22 août 2013

[Disputationes Theologicae] Quelles sont les conséquences de l’altération du corps électoral de l’IBP?

SOURCE - Disputationes Theologicae - 22 août 2013

22 août, Fête du Cœur Immaculé de Marie

Nous recevons et nous répondons.
“J’ai lu ce qui est écrit sur les tentatives de manipuler “en cours d’opération” le corps électoral qui doit réélire le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, des tentatives qui me rappellent celles avec le “clergé jureur”. Une curiosité: après ces élections (façon de parler) comment a changé le corps électoral par rapport à celui qui avait procédé à l’élection controverse de juillet 2012? Est-il plus ou moins favorable à la ligne de l’abbé Laguérie?
Giacomo Santini”
La vraie Romanité est le culte du Droit.
Nombreux sont ceux qui nous ont déjà interpellés sur l’affaire de l’Institut du Bon Pasteur en appréciant aussi le travail d’information exercé par notre revue, ce sont évidemment des prêtres qui appartiennent à d’autres sociétés dépendant de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, mais aussi des membres de la Fraternité Saint-Pie X qui observent avec beaucoup d’attention comment se comporte la Commission Ecclesia Dei : veut-on réellement laisser faire l’ “expérience de la Tradition” dans un climat de sérénité et de franchise ecclésiale appropriée, ou bien la contrepartie des cérémonies liturgiques est-il le bâillonnement et même l’adhésion contre conscience à l’opinion dominante ? Nous verrons.

Supposant que l’on se rappelle la série d’articles publiés sur ce même sujet, nous renvoyons à ces derniers pour une relecture opportune et nous nous limitons ici à approfondir la réponse, à laquelle nous avons déjà fait allusion, à la question spécifique présentée dans cette lettre. Le 4 juin, le Père Abbé Dom Forgeot, le Commissaire de l’IBP, avait convoqué une réunion pour tous les membres de l’IBP, initialement pour discuter et chercher une pacification ; quelques jours avant cette date, il a communiqué que cette réunion devenait une session électorale pour renouveler les membres électoraux du Chapitre, lesquels au contraire - élus en décembre 2011 et approuvés ensuite par la Commission E.D. - restent en fonction, d’après les Statuts, pendant six ans. En bref : six Capitulaires ont été ainsi destitués sans aucune motivation canonique et en absence de toute dérogation manifeste en matière - deux de droit et quatre élus - sur un total de douze en fonction, ce qui, de la sorte, altérait le collège électoral.

Avant cela, le Rév.me Dom Forgeot a voulu rencontrer les Capitulaires et les autres prêtres pour leur demander comment ils entendaient interpréter les Statuts et comment ils voulaient appliquer le chapitre relatif à la “célébration exclusive dans le rite traditionnel”. Il a été expressément demandé quel était la disponibilité à la célébration dans leNovus Ordo et quelle était la position doctrinale de chacun. Parfois, le Père Abbé a invité, en privé, à suivre l’exemple de sa communauté en adoptant un certain biritualisme, même si d’une façon réduite. En quoi cela concerne-t-il le problème canonico-électoral ? Sur quelle base a eu lieu la “mise sous Commissaireˮ de l’IBP ? Uniquement en raison d’une élection “controversée” du Supérieur ? Dans ce cas, convoquez alors les douze capitulaires en fonction et que ces douze votent à nouveau. C’est simple. Par contre, si le problème est la position doctrinale du Bon Pasteur de 2006, que le Saint Siège a aussi déclaré admissible par la volonté expresse du Saint Père Benoît XVI (et Son Excellence Mgr Di Noia a, lui aussi, reconnu qu’au moins à l’intérieur de l’IBP certaines invitations peuvent être légitimement discutées : cf. Plutôt que la Commission Pontificale Ecclesia Dei, c’était donc le servilisme… ), ne serait-il pas juste de dire ouvertement que les accords ne sont valables que pendant quelques années, plutôt que de modifier les membres du Chapitre?

Toutefois, au-delà des intentions, Dom Forgeot destituait de la fonction de Capitulaires et donc d’électeurs du Supérieur – sans qu’aucun critère juridique ne soit connu – les membres suivants, quatre desquels avaient été élus lors de l’élection de juillet 2012 et même désignés, à cette élection, pour la fonction d’Assistants Généraux et Conseillers (!) :
Abbé Paul Aulagnier
Kl. Leszek Kròlikowski
Abbé Louis-Numa Julien
Don Stefano Carusi
Abbé Vincent Baumann
Abbé Matthieu Raffray
À la réunion “pacificatrice” du 4 juin, qui venait d’être transformée à l’improviste en une section électorale “belliqueuse”, seulement une petite partie des membres du Bon Pasteur s’est présentée, en reniant ainsi – qui explicitement et qui implicitement – un acte inadmissible.

Mais un autre problème s’est présenté. Le Commissaire avait prévu un règlement pour le vote, qui fixait un quorum minimum pour la validité de cette élection. Ce quorum n’a pas été atteint, pas même en intégrant les quatre membres déjà sortis de l’Institut et maintenant en service dans le diocèse, qui ont été rappelés ad hoc, et après que deux desquels, pratiquants le Novus Ordo, se s’étaient même présentés (abbé Fournier et abbé Cecchin). Le Commissaire Dom Forgeot a décidé de faire tout de même voter, en violant la règle qu’il avait lui-même établie pour la validité de ce vote. L’élection a eu lieu en soutenant que l’on aurait vu par la suite si elle était valable ou non.
Les membres élus ont été les suivants 
  • Abbé Guillaume de Tarnoüarn, dont il faut reconnaître la franchise d’avoir soutenu depuis longtemps –sans double jeu– la nécessité d’une “ouverture” n’excluant pas la possibilité d’une “adaptation” des Statuts vers une voie plus conciliante.
  • Abbé Vincent Baumann, prêtre qui – avec la même franchise et le même possibilisme – a affirmé à plusieurs reprises être disponible à concélébrer, bien que ne le faisant pas par obéissance aux Statuts.
  • Abbé Jean-François Billot, secrétaire personnel de l’abbé Laguérie.
Ceci dit, le Commissaire, qui s’était d’abord trouvé “embarrassé”, c’est lui-même qui l’écrit, a affirmé qu’il allait attendre des ordres supérieurs.

Voilà la raison pour laquelle le communiqué suivant est apparu sur le soi-disant site du Bon Pasteur de la part du webmaster, le Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie (lequel ne voulut pas remettre les codes d’accès à ce site, pas même lors de l’élection capitulaire, après sa démission, préférant ne pas les révéler à son successeur) :
Par autorisation spéciale du Supérieur Général de l'Institut du Bon Pasteur et délégué plénipotentiaire du Saint-Siège, le Révérendissime Père abbé Dom Forgeot, et sur son ordre expresse, nous publions sur ce site unique et officiel du Bon Pasteur [excusatio non petita…], la dernière lettre de notre Supérieur Général qui fait le point sur la situation actuelle de notre Institut. C'est dire aussi qu'avec notre Supérieur Général et derrière lui, nous attendons avec impatience, dans la prière la loyauté et la confiance, la résolution de la crise. Nous invitons tous les fidèles à se joindre à nos prières pour que le mois de septembre connaisse la résurrection de notre cher institut. Nous les en remercions bien sincèrement. 
Ce mail de notre Supérieur est du premier juillet 2013. 
+ PAX 
Chers Membres de l'Institut du Bon Pasteur, 
Depuis notre réunion du 4 juin dernier, vous êtes tous très présents à ma pensée et à ma prière. 
Le 9 de ce même mois, j'ai écrit à S.Exc. Mgr Di Noia pour lui rendre compte de ma mission. A propos de l'embarras dans lequel je me suis trouvé pour l'élection du " troisième tiers", je lui disais:"Je me suis souvenu d'un passage de la Règle de S.Benoît, au chapitre 64ème, sur l'élection de l'abbé:. N'y a-t-il pas là une certaine analogie avec notre situation actuelle? J'ai pris la responsabilité de procéder au vote, tout en disant aux électeurs que j'avais bien conscience de cette irrégularité et que je m'en ouvrirais à vous en toute franchise, en sollicitant de votre part une sanatio ou une dérogation, étant dans la disposition de me ranger sans hésitation à votre décision". 
Le jour de la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, je recevais la lettre suivante, datée du 20 juin et signée par Mgr Di Noia: 
"TRP, votre lettre en date du 9 juin dernier a exposé les difficultés rencontrées au cours de l'élection du troisème tiers des capitulants appelés à élire prochainement le nouveau Supérieur général de l'Institut du Bon Pasteur. Vous y avez joint le texte de la conférence que vous avez donnée à Fontgombault aux membres de cet Institut. 
Cette Commission pontificale vous remercie très vivement pour l'ensemble de votre action. Puisque les statuts de l'Institut ne prévoient nul quorum pour ce type d'élection (cf. chap. V, art. 4), elle vous invite à poursuivre votre mission.
Nous apprenons donc que, après avoir connu les noms des élus, le Commissaire Dom Forgeot a estimé que l’élection pouvait être valable, en demandant la confirmation à la Commission, laquelle – dans le texte connu – approuve avec une formule générale, mais sans s’exprimer clairement à propos du problème canonique qui a été soulevé. Il est certain qu’en lisant le communiqué du Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie, on se demande si c’est un homonyme de celui qui assaillait Saint Germain l’Auxerrois, de cet “incontrôlable curé de Saint Nicolas du Chardonnet” devenu si docilement “vatican” (tout au moins en public) qu’il faisait maintes fois des jeux de mots à propos des phrases statutaires qui expriment nos spécificités ; en nous demandant si c’est aussi ce même prêtre qui, en tant que Supérieur du Bon Pasteur, s’installait à Poitiers en siège vacant, en bravant l’épiscopat français (pour fermer peu de mois après) et qui maintenant dit « Rome, Rome, Rome », « obéissance et silence, obéissance et silence » face à toute mesure qui « doit l’aider à réorganiser les élections», comme affirme le texte de la “désignation du Commissaire”. Le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique a justement été interpellé sur la compréhensibilité canonique de cette phrase énigmatique et sur sa légitimité juridique, ainsi que sur sa correspondance aux normes les plus élémentaires de correction et de justice. Ce qui aura lieu le 31 août est – évidemment et si les choses restent comme elles le sont – dénué de toute valeur quelconque aux fins de l’élection du Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur. Au prochain épisode.

La Rédaction

[SPO] La forme extraordinaire au Machu Picchu!

L’abbé Franz Prosinger (FSSP) célébrant
la messe traditionnelle dans la chapelle
du monastère Notre-Dame du Silence
SOURCE - SPO - 22 aout 2013
Nous évoquons beaucoup l’application du Motu Proprio en Europe et en Amérique du Nord… Nous disposons de moins d’informations pour les autres parties du globe… et pourtant le Motu Proprio y progresse.

Depuis quelques mois, une messe est célébrée au monastère Notre-Dame du Silence à Urubamba à quelques kilomètres de la fameuse cité inca du Machu Picchu. Cette communauté contemplative est liée à l’œuvre des Missionnaires Serviteurs des Pauvres du Tiers-Monde (Opus Christi Salvatoris Mundi) fondée en 1986 par le Père Giovanni Salerno. Elle dispose de plusieurs œuvres au Pérou (écoles, missions…). Cette œuvre, qui a un lien spirituel avec l’abbaye de Fontgombault, travaille à l’éducation humaine et spirituelle des jeunes du Tiers-Monde. Elle compte des prêtres, des sœurs mais aussi des familles qui se mettent au service de l’œuvre.

Au monastère Notre-Dame du Silence, la messe dans la forme extraordinaire est désormais célébrée tous les jours comme indique un des derniers numéros de la revue de l’œuvre :
«Nous avons eu la joie aussi, d’accueillir comme postulant dans la communauté, l’abbé Franz Prosinger (originaire de Bavière), avec la permission du supérieur majeur de la Fraternité Saint-Pierre. L’abbé Franz, après avoir étudié à l’Institut Biblique de Rome, a travaillé pendant plusieurs années au Pérou comme prêtre missionnaire. Son arrivée au sein de la communauté a rendu possible la célébration quotidienne de la Sainte Messe célébrée selon la forme extraordinaire. “Dieu nous éprouve mais ne nous abandonne pas”».
Au Pérou, une messe en application du Motu Proprio est également célébrée à Lima par Don Pedro Ceriani, OSJ. Prêtre d’origine italienne, membre des Oblats de Saint Joseph, il est missionnaire au Pérou depuis son ordination sacerdotale partageant son temps entre la Cordillère des Andes et Lima. Il célèbre une messe dans la forme extraordinaire chaque dimanche et fête à la paroisse San Marcelo de Lima.
 
La Fraternité Saint-Pie X assure aussi une messe une fois par mois à la chapelle du Niño Jesús de Praga de Lima.

21 août 2013

[SPO] Inauguration au Monastère Sainte-Marie de la Garde

SOURCE - SPO - 21 août 2013

Samedi 24 août à 15 h, Mgr Hubert Herbreteau, évêque d’Agen (Lot-et-Garonne), procédera à la bénédiction des nouveaux lieux monastiques du Monastère Sainte-Marie de la Garde (à quelques kilomètres d’Agen). Il s’en suivra quelques discours, puis un temps de “portes ouvertes” au cours duquel les fidèles pourront découvrir le nouveau chapitre, l’oratoire Saint-Joseph, les cellules monastiques, ou encore l’atelier de sandales… La journée s’achèvera par les Vêpres en action de grâce.

Fin 2002, l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux avait envoyé 8 moines dans le diocèse d’Agen :
« Le 21 novembre 2002, en la fête de la Présentation de la Très Sainte Vierge, ayant quitté leur maison mère, l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux (Vaucluse), sous un ciel pluvieux, un essaim de huit moines arrivait au lieu-dit “Lagarde”, sur la commune de Saint-Pierre-de-Clairac, accueilli par un rayon de soleil prometteur. Le T.R.P. Dom Gérard, fondateur et premier abbé de Sainte-Madeleine, faisait partie du voyage pour guider les tout premiers pas de la jeune communauté composée de quatre Pères et de quatre Frères, et ayant à sa tête comme prieur le R.P. Louis-Marie. Depuis quelques mois déjà, des moines se relayaient afin d’aménager les bâtiments subsistants (autrefois un avant-poste fortifié dépendant de la ville elle aussi fortifiée de Puymirol) en une petite fondation bénédictine. Quelques jours après, Mgr Descubes, évêque d’Agen, qui avait agréé en juillet 2001 notre désir de nous installer dans son diocèse, nous rendait une première visite paternelle et amicale. Il sera de nouveau avec nous, très officiellement, le 8 décembre, pour fêter la patronne de ce monastère, la Très Sainte Vierge Marie, sous son titre d’Immaculée Conception. Amis et voisins furent conviés à cette journée historique ».
Le monastère compte aujourd’hui 13 moines (alors que sa maison-mère, l’abbaye Sainte-Madeleine en compte 55).

On peut suivre les travaux entrepris à Sainte-Marie de la Garde sur ce site.

20 août 2013

[DICI] La leçon de saint François d’Assise

SOURCE - DICI - 20 août 2013
À l’occasion de l’Aïd-El-Fitr, qui marque la fin du mois de Ramadan, le pape François a signé personnellement, le 10 juillet 2013, le message que le Vatican adresse tous les ans aux musulmans, comme Jean-Paul II l’avait fait en 1991. Ce message a été rendu public le 2 août, et le dimanche 11 août, lors de l’Angélus, place Saint-Pierre, le souverain pontife a redit : « Je voudrais adresser un salut aux musulmans du monde entier, nos frères, qui ont il y a peu de temps fêté la conclusion du mois de Ramadan ».

Le pape présente son geste comme une « expression d’estime et d’amitié envers tous les musulmans, spécialement envers leurs chefs religieux », et il appelle chrétiens et musulmans à promouvoir « le respect réciproque à travers l’éducation ». On peut ainsi lire à propos du « respect mutuel dans les relations interreligieuses, notamment entre chrétiens et musulmans » : « ce que nous sommes appelés à respecter c’est la religion de l’autre, ses enseignements, ses symboles et ses valeurs ». Et le message pontifical ajoute au paragraphe suivant : « Il est clair que, quand nous montrons du respect pour la religion de l’autre ou lorsque nous lui offrons nos vœux à l’occasion d’une fête religieuse, nous cherchons simplement à partager sa joie sans qu’il s’agisse pour autant de faire référence au contenu de ses convictions religieuses. »

Contrairement à ce qui est affirmé, ce n’est pas clair. C’est même tout à fait paradoxal. Comment « respecter la religion de l’autre, ses enseignements, ses symboles et ses valeurs », comment « partager sa joie » sans « pour autant faire référence au contenu de ses convictions religieuses » ? Est-ce un respect purement extérieur, pharisaïque ? Comment ce respect est-il perçu par ceux qui reçoivent une telle « expression d’estime et d’amitié » ?

Une confusion est entretenue dans ce texte. Le respect dû aux personnes n’entraîne pas le respect de leur religion lorsqu’elle s’oppose à la vérité révélée du Dieu Trine, comme dans l’islam. De même que le zèle du médecin pour la santé de son malade est à la mesure de son zèle à combattre la maladie dont il souffre, de même l’amour du pécheur est proportionné à la détestation du péché dont on veut le délivrer.

Dans son message aux musulmans, le pape cite son saint patron, François d’Assise, qu’il présente en ces termes : « un saint très célèbre qui a si profondément aimé Dieu et chaque être humain au point d’être appelé le ‘Frère universel’ ». Voici ce que le Poverello répondit, en 1219, au sultan d’Egypte, Malik al-Kâmilqui lui déclarait : « Votre Seigneur vous a enseigné dans ses évangiles que vous ne deviez pas rendre le mal pour le mal, et aussi d’abandonner le manteau… Alors les chrétiens devraient-ils bien ne pas envahir mes États, n’est-ce pas ?”. Le saint fit cette réponse : « Vous ne semblez pas avoir lu l’Évangile de Notre Seigneur le Christ tout entier ; car il est dit par ailleurs : ‘Si ton œil te scandalise arrache-le et jette-le loin de toi…’ Il a donc voulu par là nous enseigner qu’il n’est homme qui nous soit si cher ou si proche parent, quand bien même nous serait-il aussi précieux que notre œil, s’il paraît se détourner de la foi et de l’amour de Notre Seigneur, nous devons nous en séparer, l’arracher le rejeter loin de nous. C’est pourquoi les chrétiens ont eu raison d’envahir les terres que vous occupez parce que vous avez blasphémé le nom du Christ et que vous avez soustrait à son culte tous ceux que vous avez pu. Mais si vous vouliez connaître notre Créateur et notre Rédempteur, les confesser et leur rendre hommage, les chrétiens vous chériraient comme ils se chérissent entre eux.” (Récit du frère qui accompagnait saint François lors de cette entrevue, rapporté par saint Bonaventure) – Saint François distingue bien ici le rejet de l’erreur et l’amour pour ceux qu’il souhaite pouvoir chérir, à condition qu’ils reconnaissent le Christ.

L’abbé Patrice Laroche, professeur au séminaire de Zaitzkofen (Allemagne), et auteur d’une thèse de doctorat sur « l’évangélisation des musulmans en France » (Strasbourg, 2001), affirmait lors d’une conférence donnée à Paris, le 8 mars 2006 (in Nouvelles de Chrétienté n° 98, mars-avril 2006) : « Ayant assimilé les idéaux de deux siècles de culture libérale, l’Eglise post-conciliaire donne plus de poids à la parole de l’homme qu’à la Parole de Dieu, sa mission n’est donc plus la propagation de la foi dont naît l’amour, mais le dialogue d’où devraient sortir selon ses partisans le respect mutuel et la fraternité universelle. Si elle rabaisse sa mission à un niveau qui reste de ce monde, elle mérite le reproche d’être infidèle à son Seigneur. » Et de citer Raymond Lulle (1232-1315) : « Que l’Eglise cesse d’être missionnaire, et elle est aussitôt menacée d’affaiblissement interne. L’oubli de la ferveur primitive explique l’essor de l’islam qui a déjà amputé la chrétienté d’une moitié de son étendue et de ses fidèles » ; et Charles de Foucauld, écrivant à René Bazin en 1906 : « Apprenez bien par cœur que c’est seulement en christianisant les musulmans que vous les civiliserez, que c’est en les civilisant que vous les intégrerez, et que c’est en les intégrant que vous ajouterez d’autres Cyprien et Augustin à vos Vincent de Paul et Curé d’Ars ».

En rupture avec la Tradition, le message aux musulmans du 10 juillet 2013 s’inscrit dans la droite ligne du concile Vatican II dont la Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes, Nostra Aetate (28 novembre 1965) affirme au n°3 : « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre,qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. »

Cette déclaration conciliaire fait bien référence au contenu des convictions religieuses professées par les musulmans. Ce qui soulève plusieurs questions : En quoi désirent-ils “se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu”, dès lors qu’ils rejettent la Révélation faite aux hommes ? Comment adorent-ils “le Dieu qui a parlé aux hommes”, alors qu’ils rejettent la révélation du Fils de Dieu ? Comment honorent-ils “la Mère virginale” de Celui qu’ils ne reconnaissent pas pour Dieu ? Comment peuvent-ils honorer la Mère s’ils méprisent son Fils, « le fruit béni de ses entrailles » ?

Mais c’est surtout au paragraphe suivant du même n°3 que l’on voit que ce message est bien l’écho de la Déclaration Nostra Aetate : « Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passéet à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. »

Doit-on pour oublier le passé fermer les yeux sur le présent, c’est-à-dire sur le martyre de tant de chrétiens en Égypte, en Syrie, en Irak, au Nigéria, au Pakistan, en Thaïlande, en Indonésie ou aux Philippines ? Faut-il à la persécution sanglante dont ils sont les victimes ajouter l’oubli du témoignage qu’ils donnent au prix de leur vie ?

Désireux de ne pas favoriser cet oubli dicté par le dialogue interreligieux, depuis 50 ans, le Chapitre général de la Fraternité Saint-Pie X avait tenu à rappeler dans sa déclaration finale du 14 juillet 2012 : « Nous nous unissons aux autres chrétiens persécutés dans les différents pays du monde qui souffrent pour la foi catholique, et très souvent jusqu’au martyre. Leur sang versé en union avec la Victime de nos autels est le gage du renouveau de l’Eglise in capite et membris, selon ce vieil adage ‘sanguis martyrum semen christianorum’. »

(DICI du 20/08/13)

[Paix Liturgique] Langues vernaculaires: Quand Etienne Gilson rappelait que les mots ont un sens...

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°401 - 20 août 2013

Placé par Paul VI « au premier rang parmi ceux qui ont initié nos contemporains aux richesses, souvent oubliées ou dédaignées, de la philosophie médiévale », Étienne Gilson (1884-1978) est l’un des penseurs catholiques majeurs du XXe siècle. 

Membre de l’Académie française, il a enseigné à la Sorbonne, à Harvard et a participé à la fondation de l’Institut pontifical d’études médiévales (PIMS) de Toronto. Il a surtout entretenu de nombreuses correspondances dont les plus célèbres sont celles avec Jacques Maritain et le Père Henri de Lubac. Même si ses sensibilités politique (il fut sénateur MRP) et religieuse l’ont fait se distancer fortement, avant le Concile, de l’École romaine de théologie et des théologiens de Pie XII, il s’est retrouvé, après le Concile, du côté des grands déçus.

En 1965, Jean de Fabrègues publie en première page de La France Catholique un article de Gilson intitulé “Suis-je schismatique ?”. Un titre évidemment rhétorique mais qui traduit la réalité d’une interrogation que se pose le philosophe sur la traduction en langue vernaculaire des vérités de la foi jusque-là exprimées en latin.
C’est ce texte que nous vous proposons aujourd’hui.
I – LA TRIBUNE D’ÉTIENNE GILSON 
(La France Catholique, n° 970, 2 juillet 1965)
SUIS-JE SCHISMATIQUE ?
par Étienne Gilson de l’Académie française.  
On parle beaucoup de schisme, ces temps-ci. Cela m’a d’abord surpris, mais sans m’inquiéter. J’avais toujours cru que les schismes étaient des sécessions collectives par lesquelles des groupes de chrétiens se séparaient de l’Église en corps pour se constituer eux-mêmes en églises distinctes. Cela n’arrive pas souvent, mais cette manière d’entendre les choses exclut toute crainte de créer pour soi-même un petit schisme personnel. Je viens d’apprendre que cette confiance est mal fondée, et qu’un seul individu peut s’offrir le luxe d’un schisme privé, pourvu seulement qu’il s’établisse, consciemment et intentionnellement, hors du corps des fidèles.  
Cela peut se faire de bien des manières. La plus remarquable que je connaisse est celle de ce prêtre de Boston, qui se fit naguère exclure du corps de l’Église pour son obstination à enseigner, ce que l’on m’enseignait pourtant dans mon enfance, que, hors l’Église, point de salut. Et le voilà lui-même dehors ! II doit être bien étonné, mais son cas peut inquiéter d’autres que lui, car il suit, en effet, de là qu’une personne particulière peut devenir schismatique sans s’en apercevoir. Il lui suffit pour cela de refuser son adhésion à quelque formule particulière de la doctrine que l’Église enseigne et prescrit d’accepter. Je commence à me demander si, contre mon intention la plus profonde, je ne serais pas moi-même engagé sur la voie d’une aussi périlleuse erreur. 
Voici les faits.  
Dans une des paroisses que je fréquente, on distribue aux fidèles avant la grand-messe, le texte des prières liturgiques qui doivent être chantées en français, ou dans un dialecte approchant, pourvu que ce ne soit pas du latin et encore moins du grec. Je n’y vois pour ma part aucun inconvénient et puisque cette réforme liturgique est en cours, les fidèles n’ont qu’à s’y conformer. Va donc pour "terre entière" puisque entière il y a!  
J’avais été pourtant décontenancé, au début par un passage du Credo français, où il est dit que le Fils est "de même nature" que le Père. Je pouvais bien chanter le reste, mais ce de même nature ne passait pas. En y réfléchissant, j’eus tôt fait de voir pourquoi. C’est qu’ayant toujours chanté, en latin, que le Fils estconsubstantiel au Père, il me semblait curieux que cette consubstantialité se fût ainsi changée en une simple connaturalité. 
Nos prêtres semblent d’ailleurs n’avoir pas été informés de l’événement. À la grand’messe, l’officiant continue imperturbablement de chanter "consubstantialem Patri", comme si rien n’était arrivé, mais, nous autres, laïcs de plat pays, nous n’avons qu’à suivre la liturgie simplifiée à notre usage. C’est ce que me répondit le jeune vicaire à qui je finis un jour par demander, en recevant de lui ma messe française, si de même nature n’était pas une faute d’impression. "Moi, me dit-il, je suis là pour distribuer les feuilles ; tout ce que vous avez à faire est de chanter ce qui est écrit dessus."  
Au fond, il avait raison. De quoi allais-je me mêler ? Le grand avantage, pour les laïcs, d’être invités à une passivité complète, c’est d’être déchargés par là même de toute responsabilité. Ils le seraient sans ce diable de schisme ! Deux êtres de même nature ne sont pas nécessairement de même substance. Deux hommes, deux chevaux, deux poireaux, sont de même nature, mais chacun d’eux est une substance distincte, et c’est même pourquoi ils sont deux. Si je dis qu’ils ont même substance, je dis du même coup qu’ils ont même nature, mais ils peuvent être de même nature sans être de même substance. Suis-je encore tenu de croire que le Fils est consubstantiel au Père ? Suis-je au contraire tenu de les croire seulement de même nature ? Et si je m’obstine à les croire d’abord consubstantiels, ne vais-je pas, schismatique en révolte contre la liturgie de ma paroisse, me séparer de l’Église à laquelle je suis si profondément attaché ?  
C’est une situation bien embarrassante. On pourrait supposer que l’Église de France poursuit en cela une fin œcuménique ; mais non, les symboles grecs d’Épiphane et de Nicée disent expressément du Fils qu’il est omousion tô patri. Le symbole dit de Damase, usité en Gaule vers l’an 500, dit bien du Père et du Fils qu’ils sont unius naturae, mais il ajoute aussitôt uniusque substantiae unius potestatis. L’antique symbole Clemens Trinitas est una divinitas affirme en ces termes l’unité de la Trinité divine, parce que les trois personnes sont "une seule source, une seule substance, une seule vertu et une seule puissance". Les personnes ont la même nature, divine, en tant qu’elles sont trois ; en tant qu’elles sont en un seul Dieu, elles ont la même substance : "Trois, ni confondus ni séparés, mais conjoints dans la distinction et distincts dans la conjonction : unis par la substance, mais distincts par les noms ; conjoints par la nature, distincts par les personnes". Je citerai autant de formules de la foi qu’on voudra pour anathématiser, avec le Concile romain de 382, ceux qui ne proclament pas ouvertement que le Saint-Esprit, le Père et le Fils, sont unius potestatis atque substantiae, et, redisons-le, l’unité de substance implique l’unité de nature, mais pour tant de textes qui affirment l’unité de substance, en mentionnant ou non l’unité de nature, je ne me souviens d’aucun où l’unité de nature soit seule mentionnée : "On croit que le Fils est d’une même substance avec le Père : c’est pourquoi on le dit homoousios avec le Père, c’est-à-dire ejusdem cum Patre substantiae, en effet, en grec, omos veut dire un, et ousia veut dire substance, de sorte que les deux ensemble veulent dire : une seule substance." 
Le Concile de Tolède (675) me semble fort bien parler. Les trois personnes divines sont un seul Dieu parce qu’elles sont une seule substance : "Hae tres personae sunt unus Deus, et non tres dii : quia trium est una substantia, una essentia, una natura, una divinitas, una immensitas, una aeternitas." ; le Décret sur les Jacobites (1441) plaçait encore en premier lieu l’unité de substance, source de tous les autres.  
Le symbole français de 1965 est, je crois, le premier qui ne se fasse pas faute de l’éliminer!  
Que penser de tout cela ? Le plus sage serait assurément de n’en rien dire. Un texte liturgique vu, certainement examiné de près par de hautes compétences théologiques, et adopté par elles, doit présenter toutes les garanties nécessaires. On ne veut certainement pas nous ramener à l’homoiousios de jadis, source de l’un des schismes les plus redoutables qui aient divisé l’Église : le moindre soupçon de ce genre serait absurde. Pourtant, ce ne peut être par hasard, par ignorance ni par négligence que la nature est ici venue remplacer la substance. Pourquoi cette substitution s’est-elle opérée?  
Pour un motif apostolique, je crois, et généreusement chrétien. On veut faciliter aux fidèles l’accès des textes liturgiques. On le veut si ardemment qu’on va jusqu’à éliminer du français certains mots théologiquement précis, pour leur en substituer d’autres qui le sont moins, mais dont on pense, à tort ou à raison, qu’ils "diront quelque chose" aux simples fidèles. De même nature semble plus facile à comprendre que de même substance. Ce l’est, en effet, si on prend ce terme à la lettre, et c’est bien là ce que pensaient les Ariens, mais les liturgistes du texte ne pensent certainement pas que le Fils soit d’essencesemblable au Père. Ils ne le pensent, ni le disent, ni ne veulent le dire ; alors la seule manière sûre d’exclure ce faux sens est de maintenir le consubstantialem Patri de la tradition.  
Il serait troublant de penser qu’une sorte d’avachissement de la pensée théologique puisse tenter certains de se dire qu’au fond ces détails techniques n’ont guère d’importance. Car à quoi bon faciliter l’acte de croire, s’il faut pour cela délester d’une partie de sa substance le contenu même de l’acte de foi ? 
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) 50 ans après l’interrogation d’Étienne Gilson, la question de la traduction en langue vernaculaire des textes liturgiques, mais aussi de l’Écriture en général, se pose toujours. En 2001, “Liturgiam authenticam”, la Cinquième Instruction (la cinquième instruction, sans parler des lettres, monitions, etc., déplorant les innombrables « abus », toutes aussi impuissantes !) pour la correcte Application de la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium) est publiée par le Saint-Siège. Elle a pour objet d’accompagner la présentation, l’année suivante, de l’editio typica tertia du Missel romain. Dans letexte de présentation de l’Instruction, il est rappelé :
– la nécessité d’une attention permanente afin de garantir l’identité du Rite romain sur le plan mondial,
– la valeur sacrée de la Liturgie et la nécessité que les traductions reflètent attentivement cette caractéristique,
– la référence aux différents documents pontificaux précédents en matière d’approche pour la traduction des textes liturgiques, de manière à ce qu’elle réponde à un critère qui ne soit pas tant celui de la créativité mais plutôt de la fidélité et de l’exactitude de la traduction vernaculaire issue du texte latin.

À compter de 2001-2002, toutes les commissions liturgiques internationales sont donc appelées à préparer la mise à jour des missels en langue vulgaire en fonction de l’editio tertia et des recommandations deLiturgiam authenticam. Alors que la parution des premiers missels en langue vulgaire avait été quasi simultanée à la publication du missel de Paul VI, plus de dix ans après, on attend toujours la traduction française de son editio tertia... En 2009 a été introduite l’édition espagnole pour le Chili, l’Argentine et l’Uruguay mais l’Espagne comme le Mexique sont encore dans l’attente (il existe en effet plusieurs versions du missel dans les pays hispaniques). La traduction anglaise n’a pour sa part été introduite qu’en 2011 et la traduction en italien en est au même point que la nôtre. Bref, le “délai raisonnable” prévu au paragraphe 77 de Liturgiam authenticam semble plus que dépassé, ce qui prouve bien combien ce sujet est sensible car théologiquement significatif.

2) Le texte d’Étienne Gilson est bien évidemment important pour l’interrogation doctrinale qu’il soulève, et nous reviendrons prochainement sur la traduction du Credo en français. Mais il vaut tout autant pour ce qu’il révèle du climat des années conciliaires et qui explique pour une grande part que Benoît XVI ait parlé d’herméneutique de rupture.

Gilson cite le cas du prêtre de Boston déclaré schismatique pour être demeuré fidèle à la devise “extra Ecclesiam nulla salus”. L’histoire est véridique, bien que plus complexe : il s’agit en l’occurrence de celle du jésuite Leonard Feeney qui fit du bruit dans les années 50 aux États-Unis et que Gilson, à l’époque à Toronto, a donc eu l’occasion de connaître (lui-même et les communautés qui adhéraient à sa théologie, avaient été condamnés par Pie XII, en 1949, parce qu’ils assimilaient à la damnation la non-appartenance explicite à l’Église catholique). Gilson s’arrête aussi sur le jeune vicaire qui refuse, ou est incapable, de lui donner une explication théologique, se contentant d’affirmer n’avoir d’autre rôle que de distribuer les feuilles de chant... Manque de formation, refus du dialogue, langue de buis, fonctionnarisation, inexpérience ? Gilson refuse de trouver une explication à cette attitude du vicaire et se contente de conclure que le fidèle qu’il est ferait mieux d’accepter cette “passivité complète” à laquelle il est invité. 

Avec cet humour de second degré qu’affectionnait Gilson : alors que les tenants de la réforme conciliaire vont faire de la “participation active” des fidèles l’un de leurs grands mots d’ordre, Gilson voit dès 1965 que c’est en fait à une active passivité et à une soumission presque absolue à des tyranneaux locaux – pathétiques et souvent incompétents, agissant en vrai propriétaire de leur paroisse, ne dépendant de personnes et surtout pas de leur évêques – que les fidèles vont être cantonnés!

3) Dans ce que dénonce Étienne Gilson, on est au-delà de ce que Benoît XVI qualifiera d’« herméneutique de rupture » (il voulait dire : interprétation outrée du Concile) : les feuillets du vicaire portant nouvelle traduction du Credo sont une atteinte au dogme. Mais Gilson explique bien la nature de cette blessure du dogme. Il ne s’agit nullement pour ceux qui traduisent « consubstantiel » par « de même nature » d’insinuer une hérésie christologique : ils désirent simplement faciliter aux fidèles l’accès aux textes liturgiques en banalisant les termes difficiles, quitte à les fausser, plutôt que d’en expliquer le sens. Or ces termes sont directement (le consubstantiel) ou indirectement (les prières qui parlent de sacrifice propitiatoire) ceux par laquelle l’Église enseigne la foi. On est en présence, non pas d’une rupture théologique – hélas ! pourrait-on dire, car l’hérésie nécessite que l’on s’intéresse au langage du Magistère –, mais, dit Gilson, d’un « avachissement théologique ». Le discours liturgique postconciliaire (de même que la prédication et la catéchèse) a pu parfois tomber dans l’hérésie. Mais il procédait surtout d’une édulcoration de la théologie, d’un désintérêt pour le dogme, et au total d’un affadissement de la foi, dont on voit aujourd’hui les désastreuses conséquences.