de refuser de façon systématique, définitive et péremptoire, la célébration selon le nouveau missel. Un tel refus s’accorde d’ailleurs mal avec le motu proprio lui-même, pourtant fort complaisant envers les tradis.

Les militants traditionalistes redoutent que les prélats les moins bien disposés à leur endroit n’obtiennent de Rome une obligation faite, en contre-partie de la plus grande largesse avec laquelle seraient acceptée la célébration selon l’ancienne liturgie, aux prêtres et communautés attachés à la liturgie « old style » de célébrer aussi selon le nouveau missel, même si ce n’est pas souvent et de façon très ponctuelle. En particulier à la demande de l’évêque du lieu. Les cardinaux soupçonnés de préparer dans les coulisses ce mauvais coup à l’endroit des tradis, qui pourrait compromettre le rabibochage avec les Lefebvristes, et faire l’effet d’une douche froide, sont en particulier le cardinal de curie Giovanni Battista Re et ... André Vingt-Trois, l’archevêque de Paris.

Le site « Forum catholique » sonne donc le tocsin en ces termes : « La dynamique est lancée. Mais la règle du biritualisme peut être saisie par ceux qui espéreraient faire partir la machine dans le sens inverse et prendre les traditionalistes pour ces derniers Mohicans auxquels on proposerait une voiture balais ».

[Abbé Edouard Le Conte - IBP Roma] Un prélat de la Secrétairerie d’Etat nous dit la messe de Lætare

SOURCE - Abbé Edouard Le Conte - IBP Roma - 15 mars 2010

Quelle magnifique journée que celle d’hier, en ce beau dimanche de Lætare. Et à cette occasion, Monseigneur Joseph Murphy, ancien secrétaire personnel du Cardinal Sodano et actuel prélat de la Secrétairerie d’Etat, est venu dire la messe dans notre chapelle et déjeuner avec nous. Son riche et profond sermon nous a saisis. Avec une piété hors du commun, Monseigneur a célébré cette messe selon la forme extraordinaire, qu’il dit ordinairement tous les jours à la basilique Saint-Pierre.

Dans quelques jours, c’est une autre figure montante de la Secrétairerie qui vient… Et après Pâques, c’est un visage très célèbre du Vatican qui va venir nous dire aussi la messe dans notre chapelle, un geste et un signe forts… Merci pour toutes ces belles grâces romaines qui nous sont données.

14 mars 2010

[Paix Liturgique] Paix Liturgique ajoute sa réponse à l'enquête diligenté par la Conférence des Evêques de France au sujet de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum

SOURCE - Lettre de Paix Liturgique n°221 - 14 mars 2010

On se souvient qu’en 2006, alors que le Motu Proprio était annoncé, le Cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux, Président de la Conférence des Évêques de France, avait constitué une Commission spécialement chargée du dossier des « traditionalistes », composée du cardinal Bernard Panafieu, ancien archevêque de Marseille, de Monseigneur Alain Planet, évêque de Carcassonne, et de Monseigneur Bernard-Nicolas Aubertin, archevêque de Tours.

Il y a quelques mois, la Conférence a chargé Mgr Planet de faire une enquête auprès de ses confères pour la préparation de l’assemblée de Lourdes du 22 au 26 mars 2010, et en vue des prochaines visites ad limina des évêques de France à Rome, concernant les messes célébrées selon la forme extraordinaire. Disposant d’informations très précises sur ce sujet, nous avons estimé rendre service à la CEF en donnant des éléments de réponse au questionnaire, s’ajoutant à celles qu’ont pu fournir les évêques.


Le questionnaire adressé aux évêques était ainsi détaillé :

1 – Messes célébrées selon l’indult de 1984
Nombre de lieux concernés :
Pour quel nombre de messes dominicales :
Pour quel nombre de messes en semaine :
Nombre de fidèles concernés :
Nombre de messes confiées à des prêtres diocésains :
Nombre de messes confiées à des prêtres de communautés Ecclesia Dei :
Quelles communautés : ...      

2 – Messes instaurées depuis le Motu Proprio SUMMORUM PONTIFICUM
Nombre de lieux concernés :
Pour quel nombre de messes dominicales :
Pour quel nombre de messes en semaines :
Nombre de fidèles concernés :
Nombre de messes confiés à des prêtres diocésains :
Nombre de messes confiées à des prêtres de communautés Ecclesia Dei ;
Quelles communautés : ...

Nombre de baptêmes célébrés selon la forme extraordinaire :
Nombre de baptisés :
Nombre de confirmations :
Nombre de confirmés :  

Il va de soi que nous nous réjouissons de ce que cette question soit enfin traitée officiellement au sein de la Conférence des Évêques de France, et que les affirmations telles qu’« il n’y a pas de demande d’application du Motu Proprio en France » ou que « les fidèles attachés à la messe traditionnelle sont quantité négligeable, cela n’intéresse personne… » ou enfin comme à Paris « nous avions anticipé largement la demande, il n’y a pas de problème », ne soient désormais plus de mise.

Nous voudrions faire remarquer que des chiffres précis ont déjà été publiés à ce sujet depuis longtemps. En 1999 et en 2005, l'association Oremus avait fait parvenir à la Conférence des évêques de France des études statistiques complètes au sujet du nombre des fidèles assistant à la liturgie traditionnelle dans les diocèses français et de celui (beaucoup plus grand) de ceux qui y assisteraient s’ils en avaient la possibilité c'est-à-dire si elle était célébrée dans leur paroisse. Depuis 2007, Paix Liturgique publie chaque année un bilan détaillé de l'application du Motu Proprio en France, bilan repris par nombre de médias. Nos informations sont remises à jour en permanence.

Qu’il nous soit donc permis de donner ici un bilan « fin de cinquième semestre » - janvier 2010 –  de cette application du Motu Proprio Summorum Pontificum dans les diocèses de France.

1 - Nombre des lieux de célébration de la forme extraordinaire du rite romain en France à ce jour : 399 lieux de culte dominicaux, dont 213 autorisés

Quelques remarques préalables :
a) La distinction que fait le questionnaire entre les messes célébrées selon l’ancien régime juridique (1984 repris par 1988) et les messes célébrées selon le nouveau régime juridique nous paraît partiellement inadéquate, dans la mesure où, pour répondre à des demandes conformes au Motu Proprio de 2007, un certain nombre d’évêques ont organisé des célébrations – assez souvent confiées à des communautés Ecclesia Dei – sur le type de l’indult de 84-88.
b) En outre, le nombre des messes de semaine est pratiquement impossible à déterminer avec précision, un nombre important de prêtres célébrant des messes de statut privé auxquelles assistent un certain nombre de fidèles. Il nous paraît donc que le seul chiffre réellement probant à établir est celui des messes dominicales en forme extraordinaire, toutes références juridiques confondues.
c) Enfin, le dénombrement des messes traditionnelles se fait généralement en nombre de lieux de culte dominicaux, plus facile à déterminer exactement que le nombre de messes célébrées le dimanche.

La mesure de la croissance :

A/ A la veille du Motu Proprio du 7 juillet 2007, la liturgie traditionnelle était célébrée en France dans 132 églises ou chapelles avec l'accord de l’ordinaire du lieu dans le cadre du Motu Proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II (reprenant la lettre circulaire Quattuor abhinc annos, de la Congrégation pour le Culte divin, dite « indult » du 3 octobre 1984). En sus de ces 132 lieux de cultes « autorisés », il y avait également 184 lieux de culte desservis par la Fraternité Saint Pie X et ses communautés amies.


B/ Aujourd’hui, on dénombre :
- 81 nouvelles chapelles ou églises de plus dans lesquelles est célébrée, tant en vertu du régime juridique ancien que des dispositions canoniques nouvelles, la messe traditionnelle. En d’autres termes, le nombre de lieux « autorisés » est passé de 132 à 213, soit une progression de 61 %. L’augmentation du nombre des fidèles est certaine, mais difficile à évaluer. Un point certain : lorsque la messe est célébrée dans une paroisse, elle attire un public du lieu qui jusque-là ne se déplaçait pas pour assister à une messe traditionnelle, surtout si l’horaire concédé est « normal » ; mais ce public local ne se déplace pas, c'est-à-dire que si la célébration est reportée dans une autre paroisse de la ville, il attire un public pris dans cette nouvelle paroisse, sans que ceux qui assistaient à la messe précédente ne se rendent en ce nouveau lieu.
- Pendant le même temps, le nombre de lieux desservis par la Fraternité Saint Pie X en France est resté stable (186 : une nouvelle célébration depuis novembre 2009 à Paris 75015 et une nouvelle célébration dans la Sarthe depuis septembre 2009), mais avec un accroissement parfois notable de participation des fidèles, après le Motu Proprio et depuis la levée des excommunications des évêques de cette Fraternité, le 21 janvier 2009.

2 – Mais la « demande » de forme extraordinaire (un tiers des catholiques pratiquants) est très imparfaitement remplie :

1°/ Il eût été judicieux de s’adresser aussi, d’une manière ou d’une autre, aux curés de paroisse. Qu’il nous soit permis de rappeler que le dispositif du Motu Proprio Summorum Pontificum repose sur le curé de paroisse, dont le devoir de pasteur, correspondant au droit spirituel de nature cultuelle des fidèles (pouvant être référé au canon 212). S’agissant d’un droit liturgique reconnu à tous les fidèles latins et non d’un privilège, il relève directement de la vie paroissiale normale, et donc de l’administration propre du curé.

2°/ L'enquête n'évoque pas non plus la question des demandes, pour la plupart insatisfaites :

On peut évoquer les chiffres suivants ;

A/ La demande implicite mise en lumière par les sondages réalisés par des organismes professionnels et indépendants :
- sondage Paris commandité par Paix Liturgique et réalisé par l’Institut HARRIS en janvier/février 2010,
- sondage Versailles commandité par Paix Liturgique et réalisé par l’Institut JLM Etudes en décembre 2009,
- sondage Italie commandité par Messa in latino et Paix Liturgique et réalisé par DOXA en septembre 2009,
- enquête de l'Université de Georgetown (Etats-Unis) (voir lettre de Paix Liturgique n°196) menée en 2008.
- sondage France commandité par Paix Liturgique et réalisé par l’Institut CSA en septembre 2008,
- sondage Sofres commandité par Le Pèlerin en décembre 2006.
- sondage France commandité par Paix Liturgique et réalisé par l’Institut CSA en novembre 2006,
- sondage France commandité par OREMUS et réalisé par IPSOS en avril 2001,

Toutes ces enquêtes aisément accessibles indiquent qu’environ 1/3 des catholiques pratiquants (parfois plus) assisteraient tous les dimanches à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain si elle était célébrée dans leur paroisse. Chiffre qui indique une tendance très lourde et qui est d’autant plus considérable que « l’offre » quasi universelle dans les paroisses reste celle de la messe selon la forme ordinaire.

B/ La demande implicite exprimée par les chiffres comparatifs des vocations ordinaires et extraordinaires :
Nous renvoyons aux diverses analyses que nous avons publiées sur cette question (lettres de Paix Liturgique n° 176, 183, 199), qui montrent :
- que le nombre des ordinations pour la forme extraordinaire, équivalents à des prêtres diocésains, sont environ de 15% ;
- que les séminaristes pour la forme extraordinaire, équivalents à des séminaristes diocésains, sont environ 20% de l’ensemble des séminaristes français ;
- que les rentrées de candidats (spiritualités), équivalents aux candidats pour les séminaires diocésains (propédeutiques), étaient environ de 25%.
N’étant pas décomptés les séminaristes diocésains qui expriment le désir de célébrer plus tard selon l’une et l’autre forme du rite romain.

Le blog Perepiscopus (http://www.perepiscopus.org) rapporte d’ailleurs dans un article du 13 mars 2010 cette information : dans un séminaire français s’est constitué un « groupe stable » de 9 séminaristes (représentant de fait le quart des séminaristes proprement diocésains de ce séminaire) qui a formulé une « demande » selon le Motu Proprio Summorum Pontificum auprès du supérieur, le Père B. : demande de la célébration, une fois par semaine, d’une messe selon la forme extraordinaire. Le supérieur, pour l’instant, n’a pas donné suite.

C/ Les demandes proprement dites adressées par des groupes stables à des curés de paroisse :

Nous renvoyons à l’analyse de notre lettre n°185 :
- 350 groupes de familles catholiques ont présenté une demande formelle (généralement matérialisée par une ou plusieurs lettres).
- Plus de 600 groupes ont entrepris des démarches identiques mais de manière informelle (demandes orales pour la plupart).

[christus.imperat.over-blog] Soutenons le pape Benoît XVI - Lettre de soutien de fidèles catholiques

SOURCE - christus.imperat.over-blog - 14 mars 2010

Très Saint Père,

Il y a un an, alors que vous travailliez à l’unité des Catholiques en levant les sanctions des évêques de la Fraternité Saint-Pie X, vous étiez la cible de tous ceux qui voulaient freiner le rayonnement de l’Église dans le monde. Non contents d’être parvenus à discréditer son image à travers votre personne, les mêmes médias qui font pourtant quotidiennement la promotion de l’immoralité, lancent aujourd’hui de nouvelles campagnes pour vous compromettre par l’amalgame et la calomnie, n’hésitant pas à souiller votre passé et la réputation de votre famille.

Refusant de s’attaquer aux sources des méfaits qu’ils dénoncent que sont l’impureté, l’impudicité et la liberté de diffusion cybernétique qu’ils défendent parallèlement, ils s’en prennent paradoxalement aux exceptions trouvées parmi les prêtres, eux qui constituent le corps le plus préservé car le plus proche du Christ, eux qui démontrent, par leur engagement, que nous sommes tous appelés à la chasteté à travers nos différents états de vie.

Bien convaincus qu’ils n’agissent que dans l’unique but de s’en prendre au message de l’Évangile, à la Tradition de l’Église et pour exercer une pression étrangère afin de mettre à mal le célibat sacerdotal, nous venons vous assurer de nos prières pour votre ministère. Qu’elles vous aident à assumer la mission que Dieu vous a confiée, à « insister à temps et à contretemps » sur ce que ce monde ne veut plus entendre. Que Marie, notre Mère du Ciel, protège votre pontificat !

Pour signer la lettre, cliquer sur cette page.

[Perepiscopus] Un film de la Congrégation pour le clergé bouscule les séminaires de France

SOURCE - Perepiscopus - 13 mars 2010
À l'occasion de l'Année sacerdotale, la Congrégation pour le clergé a réalisé un film d'une demi-heure sur le prêtre, intitulé Alter Christus, avec, comme principale référence le saint curé d'Ars. Il est possible de le voir, en trois parties, sur You Tube, en langue française, italienne, espagnole et allemande (ALTER CHRISTUS 1, ALTER CHRISTUS 2, ALTER CHRISTUS 3).

Outre des extraits de discours des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, on note les interventions et témoignages de nombreux cardinaux, évêques et prêtres, dont le cardinal préfet Cláudio Hummes (Congrégation pour le clergé), le cardinal préfet Antonio Cañizares (Congrégation pour le culte divin), le cardinal président émérite Julián Herranz (Congrégation pour l'interprétation des textes législatifs), l'archevêque secrétaire Mauro Piacenza (Congrégation pour le clergé), Mgr Guido Marini (maître des cérémonies liturgiques du souverain pontife)… Ce document très pédagogique, magnifiquement réalisé, met en évidence la beauté du sacerdoce et du don de soi des prêtres à travers le monde.

Mais quel rapport avec nos évêques ? Ce film agite les séminaires diocésains français en donnant un appui officiel et romain à une tendance qui ne cesse de croître parmi les séminaristes de notre pays. L’écho que trouve cette vidéo dans les séminaires de France (dont les chiffres globaux n’ont jamais été aussi bas) est très significatif du renversement de tendance qui s’est produit chez les futurs pasteurs de nos paroisses. Les supérieurs de séminaires, hommes souvent « classiques » ma non troppo, tentent de faire barrage à cette vague de plus en plus traditionnelle. Anecdote significative : dans un séminaire s’est constitué un « groupe stable » de 9 séminaristes (représentant de fait le quart des séminaristes proprement diocésains de ce séminaire) qui a formulé une « demande » selon le Motu Proprio Summorum Pontificum auprès du supérieur, le P. B. : la célébration, une fois par semaine, d’une messe selon la forme extraordinaire. Le supérieur, pour l’instant, n’a pas donné suite.

Si quelqu'un trouve ces vidéos sur le site de la CEF, qu'il ait l'amabilité de me prévenir...

13 mars 2010

[Olivier Figueras - Monde et Vie] La messe en latin pour tous

SOURCE - Olivier Figueras - Monde et Vie - 13 mars 2010

Le monastère du Barroux réédite un manuel complet de chant grégorien à l’usage des paroisses. Une occasion pour le cardinal Canisarès, préfet de la Congrégation pour le Culte divin de réaffirmer : le rite traditionnel, c’est pour tout le monde!

Poursuivant son travail de réenracinement liturgique, l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux vient de publier – après le Missel quotidien complet il y a déjà vingt ans (mais toujours disponible), et en coédition avec l’organisme officiel du Saint-Siège en charge de la musique sacrée, la Consociatio Internationalis Musicæ Sacræ – une réédition du Missel vespéral grégorien noté, connu sous le nom de «804», tel que paru en 1956 à Solesmes, mais mis à jour selon les rubriques de 1962. Ce missel de quelque 2 336 pages comprend le texte latin et français de la messe et des vêpres de tous les dimanches et fêtes, avec les mélodies des parties chantées en notation carrée. Destiné à la forme extraordinaire du rite romain, le livre contient cependant une table de correspondance pour ceux qui voudraient l’utiliser pour chanter les pièces grégoriennes dans la forme ordinaire.

Au-delà de l’intérêt incontestable de ce missel, il convient de noter que celui-ci contient en outre une préface, en date du 18novembre 2009, du cardinal Cañizares Llovera, actuel préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

Le cardinal note tout d’abord l’intérêt de cette édition du Liber usualis. «En effet, écrit-il, puisque le dernier Concile du Vatican “reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine” qui “doit occuper la première place” (SC 116), il est important que pour la “participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même” (SC 14) les fidèles puissent disposer des instruments qui leur permettent d’atteindre ce but plus efficacement.»

Mais le cardinal ne se contente pas de ce satisfecit. Il souligne que ce 804 «va plus loin dans le sens des vœux du Saint-Père Benoît XVI, pour qui “les deux formes d’usage du rite romain peuvent s’enrichir réciproquement”, contribuant ainsi à ce que “dans la célébration de la Messe selon le missel de Paul VI, [soit] manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien”», ainsi qu’il l’indique dans la lettre aux évêques accompagnant le Motu proprio Summorum pontificum.

Enfin, le cardinal, comme il l’a déjà affirmé à plusieurs reprises, entend sortir de la dialectique qui consiste à considérer une messe en latin et en grégorien «comme rétrograde et anti-conciliaire». «Avec le Motu proprio Summorum pontificum, poursuit-il, “la volonté du Pape n’a pas été uniquement […] de se limiter à répondre aux justes aspirations des fidèles qui se sentent liés, pour diverses raisons, à l’héritage liturgique constitué par le rite romain ; il s’agissait aussi, tout particulièrement, d’ouvrir la richesse liturgique de l’Eglise à tous les fidèles, rendant ainsi possible la découverte des trésors du patrimoine liturgique de l’Eglise à ceux qui les méconnaissaient encore”.»

Le cardinal cite ici la préface qu’il avait accordée, le 8avril dernier, à l’édition espagnole du livre de Mgr Nicola Bux : La réforme de Benoît XVI. Dans cet ouvrage, cette citation se poursuivait ainsi : «Combien souvent l’attitude de ceux qui les méprisent n’a d’autre cause que cette ignorance! Voilà pourquoi, sous ce dernier point de vue, le Motu proprio garde toute sa signification bien au-delà de l’existence ou non de conflits : n’y eût-il jamais eu le moindre “traditionaliste” à satisfaire, cette “découverte” eût été suffisante pour justifier les dispositions du Pape.»

Il faudrait lire en leur entier ces deux textes du cardinal Cañizares. Ils affirment pleinement, à la suite du Motu proprio, que la forme extraordinaire du rite romain, que la messe de saint Pie?V, ne doit pas être confinée dans les sacristies traditionalistes, mais être mise à la disposition de tous les fidèles.

Il y a vingt ans, préfaçant le Missel quotidien complet édité par le Barroux, celui qui n’était alors que le cardinal Ratzinger affirmait : «Cette liturgie, dont le Pape Jean-Paul II a bien voulu concéder l’usage à tous ceux qui y sont attachés, fait partie intégrante de “la richesse que représente pour l’Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat” (cf. Motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988).»

Cette formulation plus restrictive n’était assurément, dans la pensée de son auteur, qu’une étape sur le chemin que Benoît XVI a désormais ouvert.

Olivier Figueras

* Missel vespéral grégorien, «804», 14 x 20 cm, relié toile, 6 signets, 2 336 pages, 2010, 55 €. Tous renseignements sur www.barroux.org.

* Voir aussi le Missel quotidien complet, 10 x 16cm, 2 088 pages, 49 € ; et La réforme de Benoît XVI, par Nicola Bux, 208 pages, 17,90 €, publié l’année dernière en français par les Editions Tempora.

[Daniel Hamiche - Monde et Vie] Émotion à l’archevêché : un tiers des pratiquants parisiens veut la Messe traditionnelle!

SOURCE - Daniel Hamiche - Monde et Vie - 13 mars 2010

Autant que les faits, les chiffres sont têtus ! Et ceux qu’expose le dernier sondage réalisé pour Paix Liturgique par Harris Interactive sur l’intérêt des catholiques pratiquants de l’archidiocèse de Paris pour la «forme extraordinaire» du rite romain démontrent que l’affirmation répétée du cardinal André Vingt-Trois sur l’offre satisfaisante, selon lui, de la messe traditionnelle à Paris n’est qu’une présomption.

La première question de ce sondage, même si elle ne touche pas directement au cœur de l’affaire, révèle une catastrophe. Sur les 1 785 sondés résidant à Paris, seuls 850 (47,6%) se disent catholiques. Les catholiques sont donc devenus minoritaires dans la capitale de la «fille aînée de l’Église». C’est là une terrible leçon.

Il en est une seconde que l’on peut tirer de la deuxième question posée donc aux seuls catholiques, quant à leur pratique religieuse. Ils ne sont que 9,9% à aller à la messe tous les dimanches, 3,5% à ne s’y rendre qu’une fois par mois, 16,7% à limiter leur pratique aux grandes fêtes, 43,8% à s’y rendre occasionnellement (baptêmes, mariages, obsèques…) et 26,1% à ne jamais mettre les pieds à l’église…

Que le passage du nombre des catholiques de l’archidiocèse sous la barre des 50% de la population parisienne ne puisse être directement porté au débit de la hiérarchie ecclésiale est en partie une évidence : l’afflux d’une immigration notamment musulmane a évidemment bouleversé la sociologie religieuse de la capitale sans que les hiérarques catholiques n’y aient pu mais. En partie seulement toutefois, car l’Église de Paris ne se distingue guère depuis des décennies par une évangélisation signalée envers les musulmans… Ce mauvais chiffre est aussi une conséquence de la fausse conception d’un “dialogue interreligieux” mâtiné de relativisme.

Par contre, une pratique religieuse à moins de 10% chez les catholiques de la capitale met le doigt là où ça fait mal : la faillite des différentes “pastorales” expérimentées depuis un demi-siècle et la très relative séduction de la nouvelle Messe sur le peuple catholique. C’est un curieux paradoxe que véhicule le discours “liturgiquement correct” : l’ancienne Messe fut rejetée au nom de son manque de “participation” alors même qu’elle rassemblait un nombreux troupeau, tandis que la nouvelle, soi-disant plus “participante”, et supposée rassembler un plus nombreux troupeau encore, l’a vu non point s’y égayer mais s’en égailler… Simple remarque en passant.

Si une bonne majorité des catholiques parisiens (54,7% contre 45,3%) sait que Benoît XVI a rendu sa liberté à la «forme extraordinaire», c’est encore une majorité (50,6% contre 24,5%) qui trouve normale la “cohabitation” des deux formes du rite romain dans le cadre de sa paroisse. Cette dernière question est très intéressante puisqu’elle n’était pas posée en général mais explicitement dans le cadre de la paroisse fréquentée habituellement par le sondé: 1 catholique sur 2 n’y voit rien à redire, alors qu’il ne s’en trouve que 1 sur 4 pour le contester.

La dernière question de ce sondage affine l’analyse et les résultats sont proprement sidérants.

Chez les missalisants réguliers (messe dominicale hebdomadaire), 24% assisteraient volontiers à la Messe célébrée selon la forme extraordinaire chaque semaine (4% une fois par mois, 2,5% pour les grandes fêtes et 40% occasionnellement).

Plus intéressant encore, 10% de ceux qui ne vont à la Messe qu’une fois par mois disent être d’accord pour assister à la forme extraordinaire chaque semaine ! Oui, vous avez bien lu : une offre généralisée en paroisse de la Messe traditionnelle ramènerait 10% de catholiques parisiens à une pratique régulière et conforme au commandement de l’Église, ce qui ferait quasiment doubler le nombre de missalisants réguliers à Paris sans qu’il soit besoin de procéder à des campagnes d’affichage dispendieuses ou à la mise en place de nouvelles pastorales-usines à gaz…

Supposons juste l’estimation selon laquelle chaque dimanche 4 000 fidèles assistent à la Messe traditionnelle à Paris (pour un nombre total de missalisants de 100 000, soit, 4% des pratiquants réguliers), les résultats apportés par ce sondage permettent d’extrapoler à 35 000 (soit le tiers) le nombre de missalisants parisiens qui pourraient assister à la forme extraordinaire chaque dimanche si l’offre était plus généreuse, c’est-à-dire dans chaque paroisse de la capitale et à un horaire normal.

Paix Liturgique a adressé au cardinal Vingt-Trois une copie de ce nouveau sondage avant de le rendre public : l’archevêque de Paris en a fait accuser réception une semaine plus tard sans commentaires particuliers… Il se trouvera certainement quelqu’un dans son entourage pour le lui expliquer afin qu’on ne l’entende plus jamais dire qu’à Paris «la demande est satisfaite» : les résultats que je viens de signaler disent tout le contraire…

Daniel Hamiche

[Daniel Hamiche - Monde et Vie] La «divine surprise» du cardinal Vingt-Trois?

SOURCE - Daniel Hamiche - Monde et Vie - 13 mars 2010

Ce n’est pas offenser l’archevêque de Paris que de constater qu’il ne comprend rien aux catholiques traditionalistes, et qu’il comprend encore moins pourquoi Rome s’intéresse tant à eux. Pour lui, il le dit, verbatin, jusqu’à Rome à qui veut l’entendre, les tradis ce sont des «maurrassiens», et les demandeurs de la Messe traditionnelle des «em…». Il est à craindre que les révélations du dernier sondage de Paix Liturgique sur l’archidiocèse de Paris aient sérieusement secoué le cardinal président de la Conférence épiscopale : 35% des catholiques pratiquants parisiens seraient donc des «maurrassiens», puisque, il y a 35% de fidèles qui, d’après le sondage, désirent profiter de la forme extraordinaire de la Messe tous les dimanches dans leurs paroisses. Les «maurrassiens» seraient-ils devenus le «premier parti» dans l’Église ? Evidemment non. Reste que pour le cardinal Vingt-Trois, les résultats de ce sondage ne constituent assurément pas une «divine surprise».

D.H.

[Mgr Williamson] Soixante-dix ans

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison CXXXIX - 13 mars 2010

Tout d'abord et avant tout, permettez-moi de remercier chaleureusement ceux qui, parmi vous, ont pris le temps pour me faire parvenir de manière ou d'autre en début de semaine leurs vœux pour l'anniversaire de mes 70 années passées ici-bas. En toute vérité, je peux affirmer que depuis mon ordination sacerdotale par Mgr Lefebvre en 1976, j'ai eu beaucoup de joies, et toutes sont venues de Dieu. C'est lui qu'il faut remercier.

Non pas que la première moitié de ces années ait été triste pour autant, bien au contraire. Avec la sagesse du recul, je vois maintenant comment Dieu pendant tout ce temps m'a conduit pas à pas vers la prêtrise, sans que je me sois rendu compte de ce qu'il faisait ! Il est infiniment bon, infiniment plus bon qu'on ne peut l'imaginer, « Car sa miséricorde dure éternellement ». Jeunes gens, répétez-vous souvent avec les Français : « Si tu veux être heureux pour trois heures, saoule-toi ; pour trois mois (c'est poli - la version officielle dit, trois jours), marie-toi ; pour le reste de ta vie, fais-toi prêtre ». La vie d'un prêtre peut être fatigante souvent, mais elle est lumineuse et heureuse, comme le dit Maria Valtorta dans le « Poème de l'Homme-Dieu ».

Beaucoup d'entre vous m'écrivirent aussi quelques mots d'encouragements et de consolation pour ce que vous perceviez comme une lourde croix : cet « exil interne » d'une année qui me frappa suite à l'expression publique que je fis de mon doute sur un dogme fondamental du Nouvel Ordre Mondial. Ne vous en faites pas ! En premier lieu, rappelez-vous qu'en tout lieu contrôlé par le Nouvel Ordre (et c'est dans les faits pratiquement partout), le champ qu'il laisse libre à ses ennemis pour leurs manœuvres est le plus petit possible. Et si cela nous afflige, alors sachons y reconnaître une juste punition de Dieu pour ce crime par lequel nous le supposons aussi libéral que nous le sommes nous-mêmes. Donc ses amis ont une liberté de manœuvre bien rétrécie.

En second lieu, laissez-vous rassurer que cette année d'exil n'a pas été l'année de souffrances et de tribulations que certains d'entre vous imaginent. Dans le quartier général de la Fraternité St Pie X d'Angleterre, ici à Wimbledon, mes collègues sacerdotaux m'ont réellement choyé. Après 32 années de la vie ascétique que mène le professeur ou directeur d'un séminaire, cette année sans obligations et avec une vie apostolique des plus réduites m'a offert un grand repos. Sans compter que ce retour dans mon pays natal comme un vieillard me permet de voyager gratuitement dans les transports publics londoniens, ce qui m'a donné la liberté de ma ville natale, liberté inconnue dans mes années «de salade et de verdure » (Antoine et Cléopâtre, Shakespeare). L'un dans l'autre, cet « exil » jusqu'à présent a ressemblé plutôt à ce que les Français appellent « une douce violence », ou une souffrance assez agréable.

De toute façon, cela durera ce que Dieu veut, et pas plus. Dans l'hémisphère nord, le printemps s'approche. J'ai déjà vu voltiger par ma fenêtre plusieurs sortes d'oiseaux, volant deux à deux. Ma foi, que la Troisième Guerre Mondiale arrive, ce sera à l'heure fixée par Dieu (et pas par ses ennemis), et Hamlet aura toujours raison de paraphraser l'Evangile : « Il y a une providence spéciale pour la chute d'un moineau ... que ce soit à présent ou pour plus tard, soyons prêts » (« Hamlet », Shakespeare). Dans la bouche du Prince de Danemark cela veut dire, soyons prêts à mourir. Que Dieu veuille bénir ceux qui m'ont envoyé leurs vœux, comme ceux qui y ont pensé.

Kyrie eleison.

12 mars 2010

[Abbé Guillaume de Tanoüarn - IBP Roma] Un dîner théologique

SOURCE - IBP Roma - 12 mars 2010
Avant-hier soir, à la Maison, l’abbé René-Sébastien Fournié avait organisé un dîner chaleureux avec Monseigneur Guido Pozzo, responsable de la Commission Ecclesia Dei devant le cardinal Levada, Préfet du Saint-Office. Au menu : verrines et magrets, une petite pause dans le Carême. Monseigneur Pozzo restera très sobre toute la soirée, mais ses saillies n’en sont que plus nombreuses. Il parle de ce qui l’intéresse, de ce qui le passionne même : la théologie. Et de déplorer l’absence de systématiciens originaux. La théologie d’aujourd’hui dans le meilleur des cas est une redite soupire-t-il. Le cardinal Ratzinger demeure, seul véritable théologien, dans un monde qui n’en a plus. La raison ? Comme le Père Garrigou-Lagrange, même si ce n’est pas dans les mêmes termes, Monseigneur Pozzo attribue la crise de la théologie à la crise de la métaphysique, ou plus exactement à l’absence de métaphysique qui caractérise l’homme d’aujourd’hui. Emporté par son élan, il évoque sa propre thèse de théologie, soutenue naguère sur Hans Küng, et il stigmatise les théologiens radicaux de cette espèce qui ont placé la foi pure dans une sorte d’ailleurs inaccessible. Résultat ? la théologie radicale consiste à utiliser les catégories d’une culture mondaine pour dire la foi à un moment de l’histoire. Et puis il faut recommencer quand la culture change. Vu comme ça, Hans Küng est une sorte de Sisyphe, qui n’en finit pas de monter son rocher. Et pas seulement celui-là souligne-t-il. Dans ses Entretiens sur la foi justement, le cardinal Ratzinger s’est attaqué aussi à ceux qui cherchaient uniquement à trouver des intermédiaires entre la foi et la culture dominante. Cette recherche est vaine, martèle mons. Pozzo, décidément très en forme. Au café, nous essayons de descendre de ces hauteurs…

Mais le ton de la rencontre est donné. Toujours précis, toujours spéculatif, dans une sorte de… gouaille (c’est le mot qui me vient à l’esprit, moi qui suis parisien), mons. Pozzo nous parle du Concile : on peut déclarer que quelques points traités au Concile reste ouverts ou que le lien de certains exposés conciliaires avec la Tradition est problématique, mais la question est de savoir si une herméneutique de continuité est possible (si on reconnaît cette possibilité, on est catholique) ou bien si elle n’est pas possible – et cela, nous dit-il d’une voix forte, ce n’est pas catholique. Sono eretici ! Ils sont hérétiques ceux qui prétendraient que Vatican II ne peut pas recevoir une interprétation correcte de la part du Magistère.

On sent que tout l’effort de ce théologien de profession qu’est mons. Pozzo, c’est d’affirmer et de réaliser la continuité réelle (et non seulement verbale ou fictive) entre le Concile, l’enseignement qui le précède et l’enseignement qui le suit. En l’écoutant je pensais à une formule du cardinal Ratzinger dans Le sel de la terre, que je modifie quelque peu pour faire porter sur la théologie (et sur monseigneur Pozzo) ce qui à l’origine désigne la liturgie : « Celui qui considèrerait comme absolument faux tout ce que l’Eglise a tenu de plus vrai depuis son commencement, celui-là c’est la crédibilité de l’Eglise qu’il met en cause ». Monseigneur Pozzo est un beau défenseur de cette Institution ecclésiale qui a besoin de continuité pour affirmer à la face du monde sa fonction salvifique.

[summorum-pontificum.fr] Le curé d'Ars et la messe traditionnelle à Mantes (78)

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 12 mars 2010

Les catholiques du diocèse de Versailles pourront se recueillir le mardi 23 mars devant les reliques du saint curé d’Ars. En cette Année sacerdotale, y a-t-il une meilleure manière de prier pour le sacerdoce catholique ? C’est à la Collégiale de Mantes-la-Jolie qu’aura lieu cette journée particulière de prières, avec un ensemble de messes, de chapelets, de méditations et de conférences proposés aux fidèles à partir de 8h30.

Mais pourquoi en parler sur ce blog, me direz-vous ? Tout simplement parce que dans le cadre de cette journée une messe traditionnelle a été prévue par le curé de la Collégiale, le soir à 20h00, c’est-à-dire à une heure accessible par tous, notamment pour ceux qui travaillent. C’est normalement l’abbé Long, curé de Bonnières-sur-Seine, dont dépend la chapelle de Rolleboise, desservie par l’abbé Paul Aulagnier, de l’Institut du Bon-Pasteur, qui devrait célébrer cette messe.

On raconte que le doyen dont dépend Mantes n’était pas très favorable à la célébration de cette messe, mais que celle-ci a été maintenue, notamment avec le soutien de Mgr Aumonier, évêque de Versailles. Pour une fois, je suis particulièrement heureux de souligner ce dernier aspect. 

9 mars 2010

[Abbé de Tanoüarn, ibp - Le Forum Catholique] Noël en Carême...

SOURCE - Abbé de Tanoüarn, ibp - Le Forum Catholique - 9 mars 2010
Cher Noël, chère Gentiloup, chers amis de la FSSPX,

Avec beaucoup d'habileté, Mgr Fellay parle comme si les discussions n'avaient pas encore commencé ce qui lui permet de n'en rien dire. La réalité (les faits sont têtus) c'est qu'il y a eu déjà deux longues discussions, au cours desquelles chacun a pu se faire une idée de ce que voulait l'autre, Ecône d'un côté et Rome aussi. Je ne suis pas sûr que le premier bilan soit très positif pour être ainsi passé à la trappe par Mgr F.

Noël voudrait que les communautés ED s'unissent à la FSSPX sur diverses campagnes militantes, relevant d'ailleurs souvent d'avantage d'actions vraiment "politiques". Les communiqués incendiaire de religieux qui n'ont pas en main toutes les données et se contentent d'agiter un drapeau rouge de manière assez vaine n'ont pas leur place me semble-t-il. J'ai connu une époque où Suresnes et le District comprenaient très bien cela. Est-ce une évolution de la FSSPX, que j'ai connue naguère beaucoup plus prudente sur ce genre de sujet ? L'avenir nous le dira. Quant au Communautés ED, elles font confiance à des publications libres, qui font très bien ce genre de travail de dénonciation.

Pour s'unir à la FSSPX aujourd'hui, encore faudrait-il savoir où elle va, et le Saint Esprit seul en sa Préscience... Gentiloup pense le savoir. Elle est très catégorique pour dire qu'il n'y aura jamais d'accord avant que l'Eglise se soit restaurée de l'intérieur (autant dire jamais car les restaurations, a ne marche pas en histoire). Jamais d'accord ? C'est effectivement une interprétation possible de l'attitude de Mgr F. et des trois autres évêques. Il y en a d'autres... Cela a pu se lire sous leur plumes. Il y a d'autres lectures. En tout cas c'est le manque de lisibilité qui fait l'isolement de la Vieille maison. Qu'elle ne s'en plaigne pas. On ne peut pas s'associer avec des gens dont on ne perçoit plus l'identité spirituelle, catholique ou résolument dissidente.

Résolument dissidente ? C'est ce que laisse penser les attaques ad hominem, qui ont remplacé trop souvent le travail de fond. On crie avant d'avoir mal, on ne sait pas ce qui va se passer et on attaque. Mais on se garde bien soi-même d'avoir aucun discours précis en public (au motif que "ces choses là" se traitent dans le secret, comme si le dogme catholique relevait de je ne sais quel secret initiatique). "ce que vous avez entendu au fond de votre chambre, si vous avez la conscience tranquille, proclamez le sur les toits !

Cher Noël, si vous voulez un travail de fond sur le Concile, lisez mieux mon Metablog, sur lequel la première conférence est publiée. Les autres suivront, mais si vous n'avez pas la patience d'attendre au fond de votre Province, je peux vous envoyer les enregistrements. il suffit de les demander : vous verrez que cette eau de rose est plutôt corsée ! A l'IBP, sans tapage inutile, que ce soit sur le Blog Disputationes theologicae ou sur le mien, s'opère une lecture critique du Concile, qui vise non à se faire passer pour les purs d'entre les purs, mais à travailler, en restant à notre place, à l'à venir de notre Eglise bien aimée.

J'invite tous les Parisiens qui le souhaitent à venir dimanche prochain à 18 H au Centre Saint Paul. le sujet ? Vatican II et le culte chrétien.

[summorum-pontificum.fr] Petite analyse d’un article de La Croix

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 9 mars 2010
Ce dimanche 7 mars, le journal La Croix, quotidien officiellement officieux ou officieusement officiel de l’épiscopat français, vient de consacrer un article de « philologie » à la mouvance traditionnelle, sous la signature de l’inénarrable Isabelle de Gaulmyn.

Je me propose de publier d’abord un passage de cet article (précédé d’une lettre) suivi de mes commentaires (précédés de chiffres).

A]

« Intégristes ou traditionalistes? De plus en plus de lecteurs reprochent  à La Croix la terminologie par laquelle nous classons les catholiques se réclamant de la fraternité saint Pie X, celle fondée par Mgr Lefebvre. C’est qu’autrefois, les choses étaient relativement claires: il y avait deux sortes de fidèles attachés au rite ancien (préconciliaire): les catholiques qui se situaient dans l’Eglise, et que l’on nommait les « traditionalistes ». Et les catholiques se proclamant hors Eglise, schismatiques, dont les membres de la fraternité saint Pie X,  eux aussi attachés au rite ancien, que l’on désignait donc sous le terme d’ « intégristes »… »

1°) Ils doivent être nombreux ces lecteurs pour que La Croix se décident ouvertement à les prendre en compte. C’est un fait, un fait positif. L’action auprès des autorités et de la presse, fonctionne dès lors que la mobilisation est importante et constante. Cela doit être le cas.

2°) « autrefois, les choses étaient relativement claires » (comme au temps du Mur de Berlin ?). Claires, pour qui ? Pas si claires, en fait, puisque sur cet autrefois, la journaliste dit aujourd’hui n’importe quoi. Quoi que l’on pense de la Fraternité Saint-Pie X, ou pour être plus exact, quoi qu’en pense Isabelle de G., la Fraternité Saint-Pie X ne s’est jamais « proclamée » en dehors de l’Église, ni de ce fait, schismatique. Elle a toujours refusé et elle refuse toujours cette présentation ainsi que le terme intégriste qui lui est attribué pour désigner ses prêtres et ses fidèles.

3°) Toujours sur l’autrefois, on conseillera à Isabelle de G. – il n’est jamais trop tard pour bien faire – de lire, par exemple, Intégrisme, histoire d’une histoire de Jean Madiran. Pour la (petite) histoire, le livre date de 1964…

4°) Le rite ancien n’est pas seulement le rite préconciliaire et il n’est pas d’abord ancien : il est traditionnel. Il n’est pas seulement préconciliaire (même s’il le fut) : il est aujourd’hui l’une des deux formes du rite romain.

B]

« Désormais, c’est beaucoup plus compliqué… Certes, Benoît XVI, en libéralisant le rite ancien, ou préconciliaire, (la messe en latin) a contribué à brouiller les cartes. Mais ce sont surtout les comportements de ces catholiques-là qui ont changé. Certains vont se dire de l’Eglise catholique, donc fidèles au pape, mais refuser d’obéir aux évêques. D’autres se proclament hors de l’Eglise telle qu’elle est, tout en se reconnaissant proches de tel évêque, pourtant nommé par le pape. Et entre ces deux, tous les cas de figures sont possibles : participer de temps en temps à une célébration de la fraternité Saint Pie X, et en même temps pratiquer dans sa paroisse « classique », n’aller qu’à des messes en rite ancien tout en proclamant sa fidélité à Rome, et souvent, un peu de tout cela à la fois… Bref, il devient de plus en plus difficile de qualifier tous ceux qui suivent les messes de la fraternité saint Pie X d’«intégristes ». Terme qui en plus sous-entend une forme de violence que, de fait, ils n’ont pas… »

1°) Admirable exercice de style. Comment faire des reproches au Pape sans en avoir l’air. Le très embêtant Benoît XVI a compliqué une situation qui était très simple (même si elle était fausse et injuste). Il a brouillé les cartes, expression qui laisse entendre qu’il avait peut-être des intentions pas très…catholiques. De qui parle ensuite Isabelle de G. ? Les cas de figure qu’elles évoquent se retrouvent peu ou prou partout dans l’Église. Tel qui refuse d’obéir au pape mais à tel évêque. Tel qui refuse d’obéir à toute autorité sauf à sa perception des choses (très très répandu) ; tel qui va dans sa paroisse ou qui ne va pas du tout à la messe ou qui va chez le Pasteur ou qui se contente de la messe à la TV sans être malade. Etc. Comment faut-il les appeler ? Des intégristes, eux aussi ?

2°) Notons quand même une reconnaissance : le terme intégriste « sous-entend une forme de violence » que de fait la Fraternité Saint-Pie X n’a pas. Même à La Croix, les choses évoluent.

C]

« Preuve que, même lorsque l’on se dit attaché à « la tradition », on n’échappe pas à son époque. Car ces catholiques-là ne sont pas plus à l’abri que d’autres de comportements individualistes, typiques de notre post modernité : chacun choisit ses propres modalités de pratiques et d’appartenance,  revendiquant le droit de piocher ça et là, et surtout, sans vouloir se faire étiqueter dans un camp plus que dans l’autre, ni sans se mettre sous une hiérarchie plus qu’une autre…  Intégristes ou traditionalistes? En tous les cas, postmodernes… »

1°) Belle reconnaissance sans en avoir l’air. Nous sommes bien d’accord que nous sommes contaminés par la modernité et ses avatars. Comme les autres, qui ne le savent pas plus souvent que les fidèles attachés à la Tradition. Seulement, ces derniers prennent conscience que pour se soigner il vaut mieux recourir à la messe traditionnelle et aux sacrements plutôt que d’aller courir la dernière des nouveautés, en se pensant en pleine forme. La différence, c’est que les fidèles attachés à la Tradition pensent que ce bricolage religieux n’est pas un bien, favorisé qu'il est par un relativisme dont certains trouvent les racines dans des textes équivoques de… Vatican II. 

[Mgr Fellay - Fideliter - DICI] Les conversations romaines : Quelques perspectives

SOURCE - Mgr Fellay - Fideliter - DICI - 9 mars 2010

Entretien avec Mgr Bernard Fellay paru dans Fideliter, revue du District de France de la Fraternité Saint-Pie X.

Monseigneur, merci d’accepter de répondre à nos questions. Qu’est-ce qui fait la différence entre ces entretiens doctrinaux et les précédents échanges ayant eu lieu du vivant de Mgr Lefebvre, par exemple à propos des Dubia ?
Auparavant, les échanges étaient plutôt informels, sauf en quelques rares occasions, comme au début du pontificat de Jean-Paul II. Mgr Lefebvre, tout en présentant les principales objections aux nouveautés – et en protestant énergiquement contre les scandales qui secouaient l’Eglise -, cherchait alors un accord plutôt pratique : il pensait que Rome pourrait lui laisser faire « l’expérience de la Tradition » en accordant à la Fraternité Saint-Pie X une régularisation canonique avant tout débat de fond. Après 1988 il a clairement indiqué la marche à suivre : porter la discussion sur le terrain doctrinal, sur l’essence même de la crise qui fait tant de ravages. Aujourd’hui, le Saint-Siège nous a accordé sans contrepartie ces fameux entretiens doctrinaux, de manière officielle. Cela sera pour nous l’occasion de témoigner de la foi et de nous faire l’écho de 2000 ans de Tradition, sans nous priver de reprendre certaines études, comme justement les Dubia sur la liberté religieuse qui, à l’époque, n’avaient pas obtenu de réponse satisfaisante.
Seule la Fraternité a obtenu ces entretiens, sérieux et presque solennels. Aucune communauté Ecclesia Dei n’en a obtenu. A votre avis, est-ce le signe du bien-fondé de notre attitude de résistance et de refus d’un compromis ou d’une reconnaissance canonique équivoque, ou bien est-ce le signe que les communautés Ecclesia Dei n’ont finalement plus grand chose qui les distingue de la ligne conciliaire ?
C’est sans doute le signe des deux.
Pouvez-vous nous donner une liste exacte des thèmes abordés, Monseigneur ?
Vous les trouvez dans le communiqué de presse qui a suivi la première rencontre, le 26 octobre dernier : « En particulier seront examinées les questions concernant la notion de Tradition, le Missel de Paul VI, l’interprétation du Concile Vatican II en continuité avec la Tradition doctrinale catholique, les thèmes de l’unité de l’Église et des principes catholiques de l’œcuménisme, du rapport entre le Christianisme et les religions non chrétiennes et de la liberté religieuse. »
La philosophie moderne et les nouveaux concepts (témoignage, dialogue, ouverture, engagement, expérience, etc.) seront-ils à l’ordre du jour des discussions ?
Tous ces sujets sont sous-jacents à bien des problèmes touchant la nouvelle ecclésiologie, et il paraît inévitable qu’ils soient évoqués à l’occasion de ces entretiens qui, je vous le rappelle, tournent autour du Concile et de son aggiornamento.
Est-il possible d’observer une discrétion totale autour de ces conversations ? N’y a-t-il pas des bruits qui ont déjà filtré ?
Pas à ma connaissance, si ce n’est quelques aspects secondaires touchant à l’organisation générale de ces conversations.
Quelle est la raison pour laquelle le Vatican et la Fraternité tiennent à garder une si grande discrétion autour des conversations doctrinales ?
Il est très important que le climat des discussions soit paisible et serein. Nous vivons à l’heure de la médiatisation et de la démocratie universelle où chacun juge de tout et donne son opinion sur tout. Les questions de théologie et les enjeux sont tels qu’il est préférable de laisser les choses se faire dans la discrétion. Le moment venu, si nécessaire, il sera toujours temps d’en rendre compte publiquement.
On dit souvent qu’entre Rome et la Fraternité, on ne se comprend pas parce qu’on n’a pas le même langage. Est-ce vrai de nos actuels interlocuteurs romains? Comment faire pour avoir le même langage?
Il est encore trop tôt pour vous répondre. Nous avons en tout cas affaire à de brillants esprits avec lesquels nous devrions pouvoir échanger. La formation philosophique thomiste est bien évidemment la meilleure façon de procéder.
Les théologiens que Rome a choisis sont-ils à votre avis représentatifs du courant général théologique dans l’Église aujourd’hui ? Ou bien sont-ils plus proches d’une tendance particulière ? Leur ligne de pensée est-elle proche de celle de Benoît XVI ?
Nos interlocuteurs me paraissent très fidèles aux positions du pape. Ils se situent dans ce que l’on peut appeler la ligne conservatrice, celle des partisans d’une lecture la plus traditionnelle possible du Concile. Ils veulent le bien de l’Eglise mais en même temps sauver le Concile : c’est là toute la quadrature du cercle.
Les théologiens choisis par le Vatican sont-ils thomistes ? Le sont-ils à la manière traditionnelle ?
Nous le verrons. Nous avons en tout cas affaire à un Dominicain, certes, grand connaisseur de saint Thomas d’Aquin, mais aussi à un Jésuite et à un membre de l’Opus Dei.
Dans les entretiens, quels seront les points de référence, en dehors de la Révélation, de l’Écriture et de la Tradition ? Le Magistère antérieur à Vatican II seulement ? Ou bien celui postérieur ?
Le problème concerne Vatican II. C’est donc à la lumière de la Tradition antérieure que nous examinerons si le magistère post-conciliaire est une rupture ou pas.
Certains craignent que nos théologiens, pris par l’atmosphère des bureaux du Vatican, baissent la garde dans leurs entretiens. Pouvez-vous les rassurer ?
Nous allons à Rome pour témoigner de la foi, et l’atmosphère des bureaux nous importe bien  peu. Nos théologiens se réuniront tous les deux ou trois mois dans une grande salle du Palais du Saint-Office, pas dans des bureaux…
Concernant la durée de ces entretiens, vu la difficulté de la plupart des sujets, qui demandent au moins un ou deux ans chacun, cette durée pourra-t-elle être plus courte que cinq ou dix ans ?
J’espère qu’il n’en sera pas ainsi… en tout cas, lorsqu’on aborde avec une personne, quelle qu’elle soit, la question de la messe, de la liberté religieuse ou de l’œcuménisme, il ne faut pas tout ce temps pour le convaincre !
Ne craignez-vous pas que, dans le cours de ces discussions, Rome en vienne finalement à répondre à nos objections (concernant la liberté religieuse ou la nouvelle messe) par l’argument d’autorité : Rome a décidé ainsi, or elle ne peut pas se tromper, etc. ?
On peut le craindre, bien sûr, mais dans ce cas, cela montrerait que Rome n’avait pas vraiment eu l’intention de discuter. Or le débat sur Vatican II est incontournable. Le récent livre de Mgr Gherardini, théologien romain reconnu, le prouve assez. Vatican II peut être discuté ; il doit l’être.
Ne peut-on pas craindre que ces entretiens débouchent sur des déclarations communes, dans lesquelles les parties s’entendent sur des points communs, mais sans régler les débats de fond, un peu comme pour la Déclaration commune avec les luthériens sur la justification ?
Il n’est pas question de déclarations communes.
Supposons que l’un des théologiens, côté romain, soit amené à se ranger à telle ou telle thèse traditionnelle, par exemple à juger la liberté religieuse comme non conforme à la Tradition, suite à ces entretiens. Que pourrait-il se passer ensuite ?
Ce que la Providence voudra. Nous verrons bien alors ce qu’il conviendra de faire. Nous n’y sommes pas encore.
Les fidèles ont prié le rosaire pour la reconnaissance de la messe traditionnelle et pour la levée des excommunications ; à présent ils prient pour la consécration de la Russie par le pape. Avez-vous le sentiment qu’ils prient également pour le bon aboutissement des entretiens doctrinaux ?
Cela vaut la peine de prier à cette intention, comme l’ont fait les enfants de la Croisade eucharistique au mois de janvier. De notre témoignage de foi peut découler un grand bien pour l’Eglise… En fait, il me semble que les objets de ces croisades du Rosaire sont imbriqués les uns dans les autres : il n’y aura pas de triomphe marial sans restauration de l’Eglise et donc de la messe avec l’enseignement de la foi.

Fideliter mars-avril 2010 – CLOVIS- FIDELITER,  B.P. 118, 92153 Suresnes cedex. Abonnement annuel : 39€ (France) 49€ (Europe) 59 € (Etranger, DOM-TOM). En ligne sur www.clovis-diffusion.com.

[Metablog] intégristes/traditionalistes - La Croix commence sa révolution culturelle

SOURCE - Metablog - 9 mars 2010
«Intégristes ou traditionalistes?» Sous ce titre, Isabelle de Gaulmyn s’interroge dans La Croix sur l’appellation à donner aux fidèles de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Quel bonheur de lire que «de plus en plus de lecteurs reprochent  à La Croix la terminologie par laquelle nous classons les catholiques se réclamant de la Fraternité Saint Pie X». Chouette! pour La Croix, on peut fréquenter les chapelles de la FSSPX, on n’en est pas moins : «catholique».

Catholique oui, mais… catholiques intégristes ou catholiques traditionalistes?

«Autrefois, les choses étaient relativement claires», avec d’un côté les «traditionalistes», et de l’autre «les catholiques se proclamant hors Eglise, schismatiques», que l’on nommait «intégristes», nous dit Isabelle de Gaulmyn. - Lecteur, je sais, tu tiques, tu n’as jamais rencontré dans ta chapelle aucun catholique «se proclamant hors Eglise», inutile de m’envoyer un mail furibard, je tique avec toi. Mais voyons la suite:

«Désormais, c’est beaucoup plus compliqué» estime Isabelle de Gaulmyn. Entre ceux que La Croix nommait ‘traditionalistes‘ mais qui ne suivent pas les évêques d’une part, et ceux qui tout en étant ‘intégristes’ se reconnaissent «proches de tel évêque» d’autre part, c’est effectivement «compliqué», d’autant qu’entre les deux «tous les cas de figures sont possibles» (c’est Isabelle de Gaumyn qui le dit). «Compliqué»? Je pense au contraire que c’est bien simple: les frontières entre les deux milieux sont au pire poreuses, au mieux inexistantes (et ça c’est moi, le webmestre du Metablog, qui le dit).

Quoiqu’il en soit, «il devient de plus en plus difficile de qualifier tous ceux qui suivent les messes de la Fraternité Saint Pie X d’‘intégristes’». D’autant que le terme d’intégristes «sous-entend une forme de violence que, de fait, ils n’ont pas». Alors là! ça fait tellement plaisir à lire que je le remets: Pour Isabelle  de Gaulmyn, journaliste à La Croix, «il devient de plus en plus difficile de qualifier tous ceux qui suivent les messes de la Fraternité Saint Pie X d’‘intégristes’», ce qui serait en plus leur prêter «une forme de violence que, de fait, ils n’ont pas».

Suivent quelques considérations qui ne sont pas fausses: comme tant d'autres, «ces catholiques-là ne sont pas plus à l’abri que d’autres de comportements individualistes», allant «piocher ça et là, et surtout, sans vouloir se faire étiqueter»

Il est dit dans les Saintes Ecritures que «les paroles agréables sont un rayon de miel, douceur pour l’âme et santé pour les os» (Prov. 16:24). Certes, il est dit aussi: «As-tu trouvé du miel, manges-en ce qu’il t’en faut de peur que tu n’en sois repu» (Prov. 25:16), mais à lire La Croix les ‘traditionalistes’ (ex-‘intégristes’ donc) ne risquaient pas jusqu’à maintenant l’indigestion, on peut donc re-relire ce qu'écrit Isabelle de Gaulmyn: «il devient de plus en plus difficile de qualifier tous ceux qui suivent les messes de la Fraternité Saint Pie X d’‘intégristes’», ce qui serait en plus leur prêter «une forme de violence que, de fait, ils n’ont pas».

D’où vient ce changement? J’imagine que La Croix anticipe sur la réintégration, à terme, de la FSSPX dans les structures officielles de l’Eglise. Dans cette optique, soit La Croix continue son hostilité au traditionalisme et devient le journal d’une faction (si importante soit-elle). Soit La Croix change, et alors la Croix reste le journal officieusement officiel de l’Eglise de France, dans toutes ses composantes.

[Abbé de Tanoüarn, ibp - Metablog] Le Centre Saint Paul aborde l'année 2010 de manière sereine - Letrre aux Amis n°16

SOURCE - abbé Guillaume de Tanoüarn, ibp - Metablog - mars 2010

Chers amis,

Avec M. l'abbé Laguérie, supérieur général, présent dans nos murs depuis le mois de septembre, le Centre Saint Paul aborde l'année 2010 de manière sereine.

Et pourtant, nous avons la douleur de savoir notre abbé Alexandre Berche à l'hôpital, après le terrible accident de voiture qu'il a eu en se rendant à Tournan en Brie pour y célébrer la messe, il y a un mois. Il est physiquement hors de danger mais se trouve dans un "coma vigile" et les moments où semble s'établir un contact avec le monde extérieur sont rares. Pour lui, pour nous qui avons été saisis par la soudaineté du drame et qu'il laisse sans son sourire et sans le secours de sa générosité et de son sens de l'organisation, pour sa famille durement éprouvée, je pense en particulier à sa mère, Barbara, qui vient le voir chaque jour, nous vous demandons encore et encore vos prières, sans doute plus nombreuses en ce Carême !

La vie est souvent un sacré mélange, si vous me passez cette expression, qui signifie seulement que c'est toujours Dieu, nous le croyons, nous le savons, qui préside au mélange. Puisque je vous envoie quelques nouvelles, je voudrais aussi vous faire partager les bonnes nouvelles de ces quelques mois.

Et d'abord, nous avons eu la joie, au mois de janvier, de recevoir Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, dans nos murs, ce qui marque l'intérêt que porte l'archevêché de Paris à notre petite communauté traditionnelle. Beaucoup croient qu'il est facile d'obtenir d'avantage que ce que nous avons en ce moment. Bien sûr, nous souhaitons pouvoir célébrer la messe dans une église et normaliser un peu notre situation. Mais je crois qu'il ne faut pas sous estimer ce que nous représentons aujourd'hui dans la Capitale : la seule communauté intégralement traditionnelle, avec tous les offices dans la forme extraordinaire du rite romain et une volonté tranquille de vivre en communion avec notre archevêque. L'expérience est belle. Elle se passe bien grâce à Dieu. Elle est porteuse d'espérance.

Des nouvelles ? Disons que nous nous installons toujours mieux. Je viens d'acheter des bancs pour remplacer ceux qui nous avaient été aimablement prêtés : c'était un investissement important pour notre trésorerie toujours sur le fil, mais un investissement nécessaire, car ces bancs, avec leurs prie Dieu, portent efficacement votre prière, c'est-à-dire notre raison d'être.

Dans le même ordre d'idée, celui de vivre progressivement dans nos meubles, nous avons trouvé sur Internet pour un prix sympathique, un chasublier. On nous l'a apporté de Normandie. Oh ! Ce n'est pas un meuble de style. Il était annoncé comme représentant "l'artisanat de l'Après guerre". Comprenez que c'est sans doute, dans les années 50, l'œuvre d'un curé bricoleur ou de son paroissien généreux. Mais ce meuble permet maintenant à Olivier, notre attentif et dévoué sacristain, de ne pas remuer des montagnes de vêtement pour trouver l'ornement du dimanche ou de la fête. C'est une petite chose ? Sans doute, mais très importante au quotidien et qui vous permet d'avoir facilement sous les yeux des ornements variés, sacralisant notre prière.

Mais venons-en à ce qui est toujours notre essentiel : la foi catholique, enseignée, diffusée par la liturgie et défendue par l'écrit ou par la parole. Juste un petit mot d'abord de Respublica christiana. Le n°2 de notre revue porte sur la signification de la Shoah : 144 pages, un petit Monument, élevé par Laurent Tollinier, rédacteur en chef.

Quant à moi ce qui m'occupe en ce moment, c'est la prédication d'un Carême entièrement consacré au concile Vatican II. Coïncidence (que nous avons un peu aidé à se produire), le choix de Mgr Vingt-Trois s'est porté justement sur ce sujet pour les conférences de Notre Dame... Le Concile a 45 ans, mais il est en pleine actualité. Il me semble pouvoir dire d'ores et déjà que notre critique constructive, au Centre saint Paul, tous les dimanches à 18 H, constitue un vrai succès, et qu'en tout cas elle répond à une attente, lorsque l'on voit l'assistance qui se presse à ces conférences pas forcément très faciles de prime abord. Nous ferons au Troisième trimestre un débat sur ce sujet, avec des catholiques de diverses mouvances. Vous serez bien sûr les premiers prévenus du thème, du lieu et de la date. Il me semble que la trouvaille de notre pape, cette herméneutique de continuité, est en train de rallier tous ceux qui continuent à avoir à coeur l'à venir de notre Eglise bien aimée.

Chers amis, merci à vous, merci de votre présence, sans vous nous ne pourrions rien faire. Avec vous, nous pouvons beaucoup. On oublie trop souvent l'amitié dans l'action. Mais la vraie amitié est efficace. Je crois que notre "amitié saint-Paul" peut et doit être un creuset de grâce. Si vous êtes loin de Paris ou si vous êtes empêchés pour une raison ou une autre de venir jusqu'à nous, priez s'il vous plaît pour nos trois catéchumènes, Zubir, Myriam et Cannelle, qui, durant la Veillée pascale, deviendront fils et filles de Dieu.

Et que la Vierge Marie, Notre Dame de grâces, nous prenne tous sous son manteau.

Bien à vous

Abbé G. de Tanoüarn

[Abbé Philippe Laguérie] Nouvelle attaque de la FSSPX contre l’I.B.P.

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie - 9 mars 2010

La dernière interview de Mgr Fellay dans FIDELITER (N° 194 de mars 2010) recèle un passage particulièrement cocasse. Jugez plutôt :

A la question, à peine tendancieuse et digne des sondages de l’Express, « Seule la Fraternité a obtenu ces entretiens, sérieux et presque solennels. Aucune communauté Ecclésia Dei n’en a obtenu. A votre avis, est-ce le signe du bien fondé de notre (sic ! là l’Express aurait mis votre) attitude de résistance et de refus d’un compromis ou d’une reconnaissance canonique équivoque, ou bien est-ce le signe que les communautés Ecclésia Dei n’ont finalement plus grand-chose qui les distingue de la ligne conciliaire ».

Docte réponse du prélat : « c’est sans doute le signe des deux ».

Pinocchio n’aurait pas fait mieux. A la question « Est-ce vous qui avez raison ou bien sont-ce les autres qui ont tort ? ». Il eût répondu assurément : « c’est un peu les deux, voyez-vous ».

D’autant que le journaliste (Il n’y a que l’abbé Lorans, ou du même acabit, me trompe-je ?) pose évidemment trois ou quatre questions d’un coup pour une seule réponse. Très fort.

Ces discussions doctrinales sont le signe :

Du bien fondé de notre attitude de résistance ?
Du refus de tout compromis ?
D’une reconnaissance canonique équivoque des autres ?
De leur alignement sur la ligne conciliaire ?

Ainsi décortiquée, comme elle aurait du l’être, cette question cornue aurait amené des réponses totalement spécifiques que n’aurait jamais satisfait le péremptoire et flegmatique : « c’est sans doute… »

Laissons à l’histoire future, je vous prie, de juger du bien fondé de votre attitude de résistance quant au fruit de ces discussions. C’est de ça qu’il s’agit, uniquement. Qu’il ait fallu cette attitude pour le maintien de votre œuvre et sa prospérité, c’est une évidence que personne ne vous conteste et surtout pas le pape actuel. Mais en exciper comme démonstration d’un heureux futur est plus qu’hasardeux. Cette manie de se donner raison avant le résultat des courses est assez présomptueuse.

On pourrait de même acquiescer sur le refus de tout compromis, quand il serait défini… Vos prédécesseurs hurlaient au compromis, et même au ralliement, dès lors que Mgr Lefebvre montait à Rome. A ce compte, vous êtes en pleine compromission et déjà largement ecclésia-déistes-ralliés. Passons ! Ces attitudes antécédentes de post-autojustification ne militent guère en faveur de votre assurance, Mss les journalistes de Fideliter. Car j’ose encore espérer que seule la réponse est de Mgr Fellay.

Surtout que ces réflexions ne se bornent pas à vous-même. Votre justification est tellement étincelante qu’elle ne peut s’empêcher d’aller fouiner chez les autres, c’est plus fort que vous. Si nous avons raison, comprenez-vous, c’est parce que les autres ont tort. C’est d’ailleurs la meilleure preuve que nous en ayons. On va finir par croire que c’est la seule, méfiez-vous, et le but recherché.

Ainsi l’I.B.P., qui décidément est votre véritable cible, aurait une reconnaissance canonique équivoque. Ah bon ? Nouveau ça et il fallait le trouver ! Lorans vous dis-je, il n’y a que lui pour inventer un concept aussi tordu que celui de droit équivoque. Rome érige souverainement un institut de Droit Pontifical (qui vous gène, bien sûr) en lui accordant l’exclusivité liturgique et une constructive critique du concile selon une herméneutique de continuité et vous appelez ça un droit équivoque, une reconnaissance canonique équivoque !

Au fait, depuis les « dubia » et le symposium de 2002, dont les chevilles ouvrières furent les abbés Héry et de Tanoüarn, et qui n’étaient que la partie négative du dispositif, où est votre contribution théologique un peu sérieuse au chapitre du concile et de son interprétation ? Pour quelques idées à creuser, reportez-vous aux conférences de l’abbé de Tanoüarn ou sur notre site « Disputationes Theologicae ». Elle est passée, l’époque des dénonciations et des lamentations dans les bulletins des jeunes abbés. On est sous Benoît XVI. Il faut reconstruire. Le grand Saint-hilaire a cherché et a trouvé un sens acceptable à l’ « homoiousios » des ariens hérétiques et a sauvé le 3èm formulaire de Sirmium où s’était aventuré le pape Libère. Encore un fichu rallié, cet Hilaire de Poitiers.

La votre, de reconnaissance canonique, qui arrivera certainement un jour si vous n’avez pas tout fait pour l’empêcher, (ce à quoi vous semblez vous employer consciencieusement), ne sera-t-elle pas équivoque, sans doute ? Vous aurez auparavant rayé de l’histoire jusqu’à l’existence du Concile Vatican II, n’est-ce pas ? Vous l’aurez fait condamner par Vatican III, (ou mieux, Trente II) ? Il vous aura fallu exhumer combien de cadavres ? C’est bien ça le droit univoque de la FSSPX... ?

Faites-nous plutôt quelque chose d’analogue, aussi bien ficelé juridiquement que l’I.B.P, par la bonté romaine. Quant aux discussions doctrinales, pour y revenir, elles ne s’emmanchent pas du tout comme vous le laissez croire aux fidèles. Des thèmes prévus, énumérés dans ladite interview, aucun n’a été abordé, et pas seulement faute de temps. Comme c’était à prévoir, Rome veut établir une continuité du magistère, une absence de rupture qui est la condition de l’herméneutique qu’Elle s’est fixée. Les discussions doctrinales commenceront derrière cette question de principe. Et je souhaite à toute l’Eglise que vous passiez le cap !

L’interview reconnaît que Mgr Lefebvre a changé de tactique en 1988. D’un accord pratique, (l’expérience de la Tradition) il est passé aux préalables doctrinaux. Si vous ne vous sentez plus de la seconde, revenez à la première.

Sans équivoque ni rancune.