31 mars 2016

[Abbé Patrick de La Rocque, fsspx - La Porte Latine] Veillée pascale 2016 : 22 baptêmes d'adultes à Saint-Nicolas-du-Chardonnet - Paris


SOURCE - Abbé Patrick de La Rocque, fsspx - La Porte Latine - 31 mars 2016

[Nombreuses photos sur La Porte Latine]

Toujours aussi émouvante que fréquentée, la Veillée pascale à Saint-Nicolas du Chardonnet a été l'occasion pour 22 adultes de recevoir le sacrement de baptême

Après les rites préparatoires administrés l’après-midi, puis la bénédiction de l’eau baptismale pendant la veillée elle-même, chacun d’eux fit profession publique de sa foi catholique devant une église comble, avant de recevoir le sacrement lui-même.

Puis vinrent les sacramentaux indiquant les principaux effets du baptême : l’onction du Saint Chrême (photo 4) pour montrer que le nouveau baptisé est devenu « inchristé », et donc chrétien ; la vêture de l’aube blanche indiquant la pureté de l’âme suite à la rémission totale tant du péché originel que de toutes les fautes personnelles passées et des peines qui y étaient liées ; la remise enfin du cierge allumé (photo 5) : inchristé, le nouveau baptisé est appelé à son tour à être lumière du monde, ce qu’il sera dans la mesure où sa vie se consumera lentement tel un cierge dont la flamme « recherche toujours les choses d’en haut, et non celles d’en bas » (épître de la vigile pascale).

Au cours de la messe qui suivit, tous firent leur première communion, ainsi que six autres adultes déjà baptisés.

Qui sont ces nouveaux baptisés ? Venus d’horizons très divers, ils étaient 16 hommes et 6 femmes. Tous moins de 35 ans, à l’exception de deux, âgés respectivement de 53 et 54 ans. Le plus jeune venait de souffler sa 18 bougie. L’un d’entre eux était voici peu de religion juive, deux autres pratiquaient l’islam (dont un français islamisé), deux encore de culture musulmane, trois d’origine hindoue. Mais la plupart, pour reprendre l’expression de l’un d’eux, étaient fils de la république laïque.

A ces grâces de conversion s’ajoutèrent encore trois abjurations (deux de l’orthodoxie, une du protestantisme), sans compter les très nombreuses personnes qui, par dizaines, firent la première confession de leur vie au cours de ce carême 2016.

Belle moisson que tout cela. A l’heure où nos sociétés semblent s’effondrer, la grâce de Dieu est à l’œuvre, et le royaume de Dieu continue à s’édifier.

Abbé Patrick de La Rocque, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, curé de St-Nicolas-du-Chardonnet.

30 mars 2016

[Nicolas Senèze - La Croix] Mgr Williamson a ordonné un nouvel évêque intégriste

SOURCE - Nicolas Senèze - La Croix - 30 mars 2016

Déjà excommunié pour avoir, en mars 2015, ordonné un évêque sans mandat pontifical, Mgr Williamson a récidivé.

Un an jour pour jour après avoir illicitement ordonné évêque le Français Jean-Michel Faure, l’évêque intégriste Richard Williamson, exclu en 2012 de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), a récidivé samedi 19 mars en procédant à l’ordination épiscopale de Dom Tomás de Aquino Ferreira da Costa, prieur du monastère brésilien de Santa-Cruz, à Nova Friburgo (État de Rio de Janeiro).

Né en 1954 à Rio de Janeiro, Miguel Ferreira da Costa a été influencé dès son plus jeune âge par le penseur Gustavo Corção, une des figures de proue du national-catholicisme au Brésil. Sur les conseils de celui-ci, il contacte en 1972 Mgr Marcel Lefebvre qui l’envoie auprès de son ami Mgr Antônio de Castro Mayer, alors évêque de Campos.
Rupture avec Le Barroux
Déçu par l’influence de l’organisation intégriste Travail famille propriété (TFP) au sein du séminaire de Campos, il entre en 1974 au monastère du Barroux (alors à Bédouin, à quelques kilomètres de l’implantation actuelle) où il prononce ses vœux en 1976.

Ordonné prêtre en 1980 à Écône, il participe en 1987 à la création du monastère de Santa-Cruz, fondation du Barroux dans le nord de l’État de Rio de Janeiro. En 1988, quand Mgr Lefebvre ordonne illicitement quatre évêques, Le Barroux choisit la fidélité à Rome tandis que Santa-Cruz se range aux côtés de la FSSPX dans le schisme.
Excommunié latae sentenciae
Ces dernières années, rejetant toute esquisse de dialogue entre la FSSPX et Rome, le monastère avait pris fait et cause pour Mgr Williamson qui, le 19 mars 2015, y avait ordonné illicitement Mgr Faure.


L’évêque britannique, ainsi que le nouvel ordonné, avait été excommunié latae sentenciae pour cet « acte illégitime », comme l’avait rappelé la Commission pontificale Ecclesia Dei, chargée à Rome du dialogue avec les intégristes.


De la même manière, le nouvel évêque est-il automatiquement excommunié.

Nicolas Senèze

[Paix Liturgique] Quatorze diocèses en France au seuil de la miséricorde

Mgr Ventura a récemment célébré
une messe pontificale et administré
le sacrement de c
onfirmation à
Fontainebleau pour la Fraternité
Saint-Pierre. (photo FSSP)
SOURCE - Paix Liturgique - Paix Liturgique - lettre n°535 - 30 mars 2016

Il y a trois ans, dans notre lettre 381 du 4 avril 2013, nous dressions un bilan de l’application dominicale et hebdomadaire du Motu Proprio Summorum Pontificum en France au terme du pontificat de Benoît XVI. Nous relevions alors que 15 des 93 diocèses territoriaux de la métropole étaient privés de la célébration dominicale hebdomadaire de la forme extraordinaire de la messe. Aujourd’hui, alors que 9 des 15 évêques titulaires de ces diocèses ont été renouvelés par le pape François sur suggestion du nonce, Mgr Ventura, nous en refaisons un rapide tour d’horizon pour voir si quelque chose y a évolué.
I – 2013 : 15 diocèses sans messe traditionnelle dominicale et hebdomadaire
Voici ce que nous écrivions dans notre lettre 381 : « Au cours de l’année 2011, nous avons publié une série de lettres sur les diocèses privés de toute messe extraordinaire, non seulement dominicale mais aussi en semaine. Nous en avions dénombrés 6 : Mende, Langres, Angoulême, Châlons-en-Champagne, Viviers et Cambrai. À la date du 28 février 2013, si nous considérons non pas seulement ces diocèses mais bien tous ceux qui n’offrent aucune messe dominicale ET hebdomad aire, nous en trouvons non pas 6 mais... 15 ! Il faut en effet ajouter à la liste précédente les diocèses d’Amiens, d’Autun, de Digne, de La Rochelle, de Reims, de Saint-Claude, de Saint-Denis, de Soissons et de Verdun : soit quinze diocèses où l’on peut dire que ni le Motu Proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II ni le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI ne sont en fait appliqués. »
II – 2016 : 14 diocèses sans messe traditionnelle dominicale et hebdomadaire
> Mende : Dans ce diocèse très peu peuplé (80 000 habitants), aucune des cinq paroisses n’offre la forme extraordinaire du rite romain. Mgr Jacolin gère la crise depuis son arrivée en 2007. Un de nos lecteurs nous dit : « ;il est déjà souvent difficile de voir la forme ordinaire célébrée dans son propre village » mais, dans la pratique, rien n’empêcherait de faire appel à un prêtre Ecclesia Dei pour célébrer une messe tridentine, qui contribuerait à redonner de la vie à ce diocèse qui se meurt.

> Langres : Mgr Joseph de Metz-Noblat, prélat très classique venu du diocèse de Verdun, a succédé à Mgr Guéneley en 2014. Peu à peu, la situation diocésaine se détend même si, pour l’heure, la célébration de la forme extraordinaire n’est pas encore à l’ordre du jour.

> Angoulême : Succéder à Mgr Claude Dagens est un lourd défi pour M gr Hervé Gosselin, ordonné évêque d’Angoulême le 10 janvier 2016. Il convient de laisser à ce Breton issu des Foyers de Charité le temps de prendre connaissance de la situation liturgique locale pour savoir s’il saura l’apaiser et la résoudre avec charité et miséricorde.

> Châlons-en-Champagne : Mgr François Touvet a officiellement succédé à Mgr Gilbert Louis en décembre 2015. Dans un diocèse où les groupes de demandeurs sont nombreux, laissons donc un peu de temps à ce prélat, beau-frère du général de Villiers, chef d’état-major général des armées, pour juger de sa largeur de vues et de son intelligence de ce que sera l’avenir de l’Église en France.

> Viviers : Encore un diocèse rural, où l’évêque est de nomination récente et issu du moule des vicaires généraux. Venu de Nice, Mgr Jean-Louis Balsa a en effet succédé à Mgr François Blondel à l’automne 2015. Wait and see, donc, comme aurait dit le regretté abbé Houghton, qui repose dans le cimetière de Viviers (voir notre lettre 292).

> Cambrai : Plus que trois ans ! Plus que trois ans avant que Mgr Garnier, qui sévit dans le diocèse depuis l’an 2000, n’atteigne l’âge canonique de la retraite. D’ici là, 1 000 000 d’habitants resteront encore privés de messe traditionnelle.

> Saint-Denis : Toujours pas de messe dominicale hebdomadaire dans le diocèse dirigé par Mgr Delannoy depuis 2009. La messe mensuelle de Montfermeil continue toutefois d’être célébrée le premier dimanche du mois, à 9h45.

> La Rochelle et Saintes : Le pape François vient d’appeler le supérieur général des Missions Étrangères de Paris, le Père Georges Colomb, à succéder à Mgr Bernard Housset. Cette nomination, qui rompt la routine des vicaires généraux, est très encourageante pour un diocèse où, comme nous l’avons rappelé dans notre lettre 513 : « l’application du Motu ProprioSummorum Pontificum est lim itée à une célébration mensuelle alternée entre les deux sièges épiscopaux... distants de 70 km ».

> Autun : Enfin un diocèse où l’effet Summorum Pontificum commence à se faire sentir ! Depuis que Mgr Rivière a donné la possibilité à la Fraternité Saint-Pierre d’y ouvrir une maison, début 2013, la situation s’est grandement améliorée. À la messe hebdomadaire de Chalon-sur-Saône, il faut ajouter les messes bimensuelles de Varennes-les-Mâcon et Paray-le-Monial. À ces trois messes célébrées par la FSSP, il convient d’ajouter les deux messes mensuelles paroissiales, célébrées à Ligny-en-Brionnais et, depuis la rentrée 2015, à Digoin. Bref, un diocèse où ; s’installe, lentement mais sûrement, la paix liturgique et où d'autres avancées sont possibles.

> Digne : Mgr Jean-Philippe Nault, venu du sanctuaire d’Ars et qui appartient à la famille de ces nouveaux évêques dépourvus d'œillères idéologiques, passés par le scoutisme et les mouvements de jeunes, en lien étroit avec Solesmes, a succédé à Mgr François-Xavier Loizeau en 2014. Aucun changement : une seule messe toujours, le 3ème dimanche du mois à Digne. Pour l’instant.

> Amiens : Mgr Olivier Leborgne, qui a souvent été cité dans nos colonnes lorsqu’il était vicaire général de Versailles, a succédé à Mgr Jean-Luc Bouilleret en 2014. Mgr B ouilleret s’était rendu tristement célèbre en refusant l’hospitalité à la communauté traditionnelle locale qui avait perdu, en 2007, l’usage de la chapelle dont elle bénéficiait jusque-là. Pour l’évêque, le « tort » de cette communauté était de faire appel aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Sauf que le diocèse n’offrait strictement aucune alternative à ces fidèles, contraints d’organiser la messe sur le trottoir en plein hiver ! Aujourd’hui, la FSSPX s’est installée à Amiens, dans l’ancien séminaire des lazaristes (qui deviendra maison ecclésiastique officielle quand la FSSPX sera reconnue…), mais le diocèse, comme tel, demeure terra incognita pour la forme extraordinaire.

> Reims : Installé dans la cité des sacres depuis 1999, Mgr Jordan entendra d’ici deux ans sonner l’heure de la retraite. Faut-il attendre quelque chose de cet homme élevé dans une famille versaillaise des plus classiques et qui a choisi, devenant un persécuteur des séminaristes français traditionnels lorsqu’il était en poste à Rome, d’embrasser le camp du mépris et du déni face aux fidèles désireux de vivre selon la liturgie millénaire de l’Église ? Vaille que vaille, la communauté locale s’agrippe à la messe mensuelle que célèbrent les chanoines de l’ICRSP.

> Saint-Claude : Ce diocèse rural, dont une partie montagneuse, n’a droit qu’à une messe mensuelle, à Dole. L’arrivée en 2 011 de Mgr Jordy, évêque classique issu de la Communauté de l’Emmanuel, n’y a, pour l’instant, rien changé (1).

> Soissons : Mgr Renauld de Dinechin a succédé à Mgr Hervé Giraud en 2015. Une rude tâche attend ce Parisien, ancien auxiliaire de la capitale, dans ce diocèse qui est comme le fils aîné de l’Église de France mais n’a pas résisté mieux que les autres à la crise des vocations : le nombre des prêtres y a baissé de 60% en 25 ans...

> Verdun : Mgr Jean-Paul Gusching, très conciliaire, et dont la carrière a été faite par Mgr Bouilleret, qui l'avait choisi comme vicaire général à Amiens, a succédé à Mgr François Mau pu en 2014. On voit difficilement la situation évoluer dans ce diocèse où la forme extraordinaire n’est pas célébrée même s’il existe une messe mensuelle en latin utilisant le lectionnaire moderne. Pourtant, nos amis du Baptistère indiquent qu’une messe dominicale hebdomadaire est désormais célébrée, selon la forme extraordinaire du rite romain, à Thierville-sur-Meuse. Mais, de fait, c’est une messe du diocèse aux armées, célébrée dans la chapelle du 1er Régiment de Chasseurs.

Bilan : Si l’on retire Autun de notre liste de départ, il demeure 14 diocèses privés de toute célébration dominicale hebdomadaire de la messe dans un cadre paroissial ou Ecclesia Dei.
III – Une intention de prière pour le Jubilé de la Miséricorde
Paul Ariès, athée militant, dénonce avec rage, dans son dernier livre, La face cachée du pape François, paru aux éditions Max Milo, la droitisation actuelle de l’Église. Point de vue discutable sans doute, mais qui correspond au constat dressé aujourd’hui dans les officines laïcistes françaises, et qui est l’une des explications du montage de l’affaire Barbarin. 

Dans un récent article, le blog Riposte catholique analyse la stratégie de nominations épiscopales suivie par le nonce à Paris, Mgr Ventura, et n'est pas loin de souscrire égalem ent à cette vision de l’évolution de l’Église (à savoir que les seules troupes catholiques qui resteront seront bientôt celles que l’on qualifie d’« identitaires »). Le diplomate, par petites touches prudentes, ferait un pari sur l’avenir qui anticiperait « ce que pourraient être les futures évolutions romaines à moyen terme, et de toute façon à long terme ». Dans le domaine liturgique qui est le nôtre, cela signifie que l'on peut raisonnablement prévoir une embellie pour l'accueil réservé aux demandes de messes traditionnelles.

Alors que, comme les journaux s'en sont faits l'écho, le pape François a reçu Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) à Rome le week-end dernier, nous ne pouvons que souligner encor e une fois l’anomalie pastorale que représentent ces diocèses privés totalement de l’application sincère et honnête du Motu Proprio de Benoît XVI. Dans huit des quatorze diocèses suscités, la reconnaissance canonique de la périphérie d’Écône à l’Église serait incontestablement une bonne et grande nouvelle pour tous et permettrait de répondre aux besoins de nombreux fidèles. 

Toutefois, dans les six diocèses où la FSSPX ne célèbre pas, elle non plus, de façon dominicale hebdomadaire, un éventuel accord ne résoudrait rien. Ces six diocèses sont : Mende, Châlons-en-Champagne, Viviers, Cambrai, Digne et Verdun.

Prions donc pour les fidèles de ces six diocèses, afin que leurs pasteurs entendent l’appel du pape à la miséricorde et le suivent dans sa démarche de réconciliation en ouvrant enfin les portes de leurs églises à cette portion de leur troupeau qui veut prier selon la tradition multiséculaire de l’Église.
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(1) L’année suivante, en 2012, le nouvel évêque de Saint-Claude, en tournée pastorale dans le secteur des Rousses, où la FSSPX dessert la chapelle N-D de Lourdes, a intégré cette chapelle à son parcours : il l’a visitée, reçu par le prêtre desservant, et a prié et a conversé le plus naturellement du monde avec des représentants de la communauté traditionaliste. Un beau témoignage de la vocation de l'évêque à être le pasteur de tous les fidèles catholiques de son diocèse.

[La Vie] - Mgr Richard Williamson ordonne un nouvel évêque

SOURCE - La Vie - 30 mars 2016

Cette consécration épiscopale intervient exactement un an après celle de l'abbé Jean-Michel Faure

Indépendamment des traditionalistes de Mgr Lefebvre (dont il ne fait plus partie) et du Vatican, Mgr Richard Williamson a consacré évêque, le Père bénédictin Thomas d'Aquin (Miguel Ferreira da Costa), au monastère de Santa Cruz, à Nova Friburgo, au Sud du Brésil, le 19 mars. Considéré comme le leader de la résistance à tout rapprochement des intégristes avec Rome, Mgr Williamson semble de plus en plus isolé dans son combat.

Cette consécration épiscopale intervient exactement un an après celle de l'abbé Jean-Michel Faure. La « résistance » dispose ainsi de trois évêques. Mgr Richard Williamson est un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988. Comme les trois autres, il a bénéficié de la levée de l'excommunication accordée par le pape Benoît XVI en 2009, mais il a été exclu de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) en 2012, suite notamment à ses propos niant l'extermination des juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. Il n'a eu de cesse depuis de fulminer contre toutes les perspectives de 'ralliement' de la mouvance traditionaliste à l'Eglise romaine. Il semble avoir trouvé quelques appuis notamment chez les dominicains d'Avrillé et en Amérique latine.

Le Père Thomas d'Aquin se rattache à l'origine à l'abbaye traditionaliste française du Barroux, où il a été formé au début des années 1970. Mais lorsque le Barroux fait allégeance à Rome en 1986, il quitte le monastère et rentre au Brésil où, avec quelques autres religieux, il fonde en 1987 le monastère dissident de Santa Cruz, près de Nova Friburgo. Il reçoit alors le soutien de la FSSPX. Mais il s'oppose à tout dialogue avec Rome et refuse la main tendue par Benoît XVI qui rétablit la messe traditionnelle et lève l'excommunication des évêques lefebvristes en 2009. Les relations avec la FSSPX, qui tente en vain de le faire renvoyer, en arrivent finalement à la rupture. Le Père Thomas d'Aquin reçoit alors le soutien d'un autre dissident, Mgr Williamson.
Aucune réaction du Vatican
Interrogé sur le site des dominicains d’Avrillé sur le caractère schismatique de son ordination épiscopale, le Père Thomas d’Aquin répond : « De même que les sacres de 1988 (ceux de mgr Lefebvre, ndlr) n’ont pas été un acte schismatique, le nouveau sacre ne le sera pas non plus. La raison des premiers est aussi celle des suivants, c’est-à-dire le fait que Rome ne veut pas revenir à la Tradition. (…) le constat est que la chaire de Saint Pierre est occupée par des ennemis de Notre Seigneur Jésus Christ. C’est un constat douloureux, mais c’est un constat objectif. »

À Rome, aucun commentaire n'a été officiellement donné autour de cette nouvelle consécration épiscopale, pas plus que lors de celle de l'abbé Faure il y a un an. Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei chargée du dialogue avec les intégristes s'était alors contenté de rappeler dans une interview que ce geste entraînait une excommunication automatique latae sententiae.

[Paix Liturgique] Les deux formes de la liturgie romaine vues par un jeune metteur en scène

SOURCE - Paix Liturgique - Paix Liturgique - lettre n°535 - 30 mars 2016

Luigi Martinelli est un jeune metteur en scène de théâtre italien. Né en 1987, il a obtenu en 2011 un master en Sciences et techniques des arts et du théâtre grâce à un mémoire intitulé Les formes du sacré : la performance dans le rite romain. En 2014, ce mémoire est devenu un livre « Le forme del sacro. La performance nel rito romano » (Cavinato Editor, Brescia, 2015), préfacé par don Nicola Bux, qui fera l’objet d’une conférence à l’issue d’une messe célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain, ce 31 mars 2016, à Brescia, la ville de Paul VI...

Pour l'occasion, la revue catholique italienne Tempi a publié un intéressant, mais parfois un peu jargonnant, entretien avec Luigi Martinelli dont nous sommes heureux de vous présenter les meilleurs passages. L’idée – tout à fait iconoclaste – du metteur en scène est de comparer « l’efficacité » des deux formes du rite romain à partir du concept de « performance » élaboré par l’anthropologue britannique Victor Turner en collaboration avec le metteur en scène d’avant-garde américain Richard Schechner. Confronté à l’émergence du cinéma puis de la télévision, le théâtre a en effet fait face au XXe siècle à une révolution qui n’a rien à envier à la révolution liturgique !
I – Extraits de l’entretien donné par Luigi Martinelli pour Tempi

(Propos recueillis par Valerio Pece, 12 mars 2016)
Tempi : Luigi Martinelli, vous traitez le thème de la liturgie d’un point de vue absolument inhabituel : celui de la performance théâtrale. Où se situe la rencontre entre une activité profane comme le théâtre et une activité sacrée comme la liturgie ?

Luigi Martinelli : Je me rends compte que les références théâtrales peuvent paraître bizarres quand on parle de liturgie. Toutefois, il faut rappeler que, historiquement, le théâtre naît et se développe précisément à l’intérieur de la tradition rituelle religieuse, raison pour laquelle les mécanismes qui meuvent l’action théâtrale et ceux qui meuvent l’action rituelle sont à de nombreux égards identiques. Quand, dans le livre, je parle de théâtre, je ne l’envisage pas en termes professionnels, bourgeois ou spectaculaires mais comme une activité de représentation primordiale qui a besoin, pour sa mise en œuvre, d’un usage déterminé du corps, d’une discipline du geste, du mouvement et de l’action, d’un art du faire et du dire, autant d’éléments qui sont également requis par un rite. C’est d’ailleurs sur ces points que le monde du rite et celui du théâtre peuvent être rapprochés et comparés.

[…]

Tempi : Après avoir mis en évidence aussi bien les forces que les faiblesses de l’une comme l’autre forme du rite romain, vous vous arrêtez longuement sur la forme extraordinaire du rite romain que vous indiquez comme l’exemple à suivre. Mais que peut communiquer à l’homme contemporain un rite aussi ancien que le Vetus Ordo Missæ ?

Luigi Martinelli : Si je m’arrête sur la liturgie romaine traditionnelle, c’est bien parce que la performance corporelle et sensorielle y tient un rôle fondamental. Celle-ci communique efficacement à l’homme l’essence du contenu de la foi qui est célébrée. Elle manifeste le sens du sacré en faisant appel à la sensibilité physique de l’homme par des sollicitations extérieures aussi efficaces que la distribution intelligente du silence « actif » aux moments clés du rite ; l’importance accordée à une certaine typologie de chant, le grégorien, et à la seule musique de l’orgue pour accompagner le recueillement ; la parole vivante de la langue sacrée qui émancipe les mots de l’urgence de devoir signifier en remettant à l’honneur la valeur de la vocalité ; l’importance réservée aux actions, aux gestes, aux postures ; l’orientation dans l’espace et la verticalité. Tout est construit autour d’éléments performants susceptibles de générer réalité et expérience. Le rite romain traditionnel est un agrégat d’éléments rituels « ésotériques », dans la mesure où ils ne s’adressent pas prioritairement à notre sphère rationnelle mais à notre perception sensible qui transcende notre raison humaine. Il ne s’agit pas d’une simple liturgie de mots, conceptuelle, pas plus qu’il ne s’agit d’une commémoration ou d’une observation distante pour satisfaire ses préférences esthétiques, mais d’une expérience concrète de la réalité, une liturgie qui interpelle nos sens en engageant d’un même coup notre corps, notre esprit, notre âme dans la célébration des Saints Mystères.

Tempi : Pourquoi, selon vous, la forme ordinaire du rite romain ne parvient-elle pas à exprimer pleinement le sens du sacré ?

Luigi Martinelli : La réforme liturgique a porté quasi exclusivement sur le legomenon : les mots, les textes, les traductions, les simplifications linguistiques et sémantiques, dans le but d’éduquer et d’instruire les consciences des fidèles en favorisant leur compréhension intellectuelle du rite. La logique suivie est éminemment moderne. C’est celle de la dévaluation du rituel, qui consiste à détourner l’attention de sa puissance émotive vers sa signification, dans l’illusion que comprendre le rite c’est le vivre. Cette dérive rationaliste et logocentrique de la liturgie a restreint l’importance du corps et de la corporéité, comme la valeur des sens et de la sensibilité, dans l’action de communiquer et d’exprimer. En fait, la forme ordinaire se caractérise par son usage de la langue commune qui a créé un espace pour la verbosité ; par sa réduction du silence ; par sa limitation de la performance physique, de la formalité et de la répétitivité des gestes ; par l’émergence de la communauté comme sujet de la célébration, phénomène favorisé par le recours abondant au chant communautaire ; par un agencement différent de l’espace pour faciliter la conversation horizontale des humains. Ainsi, d’une liturgie du corps, on est passé à une liturgie de la tête. De fait, dans la forme ordinaire, les textes récités ou proclamés sont prédominants au détriment de la performance corporelle, de la puissance de l’action, du geste, du mouvement, du son, en d’autres termes, la re-présentation performantielle a été mise de côté. L’ensemble de ces facteurs a conduit à la prédominance du contenu sur la forme, avec pour conséquence l’affaiblissement de la liturgie et la perte du sens du sacré qui en découle.

Tempi : S’il est vrai que « ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste » comme l’écrivait Benoît XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant Summorum Pontificum, ne vous semble-t-il pas toutefois que la cohabitation des deux formes du rite romain puisse aujourd’hui diviser davantage une communauté catholique déjà à bien des égards si disparate et composite ?

Luigi Martinelli : Selon moi ce risque n’existe pas. Comme tant de fidèles, je fréquente aussi bien l’une que l’autre forme. Je pense au contraire qu’une plus grande diffusion du biformalisme rituel représenterait une richesse spirituelle. La présence de la forme extraordinaire aux côtés de la forme ordinaire peut se révéler très positive pour cette dernière. Il est souhaitable de poursuivre sur la voie du rapprochement et de l’enrichissement par osmose du nouveau rite avec l’ancien, en récupérant tous ces éléments rituels traditionnels qui permettront à la liturgie postconciliaire de mieux s’affirmer comme expérience tangible de foi et de rencontre sensible avec Dieu.
II – Les réflexions de Paix liturgique
1/ Le rappel par Luigi Martinelli de l’origine religieuse du théâtre est importante. On sait, en effet, que le théâtre grec est né dans un contexte de fêtes religieuses, et surtout que le théâtre occidental est né du drame liturgique médiéval. Durant l’Octave de Pâques dans lequel nous sommes, on chante la séquenceVictimæ pascalis laudes. Elle contient un écho de la première œuvre théâtrale connue du Moyen Age, laVisite au sépulcre (Xème ou XIème siècle), avec ce dialogue entre acteurs du drame liturgique : 
– Le chœur : Dic nobis Maria, quid vidisti in via, Dis-nous, Marie-Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? 
–Marie-Madeleine : Sepulcrum Christi viventis, et gloriam resurgentis, Le tombeau du Christ vivant, et sa gloire de ressuscité !
De manière tout à fait symptomatique, Jean-Yves Hameline, qui fut professeur d’anthropologie et de sociologie du Culte et des Rites à l’Institut Catholique de Paris, déniait à la liturgie son caractère théâtral, en raison du fait que le fidèle n’est pas « spectateur », comme au théâtre, mais « acteur » du rite (« La scène liturgique », entretien dans Les Cahiers de Médiologie, 1996/1, Gallimard). Mais toute la question est de savoir ce que l’on met sous le mot de participation. En réalité le spectateur de théâtre, présent corporellement à l’action théâtrale, participe grandement. C’est au fond la grande différence avec le cinéma et la télévision. De même le fidèle participe d’autant plus que la liturgie à laquelle il assiste le touche sensiblement. La vérité est que J.-Y Hameline a pour référence concrète la liturgie nouvelle, où l’on a fait du thème de la participation des fidèles une utilisation biaisée et subversive, à la manière de celle des militants d’une assemblée politique ou syndicale : cette participation d’un type nouveau a fait exploser le caractère rituel du culte divin, qui est largement devenu un lieu de libre improvisation.

2/ Dans la liturgie romaine traditionnelle, au contraire, dit Martinelli, « la performance corporelle et sensorielle tient un rôle fondamental ». Elle communique à l’homme « l’essence du contenu de la foi qui est célébrée ». L'homme de théâtre fait allusion à l’adage lex orandi, lex credendi, en précisant qu’une liturgie digne de ce nom, avec sa puissance corporelle et sensible, contribue à infuser la foi dans l’âme du pratiquant (à la manière de la grâce sacramentelle qui est « produite » par le signe sacramentel corporel). Luigi Martinelli rejoint les réflexions de Marc Levatois, dans L’espace du sacré. Géographie intérieure du culte catholique (Éditions de L’Homme nouveau, 2012), qui rappelle que la foi est du côté de l’intelligence, et la liturgie du côté du faire et de l’agir. Le rituel traditionnel, fondé sur l’attitude corporelle (qui, écrit M. Levatois, est toujours, en définitive, une prosternation devant le Dieu transcendant), engage « sensoriellement » l’homme vers la foi. « Prenez de l’eau bénite et faites dire des messes, dit à peu près Pascal au libertin qu’il veut convertir, et cela vous inclinera vers la foi ».

3/ Comme le relève Luigi Martinelli, le rite romain traditionnel est un ensemble d’éléments rituels « qui ne s’adressent pas prioritairement à notre sphère rationnelle mais à notre perception sensible qui transcende notre raison humaine ». Le culte divin relève d’un mode connaissance qui, tout en s’appuyant sur le catéchisme et la théologie, donne, « une expérience concrète de la réalité » divine. La liturgie, en effet, doit exprimer l’inexprimable du surnaturel, et elle le fait en quelque manière comme l’expérience mystique, qui se traduit à l’aide de métaphores poétiques et sensibles. L’élévation de l’hostie et du calice au milieu des torches et des nuées d’encens, s’appuie sur (et se justifie par) ce que la théologie nous dit de la transsubstantiation, mais en outre, elle nous plonge pour ainsi dire sensiblement dans le mystère, directement, sans aucune parole, aucun concept.

4/ Or justement, dit toujours le jeune metteur en scène, la réforme de Paul VI a voulu faire exactement l’inverse. « La réforme liturgique a porté quasi exclusivement sur le legomenon : les mots, les textes, les traductions, les simplifications linguistiques et sémantiques, dans le but d’éduquer et d’instruire les consciences des fidèles en favorisant leur compréhension intellectuelle du rite ». Liturgie fabriquée par des professeurs, elle a voulu remplacer la richissime symbolique contenue dans les rites antiques, par une espèce d’explication rationnelle au tableau de la classe, les paroles, monitions, explicitations verbeuses, évacuant la force du signe sacré. On est dans une logique toute moderne, « celle de la dévaluation du rituel, qui consiste à détourner l’attention de sa puissance émotive vers sa signification, dans l’illusion que comprendre le rite c’est le vivre ». En se donnant en outre le ridicule d’inventer des symboles modernes, comme le décrit Arnaud Join-Lambert, dans Les liturgies des synodes diocésains français (Cerf, 2004), tel le lâcher de ballons et de pigeons : « Comme ces ballons sont entraînés aux quatre vents, comme ces pigeons voyageurs ne s’en reviennent à la maison qu’après avoir délivré leur message, ainsi, partons maintenant » (Synode diocésain de Nanterre), ou encore la soufflerie qui gonfle des voiles à l’offertoire pour signifier, le souffle de l’Esprit, etc. En abandonnant le latin pour la langue commune, en réduisant le silence, on « a créé un espace pour la verbosité ». En plaçant l’autel près du peuple, voire carrément au milieu de l’assemblée, et toujours tourné vers « les gens », on perturbe la prière qui s’élève vers Dieu comme l’encens, par le bavardage de « la conversation horizontale des humains ».

5/ Dans l’entretien, « La forme extraordinaire, un trésor pour toute l’Église », donné à l’abbé Barthe pour son livre La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin (aux éditions Via Romana, voir nos lettres 499 et 534), le cardinal Burke expliquait qu'en : « permettant de retrouver la forme de la sainte liturgie qui avait existé dans l’Église romaine durant un millénaire et demi, le pape Benoît XVI apportait la possibilité de procéder à la correction des abus et aussi une référence pour apporter un nécessaire enrichissement à la forme ordinaire ».
Au terme de sa comparaison entre les deux formes du rite romain, c’est à cette même conclusion qu’arrive Merinelli : « Il est souhaitable de poursuivre sur la voie du rapprochement et de l’enrichissement par osmose du nouveau rite avec l’ancien, en récupérant tous ces éléments rituels traditionnels qui permettront à la liturgie postconciliaire de mieux s’affirmer comme expérience tangible de foi et de rencontre sensible avec Dieu ».
La forme extraordinaire comme bouée de sauvetage de la forme ordinaire : encore faut-il s'y agripper...

29 mars 2016

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] C’était il y a 25 années

SOURCE - Le Seignadou - avril 2016

C’était il y a 25 années, le 2 avril, nous déposions le corps de Mgr Lefebvre au lieu où il attend la grande Pâque de notre résurrection. Ses plus jeunes frères Joseph (qui vient de célébrer son 102° anniversaire !) et Michel (décédé en 2009), ainsi que sa dernière sœur Marie-Thérèse (âgée aujourd’hui de 91 ans et vivant en Colombie) étaient présents. Seule manquait parmi les membres encore vivants de sa famille, Mère Marie-Christiane, sa sœur carmélite (décédée en 1996). C’est là que, peu de temps après, le Cardinal Oddi était venu clamer un vibrant : « Merci Monseigneur », et c’est là que ceux qui veulent lui demeurer fidèles aiment à venir se recueillir pour recevoir un peu de son double esprit : amour de Rome et refus de ce qui défigure le visage de l’Eglise.
 Comment pourrions-nous, encore aujourd’hui, nous détacher du souvenir de Monseigneur, et de tout ce que nous lui devons ? Quasiment seul face à tous, au monde et au Pape – lui qui, pendant plus de quarante années, de Rome à Paris, en passant par le Gabon et le Sénégal, avait toujours été un serviteur docile, zélé et soumis – il affirma avec force et sérénité que l’Eglise ne peut pas vivre sans fidélité, et qu’il ne pouvait pas vivre et œuvrer hors de cette fidélité ! Il savait qu’il serait condamné, mais il le serait pour avoir transmis ce qu’il avait reçu, comme lui avait demandé de le faire le pape Pie XII et comme l’avaient fait tant d’évêques avant lui ! Et la pensée de tant d’âmes désorientées depuis le Concile était pour lui une telle angoisse qu’être ainsi condamné lui était indifférent. Sans vouloir forcer le trait, il a été un beau disciple de Notre Seigneur Jésus-Christ Prêtre et victime, s’offrant à l’immolation pour nous conserver les moyens nécessaires au salut : la Foi, la Doctrine, la Messe et les sacrements, sources de toute grâce.

Cela n’alla pas sans souffrances et, comme le savent bien ceux qui ont connu et approché un peu Monseigneur, je peux dire que – sans rien retirer de ses positions et de sa fermeté dans les condamnations des erreurs conciliaires, et des actes désastreux du Souverain Pontife – il souffrit jusqu’à la fin de ne pas pouvoir obéir comme il l’avait toujours fait depuis son séminaire romain jusqu’à sa condamnation de 1976. Monseigneur aimait trop l’Eglise romaine pour ne pas être profondément meurtri non seulement de ce que souffrait l’Eglise mais également de devoir s’opposer au pape. Nul plus que lui, peut-être, était ennemi des conflits ; et c’est bien contre tout penchant naturel et surnaturel qu’il a choisi de dire NON à certaines orientations venues de Rome, et au Pape lui-même.

Oui, j’ai vu Monseigneur pleurer sur les maux de l’Eglise, j’ai vu Monseigneur pleurer sur les malheurs de l’Eglise, avant de crier sa souffrance !

Je l’ai vu pleurer aussi sur les péchés de ses prêtres, sur les défections de ses prêtres, sur les abandons de ses amis, sur les trahisons de ses proches.… Il pleurait alors en silence sans condamner, sans commenter, étonné et meurtri mais toujours déterminé et paisible.

Jusque sur son lit d’hôpital, espérant être bientôt rétabli, il regardait encore l’avenir et se demandait quelle était la meilleure attitude à adopter, les actes à poser ou à ne pas poser, pour continuer son action sans provoquer de nouveaux conflits avec Rome. Il désirait tellement, et espérait toujours pouvoir rétablir le lien avec Rome.

Il faut le dire et le redire, que ce soit avant ou après les sacres, avant ou après Assise, Monseigneur n’a jamais eu comme « principe » de son action le refus de restaurer le lien canonique avec Rome tant que « Rome » ne s’était pas « convertie » ! Il est facile d’isoler ce qu’a pu dire Monseigneur dans un contexte unique et dans des circonstances particulières – comme cela arrive à chacun d’entre nous – pour en faire un principe universel indiscutable auquel il sera alors facile de nous reprocher de n’être pas fidèles !

Un de nos grands anciens me disait il y a peu : « Pourquoi parler de ralliement à la Rome moderniste lorsque l’on parle de normalisation canonique ? Ce sont-là deux notions qui ne se recoupent pas. » Mais il est si facile de tout confondre pour justifier ses refus !

Ce qui est certain, quelles que soient les formules et les expressions utilisées, c’est que c’est toujours au nom de la prudence et non d’un principe que Monseigneur a refusé de poursuivre sur la voie de l’accord prévu le 5 mai 1988. Mgr de Galarreta l’a rappelé fort à propos, et, pour ceux qui l’auraient oublié, je rappelle les termes du courrier adressé par Monseigneur au Cardinal Ratzinger le 6 mai 1988 : « Hier, c’est avec une réelle satisfaction que j’ai apposé ma signature au protocole élaboré les jours précédents. Mais, vous avez-vous-même constaté une profonde déception à la lecture de la lettre que vous m’avez remise m’apportant la réponse du Saint-Père au sujet de la consécration épiscopale. […] Étant donné les circonstances particulières de cette proposition, le Saint-Père peut très bien facilement abréger la procédure pour que le mandat nous soit communiqué à la mi-juin. Si la réponse était négative, je me verrais, en conscience, obligé de procéder à la consécration, m’appuyant sur l’agrément donné par le Saint Siège dans le protocole pour la consécration d’un évêque membre de la Fraternité. […] Dans l’espoir que cette requête ne sera pas un obstacle irréductible à la réconciliation en cours, je vous prie, Éminence… ».

Monseigneur n’aimait guère les formules mondaines et diplomatiques ; son parler était doux mais franc, et lorsqu’il parlait de « réelle satisfaction » ou de « réconciliation en cours », ce n’était pas une formule de style, mais une réalité. Sa décision était le fruit d’un choix prudentiel, relatif à la date de la consécration épiscopale, non une remise en cause de sa signature du texte signé la veille. Ce n’était pas un refus de principe ; mais le moment n’était pas venu ! Et lors de la retraite sacerdotale de 1989, Monseigneur était très affirmatif : « Je pense quand même que nous avons besoin d’un lien avec Rome, Rome c’est quand même là que se trouve la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Eglise ; si on coupe avec ce lien, on est vraiment comme une embarcation qui est larguée au grès des flots, sans plus savoir à quel lieu nous sommes rattachés et à qui nous sommes rattachés. » Et Monseigneur était alors « excommunié » et « Rome » n’était pas encore « convertie » ! Sans doute évoquait-il alors le sédévacantisme, mais qu’on ne vienne pas me dire que Monseigneur n’attachait aucune importance au lien avec Rome, et n’avait pas le désir de le restaurer ! C’est ce désir, désir dont nous avons hérité, qui justifie d’ailleurs que nous en appelions à la suppléance de l’Eglise. C’est ce désir qui supplée à l’absence de reconnaissance canonique formelle. Malheur à qui en viendrait à ne plus l’avoir, car ce serait se priver de cette suppléance que l’Eglise accorde à ceux qui, malgré eux, ne peuvent lui être liés par les moyens ordinaires.

Le moment est-il venu aujourd’hui ? Je ne sais, mais je le désire et je l’espère, non pour nous, mais pour l’Eglise meurtrie, blessée et toujours belle et vivante au-delà de ses meurtrissures, l’Eglise qui est notre Mère et que je veux aimer et secourir avec tout ce que j’ai reçu d’elle.

S’il faut souffrir encore et attendre encore, nous le ferons par amour pour l’Eglise, le cœur illuminé par le « soleil de la Croix », mais rien ne pourra nous arracher du cœur cet amour de l’Eglise, même et surtout si Elle est malade, souffrante et persécutée.

Et si ce lien était prochainement rétabli – puisque la rumeur en circule – ne croyons pas que l’heure de la souffrance serait passée. L’Eglise aura longtemps encore à souffrir et nous avec Elle et pour Elle, mais c’est une loi qui date de cette Semaine du plus grand amour que nous venons de célébrer. Le soleil de la Croix rayonne au cœur de l’Eglise et en illumine tous les actes, et nul ne peut y échapper s’il veut être chrétien et servir l’Église : « L'on a dit qu'il faut savoir souffrir non seulement pour l'Eglise, mais par l’Eglise. […] Ce traitement fort, nous faisant efficacement concourir à l’ordre et à la sainteté de l'Eglise, nous sera l'équivalent surnaturel d'une mission. En tout cas, le signe certain que nous gardons la plénitude de l'esprit, est de ne jamais admettre que nous puissions souffrir par l'Eglise autrement que nous pouvons souffrir par Dieu. » (P. Clérissac, Le mystère de l’Eglise)

Saint temps de Pâques à tous, dans la joie d’avoir été aimés au-delà de ce que nous pourrions jamais mériter, et dans la joie d’aimer Celui qui, aujourd’hui glorieux, a voulu se faire le plus petit et le plus méconnu des hommes. Que sa Sainte Mère ne soit pas oubliée, tellement unie à Lui ici-bas qu’elle ne pouvait en être séparée dans la gloire.

28 mars 2016

[Riposte Catholique] L'impasse de la "Résistance"

SOURCE - Riposte Catholique - 28 mars 2016

L’information a été très peu commentée. Le 19 mars dernier, Mgr Richard Williamson a sacré un bénédictin brésilien, Miguel Ferreira da Costa, au monastère brésilien de Santa Cruz. C’était un an jour pour jour après que le prélat britannique éleva son vieil ami, l’abbé Jean-Michel Faure, à l’épiscopat. À l’époque, Rome n’avait pas fait de communiqué. Tout au plus, lors d’un entretien, Mgr Guido Pozzo avait signifié que l’excommunication était automatique. La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X avait pris ses distances, constatant l’absence de nécessité, alors que le monde traditionnel dispose déjà de plusieurs évêques. Cette fois, la cérémonie a eu lieu dans l’indifférence d’un l’évènement se répétant si rapidement, comme si l’acte exceptionnel de la consécration sans mandat pontifical pouvait se banaliser, comme si Rome avait tout simplement disparu, aucun essai de concertation préalable n’ayant été envisagé.

On est loin de la situation de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, dont les consécrations reposent sur une situation plus complexe et plus tendue. Leur acte a indirectement, mais objectivement, donné naissance aux communautés Ecclesia Dei et, chaque année, tant la Fraternité Saint-Pie X que ces instituts issus des formations de Mgr Lefebvre ont ordonné des dizaines et des dizaines de prêtres et de religieux. Mais dans le cas du sacre brésilien, la nécessité d’ordonner de nouveaux prêtres est quasi-inexistante. En quatre ans, la mouvance résistante n’a quasiment pas donné de nouveaux prêtres : deux ordinations sacerdotales, dont une sous condition. Pour parler vrai, depuis 2012, « la résistance » a créé autant d’évêques que de prêtres. Il est grand le danger d’initier une lignée schismatique comme en a engendré Mgr Thuc, archevêque émérite de Hué, dont les membres se comptent maintenant par centaines. Il semble bien que l’héritage de Mgr Lefebvre ne se situe guère dans ces dérives idéologiques et excentriques.

Mais l’indifférence n’est pas que du côté de Rome et d’Écône. Ce sacre a visiblement été effectué en l’absence des autres prêtres de la petite mouvance résistante. Ni les dominicains d’Avrillé, ni les dissidents français n’ont fait le déplacement. Ils se sont gardés de médiatiser l’événement et de le relayer. La lassitude des sacres répétés en est-elle la cause ? Ce qui est avéré, c’est que les mises en garde entre prêtres de la « résistance » se répètent. Les trois évêques, Williamson, Faure et Ferreira da Costa ne font plus l’unanimité. Dans une lettre ouverte, l’abbé Altamira parlait de la « crise de la Résistance ». La résistance à la « résistance » commence-t-elle déjà à se dresser… À quand les grandes divisions sous couvert de nécessité ? Où échoueront les prochains purs parmi les purs, étonnés de n’être plus qu’une poignée à conserver la vérité. À plus d’un titre, la « résistance » a le mérite de servir de garde-fou au monde traditionnel dans sa globalité. Elle illustre le risque de l’enfermement sectaire qui a pu guetter une partie de ce monde traditionnel. La Fraternité Saint-Pie X semble l’avoir conjuré. La crise de l’Église ne justifie pas tout. Et tout enfermement aboutit, tôt ou tard, à une impasse.

26 mars 2016

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Le Legs de Mgr Lefebvre – I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 mars 2016

Voilà 25 ans que Mgr Lefebvre est mort.
Ses successeurs lui ont-ils été fidèles ? Non.
  
Hier, le 25 mars, a été le 25me anniversaire de la mort d’un grand homme d’ Église, Mgr. Marcel Lefebvre (1905–1991), à qui tant de croyants catholiques aujourd’hui ont une si grande dette. Lorsque dans les années 1960 les démons Révolutionnaires du monde moderne ont réussi à soumettre à leur joug la masse des prélats de l’Église catholique, soit durant soit après le deuxième Concile du Vatican (1962–1965), c’est Mgr Lefebvre qui presque seul s’est engagé à plein pour cette Vérité catholique qu’abandonnait l’Autorité catholique, ou aveuglée ou intimidée. En effet, pour obéir à cette Autorité livrée aux principes de la Révolution, les catholiques devaient ou abandonner la Vérité de la Tradition immuable de l’Église, ou bien, pour rester fidèles à cette Vérité, ils devaient entrer dans l’apparence de la “désobéissance” aux Autorités de l’Église.

Bien sûr, ni Mgr. Lefebvre ni la Fraternité St Pie X qu’il avait fondée en 1970 ne furent vraiment désobéissants, parce que l’Autorité catholique est la servante indispensable de la Vérité catholique : indispensable, parce que sans l’Autorité la Vérité sera déchirée en mille morceaux entre les opinions instables des hommes faillibles ; mais surtout servante, parce que l’Autorité n’est pas une fin en elle-même mais un moyen, le moyen de protéger et préserver cette Vérité infaillible du Christ qui seule peut sauver les âmes. A cette immuable Vérité ou Tradition de l’Église Mgr. Lefebvre est resté fidèle jusqu’au bout, mais sans jamais mépriser ni braver ces Autorités de l’Église qui l’ont également condamné jusqu’au bout. Au contraire, il a fait tout ce qu’il pouvait faire, et même à un moment donné, selon sa propre admission, plus qu’il ne devait faire, pour les aider à voir et à servir la Vérité, pour le bien de toute l’Égli se, mais ses efforts ont été en vain. Jusqu’au bout elles ont refusé.

C’est à ce moment-là que pour assurer la survie de la Vérité qui sauve, Mgr Lefebvre a sacré quatre évêques sans cet aval de l’Église officielle qui est normalement nécessaire pour tout sacre épiscopal. Les Autorités Conciliaires ont dû escompter qu’en sacrant sans leur aval il vouait à la ruine son oeuvre. Au contraire, pendant plusieurs années elle a fleuri comme jamais avant, parce que dès ce moment-là bon nombre de bons catholiques s’étaient extraits de leur fausse “obeisance” pré-conciliaire en comprenant que la Vérité prime sur l’Autorité, et que de vrais évêques véridiques sont indispensables à la survie de la Vérité catholique.

Mais qu’est devenue depuis la Fraternité qu’il a laissée derrière lui à sa mort en 1991 ? Sa sagesse catholique et son charisme personnel n’étaient plus là pour les protéger de la séduction constante de l’ “obéissance” pré-conciliaire, séduction qui a pris la forme à ce moment-là de propositions apparemment raisonnables d’un compromis diplomatique et pas théologique entre les Autorités Conciliaires et la Tradition catholique (GREC). Tout doucement alors cette fausse “obeissance” a fait son retour à la tête de la Fraternité d’où Mgr Lefebvre l’avait pourtant exorcisée, mais sa Fraternité n’était de fait plus reconnaissable comme la sienne. Elle descendait désormais à Rome en posture de mendiant, pour mendier la reconnaissance officielle.

Or, la Vérité n’a aucun droit de se mettre en posture de mendiant pour mendier quoi que ce soit de la part d’une collection de menteurs, et “Le Catholicisme est Révolutionnaire” est un mensonge monstre. Mais les chefs désormais “obéissants” de la Fraternité justifiaient alors, et justifient depuis, leur humiliation de la Vérité en faisant appel à l’exemple de Mgr Lefebvre : pendant de s années, disent-ils, il descendait à Rome pour obtenir l’approbation officielle de sa Fraternité, et eux ils ne font rien d’autre. Mais ce qui a pu paraître semblable était en réalité bien different. Eux, ils descendent à Rome à la recherché d’un accord politique, et pour l’obtenir il est devenu clair, au plus tard en avril de 2012, qu’ils sont prêts à brader la Vérité doctrinale. Par contre pour Mgr. Lefebvre l’approbation officielle de la FSSPX par l’Autorité de l’Église n’a jamais été dans le fond qu’un moyen pour aider cette Autorité à revenir vers la Vérité de la Tradition, et lorsqu’au printemps de 1988 elle a montré une fois pour toutes qu’elle n’entendait qu’étouffer la Tradition, à ce moment-là Mgr. Lefebvre a rompu toute négotiation et contact diplomatique avec les Conciliaristes de Rome, et il a déclaré carrément qu’ils devraient revenir à la Vérité doctrinale pour que ces contacts reprennent. De fait, ses successeurs ne l’avaient jamais compris. Et aujourd’hui ? Voir ce “Commentaire” samedi prochain.
Kyrie eleison.

[Le Salon Beige] La liberté se trouve dans la foi

SOURCE - Le Salon Beige - 26 mars 2016

L'abbé Guillaume de Tanoüarn, prêtre parisien de l'Institut du Bon Pasteur, Docteur en philosophie, vient de publier un ouvrage sur la liberté, intitulé Délivrés. Méditations sur la liberté chrétienne. Il questionne l’athéisme et le fondamentalisme, dénonce le rationalisme, met en valeur la foi, évoque Pascal et son célèbre pari, dans une méditation sur la liberté des enfants de Dieu, rachetés par le Crucifié du Golgotha. Il montre qu’il n’est de religion vraie que libre. Un livre d’une intégrale liberté, contre tous les intégrismes. Il présente son ouvrage :
  

En voici un extrait, adapté à notre société héritée de Mai-68, qui a tout envoyé balader au nom d'une pseudo-liberté :
"La liberté est presque toujours mal comprise. En l'évoquant, on a l'impression qu'être libre c'est juste... pouvoir faire ce que l'on veut. On en reste souvent à l'idée que la liberté est une puissance, que celui qui est libre touche à tous les possibles dans leur miroitement et qu'il se contente volontiers de cette indétermination qui, en même temps qu'elle empêche toute conclusion, donne comme un accès, même fugace, à toutes les déterminations ensemble. Vous ne voyez pas de quoi je veux parler ? De l'adolescence. Non pas de l'adolescence comme âge de la vie, car cet âge est des plus sérieux. Je parle de l'adolescence comme idéal, de l'éternel adolescent, qui se donne à lui-même l'impression de brûler la chandelle par les deux bouts, mais qui n'a jamais rien fait à fond, qui butine ou comme on dit aujourd'hui avec une sorte de cynisme inconscient : qui profite." 
"Il est intéressant de souligner le véritable scandale qui naît dans l'auditoire de Jésus après cette simple phrase : "La vérité vous rendra libre." Les juifs ont bien compris que le Christ mettait en cause leur propre liberté d'esprit et de coeur. Ils n'imaginent pas qu'il puisse venir changer la vérité. Pour eux, ce n'est même pas pensable, et d'une certaine façon d'ailleurs, de ce point de vue, ils ont raison : le Christ ne change rien. [...] Ce n'est pas la vérité qui change : elle est la même depuis Abraham, "qui a exulté à la pensée de voir mon jour". Ce qui change avec le Christ, c'est la liberté. Il propose une liberté nouvelle. [...] Le Christ conduit l'humanité vers un monde où la liberté n'est pas exceptionnelle, où elle n'est pas le fait d'une aristocratie peu nombreuse, où elle devient l'apanage de tous les enfants de Dieu, si seulement ils veulent l'acquérir, s'ils acceptent d'être affranchis, de devenir libres et donc s'ils reconnaissent qu'ils sont actuellement semblables à des esclaves, à cause du peu de distance qu'ils sont capables de prendre avec leur propre conditionnement, avec ce que le Christ, dans ce passage, n'hésite pas à appeler : le péché :
Quiconque commet le péché est esclave du péché [Jn 8,34]
Notre-Seigneur, ce disant et pointant le péché c'est-à-dire la responsabilité personnelle de chacun, ouvre ainsi la porte à ce monde nouveau qu'est le monde moral, monde où prévaut une autre logique que la logique calculatrice, un monde qui comporte ses conflits de devoir et sa radicalité. C'est bien désormais dans ce monde moral que la liberté s'acquiert ou se perd et non dans le monde de la Cité ou du peuple - choisi ou pas."

25 mars 2016

[Anne Le Pape - Abbé Boucharcourt - Présent] Il y a 25 ans, Mgr Lefebvre nous quittait

SOURCE - Anne Le Pape - Abbé Boucharcourt - Présent -  25 mars 2016

En cet anniversaire de la mort de Mgr Lefebvre, survenue le 25 mars 1991, M. l’abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, évoque pour Présentle fondateur de la Fraternité.

— Mgr Lefebvre s’est éteint il y a tout juste 25 ans, jour pour jour. Il a laissé une œuvre florissante, la Fraternité Saint-Pie X : combien de divisions?

— Près de 600 prêtres, 185 maisons réparties sur tous les continents, 113 frères 79 oblates, plus de 200 séminaristes – sans compter les écoles, nombreuses elles aussi.

— Ce qui est intéressant est l’influence de Mgr Lefebvre en dehors de la Fraternité. N’est-ce pas en grande partie grâce à lui que le rite traditionnel a à nouveau droit de cité de façon officielle dans l’Eglise?

— C’est évident ! Si la Providence n’avait pas suscité Mgr Lefebvre, le Concile une fois passé, la Tradition aurait disparu. La ténacité de deux évêques, Mgr Lefebvre et Mgr De Castro-Mayer, a permis que la messe soit sauvée. Tous ceux qui, aujourd’hui, peuvent célébrer dans le rite traditionnel, le peuvent grâce à notre fondateur, dont la devise, ne l’oubliez pas, était : « Nous avons cru en la charité. » En sauvant la messe, il a accompli la plus belle œuvre de charité qui soit.

— Quelle place occupe la figure de Mgr Lefebvre au Vatican ? Celle d’un pestiféré ou celle d’une personnalité marquante, estimable même si l’on n’apprécie pas toutes ses positions?

— Mgr Lefebvre fascine le Vatican. Il a été l’objet de la haine des modernistes, indéniablement, mais beaucoup reconnaissent qu’il fut un homme vertueux, prudent, avec une force d’âme extraordinaire. Il a tout sacrifié pour le combat de la foi. Tout cela lui vaut, aujourd’hui, un respect certain.

— L’abbé Puga, dans le dernier numéro du Chardonnet, évoque la visite du cardinal Oddi à Ecône, quelques mois après la mort de Mgr Lefebvre. Il se recueillit sur la tombe et termina sa prière en disant: «Merci, Monseigneur…»

— La Tradition tout entière peut lui dire merci. Il a été un héraut de la vérité et un héraut de la charité. Ce qui est remarquable chez lui est qu’il a toujours avancé au rythme de la Providence, dont il a guetté un signe pour sacrer des évêques. Il a donc attendu l’âge de 83 ans pour le faire. Je crois que, pour lui, ce signe fut la réunion d’Assise de 1986.

— Un autre fait n’a-t-il pas joué aussi : ayant signé un accord, il a constaté que le Vatican faisait traîner les choses en longueur?

— Effectivement, on a voulu jouer la montre et il s’en est rendu compte. Il a fait tout son possible pour obtenir ce qu’il demandait : des évêques. Puis il a dû franchir le pas…

— Pas de gaîté de cœur, je crois?

— La question l’a torturé, il a beaucoup prié, il a pris sa décision seul, même s’il a consulté, seul devant Dieu. Mais au terme de la cérémonie des sacres, la joie rayonnait dans ses yeux. On le voyait profondément heureux.

Un de mes confrères était allé le voir avant les sacres et lui avait demandé la différence qu’il y aurait entre ce qu’il voulait faire et les sacres de Mgr Ngo Dinh Thuc. Il attendait une grande démonstration théologique. Monseigneur lui a juste répondu : « Ce sera évident pour tous. » Et cela s’est révélé juste! Quant à moi, j’étais opposé aux sacres. Mais quand c’est arrivé, il n’y avait plus pour moi l’ombre d’un problème.

— L’abbé Puga précise aussi que Mgr Lefebvre ne sut pas la condamnation qui le frappait pour racisme, lui le grand missionnaire en Afrique puisque, pour reprendre une expression d’un article du Choc du mois de l’époque, «La justice de Dieu le délivra de l’injustice des hommes.»

— L’abbé Puga, en taisant cette condamnation inique, s’est montré digne fils de Mgr Lefebvre.

— Monsieur l’abbé, Mgr Bergoglio (car il n’était pas encore élu pape à l’époque) a déclaré avoir lu deux fois la vie de Mgr Lefebvre. Puisque vous étiez en Argentine alors qu’il était archevêque de Buenos Aires, est-ce vous qui lui avez offert l’ouvrage?

— C’est bien à moi que Mgr Bergoglio a fait cette déclaration, car c’est aussi moi qui lui ai offert cet ouvrage, parmi d’autres livres. Quand j’ai un rendez-vous, je prends toujours un livre de ou sur Monseigneur et, si l’entretien se passe bien, je l’offre à mon interlocuteur. Or j’ai rencontré Mgr Bergoglio cinq ou six fois.

— Et les entretiens s’étant bien passé, vous lui avez donc offert plusieurs ouvrages?

— Oui ! Et chacun sait que le pape est un grand lecteur.

— Un mot encore?

— Je voudrais ajouter que la vie de Mgr Lefebvre montre le bien que peut faire un évêque quand il est fidèle. Si de nombreux évêques étaient alors restés fidèles à la Tradition, quel en aurait été le résultat ? Si l’Eglise arrive à se réapproprier cette Tradition avec la sainte messe, elle devra combattre, bien sûr, car l’Eglise est toujours et partout objet de contradiction, mais elle aura pour elle une force extraordinaire.

Propos recueillis par Anne Le Pape

24 mars 2016

[Wigratzbad - FSSP] Jeudi Saint : messes chrismale et vespérale

SOURCE - Wigratzbad - FSSP - 24 mars 2016
Comme l'habitude en est prise désormais, nous avons répondu avec joie à l'invitation de Mgr Wolfgang Haas, évêque de Vaduz au Liechtenstein, à participer à la messe chrismale de son diocèse. L'événement est assez exceptionnel car la célébration de cette cérémonie dans le forme extraordinaire est rarissime dans l'Eglise aujourd'hui.

La messe chrismale réunit le clergé diocésain autour de son évêque, pour la confection des huiles saintes qui seront utilisées dans les sacrements du baptême, de la confirmation, de l'ordre et des malades. L'huile des malades est la première bénite, puis suivent le Saint-Chrême (avec le mélange du baume) et enfin l'huile des catéchumènes.

La cérémonie est impressionnante, surtout par la beauté des mélodies grégoriennes, la solennité des processions, et le nombre des participants (en tout on comptait 36 ministres vêtus d'ornements sacrés, dont les 12 prêtres, 7 diacres et 7 sous-diacres représentant le clergé du diocèse).

La messe chrismale a débuté à 9h dans la cathédrale de Vaduz, puis nous sommes rentrés déjeuner à Wigratzbad. A 17h nous étions, comme pour les Rameaux, dans l'église paroissiale de Wohmbrechts pour la célébration de la messe vespérale par le Recteur du séminaire.

[VIDEO] [DICI] 25 mars 1991 – 25 mars 2016

SOURCE - DICI - 24 mars 2016

25e anniversaire du décès de Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
     

23 mars 2016

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Le pape François fait un pas vers les lefebvristes

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 23 mars 2016

Des discussions sont en cours pour la reconnaissance de la Fraternité Saint Pie X. Un processus « qui prendra du temps ».

RELIGION Le pape François, contre toute attente, tend actuellement une main aux disciples de Mgr Marcel Lefebvre. À quelques jours du 25° anniversaire de la mort de cet évêque qui s'opposa à certaines orientations du concile Vatican II en ordonnant quatre évêques contre l'avis de Rome en 1988 et qui fonda, à Ecône (Suisse), en 1970, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX), son actuel supérieur général, Mgr Bernard Fellay, vient de confirmer sur le site de cette institution, dici.org, que le dialogue a effectivement discrètement repris avec le Vatican depuis le mois de juillet 2015.

Mais contrairement à certaines rumeurs annonçant une reconnaissance imminente, ce responsable précise que le processus de discussion connaît cer-tes « un grand progrès » sur certains points mais qu'il est « lent » et qu'il «prendra du temps », parce que demeure une « méfiance » réciproque. Cette Fraternité internationale compte aujourd'hui 600 prêtres, dont 250 Français et 200 séminaristes, dont 60 Français.

Ce dossier fut une priorité du pontificat de Benoît XVI mais il s'était conclu par un échec. Ce pape avait certes levé, en janvier 2009, les excommunications qui frappaient les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre. Il avait rétabli, en juillet 2007, «à titre extraordinaire», la liturgie de la messe selon le missel en usage avant le concile Vatican II (1962-1965), deux demandes préalables demandées par la Fraternité Saint Pie X. Mais le cycle de discussions doctrinales, lancées par le théologien Benoît XVI pour trouver un accord sur le fond, et en particulier sur le concile Vatican II, fut un fiasco.

C'est donc sous un autre angle que le pape François approche la question. Il connaît bien, par l'Argentine, les oeuvres de ce mouvement religieux. Il a également récemment dépêché plusieurs visites dans des centres de la Fraternité pour mieux évaluer ses fruits pastoraux. C'est donc en pasteur qu'il avance.

Dans cet esprit, la congrégation pour la Doctrine de la foi, chargée de ce dossier au Vatican, a donc formulé en juillet 2015 la proposition - déjà exprimée sous Benoît XVI - d'attribuer, sur le modèle de l'Opus Dei, un statut de « prélature personnelle » à cette Fraternité.

Mais la divine surprise constatée par les lefebvristes est que des éléments clés, pourtant exigés par Benoît XVI pour une reconnaissance canonique, ont disparu de la nouvelle proposition romaine ! L'un des évêques de la Fraternité, un Argentin, Mgr Alfonso de Galarreta, expliquait lors de son passage en France en janvier dernier : « Il n'y a plus la profession de foi du cardinal Ratzinger » mais « la profession de foi du concile de Trente » dans laquelle se reconnaît Ecône. Deux paragraphes - impossibles à accepter par la FSSPX - sur « l’œcuménisme » et sur « la liberté religieuse » ont été également supprimés. En liturgie, enfin, il est juste demandé de « reconnaître la validité des nouveaux sacrements, de la nouvelle messe. selon l'édition typique, l'édition latine originale. ce que la Fraternité a toujours reconnu ».

Mgr Fellay peut donc conclure : « II est très clair que le pape François veut nous laisser vivre et-survivre. Il a même dit que jamais il ne ferait de mal à la Fraternité. Il a refusé de nous condamner pour schisme en disant "ils ne sont pas schismatiques, 'ils sont catholiques"». Mais le supérieur, qui n'élude pas les .« paradoxes » de ce pape, prévient également que cette décision, qu'il soumet actuellement à ses prêtres, ne pourra souffrir aucune « ambiguïté », source de « chaos peu de temps après ». Il ajoute comme « condition sine qua non », la « liberté » d'action pour « que nous soyons acceptés tels que nous sommes ».

[Maurice Page - cath.ch] Mgr Bernard Fellay: "Le pape François veut nous laisser vivre"

SOURCE - cath.ch - 23 mars 2016

“Il est très clair que le pape François veut nous laisser vivre et survivre.” C’est à travers cette affirmation forte, que Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité saint Pie X (FSSPX), justifie sa politique de rapprochement avec Rome.

Depuis quelques semaines, des bruits divers circulent à propos d’une éventuelle reconnaissance canonique de la Fraternité par Rome. Dans un long entretien au site internet DICI, paru le 22 mars 2016, Mgr Bernard Fellay donne son analyse de l’attitude actuelle du Vatican à l’égard de la FSSPX.
“Je pense que l’on avance vraiment”
Selon Mgr Fellay, depuis l’an 2000, les rapports avec Rome n’ont jamais été rompus, même s’ils ont connu une fréquence et une intensité variables. En 2009, après la levée, par le pape Benoît XVI, des excommunications frappant les évêques lefebvristes, il y a eu une période plus intense de deux ans de discussions doctrinales. Ensuite, une proposition de double solution, avec une déclaration doctrinale et un statut canonique, a été faite. Mais cette démarche n’a pas abouti.

Depuis des discussions ont repris sous une forme plus souple, donc “pas tout à fait officielle, mais plus qu’officieuse puisque ce sont des évêques qui ont été envoyés par Rome. J’estime que cela en vaut la peine”, relève le prélat traditionaliste. En juillet 2015 enfin une nouvelle invitation à réfléchir pour voir comment arriver à une régularisation canonique a été lancée. “Est-ce que l’on avance vraiment? Je pense que oui, mais c’est très certainement lent”.
“Etre acceptés tels que nous sommes”
Mgr Fellay affirme ensuite vouloir absolument éviter toute compromission. “Evidemment cela nous rend rigides, […] ce qui rend la chose plus difficile, mais il n’y a pas pour nous de solution facile.”Pour le Supérieur de la FSSPX, la question de fond est désormais la suivante “quelle amplitude, quelle liberté, nous seraient données […], dans le cas d’une régularisation ? […] à savoir précisément que nous soyons acceptés tels que nous sommes.”

Mgr Fellay saisit l’occasion pour défendre les visites de plusieurs délégués de Rome dans divers établissements de la FSSPX. “Evidemment, par un certain nombre de personnes chez nous, elles ont été perçues avec passablement de méfiance: ‘que viennent faire ces évêques chez nous ?’ Eh bien ! ce n’était pas ma perspective. L’invitation est venue de Rome, peut-être suite à une idée que je leur avais donnée, et qui était celle-ci : ‘vous ne nous connaissez pas; nous discutons ici dans un bureau à Rome, venez nous voir sur place; vous ne nous connaîtrez vraiment que si vous nous voyez’.”
Une bienveillance paradoxale des papes envers la FSSPX
Pour le supérieur de la FSSPX, la bienveillance des papes Benoît XVI et François a quelque chose de paradoxal. “Le paradoxe d’une volonté d’avancer vers on peut presque dire ‘Vatican III’, dans le pire sens qu’on puisse donner à cette expression, et d’autre part la volonté de dire à la Fraternité : ‘vous êtes les bienvenus’. C’est vraiment un paradoxe, presque une volonté d’associer les contraires.”

Chez Benoît XVI, Mgr Fellay relève “son côté conservateur, son amour pour l’ancienne liturgie, son respect pour la discipline antérieure dans l’Eglise”.

Chez le pape François, on ne voit pas cet attachement ni à la liturgie, ni à la discipline ancienne, on pourrait même dire: bien au contraire.[…] Une des explications est la perspective du pape François sur tout ce qui est marginalisé, ce qu’il appelle les ‘périphéries existentielles’. Je ne serais pas étonné qu’il nous considère comme une de ces périphéries auxquelles il donne manifestement sa préférence.”

Mgr Fellay voit aussi chez le pape François une accusation assez constante contre l’Eglise établie, […] qui est un reproche fait à l’Eglise d’être auto-satisfaite, une Eglise qui ne cherche plus la brebis égarée.[…] On voit très bien que lorsqu’il dit ‘pauvreté’, il inclut aussi la pauvreté spirituelle, des âmes qui sont dans le péché, qu’il faudrait en sortir, qu’il faudrait reconduire vers le Bon Dieu”. “Et dans cette perspective-là, il voit dans la Fraternité une société très active, – surtout quand on la compare à la situation de l’establishment.” Selon le prélat, le pape François aurait lu deux fois la biographie de Mgr Lefebvre écrite par Mgr Tissier de Mallerais. “Je pense que cela lui a plu”.

“La Divine Providence se débrouille pour mettre de bonnes pensées chez un pape qui, sur beaucoup de points, nous effraye énormément. […] Cette manière est très surprenante, car il est très clair que le pape François veut nous laisser vivre et survivre.”
Vatican II: un concile à géométrie variable
Mgr Fellay revient longuement aussi sur l’acceptation du Concile Vatican II. Selon lui les questions classiques sur lesquelles on achoppe, qu’il s’agisse de la liberté religieuse, de la collégialité, de l’œcuménisme, de la nouvelle messe, ou même des nouveaux rites des sacrements, sont des questions ouvertes. “Jusqu’ici on a toujours insisté pour dire: vous devez accepter le Concile.” Or “les documents du Concile sont totalement inégaux, et leur acceptation se fait selon un critère gradué, selon un barème d’obligation. […] Ceux qui, d’une manière totalement erronée, prétendent que ce concile est infaillible, ceux-là obligent à une soumission totale à tout le Concile. Alors si ‘accepter le Concile’ veut dire cela, nous disons que nous n’acceptons pas le Concile. Parce que, précisément, nous nions sa valeur infaillible.”
Intégration = désintégration
Mgr Fellay plaide aussi pour la levée de la méfiance mutuelle. “Cette méfiance, il est certain que nous l’avons. Et je pense que l’on peut aussi dire qu’il est certain que Rome l’a par rapport à nous. […] Il faut arriver à une confiance minimale, à un climat de sérénité, pour éliminer ces accusations a priori. […] Cela demande aussi des actes où se manifeste une bonne volonté qui ne soit pas celle de nous détruire. Or c’est toujours un peu cette idée-là qui est chez nous, […] répandue d’une manière assez courante: ‘s’ils nous veulent, c’est pour nous étouffer, et éventuellement nous détruire, nous absorber totalement, nous désintégrer’. Ce n’est pas une intégration, c’est une désintégration! Evidemment, tant que cette idée règne, on ne peut s’attendre à rien.”, conclut le prélat traditionaliste. (cath.ch-apic/dici/mp)

[La Vie] Mgr Fellay : « Le pape François veut nous laisser vivre et survivre »

SOURCE - La Vie - 23 mars 201

Depuis quelques semaines, des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) ont annoncé un rapprochement « imminent » des Lefebvriste avec Rome. Dans un long entretien paru le 22 mars sur le site d’information de la FSSPX, Mgr Bernard Fellay, qui avait opposé un démenti à ces annonces, estime que les discussions doctrinale « avancent » en effet, même s’il fait part de ses réserves à l’égard du pape François et de la nature réelle des pourparlers.

« Est-ce que l’on avance vraiment ? Je pense que oui, mais c’est très certainement lent », explique Mgr Fellay, chef de file des traditionalistes, qui juge positivement les discussions actuelles avec le Saint-Siège. Celles-ci ont repris après le coup d’arrêt de février 2012, lorsque Mgr Fellay avait refusé de signer le préambule doctrinal proposé par Rome pour sceller la réconciliation, après des discussions doctrinales plus intenses, favorisées par la levée des excommunications de évêques ordonnés par Mgr Lefebvre. Ces pourparlers ont adopté une forme plus souple, donc « pas tout à fait officielle, mais plus qu’officieuse puisque ce sont des évêques qui ont été envoyés par Rome ». « J’estime que cela en vaut la peine », relève l’évêque lefebvriste.

Éviter toute « compromission » reste la priorité de Bernard Fellay. « Evidemment cela nous rend rigides, (…) ce qui rend la chose plus difficile, mais il n’y a pas pour nous de solution facile. » Pour le Supérieur de la FSSPX, la question de fond est désormais la suivante « quelle amplitude, quelle liberté, nous seraient données (…), dans le cas d’une régularisation ? (…) à savoir précisément que nous soyons acceptés tels que nous sommes. »

Pour le supérieur de la FSSPX, la bienveillance des papes Benoît XVI et François a quelque chose de paradoxal. « Le paradoxe d’une volonté d’avancer vers on peut presque dire « Vatican III », dans le pire sens qu’on puisse donner à cette expression, et d’autre part la volonté de dire à la Fraternité : vous êtes les bienvenus. C’est vraiment un paradoxe, presque une volonté d’associer les contraires. »

La FSSPX, "une périphérie"

Mgr Fellay juge cependant les deux derniers papes de manière différents. Chez Benoît XVI, il relève« son côté conservateur, son amour pour l’ancienne liturgie, son respect pour la discipline antérieure dans l’Eglise ». « Chez le pape François, on ne voit pas cet attachement ni à la liturgie, ni à la discipline ancienne, on pourrait même dire : bien au contraire. (…) Une des explications est la perspective du pape François sur tout ce qui est marginalisé, ce qu’il appelle les « périphéries existentielles ». Je ne serais pas étonné qu’il nous considère comme une de ces périphéries auxquelles il donne manifestement sa préférence. »

Mgr Fellay voit aussi chez le pape François « une accusation assez constante contre l’Eglise établie, (…) qui est un reproche fait à l’Eglise d’être auto-satisfaite, une Eglise qui ne cherche plus la brebis égarée. (…) On voit très bien que lorsqu’il dit « pauvreté », il inclut aussi la pauvreté spirituelle, des âmes qui sont dans le péché, qu’il faudrait en sortir, qu’il faudrait reconduire vers le Bon Dieu ». « Et dans cette perspective-là, il voit dans la Fraternité une société très active, – surtout quand on la compare à la situation de l’establishment. » Selon l’évêque lefebvriste, le pape François aurait lu deux fois la biographie de Mgr Lefebvre écrite par Mgr Tissier de Mallerais. « Je pense que cela lui a plu ».

« La Divine Providence se débrouille pour mettre de bonnes pensées chez un pape qui, sur beaucoup de points, nous effraye énormément, estime Mgr Fellay. (…) Cette manière est très surprenante, car il est très clair que le pape François veut nous laisser vivre et survivre. »

Accepter le Concile ?

Mgr Fellay revient longuement aussi sur l’acceptation du Concile Vatican II. Selon lui les questions classiques sur lesquelles on achoppe, qu’il s’agisse de la liberté religieuse, de la collégialité, de l’œcuménisme, de la nouvelle messe, ou même des nouveaux rites des sacrements, sont des questions ouvertes. « Jusqu’ici on a toujours insisté pour dire: vous devez accepter le Concile. » Or,« les documents du Concile sont totalement inégaux, et leur acceptation se fait selon un critère gradué, selon un barème d’obligation, clame Mgr Fellay. Ceux qui, d’une manière totalement erronée, prétendent que ce concile est infaillible, ceux-là obligent à une soumission totale à tout le Concile. Alors si « accepter le Concile » veut dire cela, nous disons que nous n’acceptons pas le Concile. Parce que, précisément, nous nions sa valeur infaillible. »

Mgr Fellay plaide aussi pour la levée de la méfiance mutuelle. « Cette méfiance, il est certain que nous l’avons. Et je pense que l’on peut aussi dire qu’il est certain que Rome l’a par rapport à nous », estime Mgr Fellay, qui salue les occasions (encore trop rares selon lui) où des délégués du Saint-Siège se sont rendus dans des établissements de la FSSPX. Il s’agit, dit-il, de sortir des réunions de bureau et de mieux se connaître.

« Il faut arriver à une confiance minimale, à un climat de sérénité, pour éliminer ces accusations a priori, affirme Mgr Fellay. Cela demande aussi des actes où se manifeste une bonne volonté qui ne soit pas celle de nous détruire. Or, c’est toujours un peu cette idée-là qui est chez nous, (…) répandue d’une manière assez courante: s’ils nous veulent, c’est pour nous étouffer, et éventuellement nous détruire, nous absorber totalement, nous désintégrer. Ce n’est pas une intégration, c’est une désintégration ! Evidemment, tant que cette idée règne, on ne peut s’attendre à rien. »

22 mars 2016

[Paix Liturgique] Récupérer le goût du mystère eucharistique: le Cardinal Burke et la liturgie

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 534 - 22 mars 2016

Ce lundi 14 mars 2016, le cardinal Raymond Leo Burke était à Paris pour présenter son livre La Sainte Eucharistie, sacrement de l’Amour divin, qui vient de sortir aux éditions Via Romana et qui s’ouvre par un entretien donné par le cardinal à l’abbé Claude Barthe, dont nous avions eu le privilège de publier en avant-première, l’été dernier, quelques morceaux choisis (voir notre lettre 499).

Dans le droit fil de cet entretien, au cours duquel le cardinal voyait dans le Motu Proprio Summorum Pontificum « l’expression la plus haute de la pensée du cardinal Ratzinger », nous vous proposons cette semaine quelques-uns des propos tenus la semaine dernière par le cardinal Burke, en introduction à une conférence de presse donnée à Paris, le 14 mars, et reproduits par le blog du magazine L’Homme nouveau, accompagnées de nos habituels commentaires.

En cette semaine de Pâques, sommet de la vie eucharistique de l’Église, nous vous invitons à lire et faire lire l’ouvrage du cardinal Burke, véritable traité de dévotion eucharistique.


I – Les souvenirs du cardinal (source


« Les plus beaux souvenirs de jeunesse de mon éducation dans la foi et les mœurs catholiques, que ce soit à la maison, dans les écoles catholiques ou plus tard au petit séminaire sont tous associés à la Messe dominicale et à la dévotion eucharistique, mais aussi à la dévotion au Cœur Sacré de Jésus, qui en est le prolongement. […] Cette merveille du mystère eucharistique, mystère de la Foi, est intimement liée avec l’accès régulier au sacrement de la Pénitence, nous disposant à toujours mieux recevoir Notre Seigneur, le Pain Céleste. Tout en m’émerveillant de la présence réelle du Seigneur, j’ai approfondi mon amour pour Lui et mon désir de rester toujours près de Lui et de Lui plaire en toutes choses. Une occasion particulière de cette intimité eucharistique s’est présentée à l’âge de dix ans, lorsque je suis devenu enfant de chœur, assistant le prêtre à la célébration de la Sainte Messe et aux autres rites sacrés. L’opportunité de voir de plus près toute la beauté exquise du rite de la Messe et, en particulier, le ministère irremplaçable du prêtre qui offre le Sacrifice, a été une grâce dont je suis encore aujourd’hui très reconnaissant. […]

Je viens d’une région rurale des États-Unis, caractérisée par de petites exploitations agricoles, et j’ai grandi dans une petite ferme. Pourtant, la beauté de la sainte Liturgie, conservée par l’Église partout dans le monde, est aussi parvenue jusque dans ma contrée, et les fidèles faisaient les sacrifices nécessaires pour sauvegarder et promouvoir le plus beau don de Dieu pour nous. […] Durant mes dernières années à l’école et au début de mes études universitaires, qui étaient toujours dans le cadre du séminaire, tout ce dont je viens de parler subit un changement radical dans mon pays. Malgré le fait que je n’avais que dix-sept ou dix-huit ans, j’en ai été profondément marqué. Les églises furent réaménagées et les plus belles choses enlevées, surtout les maîtres-autels qui habituellement, dans cette région lointaine, étaient importés de l’Europe ou étaient fabriqués par des artisans européens. Il n’y avait plus l’attention soigneuse aux linges sacrés, aux vases et aux ornements, tandis que le chant grégorien et la polyphonie sacrée étaient abandonnés en faveur de musiques contemporaines, médiocres et souvent banales. Le latin ne se faisait guère ou jamais entendre, et les traductions anglaises des textes liturgiques utilisaient un langage ordinaire et peu soutenu. La chose la plus frappante fut le changement radical du rite de la Messe, réduisant largement son expression. Cette situation a été aggravée par les expérimentations liturgiques apparemment interminables et qui parfois m’ont laissé l’impression de ne pas avoir vraiment assisté à la Sainte Messe. […] Toute la destruction de la beauté liturgique a été justifiée au nom du soi-disant "esprit du concile Vatican II", même si, en réalité, ces choses n’avaient rien avoir avec la vraie réforme désirée par les Pères conciliaires. À vrai dire, il y avait là une manifestation dévastatrice d’une certaine interprétation du concile Vatican II, en discontinuité avec la tradition ininterrompue de la doctrine et de la discipline de l’Église. »


II – Les réflexions de Paix liturgique


1) Le cardinal Burke est aujourd’hui l’épouvantail des libéraux. Lui sont en fait reprochés la clarté de ses propos, leur parfaite fidélité à la vérité évangélique et à la Tradition de l’Église, et son grand sens de la liturgie – qui le porte à célébrer avec une extrême révérence aussi bien l’une que l’autre forme du rite romain. Les critiques à son encontre sont d’autant plus violentes que son parcours ecclésiastique est pleinement postconciliaire.

2) Né en 1948, ordonné prêtre par Paul VI en 1975, puis évêque par Jean-Paul II en 1995, le cardinal est en effet particulièrement bien placé pour juger du « changement radical » subi par l’Église au nom « du soi-disant "esprit du concile Vatican II" », changement qui s’est tout particulièrement et très visiblement manifesté dans la liturgie. Comme le pape Benoît XVI, dans son fameux discours de décembre 2005 à la Curie romaine sur l’herméneutique du concile Vatican II, le cardinal Burke voit dans l’actuation des réformes conciliaires« une manifestation dévastatrice d’une certaine interprétation du concile Vatican II, en discontinuité avec la tradition ininterrompue de la doctrine et de la discipline de l’Église ».

3) On remarquera la force – la force tranquille, tant cet homme est paisible – des propos de Raymond Burke concernant la réforme liturgique quand il dit que « la chose la plus frappante fut le changement radical du rite de la Messe, réduisant largement son expression », précisant ensuite que « cette situation a été aggravée par les expérimentations liturgiques apparemment interminables » qui lui ont « parfois laissé l’impression de ne pas avoir vraiment assisté à la Sainte Messe ». Répondant aux questions qui lui étaient posées, le cardinal a insisté : c’est le rite lui-même qui a été appauvri, défectuosité accentuée ensuite par les « abus » liturgiques.

4) Les propos du cardinal Burke sont d’autant plus importants qu’ils se nourrissent de l’expérience personnelle du prélat et de ses souvenirs d’enfant, en particulier de la grande dévotion eucharistique de sa famille. C’est grâce à la piété de sa famille, toute simple serions-nous tentés d’ajouter (messe dominicale, dévotion au Sacré-Cœur), que la vocation sacerdotale a fait son chemin en lui. Et le cardinal de souligner la « grâce » qu’il a eu de devenir enfant de chœur car le service de l’autel lui a donné « l’opportunité de voir de plus près toute la beauté exquise du rite de la Messe et, en particulier, le ministère irremplaçable du prêtre qui offre le Sacrifice ».

5) En fait, ce dont le cardinal Burke témoigne, c’est de la puissance missionnaire de la liturgie. Combien de vocations religieuses sont nées de familles catholiques ayant fait de la messe dominicale et de la Sainte Eucharistie le cœur de leur vie de famille ? Combien de vocations sacerdotales sont nées dans des familles où le service de l’autel était un honneur et une joie non seulement pour les garçons qui y accédaient mais aussi pour tous les autres membres de la famille ? L’exemple personnel du cardinal Burke permet de comprendre à la fois pourquoi l’écroulement de la liturgie a été accompagné d’un dramatique effondrement des vocations et pourquoi ces vocations fleurissent encore dans les familles, et les écoles, qui placent toujours la célébration des saints mystères au cœur de leurs activités. Dans un entretien qu’il a accordé à L’Homme nouveau en marge de la parution de son livre et d’une nécessité d’une profonde réforme dans l’Église, le cardinal précise d’ailleurs : « Dieu suscite aujourd’hui encore la création de véritables écoles catholiques, souvent créées à l’initiative des parents pour transmettre avec intégrité la foi catholique en même temps que donner une véritable éducation. Aux États-Unis, beaucoup de familles se sont tournées également vers le homeschooling (écoles à la maison) quand ils ne pouvaient pas trouver les écoles répondant aux exigences d’une véritable éducation catholique classique ».

6) Rappelons pour finir ce que le cardinal Burke disait en liminaire de l’entretien donné à l’abbé Barthe, qui forme l’introduction de son livre sur l’eucharistie « [Le Motu Proprio Summorum Pontificum] montre ce qu’a été pour [Benoît XVI] la compréhension du concile Vatican II ». Ce qui est une manière de reformuler puissamment le critère de l’« herméneutique de continuité » de Benoît XVI : Summorum Pontificum, comme clé d’interprétation du concile Vatican II.