26 février 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Conseils pour une crise

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 26 février 2011

La semaine dernière le « Commentaire Eleison » a publié la citation par une certaine Catherine Pitts de propos tenus par un officiel haut placé dans le gouvernement américain d'il y a quelques années, parce qu'elle avait occupé elle-même un poste important à Washington dans un gouvernement antérieur ; elle savait donc de quoi elle parlait. Dans le même article elle a dit d'autres choses intéressantes, en particulier ce qu'elle offrirait comme conseils à l'Américain moyen qui se fait des soucis pour son avenir économique, et qui voudrait protéger son avoir et sa qualité de vie. Elle y dit (voir www.321gold.com, 2 février : « We are victims of a Financial Coup d'Etat ») :--

« Votre temps et votre attention comptent. Cessez d'écouter et de fréquenter ces gens dont c'est l'intérêt de tout centraliser.  Pour ce faire, commencez par éteindre le téléviseur. Investissez, achetez et donnez auprès de personnes et institutions qui jouissent de votre confiance. Dépensez moins. Profitez de votre temps libre pour apprendre autant de métiers que possible qui puissent vous rendre plus indépendant et plus capable de marchander avec les gens qui vous entourent. Investissez dans les choses tangibles, y compris les métaux précieux. Ne vous laissez pas drainer par l'usure de la vie moderne. Enfin ouvrez votre esprit et rassemblez vos forces pour mener le combat spirituel. La corruption financière n'est que le symptôme d'un problème beaucoup plus profond, à savoir une invasion morale de notre culture tout entière. Organisez votre vie pour servir les personnes et les causes qui vous tiennent à coeur.

« Protégez votre santé. Petit à petit on se met à empoisonner et l'eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons. Pour rester en bonne santé il est essentiel que vous assuriez des sources locales d'eau et de nourriture fraîches. Apprenez également ce que vous pouvez faire pour désintoxiquer votre corps et fortifier votre système d'immunité. Pour maintenir notre énergie et force physique contre la montée constante de la pollution écologique et électromagnétique d'aujourd'hui nous devons fournir un effort auquel on n'aurait jamais pensé il y a seulement dix ans.»

Dans la même ligne de pensée on trouve au même site sur l'Internet (17 janv. « Waiting for a hero » par Larry Laborde) des conseils hautement pratiques pour toute personne qui voit venir des troubles :--

« Alors que doit faire un citoyen normal de ces grands Etats-Unis à ce moment-ci de leur histoire?  Evitez comme la peste les bons municipaux, car ils seront les premiers à faire défaut. Evitez aussi les bons nationaux à long terme. Les bons à court terme (pas plus que six mois) sont fiables pour le moment, mais soyez à tout instant prêt à les vendre. Diminuez toutes vos dépenses et tenez en réserve de l'argent comptant. Vivez EN-DESSOUS de vos moyens. Protégez votre argent liquide en l'investissant dans les métaux précieux. Ou bien investissez-le dans des unions de crédit ou des banques de votre propre localité. Contrôlez leur bilan pour être sûr que vous investissez dans les institutions les plus sûres de votre localité. Détruisez vos cartes de crédit et n'en faites plus usage. Payez comptant ce que vous achetez. Contre toute crise inattendue gardez à portée de main de l'argent suffisant pour deux mois de dépenses. Quant aux métaux précieux, investissez moitié-moitié en or et en argent. Les petits investisseurs feront bien d'acheter tout simplement six mois de fournitures non périssables et d'usage quotidien. En six mois elles coûteront probablement de 5 à 10 % de plus. Pas mal comme investissement !  Plantez un jardin ou fournissez-vous chez un fermier du coin, ou tous les deux. »

Je résume tous ces conseils, chers lecteurs : Réveillez-vous !  Eteignez le téléviseur ! Ne vivez plus au-dessus de vos moyens, mais bien en dessous. Gardez de l'argent comptant. Investissez dans votre localité et dans les métaux précieux. Sortez au moins mentalement du travail-usure, et revenez mentalement du virtuel au réel. Renoncez aux cartes de crédit, faites provision de nourriture à la maison, mais faites attention à ce que vous mangez et buvez. Rendez-vous compte que les ennemis du genre humain sont en train d'empoisonner notre eau et nourriture, car ils mènent contre l'humanité une guerre radicalement spirituelle pour arriver au pouvoir global. Catholiques, mettez votre Foi sur le pied de guerre!

Kyrie eleison.

24 février 2011

[Paix Liturgique] Au nom de l'esprit du motu proprio, l'appel au secours de séminaristes de Milan

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 271 - 24 février 2011

Depuis 10 jours, une grande inquiétude a vu le jour parmi les fidèles et les prêtres attachés à la célébration et à la diffusion de la forme extraordinaire du rite romain à propos de la prochaine publication de l’instruction précisant le cadre d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum. Blogs et médias du monde entier, attachés ou non à la forme extraordinaire du rite romain, relaient cette préoccupation qu’aucun démenti crédible n’est venu calmer au point qu'un appel international pour la défense du Motu Proprio a vu le jour (cliquer ici)

Fondée ou non sur un réel danger – tout indique qu’elle est malheureusement fondée –, cette vive réaction témoigne en tout cas de l’attachement profond d’un très grand nombre de catholiques au geste pacificateur accompli le 7 juillet 2007 par le Souverain Pontife.

Nous vous proposons cette semaine l’une des facettes de cette réaction : la lettre de séminaristes du diocèse de Milan qui, même si leur lettre n’en parle qu’allusivement, répondent à l’annonce que les rits latins non romains, comme le rit ambrosien en vigueur à Milan (mais aussi le rit portugais de Braga, le rit lyonnais, et éventuellement les particularités de la liturgie des chartreux, des dominicains, etc.), ne seraient pas concernés par le Motu Proprio de Benoît XVI.

Dès lors, ils seraient régis par la Congrégation pour le Culte divin, en charge de la liturgie de Paul VI.

I – LE DOCUMENT TRADUIT PAR NOS SOINS

Lettre ouverte du 19 février 2011

Très Saint Père,

À Milan nous voulons le Motu Proprio et nous le voulons aussi au sein du séminaire où nous sont dispensées des liturgies d’inspiration protestante, façon “Bose”.

Saint Père, Éminences, Excellences, fidèles : venez voir comment on célèbre au séminaire de Milan, quel est l'aménagement liturgique de notre chapelle, venez voir la prétendue statue de la Vierge (une femme dénudée assise dans une posture sensuelle devant le tabernacle). Et vous comprendrez. Pour notre part, nous comprenons bien que les temps changent, que l’histoire évolue, mais le cœur des gens a besoin des réponses de toujours, d’une Vérité toujours égale : Jésus Christ, identique hier, aujourd’hui et toujours.

Pourquoi, comme catholiques et comme séminaristes, ne pouvons-nous pas être formés à la connaissance de la Tradition bimillénaire de l’Église ? Nous ne demandons pas que soit imposé le rite ancien. Cela nous convient qu’il demeure une forme extraordinaire. Mais pourquoi ne pouvons-nous pas l’étudier officiellement et, ponctuellement, le célébrer et le pratiquer, au lieu de le faire en cachette, clandestinement, à l’insu du Recteur et de notre père spirituel, de nuit, dans nos chambres, comme s’il s’agissait d’un acte de désobéissance envers l’Église ?

Tout au contraire nous vient imposée la sensibilité liturgique créative inventée de la communauté de Bose, qui n’est pas notre vocation, qui ne correspond pas aux raisons qui nous ont fait choisir de suivre le Seigneur dans l’Église catholique. Nous ne voulons pas devenir prêtres pour vivre façon Bose ou pour célébrer des rites syncrétistes. Ceux qui ont cette sensibilité sont parfaitement libres d’aller à Bose.

Nous voulons pouvoir chanter le Tantum Ergo en latin (interdit par notre règlement !) et pas uniquement des canons de Taizé en anglais ou en espagnol.

Est-il possible que celui qui pense ainsi doive vivre dans la dissimulation, se taisant et feignant que tout va bien ?

Quel mal y a-t-il, nous demandons-nous, à vouloir être catholiques du troisième millénaire, évangélisateurs de notre temps et dans le même temps prier comme ont prié les prêtres, les laïcs de l’Église catholique ambrosienne CATHOLIQUE ?

Nous le répétons : nous ne voulons pas absolutiser, nous ne demandons pas un retour absolu au rite ancien mais nous voulons un vrai respect, authentique, non idéologisé, envers l’Église, Son histoire, Sa Tradition, Sa richesse spirituelle qui peut nourrir véritablement une âme qui veut se conformer au Christ Prêtre.

Merci à tous de vous souvenir dans vos prières de ceux qui, comme nous, cherchent à suivre le Seigneur, dans la lignée de Son Église, avec nos difficultés et nos limites, mais illuminés de la splendide grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous formons le vœu que notre humble appel puisse atteindre le cœur de qui aime l’Église et de qui veut servir ses frères dans les choses de Dieu.

Saint Ambroise et saint Charles, intercédez pour nous.

En Jésus et Marie,

Des séminaristes de Seveso
(Archevêché métropolitain de Milan)

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) La première remarque est que ces séminaristes sont…Italiens : un nouvel indice pour nos amis français que les questions que nous soulevons ne relèvent pas d'un débat strictement franco-français mais ont bien une dimension universelle

2) On remarque que cette lettre de séminaristes – qui ne sont pas des séminaristes d’une communauté Ecclesia Dei mais des séminaristes diocésains - dépasse de loin le problème du document d’interprétation du Motu Proprio : elle concerne directement et expressément l’idéologie liturgique – et tout ce « qui va avec » – du grand séminaire du diocèse considéré comme ayant le plus grand poids moral de la chrétienté après celui de Rome. Où l’on peut voir qu’en 2011, on en est, à certains égards, au même point qu’en 1970. Ce qui a changé, c’est que de nombreux séminaristes regimbent, en Italie, en France, en Espagne, et même que certains osent le dire tout haut. Ce qui a changé c’est que les nouvelles générations sont de plus en plus décomplexées.

Le blog Perepiscopus rapportait à ce sujet d’ailleurs dans un article du 13 mars 2010 cette information : dans un séminaire français a été constitué un « groupe stable » de 9 séminaristes (représentant de fait le quart des séminaristes proprement diocésains de ce séminaire) qui a formulé une « demande » selon le Motu Proprio Summorum Pontificum auprès du supérieur, le Père B. Le supérieur, pour l’instant, n’a pas donné suite à cette demande de célébration, une fois par semaine, d’une messe selon la forme extraordinaire.

Toutefois, s’il est des lieux dans l’Église où l’Inquisition fonctionne toujours, c’est bien dans les séminaires, où les candidats sont examinés (ils disent : « fliqués ») bien plus sur leurs idées que sur leur moralité. N’est ce pas Golias qui, magnifique aveu, écrivait dans ses lignes le 26 août 2010, « On peut donc s’interroger sur nos évêques, y compris les meilleurs à titre personnel. Il y a encore quinze ou dix ans, ils fermaient leur porte à des jeunes épris de soutane et d’encens quitte parfois à les casser au travers de stages faute d’oser franchement leur dire la vraie raison d’un refus d’accueil et d’ordination. » (http://www.golias-editions.fr/LE-CHRIST-ROI-A-SAINT-BRIEUC) Ce flicage ecclésiastique que Golias voudrait renvoyer à une période passée est encore hélas bien d’actualité, les témoignages ne manquent pas.

C’est dire à quel point cette lettre des séminaristes de Milan est courageuse et particulièrement émouvante.

3) Le diocèse de Milan était historiquement considéré comme le « premier » archevêché du monde, aujourd'hui encore l'un des trois premiers par le nombre de catholiques qu'il regroupe : un peu moins de 5 millions. Alors que Milan était une des grandes villes de l’Empire romain, saint Ambroise, un des quatre docteurs majeurs de l’Église d’Occident (avec saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire), fut porté sur le siège épiscopal de cette ville. Il a donné son nom au Te Deum (« l’hymne ambrosienne ») et surtout à la magnifique liturgie latine qui y a été célébrée jusqu’à la réforme de Paul VI (le rite ambrosien), avec, il faut en convenir, quelques restes dans les cérémonies du nouveau rite ambrosien célébrée au Dôme (la cathédrale).

Milan a aussi pour patron saint Charles Borromée, archevêque de cette ville dès la fin du Concile de Trente, prélat majeur de la Contre-Réforme (notamment puissant diffuseur de la piété eucharistique, auquel on doit, entre autres, la généralisation du tabernacle sur l’autel principal des églises et cathédrales), que Pie XI a donné comme protecteur aux... séminaristes. Enfin, sous Pie XI le siège de Milan fut honoré par le grand cardinal Schuster (1929-1954), proclamé bienheureux en 1996, très savant liturgiste, une des plus hautes personnalités ecclésiastiques du XXe siècle.

4) La « question milanaise », toujours au premier plan dans l’Église italienne (l’archevêque de Milan est un papabile-né) a pris ces derniers temps une importance considérable :

a) L'impulsion donnée à la curie milanaise, depuis le cardinal Montini (futur Paul VI) et jusqu'à l'actuel archevêque, marquée sous Jean-Paul II par la très forte personnalité du cardinal jésuite Martini, était résolument « progressiste ». L’annonce très prochaine du successeur du cardinal Tettamanzi est donc particulièrement attendue, dans la mesure où elle pourrait changer une donne qui n’a pas varié depuis 1954. Ce qui serait le cas si était nommé un prélat comme le cardinal Scola, actuel patriarche de Venise (prêtre originaire de Milan mais écarté par la curie progressiste car trop orthodoxe), ou d’un autre de même ligne. On comprend d’ailleurs que cette perspective dynamise les séminaristes auteurs de la lettre dont nous parlons.

b) En outre, pour le monde traditionnel italien, la perpétuation du rit ambrosien est infiniment plus importante que n’est en France celle du rit lyonnais ou du rit dominicain. Successeur de Schuster, Montini a, par la force des choses, utilisé le rit ambrosien ancien, puisque la réforme liturgique n’a été mise en œuvre qu’après son accession au souverain pontificat. Mais même les archevêques suivants, le modéré Colombo, théologien ami de Paul VI, et les progressistes Martini, puis Tettamanzi, qui vient de remettre sa démission, ont cultivé, au moins au Dôme, une certaine particularité liturgique « ambrosienne » au sein de la réforme de Bugnini. Certes, la lettre des séminaristes n’aborde qu’au détour d’un paragraphe et presque implicitement cette question du rit ambrosien ancien, mais tout le monde comprend qu’elle est centrale dans leur démarche. Or, la question porte sur sa survie et sa charge symbolique.

- Sa survie : une lutte extrêmement vive a eu lieu entre le cardinal Tettamanzi et la Commission Ecclesia Dei sur le point de savoir si le Motu Proprio de 2007 protégeait aussi le rit ambrosien ancien. Une lettre de la Commission Ecclesia Dei du 23 mars 2009 avait expressément répondu que « s'il est vrai que le Motu proprio du Saint-Père n'a pas cité expressément le rit ambrosien, il n'exclut pas les autres rits latins ; dans la mesure où ce que la volonté du Saint-Père affirme pour le rite romain, supérieur en dignité, vaut par conséquent, a fortiori pour les autres rits latin, y compris le rit ambrosien ». Dans son dernier état, telle qu’il a été refondue par la Congrégation de la Doctrine de la foi du cardinal Levada, le projet d’instruction pour l’interprétation du Motu Proprio revient sur cette jurisprudence d’Ecclesia Dei : les rits non romains ne seront pas couverts par Summorum Pontificum.

- La charge symbolique : si aujourd’hui, le rit ambrosien ancien sortait du champ de Summorum Pontificum pour être confié à la Congrégation pour le Culte divin du cardinal Cañizares et non plus à la Commission Ecclesia Dei de Mgr Pozzo, il ne serait plus en danger, au moins immédiat, de disparaître, comme il l’était à l’époque du cardinal Tettamanzi. Il pourrait cependant plus facilement être transformé, au nom d’une « réforme de la réforme » mal comprise. En tout cas, la généralité libératrice de Summorum pontificum pour toute la tradition liturgique en serait gravement affectée quant au « signe ».

5) Un mot sur “Bose”. Cette communauté religieuse, née le jour de la clôture du concile Vatican II, rassemble des hommes et des femmes célibataires de différentes confessions chrétiennes pour « vivre l'Évangile avec radicalité » (règle de la communauté 3.5). Son
fondateur et supérieur, le frère Enzo Bianchi, est la coqueluche des médias italiens où il est toujours prompt à donner son avis, de façon souvent radicale ! Souvent des analogies sont faites entre Bose et Taizé et les séminaristes milanais ne nous surprennent pas en se plaignant de se voir infliger tout le répertoire de Taizé en plus de la liturgie façon Bose.

III - EN CONCLUSION

Si nous avons consacré une aussi longue lettre à ce courrier de séminaristes milanais, c'est parce qu’il est un signe parmi bien d’autres d’un inéluctable changement d’époque. Il fut un temps (les années 90) où fleurissaient les « manifestes de théologiens » contre la « Restauration » supposée en cours. Un ultime manifeste de théologiens, qui sent la débâcle (ils demandent le mariage des prêtres, mais la plupart ont depuis longtemps passé l’âge de convoler !), vient d’ailleurs d'être publié en Allemagne.

En revanche, se multiplient aujourd’hui les « adresses », les « instances », les « lettres inquiètes », les « pétitions », qui manifestent la puissance d’une opinion catholique traditionnelle (puissance relative : c’est parce que le monde catholique occidental est en voie de disparition que sa part traditionalisante, celle qui résiste le mieux à l’usure, va bientôt en représenter la majorité). Et voici qu’apparaît aussi une très courageuse lettre de séminaristes, la catégorie la plus menacée par les derniers vigiles de l’idéologie postconciliaire, séminaristes qui crient leur désarroi et leur inquiétude. Il ne serait pas surprenant que d’autres lettres d’appel au secours des futurs prêtres de l’Église, qui encore une fois ne sont pas des traditionalistes mais qui veulent avoir accès à la tradition de l’Église liturgique et doctrinale, ne surgissent dans les temps prochains de tous les points d’Europe. Car il y va désormais, non plus de « l’esprit du Concile », mais de l’esprit du Motu Proprio.

Enfin, et nous aurons l'occasion d'y revenir dans de prochaines lettres, on doit remarquer que ce document milanais pose une nouvelle fois la question des minorités dans l'Église : quelle place, quelle liberté, quel respect pour les fidèles, les prêtres et, ici, les séminaristes qui, tout en étant fidèles au magistère, ne se reconnaissent pas dans les orientations dominantes de leur diocèse ou de leur conférence épiscopale ?

21 février 2011

[Golias] L'amertume du Cardinal Rode

SOURCE - Romano Libero - Golias - 21 février 2011

Le cardinal slovène Franc Rodé, ancien préfet de la congrégation des religieux, déplore l’évolution des communautés religieuses dans le sens de la sécularisation et d’une perte du sens de l’obéissance. Il pointe du doigt en effet l’émergence d’une mentalité démocratique.

Interrogé par Radio Vatican le 16 février, le cardinal Franc Rodé a déploré que la sécularisation ait fait perdre le sens de l’autorité légitime.

"La vie religieuse est aujourd’hui en difficulté et il faut le reconnaître“, ajoute le cardinal qui s’exprime sur Radio Vatican. Selon ce cardinal connu pour ses jugements conservateurs tranchés, mais aussi pour son extrême bienveillance à l’endroit des Légionnaires du Christ jadis (attitude aujourd’hui très critiquée à cause de l’aveuglement au sujet du Père Maciel), on court aujourd’hui "le risque de transformer les œuvres de charité en services sociaux et ceci au détriment de l’annonce de l’Evangile : on préfère une société du bien-être, plutôt qu’un signe eschatologique". Allusion directe au célibat !

On doit rappeler que le cardinal Franc Rodé a été remplacé le 4 janvier 2011 par un Brésilien, Mgr João Braz de Aviz, archevêque de Brasilia, qui s’inscrit dans une ligne ecclésiale beaucoup plus ouverte, et engagée dans les questions sociales. On dit à Rome que Rodé n’a pas été très heureux du choix de son successeur et qu’il en garderait de l’amertume...

19 février 2011

[DICI] France : Parution de Vu de haut, revue de l’Institut Universitaire Saint-Pie X

SOURCE - DICI - 19 février 2011

Le numéro de la revue de l’Institut Universitaire Saint-Pie X, Vu de haut, qui vient de paraître, est consacré à Pie IX, le pape du Concile Vatican I. Elle publie les actes du colloque de juin 2010, organisé à l’occasion du 140e anniversaire du concile tenu en 1870. On peut y lire également un article sur la politique familiale et une étude sur la philosophie du langage.
Le prière d’insérer présente en ces termes les travaux du colloque de juin 2010 :
« Indubitablement, le premier concile du Vatican reste attaché à la personne de Pie IX. Les erreurs modernes touchant à la connaissance (rationalisme, fidéisme, évolutionnisme), à la liberté (libéralisme individuel et politique, socialisme) mais aussi à la constitution de l’Église ont trouvé leur remède dans le magistère des papes du XIXe siècle dont celui de Pie IX, et leur synthèse puissante dans les textes du Concile. Loin de l’ignorer, l’Église intervenait lumineusement dans le débat de son adaptation aux idées modernes.
« Le Concile peut également s’attribuer au pape dans la mesure où l’un des débats fondamentaux du Concile fut précisément l’infaillibilité du Souverain Pontife. En déclarant l’autorité pontificale indemne d’erreur à la condition expresse de rester fidèle au dépôt révélé et de ne pas inventer une nouvelle doctrine, le Concile prêchait le primat d’une autorité objective et pérenne dans l’ordre intellectuel.
« On perçoit ici toute l’actualité de l’étude d’un pape et d’un concile dont les enseignements n’ont pas pris une ride, même s’ils ont été contestés ou contredits depuis par l’autre concile du Vatican, deuxième du nom. Les actes du colloque organisé par l’Œuvre de Saint-François-de-Sales et l’Institut Universitaire Saint-Pie X, le 19 juin 2010, qui constituent l’essentiel de ce numéro de Vu de haut, méritent donc l’attention de qui veut comprendre la crise intellectuelle, philosophique et religieuse que nous traversons ».

Vu de haut n°17 : 15 € (+ 3 € de frais de port) à commander à l’Institut Universitaire Saint-Pie X  21 rue du Cherche-Midi 75006 Paris – Tél. : 01.42.22.00.26 – Fax : 01.42.84.31.94 Courriel : iuspx@free.fr – Site Internet :  www.iuspx.com (DICI n°230 du 19/02/11)

[DICI] France : Parution de Vu de haut, revue de l’Institut Universitaire Saint-Pie X

SOURCE - DICI - 19 février 2011

Le numéro de la revue de l’Institut Universitaire Saint-Pie X, Vu de haut, qui vient de paraître, est consacré à Pie IX, le pape du Concile Vatican I. Elle publie les actes du colloque de juin 2010, organisé à l’occasion du 140e anniversaire du concile tenu en 1870. On peut y lire également un article sur la politique familiale et une étude sur la philosophie du langage.
Le prière d’insérer présente en ces termes les travaux du colloque de juin 2010 :
« Indubitablement, le premier concile du Vatican reste attaché à la personne de Pie IX. Les erreurs modernes touchant à la connaissance (rationalisme, fidéisme, évolutionnisme), à la liberté (libéralisme individuel et politique, socialisme) mais aussi à la constitution de l’Église ont trouvé leur remède dans le magistère des papes du XIXe siècle dont celui de Pie IX, et leur synthèse puissante dans les textes du Concile. Loin de l’ignorer, l’Église intervenait lumineusement dans le débat de son adaptation aux idées modernes.
« Le Concile peut également s’attribuer au pape dans la mesure où l’un des débats fondamentaux du Concile fut précisément l’infaillibilité du Souverain Pontife. En déclarant l’autorité pontificale indemne d’erreur à la condition expresse de rester fidèle au dépôt révélé et de ne pas inventer une nouvelle doctrine, le Concile prêchait le primat d’une autorité objective et pérenne dans l’ordre intellectuel.
« On perçoit ici toute l’actualité de l’étude d’un pape et d’un concile dont les enseignements n’ont pas pris une ride, même s’ils ont été contestés ou contredits depuis par l’autre concile du Vatican, deuxième du nom. Les actes du colloque organisé par l’Œuvre de Saint-François-de-Sales et l’Institut Universitaire Saint-Pie X, le 19 juin 2010, qui constituent l’essentiel de ce numéro de Vu de haut, méritent donc l’attention de qui veut comprendre la crise intellectuelle, philosophique et religieuse que nous traversons ».

Vu de haut n°17 : 15 € (+ 3 € de frais de port) à commander à l’Institut Universitaire Saint-Pie X  21 rue du Cherche-Midi 75006 Paris – Tél. : 01.42.22.00.26 – Fax : 01.42.84.31.94 Courriel : iuspx@free.fr – Site Internet :  www.iuspx.com (DICI n°230 du 19/02/11)

[DICI] France : Le pèlerinage de Pentecôte de Chartres à Paris, les 11, 12 et 13 juin 2011

SOURCE - DICI - 19 février 2011

L’association Pèlerinages de Tradition fait paraître son bulletin Pélé-infos n°26 (février 2011). On y trouve la présentation du thème du pèlerinage de Pentecôte 2011 : « Vrai Roi par l’Hostie ». Son aumônier, l’abbé Bernard de Lacoste, souligne le caractère unique de la procession du Saint-Sacrement qui traversera Paris, le lundi de Pentecôte (voir DICI n°225) :
« Puisse cette procession, pendant l’espace de quelques heures, faire luire dans la capitale un rayon de la lumière céleste. Puisse-t-elle faire retentir une mélodie divine et donner une petite idée de la splendeur du Paradis ! Puisse-t-elle purifier l’atmosphère viciée qui règne et faire répandre avec abondance la grâce de Notre Seigneur.
« Voilà pourquoi le pèlerinage 2011 est unique. Il ne faut pas manquer cet événement exceptionnel. A l’heure où le Saint-Sacrement est oublié, voire méprisé et insulté, nous devons être des milliers pour venir l’adorer publiquement et chanter ses louanges. Montrons à nos concitoyens que le catholicisme n’est pas mort, que Jésus-Christ est toujours notre Roi et que nous sommes fiers d’être ses serviteurs fidèles. N’ayons pas peur de chanter haut et fort notre amour pour ce Dieu qui, avant de mourir pour nous, a voulu se faire la nourriture de nos âmes. »
Ce numéro de Pélé-infos donne les résultats du grand concours d’affiches, en publiant non seulement celle qui a été retenue, mais aussi toutes celles qui ont reçu un prix.
Le dossier doctrinal et spirituel du pèlerinage de Pentecôte 2011 est disponible au prix de 10 € dans les chapelles desservies par la Fraternité Saint-Pie X, ainsi que sur le site Internet du pèlerinage.
Abonnement à Pélé-infos : 5 € (bienfaiteurs : 15 €) à adresser à l’Association Pèlerinages de Tradition 23, rue Poliveau  75005 Paris. Tél : 01 55 43 15 60 – Fax : 09 81 70 40 51 Courriel : pele.trad@wanadoo.fr – Site Internet : http://pelerinagesdetradition.com (DICI n°230 du 19/02/11)

[DICI] Annonce d’un Motu Proprio concernant la Congrégation pour le culte divin

SOURCE - DICI - 19 février 2011

Le 9 février, alors que la presse italienne du jour annonçait un Motu Proprio qui donnerait un « tour de vis » aux abus liturgiques, le P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a fait savoir que ce document aurait pour but de transférer certaines compétences de la Congrégation pour le culte divin au Tribunal de la Rote, et non pas de promouvoir un contrôle restrictif.
Comme l´indiquait l’agence romaine I.Media en mai 2010, le Motu Proprio en préparation vise à transférer les compétences concernant les dispenses de mariage – dans le cas d´unions célébrées, mais non consommées – d´un dicastère à l´autre de la curie romaine. Pour l´heure, c´est la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements qui, par le biais d´une commission spéciale d´une soixantaine de membres, est chargée d´accorder ces dispenses qui relèvent du pape. Bien que ces dispenses ne soient pas de type judiciaire, elles seront prochainement du ressort du Tribunal de la Rote romaine.
Le P. Lombardi a en outre précisé qu´il n´y avait « aucun fondement ni aucune raison » de voir dans ce Motu Proprio une intention de mettre en place « un contrôle de type ‘restrictif’ de la part de la Congrégation pour le culte divin dans la promotion du renouveau liturgique voulu par le Concile Vatican II ». « Cela ne veut pas dire que la police arrive », ni que se manifeste le choix d´une « nouvelle politique » en la matière, a-t-il ajouté démentant ainsi les propos du vaticaniste Andrea Tornielli dans Il Giornale, pour qui ce Motu Proprio devrait « promouvoir une liturgie plus fidèle aux intentions d´origine du Concile Vatican II », « avec moins d´espaces pour les changements arbitraires, afin de favoriser le retour d´une plus grande sacralité ».
En décembre dernier, le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le culte divin, avait déclaré que Benoît XVI souhaitait « donner naissance à un nouveau mouvement liturgique, clair et vigoureux, dans l´Eglise tout entière », revenant sur la « précipitation » avec laquelle la réforme liturgique avait été mise en place après le Concile Vatican II. Il n´hésitait pas alors à parler de crise en matière liturgique, déplorant en particulier « la perte du sens du sacré ». C’est peut-être ce qui a fait croire à certains vaticanistes qu’il serait question d’un retour à une discipline plus stricte, dans le Motu Proprio en préparation. A tort, selon les dires de membres de la Congrégation pour le culte divin qui ne voient dans le futur document pontifical qu’un recentrage de leurs compétences sur les questions exclusivement liturgiques.  (Sources : Imedia/VIS/Apic/Il Giornale/La Stampa – DICI n°230 du 19/02/11)

[Don Stefano Carusi - Disputationes Théologicae] L’Osservatore Romano attaque "Dominus Jesus" et la Commission Ecclesia Dei

SOURCE - Don Stefano Carusi - Disputationes Théologicae - 19 février 2011

Entre invitation implicite au syncrétisme religieux et accusations voilées contre le rite traditionnel

L’Osservatore romano de ces derniers temps semble s’écarter de sa coutumière prudence et de l’hommage déférent que ce journal se doit de rendre au Saint-Siège, pour se donner à des initiatives d’importances diverses mais qui, si l’on y regarde bien, se situent toutes sur la même ligne éditoriale. Dans un article du 2 février 2011, sous le titre « Une exigence plus aigue de transparence et de simplification », c’est le vice-rédacteur du journal lui-même, Carlo di Cicco, qui est intervenu. Commentant et donnant son appréciation à propos d’une récente étude, il se livre à une sorte de méditation canonique portant sur les situations étranges de certains nouveaux instituts de vie consacrée. Après de longues circonvolutions verbales à propos de certaines sociétés religieuses, parfois très peu connues et au style de vie véritablement singulier, il en arrive à ce qui semble être sa cible véritable : les sociétés qui dépendent de cet « étrange organisme » plus connu sous le nom de « Ecclesia Dei ».
Quel est le message qu’en tire un lecteur de cet article habilement rédigé sous forme d’une anodine recension par le vice-directeur ? Ecclesia Dei serait une singulière commission, dotée de pouvoirs canoniques sui generis, qui aurait besoin de sérieuses réglementations dans tous les domaines, en particulier dans le domaine doctrinal. Car elle érigerait des instituts et en dirigerait le fonctionnement ; des instituts qui, selon le code (promulgué en 1983, donc avant que Jean-Paul II ne mette en place l’actuelle structure de la Commission), devraient dépendre de la Congrégation des religieux. Le ton de l’article est celui d’un légalisme kantien, qui semble ne pas tenir compte du primat de la réalité sur le droit positif – péché véniel, il est vrai, pour les juristes de notre époque.
Moins tolérable est le reproche à peine voilé adressé au Saint-Siège, qui ne s’embarrasserait pas des canons du Droit. Comme si on oubliait que les Pontifes Romains jouissent d’une juridiction « extensive universalis et intensive summa » et que le Pape, en érigeant la Commission Ecclesia Dei et en lui confiant des pouvoirs extraordinaires, ne fait rien d’autre qu’exercer son Primat – Primat qui d’ailleurs, n’en déplaise aux canonistes, n’est pas soumis au Code, puisqu’il peut demain étendre encore les pouvoirs d’Ecclesia Dei, comme cela est réclamé par plusieurs, sans que ce soit le Code qui puisse en limiter les actions. Mais en ces temps de gallicanisme épiscopal, ce concept semble peu perméable aux mentalités des journalistes catholiques : il est théologiquement, et donc aussi canoniquement ridicule de discuter sur la meilleure façon de plier les choix du Pape à l’uniformité du droit canonique positif, puisque celui-ci tire toute son efficacité de la promulgation papale, et non des urnes d’un quelconque parlement. L’auteur de notre article n’est pas allé aussi loin, mais dans son juridisme bien éloigné du réel, il parvient quasiment à insinuer, en faisant siennes les conclusions d’études qu’il mentionne, que les approbations canoniques d’Ecclesia Dei  seraient à réexaminer. Il faudrait réévaluer les pouvoirs effectifs de la Commission, dans le passé et le présent, et réexaminer ses approbations, même de façon rétroactive. Et le journaliste – on ne comprend pas bien, à cet endroit, s’il parle ex abundantia cordis ou s’il reprend les conclusions des canonistes qu’il cite – écrit, non sans une certaine audace, que les instituts qui dépendent de la Commission en question seraient encore passibles d’un examen de contrôle portant sur leur orthodoxie ! Pour saisir à quel point la réalité dépasse la fantaisie, nous en rapportons les termes : « En ce qui concerne les instituts approuvés par Ecclesia Dei, on pourrait étudier si, une fois examiné que tout est en ordre sous l’aspect doctrinal, l’approbation ne pourrait pas être concédée par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, un peu comme lorsqu’on demandait le nihil obstat du Saint Office pour approuver les instituts religieux ».
L’Osservatore Romano semble insinuer au lecteur non seulement que l’approbation canonique dont bénéficient les instituts d’Ecclesia Dei serait encore « sub iudice », mais par-dessus tout, le journaliste prétend que ces sociétés religieuses seraient encore passibles de vérifications sur la catholicité de leur doctrine. Citons de nouveau : « une fois examiné que tout est en ordre sous l’aspect doctrinal ».
Précisons en passant que de telles préoccupations n’étaient pas intervenues lorsque, un peu plus haut, il avait été question des problèmes posés par les « nouvelles communautés religieuses » qui excluent le célibat tout en prévoyant la vie conventuelle mixte. Mais l’Osservatore Romano semble être bien plus préoccupé par ceux qui célèbrent le rite de saint Pie V que par les problèmes qui peuvent naître de la promiscuité conventuelle…
Quant aux doutes à peine voilés sur l’orthodoxie doctrinale des instituts Ecclesia Dei, nous ne savons pas ce qui ne plaît pas à l’Osservatore : peut-être la formation traditionnelle, à la suite de saint Thomas d’Aquin et du Magistère de l’Eglise, peut-être aussi l’exigence théologique, qui ose critiquer les dérives auxquelles l’Osservatore nous a malheureusement habituées. Nous admettons volontiers que la ligne théologique du journal n’est pas la nôtre, mais nous croyons que l’examen du Saint-Office mentionné ici serait bien plus opportun pour la rédaction que pour les instituts mis en accusation. En décembre 2010, en effet, notre revue Disputationes Theologicae s’était déjà unie à une réclamation publique auprès de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, suite à des publications du même journal ouvertement opposées à la doctrine de l’Eglise.
Le 10 novembre 2010, en page 5 du quotidien, le « Président de l’Union des Communautés hébraïques Italiennes », Renzo Gattegna, dans un article intitulé « Un futur d’amitié », publié sans aucun commentaire ni aucune précision – comme s’il s’agissait du texte de n’importe lequel des journalistes mandatés par la rédaction du journal – s’exprimait en ces termes :
« Dans le but de poursuivre les initiatives dédiées à la compréhension réciproque et à l’amitié, un geste utile, nécessaire et certainement apprécié serait une déclaration ouverte de renonciation, de la part de l’Eglise, à toute manifestation volontaire d’appel à la conversion des Juifs, accompagnée de l’élimination de ce souhait dans la liturgie du Vendredi qui précède la Pâque. Ce serait un signal fort et significatif de l’acceptation d’une relation établie sur une dignité égale ».
Ces affirmations, condamnées par le Magistère constant, et encore récemment désapprouvées dans l’encyclique Redemptoris Missio[1] et dans la déclaration Dominus Jesus[2] - sans compter les innombrables condamnations précédentes – sont hérétiques, contraires à la Révélation Divine, car en contradiction évidente avec les paroles du Christ (Mc. 1615-16 ; Mt. 2818-20)[3] et « contraires à la foi catholique »[4]. Renoncer à la conversion est contraire à la nature même de l’Eglise catholique. Il est donc absolument scandaleux de lire de telles affirmations sur le journal du Saint-Siège. Sans parler de ce qui est écrit à propos du Vendredi Saint (qui dans le texte n’est plus même « Saint », mais est devenu « le vendredi qui précède la Pâque »), dont la prière pour la conversion des Juifs (approuvée par Benoît XVI) devrait être tout simplement éliminée parce qu’elle ne respecterait pas l’égale dignité entre les religions. Publier de telles énormités est chose grave. Et on ne peut pas se cacher derrière la signature du Président de la communauté hébraïque pour véhiculer l’erreur de l’indifférentisme religieux, sous prétexte de liberté de la presse, avec le plus total mépris des recommandations du Magistère. L’erreur n’a pas de droits, et si la rédaction est convaincue qu’il s’agit d’erreurs, elle se trouve dans l’obligation morale de spécifier que de telles positions sont insoutenables pour tout catholique, en tant que solennellement condamnées comme incompatibles avec la foi catholique.  Que la communauté juive ne reconnaisse pas Jésus-Christ comme l’unique Sauveur du Monde, nous le savons au moins depuis saint Paul – et au fond Gattegna, à qui on a demandé son avis, n’a rien fait d’autre que le répéter. Mais que le journal du Saint-Siège se fasse l’écho de tels blasphèmes, sans même y ajouter un commentaire, cela est bien plus grave.
A notre avis, l’Osservatore Romano ferait bien de respecter un peu plus dans ses articles le Pontife Romain et ses choix, qu’ils soient liturgiques ou canoniques, de même que le Magistère de l’Eglise, et éviter ainsi par la même occasion d’accuser insidieusement les instituts Ecclesia Dei d’hétérodoxie. A plus forte raison lorsque sur ses colonnes paraissent des affirmations contre l’unicité salvifique de Jésus-Christ, accompagnées d’une invitation implicite à ne pas se convertir à la foi catholique. Nous ne parvenons pas non plus à comprendre comment le journal du Saint-Siège peut inviter Renzo Gattegna, qui jusqu’à preuve du contraire n’est pas même membre de l’Eglise, à jeter le discrédit sur la liturgie catholique et sur ses oraisons pour la conversions des Juifs. Ces oraisons, pourtant, avaient été récemment promulguées pour le rite traditionnel, entre mille polémiques prétendues, par le Pontife régnant jusqu’auquel s’étend le discrédit, avec la plus grande irrévérence. Il est donc d’autant plus inopportun et offensif d’insinuer que la Commission Pontificale Ecclesia Dei érige canoniquement et dirige des instituts dont l’orthodoxie doctrinale serait encore à vérifier. Nous invitons donc encore une fois la rédaction au respect des institutions ecclésiastiques et à la prudence dans ses affirmations, affirmations qui peuvent léser gravement la réputation des membres de ces institutions. A ce propos, un recours aux tribunaux ecclésiastiques compétents, n'est pas exclu afin que soit faite la lumière nécessaire et pour que des excuses publiques soient présentées aux instituts Ecclesia Dei et aux membres de ces sociétés, gravement lésés par les insinuations de l’article en question.
A l’issue de ces réflexions, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le Souverain Pontife rencontre tant de difficulté dans son œuvre de réforme de l’Eglise, ni pourquoi les instituts traditionnels rencontrent tant d’obstacles à leur expansion. Si on propage à leur encontre, et à l’encontre de la liturgie qu’ils célèbrent (comme par exemple sur le Vendredi Saint) un tel discrédit, il est naturel que les autorités ecclésiastiques locales soient méfiantes envers eux, comme il arrive en pratique. Comment s’étonner que l’épiscopat soit généralement hostile au rite traditionnel, à l’œuvre de réforme menée par le Pape et aux instituts traditionnels, lorsqu’on voit le quotidien du Saint-Siège se permettre d’affirmer gratuitement qu’ils doivent encore être approuvés, « une fois examiné que tout est en ordre sous l’aspect doctrinal » ?
Nous souscrivons sans réserve aux paroles de l’évêque de San Marino, S. E. Mgr Neri, qui a déclaré il y a peu (Il Timone, janvier 2011) : « Le Pape s’épuise à mettre en œuvre cette « réforme de la réforme » - mais il y a des tendances négatives de résistance, et qui ne sont pas aussi passives qu'on peourrait le croire… »
Don Stefano Carusi
(Une copie du présent article a été envoyée à la rédaction de l’Osservatore Romano, accompagnée d’une demande de rectification : le journal se trouve en effet dans l’obligation morale de dissiper les équivoques, tant à propos de l’article qui invite au syncrétisme religieux qu’à propos des insinuations sur les instituts Ecclesia Dei. Une copie de ce texte a aussi été envoyée au secrétariat du Souverain Pontife, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et à la Commission Pontificale "Ecclesia Dei").

[1] Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris Missio du 7 décembre 1990, n. 55 : « Le dialogue ne dispense pas de l’évangélisation ».
[2] Congrégation pour la doctrine de la Foi, déclaration Dominus Jesus, 6 aout 2000, n. 14 : « Il faut donc croire fermement comme vérité de foi catholique que la volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifestée et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l'incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu ».
[3] Dominus Jesus, n. 1 : « Le Seigneur Jésus, avant de monter aux cieux, a transmis à ses disciples le commandement d'annoncer l'Évangile au monde entier et de baptiser toutes les nations: « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16,15-16) ; « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin de l'âge » (Mt 28,18-20; voir aussi Lc 24,46-48; Jn 17,18; 20,21 Ac 1,8) ».
[4] Dominus Jesus, n. 6.

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Incroyable arrogance

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 19 février 2011

Les prophètes de malheur se font rarement aimer, mais s'ils sont ministres de Dieu, ils doivent dire la vérité. Or il y a des gens qui disent que ces ministres ne doivent s'occuper ni de la politique ni de l'économie. Mais alors que faire, si la politique est devenue une religion de remplacement, nécessairement fausse en tant que mettant l'homme à la place de Dieu ?  Et que faire si l'économie (ou la finance) est sur le point de faire souffrir de faim beaucoup de monde ?  Ces ministres n'ont-ils pas le droit de se demander, avec Aristote, comment les gens vont mener une vie vertueuse s'il leur vient à manquer de quoi survivre ?  La vie vertueuse - les ministres de Dieu n'ont pas à s'en occuper ?

Donc sans autre excuse je cite un paragraphe marquant d'un journaliste du prestigieux Wall Street Journal qui raconte comment il s'est fait rabrouer pendant l'été de 2006 par un conseiller important de George W. Bush, Président à ce moment-là, parce que ce journaliste avait écrit un article qui critiquait une ancienne directrice des communications de la Maison Blanche. Il dit que sur le moment il n'avait pas pleinement compris ce que lui disait le conseiller, mais par la suite il y a vu comme l'esprit essentiel de l'administration du Président Bush. Voici les paroles du conseiller, recueillies par le journaliste :--

« Les gens comme vous », lui disait le conseiller, « font partie de cette  communauté que nous appelons les « basés sur la réalité », à savoir les gens qui croient comme vous que les solutions doivent sortir de l'étude judicieuse de la réalité telle qu'on la discerne. »  Mais non !  Le journaliste devait laisser derrière lui ces principes périmés du respect de la réalité.  « Ce n'est plus comme cela que marche le monde. On est désormais un empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité - judicieusement, tant que vous voulez - et puis nous agirons de nouveau en créant de nouvelles réalités que vous, vous pourrez toujours étudier, et voilà comment les choses avanceront. Nous sommes les acteurs de l'histoire... et vous autres, vous tous, vous n'aurez plus qu'à étudier ce que nous faisons. » (Voir [...] "We are Victims of a Financial Coup d'Etat", by Catherine Fitts.)

Dans ces paroles ce n'est pas moi qui accuse le monde moderne de vivre de fantaisie. C'est un officiel parmi les plus haut placés à l'intérieur du gouvernement américain qui va jusqu'à se vanter que le monde moderne vive de fantaisie. Et ses paroles, ne correspondent-elles pas parfaitement par exemple, à la fabrication du 11 septembre et des « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, chimères fabriquées de toute pièce pour justifier des lignes d'action par ailleurs impossibles à justifier ?  L'arrogance dont fait preuve un tel mépris de la réalité, comme de ceux qui la respectent, est époustouflante.

Les Grecs de l'époque classique n'ont pas connu le Dieu de la Révélation, mais ils ont bien saisi cette réalité qu'est la structure morale de son univers, gouverné  selon eux par les dieux. Pour eux, tout homme, fût-il héros, qui bravait cette structure à la manière de ce conseiller du Président Bush, était coupable de l'« hybris », c'est-à-dire de s'élever au-dessus de son propre statut d'homme, et il se faisait écrabouiller comme il convenait par les dieux.

Chers catholiques, si vous estimez que la grâce élimine la nature, remettez vous à l'école des antiques païens pour apprendre ces leçons de la nature qui sont aujourd'hui plus nécessaires que jamais. Etudiez la chute de Xerxès dans les Perses d'Eschyle, de Créon dans l'Antigone de Sophocle, de Penthéedans Les Bacchantes d'Euripide. Priez le Saint Rosaire, bien sûr, mais lisez aussi les célèbres œuvres classiques, plantez des pommes de terre et diminuez vos dettes, dis-je !

Kyrie eleison.

18 février 2011

[Daniel Hamiche - Monde et Vie] Menaces sur Summorum Pontificum ?

SOURCE - Daniel Hamiche - Monde et Vie - 18 février 2011

Promulgué le 7 juillet 2007, le motu proprio de Benoît XVI, Summorum Pontificum, est un acte législatif de portée universelle : il s’applique à toutes les Églises particulières de rit romain. Le pape y explique que l’unique rit romain se compose de deux formes : la forme « ordinaire » et la forme « extraordinaire ». La forme « ordinaire » doit être célébrée selon l’édition typique de 2002, et la forme « extraordinaire » selon l’édition typique de 1962, publiée par le Bienheureux Jean XXIII. Voilà ce que l’Église autorise pour la célébration du rit romain.
On ne reviendra pas ici, sur les innombrables difficultés d’applications concrètes de Summorum Pontificum. Le Motu proprio faisant passer l’usage de la forme « extraordinaire » de la concession particulière (c’est le sens du motu proprio Ecclesia Dei Adflicta de 1988) au droit universel, il était inévitable que surgissent des problèmes d’interprétation tant de la part des épiscopats que des « demandeurs ». Les dossiers s’accumulant sur les bureaux de la Commission pontificale Ecclesia Dei, l’Autorité se devait d’y répondre. Quelques mois après l’entrée en vigueur de Summorum Pontificum (14 septembre 2007), la rumeur commença à circuler de la publication d’une instruction romaine sur son application, rumeur récurrente, mois après mois, se dégonflant après avoir enflé… Puisque le Souverain Pontife avait demandé à toutes les conférences épiscopales de lui faire parvenir un bilan de l’application au bout de trois ans (soit entre juillet et septembre 2010), l’instruction romaine pouvait difficilement être promulguée avant l’analyse et la synthèse des bilans des épiscopats - ce qui n’empêcha sans doute pas d’en commencer des brouillons de rédaction. 
Retour à l’économie d’Ecclesia Dei Adflicta ? 
En janvier de cette année, une nouvelle rumeur, plus crédible cette fois, laissait entendre que l’instruction était rédigée pour l’essentiel. La date du 22 février était même avancée pour sa publication. L’instruction ne sera pas publiée à cette date, mais très vraisemblablement en mars. Qu’après une si longue attente, un document normatif sorte enfin précisant bien des aspects controversés ou simplement incertains sur l’application de Summorum Pontificum voilà qui aurait dû provoquer dans nos rangs un vrai soulagement.
Le soulagement attendu pourrait cependant laisser place à la surprise (mauvaise), voire à la stupéfaction.
Il semblerait, en effet, selon plusieurs sources romaines, que l’instruction qu’on proposera au pape de signer comporte des changements de dernière minute qui amoindrissent l’esprit du texte et permettent d’interpréter Summorum Pontificum non plus comme une loi universelle rendant à l’Église tout entière la richesse liturgique de la forme « extraordinaire », mais comme un simple “privilège” destiné à satisfaire les traditionalistes – prêtres et laïcs –, et eux seuls. C’en serait donc fini des rares mais prometteuses initiatives d’application paisible de la forme « extraordinaire » dans le cadre des paroisses où jusque-là ne se célébrait que la forme « ordinaire ». En gros, ce serait une régression et un retour à l’économie d’Ecclesia Dei Adflicta (1988), et, on ose à peine le dire, un camouflet pour Benoît XVI. On murmure à Rome, que l’auteur de cette ultime, et semble-til réussie, manoeuvre – inspirée sans doute par de nombreuses exigences d’évêques – serait un des hommes-clef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Monseigneur Charles J. Scicluna, Promoteur de la justice dans ce dicastère, et fort respecté dans la hiérarchie vaticane pour son attitude ferme dans le traitement des dossiers de clercs coupables d’abus sexuels. 
Nous ne devrions pas tarder à savoir si cette énième rumeur est vraie – pour ma part, et sur la foi de mes informateurs, je la tiens pour probable sauf, évidemment, revirement du Souverain Pontife in extremis…
D’autres informations en provenance de Rome, comme cette cinglante attaque dans L’Osservatore Romano du 2 février contre la Commission Ecclesia Dei, et son appel à vérifier l’orthodoxie des prêtres « traditionalistes », donne du crédit à cette rumeur et à mon enthousiasme réservé…
Daniel Hamiche


Cet article était rédigé lorsque la nouvelle d’un démenti du vaticaniste Paolo Rodari se mit à courir la toile. Daniel Hamiche, consulté, maintient sa version des faits. Dont acte !

[motuproprioappeal.com] Un appel au Saint-Père, le Pape Benoît XVI, à propos de l'instruction/clarification sur le motu proprio Summorum Pontificum

SOURCE - motuproprioappeal.com - 18 février 2011

Très Saint Père, nous soussignés,

1. Exprimons notre profonde gratitude à Sa Sainteté pour son exemple liturgique personnel pour l'Eglise Universelle. Elle est un véritable homo liturgicus dont l'amour pour la sainte liturgie est une inspiration qui nous enseigne bien plus clairement que par les mots la place centrale de la liturgie dans la vie de l'église.
2. Remercions Sa Sainteté pour son cadeau qu'elle a fait à l'Eglise en promulguant son Motu Proprio Summorum Pontificum en 2007. Depuis 2007, il a engendré beaucoup de fruits, parmi lesquels une plus grande unité dans l'Eglise du Christ et un enrichissement général de la vie liturgique de l'Eglise.
3. Notons avec tristesse l'opposition réelle et continue à la mise en oeuvre de Summorum Pontificum dans bien des diocèses de la part de beaucoup de membres de la hiérarchie, la souffrance et la détresse que cela cause à un grand nombre de fidèles du Christ ainsi que l'obstacle que cette opposition dresse à une réconciliation réelle à l'intérieur de l'Eglise. 
4. Remarquons avec inquiétude des signes apparents d'une remise en cause à venir de Summorum Pontificum qui viderait de sa substance, en quelque sorte, ce que Sa Sainteté a légalement établi dans ce Motu Proprio, et qui en altérerait sa large application exprimée de façon si éloquente par Sa Sainteté dans sa généreuse lettre qui l'accompagne : "Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place."
5. Exprimons notre profonde inquiétude au sujet de toute mesure restrictive qui serait cause de scandale, de désunion et de souffrance dans l'Eglise et qui découragerait la réconciliation si ardemment désirée par Sa Sainteté, et qui entraverait le renouveau futur de la liturgie en continuité avec la Tradition, qui est déjà un fruit évident de son pontificat.
6. Exprimons notre espoir, notre désir et notre appel urgent pour qu'il ne soit pas permis d'altérer, par de telles restrictions, les bienfaits que Sa Sainteté a personnellement apportés avec Summorum Pontificum.
7. Tournons vers vous, Très Saint Père, notre confiance filiale de filles et de fils obéissants, et nous demandons que soit considérée notre inquiétude et que Sa Sainteté intervienne si elle le juge nécessaire.
8. Assurons Sa Sainteté de nos prières ferventes, de notre profonde affection et de notre loyauté.
[SIGNER] 
Note: Ignorez s'il vous plaît la page de dons qui pourrait surgir après la signature. Votre vote aura déjà été enregistré et Motu Proprio Appeal ne reçoit pas des dons. Merci.

17 février 2011

[Paix Liturgique] 5 questions à Leo Darroch, président d'Una Voce

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 270 - 17 février 2011

Président de la Fédération internationale Una Voce, le Britannique Leo Darroch a accepté de répondre à nos questions au lendemain de la présentation à Rome du troisième rapport rédigé par son organisation sur l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum. Un troisième rapport qui fait figurer en annexe les résultats des sondages internationaux commandités par Paix Liturgique à des instituts dont c'est le métier !

1) Vous êtes le président de la plus ancienne association de soutien à la liturgie traditionnelle : pouvez-vous nous présenter votre œuvre et son action aujourd'hui ?

Leo Darroch – Vers la fin du concile Vatican II, une inquiétude grandissait parmi les fidèles quant à la continuité du patrimoine liturgique de l'Église. Au tournant des années 1964-1965, diverses organisations nationales se formèrent et les délégués de six d'entre elles se rencontrèrent à Rome en 1965 mais ce n'est que le 8 janvier 1967 que fut formellement constituée la Fédération internationale Una Voce : les délégués de 20 associations, rassemblés à Zurich, en approuvèrent les statuts et élirent le premier bureau.

La Fédération est un mouvement laïc dont les principaux objectifs sont le maintien de l'usage du Missel du Bienheureux Jean XXIII (édition de 1962) comme l'une des formes de la liturgie et la sauvegarde et la promotion du latin, du grégorien et de la polyphonie dans l'Église. Elle représente des associations issues de plus de 30 pays. Depuis la promulgation du Motu proprio Summorum Pontificum en juillet 2007, nous recevons toujours plus de demandes, en provenance de pays aussi éloignés que Panama ou le Japon.

Tous les deux ans, nous tenons une assemblée générale à Rome au cours de laquelle sont élus le bureau et le président. La FIUV n'est pas un organisme régi d'en haut par un comité central ; chaque association membre constitue un organe autonome encouragé à faire tout son possible pour poursuivre localement les objectifs de la Fédération. La FIUV est en revanche mieux placée pour représenter les préoccupations courantes des catholiques traditionnels au plus haut niveau de l'Église : elle est reconnue par le Saint Siège et ses positions comme ses délégués sont reçus avec courtoisie et intérêt par les différentes congrégations romaines.

Au fil des ans, la Fédération est intervenue auprès de Rome avec succès à de nombreuses occasions pour la sauvegarde de la messe traditionnelle et de l'ancienne liturgie.

2) Quel regard portez-vous sur l'application du Motu Proprio depuis 2007 ? Dans vos commentaires d'introduction du troisième rapport annuel de la FIUV depuis le Motu Proprio Summorum Pontificum, vous insistez sur l'opposition de pans entiers de l'épiscopat au Motu Proprio : pouvez-vous illustrer cette opposition ?

Leo Darroch – Le Motu proprio a été accueilli avec joie par les membres de la FIUV et a signifié un accroissement notable de notre travail. De nombreux évêques y ont répondu favorablement, et ce pour le plus grand bien du clergé et des fidèles de leur diocèse. Beaucoup de paroisses ont été revigorées par son application, en particulier aux États-Unis. Néanmoins, il est vrai que bien trop d'évêques n'ont pas fait écho au vœu de Benoît XVI d'ouvrir “généreusement notre cœur et (de laisser) entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place” (lettre aux évêques du 7/7/2007).

Dans la troisième partie de notre rapport, les associations locales affiliées fournissent des exemples détaillés de prélats ayant refusé ou ignoré des demandes légitimes d'application du Motu Proprio, y compris de demandes soutenues par des prêtres désireux de célébrer. En effet, bien que le législateur suprême, le Saint Père, ait directement donné cette permission aux prêtres, certains évêques semblent incapables d'accepter que Summorum Pontificum soit une Lettre apostolique, un décret pontifical, et non un simple indult requérant leur autorisation ! Ils refusent tout simplement la volonté exprimée par l'autorité supérieure.

3) Certains continuent à penser que la messe traditionnelle est l'apanage de la vieille bourgeoisie européenne : cette opinion a-t-elle encore un fondement ? En outre, dans le Motu Proprio, le pape formule le vœu que la réintroduction du Missel de Jean XXIII touche tous les catholiques et pas seulement ceux attachés à la tradition liturgique de l'Église : diriez-vous que cette espérance est satisfaite ?

Leo Darroch – Ceux qui considèrent la liturgie traditionnelle comme un repère de vieux aristocrates européens sont ceux qui veulent précisément discréditer notre travail et méconnaissent l'œuvre de la FIUV. Si la Fédération naît d'Européens cultivés dans les années 60, c'est tout simplement parce qu'ils étaient à l'époque les mieux placés pour donner vie à un tel mouvement. Depuis cette date, Una Voce a pris pied sur tous les continents et les nouveaux groupes qui continuent de se former reflètent toute l'étendue du spectre social et sont présidés aussi bien par des hommes que des femmes.

Souvent, on voudrait réduire les "traditionalistes" aux fidèles nés dans la liturgie ancienne mais le Saint Père a parfaitement raison de dire que de nombreux jeunes "y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement". Sans exception, il faut signaler que tous les groupes qui se sont affiliés à nous récemment sont animés par des catholiques tout au plus trentenaires. Nous étudions actuellement des demandes venant de l'Indonésie, du Kenya, du Japon et de Panama et elles émanent toutes de personnes de moins de 35 ans. Il est évident que le Saint Père, fort de son souci pastoral pour toute l'Église est plus au fait des préoccupations des fidèles et des prêtres que tant d'évêques qui semblent n'avoir aucune idée ou aucun intérêt pour ce qui se passe en dehors des frontières de leur diocèse. Plus l'usus antiquior se répand, plus les demandes affluent de fidèles souhaitant des conseils pour créer leur propre groupe Una Voce.

Mais il n'y a pas que les laïcs à s'enthousiasmer pour le renouveau de la liturgie tradtionnelle, le clergé et les religieux aussi. Le nombre de sociétés de prêtres et d'ordres religieux (masculins comme féminins) utilisant le missel ancien augmente d'année en année. Et une de leurs caractéristiques communes est précisément leur jeunesse. Une liste partielle de ces instituts est disponible sur notre site internet www.fiuv.org.

4) Un an après la réorganisation de la Commission Ecclesia Dei, souhaitée depuis longtemps par les fidèles, peut-on dire que quelque chose a changé à Rome ? Est-ce l'institution appropriée pour assurer l'application juste et généreuse du Motu Proprio ?

Leo Darroch – Je ne dirais pas que la Commission Ecclesia Dei a été réorganisée il y a un an mais plutôt que sa réorganisation a commencé il y a un an, ce qui n'est pas la même chose : elle est toujours en cours. Je pense qu'il est clair pour tout le monde que la Commission est plus structurée aujourd'hui que jamais, ce qui ne peut être qu'une bonne chose. Ses bureaux ont récemment été agrandis ce qui pourrait signifier un renforcement de ses effectifs afin de répondre à l'augmentation de la quantité de travail à fournir.

De mon point de vue, les signes sont positifs. Monseigneur Pozzo est un excellent connaisseur de ce dossier et, contrairement au passé, les prêtres récemment nommés en son sein célèbrent tous régulièrement la forme extraordinaire et ont des affinités avec les fidèles qui, comme ceux de la FIUV, souhaitent adorer le Seigneur Tout Puissant selon les livres liturgiques en usage en 1962.

Je ne crois pas qu'il m'appartienne de juger si la Commission est ou non l'institution adaptée pour assurer l'application du Motu Proprio. Elle a été érigée par Jean-Paul II et a été rattachée à la Doctrine de la Foi par Benoît XVI. Le Motu proprio ne concerne pas que la liturgie, mais aussi les évêques, le clergé et les fidèles : quelle serait alors la Congrégation ou l'institution romaine la plus adaptée ?

5) Vous étiez à Rome mi-novembre 2010 pour présenter votre rapport à différents prélats de la Curie : nous savons que votre rapport 2009 avait été grandement apprécié pour les documents et les photos qu'il contenait présentant les sessions de formation des prêtres à la forme extraordinaire. Pouvez-vous nous dire comment ce troisième rapport a été accueilli ?

Leo Darroch – Jason King, notre vice-président et Rodolfo Vargas Rubio, notre secrétaire, m'ont accompagné pendant ces six jours. Nous avons été reçus à la congrégation du Culte divin, à celles pour le Clergé et pour l'Éducation catholique, à la Signature apostolique, à la Secrétairerie d'État et avons eu deux rendez-vous à l'Ecclesia Dei. Nous avons aussi eu le privilège d'être invités par le tout nouveau cardinal Burke à une réception au Collège Nord-Américain à l'issue du consistoire du 20 novembre et le lendemain soir à son bureau au Palais de la Chancellerie.

Dans chaque dicastère, nous avons remis une copie de notre rapport, à chaque fois bien accueillie par nos interlocuteurs. Bien que notre travail soit destiné prioritairement au Saint Père et à la Commission Ecclesia Dei, il contient aussi des informations pertinentes pour tous ces autres services. Ce n'est pas dans nos habitudes de révéler le contenu de nos conversations privées à Rome mais je peux vous dire que l'accueil réservé à nos informations a été des plus bienveillants.

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1- Un grand merci à Léo Darroch pour cet entretien qui nous apporte un éclairage supplémentaire sur la question de la libéralisation de la forme extraordinaire. Merci aussi à tous ceux qui ont œuvré et qui œuvrent aujourd'hui au sein de la Fédération Internationale Una Voce pour la défense des valeurs traditionnelles de l'Église et en particulier pour la promotion du chant grégorien et de la liturgie extraordinaire.

2- Cet entretien confirme, s'il en était besoin, les nombreux écrits de Paix Liturgique sur l'opposition généralisée de certains évêques qui résistentent systématiquement à l’esprit du Motu Proprio, qui est de « banaliser » la liturgie antique en la réintroduisant dans les paroisses. Comme Una Voce, contrairement à ce que voudraient faire croire certains clercs, Paix Liturgique n'est rien d'autre que la voix de tous ceux qui souffrent en silence de cette situation d'exclusion et de privation. Nous ne sommes ni des "durs" et encore moins des "violents",  nous sommes simplement les avocats de tous les fidèles et prêtres demandeurs d'un renouveau liturgique qui sont brimés par des autorités abusant de leur pouvoir. L'accueil très positif réservé à Léo Darroch dans les différents services du Vatican nous confirme heureusement l'existence, au plus haut niveau de l'Église catholique, de personnes prêtes à continuer à avancer dans la voie de la libéralisation de la liturgie traditionnelle malgré les difficultés persistantes.

3- L'allusion aux critères sociologiques des fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain est elle aussi un élément essentiel à la compréhension du développement de cette forme liturgique. Une étude plus précise de cette question nous amènera ultérieurement à approfondir la vision exposée par Una Voce. Loin d'être le domaine réservé d'une élite, la forme extraordinaire attire en effet des fidèles de toutes catégories sociales et professionnelles à travers tous les continents. Les jeunes y trouvent en particulier une réponse à leur besoin de silence et à leur recherche de spiritualité.

4- De sorte que nous ne saurions mieux faire, en conclusion, que de répéter en substance ce que nous disions dans notre lettre du 26 janvier : dans les temps de désert de la foi et de la pratique pour l’Église d’Occident dans lesquels nous nous enfonçons chaque jour davantage, ce que l’on peut appeler le « catholicisme du Motu Proprio », avec ses prêtres spécialisés ou non, ses fidèles, ses groupes, son scoutisme, ses communautés religieuses traditionnelles ou retraditionalisés, ses paroisses tridentines ou bi-formalistes ou réforme de la réforme, ses écoles, ses vocations, représente dans son ensemble un poids toujours plus considérable qu'en toute justice l'on devrait "considérer". Et dans ce contexte de traditionalisme jeune, Summorum Pontificum a pour effet principal, et vraiment providentiel, d’ouvrir les portes de la liberté à la liturgie traditionnelle opprimée par la réforme Bugnini. Nous ne cessons et ne cesserons d’en rendre grâces au Saint-Père. Nous avons désormais l’assurance que, pour le plus grand bien de l’Église, l’antique liturgie de Rome ne mourra pas.

[summorum-pontificum.fr] Cheval de Troie : des précisions

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 17 février 2011

Messainlatino repris par Rorate Caeli apporte des précisions quant à la fameuse instruction d’application du motu proprio Summorum Pontificum. Des points qui confirment ce que nos correspondants romains nous avaient laissés entendre mais que nous n’avions pas cru bon de mettre en ligne sans avoir vérifié l’information. À ce jour, je n’ai pas réussi à obtenir confirmation de cette information mais le fait que deux blogs bien informés la diffusent me pousse à suivre leur démarche.

L’un des poins capital de l’instruction consisterait à n’appliquer le motu proprio qu’au rite romain en tant que tel et non plus aux différents autres rites latins : ambrosien, dominicain, etc. De ce fait les religieux qui ont repris le rite traditionnel de leur ordre retomberaient sous la modalité du privilège et devraient faire face aux autorités de l’ordre. Récemment encore le supérieur général des dominicains s’était opposé à l’utilisation du rite dominicain. Même chose pour les diocèses utilisant le rite ambrosien, ce qui touche de ce fait aussi un ensemble de fidèles. Il faudrait donc avoir un privilège de l’autorité diocésaine.

On pourrait penser que cela ne touche qu’une minorité. Mais en fait il pourrait s’agir d’un premier pas pour vider le motu proprio de son caractère de loi universelle.

J’ai décidé de suivre la procédure d’explication de mes deux éminents confrères étrangers. Je n’évoquerais ici que ce premier point. Affaire à suivre donc.

[summorum-pontificum.fr] Deux cardinaux incarnent la réforme de la réforme

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 17 février 2011

La semaine dernière, Rome était à la fête puisque les cardinaux Amato et Ranjith prenaient possession de leurs églises romaines comme cardinaux. Le 11 février, c’était le cardinal Amato suivi le 13 février du cardinal Malcom Ranjith, revenu dans la Ville Éternelle depuis son siège archiépiscopal de Colombo au Skri Lanka.

Préfet de la Congrégation pour la cause des saints le cardinal Amato a pris possession de Sainta Maria in Aquiro et le cardinal Ranjith  de San Lorenzo in Lucina. Le maître des cérémonies était Mgr Agostini. Ce qui est intéressant de noter, c’est que la réforme de la réforme a été mise en application, notamment en ce qui concerne les autels puisque si la messe du cardinal Ranjith a été dite face au peuple, six chandeliers d’or avaient été placés sur l’autel ainsi qu’un crucifix, rendant ainsi concrète la proposition du cardinal Ratzinger émise dans L’Esprit de la liturgie. Même chose d’ailleurs en ce qui concerne la messe célébrée par le cardinal Amato. On trouvera plus de photographies ICI.
La messe du cardinal Ranjith
La messe du cardinal Amato

16 février 2011

[summorum-pontificum.fr] Cheval de Troie : l’autre assaut

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 16 février 2011

Sur le site italien de Disputationes Theologicae, l’abbé Stefano Carusi de l’Institut du Bon-Pasteur (IBP) analyse finement un récent article paru dans l’Osservatore Romano et mettant en cause la commission Ecclesia Dei. L’article entend déposséder la commission de ses prérogatives afin de faire passer les instituts E.D. sous la coupe de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostoliques. L’abbé Carusi fait ressortir le moyen terme de la démonstration qui laisse entendre qu’une telle opération pourrait être rendue possible une fois que l’on aura considéré que tout est en ordre dans ces instituts au plan de la doctrine. Sous-entendu : il n’est pas sûr à l’heure actuelle que ces instituts soient vraiment catholiques.
L’article dénoncé n’est pas le fait d’une simple plume mais est signé du rédacteur en chef adjoint de l’O.R. : Carlo di Cicco et semble entrer dans les vastes manœuvres contre Summorum Pontificum et certainement, au-delà, contre un accord avec la Fraternité Saint-Pie X. On notera qu’ainsi les plumes de l’O.R. vont de concert avec les plus agressifs des traditionnalistes contre Mgr Fellay, et notamment certains sites sédévacantistes. Une alliance objective des ultras progressistes et traditionalistes !
Rappellons aussi pour mémoire que le directeur de l’O.R., M. Vian se déclare un ami du groupe Bayard Presse et qu’il se vante d’avoir obtenu que celui-ci diffuse l’édition française de l’Osservatore Romano dans notre pays. Il aura fallu attendre le pontificat de Benoît XVI pour assister à la réussite d’une telle manœuvre, typiquement orientée contre le Saint-Père, avec la bénédiction il est vrai d’une partie de la Secrétairerie d’État.

[summorum-pontificum.fr] Cheval de Troie : Messainlatino répond à Rodari

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 16 février 2011

À son tour Messainlatino répond aux propos du vaticaniste Paolo Rodari et confirme les propos déjà publiés,  notamment en ce qui concerne la responsabilité de Mgr Scicluna et du cardinal Canizarès. Pour Messainlatino comme pour moi, bien qu’à des degrés divers, cette responsabilité est évidente et a été confirmée. Rodari essaye d’allumer un contre-feux pour laisser entendre que les traditionalistes sont une fois encore la proie de leur peur du complot. Mais il ne s’agit pas de cela. En l’occurrence, il s’agit de permettre à la vie liturgique dans les diocèses de retrouver sa dignité et de s’appuyer sur la forme extraordinaire comme moyen de revitalisation.

[summorum-pontificum.fr] Cheval de Troie : la réaction du vaticaniste Paolo Rodari

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 16 février 2011

Le vaticaniste Paolo Rodari a réagi aux nouvelles transmises par votre serviteur, par Rorate Caeli et par Messainlatino concernant l’instruction d’application du motu proprio Summorum Pontificum. Il nous dit qu’il s’est renseigné auprès de ses sources au Vatican de la véracité de nos affirmations et il estime qu’elles sont infondées.
Puisse-t-il avoir raison ! Malheureusement diverses sources au Vatican confirment bien que le texte dans sa dernière mouture va bien dans un sens restrictif quant à l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum. La difficulté est que le Vatican est traversé au sein de la curie de courants divers qui tendent à affirmer leurs positions. Aujourd’hui, il semble que le possible accord avec la Fraternité Saint-Pie X et le souffle de liberté installé par Summorum Pontificum fassent peur au dernier carré de ceux qui voient d’un mauvais œil le retour à une doctrine traditionnelle au sein de l’Église. Ils tentent d’enrayer le processus et il n’est pas certain qu’ils n’y arrivent pas, comme le confirme hélas la prochaine réunion d’Assisse. Il n’est pas dit non plus qu’ils y parviennent, tant les choses sont fragiles aujourd’hui.

[summorum-pontificum.fr] L’opération Cheval de Troie contre le Motu Proprio se confirme

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 16 février 2011

Alors que la disparition de la nouvelle sur le site Rorate Caeli reste mystérieuse, Messainlatino confirme la nouvelle de l’étranglement programmé du motu proprio Summorum Pontificum à travers l’instruction d’application qui devrait paraître prochainement. Comme le note très justement Messainlatino, ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est tout simplement la propagation dans les diocèses et parmi les séminaristes et prêtres diocésains de la forme extraordinaire, qui elle-même n’est pas une simple fin en soi mais signifie pour l’Église une profonde revitalisation de sa liturgie (même en forme ordinaire) et d’un retour à sa doctrine traditionnelle.
Messainlatino confirme le mauvais rôle joué par Mgr Charles Scicluna de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, mais met également en cause le cardinal Cazinarès. Il semble, en effet, que celui-ci ne prenne pas la mesure des enjeux de cette instruction et ne perçoive finalement la liturgie traditionnelle seulement comme une question de sensibilité, à laquelle il n’est pas opposé, mais dont il ne voit pas la portée plus profonde. Reste que Ecclesia Dei dépend non de lui mais de la Congrégation pour la doctrine de la foi et qu’en dernier ressort le texte reste à signer par le pape.
De son côté, Rorate Caeli est quand même revenu sur l’affaire, sans citer de noms cette fois-ci, en déclarant qu’il est tout à fait possible que des personnes mal intentionnées au sein de la curie romaine veulent vider le motu proprio de son contenu via cette instruction. Une opération Cheval de Troie clairement dénoncée par le site et qui appelle les fidèles et les personnalités catholiques à écrire au Saint-Père pour demander le respect de la « lettre » de Summorum Pontificum. C’est en effet une excellente réaction que l’on ne peut que conseiller.

15 février 2011

[Mgr Aillet - La Nef] L'urgence de la mission

SOURCE - Entretien Mgr Marc Aillet / La Nef - La Nef N°223 - février 2011

Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, vient d’écrire une lettre pastorale pour son diocèse publiée en livre (1) : un ouvrage fort et roboratif, à lire. Entretien.

La Nef – « L’urgence de la mission » est le sous-titre de votre livre : pourquoi est-ce pour vous la priorité et par quoi cela se traduit-il concrètement ?
Mgr Marc Aillet – Il me semble que devant les désaffections vécues par nos Églises de vieille chrétienté, on a d’abord envisagé des réformes de structures par le remodelage des paroisses, et on a pourvu à une meilleure distribution des rôles par l’appel des fidèles laïcs à une plus grande collaboration au ministère pastoral des prêtres. Aujourd’hui, alors que les difficultés demeurent, malgré l’enregistrement de vrais renouveaux, on ne saurait se contenter de démarches de type fonctionnel ou organisationnel : seul un nouvel élan missionnaire, en direction de ceux qui sont loin ou se sont éloignés, permettra à nos communautés de retrouver l’Espérance. Au fond, il s’agit pour moi de relayer l’appel à la nouvelle évangélisation, lancé par Jean-Paul II depuis le tout début de son pontificat en s’appuyant sur l’exhortation apostolique de Paul VI, Evangelii nuntiandi, qui n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de son actualité. C’est urgent parce que nos forces s’amenuisent et que la sécularisation progresse : j’ai la naïveté de croire que seule une nouvelle annonce de l’Évangile ad extra, moyennant une formation en profondeur ad intra, pourra revitaliser et renouveler nos communautés. C’est d’ailleurs inhérent à la nature de l’Église « qui existe pour évangéliser » et non pour fonctionner ou s’organiser. Je propose donc concrètement une dizaine d’outils d’évangélisation, dont le plus innovant devrait être la mise en place d’un « Observatoire de la mission » pour impulser une pastorale spécifique d’évangélisation dans les paroisses. Il s’agira d’honorer la définition que Jean-Paul II donnait de la nouvelle évangélisation : « une nouvelle ardeur », par l’annonce du kérygme à tous les membres de nos communautés ; « un nouveau langage », c’est-à-dire le langage de l’amour et le langage de la cohérence qui savent trouver les mots et les gestes prophétiques pour dire la première annonce de l’Évangile ; « de nouveaux moyens » d’évangélisation directe en direction des jeunes, des pauvres, de la société dans son ensemble, par le biais de la piété populaire ou de la culture locale, et en n’ayant pas peur de s’appuyer sur les nouvelles réalités ecclésiales.

Benoît XVI évoque souvent l’absence ou le rejet de Dieu dans nos sociétés occidentales : nous venons juste d’évoquer la priorité de la mission, mais c’est un thème que l’on entend peu chez les évêques français qui apparaissent très satisfaits de notre régime de laïcité. Qu’en pensez-vous ?
Malgré quelques durcissements d’un autre âge enregistrés çà et là, il faut parier sur une laïcité à la française que l’on aime qualifier, en haut lieu, de « laïcité positive ». Autrement dit : les religions ne sont plus considérées comme des ennemis, mais comme des interlocuteurs pour la construction d’une société plus juste et fraternelle. Les rencontres fréquentes que j’ai sur le terrain avec des élus de proximité ou des associations, me convainquent que le message de sens porté par l’Église est attendu. Nous devons profiter d’un climat de relative liberté pour donner une visibilité au cœur du message chrétien qui ne saurait se réduire à des valeurs, certes héritées de l’Évangile, mais qui ne suffisent pas à rendre compte de la radicale nouveauté du Royaume instauré par le Christ à travers sa mort et sa résurrection. Dans l’Église, on donne parfois un sens exagéré à la laïcité, comme si l’affirmation décomplexée de ce qui fait notre identité devait nécessairement porter atteinte au respect de la liberté d’autrui. C’est ainsi que l’on insiste, à juste titre sans doute, sur le dialogue avec le monde, mais avec le risque de paralyser l’ardeur prophétique inhérente à notre condition de baptisés. Oui au dialogue, à condition de rester libre pour un témoignage courageux rendu à la vérité.

Vous évoquez la diversité qui caractérise l’Église en France. Vous appelez à une « spiritualité de communion » afin d’éviter que cette diversité ne devienne source de divisions : que proposez-vous concrètement pour favoriser cet esprit de communion ?
La communion dans l’Église n’est pas le fruit de la seule bonne volonté des uns et des autres et ne saurait se réduire à déclarer, de manière incantatoire, qu’il faut s’accepter dans nos différences ! En France, on a tôt fait d’ériger sa sensibilité ou son expérience pastorale en absolu, jusqu’à en faire un système, une idéologie totalisante ou totalitaire. La Communion est d’abord une démarche spirituelle : reconnaître qu’à la racine de nos différences d’approches pastorales, liées souvent à l’histoire, la génération, l’éducation, il y a d’abord une grâce reçue, appelée à se ressourcer sans cesse au contact du Christ, présent dans la Parole et les sacrements. La priorité donnée à la grâce peut seule nous aider à exercer un vrai discernement spirituel sur notre propre expérience et, du même coup, nous aider à poser un regard de bienveillance sur les autres, que nous sommes invités à considérer comme des frères dans l’unité profonde du Corps mystique ; alors les différences seront accueillies et valorisées comme des dons de Dieu, des dons pour nous et pas d’abord pour ceux qui les ont reçus. La crédibilité de notre témoignage est à ce prix, car « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, dit Jésus, que tous vous reconnaîtront pour mes disciples » (Jn 13, 32).

Vous consacrez une large place à la liturgie : que proposez-vous concrètement pour répondre à l’appel du pape à une resacralisation de la liturgie ?
J’invite d’abord à une relecture attentive des grands textes qui orientent la « restauration » de la liturgie romaine : la Constitution Sacrosanctum Concilium et la Présentation générale du Missel Romain. J’appelle ensuite à une plus grande fidélité aux prescriptions liturgiques, liée à une formation, tant des clercs que des laïcs, comme moyen d’une participation plus consciente du Mystère célébré, plus active et plus fructueuse aussi, c’est-à-dire qui ne se réduit pas à la célébration mais donne une forme eucharistique à toute la vie, en devenant la source d’un engagement caritatif, social, missionnaire, renouvelé.

Comment percevez-vous le motu proprio Summorum Pontificum, la situation qui en résulte en France, et notamment la demande du pape d’enrichissement mutuel entre les deux formes du même rite romain ?
J’évoque le motu proprio Summorum Pontificum à propos de la formation liturgique des futurs prêtres, en m’appuyant en particulier sur la lettre de Benoît XVI aux séminaristes. Je ne doute pas que cette disposition canonique sur l’usage de la liturgie antérieure à 1970 permettra une fécondation mutuelle des deux formes de l’unique rite romain, en réduisant l’écart qui caractérise parfois dans la pratique, du point de vue de la sacralité, la célébration de ces deux formes. L’expérience de la forme extraordinaire pourrait même aider les séminaristes à mieux saisir la croissance organique, sans rupture, de la liturgie romaine. Le Saint-Père a souvent insisté sur la nécessaire réconciliation des catholiques avec leur passé : c’est là encore faire œuvre de Communion, non seulement synchronique mais diachronique. Assurément ces mesures font de la liturgie le lieu par excellence de « l’herméneutique de la réforme et du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise » appelée par Benoît XVI de tous ses vœux.

Vous êtes soucieux de redonner une véritable dimension catholique aux établissements qui dépendent de vous ? Comment y parvenir et quelle place peut prendre l’enseignement libre hors contrat dans un diocèse ?
Il me semble que les évêques sont aujourd’hui bien conscients de l’état de jachère dans lequel l’enseignement catholique a pu être laissé ces dernières années, quant à son caractère propre. Il faut dire que les réglementations de l’Éducation nationale ont considérablement réduit la marge de manœuvre accordée à nos établissements sous contrat pour honorer un vrai projet éducatif catholique et que, dans le souci d’être compétitif du point de vue de l’enseignement, on a été moins regardant sur le recrutement et la formation intégrale des enseignants. Le défi sera difficile à relever et nécessitera une vraie détermination de la part de chefs d’établissement pleinement convaincus de leur foi et de leur responsabilité pastorale pour que l’Évangile soit annoncé de manière explicite à des élèves pour qui l’école catholique est le seul lien avec le Christ et l’Église. Je connais des chefs d’établissement qui ont les moyens d’un tel projet éducatif et mon devoir est de les soutenir. Devant l’ampleur de la tâche et l’étranglement de l’enseignement catholique par l’État, je comprends les familles qui, au nom de la liberté de choix qui fonde l’existence de l’enseignement catholique en France, se tournent vers le hors contrat. Les accompagner et les intégrer dans l’enseignement catholique, après avoir vérifié leur ecclésialité, c’est aussi faire œuvre de communion.

Vous évoquez la place des laïcs remise à l’honneur par Vatican II : comment interviennent-ils dans la mission ?
L’ecclésiologie de Communion définie par le concile Vatican II repose principalement sur l’articulation, non pas fonctionnelle, mais sacramentelle et théologale, entre le sacerdoce ministériel des prêtres et le sacerdoce commun des fidèles. Si les laïcs sont appelés à participer à la vie et à la mission de l’Église, ce n’est pas d’abord parce que l’on manque de prêtres, mais parce que c’est inhérent à la grâce de leur baptême. Cette collaboration doit se vivre en terme de complémentarité et non de substitution, au risque de cléricaliser le laïcat. Je plaide pour que les laïcs ne soient pas enfermés dans des tâches intra-ecclésiales, pour autant nécessaires. En vertu de la « sécularité » qui est la condition propre du laïcat, ils sont placés aux avant-postes de la mission dans le monde. Ils sont d’abord appelés à témoigner de l’Évangile dans leur milieu de vie et à s’engager dans toutes formes d’apostolat communautaire.
Propos recueillis par Christophe Geffroy

(1) Mgr Marc Aillet, La charité du Christ nous presse. L’urgence de la mission, Artège, 2010, 216 pages, 16 euros.