19 juin 2010

[Mgr Williamson, fsspx] «Sourire d'un cardinal»

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison CLIII - 19 juin 2010

Un sourire récent du Cardinal Kasper me confirme dans une croyance de longue date, à savoir que malgré le libéralisme profond des Papes Conciliaires depuis Jean XXIII, néanmoins on n'est pas obligé de mettre en doute qu'ils aient été de vrais Papes. Un bon nombre de Catholiques sérieux et croyants le mettent en doute, car ils ne voient pas comment de vrais Vicaires du Christ aient pu s'égarer aussi loin de la Foi Catholique et de l'Eglise du Christ que l'ont fait ces Papes. En effet, il y a un problème, inimaginablement grave.

L'argument de ces « sédévacantistes » (comme on les appelle) est simple: si quelqu'un marche comme un hérétique, parle comme un hérétique, et - comme disent les Américains - fait « coin-coin » comme un hérétique, alors c'est en réalité un hérétique. Or, tout hérétique s'exclut de l'Eglise. Donc ces Papes se sont exclus de l'Eglise, et il est impossible qu'ils aient été chefs de l'Eglise - comment peut-on être le chef d'un corps dont on n'est même pas membre?

La solution juste du problème me semble être la suivante : proférer une hérésie qui exclut automatiquement de l'unique Arche de Salut est chose tellement grave que, pour le commettre, celui qui la profère doit pleinement savoir et pleinement vouloir ce qu'il fait. Il faut qu'il se rende compte qu'il est en train de nier une vérité Catholique qui a été définie avec l'autorité de Dieu par l'Eglise de Dieu, autrement dit, qu'il brave Dieu. Tant qu'il ne se rend pas pleinement compte de ce qu'il fait, il lui manque ce que l'Eglise appelle la « pertinacité», sans laquelle il se peut qu'il nie des vérités divines, mais il ne brave pas encore Dieu, et il ne s'exclut pas encore automatiquement de l'Eglise.

Mais pour les « sédévacantistes » il est ridicule d'affirmer que des Papes qui connaissent à fond la doctrine de l'Eglise, ne savent pas ce qu'ils font lorsqu'ils profèrent des énormités comme celles de Benoît XVI sur la validité qui perdure de l'Ancienne Alliance (et ce n'est là qu'un seul exemple entre beaucoup !).  Autrefois en effet,  lorsque l'Eglise se portait encore bien, pour qu'un hérétique se rendît pleinement compte de ce qu'il faisait, la Sainte Inquisition du Pape (ou le « Saint Office »)  le convoquait à Rome, le mettait avec toute l'autorité de l'Eglise en face de son erreur, et le poussait y renoncer. S'il s'y refusait, dès ce moment-là sa pertinacité était devenue manifeste à tout le monde, et le loup se faisait jeter hors de la bergerie. Mais une telle confrontation requiert l'intervention de l'autorité, pour convoquer l'hérétique comme pour déclarer son erreur. Alors qu'en est-il si depuis Vatican II c'est la plus haute autorité elle-même de l'Eglise qui n'arrive plus à discerner la Vérité Catholique ?

Revenons au Cardinal Kasper. Le 4 mai à Paris dans une conférence de presse (citée déjà dans EC 148), il aurait dit que la Fraternité St Pie X - et c'est vrai - s'oppose absolument au dialogue de l'Eglise Catholique avec les autres églises chrétiennes, dialogue dont il est responsable. « Ils m'ont attaqué comme si j'étais un hérétique », dit-il en souriant.

Le sourire se comprend. Par quelle autorité, s'il vous plaît, la petite FSSPX entreprend-elle de condamner ce dialogue écuménique qui depuis Vatican II est la doctrine et la pratique de l'Eglise Universelle, qui est prêché partout par Benoît XVI, et pour lequel le Cardinal est le premier agent du Pape ?  A coup sûr, ce ne peut être que la charité envers ces pauvres « Traditionalistes » qui l'a empêché d'éclater de rire !

Humainement, l'Eglise est finie. - Mais pas divinement. - Kyrie eleison.

[summorum-pontificum.fr] Pourquoi il faut faire le bilan du Motu Proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 19 juin 2010
Une nouvelle fois, il me semble important de relayer une analyse de l’association Paix liturgique. Le bilan du Motu Proprio Summorum Pontificum approche. En juillet prochain, ou au plus tard, en septembre, mois anniversaire de la mise en application du Motu Proprio de 2007, nous serons au terme des trois ans de la publication ou de l’application de ce texte du Pape.

À cette heure, le texte du Motu Proprio Summorum Pontificum n’est disponible sur le site du Vatican que dans deux langues : le latin, langue de référence, et le hongrois. En revanche, la lettre d’explication du Motu Proprio, texte non normatif, est disponible sur le même site du Vatican en six langues : allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais.

Il est difficilement imaginable que ce petit fait soit le résultat du hasard. Il est clair qu’au sein de la curie romaine, et au sein du service de communication, certains ne soient pas du tout favorables à l’action de Benoît XVI et notamment à cette application du Motu Proprio. Cependant cette Lettre d’explication, qui résulte de la pression terrible exercée par plusieurs épiscopats – dont l’épiscopat français – sur le Pape à l’annonce de la parution d’un texte libéralisant la messe, contient une phrase passée sous silence par les évêques qui entendent, à partir des expressions « forme ordinaire » et « forme extraordinaire », amoindrir la portée de la décision de Benoît XVI. Cette phrase, c’est celle-ci :

« Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé. »

Deux point importants dans cette courte phrase oubliée par nos évêques : « quand à l’usage » et « en principe, il est toujours resté autorisé. »

Cette phrase vient après un développement sur le fait que la forme ordinaire est la forme habituelle du rite romain. À ceux qui voudraient en tirer une conclusion hâtive qui irait dans le sens d’une limitation de l’usage de la messe traditionnelle romaine, le pape stipule bien ensuite qu'en ce qui concerne son utilisation, ce missel « est toujours resté autorisé ».

De ce fait, c’est encore sa situation aujourd’hui. Dans « le principe », il n’y a jamais eu d’interdiction et dans le principe ce missel est autorisé. D’une certaine façon, si l’on me pardonne l’expression : « la messe est dite ».

Mais, d’une autre façon, il est évident aussi qu’il faut passer du rang d’une messe basse à celle d’une messe chantée, et pourquoi pas, d’une messe avec diacre et sous-diacre. Ce que je veux dire ainsi, en filant la métaphore, c’est que les épiscopats vont vouloir amoindrir la portée pratique du Motu Proprio, en se plaçant dans la perspective démocratique d’une reconnaissance par le peuple chrétien. Cette perspective démocratique n’a rien à faire dans cette histoire. Et, pourtant, elle est bien présente, bien là, pour réduire à rien le droit de l’Église.

C’est pourquoi, il est nécessaire de participer à ce bilan des trois ans d’application du Motu Proprio. C’est pourquoi il faut soutenir ceux qui, à l’instar de Rorate Caeli, de la Fédération international Una Voce et de Paix liturgique, indiquent la nécessité que les prêtres adressent eux-mêmes le bilan de cette application à Rome. Allons plus loin, il faut prendre en compte dans ce bilan global les lieux de culte de la Fraternité Saint-Pie X et des communautés religieuses qui se situent dans sa mouvance. Car, ils expriment, à leur manière, la permanence d’une demande de la messe selon la forme traditionnelle. On ne saurait les oublier.



Voici donc le texte de Paix liturgique annoncé plus haut :
« “Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu proprio. Si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède.“ Benoît XVI, 7 juillet 2007

Le terme de 3 ans indiqué par le Saint Père dans sa lettre aux évêques accompagnant la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum rétablissant la liberté de célébration de la messe "traditionnelle" est désormais proche. Un peu partout dans le monde on commence donc à établir un bilan de ces trois années.

I – Les faits

a) Le 27 mai, le blog anglosaxon Rorate Cæli annonce que les premiers courriers du Vatican – mais sans préciser quel service de la Curie en était à l'origine – sont arrivés dans les diocèses des États-Unis.

b) Deux jours plus tard, Leo Darroch, président de la Fédération internationale Una Voce, lance un appel à ses correspondants du monde entier pour qu'ils rédigent des rapports détaillés “reflétant vraiment la situation dans leur pays, afin que Rome ne soit pas dans le doute quant à la réalité de l'application du Motu Proprio”. Et de préciser : “Ce n'est pas un secret que de nombreux évêques sont opposés au Motu Proprio Summorum Pontificum et que leurs relations risquent d'illustrer cette antipathie.”

Auteur déjà de deux rapports annuels présentés au Saint Siège sur la réception du Motu Proprio dans les diocèses, Leo Darroch est convaincu que ce troisième rapport est d'une importance capitale “pour la sauvegarde de la messe et de la liturgie traditionnelles”. “En dépit du manque d'enthousiasme épiscopal en de nombreux lieux, l'intérêt pour la liturgie traditionnelle va grandissant. Una Voce reçoit des demandes d'information et d'assistance en provenance de bien des endroits du monde, et notamment d'Amérique Latine et de personnes jeunes.”

Enfin, le président d'Una Voce International conclut son appel par une précision remarquable : “S'il est juste et naturel que le Souverain Pontife consulte ses évêques, le Motu Proprio indique clairement que le Saint Père est avant tout animé par le souci des prêtres et des laïcs. Il est donc parfaitement légitime que les laïcs fassent connaître à Rome leur sentiment quant à sa mise en œuvre.”

c) Début juin, l'agence catholique allemande kathnews publie à son tour un texte sans équivoque de l'un de ses chroniqueurs attitrés, Michael Gurtner, qui se prononce lui aussi pour que les prêtres fassent eux-mêmes un rapport de leur expérience du Motu Proprio à Rome.

Soulignant tout d'abord les bienfaits dus au Motu Proprio, l'auteur insiste sur le fait que désormais les prêtres "ne peuvent pas en principe être empêchés d'utiliser les livres de 1962 par leurs supérieurs", en tout cas pour leurs messes privées. Non seulement, explique-t-il, les prêtres "ont clairement le droit de leur côté" mais plus encore, ils ont les "encouragements" du Saint-Père.

Notant ensuite que "la restauration de l'ancienne liturgie doit aller de pair avec la restauration du dépôt de la foi et la connaissance religieuse" – car "la liturgie traditionnelle ne peut pas, seule, remédier à la perte de la foi" – Michael Gurtner relève néanmoins que cette redécouverte aide à une meilleure compréhension de la façon dont expression intérieure et extérieure de la foi sont liées. À condition, évidemment, que l'accès à la forme extraordinaire soit généreux et que l'on donne aux fidèles "la réelle possibilité" d'opter pour celle-ci, notamment pour les sacrements.

Enfin, après avoir constaté que le Motu Proprio avait suscité beaucoup de bonne volonté et de joie chez les jeunes prêtres, l'auteur conclut par une invitation pressante aux prêtres afin qu'ils transmettent leurs expériences à la Commission Ecclesia Dei. Ces rapports individuels sont même, selon lui, "très utiles et opportuns" parce qu'ils seront "plus concrets et directs" que les recensions épiscopales et que "plus les récits destinés au Siège Apostolique seront précis, plus l'ancienne liturgie sera renforcée et meilleure sera son évolution future".

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

a)      Il va sans dire qu'aujourd'hui personne ne pense plus que le Motu Proprio puisse être remis en question. Ceux qui avaient cru voir dans cette période de 3 ans une espèce de période ad experimentum au bout de laquelle le Pape déciderait ou non de libéraliser la messe traditionnelle ont bien compris aujourd'hui leur profonde incompréhension du texte du Pape. D'ailleurs, les « gestes » qu’accomplissent ces derniers temps un certain nombre d’évêques français en direction des fidèles et des prêtres attachés à la forme extraordinaire du rite romain (le plus symbolique étant la visite du cardinal Vingt-Trois, Président de la Conférence Épiscopale au pèlerinage de Chrétienté auquel participent plusieurs milliers d'étudiants) montrent qu’ils ont bien compris que le Pape n'envisageait pas de revenir en arrière.

b) Nous pouvons préciser que les courriers arrivés dans les diocèses du monde afin de faire un bilan de ces trois années, proviennent ordinairement des nonciatures apostoliques et ne consistent pas en un questionnaire rigide et détaillé mais simplement en une invitation à rendre compte de ces trois années de lancement de la forme extraordinaire dans l'esprit défini par le Saint Père en 2007. Et cet esprit, c'est celui, en cas de "sérieuses difficultés", de "chercher des voies pour y porter remède". Une totale liberté est donc laissée aux évêques pour la rédaction de ce qui ne sera donc pas un bilan quantitatif mais qualitatif.

c) En France, la situation est légèrement différente puisque cette demande de bilan a été mise en œuvre l'hiver 2009 par Mgr Planet, évêque de Carcasonne, à la demande de la Conférence des évêques de France (voir notre lettre de Paix Liturgique n° 221 du 14 mars 2010). Le questionnaire de Monseigneur Planet est quantitatif (combien de messes mises en place, combien de fidèles... ) et ignore les demandes. Ce questionnaire ne reflète que ce que les évêques ont bien voulu autoriser mais pas ce que les fidèles - à qui s'adresse également le Motu proprio - ont demandé. C'est un choix tout à fait respectable mais il convient d'appréhender les conclusions de l'enquête de Mgr Planet à la lumière de cette méthode de travail bien particulière.

d) La conjonction entre l'article allemand et la prise de position très nette du président d'Una Voce International appelant les prêtres à rendre compte eux-mêmes à Rome de l'application réelle et locale du Motu Proprio est un fait notable. Car ce sont deux voix, entendues à Rome, qui s'inquiètent précisément d'un bilan de la forme extraordinaire qui ne reposerait que sur les évêques dont les réticences envers la réintroduction du missel de 1962 – même si elles se sont émoussées avec le temps – sont bien connues.

e) Sur les blogs de fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain, les commentaires vont bon train et rejoignent très souvent (voire dépassent) la position exprimée par Leo Darroch, président de la FIUV : ils vont jusqu’à invoquer « l’esprit de Vatican II » pour demander que les laïcs et les prêtres puissent exprimer directement leur sentiment sur l’application du MP. Un internaute américain demande, pour sa part, que le Saint Père établisse une "structure juridique internationale" pour les prêtres et les fidèles désirant bénéficier du missel de 1962. C’est une demande qui est d’autant plus intéressante qu’elle rejoint des projets élaborés en Curie sous le précédent pontificat et bien connues de celui qui était alors le cardinal Ratzinger pour donner une structure juridique protectrice d’ensemble aux fidèles attachés à la messe traditionnelle.

f) En France, nous avions déjà mis en garde tous ceux qui, refusant de tenir compte de la question des demandes locales, seraient enclins à publier des bilans iréniques. Dès cette semaine, Paix Liturgique publie diocèse par diocèse la liste des paroisses, doyennés ou villes où se sont exprimés des demandeurs qui pour l'heure ne se sont rien vu accorder… aujourd'hui près de 400 !

 g) Enfin et surtout, devraient venir des paroles romaines en forme de relance du Motu Proprio. Il paraît vraisemblable aux meilleurs observateurs qu’il ne faut pas attendre de communication ou de signe en provenance de Rome avant, au minimum, le mois de septembre. Car si le 7 juillet prochain marquera les 3 ans de la publication du Motu Proprio, l'anniversaire de sa mise en pratique tombe le 14 septembre et c'est à partir de ce moment-là seulement que le Vatican pourrait se manifester, par exemple par la publication d'instructions précisant le moyen de remédier aux "sérieuses difficultés" que le Pape a anticipé dans sa lettre aux évêques de 2007. »

18 juin 2010

[Austremoine - Christus Imperat] Ce syndic de faillite qui force à l’état de nécessité

SOURCE - Austremoine - Christus Imperat - 18 juin 2010

La fin de l’état de nécessité, la fin de la crise de l’Eglise : si certains l’espèrent, d’autres ont dit l’avoir vu dans l’élection de Benoît XVI. Après les abus Woyltiliens, les belles cérémonies semblent avoir été remises au goût du jour à Rome, avec les ornements traditionnels et une catéchèse aux accents catholiques.

Et puis enfin, le pape posant deux actes au retentissement mondial, les motu proprio libéralisant la messe et celui privant d’effets juridiques les censures portées contre les évêques de la FSSPX, n’est-ce pas assez pour accepter enfin de rejoindre le chemin des paroisses afin de recourir aux avantages de l’officialité ?

Admettons ! Oublions même un instant les visites aux synagogues et aux mosquées, la participation du pape à un culte hérétique. Admettons que ces scandales n’aient jamais existé ! Le pape Benoît XVI est entièrement acquis à la doctrine traditionnelle. Il œuvre à une restauration intégrale de l’Eglise catholique. Accordons à ce pape tous les crédits souhaitables ! Il reste malgré tout une objection majeure : ce pape est à Rome, et nous n’y sommes pas, notre monde de tous les jours est bien différent.

Pour notre part, nous sommes en France, et les mitres qui règnent sur ce qui fut notre doux pays, terre de chrétienté, répondent aux noms de Vingt-Trois, Simon, Bouilleret, Rouet, et cie… Ancienne terre de Chrétienté aux illustres Saints, ancienne car hormis quelques exceptions, il ne se passe pas un jour sans que l’un de ces gens qui se réclame de l’Eglise ne soit la source de scandales.

Il n’est pas possible de faire la recension de tous les méfaits commis par ces épiscopes dévoyés ! Du rabbin invité à prêcher à Notre-Dame par Mgr Vingt-Trois de Paris, à la promotion des prêtres mariés et de l’ordination des femmes par mgr Simon de Clermont, aux conférences sur « la liturgie de l’orgasme » promue par Mgr Bouilleret d’Amiens, à la négation de la transsubstantiation par Mgr Rouet de Poitiers, il n’y a pas une parcelle de la doctrine catholique qui ne soit mise à mal par ces prélats dont l’apostasie n’en est plus au flirt. Et ce ne sont que quelques exemples d’une actualité toute récente.

Mais beaucoup relativisent ces faits, préférant y voir quelques dérapages ou exceptions de personnes honorables dont il ne faudrait retenir que les gestes bons ! C’est ainsi que sans vergogne, les responsables du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté ont osé laisser venir et prêcher le cardinal de Paris, celui là même qui invita un rabbin à prêcher dans sa cathédrale. Et de s’extasier béatement parce que ce même cardinal fit une génuflexion au passage du Saint Sacrement. Oui la lâcheté finit par rendre bête, parce qu’il faut être stupide et non plus aveugle de s’émerveiller d’une telle chose de la part d’un prince de l’Eglise !

Nous avons vu affluer au pèlerinage de pentecôte s'orientant vers Paris des fidèles, anciens mais surtout des jeunes, qui avaient jusque là marché en direction de la belle cathédrale de Chartres mais pour lesquels l'honneur n'était désormais plus sauf lorsqu'il exigeait d'eux qu'ils viennent concilier leur sanctification avec les égards plus diplomatiques que sincères qu'ils auraient dû manifester à un cardinal qui reprocha il y deux ans à son pape de venir inspecter des succursales, qui accueilli il y a deux mois un rabbin dans sa cathédrale et qui continue invariablement à confiner toute messe traditionnelle à une position de survie quand elle n'est pas en liberté surveillé. L'honneur de ces jeunes gens a eu raison de leur vieille routine.

Et quelle responsabilité de la part de ceux qui laissèrent cet ennemi de la tradition catholique prêcher aux enfants ! N’y a-t-il aucun parent dans cette assemblée de pèlerins pour sentir sa conscience troublée de laisser, ne serait-ce qu’un instant, l’âme de son enfant en des mains si néfastes ! Ce fait n’est pas si différent de ce qu’acceptèrent les fidèles de Lyon de la Fraternité Saint-Pierre qui laissèrent le cardinal Barbarin prêcher aux enfants mais également les confirmer, celui-là même qui invita Simone Veil dans une de ses églises et qui apporta son soutien au mouvement œcuménique San Egidio qui scandalise les âmes chrétiennes par des remixes d’Assise. Quelle lourde responsabilité de la part de ces parents, mais aussi de ces prêtres en charges de ces familles !

Parce que devant des faits aussi graves, revendiqués et assumés par leurs auteurs, il est impossible de ne pas constater avec tristesse et effarement que l’état de nécessité continue, nécessité de fuir ces faux pasteurs pour sauver notre âme, et nécessité même de les combattre afin de leur arracher par tous les moyens les âmes qu’ils trompent et qu’ils détournent du chemin du ciel.

Alors, tous les soirs il nous faut prier pour avoir de saints prêtres, courageux et non lâches, qui auront le courage de préserver leurs fidèles de ces serviteurs du serpent et de combattre sans relâche et sans peur les ennemis du Christ. C’est de ces rangs de serviteurs de Dieu, acquis à la vérité que leur sacerdoce leur obligera de proclamer, que se lèveront les vrais et dignes évêques de demain, les guides intrépides et sûrs du peuple chrétien, qu’ils mèneront sur le chemin du ciel.

Austremoine

[Paix Liturgique] Bientôt 3 ans... et un bilan à faire par tous!

SOURCE - lettre 235 de Paix Liturgique - 18 juin 2010

Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu proprio. Si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède.“ Benoît XVI, 7 juillet 2007

Le terme de 3 ans indiqué par le Saint Père dans sa lettre aux évêques accompagnant la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum rétablissant la liberté de célébration de la messe "traditionnelle" est désormais proche. Un peu partout dans le monde on commence donc à établir un bilan de ces trois années.

I – Les faits

a) Le 27 mai, le blog anglosaxon Rorate Cæli (http://rorate-caeli.blogspot.com/) annonce que les premiers courriers du Vatican – mais sans préciser quel service de la Curie en était à l'origine – sont arrivés dans les diocèses des États-Unis.

b) Deux jours plus tard, Leo Darroch, président de la Fédération internationale Una Voce (fiuv.org), lance un appel à ses correspondants du monde entier pour qu'ils rédigent des rapports détaillés “reflétant vraiment la situation dans leur pays, afin que Rome ne soit pas dans le doute quant à la réalité de l'application du Motu Proprio”. Et de préciser : “Ce n'est pas un secret que de nombreux évêques sont opposés au Motu Proprio Summorum Pontificum et que leurs relations risquent d'illustrer cette antipathie.”
Auteur déjà de deux rapports annuels présentés au Saint Siège sur la réception du Motu Proprio dans les diocèses, Leo Darroch est convaincu que ce troisième rapport est d'une importance capitale “pour la sauvegarde de la messe et de la liturgie traditionnelles”. “En dépit du manque d'enthousiasme épiscopal en de nombreux lieux, l'intérêt pour la liturgie traditionnelle va grandissant. Una Voce reçoit des demandes d'information et d'assistance en provenance de bien des endroits du monde, et notamment d'Amérique Latine et de personnes jeunes.”
Enfin, le président d'Una Voce International conclut son appel par une précision remarquable : “S'il est juste et naturel que le Souverain Pontife consulte ses évêques, le Motu Proprio indique clairement que le Saint Père est avant tout animé par le souci des prêtres et des laïcs. Il est donc parfaitement légitime que les laïcs fassent connaître à Rome leur sentiment quant à sa mise en œuvre.”

c) Début juin, l'agence catholique allemande kathnews (http://kathnews.de) publie à son tour un texte sans équivoque de l'un de ses chroniqueurs attitrés, Michael Gurtner, qui se prononce lui aussi pour que les prêtres fassent eux-mêmes un rapport de leur expérience du Motu Proprio à Rome.
Soulignant tout d'abord les bienfaits dus au Motu Proprio, l'auteur insiste sur le fait que désormais les prêtres "ne peuvent pas en principe être empêchés d'utiliser les livres de 1962 par leurs supérieurs", en tout cas pour leurs messes privées. Non seulement, explique-t-il, les prêtres "ont clairement le droit de leur côté" mais plus encore, ils ont les "encouragements" du Saint-Père.
Notant ensuite que "la restauration de l'ancienne liturgie doit aller de pair avec la restauration du dépôt de la foi et la connaissance religieuse" – car "la liturgie traditionnelle ne peut pas, seule, remédier à la perte de la foi" – Michael Gurtner relève néanmoins que cette redécouverte aide à une meilleure compréhension de la façon dont expression intérieure et extérieure de la foi sont liées. À condition, évidemment, que l'accès à la forme extraordinaire soit généreux et que l'on donne aux fidèles "la réelle possibilité" d'opter pour celle-ci, notamment pour les sacrements.
Enfin, après avoir constaté que le Motu Proprio avait suscité beaucoup de bonne volonté et de joie chez les jeunes prêtres, l'auteur conclut par une invitation pressante aux prêtres afin qu'ils transmettent leurs expériences à la Commission Ecclesia Dei. Ces rapports individuels sont même, selon lui, "très utiles et opportuns" parce qu'ils seront "plus concrets et directs" que les recensions épiscopales et que "plus les récits destinés au Siège Apostolique seront précis, plus l'ancienne liturgie sera renforcée et meilleure sera son évolution future".

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

a) Il va sans dire qu'aujourd'hui personne ne pense plus que le Motu Proprio puisse être remis en question. Ceux qui avaient cru voir dans cette période de 3 ans une espèce de période ad experimentum au bout de laquelle le Pape déciderait ou non de libéraliser la messe traditionnelle ont bien compris aujourd'hui leur profonde incompréhension du texte du Pape. D'ailleurs, les « gestes » qu’accomplissent ces derniers temps un certain nombre d’évêques français en direction des fidèles et des prêtres attachés à la forme extraordinaire du rite romain (le plus symbolique étant la visite du cardinal Vingt-Trois, Président de la Conférence Épiscopale au pèlerinage de Chrétienté auquel participent plusieurs milliers d'étudiants) montrent qu’ils ont bien compris que le Pape n'envisageait pas de revenir en arrière.

b) Nous pouvons préciser que les courriers arrivés dans les diocèses du monde afin de faire un bilan de ces trois années, proviennent ordinairement des nonciatures apostoliques et ne consistent pas en un questionnaire rigide et détaillé mais simplement en une invitation à rendre compte de ces trois années de lancement de la forme extraordinaire dans l'esprit défini par le Saint Père en 2007. Et cet esprit, c'est celui, en cas de "sérieuses difficultés", de "chercher des voies pour y porter remède". Une totale liberté est donc laissée aux évêques pour la rédaction de ce qui ne sera donc pas un bilan quantitatif mais qualitatif.

c) En France, la situation est légèrement différente puisque cette demande de bilan a été mise en œuvre l'hiver 2009 par Mgr Planet, évêque de Carcasonne, à la demande de la Conférence des évêques de France (voir notre lettre de Paix Liturgique n°221 du 14 mars 2010). Le questionnaire de Monseigneur Planet est quantitatif (combien de messes mises en place, combien de fidèles... ) et ignore les demandes. Ce questionnaire ne reflète que ce que les évêques ont bien voulu autoriser mais pas ce que les fidèles - à qui s'adresse également le Motu proprio - ont demandé. C'est un choix tout à fait respectable mais il convient d'appréhender les conclusions de l'enquête de Mgr Planet à la lumière de cette méthode de travail bien particulière.

d) La conjonction entre l'article allemand et la prise de position très nette du président d'Una Voce International appelant les prêtres à rendre compte eux-mêmes à Rome de l'application réelle et locale du Motu Proprio est un fait notable. Car ce sont deux voix, entendues à Rome, qui s'inquiètent précisément d'un bilan de la forme extraordinaire qui ne reposerait que sur les évêques dont les réticences envers la réintroduction du missel de 1962 – même si elles se sont émoussées avec le temps – sont bien connues.

e) Sur les blogs de fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain, les commentaires vont bon train et rejoignent très souvent (voire dépassent) la position exprimée par Leo Darroch, président de la FIUV : ils vont jusqu’à invoquer « l’esprit de Vatican II » pour demander que les laïcs et les prêtres puissent exprimer directement leur sentiment sur l’application du MP. Un internaute américain demande, pour sa part, que le Saint Père établisse une "structure juridique internationale" pour les prêtres et les fidèles désirant bénéficier du missel de 1962. C’est une demande qui est d’autant plus intéressante qu’elle rejoint des projets élaborés en Curie sous le précédent pontificat et bien connues de celui qui était alors le cardinal Ratzinger pour donner une structure juridique protectrice d’ensemble aux fidèles attachés à la messe traditionnelle.

f) En France, nous avions déjà mis en garde tous ceux qui, refusant de tenir compte de la question des demandes locales, seraient enclins à publier des bilans iréniques. Dès cette semaine, Paix Liturgique publie diocèse par diocèse la liste des paroisses, doyennés ou villes où se sont exprimés des demandeurs qui pour l'heure ne se sont rien vu accorder… aujourd'hui près de 400 !

g) Enfin et surtout, devraient venir des paroles romaines en forme de relance du Motu Proprio. Il paraît vraisemblable aux meilleurs observateurs qu’il ne faut pas attendre de communication ou de signe en provenance de Rome avant, au minimum, le mois de septembre. Car si le 7 juillet prochain marquera les 3 ans de la publication du Motu Proprio, l'anniversaire de sa mise en pratique tombe le 14 septembre et c'est à partir de ce moment-là seulement que le Vatican pourrait se manifester, par exemple par la publication d'instructions précisant le moyen de remédier aux "sérieuses difficultés" que le Pape a anticipé dans sa lettre aux évêques de 2007.

17 juin 2010

[summorum-pontificum.fr] La Croix attaque : quelques questions en passant…

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 17 juin 2010

Dans son édition d’aujourd’hui, le quotidien La Croix publie un article à charge contre l’Institut du Bon Pasteur. Source de son information : Les Infiltrés. Une source considérée comme fiable, dont les méthodes ne sont mêmes pas discutées ; la preuve, non d’une volonté d’informer, mais bien de nuire.

Le quotidien La Croix mène un combat. Non pas en faveur d’une entente entre catholiques et de la fin de la guerre née des remous de l’après-concile. L’armistice n’est même pas envisagé. La guerre des tranchées continue, comme à la belle époque. De ce fait, toutes les armes sont bonnes, mêmes les moins « innocentes ».

La Croix rapporte les propos d’un jeune chrétien qui se dit de gauche. Cette précision place d’emblée la problématique sur son vrai terrain. À un groupe – Dies Iræ – considéré comme d’extrême-droite, on oppose une personne de gauche. Dehors la religion, bienvenue à la politique… politicienne.

La Croix laisse dire, ensuite, que « Cela fait désormais huit ans que nous dénonçons l’occupation illégale de l’église Saint-Éloi par ces intégristes. » Occupation ? Un accord légal lie la mairie et l’Institut du Bon Pasteur au sujet de Saint-Éloi. Même chose avec l’archevêché de Bordeaux. Illégale ? Mais n’est-ce pas cette volonté de chasser le Bon Pasteur qui n’est pas très légale, du moins, pas très charitable ?…

Certes, La Croix donne la parole à des paroissiens et au clergé de Saint-Éloi. Mais pour mieux les enfoncer, en faisant suivre leur propos de celui-ci : « En réalité, les questions liturgiques cachent des questions politiques bien plus graves », s’offusque Véronique de Poncheville, 65 ans. Pour elle, « le Vatican a abusé de son pouvoir en créant en 2006 l’Institut du Bon-Pasteur dans le dos de notre évêque, le cardinal Jean-Pierre Ricard ».

Des questions politiques ? Mais n’est-ce pas ce que fait cette personne en accusant le Vatican « d’abus de pouvoir » et en ne précisant pas ce qu’elle entend par des « questions politiques ». Faut-il pour utiliser une église comme catholique être forcément de gauche ?

Dans les milieux traditionalistes, on accuse Les Infiltrés d’avoir visé le Pape. Opération réussie si l’on en croit les propos rapportés par La Croix. En voici un petit florilège :

– « Sous couvert d’unifier l’Église, le pape a simplement voulu récupérer des prêtres », note le P. Jean-Baptiste Lagüe, 60 ans, vice-président du conseil presbytéral de Bordeaux. » Que sait-il de la pensée du Pape ?

– « Le silence du pape vis-à-vis de Saint-Éloi nous fait perdre des fidèles et nuit à notre image », s’inquiète le P. Xavier Jahan, curé de la paroisse Notre-Dame-des-Anges à Bordeaux. » Ne nuit-il pas, lui, à l’image du Pape et partant, à celui de l’Église ?

– « Ce centralisme autoritaire n’est plus audible dans notre société », estime Véronique de Poncheville. « L’avenir de l’Église doit se construire avec ses fidèles. La parole de l’Église ne redeviendra pertinente que si elle circule », appuie le P. Jahan. Ce brave père Jahan ne vit-il pas les yeux rivés sur le passé. Nous sommes loin aujourd'hui de la Rome pontificale de Pie XII… Il est temps de se réveiller.

Il est, bien sûr, question de la fameuse commission créée par le diocèse pour dialoguer avec le Bon Pasteur. Mais… « Cette commission devait déjà être instituée en 2006, mais aucun prêtre ne voulait y aller, car les traditionalistes pratiquent le double discours », fait remarquer le P. Lagüe ». Mais comment affirmer qu’il s’agit d’un double-langage quand on refuse de parler avec la partie adverse ?

L’avenir ? « La réconciliation n’est que théorique. C’est une frange de l’Église qui n’est pas dans le dialogue », s’indigne Gaëlle, une laïque de 30 ans. Pour autant, faut-il les exclure ? « Cela ne résoudrait pas le problème, reconnaît Bruno, 62 ans, un fidèle bordelais. Il y a vingt ans, nous avons exclu Mgr Lefebvre et ça n’a rien changé… » « Aujourd’hui, certains catholiques espèrent que la convention avec l’Institut du Bon-Pasteur, qui arrive à terme l’an prochain, ne sera pas renouvelée. » Mais, comment osent-ils parler de dialogue et de réconciliation en voulant exclure ? 

[Côme Prévigny - Christus Imperat] Discussions doctrinales. Et un, et deux,… et trois ?

SOURCE - Côme Prévigny - Christus Imperat - 17 juin 2010

Après la libération de la messe et la levée de l’excommunication, quelques esprits se disaient de manière ingénue que c’était au tour de la Fraternité Saint-Pie X de relancer la balle, comme si les actes posés dans l’histoire de l’Église n’étaient que des pas de danses ou de courtoises réciproques issues de traités de galanterie. Des expressions toutes faites furent répétées à satiété : « il faut répondre à la main tendue par le Saint Père », « l’histoire ne repasse pas les plats », « agissons tant que Benoît XVI est toujours vivant » furent à n’en point douter les phrases parvenues au top cinquante des dîners mondains de ce qu’il est convenu d’appeler le « tradiland » et, plus largement, le « catholand ». C’était oublier qu’il y a, au-dessus de ce bas monde, un Dieu qui veille avec amour sur ses fils et que ses desseins sont plus surnaturels que nos visions somme toute « hautement » naturelles, lesquelles se comptent en semaines d’impatience et en années de trépignement. 

C’était également ignorer que cette Fraternité n’est rien, qu’elle n’a aucun pouvoir, ni celui de libérer les rites, ni même celui de lever les sanctions, a fortiori celui de revigorer le Magistère. Il était par conséquent illusoire de demander à ce que l’abbé de Tanoüarn dénommait avec justesse « un aiguillon dans l’Église » l’équivalent de ce qu’un pape pouvait accorder non pas à cette société mais à toutes les âmes. La messe de saint Pie V a été donnée non pas à la Fraternité (qui l’avait déjà) mais à tous les fidèles. La fin des censures a offert une bouffée d’oxygène à toute l’Église et non uniquement à une société de quelques centaines de prêtres qui, de toute manière, n’y croyaient guère.

Benoît XVI est bien moins ingénu que ces quelques penseurs manquant d'esprit surnaturel. En un troisième texte, sans doute le plus important, probablement le moins marquant, il a renvoyé dos à dos les caricaturistes et les déserteurs. Il admettait que le problème était doctrinal et que des discussions de fond étaient nécessaires. D’un seul coup de stylo, celui de sa signature, il anéantissait les espoirs d’accords pratiques, relativisant ceux du passé, annihilant ceux qui auraient pu être conclus à l’avenir. Il disait plus ou moins que si quelqu’un tient honnêtement à un discours traditionaliste cohérent, il devait passer l’épreuve de l’examen doctrinal de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. D’une certaine manière, en exigeant que les tenants de la Tradition franchissent les fourches caudines d'une interprétation contrôlée pour être conformes aux normes actuelles, il reconnaissait les limites de l’herméneutique de la continuité.

Car pendant des années, on avait occulté le passé de l’Église, fait de 1962 l’an I d’une nouvelle ère ecclésiale où on ne parlait plus de salut des âmes ou de rémission des péchés mais de pastorale, de mystère ou de solidarité. La continuité n’allait guère de soi et elle restait à prouver. Un Concile qui fut si couramment présenté comme une révolution, un bouleversement ou un renversement n’apparaissait guère comme la confirmation de deux mille ans d’histoire mais bel et bien comme leur contestation. Aussi n’est-il pas étonnant que ceux qui voulaient désormais gommer son caractère novateur et en faire tout au plus un accident de parcours pour le conformer à ce qui avait précédé soient l’objet de la réprobation la plus totale du monde et de ses vecteurs.

Les fameuses discussions doctrinales dont on parle tant et dont on se sait rien doivent donc constituer un rendez-vous autrement plus important que le règlement du sort d’une poignée de traditionalistes. Elles marquent le premier essai solennel de raccord doctrinal entre le Concile et le Magistère précédent. C’est par exemple Nostra Aetate à la lumière de Mortalium Animos. Jusque là, on avait accordé les examens à « la lumière de la Tradition » au seul Mgr Lefebvre comme s’il était naturel que d’autres évêques de l’Église puissent lire le Concile avec d'autres torches, aussi hétéroclites que peuvent l'être la Déclaration des droits de l’homme ou l’oracle médiatique. C’est pourtant les luminions auxquels on recourt habituellement dans bien des officines diocésaines pour observer le passé comme le futur.

Mais le plus époustouflant dans cet épisode ratzinguérien est que la moitié des voix d’un résultat qui engagera l’Église demain se trouve aujourd’hui entre les mains des disciples de feu Mgr Marcel Lefebvre. Chez ceux qui ne participent pas aux colloques du palais du Saint-Office, on a facilement discrédité çà et là les capacités théologiques de tel ou tel intervenant, de part et d’autre. Il apparaît pourtant que les intéressés conversent et s’écoutent et que, au bout de dix mois, nul n’a été remplacé. D’emblée, tous se mirent d’accord pour faire du Magistère ante-conciliaire la référence pour examiner les textes de Vatican II et les écrits qui les ont suivis. Si l’exercice est habituel chez les experts nommés par Mgr Fellay, on doit reconnaître que le travail peut s’avérer difficile, du moins plus délicat chez ceux pour qui, depuis leur formation, le Concile est comme l’alpha et l’omega de toute pensée dans l’Église.

Sur ces entrefaites, Mgr Brunero Gherardini a publié un ouvrage sur Vatican II. Pour lui, le débat devait être réouvert. Le seul titre du livre conteste à lui seul le fait de faire du Concile une affaire entendue, dont seule l’application serait sujette à caution. A le suivre, la continuité ne va sans doute pas de soi et il serait alors franc de faire de la clarté dans un texte qui « 
ne peut prétendre à la qualité d’un concile dogmatique ». Dans le détail du livre, on trouvera toujours des éléments qui ne feront pas l’unanimité. Sur un champ de bataille, qui pourra brandir un étendard dénué de tache ? Toujours est-il que la thèse de Mgr Lefebvre qui consistait à faire de Vatican II un concile pastoral excluant par là même toute intention de définition, qui était encore moquée il y a quelques années, même par ceux qui se disaient proches de sa mouvance, se trouve aujourd’hui invoquée par le doyen en théologie de la plus prestigieuse des universités romaines.

Oublier le Concile ? le disqualifier ? le désamorcer ? ou tout simplement le remettre à sa place, toutes ces options qui réuniront le plus frileux des traditionalistes jusqu’au plus modéré des ratzinguériens trouvent leur clef dans cette thèse de la « pastoralité » abordée par Mgr Lefebvre. « L’enseignement [de Vatican II] ne peut être dit infaillible et irréformable que là où se trouve un enseignement défini précédemment » dit Mgr Gherardini. Même Romano Libero, de Golias, commente : « Autrement dit, sur les points controversés comme celui du droit à la liberté religieuse, l’autorité la plus forte du Magistère de l’Eglise n’est pas engagée. Les positions avancées peuvent donc être discutées et contestées dans le cadre même de la plus stricte fidélité au Magistère. »

Ainsi donc, cet acte III ne dépend pas de la Fraternité Saint-Pie X, mais essentiellement du pape. Il ne s’agit pas de faire du révisionnisme. Vatican II a bel et bien existé. Il s’agit de remettre un concile à la place que lui avaient désignée ses initiateurs : ni un super-dogme, ni un concile dogmatique, mais un texte pastoral des évêques des années 1960. Les pères, dans leur volonté de tout révolutionner, et à leur suite clercs et médias, ont trop habitué les mentalités à la rupture qui affleure partout dans le texte. Le rapport du texte conciliaire avec le Magistère antécédent relève du principe des vases communiquants. Celui qui se réclame de l'un est comme conduit à occulter l'autre. Or, il faudra bien un jour que l'Eglise se réapproprie pleinement sa Tradition. Là encore, l’étape sera d’un retentissement spectaculaire, mais elle ne dépend que du courage d’un souverain pontife, non du bon vouloir d’une poignée de traditionalistes. Il lui faut même un courage hors du commun, car, dans ces conditions, la persécution médiatique ne risque pas de s’amoindrir. Si donc le bon vouloir de ces quelques rangs n’est pas tant requis, leurs prières et leurs sacrifices sont exigés de manière incontournable.

Côme Prévigny

16 juin 2010

[La Croix - Nicolas César] Le malaise des catholiques de Bordeaux face à Saint-Éloi

SOURCE - La Croix - Nicolas César - 16 juin 2010

Le 27 avril, les « Infiltrés » de France 2 mettaient en lumière les liens entre cette paroisse bordelaise et l’extrême-droite, notamment un groupuscule appelé «Dies Irae». Une émission, qui a créé un véritable scandale et compliqué un peu plus les relations déjà tendues entre les diverses sensibilités du diocèse

« Je suis à la fois blasé et scandalisé », souffle Alexandre, jeune catholique bordelais de 29 ans. Le reportage des « Infiltrés » l’a profondément choqué comme bon nombre de Bordelais. Il montrait, en caméra cachée, des jeunes d’un groupuscule d’extrême-droite bordelais, Dies Irae, se réclamant de Dieu, tenant de violents propos racistes et se préparant à la guerre civile.

Des jeunes, dont les locaux sont situés dans une cave sous l’église Saint-Éloi… « Cela fait désormais huit ans que nous dénonçons l’occupation illégale de l’église Saint-Éloi par ces intégristes. Leurs liens avec l’extrême-droite sont de notoriété publique. Il faut que cela cesse maintenant », lance ce chrétien qui se dit de « gauche ».

Un mois et demi après l’émission et une « pluie » de communiqués, du diocèse, de Saint-Éloi, de la mairie, du Parti socialise local, les « plaies » restent vives au sein du diocèse. « Nous sommes victimes d’une injustice », s’émeut Nathalie, 44 ans, fidèle de la paroisse incriminée. Cette pratiquante ne « digère pas la « campagne médiatique pour les chasser », qui a suivi l’émission. « Nous sommes des gens normaux, nous avons un travail. Nous ne sommes ni des nazis, ni des marginaux », déclare, blessée, cet agent SNCF, qui rappelle qu’elle « appartient à l’Église catholique ».

«Le Vatican a abusé de son pouvoir»

Pour l’abbé Yannick Vella, curé de Saint-Éloi à Bordeaux, « cette émission avait pour seul but de toucher le pape et l’Église dans son ensemble ». L’abbé Philippe Laguérie, fondateur de la paroisse et supérieur général de l’Institut Bon-Pasteur, dénonce, quant à lui, la « manipulation d’un journaliste qui a été jusqu’à inciter des enfants de l’école Saint-Projet à la haine raciale ».

L’affaire a été portée en justice, notamment par des parents d’élèves. « C’est la rançon de l’action d’une communauté traditionnelle dans une grande ville. », tente d’expliquer, « meurtri », Bernard, 43 ans, un autre fidèle, qui a choisi Saint-Éloi pour la « liturgie, la richesse de la vie spirituelle, du discours ».

« En réalité, les questions liturgiques cachent des questions politiques bien plus graves », s’offusque Véronique de Poncheville, 65 ans. Pour elle, « le Vatican a abusé de son pouvoir en créant en 2006 l’Institut du Bon-Pasteur dans le dos de notre évêque, le cardinal Jean-Pierre Ricard ».

«Le silence du pape nous fait perdre des fidèles»

À cet égard, elle a signé l’appel en mai dernier des 72 laïcs lancé à l’archevêque de Bordeaux pour faire entendre leur voix auprès du pape. La « Conférence des baptisés de France » s’est également publiquement indignée. Dans le même sens, le conseil presbytéral du diocèse a lui aussi publié un communiqué, demandant à ce que « des limites soient posées pour ne pas courir le risque de perdre le sens de la communion et de la vérité du message évangélique ».

L’amertume est palpable chez plusieurs prêtres. « Sous couvert d’unifier l’Église, le pape a simplement voulu récupérer des prêtres », note le P. Jean-Baptiste Lagüe, 60 ans, vice-président du conseil presbytéral de Bordeaux. Aujourd’hui, ce curé se dit « lassé ». Il se plaint de recevoir régulièrement des mails critiques et moralisateurs de traditionalistes. « Ils nous accusent d’avoir vidé les églises en abandonnant le rite tridentin. Tout ceci crée un climat malsain, usant. »

« Le silence du pape vis-à-vis de Saint-Éloi nous fait perdre des fidèles et nuit à notre image », s’inquiète P. Xavier Jahan, curé de la paroisse Notre-Dame-des-Anges à Bordeaux. Ainsi, Isabelle, 27 ans, une jeune catholique bordelaise, proche de la communauté du Chemin-Neuf, se dit « prête à quitter l’Église catholique pour rejoindre l’Église réformée de France, si rien ne change ».

Saint-Éloi revendique le soutien d’une partie du clergé de Bordeaux


Conscient que l’affaire a « blessé » la communauté catholique bordelaise, le cardinal Ricard a décidé début mai de créer une commission de relation avec les traditionalistes de la paroisse Saint-Éloi. « C’est une excellente idée. Il est nécessaire de renforcer le dialogue », avance Anne-Claire Boulet, 46 ans, responsable de la communauté de l’Emmanuel en Gironde.

Par ailleurs, pour « recadrer leur place dans le diocèse », l’évêque a convoqué une réunion le 11 mai du conseil presbytéral avec les trois prêtres de Saint-Éloi. Il leur a été reproché, entre autres, de ne pas avoir concélébré et communié, lors de la dernière messe chrismale, pourtant symbolique de l’unité de l’Église.

« Il s’agit simplement de rattraper le retard », se défend l’abbé Philippe Laguérie, qui assure que « les échanges privés avec d’autres communautés du diocèse n’ont pas manqué et se sont révélés fructueux ». L’abbé Yannick Vella, quant à lui, se dit « prêt au dialogue » et revendique le soutien d’une partie du clergé de Bordeaux.

Certains espèrent que la convention ne sera pas renouvelée

Mais beaucoup restent dubitatifs. « Cette commission devait déjà être instituée en 2006, mais aucun prêtre ne voulait y aller, car les traditionalistes pratiquent le double discours », fait remarquer P. Jean-Baptiste Laglüe. « Pour que le dialogue fonctionne, il faut que l’on soit en vérité les uns avec les autres », rappelle P. Francis Ayliès, curé de la Trinité à Bordeaux.

La situation est devenue si tendue que le cardinal Ricard a décidé d’annuler la procession du Saint-Sacrement qui devait être organisée le 6 juin dans les rues de Bordeaux à l’initiative des catholiques traditionalistes, qui avaient invité l’archevêque a les rejoindre. « Cela aurait été vécu comme une provocation », explique P. Jean-Baptiste Laglüe, qui estime que l’archevêque n’a pas marqué suffisamment de limites avec Saint-Éloi.

« La réconciliation n’est que théorique. C’est une frange de l’Église qui n’est pas dans le dialogue », s’indigne Gaëlle, une laïque de 30 ans. Pour autant, faut-il les exclure ? « Cela ne résoudrait pas le problème, reconnaît Bruno, 62 ans, un fidèle bordelais. Il y a 20 ans, nous avons exclu Mgr Lefebvre et ça n’a rien changé… ». Aujourd’hui, certains catholiques espèrent que la convention avec l’Institut Bon-Pasteur, qui arrive à terme l’an prochain, ne sera pas renouvelée.

Le cardinal Canizares à Saint-Éloi le 10 juillet

Le sentiment de ne pas avoir été écouté par les instances romaines est aussi durement ressenti par certains. « Ce centralisme autoritaire n’est plus audible dans notre société », estime Véronique de Poncheville. « L’avenir de l’Église doit se construire avec ses fidèles. La parole de l’Église ne redeviendra pertinente que si elle circule », appuie le P. Xavier Jahan.

« La balle est dans le camp des fidèles de Saint-Éloi. À eux de nous montrer désormais leurs bonnes intentions », lance Claudie Lavau, 62 ans, une paroissienne de Sainte-Eulalie à Bordeaux.

En attendant, l’Institut du Bon Pasteur annonce la venue, le 10 juillet prochain, dans l’église Saint-Éloi du cardinal Antonio Canizares Llovera, préfet, à Rome, de la Congrégation pour le culte divin, afin de procéder à des ordinations.

Nicolas CÉSAR, à Bordeaux

12 juin 2010

[Mgr Williamson] Un "théologien" conciliaire, IIème partie

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison CLII - 12 juin 2010
Dans le Commentaire Eleison de la semaine dernière qui présentait les six erreurs de l'un des plus éminents « théologiens » de Vatican II, le frère Marie-Dominique Chenu, l'ordre de présentation de ces six erreurs avait été changé par rapport à l'ordre dans lequel ces erreurs apparaissaient dans Si Si No No, ce qui suggérait qu'il y avait anguille sous roche. Cette anguille est le détrônement désastreux de l'esprit humain par les temps modernes.

Dans Si Si No No, le Sentimentalisme figurait en première position des erreurs. Puis venaient le Subjectivisme, l'Historicisme, le Retour sur l'Homme (ou l'Anthropocentrisme), l'Evolutionnisme et l'Immoralisme. Commencer par le Sentimentalisme, c'est commencer avec l'homme tel qu'il est aujourd'hui, à savoir vautré dans ses sentiments. Deux exemples parmi des centaines, voire des milliers: en religion : « Dieu est beaucoup trop bon pour condamner en Enfer une seule âme » ; et en  politique : « Il n'est pas patriotique de poser des questions sur les dessous des attentats du 11 septembre 2001 ».

Le Commentaire Eleison a préféré commencer pas par la plus immédiate de ces erreurs, mais par la plus profonde : l'Anthropocentrisme. En effet, si ce mot nomme l'erreur de l'homme qui se détourne de Dieu, c'est l'erreur qui est à la racine de tout autre péché et erreur. Puis viennent les trois erreurs qui s'attaquent à l'esprit humain : le Subjectivisme et l'Historicisme, et leur conséquence, l'Evolutionnisme. Et si ces trois erreurs précèdent elles aussi le Sentimentalisme, c'est parce que - et c'est là le point intéressant - ce n'est qu'une fois le vrai Roi détrôné que l'usurpateur peut prendre sa place. Ce n'est qu'une fois l'esprit défait que les sentiments prennent le dessus. L'Immoralisme, le refus du bien et du mal, est présenté en dernier dans les deux listes parce que tous les désordres de l'âme et de l'esprit finissent par se traduire dans l'action.

Pour se faire une bonne idée de la primauté naturelle de l'esprit sur les sentiments, une primauté qui est loin d'être évidente pour la plupart des âmes modernes, prenons la comparaison d'un navire. Si le capitaine décide délibérément de laisser le gouvernail libre, alors son navire sera à la merci des vents et des vagues pour finir par un naufrage. Si, cependant, il décide de reprendre le gouvernail en main, derechef c'est toujours dans la nature du gouvernail de permettre à l'homme de barre de diriger le navire, et, en faisant bon usage des vents et des vagues, d'atteindre le port. De même, si un homme défait délibérément sa raison et laisse ainsi son âme à la merci de ses sentiments et ses passions, dérivant alors vers le Feu éternel, c'est toujours dans la nature de son esprit, à tout moment où il décidera de le réactiver, de le guider vers le Paradis, quelle que puisse être, au début, la difficulté pour sa raison de dominer ces passions et sentiments.

Mais alors, comment un homme doit-il faire pour replacer son esprit sur son trône ? Il doit se retourner vers Dieu, parce que c'est en se détournant de Dieu qu'il a détrôné son esprit, puisque le début du démantèlement de sa raison suit de très peu cette aversion de Dieu. Et comment un homme peut-il se retourner le plus facilement vers Dieu?  Qu'il dise simplement un « Ave Maria » par jour, puis quelques-uns, puis une dizaine du chapelet, puis les cinq dizaines d'un chapelet entier. Si un homme fait cela, sa raison se remettra en marche.

Ô Mère de Dieu, sauvez nos esprits !

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] A Washington aussi la messe traditionnelle fait l'évènement

SOURCE - Lettre 234 de Paix Liturgique - 12 juin 2010

Le samedi 24 avril, plus de 3500 personnes ont participé à la messe célébrée dans la Basilique de l'Immaculée Conception, à Washington, pour le cinquième anniversaire de l’élection au souverain pontificat de Benoît XVI. En présence du Cardinal Baum, archevêque émérite de Washington, Mgr Slattery, évêque de Tulsa, a célébré selon la forme extraordinaire du rite romain au maître-autel du sanctuaire.

L'événement, retransmis en direct sur la télévision par satellite et couvert par de nombreux médias, a été d'autant plus remarqué que Mgr Slattery y a prononcé un courageux sermon en défense du Saint Père et de la Sainte Église, rappelant qu’à l'image du Christ, le chemin de la souffrance est aussi celui de la sanctification personnelle.

Parmi les nombreux articles et commentaires publiés à l'occasion de cette magnifique cérémonie, Paix Liturgique vous propose la traduction d'un texte publié sur le blog officiel de l'archidiocèse de Washington par le Père Charles Pope, curé diocésain de la capitale fédérale américaine.

A - L'article publié sur le blog de l'archidiocèse de Washington

Pourquoi célébrer la messe en latin ?

Samedi 24 avril - Aujourd'hui, à 12h30, en la Basilique du Sanctuaire national de l'Immaculée Conception, une grand-messe pontificale solennelle sera célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

Que ceux qui ne sont pas familiers avec le jargon ecclésiastique de la phrase précédente me laissent le leur décoder. La "forme extraordinaire" de la messe est la forme de la messe telle qu'elle était célébrée jusqu'en 1965, quand les changements liturgiques survinrent pour aboutir à la messe comme on la connaît à présent.

Avant cette date, la messe était célébrée exclusivement en latin mis à part l'homélie (et parfois les lectures) en langue vernaculaire. Le célébrant était orienté comme l'assistance, ce que certains ont décrit de façon erronée comme "tournant le dos aux fidèles". Dire qu'il s'agit d'une "grand-messe solennelle" signifie que toutes les rubriques de la célébration sont observées. Il y a de l'encens, des porteurs de cierge en plus et la plupart des prières et des lectures sont chantées. Le célébrant est également assisté d'un diacre et d'un sous-diacre. Dire qu'il s'agit d'une messe pontificale signifie qu'elle est célébrée par un évêque et compte deux diacres supplémentaires et un prêtre assistant. Monseigneur Edward Slattery, de Tulsa, est le célébrant aujourd'hui.

Quelques questions sont souvent soulevées par ceux qui ne sont pas familiers des splendeurs de la liturgie latine ou n'en mesurent pas la valeur sous cette forme.

1 - Pourquoi prier en latin, dans un langage inhabituel pour les fidèles ?

En termes simples, prier en latin c'est prier dans le langage sacré de l'Église. C'est un trait commun de nombreuses cultures dans l'histoire que de prier dans une langue différente de celle de tous les jours. La prière liturgique nous rapproche du paradis, un monde à part de celui qui nous entoure. Dans de nombreuses cultures, l'usage d'une langue particulière ou plus ancienne est un moyen de souligner cet aspect.

À l'époque de Jésus, les servants de la synagogue et du Temple utilisaient l'hébreu ancien. Jésus et ses contemporains ne parlaient plus hébreu mais araméen dans leur vie quotidienne. Cependant, quand ils priaient, ils utilisaient spontanément les prières anciennes qui étaient en hébreu. Dans l'Église primitive, on constate l'emploi du grec pour la liturgie alors que de nombreuses personnes parlaient latin dans l'Empire. Pour beaucoup le latin n'était pas approprié pour la liturgie parce que selon eux celle-ci avait besoin d'une langue plus soutenue que celle parlée par le peuple. Au Vème siècle cependant, le latin fut introduit dans la liturgie en Occident au moment où il devenait une langue plus vénérable jusqu'à finalement remplacer le grec (à part quelques survivances comme le Kyrie). Il demeura la langue de l'adoration divine jusqu'en 1965 quand les langues locales furent autorisées. Cependant l'intention de l'Église n'était pas que le latin disparaisse entièrement comme cela a été grandement le cas. Le latin demeure pour l'Église le langage officiel du culte.

Pourquoi prier en latin ? Pourquoi pas ? C'est pour nous une langue sacrée qui répond à l'instinct qui nous fait considérer la liturgie comme un monde à part qui nous porte au Ciel. Prier en vernaculaire n'est pas une erreur mais, à dire la vérité, ce n'est pas l'habitude au regard de l'histoire.

2 - Pourquoi le célébrant n'est-il pas face à nous et « nous tourne-t-il le dos » ?

C'est une description totalement erronée que de dire que le prêtre nous tourne le dos. Ce qui se passe en réalité c'est que le célébrant et l'assistance regardent dans la même direction. Ils regardent Dieu. Au centre de chaque autel se trouve un crucifix. Le prêtre dit la messe face à lui. Les fidèles et lui sont tournés vers le Seigneur.

Dans l'Église antique, non seulement on était tourné vers la Croix mais aussi vers l'est pour prier. Un texte ancien écrit vers l'an 250, la Didascalie des Apôtres indique : «Vous devez prier vers l'est, parce que, comme vous savez, l'Écriture dit 'date laudem Deo qui ascendit in caelum caeli ad orientem' (psaume 67, 34)». Au fil des siècles, il ne fut pas toujours possible d'orienter (littéralement : « tourner vers l'est », NdT) les églises afin que tout le monde puisse prier face à l'est. Le crucifix sur l'autel représentait alors l'est et le Seigneur. Chacun était donc tourné vers le Seigneur pour prier. L'idée de se faire face les uns les autres pour prier est très moderne et est inconnue à l'Église avant 1965. La réponse est donc que le célébrant fait face au Seigneur pour prier et nous aussi.

3 - Pourquoi l'essentiel de la messe est-il murmuré ?

Tout n'est pas murmuré mais une grande part de la prière eucharistique l'est. Historiquement la récitation à voix basse de la prière eucharistique (ou Canon) s'est développée dans les milieux monastiques où il n'était pas rare que plus d'une liturgie à la fois soit célébrée en même temps sur différents autels. À cette époque les prêtres ne concélébraient pas comme c'est fréquent aujourd'hui. Chaque prêtre devait célébrer sa propre messe. Dans les monastères, où de nombreux prêtres pouvaient résider, de nombreuses célébrations pouvaient se dérouler simultanément. Afin de ne pas s'interrompre les uns les autres, les prêtres célébraient donc en silence avec un servant d'autel. Cette pratique s'est poursuivie à l'époque moderne.

Au fil du temps, ce silence monastique fut assimilé comme un silence sacré. Le chuchotement des prières a été considéré comme un signe du caractère sacré des prières qui « ne devraient pas » être proclamées à voix haute (d'autres considérations théologiques ont aussi influencées ce silence mais elles sont trop complexes pour être exposées rapidement). En fin de compte, le respect d'un silence sacré devint aussi la norme dans les églises paroissiales. Les fidèles savaient bien qu'il ne s'agissait pas de les ignorer ou de rendre leur participation plus difficile mais simplement d'observer un temps de silence sacré. Les gens s'agenouillaient et priaient tandis que le prêtre priait en leur nom.

Dans les siècles passés, à mesure que progressait l'alphabétisation, il devint habituel de fournir aux laïcs des missels et de les encourager à suivre la messe à leur aide. Dans les années 40 et 50, ces missels devinrent répandus parmi les fidèles. Dans les années 50 quelques expériences de micros ou de prêtres élevant la voix pour aider les fidèles à se repérer ont été tentées. Ces « messes dialoguées » étaient plus populaires dans certains endroits que dans d'autres. Le silence sacré restait prisé par beaucoup et l'adaptation aux nouvelles expériences n'était pas toujours accueillie avec ferveur selon les endroits.

Aujourd'hui, avec le retour à certains endroits de la célébration de la messe traditionnelle en latin (appelée officiellement « forme extraordinaire »), ce silence sacré est de nouveau mis en évidence et cela intrigue ceux qui n'y sont pas habitués. Heureusement, l'histoire peut aider à mieux en comprendre le sens. Une nouvelle fois se pose la question du ton sur lequel le prêtre devrait réciter le Canon (la prière eucharistique) lors de ces messes. Il y a différentes opinions mais un large consensus veut que le prêtre le prononce à voix très basse.

B - Les commentaires de Paix Liturgique

1) Le texte ci-dessus publié a en premier lieu une grande importance pédagogique - il répond clairement à trois des principales critiques ou interrogations soulevées par la liturgie traditionnelle.

Ce texte a également une vraie portée symbolique. Il ne provient pas d’un site promouvant spécialement les richesses de la forme extraordinaire du rite romain mais est publié sur le blog lié au site officiel de l'archidiocèse de Washington et y est d'ailleurs toujours consultable (http://blog.adw.org/2010/04/why-pray-in-latin/).

Son auteur, curé d'une très vivante paroisse de la capitale fédérale américaine n’est ni un original ni un électron libre. Il a été élevé au rang de Monsignor en 2005.

2) La célébration de cette messe traditionnelle pontificale dans une basilique devant les foules et les caméras de journalistes à l’occasion de l’anniversaire du Pontificat de Benoît XVI se passe… aux Etats Unis. Voilà une fois de plus la preuve que la question de la messe traditionnelle n’est pas franco-française et qu’elle suscite un immense intérêt aussi ailleurs dans le monde. Une fois encore, la comparaison avec la situation ecclésiale française est douloureuse. En dépit d’une demande très forte en France (1/3 des fidèles assisteraient à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans leur propre paroisse), en dépit du pourcentage parlant que représentent les séminaristes français se destinant à la forme extraordinaire du rite romain (1 sur 5 tendant vers 1 sur 4), il ne nous a pas été donné l’occasion de voir en France cet exemple américain suivi par un seul évêque. Quel dommage quand on sait par exemple qu’à Paris, plus de trente groupes de demandeurs demandent en vain l’application du Motu Proprio de Benoît XVI… Quel dommage quand on sait qu’en France, il existe encore des diocèses ou aucune messe traditionnelle n’est célébrée avec l’accord de l’évêque…

3) Les trois éléments sur lesquels s'arrête l'auteur ont un caractère commun : la dimension sacrée de la forme traditionnelle de la liturgie. Dans la forme extraordinaire, tout nous rappelle que l'essence de la liturgie est de nous porter vers la Jérusalem céleste, de nous faire goûter "le ciel sur la terre". Dans une époque aussi sécularisée que la nôtre, ce caractère sacré de la forme extraordinaire du rite romain ne peut qu'être un atout pour attirer les âmes à Dieu.

Le témoignage de ceux qui après avoir pratiqué des années dans la forme ordinaire du rite romain découvrent soudainement les merveilles liturgiques de l’ancien rite qu’on leur avait cachées jusque là confirme sans cesse cet aspect.

4) Tout au long de l'article, l'auteur s'attache à favoriser une meilleure compréhension de la liturgie ancienne. Ce faisant, il jette les bases de ce qui pourrait être vraiment le fameux « enrichissement mutuel » des deux formes liturgiques dont parle le Saint Père dans sa lettre aux évêques du 7 juillet 2007 accompagnant le Motu Proprio Summorum Pontiifcum.

5) Souhaitons qu’un jour en France, un curé d’une importante paroisse puisse également publier sur le site officiel de son diocèse un article bienveillant sur la forme extraordinaire du rite romain. Ce sera probablement le signe que les choses changent et que l’apartheid liturgique bien en vigueur encore dans la plupart des diocèses de France disparaît peu à peu.

[summorum-pontificum.fr] Assemblée générale d’Una Voce France

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 12 juin 2010

C’est aujourd’hui que se déroule l’assemblée générale de la branche française d’Una Voce, avec une messe célébrée à Notre-Dame du Lys (petite chapelle), à 11h00, par l'abbé Vincent Baumann, de l'institut du Bon Pasteur.

L’A.G. proprement dite débutera à 14h00 et sera suivie pour les administrateurs, d'une réunion du Conseil d’administration.

Sur son site, l’association publie ce bref historique :

« Una Voce : ces deux mots latins signifient d’une seule voix et figurent à la fin de la Préface de la Sainte Trinité, celle de tous les dimanches de l’année (sauf les fêtes).

L’association se propose en effet, selon l’article 1 de ses statuts, de « sauvegarder et de développer la liturgie latine, le chant grégorien et l’art sacré dans le sein de l’Église catholique romaine ». Elle entend ainsi aider les fidèles catholiques à chanter ensemble, d’une seule voix, dans la langue universelle de l’Église, le latin, et avec le chant propre de l’Église, le grégorien, en union avec les fidèles du monde entier et avec tous ceux qui nous ont précédés. Sans doute n’êtes-vous pas satisfait par la liturgie actuelle de nos paroisses, le bavardage incessant, la perte de caractère sacré, l’abandon d’un patrimoine d’une richesse et d’une beauté incomparables…

L’initiative de la fondation d’Una Voce revient à Georges Cerbelaud-Salagnac et à sa femme Bernadette Lécureux, chartiste, auteur de l’ouvrage « Le latin, langue de l’Église » (Pierre Téqui, éditeur). C’est le 19 décembre 1964 que fut créée Una Voce, en la crypte de l’église Saint-Charles de Monceau, à Paris.

L’association  toujours bien vivante, par l’intermédiaire notamment de ses sections locales, a encouragé la fidélité au patrimoine latin et musical de l’Église qu’elle a stimulé et fait connaître par des conférences, par des congrès, par des sessions grégoriennes en liaison avec la Schola Saint-Grégoire du Mans et avec le Centre Grégorien Saint Pie X. Dans son comité de direction et dans son conseil d’administration, Una Voce a toujours compté des musiciens et non des moindres : Amédée de Vallombrosa, maître de chapelle de Saint- Eustache à Paris, le grand compositeur Maurice Duruflé et bien sûr Henri Sauguet qui « régna » vingt ans durant sur l’association  et la fit connaître. »

11 juin 2010

[Le Midi Libre] Arrigas - Messe grégorienne avec les moines bénédictins

SOURCE - Le Midi Libre - 11 juin 2010

RAPPEL : Dimanche 13 juin à 10 h 30 pour la fête du Sacré Coeur, l'église Saint-Genest accueillera six moines bénédictins de l'abbaye St-Joseph de Clairval

Les six bénédictins viendront célébrer la messe tridentine (en latin), en application du motu proprio de Benoît XVI, entièrement chantée en grégorien et présidée par le Père Vianney. Ils chanteront ensuite l'office de None, vers 15 h. Les moines de Flavigny connaissent déjà Arrigas puisqu'ils étaient venus en 2009, à l'invitation du Père Salendres, pour visiter l'ancien aérium de Peyraube, toujours abandonné et sans projets.
Émerveillés par la beauté des lieux et par le charme de l'église récemment restaurée, ils s'étaient alors engagés à revenir pour célébrer un office dans ce sanctuaire fondé au début du XII e siècle par des moines bénédictins de Saint-Victor-de-Marseille et placé sous le vocable de Saint-Genest, tout comme l'église de Flavigny.
De plus, l'un des moines étant originaire de la vallée de Valleraugue, des membres de la communauté viennent chaque année passer quelques semaines d'été en Cévennes. L'abbaye Saint-Joseph de Clairval se situe à Flavigny-sur-Ozerain, village médiéval de Bourgogne qui, du VII e siècle à la Révolution, fut le siège d'une abbaye bénédictine. De cette célèbre abbaye, il ne reste que les bâtiments du XVIII e et une superbe crypte carolingienne. Fondée en Suisse en 1972, l'abbaye Saint-Joseph de Clairval est installée depuis 1976 à Flavigny. L'abbé actuel, Dom Antoine Marie Beauchef, a reçu la bénédiction abbatiale le 26 septembre 1998. La communauté compte actuellement une cinquantaine de membres. L'abbaye Saint-Joseph de Clairval, située au diocèse de Dijon, en France, est une communauté de moines vivant selon la règle de saint Benoît, dans l'obéissance à la hiérarchie catholique. Selon l'esprit bénédictin, la vie liturgique constitue le centre de la journée du moine.
Pour leur subsistance, les moines ont mis en place différents ateliers comme la publication assistée par ordinateur (PAO), la fabrication d'icônes et de diptyques-triptyques, les éditions Traditions monastiques, la vente par correspondance et la boutique Internet, l'atelier de sculpture sur pierre. Par-delà la louange divine, un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux du chant grégorien.

10 juin 2010

[summorum-pontificum.fr] L’Abbé Paul Aulagnier est-il membre de l’Institut du Bon Pasteur (IBP) ?

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 10 juin 2010
Figure historique du traditionalisme français, desservant apprécié de l’église Saint-Michel de Rolleboise dans le diocèse de Versailles, l’abbé Paul Aulagnier a longtemps occupé des fonctions importantes au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (supérieur du district de France, assistant du supérieur général). C’était aussi un proche de Mgr Lefebvre et l’on considère que sans lui le district de France de cette fraternité ne serait pas ce qu’il est devenu. Exclu finalement de la Fraternité Saint-Pie X dont il était l’un des plus anciens membres, l’abbé Aulagnier a participé à la fondation de l’Institut du Bon-Pasteur (IBP).

Or, dans un entretien accordé au site FA8, l’abbé Aulagnier déclare aujourd’hui qu’il n’est pas vraiment membre de l’IBP et qu’il se considère comme étant toujours membre de la Fraternité Saint-Pie X :  « Je ne regrette pas d’avoir contribué à la fondation de l’Institut. Mais je n’en suis pas membre canoniquement parlant, du moins, pas pour l’instant. Je veux rester dans le cadre de ma situation antérieure : être du diocèse de Clermont mis à la disposition de la FSSPX. Je ne suis pas une girouette. Mais mon “retour” dans la FSSPX me semble aujourd’hui encore assez problématique. C’est une grande peine pour moi. »

Son regret vis-à-vis de l’IBP ?  « La seule ombre au tableau de l’Institut : il eut fallu que nous ayons « l’exemption juridique », ce que demandait Mgr Lefebvre dans sa lettre remise au cardinal Gagnon en novembre 1987, après sa visite canonique des œuvres de la FSSPX et des œuvres proches. C’est ce  qu’a pu obtenir Mgr Rangel pour la trentaine de prêtres de Mgr de Catro Mayer à Campos au Brésil. M l’abbé Laguérie, en rien canoniste, n’en comprenait pas l’importance. Il le regrette aujourd’hui devant les difficultés qu’il rencontre devant les évêques diocésains. Il nous faut leur accord explicite pour fonder. Mais les choses changeront peut-être plus tôt qu’on ne le  pense. Le problème du nombre de prêtres va se faire terriblement sentir d’ici peu d’années. »

On remarquera que l’abbé Aulagnier parle ici à la première personne du pluriel, s’incluant donc dans les rangs de l’IBP.

Alors membre de l’IBP ou non membre de l’IBP ? Etre ou ne pas être ?

Dans les situations de crise – et celle de l’Église dure – les positions claires ne sont finalement pas les plus fréquentes.

9 juin 2010

[summorum-pontificum.fr] Plus de 200 paroisses selon La Croix. Mais combien en plus ?

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 9 juin 2010
Dans un article paru ce jour, le quotidien La Croix constate que « plus de 200 paroisses françaises proposent désormais la messe selon la forme extraordinaire du rite romain ». L’ensemble de l’article est d’une tonalité plutôt positive puisqu’il montre que l’insertion des fidèles de la messe traditionnelle romaine s’est plutôt bien effectuée au sein des paroisses. Il livre plusieurs témoignages de fidèles de deux formes montrant une découverte des richesses de la liturgie et pour les prêtres qui ont découvert la forme traditionnelle un enrichissement de leur façon de célébrer le rite réformé.

On est certes surpris par quelques expressions telle que « l’offre liturgique » comme dans un vulgaire supermarché. On peut être agacé également par les attaques renouvelées contre Paix liturgique. Mais un tel article dans La Croix reste intéressant, d’autant que le même quotidien titrait lors de l’entrée en vigueur du motu proprio sur le faible nombre de paroisses concernées.

Mais la vraie question est quand même ailleurs, et malheureusement La Croix n’en parle pas. Cette vraie question est celle-ci : combien de demandes ont-elles été faites et combien ont été refusées par les ordinaires ?

On arriverait là à un chiffre bien supérieur à 200 paroisses. Pour l'instant seule Paix liturgique nous en donne une idée…

[François-Xavier Maigre - La Croix] Curé, par-delà les sensibilités liturgiques

SOURCE - François-Xavier Maigre - La Croix - 9 juin 2010

Depuis la publication du motu proprio Summorum Pontificum en 2007, plus de 200 paroisses françaises proposent désormais la messe selon la forme extraordinaire du rite romain.

Nichée sur les hauteurs de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), l’église Notre-Dame-des-Airs est une paroisse presque comme les autres. Chaque dimanche, deux célébrations s’y succèdent, l’une en début de matinée, l’autre un peu plus tard, comme cela se pratique un peu partout en Île-de-France pour répondre à la forte demande des fidèles de cette région de l’ouest parisien.

Comme les autres ? Pas tout à fait. Car cette petite église – l’une des quatre que compte cette paroisse aux 2 500 fidèles réguliers – est depuis trois ans le théâtre d’un étonnant ballet dominical.

À 9h30, une première messe est célébrée selon la «forme extraordinaire» du rite romain, celle du Missel de Jean XXIII que le motu proprio Summorum Pontificum a voulu remettre à l’honneur en 2007. Puis, dans la foulée, une seconde messe selon la « forme ordinaire » promulguée par Paul VI – autrement dit la « messe issue du Concile » que l’on célèbre dans l’écrasante majorité des paroisses de France. 

«Tous sont paroissiens, et je n’ai pas à leur dire des choses différentes»

Le contraste est frappant : d’un côté la solennité du chant grégorien et de l’encens, l’application millimétrée des servants d’autel vêtus d’aubes rouges et surplis blanc tandis que le prêtre officie devant l’autel, en latin. Et de l’autre la spontanéité d’une assemblée où l’on entonne des refrains entraînants et l’on s’échange un geste de paix avant la communion…

Deux sensibilités certes bien différentes, mais un même célébrant et, d’évidence, un vrai respect entre « ceux de 9h30 » et les paroissiens de la messe ordinaire, plus nombreux. « J’ai le sentiment que la paroisse est passée de deux mondes qui se saluaient de loin à un stade où les gens commencent à travailler ensemble. Les choses avancent dans le bon sens », constate le P. Philippe de Morand, prêtre lyonnais en mission d’études à Paris, affecté à Saint-Cloud.

En effet, pour lui comme pour les cinq autres prêtres de la paroisse, diversifier l’offre liturgique ne signifie en aucun cas scinder la communauté paroissiale, bien au contraire : « Annonces identiques, mêmes activités proposées, homélies similaires… Tous sont paroissiens, et je n’ai pas à leur dire des choses différentes. On annonce le même Dieu ! » 

«La seule fois de ma vie où j’ai été injurié en pleine messe»

 Selon lui, cette cohérence n’est possible qu’à la condition que « les mêmes prêtres célèbrent les deux messes, ce serait moins vrai s’ils venaient de l’extérieur ». C’était d’ailleurs l’une des exigences qu’avait exprimée le P. Yvon Aybram, vicaire épiscopal du diocèse de Nanterre et curé doyen de Saint-Cloud, lorsque l’initiative a été lancée en 2007 : « Dans un souci de charité pastorale et d’unité de l’Église, écrivait-il alors, la paroisse de Saint-Cloud ne se contentera pas d’héberger une messe supplémentaire : elle accueillera fraternellement et chaleureusement les fidèles qui prendront part à cet office, qu’ils habitent sur la commune ou qu’ils viennent d’ailleurs. »

Après trois ans, le P. Aybram dresse un premier bilan encourageant : « Entre 100 et 150 personnes assistent chaque dimanche à la messe selon la forme extraordinaire. La majorité vient des communes avoisinantes, et un certain nombre d’entre eux assistent alternativement aux deux célébrations, soit pour des raisons pratiques, soit parce qu’ils apprécient l’une et l’autre forme. On ne peut pas dire qu’ils sont crispés sur ces questions, nous n’avons pas, ici, de militants acharnés. »

Même s’il y a eu, reconnaît-il, des tensions au moment où cette messe, antérieurement célébrée à Nanterre, fut transférée à Saint-Cloud : « C’est la seule fois de ma vie où j’ai été injurié en pleine messe, où l’on m’a traité publiquement de menteur », se souvient-il, affirmant que ce coup d’éclat avait été orchestré par La Paix liturgique, un petit groupe dont il juge les actions contre-productives et en aucun cas représentatives de l’ensemble des fidèles attachés à la forme extraordinaire.

«Le problème de fond, c’est l’interprétation de Vatican II»

En effet, pour la plupart, la liturgie n’est pas d’abord « un lieu de combat », comme le dit le P. Aybram, mais l’expression d’une soif spirituelle. « J’ai trouvé une immense richesse dans cette forme, confirme Aymeric, 37 ans, qui a goûté aux charmes du latin dans son enfance. Au moins, avec la liturgie traditionnelle, on est sûr de retrouver les mêmes repères dans n’importe quel lieu, tandis que la messe de Paul VI ne me semble pas toujours très homogène.»

François, 23 ans, habite une rue voisine. Quand la messe en latin est arrivée près de chez lui, ce jeune étudiant au sourire jovial y a vu une chance inespérée : «J’ai longtemps navigué entre Paris et Versailles, j’étais un vrai touriste liturgique ! Me voici enfin fixé», explique cet ardent défenseur de «la messe de toujours, celle de nos ancêtres».

Malgré la brèche ouverte par le pape, «le chemin de réconciliation est encore long», nuance un père de famille de sensibilité traditionaliste, qui accueille avec prudence la main tendue du diocèse : «Le problème de fond, pour nous, c’est l’interprétation de Vatican II. Notamment sur la liberté religieuse, le rôle du prêtre, la dimension sacrificielle de la messe, la manière de faire du catéchisme… Beaucoup de choses doivent être posées sur la table.»

«La messe doit rester un acte collectif, accessible»

L’unité, dit-il, « ne peut se faire que dans la vérité ». Des divergences de fond qui n’empêchent pas, sur le perron de l’église, une certaine sympathie réciproque. Loin de se regarder en chiens de faïence, les fidèles des deux messes s’enquièrent les uns des autres, se saluent chaleureusement. « Les signes d’apprivoisement se font sentir », confirme le P. Aybram.

Sacristain de Notre-Dame des Airs depuis trois ans, Marc assure chaque dimanche le lien et le passage de témoin entre les deux communautés : « Les plus anciens d’entre nous ont dû faire des efforts pour dépasser leurs a priori, reconnaît-il. Bien que ce ne soit pas vraiment ma sensibilité, cette découverte est passionnante. »

À 86 ans, Raphaël Aris n’avait pas, lui, tant d’appréhension : « Étant curieux de nature, j’ai assisté à la première messe quand l’expérience a démarré. Cela m’a rappelé ma jeunesse, mais sans nostalgie. Il faut vivre avec son temps, et je reste très attaché à la messe du Concile. Cela ne m’empêche pas de réciter mes prières en latin, chez moi. La messe, elle, doit rester un acte collectif, accessible », explique cet homme affable et rempli de sagesse. Quant à Yves et Marie, jeunes parents, ils disent se sentir à mi-chemin : « Plutôt de “sensibilité Paul VI”, on apprécie aussi la messe en latin. »

Les deux communautés ont encore tendance à vivre en parallèle

N’est-il pas délicat cependant, pour un prêtre dont ce n’est pas la culture, de répondre à de telles demandes ? Pas vraiment, à en croire le P. Aybram, pour qui cette démarche s’est imposée comme une évidence : « Il me semble préférable que les fidèles attachés à la forme extraordinaire puissent être intégrés à une paroisse », résume, pragmatique, ce prêtre qui n’a pas hésité – à la demande de son évêque – à se rendre à l’abbaye de Fontgombault pour apprendre à célébrer selon le rite de saint Pie V, il y a cinq ans.

Le P. de Morand, lui aussi, s’est « formé sur le tas » alors qu’il n’y « connaissait rien ». Tous deux reconnaissent avoir élargi leur perception de la liturgie : « Cela m’a enraciné dans quelque chose que je pressentais depuis toujours. Mais aucun missel n’épuise à lui seul le mystère que nous célébrons, dit le P. Aybram. Pour les uns, l’autel est d’abord la table du sacrifice. Pour d’autres, c’est le lieu du repas. Mais faut-il vraiment choisir ? »

Aujourd’hui, même si les deux communautés ont encore tendance à vivre en parallèle – les jeunes de la messe de saint Pie V, par exemple, sont pour la plupart inscrits dans d’autres mouvements scouts que ceux de la paroisse –, l’expérience semble s’enraciner peu à peu, loin des querelles idéologiques des décennies passées. Il faut dire que le P. Aybram a longuement préparé ses paroissiens à cet accueil. C’est pour lui une question de cohérence : « Si cela peut aider à maintenir l’unité de l’Église, il faut le faire. »

François-Xavier MAIGRE

[Jacques Tremolet de Villers - Présent] L’affaire de l’école Saint-Projet

SOURCE - Jacques Tremolet de Villers - Présent - via le blog de l'abbé Philippe Laguérie - 9 juin 2010

[Abbé Philippe Laguérie:]
"Il y a longtemps que je connais le plus brillant avocat de sa génération, Jacques Tremolet de Villers ; depuis la mort de Me Isorni, de Me Tixier Vignancourt et de Me Varaut, le meilleur c’est lui. J’ai écouté le premier en direct à Bourg-La-Reine à 14 ans, j’ai enterré le second à Saint-Nicolas, j’ai été défendu avec succès contre le blasphème par le troisième. Mais Me Tremolet est vivant : c’est le seul avantage qu’ont les autres sur lui (je ne dis pas l’inverse !). Il ne leur cède en rien et je rêvais depuis lonftemps de lui donner la parole et de lui rendre l’hommage de son inimitable lucidité . Il m’en donne l’occasion splendide dans un texte intrépide et truculent, les deux atouts majeurs de Trémolet ; comment n’en saisirai-je pas l’occasion ? Cher Maître, vous êtes l’honneur persistant d’une France décadente et celui d’une Eglise infiltrée : Dieu vous bénisse et vous couronne, de cette gloire que la terre ne fournit point. Dans le procès "Ave Maria", et en maintes autres occasions, vous avez été l’honneur du barreau français et vous incarnez pour toujours cette justice qui ne plie pas. Nous sommes fiers de cette France qui produit encore des fils aussi loyaux et aussi simplement...surdoués. Cette page est extraite du Journal PRESENT avec l’aimable autorisation subséquente ( !) de sa directrice, Jeanne Smits que je remercie vivement."

L’affaire de l’école Saint-Projet à Bordeaux est un modèle parfait du nouveau totalitarisme qui sévit en France, et peut-être aussi dans quelques pays d’Europe. Observons bien les faits : tout commence par une dénonciation, qui est, en réalité, une délation, et, pour employer le mot juste, une manoeuvre ignoble : un journaliste se présente mensongèrement comme un candidat au baptême et un homme désireux de rendre service à cette école. Il arrive ainsi à se faire embaucher, à s’infiltrer. Parvenu à entrer, sous couvert de son mensonge, dans ce lieu où les enfants s’expriment librement, il les pousse, les incite, les provoque à quelques propos ou chansons déplacés, qui auraient des relents de racisme ou d’antisémitisme, ou les deux à la fois. Quand son reportage est complet, il le publie, sur une chaîne de télévision, à des millions de téléspectateurs, comme étant la vérité cachée de cette école. L’école, c’est le prolongement de la famille. Comme la famille, c’est un lieu préservé, privé, où les propos échangés sont réservés à ceux qui les ont tenus, et qu’il est formellement interdit de publier, sans leur autorisation – comme il s’agit de mineurs – sans l’autorisation de leurs parents, et, comme il s’agit d’école, sans l’autorisation de leur supérieur, ou directeur. Toute publication faite au mépris de ces deux autorisations est assimilable à un viol de la vie privée, à une diffamation grave, et le caractère pernicieux ou délictuel de ces propos ne peut incomber qu’à celui qui les publie, seul coupable, les enfants, parents, maîtres ou supérieurs étant, eux, victimes, et seulement victimes de cette violence et de cette diffamation. Aussitôt pourtant, les autorités politiques et administratives, le maire, le Rectorat, déclenchent des poursuites, non contre les auteurs infâmes de cette émission ignoble, mais contre les victimes, parents, enfants, éducateurs. Les enquêtes du Rectorat débouchent sur une conclusion sans appel : « Le collège ne donne pas l’instruction à laquelle les enfants ont droit, dit l’inspecteur d’académie, notamment en ce qui concerne l’histoire et les sciences naturelles. » Et il précise : « Celles-ci (les sciences naturelles) ne sont pas enseignées et l’histoire est vue à travers le filtre chrétien et plus particulièrement catholique. Une méthode qui ne laisse pas sa part à l’esprit critique. » En conséquence, le rectorat signifie aux parents qu’ils ne doivent pas inscrire, pour l’an prochain, leurs enfants dans cette école. S’ils le faisaient, ils encourraient des poursuites judiciaires, les enfants n’étant pas scolarisés. Légalement, le fondement de cette décision serait le décret du 5 mars 2009, qui a étendu aux établissements d’enseignement hors contrat le socle commun d’éducation défini à l’annexe mentionnée à l’article D122-1. Si vous vous reportez à cette longue annexe, une simple et première lecture vous permet de mesurer qu’au gré de n’importe quel inspecteur, aucune école, sous contrat, hors contrat, publique, privée, n’est à l’abri du constat selon lequel elle n’enseigne pas, ou pas suffisamment, ce socle commun. Faute de précision dans le choix des mots, d’énoncé clair des connaissances à apprendre, le verbiage vague, humaniste, mondialiste et prétendument tolérant permet toutes les poursuites, toutes les injustices, envers ceux que la dernière institution soviétique existant dans le monde – l’Education nationale de la République française – veut poursuivre, exclure et anéantir. Le lecteur attentif aura remarqué que les motifs de condamnation de l’école Saint-Projet sont sans aucun rapport avec la délation diffamatoire initiale. On peut légitimement penser que si les inspecteurs avaient trouvé, dans l’enseignement, des traces de racisme et d’antisémitisme, ils les auraient dénoncées, comme l’article 40 du Code de procédure pénale leur en fait l’obligation. Rien. Donc, le prétexte initial, qui a déclenché les poursuites n’était qu’un faux prétexte. « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? « Dit cet animal plein de rage… », mais quand l’agneau a expliqué et démontré « qu’en aucune façon, il ne peut troubler sa boisson », le loup, aussitôt, rétorque : « de moi tu médis l’an passé ! », et quand il est obligé de convenir que l’agneau n’était pas né, il renvoie l’accusation sur le frère. Méthode imparable de la parfaite mauvaise foi du loup armé de la force injuste de la loi, « pour dévorer, sans autre forme de procès, l’agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure ». Les élèves de Saint-Projet (quel beau nom !), au contraire de beaucoup de leurs semblables des écoles bénies par le Rectorat, auront compris la leçon de cette Fable, puisque je sais qu’ils étudient l’un des piliers de notre seul et vrai socle commun d’éducation : les fables de La Fontaine, l’autre pilier étant, naturellement, si j’ose dire, le catéchisme catholique. Que faire contre cette injustice caractérisée ? Cette manoeuvre liberticide d’étouffement des familles, des enfants, et, plus loin, de la pensée ! Résister. Les parents seront poursuivis ? Ils se défendront en expliquant que le socle commun est parfaitement respecté, que les sciences naturelles sont enseignées et que le filtre catholique de l’enseignement de l’histoire est le seul objectif, complet, universel parce que d’abord, il est le seul à inscrire, en premier devoir pour l’enseignement, le respect de la vérité. Monsieur Debré sillonne la France pour expliquer aux avocats qu’ils doivent utiliser le plus souvent possible la question prioritaire de constitutionnalité qu’il a mise au point. En voilà une belle occasion ! Est-il conforme au respect des libertés prévues par la Constitution que des parents soient poursuivis pénalement parce qu’un inspecteur, dans un rapport, qui n’a aucun caractère contradictoire, qui est établi sans aucune garantie d’impartialité, a jugé qu’un enseignement de l’histoire, parce qu’il était fait selon ce qu’il appelle « le filtre catholique » ne laissait pas part à l’esprit critique des élèves ? Où est le respect du droit, de la liberté, du minimum de procédure, dans ces méthodes d’apparatchik totalitaire ? Il n’y a pas que ce collège au joli nom qui soit concerné. Il n’y a pas que les écoles hors contrat ! Il y a tout professeur, digne de ce nom, de l’enseignement public ou de l’enseignement privé. Et nous savons combien il y en a, d’admirables, dont la vie, la morale, témoignent de leur amour du vrai, du beau et du bien, et que persécute aussi, d’une autre manière, non moins sournoise, cette armée rouge de la dictature du relativisme. Benoît XVI a tout vu. La dictature du relativisme est infiniment plus redoutable que le fut celle du communisme, car ses armes sont multipliées et, dans le vide juridique qui est le fruit même de ce relativisme puisque, si tout peut être justifié, logiquement, tout peut être condamné ! C’est vraiment la peste de notre fabuliste : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés. » Celui – homme, famille, école ou institution – qui a contre lui l’administration, le texte, le juge et la presse n’a aucune chance de s’en sortir, sauf s’il a, autour de lui, avec lui, des amis. Et donc, pour résister victorieusement, il faut une vraie solidarité. Comme en Pologne, au temps de Walesa et de Wojtyla – Solidarnosc. Dans cette solidarité, on commence toujours, avant tout, par soutenir, secourir, entourer, aider celui qui est attaqué. Même – et surtout – si la victime a commis une faute, une imprudence, une erreur. La haine s’accroche toujours à quelque chose de vrai – seul Notre Seigneur a été « haï sans raison ». Chacun de nous offre une prise, et sur cette prise, les méchants commencent leur mauvais procès. Si les bons se mettent à leur tour, et parfois même avant les méchants, à accabler de leurs reproches, ou de leurs suspicions, celui que la rumeur orchestrée a déjà désigné comme coupable, la défaite est inéluctable. Mais, si, au contraire, la parfaite lucidité sur nos inévitables manquements individuels devient une raison supplémentaire de défendre et d’aider, alors la victoire devient possible. La charité fraternelle, avec tout ce qu’elle comporte de lucidité impeccable et de fraternité généreuse – de courage, en somme, et de sens de l’honneur – est, contre la dictature du relativisme, la seule arme invincible. Veritas in caritate ! Caritas in veritate ! Sous le regard intelligent et doux de Benoît XVI, ut semper !

JACQUES TREMOLET DE VILLERS