16 août 2011

[SPO] Un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre aux éditions du Cerf

SOURCE - SPO - 16 août 2011

C’est un véritable changement qui s’annonce. Non pas que ce prêtre devienne responsable aux éditions du Cerf, maison détenue par les dominicains. Mais au mois de septembre paraîtra au Cerf, dans la collection « Lire la Bible » une étude de l’abbé Alban Cras intitulée « La symbolique du vêtement dans la Bible, pour une théologie du vêtement ». Ce livre, d’environ 208 pages, est présenté par l’éditeur comme « Une synthèse originale et novatrice sur le riche symbolisme du vêtement qui jalonne et éclaire sa signification ». L’éditeur précise par ailleurs : « De la Genèse à l’Apocalypse, cette étude synthétique propose un parcours à travers les références bibliques au thème du vêtement. Un fil rouge relie ces diverses occurrences, permettant de parvenir à une synthèse originale et étonnante ». L’auteur est également clairement identifié :
« Né en 1970, Alban Cras est licencié en théologie (université de Frigourg, Suisse). Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et prêtre depuis 1996, il enseigne au Séminaire international Saint-Pierre de Wigratzbad, en Bavière. »
Il est également « conseiller » du supérieur général de la Fraternité Saint-Pierre, l’abbé John Berg.

Rappelons que les éditions du Cerf ont également publié la thèse de doctorat de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, directeur du Centre Saint-Paul à Paris, membre fondateur de l’Institut du Bon-Pasteur (IBP) et premier assistant du supérieur général de cet institut. Le titre de cet ouvrage publié en 2009 est Cajétan, le personnalisme intégral. Soulignons, toujours à propos de ce dernier, qu’il prépare un ouvrage sur Pascal.

15 août 2011

[FSSPX] Conférence Mgr Bernard Fellay : actualité des rapports entre Rome et la Fraternité - 15 août 2011

SOURCE - Mise en Ligne: La Porte Latine - 15 août 2011

VI° Université d'été, 15 août 2011. Ecole Sainte-Marie (35)
Abbé Lorans
L’abbé de Cacqueray nous parlait de cette évolution que nous constatons. Vous-même, qui êtes à la tête de la Fraternité, qui avez des contacts directs avec Rome, avez-vous eu l'impression que la feuille de route (les préalables demandés avant toute reconnaissance canonique de la Fraternité Saint-Pie X, NDLR) était suivie ? Avez-vous aussi, à partir des documents qui émanent de Rome, le sentiment que la ligne de partage se déplace ?
Mgr Fellay
Il y a effectivement beaucoup de choses intéressantes qui se passent ; elles ne se passent pas comme on le voudrait mais c'est normal puisqu'on a affaire à des hommes. Notre feuille de route, avec ses fameux préalables, avait été transmise à Rome au début de l’année 2001. En février, la réponse de Rome était telle que j'ai dû répondre que nous ne pouvions pas poursuivre en l’état : « Si c'est comme ça, on suspend ».

C'est ainsi que cela a commencé, en l'an 2001. Au sujet de la messe, le cardinal Castrillón Hoyos disait : « Le pape est d'accord. Le pape est d'accord que la messe n'a jamais été abrogée et que par conséquent tout prêtre peut la dire ». Et sur ses doigts, il faisait la liste des cardinaux de Rome qui étaient d’accord aussi. Je lui ai dit : « dans ce cas, où est le problème ? » – « Vous comprenez, les secrétaires des congrégations, les sous-secrétaires, eux ils ne sont pas d'accord, et donc on ne peut pas vous l'accorder ».

C'était comme cela pour la messe. Quant à la question de l'excommunication, la réponse était : « Rassurez-vous on règlera ça quand on signera les accords ». J’ai répliqué que pour avancer nous avions besoin de marques de confiance de la part de Rome et qu’à défaut, nous n’avions pas d’autre choix que de suspendre les discussions. Le cardinal a rétorqué : « je n’aime pas ce mot-là ».

Et puis est arrivé Benoît XVI, qui va reprendre la question de la messe, relativement vite. Bien sûr, le Motu proprio [Summorum Pontificum] vaut ce qu'il vaut, mais il contient des éléments essentiels, capitaux, il est pour moi comme une pierre milliaire. Je pense que, dans l'histoire de l'Eglise, on se rappellera de ce texte qui reconnaît que la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée.

Vous savez, lorsqu'une matière est reprise dans toute son ampleur, lorsque le législateur reprend une loi pour la modifier de fond en comble, on considère que la loi précédente est abrogée. Il en va de même des lois liturgiques. Qu'il y ait donc cette affirmation, en deux mots : « numquam abrogatam, jamais abrogée », c'est d’une force ! On a de la peine à le concevoir, mais enfin le législateur sait ce qu'il dit : « Elle n'a jamais été abrogée ». De dire qu'une loi n’a pas été abrogée, cela veut dire qu'elle s'est maintenue dans l'état où elle était auparavant. La loi précédente, la messe de toujours, c'est donc la loi universelle, c'est la messe de l'Eglise. Lorsque le pape actuel affirme que la messe n’a jamais été abrogée, cela veut dire qu’elle est toujours en vigueur, qu’elle continue à être la messe de l’Eglise. Il ne s'agit plus de permission, de privilège etc., c'est la loi de l'Eglise, autrement dit un droit universel de tout catholique, prêtre ou fidèle. C’est ce qui est expressément reconnu dans le fameux Motu proprio de 2007.

C’est fondamental, même si d’autres parties du texte sont discutables, et que nous ne sommes pas d’accord du tout avec elles. Mais si l’on considère la vigueur que ce Motu proprio donne à la messe contre ses détracteurs, c’est vraiment très très fort. On se demande comment jamais dans le futur on pourra démolir cette messe.

De ce point de vue, l’avènement de Benoît XVI a été comme un déclic. Quoiqu'on pense, quoiqu'on dise de la personne elle-même, une nouvelle ambiance est apparue. Au Vatican même cette arrivée a donné du courage à ceux, appelons-les conservateurs, qui jusque-là frôlaient les murs… Peut-être d’ailleurs encore maintenant les frôlent-ils ! parce que la pression ou l'oppression des progressistes est toujours là ; ce qui rend le gouvernement même presque impossible.

L’ambiance en tout cas a changé. On le voit dans la nouvelle génération qui, elle, n'est plus liée au concile. Pour les nouvelles générations et tous ceux qui ont 20 ans aujourd'hui, le concile, c'est le millénaire passé, c'est quelque chose de bien vieux. Cette génération qui n’a pas connu le concile, et qui voit l'Eglise dans un état si piteux, se pose nécessairement des questions. Elle se pose des questions d'une manière tout à fait différente de ceux qui ont vécu le concile, de ceux qui l'ont fait et qui y sont viscéralement attachés, parce qu'ils voulaient démolir le passé, parce qu'ils voulaient tourner la page.

Cette nouvelle génération ressent un vide, elle est ouverte, elle cherche, elle jette sur nous un regard de sympathie mais éprouve en même temps vis-à-vis de nous de la méfiance parce que nous sommes marqués, exclus… Cependant une espèce d'effervescence dans la jeunesse inquiète les progressistes à tel point qu’aujourd'hui ils se posent la question : « L’avenir de l'Eglise, sera-t-il progressiste ou conservateur ? »

Dans certains séminaires modernes les professeurs constatent avec effroi que le choix des séminaristes se porte sur des ouvrages plus sérieux que ceux qui leur sont proposés ; ce phénomène est assez généralisé. J'ai eu des aveux d'évêques, ou de professeurs de séminaire. Un professeur de séminaire m’a dit littéralement : « Je ne peux plus donner mon cours comme avant, les séminaristes m’obligent à être beaucoup plus conservateur ». Ce n’est encore qu’une tendance, mais c’est très intéressant. Plusieurs textes émanant de Rome demandent des réformes dans les études, dans les séminaires, dans les universités. Ce sont manifestement des coups de frein. Malheureusement, on a l'impression qu’ils restent lettre morte – et je pense qu'on n'a pas tort de le penser. Néanmoins on voit ces efforts, c'est déjà quelque chose, ce n’est plus le pur modernisme.

Un élément très important, vraiment très important, ce sont les premières attaques sur le concile qui n’émanent pas de nous mais de personnes reconnues, qui portent un titre, tel Mgr Gherardini qui ne s’est pas contenté d’écrire un seul livre mais qui continue d’écrire, et de façon de plus en plus hardie. Lorsque je l'ai rencontré, il m’a tenu ce propos : « Il y a 40 ans que j'ai ces choses sur la conscience, je ne peux pas paraître devant le Bon Dieu sans les dire ». En fait il est pour ainsi dire avec nous, mais il utilise une forme d’expression très romaine, très prudente, circonstanciée, tout en disant ce qu’il a à dire.

Dans ce même contexte, le 22 décembre 2005, le pape a prononcé son célèbre discours à la Curie dans lequel il condamne une ligne d'interprétation du concile, la fameuse ligne de rupture. A la première lecture, je vous avoue avoir pensé que nous étions visés ! mais par la suite je ne suis rendu compte qu’il parlait des progressistes.

Parce que justement le pape dénonçait et condamnait ceux qui voient dans le concile une rupture avec le passé. Bien sûr s'il y a quelqu'un qui voit dans le concile une rupture avec le passé, c'est bien nous. Et pour étayer notre propos, nous ne craignons pas de citer les Congar, les Suenens, ceux qui ont dit que c'était la Révolution de 89 dans l'Eglise, ou la Révolution d'octobre 1917, la révolution russe. Ce sont des paroles très fortes. Et puis, ce n’est pas seulement nous, c'est tout le monde qui a pu constater que ce concile avait été un grand changement, un véritable chamboulement. Même Paul VI a reconnu qu’alors qu’il attendait une brise légère, c’est une grande tempête qui s’était déchaînée… Eh bien, cette ligne de rupture dénoncée, c’est la condamnation de ceux qui voient dans le concile une rupture avec le passé. Le pape condamne cette attitude qui voudrait faire appel à « l'esprit du concile » pour revendiquer un Vatican III, une révolution permanente…

Je voudrais faire ici une remarque, car peut-être nous abusons-nous. Lorsqu’on voit condamner l’herméneutique de la rupture, on pense immédiatement que l’autre est l’herméneutique de la continuité. Or le pape n’a pas parlé de l’« herméneutique de la continuité », mais de l’« herméneutique de la réforme ». Ce n'est pas la même chose ! En continuant le texte, on voit bien qu’il est pour le concile, qu’il est pour tout ce contre quoi nous sommes ! Dans ce concile, tout ce que nous attaquons, lui il le défend. Mais néanmoins on voit très bien qu'il condamne une ligne. C’est un commencement, mais évidemment ce n’est pas suffisant ; cela montre seulement que les autorités ont pris conscience que quelque chose ne va pas dans l’Eglise.

Poursuivons. Le 2 juillet 2010, Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, a donné à Wigratzbad, aux prêtres de la Fraternité Saint-Pierre, une conférence sur Lumen Gentium portant justement sur cette question de l’interprétation du concile. Ces questions d'interprétation sont quelque chose de très moderne, il faut bien le comprendre. Mais je voudrais vous montrer qu’il y a des choses qui bougent, même si de notre côté nous espérons que ce n’est qu’un début et que les choses iront plus loin. Nous, nous n’hésitons pas à attaquer le concile en tant que tel, en mettant l’accent sur ce qui ne va pas.

A Rome, la position de Mgr Pozzo, et on peut dire celle du pape, est encore en révérence totale à l’égard du concile, mais il voit qu'il y a des choses qui ne vont pas. Il ne dira pas encore « c’est la faute du concile », mais « c’est la faute de la manière de comprendre le concile ». Il s'agit justement de l'interprétation, ou de l'herméneutique. Si Rome avoue maintenant qu’il y a une manière fausse d’interpréter le concile, cela laisse évidemment supposer qu’il y en a une qui est juste. Mais, sur beaucoup de points que nous condamnons au niveau de la chose elle même (sans en regarder la cause), on constate que finalement, sans oser trop le dire, ils sont d'accord.

Dans la conclusion de ses conférences à Wigratzbad, Mgr Pozzo parlera d’une idéologie « conciliaire », puis d’une idéologie « para-conciliaire ». Le terme d’idéologie désigne quelque chose de mauvais, une erreur, c’est même un système d’erreurs. Essayez de comprendre ce que veut dire cette phrase : « une idéologie para-conciliaire s'est emparée du concile depuis le début en se superposant à lui ». Cela veut dire que d’après lui, le concile depuis le début n’a pas été compris comme il le devait. C'est–à-dire que la seule manière qui restait aujourd’hui de pouvoir comprendre le concile était fausse. C’est une curieuse manière de vouloir sauver le concile, tout en reconnaissant que ce qui a été dit du concile depuis 40 ans est faux ! Même si ce n’est qu’un début d’aveu, il faut en prendre note. Evidemment, cela ne nous suffit pas, mais c'est quand même fort intéressant de voir comment ils essayent de s'en sortir. C'est de l'équilibrisme...

On entend des phrases telles que : « Le concile n’est pas appliqué, le concile est mal compris, c’est pour cela que cela ne va pas dans l’Eglise ». Encore faut-il l’expliquer ! Pourquoi cela ne va pas dans l'Eglise ? Parce qu’on n'a pas réussi à appliquer le concile. Mais alors, qu'est-ce qu'ils ont fait pendant ces 40 ans ? C’est là un gros problème. Qui était responsable de l'interprétation du concile pendant ces 40 années ? Si ce ne sont pas les autorités à Rome, c’est qu’elles ont dormi pendant 40 ans, elles ont laissé faire les autres, qu’ont-elles fait ? Voyez-vous, il y a quand même beaucoup de questions qu'on peut introduire à partir même de leur point de départ où se dessine un début d'aveu.

Le pape parle de l'esprit du concile en le condamnant alors que toutes les réformes ont été faites dans l'esprit du concile. Qu'est ce qui reste ? Et maintenant, on nous dit qu'il y a une idéologie conciliaire qui s'est emparée du concile depuis le début!

On peut imaginer le concile se trouvant dans une bulle ; on voit la capsule extérieure mais on n’arrive pas à l’intérieur. De sorte qu'on ne voit que cette capsule extérieure et non pas le concile ; on n'arrive plus à parvenir au concile. C'est très moderne comme idée, comme perspective. On aimerait bien savoir qui est à l’origine de l’idéologie para-conciliaire, celle qui s’est emparée du concile pour faire en sorte qu’on ne puisse plus le comprendre comme les Pères conciliaires l’avaient voulu… Il serait intéressant de le savoir. Autant de questions qui viennent à l’esprit, parce que cela commence à bouger. On se rend compte que ce qui était tabou commence à branler, alors on essaie de sauver le tabou en l’entourant d’une bulle. Aujourd’hui, vous avez le droit de tirer sur la bulle, mais pas sur ce qui est dedans. Vous pouvez dénoncer l’idéologie para-conciliaire, mais ne touchez pas au concile.

Dans ce contexte, Mgr Gherardini dont je parlais tout à l’heure va aller un peu plus loin en touchant au concile. Je pense que c'est le premier personnage officiel, renommé, qui ose le faire. Sa qualité de doyen de la Faculté de théologie du Latran, chanoine de Saint-Pierre, directeur de la revue Divinitas lui donne autorité. A 85 ans, il a parlé à Rome, et des personnes qui n’étaient pas de notre côté ont abordé les questions du concile. Mgr Schneider, un évêque, a même proposé de faire un Syllabus sur le concile, dans le but d’épurer et de condamner tout ce qui n’est pas clair dans Vatican II, toutes les  propositions qui sont ambiguës.

Tous ces événements me font penser à une casserole d’eau sur le feu qui commence à former les premières bulles. Ce n’est pas encore l’ébullition, mais ça commence à chauffer. Pendant ce temps, nous restons dans l’expectative.
Abbé Lorans
Lors d’une récente prédication au séminaire de Winona, vous avez dit que nous n’étions pas en rapport avec Rome, mais avec “les Rome”. Quelle est l’ambiance au Vatican actuellement ? Pouvez-vous nous aider à y voir un peu plus clair ?

Mgr Fellay
En Valais, une montagne, le Zinalrothorn, culmine à 4.000 mètres ; l’une de ses arrêtes s’appelle le Rasoir et mesure une dizaine de mètres de long. Le seul moyen de la passer est à califourchon, ou encore d’un côté, vous avez alors les mains sur la crête et les pieds sur la face, avec de chaque côté 500 ou 1.000 mètres de chute. J’ai l’impression que non seulement cela s’applique à nos rapports avec Rome, mais plus encore que c’est franchement un fil d’équilibriste. C’est pourquoi j’utilise carrément le terme de « contradictions ».

En juin 2009, j’avais demandé un rendez-vous au cardinal Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, pour tenter de tirer au clair ces contradictions. Après avoir beaucoup insisté, la réponse suivante est arrivée : « le cardinal Levada vous recevra ». C’est la diplomatie romaine ! J’aimerais vous donner quelques exemples de ces contradictions pour vous montrer le climat qui règne à Rome, c'est à dire dans quoi ou avec quoi on travaille, c’est très difficile.

Certains éléments ont déjà été abordés dans la première partie de cette conférence, mais il est bon de les résumer en les regroupant.

Nos rapports avec Rome se sont fortement tendus peu après la sortie du décret sur la levée des excommunications, le 21 janvier 2009. Au mois de mars, à Sitientes, jour des ordinations au sous-diaconat, les évêques allemands ont mis sur pied une stratégie pour essayer de nous « mettre dehors ». Mgr Zollitsch, le président de la Conférence épiscopale allemande, a déclaré à un groupe de députés : « D’ici la fin de l’année, la Fraternité Saint-Pie X sera à nouveau hors de l’Eglise ». Je tiens ces propos de l’un des députés, c’est une information directe. Ils avaient donc leur plan pour contrer l’argument de la levée de l’excommunication qu’ils ne pouvaient plus utiliser.

On voit très bien que les progressistes ont essayé d’utiliser deux pistes. La première est celle du concile. Pour que la Fraternité Saint-Pie X puisse prétendre à une reconnaissance canonique, elle doit reconnaître le concile et en accepter toutes les réformes, ainsi que le magistère de tous les papes depuis le concile. C’est très fort, car ils savent parfaitement que nous n’accepterons jamais de marcher dans une telle voie. C’est de fait rendre impossible cette reconnaissance canonique. Il est facile ensuite de nous condamner d’être contre le concile, preuve que nous sommes schismatiques, etc.

La seconde est une ligne plus disciplinaire, celle de l’obéissance. Il est quand même curieux que juste après la levée des excommunications par Rome, l’évêque de Ratisbonne, dans le diocèse duquel est situé notre séminaire de Zaitkofen, interdise à nos évêques les ordinations de nos propres séminaristes ! Mais c'est ce qu'il a fait. Cela fait 30 ans que notre séminaire se trouve sur son territoire sans qu’il soit jamais intervenu ! Il choisit juste le moment de la levée des excommunications pour prendre cette décision… La Conférence des évêques allemands s’est empressée de renchérir par la bouche de Mgr Zollitch qui a déclaré : « Si ces évêques font ces ordinations, le pape doit les excommunier ». Il est descendu à Rome pour faire pression sur le pape et sur le cardinal Bertone.

Et je reçois, dix jours avant ces ordinations, une communication téléphonique du cardinal Castrillón qui me dit : « Cela m’ennuie de vous faire une demande qui va vous sembler un peu curieuse, mais le pape n'a pas que des amis, les évêques allemands font pression, vous feriez une faveur au pape en ne faisant pas ces ordinations en Allemagne ». Après en avoir conféré avec mes Assistants et avec autres évêques, il a été décidé de faire un geste, sans que ce soit une capitulation. A Sitientes, il n'y aura donc pas d'ordination à Zaitkofen, mais les séminaristes deviendront ce jour-là sous-diacres… à Ecône. Et puis il est bien entendu que c'est un geste qu'on ne fait qu’une fois ; donc les ordinations de juin sont maintenues. Nous voulions que cela soit compris à Rome non pas comme une capitulation, mais comme un geste. Cela ne leur a pas plu et m’a valu une nouvelle lettre…
Deux jours avant Sitientes, nouveau coup de téléphone du cardinal Castrillón, le troisième en une semaine, c'est quand même une pression forte ! Cette fois, l'ordre est net : « Vous désobéissez formellement, vous allez retomber dans vos censures. Il ne faut pas faire ces ordinations. Il faut demander au pape la permission mais je vous assure – il parlait en italien – quasi immediatamente, quasi immédiatement, vous allez recevoir la permission ». Il a ajouté : « D’ici Pâques la Fraternité sera reconnue ». « Je ne comprends pas, ai-je répondu, un texte officiel (une note de la Secrétairerie d’Etat) vient de sortir stipulant que la Fraternité ne sera pas reconnue tant qu'elle ne reconnaîtra pas le concile, vous savez parfaitement ce que nous pensons du concile, comment pouvez-vous dire cela ?! » Réponse du cardinal : « Ce texte n'est pas signé ; il s’agit de textes administratifs, de textes politiques ; et puis ce n'est pas ce que pense le pape ».
Alors maintenant qui dois-je croire ? Croire le cardinal au téléphone (c’est par oral, il n'y a aucune trace), ou bien le texte officiel ?
Au point où en étaient les choses, j'ai écrit au pape pour l’informer tout simplement de ce qui se passait. Je lui ai demandé de ne pas voir dans ces ordinations un acte de rébellion mais un acte de survie posé dans des circonstances complexes et difficiles. Et la chose est passée.
D'ailleurs je ne vois pas comment ils auraient réussi à nous condamner pour avoir ordonné des sous-diacres, puisque chez eux les sous-diacres n'existent pas ! Etre puni pour quelque chose qui n’existe pas, c’était quand même difficile.
Et après il y a eu les ordinations au diaconat et à la prêtrise, et c'est passé. Mais les évêques allemands ont essayé de les empêcher. C’est quand même une petite victoire ! Réalisez que nous sommes une toute petite congrégation, une petite congrégation qui se bat contre une conférence épiscopale, pas n'importe laquelle, et on gagne. On a gagné. C'est invraisemblable… Mais il ne s’agit pas de nous... Les conflits sont de toutes sortes, mais d’abord doctrinaux.
Le pape Benoît XVI a osé reconnaître [lors de l’audience du 29 août 2005, à Castel Gandolfo , NDLR] : « Peut-être y a-t-il, peut-être pourrait-on dire qu’il y a état de nécessité en France, en Allemagne ». Remarquez que dans un état de nécessité, les organismes nécessaires au bon fonctionnement d’un corps social ne fonctionnent plus, c’est une espèce de sauve-qui-peut ; chacun se sauve d’abord, puis collabore à aider les autres comme il le peut. C’est une situation invraisemblable. Vous voyez la contradiction : d’un côté on vous dit que la Fraternité ne peut pas être reconnue, mais de l’autre on vous dit qu’elle est reconnue puisque le pape vous reconnaît. Alors quid ?
Je vais vous citer d’autres exemples de contradictions qui nous montrent qu’il y a divers courants à Rome, dont certains très puissants. Essayez de savoir dans lequel se trouve le pape ? Ce n’est pas évident.
En septembre de l’année passée, c’est donc tout récent, un prêtre américain d’une Congrégation (il me semble que sont les Augustiniens) nous a rejoint. Au mois de septembre 2010, il reçoit une lettre de son provincial à laquelle est jointe une lettre de la Congrégation des religieux confirmant la décision du Provincial, et qui dit ceci : « Vous n'êtes plus membre des Augustiniens parce que vous avez rejoint la Fraternité ». La lettre de la Congrégation des religieux dit très précisément ceci : « Le père Untel (je ne cite pas son nom) n'appartient plus à votre Congrégation, il est excommunié parce qu’il a perdu la foi en rejoignant formellement le schisme de Mgr Lefebvre ». C'est daté du mois de septembre de l'année passée ! En conséquence pour Rome, rejoindre la Fraternité c’est rejoindre un schisme et perdre la foi, et on se retrouve excommunié. Je suis allé à Rome avec ce papier, évidemment !
Lorsque j’ai commencé à lire ce passage à Mgr Pozzo – secrétaire d’Ecclesia Dei ; le président en est le cardinal Levada qui est en même temps préfet de la Congrégation de la Foi – il m’a arrêté au milieu de la phrase en me disant : « Je sais déjà tout ça, on s'en est occupé il y a deux semaines. Nous avons dit à la Congrégation des religieux qu'ils ne sont pas compétents pour dire cela et qu'ils doivent réviser leur jugement ». Il a continué en me disant : « Cette lettre voici comment il faut la traiter… Comme ça ». Et de joindre le geste expressif de la déchirer. Ainsi, voilà comment une instance romaine me dit qu'il faut traiter un document officiel d'une autre instance romaine, de la manière la plus radicale qu'on puisse imaginer en la mettant au panier, en la déchirant…. C'est quand même un peu fort ! Sur le fond, cela signifie qu'à Rome certaines instances des congrégations, des dicastères nous déclarent schismatiques, hérétiques, ayant perdu la foi, alors que d’autres nous considèrent comme catholiques, presque comme normaux, n'ayant plus aucune peine, plus aucune censure. Quelle confusion !
Vous voyez que l’on peut vraiment parler de contradictions ; des personnes au gouvernement à Rome ont des perspectives sur nous diamétralement opposées ! Ainsi, pendant que se déroulent les fameuses discussions théologiques, nos prêtres logent à Sainte-Marthe – c'est le bâtiment où logent les cardinaux quand il y a des consistoires, des conclaves, et qui  sert d'habitude à recevoir les évêques – et ils disent la messe à Saint-Pierre. Alors pendant que d’un côté l’on discute de doctrine, de l'autre côté nos prêtres sont hérétiques ou schismatiques ? Cela ne tient pas debout.
Un autre exemple encore plus récent. Cette fois-ci dans l'ordre de l'interprétation ; il s’agit du tout dernier texte sur la messe, Universae Ecclesiae. Trois ans après le Motu proprio Summorum Pontificum, un nouveau texte est sorti qui concerne l'application du texte précédent. Ce texte est fort intéressant.
Une analyse des dispositions qui sont prises montre deux mouvements que l’on peut considérer comme radicalement opposés, ce qui fait que nous considérons le résultat d’un air interrogatif. La première ligne, qui est manifeste, est une ligne d'ouverture, on sent une volonté de donner, de mettre à la disposition des catholiques du monde entier non seulement la messe, mais toute la liturgie de l'Eglise de toujours dans tous ses aspects.

En son début, le document romain affirme que le Motu proprio est une loi universelle. Ce n'est pas un privilège – une loi privée réservée à un petit groupe – mais une loi universelle, c’est-à-dire valable pour tout le monde. Il précise que sa volonté était de permettre l'accès à la messe traditionnelle aux fidèles du monde entier. C’est on ne peut plus explicite !
Ensuite vous avez d'autres dispositions qui vont encore beaucoup plus loin, puisque tous les livres liturgiques sont cités, pour être mis à disposition. Tous. C'est invraisemblable. Cela ne peut pas se faire s'il n'y a pas une volonté, s'il n'y a pas une intention justement de rouvrir, de redonner vie à tout ce trésor, sinon ça n'a pas de sens. On y parle par exemple du Rituel. C'est très intéressant, le Rituel, qu’y trouve-t-on ? Vous y trouvez d'abord tous les sacrements, ceux qui sont donnés par le prêtre, et puis aussi les exorcismes. Dire que le Rituel est à disposition, cela signifie que toutes les bénédictions, tout ce monde liturgique d'antan est vraiment remis à disposition. Cela ne peut pas se faire, s'il n'y a pas l’intention de faire revivre tout ce trésor. Cela n’aurait aucun sens de le mettre à disposition si on voulait en même temps lui fermer la porte !
Il en va de même du Cérémonial des évêques ou du Pontifical… On insiste pour dire que les évêques peuvent utiliser le Pontifical. Pour le Bréviaire, les prêtres sont libres d’utiliser l'ancien Bréviaire, tout en précisant que s’ils prennent l'ancien Bréviaire, il doivent en respecter toutes les rubriques. Pourquoi ? Parce qu'avec le nouveau Bréviaire, on peut choisir ad libitum parmi les petites heures, tandis qu’avec l'ancien Bréviaire, on doit tout dire. C'est un peu curieux. Tout cela dépasse de beaucoup ce que nous avions demandé au départ dans notre fameux préalable, à savoir la messe pour tous. Or ce n’est pas seulement la messe, mais toute la liturgie et sous tous ses aspects. C'est une des lignes qui est manifeste.
A côté, vous avez la ligne vraiment contraire, avec deux restrictions majeures. La première au sujet des ordinations : « Les ordinations selon l'ancien Pontifical, ne peuvent être données que pour les groupes qui sont sous l’autorité d'Ecclesia Dei ». Pourquoi pas les autres ? Parce que les évêques n’en veulent pas dans les diocèses et que Rome veut éviter trop de problèmes avec les évêques en laissant la possibilité du choix aux séminaristes. Pourquoi d'un côté tout mettre à disposition, et puis là pour une partie si importante, si capitale, les ordinations, là, tout bloquer ?
La deuxième restriction majeure concerne la qualité des fidèles qui peuvent jouir des dispositions du Motu proprio…
Quelques numéros plus bas, on insiste pour dire que le Pontifical est mis librement à disposition. Bien sûr, il n'y a pas que les ordinations dans le Pontifical, le rituel des confirmations par exemple y figure. Or on précise que les confirmations peuvent être données selon l’ancien rite. C'est vraiment un curieux mélange. Il n'est pas possible que l’on puisse trouver deux intentions aussi contraires dans un même texte. Comment est-ce possible ? L'explication que je vois, c'est qu’il y a effectivement au moins deux forces contraires à Rome, chacune d'elle essayant de mettre sa griffe. A la fin, on en arrive à des espèces de compromis ingérables et indigestes.
J’en reviens à Mgr Pozzo et son conseil de déchirer le fameux texte de la Congrégation des religieux. Il a, à ce moment-là – ce que je viens de vous dire peut l’illustrer un petit peu – il a ajouté ceci : « Il faut, vous devez dire à vos prêtres et à vos fidèles, que ce n’est pas tout ce qui vient de Rome qui vient du pape ». Je lui ai répondu : « Mais ce n'est pas possible, comment voulez-vous que des prêtres, des fidèles recevant un texte de Rome puissent porter un tel jugement ? La réaction serait très simple : un texte me plaît, il vient du pape, il ne me plaît pas, il ne vient pas du pape. Cette attitude est d’ailleurs condamnée par saint Pie X.
Le Vatican, c'est la main du pape. Mais ces paroles de Mgr Pozzo contiennent un message, un message gravissime : le pape n’a pas le contrôle de sa maison. Cela veut dire que lorsque des choses nous arrivent de Rome effectivement, malheureusement, on pense immédiatement à l'autorité suprême, au Souverain Pontife, au pape. Eh bien non ! ça ne vient pas du pape.
Telle est la situation de l'Eglise. C'est ce que j'appelle une situation de contradiction, selon les cas plus ou moins marquée, cette fois-ci toutefois elle l'est moins. C'est une situation vraiment dure, très difficile. Comment naviguer dans ces vents contraires ?
Abbé Lorans
Monseigneur, puisqu'on sait que vous allez à Rome, le 14 septembre prochain, rencontrer le cardinal Levada, dans quelles dispositions y allez-vous ? Quel est votre état d’esprit ?
Mgr Fellay
Je me réfère un peu à ce qui s'est passé auparavant pour la levée des excommunications… Je ne sais pas si vous vous en souvenez mais cet été-là, en 2008, fut un peu chaud ; il y eut ce qu'on a appelé l'ultimatum. Je me rappelle un petit événement… On me remet un texte qui dit en substance ceci : « Si Mgr Fellay n'accepte pas les conditions très claires que nous allons lui imposer, ce sera très grave » Le cardinal Castrillón Hoyos déclarait même : « Jusqu'ici je disais que vous n'étiez pas schismatique ; si vous continuez, je ne le peux plus ». C'était vraiment très tendu. Je leur ai répondu : « Vous dites qu’il faut que je respecte les conditions, mais lesquelles ? » Ils se taisent. Silence. J’ai demandé à nouveau : « Vous dites qu'il y a des conditions, mais qu' attendez-vous de moi ? » A ce moment-là, le cardinal d'une voix très grave - c'était vraiment très solennel - a prononcé presque à mi-voix et lentement : « Si vraiment vous pensez en conscience que vous pouvez dire ces choses-là aux fidèles, eh bien ! dites-les ». Vous pouvez imaginer combien c'était haut en émotion !
J’ai déclaré à M. l’abbé Nély qui m'accompagnait, que j’étais frustré ; il m’affirma qu’il s’agissait vraiment d’un ultimatum. A ma demande, il est retourné le lendemain à la Commission Ecclesia Dei pour obtenir des précisions sur les fameuses conditions. Il leur a fallu une demi-heure pour rédiger en cinq points des conditions qui disaient tout et rien. Je devais ainsi promettre de pratiquer la charité ecclésiale. Qu’est-ce que cela veut dire ? Enfin, j'ai écrit un petit mot au pape, et l'ultimatum n’était plus à l’ordre du jour. Mais on ne peut pas dire que tout allait bien… Au mois de décembre suivant, les relations s’étant quelque peu détendues, j'ai écrit une lettre au cardinal pour reprendre contact.

Entre temps il y avait eu Lourdes. C'était aussi épique, voici brièvement une petite anecdote : nous avons pu utiliser la basilique pour notre pèlerinage, mais les évêques étaient interdits de messe par l'évêque du lieu. Trois jours avant le pèlerinage, j'ai parlé au téléphone avec le cardinal Castrillón à qui j'ai promis d’écrire une lettre ; au cours de la conversation il a abordé la question du pèlerinage : « J’ai su que vous faisiez un pèlerinage, ce sera magnifique, il y aura beaucoup de monde ». Je lui ai répondu : « C'est beau, en effet, mais il y a une fausse note ». – « Ah bon ! ». – « Oui, les évêques ne peuvent pas célébrer ». – « Des évêques censurés, hors de l'Eglise, c'est normal, on ne peut pas leur donner la permission de dire la messe ». – « Et les anglicans, ils ne sont pas excommuniés ? » - « Que voulez-vous dire ? ». – « Que les anglicans, eux, ont pu célébrer dans la basilique de Lourdes ». – « C’est vrai ? Avez-vous des documents ? On va s'occuper de ça ». Nous étions sur le départ pour Lourdes, j’ai vite glané sur Internet quelques petites choses pour les lui envoyer.

Dans les documents officiels de Lourdes, tout le programme était bien marqué ; pendant toute une semaine, ils étaient sept ‘évêques’ à concélébrer, sept ‘messes’ en présence du cardinal Kasper, tous les ministres étaient anglicans, et l'homélie par un anglican, je ne dis pas un évêque car les anglicans sont tous des laïcs, ce ne sont pas de vrais prêtres, encore moins de vrais évêques.

Ceci pour vous montrer le climat : d’un côté on cherche à nous anéantir et de l’autre on s’occupe de nous au point de déranger le pape un après-midi à cause de cette histoire de Lourdes. J’ai profité de la lettre que j'ai finalement écrite au cardinal Castrillón, au mois de décembre, pour lui rapporter les propos de l'évêque de Tarbes pour qui, si nous cessions de nous dire catholiques, nous pourrions alors célébrer la messe. Je lui expliquais : « Ainsi donc vous voulez qu'on sorte de l'Eglise pour qu'on puisse avoir les églises, cela ne tient pas debout ! » J’étais un peu sec.

Le 17 décembre, j'avais appris qu'il y avait une réunion à Rome dont le but était de réfléchir s'il ne fallait pas déclarer le schisme de la Fraternité, ou éventuellement excommunier Mgr Fellay au motif qu'il favorisait une attitude schismatique dans la Fraternité. J'ai envoyé ma lettre… Un mois plus tard, il n'y avait plus d'excommunication !

Bien sûr, il y avait notre croisade du Rosaire. Mais après la lettre que je leur avais envoyée, je pensais que ce ne serait pas de sitôt. En effet, le cardinal Castrillón m’a informé qu'il y avait eu deux réunions de cardinaux : une première où ils ont discuté des excommunications, la conclusion fut négative ; puis une deuxième dont la conclusion a été qu’ils pouvaient très bien reconnaître la Fraternité. Cela m’a été révélé plusieurs mois après…
Abbé Lorans
Monseigneur, vous nous montrez que les lignes de partage se déplacent quelque peu. Cette université d'été est consacrée à l'apologétique, est-ce que l'attitude des fidèles et des prêtres attachés à la tradition devrait à votre avis aussi changer ? Est-ce que c'est une période où il faut tenir compte précisément de la réalité qui nous est faite, et des situations qui nous sont données par la Providence ?
Mgr Fellay
Je pense qu’il faut garder une extrême prudence. Cette situation de contradiction forcément va susciter toutes sortes de bruits, de rumeurs dans tous les sens, voilà pourquoi il faut vraiment, si je puis parler ainsi, tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de parler, et j’ajouterais même : avant de croire quelque chose. Il faut regarder les faits, ne pas courir après les bruits si vous ne voulez pas "tourner en bourrique" !

Le cardinal Levada m’a invité le 14 septembre ainsi que les deux Assistants généraux. C'est quelque chose de nouveau. On dit qu’on a abordé tous les thèmes doctrinaux, qu’une réunion est maintenant nécessaire pour évaluer ces discussions théologiques et parler du futur. On dit qu’il y aura une proposition d’accord pratique, je n’en sais rien. Cela émane de partout : l’abbé Aulagnier dit qu’ils vont faire comme ça et que la Fraternité va refuser. Je n’en sais rien. Même Mgr Williamson en a parlé, je ne sais pas d’où il a reçu ses informations ; il paraît d’un porte-parole d’Ecclesia Dei… Qui est ce porte-parole ? Je n’en sais rien. Des bruits persistent, peut-être y aura-t-il du nouveau ? Il y a beaucoup de monde qui parle ; Rome ne dément pas mais je n’ai toujours rien reçu. On demeure dans l’expectative.

Si leur objectif reste toujours l’acceptation du concile par la Fraternité, les discussions ont été assez claires pour montrer que nous n’avons pas l’intention de nous engager dans cette voie. En 2005 déjà, après cinq heures de discussions au cours desquelles j’avais fait le tour et passé en revue toutes nos objections contre les erreurs, la situation de l’Eglise d’aujourd’hui, le Droit canon, je peux vous assurer que les échanges étaient tendus. Le cardinal Castrillón avait conclu : « Je ne peux pas dire que je sois d'accord avec tout ce que vous avez dit, mais vos propos montrent  que vous n’êtes pas en dehors de l'Eglise. Ecrivez au pape pour lui demander d’enlever l'excommunication ».

J’ai compris alors que Rome était prête à faire un geste, sinon cette demande n’avait aucun sens. Ma réponse n’a pas été immédiate, car en fait, pour nous, il n’y a jamais eu d’excommunication. C’est pourquoi la lettre que j’ai écrite au pape ne demandait pas la levée mais l’annulation ou le retrait du décret, car celui-là, il existe. A ceux qui disent que j’ai demandé la levée de l’excommunication, je leur réponds que c’est faux. Le cardinal Castrillón m’a même écrit : « Vous demandez qu'on retire le décret, on va vous enlever l'excommunication ». C'est très clair, ils savent ce qu'ils disent.

Alors pour connaître l’exacte situation… Pour ma part, j'en suis à vous dire que ce qui va arriver demain, je ne le sais pas. Cela peut aller de la déclaration de schisme jusqu’à la reconnaissance de la Fraternité. Je ne veux pas spéculer. J'essaie de prévenir les situations, de réfléchir à ce qu'il faut faire dans tel ou tel cas de figure.

D'un côté, je préconise une extrême prudence, de ne pas courir après les bruits, d’en rester aux faits, au réel. Mon impression est que Rome se moque de ce qui est dit ; les paroles fusent dans tous les sens mais n’ont guère de valeur. Ne vous affolez pas. C'est un peu comme Notre-Seigneur, on vous dira il est ici, il est là, n'y allez pas, restez.

D’un autre côté, je retiens des discussions doctrinales qu’en soi elles n'apportent pas un grand bien dans l’immédiat, parce que c'est la rencontre de deux mentalités qui s'entrechoquent. J’en garde l’image d’un tournoi où deux chevaliers croisent le fer, s’élancent, mais passent à côté l’un de l’autre.

Ils ne peuvent en tout cas pas dire qu’on est d’accord. Si nous sommes d’accord sur un point, c’est que sur aucun point nous ne sommes d’accord ! Evidemment, si on parle de la Sainte Trinité on est d'accord… Mais le problème n’est pas là : quand on parle du concile, on parle de certains problèmes nouveaux, que nous appelons des erreurs.

Il y a ce bruit selon lequel on nous ferait des propositions. Mais à quelles conditions ? Y aura-t-il des conditions ? A mon point de vue, il serait invraisemblable qu'il n'y en ait pas. Certains disent que ce n’est pas possible, que jusqu'à présent ils ont toujours essayé de nous faire avaler le concile. Moi je ne sais pas. La seule chose que je dis, c’est : “on continue”. Nous avons nos principes, et le premier d’entre eux, c'est la Foi. A quoi servirait-il de recevoir un quelconque avantage ici-bas si on doit mettre en jeu la Foi ? c'est impossible. Et sans la Foi il est impossible de plaire à Dieu, donc notre choix est fait. D'abord la Foi, et à tout prix, elle passe même avant une reconnaissance par l'Eglise. Il faut avoir cette force.

Je voudrais dire une dernière chose : quelque chose bouge, et dans ce quelque chose qui bouge, il y a des âmes assoiffées, elles viennent de l'état désastreux de l'Eglise aujourd'hui, elles n'arrivent pas comme des âmes parfaites, mais il faut s'en occuper. Jusqu'ici nous avons eu une attitude de défense. Cependant il ne faut pas avoir peur d'introduire un élément d'attaque, un élément plus positif : aller vers les autres pour essayer de les gagner tout en faisant preuve de la plus grande prudence, car l’hostilité n’est pas finie. Imaginez que Rome nous reconnaisse tout à coup, j'ai de la peine à le croire, mais que se passerait-il alors ? Vous croyez que les progressistes vont changer vis-à-vis de nous ? Mais pas du tout ! D'une part ils vont continuer à nous rejeter comme ils l'ont toujours fait, ou ils vont essayer de nous faire avaler leur venin ; nous refuserons et le conflit repartira de plus belle, ne vous faites pas d'illusions. Si Rome nous reconnaissait, ce serait encore plus dur que maintenant. Maintenant, nous bénéficions d’une certaine liberté. Il faudra bien qu’un jour l'Eglise nous reconnaisse comme catholiques, mais ce ne sera pas facile.

De la part de Rome, il nous manque la clarté ; nous voudrions que Rome devienne de nouveau le phare de la vérité, mais c'est loin d’être le cas pour l'instant, c’est plus que flou... Pour notre part, fondamentalement nous ne changeons rien, nous continuons à nous axer sur la Foi, tout en étant prêts à aider les âmes qui souhaitent être aidées, même si elles ont des comportements qui laissent à désirer au départ. Il faut beaucoup de patience, de miséricorde tout en restant ferme, ce qui n’est pas facile ! Faisons attention à ne pas rejeter pour des raisons superficielles des âmes méritantes qui viendraient vers nous ; on ne veut pas n’importe qui, il ne faut surtout pas nous affaiblir, mais il faut être bon avec tout le monde. C’est une obligation aussi pour nous de grandir dans la vertu.

Il faut rester dans le domaine surnaturel. L'apologétique consiste dans la défense de la Foi, mais surtout au niveau de la raison, afin d’essayer de convaincre. Mais ce n’est pas suffisant. Pour convaincre, il faut que la grâce passe, et la grâce est surnaturelle. Pour convaincre il faut un acte du Bon Dieu, il faut donc prendre des moyens surnaturels. Pour nous, cela veut dire mener une vie chrétienne profonde, intense. C'est bien plus important que le combat simplement apologétique, mais cela ne veut pas dire qu'il faille négliger le premier, les deux sont nécessaires, mais c’est une question d’ordre

C'est pour cette raison que je me permets d'insister sur notre croisade. Les victoires que nous remportons sur la Rome moderniste, ce n'est pas à nous qu'il faut les attribuer, mais sans aucun doute à la Sainte Vierge et à nos croisades. C’est à la fin de chacune des croisades nous avons obtenu soit la messe, soit la levée des excommunication, chaque fois après nous être tournés vers la Sainte Vierge, et dans des situations considérées comme impossibles. Il ne faut pas seulement compter sur la Sainte Vierge mais encore se ranger sous sa bannière, la suivre. C'est son temps.

(Le style oral a été conservé)

[Père Grosso - radiocristiandad] Lettre de démission de la FSSPX

SOURCE - Père Grosso - radiocristiandad - aout 2011

Cher Monsieur l’Abbé Bouchacourt,

Croyez bien que depuis quelque temps, je prie pour savoir ce que Notre Seigneur attend de moi. Je vous certifie avoir vécu dernièrement des heures pénibles à cause de ce qui me sépare des autorités de la FSSPX, mais comme je ne fais pas partie de celles-ci et que je n’ai aucun avis à émettre en la matière, j’ai décidé de vous faire part de ma volonté de quitter la Fraternité.

Je tiens à vous indiquer quelques-uns des motifs de ma décision, car vous méritez de les connaître en raison de la charité et de la compréhension que vous m’avez témoignées depuis mon arrivée à la Fraternité.

Tout est parti de différences d’appréciation quant à la réalité des faits et à sa confrontation avec l’eschatologie ; je ne parle pas seulement de l’Apocalypse, car la question dépasse le cadre de ce texte dans la mesure où elle évoque également le sermon eschatologique de Notre Seigneur, ainsi que certains passages des écrits des Apôtres saint Pierre, saint Jean et saint Paul et du Prophète Daniel.

Depuis mon séminaire, je lis le R.P. Leonardo Castellani et crois en les prophéties bibliques ; aussi ces idées sur les temps qu’il nous est échu de vivre ne sont-elles pas nouvelles en moi. J’estime qu’en l’état actuel des choses, dire aux fidèles que nous devons reconquérir une chose qui est en train de mourir revient à ne pas comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons. Je crois – et c’est la raison pour laquelle je me décide à agir en conséquence – que la lutte en est au point dont parle l’Ange à l’Église de Sardes : « Sois vigilant, et affermis le reste qui allait mourir. Car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu » (Apoc 3, 2). C’est pourquoi il me semble inutile, voire préjudiciable de se rapprocher de la Rome moderniste, car jusqu’à présent, elle a montré combien elle savait dévorer tous les groupes traditionalistes et les réduire ensuite à la synthèse de ce qu’elle croit être l’Église, c’est-à-dire Vatican II. Bien entendu, Benoît XVI est le principal mentor de cette Rome-là. Or, il semble que vous-même et Mgr Bernard Fellay avez foi en lui et croyez qu’il va sauver l’Église : « Nous pouvons en effet espérer que Dieu récompensera le courage indéniable que Benoît XVI a manifesté en accordant les deux préalables que lui demandait la FSSPX, et qu’Il lui enverra les forces et les lumières nécessaires pour mener à bien une telle restauration, qui semble bien impossible à vue humaine » (votre éditorial Iesus Christi n°121 de mai 2012). Le contraste est frappant avec l’Apocalypse de saint Jean: « Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon […] et elle séduisait les habitants de la terre… »

J’estime, par conséquent, qu’étant donné le chemin sur lequel elle s’est engagée, la Fraternité court à sa ruine, et je rejoins en cela d’autres personnes qui ont dénoncé ce fait avant moi (voir la démission du R.P. Juan Carlos Ceriani). Grâce au livre de Daniel et à l’Apocalypse, nous savons que les ennemis ont la permission divine « de faire la guerre au saints et de les vaincre » (Apoc. 13, 7) ; il ne subsistera rien d’au moins visiblement organisé que les ennemis n’auront infiltré et détruit, et il n’y aura plus qu’un petit reste insignifiant de fidèles dispersés. Or, cela ne se produira pas sans l’infidélité de la tête du groupe, car nous savons que Dieu n’abandonne que ceux qui L’ont abandonné en premier, ce dont on voit un exemple avec le Vatican actuel, complètement dominé par ses ennemis pour avoir abandonné Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ces considérations, parmi beaucoup d’autres, m’éloignent de la Fraternité, car si selon vous et vos confrères, prononcer de tels prêches revient à faire peur aux fidèles, selon moi, au contraire, nous devons enseigner ceci : « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, annoncée par le prophète Daniel, établie en lieu saint, – que celui qui lit, entende, – alors que ceux qui sont dans la Judée s’enfuient dans les montagnes ; » (St Mat. 24 : 15-16). Et il ne faut pas s’approcher de la Rome anathémisée par Dieu : « Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Galates 1 : 8-9).

Cher Monsieur l’Abbé, comme je n’ai pas l’intention d’engager une controverse sur l’interprétation des textes, j’ai décidé – après avoir longtemps prié et consulté des personnes prudentes – de m’en aller sans faire le moindre scandale ni rien dire aux fidèles. Je vais m’installer chez mes parents, à San Francisco (Province de Córdoba) ; là, avec l’aide de Dieu et de quelques personnes de ma connaissance qui ressentent ces choses-là comme moi, je compte persévérer dans le sacerdoce.

Dieu vous bénisse, et merci beaucoup pour tout.

In Domino Abbé Gabriel Grosso

P.S. – J’ai repensé à ce dont nous avons parlé hier, et je crois qu’il est de mon devoir d’être fidèle à ce que me demande Notre Seigneur Jésus-Christ.

13 août 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Ignorance innocente?

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 13 août 2011

Un lecteur pose une question vitale : « Si un bon Protestant a mené une bonne vie mais reste convaincu que la Foi catholique n'est pas vraie, en sorte qu'il ne pense même pas à se faire catholique, peut-il encore sauver son âme ? »  La question est vitale - « vita » en latin signifie « vie » -- parce qu'il y va de la vie éternelle ou de la mort éternelle pour des âmes sans nombre.

Pour répondre, il faut dire tout d'abord que toute âme qui au moment de la mort paraît instantanément devant le tribunal de Dieu sera jugée par lui avec une justice parfaite et une parfaite miséricorde. Dieu seul connaît le fond du cœur humain, ce fond qu'un homme peut se cacher à lui-même, combien plus à ses semblables. L'homme peut se tromper, Dieu jamais. Donc le « bon Protestant » se damnera ou sera sauvé par Dieu exactement comme Dieu sait qu'il l'a mérité. N'empêche, si Dieu veut que tout homme se sauve (I Tim.II, 4) et s'il exige que nous croyions tous sous peine d'être condamnés (Mc. XVI, 16), il s'ensuit qu'il aura fait savoir aux hommes ce que nous devons croire et faire pour sauver nos âmes. Alors qu'est-ce que doit croire le « bon Protestant » ?

Le minimum absolu que doit croire une âme pour se sauver, c'est que Dieu existe et qu'il récompense les bons et punit les méchants (Heb.XI,6). Si un « bon Protestant » qui a mené « une bonne vie » ne croit pas cela, il ne peut pas se sauver. Mais de nombreux théologiens catholiques vont plus loin, en affirmant que pour se sauver il faut croire aussi en la Sainte Trinité et au Christ Rédempteur. Si ces théologiens ont raison, il peut y avoir beaucoup plus de « bons Protestants » qui ne se sauveront pas.

De plus, Dieu peut exiger d'eux qu'ils croient plus que ces vérités de base, selon qu'ils ont eu dans leur vie l'occasion de connaître plus de cette Vérité qui vient de lui. S'ils ignorent tout le reste de la Foi catholique, ne l'ont-ils jamais rencontrée ?  Peut-être que non. Mais peut-être que oui. Je me rappelle comment ma mère admirait le prêtre catholique qui lors d'une rencontre d'occasion avait su répondre à toutes les questions sérieuses posées par son père, mon grand-père, « bon Protestant », mais il n'y a pas eu de suite, que je sache. Si donc les « bons Protestants » ont rencontré la vérité catholique ne fut-ce qu'une seule fois, pourquoi ne lui ont-ils pas donné suite ?  A moins d'avoir été mal présentée, c'est en effet la vérité qu'ils refusaient. Peuvent-ils l'avoir rejetée sans faute ?  Dès lors, l'ont-ils rejetée innocemment ou en connaissance de cause ?  Les « bons Protestants » sont toujours prêts à protester leur innocence, comme nous tous d'ailleurs, mais pas un seul d'entre nous ne trompera Dieu.

Et de plus, il y a ce que doit faire le « bon Protestant » pour se sauver. Il peut ignorer la totalité de ce qu'exige infailliblement l'Eglise catholique en matière de mœurs, mais il jouit au moins de la lumière naturelle de sa conscience innée. Or suivre cette lumière lorsqu'on souffre du péché originel et que l'on n'a pas l'aide des sacrements catholiques sera normalement bien difficile, mais si l'on viole sérieusement cette conscience ou la déforme, on vivra et mourra facilement dans le péché mortel, état dans lequel aucune âme ne peut se sauver. Encore une fois, le « bon Protestant » pourra plaider qu'il ignorait la plénitude de la loi de Dieu telle qu'elle est connue des catholiques, mais cette ignorance a-t-elle été vraiment « invincible », c'est-à-dire innocente ?  Par exemple, a-t-il vraiment ignoré, ou a-t-il feint d'ignorer, que l'usage des « préservatifs » même dans le mariage déplait gravement à Dieu ?

Dieu le sait.  Dieu juge. Qu'il fasse miséricorde à tous les « bons Protestants », et à nous tous.

Kyrie eleison

10 août 2011

[Romano Libero, Golias] Canizarès persiste et signe

SOURCE - Romano Libero, Golias - 10 août 2011

L’une des artisans diligents et même perfectionniste de la réforme liturgique, le cardinal Virgilio Noè vient de mourir. Il était âgé de 89 ans.Le malheureux cardinal Noè doit cependant se retourner dans sa tombe à la lecture d’une récente interview du cardinal espagnol Antonio Maria Canizarès Llovera, préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements ainsi qu’ancien archevêque de Tolède.

Elégant et d’une immense culture, ce prélat ne peut certainement être catalogué comme progressiste dans la mesure où il jugea fort sévèrement la préparation de la liturgie du Bourget en 1980 lors de la première venue de Jean-Paul II en France. En outre, il fut, sans doute à tort, soupçonné d’être à limogeage de son ancien patron et ami, Mgr Annibale Bugnini, figure charnière de la réforme auquel il reprochait d’aller cette fois trop loin. Il adressait le même reproche à l’un de ses anciens disciples, Mgr Piero Marini. En revanche, il lutta avec beaucoup d’énergie contre le retour même partiel de l’ancienne liturgie. Comme archiprêtre de la basilique Saint Pierre de Rome, il fit accepter la communion dans la main en donnant lui-même l’exemple à la messe du soir et empêcha autant qu’il put la célébration de la messe de Saint Pie Y, qu’il interdit catégoriquement. On pouvait parler d’"intégrisme de Paul VI", une variante de l’échiquier idéologique peu représentée en France sinon par Solesmes sans doute.

D’un tempérament entier, Mgr Canizarès est un conservateur pur sucre et très intransigeant, dont on sait l’hostilité frontale envers le gouvernement de Zapatero. Une hostilité si franche que cela en devint jadis gênant, même aux yeux du Vatican. Cependant, le prélat n’a rien d’un lefebvriste. Au départ il se montrait plutôt rétif au sujet de l’ancienne liturgie, et n’abonde depuis en ce sens que par loyauté envers son ami Benoît XVI.

Mgr Canizarès recommande en tout cas aux catholiques de communier directement sur les lèvres, et non dans la main, et s’ils le peuvent à genoux. Cette recommandation est faite en raison du sentiment d’adoration qui s’impose selon le cardinal. Communier de cette manière est une façon d’avancer dans la voie de la redécouverte du sens de l’adoration. Selon le préfet de la congrégation romaine en charge de la liturgie, si nous banalisons la communion, nous finissons par tout banaliser. Or il n’est pas possible de laisser passer un moment aussi important que la communion, dans la reconnaissance de la présence réelle du Christ.

Son Eminence dénonce en outre les nombreux abus qui ont cours en ce moment et souligne qu’il est indispensable de les corriger, en particulier au travers d’une meilleure formation, à tous les niveaux. Cette formation doit faire en sorte que l’on « célèbre bien, que l’on célèbre conformément aux exigences et à la dignité de la célébration, dans le respect des normes de l’Eglise ». Il insiste encore sur la responsabilité incontournable des évêques en la matière.

[Paix Liturgique] Ces prêtres qui souffrent

SOURCE - Paix Liturgique n°295 - 10 août 2011

Nous publions ces libres réflexions d’un médecin psychiatre à propos de Ces Prêtres qui souffrent (Michel de Saint-Pierre, 1966), ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui. Le médecin complète les réflexions du romancier, 45 ans après, dans une situation idéologiquement identique, mais qui pastoralement a changé du tout au tout : la Rénovation décidée à l’époque n’a été possible que parce que l’Église d’Occident était, malgré des signes de déclin évidents et des fissures doctrinales gravissimes, toujours riche en prêtres, religieux, missionnaires, séminaires, œuvres de toutes sortes – de même d’ailleurs, toutes choses égales, que la Révolution de 1789 n’a été possible que parce que la France du XVIIIe siècle, agitée de tensions sociales très graves, restait le pays le plus riche et le puissant d’Europe. Mais la Rénovation conciliaire, qui a ouvert toutes grandes les portes de la sécularisation, a « saigné » l’Église bien plus que les guerres de la Révolution n’avaient saigné et abaissé la France : de la richesse pastorale (relative) d’avant le Concile il ne reste plus rien, et l’institution ecclésiastique est en train de s’effacer purement et simplement du paysage occidental. Du coup, aujourd’hui, le prêtre que l’idéologie de la Rénovation tente de réduire sait qu’il a raison ; et le responsable Rénovateur qui cherche à le réduire devrait savoir qu’il a tout faux.

Et pourtant, la machine à Rénover continue son œuvre, et les prêtres qui résistent à la Rénovation continuent de souffrir.

Ces prêtres qui souffrent : aspects psychologiques

Il y a quarante cinq ans, Michel de Saint-Pierre publiait le deuxième volet d’un triptyque sur le prêtre : Ces Prêtres qui souffrent (La Table Ronde, 1966) prolongeait, deux ans après, Les Nouveaux Prêtres paru en 1964 (La Table Ronde), en plein concile. Un héros récurrent, l’abbé Delance, aussi saint et persécuté que l’abbé Chevance, de Bernanos, auquel il doit sans doute son nom, se voyait à terme (terrestre) mortifié et martyrisé pour sa fidélité au sacerdoce de toujours. Le récit de son exil intérieur, sous le titre La passion de l’abbé Delance, complète la trilogie, en 1968 (toujours, La Table Ronde).
Cette montée vers le sacrifice ultime avait ceci de particulier que le couteau sacrificiel était tenu par son évêque, et non par quelque potentat païen rebelle à toute évangélisation. Malaise dans les rangs des fidèles de l’époque. "Ce Saint-Pierre là, quel provocateur !", entendait-on dans les paroisses. "Il n’accepte pas le renouveau de l’Église. Il lui manque les clés du Royaume !" Et tous de pouffer.

Le respect du haut-clergé n’avait pas encore trop pâti des désastres postconciliaires, encore que, depuis la Libération, l’autorité épiscopale n’était plus ce qu’elle était. Pour suspecter un successeur des apôtres de malveillance à l’égard d’un prêtre méritant, il fallait avoir mauvais fond. Fermez le ban. L’abbé Delance, pour sa part, avait à expier sa rigidité et sa propension à ne pas « penser avec l’Église ». Que voulez vous, il y a, hélas, des gens comme ça.

Le renouveau pastoral était d’actualité. Cette priorité s’imposait, nonobstant les inerties diverses, et autres arguties cherchant de façon dérisoire à freiner l’œuvre sacrée de l’Esprit soufflant en tempête. Le Concile montrait la voie, aussi surement qu’au plafond de la Chapelle Sixtine le Père montre le Fils et vice-versa. Certes, Les Nouveaux Prêtres montraient l’étonnant succès, qui exaspérait ses confrères progressistes, de la sainteté de l’abbé Delance, et le commencement des désastres provoqués par la démagogie de ces dernies. Mais les dogmes n’étant pas menacés (c’est du moins ce que faisait semblant de croire Michel de Saint-Pierre, à la différence d’autres « réfractaires », comme Jean Madiran, Georges de Nantes, Marcel Lefebvre), la pastorale se voulant prometteuse, quel péril en la réforme ?

L’année 1966 fut déjà, à sa façon, une « annus horribilis » : C’est l’année du grand vide, celle des départs à la cloche de bois : clercs, religieux, paroissiens firent défection, en masse. Les lendemains qui déchantent, tel fût l’effet majeur d’une praxis ayant réduit le dogme à quia.

Émile Zola avait, entre 1891 et 1898, conçu un cycle romanesque dénommé Trois Villes : Lourdes, Rome, Paris. L’abbé Pierre Froment, dont le chemin intérieur en est le fil conducteur, connaît un parcours inverse de celui de l’abbé Delance. Quand celui-ci reçoit les stigmates, celui là quitte l’Église, ayant perdu la Foi à Lourdes. Il se marie, et connaitra la « vraie » fécondité avec son épouse qui lui donnera douze enfants. Ce « Froment » opte pour les nourritures terrestres, les seules qui ne trompent pas.

La littérature met en évidence l’antagonisme des parcours, et l’on sent intuitivement que la fiction n’est pas un obstacle à la réception du message : le héros n’a d’imaginaire que le patronyme dont le roman le désigne, et le masque tout à la fois. Il n’y a qu’un pas à franchir pour que l’actualité vienne donner un visage contemporain à chaque type littéraire, celui que l’art a rendu accessible à partir du vivant. Il faut choisir sa route, donc, et l’assumer.

Aujourd’hui, tel prêtre de Normandie est la cible de son évêque. Les protagonistes sont de chair et de sang. L’abbé est un curé de paroisse performant. Ce n’est pas un « tradi » ; c’est un prêtre qui interprète l’enseignement contemporain à la lumière de l’enseignement constant de l’Église. Il est catholique, sans prédicat surajouté. Son sacerdoce se déploie sans entrave, à la plus grande satisfaction de ses paroissiens.
Or, il est insupportable à son évêque, Mgr N. Ses ouailles sont nombreuses, et reconnaissantes de surcroit. La quête est généreuse. Alors pourquoi tant de haine ? On vient de vous le dire ! L’abbé incarne le modèle enterré par l’évêque. Pour le dire avec le philosophe Slavoj Zizek, ce qui refuse de mourir devient persécuteur, à la façon d’un fantôme.

Ce prêtre d’aujourd’hui a sur la situation de l’Église une perspective que l’abbé Delance, ou plutôt son démiurge, ne pouvait avoir aussi nettement. La crise de l’Église est patente, la foi est en berne, les vocations aussi. Les constats sont tragiques, à moins de les rendre impossibles par automutilation (aveuglement, décérébration) ou sabordage (abandon de toute faculté de juger, récusation du quantitatif, refus de toute évaluation).

La haine de l’évêque pour ce prêtre est tellement obscène qu’elle scandalise même la revue Golias, laquelle donne de la valeur au soutien de l’abbé par sa base locale. Il n’est pas fréquent, à vrai dire, qu’une gouvernance aussi désastreuse se manifeste. Habituellement, les institutions répugnent à montrer leur violence. Le respect des formes réglementaires, la consistance du fonds faisant litige sont des préalables à la bonne fin d’un contentieux. À l’inverse, une intimidation maladroite ou une sanction arbitraire dénonce l’auteur plus que la cible.
Ce curé a un ennemi. À cause de son succès. Il est combattu parce qu’il réussit, pas parce qu’il est défaillant. L’évêque ne veut pas sa mort, il veut mettre un terme à cet habitus sacerdotal qu’il incarne.

L’abbé Delance était de trop dans un horizon renouvelé par anticipation. Le curé normand d’aujourd’hui sait que les promesses n’ont pas été tenues, et il sait pourquoi. Il est de trop par son insolent succès en terre dévastée. Il fallait que l’abbé Delance fût un saint pour assumer sa passion. Il suffit à notre curé normand de désigner son ennemi pour ne pas laisser dévoyer son martyre en dépression.

Tout prêtre souffre quand sa vocation est disqualifiée. Quand l’Appel auquel il a souscrit fait l’objet d’un déni. Qui peut avoir un tel pouvoir de nuire ? L’athée ne déstabilise pas le prêtre, l’indifférent non plus, l’apostat encore moins. Ordonner vers le Christ, telle est sa mission. Il peut connaître la fatigue, mais il ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Il souffre quand il est dénoncé comme un obstacle dans l’accès au Christ, comme une entrave à l’Esprit, comme un serviteur nocif. Qui a l’audace de tels jugements et la capacité de le blesser, si ce n’est celui qu’il voit comme un père ?

Tout ceci est corroboré par les témoignages saisis ça et là dans les diocèses français, au point qu’il est pertinent de dénoncer l’actualité d’un combat épiscopal contre ces « nouveaux prêtres » d’aujourd’hui, lesquels sont bâtis à l’antithèse de leurs aînés. Formés dans les séminaires interdiocésains où les séductions du néo-modernisme sont loin d’être mortes, plus avertis de l’adversité intra ecclésiale et des ambiguïtés d’un amour plus parlé que vécu, ces jeunes prêtres ont souvent l’intuition qu’il faut, pour trouver un équilibre, avoir l’air de ce que l’on est, sans barguigner . De plus en plus, la soutane est « tendance » ; le prêtre se dispose à mettre de l’ordre là où le monde met du désordre ; le sacerdoce du prêtre est vu plus clairement comme un sacrement spécifique, irréductible au sacerdoce des baptisés. Vatican II prend place dans l’histoire de l’Église, évidemment ; ceux qui le veulent inaugural font preuve d’ignorance ou de parti pris. L’adversité la plus trouble est intra muros.

Le 9 avril 2009, jeudi saint, Monseigneur Aillet, l’évêque de Bayonne, signait avec son presbyterium un « message au peuple de Dieu », texte d’attachement au célibat ecclésiastique. Heureux de répondre ainsi aux exigences de leur condition d’hommes séparés du commun, pour la Gloire de Dieu. Or, de fait, étant fauteur d’ordre, le prêtre est, partout là où il est, celui qui pose le cadre de sa propre activité. Il n’a pas à subir les caprices de quiconque ; le baptisé a recours à lui, il n’a pas à lui dicter sa conduite. En analogie avec la fonction médicale, laquelle est au service du malade mais ne s’effectue pas sous sa dictée.

Cette chefferie du prêtre, cette autonomie décisionnelle sont intégrées au gouvernement de l’Église. Lequel doit les faire respecter. Or c’est l’inverse de la politique actuelle des diocèses, sous la férule de la Conférence des Évêques de France. Le prêtre est prolétarisé, au seul profit de l’Évêque qui se choisit des doyens, seuls titularisés, et missionne des laïcs dociles à ses vues. L’Évêque tend à être le seul à jouir du pouvoir d’ordre, dont pourtant il a la plénitude mais pas l’exclusivité, et à en user à sa guise. Un centralisme dit démocratique nivelle les prêtres au rang des laïcs. Les clercs sont souvent même soumis aux laïcs missionnés, ces derniers incorporés ici et là à l’Église enseignante ! Excusez du peu. Des aveux impressionnants échappent à tel ou tel évêque à travers les médias. Monseigneur Hippolyte Simon se lâche dans l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut consacrée au célibat des prêtres le 29/05/2010. Devant le philosophe ébahi, il affirme que la chute des vocations a été une chance pour l’Église, parce qu’elle a permis la promotion du laïcat. Il a même ajouté que si le synode de 1971 avait accepté le mariage des prêtres, c’eût été une réforme d’effet réactionnaire puisque freinant la disparition du prêtre « patron ». Il faut mentionner également le livre de Monseigneur Albert Rouet, archevêque de Poitiers, qu’il faudrait commenter de façon détaillée, et qui est intitulé Vous avez fait de moi un Évêque heureux ( éd. de l’Atelier, Paris, 2011). C’est la longue provocation d’un féodal de la déconstruction, pour qui le prêtre, autre Christ, doit être ailleurs qu’aux postes décisionnels. Si le diable s’habille en Prada, Monseigneur, lui, s’habille chez Zara. Tantôt il n’a l’air de rien, tantôt il est déguisé en archevêque « trop cool ». Qu’est ce qui a pu le rendre heureux ? On n’apprend rien de ce qui compte pour lui, dans son cœur. Il a multiplié les commissions, missionné à tour de bras, fait tourner « l’Église qui est à Poitiers » autour de lui, avec un aplomb intact. Il fustige l’esprit ultramontain, le mondialisme, la prétention du catholicisme à l’universel. Il préconise l’écoute, le dialogue, l’ouverture au monde. Rien que du neuf, en somme. Quel bilan ? « Dieu n’aime pas les bilans ! » Circulez ! (Pourtant, c’est bizarre, il parle comme Albert, ce dieu là ; est ce que par hasard, à toujours voir Jésus en tout homme, il ne verrait pas Dieu dans la glace ?) Bref, il est heureux d’avoir pu parler en démocrate et agir en autocrate. Il s’en va, alors il balance, Albert. C’est un homme du passé, et du passif. Quid du prêtre en Poitou, sur orbite, ailleurs, dans l’inattendu, l’altérité, etc. ? À suivre.

Le prêtre est un soldat du Christ, comme tout baptisé. Il est prêt à servir le Christ par un engagement qui est folie pour le monde, scandale pour les pécheurs, terreur pour les démons. Sa mission est aussi sa dignité. Voyons en lui celui qu’il veut être, au service de Dieu et des âmes. Disons lui merci de ce qu’il est, et « exploitons-le » dans sa spécificité surnaturelle, n’en déplaise aux « missionnés ». Et dépression, alcoolisme, psychotropes, désespérance ne seront plus qu’un mauvais souvenir.

9 août 2011

[Golias - Libero Romano] L’abbé Laguérie et Vatican II

SOURCE - Golias - Romano Libero - 9 août 2011

Le site « Disputationes theologicae » nous offre une réflexion de l’abbé Philippe Laguérie, 59 ans, Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, et ancien « curé » autoproclamé de Saint Nicolas du Chardonnet avant son rabibochage avec Rome au sujet de Vatican II.

Ce texte est intéressant car il nous permet sans doute de mieux situer ce point de vue, qui a sa cohérence et qui se trouve en quelque sorte à mi-chemin entre une adhésion pleine et entière à Vatican II et le refus farouche opposé par les lefebvristes pour qui le Concile dans son ensemble est néfaste et dévastateur.

Selon Philippe Laguérie, « Pour Vatican II, on sait qu’il s’agit d’un concile pastoral non contraignant pour la foi (sauf sur les points antérieurement définis), dont la réception authentique est encore en cours ou à venir, comme l’a si bien exprimé S. E. le cardinal Ricard à Lourdes en 2006 ». Ce que veut dire dans un langage daté l’abbé Laguérie c’est que le dernier Concile n’a finalement pas vraiment d’autorité qui relèverait de la foi. Il ne dit pas que Vatican II serait hérétique, ni d’ailleurs que l’on pourrait simplement mettre cette hypothèse entre parenthèse, qu’il serait dénué de toute autorité, mais simplement que son autorité est en fait très limitée. Vatican II peut éclairer la route mais ne relève pas de l’adhésion de la foi. Et doit encore être bien compris et interprété. Bien enseigné également. « le Concile Vatican II est encore à recevoir. Il faut toujours vérifier que son souffle anime bien en profondeur la vie et le fonctionnement de nos communautés chrétiennes. Il s’agit de vérifier également que l’on ne met pas sous son patronage des façons de vivre, de penser, de célébrer ou de s’organiser qui n’ont rien à voir avec lui. Rester fidèle au Concile ne veut pas dire non plus qu’on demeure nostalgique des premières décennies de sa mise en œuvre ».

En clair, l’après-Concile a constitué une interprétation fallacieuse, idéologique et déviante du vrai Vatican II, sans doute imparfait, mais qui aurait somme toute fort peu à voir avec ce que l’on en a tiré ! Autrement dit, l’interprétation ordinaire et commune de Vatican II qui règne dans l’opinion serait à rejeter au profit d’une lecture minimaliste et correctrice du Concile, du moins de sa lettre, car son « esprit » n’aurait que peu à voir avec cette dernière. En nous fondant sur des travaux comme ceux de l’école de Bologne (héritière de Giuseppe Dossetti et de Giuseppe Alberigo) nous estimons quant à nous qu’une telle hypothèse est non seulement irritante mais indéfendable. Car, du point de vue historique, les textes constituent précisément une sorte de compromis transitoire. Vatican II n’est pas d’abord un corpus figé mais un évènement, une émergence. Sans quoi d’ailleurs, l’initiative du bon Pape Jean n’aurait tout simplement eu aucun sens.

[Abbé Ph. Laguérie, ibp] Mes nouvelles coordonnées

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie, ibp - 9 aout 2011

Il est temps que je vous donne mes nouvelles coordonnées puisque le 15 août est généralement la date butoir des nominations estivales. Je suis donc installé, avec le secrétariat central de l’Institut du Bon-Pasteur, au domaine nommé « La Rivardière ». L’adresse précise, où tout courrier doit dorénavant m’être adressé, est la suivante :
M. l’abbé Philippe Laguérie.
Secrétariat Central I.B.P.
52 rue de La Longerolle 86440 Migné-Auxances.
Le numéro de téléphone reste inchangé : 09 54 92 78 05
Je me suis présenté le 28 juillet dernier à S.Exc. Mgr Pascal Wintzer, évêque auxiliaire et Administrateur Apostolique du diocèse (Depuis le départ en retraite de Mgr Rouet, Archevêque de Poitiers, en février dernier). Il m’a réservé un accueil des plus évangéliques, même si le communiqué du diocèse a plutôt mis l’accent sur le caractère « civil » de mon logement de citoyen français. Je n’ai pas, pour l’heure, de mission canonique locale : je suis logé.

Mon secrétaire particulier devient M. l’abbé Jean-François Billot. Il est remplacé à la paroisse Saint-Eloi par M. l’abbé David Belon.

Je remercie M. l’abbé Hugues Beaugrand d’avoir exercé cette charge, dans des conditions parfois difficiles, au cours de l’année 2010-2011. Il s’en va prêter main-forte au séminaire de Courtalain (Qui reste à Courtalain, quoiqu’en disent les journalistes illuminés de FR3) tout en desservant l’église de Montmirail au diocèse du Mans, grâce à l’accueil chaleureux de son évêque Mgr Le Saux.

Le frère Placide-Pio nous a rejoints et nous attendons encore le diacre polonais Sergius Oriezko. Je remercie les bienfaiteurs généreux qui ont permis cette installation et la bonne Providence qui me permet de retrouver une saine vie de communauté.

8 août 2011

[FR3 Poitou-Charentes - Christine Hinckel] L'abbé Laguerie est-il le bienvenu?

SOURCE - FR3 Poitou-Charentes - Christine Hinckel - 8 août 2011

La possible installation sur la commune de l'abbé Laguerie, un catholique traditionnaliste crée la polémique.

L'abbé Philippe Laguerie est aujourd'hui à la tête de l'Institut du Bon Pasteur, il a été pendant treize ans curé de l'église St Nicolas -du -Chardonnet à Paris et a participé en 1993 à la tentative d'occupation de l'église Saint Germain l'Auxerrois. Il souhaite utiliser les locaux de Migné-Auxances pour organiser des séminaires.
Migné-Auxances (86): la venue de l'abbé Laguerie - Voir cette vidéo 
La venue dans la Vienne de l'abbé Laguerie suscite de nombreuses questions dans la communauté catholique poitevine. Pour sa part, le diocèse précise dans un communiqué que l'abbé Laguerie "n'exerce aucune charge pastorale dans le diocèse de Poitiers" et Pascal Wintzer,administrateur apostolique de Poitiers, "émets des réserves tout au moins quant aux bonnes pratiques écclésiales" de l'abbé traditionnaliste.

Seul l'évêque a autorité pour valider cette installation mais depuis le départ de Monseigneur Albert Rouet, aucun successeur n'a encore été nommé.

7 août 2011

[Abbé Méramo] Le caractère fallacieux d'un sermon digne du modernisme

SOURCE - Abbé Meramo - 7 août 2011

Monseigneur de Galarreta a prononcé le 29 juin 2011, à l’occasion des ordinations sacerdotales d’Ecône, un sermon digne d’un authentique moderniste, car son discours, quoique conservateur et modéré, était de caractère moderniste du début à la fin. 

Cherchant à expliquer, voire à justifier les conversations (dialogues) avec la Rome moderniste, adultère et apostate, comme le disait si bien Monseigneur Lefebvre (« Rome est dans l’apostasie »), Monseigneur de Galarreta tombe dans le modernisme le plus aberrant. Son diagnostic est pire que le mal, de même que l’on dit d’un médecin incapable qu’il administre un remède pire que le mal.

Tout d’abord, il essaye de faire croire qu’il faut aller à Rome pour être catholique, apostolique et romain, comme si la Rome moderniste était catholique, apostolique et romaine, ce qui n’est évidemment pas le cas : Monseigneur Lefebvre ne s’est pas borné à dire qu’elle était dans l’apostasie et que ce n’étaient pas là des mots en l’air ; il a dit aussi qu’il y avait à Rome une loge maçonnique vaticane (lors d’une conférence de 1976 qu’on a essayé de faire disparaître). Tout cela montre à l’évidence la triste réalité qui – en termes apocalyptiques – n’est autre que l’abomination de la désolation dans le lieu saint.

Monseigneur de Galarreta ne tient pas compte du fait qu’en se rendant à Rome, à la maison du père, on rencontre de sinistres personnages vêtus de pourpre et coiffés de mitre. De même que dans un conte célèbre, le Petit Chaperon Rouge croit candidement se trouver devant sa gentille mère-grand, alors qu’elle a en face d’elle le loup féroce et rusé, on va dialoguer avec Rome comme si c’était la gentille mère-grand catholique, apostolique et romaine, alors qu’il s’agit en réalité d’un loup rusé et vorace.

Cette comparaison peut sembler choquante et insultante, mais plus choquante et plus insultante est la triste réalité des faits, qui sont irréfutables.

Monseigneur de Galarreta se révèle victime d’un mirage sophistique qui lui fait voir une réalité indéniable là où il n’y en a pas. Ce défaut optique l’enferme dans une position anti-apocalyptique viscérale et auto-immune, en flagrante opposition avec l’Histoire – niant avant tout le crescendo du processus révolutionnaire –, la métaphysique de l’Histoire (lutte du bien et du mal) et la Théologie de l’Histoire, qui traite du combat entre le Christ et Satan, entre l’Eglise et la Contre-Eglise, avec sa phase ultime et apocalyptique.

On est catholique en professant publiquement la Foi, non en allant ou non à Rome ; et c’est encore plus vrai aujourd’hui, où Rome est moderniste et en opposition frontale et systématique à la Tradition catholique.

Ne pas le reconnaître, c’est oublier ce qu’a dit Monseigneur Lefebvre : « Hélas, je dois dire que Rome a perdu la foi, Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des mots en l’air, c’est la vérité : Rome est dans l’apostasie » ; et il est significatif qu’il ait tenu ces propos après une entrevue qu’il avait eue le 14 juillet 1987 avec le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI (Retraite sacerdotale prêchée à Ecône en septembre 1987).

Il s’agit d’une autre religion, ainsi que Monseigneur Lefebvre l’a déclaré lors de sa dernière conférence prononcée devant les séminaristes le 11 février 1991 : « La situation dans l’Église est plus grave que s’il s’agissait de la perte de la foi. C’est la mise en place d’une autre religion, avec d’autres principes qui ne sont pas catholiques ».

Il s’agit d’une Nouvelle Eglise : « Ce concile représente, tant aux yeux des autorités romaines qu’aux nôtres, une Nouvelle Eglise, qu’ils appellent d’ailleurs Eglise conciliaire » (Monseigneur Lefebvre, La Nouvelle Eglise, Tome II de : « Un Evêque parle », éd. Iction Buenos Aires 1983, p. 124).

C’est pourquoi, dans sa déclaration de 1974, Monseigneur Lefebvre n’hésita pas à déclarer : « Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues ».

Dans sa lettre aux quatre futurs évêques, Monseigneur Lefebvre a formulé la dénonciation suivante : « La Chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occupés par des antichrists, la destruction du Règne de Notre-Seigneur se poursuit… ». 

Monseigneur Lefebvre ne se privait pas de parler de coquins et de bandits à propos de Rome. Répondant au journaliste qui l’interviewait pour la revue française Le Choc du Mois, il a déclaré : « Quand on arrive à Rome, il n’y a plus d’hommes, il n’y a plus de courage, car on s’y retrouve en face de bandits. Pour peser sur eux, il faut s’opposer à eux avec détermination. Alors, ils vous respectent » (n° 10, septembre 1988, p. 109).

Il va même jusqu’à guetter l’avènement de ce qu’annoncent les Ecritures sur les derniers temps apocalyptiques, lorsqu’il écrit dans sa lettre de Carême du 25 janvier 1987 : « Cet ébranlement de la foi semble bien préparer l’Antéchrist, selon les prédictions de saint Paul aux Thessaloniciens et selon les commentaires des Pères de l’Eglise ».

Toutes ces choses, tant Monseigneur de Galarreta que Monseigneur Fellay les ont pratiquement oubliées ou les considèrent comme sans grande pertinence pour juger et agir dans le monde actuel, à l’heure présente. Pire encore, ils se refusent carrément à situer dans une perspective apocalyptique la crise actuelle, dont on n’a pourtant jamais vu l’équivalent dans l’histoire de l’Eglise.

En cela, ils ignorent stupidement ce que le grand Pape Saint Pie X a signalé dans la première lettre encyclique « E  supremi apostolatus », du 4 octobre 1903, soit il y a plus d’un siècle : « Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (8) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. […] En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ».

Face à tout cela, Monseigneur de Galarreta déclare avec une absurde ingénuité : « Nous savons que nécessairement, la crise trouvera sa solution, la crise se résoudra à Rome et par Rome ». Certes, mais uniquement grâce à la Parousie du Seigneur, non à quelque œuvre humaine, pas plus qu’aux forces de l’histoire ou aux actions de l’humanité, contrairement à ce que croient les progressistes.

Parler de charité, de miséricorde et de compréhension comme si l’on pensait à des êtres incultes et ignorants éloignés de la civilisation, alors qu’il s’agit en réalité de prélats et de hiérarques catholiques, c’est tenir un langage qui frise le modernisme le plus abject.

« Il est difficile de quitter l’erreur alors qu’on a vécu toute sa vie dans l’erreur […] ayons pitié », s’exclame Monseigneur de Galarreta. C’est là le comble de l’aberration, car on a affaire non à des sauvages désemparés qui n’ont pas eu la chance de mieux connaître Dieu, mais à de hauts hiérarques et prélats de l’Eglise, qui ont le devoir de connaître et d’enseigner la foi ainsi que la vérité révélée.


« Car enfin, ils ont besoin tout simplement de ce que nous avons déjà reçu gratuitement : la lumière et la grâce », poursuit Monseigneur de Galarreta. Comment imaginer qu’il fait ainsi allusion à des évêques, des cardinaux, des papes ? L’orateur semble plutôt parler d’indigents, de marginaux et d’ignorants qui n’ont pas eu l’occasion de recevoir la lumière de la foi et la grâce divine. Un tel langage est inapplicable à ceux qui – en tant que prélats et supérieurs – ont le devoir d’exercer leur autorité et leur pouvoir pour prêcher la doctrine et enseigner. S’ils n’ont pas la lumière de la foi et de la grâce, c’est tout bonnement parce qu’ils l’ont perdue et même combattue, ce qui équivaut au péché que les pharisiens ont commis contre l’Esprit en s’opposant à la vérité manifeste.

Et comme si cela ne suffisait pas, il juge dénué de grâce et de charité quiconque s’oppose à sa vision fausse et moderniste de la charité : « Ceux qui s’opposent férocement et par principe à tout contact avec les modernistes me rappellent un passage de l’Evangile […] “ Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! ” (Luc 9, 51-56). Car ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint, qui diffuse la charité dans les cœurs, et ils ne savaient donc pas de quel esprit ils étaient… ». Quelle pensée édifiante, quelle comparaison digne du plus éminent des libéraux modernistes !

Plus encore, se prenant pour un paladin émérite et jouant au rude et vaillant capitaine, Monseigneur de Galarreta lance, tel un Don Quichotte : « Je ne vois pas en quoi la fermeté doctrinale serait contraire à la souplesse […] Je ne vois pas. Je ne sais pas en quoi l’intransigeance doctrinale serait contraire aux entrailles de la miséricorde, au zèle missionnaire et apostolique de la charité ». Beau défenseur de la fermeté doctrinale, dont il représente davantage la caricature que la réalité !

Mais si quelqu’un, en sa fragilité humaine, venait à se scandaliser de ce que je dis là, qu’il se réfère à ce qu’a écrit le célèbre et combattif abbé Don Sardá y Salvany : « Ah ! on nous jette perpétuellement à la face notre prétendu manque de charité » (Le libéralisme est un péché, p. 53).

« Il n’y a donc aucune faute contre la charité à nommer le mal, mal, méchants les auteurs, fauteurs et disciples du mal, iniquité, scélératesse, perversité, l’ensemble de leurs actes, paroles et écrits » (p. 57).

« Si la propagande du bien et la nécessité d’attaquer le mal exigent l’emploi de termes un peu durs contre les erreurs et ses coryphées reconnus, cet emploi n’a rien de contraire à la charité » (p. 57).

« Il faut rendre le mal détestable et odieux. Or, on n’obtient pas ce résultat sans montrer les dangers du mal, sans dire combien il est pervers, haïssable et méprisable » (p. 57).

« Il faut combattre et discréditer les idées malsaines, et de plus il faut en inspirer la haine, le mépris et l’horreur à la multitude qu’elles cherchent à séduire et à embaucher » (p. 61).  

« Ainsi donc, il convient d’enlever toute autorité et tout crédit au livre, au journal et au discours de l’ennemi, mais il convient aussi, en certains cas, d’en faire autant pour sa personne, oui, pour sa personne […] Il est donc licite en certains cas de révéler au public ses infamies, de ridiculiser ses habitudes, de traîner son nom dans la boue. Oui, lecteur, cela est permis, permis en prose, en vers, en caricature, sur un ton sérieux ou badin, par tous les moyens et procédés que l’avenir pourra inventer » (p. 61).

Quelle recette magistrale pour écraser l’esprit libéral qui a carbonisé les neurones de plus d’un !

Puis, citant Crétineau-Joly, Sardá y Salvany en fournit le motif : « La vérité est la seule charité permise à l’histoire, on pourrait même ajouter : et la défense religieuse et sociale » (p. 61)

Or, cela vaut pour les éventuelles objections de ceux qui – sous couleur de fausse charité, bien entendu – cherchent à étouffer, opprimer et réduire au silence la vérité.

L’unique et véritable charité, c’est la vérité, car Dieu est à la fois Charité et Vérité. Concevoir la charité sans la vérité est l’une des aberrations du modernisme et du libéralisme.

C’est pourquoi Sardá y Salvany tire de ce qui précède la conséquence suivante :

« Notre formule, à nous, est pourtant bien claire et bien concrète. La voici : la souveraine intransigeance catholique n’est autre que la souveraine charité catholique » (p. 55). Or, il est évident que l’homme d’aujourd’hui ne comprend pas cela et ne veut pas le comprendre, car l’atmosphère libérale dans laquelle il baigne l’amène à y voir quelque chose de politiquement incorrect.

Mais nous autres devons bien voir où se trouve la vraie charité, car une fausse charité est de nature à détruire la vérité, ainsi que nous en avertit Sardá y Salvany : « comme le dit spirituellement un auteur, [le reproche de manque de charité qui nous est adressé] oblige gentiment la charité à servir de barricade contre la vérité » (p. 53). Il n’y a pas de vérité sans charité, ni de charité sans vérité.

J’espère que Monseigneur de Galarreta me témoignera la moitié de la miséricorde, de la compassion et de la charité qu’il prodigue aux modernistes, bien que je sois un traditionaliste intransigeant. Sinon, qu’il garde au moins à l’esprit ce qu’a écrit le poète argentin Martín Fierro :
« Que nul ne se croie offensé,

Car nul je ne veux agacer ;

Et si je chante sur ce ton

Parce que je le trouve bon,

CE N’EST POUR LE MAL D’AUCUN HOMME,

C’EST POUR LE BIEN DE TOUS LES HOMMES ». 

Abbé Basilio Meramo
Bogotá, 7 août 2011