7 février 2012

[Paix Liturgique] Exclusif: Sondage sur la demande de messe extraordinaire dans le diocèse de Nice

SOURCE - Paix Liturgique n°321 - 7 février 2012

Poursuivant notre série de sondages dans les diocèses français, nous avons commandé une étude d'opinion dans le diocèse de Nice. Nice est atypique parce que sous forte influence italienne - le Comté n'est français que depuis 1860 - donc, catholiquement et liturgiquement parlant, romaine. Atypique aussi car l'essentiel de la population y est urbaine et plutôt âgée, donc statistiquement plus portée vers la pratique religieuse dominicale.

L'évêque, Mgr Louis Sankalé, ecclésiastique classique, originaire de Marseille, où il fut curé, a été ensuite évêque de Cayenne, avant de recevoir le siège de Nice. Cet ancien d'HEC est un prélat discret, dénué de préjugés idéologiques. Ses bons rapports avec les prêtres Ecclesia Dei sont notoires. Une place est donnée par lui volontiers - parfois pour des postes clés - dans le clergé diocésain à des prêtres d'esprit très traditionnel. Et même, on le voit pousser la porte du prieuré niçois de la Fraternité saint Pie X sur le site internet diocésain, à l'occasion d'une visite pastorale du Vieux Nice en janvier 2011.

I - LES RÉSULTATS DU SONDAGE

L'étude a été réalisée auprés de  la population de 18 ans et plus du département des Alpes-Maritimes (diocèse de Nice) entre le  lundi 5 septembre et  le  mercredi 14 septembre 2011.

Les résultats qui suivent portent sur les 511 personnes qui se sont déclarés " catholiques ", soit 53,8 % de l'échantillon total.

Certes, il subsiste une majorité de catholiques déclarés à Nice mais cette majorité est ténue, preuve que la déchristianisation frappe partout.

On ressent les effets de cette sécularisation massive partout constatée et souvent déplorée par le Pape, puisque la pratique religieuse des catholiques déclarés du diocèse se situe dans la moyenne basse de celles mesurées jusqu'ici dans nos sondages diocésains en France métropolitaine. En revanche, peut-être en raison de la proximité de l'Italie, la pratique religieuse globale dans la population se situe un peu au-dessus de la moyenne nationale française, soit près de 6 %, au lieu de 4,5 % pour l'ensemble de la France, en effet :

11 % des sondés déclarent assister à la messe chaque semaine ;
13,3 % une à deux fois par mois ;
15,2 % pour les grandes fêtes ;
39,4 % occasionnellement ;
20,7 % jamais ;
0,4 % ne répondent pas.

Dans les réponses suivantes, nous considérerons les 24,3 % de catholiques niçois assistant à la messe au moins une fois par mois et que nous appellerons, comme le veulent les catégories sociologiques, les " pratiquants ".

- 57 % des catholiques pratiquants du diocèse disent connaître le Motu Proprio Summorum Pontificum contre 42,8 % qui n'en ont jamais entendu parler. C'est un taux là encore assez bas.

- 63,5 % des catholiques pratiquants trouvent normale la coexistence des deux formes du rite romain au sein de leur paroisse ; 21,1 % n'ont pas d'avis ; et 15,4 % (seulement 1 fidèle sur 7) la trouvent anormale. Ce dernier taux est parmi les plus faibles rencontrés jusqu'ici et reflète bien l'absence de crispations idéologiques dans le diocèse.

- À la question « Si la messe était célébrée en latin et grégorien sous sa forme extraordinaire dans votre paroisse, sans se substituer à celle dite " ordinaire " en français, y assisteriez-vous ? » Chez les pratiquants, 33,7 % déclarent vouloir assister à la liturgie extraordinaire chaque semaine et 39,7 % à un rythme mensuel.
Soit 73,4 % des pratiquants actuels du diocèse de Nice qui iraient au moins une fois par mois participer à une messe en latin et en grégorien selon le missel de 1962 si le texte du Pape était appliqué dans leur propre paroisse. Cette proportion de trois pratiquants sur quatre conforte nos enquêtes de Rennes, de Versailles et de Lyon.

Si l'on considère l'ensemble des catholiques (et non plus seulement les pratiquants), le résultat est de 8,8 % chaque semaine et de 13,5 % une ou deux fois par mois, soit 22,3 % au moins une fois par mois.

Près d'un catholique sur quatre, un chiffre remarquable mais qui le devient encore plus si l'on considère la classe d'âge qui va de 18 à 29 ans puisque 32,9 % de ces jeunes catholiques déclarés assisteraient à la messe traditionnelle mensuellement (11,1 % chaque semaine et 21,8% au moins une fois par mois). Soit un jeune catholique sur trois ouvert à la forme extraordinaire du rite romain. Ceci confirme une tendance remarquée depuis quelques années par tous les prêtres célébrant la messe traditionnelle : de plus en plus, les jeunes catholiques assistent occasionnellement sans problème à cette messe, s'y habituent aisément, et y participent (chants et communion massive) tout à fait naturellement. Inversement, ces mêmes prêtres sont contraints de « faire avec » le phénomène d'assistances jeunes beaucoup plus fluides que les générations précédentes du même âge, et qui pratiquent l'une et l'autre forme du rite.

II - QUELQUES RÉFLEXIONS AU SUJET DE CES RÉSULTATS

1 - La situation de la forme extraordinaire dans le diocèse de NICE

Rappelons tout d'abord que la forme extraordinaire dans le diocèse de Nice, c'est, historiquement et numériquement parlant, la Fraternité Saint Pie X. Elle dispose de quatre lieux de culte (2 à Nice, 1 à Cannes et 1 à Grasse) et rassemble chaque dimanche plusieurs centaines de fidèles.

Ensuite, et dans un cadre canoniquement diocésain, la liturgie traditionnelle est célébrée à Nice et à Cannes par l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (100 à 150 fidèles). L'origine de cet apostolat remonte à la demande d'application du Motu Proprio Ecclesia Dei faite par quelques membres de la confrérie des Pénitents Rouges il y a une vingtaine d'années. La messe leur fut alors accordée par Mgr Saint-Macary et est célébrée depuis en leur chapelle du Saint Suaire, située au pied de la colline du Château.

Au départ, ce sont des chanoines de la cathédrale qui ont célébré - les fidèles les plus anciens se souviennent avec émotion du chanoine Terseur - jusqu'à l'arrivée de l'ICRSP en 1995-1996. Onze ans durant, c'est l'abbé Le Pautremat qui a officié, avant d'être remplacé en 2006 par le chanoine Merly. En 2007 le père Henri Freidier, vicaire épiscopal, pouvait donc affirmer à Nice-Matin que « le diocèse n'a pas attendu le Motu Proprio de Benoît XVI pour faciliter la messe de Jean XXIII ». Sauf que, plus de quatre ans après le Motu Proprio, le diocèse n'a pratiquement accordé aucune nouvelle messe " extraordinaire ".

Ainsi, en dehors des lieux confiés à l'ICRSP, le seul lieu du diocèse où la messe est offerte chaque dimanche est l'église du Cap d'Ail (messe à 8h30) mais elle est desservie, en vertu d'un accord interdiocésain, par des prêtres du diocèse de Monaco.

À l'évidence la ligne diocésaine semble être plutôt pour l'instant de confier la forme extraordinaire à des prêtres extérieurs au diocèse que d'encourager ceux de ses prêtres qui s'en sentent proches.

Et pourtant, jeunes ou moins jeunes, ils sont une dizaine de prêtres du diocèse à savoir ou désirer savoir célébrer, bien que la liturgie traditionnelle soit pour l'instant inconnue au séminaire de Laghet (notons que trois fois par an, « pour se former aux messes internationales », les séminaristes du diocèse de Nice ont droit à la forme ordinaire en latin. Le strict minimum). Certains ont déjà choisi la forme extraordinaire comme forme privée, avec l'accord (non nécessaire, mais qui ne gâte rien) de leur curé, comme l'abbé Dejouy à Cannes. D'autres sont des habitués du Barroux ou de Fontgombault mais qui ne tiennent pas compte de l'attente énorme des fidèles du diocèse.

2 - Un avenir assuré

Et le plus tôt sera le mieux car les besoins existent. Nous avons connaissance de plusieurs demandes sérieuses, notamment à Antibes et à Grasse, et les chiffres du sondage effectué sont sans équivoque : un jeune catholique sur trois souhaite découvrir la forme extraordinaire. Malgré sa célébration limitée aux rares fidèles qui y ont accès, quelques dizaines inclus ceux de la FSSPX. Malgré l'absence de promotion dont elle souffre. Quel résultat ! Le Saint Père ne s'était pas trompé en écrivant aux évêques du monde entier que les jeunes se sentaient attirés par la liturgie traditionnelle « et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement ».

Oui, le quart des catholiques et les trois-quarts des pratiquants du diocèse de Nice ont le désir de bénéficier des fruits du Motu Proprio Summorum Pontificum. C'est le meilleur résultat enregistré depuis que nous avons lancé notre campagne de sondages diocésains.

Ce chiffre doit être mis en perspective avec la proportion également record du peu de pratiquants (15,4 % !) qui trouvent " anormale " la coexistence pacifique des deux formes de l'unique rite romain dans les paroisses. Et encore, ce chiffre ridiculement bas pourrait diminuer si l'ensemble des pratiquants (et pas seulement 57 %) avaient entendu parler du Motu Proprio et savaient que le Pape lui-même encourageait l'enrichissement mutuel des deux formes du rite romain.

On peut avancer prudemment une hypothèse : français par sa réactivité à la diffusion de la liturgie traditionnelle, le diocèse de Nice est proche de l'Italie par son absence de barrières idéologiques. En tout cas, le diocèse de Nice réunit tous les ingrédients pour être le laboratoire d'une application massive et réussie du Motu Proprio, alors.

3 - Ce sondage a coûté la somme de 4300 euros TTC. Si vous souhaitez participer à son financement et nous permettre de continuer notre travail d'information, vous pouvez adresser votre don à :
Paix liturgique, 1 allée du Bois Gougenot, 78290 CROISSY-SUR-SEINE en libellant votre chèque à l'ordre de Paix liturgique ou par virement :
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[Abel Mestre - Caroline Monnot - Droite(s) Extrême(s) - Le Monde] L’Institut Civitas lance une campagne contre François Hollande

SOURCE - Abel Mestre - Caroline Monnot - Droite(s) Extrême(s) - Le Monde - 7 février 2012

L'Institut Civitas, mouvement catholique intégriste, nourrit depuis quelques temps des prétentions dans le champ politique. Cet Institut, qui s'est créé une petite notoriété avant les Fêtes en orchestrant  les manifestations contre des pièces de théâtre jugées par lui "christianophobes", a décidé de faire parler de lui à l'occasion de la présidentielle.
 
Son mouvement de jeunesse vient tour à tour de lancer un clip vidéo et une série d'autocollants sur le thème "Pas une voix catholique pour François Hollande". Civitas reproche au candidat socialiste d'avoir proposé l'inscription de la séparation de l'Eglise et de l'Etat dans la Constitution, d'être favorable au mariage homosexuel et à l'euthanasie.Dans un communiqué diffusé mardi 7 février, son secrétaire général Alain Escada, "il n'entre pas dans les objectifs de Civitas de dire pour qui voter. Ce qui n'exclut pas de dire pour qui ne pas voter".
 
Des prudences de langage qui n'obèrent en rien la volonté de Civitas d'intervenir de plus en plus à l'occasion des échéances électorales, en s'efforçant de fédérer la mouvance nationale-catholique à l'extrême droite et en bénéficiant, pour ce faire du soutien ,de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X ( FSSPX). 
Liste noire
Comme nous l'écrivions dans un précédent post, Civitas nourrit quelques ambitions pour le courant national-catholique dans la perspective des municipales de 2014. En janvier 2011 , l'un des cadres de l'Institut, l'abbé Cacqueray avait  vendu la mèche dans un texte intitulé L'engagement municipal de 2014 : un devoir pour les catholiques.  Il écrivait : "Est-il de peu d’importance que l’administration des communes soit toujours laissée à ceux qui ne sont pas de vrais et fervents catholiques ? Est-il de peu d’importance qu’elles soient administrées, sur toute la France, par des dizaines de milliers d’hommes qui sont indifférents ou hostiles au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Il y aura sans doute en 2014 des centaines, voire des milliers de nouveaux élus musulmans qui décupleront l’expansion de l’Islam. Cela n’a-t-il pas d’importance ? N’y a-t-il rien à faire ? ".

Le 8 mai 2011, lors de son défilé en hommage à Jeanne d'Arc, l'Institut par la voix d'Alain Escada se disait prêt à dresser une liste noire des "hommes et femmes politiques qui doivent disparaitre de la scène publique en raison de leur comportement ouvertement christianophobe".

[Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique] Un nouveau monastère bénédictin en France

SOURCE - Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique - 7 février 2012

Avec la discrétion propre aux bénédictins, un nouveau monastère se rattachant à la Règle de saint Benoît a vu le jour en France. Il s‘agit du monastère Saint-Benoît qui serait peut-être resté sagement dans une discrétion absolue sans la question d’un liseur du Forum catholique.

Inauguré le 7 décembre dernier, à la Garde-Freinet, en présence de Mgr Rey, dont il dépend directement, ce monastère vit au rythme de la Règle du Patriarche des moines, observant la liturgie traditionnelle, autant pour la messe que pour la récitation des Heures. Les premiers vœux ont été émis le 7 décembre, dans la salle du chapitre, en présence de Mgr Rey. Le jour de cette inauguration, il y avait visiblement un moine du Barroux ou un ancien de cette abbaye, présent dans l’assemblée.
 
Le diocèse de Fréjus-Toulon a publié le décret d’érection de ce monastère, lequel est constitué en association publique cléricale de fidèles avec la personnalité juridique publique et ses statuts de fondation sont approuvés ad experimentum pour une durée de trois ans.
 
On sait très peu de chose de cette énigmatique communauté, qui possède bien un site Internet, en français et anglais, mais qui n’indique ni prieur, ni rattachement à une congrégation bénédictine particulière. En revanche, le diocèse indique bien que le modérateur de l’association publique cléricale de fidèles est le le Père Aidan (William) Charlton.
 
Les Offices, en revanche, sont chantés dans l’église paroissiale de La Garde-Freinet, en attendant certainement mieux. Les horaires pour les Offices sont les suivants :

Matines 04h00

Laudes 06h00

Prime 07h30

Tierce 09h00
(08h45 le vendredi, sauf durant le Carême)

Messe conventuelle 09h15
(08h00 le vendredi, sauf durant le Carême)
Sexte 12h45

None 14h00
(14h30 le dimanche et les fêtes de Ière cl.)

Vêpres 18h00 
(17h30 le mercredi)
(Solennelles, avec salut du Saint-Sacrement
les dimanches et les fêtes de Ière cl.)

Complies 20h00
(19h00 les fêtes de Ière cl.)

6 février 2012

[Abel Mestre - Caroline Monnot - Droite(s) Extrême(s) - Le Monde] Du RF au GUD: itinéraire politique et amoureux d’une jeune catholique intégriste

SOURCE - Abel Mestre - Caroline Monnot - Droite(s) Extrême(s) - Le Monde - 6 février 2012

A ceux qui l'auraient manqué jeudi soir sur Arte, nous recommandons très vivement le documentaire Nos fiançailles, de  Chloé Mahieu et Lila Pinell, encore disponible en visionnage sur le site de la chaîne franco-allemande (voir ici la vidéo). Les deux réalisatrices ont suivi de mars 2009 à octobre 2011, Fleur et Frédéric. Tout deux sont proches, au début du film, des catholiques intégristes et de l'institut Civitas. Frédéric finira par entrer au séminaire, dans le cadre de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX).

Le film s'attache surtout à l'itinéraire personnel et politique de Fleur, jeune fille issue d'une famille catholique intégriste de la région de Tours. Elle est en pleins préparatifs de fiançailles avec Thibaut un jeune militant du Renouveau Français (RF). On la voit en discussion aussi bien avec des abbés de la  FSSPX qu'avec ses parents qui multiplient les mises en garde quant au fait que les deux jeunes ne forment "pas encore un couple", au sens marital du terme. Frédéric, lui, finira par entrer au séminaire, dans le cadre de la FSSPX.
 
Dans cette première partie, on découvre un milieu fermé, avec ses codes, ses propres valeurs, et qui se développe en marge et contre la société moderne. Un engagement spirituel et temporel. Illustration avec une conversation proprement hallucinante sur l'homosexualité que Fleur a avec ses camarades du RF en marge d'une manifestation anti-gay pride.  Un apprentissage amoureux, spirituel et politique, donc, comme lorsque l'on voit le jeune couple d'amoureux participer à la manifestation de Civitas en l'honneur de Jeanne-d'Arc.
 
Côté vie personnelle, nous suivons donc Fleur jusqu'à la cérémonie religieuse des fiançailles. Nous la retrouvons quelques temps après à Paris au départ d'une manifestation d'extrême droite. Le style a changé. Elle est en compagnie de militants du GUD Paris. Une de ses connaissances l'interpelle et lui demande de ses nouvelles depuis la rupture de ses fiançailles. Effectivement, Fleur n'est plus avec Thibault du RF, mais avec Joseph, du GUD. Un "païen", tatoué du marteau de Thor et de la croix celtique. Loin des jeunes biens sous tous rapports qu'affectionnent ses parents. Ces derniers ne sont pas ravis, d'ailleurs, de cette union "maritale": Fleur vit avec son nouveau compagnon.

C'est là un passage passionnant de ce documentaire. L'on y voit que la rupture avec le milieu familial et social, se fait, pour Fleur, en rejoignant une branche différente de l'extrême droite.  A savoir , les "fêtards" du GUD avec lesquels elle milite de plus en plus activement désormais. Cela ne l'empêche pas d'aller avec son petit ami à la messe commémorative en l'honneur de Franco et de José-Antonio Primo de Rivera, à St-Nicolas-du-Chardonnet.
 
La dernière scène est aussi très parlante. On y voit certains membres bien connus du GUD Paris faire la fête. Fleur s'isole. Ses amis l'appellent: "T'entends les parole?" "J'entends mais je ne comprends rien", répond Fleur. Ils écoutent et reprennent un chant allemand.

[Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique] Mystique de la septuagésime

SOURCE - Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique - 6 février 2012

Bien que nos préoccupations soient légitimement tournées vers des sujets d’une actualité brûlante – je pense, bien évidemment, à la question des accords entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X –, je me permets de publier aujourd’hui cet extrait de L’Année liturgique de dom Guéranger.
Le temps où nous entrons renferme de profonds mystères ; mais ces mystères ne sont point propres seulement aux trois semaines que nous devons traverser pour arriver à la sainte Quarantaine ; ils s’étendent sur toute la période de temps qui nous sépare de la grande fête de Pâques.
 
Le nombre septénaire est le fondement de ces mystères. Nous avons vu comment la sainte Eglise avait été en travail pour la partie du Cycle que nous parcourons présentement. Aujourd’hui elle en est en possession, et elle nous invite à méditer les enseignements renfermés sous les symboles qui nous y sont proposés. Mais il est nécessaire de reprendre la doctrine de plus haut. Saint Augustin nous servira d’introducteur à tant de merveilleux secrets. « Il y a deux temps, dit ce grand Docteur dans son Enarration sur le Psaume CXLVIII :  l’un, celui qui s’écoule maintenant dans les tentations et les tribulations de cette vie ; l’autre, celui qui doit se passer dans une sécurité et dans une allégresse éternelles. Ces deux temps, nous les célébrons, le premier avant la Pâque, le second après la Pâque. Le temps avant la Pâque exprime les angoisses de la vie présente ; celui que nous célébrons après la Pâque signifie la béatitude que nous goûterons un jour. Voilà pourquoi nous passons le premier de ces deux temps dans le jeûne et la prière, tandis que le second est consacré aux cantiques de joie ; et, pendant sa durée, le jeûne est suspendu.  »
 
L’Eglise, interprète des saintes Ecritures, nous signale deux lieux différents qui sont en rapport direct avec les deux temps dont parle saint Augustin : ces deux lieux sont Babylone et Jérusalem. Babylone est le symbole de ce monde de péché, au milieu duquel le chrétien doit passer le temps de l’épreuve ; Jérusalem est la patrie céleste au sein de laquelle il se reposera de tous ses combats. Le peuple d’Israël, dont toute l’histoire n’est qu’une grande figure de l’humanité, fut littéralement exilé de Jérusalem et retenu captif à Babylone.
 
Or, cette captivité loin de Sion dura soixante-dix ans ; et c’est pour exprimer ce mystère que, selon Alcuin, Amalaire, Yves de Chartres, et généralement tous les princes de la Liturgie, l’Eglise a définitivement fixé le nombre septuagénaire pour les jours de l’expiation, prenant, selon l’usage des saintes Ecritures, le nombre ébauché pour le nombre parfait.
 
La durée du monde lui-même, comme portent les antiques traditions chrétiennes, se partage aussi selon le septénaire. La race humaine doit traverser sept âges, avant le lever du jour de la vie éternelle. Le premier âge s’est étendu depuis la création d’Adam jusqu’à Noé ; le second depuis Noé et le renouvellement qui suit le déluge jusqu’à la vocation d’Abraham; le troisième commence à cette première ébauche du peuple de Dieu, et va jusqu’à Moïse par les mains duquel le Seigneur donna la loi ; le quatrième s’étend de Moïse à David, en qui la royauté commence dans la maison de Juda ; le cinquième embrasse la série des siècles puis le règne de David jusqu’à la captivité des Juifs à Babylone ; le sixième est la période qui s’écoula depuis le retour de la captivité jusqu’à la naissance de Jésus-Christ. Vient enfin le septième âge, qui s’est ouvert à l’apparition miséricordieuse du Soleil de justice, et doit durer jusqu’à l’avènement redoutable du Juge des vivants et des morts. Telles sont les sept grandes fractions des temps, après lesquelles il n’y a plus que l’éternité.
 
Pour encourager nos cœurs, au milieu des combats dont la route est semée, l’Eglise, qui luit comme un flambeau au milieu des ombres de ce séjour terrestre, nous montre un autre septénaire qui doit faire suite à celui que nous allons traverser. Après la Septuagésime de tristesse, la radieuse Pâque viendra avec ses sept semaines d’allégresse nous apporter un avant-goût des consolations et des délices du ciel. Après avoir jeûné avec le Christ et compati à ses souffrances, le jour viendra où nous ressusciterons avec lui, où nos cœurs le suivront au plus haut des cieux ; et, peu après, nous sentirons descendre en nous l’Esprit divin avec ses sept dons. Or, ainsi que le remarquent les mystiques interprètes des rites de l’Eglise, la célébration de tant de merveilles ne nous demandera pas moins de sept semaines entières, de Pâques à la Pentecôte.
 
Après avoir jeté un regard d’espérance sur cet avenir consolateur qui nous attend, et qui pourtant n’est que la figure de cet autre avenir que le Seigneur nous prépare dans les splendeurs de son éternité, il nous faut revenir aux réalités présentes. Que sommes-nous ici-bas? exilés, captifs, en proie à tous les périls que Babylone recèle. Si nous aimons la patrie, si nous avons à cœur de la revoir, nous devons rompre avec les faux  attraits de cette perfide étrangère, et repousser loin de nous la coupe dont elle enivre un grand nombre de nos frères de captivité. Elle nous convie à ses jeux et à ses ris ; mais nos harpes doivent demeurer suspendues aux saules des rives de son fleuve maudit, jusqu’au signal qui nous sera donné de rentrer dans Jérusalem (Psalm. CXXV.). Elle voudrait nous engager à faire du moins entendre les chants de Sion dans sa profane enceinte, comme si notre cœur pouvait être à l’aise loin de la patrie, et quand nous savons qu’un exil éternel peut être la peine de notre infidélité ; mais comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère (Psalm. CXXXVI.) ? »
 
Tels sont les sentiments que la sainte Eglise cherche à nous inspirer durant ces longs jours de deuil, en appelant notre attention sur les dangers qui nous environnent, et au dedans de nous-mêmes et de la part des créatures. Dans tout le reste de l’année, elle nous provoque à répéter le chant du ciel, le divin Alleluia ! et voilà qu’aujourd’hui elle met la main sur notre bouche pour arrêter ce cri d’allégresse qui ne doit pas retentir dans Babylone. « Nous sommes en voyage, loin du Seigneur (II Cor. V, 6.) » ; gardons nos cantiques pour le moment où nous arriverons près de lui. Nous sommes pécheurs, et trop souvent complices des profanes qui nous environnent ; purifions-nous par le repentir ; car il est écrit que « la louange du Seigneur perd toute sa beauté dans la bouche du pécheur (Eccli. XV, 9.). rigoureuse de l’Alleluia, qui ne doit plus se faire entendre sur la terre jusqu’au moment où, ayant participé à la mort du Christ, ayant été ensevelis avec lui, nous ressusciterons avec lui pour une vie nouvelle (Coloss. II, 12.).
 
Le beau cantique des Anges, Gloire à Dieu au plus haut des cieux, que nous avons fait retentir chaque dimanche, depuis la naissance du Rédempteur, nous est enlevé en même temps ; il ne nous sera permis de le répéter que les jours où l’on célébrera sur la semaine quelque fête en l’honneur des Saints. L’Office de la nuit, le Dimanche, va perdre aussi jusqu’à la Pâque son magnifique Hymne Ambrosien, Te Deum laudamus. Lorsque le Sacrifice sera achevé, le diacre ne congédiera plus l’assemblée des fidèles par ces solennelles paroles : Ite, Missa est ; il invitera seulement le peuple chrétien à continuer sa prière dans le silence, en bénissant le Dieu de miséricorde, qui a daigné ne pas nous rejeter malgré nos iniquités.
 
Après le Graduel de la Messe, à l’endroit où l’Alleluia, trois fois répété, préparait nos cœurs à s’ouvrir pour écouter la voix du Seigneur lui-même, dans la lecture de son saint Evangile, nous entendrons l’expressive mélodie du Trait, qui rendra les sentiments de repentir, d’instante supplication, d’humble confiance, qui doivent être les nôtres en ces jours.
 
Afin que nos yeux aussi soient avertis que la période où nous entrons est un temps de deuil et de tristesse, la sainte Eglise revêtira, le Dimanche et les jours où elle n’aura pas à fêter quelque Saint, la sombre couleur violette. Elle laisse cependant encore, jusqu’au Mercredi des Cendres, le diacre se parer de la dalmatique et le sous-diacre de la tunique ; mais, à partir de ce jour, ils devront déposer ces vêtements de joie, en attendant que l’austère Quarantaine, qui doit s’ouvrir alors, inspire à la sainte Eglise d’exprimer de plus en plus ses tristesses, par la suppression de tout ce qui ressentirait encore en quelque chose la pompe dont elle aimait, en d’autres temps, à environner les autels du Dieu qu’elle adore.

5 février 2012

[Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique] Les omissions de Mgr Fellay

SOURCE - Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique - 5 février 2012

Le sermon de surenchère prononcé à Winona, le 2 février, par Mgr Fellay étonne grandement par ses omissions. Mgr Fellay rend public un refus, qu’il avait pratiquement exprimé depuis le début du mois dernier, d’accepter le Préambule doctrinal remis le 14 septembre par le cardinal Levada – plus exactement d’accepter de considérer la démarche d’un Préambule doctrinal –, et son refus, par voie de conséquence, du décret portant érection d’une prélature personnelle exempte de l’autorité des évêques, dont il aurait été le prélat à vie.

« Si vous nous acceptez, répond-il, c’est sans changement, sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts ; mais si vous voulez nous les faire accepter, alors c’est non ». Mais pourquoi Mgr Fellay omet-il de préciser qu’on lui a remis ce Préambule, le 14 septembre, comme un texte modifiable ? qu’il a été informé dans les jours qui ont suivi que les points qu’il estimait inacceptables pouvaient être écartés ? qu’il lui a été indiqué à plusieurs reprises que toutes ses requêtes seraient entendues ? autrement dit que Rome acceptait en effet la FSSPX « sans changement », ce dont aucun observateur sérieux n’a jamais douté depuis la levée des excommunications ? Autant de questions que l’on se pose et que nous posons après avoir contacté plusieurs sources proches du dossier. 

Si Mgr Fellay avait pris la peine de retravailler le texte qu’on lui présentait, comme tentait jadis de le faire Mgr Lefebvre avec les textes conciliaires (mais les temps ont bien changés : c’est Rome aujourd’hui qui invite les fils de Mgr Lefebvre à insérer leurs modi), il pouvait devenir, joint à la reconnaissance de la FFSSPX, une étape aussi importante que le Motu Proprio dans l’évolution de l’après-Concile. Alors, pourquoi, comme l’ont révélé les blogues italiens, a-t-il, à deux reprises depuis le 14 septembre, botté en touche, sans jamais donner un commencement de réponse à la question qu’on lui posait : « Que désirez-vous modifier dans cette déclaration préalable » ?

Il est vrai que le Préambule du cardinal Levada était marqué par la « confusion » dénoncée par Mgr Fellay : il contenait et la possibilité de critiquer Vatican II et l’affirmation qu’il fallait le recevoir selon « l’interprétation de continuité » donné par le Catéchisme de l’Église catholique. Mais pourquoi Mgr Fellay n’a-t-il pas saisi la possibilité qu’on lui laissait de le modifier ? Si de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, présenter le Préambule à la FSSPX tel qu’il avait été rédigé était une erreur, de la part de la FSSPX, refuser d’en rectifier la rédaction est une faute.

S’agit-il pour Mgr Fellay de gagner encore un peu de temps dans son « splendide isolement », au risque de plus en plus grand d’y rester pour toujours ? Et sans plus de justification. Car si le refus de Mgr Fellay se donne les apparences d’un refus de Vatican II, il est en réalité un refus de prendre les moyens d’une critique « à l’air libre » de Vatican II : Mgr Fellay refuse le contenu du Préambule, mais… il refuse de modifier le contenu du Préambule. Si ce refus pour le moins confus se confirmait, et si le Saint-Siège en prenait acte, ce qui heureusement pour l’heure n’est pas assuré, la FSSPX s’engagerait certes dans une impasse institutionnelle, ce qui après tout la regarde, mais plus gravement pour le bien de l’Église, 50 ans après l’ouverture du Concile, elle achèverait d’enterrer son talent en s’abstenant de peser « de l’intérieur » sur la vie de l’Église à un moment décisif.

[Vini Ganimara - Riposte Catholique] En attendant Godot (pardon, Menzingen), un petit divertissement proustien

SOURCE - Vini Ganimara - Riposte Catholique - 5 février 2012

Depuis des semaines, tous les vaticanistes de la planète, et plus généralement tous ceux qui s’intéressent à l’actualité religieuse, supputent les chances de succès d’un accord entre la Fraternité St Pie X et le saint-siège. Comme tout le monde, nous suivons, sur Osservatore Vaticano, cette question avec beaucoup d’intérêt – et, dois-je l’avouer, un peu d’anxiété, car les interlocuteurs, de part et d’autre, semblent, malgré toute leur bonne volonté (ce qui n’est pas rien, et ce qui est relativement nouveau!), manquer cruellement de connaissance de la mentalité « d’en face ». De toute façon, l’affaire est entre les mains du Bon Dieu et, à part laisser traîner nos oreilles, et donner un conseil de ci, de là, nous ne pouvons pas faire grand-chose d’autre que prier. Pour combler l’attente, un lecteur me propose cet innocent divertissement proustien, que je ne résiste pas au plaisir de vous livrer (vous aurez reconnu Du côté de chez Swann):
Il en est des noms de personnes comme des noms de pays, et celui de messire du Fellay, un évêque aux couleurs pâlies aperçu dans le vitrail de la chapelle des Guermantes, dont Brichot m’avait expliqué l’étymologie (Fellay vient de : au fil de l’eau, ou de l’aigue, et non de feu ardent ou ayent comme le croyait le naïf curé de Combray), fouettait mon imagination évoquant l’œuf que me préparait Françoise dans la cuisine cuivrée de ma tante Léonie certains jours transparents d’hiver, mon rêve bercé par la finale du nom épiscopal aussi argentée que la petite cuiller qui en brisait doucement la coque et faisait apparaître dans la tête de l’œuf « toquée », comme elle disait, l’incertain contenu dont la première syllabe évoquait la glutineuse mais pourtant indécise consistance, à moins que ne superposât dans mon souvenir la même amusante fêlure que je pratiquais lors d’un de ces petits déjeuners à l’anglaise dont Mme Sazerat avait le secret. J’entendais aussi dans l’aigu et l’aigrelet du nom du prélat de verre translucide serti de plomb brunâtre, l’acide tintement de sonnailles helvétiques, dont le baron de Charlus, prince de Valais par les femmes, parlait sans raison et à tout propos à Swann interloqué, annonçant le surgissement d’une chevrette hésitante, aux cornes semblables à une mitre, à moins que le nom de l’évêque ne dressât dans mon imagination électrisée, tant la vie des rêves nous les présente de manière différente en des couches superposées, la fluctuation de la brume sur les pentes alpestres qui s’accrochait en longs fils de ouate à la tête trop ténue de la biquette et la faisait hésiter sans fin sur le choix de son chemin. Et il me semblait entendre, surtout le matin, lorsque, les rideaux de ma chambre encore tirés ma tête était toujours tournée contre le mur et que je répétais doucement pour moi-même ce nom de moire violette, l’appel inquiet de Françoise vers un petit chat alarmé et têtu que lui avait donné sa fille nommé fort à propos Fuilet, car il aurait bien voulu laper le lait chaud qu’elle lui offrait mais fuyait à l’instant où elle avançait sa main, puis revenait vers le lait pour s’enfuir à nouveau, comme les deux syllabes de ce nom de Fellay quand je les renversais me le disaient aussi.

4 février 2012

[Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison] Finances délinquantes II

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 4 février 2012

Les finances délinquantes ont aujourd'hui une signification religieuse car elles jouent un rôle majeur dans cet esclavage du monde entier qui est en train d'être imposé par les ennemis de Dieu. Sans doute certains de ceux-ci ne savent ce qu'ils font, mais les plus clairvoyants doivent bien être conscients que leur but ultime est d'envoyer toutes les âmes sans exception en Enfer. Toutefois, avant de présenter quelqu'autre rouage de leur machinerie financière, il est nécessaire de comprendre toute la délinquance du système bancaire de réserve fractionnaire, introduit dans le « Commentaire Eleison » du 29 octobre de l'année dernière.
 
Le système bancaire de réserve fractionnaire signifie qu'une banque n'a besoin de posséder en réserve, prête à être payée à ses clients, qu'une petite fraction du montant de l'argent qu'elle a prêté. Il est apparu en Europe vers la fin du Moyen Age lorsque les banquiers, en prenant en dépôt, disons, 100 kilogrammes d'or et en donnant en échange 100 billets de papier certifiant que le propriétaire de ce certificat pouvait réclamer à la banque telle quantité d'or, se sont rendu compte que presque jamais plus que dix clients, disons, ne présenteraient au même moment un certificat pour réclamer leur dépôt en or. Et tant que les gens avaient confiance que la banque aurait toujours de l'or pour leur en rendre en retour de leurs certificats, alors ces billets de papier pouvaient avantageusement servir d'argent, et pourraient ci rculer comme tel parmi le peuple.
Cependant, les banquiers comprirent du coup que dans le cours normal des affaires, ils auraient besoin de garder en réserve seulement 10 kilogrammes d'or pour 100 certificats, ou bien, si la banque avait en dépôt 100 kilogrammes d'or, ils pourraient alors mettre en circulation 1000 certificats de papier dont 900 n'auraient aucun équivalent en or à la banque. Donc ces 900 certificats constitueraient de l' « argent-fantaisie » créé par la banque avec du vent, mais cela n'aurait aucun inconvénient tant que la proportion des clients qui voudraient échanger leur certificat de papier pour la pièce d'or correspondante ne dépasserait jamais un sur dix.
 
S'ils étaient plus nombreux qu'un sur dix, la banque n'aurait pas l'or correspondant aux certificats, et ou bien la banque emprunterait rapidement de l'or ailleurs pour le donner en échange des certificats présentés, ou bien des clients risqueraient de réaliser qu'on leur avait joué un tour avec leur or. Dès lors si la confiance dans la banque disparaissait, tous les clients exigeraient leur or immédiatement – les paniques bancaires ne sont rendues possibles que par le système bancaire de réserve fractionnaire – et un grand nombre de clients n'auraient plus dans leurs mains que d'inutiles billets de papier. La banque se trouverait bien sûr en faillite, et l'on pourrait espérer qu'elle disparût totalement.
 
Ainsi partout où fonctionne le système bancaire de réserve fractionnaire, la banque est intrinsèquement fragile, et en dernier ressort elle joue un tour à ses clients. Extrinsèquement elle peut se protéger en se procurant une garantie d'appui en cas de nécessité. Telle garantie est fournie en général par une banque centrale, mais la garantie n'est pas plus sûre que le garant, et en tout cas elle donne un pouvoir dangereux à la banque centrale. Voilà encore un exemple de délinquance financière, mais il faudra traiter d'abord de l'intérêt composé.
 
Le pouvoir est en jeu, et en définitive les âmes. Que personne n'aille dire que ces questions n'ont aucune incidence religieuse! Qu'il suffise de se souvenir du Veau d'Or
 
Kyrie eleison.

[Jean Mercier - La Vie] Mgr Fellay refuse le préambule doctrinal mais lance un ultime défi à Benoît XVI

SOURCE - Jean Mercier - La Vie - 4 février 2012

Dans un sermon, le 2 février 2012, Mgr Bernard Fellay a exposé publiquement le refus de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X de signer le préambule doctrinal proposé par Rome pour sceller la réconciliation. Ce serait alors la fin de trois ans de négociations serrées entre les intégristes et le Vatican. A moins, explique Mgr Fellay, que Rome renonce à ses demandes vis à vis du Concile.

Dans un sermon prononcé le 2 février au séminaire de Winona (Etats Unis), Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) semble vouloir mettre un terme à la procédure de réconciliation engagée il y a trois ans avec la levée des excommunications des évêques lefebvristes, sans pour autant déclarer la rupture des relations. De façon publique, il a assuré qu'il était impossible de signer le préambule doctrinal du 14 septembre 2011, et notamment les éléments proposés par Rome au sujet de Vatican II : « Je crois qu’on ne peut pas aller plus loin dans la confusion.(...) Voilà pourquoi nous avons été obligés de dire « non ». Nous n’allons pas signer cela. » 
 
Ce texte très complexe, si on en retient les éléments les plus incisifs (et notamment la série des "non" opposés par Mgr Fellay), marquerait ainsi la fin de l'étape des négociations doctrinales, troisième étape voulue par les deux parties – après la libéralisation de la messe tridentine (2007) et la levée des excommunications (2009). Il y a une semaine, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait déploré le dialogue de sourds entre la FFSPX et le Vatican.
 
Mgr Fellay ne veut pourtant pas donner l'impression qu'il rompt les ponts et se refuse à « claquer la porte ».  Il précise ainsi : "Nous n’allons pas faire marche arrière, quoi qu’il arrive. Il y a quelques menaces de la part de Rome maintenant, bien sûr. On verra" .Il se positionne comme si l'acte schismatique de 1988 n'avait jamais eu lieu et maintient ses troupes dans l'horizon d'une possible réintégration, une fois que la génération pro-conciliaire aura quitté le pouvoir. "Cette épreuve finira, je ne sais pas quand. Parfois cette fin semble s’approcher, parfois elle semble s’éloigner. Dieu connaît les temps, mais humainement parlant, il faudra attendre un bon moment avant de commencer à voir les choses s’améliorer – cinq, dix ans. Je suis persuadé que dans dix ans les choses seront différentes parce que la génération issue du Concile aura disparu et la génération qui suit n’entretient pas un tel lien avec le Concile."  Mgr Fellay ajoute : « Nous devons continuer à affirmer que nous appartenons à l’Eglise. Nous sommes catholiques. Nous voulons être et rester catholiques ; il est très important de maintenir cela... (...) c’est notre devoir d’aller toujours à Rome, de frapper à la porte et de demander non pas d’y entrer (puisque nous sommes déjà dedans), mais de les prier de se convertir, de changer et de retourner à ce qui fait l’Eglise. »  Le combat doit continuer, selon le chef des intégristes : "Je ne sais pas ce qui se passera au printemps. Je sais seulement que le combat de la foi continuera, quoi qu’il arrive. Soit que nous soyons reconnus, soit que nous ne le soyons pas. Vous pouvez être sûrs que les progressistes ne seront pas contents. Ils continueront, et nous continuerons à les combattre". 
 
Mgr Fellay plaide ici pour la position de l'aile modérée de la FSSPX : maintenir le contact et revenir un jour au sein de l'Eglise catholique une fois que celle-ci se sera convertie aux vues intégristes. Une position qui permettrait d'éviter l'éclatement de la Fraternité, même si, selon une source très informée, ceux qui espéraient l'accord avec Rome sont actuellement atterrés car la perspective d'une normalisation rapide des relations est plus que compromise. Mais Mgr Fellay, si les négociations étaient suspendues sine die, aurait quand même gagné la levée des excommunications.
 
On apprend grâce à ce sermon que Rome aurait négocié de manière très généreuse pour offrir un statut canonique aux dissidents, tout en maintenant la clause de respect des fondamentaux de Vatican II, comme la liberté religieuse et l'oecuménisme... Mgr Fellay est clair : «  Je peux affirmer que ce qui nous est présenté aujourd’hui – et qui est différent de ce qui nous a été présenté le 14 septembre 2011 – peut être considéré comme bon. Ils remplissent toutes nos conditions, si je puis dire, au niveau pratique. Il n’y a pas beaucoup de problèmes sur ce plan. Mais le problème demeure à un autre niveau, au niveau de la doctrine.  Toutefois, même dans le domaine doctrinal, on avance très vite, mes bien chers frères»  Soufflant le chaud et le froid, le supérieur général de la FSSPX reconnaît que le Vatican a donné des gages de sa bonne volonté, mais que le problème de fond n'est pas soluble, tout en ayant l'air d'être optimiste sur le réglement d'un conflit qu'il s'emploie pourtant à décrire comme sans issue...
 
Mgr Fellay explique longuement qu'il est impossible de se plier à la condition de Rome qui est d'interpréter la Tradition selon le Magistère de l'Eglise (qui inclue Vatican II et toutes les déclarations de type magistériel jusqu'à nos jours.) :  Ils nous disent : « vous devez accepter que, dans les cas où il y a des difficultés dans les documents du Concile – tels points ambigus qui font débat – ces points, comme l’œcuménisme, la liberté religieuse, doivent être interprétés en cohérence avec l’enseignement de toujours de l’Eglise ». Et ils ajoutent : « ainsi lorsqu’il y a une ambiguïté dans le Concile, vous devez la comprendre comme l’Eglise a enseigné depuis toujours »
 
Cet constat n'est pas surprenant, car il entérine l'impossibilité de se mettre d'accord sur ce qu'est la Tradition, qui date d'il y a 50 ans. Du côté lefebvriste, depuis toujours, on considère que la Tradition s'arrête vers 1950-1960, avec une prédilection pour la lutte anti-moderniste du pontificat de Pie X. « Car la vérité n’est pas liée au temps. La vérité est au-dessus du temps. Ce qui a été proclamé une fois, oblige toujours. Voilà ce qu’est un dogme. Dieu est ainsi, au-dessus du temps. Et la foi consiste à adhérer à la vérité de Dieu. Elle est au-dessus du temps. » explique Mgr Fellay. Du côté du Vatican, on considère que la Tradition évolue encore avec le temps sans se renier fondamentalement, vision théorisée par le Bienheureux John Henry Newman et reprise par Benoît XVI à travers son concept de "l'herméneutique de la réforme et du renouveau dans la continuité de l'unique sujet Eglise".
 
Bien qu'il affirme qu'il ne pourra pas signer le texte d'accord de Rome, Mgr Fellay semble affirmer qu'il reste une ultime sortie de crise,et qu rien n'est joué : "Nous avons envoyé notre réponse à Rome. Ils continuent à dire qu’ils y réfléchissent, et cela veut dire que probablement ils sont embarrassés. En même temps je crois que nous pouvons voir maintenant ce qu’ils veulent vraiment. Nous veulent-ils vraiment dans l’Eglise ou non ? Nous leur avons parlé très clairement : « si vous nous acceptez c’est sans changement. Sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts. Mais si vous voulez nous les faire accepter, alors c’est non. »
 
En stipulant : Nous sommes prêts, mais en ajoutant "si vous nous acceptez, c'est sans changement", Mgr Fellay lance à Benoît XVI un ultime défi : la normalisation des relations serait possible si Rome retirait ce qui concerne le Concile Vatican II et le catéchisme de l'Eglise catholique dans son préambule doctrinal. L'astuce de cette posture est de rejeter une fois de plus la balle dans le camp de Rome, et donc de faire en sorte que la rupture officielle de la normalisation apparaisse comme venant du Vatican.
 
Le pape ne s'est pas encore prononcé, mais après cette déclaration de Mgr Fellay, il est probable que la Commission Ecclesia Dei, chargée du dossier, se contentera sans doute de prendre acte de la position non négociable de la FSSPX. A moins que Benoît XVI  ne décide, hypothèse qui semble très peu réaliste- de réintégrer les Lefebvristes en sacrifiant les points clés de Vatican II que sont la liberté religieuse et l'oecuménisme.
 
Lire l'intégralité du sermon sur le site de La Porte Latine.

[Vatican Insider] Monseigneur Fellay affirme que le dialogue avec le Vatican se poursuit, malgré les divergences

SOURCE - Vatican Insider - version française: Fecit - 4 février 2012

En dialogue avec le Saint-Siège, la Fraternité Saint-Pie X n'a aucune intention de "fermer la porte". "Au contraire, affirme le supérieur général Mgr Bernard Fellay, il est de notre devoir de continuer à frapper à la porte, et de demander non pas d’y entrer (puisque nous sommes déjà dedans), mais de les prier de se convertir, de changer et de retourner à ce qui fait l’Eglise".

Le chef des lefebvristes a également souligné que lorsqu'on "entend le pape actuel dire qu’il doit y avoir continuité dans l’Eglise, nous disons : « bien sûr ! » C’est ce que nous disons depuis toujours. Quand on parle de la Tradition, c’est précisément ce que l’on veut dire. Ils affirment eux qu’il doit y avoir Tradition, qu’il doit y avoir continuité, et donc qu’il y a continuité. Vatican II a été fait par l’Eglise, or dans l’Eglise il doit y avoir continuité, donc Vatican II appartient aussi à la Tradition."

Tels sont les passages les plus importants du sermon que Mgr Fellay a prononcé au séminaire de Winona en la fête de la chandeleur, et dont quelques sources ont uniquement extrait ce qui leur apparaissait comme une rupture des négociations entre la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre et Rome.

[Dom Romain] FSSPX: Mgr Fellay ne signera pas. C’est un échec et une réussite

SOURCE - Dom Romain - 4 février 2012

Lors d’un sermon prononcé le 2 février, Mgr Fellay l’a annoncé. «Je crois qu’on ne peut pas aller plus loin dans la confusion. En d’autres termes, cela signifie qu’ils donnent une autre signification au mot «Tradition», et peut-être au mot «cohérence». Voilà pourquoi nous avons été obligés de dire «non». Nous n’allons pas signer cela. Nous sommes d’accord dans le principe, mais nous nous rendons compte que la conclusion est contraire.» L’évêque des lefebvristes a donc signifié la décision prise au nom de la fraternité et certainement de l’avis de la grande majorité de ses membres. Dès la mise en ligne des paroles de Mgr Fellay, les premières réactions parlaient «d’échec». Pour ma part je préfère parler d’une réussite qui aboutit à un échec.
  
Echec certes, car la réintégration est refusée par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Et en l’état on ne voit pas Rome leur forcer la main. Le Saint Père se retrouve dans la même situation qu’en 1988, quand Mgr Lefebvre retira sa signature du protocole d’accord signé la veille en présence du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les efforts du théologien et du pasteur auraient mérité une fin plus heureuse. J’ai bien de la peine pour Benoît XVI…
Mais réussite car les diverses rencontres au Palais du Saint Office ont permis d’exprimer clairement les positions de chacun. Ecône a souvent joué sur une certaine forme d’ambiguïté. Le Concile OUI, mais certaine chose NON. La «nouvelle messe» OUI SI, mais il ne faut pas y aller. Nous sommes avec le Pape, mais le Pape se trompe (Assises et sa participation à des prières avec d’autres chrétiens, etc..). Au début de sa prédication le supérieur d’Ecône joue de cette même mélodie, proche de Rome, avec Rome, mais en lutte contre Rome. Après tant d’explications,  la décision tombe enfin: «nous avons été obligés de dire non». Ecône restera fidèles à la leçon laissée par Mgr Lefebvre (cf. le texte annexé en bas de page). C’est Non au Concile, Rome doit revenir à la Tradition telle qu'elle est comprise par la FSSPX. C'est ainsi que Mgr Fellay a fait écho aux discussions avec Rome: «[Ils nous disent] Vatican II a été fait par l’Eglise, or dans l’Eglise il doit y avoir continuité, donc Vatican II appartient aussi à la Tradition. Et nous de réagir: «pardon, que dites-vous là?» Plus Catholique que moi, tu meurs!
L’excommunication de 1988, à la suite des ordinations épiscopales, se fondait sur des arguments canoniques, mais ces derniers semblent bien cacher des raisons théologiques. En ce sens, les diverses rencontres sont une réussite, nous savons désormais pourquoi Ecône ne veut pas réintégrer l’Eglise: C’est pour des raisons de foi. La FSSPX ne partage pas la foi de l’Eglise telle qu'exprimée à la suite du Concile Vatican II. Les points de convergences ne suffisent pas, les divergences sont trop profondes. Dont acte, au terme de ces rencontres.
SI (et seulement si) la rupture est confirmée par Rome, les lefebvristes devront continuer leur chemin seuls. Ils devront définir eux-mêmes ce qui peut changer dans la Tradition vivante de l’Eglise, quels saints peuvent entrer dans le calendrier, comment dialoguer avec le monde et les autres croyants, comment et quoi adapter aux circonstances nouvelles, comment demander pour eux et respecter chez les autres la «liberté religieuse». Quand le pape est moderniste ou ne l’est pas, quand tel évêque ou tel prêtre est dans le juste ou ne l’est pas, qui mérite de recevoir une ou cinq «mitres». Hé oui, être «magistère» réclame bien du travail. Sauf, naturellement,  si la FSSPX continue à jouer au poisson pilote de l’Eglise Catholique, auquel cas elle se servira dans les décisions de l’Eglise, selon son bon vouloir,  son libre arbitre.
Dans sa prédication Mgr Fellay dit aussi: «Regardons les protestants, comme ils ouvrent les églises pour eux; et pour nous, ils les ferment. Mais nous disons: «ne nous soucions pas de cela». A titre personnel, je prends note «qu’ils ne se soucient pas de cela». Mais pourquoi en est-il ainsi? Sans parler des raisons canoniques, pourquoi accueillir des Protestants, alors que leurs positions théologiques sont plus éloignées que celles des lefebvristes? Il existe certainement plusieurs réponses; j’en donne une: Car ils sont plus respectueux que vous! Quand ils parlent du pape ou de nos évêques, dont ils ne partagent pas – comme vous – toutes les opinions, ils le font avec respect. Ils acceptent les différences et sont reconnaissants pour le dialogue que nous entretenons avec eux. C’est vrai, c’est un argument très «humain», mais ne sommes nous pas, comme eux, des «modernistes»?
Ecône a parlé, il reste maintenant à attendre la position romaine. Tous s’accordent à dire que le dossier se trouve désormais dans les mains du pape, ce qui est la moindre des choses étant donnée la gravité de la décision à prendre. Il faut attendre la position du Vatican, car ce ne sera que «quand Rome aura parlé, que la cause sera entendue».
Dom Romain

[Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique] Un évêque de Floride exprime son « respect » pour la forme extraordinaire

SOURCE - Christophe Saint-Placide - Riposte Catholique - 4 février 2012
Né à Cuba, évêque de St Augustine (Jacksonville) depuis mi-2011 Mgr Felipe de Jesús Estevez vient d’adresser un message chaleureux à Una Voce Floride. Dans ce courrier daté du 9 décembre, Mgr Estevez écrit en effet :
 
Je veux que vous sachiez que j’ai un grand respect pour votre organisation et pour la forme extraordinaire du rite romain. Je crois fermement que chaque catholique, individuellement comme en groupe, a droit au large éventail d’expressions spirituelles et liturgiques qui appartient à notre Église universelle.
 
Estimant « qu’il y a à l’heure actuelle les ressources sacerdotales adéquates pour appuyer et soutenir la célébration de la forme extraordinaire de la Messe » dans le diocèse, Mgr Estevez reconnaît néanmoins que « ces ressources sont limitées ». Et le prélat de garantir que, bien que n’ayant « aucune autorité pour orienter un prêtre vers la célébration de la forme extraordinaire », il n’entravera d’aucune manière « ceux qui voudront la célébrer ou apprendre à la célébrer ».
 
En guise de conclusion, l’évêque de St Augustine assure enfin à l’association sa bénédiction « pour ses efforts en matière d’éducation des fidèles (…) à la beauté et à la profonde spiritualité de la forme extraordinaire de notre liturgie romaine ».
 
Une attitude épiscopale peu habituelle que l’on aimerait trouver également en France.

[Côme de Prévigny - Rorate Caeli] Mgr Fellay à Rome : « Nous sommes prêts »

SOURCE - Côme de Prévigny - Rorate Caeli - FECIT - 4 février 2012

Cette phrase est bien de Mgr Fellay. Elle a été prononcée à Winona, dans le Minnesota, ce 2 février, à l’occasion de la cérémonie de prises de soutane au séminaire américain de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX). Résume-t-elle toute la pensée de son supérieur général ? Pas moins, en tout cas, que toutes celles qui ont été utilisées, détournées ou sorties de leur contexte par quelques journalistes qui titraient impatiemment : « l’échec des négociations » ou encore « Nous ne pouvons pas aller plus loin dans la confusion ». Animés d’une panique grandissante à mesure que des nouvelles de régularisation de la Fraternité se rapprochent dans le temps, progressistes et sédévacantistes avancent désormais main dans la main, les premiers n’hésitant plus à citer les seconds. « D’ennemis qu’ils étaient, ils devinrent amis » dit la Sainte Écriture.

La vérité est que Mgr Fellay n’a fait que répéter ce qu’il a dit à Écône le 8 décembre dernier. La Fraternité ne signera pas le préambule tel qu’il a été présenté le 14 septembre par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. En même temps, il rappelle que l’œuvre de Mgr Lefebvre ne se conçoit pas indépendamment du Siège apostolique : « Nous ne sommes pas une entité indépendante. Même si nous nous battons avec Rome, nous sommes encore pour ainsi dire avec Rome. » C’est là toute l’attitude de Mgr Lefebvre qui venait à Rome dès qu’il était appelé. Sans fuir devant les pièges, il préférait les discerner par la prudence, il avançait, à l’accoutumée, en demandant au Ciel des signes évidents. Il s’agissait pour lui d’un côté de proclamer la foi, telle qu’elle a été professée pendant les siècles, et de l’autre de maintenir les relations avec la curie romaine, l’archevêque rappelant que la solution viendrait de Rome. Il distinguait ainsi bien la recherche d’une régularisation, qui relève de la prudence, et la proclamation de la foi, qui relève du principe. Tant que cette dernière est gravement mise en péril par un règlement canonique, elle demeure prioritaire sur les aspects juridiques. Le jour où le supérieur jugera possible cette proclamation dans la légalité, alors il pourrait être périlleux de négliger des âmes hésitant à s’approcher par crainte des censures.

Ces derniers jours, d’éminents cardinaux ont, dit-on, étudié la réponse remise par la Fraternité Saint-Pie X. Allemands, français ou suisses, ces hauts prélats ne sont pourtant pas réputés constituer un aréopage bien indulgent à l’égard des tenants de la messe et du catéchisme traditionnels. C’est bien malgré leurs avis négatifs que Benoît XVI a pris la décision de libérer le missel tridentin et de révoquer les censures pesant sur les évêques consacrés en 1988. Pourquoi soudainement le pape déciderait-il d’agir d’une autre manière ? Citant Mgr Lefebvre, le supérieur général de la FSSPX a simplement indiqué sa disponibilité : « si vous nous acceptez c’est sans changement. Sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts ». La balle est dans le camp de Rome, où le pape a des pouvoirs beaucoup plus étendus que Mgr Fellay puisqu’il peut par sa simple signature conférer les prérogatives les plus étendues à l’œuvre que dirige le prélat valaisan. Il peut éventuellement constater cette récente thèse qui soutenait à Rome que « l’autorité du magistère de Vatican II est celle d’une homélie des années 60 ». Lui-même n’avait-il pas affirmé que le Concile « a voulu de manière consciente s'exprimer selon un registre plus modeste, comme un concile simplement pastoral » ?

3 février 2012

[Mathieu Thuillier - nordeclair.fr] « Aimer, partager, servir » : la devise de Paul Liétar

SOURCE - Mathieu Thuillier - nordeclair.fr - 3 février 2012

Issu d'une famille chrétienne, Paul Liétar, 73 ans, a fondé la conférence La Sainte Famille, au sein de la société de St-Vincent-de-Paul en 1993. Il recevra le Plus du bénévolat « Insertion ».

Il fait un froid de canard, ce mardi matin-là à Tourcoing. Au 35 rue Jean-Froissart, au fond d'une courée, une douzaine de bénévoles de la société de Saint-Vincent-de-Paul La Sainte Famille s'active. D'autres sont partis récupérer des denrées alimentaires dans une grande surface. « Cet après-midi, on distribue les colis à une cinquantaine de familles du secteur du Brun Pain, rapporte Paul Liétar, au milieu des cagettes de pommes, de poireaux et d'oranges. Ces familles sont envoyées par des assistantes sociales. Bien sûr, si quelqu'un vient du Virolois sans rien, qu'il a faim, on le dépanne avant de monter un dossier ou de le renvoyer vers le conseil local de la société de Saint-Vincent-de-Paul, rue du Chêne-Houpline. »
Bouleversé par l'appel de l'Abbé Pierre
Il y a bientôt 20 ans que Paul Liétar, qui a fait sienne la devise de la société de Saint-Vincent-de-Paul « aimer, partager, servir » , a fondé l'antenne de la Sainte Famille. À cette époque, âgé de 55 ans et libéré de ses obligations professionnelles après avoir fait toute sa carrière dans la banque, il s'engage aussi chez Emmaüs, rue Winocq-Choqueel, lui qui à l'âge de 16 ans dit avoir été « très marqué, bouleversé » même par l'appel de l'Abbé Pierre (en 1954). Toujours en 1993, il est bénévole auprès de la Fondation Pompidou et des Blouses jaunes, qui interviennent dans les hôpitaux aux côtés des personnes en fin de vie. « J'y ai appris beaucoup. D'un côté, la détresse matérielle, de l'autre la détresse morale. » Un père, chef comptable chez Trenteseaux Toulemonde, une maman qui se consacre à l'éducation de ses sept enfants. « Je suis né dans une famille chrétienne, avance Paul Liétar. J'ai vu mes parents aider les gens dans la difficulté et le besoin. J'ai été sensibilisé. » Il est aussi sympathisant de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en 1970 par le traditionaliste Mgr Lefebvre.

« Je suis très attaché au culte ancien, à la messe de ma jeunesse, mais ça s'arrête là », se défend Paul Liétar qui assure « n'appartenir à aucun parti politique. Mais c'est un autre sujet, il ne faut pas tout mélanger... », balaye-t-il.

Retour au sein de Saint-Vincent-de-Paul. Depuis quelque temps, Paul Liétar y accueille une nouvelle catégorie de population : « les seniors. On ne les voyait pas avant. » Il constate également une situation qui s'aggrave et ça le rend « triste ». « C'est de plus en plus dur. Avec la crise, il y a de moins en moins d'argent. Les bienfaiteurs sont moins généreux. La charité n'est plus la même qu'hier. C'était plus facile avant. » Bon an mal an, l'ancien délégué syndical CFTC poursuit la mission qu'il s'est fixée : « Remettre l'homme debout. » Dans son équipe de 25 personnes, certains sont eux-mêmes des (anciens) bénéficiaires. « Il met les assistés en situation d'assistants », résume Isabelle Dransart, bénévole de Saint-Vincent-de-Paul La Sainte Famille. Près de 20 ans que ça dure.

[DICI] Extrait du sermon de Mgr Fellay le 2 février 2012, au Séminaire de Winona (Etats-Unis)

SOURCE - DICI - 3 février 2012

Traduction française. Le style oral a été conservé.
 
La Fraternité Saint-Pie X a été fondée par l’Eglise et dans l’Eglise, et nous affirmons qu’elle continue d’exister, malgré le fait qu’il y a une prétention à nier son existence, en disant qu’elle a été supprimée en 1976 (mais de toute évidence sans aucun respect des lois de l’Eglise). Et c’est pour cela que nous continuons. Notre vénéré fondateur a insisté à maintes reprises sur l’importance de cette existence de la Fraternité (dans l’Eglise). Aussi, alors que le temps passe, je crois que nous devons garder cela présent à l’esprit ; il est très important que nous conservions cet esprit catholique.
 
Nous ne sommes pas une entité indépendante. Même si nous nous battons avec Rome, nous sommes encore pour ainsi dire avec Rome. Si vous voulez, nous sommes en même temps en lutte contre Rome et avec Rome. Aussi nous proclamons et nous continuons à dire que nous sommes catholiques. Nous voulons rester catholiques. Maintes fois j’ai dit à Rome : « vous essayez de nous pousser dehors. Et nous nous rendons compte qu’il serait beaucoup plus facile pour nous d’être dehors. Nous aurions beaucoup plus d’avantages. Vous nous traiteriez beaucoup mieux ! » Regardons les protestants, comme ils ouvrent les églises pour eux ; et pour nous, ils les ferment. Mais nous disons : « ne nous soucions pas de cela ». Nous agissons sous le regard de Dieu. Nous souffrons de la part de l’Eglise, c’est entendu. Nous n’aimons pas cela, bien sûr. Mais nous devons rester là, dans la vérité. Et nous devons continuer à affirmer que nous appartenons à l’Eglise. Nous sommes catholiques. Nous voulons être et rester catholiques ; il est très important de maintenir cela.
 
Il est également important que nous n’imaginions pas une Eglise catholique qui ne serait que le fruit de notre imagination, qui ne serait plus l’Eglise réelle. C’est avec l’Eglise réelle que nous avons des problèmes. Voilà ce qui rend les choses encore plus difficiles : le fait que nous avons des problèmes avec elle. Cela ne nous autorise pas, pour ainsi dire, à « claquer la porte ». Au contraire, c’est notre devoir d’aller toujours à Rome, de frapper à la porte et de demander non pas d’y entrer (puisque nous sommes déjà dedans), mais de les prier de se convertir, de changer et de retourner à ce qui fait l’Eglise. C’est un grand mystère ; ce n’est pas simple. Parce que dans le même temps nous devons reconnaître cette Eglise – c’est ce que nous affirmons au Credo : « je crois en l’Eglise catholique » – et donc nous reconnaissons qu’il y a un pape, qu’il y a une hiérarchie. Nous reconnaissons tout cela.
Mais dans la pratique, à plusieurs niveaux, nous sommes obligés de dire « non ». Pas parce que cela nous déplait, à nous, mais parce que l’Eglise s’est déjà prononcé sur ces questions. Et même plusieurs d’entre elles, l’Eglise les a condamnées. C’est pourquoi, dans nos discussions doctrinales avec Rome, nous étions, pour ainsi dire, bloqués. Le problème-clé dans ces discussions avec Rome était en définitive la question du Magistère, de l’enseignement de l’Eglise. Eux nous disent : « nous sommes le pape, nous sommes le Saint-Siège », ce que nous acceptons. Alors ils poursuivent : « nous avons le pouvoir suprême, » et nous l’admettons. Ils insistent : « nous sommes la dernière instance dans l’enseignement et nous sommes nécessaires » – Rome nous est nécessaire pour avoir la foi, nous sommes d’accord. Ils ordonnent : « alors, obéissez », et nous disons « non ». Ils nous reprochent d’être des protestants, parce que nous plaçons notre raison au-dessus du Magistère d’aujourd’hui. Alors nous leur répondons : « vous êtes des modernistes ; vous prétendez que l’enseignement d’aujourd’hui peut être différent de celui d’hier ». Nous disons que quand nous adhérons à ce que l’Eglise a enseigné hier, nous adhérons nécessairement à ce que l’Eglise enseigne aujourd’hui. Car la vérité n’est pas liée au temps. La vérité est au-dessus du temps. Ce qui a été proclamé une fois, oblige toujours. Voilà ce qu’est un dogme. Dieu est ainsi, au-dessus du temps. Et la foi consiste à adhérer à la vérité de Dieu. Elle est au-dessus du temps. C’est pourquoi l’Eglise d’aujourd’hui est liée à l’Eglise d’hier et doit lui être semblable, mais pas seulement semblable. Aussi, quand on entend le pape actuel dire qu’il doit y avoir continuité dans l’Eglise, nous disons : « bien sûr ! » C’est ce que nous disons depuis toujours. Quand on parle de la Tradition, c’est précisément ce que l’on veut dire. Ils affirment qu’il doit y avoir Tradition, qu’il doit y avoir continuité, et donc qu’il y a continuité. Vatican II a été fait par l’Eglise, or dans l’Eglise il doit y avoir continuité, donc Vatican II appartient aussi à la Tradition. Et nous de réagir : « pardon, que dites-vous là ? »
 
Mais cela va encore plus loin, bien chers fidèles. Ce que je viens de décrire se passait pendant les discussions à la fin desquelles nous recevions l’invitation de Rome. Dans cette invitation se trouvait la proposition d’une solution canonique pour régulariser notre situation. Et je peux affirmer que ce qui nous est présenté aujourd’hui – et qui est différent de ce qui nous a été présenté le 14 septembre 2011 – peut être considéré comme bon. Ils remplissent toutes nos conditions, si je puis dire, au niveau pratique. Il n’y a pas beaucoup de problèmes sur ce plan. Mais le problème demeure à un autre niveau, au niveau de la doctrine. Toutefois, même dans le domaine doctrinal, on avance très vite, mes bien chers frères. La clé du problème est un principe (celui de la cohérence avec la Tradition). Ils nous disent : « vous devez accepter que dans les cas où il y a des difficultés dans les documents du Concile – tels points ambigus qui font débat – ces points, comme l’œcuménisme, la liberté religieuse, doivent être interprétés en cohérence avec l’enseignement de toujours de l’Eglise ». Et ils ajoutent : « ainsi lorsqu’il y a une ambiguïté dans le Concile, vous devez la comprendre comme l’Eglise a enseigné depuis toujours ».
 
Ils vont encore plus loin et disent : « on doit rejeter tout ce qui est opposé à l’enseignement traditionnel de l’Eglise ». Bon, c’est ce que nous avons toujours dit. C’est surprenant, n’est-ce pas, que Rome nous impose ce principe ? Surprenant. Alors vous pourriez demander : « pourquoi n’acceptez-vous pas ? » Eh bien, chers fidèles, c’est qu’il y a encore un problème. Dans le texte de ce Préambule doctrinal, ils donnent deux applications du comment nous devons comprendre ces principes. Ils nous donnent les exemples de l’œcuménisme et de la liberté religieuse, tels qu’ils sont décrits dans le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique, qui reprend exactement les points que nous reprochons au Concile.
 
En d’autres termes, Rome nous dit : « nous avons toujours fait cela. Nous sommes traditionnels ; Vatican II c’est la Tradition. La liberté religieuse, l’œcuménisme c’est la Tradition. C’est en parfaite cohérence avec la Tradition. » Vous vous demandez : « où cela nous conduit-il ? » Quels mots trouverons-nous pour dire que nous sommes d’accord ou que nous ne le sommes pas ? Même s’ils acceptent les principes que nous avons toujours soutenus, c’est parce que, pour eux, ces principes signifient ce qu’ils pensent, mais qui est en exacte contradiction avec ce que nous affirmons.
 
Je crois qu’on ne peut pas aller plus loin dans la confusion. En d’autres termes, cela signifie qu’ils donnent une autre signification au mot « Tradition », et peut-être au mot « cohérence ». Voilà pourquoi nous avons été obligés de dire « non ». Nous n’allons pas signer cela. Nous sommes d’accord dans le principe, mais nous nous rendons compte que la conclusion est contraire. Grand mystère ! Alors, que va-t-il se passer maintenant ? Nous avons envoyé notre réponse à Rome. Ils continuent à dire qu’ils y réfléchissent, et cela veut dire que probablement ils sont embarrassés. En même temps je crois que nous pouvons voir maintenant ce qu’ils veulent vraiment. Nous veulent-ils vraiment dans l’Eglise ou non ? Nous leur avons parlé très clairement : « si vous nous acceptez c’est sans changement. Sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts. Mais si vous voulez nous les faire accepter, alors c’est non. » Et nous n’avons fait que citer Mgr Lefebvre, qui avait déjà dit cela en 1987 – plusieurs fois auparavant, mais la dernière fois qu’il l’a dit c’était en 1987.
 
En d’autres termes, bien chers frères, humainement parlant il est difficile de dire ce que nous réserve l’avenir, mais nous savons que quand nous traitons avec l’Eglise, nous avons affaire avec Dieu, avec la divine Providence, et nous savons que cette Eglise est Son Eglise. Les hommes peuvent perturber, détruire. Ils peuvent mettre de l’agitation, mais Dieu est au-dessus de cela, et Dieu sait comment diriger son Eglise sur des lignes droites, malgré tous ces incidents humains, toutes ces lignes courbes.
 
Cette épreuve finira, je ne sais pas quand. Parfois cette fin semble s’approcher, parfois elle semble s’éloigner. Dieu connaît les temps, mais humainement parlant, il faudra attendre un bon moment avant de commencer à voir les choses s’améliorer – cinq, dix ans. Je suis persuadé que dans dix ans les choses seront différentes parce que la génération issue du Concile aura disparu et la génération qui suit n’entretient pas un tel lien avec le Concile. Et déjà maintenant, bien chers frères, nous entendons plusieurs évêques nous dire : « vous donnez trop de poids à ce Concile ; laissez-le de côté. Ce serait une bonne manière pour l’Eglise d’aller de l’avant. Laissez-le de côté, oubliez-le. Retournons à la réalité, à la Tradition. »
 
N’est-ce pas intéressant d’entendre des évêques dire cela ? C’est un langage nouveau ! Cela signifie qu’il y a une nouvelle génération qui sait que, dans l’Eglise, il y a des choses plus sérieuses que Vatican II, et que nous devons retourner à ce qu’il y a de plus sérieux, si vous me permettez de parler ainsi. Vatican II c’est sérieux, à cause des dégâts qu’il a produits, c’est vraiment sérieux. Mais en tant que concile, il a voulu être pastoral, et il est déjà démodé. Nous savons que quelqu’un qui travaille au Vatican a rédigé une thèse universitaire sur le magistère de Vatican II. Il nous l’a dit lui-même, personne dans les universités romaines ne voulait accepter ce travail. Finalement un professeur l’a fait, or la thèse est la suivante : l’autorité du magistère de Vatican II est celle d’une homélie des années 60. Et ce candidat a été reçu !
 
On verra, mes bien chers frères. Pour nous, c’est très clair. Nous devons toujours soutenir la vérité, professer la foi. Nous n’allons pas faire marche arrière, quoi qu’il arrive. Il y a quelques menaces de la part de Rome maintenant, bien sûr. On verra. Nous laissons tout cela entre les mains du Bon Dieu et de la Très Sainte Vierge. Oh ! Oui, nous devons continuer notre croisade de rosaires. Nous comptons sur elle, nous comptons sur Dieu. Et ce qui doit arriver, arrivera. Je ne peux pas vous promettre un joli printemps. Je ne sais pas ce qui se passera au printemps. Je sais seulement que le combat de la foi continuera, quoi qu’il arrive. Soit que nous soyons reconnus, soit que nous ne le soyons pas. Vous pouvez être sûrs que les progressistes ne seront pas contents. Ils continueront, et nous continuerons à les combattre.

(Source : FSSPX/Winona – traduction française DICI du 03/02/12)

2 février 2012

[Abbé Laurent Spriet - La Nef] Magistère et Tradition

SOURCE - abbé Laurent Spriet - La Nef - février 2011

Mgr Fellay a fait savoir qu’il avait répondu au « préambule doctrinal » proposé par le Saint-Siège. Dans ce contexte, l’abbé Jean-Michel Gleize, de la Fraternité Saint-Pie X, a répondu récemment à un article de Mgr Fernando Ocariz (1). Dans notre désir de voir une heureuse issue à tous ces échanges, nous proposons cette contribution à la réflexion.
Les membres de la Fraternité Saint-Pie-X veulent aimer l’Église. C’est indubitable. Personne ne peut raisonnablement mettre en cause ce désir qui est le leur et qu’ils manifestent clairement. La peine qu’ils éprouvent à la vue du « champ de l’Église » (1 Co 3, 9) dans lequel se trouve tant d’ivraie, est proportionnelle à leur volonté d’aimer et de servir le Corps mystique du Christ (Co 1, 18).

Les rapports existant entre Tradition et Magistère. Tradition et Magistère ne peuvent pas s’opposer. Le Magistère expose ce qui appartient à la Tradition (son contenu objectif). À titre d’illustration, prenons un exemple : le dogme de l’Immaculée conception n’a pas été cru « toujours, partout et par tous » (cf. saint Vincent de Lérins). Fort heureusement, le Magistère de l’Église a pu montrer malgré tout que cette doctrine était contenue dans le dépôt révélé, et donc qu’elle appartenait à la Tradition (à titre de vérité de foi). Par le Magistère, avec le temps et la grâce de Dieu, le dépôt de la foi ne change pas, mais la compréhension du dépôt, et donc du contenu de la Tradition, se fait plus profonde, plus large. En ce sens, la Tradition peut être dite « vivante ». Non pas dans le sens qu’elle change dans son contenu, mais qu’elle se déploie fidèlement sous la conduite du Magistère de l’Église catholique romaine. Car il existe bel et bien un « désenveloppement » du dogme (cardinal Journet), une progression dans la compréhension du contenu du dépôt révélé sous la conduite du Magistère de l’Église. Tout est contenu dans la graine de la fleur (comme toute la révélation est close à la mort du dernier Apôtre) mais, au fil du temps, toutes ses potentialités se manifestent (ainsi tout le contenu de la Tradition s’explicite sous la conduite du Magistère de l’Église). Le critère de saint Vincent de Lérins (« toujours, partout et par tous ») est donc une condition suffisante, mais non une condition nécessaire, de Tradition.
 
Peut-on opposer « Tradition vivante ou subjective » – entendue comme « la Tradition telle qu’elle est enseignée par le sujet-Église » – et « Tradition objective » – entendue comme « le contenu de la Tradition » (1) ? La réponse est : « Non ». Cette opposition n’a aucun sens, car il s’agit des deux aspects de la même Tradition : la transmission du donné, d’une part, et le donné transmis, d’autre part. La « Tradition objective » est portée et exprimée par la « Tradition vivante ou subjective ». Ici d’ailleurs, la « Tradition vivante ou subjective » a pour organe principal le « Magistère de l’Église ». De ce fait, Tradition et Magistère ne peuvent se contredire. Aucune de ces deux réalités ne peut exister sans l’autre. Elles sont inséparables. Le Magistère est au service de la Tradition. Il est le principal chaînon actuel de la Tradition.
 
Juger le Magistère ? Une personne privée peut-elle se faire le juge de ce qui appartient à la Tradition ou ne lui appartient pas ? La réponse catholique est : « Non ». On le sait, à cette question, Luther répondait : « Oui ».
 
C’est pour éviter que nous soyons réduits au « libre examen » que Notre-Seigneur a doté son unique Eglise d’un Magistère ordinaire et extraordinaire infaillible. Pour nous éviter d’être condamnés à un perpétuel subjectivisme, l’Esprit Saint nous garantit l’objectivité de la fidélité à la Tradition par le Magistère de l’Église. En effet, l’interprétation authentique du dépôt de la foi appartient au seul Magistère vivant de l’Église (2), c’est-à-dire au Successeur de Pierre, et aux évêques en communion avec lui.
 
L’assistance promise à l’Église dure toujours. L’Esprit Saint ne déserte pas l’Église. Il en est l’âme. Il la vivifie et l’éclaire dans son chemin sur la terre. C’est en vertu de cette assistance de l’Esprit Saint auprès de Pierre et des apôtres que Jésus peut dire : « Celui qui vous écoute m’écoute, et celui qui vous rejette me rejette ; or celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16). Or ce verset s’applique aussi au magistère ordinaire, nous a dit le vénérable Pie XII (cf. Humani generis). La liturgie de l’Église exprime cette certitude de foi en disant dans la préface de la messe des apôtres : « Père éternel, vous n’abandonnez pas votre troupeau, mais vous le gardez par vos bienheureux apôtres sous votre constante protection. Vous le dirigez encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de votre Fils ».
 
«Ubi Petrus, ibi Ecclesia ». Cet adage de saint Ambroise de Milan est éminemment traditionnel et il résume bien la foi catholique dans le caractère pétrinien de l’unique Eglise du Christ. Ainsi, personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Eglise (cf. Mt 16, 18 ; Lc 10, 16). Aujourd’hui cette personne est le pape Benoît XVI. À ce sujet, le concile Vatican I est très clair : « Nous enseignons et déclarons que l’Église romaine, par disposition du Seigneur, possède sur toutes les autres une primauté de pouvoir ordinaire et que ce pouvoir de juridiction du pontife romain, qui est vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tous rites et de tous rangs ainsi que les fidèles, tant chacun séparément que tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier ; de telle manière que, en gardant l’unité de communion et de profession de foi avec le pontife romain, l’Église est un seul troupeau sous un seul pasteur suprême (Jn 10, 16). Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s’écarter sans danger pour la foi et le salut » (Constitution Pastor æternus, chap. 3).
 
L’exemple lumineux de sainte Jeanne d’Arc. Aujourd’hui, « il y a grande pitié » dans l’Église qui est en France. Mais nous ne pouvons pas attendre que le champ de l’Église ne soit composé que de bon grain pour y travailler en pleine communion hiérarchique avec le successeur de Pierre actuellement régnant. L’Église est sainte mais remplie de pécheurs hier, aujourd’hui et demain, jusqu’au jugement dernier. La « sainte de la Patrie » a dit à ses juges : « De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté » et c’est lorsqu’elle protesta de son attachement, de sa soumission et de son obéissance au pape qu’elle déclara : « Messire Dieu premier servi ! » L’évêque Cauchon, malgré son indignité personnelle, n’a jamais empêché le pape d’être pape et de conduire fidèlement l’Église de Dieu grâce à l’assistance du Saint Esprit. C’est la raison pour laquelle Jeanne ne s’est pas séparée de Rome sous prétexte qu’elle était confrontée à un évêque inique et perverti, entouré par une clique de clercs vendus à l’ennemi.
 
Foi et Espérance en Dieu. Dans sa lettre aux évêques accompagnant son motu proprio Summorum Pontificum de 2007, le pape Benoît XVI écrivait : « Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où saint Paul écrit : “Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens ; notre cœur s’est grand ouvert. Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous ; c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. Payez-nous donc de retour ; […] ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi !” (2 Co 6, 11-13) ». Que notre prière continue à monter vers le ciel afin que les cœurs s’ouvrent, que la foi théologale en ce grand mystère qu’est l’Église triomphe. « Credo Ecclesiam, unam, sanctam, catholicam et apostolicam ». « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle » (Mt 16, 18). Ne rêvons pas d’une Eglise sans microbes et sans maladies agissant en ses membres. Regardons-la avec les yeux de la foi et de l’espérance théologales. « Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place » (Benoît XVI).

(1) Cf. Abbé Jean-Michel Gleize, in Le Courrier de Rome n°350 de décembre 2011, réponse à un article, paru dans l’Osservatore Romano, de Mgr Fernando Ocariz, l’un des experts nommés par Rome qui a participé aux discussions doctrinales avec la Fraternité Saint-Pie X.

(2) Encyclique Humani generis de Pie XII : « Ceux qui sont séparés de la véritable Eglise se plaignent souvent, et publiquement, de leur désaccord en matière dogmatique au point d’avouer, comme malgré eux, la nécessité d’un magistère vivant. […] Ce magistère, en matière de foi et de mœurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi – les Saintes Écritures et la divine Tradition – pour le conserver, le défendre et l’interpréter. […] Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Église. »

[Natalia Trouiller - La Vie] Petites manipulations entre amis

SOURCE - Natalia Trouiller - La Vie - 2 février 2012

Alors que le dossier de la Fraternité est sur la table de Benoît XVI et que, à Rome, les sources les mieux informées confirment qu'une réintégration des lefebvristes constituerait "une énorme surprise", retour sur la façon dont la FSSPX essaie de convaincre les fidèles que Rome la considère comme pleinement catholique.
FSSPX: DES INFOS-INTOX
C'est une "info" qui a fait le tour des sites traditionnalistes, fidèles à Rome ou non: un moine orthodoxe, l'archimandrite Athénagoras Bogoridi Égayez, de nationalité bulgare, aurait abjuré la foi orthodoxe pour la foi catholique devant Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, et cette abjuration aurait été reconnue comme valable par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi. Une histoire qui peut paraître sans grand intérêt, mais dont l'enjeu est énorme: le fait pour la Congrégation pour la doctrine de la foi d'accepter comme valide cette abjuration chez les lefebvristes donnait de fait un brevet de catholicité intégrale à la Fraternité. Publiée sur le site polonais de la FSSPX, l'histoire s'est rapidement répandue sur les différents blogs et sites de la tradisphère, dont les plus sérieux comme Rorate Coeli n'ont pas hésité à faire part de leurs propres vérifications. Las, en fin d'après-midi hier, le journal La Croix sous la plume de Nicolas Sénèze apportait un démenti ferme au conte de fée: "Il y a seulement une lettre signée par le secrétaire de la Congrégation, Mgr Ladaria, qui répond – en termes généraux – à la demande de l’archimandrite sur la procédure à suivre pour entrer dans la communion de l’Église catholique, sans aucune référence à la Fraternité Saint-Pie-X', précise le P. Lombardi selon qui 'les informations contenues sur le site en question sont donc sans fondement et trompeuses". Depuis le démenti, "l'info" a disparu du site Rorate Coeli comme de celui de la FSSPX polonaise, mais on peut encore trouver des traces de cette histoire sur d'autres sites.

> Ce n'est pas la première fois que la Fraternité montre une certaine tendance à exagérer les infos qu'elle donne, histoire de les faire aller dans son sens. C'est ainsi qu'il y a quelques semaines, la Porte Latine, le site officiel du district de France de la FSSPX, titrait ceci: "Rome : Benoît XVI condamne fermement la pièce de Castellucci - Les évêques de France, au nom de la liberté 'artistique', ont failli à leur devoir". Le texte du communiqué est un tout petit peu plus nuancé en employant la périphrase "siège apostolique" pour désigner Benoît XVI: "Dans sa réponse du lundi 16 janvier, le Siège apostolique parle d’une œuvre 'offensante pour notre Seigneur Jésus Christ comme pour les chrétiens'. Il poursuit en disant 'espérer que tout manque de respect envers Dieu, les saints et les symboles religieux suscite la réaction ferme et convenable de la communauté chrétienne, éclairée et conduite par ses pasteurs". Le site de la Fraternité se garde bien de mettre en lien la soi-disant condamnation de Benoît XVI, et pour cause: l'histoire est un peu plus complexe. Il s'agit d'une réponse signée d'un membrede la secrétairie d'Etat, Mgr Peter B. Wells, assesseur à la secrétairie d'Etat du Vatican, qui répond à la lettre indignée d'un dominicain très choqué par la pièce "Sur le concept du visage du fils de Dieu" d'une façon très diplomatique dont le préambule mérite d'être cité en entier: "Révérend Père, par votre estimée lettre du 8 janvier dernier,vous avez voulu exprimer vos sentiments de dévouement pour le Souverain Pontife, en signalant une pièce de théâtre qui est maintenant jouée en Italie et qui est offensante pour notre Seigneur Jésus-Christ et pour les chrétiens". Si on lit la lettre du dominicain, on voit bien que l'assesseur cite là son interlocuteur et non le pape. Et la seconde phrase de cette très courte missive invite effectivement la communauté chrétienne à répondre aux offenses... mais "éclairée et guidée par ses pasteurs", c'est-à-dire en suivant fidèlement les évêques.

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