2 août 2013

[Abbé Paul Aulagnier, ibp - Item] Jean Madiran, un homme de foi

SOURCE - Abbé Paul Aulagnier, ibp - Item - 2 août 2013

Il nous a quitté pour « la maison du Père», le 31 juillet 2013.

C’était un grand chrétien.

Il a tenu une place importante dans le combat de la foi tout au long du XXème siècle.
Il participa en première ligne à tous les combats.

Aux combats menés d’abord par la Cité Catholique avec Jean Ousset et M de Pentfentaniot, Michel Creuset dans la diffusion de la doctrine sociale de l’Eglise. Il était à tous les Congrès de Lausanne. Toutes les encycliques des papes, de Léon XIII, Pie X, Pie XI, Pie XII étaient diffusées et étudiées.

C’était un homme savant.

Il anima brillamment avec une imposante équipe de collaborateurs, dès l’âge de 36 ans, je crois, pendant de très nombreuses années, la revue Itinéraires qu’il fonda. Cette collection, de parution mensuelle, de plus de 350 numéros aujourd’hui parus, constitue une véritable Somme qui éclaire les esprits tant sur les sujets philosophiques, politiques que théologiques.
Je dévorais ses chroniques.

Parmi ses collaborateurs, je veux citer tout particulièrement le professeur Marcel de Corte qui enseignait à l’université de Liège, et M Louis Salleron, Melle Luce Quenette, les théologiens comme le RP Calmel, M l’abbé Dulac, le RP Dom Guillou, M l’abbé Berto. Je ne saurais oublier les fortes personnalités d’Henri et d’André Charlier, avec son « Que faut-il dire aux hommes » qui faisait la joie et la lumière de mes jeunes années. Que je n’oublie pas non plus Dom Gérard, son ami très intime. Et j’en passe et des meilleurs, comme le professeur Charles de Koninck et ses fameuses études sur le Bien commun..

Alors que Jean Ousset se mit à « trembler » devant « l’œuvre conciliaire », Jean Madiran, lui, tint bon et sut s’y opposer. L’épiscopat français ne le lui pardonna pas. Avec la revue « Nouvelles de Chrétienté » que dirigeait Dom Guillou, Itinéraires fut condamnée et un blâme la frappa. Elle fut interdite de lecture, entre autres, au séminaire français. Nous n’avions plus le droit ni de la lire ni de la garder dans nos cellules. Comment allions nous pouvoir rester informés de « l’évolution » du monde ? Avec quelques séminaristes, nous allions la lire au grand parc de la Panphillie à Rome où les séminaristes français et anglais avaient libres accès. Je confesse que je dois à ces lectures l’amour de la foi et de la doctrine catholique. Sans Itinéraires que serais-je devenu ?

Au cours de cette crise, Jean Madiran ne cessait de fréquenter le cardinal Ottaviani, cette colonne de la foi. Il le visitait encore en 1966 ou 1967. J’étais à cette époque à Rome et à l’issue de cette visite, Madiran nous a fait l’honneur de passer un moment avec nous, séminaristes français. Je me revois avec lui et son épouse ( sa deuxième épouse, je crois) et quelques autres, assis sur l’herbe devant le Latran, l’église du pape, l’Eglise « Mater et Magistra »

Dès 1968, il se dressa contre l’épiscopat français et écrivit son fameux livre « l’hérésie du XX siècle ». Cette hérésie est épiscopale, disait-il et elle consiste en un « éloignement », en un « oubli » de la part de l’épiscopat, d’abord de l’enseignement social de l’Eglise de Rome. Les esprits devenaient de plus en plus étrangers à la doctrine romaine et principalement en matière sociale. Léon XIII, Pie X, Pie XI, Pie XII et leurs encycliques sociales étaient ignorés au profit de Gaudium et Spes…Rome devenait ainsi de plus en plus isolée à l’intérieur de l’Eglise universelle. (L’hérésie du XXè siècle p. 15). « Mais la doctrine sociale de l’Eglise exprimée par ces papes du 19 et 20ème siècle se fonde sur la loi naturelle et la loi naturelle fait partie de l’économie de salut ». C’est ce que rappelait Pie XII. Alors une dissidence concernant la loi naturelle inaugure mal de l’avenir…

Jean Madiran fut le « docteur » de la loi naturelle, de la piété filiale et donc de la nation, de la famille, du mariage, de la nature créée. Il en fut le défenseur.
Il resta toujours fidèle à ces idées. Dans un de ses derniers livres pour ne pas dire le dernier, « Dialogues du Pavillon bleu » publié en 2011 chez Via Romana, on peut lire cette analyse des temps modernes – ce sont les toutes dernières phrases du livre – : « ce que Solange pense, c’est que nous vivons quelque chose de beaucoup plus profond qu’une crise politique, intellectuelle ou morale; de plus profond qu’une crise de civilisation. Nous vivons ce que Péguy voyait naître et qu’il nommait une « décréation« . Dans l’évolution actuelle du monde, on aperçoit la domination à demi souterraine, d’une haine atroce et générale, une haine de la nation, une haine de la famille, une haine du mariage, une haine de l’homme racheté, une haine de la nature créée. La signature devient plus lisible que jamais. Il appartient aux autorités temporelles et aux autorités spirituelles de la dénoncer. Leur carence empêche les peuples de la voir ».

C’est juste! Et c’est cinglant. C’est ce qu’il n’a cessé de dire et d’écrire durant toute sa vie, d’Itinéraires à Présent. C’est ce qu’il aurait voulu dire aux évêques de France réunis en Conférence épiscopale. Il le dit expressément dans la première page de son « Hérésie du XXème siècle » : « l’auteur de ce livre a demandé à être personnellement entendu par l’Assemblée plénière de la Conférence épiscopale française. Première demande le 15 octobre 1966. Seconde demande le 12 juin 1967. Troisième demande le 12 janvier 1968. Ces demandes n’ont eu aucune suite ». « Ils » craignaient de le recevoir. Ils préféraient recevoir « M Delors », le socialiste.

C’est alors que Jean Madiran se leva et écrivit ce fameux livre : «l’hérésie du XXème siècle ». Il justifiait son intervention en tant que laïc en citant Dom Guéranger : « Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau de se défendre tout d’abord…Régulièrement la doctrine descend des évêques au peuple fidèle et les sujets dans l’ordre de la foi n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels dont tout chrétien par le fait même de son titre de chrétien a la connaissance nécessaire et la garde obligé. Et Don Guéranger ajoutait : « Les vraies fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration de leur ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est point nécessaire et que l’on ne doit point leur donner »

Ce programme de la défense de la foi sera toute sa vie et fera toutes ses œuvres.

Dès 1969, devant la réforme de la sainte Messe et face à la messe de Paul VI, il prit tout de suite la défense de la messe tridentine, sans hésitation parce qu’elle était une coutume immémoriale de l’Eglise. Il fut un ardent diffuseur du « Bref Examen Critique », le publia de nombreuses fois. C’est un recueil de critiques d’un groupe de théologiens et de pasteurs, de la nouvelle messe. Le cardinal Ottaviani accepta de le présenter au Pape Paul VI.

C’est alors qu’il soutint tout naturellement l’œuvre de Mgr Lefebvre, son séminaire, parce que là se formaient des prêtres qui, leur vie durant, diraient la messe de saint Pie V.

Devant la carence de l’épiscopat français dans la diffusion de la vérité, il prit la responsabilité de rééditer et de diffuser en France et de part le monde le catéchisme du Saint Concile de Trente. Il en recommanda l’étude. Que de familles françaises firent l’acquisition de ce catéchisme et l’étudièrent.

Lorsque Mgr Lefebvre fut attaqué par le Vatican après sa déclaration du 21 novembre 1974, Madiran, prit sa défense, commenta ce texte, l’expliqua et le diffusa lui aussi tel quel, alors que beaucoup voulaient lui le faire modifier. « Avec ce texte, disait-on, il a signé sa propre condamnation ». Ce n’était pas faux ! Mais faut-il taire la vérité quand elle est en danger. Mgr Lefebvre ne le pensa pas. Madiran eut l’honneur de diffuser dans Itinéraires et de commenter des années durant et avec quelle science, tous les documents échangés entre le Vatican et Mgr Lefebvre. Sous ce rapport, Itinéraires reste une mine de documents et de commentaires très heureux qu’il faut lire pour bien comprendre le drame qui se préparait entre Rome et Mgr Lefebvre. Qui voudra préparer une thèse d’histoire sur cette période ne pourra pas ignorer les analyses de Jean Madiran.

C’est en cette même période, un peu avant, c’est dire son acquitté intellectuel, qu’il diffusa sa « Lettre à Paul VI », le 27 octobre 1972. Il l’intitula « Réclamation au Saint Père ». Ce fut aussi l’objet d’un livre qu’il publia un peu plus tard en 1974, aux « Nouvelles Editions Latines ».

« Très Saint Père, Redonnez-nous l’Ecriture le catéchisme, et la messe. Nous en sommes de plus en plus privés par une bureaucratie collégiale, despotique et impie qui prétend à tort ou à raison, mais qui prétend sans être démentie, s’imposer au nom de Vatican II et de Paul VI.
« Rendez nous la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le Missel romain de saint Pie V. Vous laissez dire que vous l’auriez interdite. Mais aucun pontife ne pourrait, sans abus de pouvoir, frapper d’interdiction le rite millénaire de l’Eglise catholique, canonisée par le Concile de Trente. L’obéissance à Dieu et à l’Eglise serait de résister à un tel abus de pouvoir, s’il s’était effectivement produit, et non pas de le subir en silence. Très Saint Père, que ce soit par vous ou sans vous que nous ayons été, chaque jour davantage sous votre pontificat, privés de la messe traditionnelle, il n’importe. L’important est que vous, qui pouvez nous la rendre, nous la rendiez. Nous vous la réclamons ».

Et au milieu de toutes ces activités nombreuses, il ne cessa de publier un nombre important de livres aussi intéressants les uns que les autres, très formateurs.

Pour moi, son œuvre majeur est son étude sur la démocratie : « les deux démocraties » publiée aux Nouvelles Editions Latines ainsi que les « Droits de l’homme » sans Dieu. Ces deux livres nous donnent la raison de la « déconfiture occidentale » et nous expliquent le « désastre » de notre temps. Quand vous lisez : « les droits de l’homme eux-mêmes ne sont plus fondés sur rien quand ils ne sont plus fondés sur les droits de Dieu », vous comprenez le drame de la laïcité. C’est un de ses livres : « la Laïcité dans l’Eglise » …Ou encore quand vous lisez : «Si l’homme n’a « ni Dieu ni maître », il est parfaitement libre de ne plus respecter ni son prochain ni lui-même. Et il le fait bien voir », vous comprenez la sagesse de l’auteur et l’intérêt de le lire. Tous ses livres, il me les dédicassait gentiment : « avec ma respectueuse affection »

Il prit, malheureusement, une certaine distance avec Mgr Lefebvre, lors du grand problème des sacres en 1988. Non point qu’il y fut formellement opposé, mais il n’y était pas favorable non plus. Il restait « neutre ». Il craignait la peine d’excommunication. Il pensait à celle qui frappa Charles Maurras. L’Action Française ne s’en releva pas…N’en serait-il pas de même pour la FSSPX. Mgr Lefebvre ne le comprit pas. Ils s’éloignèrent l’un de l’autre. Car il faut savoir que jean Madiran visitait régulièrement Mgr Lefebvre à Suresnes…Jean Madiran lui en garda sinon « rancune » du moins une « forte animosité »…Il lui attribua la ruine d’Itinéraires par le nombre de désabonnement qui s’en suivirent. Toutefois les propos qu’il tint sur ce sujet dans le film récent « Mgr Lefebvre », sur les sacres faits par Mgr Lefebvre corrigent tout à fait sa pensée. Les sacres, reconnait-il, sont la raison de la survie de la FSSPX. Sans ces sacres, l’œuvre de Mgr Lefebvre ne pouvait survivre. Ce fut ma position toujours et même le 30 mai 1988 au Pointet alors que Mgr Lefebvre réunissait tous les responsables des communiqués traditionnalistes.

Ils ne se revirent plus. Mgr Lefebvre mourait en 1991…

Toutefois jean Madiran, au milieu de son travail harassant au journal Présent qu’il avait fondé et où chaque jour, il assurait une chronique des plus passionnante, avait la gentillesse de me visiter. Il venait s’informer aussi de la vie de la Tradition du côté de la FSSPX. J’étais bien placé pour lui en parler. Il venait à la source. J’étais flatté et honoré de sa visite. Je me sentais peu digne de cette visite. Pour moi, Jean Madiran est un maître. Et un élève est toujours un peu impressionné quand son maître le visite. C’était le cas. Nos échanges étaient cordiaux et très amicaux et de ma part, très déférents. Quand je fus envoyé en exil au Canada, il eut l’amabilité de me téléphoner pour prendre de mes nouvelles…Il avait seulement oublié le décalage horaire. Au milieu de la nuit, je fus réveillé. Il me demanda : « j’espère que je ne vous dérange pas… Nullement, cher Monsieur, ai-je été obligé de lui dire. Je n’ai jamais eu un coup de téléphone de mes supérieurs lors de ce séjour. M l’abbé Laguérie philippe fut le seul à penser qu’il avait encore un ami au Canada…Lorsque je revins du Canada, Jean Madiran m’invita à table au « Freine Camillie », un très bon restaurant sur le haut de Suresnes. C’était là encore très aimable de sa part.

J’ai lu avec passion les chroniques qu’il a publiées en 2010 : « Chronique sous Benoît XVI ». Il reprend là les articles qu’il donnait à Présent.

Mais il n’a pas cessé d’adresser des articles à Présent. J’espère que sa charmante épouse fera publier ses écrits de 2010 à 2013. Car il était un écrivain acharné. Nous ne le lisions plus depuis seulement quelques mois. Il m’arrivait de penser à lui, de prier pour lui, de penser à sa santé. Il avait eu une attaque…Mais il s’en était remis…Il y a des liens profonds et mystérieux entre les personnes. Ma pensée était vers lui le jour qui précéda la nouvelle de son décès.
Nous sommes tous mortels.
Requiescat in pace.

PA

1 août 2013

[Yves Daoudal (blog)] Cela ne se fait pas dans le monde, sans doute.

SOURCE - Yves Daoudal (blog) - 1er août 2013
Mais je ne suis pas dans le monde, je suis chez moi.

Ce qui ne se fait pas, c’est de dire des mots qui fâchent à l’occasion de la mort d’un des nôtres, ou censé tel.

Ainsi découvre-t-on une merveilleuse harmonie dans le concert de louanges qui célèbre Jean Madiran.

Ceux-là n’ont pas honte, quand même, les thuriféraires de la FSSPX, et la fraternité elle-même (district de France en tout cas). Car si personne ne le rappelle, je ne l’ai pas oublié. En 1988 Jean Madiran était devenu un « traître », et l’on déversait sur lui des tonneaux de haine à gros bouillons, comme sur Dom Gérard ou Bernard Antony. Parce qu’ils avaient fait le choix de l’Eglise et non de la dérive sectaire.

Et ce ne furent pas que des mots, dans des sermons, dans des conférences, dans des discours, dans diverses publications. Ce fut aussi la consigne explicite de boycott de Présent, de Reconquête et de toutes les activités du Centre Charlier, sous l’autorité explicite de Mgr Lefebvre, et dans le but explicite de couler ces publications et initiatives.

Alors, à défaut d’honnêteté, un peu de pudeur ne vous ferait pas de mal.

Pour ce qui est de l’hommage à Jean Madiran, je renvoie aux très beaux textes de Philippe Maxence (ici) et de Jeanne Smits (ici seulement jusqu’à demain matin). Je n’ajoute rien, parce que ce serait pour parler des défauts de Jean Madiran qui a réussi à se fâcher avec presque tous ses collaborateurs et amis au long de l’histoire d’Itinéraires et de Présent ; mais là, je suis d’accord, ce n’est pas le jour.

[Yves Chiron - Aletheia] Jean Madiran (1920-2013)

Yves Chiron - Aletheia (n°205) - 1er août 2013

JEAN MADIRAN (1920-2013)
Dans le dernier courrier reçu de lui, il y a quelques semaines, il m’écrivait : « ce qui est sûr c’est que le rétablissement ne sera pas prompt ». Moi, je le voyais bien devenir centenaire, comme un Fontenelle ou un Jünger.
 
Il est mort hier, 31 juillet. Ma pensée va d’abord à son épouse, Michèle, si chaleureuse, si joviale, qui m’avait accueilli plusieurs fois à leur table, à Saint-Cloud, ces derniers mois ; après des entretiens où Jean Madiran ravivait ses souvenirs. Il m’avait donné aussi des cahiers et des notes relatifs à ses séjours romains, à la fin des années 1950 et au début des années 1960.

Que retiendra-t-on de Jean Madiran ? Rares sont les écrivains qui, après leur mort, survivent par leur oeuvre, qu’il s’agisse de romans, d’essais, de livres d’histoire ou de livres de combat. Mais les livres de Jean Madiran survivront parce qu’ils étaient animés d’une flamme particulière. Cette flamme, ses ennemis ou ceux qui ne l’aimaient pas n’ont pas perçu qu’elle avait un double éclat.
 
Il y avait d’abord l’acribie exceptionnelle de Jean Madiran, qui était en premier lieu une lecture attentive, puis l’art de repérer les contradictions, les formules alambiquées, les faux-fuyants. Sur ce pointlà, il était en plein accord avec son exact contemporain Émile Poulat pour qui le choix des mots et le sens des mots sont la clef de compréhension de la plupart des questions. Cette acribie de Madiran pouvait l’entraîner à des polémiques qu’il menait loin.
 
Mais ses adversaires ou ceux qui ne l’aimaient pas n’ont pas vu qu’il y avait en corollaire, chez Jean Madiran – et c’était le coeur de ses écrits et de son engagement –, un sens aigü de la piété ou ce qu’il appelait « l’esprit filial ». Le Décalogue (« Tu honoreras ton père et ta mère ») comme la loi naturelle exprimée par Maurras (« Tout homme est un héritier ») et par d’autres disent qu’on doit reconnaissance filiale à ceux qui nous ont transmis la vie, la foi, la culture. « Traditionnellement, écrivait Madiran dans un de ses livres les plus récents, le devoir d’honorer son père et sa mère s’étend aux ancêtres, à la patrie et aux bienfaiteurs de la patrie ; et enfin à toute espèce de bienfaiteur dont le bienfait est tel qu’on ne peut lui en rendre l’équivalent et qu’à son égard on demeurera toujours dans la situation d’un débiteur insolvable : tous ceux qui ont été, comme on dit, de ”grands hommes” ou de ”grands esprits”, les maîtres à penser, les héros, les saints de tous les temps, l’immense cortège des superbes et des humbles qui ont contribué à transmettre et accroître le patrimoine d’une civilisation ».
 
Si dans l’oeuvre de Madiran, il fallait retenir trois livres, je citerais, dans l’ordre :
 
L’Hérésie du XXe siècle (Nouvelles Éditions Latines, novembre 1968). Jean Madiran considérait que c’était son meilleur livre, du moins son livre le plus important, celui qui contient l’essentiel de sa pensée. L’ouvrage porte significativement cette dédicace :
A LA MEMOIRE DE MON PERE,
A LA MEMOIRE DE MA MERE,
QUI M’ONT APPRIS
A ETRE CHRETIEN ET A FAIRE FACE.
Tout est dit ou presque dans les mots choisis.
 
Une civilisation blessée au coeur (Éditions Sainte-Madeleine, mai 2002). C’était, pour une des rares fois de sa vie, un livre de commande. Dom Gérard, alors Père Abbé du Barroux, lui avait demandé un livre sur la piété filiale. Jean Madiran avait eu l’idée de rédiger un « court précis », ce fut finalement un ouvrage sur « la loi naturelle des sociétés humaines ». Ouvrage structuré en VII chapitres, comportant chacun une partie « Chronique » et une « partie « Didactique ».
 
La Philosophie politique de saint Thomas d’Aquin (Les Éditions nouvelles, 1948). Ce fut son premier livre, signé du pseudonyme Jean-Louis Lagor. Écrit tout entier pendant la guerre, l’ouvrage s’ouvre par une longue lettre de Charles Maurras (27 pages imprimées) datée du 2 septembre 1944. La date de cette lettre m’avait étonné car, à ce moment, Lyon, où vivait Maurras, connaissait les tourments de la Libération et bientôt Maurras allait devoir vivre clandestinement avant d’être arrêté et incarcéré pour de longues années. Jean Madiran m’a confirmé que cette lettre était bien datée du 2 septembre. Ce fut donc le dernier écrit d’homme libre de Maurras.
Dans ce premier livre, le jeune Madiran voulait « dégager les grandes lignes d’une philosophie politique qui intègre la physique maurrassienne à la pensée thomiste ». Le dialogue, y compris critique, de Jean Madiran avec la pensée de Maurras ne cessera pas. Le dernier état en est : Maurras toujours là (Consep, avril 2004).
Un maître
Il y a eu les livres et les articles, principalement dans la revue mensuelle Itinéraires (qui est parue de mars 1956 à mars 1997) et dans le quotidien Présent dont il a été un des fondateurs en janvier 1982. J’y ajouterai les dizaines lettres et billets qu’il m’a écrits depuis 1979 ou 1980 (et les fax puis les SMS). Il y a eu aussi les rencontres – selon un rite presque immuable : conversations commencées au journal et poursuivies au restaurant – et les dernières visites à Saint-Cloud.
 
Les éminents historiens que j’ai eus comme professeurs en Sorbonne n’auront pas été des maîtres pour moi. Leur science froide ou brillante – artificielle même parfois – ne m’aura permis que d’obtenir des diplômes successifs. Ma formation intellectuelle, à la lumière de la foi, me vient essentiellement d’un professeur de philosophie de terminale et de Jean Madiran qui aura été pour moi un maître. Jean Madiran m’avait autorisé, en vue d’une biographie de Dom Gérard, à lire les nombreuses lettres et billets qu’il lui avait adressées et qui sont conservées à l’abbaye Sainte-Madeleine et il m’avait communiqué copie de quelques lettres que lui avait adressées Dom Gérard. Cette correspondance sera peut-être éditée un jour, si les héritiers de l’un et l’autre le souhaitent. Jean Madiran était très pudique et ne livrait presque rien de sa vie privée, même si en me laissant lire ces lettres, il savait que j’en apprendrai beaucoup.
 
Ce qu’on retient d’abord de cette correspondance – Jean Madiran fut le professeur du futur Dom Gérard à Maslacq avant d’en devenir l’ami puis le fils spirituel –, c’est la grande humilité spirituelle de Jean Madiran. En 2005, après avoir assisté aux obsèques d’une personnalité catholique, il écrivait : « J’étais aux obsèques de …, célébrées pourtant par le TRP Abbé de Fontgombault, certes avec une grande dignité, mais dans une liturgie nouvelle, en français, et dont était absent l’esprit du Dies irae comme du De profundis. »
 
Dies irae, le jugement de Dieu, et De profundis, la supplication à Dieu, sont deux réalités spirituelles que Jean Madiran avait bien à l’esprit et dont il essayait de vivre.

Yves CHIRON

[SPO] Jean Madiran : In memoria æterna erit justus…

SOURCE - SPO - 1er août 2013

Jean Madiran a été rappelé à Dieu hier, 31 juillet, à l’âge de 93 ans. Pour beaucoup, il était considéré comme un ‘immortel’ par sa longévité et sa persévérance dans le bon combat pour faire triompher le Christ-Roi.

Il a mené le combat de la Foi dans une période postconciliaire difficile. Il a fait parti de ces dizaines de laïcs qui ont ferraillé sans relâche et malgré les oppositions pour la défense de la messe traditionnelle.

Retracer en quelques lignes l’œuvre de Jean Madiran nous serait bien impossible tant elle a été riche et active.

Il a été un grand défenseur de la messe traditionnelle, de la catéchèse et avait fondé la revue Itinéraires en 1956 sentant, avant beaucoup d’autres, la nécessité d’une formation doctrinale, spirituelle et politique solide. Attaquée de toutes parts (y compris par des ecclésiastiques), la revue cessera de paraître en 1996.

Il est l’un des fondateurs du quotidien Présent en 1982 dont il a assumé la direction pendant de nombreuses années. Il est enfin l’auteur de nombreux ouvrages, notamment sur la question de la messe comme La Messe, état de la question ou encore Histoire de la messe interdite, du Concile…

Nous retiendrons surtout une de ses lettres au Pape Paul VI le 27 octobre 1972, alors que le tourbillon postconciliaire balaye l’Église :
« Rendez-nous l’Écriture, le catéchisme et la messe (…). Rendez-nous la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain de saint Pie V. Vous laissez dire que vous l’auriez interdite. Mais aucun pontife ne pourrait, sans abus de pouvoir, frapper d’interdiction le rite millénaire de l’Eglise catholique, canonisé par le concile de Trente. L’obéissance à Dieu et à l’Eglise serait de résister à un tel abus de pouvoir, s’il s’était effectivement produit, et non pas de le subir en silence (…). Très Saint Père, confirmez dans leur foi et leur bon droit les prêtres et les laïcs qui, malgré l’occupation étrangère de l’Église par le parti de l’apostasie, gardent fidèlement l’Écriture sainte, le catéchisme romain, la messe catholique (…). Laissez venir jusqu’à vous la détresse spirituelle des petits enfants : rendez-leur, Très Saint Père, rendez-leur la messe catholique, le catéchisme romain, la version et l’interprétation traditionnelles de l’Écriture. Si vous ne les leur rendez pas en ce monde, ils vous les réclameront dans l’éternité… »
Il écrit quasiment mot pour mot ce que Benoît XVI dira quelques dizaines d’années plus tard dans son Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007.

Jean Madiran a été un témoin, un passeur mais aussi un soldat. Nous lui devons beaucoup. Qu’il repose en Paix !

On lira avec intérêt le bel hommage que lui rend Philippe Maxence sur son blogue Cælum et Terra.

[fssp.org] Nouvelles de notre mission en Colombie

SOURCE - FSSP - 1er août 2013

L'activité missionnaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre à Anolaima, Colombie, s'est poursuivie au cours des derniers mois. Il faut noter le travail et les efforts qui permettent de construire le bâtiment définitif du Collegio Campestre Santo Domingo Savio, notre école élémentaire et notre future école secondaire qui commencent à se concrétiser. En août, un troisième prêtre de notre Fraternité se rendra sur place pour travailler à plein temps dans la mission. L'école qui a commencé à fonctionner il y a quelques années n'a pu rester, par manque de place, dans les bâtiments provisoires dans lesquels elle avait été installée. Son premier local était, en fait, une ancienne maison de ferme. En raison de l'afflux d'élèves au cours de l'année scolaire, il a fallu construire des salles de classe provisoires. Des bénévoles ont aidé à la réalisation de bâtiments sommaires en bois et stuc et les élèves ont même aidé à peindre les extérieurs ! Le caractère provisoire nous oblige à terminer le travail de réalisation des bâtiments du futur campus.

Les opérations de terrassement ont déjà commencé. Une fois encore des volontaires sont venus nettoyer le terrain et les entreprises ont procédé au nivellement et à la réalisation des fondations. La mission a eu la chance de bénéficier d'une aide importante de l'architecte et du maître d'œuvre de Bogota qui ont offert une grande partie de leur temps. Grâce à eux, nous avons un projet de grande taille pour une belle école ayant du caractère. Nous espérons avoir terminé les travaux dans les douze mois qui viennent pour recevoir les élèves dont le nombre ne cesse d'augmenter.

En mai, le Supérieur Général de notre fraternité, l'abbé John Berg, a visité la mission. Il a visité l'école et a pu constater tout ce qui est fait pour l'enseignement des enfants : formation de base, langues française et anglaise, éléments de culture traditionnelle colombienne et, bien sûr, des rudiments en matière d'exploitation agricole des terres de la région d'Anailoma. Il a également pu participer à la procession mariale du mois de mai avec les élèves. Il a procédé à la bénédiction de la première pierre de la nouvelle école. Le 13 mai eut lieu une messe solennelle à la chapelle de l'école Notre-Dame de Fatima qui est le premier bâtiment réalisé à la mission. Les prêtres et les fidèles se sont rendus en procession dans les futurs bâtiments de l'école. En chemin, le chœur des filles du collège a chanté des hymnes. Après la bénédiction, l'abbé Baudon de Mony et l'abbé Alfaro se sont adressé aux nombreux fidèles présents et les ont remercié de leur aide pour la réalisation de cette école qui, si Dieu le veut, sera au service des fidèles du lieu au cours de années à venir. Beaucoup ont fait des dons de petits objets (et même de gros objets comme des vaches !) pour aider au financement de l'école.

La Fraternité Saint-Pierre est extrêmement reconnaissante envers les bienfaiteurs des autres pays qui ont permis la réalisation de ce projet en le soutenant au cours des dernières années. Certains l'ont même fait à travers ce site web. Grâce aux coûts relativement peu élevés de la construction à Anolaima, il ne nous manque que 100 000 $ pour achever le bâtiment définitif du Collège Campestre Santo Domingo Savio. Au nom des enfants et des prêtres de la mission, nous comptons sur la poursuite de vos prières et votre indéfectible générosité.