Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

10 mai 2012

[Abbé Aulagnier, ibp - Nouvelles de Chrétienté] Ma joie à la lecture de la lettre de Mgr Fellay

SOURCE - Abbé Aulagnier, ibp - Nouvelles de Chrétienté - 10 mai 2012

Je me réjouis vraiment de la lettre de Mgr Fellay concernant le prochain « accord » de la FSSPX avec Rome. Je préfère parler de la « normalisation » de la situation de la FSSPX avec Rome. C’est le terme de Mgr Lefebvre dans sa lettre du 21 novembre 1987 au cardinal Cagnon, visiteur romain des oeuvres de la Tradition, en 1987.

Tous les arguments que je trouve dans la lettre de Mgr Fellay, je les avais, en son temps, développés à Metzinguen, alors que j’étais encore « assistant »du supérieur général. En vain. Les voir pris en compte aujourd’hui par Mgr Fellay pour justifier son attitude à l’égard de Rome me réjouit profondément. Il développe avec force ces raisons. Il ira jusqu’au bout. Deo Gratias.

Beaucoup de responsables de la FSSPX ont exprimé,ces derniers temps,leur compréhension et leur attachement à Mgr Fellay. C’est bien. La lettre des trois évêques de la FSSPX, Mgr de Gallareta, de Mgr Tissier de Mallerais et de Mgr Williamson pourrait faire craindre une division. Elle n’aura pas lieu. Ls évêques ne peuvent pas se diviser. La lettre que Mgr Lefebvre leur écrivait en 1988, les oblige à l’unité. Ils ne peuvent passer outre. Ils sont unis comme les doigts d’une main. Leur lettre à Mgr Fellay le laisse, du reste, entendre. Ils donnent leur avis. Ils n’iront pas jusque la « dissidence ». Ils ne le peuvent pas .

Ils n’ont que deux solutions et pas plus: soit ils jouent le jeu et, comme le leur a demandé Mgr Lefebvre, doivent remettre,comme Mgr Fellay, du reste, leur autorié épiscopale dans les mains du Pape, « qui en fera ce que bon lui semble », soit, s’ils ne le font pas, ils se condamnent eux-mêmes à « mort ». Qui l’oserait!

Quoi qu’il en soit, Mgr Lefebvre, du ciel, les protège et les guide. Son oeuvre est nécessaire à l’Eglise, plus que jamais. Ils le savent. Et comme je l’explique, les quatre évêques unis sont les meilleurs défenseurs de la FSSPX contre toute influence moderniste.. Il faut qu’ils s’en persuadent. S’ils lachent, ils seront infidèles à Mgr Lefebvre. Ils ne le peuvent.

Je vous donne ci-dessous, le chapitre 6 de mon livre: « Plaidoyer pour l’unité » publié aux éditions F.X. de Guibert, intitulé:

La SITUATION À ROME CHANGE. UNE « RÉGULARISATION DE LA FSSPX DANS L’ÉGLISE » DEVRAIT ÊTRE POSSIBLE !

Je justifiais mon point de vue:

« Une normalisation de la situation de la FSSPX dans l’Église devrait être aujourd’hui possible, parce que beaucoup de Romains, devant les difficultés de l’Église, sont en train de changer, changent, en particulier, sur le problème de la messe traditionnelle. La messe du 24 mai 2003, célébrée par le cardinal Castrillon Hoyos, dans le rite traditionnel à sainte Marie Majeure, n’est pas un feu de paille. A Sainte-Marie-Majeure, le Car – dinal Castrillón s’est voulu la voix de l’Église en rappelant le « droit de citoyenneté » de la messe dite de Saint Pie V.

Cet acte est le fruit d’une longue évolution qui a commencé, me semble-t-il, à peu près, en 1992, avec la publication d’une série de livres du Cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine catholique, soutenu aussi par une série de conférences, homélies, interview du Cardinal Stickler, préfet de la Bibliothèque vaticane.

L’encyclique, de plus, du Pape Jean-Paul II « Ecclesia de Eucharistia vivit » est aussi très importante.
Le cardinal Ratzinger dans son livre : Voici quel est notre Dieu demandait que l’on « cesse de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970 » (p. 291)/
Il poursuivait : « Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance ».
C’était vraiment nouveau
« C’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Église. On méprise par là, tout le passé de l’Église. Comment pourrait-on avoir confiance en elle au présent, s’il en est ainsi ». Le cardinal Ratzinger avait déjà écrit cela dans un pré cédent livre : Le sel de la terre. Nous étions en mars 1997. Aujourd’hui, avec ce nouveau livre, « Voici quel est notre Dieu » nous sommes en février 2002. Il y a là, tout de même, une certaine constance et nouveauté « Je suis certes d’avis que l’on devrait accorder beaucoup plus généreusement – écrivait-il en 1997 – à tous ceux qui le souhaitent, le droit de conserver l’ancien rite. On ne voit d’ailleurs pas ce que cela aurait de dangereux ou d’inacceptable. Une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était jusqu’alors pour elle tout ce qu’il y a de plus sacré et de plus haut et à qui l’on présente comme inconvenant le regret qu’elle en a, se met elle-même en question. Comment la croira-t-on encore ? Ne va-t-elle pas interdire demain ce qu’elle prescrit aujourd’hui ? »
 
Et il concluait… un peu plus loin : «Malheureusement, la tolérance envers les fantaisies aventureuses est, chez nous, presque illimitée, mais elle est pratiquement inexistante envers l’ancienne liturgie. On est sûrement ainsi sur le mauvais chemin » (Le sel de la terre, éd. Flammarion/Cerf, p. 172-173). Le Cardinal semblait bien vouloir que dans l’Église, on respectât aussi et enfin, la messe de toujours. Il faut « cesser de bannir » dans l’Église « la forme liturgique en vigueur jusqu’en 1970 ». Les mots ont leur importance. Ils expriment une pensée. Bannir est un verbe très fort. Il s’agit de cesser « d’exiler, d’expulser, de proscrire, de chasser, d’éloigner, de repousser » la messe de toujours… Autrement, c’est tout le passé – dit le cardinal – de l’Église qu’on réprouve. Autrement, on tombe « dans une intolérance inacceptable ». Autrement, on agit, on agirait alors « sans raison valable ». Autrement, on s’oppose ou s’opposerait « aux réconciliations nécessaires dans l’Église ». Ce sont des paroles du Cardinal ! Ce n’est pas rien ! Et c’est ainsi que, de l’interdiction de la messe tri – dentine – qui date de la résolution de Paul VI et du consistoire du 24 mai 1976 –, on en arrivait à la reconnaissance du droit de la messe tridentine et à son acceptation – de principe – le 24 mai 2003 le cardinal Cas – trillón Hoyos se levant pour la célébrer, ce qui ne s’était pas vu d’une autorité depuis le 24 mai 1976. C’était nouveau. Bigrement nouveau !

Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir enfin publier par le pape Benoît XVI son Motu Proprio Summorum Pontificum où il affirme le droit : « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. » Les choses changent du côté de Rome au sujet de la messe tridentine.

Je crois vraiment raisonnable de prendre en compte cette réelle évolution sur le problème de la messe. C’est un coup de barre franc donné par la hiérarchie en faveur de la Tradition. La Tradition liturgique n’est plus méprisée par l’ensemble des membres de la hiérarchie de l’Église. C’est nouveau.

D’autre part, je suis un de ceux qui pensent qu’il y a, de fait, un danger pour nous de voir ce conflit s’éterniser et de voir s’éloigner une solution d’entente avec Rome. En un mot, l’Église est une société visible et hiérarchique. Si on vit trop longtemps en « autarcie », on finira par perdre le sens de ce qu’est la hiérarchie. Elle est pourtant de constitution divine. Nous sommes donc menacés, le temps passant et l’opposition demeurant, à « oublier » Rome, à nous organiser de plus en plus en dehors de Rome, à devenir un groupe autocéphale. Je ne dis pas que nous y sommes tombés. Mais il y a danger. Il faut en tenir compte. Le meilleur pilote est celui qui connaît les dangers d’un itinéraire et qui prévoit, autant que possible, les difficultés qui peuvent survenir. Pas celui qui ferme systématiquement les yeux, qui ne veut rien entendre. Il fonce ou il freine à mort, alors qu’il conviendrait de donner de la souplesse pour reprendre une croisière normale. Les jeunes générations parmi nous n’ont jamais connu une situation ecclésiale normale. C’est là qu’il y a danger de glisser à terme vers l’« auto – céphalie ». C’est du moins mon avis. Et je le dis. Cela pourra servir un jour.

De plus, la situation dans laquelle les sacres ont mis le gouvernement de la Fraternité n’est pas le meilleur. A terme, il pourrait y avoir un jour un conflit. Le gouvernement de la Fraternité pourrait devenir, de facto, un jour, bicéphale. Imaginez une opposition entre le Supérieur général et les quatre évêques. Les uns veulent un accord. L’autre ne le veut pas. Qui va trancher. Théorique ment le Supérieur général, même s’il n’est pas évêque. Mais pratiquement, ce sera bien difficile. Un conflit peut voir le jour. Avec un accord avec Rome, – un bon accord s’entend, une espèce d’alliance entre catholiques de bonne volonté comme celui que j’ai décrit dans la conformité à la pensée de Mgr Lefebvre, où tout est pesé mûrement, ce danger n’existerait plus.

De plus, il faut prendre également en compte ce que Rome a réalisé avec nos amis de Campos au Brésil : une Administration Apostolique. J’ai suivi de très près cette affaire parce que je connaissais bien ces prêtres et qu’ils étaient mes amis. Je les ai visités plusieurs fois lors de mon supériorat.

J’ai surtout vu, là encore, le problème de la messe. Nous sommes en 2001-2002. L’attitude de Rome était nouvelle. Rome leur donnait la messe dite de saint Pie V, le libre usage de cette messe. Et cela, librement, sans condition. Elle reconnaît à cette Administration apostolique personnelle « Saint Jean-Marie Vianney », le droit, la « facultas » de célébrer, dans toutes les églises de l’Administration apostolique, la messe traditionnelle. C’est clairement dit non seulement dans leurs statuts, mais surtout dans les affirmations de l’autorité. Elle s’engageait formellement à leur octroyer ce droit. « Sera ratifiée, écrivait le pape Jean-Paul II dans sa lettre du 25 décembre 2001, à l’Administration apostolique, la faculté (facultas) de célébrer l’Eucharistie et la liturgie des Heures selon le rite romain et la discipline liturgique d’après les préceptes de notre prédécesseur saint PieV, avec les adaptations introduites par ses successeurs jusqu’au bienheureux JeanXXIII ». Cette affirmation est reprise dans le décret d’érection de l’Administration Apostolique du 18 janvier 2001 : « Est accordé (tribuitur) à l’administration apostolique la faculté (facultas) de célébrer la Sainte Eucharistie, les autres sacrements… selon le rite romain de Saint Pie V ».

Ainsi, pour moi, les choses allaient dans le bon sens, en faveur de la messe. La situation était radicalement différente de celle des pères et abbés des communautés « Ecclesia Dei adflicta ». Avec eux, nous en étions toujours essentiellement à la législation de 1984, de la messe dite de l’indult. Qui est une simple « permission », une simple tolérance que Rome, par libéralité, et calcul, leur concédait. Avec des restrictions odieuses impératives et surtout avec l’obligation de reconnaître la nouvelle messe comme « légitime et orthodoxe »

Ce sont les deux adjectifs de la lettre «Quattuor abhinc annos ». Il fallait admettre et cette législation et ces deux adjectifs pour bénéficier de l’Indult de 1984, sans considérer qu’il fallait en plus rompre avec nous.

Avec Campos, rien de tel. Une franche reconnaissance du droit de la messe tridentine sans avoir à reconnaître que la nouvelle messe est « légitime et ortho doxe ». Il leur fut demandé une simple reconnaissance de la validité, en soi, de la nouvelle messe. Ce qui a toujours été enseigné par Mgr Lefebvre. C’est qu’il y a une grande différence entre « validité », « légitimité » et « orthodoxie ». Ce ne sont pas des mots synonymes. Voyez-vous ! Une chose peut être « valide » sans être « légitime » ni « orthodoxe». Il faut même distinguer entre « légitimité » et « orthodoxie ». Ces deux mots ne se recoupent pas, non plus. Est « légitime » ce qui est fondé « en droit », mais aussi « en équité ». Le « droit » et « l’équité « ne sont pas, non plus, la même chose. Il faut distinguer. Je pourrais vous démontrer, avec une certaine évidence, que la nouvelle messe n’est peut-être pas, « légitime » ni en « droit » ni en « équité ». En « droit », car précisément la nouvelle messe fut imposée à l’Église par suite de bien des irrégularités canoniques, même des faux en écriture. Ce qui jette une légitime suspicion sur cette législation.

« Peut-être », me direz-vous. «Mais elle bénéficie aujourd’hui de la prescription trentenaire ». Ce n’est pas certain. Car il faudrait, pour cela, qu’elle bénéficie d’une jouissance « paisible » dans l’Église. Ce qui n’est pas le cas. Cette nouvelle messe peut même être dite « non légitime » sur le plan de l’« équité », de la « justice ». Ce fut faire violence à la sainteté de l’Église que de lui avoir imposé, de force, un rite qui, aux dires même de ses protagonistes, finit par tout désacraliser. «Orthodoxe » veut dire conforme aux dogmes, à la doctrine. Or, précisément, cette question de l’« orthodoxie » ou non du « Novus Ordo Missae » a été soulevé, hier, par la plus haute autorité de l’Église, le pape lui-même, Jean-Paul II dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia. Je pense que cette question est dans la logique de sa dernière encyclique. Cette question d’orthodoxie fut soulevée, aussi, tout au début de l’affaire de la messe par le Cardinal Ottaviani et le Cardinal Bacci qui, dans leur lettre au Pape PaulVI, écrivaient que cette nouvelle messe s’éloignait dans l’ensemble comme dans le détail de la Théologie catholique définie à la XXIIe session du Concile de Trente. Le Pape Jean-Paul II le reconnaît de facto, lui qui voulait chercher à corriger, réformer la nouvelle messe déficiente sur le plan théologique. Les « ombres », comme il dit… Ce sera l’œuvre de son successeur.
 
Cette encyclique est vraiment un signe positif sur le plan doctrinal et liturgique. On y voit l’autorité nouvellement consciente du drame qui touche l’Église et sa liturgie. On assiste, de fait depuis le Concile, à une formidable dé-sacralisation de la liturgie. La réforme liturgique, telle qu’elle fut conçue et appliquée dans l’Église, a dénaturé la liturgie en ne respectant pas sa finalité. La liturgie de l’Église est essentiellement un culte rendu à Dieu. Le prêtre offre, au nom du peuple, « pour les vivants et pour les morts », pour le peuple qui s’unit à cette action, le Sacrifice du Christ qui rend à Dieu « tout honneur et toute gloire ». Telle est la finalité essentielle de la liturgie. La liturgie catholique a une dimension transcendantale. Elle nous oriente vers Dieu. Elle nous ordonne à Dieu. Il y a une similitude entre la liturgie romaine et la liturgie céleste. Lisez le livre de l’Apocalypse de saint Jean vous verrez que tout le culte céleste est tourné vers le Père et l’Agneau de Dieu, l’Agneau pascal auxquels les anges, les élus chantent et magnifient la puissance, la divinité, la gloire, la sainteté. Le sanctus de notre messe est une louange divine. Tout ce la est, pour beaucoup, perdu. Bel et bien. La hiérarchie catholique s’en aperçoit enfin. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Elle veut corriger ces « ombres ». Com – ment ne pas s’en réjouir. Cette encyclique a la même importance que «Mysterium fidei » de Paul VI. La situation catastrophique dans laquelle se trouve la pratique de la vie liturgique dans l’Église, ce que reconnaissait amplement, dans ses nombreux livres sur la question, le Cardinal Ratzinger, me laisse penser que des résultats vont être obtenus.

Mais combien va être difficile cette restauration ! C’est encore une raison pour laquelle je serais assez favorable à ce que nos supérieurs « légalisent » notre situation dans l’Église. Il faudrait être aujourd’hui dedans avec le droit reconnu de la messe Saint Pie V sur les autels de la Chrétienté pour aider et participer à la restauration liturgique dans l’Église. Nul doute que le Motu Proprio de Benoît XVI va accentuer le mouvement de restauration.

Voilà les raisons qui me portent à considérer avec beaucoup de sympathie « l’affaire de Campos », qui fait gagner du terrain à la messe traditionnelle. Alors on comprend pourquoi il faille beaucoup apprécié les paroles du Cardinal Castrillón Hoyos prononcées à Saint Marie Majeure à Rome, le 24 mai 2003. Elles ne furent pas prononcées à la légère. Elles ont été pesées par le Cardinal. Il en savait l’importance, le retentissement dans l’Église, les effets, les conséquences. Il a fait attention, à ce qu’il disait. Il reconnaît le droit de la messe tridentine dans l’Église. Il dit, pour de bon, le droit : La messe dite de Saint Pie V n’a jamais été abolie canoniquement par aucune autorité dans l’Église, et certainement pas par le Pape Paul VI. Ce fut, du reste, en 1986, la réponse donnée par la commission cardinalice nommée par Jean-Paul II. Cette commission, à l’époque, disait le droit. Cela n’a pas plu au courant moderniste. On a, par faiblesse, « tu » l’affaire… Il fallut attendre 1995 pour qu’une autorité ecclésiale, le Cardinal Stickler, ose révéler la chose et dise publiquement le droit : la messe n’a pas été abolie. Aujourd’hui tout le monde le dit. Benoît XVI le confirme. Voilà 40 ans ou presque qu’on disait le contraire. Et l’autorité, elle-même, se taisait…

Certains de mes confrères me disent : « Attendons de voir. On ne peut toujours pas dire la messe de toujours sur tous les autels de la catholicité ». Je le concède volontiers. Le mouvement de restauration sera lent. Mais peu à peu, il s’universalisera. C’est certain. Le droit est le droit. Sinon, nous poursuivrons notre résistance. Elle est légitime. Hier elle était légitime. Les autorités le reconnaissent. Elle sera toujours légitime. La messe canonisée par Saint Pie V, restaurée dans sa pureté par le même Pape, est une coutume immémoriale dans l’Église, jamais abolie, toujours légitime.

Ainsi vous comprenez que, pour toutes ces raisons, cette restauration des bonnes relations avec Rome est plus que souhaitable. Elle est possible. Elle est nécessaire et du côté de Rome, qu’il faudra aider à couper beaucoup de « branches mortes », de véritables hérésies, et de notre côté, qui avons besoin de davantage d’espace pour l’apostolat. Je dirais volontiers « le plus tôt possible » Plus le temps passe et plus la reconstruction est urgente. Mais faudrait-il, là encore, préparer les esprits. Expliquer, justifier. C’est très important. Cela relève de l’autorité. Et c’est pourquoi je me suis réjouis des récents propos de Mgr Fellay dans Présent du 24 novembre 2007 laissant entendre qu’il n’excluait plus des aménagements pratiques avec Rome. « J’envisage la possibilité, relativement prochaine, de trouver des remèdes pratiques » à la situation de la FSSPX dans l’Église »

L’évolution de l’Église sur la messe est telle que je crois sincèrement que MgrLefebvre aurait accepté, aujourd’hui, « un accord » avec Rome. Il aurait, peut-être, été plus prudent, plus exigent sur certains points que ne le fut Mgr Rangel, mais il aurait été, cette fois, jusqu’au bout. Les exigences demandées par Rome aux Pères de Campos, à savoir : la reconnaissance du Pape Jean-Paul II comme légitime successeur de Pierre, la reconnaissance du Concile Vatican II interprété à la lumière de la Tradition, la reconnaissance de la validité, en soi, du «Novus Ordo Missae », la libre discussion sur le Concile, évitant toutefois la dialectique, Mgr Lefebvre les avait déjà acceptées en 1988. Substantiellement ce sont les mêmes. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Obliger les Pères de Campos à étudier le Concile. quoi de plus légitime ! On ne peut bien critiquer raisonnablement que ce que l’on connaît. Que fait la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, avec ses symposiums, avec ses Congrès de « SiSiNoNo », sinon d’étudier le Concile ? Tout cela est très heureux. Notre critique, notre lecture ne seront certainement pas celles de certains! Qu’est-ce qu’on pourra nous dire, si nos critiques sont justes ? La libre discussion du Concile est une chose aujourd’hui indispensable. Hier, elle était impossible. Cette discussion doit avoir « droit de cité », comme pour la messe tridentine. Et pour cela, il est bien nécessaire de connaître le Concile. Mgr Lefebvre aurait, vous dis-je, peut-être demandé des choses plus précises. Mais Rome aurait consenti à ces éventuelles précisions. Beaucoup à Rome veulent un accord. Le pape le veut. La situation de l’Église le réclame certainement. L’autorité le sait.

Du reste, si Mgr Lefebvre a retiré sa signature du protocole en 1988, c’est à dire, s’il n’a pas voulu aller jusqu’à l’accord final, c’est parce qu’on ne lui donnait pas les garanties de protection nécessaire qu’il réclamait justement, à savoir la majorité dans la commission, commission qui devait avoir pour but de protéger la Tradition de toutes influences modernistes. On ne lui
donnait pas le nombre d’évêques qu’il jugeait nécessaire pour faire face au développement grandissant de la Tradition dans le monde entier et qui aurait encore augmenté dans l’hypothèse d’un accord. Il le dit luimême
dans la conférence qu’il donnait à Écône le 9 septembre 1988. Voyez :

« … C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome (la Rome moderniste, comme il disait, ou les “Ro mains” comme aime à le dire MgrWilliamson). Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l’avions demandé. Mais ils n’ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la commission, ils ont refusé le nombres d’évêques que nous demandions. C’est clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés ».

Eh ! bien, cette protection nous l’aurions dans le cadre d’une bonne Administration Apostolique. Nos « évêques », reconnus par Rome, auraient ce rôle protecteur que voulait absolument Mgr Lefebvre, vis-à-vis des dicastères romains qui seraient tentés d’indiscrétions modernistes. Ils joueraient le rôle dévolu à la commission prévue : la défense de la Tradition auprès des dicastères romains. Ils sont aujourd’hui nos protecteurs. Ils continueraient à l’être. Et dès lors une Administration Apostolique personnelle qui ne changerait rien de ce que nous faisons et de ce que nous sommes, serait une situation idéale. Elle établirait « légalement » aux yeux de tous ce que nous faisons, qui est fondamentalement légal et légitime. Nous serions « officiels », nous les contestataires de la nouvelle messe et du Concile. Ce qui serait très important. La tradition reprendrait ses droits dans l’Église en cas de « régularisation ». Retenez ce terme : « régularisation » ou « restauration » de nos relations avec Rome. Il faut obtenir, en somme, que la dénonciation historique de tout ce qu’il y a de néfaste dans le dernier Concile soit reconnue officiellement. Cela se fera tôt ou tard. Plutôt tôt que tard.