27 juin 2011

[SPO] Un catéchisme traditionnel à Paris

SOURCE - SPO - 27 juin 2011
Pour beaucoup de parents, c’est un constat permanent. Si parfois les revendications liturgiques – en application du droit de l’Église – parviennent à se faire entendre, il est plus rare d’obtenir satisfaction en ce qui concerne l’au-delà de la messe : sacrement de confirmation, catéchisme, troupe scoute, etc.

Pour des parents, il est pourtant impossible d’envisager une vie chrétienne sans que leurs enfants reçoivent, non seulement la  vie liturgique selon les livres traditionnels, mais aussi l’enseignement doctrinal qui va avec. Pour certains pasteurs, c’est visiblement possible. C’est le cardinal Journet, je crois, qui affirmait que le néo-modernisme prenait les fidèles en tenailles entre les mâchoires d’une liturgie tronquée et celles d’un catéchisme mutilé. L’Action Familiale et scolaire avait naguère établi un document montrant que la néo-catéchèse était en lien direct avec la nouvelle liturgie. L’un n’allait pas sans l’autre.

Certes des efforts ont été fait ces dernières années, dans certaines paroisses. Mais les parcours catéchétiques restent en vigueur, les enseignements sont abandonnés entre les mains de « dames-caté » dont toute la formation est issue en droite ligne de l’hétérodoxie en vigueur depuis les années de l’après-concile. Bien sûr, ici ou là, des laïcs bien formés ont pu transmettre un excellent enseignement, jouant adroitement avec les portes laissées ouvertes par des curés débordés et peu enclins à s’occuper de la transmission de la foi auprès des plus jeunes. Mais dans l’ensemble, l’institution ecclésiale française est mal en point du point de vue de la formation catéchétique.

Aussi, si le motu proprio Summorum Pontificum doit s’appliquer dans les paroisses, il est vraiment à souhaiter que cette application ne se limitera pas à une messe dominicale (même s’il s’agit d’un premier pas), mais que la célébration de celle-ci s’accompagnera de tous les éléments des pédagogies traditionnelles dont le catéchisme traditionnel et le sacrement de confirmation.

En attendant, fort du constat que ce n’est pas encore le cas dans le diocèse de Paris, Emmanuel Delhoume vient d’annoncer sur son blog le lancement d’un catéchisme traditionnel à Paris à partir de la rentrée prochaine :
J’ai donc pris l’initiative de lancer un projet  pour l’est parisien particuliérement pour les familles du douzième arrondissement mais aussi du treizième et du vingtième. Un CATECHISME HEBDOMADAIRE  au coeur du douzième arrondissement  METRO DAUMESNIL par un prêtre d’un institut ECCLESIA DEI . il s’agit de préparer nos enfants aux sacrements et de les instuire des vérités de foi . C’est notre devoir de parents catholiques .

Il s’agit pour nos familles de vivre la vie de foi la proximité sans étre obligé de traverser la moitié de Paris .N’hésitez pas à faire connaitre ce projet autour de vous  , à prendre contact au 06 67 28 33 38  ou à écrire à edelhoume@voila.fr

25 juin 2011

[DICI] France : Lancement de « Missions », dans la droite ligne du P. Maximilien Kolbe

SOURCE - DICI - 25 juin 2011

Encouragée par la Fraternité Saint-Pie X, l’association Missions vient de voir le jour. Œuvre d’intérêt général régie par la loi de 1901, elle a pour objet de venir en aide aux prêtres amis qui la sollicitent. Son président, Marc Sillard, reconnaît que l’élément déclencheur de ce lancement a été une lettre de l’abbé Karl Stehlin, Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X dans les pays d’Europe de l’Est : « …Merci de votre zèle pour l’Immaculée et le salut des âmes. Je ne peux que louer et bénir une telle initiative. Vous savez que nous avons toujours les poches affreusement vides suite au développement assez surprenant ici dans nos pays d’Europe de l’Est. Une chaîne de prières me parait extraordinairement utile et nécessaire… » Et Marc Sillard indique la filiation que son association revendique clairement : 
L’abbé Stehlin vient de publier en français son livre L’Immaculée, notre idéal qui résume les grandes pensées, la vie et l’action d’un des plus grands héros de la Sainte Eglise au XXe siècle : saint Maximilien Kolbe. Ce prédécesseur de la Tradition catholique a donné à l’Eglise un des plus puissants instruments pour convertir les infidèles et sanctifier les fidèles. Il nous montre dans la pratique le rôle extraordinaire de la Très Sainte Vierge Marie dans nos temps apocalyptiques.
Ce qui est vrai à Varsovie, Tallinn, ou Lviv, est vrai partout ailleurs où la Fraternité est en pleine expansion et où ses missions s’étoffent un peu partout, en Asie, en Amérique, en Afrique et en Océanie. C’est à nous, les fidèles, en tant que catholiques, de les soutenir au mieux et de faire notre devoir dans la mesure de nos moyens, assurant ainsi le relais de l’action de nos prêtres. Sinon, qu’aurons-nous à présenter à Notre Seigneur lorsqu’Il nous demandera : ‘Qu’as-tu fait du talent que Je t’avais confié ?’ ».
Sous la plume de Fabienne Monclar, on peut lire l’objectif enthousiasmant que le bulletin de la jeune association propose à ses adhérents : « Saint Maximilien Kolbe avait deux volets dans son entreprise : la prière et la presse. Alors que les chevaliers de l’apostolat étaient le bras armé de l’Immaculée pour vaincre l’hérésie, sans que nous le sussions, en priant le chapelet que nous demandait Mgr Fellay pour la conversion de la Russie, la Sainte Vierge avait décidé de notre rôle plus modeste, l’autre volet de l’entreprise de saint Maximilien : la presse. Autrefois, cela s’appelait “ les Annales pour la Propagation de la Foi’’. Nous apprîmes les miracles accomplis par les Chevaliers de l’Immaculée dans les pays de l’Est. Une obole inattendue mais conséquente, en Corée (pays dont la conversion miraculeuse a provoqué nombre de persécutions) que mon père, qui avait mis sa vie de soldat au service du Christ, avait contribué à délivrer, nous permet de démarrer cette petite feuille qui s’étoffera grâce à vous.
 
« Car c’est vous qui serez le 3e volet du dessein de Marie, en adhérant et en propageant cette feuille autour de vous. Saint Maximilien a commencé en 1921 en distribuant son journal dans la rue. En 1938, il diffusait à 1 million d’exemplaires. Nous n’avons malheureusement pas sa sainteté mais l’Espérance inébranlable que nous donnent la prière et le sourire de Marie, et nous pourrons être, avec vous, le petit bras armé de l’œuvre du Cœur Immaculé. Nous sommes trois, nous serons des milliers ! » 
Missions - 6, Parc de la Bérangère – F-92210 Saint-Cloud – Tél : 06 70 16 57 24 – Courriel : missions.assoc@gmail.com – Adhésion : 20 € (Source : Missions – DICI n° 237 du 25/06/11)

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Un choix d'avocats

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 25 juin 2011

Ce « Commentaire » ne s'occupe pas normalement de questions propres à son auteur, mais à la veille de son Appel qui doit s'entendre en Allemagne le 4 juillet, une contre-vérité circule qui a besoin d'être corrigée pour entre autres choses apaiser des anxiétés sans fondement. La contre-vérité, c'est que pour me défendre contre l'accusation d' « incitation raciale » que me porte l'Etat allemand, je veux que le tribunal examine la vérité ou fausseté historique de ce qui s'est passé dans cet épisode le plus controversé de toute l'histoire récente de l'Allemagne.

De fait, dès le moment où j'ai su que l'on pourrait m'accuser en Allemagne d'avoir commis, par certains propos que j'avais tenus aux journalistes suédois en novembre de 2008, cette  « incitation raciale », je me suis rendu compte aussi que si je tenais devant un tribunal allemand des propos pareils, je courrais le risque de me faire jeter séance tenante en prison. Tel est l'état actuel des lois allemandes et des tribunaux allemands. Or, je ne tiens pas spécialement à me faire orner de chaines, si je peux l'éviter.

Alors dès le début de l'« affaire Williamson » j'ai suivi le conseil de me faire défendre en faisant valoir que ces propos ne visaient aucun auditoire allemand, et donc la loi en question ne s'appliquait pas à mon cas. Ceci est évident si l'on regarde la dernière minute de l'extrait du film de l'interview faite par les Suédois qui est devenu célèbre sur YouTube. De plus, tout de suite après que la caméra eut cessé de tourner, je les ai abordés directement pour leur demander très sérieusement d'être « discrets » dans l'usage qu'ils feraient de cette dernière partie de l'interview. S'ils venaient à témoigner en Allemagne ils devraient admettre tout cela. Dans la mesure où on ne peut pas les y forcer, ils refusent de se rendre en Allemagne.

Et pourquoi ai-je changé si souvent d'avocat ?  A l'origine le Supérieur Général de la Fraternité St Pie X a confié ma défense à l'avocat de la Maison Généralice, Me Maximilian Krah, qui a choisi à son tour un membre du parti anticatholique - hélas -- des « Verts » pour le remplacer, Me Lossmann. Celui-ci s'est acquitté de sa tâche consciencieusement mais peut-etre sans trop d'enthousiasme. Grâce à des amis, j'ai repéré un avocat enthousiaste et habitué à gagner des cas si délicats, Me Nahrath, mais Me Lossmann n'a pas voulu collaborer avec lui. Dans le besoin pressant d'un bon avocat, j'ai donné mandat à Me Nahrath.

Mais dès que le Supérieur Général eut été renseigné par ses adjoints de la position politique de Me Nahrath, il m'a ordonné de trouver encore quelqu'un d'autre. Sans doute croyait-il de bonne foi que toute association publique avec un « extrémiste de droite » ferait du tort à la Fraternité. Il a approuvé l'avocat suivant, l'honorable Dr. Norbert Wingerter, catholique conservateur de l'Eglise officielle. Étant sous la fausse impression, je ne sais comment, que je voulais engager le tribunal dans la question de la vérité ou fausseté de ces événements controversés de l'histoire allemande, c'est le Dr. Wingerter qui serait à la source, sans s'en rendre compte, de la contre-vérité qui circule. Heureusement le Supérieur Général avait déjà approuvé un cinquième avocat qui comprenait bien comment je voulais me faire défendre.

Chers lecteurs, si vous pensez que dans cet Appel il y va de quelque façon que ce soit des intérêts de Dieu - pas tous ne le pensent - dites d'ici le 4 juillet une prière pour mon avocat actuel qui travaille dur sur le cas depuis plusieurs mois, mais qui risque d'avoir à affronter une pression forte de la part de puissants ennemis de la Foi, et de leurs serviteurs.

Kyrie eleison.

24 juin 2011

[SPO] Mgr Fellay : des prières pour l’après-régularisation de la FSSPX

SOURCE - SPO - 24 juin 2011

Dans un article, qui ne manque pas d’humour, mais qui est très affectueux pour la FSSPX, le remarquablement bien renseigné blog italien Messainlatino fait remarquer que si la Fraternité dénonce les « contradictions » de Rome, ses propres discours ne sont pas toujours totalement exempts de contradictions.

Ses instances françaises n’ont-elles pas affirmé qu’aux États-Unis, Mgr Fellay « profita de son sermon aussi pour infirmer les rumeurs circulant d’un projet d’accord entre la Fraternité et Rome ».

Un démenti ? Hum ! En fait, DICI a ensuite publié le texte intégral du sermon prononcé à Winona, où il apparaissait que le supérieur général disait être invité à se rendre à Rome par le cardinal Levada (Messainlatino se dit même en mesure de préciser que la rencontre aura lieu le 14 septembre, qui est le 4ème anniversaire de l’entrée en vigueur du Motu Proprio, et que le supérieur général sera accompagné de ses deux assistants).

Puis Messainlatino s’amuse à relever le vrai démenti du faux démenti de Mgr Fellay, fait par Mgr Williamson, qui se répand en avertissements apocalyptiques contre les risques de l’Ordinariat proposé par le Pape à Mgr Fellay.

Au total, on sent que Messainlatino boit du petit lait : son article du 10 juin 2011 – publié alors que l’invitation du cardinal Levada était lancée –, article que nous avions reproduit (« Le moment décisif pour la Fraternité Saint Pie-X est imminent »), qui a fait le tour du monde, et a été présenté comme faisant de sensationnelles « révélations », se fondait tout simplement sur ce que tous les « milieux informés » disaient depuis des mois, à savoir que, lors de la fin des colloques doctrinaux, une solution canonique plus ou moins calquée (au moins pour l’appellation) sur celle taillée sur mesure pour les anglicans de retour, devait être proposée par le Pape à Mgr Fellay. Et tout cela devait mis en branle vers Pentecôte. Il fallait donc – et il faut donc – redoubler de prières.

Nous est-il permis d’ajouter à ce que dit le blog italien : pour faire pression sur Mgr Fellay, comme on l’en a accusé ? Pas le moins du monde, puisqu’il suffit désormais au supérieur général de la FSSPX d’attendre, du fait que ses « conditions » ont été remplies. Mais, de la même manière qu’il fallait prier avant le Motu Proprio, prier avant la levée des excommunications, prier avant l’Instruction sur le Motu Proprio, toutes décisions prises de longue date avant leur réalisation, il faut aujourd’hui exercer une pieuse pression du Peuple de Dieu afin que ceux qui ont décidé cette autre mesure libératrice dans la suite des précédentes parviennent à la mettre en pratique malgré toutes les oppositions, les pièges, les campagnes toutes prêtres.

« Pour conclure, ajoute Messainlatino, nous remercions vivement tous ceux qui dans le monde se sont joints à la neuvaine de prière au Saint-Esprit pour soutenir le Pape et Mgr Fellay dans cette période juin que nous savions être décisive. Nous comprenons aussi l’exigence pour Mgr Fellay, sous la forme diplomatique d’un apparent démenti (= rien encore de précis ne nous a été présenté), de tranquilliser les esprits, spécialement à l’intérieur de la Fraternité. Nous avons en outre beaucoup apprécié ce passage de son homélie à Winona : 'si un jour Rome régularise finalement notre situation canonique, le combat commencera' . Et nous nous unissons cordialement à son invitation de continuer à privilégie les moyens surnaturels de préférence aux moyens humains ».

On ne saurait mieux dire : la dernière campagne de rosaires lancées par Mgr Fellay visait déjà assurément cette perspective de l’après-régularisation. « Dans cette prière, avec cette chaîne de roses qui nous unit à la Très Sainte Vierge Marie, nous sommes certains d’être sous sa protection et de combattre le bon combat ici-bas, disait Mgr Bernard Fellay à Winona. Elle nous guidera, soyez sans crainte. La Bonne Mère ne va pas abandonner ses enfants, mais soyez généreux, très généreux dans ces prières. Nous n’attendons pas de bons fruits pour l’Église obtenus par de simples arrangements humains, nous espérons les obtenir par des moyens surnaturels, et précisément la prière est le plus puissant moyen que nous possédions ».

22 juin 2011

[Paix Liturgique] A Mende, le motu proprio à l'amende?

SOURCE - Paix Liturgique n°288 - 22 juin 2011

Notre enquête sur les diocèses interdits de Motu Proprio Summorum Pontificum comportera finalement cinq lettres et non quatre. Que les nombreux lecteurs qui nous ont signalé l'oubli du diocèse de Châlons-en-Champagne dans notre décompte initial soient remerciés de la lecture attentive qu'ils font de notre lettre !

Cette semaine, c'est sur le diocèse de Mende que nous nous arrêtons.

Correspondant aux limites géographiques du département de la Lozère, ce diocèse en sursis appartient à la province ecclésiastique de Montpellier. Pourquoi “en sursis” ? Tout simplement parce que ce diocèse rural, qui fut une terre de catholicité jusqu’à la fin des années 60, a été lourdement frappé par l’exode rural (il est le moins peuplé de France : 75 000 habitants pour à peine 60 000 catholiques). D’où le fait que la sécularisation et la crise du catholicisme y sont encore plus visibles qu’ailleurs : la pratique dominicale, semblable à ce qu’elle est dans toute la France (moins de 5% de la population), ne rassemble plus que quelques milliers de personnes, plutôt âgées. En outre, la politique de regroupement paroissial a été poussée à ses limites extrêmes par Mgr Jacolin, évêque du lieu depuis 2007 : depuis 2009, le diocèse ne compte plus que cinq paroisses ! Certes, le service du culte est encore assuré par une quarantaine de prêtres en activité. Mais ces prêtres, d'une moyenne d'âge élevée, ne sont en réalité que les derniers représentants d'un diocèse jadis très riche en vocations. Oui, malheureusement, Mende est bel et bien un diocèse en sursis, l'un de ces diocèses de France appelés à disparaître dans les temps qui viennent.

Le diocèse a pourtant une riche histoire. Placé sous le patronage de saint Privat, qui aurait été martyrisé en Gévaudan au IIIe siècle ; célèbre pour avoir eu pour évêque, à la fin du XIIIe siècle, le plus grand liturgiste du Moyen Âge, Guillaume Durand de Mende, le diocèse a longtemps fourmillé de vocations religieuses et missionnaires. Le site internet du diocèse rappelle d'ailleurs : “Au XIXe siècle, chaque année on pouvait compter 20 ordinations. Longtemps le diocèse de Mende a fourni des prêtres aux diocèses qui en manquaient."

Bien sûr, Mgr François Jacolin, appelé sur le siège épiscopal en janvier 2007 (1), n'est pas le responsable de cette situation de faillite mais il est dommage qu'il se soit résigné à s'en faire le liquidateur. Sur le plan liturgique, bien que la non-application du Motu Proprio dans le diocèse soit de sa responsabilité, on ne peut pas ne pas considérer l'héritage que lui a légué son prédécesseur, Mgr Le Gall.

Aujourd'hui archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall a en effet occupé le siège épiscopal de Mende de 2001 à 2006. Il était auparavant Père Abbé de Sainte-Anne de Kergonan (latin et grégorien, liturgie de Paul VI très digne), abbaye fille de Solesmes. Élevé à l’épiscopat – symboliquement sur le siège de Durand de Mende – pour contribuer à redresser la situation liturgique en France, Mgr Le Gall est rapidement devenu et est resté Président de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle au sein de la Conférence des évêques de France. Mgr Le Gall passait pour un liturgiste précis et rigoureux, n’hésitant pas à critiquer le Centre National de Pastorale liturgique.

Longtemps homme de confiance du cardinal Arinze, lorsque ce dernier était Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, Mgr Le Gall aurait dû faire avancer la question de la révision des traductions liturgiques en langue française et participer à la suppression des abus les plus criants. Il n’en fut rien. Et dans son propre diocèse, à Mende, Mgr Le Gall n'a laissé aucune trace de restauration liturgique. Au contraire, souvenir cuisant pour le bénédictin solesmien, continue à circuler cette photo de danseuses folkloriques lors d'ordinations diaconales à la cathédrale en 2004 :



Dans la ligne de Solesmes, l'ancien Père Abbé de Kergonan a fait jadis le choix de ne pas soutenir la liturgie tridentine – à la différence d’une autre fille de Solesmes, l’abbaye de Fontgombault – et de se faire le champion de la célébration digne du missel de Paul VI. Comme beaucoup de ces interprètes traditionalisants de la liturgie rénovée, souvent proche de Solesmes eux aussi, Mgr Le Gall en a fait un absolu au point de nier toute place à la liturgie traditionnelle. En octobre 2006, à peine promu à l’archevêché de Toulouse, lors du cinquantenaire de l'Institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris, il allait même jusqu'à exprimer sa crainte – tant à la tribune de l'événement que dans les colonnes du Figaro – qu'en “libéralisant l'ancien rituel, le Pape fasse naître un front de défiance, de tristesse et de découragement vis-à-vis du Saint-Siège”, espérant même que “toutes les réactions entendues en ce moment en France pourront amener Rome à moduler le texte en préparation”. (2).

Reconnaissons cependant que Mgr Le Gall a voulu insuffler un peu de vie à son diocèse en tentant d'y introduire des communautés nouvelles. Malheureusement, une arrière-garde de prêtres ultra conciliaires a tout fait pour décourager toute introduction de sang neuf. Par exemple, l'Ermitage de Saint-Privat, au dessus de la la ville de Mende et de la vallée du Lot, est laissé à l’abandon depuis peu : il aurait pu sans dommage pour personne accueillir une communauté nouvelle pour en assurer l’entretien des lieux, l’accueil et l’évangélisation. Mais le choix des conseillers de l’évêque a été de le fermer.

En arrivant dans le diocèse en 2007, Mgr Jacolin recueillit donc cet héritage peu propice à l'accueil du texte libérateur de Benoît XVI.

UN ÉVÊQUE SANS AUTORITÉ ?

Pour mieux apprécier la situation difficile des fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain dans le diocèse de Mende, il faut avoir à l'esprit qu'aucune messe traditionnelle n'y est célébrée, pas même par la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, et que le diocèse voisin de Viviers est, lui aussi, vierge de toute célébration Summorum Pontificum.

A) Mende

En janvier 2008, Paix Liturgique relayait l'annonce de la création d'un groupe de demandeurs à Mende. À l'été 2010, voici comment Le Baptistère, bulletin d’information et de formation des catholiques attachés à la Messe de Saint Pie V et au successeur de Pierre, dans son numéro 52, rendait compte du sort réservé à cette demande : “Le cas le plus cocasse est certainement celui de Mende (Lozère)… Une demande a été effectuée par un petit groupe de fidèles, que le diocèse a acceptée… mais la messe dans la forme extraordinaire n’a jamais été célébrée depuis 2 ans faute de célébrant. Entre temps, le groupe de fidèles s’éparpille… et il est fort à parier qu’il ne restera plus grand-chose, dans un diocèse où les paroisses sont déjà bien clairsemées faute de fidèles.”

En fait, le groupe de demandeurs a résisté, de nouveaux fidèles motivés suppléant les anciens découragés par les atermoiements ecclésiastiques. Les témoignages que nous avons recueilli confirment tous que l'évêque a bien donné son accord, proposant même une chapelle de la cathédrale pour la célébration, mais sans être capable de trouver un prêtre disposé à officier. Faute de prêtre diocésain idoine, rappelons à Monseigneur Jacolin qu'il a toute liberté pour faire appel à un institut Ecclesia Dei, comme le rappelle l'instruction Universæ Ecclesiæ dans son article 22.

B) Marvejols

Et oui, nous avons connaissance de deux demandes dans le moins peuplé des diocèses de France ! C'est, encore une fois, la preuve qu'il y a partout des fidèles désireux de vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain. Même dans le Gévaudan...

Le 6 février 2009, nous annoncions dans notre lettre 164 la première célébration d'une messe à Marvejols pour le dimanche 15 février à 16h30. Il faut dire qu'un groupe d'une vingtaine de demandeurs s'était constitué ce qui, dans une ville de 5000 habitants, n'est pas anecdotique. Hélas, le 12 février, dans notre lettre 165, nous devions publier les lignes suivantes : “La première messe selon la forme extraordinaire du rite romain annoncée pour le dimanche 15 février 2009 à 16h30 à l'église de Marvejols n'aura pas lieu. Elle est reportée à une date ultérieure.” Plus de deux ans après, les demandeurs de Marvejols attendent toujours cette première messe...

En fait, ce qui s'est passé à Marvejols est trop similaire à ce qui se passe à Mende pour que ce soit tout à fait fortuit. Car c'est le prêtre devant officier qui a fait capoter la célébration, sous la pression de ses confrères, prenant prétexte de la levée des excommunications frappant les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre. Il voulait, a-t-il alors expliqué aux demandeurs, "éviter tout amalgame”.

Bref, à Marvejols comme à Mende, les prêtres résistent à leur évêque.

Malheureusement pour les fidèles de Lozère, ils semblent avoir hérité du seul évêque qui rechigne à user de son autorité ! Reste que le résultat à Mende est similaire à celui obtenu dans les diocèses dirigés par les évêques qui en abusent : dans tous ces cas, la volonté du pape n'est pas exaucée.

(1) De formation littéraire, Mgr Jacolin est entré au séminaire français de Rome dans les années 70 et a été formé en théologie à l'université grégorienne. Ordonné prêtre le 4 avril 1982, il a effectué tout son parcours sacerdotal au sein du diocèse de Châteauroux avant sa nomination à Mende par Benoît XVI.

(2) Article du figaro.fr, le 27 octobre 2006.

[SPO] Ordinations à l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

SOURCE - SPO - 22 juin 2011
Cette année, son Éminence le cardinal Raymond Leo Burke, préfet de la Signature apostolique, ordonnera quatre abbés de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP) dont trois français et un italien. Il s’agit de:

– L’Abbé Matthieu Thermed (France)
– L’Abbé Bertrand Bergerot (France)
– L’Abbé Brieuc de La Brosse (France)
– Et de l’ Abbé Federico Pozza (Italie).

Ce dernier est l’un des rares Italiens à appartenir à l’ICRSP et occupe une fonction importante au sein du séminaire de Grécigliano en s’occupant du secrétariat italien. Juriste de formation, particulièrement fin et cultivé – il parle un français remarquable et connaît parfaitement l’histoire de notre pays – il a déjà guidé plusieurs personnalités françaises à travers Florence et les villes environnantes.

Le séminaire Saint-Philippe Néri de Gricigliano accueille aujourd’hui  80 séminaristes.

On pourra lire ICI l’appel des prochains ordonnés.

21 juin 2011

[SPO] Les discussions entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X ne sont pas un échec

SOURCE - SPO - 21 juin 2011

C’est ce qu’affirme une dépêche de l’agence de presse catholique I.Media en date du 20 juin :
Il est trop tôt pour dire que les discussions doctrinales avec la Fraternité Saint-Pie X sont un échec, affirme Rome.
Les rencontres de la Commission de dialogue doctrinal entre l’Eglise catholique et la Fraternité Saint-Pie X sont désormais achevées, a appris I.MEDIA. Si plusieurs sources romaines concordantes évoquent l’échec de ces discussions doctrinales entre Rome et les Lefebvristes, des sources proches du dossier affirment en revanche qu’il est “trop tôt“ pour le dire et annoncent une prochaine rencontre entre les responsables de deux parties pour évaluer ces 2 années de travail, une rencontre qui pourrait avoir lieu mi-septembre.
“Les discussions ne sont pas formellement terminées“, a expliqué à I.MEDIA une source autorisée, proche du dossier, précisant que si “la phase de la disputatio est bel et bien terminée“, celle-ci nécessite encore une “évaluation des deux parties“. Dans ce sens, confie-t-on à Rome, “il est trop tôt pour dire qu’il s’agit d’un échec, comme il est trop tôt pour dire que ces discussions ont réussi“.
En vue d’évaluer la portée des discussions entamées en octobre 2009, une réunion aura lieu “dans les prochains mois au niveau des responsables de la Fraternité Saint-Pie X et de la Congrégation pour la doctrine de la foi“, explique-t-on encore côté romain, avant que les résultats ne soient communiqués à Benoît XVI.
Le 18 juin dernier, alors qu’il célébrait l’ordination de plusieurs nouveaux prêtres au séminaire de Winona (Etats-Unis), le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X a indiqué qu’il avait été invité à rencontrer le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au milieu du mois de septembre prochain.
Dans une longue homélie, Mgr Bernard Fellay a également eu des propos durs au sujet de Rome, évoquant en particulier les “messages contradictoires“ du siège de l’Eglise catholique, une Eglise “pleine d’hérésies“, et fustigeant tout particulièrement la Secrétairerie d’Etat.
Si les deux parties avaient promis de garder le silence sur les discussions en cours depuis près de deux ans, il n’en reste pas moins vrai que certaines voix, côté romain, n’hésitent à évoquer un “échec“ au terme des rencontres entre théologiens. Il semble en outre que certaines déclarations récentes des responsables de la Fraternité Saint-Pie X aient rendu les rapports plus tendus : des prises de position concernant la béatification de Jean-Paul II (1978-2005), le 1er mai dernier, ou encore la rencontre interreligieuse d’Assise (Italie), convoquée par Benoît XVI en octobre prochain.
Les discussions doctrinales, à huis clos, entre des théologiens catholiques mandatés par Benoît XVI et les représentants de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, avaient débuté le 26 octobre 2009 au siège de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui abrite les locaux de la Commission pontificale Ecclesia Dei. Dès l’origine, ces discussions devaient porter sur le concept de Tradition, le Missel de Paul VI, l’interprétation du Concile Vatican II (1962-1965), mais aussi sur l’unité de l’Eglise et les principes catholiques de l’œcuménisme, sur le rapport entre le christianisme et les religions non chrétiennes et, enfin, sur la liberté religieuse. AMI
Par ailleurs, le site du district allemand de la Fraternité Saint-Pie X est allé en quelque sorte plus loin en évoquant d’éventuels accords :
« Même s’il devait y avoir un statut écclésial pour la FSSPX, ce qui naturellement est très souhaitable, cela ne signifierait pas que les évêques résidentiels l’accepteraient aussi. »

[SPO] En Italie, le Concile est vraiment en débat

SOURCE - SPO - 21 juin 2011

Posté par summorum-pontificum dans Enquête et analyse le 06 21st, 2011 | pas de réponse
Sur Chiesa, Sandro Magister vient de publier une lettre très intéressante d’Enrico Morini sur la question de l’herméneutique du Concile Vatican II. Qui est Enrico Morini ? Sandro Magister le présente ainsi :
Son auteur est le professeur Enrico Morini, un historien qui enseigne à l’université de Bologne, ville qui a donné son nom à l’ »école » qui représente la pointe la plus avancée, du point de vue progressiste, de l’interprétation du concile Vatican II comme « rupture » par rapport à une partie de la tradition.
Morini est un disciple du moine Giuseppe Dossetti (1913-1996), fondateur de cette « école » connue dans le monde entier principalement à cause de sa monumentale histoire de Vatican II traduite en plusieurs langues, mais également acteur influent de ce même concile.
(…)
Le professeur Morini, 64 ans, est un spécialiste du christianisme oriental. Il enseigne l’histoire de l’Église orthodoxe à l’université d’état de Bologne et à la faculté de théologie d’Émilie-Romagne. Il est diacre et préside la commission du diocèse de Bologne pour l’œcuménisme.
Enthousiaste par rapport au Concile Vatican II, plus réservé au sujet de l’après-concile – qu’il présente comme « le plus grand ennemi du concile » – Morini soutient la thèse que le Concile a bien rompu avec une partie de l’enseignement de l’Église héritée du deuxième millénaire, « et en particulier avec le modèle occidental d’Église et de papauté produit par le concile de Trente et, avant cela, par la réforme grégorienne du XIe siècle », en vue de revenir aux origines :
Cette reprise de la tradition du premier millénaire par l’Église catholique a comporté de fait une rupture implicite – pardon pour la schématisation excessive – avec la tradition catholique du deuxième millénaire. Selon moi, il n’est pas vrai qu’il n’y ait pas de ruptures dans la tradition de l’Église. Il y avait déjà eu un hiatus, précisément lors du passage du premier au deuxième millénaire, avec le changement créé par les réformateurs “alsaciens-lorrains” (ce qu’étaient le pape Léon IX et deux des trois légats envoyés à Constantinople en la fatidique année 1054, le cardinal Humbert et Étienne de Lorraine, futur pape), par ce que l’on appelle la réforme “grégorienne”, par une approche éminemment philosophique des vérités théologiques et par l’intérêt débordant pour la canonistique (déjà déplorée par Dante Alighieri), au détriment de la Sainte Écriture et des Pères, propres à la pleine période médiévale. Sans parler, à une époque plus tardive, de la Réforme tridentine, avec sa dogmatisation rigide – allant même au-delà des présupposés de l’Église médiévale – ni de la “confiscation” de la Sainte Écriture aux simples fidèles, jusqu’à l’apothéose de la “monarchie” pontificale avec Vatican I, reléguant encore plus à l’arrière-plan l’image de l’Église non divisée du premier millénaire. Il ne faut pas s’en étonner : c’est justement parce que l’Église est un organisme vivant que sa tradition est sujette à une évolution, mais aussi à des régressions.
Que ce retour ait vraiment été l’intention la plus profonde de Vatican II, on peut s’en rendre compte à travers deux exemples. Le plus immédiat se situe dans le domaine ecclésiologique, domaine dans lequel l’enseignement du concile en matière de collégialité épiscopale est sans équivoque. Or la collégialité des évêques est précisément un trait caractéristique de l’ecclésiologie du premier millénaire, y compris en Occident, où elle était parfaitement associée à la primauté romaine. Un fait est révélateur : au cours du premier millénaire, toutes les déclarations dogmatiques romaines que les légats pontificaux portaient en Orient aux conciles œcuméniques – relatives aux questions débattues à ces conciles – étaient précédées d’une déclaration synodale de tous les évêques relevant de la juridiction supra-épiscopale de Rome. S’il est vrai que le plus grand ennemi du concile a été l’après-concile – avec la fuite en avant de certains pasteurs d’âmes et de certains groupes de fidèles qui, au nom de “l’esprit du concile”, ont introduit des pratiques subversives précisément en ce qui concerne la tradition de l’Église avant ses divisions ou qui tout du moins en demandent l’introduction avec insistance – je crois pouvoir affirmer que c’est précisément le contraire qui s’est produit en matière d’ecclésiologie : les règles d’application ont été gravement réductrices par rapport aux délibérations conciliaires, dans la mesure où le caractère purement consultatif attribué au synode des évêques ne tire pas de l’enseignement de Vatican II toutes les conséquences qu’il devrait en matière de collégialité épiscopale. Et puis – toujours pour rester dans le domaine de la structure de l’Église – le rétablissement du diaconat comme degré permanent du sacrement de l’ordre n’a-t-il pas été, lui aussi, un retour à la tradition du premier millénaire ?
Morini estime également qu’un deuxième élément de rupture se trouve dans la réforme liturgique :
Dans ce cas aussi, il y a eu une rupture évidente avec la liturgie préconciliaire – qui était notoirement une création tridentine, avec des interventions ultérieures – mais précisément dans le but de retrouver la grande tradition du premier millénaire, celui de l’Église d’avant les divisions. Peut-être ne sommes-nous pas conscients que le nouveau missel qui fait l’objet de critiques contient une fantastique reprise d’oraisons tirées des sacramentaires les plus anciens – remontant justement au premier millénaire –  le léonien, le gélasien et le grégorien, ainsi que, pour l’Avent, du patrimoine eucologique de l’antique Rouleau de Ravenne, trésors qui sont restés en grande partie en dehors du missel tridentin. On peut en dire autant à propos de la reprise, dans le cadre d’une opportune pluralité de prières eucharistiques, de l’antique anaphore d’Hippolyte et d’autres tirées de la tradition hispanique. En ce sens, le missel “conciliaire” est bien plus “traditionnel” que le précédent.
Ce faisant, il reproche à l’après-concile d’avoir estompé la continuité avec le premier millénaire contenue dans le nouveau missel par ce qu’il nomme au niveau de la base le « spontanéisme liturgique désordonné » et au niveau de l’autorité compétente en promulguant des
« textes créés pour l’occasion – concernant de nouvelles anaphores et de nouvelles collectes – visiblement étrangers, par leur langage aventureusement contemporain et existentiel de façon moderne, au style eucologique du premier millénaire, profondément inspiré par la pensée et par la terminologie des Pères. »
Il se montre ainsi favorable à Summorum Pontificum car celui-ci introduit ou plus exactement réintroduit à sa manière, qui n’est plus géographique mais « vieux-ritualiste » la pluralité liturgique propre au premier millénaire. Sur ce point, il me semble fort proche de la pensée de Joseph Ratzinger.
Cette position étant exprimée, Morini n’en défend pas moins la vision de l’école de Bologne qui consiste à continuer à prendre des décisions dans l’Église dans l’esprit du Concile :
En revanche j’ai la sensation d’avoir en commun avec l’“école de Bologne” la possibilité, ou plutôt l’opportunité, d’une lecture « augmentative » du concile, cohérente avec les principes qui l’ont inspiré (l’expression est d’Alberto Melloni), qui permet, ou plutôt qui suggère, au magistère suprême de prendre aujourd’hui des décisions que Vatican II, dans le climat historique de l’époque, n’avait pas pu prendre en considération. Ce principe inspirateur – dans ce que je considère comme l’herméneutique correcte du concile – c’est précisément la reprise de la tradition du premier millénaire, comme l’a souligné implicitement le cardinal Ratzinger lorsqu’il a écrit – dans un texte qui n’a jamais été explicitement contredit par le pape actuel – qu’il ne faut rien imposer de plus aux orthodoxes, dans la physionomie d’une Église finalement réunifiée, que ce à quoi ils croyaient pendant le premier millénaire de communion.
C’est pourquoi il n’est absolument pas dans “l’esprit du concile” d’introduire dans l’Église des innovations inconsidérées, en matière de doctrine et de pratique théologique, comme le seraient le sacerdoce des femmes ou encore des développements aberrants dans les domaines de l’éthique et de la bioéthique. En revanche, il serait parfaitement dans “l’esprit du concile” – je dis encore cela à titre d’exemple – d’éliminer du « Credo » l’adjonction unilatérale, injustifiée et offensante du « Filioque » (sans que cela implique une négation de la doctrine traditionnelle des Pères latins – eux aussi du premier millénaire – relative au fait que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, comme d’un unique principe avec le Père).
Même si l’on ne partage pas nombre des considérations émises par Enrico Morini, ce texte publié par Sandro Magister est intéressant à lire. Il montre notamment :
1°) que la question de l’herméneutique du Concile n’est pas aussi simple que l’on pourrait le croire et qu’elle est insuffisante en soi pour régler les problèmes de l’Église dans les prochaines années ;
2°) que, en gros, pour une grande partie des historiens du Concile, de droite comme de gauche pour faire court, la rupture du concile avec l’enseignement précédent est une évidence et que seul le jugement appréciatif sur cette rupture diffère ;
3°) que les lignes sur la question liturgique ne sont pas toujours aussi tranchées en Italie qu’en France ;
4°) que le débat sur le Concile est possible, naturel alors qu’une chape de plomb existe toujours en France à ce sujet.
Dans notre pays, ce n’est pas simplement l’application et même la réception de Summorum Pontificum qui posent difficulté, c’est aussi la simple possibilité d’un débat sur le Concile Vatican II. L’Italie n’a pas ces pudeurs ou ces faux rapports à l’autorité. Espérons que ce vent de liberté souffle jusqu’aux portes de l’Église de France.

[Abbé Guillaume de Tanoüarn - MetaBlog] "...des critiques grincheux de Jean Borella, en particulier dans le monde traditionaliste..."

SOURCE - Abbé Guillaume de Tanoüarn - MetaBlog - 21 juin 2011

C'est un des grands penseurs catholiques d'aujourd'hui que nous accueillons ce soir, mardi au Centre Saint Paul. Jean Borella a un long itinéraire intellectuel, commencé dans les parages de Frithjof Schuon et qui se conclut dans la magnificence de l'orthodoxie catholique intégralement et tranquillement assumée.

Il y a des critiques grincheux de Jean Borella, en particulier dans le monde traditionaliste. L'abbé Coache en fit partie. C'est un des premiers souvenirs de ma vie intellectuelle. Je lisais Borella dans La Pensée catholique de l'abbé Luc Lefèvre. Et voilà que l'ancien curé de Montjavoux partit en guerre contre ce pelé, ce galeux, ce gnostique dont vient tout le mal.

Je me souviens d'une phrase de Borella dans La charité profanée, sur laquelle l'abbé Coache avait achoppé : "Le trisagion sacré monte vers la théarchie suressentielle".

Pour Coache, c'était clair : trisagion = Trinité. Théarchie suressentielle = Hypertheos gnostique. Pour Borella, il y avait un Dieu au dessus de la Trinité. J'ai d'abord été assomé par tant de certitude. Puis... à l'époque du haut de mes vingt ans, dans mon loden beige, j'ai eu comme un doute et j'ai pris un dictionnaire. Trisagion : est-ce la Trinité ? comme le prétend l'abbé C. Y a-t-il deux Dieux pour Borella ? Dans le Larousse de l'époque, trisagion était référencé. On nous apprenait qu'il s'agissait du Sanctus, le chant au Dieu trois fois saint. Borella était lyrique en évoquant le Sanctus en grec mais certainement pas hérétique. Quant à Coache... il était au moins léger dans cette affaire, qui pouvait bien relever de la diffamation. J'étais jeune à l'époque. Je crois que c'est cette petite méprise, orchestrée avec tant d'assurance et sur laquelle l'abbé Coache n'a jamais voulu revenir, qui m'a fait mépriser l'intégrisme. Pour toujours.

Je suis heureux de recevoir Jean Borella. Autant que je connaisse sa pensée, il s'est beaucoup rapproché du néothomisme, qu'il interprète avec toute la rigueur d'un philosophe de profession, en lui donnant son aura mystique - préeckhartienne. Hum ! Cajétan et moi, ce n'est pas notre tasse de thé, cette analogie d'attribution extrinsèque (ou quelque chose ainsi) que défend Borella (dans son livre Penser l'analogie). Borella, ce faisant, a avec lui toute l'Ecole néothomiste - Geiger, Fabro et bien sûr Gilson. Et je crois être l'un des rares apprentis théologiens à en tenir de mon côté non pour l'analogie d'attribution, mais pour l'analogie de proportionnalité. Aussi bien j'écouterai Jean Borella avec attention.

D'autant que son sujet ne sera pas l'analogie, mais la gnose. Le christianisme est-il une connaissance ? Un certain "christianisme pratique" dit aussi "christianisme progressif" qui sévit depuis le début du siècle vingtième, prétend qu'il n'y a aucune connaissance dans le christianisme. La révolution culturelle de l'Après concile a largement suivi cette piste, avec les résultats que l'on sait. Jean Borella a appelé cette situation : la charité profanée.

J'oubliais de dire que Jean Borella m'a fasciné par son éloquence, son aisance, sa puissance de conviction et de pensée lors du premier colloque de l'Institut Saint Pie X, où il était invité. Je crois que ce soir je serai encore ébloui. Et je souhaite à beaucoup de liseurs cet éblouissement là !

20 juin 2011

[APIC] Rome: Les discussions doctrinales avec la Fraternité Saint-Pie X sont terminées - Le bilan en septembre

SOURCE - Apic - mis en ligne sur fecit - 20 juin 2011

Rome, 20 juin 2011 (Apic) Les rencontres de la Commission de dialogue doctrinal entre l’Eglise catholique et la Fraternité Saint-Pie X se sont achevées, indique l’agence I.MEDIA. Si plusieurs sources romaines évoquent l’échec des discussions doctrinales entre Rome et les Lefebvristes, des sources proches du dossier affirment en revanche qu’il est trop tôt pour le dire et annoncent une prochaine rencontre entre les responsables de deux parties pour évaluer ces deux années de travail, une rencontre qui pourrait avoir lieu mi-septembre.

"Les discussions ne sont pas formellement terminées", a expliqué à I.MEDIA une source autorisée, proche du dossier, précisant que si la phase de la disputatio est bel et bien terminée, celle-ci nécessite encore une évaluation des deux parties. Dans ce sens, confie-t-on à Rome, "il est trop tôt pour dire qu’il s’agit d’un échec, comme il est trop tôt pour dire que ces discussions ont réussi".

En vue d’évaluer la portée des discussions entamées en octobre 2009, une réunion aura lieu "dans les prochains mois au niveau des responsables de la Fraternité Saint-Pie X et de la Congrégation pour la doctrine de la foi", explique-t-on côté romain, avant que les résultats ne soient communiqués à Benoît XVI.

"Eglise pleine d’hérésies"

Le 18 juin dernier, alors qu’il célébrait l’ordination de plusieurs nouveaux prêtres au séminaire de Winona (Etats-Unis), le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X a indiqué qu’il avait été invité à rencontrer le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au milieu du mois de septembre prochain. Dans une longue homélie, Mgr Bernard Fellay a également eu des propos durs au sujet de Rome, évoquant en particulier les "messages contradictoires" du siège de l’Eglise catholique, une "Eglise pleine d’hérésies", et fustigeant tout particulièrement la Secrétairerie d’Etat.

Après deux ans, l’échec?

Si les deux parties avaient promis de garder le silence sur les discussions en cours depuis près de deux ans, il n’en reste pas moins vrai que certaines voix, côté romain, n’hésitent à évoquer un échec au terme des rencontres entre théologiens. Il semble en outre que certaines déclarations récentes des responsables de la Fraternité Saint-Pie X aient rendu les rapports plus tendus: des prises de position concernant la béatification de Jean-Paul II, le 1er mai dernier, ou encore la rencontre interreligieuse d’Assise, convoquée par Benoît XVI en octobre prochain.

Les discussions doctrinales, à huis clos, entre des théologiens catholiques mandatés par Benoît XVI et les représentants de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, avaient débuté le 26 octobre 2009 au siège de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui abrite les locaux de la Commission pontificale Ecclesia Dei. Dès l’origine, ces discussions devaient porter sur le concept de Tradition, le Missel de Paul VI, l’interprétation du Concile Vatican II (1962-1965), mais aussi sur l’unité de l’Eglise et les principes catholiques de l’œcuménisme, sur le rapport entre le christianisme et les religions non chrétiennes et, enfin, sur la liberté religieuse.

Source : APIC

[Ennemond - Fecit] Le succès des discussions doctrinales

SOURCE - Ennemond - Fecit - 20 juin 2011

Ces derniers temps, c'est le sauve-qui-peut sur la toile tradilandaise. Les informations fusent, se suivent, et finalement c'est toujours la même chose : Les coups de bluff tentent de sonder les reins et les coeurs... Et on a droit aux mêmes ritournelles : "la balle est dans le camp de la FSSPX" - "l'histoire ne repassera pas les plats" - "C'est le choix décisif pour Ecône" - "l'heure de vérité est arrivé". Et puis, le coup de théâtre passé parce que le temps de l'Eglise n'est pas celui du net, tout redevient comme avant. Ceux qui, parce que leurs familles sont divisées, parce que leurs coeurs sont un peu usés, voulant à tout prix une régularité canonique réconfortante, essayent de mettre le paquet sur la communication. Ils n'entendent pas ces responsables Ecclesia Dei qui, en catimini, à la fin d'un dîner, disent à qui veut l'entendre : pourvu que la Fraternité ne signe pas !
Et on les comprend, la situation des prêtres Ecclesia Dei donne bien des arguments aux prêtres les plus frileux de la Fraternité pour inviter à la prudence pour ne pas se fondre dans le marasme oecuménique qui veut faire entrer dans une Eglise sans limite des Anglicans aux côtés de Hans Kung  et de Bernard Fellay. Parmi tous ceux qui ont régularisé leur situation, une moitié a sombré dans le biritualisme. Même Mgr Rifan, qui aurait pu devenir l'évêque du monde traditionaliste régularisé est boudé par les siens, à force de concélébrations... Quant à ceux qui ont résisté dans des situations parfois délicates, ils sont pourchassés de bien des diocèses où seule l'oeuvre de Mgr Lefebvre a droit de cité, par la force des choses.
Et, en même temps, force est de constater que la politique de Mgr Fellay est payante et gagnante. Les préalables sont accordés : en 2007 puis en 2009. Les discussions doctrinales atteignent certainement un but escompté. Oui, nous ne louchons pas. Tout le monde a bien vu que l'épiscopat français restait ce qu'il était. Mais le monopole de Vatican II a vécu. Désormais, par l'exigence de Menzingen, accordée par le pape Benoît XVI, le monolithe est brisé. Une fois que les discussions doctrinales ont été lancées, les failles se sont multipliées. Elles s'appellent Gherardini, De Mattei, Schneider, Radaelli. Toutes ces voix auraient été étouffées jadis. Elles sont désormais portées par l'ouverture de discussions qui ont joué l'appel de l'air dans l'Eglise et ont laissé une belle et vraie leçon au monde catholique : le Concile est discutable.  Même la thèse Valuet n'y fait rien. D'autres leçons viendront ensuite.
La Fraternité attendra-t-elle que les trois nappes soient revenues sur tous les autels du monde ? Exigera-t-elle de manière absolue que l'Eglise toute entière soit devenue ce qu'est aujourd'hui le petit monde de la FSSPX ? Allons donc ! Ouvrons les yeux. Mgr Fellay avait demandé qu'un coup de barre soit donné en faveur de la Tradition catholique. Considérons qu'une lutte acharnée se joue, même à Rome, et que cette tradition doit encore être clairement retrouvée au sein de ce brouillard. Certains, se croyant sans doute investis d'une mission divine, se diront que la Fraternité a raté le coche. D'autres diront qu'elle trahit sa mission. Ce fut ainsi depuis des années et des années. Que la FSSPX ait dix ans d'avance ou dix ans de retard importe finalement peu. Qu'elle défende la foi, voilà l'important. Et c'est pour cela qu'elle reste ce fer de lance de la résistance catholique.
Pendant ce temps, les blogs redoublent d'imagination sur le net. Mgr Fellay promet de tenir informés les fidèles sur ce qui sera promis par Rome (pour l'instant absolument rien n'est proposé) et Messa in latino affirme que de belles structures sont offertes, laissant imprudemment les blogs du monde entier dire que la balle est dans le camp de la Fraternité... Aux Etats-Unis, Rorate caeli présente le supérieur du district de France comme un hardliner "ligne dure" de la FSSPX. Le connaissent-ils vraiment ?
On ne peut qu'être invités à mépriser ces sons divergents et à recourir à la seule issue, issue surnaturelle : Depuis Pâques, Mgr Fellay nous invite à ne négliger aucune prière, et surtout aucun sacrifice pour obtenir les grâces de retour des autorités de l'Eglise à la Tradition de l'Eglise. Le reste (que ce soient les plans sur la comète ou les retournements à la Dallas), est tout simplement grotesque.

[SPO] La célébration de certains évêques

SOURCE - SPO - 20 juin 2011

Après Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, qui a procédé aux ordinations diaconales de la Fraternité Saint-Pierre en son séminaire de Wigratzbad, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, procédera aux ordinations sacerdotales de cette même Fraternité. Pour l’abbé Ribeton, supérieur du district de France :
« La venue d’évêques français à Wigratzbad est un précieux encouragement, qui souligne et fortifie le lien entre la Fraternité Saint-Pierre et l’Église de France. Sur les 70 séminaristes que compte Wigratzbad, quarante sont français : beaucoup d’entre eux seront appelés au terme des sept années de leur formation à servir en France».
À lire ces propos encourageants, on se demande au passage pourquoi la Fraternité Saint-Pierre n’a toujours pas de séminaire en France ?

Mais mon propos n’est pas là. La présence d’évêques, français ou non, pour les diverses cérémonies selon la liturgie traditionnelle (confirmations, ordinations) sont maintenant des choses acquises aussi bien à la Fraternité Saint-Pierre qu’à l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, à l’Institut du Bon-Pasteur (qui attend le cardinal Hoyos pour sa prochaine ordination) ou que pour les différentes communautés religieuses (Le Barroux, Chémeré-le-Roi, Lagrasse, etc.).

La question est plutôt de savoir si ces évêques, même les mieux intentionnés, ont la volonté de se conformer en tout aux moindres détails du Pontifical ? Ont-ils la volonté de montrer l’exemple et d’appliquer les rubriques précises qui sont prévues ? Il est évident que les erreurs et les distractions sont toujours possibles dans un rituel exigeant et qu’ils ne pratiquent pas habituellement. Il ne s’agit évidemment pas ici de distribuer des points de ritualisme et de tenir un Top 50 des meilleurs évêques dans la célébration de la forme traditionnelle. Mais, aussi bien pour la forme ordinaire que pour la forme extraordinaire, la valeur de l’exemplarité n’est pas à laisser de côté. C’est même l’un des rôles de l’évêque.

Aussi on s’étonne que tel évêque, très bien disposé et très pieux par ailleurs, refuse lors d’une très grande cérémonie de mettre les gants prévus ? On s’étonne encore davantage d’apprendre que tel évêque refuse de joindre le pouce et l’index après la consécration et repousse sèchement le cérémoniaire qui lui en fait la remarque.

Détails ? Oui, bien sûr ! Mais dans la liturgie traditionnelle les détails ont un sens et donnent sens à l’ensemble.

19 juin 2011

[lesuisseromain] Ecône, petit mode d'emploi

SOURCE - lesuisseromain - 19 juin 2011

La Fraternité Saint Pie X a annoncé des prochaines ordinations sacerdotales.

Bien que l'excommunication ait été levée par sa Sainteté le Pape Benoît XVI, par un acte de Bonté et de Miséricorde (qui atttend toujours quelques signes de reconnaissance!) les ordinations restent illicites. La licéité indique que les prêtres sont de vrais prêtres, que le sacrement est donc valide. La Messe est aussi valide (mais illicite), et la présence du Christ est comme empêchée de donner des fruits de Charité. Jésus est là, car il reste comme celui qui est présent pour la brebis perdue, dans l'attente qu'elle se laisse reprendre sur ses épaules pour la reconduire dans la grande famille de toute l'Eglise.

Toutefois, quelques sacrements sont invalides à Ecône (l'Eglise catholique en a 7):

- le mariage entre deux fidèles intégristes
- le sacrement du pardon, car il implique d'être réconcillié avec l'Eglise (mais valide en cas de danger de mort).

Le baptême est reçu validement tout comme la confirmation ou l'ordre (évêque, prêtre, diacre) ou le sacrement des malades.

Les peines prévues telles que l'excommunication (qui a donc été levée) ou la "supsens ad divinis" (tel est le cas des évêques et des prêtres de la FSSPX), sont en fait des remèdes afin d'obtenir la contrition, la conversion, le retour à Dieu et à son Eglise. L'excommunication est la peine la plus lourde pour une âme sur cette terre. Marcel Lefebvre s'est excommunié de l'Eglise catholique en ordonant des évêques sans le consentement du Pape, le successeur de Pierre, le Vicaire du Christ, à qui les clefs ont été remises par le Christ ressuscité, qui lui confère un pouvoir juridique de lier et de délier. Cela touche à l'essence même de l'Eglise, qui est fondée sur la foi de Pierre, sur les Apôtres, les successeurs étant les évêques. L'Eglise est une, sainte, catholique et apostolique.

Pour ceux et celles qui aiment la messe selon la forme extraordinaire (dite du bienheureux Jean XXIII), le Motu Proprio de Benoît XVI donne la possibilité de célébrer cette Messe catholique (qui a formé tant de saints et de saintes dans l'histoire de l'Eglise), en toute liberté et sans mandat épiscopal. C'est la libéralisation de cette forme qui fait partie de la richesse et de la diversité de l'Eglise.

La cassure avec Ecône n'est pas d'ordre liturgique, mais est bien plus profonde, et touche à la liberté religieuse, à l'oecuménisme, à la primauté de Pierre et la collégialité, au dialogue interreligieux, à la vision du monde de ce temps .... Finalement, Ecône est au fond une forme de protestantisme et de gallicanisme.

[Abbé Pierre Barrère, fsspx] Pontmain : les portes de la Basilique ont été fermées

SOURCE - Abbé Pierre Barrère, fsspx - Prieuré Sainte-Anne de Lanvallay - Editorial de juin 2011

Nous avons eu notre pèlerinage à Pontmain et nous ne sommes pas mécontents dans l’ensemble de son déroulement, même si les choses auraient pu se passer beaucoup mieux si certains y avaient mis un peu de bonne volonté.

La Mairie de Pontmain s’est montrée comme d’habitude très ouverte pour notre traditionnelle procession de l’après-midi depuis le parvis de la Basilique jusqu’à la salle des fêtes où nous avions rendez-vous pour la prédication sur les écoles catholiques et le Salut du Saint-Sacrement. Il faut dire que cette procession se déroule depuis trente et un ans dans l’ordre, le calme, la sérénité et notre service d’ordre suffit si bien à l’affaire qu’il n’a jamais été nécessaire de déranger la police ou la gendarmerie pour un quelconque trouble à l’ordre public. Il n’y a jamais eu une plainte ou un blâme du côté des autorités civiles qui nous laissent toute latitude pour nous organiser : tout se passe en très bon termes avec eux.

A cela rien d’étonnant : « Si ton œil est sain, dit l’évangile, tout ton extérieur sera éclairé » (Matt.6-22).

En effet, que voit-on à Pontmain au moment de notre passage, lorsqu’on se contente d’ouvrir les yeux et que l’on n’est pas habité par la malveillance, les préjugés ou pire par la haine ? Des prêtres, des religieux (ses), des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes et des petits enfants qui processionnent et qui prient en chantant des cantiques en l’honneur de la Sainte Vierge, parce qu’en ce lieu elle s’est montrée à des enfants et a demandé de prier : « Mais priez mes enfants, Mon Fils se laisse toucher. En peu de temps Dieu vous exaucera ».

Mais il en est tout autrement du côté de l’évêché de Laval qui s’obstine à appliquer dans toute sa rigueur les directives de l’idéologie conciliaire contre la Tradition. Pour nous les portes de la Basilique étaient fermées.

Mais rien d’étonnant à cela :
« Si ton œil est gâté, tout ton corps sera dans les ténèbres. Mais si la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » (Matt.6-23)
Voilà pourquoi c’est le blocage complet. Impossible d’engager une quelconque discussion et  plusieurs fois l’évêque nous a écrit que la chose était inutile avec nous.

Motifs ? Les arguments sont dérisoires et affligeants. : « Je ne peux pas dialoguer avec vous parce que je sais que vous êtes contre le dialogue sous quelque forme que ce soit» (sic).

L’évêque préfère aussi se fier, sans trop d’enquête, aux rapports faux et négatifs qui lui sont faits sur nous (Par qui ? Allez savoir ! ) : « Vous avez enfermé le recteur de Pontmain dans la sacristie » (chose entièrement fausse que nous nions absolument ! mais bien évidemment nous sommes des menteurs) ; « Vous adoptez une posture de combat ».

Bigre ! A croire que nous sommes venus « cum gladiis et fustibus » (avec des épées et des bâtons) pour fracasser des têtes ou faire couler le sang.

Par contre l’argument qui paraît le plus sérieux est toujours celui tiré du droit canon. Il nous est régulièrement asséné par nos adversaires et il est bon de saisir toute la malice qui peut se cacher derrière son utilisation. Il donne l’impression que les évêques ne font que se soumettre à la discipline en vigueur, qu’ils ne peuvent tolérer le « n’importe quoi » et qu’ils sont toujours et partout les gardiens vigilants pour l’application de toutes les règles codifiées par la Sainte Eglise. Tout cela est bien vrai et juste …théoriquement. Mais concrètement nous verrons plus loin dans cet article comment cela se passe en pratique.

En effet l’affaire Mgr Nourrichard, pour ne prendre que celle-là, démontre qu’il y a en fait, deux poids et deux mesures.

En attendant on nous rétorque : Il est vrai que la messe de saint Pie V est désormais permise ; il est vrai aussi que vous n’êtes plus excommuniés ; mais il manque tout de même un petit quelque chose qui nous oblige toujours à vous exclure comme des pestiférés.

Quoi donc ô Grandissime Excellence ?

Votre situation canonique n’est pas encore parfaite. Vous n’êtes pas en communion ou du moins pas en pleine communion et il vous faut encore « cheminer vers la lumière » (sic)!

Ce qui veut dire : acceptez tout ce qu’on vous demande sans discussion sinon vous serez chassés dehors comme des vauriens.

La pleine communion comprenez bien de quoi il s’agit. C’est une sorte de pensée unique que l’ont veut imposer aux clercs, mais attention ! Il ne s’agit pas de leur demander d’accepter tous les dogmes et tous les points de morale que l’Eglise a toujours et partout voulu qu’on observe : rien de plus légitime qu’une telle obligation soit imposée par ceux qui sont en charge de veiller sur la pureté des mœurs et la fidélité doctrinale. Non, il faut surtout et par dessus tout accepter les orientations nouvelles de la pensée conciliaire : nouvelle messe, œcuménisme, liberté de conscience.

Nous sommes donc obligés de conclure que les motifs pour nous exclure ne sont pas solides. Ils ne sont en fait que de la poudre aux yeux, des prétextes qui cachent quelque chose.

Mais quoi exactement ? Pour le savoir imaginez un seul instant qu’un évêque comme Mgr Scherrer ne trouve dans son for intérieur (sa conscience) aucun inconvénient à ce que les prêtres de la FSSPX célèbrent la sainte Messe dans la Basilique à Pontmain pour leur petit pèlerinage annuel. Va-t-il pour autant favoriser une telle chose ? Non il ne le fera pas. Beaucoup de problèmes réels et imaginaires vont se dresser subitement devant lui qui vont le dissuader de se risquer vers cette direction : des problèmes psychologiques et des critiques extérieures très fortes et très méchantes qu’il faudra subir de la part de ses pairs :
« Que va-t-on penser de moi ? Que vont dire mes confrères dans l’épiscopat qui se battent depuis quarante ans contre cette Fraternité honnie ? Certainement ils diront : « En voilà un qui favorise ces galeux d’intégristes ! C’est un traître qui ne fait pas cohésion avec l’assemblée épiscopale ! »
Une telle perspective tétanise nos courageux Pasteurs, même les plus bienveillants. Ils se sont trop habitués à vivre dans « l’ecclésiastiquement correct » et ils ne bougeront plus le petit doigt pour s’opposer à des attitudes que la conscience catholique réprouve : les caractères actuels ne sont plus exercés à témoigner jusqu’à ce point.

Respect humain quand tu nous tiens…aussi sa réaction est bien compréhensible (et nous compatissons) mais pourtant elle est inadmissible (et nous la déplorons).

Il faut le reconnaître, le système de la collégialité a réussi à promouvoir et institutionnaliser une sorte de respect humain au niveau épiscopal et c’est une chose très dommageable pour l’Eglise.

Personne parmi les évêques n’ose se démarquer de ce qu’a statué la CEF (Conférence des Evêques de France) même si la foi ou le bien des âmes doit en pâtir.

Ainsi ce n’est plus le souci de diffuser et d’affermir la foi qui guide principalement chaque Pasteur dans son diocèse ou la recherche du bien des âmes, mais tout doit d’abord avoir au moins l’agrément implicite (et parfois explicite) de la CEF. Chaque Pasteur abdique de son autorité personnelle au profit des décisions collégiales. Disons-le tout net : une telle chose ne correspond pas à ce qu’a voulu le Christ lorsqu’il a institué les évêques.

Comprenez bien. Désormais ce qui est premier et essentiel pour un évêque c’est d’être en parfaite harmonie avec ce qui est voulu par la Collégialité : d’où ces réactions uniformes et irréfléchies contre la Tradition en général et la FSSPX en particulier « irréfléchies » car aucun argument sérieux n’est développé contre la FSSPX, (ce qui serait en soi légitime) mais ils la combattent par des interdits systématiques et ces interdits ont été décidés collégialement par fidélité à Vatican II.

En effet, depuis Vatican II la collégialité est résolument ouverte à l’esprit du monde sécularisé et opposée à la Tradition Catholique qui cherche à rétablir les droits de Dieu dans la société.

Tout l’épiscopat avance ainsi imperturbablement, plus ou moins vite suivant le tempérament de chacun, dans le sens du modernisme destructeur de la foi. Voilà pourquoi les évêques ne trouvent aucune contradiction à autoriser dans leurs églises les pires fantaisies liturgiques : si la CEF ne fustige jamais ces sortes de scandales (ils sont pour elle comme inexistants), pourquoi un évêque le ferait-il personnellement au risque d’être ainsi isolé, de paraître rétrograde et anti Vatican II. Voilà pourquoi certains évêques se permettent aussi d’encourager les cultes hérétiques et puisque le CEF ne désavoue pas cela, personne parmi les évêques ne peut rien dire car se serait manifester une cassure dans la pleine communion. De fait personne ne dit rien.

La preuve ? Nous y venons : Rappelez-vous Mgr Nourrichard qui est allé participer en Angleterre à des ordinations de femmes ! Mgr Nourrichard est en pleine communion avec ses confrères dans l’épiscopat – il n’a jamais été blâmé par aucun d’entres eux, son acte a été plutôt perçu comme une ouverture, un progrès dans les relations avec les communautés séparées ! Ainsi, participer à des ordinations scandaleuses et invalides n’est plus perçu par ses collègues évêques comme un mal grave, ni comme une entorse aux prescriptions du droit canon.

Par contre, quand s’il s’agit de donner quelques miettes favorables à la Tradition (2 petites heures par an dans une Basilique pour la messe) les évêques (la grosse majorité) se montrent alors comme de vrais pharisiens. C’est là que l’on s’aperçoit qu’il y a deux poids, deux mesures dans l’application du code de l’Eglise. Subitement les chefs de diocèses se rappellent qu’il est de leur devoir impérieux d’appliquer de manière très restrictive tous les petits alinéas du droit ecclésiastique contre les contempteurs de leur autorité. C’est un jeu d’enfant alors pour eux que de contrer nos pacifiques et pieux pèlerinages au nom de la fidélité à l’Eglise.

Le : « vous n’êtes pas en pleine communion ! » c’est-à-dire « vous ne pensez pas exactement comme nous au sujet des nouveautés » suffit pour exclure définitivement et en toute légitimité qui ils veulent et quand ils veulent.

En résumé tirons quelques leçons.
1/ La collégialité sert actuellement à paralyser l’initiative d’un éventuel évêque qui pourrait avoir des velléités de se tourner vers la Tradition ou  lui être favorable même ponctuellement.
2/ Elle sert aussi à maintenir certains évêques conservateurs dans le giron de l’Eglise conciliaire par toutes sortes de compromis avec les ultramodernistes, notamment dans leur lutte contre la FSSPX qu’il faut fuir et combattre absolument.
3/ Elle sert encore, comme on l’a vu dans l’affaire Nourrichard, à étouffer les scandales de toutes sortes et les actes hérétiques d’un confrère dans l’épiscopat et elle réussit à faire de chacun des évêques, même s’il y a une réprobation dans leur for intérieur de ces scandales, au moins un complice muet.

Où est le respect de Dieu et de l’Eglise dans tout ça ? Pour terminer il serait bon de lire les premiers chapitres de l’Apocalypse de Saint Jean. Dans ce livre inspiré, Jésus- Christ s’adresse à chacun des évêques de sept villes d’Asie mineure. Jésus-Christ ne connaît pas le système de la Collégialité (ou la CEF) : cette institution comme on vous l’a dit est née à Vatican II mais ce n’est pas elle qui va dédouaner de leur responsabilité les Pasteurs des diocèses. Un jour il y aura aussi pour eux le face à face avec le Christ qui leur demandera un compte sévère de leur gestion. Et alors la maltraitance des catholiques de la Tradition qui ne demandent qu’à prier tranquillement selon leur droit sera dans la balance du jugement : ils feraient bien de s’en souvenir !

Lisons un passage de l’Apocalypse. Jésus-Christ s’adresse à l’évêque de Laodicée
« Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche. Tu dis : Je suis riche, j’ai acquis de grands biens, je n’ai besoin de rien ; et tu ne sais pas que tu es un malheureux, un misérable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m’acheter de l’or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche ; des vêtements blancs pour te vêtir et ne pas laisser paraître la honte de ta nudité ; et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. Moi, je reprends et je châtie ce que j’aime ; aie donc du zèle et repens toi…. »
Prions donc pour les évêques : que le Seigneur retire le voile qui cache leurs yeux et qu’ils parviennent eux aussi à la connaissance du Christ et de Celui qui l’a envoyé.

De notre côté ne nous étonnons pas trop si les portes de la Basilique à Pontmain étaient fermées par les conciliaires et les partisans de l’œcuménisme (c’est -à-dire ceux qui accueillent tous les faux cultes dans l’Eglise sauf la FSSPX) : Le Christ nous l’a prédit
« Car, on vous chassera des synagogues (des églises) …Ils vous traiteront de la sorte, parce qu’ils ne connaissent ni mon Père, ni Moi. » (St Jean ch 15)

Abbé Pierre Barrère

Extrait du Sainte-Anne n° 230 de juin 2011

18 juin 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] L'après-discussions

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 18 juin 2011

Les Discussions qu'ont tenues Rome et la Fraternité St Pie X entre l'automne de 2009 et le printemps de cette année-ci appartenant désormais au passé, la question des rapports entre elles à l'avenir se présente tout naturellement. Il y a des Catholiques des deux côtés qui désirent que les contacts continuent, mais de tels désirs pieux d'union étant aptes à favoriser des illusions, il faut garder les pieds sur terre si on ne veut pas se laisser aller dans cette fantaisie impie qui emporte le monde moderne presque tout entier.

A l'origine c'est Rome et non pas la FSSPX qui a voulu ces Discussions, parce que Rome espérait dissoudre la résistance notoire de la FSSPX au Néo-modernisme de Vatican II. Le grand obstacle, c'était la doctrine, parce que la FSSPX est bien protégée dans la forteresse de la doctrine immuable et bimillénaire de l'Eglise. Or, pour les Néo-modernistes comme pour les Communistes, lorsqu'un adversaire en face se trouve dans une position trop bien protégée, pour l'en faire sortir il faut à tout prix l'engager dans des contacts, dans n'importe quel dialogue, parce qu'eux ne peuvent qu'y gagner tandis que lui ne peut qu'y perdre. Donc Rome a accepté de discuter, même de la doctrine

Hélas - du point de vue de Rome - la foi des quatre représentants de la FSSPX fut claire et leur résistance ferme. Comme l'aurait dit l'un des participants romains, « Nous ne les comprenons pas, pas plus qu'eux nous comprennent.» Bien sûr. Tant que ni les Romains ne voulaient abandonner leur Néo-modernisme ni la FSSPX ne voulait trahir la Vérité, le dialogue était voué essentiellement à l'échec. Mais Rome ne peut supporter que sa trahison de la vérité soit étalée au grand jour par la FSSPX insignifiante, et alors elle risque de ne point démordre. Voilà pourquoi un porte-parole d'  « Ecclesia Dei » raconterait déjà que Rome avant la fin du mois va offrir à la FSSPX un « Ordinariat Apostolique ».  Evidemment un tel racontar peut n'être qu'un ballon d'essai pour mesurer les réactions, mais l'offre en elle-même serait alléchante. En effet, à l'encontre de la Prélature Personnelle, l'Ordinariat Apostolique est indépendant des évêques du lieu, et à l'encontre de l'Administration Apostolique, telle Campos au Brésil, il n'est pas limité à un seul diocèse. La FSSPX que peut-elle désirer de plus ?

Elle désire que Rome revienne à la Vérité, parce qu'elle sait, comme le savent les Néo-modernistes et les Communistes, que pour peu qu'elle s'engageât dans une co-opération pratique qui laisserait de côté les différends doctrinaux, elle finirait, pour toutes sortes de raisons humaines, par assimiler la fausse doctrine des ennemis de la Foi, autrement dit par trahir la Vérité. Voici pourquoi plus d'une fois, en public, le Supérieur Général de la FSSPX a répudié d'avance tout accord canonique avec Rome qui précèderait un accord doctrinal. Mais les Discussions ont servi au moins à démontrer combien est profond le désaccord doctrinal entre la FSSPX et la Rome des Néo-modernistes. En effet, que les catholiques ne soient pas surpris si un jour la FSSPX vient à refuser l'offre même d'un Ordinariat Apostolique de la part d'autorités romaines qui semblent même être de bonne volonté.

Mais pourquoi la doctrine est-elle d'une telle importance ?  Parce que la Foi catholique est une doctrine. Mais pourquoi la Foi est-elle si importante ? Parce que sans elle nous ne pouvons plaire à Dieu (Hebr. XI, 6). Mais pourquoi faut-il que ce soit la Foi catholique et pas n'importe quelle autre foi pour plaire à Dieu ?  Parce que Dieu lui-même a subi les affres de sa Passion et de sa Mort pour nous révéler l'unique vraie Foi. Celle-ci est plus ou moins contredite par toute autre « foi ».

A ce propos, quatre numéros à venir du « Commentaire Eleison » vont montrer à quel point la façon de croire du Pape régnant, malgré toutes ses bonnes intentions possibles, est néanmoins désorientée.

Kyrie eleison.

[Jean Madiran - Présent] Et voici donc le retour du principe de totalité

SOURCE - Jean Madiran - Présent - mise en ligne par le Forum Catholique - 18 juin 2011

Arnaud de Lassus vient d’être désigné par Dom Basile Valuet comme « un des adversaires les plus pertinents » de la déclaration conciliaire Dignitatis humanae sur la liberté religieuse (cf. Le droit à la liberté religieuse…, Editions Sainte-Madeleine, mai 2011, p. 333). Une telle désignation, par un tel auteur, en une telle matière, est à coup sûr valable. Simultanément l’Action familiale et scolaire de juin annonce une prochaine brochure d’Arnaud de Lassus sur la question et publie le résumé des deux premiers chapitres sous le titre : Le droit selon Aristote et saint Thomas et les droits de l’homme de la pensée juridique moderne. De son côté Yves Daoudal observe avec raison que « ce sujet continue d’être âprement débattu ». Lui-même a été « longtemps dubitatif sur la question de la liberté religieuse » et il est « toujours mal à l’aise devant certains discours » ; mais il constate aussi que « dans le monde [actuel], on comprend ce que dit le Pape quand il réclame la liberté religieuse » et que « personne ne le comprendrait s’il brandissait le Syllabus ».

Il y a un quart de siècle, l’Action familiale et scolaire avait publié un opuscule d’Arnaud de Lassus qui défendait la doctrine des droits de l’homme selon Pie XII contre la doctrine moderne des droits. Mais il estime aujourd’hui que ni l’une ni l’autre de ces deux doctrines n’est « compatible avec la notion du bien commun » fondée sur le principe de totalité, selon lequel la partie est pour le tout.

Au nom du principe de totalité, Arnaud de Lassus développe donc une opposition radicale à l’affirmation contraire (mais non point contradictoire ?) qui déclare : « la cité est pour l’homme et non l’homme pour la cité ». Cette affirmation est pourtant celle de Pie XI et de Pie XII, elle est déjà chez Léon XIII. S’agissant non pas de la confidence personnelle d’une opinion privée mais d’une insistance répétée, prolongée, permanente du Magistère, on rencontre alors un problème théologique et canonique que je ne prétends certes pas trancher.

Il y a non pas un quart mais, à deux ans près, un demi-siècle, j’avais pour ma part abordé ces questions dans mon opuscule sur Le principe de totalité (passim, et spécialement p. 51-84). Les principes ne changent pas, ce sont seulement les questions qu’on leur pose qui évoluent plus ou moins dans leur formulation. J’y ajouterais simplement aujourd’hui une distinction plus explicite : les citoyens ne sont pas, en tant que tels, au service de l’Etat (c’est le rôle des fonctionnaires), mais au service, certes, du bien commun.

Le principe de totalité se trouve mobilisé dans une négation radicale de l’affirmation selon laquelle « la cité est pour l’homme et non pas l’homme pour la cité ». On peut se demander si, dans sa critique du personnalisme, Arnaud de Lassus ne suit pas ici Michel Villey davantage que Charles De Koninck. Je voudrais lui soumettre une petite et simplette aporie. Il tient à juste titre Charles De Koninck pour « l’un des meilleurs critiques du personnalisme ». Or Charles De Koninck professe que « la cité est pour l’homme » (cf. sa Primauté du bien commun…, p. 66-70). Encore faut-il comprendre comment et pourquoi, et dans quelle mesure. On s’y efforce dans l’« âpre débat ». Et cela montre que, contrairement à l’erreur où s’est enlisé le collectif épiscopal français, la philosophie chrétienne « telle qu’elle était au cinquième siècle ou dans le thomisme » n’est décidément pas morte.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 7372
du Samedi 18 juin 2011

17 juin 2011

[Paix Liturgique] An IV du Motu proprio: Aucune avancée dans le diocèse de Rennes de Monseigneur d'Ornellas

SOURCE - Paix Liturgique n°287 - 17 juin 2011

Dans le prolongement de nos lettres n°274, 284 et 286 consacrées aux diocèses de Saintes-La Rochelle et d’Angoulême, nous nous arrêtons aujourd’hui sur le cas symptomatique de l’archidiocèse de Rennes. L’archidiocèse de Rennes s’identifie géographiquement au département d’Ille-et-Vilaine (35). Il est peuplé d’un peu moins d’un million d’habitants, dont un peu plus de 800.000 catholiques, avec au plus 50.000 pratiquants.

I - « L’OFFRE » DE CÉLÉBRATIONS " EXTRAORDINAIRES" DANS LE DIOCÈSE DE RENNES

Dans le diocèse de Monseigneur d’Ornellas, la forme extraordinaire du rite romain n’est célébrée – en application du Motu Proprio Summorum Pontificum - que dans un seul lieu de culte, à la chapelle Saint-François de Rennes. Pour être plus précis, il convient de dire que c’est dès 1988, en application du Motu Proprio Ecclesia Dei de Jean Paul II, que la chapelle Saint-François a ouvert ses portes aux fidèles de Rennes attachés à la forme extraordinaire du rite romain... et non pas en vertu de Summorum Pontificum.

Longtemps desservie par des prêtres diocésains, ce lieu de culte a été confié à l’Institut du Christ-Roi il y a dix ans à la demande de feu Monseigneur François Saint-Macary. Malgré ses deux messes dominicales, la chapelle Saint-François est, de notoriété publique, trop petite pour accueillir la demande et de nombreux fidèles assistent à la messe debout (à la messe du matin), faute de places suffisantes.

Pourtant, on dit cet apostolat menacé par Monseigneur d’Ornellas qui souhaiterait « normaliser » la chapelle Saint-François en nommant un prêtre diocésain peu favorable à l’antique forme liturgique dans le but de « ramener » les fidèles à la forme ordinaire du rite romain. Si l’abbé Cristofoli (ICRSP) en charge de cet apostolat n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, plusieurs fidèles se sont largement ouverts à nous sur le caractère extrêmement fragile de la situation des familles de Rennes attachées à la forme extraordinaire du rite romain et sur le peu de chaleur de Monseigneur d’Ornelllas à leur endroit. Le très renseigné site Perepiscopus ne craignait d’ailleurs pas d’écrire il y a quelques semaines : « Mon père me dit son pessimisme quant au maintien de l’Institut du Christ Roi dans cette Ville, malgré une communauté très florissante. L’évêque avait donné deux ans à l’ICRSP… Fin de ce mandat à la rentrée prochaine. Et peut-être (c’est en tout cas ce qu’il craint), fin des haricots rennais de l’ICRSP… Un prêtre du diocèse est en train d’apprendre la messe traditionnelle à Fontgombault. Est-ce à dire qu’il remplacera l’abbé Cristofoli ? A l’heure de la publication de l’instruction concernant l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum, Mgr d’Ornellas se séparera-t-il de cet Institut ? Ce serait une façon de faire un pied de nez à Rome. Peu élégant. »

À côté de cet unique lieu de culte autorisé par l’ordinaire du lieu, la FSSPX exerce un apostolat fécond : une chapelle à Rennes, une autre à Saint-Malo et une école à Saint-Père. Les prêtres de cette Fraternité qui résident au prieuré de Lanvallay - situé dans le diocèse voisin de Saint Brieuc - rayonnent largement dans l’archidiocèse de Rennes. (L'ensemble des adresses et horaires des lieux de culte mentionnés dans cette lettre sont consultables sur le site de Paix Liturgique, et sur celui de Wikkimissa).

II - LA DEMANDE DANS LE DIOCÈSE DE RENNES

Dans le diocèse de Rennes, la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum avait été source d’espoir pour de nombreuses familles.

Ainsi, dès 2007, un groupe de plusieurs familles a fait une demande d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum à la paroisse de Chateaubourg (située à 30 kms de Rennes).

1ère étape : demande du groupe au curé : le curé de Chateaubourg a reçu quelques unes de ces familles de demandeurs pour… dire non à leur demande. Réponse négative non négociable, sans appel et sans savoir quelle est la réelle demande. A Chateaubourg, la paroisse ne souhaite donc pas tenter l’expérience de la réconciliation et de l’enrichissement réciproque des deux formes de l’unique rite romain. Non c’est non. Les raisons du curé sont simples :
- Il ne sait pas célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain ;
- Les familles demandeuses ne sont pas assez nombreuses ;
- Il y a déjà une telle célébration à Rennes

2ème étape prévue par le Motu Proprio : recours du groupe à l’évêque. À la suite de cette réponse négative du curé, les familles décident d’en référer à l’archevêque. Le rendez-vous avec Monseigneur d’Ornellas s'est très mal passé. Les familles ont décrit un archevêque très désagréable et nous ont confié avoir eu le triste sentiment d’être traitées avec mépris. Et la réponse de Monseigneur d’Ornellas a également été : Non.
L’archevêque a ainsi pu répéter qu'il y avait déjà tout ce qu'il fallait à Rennes et qu'il ne voyait pas le pourquoi d'une demande à Chateaubourg. Ces affirmations répétées de manière incantatoire par Monseigneur d’Ornellas étaient dans la ligne droite de toutes ses déclarations au terme desquelles « il n'y a pas de problème dans son diocèse car il y a une messe à Rennes, il n’y a pas de problème car la demande a été anticipée »…

3ème étape prévue par le Motu Proprio : recours du groupe à Rome. Ces familles ont écrit alors une lettre à la Commission Ecclesia Dei à la suite du refus du curé et de l’archevêque. La Commission leur a répondu ne rien pouvoir faire … Lassées mais pas découragées par le manque de dialogue et de loyauté, ces familles ont mis leur demande en suspens… dans l'attente du miracle de « conversion » des autorités, 4ème étape, non prévue, mais pas exclue par le Motu Proprio…

À Dinard (75 kms de Rennes), des familles nous ont également fait part d’une demande faite en 2009 auprès de leur curé. À la différence de Chateaubourg, l’accueil du principe de la demande par le curé a été plutôt favorable mais cette application du Motu Proprio sur la Côte d’Emeraude n’a pas été rendue possible en raison du désaccord de Monseigneur d’Ornellas.

Il y a pourtant sur toute cette zone côtière (Saint Malo, Saint Briac, Dinard…) une demande très forte lors des vacances estivales et des afflux de familles en vacances mais également une demande serieuse pour tout le reste de l'année comme le démontre la fréquentation des messes célébrées dans cette région par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Mais même pour un apostolat saisonnier, Monseigneur d’Ornellas n’a pas souhaité répondre à l’invitation du Saint Père.

Nous pourrions parler dans des termes proches des demandes d’application du Motu Proprio dont nous avons aussi eu connaissance à St Méen le Grand (45 kms de Rennes), Vitré (41 kms de Rennes) ou Redon (67 kms de Rennes). À chaque fois c’est la même réponse négative : « il n’y a pas de demande dans le diocèse de Rennes », « la messe de Rennes suffit ».

III - LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1/ Le 7 juillet 2007, jour même de la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum, Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, disait de ce texte du Pape « son texte a un objet limité : ouvrir la voie de l’unité pour les catholiques attachés au rite ancien de la messe et des sacrements. Selon leur demande, la possibilité de ce rite sera plus grande à partir du 14 septembre. » Force est de constater que malgré ces paroles, le Motu Proprio de Benoît XVI n’a pas trouvé à s’appliquer une seule fois dans le diocèse de Monseigneur d’Ornellas depuis son entrée en vigueur, sauf à considérer qu’un lieu de culte mis en place en 1988 est une application du texte de … 2007 ? En quoi, depuis 4 ans, la possibilité est elle plus grande qu’avant 2007 pour les bretons d'Ille-et-Vilaine ? S’agit-il pour l’évêque d’une possibilité toute théorique, une vue de l’esprit ? Les faits parlent d’eux mêmes : pas de début de commencement, même timide (un dimanche par mois…) d’application du Motu Proprio dans tout l’archidiocèse près de quatre ans après la promulgation du Motu proprio malgré des demandes courtoisement exprimées. Ce bilan est particulièrement éloquent.

Au contraire, Monseigneur d’Ornellas s’était illustré en 2007 en refusant de pratiquer les confirmations à la chapelle Saint-François dans la forme extraordinaire du rite romain… de sorte que les familles se sont désistées et sont allées trouver les évêques voisins plus accueillants.

De même à l’été 2010, plusieurs familles de Rennes nous ont dit leur tristesse à la suite du refus catégorique de Monseigneur d’Ornellas que la messe d’enterrement du Père Perrero (prêtre de la Salette qui desservait Saint-François depuis des années et continuait à aider l’ICRSP) soit célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain. Réponse négative, manque de chaleur, menaces sur le seul lieu de culte du diocèse, la conception de l’enrichissement mutuel et de l’accueil large et généreux de Monseigneur d’Ornellas semble toute personnelle…


2/ Il faut dire que Mgr Pierre d’Ornellas a transplanté à Rennes tous les principes et tous les ukases de la « ligne Lustiger » - durcie en ce qui concerne la question de la liturgie traditionnelle par son successeur, le cardinal Vingt-Trois. L’intellectuel Pierre d’Ornellas, appartenant - comme d’autres hauts cadres ecclésiastiques parisiens, tel Antoine Guggenheim - à l’Institut Notre-Dame de Vie, à Vénasque, a été l’un des nombreux secrétaires particuliers qui se sont succédé auprès du cardinal Lustiger. Il a ensuite été directeur de l’École cathédrale, poste d’extrême confiance, et enfin évêque auxiliaire en 1997. Dans la politique parisienne de « recentrage», il fut un des bras les plus puissants, spécialement le plus attentif à préserver les jeunes clercs de la capitale de tout virus intégriste. Les prêtres formés par Mgr d’Ornellas étaient destinés à devenir exemplairement, comme le cardinal Lustiger aimait à le leur dire, « la première génération qui aurait enfin compris le Concile».

II devint ainsi, avec Mgr Vingt-Trois, le plus proche collaborateur de l’archevêque, mais dans un style très différent, peu amène, au point de réussir à faire l’unanimité, ce qui est rare dans le clergé, mais… contre lui. Son importance dans le haut clergé de France lui vaudra d’être nommé directement à un siège métropolitain, Rennes. À son honneur, doit être relevé le fait que Mgr d’Ornellas a pris des positions morales fortes et publiques, qui constituent un progrès substantiel par rapport à la stratégie de « l’enfouissement » qui prévalait dans les années 1970 et qui a fait que la loi Veil a pu passer sans la moindre mobilisation épiscopale. Au total, homme de fort (et mauvais) caractère, Mgr d’Ornellas entend faire de Rennes un pôle de la « troisième voie », ni progressiste, ni – ô grand jamais ! – traditionaliste.


3/ « Pas de demande », « il y a déjà tout ce qu’il faut à Rennes »… voilà autant de réponses « à la parisienne » répétées de manière incantatoire afin d’éviter à tous prix l’application concrète du texte de Benoît XVI dans le diocèse de Monseigneur d'Ornellas. Pourquoi affirmer qu’il n’y a pas de demande sans tenter ici et là une expérience pour voir justement s’il y a ou non une demande ? Il est de notoriété publique que la demande en Bretagne - et en particulier en Ille-et-Vilaine - est très largement insatisfaite. Afin de mesurer la demande et de donner des éléments concrets aux décideurs – curés et archevêque - Paix liturgique va commanditer un sondage auprès d’un organisme professionnel et indépendant. Ce sondage sera réalisé selon les normes scientifiques habituelles auprès des habitants de l’archidiocèse de Rennes se déclarant catholiques. Nous publierons les résultats de cette enquête dans une prochaine lettre.

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Les discussions doctrinales entre Rome et Ecône sont terminées

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 17 juin 2011

A Rome comme à Ecône c'est le silence radio. Il n'est pas question de commenter l'état des discussions doctrinales entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint Pie X, les disciples de Mgr Lefebvre. Mais ces discussions sont terminées. Cette discrétion est voulue, des deux côtés, pour ne pas faire pression sur l'issue des conversations très délicates qui ont réuni, depuis octobre 2009 et selon la volonté du pape, une commission de théologiens des deux horizons pour dresser un inventaire méticuleux et argumenté des points d'accord et des questions en litige, essentiellement à propos du Concile Vatican II.

Mais cette "phase" de travail, selon plusieurs sources autorisées et concordantes, est considérée comme accomplie. "Les contacts continuent. Nous arrivons probablement à la fin d'une phase de discussions" avait d'ailleurs laissé entendre, le 1er juin dernier, à Libreville (Gabon), Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X (successeur direct de Mgr Marcel Lefebvre, et l'un des quatre évêques dont Benoît XVI a levé l'excommunication le 21 janvier 2009).

Un rapport, document de synthèse de ces discussions, a été rédigé qui constate effectivement l'abysse qui sépare encore ceux qui revendiquent être les tenants de la "tradition" et le magistère romain. Mais aussi des points de concordances sur l'interprétation à donner aux textes du Concile Vatican II.

La seule question est maintenant l'issue de ces conversations. Ou plutôt, comment continuer à gérer ce long divorce, consommé le 30 juin 1988 par l'ordination illicite de quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre.
Décision qui est, plus que jamais, "politique" des deux côtés. Car les techniciens théologiens ont simplement formulé - en se parlant directement autour d'une table ce qui était nouveau et avec une précision inégalée - l'état des lieux. Mais cette cartographie théologique, en soi, ne résout rien.

Des deux côtés, on reconnait en effet, que malgré cet éclaircissement où chacun sait sur quoi et pourquoi il s'oppose, "rien n'est encore clair" pour la suite. Et pour cause, car il apparaît d'ores et déjà impossible, à vues humaines, de mener une réconciliation par la méthode du point par point.

Ce qui fait conclure à certains que ce retour ne peut pas aller plus loin que ce que Benoît XVI a lancé (réhabilitation par la levée des excommunications et lancement de ce dialogue théologique). Que tout s'arrêterait donc là, en une sorte de statu quo.

Mais d'autres soutiennent, au contraire, que l'"on ne peut pas parler d'échec" après cette phase de conversations.

En tout état de cause, la balle remonte aux deux décideurs - et non aux commentateurs - en l'occurence et sur ce dossier, Benoît XVI et Mgr Fellay.

A suivre donc. Pour connaitre, l'état d'esprit de fond des deux parties, je vous recommande un site de référence, documentaire, "la crise intégriste", et son dossier spécifique sur ces discussions théologiques où vous trouverez tous les éléments d'éclairage à ce sujet.