26 mars 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Souvenir d'un pseudo-vicaire à St Nicolas du Chardonnet (1980-1983)

SOURCE - Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou - avril 2017

Je n’étais pas à la « prise » de St Nicolas du Chardonnet, le 27 février 1977. J’étais séminariste, et je me souviens fort bien des réactions diverses et contradictoires des séminaristes, et même des professeurs. Le directeur, vénérable sujet de la Confédération Helvétique, désapprouvait ce coup de force contraire à l’ordre et au respect des lois. Monseigneur était absent, et tout est rentré dans l’ordre avec son retour : heureux de l’évènement, il l’encourage et décide même d’apporter l’aide de la Fraternité ! C’est donc le district de France, l’abbé Aulagnier en tête, aidé par l’abbé Groche, qui s’investit aussitôt et aide avec enthousiasme ! Mgr Lefebvre lui-même se rend à St Nicolas dès le 22 mai suivant pour y confirmer une centaine d’enfants. Les séminaristes, lors de leurs congés, sont heureux d’apporter leur aide, et des prêtres y sont affectés dès leur ordination (abbé Claude Barthe, abbé Olivier de Blignières). Ils seront évacués peu après en raison de prises de position sédévacantistes. Nous arrivons ainsi à l’été 1980, avec la nomination de l’abbé Dominique Mihailovic à Saint-Nicolas, et de l’abbé Alain Lorans à l’Institut Saint Pie X. C’est alors que Monseigneur décide d’anticiper mon ordination au 20 septembre pour me nommer collaborateur de Mgr Ducaud-Bourget. (L’abbé Jean-Luc Veuillez nous y rejoindra en 1982). 

J’ai eu la grâce de narrer autrefois ces années à St Nicolas dans la revue Fideliter, mais le temps passé me permet un peu de recul, même si un peu de nostalgie vient teinter mon discours, non pas tant parce que "c’était le bon temps" – tous les temps sont bons ! – mais surtout parce que la plupart des figures évoquées et que j’ai aimées, dorment à présent au "lieu du rafraichissement, de la lumière et de la paix".

Après une arrivée en fanfare, je découvre donc une quasi-paroisse très originale, animée par beaucoup d’enthousiasme, mais livrée à beaucoup d’improvisations et autant de désordres ! C’était extraordinaire, mais tout était à régler, à ordonner, à nettoyer même, et Mgr Ducaud-Bourget me confia la charge redoutable de mettre un peu d’ordre. Je le fis, sans plaire à tous, ni aux messieurs doctement installés dans les stalles, ni à toutes les dames catéchistes, ni même parfois à notre cher monseigneur ! Il aimait tant que la foule chante le Pater avec le célébrant ! Sans doute ai-je usé parfois de trop de force, et ai-je commis des erreurs, mais ces trois années ont été très formatrices… 

Après une année de présence, j’avais tout fait, tout vu, tout entendu… même des obsèques un samedi-Saint, si je me souviens bien – même une extrême-onction dans la sacristie – même une pénitente me poursuivant dans le métro – même un crachat au visage sur le parvis – même une mécontente chassée de la sacristie par monseigneur l’obligeant à reculer jusqu’à la sortie en montant sur ses pieds et rythmant sa marche en avant de « mange » en réponse à cet autre mot qu’elle lui répétait en reculant et que je tairai ici – même cette famille fidèle aux vêpres dominicales et qui s’asseyait avec fracas dès qu’était entonné le Tu es Petrus – même la « motarde », ainsi nommée parce qu’elle circulait en pétrolette et assistait à la messe coiffée de son casque quand elle avait oublié sa mantille – même la « dame du Sacré-Cœur » qui squattait « sa » chapelle et la défendait contre les intrus à coup de parapluie, etc. 

Et tout ça faisait d’excellents chrétiens, comme le chantait Maurice ! Mais il y avait vraiment une ambiance peu banale… qui m’irritait parfois, hélas, et qui me ravissait souvent ! C’était vraiment une « paroisse vivante » !

Outre la Sainte Messe et les offices, les catéchismes, les confessions, les baptêmes, mariages et enterrements, les prédications, nous avons alors inauguré les prédications et les chemins de croix de carême, les concerts spirituels, les messes chantées du mercredi soir, dites messes des jeunes, avec le service liturgique assuré par la MJCF, et les premiers trémolos du Chœur Fra Angelico, etc.

Mais le plus précieux à ma mémoire, est le souvenir des prêtres et des fidèles que j’y ai connus. Mgr Ducaud-Bourget, d’abord, qui tenait à ce que personne ne touche au drapeau du pape présent dans le chœur ! Il ne voulait surtout pas être « curé » mais aimait bien baptiser l’abbé Aulagnier du titre de « co-curé » ! Il entonnait le Gloria de la messe royale de Du Mont avec une puissance décoiffante, alors qu’il semblait si frêle ! Il montait en chaire le dimanche pour commenter l’épitre et se trompait parfois de dimanche, mais c’était tellement prenant que personne ne s’en apercevait ! Et il avait aussi ce geste banal mais si amical de nous réunir le dimanche après les messes du matin pour un petit porto dominical ! « Les gens sérieux sont embêtants », aimait-il à nous dire, pour nous faire comprendre en douceur qu’il ne fallait surtout pas nous prendre au sérieux ! 

L’abbé Serralda venait rarement, trop occupé par la chapelle Ste Germaine. Mais nous avions alors une équipe régulière de prêtres anciens : Mgr Gillet, qui brandissait des pistolets en chaire lorsqu’il évoquait le Pape, l’abbé Juan et sa barbiche au vent, en continuel va-et-vient pour porter la communion aux malades, l’abbé Emmanuelli qui faisait la police à l’entrée le dimanche, et bloquait ainsi de son importante personne les entrées comme les sorties – c’est lui aussi qui clamait de sa voix de stentor dans la sacristie, lorsque quelqu’un tentait de calmer ses fréquentes colères : non monsieur, je ne suis pas en colère… je suis indigné ! – l’abbé Dinh Vin Son qui chantait en chaire l’Ave Maria en vietnamien, et même le cher et docte abbé des Graviers, assidu aux Vêpres dominicales mais qui n’entonnait que la troisième antienne, la seule dont il parvenait à retenir la mélodie.

Le personnage le plus pittoresque demeure quand même le bon Frère Gilles, incollable en liturgie depuis ses années à St Louis des Français, à Rome, dans la Fraternité Sacerdotale du Père Prévost, et d’un dévouement inlassable, malgré ses ronchonnements toujours agrémentés d’un gentil sourire un peu ébréché… Il était aidé parfois par le Fr. Edouard descendu de Suresnes… Mais sa (notre) terreur était quand même Sr Flodoberthe, qui trainait toujours avec elle une troupe d’enfants qu’elle catéchisait, et qu’il fallait baptiser sur-le-champ, ou confesser, ou communier sans attendre ! Et le pauvre frère n’avait jamais un prêtre sous la main (disait-il) ! 

Quand je vous disais que l’on ne s’ennuyait pas !

Il y avait aussi les bons et fidèles serviteurs : M. Ducaud, la famille Cagnon, de père en fils et petit-fils, Bernard Faribault, discret et efficace, le brave et solide Noureygat, ses amis de la garde et du « Père tranquille », M. de Milleville, le cher Lamy, M. et Mme Rota, et tant d’autres, sans oublier nos artistes : l’inoubliable Castafiore, MM. Sisung, Holiner et Avignon…(un moment épique entre tous : la grève de la chorale, assise en bloc au premier rang, les bras croisés et muette pendant la messe chantée du dimanche, pendant que je tentais de faire chanter les fidèles !) et Louis le Suisse, qui cachait tant de choses dans son réduit avec sa hallebarde ! Il y avait aussi celle dont je n’ai jamais su le nom, et que nous appelions Mlle de Saint-Cierge. Elle était un ange de silence et de douceur, et chaque jour, elle venait gratter et nettoyer les brûloirs où se consumaient les cierges offerts par les fidèles…d’où son amical surnom !

Quelques fidèles notables sont aussi à mentionner : Jean Madiran, avec qui j’ai eu une bien stupide querelle (péché de jeunesse) ; André Figueras (avec son épouse et ses fils), étonné d’apprendre que, pas plus que lui, je ne voyais Jésus dans l’Hostie ; Jean Dutourd, fidèle à accompagner son épouse à la messe du soir, qu’il passait à deviser fort élégamment dans la sacristie ; Jacques Dufilho, fidèle et discret, et son artiste de fille, Colette ; Michel Fromentoux, etc…

J’y ai aperçu parfois Jean-Marie Le Pen… entre autres lors d’une messe célébrée pour Béchir Gemayel, et à l’issue de laquelle il avait commenté le sermon sur les qualités d’un homme d’état chrétien : « On s’est bien fait eng… ! »

Mais je n’en finirais pas d’évoquer tant et tant de visages et d’âmes… tant de jeunes et de moins jeunes… ce brave homme, par exemple qui, septuagénaire, ne s’était jamais confessé et qui, après une belle, bonne et longue confession, est sorti rayonnant du confessionnal pour m’embrasser comme du bon pain… ou cet autre qui, heureux de s’être bien confessé, me dit qu’il voulait me faire un cadeau : une pensée qui lui était venue, à savoir que, lorsqu’il arriverait à la porte du ciel, sa richesse serait tout ce qu’il aurait donné… et tant d’autres que Notre-Dame du clergé n’a pas oubliés et qu’elle a gardés dans son cœur maternel !

Quand je vous disais que pendant ces trois années à Saint-Nicolas, j’en ai appris assez pour tenir toute une vie sans être surpris par rien ! Ce n’était pas une paroisse, et Mgr Ducaud-Bourget n’était pas curé… mais c’était mieux encore : c’était l’Église incarnée et vivante, parfois brouillonne mais toujours enthousiaste, pas cérébrale pour un sou et tellement chaleureuse, avec ses gloires et ses misères, ses grandeurs et ses faiblesses… l’Église telle que l’aimait Mgr Lefebvre et telle que je persiste à l’aimer, celle qui ne doit pas changer ! 

Abbé Michel Simoulin,
Heureux «pseudo-vicaire».

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] "Nous avons évoqué déjà la belle figure de Sainte Maria Goretti..." (éditorial)

SOURCE - Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou - avril 2017

Nous avons évoqué déjà la belle figure de Sainte Maria Goretti. Elle nous donne, entre autres, une leçon sur laquelle nous pouvons méditer. Alors qu'elle se débat sous les coups d’Alessandro, elle lui dit: "Ne fais pas cela ! C'est un péché ! Tu iras en enfer!" Le lendemain, avant de lui donner l'hostie, le prêtre lui demande si elle pardonne à son agresseur comme Jésus a pardonné sur la croix à ses bourreaux. "Oui, pour l'amour de Jésus je pardonne. Je veux qu'il vienne lui aussi avec moi au Paradis. Que Dieu lui pardonne, car moi je lui ai déjà pardonné." Pas un instant, Maria ne considère sa propre souffrance ou le mal qu’il lui a fait, mais elle ne voit que cette pauvre âme qui risque d’aller en enfer et pour laquelle elle désire le paradis. 

Nous avons lu aussi, le mois dernier, l’histoire bouleversante de Laura Vicuña. Innocente et pure, elle s’évanouit de douleur lorsqu’elle apprend que sa maman est en état de péché mortel, et se trouve aux porte de l’enfer ! Pour la sauver, elle offre sa vie d’enfant, et à l’heure de vivre cette offrande, après avoir obtenu de sa maman la promesse de sa conversion, elle murmure avec un sourire : « Merci Jésus, merci Marie ! Maintenant je meurs contente ». Elle avait 12 ans et 9 mois. Ce qui me frappe le plus chez cette enfant, comme chez Maria Goretti, c’est le sens qu’elle avait du péché, et du malheur d’une âme en état de péché ! Elle aimait tellement sa mère que la pensée qu’elle puisse être éternellement malheureuse lui avait quasiment ôté la vie. Sans doute s’évanouir n’est pas mourir, mais ce fut chez elle l’effet d’une douleur intolérable. 

Comment ne pas penser encore à l’intervention de Notre-Dame à Fatima, pour demander aux enfants des prières et des sacrifices pour la conversion des pécheurs ? Elle ira jusqu’à leur montrer l’enfer pour les y encourager. La demande de la Vierge est encore de faire tout ce qui est possible pour « préserver les âmes du feu de l’enfer », comme elle l’exprime dans la belle prière qu’elle leur enseigne.

Je crains que nous n’ayons pas, quant à nous, la même crainte et la même douleur de l’âme devant le péché et ses conséquences dans l’âme du pécheur. Nous sommes trop pris par nos propres souffrances et le mal que nous subissons. Au mieux, nous pensons aux souffrances de Jésus-Christ victime des péchés des hommes, mais avons-nous de la douleur du danger mortel que courent les âmes en état de péché : mourir ainsi c’est l’enfer, c’est le malheur éternel ? Avons-nous un amour du prochain qui vit dans le sillage de l’amour du Cœur de Jésus pour tous les humains ?

Des saints ont eu cette douleur et ont dépensé toutes leurs forces, donné leur vie pour la conversion et le salut des pécheurs.

Et j’ose dire que si Jésus-Christ est mort sur la Croix, c’est par la douleur qui a brisé son cœur et mis fin à sa vie humaine, "la douleur qu’il éprouvait en voyant se condamner volontairement les âmes qui fouleraient aux pieds les peines intérieures de son cœur amoureux". Qu’on me pardonne l’audace de la formule, mais Jésus est mort à cause des damnés, à cause de la douleur devenue intolérable à ce cœur où tout n’était qu’amour, amour divin et douleur immense ! C’est là une douleur qu’il ne pouvait exprimer. Lorsque nous méditons la Passion, nous considérons les souffrances physiques, les douleurs morales de l’injustice et des humiliations, peut-être encore, comme le suppliera le Sacré-Cœur, les ingratitudes : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi ».

Mais la douleur la plus profonde est toujours inexprimable, et seuls peuvent la comprendre ceux qui savent aimer comme Jésus. Plus l’amour est vrai, plus la douleur est profonde du malheur de ceux que l’on aime, et c’est la souffrance éternelle des damnés qui a causé la mort de ce cœur où il y avait trop d’amour. Toute la passion extérieure de Jésus est comme une gigantesque marée visible d’un océan invisible, dit le P. Faber, car les souffrances de l’esprit dépassaient de beaucoup celles du corps. Cette agonie intérieure causée par la malice des péchés des hommes lui occasionnait une expiation plus terrible, plus douloureuse que toutes les atrocités avec lesquelles ses bourreaux tourmentèrent son corps très saint.

La douleur du Christ était en son cœur le fruit de nos souffrances auxquelles son amour voulait mettre fin, mais celles des damnés lui furent insupportables. Elles étaient en même temps l’effet de son amour tout-puissant mais tenu en échec par leurs refus volontaires d’être aimés. Il est mort à cause des damnés.

Mais son amour a été vainqueur puisqu’il est mort pour ses élus, par l’offrande d’un amour plus fort que toute douleur, un amour vainqueur de la mort elle-même. 

La charité ne connaît pas la défaite – et c’est pourquoi j’ose espérer que les élus seront beaucoup plus nombreux que les damnés ! – et les damnés eux-mêmes dans leur éternel malheur crient au monde des vivants que leur malheur est encore une manifestation de la puissance et de la victoire de l’amour. Relisons ces réflexions admirables du Père de Chivré sur l’espérance :
Le surnaturel nous enveloppe; n'y échappent que les libertés perverties jusqu'au refus d'être aimées plus qu'elles n’aiment leurs horreurs morales ; le désespoir est le seul acte humain d'où Dieu soit nécessairement absent puisqu'il consiste non seulement à ne plus Le posséder, mais à ne plus croire aux possibilités de Le posséder, alors que Lui, Dieu, a épuisé toutes les possibilités surnaturelles et naturelles de demeurer avec nous et en nous; c'est vraiment l'acte stupide par excellence puisque il est privé de toute grâce et de toute espérance de la grâce. 
L'Espérance! L'Espérance! La flamme dans la nuit, l'élan subit dans une santé défaillante, le sourire fleurissant sur les lèvres salées par les sanglots... L'Espérance, cette espèce de certitude qu'on est idiot d'avoir douté, cette prise de conscience immédiate et consistante que les réponses sont, que les solutions existent... L'Espérance, cette résurrection printanière de tout, dans le cœur parfumé de bonheur et dans l'intelligence secouée d'enthousiasme... L'Espérance, cette marche en avant avec tout un ravitaillement de mots, de cris, de chants, appropriés pour être davantage à la disposition de l'espoir comme la voile est à la disposition du vent. Ô mon Dieu ! Merci d'avoir créé l'Espérance sans laquelle je n'oserais pas marcher. 
Tout péché a sa grâce à lui, son secours à lui : remords, rougeur de honte, dégoût, une sanction, une conséquence qui fera réfléchir...
Toute malice a sa contrepartie vertueuse,
Toute tentation a son angle propice à la victoire,
Toute déficience a son utilisation réparatrice. 
Tout, absolument tout, est accessible à la grâce et la grâce n'aura peut-être d'égal que la stupeur du monde lorsqu'au dernier jour les plus grands adversaires de Dieu, les plus farouches s'apercevront que, sans le savoir, leur malice était au service de la Sagesse divine, laquelle en définitive aura le dernier mot. 
Dieu ne recule devant aucune ruse pour faire aboutir la Grâce, mais le malin le lui rend bien pour la tenir en échec et pourtant, qu'il est consolant et vrai de constater qu'Elle a en définitive le dernier mot ; jusque dans ses succès, le Mal a le dessous par rapport au plan de Dieu. La grande humiliation de Satan sera de s'apercevoir au dernier jour qu'il aura travaillé pour la gloire de Dieu. Dans ses attaques, ses ruses, ses haines, ses triomphes et ses rages, il aura fait éclore de superbes prières, de sanglants sacrifices, s'épanouir de généreuses réparations, naître d'audacieuses initiatives, réveiller des vertus et des repentirs ; lui, le maudit, il aura fait chanter l'Amour et il en sera furieux ; lui, le ténébreux entêté, il aura obtenu pour Dieu d'éblouissantes soumissions et d'éberluantes fidélités qui le feront frémir de honte lorsque les bénis le jugeront. 
"Pas un cheveu ne tombe de vos têtes sans la permission du Père", traduisez : la Grâce veille à tout et sur tous. Quelle compagnie dans les solitudes les plus apparemment irrémédiables ! 
Comme on comprend le cri d'enthousiasme de l'Eglise au matin du Samedi Saint "Felix culpa", heureuse faute puisque non seulement le bien existe, mais la malice est vaincue, ce qui est un bien nouveau que la vertu ne pouvait pas produire à elle seule. 
Heureuse faute sans laquelle l'homme n'aurait pas ajouté à sa couronne originelle les diamants de ses larmes, les rubis de ses expiations et les lumières de ses aveux.
C’est l’éternelle victoire de la vie sur la mort, que nous célébrerons avec éclat la nuit de Pâques. Tout est fini ?… non, tout commence ! Tout est perdu ? … non, tout est gagné : la vie triomphe, l’amour est vainqueur, et le ciel est ouvert à tous ceux qui ont cru en l’amour.

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait bien compris, et surtout bien vécu, comme elle l’exprimait dans une de ses dernières lettres
Cher petit Frère, au moment de paraître devant le bon Dieu, je comprends plus que jamais qu'il n'y a qu'une chose nécessaire, c'est de travailler uniquement pour Lui et de ne rien faire pour soi ni pour les créatures. 
Jésus veut posséder complètement votre coeur, il veut que vous soyez un grand saint. Pour cela il vous faudra beaucoup souffrir, mais aussi une joie inondera votre âme quand vous serez arrivé au moment heureux de votre entrée dans l'Eternelle Vie !... Mon frère, tous vos amis du Ciel, je vais aller bientôt leur offrir votre amour, les prier de vous protéger. Je voudrais vous dire, mon cher petit Frère, mille choses que je comprends étant à la porte de l'éternité, mais je ne meurs pas, j'entre dans la vie et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux... (LT 244 à l'abbé Bellière le 9 juin 1897)
Belle fête de la Résurrection de Notre-Seigneur et beau temps pascal à tous et toutes, sous le doux regard du Cœur Immaculé de sa mère devenue la nôtre.

1.000 excuses! texte déjà publié en 2016 (pas 2017)

25 mars 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Lent Déclin – I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 25 mars 2017

Si je n’agirai pas – comme je pense – bien,
De mes bonnes pensées il ne restera rien !

Voici un témoignage (abrégé) venant des États-Unis. Il tape souvent dans le mille :—
On a voulu « changer l’image » de la Fraternité St Pie X. Résultat ? – elle n’est plus ce qu’elle était. Comme la Fraternité originale appartenait à l’Église catholique, ainsi la Néo-fraternité appartient à la Néo-église. Pour les anciens qui se souviennent de Vatican II, c’est du déjà vu, mais en pire, parce que cette fois-ci il n’y a même pas d’attaque directe contre la bonne doctrine, ni un Concile important, c’est par une transformation sociale que la révolution s’étend, lente et presque imperceptible. 
En effet, les apparences de la Tradition se maintiennent, mais le Mouvement de la Tradition se change en douceur, du dedans. Extérieurement et du point de vue matériel les choses paraissent mieux réussies que jamais, avec toujours plus d’argent et de bâtiments, mais intérieurement et spirituellement on observe une décadence, parce que la maladie du modernisme gagne imperceptiblement les gens. Et une variété de symptômes indiquent que c’est bien le même modernisme, par exemple les jeunes prêtres de la Fraternité aux visages béats, tout comme les « prêtres de la paix » comme le grand Cardinal Mindszenty les a nommés, dans les années 1960 et 1970. Mais à ceux-ci manque la masculinité des prêtres qui les ont précédés, comme elle manque à des laïcs importants dans l’éducation. 
Alors la Messe a beau être Traditionnelle, toute la culture autour est Novus Ordo. Les Traditionnalistes veulent préserver la Messe ancienne et les Sacrements et quelques-unes des bonnes mœurs du Catéchisme, mais en même temps ils veulent profiter de tout le reste que le monde moderne leur offre. Comme résultat on distingue à peine, en-dehors de la Messe et des Sacrements, entre les soi-disant Catholiques de la Tradition et leurs équivalents dans le monde moderne. Pour ce qui concerne le divorce, les annulations de mariage, les « filles-mères », etc., les statistiques sont pareilles. Si les Traditionnalistes veulent suivre le monde moderne, ils ne peuvent plus garder la religion ancienne. Il faut choisir. 
Ce qui se passe, c’est que le Mouvement de la Tradition s’ouvre actuellement au monde pour devenir normal et se faire accepter, et le processus de la modernisation avance, lentement mais sûrement. Il y a une nouvelle génération de jeunes au pouvoir, et ils font tout changer. Les anciens irréductibles qui désormais gênaient ont été remplacés, et la Tradition a une nouvelle image, jeune, souriante, aimable. Voilà 50 ans que l’Église officielle a eu sa mise à jour, la Fraternité y passe aujourd’hui. La vieille génération qui a mené tant de batailles pour tout préserver se fait remplacer maintenant par une nouvelle génération qui n’a jamais connu le Novus O rdo, ni ce qui était derrière, et qui n’a jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Les jeunes d’aujourd’hui peuvent bien avoir été élevés isolés dans une bulle de la Tradition, sans connaître grand- chose de la guerre d’hier, origine de celle d’aujourd’hui. Avant le Concile Bella Dodd a rendu un témoignage célèbre que les Communistes avaient infiltré l’Église. Pouvons-nous être sûrs que la même chose n’arrive pas actuellement au mouvement de la Tradition ? 
Cela devait arriver. N’étant ni infaillible ni indéfectible, la Fraternité passe maintenant par l’expérience d’il y a 50 ans de l’Église officielle – l’infiltration, le compromis, la désintégration et le même processus d’auto-démolition. Mgr. Lefebvre aurait remarqué tout de suite le changement radical, mais bon nombre des grenouilles dans la Fraternité n’ont même pas remarqué comment la température de l’eau monte. Monseigneur a « transmis ce qu’ il a reçu » mais la nouvelle génération comment peut-elle transmettre ce qu’elle ne reçoit plus ? C’est pour cela que nous entendons que la « réconciliation inévitable » est imminente. La Fraternité sera acceptée comme partie de la Néo-église, et inversement elle devra accepter la Néo-église. Elle ne sera plus qu’une des nombreuses chapelles latérales dans le Panthéon du Nouvel Ordre Mondial. Et quant à la « réconciliation », de quel côté des deux s’est-on rendu à l’autre ? L’Église Conciliaire est-elle devenue catholique ? Absolument pas !
Kyrie eleison.

[DICI] Le 25 mars 1991 s’éteignait Mgr Marcel Lefebvre…

SOURCE - DICI - 25 mars 2017

Mgr Marcel Lefebvre est né le 29 novembre 1905 à Tourcoing (Nord) et mort à Martigny (Valais) le 25 mars 1991. Archevêque catholique de Dakar et délégué apostolique pour l’Afrique française, il devient en 1962 évêque de Tulle puis Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit. Grande figure de l’opposition au concile de Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X dont la finalité est de préserver le sacerdoce catholique. Il décède le 25 mars 1991.

[fsspx.news/fr] Mgr Pozzo : « Le magistère n’est pas au-dessus de la Tradition »

SOURCE - fsspx.news/fr - 21 mars 2017

Le journal allemand Die Tagespost a ouvert ses colonnes à Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, le 17 mars dernier. L’archevêque y aborde la question des rapports de la Fraternité avec Rome et son espoir d’arriver prochainement à un règlement de la situation.
Le prélat en charge des relations avec la Fraternité Saint-Pie X en a profité pour dissiper la fausse rumeur selon laquelle il aurait servi de médiateur dans l’achat d’une maison pour la Fraternité à Rome « Je n’ai joué aucun rôle dans cette prétendue affaire, même s’il va sans dire que l’attribution à la Fraternité d’une église en plein Rome suppose sa reconnaissance préalable », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne les bruits de reconnaissance canonique diffusés par les médias, l’archevêque pense que les choses avancent et vont bientôt arriver à leur terme, assurant que « l’identité spirituelle, théologique, liturgique, disciplinaire et pastorale de la FSSPX serait garantie par une loi particulière ». Quand ? « Il n’y a aucune date-limite pour l’aboutissement de ce projet », assure le prélat qui confie cette intention à Notre-Dame de Fatima.

Mgr Pozzo donne d’autres informations : une déclaration doctrinale sera soumise à l’approbation de la Fraternité, garantissant le principe d’un magistère qui n’est pas au-dessus de la Tradition mais qui doit la servir sans ajouter rien de nouveau au dépôt de la foi ; et permettant de « rejeter comme erronée une interprétation, une compréhension ou une pratique issue de Vatican II en rupture avec ce qui a été précédemment enseigné ». De plus, des discussions doctrinales seront toujours d’actualité après une éventuelle reconnaissance, dans le but de clarifier les ambiguïtés du Concile.

Pour sa part, le Supérieur général de la Fraternité reste serein et prudent, comme il l’a déclaré sur les ondes de Radio Courtoisie, le 26 janvier dernier : « Est-ce qu’une Eglise qui depuis 40 ans a imposé une ligne, qui est cette ligne moderne, une ligne contre laquelle on se bat, à cause de laquelle nous avons été déclarés schismatiques, hors de l’Eglise et tout ce qu’on veut… Est-ce que cette Eglise est oui ou non disposée à nous laisser continuer notre chemin ? (…) C’est toute la question. Et tant qu’elle n’est pas suffisamment réglée, nous ne pouvons pas avancer. » (Sources : FSSPX.Actualités / Die Tagespost)

24 mars 2017

[Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste] Conservateur = corrupteur

SOURCE - Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

«C'est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…» Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d'un certain courage, puisqu'il leur faut sans cesse s'opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s'arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester.
      
«…Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd'hui!» Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes. C'est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l'autorité de Dieu et ceux qui la refusent. 
     
Ceux qui acceptent l'autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre: la «Tradition». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu. Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu'ils refusent de recevoir une quelconque loi.
     
Ceux qui refusent l'autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires : ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
     
Les conservateurs ne sont pas de la Tradition : ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain. Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L'apparence est appétissante, mais cache des principes morbides. L'homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution. 
     
Objectivement le conservateur est, –bien souvent à son corps défendant–, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la Révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
     
Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences. Combien sont trompés ? «C'est la même messe…» Oui, mais ce n'est pas la même doctrine! Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du Révolutionnaire, la logique et l'honneur en moins. 
     
Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n'abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu'il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan. Si l'homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l'adhésion à la vérité de Dieu, l'ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la Révolution : c'est un conservateur de plus. 
     
Le conservateur a voulu sauver deux choses: les apparences et son honneur. Malheureusement l'honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu'il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honni la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force! La Tradition est comme une plante : à l'ombre, elle crève, doucement, insensiblement. La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n'est plus Tradition. La peau est restée, l'outre s'est vidée.
      
Le conservateur peut s'écrier: «Tout est sauf, fors l'honneur et la vérité!»

[Paix Liturgique] En Allemagne, Summorum Pontificum comme "source d'avenir"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 587 - 24 mars 2017

Du 29 mars au 1er avril, se tiendront à Herzogenrath, petit bourg situé au nord d'Aix-la-Chapelle, les 18èmes rencontres liturgiques de Cologne.

Paix liturgique y sera représentée et a demandé à l'abbé Guido Rodheudt, le coordinateur de ces journées, de nous les présenter. C'est un événement particulièrement important cette année car il est le premier à se pencher sur le bilan des 10 ans du motu proprio de Benoît XVI. Une communication adressée par le cardinal Sarah sera lue durant ces rencontres dont le principal conférencier sera Mgr Sample, archevêque de Portland, authentique pasteur d'âmes ouvert à l'une comme l'autre forme du rite romain (voir notamment nos lettres 404 et 570).

I – NOTRE ENTRETIEN AVEC L'ABBÉ RODHEUDT
1) Bonjour M. l'abbé, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Abbé Rodheudt : Je suis né en 1964 à Aix-la-Chapelle. Je n'appartiens pas à la génération élevée dans la liturgie traditionnelle. J'ai étudié la philosophie et la théologie à Bonn et à Augsbourg avant d'être ordonné prêtre pour le diocèse d'Aix-la-Chapelle en 1989. Je me suis ensuite consacré à mon ministère en paroisse ainsi qu'à la rédaction et à la présentation de ma thèse de philosophie à l'université de Ratisbonne. Depuis 2000, je suis curé d'Herzogenrath. En 2001, en compagnie d'autres confrères, j'ai participé à la création d'un réseau de prêtres et de diacres désireux de se serrer les coudes face aux obstacles rencontrés au sein de l'institution ecclésiastique à cause de leur orthodoxie doctrinale et liturgique. Ce réseau rassemble près de 500 prêtres qui sont convaincus que l'évangélisation doit être conduite selon le Magistère et accompagnée par l'administration consciencieuse des sacrements. Depuis 2009, je suis l'aumônier et le co-organisateur des rencontres internationales de liturgie de Cologne. J'écris aussi régulièrement sur les questions liturgiques et culturelles pour différentes revues catholiques dont Vatican Magazin et Una Voce Korrespondenz.
2) Que représentent les rencontres liturgiques de Cologne ?
Abbé Rodheudt : Depuis bientôt 20 ans, nos journées s'efforcent d'illustrer et de préserver la solennité de la liturgie romaine et de valoriser son effet positif sur la vie de l'Église en général. Nées comme une initiative de prêtres et de laïcs de l'archevêché de Cologne, elles ont reçu le soutien d'une initiative similaire promue par un groupe de Hambourg et celui d'Una Voce Allemagne. Depuis 2009, ma paroisse, Sainte-Gertrude, accueille ces rencontres que je co-organise. Ce cadre paroissial stable leur a donné une certaine impulsion. Il ne s'agit pas d'une conférence pour initiés organisée dans un lieu isolé mais d'une activité parfaitement insérée dans la vie ordinaire d'une paroisse. Nous avons en moyenne 200 participants durant les 4 jours que dure cette conférence, dont une soixantaine de prêtres séduits par cette opportunité qui leur est offerte de nouer de nouveaux contacts et d'échanger sur de nombreux sujets. Comme il s'agit d'une conférence sur un thème donné et non d'une conférence thématique pour spécialistes, la variété des participants est grande. Il y a toujours un bel équilibre entre prêtres et laïcs, hommes et femmes, jeunes et anciens, théologiens et profanes. Au fil des ans, ces journées ont permis l'instauration d'un climat bénéfique à nos travaux ; un climat ouvert et favorable à la discussion, auquel a également contribué – grâce au motu proprio Summorum Pontificum – l'assurance de bénéficier de la célébration de la messe traditionnelle. C'était d'ailleurs le pari initial : sortir le trésor de la tradition liturgique du placard où il avait été remisé et lui faire une nouvelle place dans la vie quotidienne de l'Église. Il convient de saluer à ce propos le rôle joué par les évêques qui sont venus célébrer l'usus antiquiorparmi nous. Cette bonne ambiance incite souvent les participants à prendre date, dès la fin d'une édition, pour la suivante. Malheureusement, il y a encore des évêques et des diocèses qui ne font pas l'effort de s'intéresser à nos travaux et à l'esprit dans lequel ils se déroulent, de sorte que nous devons encore faire face à une certaine suspicion comme au préjugé de n'être mus que par la nostalgie.
3) Quel est le thème de cette année ? Qui sont les principaux invités ?
Abbé Rodheudt : Cette année, le titre de nos rencontres est « 10 ans de motu proprio Summorum Pontificum : une source d'avenir ». L'un des fondements de notre initiative est de voir le motu proprio non pas comme un simple geste de générosité envers les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle mais comme une invitation à nous concentrer de nouveau sur ce qui constitue l'essence de la liturgie afin de le rendre fécond en vue du renouveau de la vie liturgique de l'Église. Notre principal invité cette année est Mgr Sample, archevêque de Portland, qui manifeste dans son diocèse une grande ouverture envers la messe traditionnelle. Un autre évêque américain sera parmi nous, Mgr Steven Lopes, qui vient du Texas et est à la tête de l'Ordinariat anglo-catholique de la Chaire-de-Saint-Pierre qui rassemble les anglicans d'Amérique du Nord revenus à la pleine communion avec Rome. Mgr Lopes interviendra au cours de la conférence et célébrera une messe pontificale selon le Missel de l'Ordinariat à Sainte-Gertrude le 30 mars.
   
Le RP Cassian Folsom OSB, ancien prieur des Bénédictins de Nursie, célébrera la messe d'ouverture et témoignera de l'expérience des conséquences des tremblements de terre qui ont détruit le monastère et la basilique Saint-Benoît. Nous aurons aussi parmi nous un prélat romain, Monseigneur Markus Graulich, ainsi que les Professeurs Peter Kwasniewski, lui aussi en provenance des États-Unis, et Helmut Hoping, enseignant de liturgie et de dogmatique à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il y aura aussi des communications en matière de musique et d'art sacrés mais aussi au sujet des Églises d'Orient. Le cardinal Sarah ayant dû annuler sa venue, pourtant confirmée par écrit précédemment, nous aurons une table ronde autour de Mgr Sample, des Professeurs Graulich et Kwasniewski, (USA) et de moi-même, au sujet de la "réforme de la réforme" de la liturgie romaine permise par le pape Benoît XVI. Nos journées se termineront le 1er avril à 10 heures avec une messe pontificale selon la forme extraordinaire du rite romain célébrée par Mgr Sample. En raison de travaux à Sainte-Gertrude, la cérémonie se tiendra dans le secteur hollandais de notre ville, à l'ancienne abbaye de Rolduc. Il y aura enfin un moment convivial pour conclure autour de l'écrivain Martin Mosebach qui rendra hommage pour l'occasion à Benoît XVI.
4) À propos du cardinal Sarah : son clair et courageux appel à célébrer ad Orientem est resté lettre morte. Est-ce selon vous le signe que la réforme de la réforme est enterrée ou bien au contraire une opportunité pour relancer la forme extraordinaire comme source de renouveau de la forme ordinaire ?
Abbé Rodheudt : Les raisons du peu d'empressement manifesté par le pape François pour répondre favorablement à la demande d'orienter versus Deum les prières communes de l'Église, en Orient comme en Occident, m'échappent. Par sa déclaration, le cardinal Sarah nous a simplement rappelé que si le concile Vatican II a permis la célébration versus populum, celle-ci n'est pas imposée et encore moins exclusive. Quant à l'expression de « réforme de la réforme », je ne sais pas si le Pape entend ou non l'abolir. Il ne s'agit en réalité que d'une formule introduite par son prédécesseur qui donne son sens à un moment de l'histoire de la théologie et de la liturgie. Il me semble légitime d'affirmer que le motu proprio Summorum Pontificum a permis la naissance d'un esprit qui tend au renouveau de la liturgie romaine et qui s'appuie sur les grands principes fondateurs de la tradition latine pour permettre une "réforme de la réforme". Par conséquent, il ne me semble pas possible (et certainement pas souhaitable) d'interdire telle ou telle idée ou telle ou telle formule en raison des intentions présumées de Benoît XVI.
Nous sommes heureux et reconnaissants que le cardinal Sarah nous ait adressé, nonobstant l'annulation de sa venue, une communication argumentée portant sur les 10 ans du motu proprio. Ce texte, qui sera lu aux participants, permettra d'une certaine manière au Préfet du Culte divin d'être présent parmi nous en nous faisant partager ses orientations. Surtout, et enfin, sa lectrure nous aidera à nous sentir soutenus dans notre conviction que la vie de l'Église ne peut être détachée de la sainteté de sa grande et ininterrompue tradition liturgique.
5) Vu d'Allemagne, quel bilan tirez-vous de ces dix ans de Summorum Pontificum ?
Abbé Rodheudt : Tout d'abord, Summorum Pontificum a représenté une grande libération. Il était profondément erroné de traiter la colonne vertébrale de la culture européenne comme une antiquité poussiéreuse. Parmi les prêtres et les laïcs, la libération de la praxis liturgique a donné lieu à une nouvelle conscience de ce que la liturgie et la sacralité représentent vraiment. Les jeunes prêtres et les séminaristes, en particulier, sont très désireux de connaître « l'ancienne messe » bien que ce soit parfois risqué pour eux quand leurs évêques se refusent à un dialogue auquel ils prétendent par ailleurs être particulièrement ouverts. Attention, cela ne signifie pas que ces jeunes ecclésiastiques ne considèrent que la liturgie traditionnelle mais que sa découverte les conduit à envisager la liturgie réformée avec plus de dignité et de responsabilité, surtout quand il s'agit de faire face aux options innombrables du nouveau Missel. Il est significatif, à cet égard, que les convertis comme les catholiques non pratiquants ou en recherche, choisissent souvent la liturgie traditionnelle, quand il leur est permis de la rencontrer, comme demeure. Ils ressentent intuitivement qu'elle repose sur quelque chose qui est à l'abri de l'influence de l'esprit des temps (« Zeitgeist » en langue originale) et de ses multiples déclinaisons. De ses origines, depuis saint Grégoire le Grand, et jusqu'à aujourd'hui, la tradition liturgique a toujours été imprégnée d'un esprit missionnaire. Et cela continuera. Toutes les tentatives d'étouffer cet esprit, au nom d'une idéologie ou d'une autre, failliront lamentablement, comme le béton ne parvient jamais à empêcher totalement l'herbe de trouver en fin de compte son chemin...

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Cette conférence, la première de l’année à se pencher sur les 10 ans du motu proprio de Benoît XVI, nous rappelle que l’Allemagne est « l'autre pays de la liturgie traditionnelle ». Tout d’abord, les deux principaux instituts traditionnels, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, y ont un séminaire (Zaitzkofen pour la FSSPX et Wigratzbad pour la FSSP). Ensuite, de Romano Guardini (Italien de naissance mais ayant grandi et passé toute sa vie en Allemagne) à Klaus Gamber et Joseph Ratzinger, l’Église y a trouvé quelques-uns de ses plus grands liturgistes du XXème siècle. L’école liturgique allemande classique, profondément orientée vers le Seigneur, est toujours féconde, il suffit de penser aux travaux de Michael-Uwe Lang, prêtre allemand membre de l’Oratoire de Londres, ou, dans un registre plus profane, de Martin Mosebach par exemple. Enfin, c’est enfin un fidèle d’origine allemande, le docteur de Saventhem, qui a présidé à la fondation de la Fédération internationale Una Voce et qui, le premier, eut l’idée de recourir à l’outil des enquêtes d’opinion pour montrer que l’attachement des fidèles à la liturgie latine et grégorienne n’était pas limité à un petit cercle de nostalgiques.

2) Il est vrai que l’Allemagne avait été auparavant un des pays du Mouvement liturgique le plus en pointe, avec Dom Odon Casel, de l’abbaye bénédictine de Maria Laach, ou Monseigneur Johannes Wagner, animateur du Deutsches Liturgisches Institut (DLI), fondé sur le modèle du Centre de pastorale liturgique (CPL) français, etc. En Allemagne comme en France, le Mouvement liturgique a favorisé un solide attachement intellectuel à la liturgie romaine et, paradoxalement, préparé le terrain à l’émergence d’une résistance très forte aux bouleversements de la fin des années 60. En fait, le Mouvement liturgique a engendré à la fois la réforme conciliaire et l’opposition à cette réforme. C’est ce que Benoît XVI remarquait dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007 : « Il s’est vite avéré que beaucoup de personnes restaient fortement attachées à cet usage du rite romain, qui leur était devenu familier depuis l’enfance. Ceci s’est produit avant tout dans les pays où le Mouvement liturgique avait donné à de nombreuses de personnes une remarquable formation liturgique, ainsi qu’une familiarité profonde et intime avec la forme antérieure de la célébration liturgique. »

3) « En Allemagne, 44% des catholiques pratiquants assisteraient régulièrement à la messe traditionnellesi le motu proprio était appliqué ! » titrions-nous le 20 avril 2010 en présentant les résultats du sondage conduit en février 2010 pour notre compte par Harris Interactive auprès de 2611 personnes majeures résidant en Allemagne. Dans le détail, il apparaissait que 25% des pratiquants d’outre-Rhin assisteraient tous les dimanches à la forme extraordinaire du rite romain si elle était célébrée dans leur paroisse ; et que 19% le feraient, eux, une fois par mois (par comparaison, les résultats de la même enquête organisée le mois précédent à Paris indiquaient que "seulement" 33% des pratiquants locaux – 20% tous les dimanches et 13% une fois par mois - se rendraient au moins une fois par mois à une telle célébration).

4) Le Réseau des prêtres catholiques («Netzwerk katholischer Priester») dont nous parle l’abbé Rodheudt semble, à bien des égards, comparable à l’Opus sacerdotale française, dans la mesure où il rassemble des prêtres diocésains désireux de demeurer fidèles à la plénitude doctrinale et spirituelle du sacerdoce catholique. À la différence près, et importante, que sa naissance n’est pas contemporaine des bouleversements conciliaires mais bien plus récente puisqu’elle ne survient qu’en 1993, année des secondes rencontres inter-religieuses d’Assise mais aussi de l’encyclique Veritatis Splendor. Nous tenterons de profiter de notre présence à Herzogenrath pour mieux comprendre la genèse de cette initiative tout en sachant que, plus encore qu’en France, une grande partie de la hiérarchie ecclésiastique allemande était, et demeure, fortement hostile à toute forme de tradition liturgique comme doctrinale.

22 mars 2017

[DIC] Fraternité Saint-Pie X : Le Brésil devient Maison autonome

SOURCE - DICI - 17 marrs 2017

Vu le développement de l’apostolat de la Fraternité Saint-Pie X en Amérique du Sud, et en raison des spécificités linguistiques et culturelles du plus grand pays catholique du monde, le Brésil est érigé en Maison autonome, à partir du dimanche 19 mars 2017.

Cette décision, prise l’an dernier par Mgr Bernard Fellay, Supérieur général, avec ses Assistants, les abbés Niklaus Pfluger et Alain-Marc Nély, entrera en vigueur ce 3e dimanche de carême, veille de la fête de saint Joseph, patron de l’Eglise. Une messe solennelle sera célébrée pour l’occasion par l’Econome général, l’abbé Pablo Suárez.

Conformément à ses statuts, l’apostolat de la Fraternité est organisé en plusieurs districts ou maisons autonomes, qui sont des districts en formation. Le Brésil compte actuellement trois prieurés ; il acquiert désormais l’autonomie et sera dirigé par l’abbé Juan-Maria de Montagut, actuel prieur à Sao Paulo, où résident quatre prêtres.

Le premier prieuré de la Fraternité au Brésil a été ouvert en 2001 à Santa Maria, dans la province de Rio Grande do Sul. Le prieuré Priorato Imaculado Coração de Maria accueille trois prêtres en charge du ministère dans la région.

La Fraternité développe aussi son apostolat dans l’état de Rio de Janeiro, à Arraial Novo près de Bomjesus do Itabapoana, où le Priorato São Sebastião a été ouvert en 2014. Dans la banlieue de Rio également, Dom Lourenço Fleichman, moine bénédictin, dirige un centre important à Niterói.

Depuis plusieurs années, de nombreux jeunes gens entrent au séminaire argentin de La Reja, désireux de devenir d’authentiques prêtres catholiques. Après le concile Vatican II, en étroite collaboration avec Mgr MarcelLefebvre, Mgr Antonio de Castro Mayer avait maintenu dans son diocèse la Tradition de l’Eglise.

(Source : FSSPX/MG – DICI n°351 du 17/03/17)

[Monde&Vie - Jacques-Régis du Cray] Saint-Nicolas: Paris vaut bien une messe!

SOURCE - Monde&Vie - entretien avec Jacques-Régis du Cray - 17 mars 2017

Jacques-Régis du Cray est historien du mouvement traditionaliste, réalisateur d’un film remarqué sur la vie de Mgr Marcel Lefebvre. Il a bien voulu répondre à nos questions alors que l’on fête le 40e anniversaire de la «prise» de Saint-Nicolas du Chardonnet.
Qu’est-ce qu’évoque pour vous la « prise » de Saint-Nicolas du Chardonnet ?
En 1977, je n’étais pas encore né. Par conséquent, même si j’ai grandi à l’ombre du clocher de Saint-Nicolas du Chardonnet, je n’ai connu ce qu’il est convenu d’appeler la « prise » que par les récits de ceux qui l’ont vécue. D’après ces témoignages et, au-delà du caractère mouvementé de ce qui peut sembler constituer une occupation, je parlerais davantage de restauration car, avant le 27 février 1977, l’église avait perdu son statut de paroisse et demeurait fermée une bonne partie de la semaine. Depuis ce jour-là, sa nef et ses confessionnaux ne désemplissent plus. Pour ses affectataires de fortune, cet évènement a sans aucun doute marqué le début d’une espérance cruciale et la fin d’une errance à travers la capitale. La messe traditionnelle était littéralement interdite et les séminaristes qui souhaitaient être ordonnés pour la célé- brer systématiquement condamnés. Ce jour d’hiver 1977, les défenseurs du culte traditionnel ont à nouveau espéré.
Quels sont les grands moments de l’histoire de Saint-Nicolas ?
Même si Saint-Nicolas est bien connu pour ces quatre dernières décennies, cette église paroissiale reconstruite au xVIIe en plein quartier latin avait une histoire ancienne et elle a certainement connu deux grands moments qui la distinguent des autres sanctuaires de la capitale. Au début du Grand Siècle, un séminaire fut édifié à ses côtés et de là, Adrien Bourdoise s’est avéré être un véritable héraut de la Contre-Réforme, multipliant les missions, exerçant un rayonnement par la prédication, formant un clergé instruit et cultivé. La loi de Séparation a mis fin à cette époque faste. Et c’est une autre figure cléricale, le chanoine Gabriel Lenert, qui a redonné une impulsion à l’église en la centrant sur sa vocation sacerdotale. Il obtint de saint Pie x d’y faire résider une confrérie dédiée à Marie, reine du clergé, pour remplacer le séminaire spolié. En 1912, le pape alla plus loin et fit de l’église le siège d’une archiconfrérie. C’est pourquoi Saint-Nicolas du Chardonnet est devenue la mère de toutes les confréries de Marie Reine du clergé à travers le monde. Le fait que la Fraternité Saint-Pie x s’y installe alors que son premier but est la sanctification sacerdotale est un évident clin d’œil de la Providence.
Que s’est-il passé ce 27 février 1977 ? 
Entre le moment où les réformes liturgiques ont été appliquées puis exigées et celui au cours duquel Saint-Nicolas a été occupée, des dizaines de lieux plus ou moins insalubres ont été expérimentés par Mons. Ducaud-Bourget et ses amis désireux de maintenir la messe traditionnelle à Paris. À l’hiver 1976-1977, avec son neveu, avec l’abbé Coache, l’abbé Serralda et Madame Buisson, il décida de célé- brer la messe dans une véritable église pour marquer les esprits à l’occasion des électionsmunicipales. Une fois l’assemblée envoyée, il pensait se retirer dans la sacristie préparée à la Mutualité. Or, ce qui devait être provisoire au cours d’une messe est devenu pérenne pendant quarante ans du fait des assistants si suppliants ! Sans doute, derrière la frêle figure du prêtre diocésain souffreteux se cachait une âme ardente qui avait connu la Grande Guerre, mêlant à la physionomie de Léon XIII celle du curé d’Ars. Mais il faut voir en Mgr Ducaud-Bourget un diplomate plutôt qu’un jusqu’au-boutiste, sachant allier l’humour à la plume plutôt que le sabre et l’amertume. D’ailleurs, il ne tenait pas à se laisser déborder par l’excès. Il renvoya des prêtres sédévacantistes de sa sacristie et il interdit qu’on ôtât le drapeau du Saint-Siège dans le chœur de l’église qu’il avait délivrée.
Monseigneur Ducaud-Bourget a une œuvre importante de poète mystique… 
Tout au long de sa vie, Mgr Ducaud-Bourget a beaucoup rédigé. Il a produit des écrits historiques, dramaturgiques, et même de critique littéraire. À ce titre, il n’avait pas ménagé Paul Claudel et François Mauriac. Néanmoins, ce sont ses poèmes, primés par l’Académie française, qui ont occupé bon nombre de ses soirées. Dom Gaspar Lefebvre, l’auteur du célèbre missel, avait préfacé en 1933, l’un de ses premiers recueils, l’Oblation, véritable hymne magnifiant la liturgie et révélant l’union intime du prêtre au sacrifice divin. Selon le grand bénédictin, ces poèmes méritaient d’être donnés à lire dans les séminaires. L’ensemble de son œuvre suit l’évolution de Paris au xxe siècle, celle de l’Église en transformation, les inquiétudes du prêtre et ses multiples pérégrinations. Sans doute était-ce une manière d’utiliser un art pour glorifier Dieu. En même temps, ce style lyrique, à la fois léger et fin, agrémentait l’opiniâtreté d’une âme aussi sensible que vaillante.
Pouvez-vous évoquer aussi l’abbé Vincent Serralda ? 
Avec sa barbe blanche et son nom hispanisant, l’abbé Serralda avait une allure de missionnaire et une dénomination de conquistador. Il avait à la fois l’âme de l’un et de l’autre. Fils d’un maçon et d’une ménagère établis près d’Alger, il n’a reculé devant aucun feu et vécut tour à tour la Seconde guerre comme aumônier militaire et la Guerre d’Algérie où il manqua d’être abattu plus d’une fois. Sa soutane, qu’il n’a jamais abandonnée et pour laquelle il fut persécuté, masquait les nombreuses médailles et citations à l’ordre de l’armée de ce pasteur studieux, humble et déterminé dont la modeste taille fut sans doute l’un des rares points qui le différenciait du père Brottier. Comme il avait été vicaire de SaintNicolas du Chardonnet entre 1964 et 1968, il facilita l’entreprise de sa restauration par la connaissance qu’il avait des lieux, avant de reprendre le chemin de ses chapelles de fortune, Sainte-Germaine et la salle Wagram. Dans les années 1990, sa silhouette sillonnait toujours l’avenue des Ternes et ne manquait pas d’arrêter le passant à la vue de ce petit géant. Son passé ne faisait pas pour autant de lui une tête brûlée en peine de conflits. Ses jeûnes hydriques pendant des jours et des jours en faisaient plutôt un ascète tandis que ses derniers mots appelant à « rester toujours attachés à Rome » constituaient un appel à ne pas perdre de vue l’horizon de tout catholique.
Y aurait-il eu « Saint-Nicolas du Chardonnet » sans un engagement des laïcs? 
Le jour de la « prise » de l’église, le clergé pensait simplement célébrer une messe. Il faut bien attribuer au petit troupeau exilé, errant de salles en salles, l’idée de se maintenir d’abord, une journée, puis une semaine puis une année. Au départ, une garde étoffée fut organisée pour éviter son expulsion. Elle fut ravivée en 2003, à la suite d’une occupation par des sans-papiers. Aujourd’hui encore, le fonctionnement matériel de cette paroisse fait participer chaque année des centaines de bonnes volontés pour la nettoyer, faire fructifier ses œuvres en tous genres, organiser ses processions, ses kermesses, coopérer à l’action du clergé. Dans les premiers temps, le rôle des hommes de lettres et des académiciens a été primordial pour asseoir intellectuellement la cause de Saint-Nicolas. Michel Droit, Jean Dutourd, Michel de Saint-Pierre, Jacques Dufilho, Jacques Perret, Jean Raspail, et bien d’autres ont permis de faire, de ce qui était présenté comme une occupation, une concession à des âmes délaissées et transformer un sanctuaire abandonné en un véritable temple réunissant toutes les traditions, des plus saintes aux plus populaires, désormais délaissées. Sans cet appui salutaire d’hommes de renom, les autorités ecclésiastiques, moins intimidées, auraient sans doute fait évacuer les lieux où auraient alors été tissées les toiles d’araignées, à défaut de recouvrer chasubles ou conopées.
Pouvez-vous évoquer en quelques mots les curés qui se sont succédé à Saint-Nicolas du Chardonnet depuis que monseigneur Ducaud-Bourget a remis cette église entre les mains de la Fraternité Saint-Pie X? 
À sa mort en 1984, Mgr Ducaud-Bourget a effectivement fait appel à l’œuvre de Mgr Lefebvre pour le remplacer. Il avait déjà reçu le concours apprécié des abbés Michel Simoulin et Philippe Laguérie. Ce dernier devint le prieur des lieux pendant treize années où les cloches sonnaient à toutes volées. Mgr Ducaud-Bourget refusait le titre de curé car il considérait que, n’ayant pas reçu juridiction pour cette tâche, il orchestrait plutôt un sauvetage des âmes déconsidérées. L’abbé Lagué- rie (1984-1997) était un orateur né qui savait ragaillardir les ardeurs. À sa suite, l’abbé Christian Bouchacourt (1997-2003) avait le don de toucher les cœurs et de faire renaître l’espérance dans les familles. L’abbé Xavier Beauvais (2003-2014) avait indéniablement un talent d’organisateur et ses prêches, d’une grande tenue, ont su résonner pour quantité de militants parfois déboussolés. Dernièrement, l’abbé Patrick de La Rocque (depuis 2014) a désiré réveiller la jeunesse, en l’invitant à épouser de nobles causes qui lui évitent le repli, en l’invitant à la charité pour les Chrétientés d’Orient persécutées. Tous ces prêtres, avec la collaboration de dizaines de confrères, ont fait de ce qui était au départ une bouffée d’oxygène un véritable poumon traditionnel au cœur de la capitale. Les hommes passent et l’œuvre se perpétue, rythmée par la vie des sacrements tandis que la grâce du Christ y est redistribuée quotidiennement.
Comment voyez-vous l’avenir de cette église, après 40 ans de témoignage traditionnel? 
L’avenir de cette église au cœur de la France est déjà tracé, c’est celui que lui avait donné Adrien Bourdoise : le cœur d’une mission vouée à rayonner. C’est le même objectif que Mgr Lefebvre espérait pour ses prêtres qui desservent l’église aujourd’hui : devenir des propagateurs d’un véritable zèle sanctificateur. Saint-Nicolas a fait des émules, directes ou indirectes – Notre-Dame-deConsolation est sa plus jeune sœur – et la messe grégorienne retrouve doucement mais sûrement sa place sur les autels. Sans doute, le danger serait-il de devenir une citadelle assiégée. Le but est d’en faire une véritable matrice, porteuse des exemples aguerris du passé. En formant et en sanctifiant les âmes, Saint-Nicolas du Chardonnet doit pouvoir pré- senter une nouvelle génération de fidèles apô- tres rayonnant avec habileté et charité.
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Propos recueillis par Claire Thomas

21 mars 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Vivre en Catholique?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 18 mars 2017

Le diable, apparemment, vainc et a tout en main?
Détrompez-vous! Devant le Bon Dieu, c’est un nain!
Un autre jeune homme m’écrit pour me demander comment vivre en Catholique dans le monde qui nous entoure. Mais pour quel Catholique cela ne fait-il pas problème aujourd’hui ? Ses questions sur le monde et l’Église suivent en italique. Après, l’auteur de ce « Commentaire » lui offre quelques conseils :—
Il me devient de plus en plus difficile de mener une vie en accord avec ma Foi catholique. Quant au monde, dès que je gagnerai ma propre vie, devrai-je penser à me déplacer dans un autre pays, par exemple la France, pour chercher là le moyen de fonder une famille chrétienne avec une épouse, des prêtres qui tiennent à la Tradition, etc. ? Quant à la Messe, celle de St Pie V la plus proche de ma ville est à B., où se trouve une chapelle de la Néo-fraternité et une autre chapelle qui dépend de la Néo-église. Qu’est-ce que vous me recommanderiez de faire, Excellence ? Je ne connais pas de prêtres de la Résistance dans mon pays, ni même beaucoup de vrais Catholiques, comme il me semble.
Quant au monde, je ne vous recommanderais pas de vous déplacer dans un autre pays. Il est tout à fait probable que vous y rencontreriez les mêmes problèmes, et vous auriez coupé vos racines naturelles dans votre propre pays. Vous pouvez bien penser que les racines dans une ville moderne ne valent pas grand-chose, mais elles valent mieux que rien. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », dit le proverbe, et vous risqueriez de changer non pas de mal en mieux mais de mal en pire. La Providence vous a mis dans la ville où vous avez à présent votre famille et vos amis. Les solutions aujourd’hui sont d’ordre plutôt intérieur qu’extérieur, surtout lorsqu’une Guerre mondiale menace – aux USA le Système tout entier est contre Trump, et le Système veut la guerre!
  
De même pour l’assistance à la Messe. Cette « autre chapelle » que vous évoquez fut une fois meilleure qu’elle ne l’est maintenant. L’apostasie est aujourd’hui partout. A votre place je me méfierais des solutions géographiques. Vous pourriez vous attacher un jour au meilleur des prêtres comme il vous semblait, et peu de temps après il perd lui aussi les pédales. Un tel cas n’est que trop courant dans l’état actuel de l’Église. Cherchez une solution plutôt intérieure qu’extérieure.
  
Quant aux solutions intérieures, puisque vous lisez ce « Commentaire » vous savez avec quelle fréquence je répète la recommandation de prier tous les jours tous les 15 Mystères du Saint Rosaire. Les bons livres et la bonne musique peuvent aider beaucoup aussi à nourrir et à protéger l’esprit et le cœur. Lisez ce qui vraiment vous intéresse parce que vous profiterez bien moins de ces livres-là que de ceux que vous ne lisez que par devoir. Le Bon Dieu a vu depuis l’éternité dans quelle misère le monde moderne se plongerait. Il a vu aussi qu’il y aurait encore aujourd’hui des âmes qui veulent aller au Ciel. Est-ce imaginable que même dans les grandes villes infernales que nous connaissons, Il n’aurait laissé pour de telles âmes aucun recours, pour peu qu’elles tiennent à ne pas quitter le chemin du Ciel?
  
Pourtant Il a prévu que tous les moyens extérieurs tomberaient sous le contrôle de Ses ennemis : le téléphone, les courriels, les drones, les universités, la politique, le droit, la médecine, etc., etc. Voilà pourquoi je pense que ce qu’Il vise en permettant à Ses ennemis un tel pouvoir, c’est de nous acculer à revenir vers Lui et vers une vraie pratique intérieure de Sa sainte religion, malgré le pire que les Papes et les prêtres Conciliaires puissent faire pour nous en empêcher. Donc, à mon avis, contentez-vous d’assister à la Messe de St Pie V la moins contaminée qui se trouve près de vous, confessez-vous régulièrement auprès d’un prêtre encore prêt à écouter les confessions et qui ne vous dise pas qu’un péché n’en est pas, et trouvez le moyen d’insérer dans le cours de votre journée tous les 15 Mystères du Rosaire. Et puis « possédez en patience votre âme », et en douceur suppliez Dieu de vous montrer le chemin du Ciel et d’intervenir ici-bas avant que tout ne soit perdu. Malgré toutes les apparences, c’est encore Lui le Maître.
  
Kyrie eleison.

[Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - La Porte Latine] Vers le mariage des prêtres?

SOURCE - Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - La Porte Latine – 17 mars 2017

Un nouveau débat en vue ?
1. Dans un entretien récemment accordé au journal allemand Die Zeit (1), le Pape François a déclaré que, pour remédier au manque de prêtres, il ne serait pas impossible d’ordonner au sacerdoce des hommes mariés dans l'Église catholique latine, à condition qu’il s’agisse de « viri probati », c’est à dire d’hommes d'âges mûrs et ayant fait leur preuve dans la vie chrétienne. Dans cette éventualité, il resterait à déterminer quelles seraient les fonctions précisément départies à cette catégorie de prêtres. Mais en tout état de cause, l’Eglise ne reviendrait pas sur la loi du célibat, et ne laisserait donc pas aux séminaristes la liberté de se marier.
     
2. Y aurait-il là, en perspective, une nouvelle brèche dans la morale de l’Eglise catholique ? Dans le journal Le Figaro, Jean-Marie Guénois sous-titre en effet : « L’Eglise pourrait évoluer sur le célibat sacerdotal ». Pour y voir clair, quelques précisions s’imposent.
Quelques distinctions.
3. Le célibat n’est pas la continence. Et celle-ci n’est pas non plus la chasteté absolue. Le célibat est la situation d’une personne qui n’est pas engagée dans les liens du mariage. Cette situation peut correspondre non seulement à un état de fait mais encore à un état de vie, librement choisi, où l’on renonce au mariage, en embrassant donc la chasteté absolue, c’est à dire l’abstinence totale et définitive de tout rapport sexuel. Ce choix est légitime s’il est accompli en vue d’un motif supérieur à celui du mariage, comme la consécration religieuse ou sacerdotale. Et c’est justement pourquoi cet état de vie du célibat consacré l’emporte en excellence sur l’état du mariage, ainsi que le rappelle Pie XII : « Cette doctrine qui établit l’excellence et la supériorité de la virginité et du célibat sur le mariage a été solennellement définie, comme un dogme de foi divine, au concile de Trente, et les Pères et les Docteurs de l’Eglise ont toujours été unanimes à l’enseigner. Nos prédécesseurs et Nous-même, chaque fois que l’occasion Nous en a été donnée, Nous n’avons cessé de l’exposer et de la recommander vivement » (2).
     
4. La continence est le fait de s’abstenir d’user du mariage. Cette abstinence est temporaire chez ceux qui ne sont pas encore mariés et envisagent de l’être et elle peut même l’être aussi chez ceux qui sont déjà mariés. Elle est définitive et absolue chez ceux qui n’envisagent pas le mariage, en particulier parce qu’ils choisissent l’état de vie du célibat consacré.
     
5. Enfin, dernière précision, il y a une différence entre la Tradition et les lois de l’Eglise. La loi du célibat ecclésiastique apparaît très tôt dans l’Eglise latine, probablement dès l’époque des apôtres : les études classiques du cardinal Stickler (Le Célibat des clercs, Téqui, 1998) et du père jésuite Christian Cochini (Origines apostoliques du célibat sacerdotal, Lethielleux, 1981) l’ont établi suffisamment. Le principe du célibat des prêtres est formulé dans les textes législatifs vers le début du IVe siècle (3), par le concile d’Elvire, mais cela ne signifie pas que l’usage n’en ait pas prévalu auparavant et de fait le Pape saint Sirice en 386 et le concile de Carthage de 390 se réfèrent à une tradition remontant jusqu’aux apôtres (4). A partir de là, l’Eglise est toujours restée fixée dans son enseignement. Cela signifie que le célibat sacerdotal ne fait pas seulement l’objet d’une loi et d’une discipline ecclésiastiques, qui seraient réformables selon la simple volonté d’un Pape. La pratique du célibat sacerdotal représente surtout une tradition apostolique irréversible, tradition qui atteste un dogme de foi divine, le dogme de la supériorité de l’état du célibat consacré sur l’état du mariage. Un peu comme la discipline du baptême des bébés n’est pas qu’une discipline, mais représente aussi une tradition qui atteste le dogme du péché originel.
     
6. La loi particulière de l’Eglise d’Orient est tardive, puisqu’elle remonte seulement à la fin du VIIe siècle, avec le canon 13 du concile in Trullo II (ou Quinisexte) de 691. Ce canon autorise les prêtres, diacres et sous-diacres, qui auraient été déjà mariés avant leur ordination, à conserver leurs épouses et à user du mariage, sauf pendant le temps où ils assurent le service de l’autel. Le canon 26 interdit à un célibataire de se marier une fois qu’il a été ordonné prêtre. Le canon 48 prévoit qu’un évêque déjà marié avant son sacre devra se séparer de son épouse et ne plus user du mariage. Comme l’a montré le cardinal Stickler (5), avant le VIIe siècle, l’Eglise d’Orient retenait en principe, comme l’Eglise latine, la loi du célibat sacerdotal, héritée des apôtres. La nouvelle législation survenue postérieurement représente donc une régression. Et elle ne va tout de même pas jusqu’à autoriser un prêtre à se marier ; elle accorde seulement la possibilité d’ordonner prêtre un homme précédemment marié, en ne l’obligeant qu’à une continence temporaire. Si, dans sa prudence, Rome autorisa les églises locales d’Orient à conserver leur usage propre, elle n’en encouragea pas moins celles de ces églises qui désiraient revenir à la pratique latine du célibat et de la continence complète (6).
     
7. L’esprit authentique de l’Eglise veut donc que les prêtres renoncent à l’état et à l’usage du mariage. La loi du célibat sacerdotal est en même temps une loi de chasteté absolue. Cette exigence s’explique en raison de la supériorité de l’état de vie du prêtre et du caractère sacré de ses fonctions. L’usage particulier des églises locales d’Orient représente une entorse historique, contraire à cet esprit de l’Eglise, que Rome a été obligée d’admettre mais à laquelle elle ne s’est jamais parfaitement résignée.
Des hommes éprouvés ?
8. A quoi peut bien rimer, alors, le projet de François ? A une pure et simple régression, contraire à l’esprit de l’Eglise. L’excellence du sacerdoce réclame un état de vie proportionné, à l’exemple du Christ et des apôtres. Par son célibat et sa chasteté absolue, le prêtre est un exemple et un signe. Exemple du renoncement et de la vertu parfaite à laquelle doivent tendre les fidèles. Signe de l’excellence de la vie de l’esprit, qui est la vie même de Dieu, sur la vie terrestre et simplement corporelle. Signe aussi de l’excellence de la contemplation des réalités éternelles, par rapport aux convoitises de la chair et à la vie mouvementée d’ici-bas. Cette excellence est telle que la pénurie de prêtres ne saurait fournir un prétexte pour la remettre en cause. L’Eglise a toujours préféré la qualité à la quantité. Et le meilleur moyen d’obtenir davantage de vocations n’est-il pas de recourir à la prière et à la pénitence, pour mériter d’abord des saints prêtres et ensuite beaucoup de saints prêtres ? Ce sont là des moyens proportionnés, puisqu’ils sont d’ordre surnaturel, comme la vocation qu’ils nous méritent.
     
9. Pire encore, le dessein du Pape ouvre la voie à une évolution qui ne s’arrêtera probablement pas à mi-chemin. Après avoir admis en principe et répandu dans la pratique l’ordination d’hommes mariés, il sera bien difficile de reculer devant le mariage des prêtres. Et il ne manquera pas de doctes pour expliquer au bon peuple de Dieu le caractère inéluctablement positif de l’évolution : après tout, que le mariage ait lieu avant ou après l’ordination, cela ne change pas grand’chose. L’essentiel est d’avoir admis la compatibilité des deux.
     
10. Ce genre de manœuvre, s’il s’avère opérant, aura eu son premier banc d’essai avec Amoris laetitia. Tout en réaffirmant le principe de l’indissolubilité du mariage, le Pape y autorise en effet une pratique contraire à ce principe, en admettant que les couples concubins ou divorcés remariés bénéficient dans l’Eglise du même traitement pastoral que les couples légitimement mariés. De même, tout en réaffirmant la loi du célibat, il sera possible, en pratique, d’agir au rebours de cette loi, c’est à dire d’ordonner prêtres les hommes mariés, puis même de marier les prêtres. Et ce, bien sûr, « dans certains cas », en raison du manque de prêtres. N’est-ce pas là ce que l’on devrait désigner, en propres termes, comme une « morale de situation » ?
     
Abbé Jean-Michel Gleize, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
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Notes
(1) « Interview » parue dans le journal Die Zeit le jeudi 9 mars 2017, dont la substance a été reprise par Le Figaro et La Croix.
(2) Pie XII, « Discours du 15 septembre 1952 aux Supérieures Générales des Congrégations de droit pontifical » dans Acta apostolicae sedis, p. 823, cité par Léon Cristiani, dans L’Ami du clergé, n° 49 du 3 décembre 1959, p. 739.
(3) Et non pas au XIe siècle, comme l’écrit Jean-Marie Guénois dans Le Figaro. Ce qui apparaît de nouveau au XIIe siècle, lors du concile de Latran de 1139, ce sont seulement les anathèmes portés contre les prêtres qui ne respecteraient pas leur célibat.
(4) Cf. la Lettre pascale de Son Excellence Mgr Luigi Carli, évêque de Segni, du 12 mars 1970, p. 19.
(5) Cf. le chapitre III « La pratique de l’Eglise d’Orient » dans le livre déjà cité. L’auteur prouve (p. 74 et sv) que cet usage particulier n’a pu s’autoriser d’aucune tradition ecclésiastique antérieure, sinon en falsifiant les textes.
(6) Le Cardinal Stickler remarque : « Jusqu’à maintenant, la reconnaissance de cette discipline différente a été l’objet, de la part des autorités romaines, d’une considération courtoise qui, cependant, ne peut guère être considérée comme une approbation officielle de la modification apportée à l’ancienne discipline de la continence » (p. 82).

[Paix Liturgique] En Ligurie, un lieu où souffle l'esprit, au rythme de la liturgie traditionnelle

Fête de saint Benoît 2015 chez
les Bénédictins de l'Immaculée.
SOURCE - Paix Liturgique - lettre 586 - 17 mars 2017

LA FONDATION DES BÉNÉDICTINS DE L’IMMACULÉE CONFIRMÉE

C’est une bonne nouvelle qui nous vient d’Italie : le successeur de Mgr Oliveri sur le siège épiscopal d’Albenga-Imperia, Mgr Borghetti, procédera le mardi 21 mars (fête de saint Benoît) à l’érection canonique des Bénédictins de l’Immaculée. Fondés en 2008 sur les hauteurs de la côte ligure, les Bénédictins de l’Immaculée sont une communauté bénédictine traditionnelle de stricte observance conduite par le Père Jehan de Belleville, issu de l’abbaye du Barroux.

Le partage de cette bonne nouvelle, telle que communiquée par le Père Jehan sur le site de la communauté, nourrit nos réflexions de la semaine.

I – L’ANNONCE FAITE PAR LE PÈRE JEHAN DE BELLEVILLE
(texte publié le 25 février 2017 sur le site des Bénédictins de l’Immaculée)

Nous avons la joie de vous annoncer la prochaine érection canonique de la communauté, à laquelle procédera notre nouvel évêque Mgr Guglielmo Borghetti le 21 mars prochain en la fête de saint Benoît.

Le 19 janvier 2015 nous en avions fait la demande auprès de Mgr Mario Oliveri dans les termes suivants qui résument la situation de la communauté depuis sa fondation :
« Excellence et cher Monseigneur, 
Par votre lettre du 6 février 2008, vous m’avez paternellement accueilli dans votre diocèse d’Albenga-Imperia pour y fonder le monastère sainte Catherine de Sienne où se vivraient les traditions monastiques transmises par nos fondateurs et les traditions liturgiques en conformité avec le motu proprio Summorum Pontificum du regretté pape Benoît XVI. 
Le 21 mars 2012 vous nous avez fait la grâce et la joie d’ériger le monastère en Association Publique cléricale de fidèles ad experimentum pour trois ans. 
Depuis donc sept années, malgré de nombreux essais de vocations qui n’ont pas toujours abouti, la communauté demeure actuellement stable avec 3 membres, nombre minimum requis par le droit pour former un ensemble de personnes (can. 115§ 2). 
Depuis sept années à Villatalla l’Office divin et la messe quotidienne chantée ne se sont jamais interrompus et la louange divine continue d’être célébrée fidèlement sept fois le jour et une fois la nuit, dans le chant grégorien, chant propre de l’Église Catholique, depuis les Matines à 3h.30 jusqu’aux Complies à 20h. 
L’ad experimentum de l’Association parvenant à son terme ce 21 mars 2015, frère Antoine, frère Marie et moi-même venons humblement requérir auprès de votre Excellence la grâce de voir notre communauté érigée en institut de vie consacrée de droit diocésain. Cette grâce donnera à notre communauté une reconnaissance ecclésiale plus forte et plus stable et protégera son charisme d’éventuelles contestations, particulièrement à craindre en cette période de troubles et d’incertitudes pour l’Église. Je pense aussi que cette reconnaissance attirera davantage de vocations ayant besoin d’être rassurées sur la fiabilité de notre communauté. 
Veuille, Votre Excellence, agréer l’expression de nos sentiments très respectueux et filiaux in Maria.»
L’approbation des Constitutions par le Saint-Siège est une condition de validité pour l’érection d’un institut diocésain. Signée le 25 mars 2015, elle est arrivée trop tard à Mgr Oliveri car ce même jour, à la demande du Pape François, il renonçait à la juridiction attachée à sa charge d’évêque diocésain. Mgr Borghetti a dû prendre du temps pour faire connaissance avec son nouveau diocèse et nous faire une première visite le 12 mars 2016. À plusieurs reprises et publiquement Il a déclaré que n’ayant pas de sensibilité traditionnelle il respectait cependant pleinement le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Il a tenu parole : plusieurs messes sont actuellement célébrées selon le rite traditionnel dans le diocèse à la demande de groupes de fidèles et lui-même viendra donc nous ériger et recevoir nos vœux monastiques ce 21 mars prochain. A sa demande, la messe traditionnelle sera célébrée solennellement par l’ancien vicaire général de Mgr Oliveri, Mgr Giorgio Brancaleoni à 11h, lui-même étant assistant au chœur.

Chers amis, je viens partager avec vous notre joie de recevoir l’approbation de la sainte Église pour continuer notre vie monastique dans une entière fidélité à la grâce transmise et reçue à Bédoin en 1970 par Dom Gérard dont j’ai eu l’honneur d’être le premier disciple. Magnificat !

Merci de nous accompagner de vos prières en ce jour béni et nous-mêmes nous vous portons dans les nôtres chaque jour. Que Dieu vous bénisse et vous protège vous et vos familles !

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) La reconnaissance diocésaine des Bénédictins de l’Immaculée est d’autant plus encourageante que Mgr Borghetti semblait avoir été missionné par le pape François pour « normaliser » un diocèse jugé trop traditionnel pour les standards de la péninsule. De fait, dès octobre 2016 – alors qu’il n’était pleinement installé que depuis le mois précédent (1) – Mgr Borghetti semait le trouble parmi ses ouailles et son clergé en déclarant que, dans chaque église du diocèse, les autels devaient être tournés vers les fidèles. Une déclaration très mal prise par de nombreux prêtres et fidèles de ce diocèse situé entre Nice et Gênes où la célébration ad Orientem est la norme dans de nombreuses paroisses.

2) En 1970, Dom Gérard Calvet, religieux bénédictin de l’abbaye de Tournay, dans les Hautes-Pyrénées, demanda son exclaustration pour rester fidèle à la doctrine catholique, à la messe traditionnelle, et à l’intégrité de la vie bénédictine. Après une expérience érémitique, il vint fonder dans le Vaucluse, sur les pentes du Mont Ventoux, dans la commune de Bédoin, le prieuré bénédictin Sainte-Marie-Madeleine. Le premier postulant de la nouvelle communauté fut le Père Jehan de Belleville, lequel, lorsque la communauté s’étoffa, devint le second de Dom Gérard. La communauté, d’abord approuvée par la Congrégation des Religieux, suivit ensuite Mgr Marcel Lefebvre, duquel elle se sépara en 1988, quelques temps après les consécrations épiscopales réalisées par ce dernier. Elle s’était installée, au début des années 80, dans la commune voisine du Barroux, où elle avait construit un monastère, qui fut érigée en abbaye par le Saint-Siège en 1989. Sous l’abbatiat de Dom Louis-Marie de Geyer d’Orth, élu en 2003, successeur de Dom Calvet qui avait démissionné, le P. Jehan de Belleville demanda à quitter l’abbaye. Après diverses expériences, il vint s’installer dans le diocèse d’Albenga, en 2008, pour créer un petit monastère, renouvelant en quelque manière le geste de son père spirituel à Bédoin.

3) Dans sa lettre de janvier 2015, le Père Jehan rappelle que c’est pour vivre « les traditions monastiques transmises par nos fondateurs et les traditions liturgiques en conformité avec le motu proprio Summorum Pontificum du regretté pape Benoît XVI » que Mgr Oliveri l’avait accueilli en 2008. En ce sens, les Bénédictins de l’Immaculée sont l’un des fruits du motu proprio. Un autre fruit, similaire, nous vient d’Irlande où, à une trentaine de km au nord de Dublin, l’évêque de Meath vient de confirmer l’érection du monastère bénédictin de Silverstream Priory comme institut de vie consacrée de droit diocésain. C’est le premier monastère créé dans le diocèse depuis la dissolution des monastères voulue par Henry VIII en 1536. Arrivés du diocèse de Tulsa en 2012 (voir notre lettre 458), les moines de l’Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement de l’Autel, aujourd’hui au nombre de huit, célèbrent eux aussi l’Opus Dei « dans sa forme bénédictine traditionnelle et la Sainte Messe selon l’usus antiquior (la forme extraordinaire) du rite romain ».

4) La fondation d’une nouvelle communauté est une aventure humaine marquée du sceau de la Providence. Prions pour que cette reconnaissance diocésaine permette aux Bénédictins de l’Immaculée de croître en attirant à eux de nouvelles vocations désireuses de contribuer à l’essor d’une de ces précieuses « oasis de l’esprit » dans le silence desquelles « Dieu parle à l’humanité » comme le disait Benoît XVI dans une catéchèse d'août 2011 aux résonances barrésiennes : « Le silence et la beauté de l'endroit où vit la communauté monastique – beauté simple et austère – constituent comme un reflet de l'harmonie spirituelle que la communauté elle-même cherche à atteindre. […] En regardant les choses dans une optique spirituelle, ces lieux de l'esprit sont l'épine dorsale du monde ! »

5) Pour qui le peut, au-delà de la prière pour de nouvelles vocations, il est possible d’aider les Bénédictins de l’Immaculée à restaurer l’intérieur de la maison dite Saint-Jean pour leur donner 3 cellules supplémentaires, un réfectoire et une cuisine séparés ainsi qu’un chapitre pour les réunions de communauté. Tout y est à refaire : enduits, peintures, plomberie, électricité, chauffage, sans compter portes et fenêtres. Vos dons, déductibles à raison de 66% du montant, sont à faire :

  • par virement à l’ordre des « Amis des Bénédictins de l’Immaculée » ; CCM Lyon Bellecourt ; IBAN FR7610278073010002104880178,
  • par chèque libellé et adressé à « Les Amis des Bénédictins de l’Immaculée » ; Via Umberto I, 25 ; 18020 Villatalla (IM) ; Italie.
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(1) Mgr Borghetti a été nommé par le pape François coadjuteur du diocèse d’Albenga-Imperia en 2015. Sur décision du Souverain Pontife, il a succédé à Mgr Oliveri en septembre 2016 alors que ce dernier, en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, n’atteindra l’âge de la retraite épiscopale (75 ans) qu’en 2019...

20 mars 2017

[Marco Tossati (blog)] Le Vatican et les Lefebvristes à deux doigts de la signature d’un accord

SOURCE - Marco Tossati (blog) - 20 mars 2017

Des sources fiables indiquent que la Fraternité Saint-Pie X et le Vatican sont à deux doigts d’un accord. En fait, on attend juste que Mgr Fellay ait fait quelques retouches internes, pour franchir la grande étape: le retour total et officiel, en tant que prélature personnelle, des lefebvristes dans l'Eglise de Rome. De cette façon, Francis serait en mesure d'achever un processus qui a commencé sous le pontificat de Benoît XVI, et qui a échoué pour des questions théologiques, mais qui sont maintenant dépassées par la volonté du pape de ne pas demander à ce que soient définis et éclaircis tous les points sur les "I". En outre Mgr Lefebvre a écrit que si le Concile Vatican II est interprété dans l'herméneutique de la continuité, il n'y aurait pas de problème pour la pleine Communion avec Rome. Et il n'y a pas de problème parce que dans l'Eglise, comme déjà dit Benoît, le Concile est lu de cette façon. Voyez, ci-dessous, "Inter Multiplices A Vox", avec les intéressantes considérations développées par Mgr Fellay lors de son voyage en Pologne. Et même ceux-ci, mais avec toute la prudence nécessaire, il est entendu que le climat peut être mûr pour une annonce importante. En outre, le pape a une certaine sympathie pour les lefebvristes de mgr Lefebvre (et moins pour les traditionalistes dans sa propre maison), dont il a hérité, apparemment, d’une bonne impression que lui a fait la Fraternité quand il était archevêque de Buenos Aires.

Dans une homélie, en Pologne, Mgr Fellay a démenti les rumeurs sur l'achat d'une propriété appartenant au Vicariat de Rome, Sante Marie Immaculée de l’Esquilino, pour en faire le futur siège de la fraternité. Et il dit vrai. Mais en réalité, dans la perspective d'une régularisation des relations avec le Saint-Siège, la Société s’intéresserait au domaine des Sœurs de l'Immaculée de la rue Monza, un ancien pensionnat, avec une église qui donne sur la rue. Le complexe pourrait devenir le nouveau siège romain de la FSSPX. Les photos que vous voyez sont liées à ce bâtiment.
Au cours de l'homélie de la messe célébrée en Pologne le 3 mars 2017, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, est revenu sur les rumeurs au sujet de l'acquisition de biens immobiliers à Rome. Il l’a démentie, puis a de fait quelques précisions sur le projet de prélature personnelle proposé à la Fraternité Saint-Pie X à l'été 2015. Comme il l'avait dit dans l'interview à Radio Courtoisie du 26 Janvier 2017, la structure canonique correspond aux besoins et l'apostolat de la Fraternité dans le monde. 
Mgr Fellay a dit que la proposition écrite envoyée de Rome à la Société prévoit que le prélat en charge de cette nouvelle structure canonique devra être un évêque. Comme sera-t-il désigné? Le pape choisira entre trois noms (la terna) présentés par la Fraternité. Il est également prévu que d'autres évêques auxiliaires soient accordés à la Fraternité. 
Et le Supérieur général a ajouté: «Tout ce qui existe maintenant sera reconnu dans le monde entier. Les fidèles aussi. Ils feront partie de cette prélature avec le droit de recevoir les sacrements et les enseignements des prêtres de la Fraternité. Vous pourrez également accueillir les congrégations religieuses, comme dans un diocèse: les capucins, bénédictins, carmélites et autres... Ce prélature est une structure qui ne serait pas sous l'autorité des évêques locaux. Elle sera autonome». 
Cependant, selon Mgr Fellay, il y a un développement encore plus important et intéressant à propos de ce projet structure canonique: un changement qui a eu lieu au sein de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. La Fraternité Saint-Pie X maintiendra ses objections contre la liberté religieuse, l'œcuménisme et la nouvelle messe. Ces mauvaises conséquences du Conseil ne sont plus considérés comme liant ou comme conditions nécessaires pour être reconnue entièrement catholique. 
Mgr Fellay faisant allusion ici aux déclarations de Mgr Guido Pozzo sur l'acceptation du Concile Vatican II, qui selon lui n’est plus un critère de catholicité. Ce même point de vue a été réitéré par les évêques qui ont visité les séminaires de la Fraternité Saint-Pie X en 2015, selon ce qui avait été convenu lors de la réunion en 2014 avec le cardinal Müller. 
Dans son homélie, le Supérieur général a dit à ce sujet: «lors des discussions que nous avons eues avec les évêques envoyés de Rome, ils nous ont dit que ces questions sont des questions ouvertes». 
Pourquoi Rome a-t-elle changé sur ce point? Mgr Fellay estime que cela est dû à la gravité de la situation dans l'Eglise et vrai chaos qui règne. Il a précisé ses déclarations en faisant référence aux paroles du Cardinal Gerhard Ludwig Müller, qui a demandé à la Fraternité Saint-Pie X se joindre à lui dans la lutte contre les modernistes. Mais en même temps, la Congrégation pour les Religieux estime toujours que la Fraternité est schismatique, alors que François la dit catholique. Il a ajouté: «Il y a beaucoup de contradictions, il y a une lutte entre les évêques, les cardinaux, une situation nouvelle... Rome n’est plus unie, mais divisée. Tant et si bien que certaines personnes pensent que les choses sont allées trop loin. Et ces personnes nous disent: «Vous devez faire quelque chose, vous devez résister». 
Mons. Fellay a également parlé de l'appui et des lettres reçues par les évêques, comme il l'a fait dans son interview à Radio Courtoisie. A propos d'autres évêques, il a dit: «Il y en a qui parlent, qui résistent, nous ne sommes pas seuls...» Selon lui, « toute une œuvre de renouveau de l’Eglise a commencé». 
Dans le même temps, Mgr Fellay n’est pas aveugle : « Cela ne signifie pas que nous devons aller vite, nous devons procéder avec une grande prudence et aussi assurer notre avenir pour être en mesure d’empêcher toute possibilité de piège. Par conséquent, nous ne nous précipitons pas dans une telle situation.» 
Selon lui, «a commencé dans l'Eglise à travers les travaux de rénovation" .Au même temps, Mgr Fellay est pas aveugle: «Cela ne signifie pas que nous devons nous précipiter, nous devons procéder avec beaucoup de prudence et d'assurer notre avenir en nous mettant en état d'empêcher toute possibilité d'écueil. Par conséquent, dans une telle situation, nous ne précipitons pas».  
Mgr Fellay mentionne également l’intérêt paradoxal que le pape François a pour la Fraternité Saint-Pie X : « Un pape qui ne se soucie pas de la doctrine, qui regarde les gens et qui nous connaît depuis l’Argentine. Il a apprécié notre travail là-bas. Et c’est pourquoi il a de bonnes dispositions à notre égard alors qu’en même temps il est contre le conservatisme. C’est comme une contradiction. Mais j’ai pu constater à plusieurs reprises qu’il est capable de faire vraiment des choses pour nous». 
Pour conclure, le Supérieur général déclare qu’il ne sait pas s’il y aura une reconnaissance canonique: «Allons-nous ou pas, vers une reconnaissance? Je ne sais pas, je ne pense pas, mais le pape peut nous surprendre. Cela semble impossible, mais comme il l’a déjà fait plusieurs fois… Alors, nous devons continuer à prier beaucoup, à demander à notre Protectrice, la Sainte Vierge Marie de continuer à nous guider.»