17 août 2010

[La Croix - Anne-Bénédicte Hoffner] France 3 diffuse un documentaire sur les traditionalistes

SOURCE - La Croix - Anne-Bénédicte Hoffner- 17 août 2010
Après le reportage diffusé par France 2 le 27 avril dans le cadre du magazine « Les infiltrés », c’est au tour de France 3 de leur consacrer un documentaire – certes bien tard dans la nuit, dans un genre toutefois très différent

A LA DROITE DU VATICAN, LES TRADITIONALISTES de Grégory Laville
France 3, dans la nuit du mercredi 18 août à 1 h 40


Décidément, les traditionalistes intriguent la télévision. Après le reportage diffusé par France 2 le 27 avril dans le cadre du magazine « Les infiltrés », c’est au tour de France 3 de leur consacrer un documentaire – certes bien tard dans la nuit, dans un genre toutefois très différent.

Alors que « Les infiltrés » avaient choisi la caméra cachée pour franchir les murs de la paroisse Saint-Éloi, à Bordeaux, confiée à l’Institut du Bon-Pasteur, Grégory Laville a pris le parti, lui, d’avancer à visage découvert et de laisser parler ses interlocuteurs : des prêtres parfois (l’abbé Philippe Laguérie, supérieur de l’Institut du Bon-Pasteur, ne cache pas sa joie devant « la progression considérable » que fait « chaque année » Benoît XVI « en direction de la Tradition »), mais aussi de nombreux fidèles, jeunes ou moins jeunes.

Erreurs factuelles

Ces entretiens permettent d’approcher au plus près le fonctionnement de la mouvance traditionaliste, notamment de sa liturgie. Les images d’archives, comme celles de la consécration à Écône (Suisse) de quatre évêques intégristes par Mgr Marcel Lefebvre, cause de son excommunication, sont elles aussi éclairantes.

On peut toutefois regretter le choix du réalisateur de se mettre en scène, non sans quelques facilités : ainsi est-il filmé en train de frapper sans succès à la porte d’une modeste chapelle de campagne, ce qui suggère au commentaire que « les églises se vident » depuis le concile Vatican II.

Surtout, même succinct, le commentaire n’est pas exempt d’erreurs factuelles, par exemple lorsque la célébration de confirmations à Saint-Éloi par le cardinal Ricard est vue comme « une preuve supplémentaire que l’Église a changé de cap ». Ou encore lorsqu’il est dit que, « contrairement » au cardinal Ricard, Mgr Jean-Luc Bouilleret, évêque d’Amiens, « refuse » une église aux lefebvristes de son diocèse et, ce faisant, « désobéit au Vatican ».

Anne-Bénédicte Hoffner

15 août 2010

[Père Maurice Avril] « Requiem pour un Concile »

SOURCE - Père Maurice Avril - Sermon du 15 août 2010

Beata es, ô Maria ! "Bienheureuse êtes-vous, ô Marie, parce que vous avez cru en l’accomplissement de tout ce qui vous avait été dit de la part du Seigneur" Luc l, 45.

Bienheureuse êtes-vous, ô Marie ! Le Père d’amour et de miséricorde, par l’entremise de Gabriel, vous révèle l’intégralité de son mystère d’amour et l’intégralité de la part qu’il vous propose pour l’accomplir.

Ô, Bienheureuse Vierge Marie, vous avez cru, et c’est intégralement que vous avez cru. Et le mystère d’amour s’est accompli.

A nous, à chacun de nous, de croire, et de croire intégralement : "celui qui croit possède la vie éternelle."

Grâce à Vous, Il s’est fait chair ! Grâce à Vous, il a habité parmi nous. Grâce à Vous, il s’est fait propitiation pour nos péchés. Et nous voilà fils de Dieu dans le Bien-Aimé !

Bienheureuse Marie qui avez cru, Vous êtes la Reine et la Mère de la foi, le témoin et le modèle de la foi, la gardienne et la garante de la foi !

Et nous, combien bienheureux sommes-nous quand la Sainte Église notre mère nous donne la foi.

Bienheureux sommes-nous quand nous gardons intégralement cette foi, quand nous vivons intégralement notre foi, quand nous défendons jusqu’au bout l’intégrité de notre foi.

L’Histoire, la seule Histoire, c’est l’Histoire de Dieu, l’Histoire, l’histoire du monde comme notre propre histoire, c’est l’histoire de Dieu dans son mystère d’amour. L’histoire, la seule histoire, mais c’est celle du Mystère d’amour de notre Dieu. Ce mystère d’amour dépasse les éternités d’éternités, ce mystère d’amour doit nous faire franchir nos éternités; "Lui qui est notre joie, il sera notre récompense !"

C’est bien pourquoi, "tout ce qui a été fait, tout ce qui a été écrit, l’ont été pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom" Jo XX, 31.

Mais, par contre, malheur à celui qui n’a pas cru, à celui qui est devenu ce qu’il est parce qu’il n’a pas cru.

Malheur à Lucifer, c’est dans son intégralité qu’il a refusé le plan d’amour de Dieu, qu’il a refusé de reconnaître et d’adorer le Fils de Dieu fait homme, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, Seigneur des Seigneurs et Roi des Rois, venu pour nous sauver et pour nous affilier en Lui à son Père.

A ce mystère d’amour, il a substitué son mystère d’iniquité; à l’amour, il a substitué la haine et il a brandi son communiqué de guerre: "non serviam", je ne servirai pas, c’est moi qui me ferai servir; je n’adorerai pas, c’est moi qui me ferai adorer, je mènerai la révolte contre le plan du Christ et je damnerai les âmes.

Bien comprendre que ce mystère d’iniquité est intégral et irrévocable, que nous sommes tous concernés, nous constituons les points de mire privilégiés de Satan. C’est le combat sans quartier de notre vie, il se poursuivra sans répit jusqu’à la fin des temps, il ne changera pas, il ne pourra changer.

Certes, Satan n’a de pouvoirs que ceux concédés par Dieu selon les desseins de sa miséricorde.

Certes, d’autre part, le plan diabolique est constamment contrarié par les poussées de la grâce, la vigilance de l’Église, les siècles de chrétienté, l’héroïsme des saints et chacun de nos efforts.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le plan d’iniquité est progressif, sa réalisation génialement échelonnée à travers les siècles en des étapes dosées selon les circonstances.

Car il lui faut du temps pour façonner les esprits, pour les conditionner, pour les réduire, pour adapter les mentalités aux changements successifs, les banaliser, les normaliser, les accorder à la conscience collective.

Seule doit régner la pensée unique qui, elle, vagabonde sur l’écran aux rythmes de la souris diabolique. Les contraires s’y bousculent, mais la flèche ne change pas, et dans ces pas de danse illogiques, les esprits étourdis sont réduits à l’esclavage. Nous n’aurons plus qu’à brouter la pensée unique et à la ruminer ; toute déshumanisation n’est que la fille unique de la déchristianisation. Nous voilà dès lors les bêtes que le lion rugissant peut délibérément dévorer.

Si ce n’était qu’une éventualité ? Mais quel autre sort peut envier notre seule nature humaine, si fragile et si inconstante ! Si, pour gravir le mystère d’amour, il faut monter, par contre, pour échouer dans le mystère d’iniquité, il suffit de glisser. Et l’homme est un être qui glisse, qui ne cesse de glisser, qui ne voit plus qu’il glisse, qu’il a fini par glisser jusqu’en bas. Et pourtant, il s’obstine à ne pas voir, à ne pas croire qu’il a glissé.

Il se déclare fidèle, et plus fidèle que jamais, c’est commun, c’est une pitié. C’est très commun : si, d’un côté, les durs s’endurcissent toujours, les mous, eux, s’amollissent à jamais. Et la cause perd ses meilleurs défenseurs, et la cause elle-même est perdue à jamais. Les forces occultes ricanent, l’occupation intégrale se poursuit Rappelons maintenant les étapes-clés :

- La tentation de nos premiers parents : "vous serez comme des dieux", en réalité dieux vous-mêmes, sans plus besoin d’autre Dieu.

- La Passion de N.S.J.C. : au fond, sa victoire éclatante : "tout est accompli." Mais pour les suppôts de Satan, "nous ne voulons pas qu’il règne sur nous !"

- La Révolution française, apologie du "non serviam", insurrection sacrilège légalisée, contre Dieu et contre son OEuvre, la révolte érigée en principe et comme fondement de l’anti-société, négation systématique de toute autorité, celle aussi de l’Église en conséquence ; et pour l’Église elle-même : "écrasons l’infâme."

Et nous aboutissons à la dernière étape, c’est l’assaut fatal, la victoire apparente du mystère d’iniquité. Ce qui la caractérise c’est que, d’une part jusque là, les ennemis attaquaient de l’extérieur, alors que désormais les attaques sont lancées de l’intérieur d’une néo-Église occupée, infiltrée. D’autre part, si jusque-là l’Église était un bastion à défendre, désormais, c’est un bastion à reconquérir, à délivrer.

Je vais certainement paraître excessif ! Je l’espère, comme Celui qui est tout, la Voie, la Vérité et la Vie, et cela reste toujours "scandale pour les Juifs et folie pour les gentils." Alors, cramponnez-vous à Celui qui est la Vérité, et comprenez bien : je n’interviens qu’en conscience, par fidélité à la foi et par amour du Seigneur Jésus-Christ et de son Église, une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Jésus, seul, "tout le reste vient du Malin." Et ce Concile vient du Malin : Mgr Lefebvre affirmait : "Ils ont tourné le dos à la véritable Église. Ce concile, cet évènement ruineux pour l’Église catholique et toute civilisation chrétienne, n’a pas été dirigé et conduit par l’Esprit-Saint."

Comment a-t-il donc été conduit et dirigé ? Programmé par les forces occultes infiltrées, convoqué pour imposer leur programme, confisqué dès la Ière session par les Modernistes, il ne voulait ni ne pouvait être selon l’intention de l’Église : garder et transmettre le Dépôt de la foi. Il devenait un mort-né et ne constituait plus qu’une Assemblée informelle, aux apparences trompeuses d’un Concile. Cette Assemblée fantôme a substitué à la Sainte Église une néo-Église conciliaire anticatholique. Ce Concile est mortel, mort, mortifère, morticole. Ces assassins n’avaient d’autre but que d’intégrer l’Église à leur synarchie et de dénaturer la foi en spiritualisme ésotérique. L’Église conciliaire est anticatholique, universelle, noachide, cosmique, adogmatique, humaniste, libérale et laïque.

Replaçons ce Concile dans le contexte. Déplorons-le dans cette élégie tragique.

Le Concile, c’est l’apothéose du "non serviam" de Lucifer : insurrection sacrilège contre Dieu, son OEuvre, son mystère d’amour. C’est la négation sacrilège du règne social du Christ-Roi.

Le Concile, c’est l’apothéose du serpent sifflant à nos premiers parents : "vous serez comme des dieux."

C’était l’instauration de l’humanisme intégral.

Le Concile, c’est l’apothéose du reniement intégral du Dieu crucifié au Golgotha : "nous ne voulons pas qu’il règne sur nous."

Le Concile, c’est l’apothéose de la Révolution française : le culte sacrilège de l’homme devenu Dieu et Maître, et la Déclaration sacrilège des droits de l’homme.

Le Concile, c’est l’apothéose de la Révolution "en tiare et en chape", l’apothéose de la victoire apparente du mystère d’iniquité sur le mystère d’amour. Ce Concile est vraiment l’apothéose de l’apostasie totale.

La question se pose alors : le Concile sévit depuis déjà plus d’un demi-siècle, pourquoi soudain à nouveau, cette levée de boucliers ?

Réponse : le lessivage des esprits, qui a suivi chacune des offensives de déchristianisation s’est intensifié et appuie la victoire apparente du mystère d’iniquité. Parallèlement et en conséquence, se sont intensifiées, la déperdition de la foi, l’aveuglement des esprits sur le vrai combat et sur les vrais ennemis. Le courage s’est affaibli, la lassitude, l’abandon, le découragement peut-être ont suivi, et surtout, nous sommes devenus des habitués sans plus de réaction. Les opposants qui persévèrent, semblent lutter contre des moulins à vent. En toute réalité, la Tradition souffre d’une hypotension qui ne peut que lui être fatale.

Il est plus que temps, il faut se réveiller, se redresser, retrouver l’enjeu du combat et remonter hardiment aux premières lignes.

Jésus, seul Jésus, la Vérité intégrale. Sa Sainte Église, seule, pour recevoir et transmettre le Dépôt intégral. Hors du Christ, hors de l’Église, c’est l’erreur intégrale. Contre le Christ intégral, contre l’Église intégrale, c’est l’erreur intégrale. Le Concile, hors du Christ intégral, contre l’Église intégrale, c’est l’erreur intégrale. C’est le serpent qui siffle, c’est la perte intégrale des âmes.

Tout un chacun est menacé, et même tenté, et parfois tellement tenté. Nous voilà donc bien en état de légitime défense, voilà notre Christ à nouveau devant Pilate, voilà notre Église en état d’asphyxie, elle qui ne vit que par ses deux poumons : la Parole de Dieu et la Tradition.

Nous avons le droit strict de lutter contre l’erreur intégrale. Nous avons le devoir impérieux de défendre notre foi. Nous voulons garder notre foi dans toute son intégrité, nous voulons défendre la foi catholique, au prix même de notre vie. D’autre part, telle a bien été la volonté de Dieu quand Il nous a installés dans ce monde, quand son Église nous a prodigué la foi, quand ces grâces sont intervenues en de telles circonstances et en ces temps d’apostasie endémique.

Choisis, Dieu nous a choisis pour une mission exaltante. Nous sommes armés de toute la grâce nécessaire.

Dieu veut avoir besoin de nous pour sa gloire, pour la libération et l’exaltation de sa Sainte Église, pour la restauration intégrale de son règne social. A lui, Roi du ciel et de la terre, gloire et louange à jamais.

Dès le "non serviam", Dieu choisissait St Michel. Dès le désastre d’Adam et Ève, Dieu choisissait la pleine de grâce, "terrible comme une armée rangée en bataille."

Dès l’offensive conciliaire, Dieu choisissait cette légion de combattants de la foi, cottes de mailles bien arrimées. Rendons hommage à ces héros de la première heure, fleurons de la Tradition, des abbés Coache à Mgr Lefebvre.

Mais au fil des ans, nous avons flanché, et nous ne cessons plus de flancher : la durée sans fin de l’épreuve et l’épuisement, le climat de tranchées et cette déperdition de la foi, les pièges continuels et nos divisions éternelles, les doutes et les découragements, un certain mal de ralliement et le besoin des bras maternels de notre Église ! ...

Attention ! Le combat ne peut être qu’intégral et de jour et de nuit. Qui se veut conciliant termine conciliaire. Qui croit pouvoir s’intégrer se désintègre aussitôt. Qui louche sur l’erreur perd ses deux yeux.

Qui accorde des droits à l’erreur s’engouffre lui-même dans l’erreur intégrale, il en vient même à employer, comme le système, l’oecuménisme conciliaire.

Attention ! Ce Concile, le dénoncer, le refuser, lui, son esprit et ses applications, et surtout ne pas essayer de le rafistoler, de le triturer, de le charcuter ; n’en plus tenir compte et l’oublier.

J’insiste, je reprends, je répète. Non, ce ne sont pas des répétitions, c’est un refrain, ce sont des vagues obstinées : la Tradition est en grave hypotension, et vous, vous en avez assez d’être à part, vous rêvez d’être "comme tout le monde", vous prenez le pas, le mauvais, sur les conciliaires, vous les dépassez d’autant.

Mes chers frères traditionalistes, vous vous sentez démodés, dépassés, ridicules, vous avez honte, et vous cherchez à vous dédouaner, vous êtes devenus terriblement dangereux tout en n’étant plus rien. Mes amis, en clair, vous trahissez et vous poignardez dans le dos la Tradition en chantant des Alléluia !

Persévérer dans le combat, ce doit être jusqu’à la victoire. Persévérer et triompher, c’est vivre intégralement le Mystère d’amour, c’est accomplir intégralement la Volonté de Dieu en devenant des saints en toute intégralité. Fils de Dieu, vous devez rester intégralement les témoins du Christ, les soldats du Christ. C’est la guerre, vous êtes mobilisés pour exorciser la néo-Église conciliaire et libérer la Sainte Église du Christ, et pour restaurer intégralement le règne du Christ sur ses domaines.

Heureux, bienheureux élus de la Tradition, gardez vôtre la foi intégrale, combattez jusqu’au bout de votre foi. Votre combat prendra la mesure de votre foi intégrale. Elle, la Bienheureuse, elle a cru, mais avec la foi la plus intégrale. Elle, la Reine et Mère de la foi, le témoin et le modèle de la foi, la gardienne et la garante de la foi, nous appelle à serrer les rangs derrière elle, pour le combat intégral de la foi. u calvaire, Elle demeurait debout, mais déjà son talon se fortifiait et le Malin commençait à trembler.

Pour le combat, c’est au pied du Calvaire que nous la rejoignons et que nous redressons nos talons.

A la Salette, la Sainte Mère sanglotait, et nous la rejoignons pour pleurer avec elle, sur nous-mêmes et sur tous ceux qui sont la cause de ces sanglots, pour combattre avec elle.

A Fatima, la Toute-Puissante nous a promis la victoire, sa victoire : "à la fin, mon Coeur Immaculé triomphera !" Et déjà, grâce à votre combat, d’un horizon inondé d’espérance, pointe sur le carmel le tout petit nuage. Et il s’avance, et il grossit.

Alors, ô Mère bien-aimée, la fin, cette fin que vous annoncez, est-ce pour bientôt ?

Ainsi-soit-il !

[AFP] Des centaines de fidèles à la procession de Saint-Nicolas-du-Chardonnet

SOURCE - AFP - 15 août 2010

Plusieurs centaines de fidèles ont participé dimanche à Paris à la procession mariale organisée par l'église traditionaliste de Saint-Nicolas du Chardonnet (Paris Ve), a constaté un journaliste de l'AFP.

Le cortège a quitté l'église vers 16H30, avec à sa tête l'abbé Xavier Beauvais entouré de quelques prêtres et des soeurs en tenues d'apparat et s'est dirigé, sous une pluie battante, vers la place Saint-Michel.

Tout au long du parcours, les chants religieux et les prières rythmaient cette procession dominée par les plus de 40 ans. Sur place, l'abbé Beauvais et les prélats qui l'accompagnaient se sont agenouillés, priant pendant une trentaine de minutes devant une statue de la Vierge Marie ornée de roses blanches.

"Nous sentons bien qu'à notre époque d'une démocratie décadente et d'une Eglise qui a perdu la fierté de ses maîtres, il faut la toute puissance de cette femme (...) pour remettre de l'ordre dans la vieille maison de la France", a déclaré l'abbé Beauvais devant les fidèles.

Parmi eux, Emmanuel, qui n'a pas décliné son patronyme, a estimé que cette procession était "une démonstration de foi". Pour ce fidèle qui dit "s'inscrire dans l'oecuménisme", il importe de "renouveler notre foi chaque jour et de retrouver ce que notre pays a perdu depuis si longtemps".

De son côté, Galtier, la soixantaine, "très attaché aux valeurs profondes" de l'église, a voulu se démarquer de la procession organisée par le Diocèse de Paris. "Je trouve qu'elle ne correspond pas à mon état d'esprit. Ca me choque", a-t-il asséné, jugeant au contraire celle de l'église Saint-Nicolas "merveilleuse".

[France 3] Nouveau prieuré FSSPX à Nancy

SOURCE - France 3 - 15 août 2010

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13 août 2010

[Paix Liturgique] La forme extraordinaire de 7 à 77 ans

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 243 - 13 août 2010

Dans le cadre de nos lettres consacrées au bilan qualitatif du Motu Proprio Summorum Pontificum, nous publions aujourd'hui les réflexions de Don Luigi Iandolo, jeune curé italien de la paroisse Santa Maria Assunta in Cielo d’Avellino (diocèse d’Avellino) sur la crise de l'Église et les bienfaits que celle-ci pourrait retirer de l'application généreuse du Motu Proprio. Né en 1979, Don Luigi a été ordonné en 2006. 

I – LE DOCUMENT

Trois années se sont écoulées depuis la promulgation du motu proprio “Summorum Pontificum”, en juillet 2007, acte suprême par lequel le pape Benoît XVI a accordé la célébration de la Sainte Messe selon le Missel de Jean XXIII édité en 1962 – et jamais abrogé – comme forme “extraordinaire” de la liturgie de l'Église.

Il s'agit de la messe dite “tridentine” ou plutôt “damaso-grégorienne” en ce qu'elle remonte précisément aux papes Damase et Grégoire. Cela signifie que là où il existe ou se constitue un groupe de fidèles qui demande de bénéficier de l'ancienne tradition liturgique, le curé doit accorder la célébration de la Sainte Messe également selon le Missel romain promulgué par le Bienheureux “Papa Buono” (surnom affectueux donné par les Italiens à Jean XXIII).

Il est indéniable que, trois ans après la publication de ce controversé Motu Proprio, l'Église traverse aujourd'hui l'une des crises les plus profondes et graves de son histoire bimillénaire : sa foi, sa discipline et sa pratique religieuse sont touchées. Tout n'est pas à attribuer à l'époque et au monde modernes : chercher des responsabilités extérieures sans regarder à l'intérieur de l'Église serait plutôt déresponsabilisant. Du reste, comme l'a souligné le Saint-Père lors de son récent voyage à Fatima, les pires maux dont souffre l'Église se développent en son sein, comme si le Diable voulait la faire imploser. Quel meilleur point de départ, pour analyser cette “implosion”, que la liturgie, action à travers laquelle l'Église nous rend présent Jésus ?

On comprend bien, alors, que la crise de l'Église est intimement liée à la crise de la liturgie, comme l'a écrit en son temps le cardinal Ratzinger : “Je suis convaincu que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie, qui est parfois même conçue de telle manière – etsi Deus non daretur [comme si Dieu n’existait pas]– que son propos n’est plus du tout de signifier que Dieu existe, qu’Il s’adresse à nous et nous écoute. Mais si la liturgie ne laisse plus apparaître une communauté de foi, l'unité universelle de l'Église et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où l'Église manifeste-t-elle donc encore sa nature spirituelle?”(*)

Le motu proprio du Saint Père offre donc la possibilité de bénéficier des trésors de la liturgie antique et de retrouver ainsi le sens, souvent perdu, du Sacré et du Mystère en redonnant à la liturgie la dignité qui lui est propre. “Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place“ lisons-nous dans la lettre aux évêques de Benoît XVI accompagnant le document de 2007. Il est clair, donc, que le souhait du pape est que ce trésor soit redécouvert, pour le bien des âmes avant tout, qui pourront en retirer grâce sur grâce.

Il n'est pas question, de façon simpliste, d'une simple “messe en latin” où le célébrant “tourne le dos aux fidèles” mais plutôt d'un rite très ancien où tous sont tournés vers le Seigneur et goûtent et expérimentent une Présence silencieuse qui parle la langue du mystère même !

Ce rite nous enseigne que l'Église n'est pas un cercle idéal où l'on se regarde les uns les autres, repliés sur nous-mêmes, mais bien un peuple qui, ensemble, compact, regarde vers le Soleil qui ne se couche jamais, vers l'Orient, seule source du salut. La belle chose étant que, si l'on n'a pas de missel il se peut que l'on sorte de la messe traditionnelle sans avoir rien compris mais en ayant découvert d'avoir... tout compris ! En usant d'une langue qui n'est pas d'usage quotidien – une langue sacrée – ; en expérimentant une centralité qui n'est ni celle du prêtre ni celle de l'assemblée participante mais celle de Celui qui est Grand et à qui revient toute adoration, on découvre que la liturgie n'est pas une question de compréhension intellectuelle et linguistique mais bien plutôt d'adoration. Si la liturgie ne permet pas la rencontre avec Dieu, elle perd alors sa sacralité et échoue, ne sert plus à rien, devient une évasion inutile, une cabale, un simple théâtre ou, et toujours selon les mots du cardinal Ratzinger (Chemin de Croix 2005) : “une danse vide autour du veau d'or que nous représentons, une célébration de soi-même sans même tenir compte de Lui”.

La difficulté d'apprécier de nouveau ce trésor se comprend facilement car ce n'est ni plus ni moins que celle que l'homme d'aujourd'hui rencontre face au mystère de la Rédemption. L'homme de notre temps aime être protagoniste et est absolument convaincu de son autosuffisance. Il peut tout et n'a besoin de personne pour se sauver. Il se sauve tout seul, par ses propres forces. Ainsi tolère-t-il mal un rite dans lequel il lui est demandé de mettre de côté sa superbe et de se faire simple adorateur, à genoux, du mystère qui lui est offert. Pourtant, ce que l'on observe depuis le Motu Proprio de Benoît XVI semble aller à l'encontre de ceci : qui s'approche, sans préjugés et le cœur ouvert, de la messe traditionnelle finit par s'en éprendre. La raison est simple : le Dieu qui parle dans le silence ne s'adresse pas à l'esprit de l'homme, toujours réticent à s'ouvrir au mystère, mais frappe à son cœur, réveillant en lui la nostalgie du sacré. Et c'est proprement pour cette capacité à toucher directement le cœur que la messe tridentine attire, attire toujours plus...

Sans donner trop de poids aux chiffres, il est intéressant de lire les résultats des récents sondages sur ce sujet. En Allemagne, par exemple, seulement 7% des pratiquants refuseraient d'assister à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans leur paroisse. Les 93% restants seraient prêts à y participer au moins de temps en temps (25% chaque semaine). Au Portugal en revanche, c'est un catholique sur trois (qu'il soit pratiquant ou non) qui voudrait la messe ancienne tous les dimanches. Proportion qui dépasse les 50% chez les personnes allant à la messe au moins une fois par mois. Et la donnée relative à l'Italie est encore plus réconfortante puisque jusqu'aux deux tiers des fidèles y désireraient la messe dans leur paroisse.

Les chiffres semblent donc vraiment encourageants et le phénomène ne doit pas être sous-évalué, surtout au moment auquel l'Église a besoin de se purifier et de tourner à l'essentiel : la prière et la pénitence, ainsi que l'a demandé le Saint Père, faisant sien le message de la Vierge à La Salette, à Fatima et lors de tant d'autres apparitions au XXème siècle. La redécouverte de la messe traditionnelle et son approfondissement peuvent vraiment nous aider à “remettre en ordre” notre relation au sacré, en nous aidant à reconnaître la primauté de Dieu et de Ses commandements, confiants dans le triomphe du Cœur Immaculé de Marie – comme annoncé à Fatima – et dans l'accomplissement du songe de Saint Jean Bosco, celui où il vit deux colonnes sauver l'Église : l'Eucharistie et l'Immaculée !

(*) Cardinal Joseph Ratzinger, Ma vie. Souvenirs (1927-1977), Fayard 1998 

II – LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE

1) “La crise de l'Église est intimement liée à la crise de la liturgie” : cette affirmation, qui aurait été qualifiée de “lefebvriste” il y a encore peu de temps est aujourd'hui tranquillement énoncée, en s'appuyant sur les écrits mêmes du cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, par des ecclésiastiques – du clergé tout ce qu’il y a de plus officiel – de plus en plus nombreux. Un clergé de 7 à 77 ans, serions-nous tentés d'écrire, vu le jeune âge de Don Luigi Iandolo, tout juste trentenaire... On remarquera d’ailleurs que Joseph Ratzinger reliait ses réflexions sur l’évolution de la liturgie à la fin des années soixante avec l’un des thèmes les plus “antimodernes” de sa pensée : la formule Etsi Deus non daretur (comme si Dieu n'existait pas) peut être considérée selon lui comme le slogan de l’arrogance moderne de la raison. Autrement dit, lorsque Joseph Ratzinger soulignait que la liturgie – dont le mouvement intrinsèque est d’être une totale soumission à Dieu – est devenue une “fabrication”, il voulait dire qu’elle entrait par cela même dans le mouvement moderne d’autosuffisance de la raison qui oublie ce qu’elle est, pure image de Dieu. Il n’est donc pas exagéré de dire que pour le Pape, il y a quelque chose d’”athée” dans la nouvelle liturgie. La citation faite par Don Luigi est ainsi choisie avec une très juste connaissance de la pensée du Saint-Père.

2) La jeunesse de l’auteur de ces lignes doit interroger toute personne de bonne volonté. En effet, une génération de prêtres n’ayant connu jusqu’à un passé récent que la forme ordinaire du rite romain se met à découvrir et par suite à aimer une forme liturgique plus ancienne qu’ils ne connaissaient pas jusqu’alors. Voilà de quoi ébranler les vieilles formules toutes faites des ennemis de la paix telles “vous êtes nostalgiques de la messe de votre enfance”, “vous voulez revenir en arrière…”, ou bien encore “cette forme liturgique n’intéresse que les personnes âgées…”. Il est temps de voir les choses en face, les principaux détracteurs du motu proprio de Benoît XVI appartiennent à une génération vieillissante de plus en plus en décalage avec l’Église du rang. D'ailleurs, les petits servants de messe de Saint Pierre de Rome expriment parfaitement bien cette évolution quand, en parlant de la messe de St-Pie-V, que l’on célèbre de plus en plus souvent dans la Basilique, ils disent "je vais servir la nouvelle Messe". Il faut dire que la messe réformée fait aujourd’hui penser esthétiquement – si l’on peut dire – à l'une de ces cités nouvelles des années 70, quarante ans après.

3) L'article de Don Luigi, par son souci pédagogique et catéchétique – justification de l'usage du latin et de l'orientation commune du célébrant et des fidèles “vers le Seigneur”, explication des attitudes de silence et d'adoration par le mystère de la Présence réelle, etc. – rejoint celui de Mons. Pope, curé de l'archidiocèse de Washington, que nous avons publié dans notre lettre 234. De Washington à Avellino, où Don Iandolo exerce son ministère, c'est l'universalité, donc la catholicité, de la forme extraordinaire du rite romain qui est ainsi soulignée.

4) Enfin, en faisant référence aux sondages internationaux commandités par Paix Liturgique, Don Luigi nous conforte dans notre politique d’information. Sans accorder aux chiffres plus de poids qu'ils n'en méritent, Don Iandolo tente néanmoins de mesurer ce que signifient les principales tendances – concordant dans le temps et dans l’espace – dégagées par ces études scientifiques réalisées par des professionnels indépendants. Que les donateurs qui nous ont permis de financer ces sondages soient encore une fois vivement remerciés.

6 août 2010

[Paix Liturgique] Un autre regard sur le bilan du Motu Proprio: 3 – La Grande Bretagne, une application hypocrite

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 242 - 6 août 2010

Voici le troisième volet de notre enquête sur la mise en application de la forme extraordinaire du rite romain introduite par le Motu Proprio Summorum Pontificum. Après l'Allemagne et l'Italie, nous nous penchons cette semaine sur la Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse et Pays de Galles).

Nous sommes partis des célébrations de la forme extraordinaire du rite romain mises en place depuis 3 ans et en avons dressé un bilan qualitatif. Cette approche nous a semblé intéressante dans la mesure où elle est issue de données incontestables et vérifiables par chacun. Vous pouvez relire les explications de notre méthodologie en annexe de cette lettre ou en vous reportant directement à notre lettre 237 du 2 juillet dernier.

En associant dans une même lettre la situation de la conférence épiscopale d'Angleterre et du Pays de Galles et celle de la conférence épiscopale d'Écosse, nous voulons donner un instantané précis de la réception du texte pontifical dans la zone couverte par le sondage que l'institut Harris Interactive a réalisé pour notre compte fin juin 2010 et dont nous présenterons les résultats à la veille du voyage que le Saint-Père doit accomplir dans l'île britannique mi-septembre.

I – LE BILAN BRITANNIQUE

La source de nos informations est la Latin Mass Society, à travers son site internet et le supplément papier de mai 2010 de son trimestriel "Mass of Ages".

A – Nombre de lieux où la forme extraordinaire n'est proposée qu'en semaine et pas le dimanche :
43 sur un total de 112 célébrations, soit 38,4%.

B – Nombre de lieux où le Motu Proprio n'est offert qu'un dimanche de temps à autre et pas tous les dimanches :
33 sur un total de 112 célébrations, soit 29,5%.

C – Nombre de lieux où la messe est dominicale et hebdomadaire mais à un horaire non familial (avant 9h et après midi) :
17 sur un total de 112 célébrations, soit 15,2%.

D – Nombre de lieux où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial, donc où le Motu Proprio est appliqué avec justice et charité :
19 sur un total de 112 célébrations, soit 17%.

E - Nombre de lieux où la messe est célébrée par la FSSPX :
25 mais 10 seulement où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial.

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Avec 112 messes recensées au total, la Grande-Bretagne fait quasiment jeu égal avec l'Allemagne (133) et surtout l'Italie (120). Un bilan flatteur pour un pays où les catholiques ne sont qu'une minorité (un peu plus de 10% de la population). De sorte que si l'on devait faire un ratio “nombre de catholiques/messe extraordinaire”, l'île britannique écraserait la péninsule transalpine.

2) Toutefois seulement le tiers de ces messes (36 sur 112) sont célébrées tous les dimanches, ce qui atténue sensiblement la qualité du bilan britannique. En effet, 99 % des pratiquants n’allant à la messe que le dimanche, les applications du Motu Proprio en semaine – bien que signes de ce que la situation évolue positivement un peu partout à travers le monde – ne touchent qu’une frange marginale des fidèles.
En Allemagne, on décompte 49 célébrations dominicales hebdomadaires tandis qu'elles sont au nombre de 64 en Italie. On comprend mieux, au travers de cet exemple d'Outre-Manche, pourquoi le simple bilan quantitatif de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum ne saurait être satisfaisant. Parce que les besoins spirituels des fidèles attachés à la forme traditionnelle du rite romain peuvent être satisfaits plus ou moins généreusement, il est important de qualifier ce bilan en déterminant la fréquence, le jour et l'horaire des célébrations.

3) En Grande-Bretagne, le bilan qualitatif fait donc apparaître que 93 messes sur 112 ne sont pas encore des messes dominicales hebdomadaires à un horaire commode pour les familles. La marge de progression est donc significative, chacune de ces messes démontrant l'existence locale d'un prêtre pour célébrer et de fidèles pour participer à la liturgie, il ne resterait pas beaucoup à faire pour parvenir à la justice. En effet, si en Grande-Bretagne comme ailleurs le plus grand nombre des demandes de célébration sont restées sans réponse, les évêques de Grande-Bretagne pourraient au moins manifester leur sollicitude pastorale et leur désir de suivre Benoît XVI dans sa politique de pacification et de restauration, en « régularisant » ces 93 messes de semaine ou ces messes dominicales à la fréquence irrégulière en messes dominicales hebdomadaires célébrées à un horaire familial.

4) Les 76 messes, soit 67,8%, qui ne sont pas encore des messes dominicales hebdomadaires nous permettent de soulever un élément original de la situation britannique : ce ne sont pas les prêtres bien disposés qui manquent ! Si l'Italie compte encore près de 45000 prêtres (diocésains et religieux confondus), les conférences épiscopales d'Angleterre et du Pays de Galles et celle d'Écosse n'en regroupent que moins de 6500 prêtres. Pourtant, il se trouve à peu près autant de prêtres célébrant ouvertement la forme extraordinaire dans l'un ou l'autre pays. La proportion de prêtres favorables à la forme extraordinaire est donc considérablement plus importante en Grande-Bretagne. Il faut souligner que la raison tient en grande partie à l'œuvre de formation poursuivie par la Latin Mass Society en ce domaine. Depuis 2007, l'association a organisé à l'intention des prêtres diocésains cinq sessions d'apprentissage de la forme extraordinaire : plus de 100 prêtres différents y ont participé à ce jour. Et une sixième est organisée ce mois d'août dans le Somerset... On imagine quelle serait la proportion de ces prêtres bien disposés si les évêques de Grande Bretagne, à l’instar de ce que font certains de leurs confrères américains, mettaient en place eux-mêmes, dans le cadre diocésain, de telles formations à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain.

5) Pourtant, en Grande Bretagne comme ailleurs, les curés désireux de participer au nouveau mouvement liturgique voulu par le Saint-Père hésitent encore à introduire la liturgie ancienne dans leurs paroisses. La raison est toujours la même : la crainte de la hiérarchie. Nous avons eu l'occasion, dans notre lettre 227 d'attirer l'attention sur l'hostilité des évêques écossais, il faut bien admettre que leurs confrères gallois et anglais ne sont pas beaucoup mieux disposés à l'égard de la politique de libéralisation de la liturgie traditionnelle lancée par Rome. Ces blocages épiscopaux expliquent pourquoi seulement 19 des 112 messes célébrées selon la forme extraordinaire le sont tous les dimanches et à un horaire familial.

31 juillet 2010

[Mgr Williamson] Utilité des discussions II

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison CLIX - 31 juillet 2010

Certaines personnes se sont demandé si l'auteur du « Commentaire Eleison » a subi quelque pression pour avoir cité il y a trois semaines (EC 154) les arguments de Mgr de Galarreta qui plaidaient en faveur des discussions doctrinales actuellement en cours entre Rome et la Fraternité St Pie X. Il faut répondre qu'il n'y a eu aucune pression de cette sorte. Alors est-ce que cet auteur perd la tête ?  Il faut répondre, pas plus que d'habitude.

La raison pour laquelle on s'est posé la question, bien sûr, c'est que plus d'une fois le « Commentaire » a soutenu qu'il y a peu d'espoir qu'un accord puisse sortir des discussions, vu qu'il est impossible de mélanger l'huile et l'eau. A force de secouer furieusement une bouteille qui contient les deux, on fera que l'huile et l'eau se mêleront, mais dès que l'on cesse de secouer, elles se sépareront immédiatement. C'est dans leur nature. Etant plus légère, l'huile flotte nécessairement au-dessus de l'eau.

C'est également dans la nature de la doctrine divine de la vraie Eglise et de la doctrine humaine du néo-modernisme de pouvoir se mêler mais pas se mélanger. La « lettre », c'est-à-dire les documents de Vatican II, les ont fait se mêler, mais pas même les chefs d'œuvre de confusion de Vatican II, tel « Dignitatis Humanae » sur la liberté religieuse, n'ont réussi à faire qu'elles se mélangent. L'après-Concile qui a suivi « l'esprit » du Concile en est la preuve, car cet « esprit du Concile » ne cesse de déchiqueter l'Eglise depuis. Quant à « l'herméneutique de la continuité » de Benoît XVI, elle est une recette pour ne pas cesser de secouer furieusement, disons plutôt résolument, la religion de Dieu avec la religion de l'homme, mais elles ne se mélangent pas pour autant. Elles se repoussent toujours.

Mais pourquoi alors le « Commentaire » a-t-il cité les arguments de Mgr. de Galarreta en faveur des discussions ?  Pour deux raisons. D'abord quant à l'effet principal des discussions, remarquez qu'aucun de ses arguments, si on les lit attentivement, n'exprime l'attente ni l'espoir que l'huile et l'eau se mélangeront. Au contraire, lorsqu'il a dit qu'il entendait que les discussions prennent fin au printemps de l'année prochaine, il semblait bien indiquer qu'on ne doit pas secouer indéfiniment la bouteille, surtout pas si cela devait favoriser chez les fidèles l'illusion que l'huile et l'eau peuvent à la longue se mélanger. Deuxièmement, c'est à partir des effets secondaires des discussions que Monseigneur arguait que les contacts qu'elles provoquent entre Rome et la FSSPX agissent comme de l'antigel dans le radiateur de tout Romain qui veut abhorrer la FSSPX, comme dans celui de tout fidèle de la FSSPX qui veut abhorrer Rome.

L'auteur du « Commentaire » a l'honneur d'être d'accord avec son confrère sur le fait que ces contacts entre Rome et la FSSPX sont bons pour l'Eglise Universelle, tant qu'il n'est pas question pour la FSSPX de manquer à sa mission providentielle de contribuer à protéger de la Rome d'aujourd'hui le Dépôt de la Foi pour la Rome de demain, dès qu'elle reviendra à elle-même et à la Foi. « Le ciel et la terre passeront, dit Notre Seigneur, mais mes paroles ne passeront pas » (Lc.XXI, 33).  A Dieu ne plaise que la FSSPX rallie cette Rome qui brasse ensemble l'huile de Dieu avec l'eau de l'homme !

Mère de Dieu, gardez-nous fidèles à notre mission !

Kyrie eleison.

30 juillet 2010

[Paix Liturgique] Le sens de l'élection de Benoït XVI

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 241 - 30 juillet 2010

Nous remercions la rédaction de l'excellent bi-mensuel catholique "L'Homme Nouveau" de nous avoir donné l'autorisation de reproduire cet excellent article de l'Abbé Claude Barthe.

L’Homme nouveau, 24 avril 2010 – l’abbé Claude Barthe

Le sens de l’élection de Benoît XVI

Vatican II : « Oui, mais… »

« D’une fois à l’autre à mes retours de Rome, je trouvais l’atmosphère de plus en plus effervescente dans l’Église et parmi les théologiens. On avait l’impression que rien n’était stable dans l’Église, que tout était à revoir », se souvenait Joseph Ratzinger, qui avait été conseiller théologique du cardinal Frings, archevêque de Cologne, un des ténors de la majorité conciliaire (Ma vie, Fayard, 1998). C’est à l’intérieur des débats propres à la majorité conciliaire que le futur Benoît XVI, alors jeune théologien allemand renommé, a fait alors entendre une voix prudente, très vite inquiète, globalement réformiste.

Le cardinal Frings l’avait fait nommer expert dès la fin de la première session, en 1962. Il n’était nullement de l’école romaine – le personnel théologique de Pie XII – mais s’il était un homme du monde théologique nouveau, c’était avec nuance de « oui, mais… » Ce « mais », il l’exprima très vite à sa manière propre, celle de conférences professorales : il donna un premier signal d’alarme, à Münster, en 1963, sur « le vrai et le faux renouveau dans l’Église » ; mais surtout, il intervint au Katholikentag de Bamberg, en 1966, de manière si alarmiste, au sujet de la nouvelle théologie et de la nouvelle liturgie, qu’un soupçon de « conservatisme » pèsera désormais sur lui.

Professeur à Ratisbonne en 1969, il était nommé à la Commission théologique internationale, en même temps qu’il participait au lancement de la revue internationale elle aussi, Communio, avec ses amis Balthasar, Lubac, Bouyer, Medina, Le Guillou. Ces deux instances, la Commission et la revue, en soi tout à fait distinctes, mais très proches en réalité, très proches en tout cas à l’origine, devaient servir de barrage à la « mauvaise interprétation » du Concile. Ce combat contre le « faux esprit du Concile » va dès lors devenir le combat essentiel, pour ainsi dire substantiel, de Joseph Ratzinger, comme théologien, comme cardinal, comme pape. Il est d’ailleurs très important de retenir que par Hans Urs von Balthasar, il a connu dès l’origine l’un de ces nombreux mouvements qui, sous des aspects divers, vont représenter une réaction à la crise de l’Église, le mouvement Communion et Libération, fondé par l’Italien Don Giussani. Proche de CL, mais avec des amitiés allemandes plus traditionnelles encore, celle du philosophe Robert Spaemann, par exemple. A Ratisbonne, très proche de Mgr Gamber, il vécut très mal la réforme liturgique : « On démolit le vieil édifice pour en construire un autre… »

C’est ce Joseph Ratzinger-là, une des personnalités les plus marquantes, et les plus marquées « à droite », à l’intérieur de la tendance que représentait la revue Communio et annexes, qui fut appelé par Paul VI à devenir archevêque de Munich en 1977. Consacré le 28 mai, il devint cardinal le 27 juin 1977, un an avant la mort de Paul VI (le 6 août 1978). Il avait connu au Concile l’évêque auxiliaire puis archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla, autre personnalité marquante de sa tendance. Lors du premier conclave de l’été 1978, qui devait élire l’éphémère pape Luciani, Jean-Paul Ier, le cardinal Ratzinger fit partie de ceux qui lancèrent « l’hypothèse Wojtyla », avec les cardinaux Koenig, de Vienne, et Hoeffner, de Cologne. Et lors du conclave d’octobre, ils repassèrent les plats, cette fois avec succès.

Tout naturellement, Jean-Paul II appela près de lui celui qui était devenu son ami. Il lui confia le poste de confiance par excellence, celui de Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 25 novembre 1981. Dès lors, durant pratiquement un quart de siècle, ce Préfet, du fait de sa personnalité et de l’épais brouillard doctrinal qui s’était abattu sur l’Église, fut le véritable numéro deux de l’Église romaine, ayant de fait plus d’importance morale que le Secrétaire d’État, Casaroli puis Sodano. Il orchestra, Jean-Paul II régnant (et participant, surtout dans le domaine moral), une colossale tentative de « bonne interprétation » de Vatican II : dans le domaine moral, avec l’instruction Donum vitae, du 22 février 1987, l’encyclique Veritatis splendor, du 6 août 1993, sur les fondements de la morale catholique, l’encyclique Evangelium vitae, du 25 mars 1995 ; dans le domaine de l’œcuménisme, avec l’encyclique Ut unum sint, du 25 mai 1995 ; mais aussi, l’encyclique Fides et Ratio, du 14 septembre 1998, sur les rapports de la foi et de la raison ; et encore l’encyclique Ecclesia de Eucharistia, du 17 avril 2003. Sans parler d’une série d’instructions « restauratrices » publiées par la Congrégation de la Doctrine de la foi ou en collaboration avec d’autres congrégations, comme l’instruction sur les synodes diocésains (1997), l’instruction « sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres » (1997), le motu proprio Apostolos suos sur la nature théologique et juridique des conférences épiscopales (21 mai 1998).

Il mena en première ligne la bataille doctrinale – car il y eut aussi une bataille « politique » - avec la théologie de la libération, qui de 1968 à la Chute du Mur fut très virulente en Amérique latine (« Instruction sur la liberté chrétienne et la libération », du 22 mars 1986 ; « Instruction sur quelques aspects de la théologie de la libération », du 6 août 1984). Il y eut aussi la guerre d’usure avec les revendications ultralibérales en faveur de la structure démocratique de l’Église, du sacerdoce des femmes, de la libéralisation morale, scandées de « sanctions » nouveau style, c'est-à-dire fort bénignes, contre Drewermann, Curran, Knitter, Guindon, Küng, Schillebeecks, etc. D’où la Profession de foi et le Serment de fidélité (25 février 1989), l’« instruction sur la vocation ecclésiale du théologien » (24 mai 1990), et la lettre apostolique Ad tuendam fidem (1998), qui insère dans le Code de Droit canonique des précisions concernant l’autorité des actes magistériels.

Et au sommet de cette tentative – une utopie, au meilleur sens – de remise en ordre : la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, du 22 mai 1994, sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes, le Catéchisme de l’Église catholique, promulgué le 11 octobre 1992, et l’instruction Dominus Jesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église, du 6 septembre 2000.

Devant une telle masse de documents, dont la note dominante est indubitablement la volonté d’encadrer l’interprétation du Concile, ne peut-on pas parler de pré-pontificat ratzinguérien.

Le recours

Mais c’est avec l’Entretien sur la foi, en 1985, qu’a commencé le chemin qui l’a mené à l’élection de 2005 : « Si par restauration on entend la recherche d’un nouvel équilibre, après les interprétations trop positives d’un monde agnostique et athée, eh bien alors, une restauration entendue en ce sens-là, c'est-à-dire un équilibre renouvelé des orientations et des valeurs à l’intérieur de la catholicité tout entière, serait tout à fait souhaitable ». Concrètement, cet ouvrage est devenu le vecteur du projet de « remontée de l’intérieur », selon une expression très ratzinguérienne.

Lequel va s’appuyer sur et être appuyé par – c’est ce qui l’a distingué des Lubac, Baltasar – le monde traditionaliste, héritier de la minorité conciliaire, et dont le refus s’était cristallisé dès la fin des années soixante en un rejet de la réforme liturgique de Paul VI. On sait aujourd’hui que le nouveau Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi avait organisé dès 1982 (le 16 novembre) une réunion au Palais du Saint-Office « au sujet des questions liturgiques », c'est-à-dire portant à la fois sur la question liturgique en elle-même et sur la question lefebvriste. Le cardinal Ratzinger avait obtenu que tous les participants sans exception (le cardinal Baggio, Préfet de la Congrégation des Évêques, le cardinal Baum, archevêque de Washington, le cardinal Casaroli, Secrétaire d’État, le cardinal Oddi, Préfet de la Congrégation du Clergé, Mgr Casoria, pro-Préfet de la Congrégation pour le Culte et les Sacrements) affirment que le missel romain « ancien » devait être « admis par le Saint Siège dans toute l’Église pour les messes célébrées en langue latine ». 25 ans exactement avant le Motu Proprio Summorum Pontificum : ce long temps pour parvenir au but, c’est tout Joseph Ratzinger.

La suite de ce grand projet concernant la liturgie ancienne et ses pratiquants, dans les deux domaines distincts et imbriqués, est connue : d’une part, la lettre circulaire Quattuor abhinc annos, de la Congrégation pour le Culte divin, dite « indult » du 3 octobre 1984, permettra la célébration du missel ancien ; elle sera suivie, en 1988, du Motu Proprio Ecclesia Dei qui l’amplifiera. Entre temps, le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre étaient parvenus à un accord, le 5 mai 1988, lequel fut dénoncé après bien des hésitations par Mgr Lefebvre qui procéda à la consécration autonome de quatre évêques, à Écône, le 30 juin 1988, suivie d’une sentence d’excommunication.

En vérité, à partir de 1988, c’est le Préfet de l’ex-Saint-Office qui supervisa la Commission Ecclesia Dei, créée à cette occasion pour prendre en charge l’ensemble de ce problème, moins directement après 2000, lorsqu’il lui fit donner pour Président son ami le très actif cardinal Castrillón, Préfet de la Congrégation du Clergé. Dans le même temps, ses critiques plus ou moins frontales de la nouvelle liturgie se multiplient : La célébration de la foi (Téqui, 1985), Ma vie (Fayard, 1998) ; L'Esprit de la liturgie (Ad Solem, 2001) ; Un chant nouveau pour le Seigneur (Desclée, 2002).

En fait, c’est bien au-delà des cercles traditionnels proprement dits que l’ensemble de cette posture – résumée par le Catéchisme de l’Église Catholique et la critique des abus liturgiques et même d’une liturgie abusive – va accroître la popularité du cardinal en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, et dans le reste du monde. Ainsi à Paris, la foule se pressait, le 6 novembre 1992, autour de l’Institut lors de la réception du cardinal à l’Académie des sciences morales et politiques, à l’initiative de Jean Foyer. Et lorsque le 23 janvier 1995, il revint y prononcer une conférence sur « La théologie de l’Alliance dans le Nouveau Testament », assurément bien bâtie mais dont le sujet restait très académique, on entendit Jean Guitton résumer l’étonnante émotion de ses confères : « Nunc dimittis... J’ai vécu aujourd’hui le plus beau jour de ma vie ».

En Italie, où il n’existait pas de mouvement traditionaliste au sens strict, le cardinal se montrait à l’unisson des prêtres et laïcs du mouvement Communion et Libération. Je citerai deux moments particulièrement intenses de cette fusion autour du Préfet de la Foi. Le 1er septembre 1990, lors du meeting annuel grandiose organisé par CL à Rimini, devant une foule chauffée à blanc par son propre enthousiasme, Joseph Ratzinger avait prononcé un étonnant « discours programme » sur l’Église « toujours à réformer », dans lequel, sans évoquer une seule fois Vatican II, il avait traité de la réforme, non pas à continuer, non pas à appliquer, non pas à réactiver, mais de la réforme à faire, et même « à découvrir », stigmatisant « la réforme inutile » - suivez son regard –, celle intégrant le modèle de la liberté des Lumières et dont la liturgie est refabriquée en permanence par les communautés vivantes, etc.

L’autre grand moment fut lors des obsèques de Don Giussani, qui eurent lieu le 24 février 2005, très peu avant la mort de Jean-Paul II (2 avril), dans la cathédrale de Milan : le cardinal Ratzinger présidait aux côtés du cardinal Tettamanzi, archevêque de la ville. Il se trouvait que, notoirement, l’un et l’autre étaient les deux premiers « papables » (du moins Tettamanzi le croyait-il de lui-même). Chacun prononça une homélie. La foule des ciellini acclama Ratzinger à tout rompre et resta de glace pour Tettamanzi.

Entre-temps, il m’avait été donné d’assister, en prima fila, à une conférence donnée par le Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi, le 15 décembre 1998, dans un amphithéâtre de l’Institut Jean-Paul II, à l’Université du Latran, sur « la fin du monde ». Le sujet était certes intéressant, mais il n’expliquait pas que l’aula Paolo VI fût pleine à craquer, et que la conférence fût suivie grâce à un circuit interne de télévision dans un autre grand amphithéâtre tout aussi rempli, et fût en outre retransmise en direct au Chili, en Argentine, à Madrid. La conférence follement applaudie s’acheva par une indescriptible bousculade, chacun voulant obtenir un baciomano ou à tout le moins toucher la frange de la soutane du Cardinal Salut de l’Eglise…

Ce qui explique que, m’accueillant au Saint-Office, en novembre 2000, où je venais recueillir de lui un entretien pour Spectacle du Monde, il me prévenait en souriant : « Monsieur l’Abbé, nous ne parlerons pas de "programme de pontificat" » (le thème d’un de mes précédents articles dans la revue Catholica avait été : à la différence du cardinal Martini, les ratzinguériens ne proposent pas de « programme de pontificat »). Et d’ajouter splendidement : « Notre programme, c’est le magistère ! » En fin d’entretien, lui posant ma dernière question, très journalistique j’en conviens : « Vous savez, Eminence, que vous êtes un cardinal très populaire : un sondage Internet vous donne, sur cinquante sept mille réponses, 28 % d’opinions favorables, etc. », je commis un fâcheux lapsus : « Vous savez Eminence que vous êtes un candidat très populaire… ». Le cardinal-candidat éclata de rire, mais sa réponse fut celle d’un homme prêt très modestement à répondre à l’appel de Dieu : « Pour ce qui est de ces candidatures et de ces sondages, je trouve cela tout à fait ridicule : nous avons un pape et c’est le Seigneur qui décide en tout du quand, du comment. Mais c’est vrai qu’être pasteur aujourd’hui dans l’Eglise exige un grand courage. Avec notre faiblesse – je suis un homme faible – nous pourrons tout de même prendre le risque de faire notre devoir de pasteurs. Parce que c’est le Seigneur qui agit et qu’il a dit à ses apôtres qu’à l’heure de la confrontation ils ne réfléchissent pas avec inquiétude comment se défendre et que dire, mais que l’Esprit leur enseignera ce qu’il faut dire. Cela aussi est pour moi une chose très réaliste. Même avec mon peu de force, et je dirais même à cause de cela, le Seigneur pourra faire en moi ce qu’il voudra ». 

Le seul pape possible

Cinq années passèrent, ou presque. Tel prélat de Curie, qui avait imaginé une élection presque par acclamation – un cardinal se lèverait dans le Conclave, et dirait : « Je propose d’élever le cardinal Ratzinger au trône de Pierre » – n’y croyait plus. Le fidèle secrétaire, Mgr Clemens, non plus semble-t-il, qui demanda un autre poste, en prévision de la retraite définitive du cardinal.

Au reste, la faveur de l’ensemble du catholicisme « identitaire » ne pouvait pas suffire à faire un pape. Les élections pontificales nécessitent les deux tiers des voix du collège des cardinaux électeurs (ceux de moins de 80 ans), et comme toutes les élections du monde, celles de la Sixtine se jouent au centre. Le centre du collège s’était, il est vrai, considérablement déplacé vers la droite au cours du pontificat de Jean-Paul II. Et la signification de l’élection pontificale s’était modifiée. Celle de 1963 (Paul VI), la première de 1978 (Jean-Paul Ier) et la deuxième de 1978 (Jean-Paul II) avaient vu, en effet, s’opposer trois tendances : d’un côté, les traditionalistes issus de la minorité conciliaire (Siri en 1963 et 1978) ; de l’autre, le centre gauche (Lercaro en 1963, Pignedoli en 1978) ; et le centre droit qui l’avait emporté à chaque élection (Montini en 1963 ; Luciani en 1978, puis Wojtyla, toujours en 1978 en raison de l’échec de Benelli). Autrement dit, pour sauver le « vrai » Concile tant contre les « progressistes » que contre les « intégristes », les cardinaux de centre-droit avaient choisi des « hypothèses » toujours plus conservatrices (Montini, Luciani, Wojtyla). Mais en 2005, le traditionalisme (Siri, Oddi, Palazzini, etc.) n’étant plus représenté chez les cardinaux électeurs, et les « progressistes » étant de poids négligeable, c’était l’explosion de l’Église qu’on veut éviter et non plus celle du Concile.

Le samedi 16 avril, deux jours avant l’ouverture du conclave, avant l’heure du pranzo, je me suis faufilé pour saluer le cardinal doyen du Sacré-Collège, Joseph Ratzinger, qui rentrait à son domicile, place Ste-Anne, escorté d’un appareil policier de chef d’État, car je voulais « prendre la température » de son entourage. Les « aides de camp » ecclésiastiques étaient d’ores et déjà jubilants : tous les comptes de voix faits et refaits par les spécialistes donnaient à Joseph Ratzinger une très large avance (on racontait que l’austère cardinal Ruini, le principal grand électeur de Joseph Ratzinger, était rentré dans ses appartements du Vicariat, au Latran, en esquissant des pas de danse…). La tension qui persistait venait du fait qu’on savait aussi que Joseph Ratzinger se désisterait si l’élection n’était pas très rapide, à défaut de quoi l’Église serait encore plus ingouvernable qu’elle n’était. Il fallait donc qu’en quelques tours de scrutin, 77 voix se portent sur son nom. Or, il n’était pas exclu que les opposants cimentent durant un certain temps la fameuse « minorité de blocage » (39 voix pour cette fois), pour obliger ensuite les partisans du cardinal Ratzinger à transiger sur un nom de compromis, comme par exemple celui du cardinal Antonelli, archevêque de Florence.

La force des ratzinguériens était dans les personnalités restauratrices qui entouraient le Préfet de la Congrégation de la Foi : Ruini, le cardinal vicaire de Rome, Scola, patriarche de Venise, Biffi, ancien cardinal de Bologne, Bertone de Gênes, le pieux Herranz de l’Opus Dei qui s’était chargé de lancer la « candidature », etc. S’ajoutaient des grands électeurs qui dépassaient ce cercle restaurationiste : le cardinal Lustiger de Paris, le mouvant cardinal Schönborn de Vienne.

En face, les libéraux (des libéraux très modérés, mais qui avaient l’appui de la « gauche », notamment celle du clan Silvestrini, qui ne votait pas en raison de l’âge tout en conservant une grande influence) ont été pris de court par la montée de Ratzinger, ou plus exactement par le fait que le cardinal jésuite Martini, ancien archevêque de Milan, était devenu trop malade pour prétendre au Souverain Pontificat. Les prétendants de remplacement ne pesaient pas, loin de là, le même poids : Dionigi Tettamanzi, archevêque du plus gros diocèse de la chrétienté, Milan, dont tout le monde savait qu’il « en voulait » parce qu’il l’avait dit à tout le monde ; Angelo Sodano, 77 ans, Secrétaire d’État de Jean-Paul II, de couleur plus conservatrice que le précédent, qui s’imaginait curieusement être populaire ; Giovanni Battista Re, 71 ans, qui d’abord à la Secrétairerie d’État, puis comme Préfet de la Congrégation des Évêques, s’était imposé (avec le cardinal Sepe, préfet de l’Évangélisation des peuples) comme l’un des personnages indispensables et incontournables de la fin du pontificat précédent, faiseur d’évêques, de nonces, de cardinaux.

Mais pendant ce temps, les millions de pèlerins venus à Rome pour saluer la dépouille de Jean-Paul II désignaient en quelque sorte aux cardinaux électeurs par leurs acclamations le doyen du Sacré Collège qui présidait les funérailles. Le climat émotionnel aidant, il apparaissait comme le seul possible. Le seul qui semblait apte à « faire du ménage », alors que les rapports plus qu’alarmants sur l’état du sacerdoce circulaient entre cardinaux, cristallisant une formidable et très légitime inquiétude. Lors du Chemin de Croix au Colisée qui avait précédé la mort de Jean-Paul II, le 25 mars 2005, il avait dit : « Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! » (méditation de la 9ème station). Le seul qui paraissait capable de prendre en main une Église exsangue, qui malgré le formidable charisme de Jean-Paul II, voyait s’accélérer, se nourrissant lui-même, l’effondrement historique du catholicisme d’Occident (vocations, fidèles, catéchismes, etc.) Toujours, lors du Chemin de Croix du 25 mars : « Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! » (prière de la 9ème station). Le seul dont on pouvait croire qu’il avait des chances de redresser l’image morale et ecclésiale du prêtre en Amérique, en Afrique, aux Philippines, et de réchauffer peut-être un peu la foi refroidie de l’Occident. « Comme s’il n’y avait plus eu d’autres candidats envisageables ! », s’exclamera plus tard le cardinal anonyme interrogé par Olivier Le Gendre dans la Confession d’un cardinal (J.C. Lattès, 2007).

En fait c’est sur le cardinal jésuite Bergoglio, archevêque de Buenos-Aires – beaucoup plus « progressiste » qu’il n’y paraissait et véritable continuateur du cardinal Martini –, et non sur les Italiens balayés au premier scrutin, que se reportèrent les voix opposées. Les voix de Bergoglio montèrent à 40 voix au 3ème vote, mais Joseph Ratzinger dépassait déjà les 70 voix. Dans l’après-midi du deuxième jour, le 19 avril, au 4ème vote, quand à 17h 30, le scrutateur annonça pour la 77ème fois : « Ratzinger », l’assemblée, tendue comme un arc, éclata en applaudissements qui se prolongèrent durant toute la fin du dépouillement, lequel donnait à l’élu 84 voix. Peu après, la fumée blanche s’élevait sur l’angle droit de la Place Saint-Pierre et la grosse cloche de bronze de l’Arco della campana commençait à s’ébranler : Il papa e fatto ! 

L’annonce de la « conclusion » du Concile

Peut-on tenter d’imaginer, cinq ans plus tard, les jugements que porteront les historiens du futur ? On a parlé, en 2005 d’élection d’un pape de transition, comme en 1958, lors de celle de Jean XXIII, non seulement à cause de l’âge avancé de l’un et l’autre pontifes, mais aussi parce ce que l’on sentait, dans les deux cas, que se préparait une évolution importante.

En sens inverse ? Inverse sans aucun doute était le contexte. En 1958, l’Église entrait dans une espèce de bulle d’optimisme, dans laquelle elle allait vivre jusqu’en 68, malgré de nombreux signes annonciateurs d’une déferlante de sécularisation avec ses conséquences internes gravissimes. En 2005 – et aujourd’hui plus encore – le contexte, surtout en Occident, est celui de la continuation de l’effondrement pastoral, sacerdotal, catéchétique, mémoriel diraient aussi les sociologues, auquel personne ne sait vraiment quelle réponse donner. Le long trou noir de l’enseignement catéchétique inexistant, ou tout comme, depuis le Concile, fait que cette tendance ne pourra être inversée de longtemps.

Un point de convergence cependant étonne. Le cardinal Roncalli avait été élu, grosso modo parce qu’une part des cardinaux voulaient sortir du « trop de doctrine » du règne de Pie XII. Or, le pape Ratzinger, déjà maître d’œuvre d’une avalanche de textes doctrinaux de « restauration » lorsqu’intervint son élévation au Souverain Pontificat, a semblé s’autocensurer lui-même : depuis son élection, pratiquement plus aucun texte de ce type n’est publié (une encyclique sur la charité, une autre sur l’espérance, une troisième sur les principes les plus élevés de la « doctrine sociale »).

Mais dans cet espèce de grand silence– tout relatif, bien sûr – sont intervenus quelques textes et quelques actes d’apparence modeste, mais cependant possiblement « prophétiques » d’importants ébranlements et développements futurs : le discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005, qui tout en privilégiant une interprétation de Vatican II (l’herméneutique de continuité) dit en définitive officiellement que 40 ans après, la signification de Vatican II est encore à débattre ; la conférence de Ratisbonne, du 17 septembre 2006, qui ébranle les certitudes en matière de dialogue interreligieux ; le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, dont la portée dépasse de la même manière son objet propre (affirmer que la messe ancienne n’est pas abolie) en ce qu’il pousse à un remodelage du culte des paroisses ; l’ouverture enfin d’un processus d’« uniatisme » en direction des anglicans qui rebat les cartes en matière d’œcuménisme.

Au fond, l’acte principal du pontificat de Jean XXIII aura été l’annonce de l’ouverture du Concile, faisant de son règne un préalable à la formidable mutation que cette assemblée allait engendrer sous son successeur. L’initiative historique principale de Benoît XVI ne sera-t-elle pas d’annoncer en quelque sorte la « conclusion » à venir de l’événement de Vatican II et de ses suites ?


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25 juillet 2010

[Le Point] Musique: des soeurs françaises dans les traces de Lady Gaga

SOURCE - Le Point - 25 juillet 2010
Des religieuses cloîtrées du sud de la France ont signé un contrat en vue de l'enregistrement d'un disque avec la maison Decca, label de la pop star américaine Lady Gaga, a annoncé dimanche la société britannique.

Des religieuses cloîtrées du sud de la France ont signé un contrat en vue de l'enregistrement d'un disque avec la maison Decca, label de la pop star américaine Lady Gaga, a annoncé dimanche la société britannique.

Les soeurs bénédictines de l'Abbaye de Notre-Dame de l'Annonciation, située à Barroux, dans le Vaucluse (sud de la France), ont remporté un concours international de voix féminines interprétant des chants grégoriens et organisé entre 70 couvents en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique.

"Nous n'avons pas couru après, ça nous est tombé dessus", a expliqué la Très Révérente Mère Placide Devillers.

"Au début, nous avions peur que cela puisse remettre en cause notre vie cloîtrée. Nous en avons parlé à Saint Joseph dans nos prières et elles ont été exaucées. Nous avons pensé que cet album pourrait être une bonne chose s'il touche les gens dans leur vie et les aide à trouver la paix", a-t-elle ajouté, citée dans un communiqué du label Decca.

Afin de respecter l'intimité des soeurs, le contrat a été remis et signé entre un représentant de Decca et les moniales à travers une grille de barreaux de bois qui sépare les religieuses du monde extérieur.

"J'ai remis le contrat à travers la grille. Elles l'ont signé et me l'ont rendu", a expliqué le directeur général de Decca Records, Dickon Stainer.

Les soeurs ne pouvant sortir de leur couvent, les chants ont dû être enregistrés dans leur chapelle, le son étant transmis aux studios de Decca. Les ingénieurs n'ont été autorisés à entrer dans le couvent, pour installer les équipements, qu'après que les soeurs s'isolent dans d'autres pièces, a expliqué à l'AFP une porte-parole de Decca.

Les chants religieux connaissent un regain d'intérêt musical, comme le prouve notamment le succès mondial rencontré par les moines cisterciens de Stift Heiligenkreuz, en Autriche, qui ont écoulé plus d'un million d'exemplaires de leur album.

Decca Records, basé à Londres, fait partie du groupe Universal Music qui compte parmi ses stars Lady Gaga, U2 et Amy Winehouse. L'album s'intitulera "Voice: Chant From Avignon" et sortira en novembre.

23 juillet 2010

[Paix Liturgique] un autre regard sur le bilan du Motu proprio: 2 - l'Italie, une application qui avec le temps pourrait devenir exemplaire

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 240 - 23 juillet 2010

Dans notre lettre 237 du 2 juillet dernier, nous avons publié le premier volet de notre enquête sur la mise en application de la forme extraordinaire du rite romain introduite par le Motu Proprio Summorum Pontificum.

En préambule de cette première lettre, consacrée à l'Allemagne, nous présentions les raisons de notre enquête dont voici une synthèse :

Trop de nos pasteurs ne voulant pas admettre qu’il existe bien de nombreux groupes de demandeurs de célébrations extraordinaires dans leurs paroisses, nous voulons simplement démontrer qu’indépendamment des demandeurs mis à l’écart, il existe aujourd’hui, et ce partout à travers le monde, des centaines de cas où la simple application partielle du Motu Proprio permet de constater l’existence de demandes à satisfaire avec bonté et charité (et, s’agissant d’un droit, en justice).
Notre attention se portera en particulier sur les fidèles qui tout en bénéficiant d’une application partielle du Motu Proprio sont néanmoins privés de messe dominicale hebdomadaire ou de messe dominicale tout court.

Ceux qui le désirent peuvent se reporter à notre lettre 237 pour l'explication de notre méthodologie.

Cette semaine, notre regard se porte sur l'Italie, pays qui a vu, entre 2007 et 2010, le nombre de messes célébrées selon le missel du Bienheureux Jean XXIII multiplié par 4 (d'une trentaine en 2007 à 120 aujourd’hui, sans compter toutes les messes célébrées par la FSSPX).

Un grand nombre de ces nouvelles célébrations, il est bon de le signaler, car cela distingue l'Italie de la France, sont le fait non pas d'un groupe de laïcs mais de la propre initiative du curé du lieu. 

I – LE BILAN ITALIEN

En octobre 2009, en partenariat avec l'institut Doxa, Paix Liturgique publiait le premier de ses sondages internationaux (voir lettre de Paix Liturgique n°200). Réalisé en Italie, celui-ci révélait que 1 catholique transalpin sur 3 assisterait volontiers, au moins une fois par mois, à la forme extraordinaire de la messe si celle-ci était célébrée dans sa paroisse sans se substituer à la forme ordinaire. Un chiffre qui s'accroissait jusqu'à 63% chez les pratiquants réguliers.

Pourtant, jusqu'au Motu Proprio Summorum Pontificum, la célébration de la liturgie traditionnelle était plus que marginale au pays de Dante : une trentaine de messes (pour plus de 200 diocèses). Ce qui démontrait que dans un pays sociologiquement encore très catholique, les fidèles préféraient garder le silence et subir la situation plutôt que de montrer leur insatisfaction, par « légitimisme » vis-à-vis du clergé, ce que la faible implantation de la FSSPX dans le pays confirme d'ailleurs.

Les sites messainlatino.it et unavox.it constituent les sources principales de nos informations italiennes.

A – Nombre de lieux où la forme extraordinaire n'est proposée qu'en semaine et pas le dimanche :
39 sur un total de 120 célébrations, soit 32,5%.

B – Nombre de lieux où le Motu Proprio n'est offert qu'un dimanche de temps à autre et pas tous les dimanches :
17 sur un total de 120 célébrations, soit 14,1%.

C – Nombre de lieux où la messe est dominicale et hebdomadaire mais à un horaire non familial (avant 9h30 et après 12h le matin, avant 18h et après 18h45 le soir) :22 sur un total de 120 célébrations, soit 18,3%.

D – Nombre de lieux où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial, donc où le Motu Proprio est appliqué avec Amour et Charité :42 sur un total de 120 célébrations, soit 35%.

E - Nombre de lieux où la messe est célébrée par la FSSPX :25 mais 8 seulement où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial. 

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Avec 42 messes dominicales hebdomadaires célébrées à des horaires familiaux (soit 35%), l'Italie fait mieux que l'Allemagne (30 pour 22,5%).
Le fait que l’application du Motu Proprio soit souvent de l’initiative du curé y est sans doute pour quelque chose. On touche là à l’une des difficultés du Motu Proprio, lequel demande l’existence et la « prise de parole » d’un groupe stable pour qu’une célébration soit organisée. C’était de la part du Saint-Père une manière très pragmatique de légitimer et d’encourager ce qui avait lieu précédemment, spécialement en France. Mais en soi, dans une situation redevenue normale, c’est le curé qui devrait prendre l’initiative pastorale et faire en sorte que le groupe se déclare, car sans cela souvent il n'ose entamer une démarche qui trop souvent apparaitrait comme "revendicative".
Quand le curé ne se contente pas de répondre positivement à la demande des fidèles (ce qui est déjà beaucoup) mais souhaite de lui-même célébrer la forme extraordinaire, on peut imaginer qu'il se mette dans les conditions les meilleures pour que l’application soit une réussite (information des fidèles sur l’existence de cette célébration, horaire familial, formation à cette forme liturgique…).
Toutefois ce chiffre reste encore faible. Seule 1 messe traditionnelle sur 3 est célébrée chaque dimanche à un horaire familial. Or, c’est bien ce type de célébrations qu’il faut prendre en compte pour mesurer la réelle application du Motu proprio dans les diocèses…

2) Le fait qu'il n'y ait qu'une messe FSSPX pour 5 messes "forme extraordinaire" montre que le désir de liturgie traditionnelle dépasse largement le cercle des « suiveurs » de Mgr Lefebvre, comme on dit en Italie, et même des fidèles des messes célébrées par des prêtres Ecclesia Dei. Plus encore qu’en France, le « légitimisme » des catholiques italiens fait qu’ils pratiquent beaucoup moins que les catholiques français la « pratique élective » et qu’ils attendent la célébration traditionnelle dans leur paroisse propre. C'est d'ailleurs cet attachement que le sondage Doxa pour Paix Liturgique avait mesuré l'an dernier.

3) 78 messes sur 120 ne sont pas encore des messes dominicales hebdomadaires à un horaire commode pour les familles. La marge de progression existe donc puisqu'il s'agit de 2 messes sur 3 (65% précisément). Et comme un bon nombre de ces messes sont le fait de curés introduisant prudemment la liturgie ancienne dans leur paroisse, on ne peut qu'être confiant dans le fait qu'elles seront d'ici peu transformées en célébrations dominicales régulières.

4) Ces 78 célébrations démontrent bien l'existence de groupes de fidèles, et de prêtres pour célébrer, dans quasiment tous les diocèses du pays.
L'on touche ici à ce qui devrait être au cœur des rapports adressés à Rome par les évêques : la non-satisfaction de demandes réelles et stables puisque les fidèles répondent présents, que la messe soit dite en semaine ou un dimanche de temps à autre. Un moyen simple de "porter remède" - comme le souhaitait le Saint-Père dans sa lettre aux évêques du 7 juillet 2007 - aux difficultés rencontrées par les fidèles concernés par ces messes serait tout simplement de leur octroyer la messe dominicale hebdomadaire.
À la différence des sondages – pourtant réalisés par des organismes professionnels et indépendants – les demandes insatisfaites mises en lumière par ce type de célébrations est incontestable : il y a bien un prêtre qui sait, qui peut et qui accepte de célébrer cette messe de semaine ou cette messe dominicale occasionnelle ; il y a des fidèles qui y assistent (fidèles qui seraient naturellement plus nombreux si la messe était célébrée le dimanche plutôt qu’en semaine et chaque dimanche plutôt que de temps en temps…). Toutes les conditions sont donc réunies pour appliquer dans ces endroits le Motu proprio honnêtement et charitablement.
À moins que le fait de mettre en place des célébrations de messes en semaine constitue une manœuvre visant à gonfler les statistiques et dire que l'on applique le Motu Proprio tout en le neutralisant ? Rappelons en effet que 99 % des fidèles pratiquants ne vont à la messe que le dimanche et pas en semaine.

5) La résolution de la difficulté énoncée précédemment marquerait une étape décisive dans la longue marche vers l'établissement d'une paix liturgique durable dans les diocèses en ne faisant plus des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle des fidèles de seconde zone. Ce serait un signe fort de vraie charité chrétienne de la part des curés et des prélats concernés que de transformer les nombreuses célébrations "ad experimentum" ou non hebdomadaires en célébrations dominicales de plein droit. Aucune tension n'est à craindre puisqu'il s'agit de paroisses où la cohabitation des deux formes liturgiques est en place depuis des mois et où leur "enrichissement mutuel" s'est manifesté peu à peu le plus souvent dans la paix et la charité.

6) Si la situation italienne est, de par l'accroissement des célébrations, fortement encourageante, il faut néanmoins tenir compte, pour bien analyser cette photographie, de la situation à l'été 2010, du fait que dans un pays qui compte 26 000 paroisses, moins de 42 d'entre elles appliquent sereinement le Motu Proprio Summorum Pontificum, soit 0,16% alors que les sites italiens démontrent que des demandes sérieuses se sont faites connaître dans plus de 100 autres paroisses urbaines. La route vers l'enrichissement mutuel des deux formes de l'unique rite romain, comme souhaité par le Saint-Père, est encore longue... Nous continuerons à nous en faire l’écho.

[Présent - Jean Madiran] Le rendez-vous de septembre

SOURCE - Présent n° 7141 - Jean Madiran - 23 juillet 2010

Le Motu proprio du 07.07.07, libérant la messe catholique traditionnelle de l’interdiction invalide qui pesait sur elle, avait fixé son entrée en vigueur au mois de septembre 2007. La lettre l’accompagnant annonçait que l’on ferait le point dans trois ans. Nous y voici, en septembre prochain. Les criminels eux aussi seront au rendez-vous.

Un journaliste allemand du Tagepost a récemment interrogé à ce sujet le cardinal Canizarès, préfet de la Congrégation du culte divin. Il lui a demandé si, au cours de ces trois années, l’ambiance dans l’Eglise s’était améliorée depuis que le Motu proprio avait rencontré l’« accueil enthousiaste » d’une petite minorité et la « dure opposition » d’une majorité. Le Cardinal a répondu :

— Dans les grandes lignes, le climat est resté le même.

L’opposition reste dure, de la dureté qui est celle du crime.

Car l’interdiction, dans l’Eglise catholique, de la messe catholique traditionnelle, n’a pas été une sorte d’inadvertance accidentelle. Elle a été un abus de pouvoir gravement criminel, qui s’est imposé dans l’Eglise avec une assurance insolente. Un seul cardinal a publiquement déclaré en 1971 : « Le rite traditionnel de la messe selon l’Ordo de saint Pie V n’est pas, que je sache, aboli. » Il s’appelait Alfredo Ottaviani (1890-1979). Honneur à lui.

Quelqu’un avait averti, dans la revue Itinéraires de janvier 1970 : « Qu’on n’imagine pas que l’on pourra aisément faire l’aller et retour d’une messe à l’autre. Ce qui est interrompu sera perdu pour longtemps. Ce qui est brisé ne se raccommodera pas au commandement. » On le vérifie aujourd’hui.

L’interdiction criminelle a été officiellement reconnue comme invalide par Benoît XVI, sans expliquer en quoi le crime a consisté. Cette discrétion était pour permettre de tourner pacifiquement la page. Mais les responsables du crime et leurs héritiers n’ont pas désarmé. Ils ont poursuivi leur persécution des prêtres et des laïcs fidèles à la messe catholique traditionnelle. Ils ont réussi à faire qu’aujourd’hui la majorité des fidèles et des prêtres ayant moins de quarante-cinq ans n’ont jamais vu une messe traditionnelle et ne savent même pas de quoi il s’agit. La plupart des évêques et des prêtres ont été, à un degré plus ou moins grand, responsables d’une telle situation. Ils ne se sont jamais entendu dire publiquement que cette situation est le résultat épouvantable d’un crime, le leur. Cette impunité morale est devenue trop nuisible, elle doit cesser.

Pour la plupart, ils sont morts sans doute, les auteurs de l’ordonnance du 12 novembre 1969, de la notification du 28 octobre 1974, de l’ordonnance du 14 novembre 1974, de l’allocution du 24 mai 1976 et de tous autres documents criminels. Mais leurs héritiers ont assumé et entretenu l’héritage du forfait. Encore aujourd’hui, la plupart des épiscopats, ou de leurs noyaux dirigeants, continuent d’organiser leur « dure opposition » au sein même de la curie romaine et même, semble-t-il, jusqu’au cœur de la secrétairerie d’Etat. Halte au crime !

L’état général du clergé (et de sa hiérarchie) est tellement dégradé, avec sa déstructuration mentale, sa foi anémiée, sa charité refroidie, qu’il faut sans doute prendre beaucoup de précautions dans le gouvernement de l’Eglise. Jean-Paul II a préféré temporiser sur la messe. Benoît XVI a temporisé deux ans avant de publier le Motu proprio déjà prêt sous Jean-Paul II. Peut-être choisira-t-il en septembre de temporiser encore, comme il a temporisé pour le curé d’Ars. Il ne convient pas de le lui reprocher. Le Pape est seul juge en la matière. Mais la libre parole du simple laïc dit en face aux héritiers et complices de la malfaisante interdiction que leur abus de pouvoir a été et demeure un crime.


Article extrait du n° 7141 de Présent du Vendredi 23 juillet 2010

20 juillet 2010

[Joël Cerutti - Le Matin] Pas de messe pour le mort

SOURCE - Joël Cerutti - Le Matin - 20 juillet 2010

L'église de Troistorrents a refusé de célébrer une messe d'enterrement pour un habitant de la commune. Motif? C'était un fidèle d'Ecône
Cet avis mortuaire dans les pages de 24 heures ne ressemble pas aux autres. En lisant ses dernières lignes, on découvre que le défunt a été interdit dans l'église de Troistorrents, commune où il a passé toute sa vie. La famille le souligne avec une certaine véhémence (voir ci-dessous).

Que s'est-il passé? A la cure de Troistorrents, l'abbé Philippe Aymon ne cache rien. «Les fidèles d'Ecône ne peuvent pas utiliser une église catholique, précise-t-il immédiatement. Ce n'est pas moi qui l'ai décidé. Il s'agit d'une directive diocésaine!» A-t-il ressenti une aigreur de la part de la famille? «Non, pas du tout, j'ai eu le fils du défunt au téléphone. Il a été tout à fait correct.» L'abbé Philippe Aymon a suivi des consignes venues de Sion. A quand remonte cette directive?

Interdiction rarissime

L'évêché étant en vacances jusqu'au 7 août, l'abbé Robert Zuber, de la paroisse de Sierre, sonde sa mémoire à la recherche d'une explication: «Au début des années 1990, lorsque j'étais dans le val d'Anniviers, je me souviens qu'il y a eu deux enterrements de fidèles d'Ecône. Ils se sont très mal comportés dans les églises, en n'ayant aucun respect du matériel et des lieux. Je crois que la directive est partie de là.»

Un épisode de plus dans les relations houleuses entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X basée à Ecône (VS). Depuis lors, l'interdiction est totale mais rarissime. «En 23 ans, c'est la seconde fois que je suis confronté à ce problème», nous dit l'abbé Philippe Aymon. «Cela fait 31 ans que je suis prêtre, jamais je n'ai rencontré ce type de situation», reprend l'abbé Bernard de Chastonay à Sion. Zéro cas également du côté de Martigny où le chanoine François Lamon officie depuis six ans.

Comment Ecône vit cette exclusion? La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ne répond pas à la presse. Selon nos interlocuteurs, elle possède ses propres lieux de culte dans tout le Valais pour accompagner ses fidèles dans leur dernière demeure.