3 septembre 2013

[Don Pierpaolo Petrucci - FSSPX Italie] "l'Église a besoin de prêtres courageux, animés d'un esprit surnaturel..."

SOURCE - Don Pierpaolo Petrucci - FSSPX Italie - via La Porte Latine - 3 septembre 2013

Nous avons pu réaliser cet interview de l'abbé Pierpaolo Maria Petrucci, qui depuis près d'un an et demi est le Supérieur du District italien de la FSSPX. Nous le remercions de sa disponibilité et passons immédiatement aux questions.
Q. 1 - La vie du District d'Italie a, au cours de cette période, été marquée par de nombreux évènements très positifs. Je souhaiterais parler en premier lieu du pré-séminaire italien, qui représente une structure directement liée au but principal de la Fraternité, à savoir la formation de nouveaux prêtres. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
R. - La première année d'activité du pré-séminaire a été très positive : nous avons eu la présence de plusieurs jeunes, et l'un d'entre eux entrera en septembre prochain au séminaire de Flavigny. Pour cette année qui va commencer, nous avons un nombre encore plus grand de demandes que nous allons examiner dans les semaines à venir. L'activité de formation commencera le premier octobre.
Q. 2 – Pourriez-vous nous décrire brièvement l'organisation de la vie au sein de ce pré-séminaire? Que devrait faire un jeune qui se trouverait intéressé d'y entrer?
R. - Le pré-séminaire a deux buts essentiels : tout d'abord, vérifier la vocation des jeunes aspirants, mais également, pour ceux qui découvriraient qu'ils ne sont pas appelés au sacerdoce, leur fournir une formation chrétienne, théologique et spirituelle, qui leur servira à chaque moment de leur vie. Parce qu'il est important effectivement que les futurs pères de famille soient eux aussi des chrétiens militants et des combattants pour le Règne Social de Notre Seigneur Jésus-Christ.Au pré-séminaire, la journée-type se déroule comme suit : le matin ont lieu des cours sur la Doctrine chrétienne, une Introduction à la Philosophie et à la Théologie, des notions de Liturgie et de Spiritualité catholique et l'étude des Actes du Magistère des Papes. Ces cours nous permettent entre autre d'expliquer la position de la FSSPX face à la crise actuelle de l'Église ; cette position correspond du reste à celle qu'a constamment exprimée le Magistère, et ce jusqu'au Concile Vatican II. L'emploi du temps de l'après-midi prévoit le travail individuel ainsi que des activités manuelles. Auxquelles s'ajoutent des visites de la ville de Rome. La prière en commun de certaines parties de l'Office divin et du Chapelet rythment les journées dont le cœur est la célébration de la Sainte Messe.
Q. 3 - Les jeunes gens qui s'adressent au pré-séminaire arrivent généralement d'autres expériences de séminaires ou bien ils arrivent-ils directement à la FSSPX?
R. - Je dirais qu'en fait nous rencontrons les deux cas : certains arrivent chez nous démoralisés et scandalisés d'expériences antérieures négatives ; d'autres, qui sont au courant de la situation actuelle dans les séminaires modernes, s'adressent directement à nous et nous demandent une formation traditionnelle. Et de manière générale, ceux qui souhaitent suivre ces cours peuvent s'adresser à nos Prieurés et en particulier à celui d'Albano.
Q. 4 – Parlons à présent d'autres réalisations en cours dans le District. Et notamment la naissance du nouveau Prieuré de Vénétie, qui est un événement important. Car en fait la fondation du dernier Prieuré en Italie est celle de Rimini, et il y a trente ans de cela. Or il semble qu'après tant de péripéties, le processus d'expansion soit maintenant en train de se remettre en marche. Pourriez-vous nous dire comment ce nouveau Prieuré est né ?
R. - Depuis des années le Prieuré de Rimini envoyait chaque semaine un prêtre pour célébrer la Messe à Lanzago di Silea où nous avons une petite chapelle avec un terrain attenant. Le projet est venu avec le temps de transformer cette structure en un Prieuré. Nous avions dans un premier temps eu l'idée de construire un nouveau bâtiment, mais nous avons été freinés par des complications bureaucratiques. Et puis, la Providence nous a fait trouver une grande maison mise en vente juste côté de notre propriété. À présent, celle-ci a simplement besoin d'un léger réaménagement et juste après, si Dieu le veut, nous pourrons inaugurer le nouveau Prieuré.
Q. 5 – D'autres projets sont également en cours à Seregno et San Damiano di Piacenza. De quoi s'agit-il ?
R. - À Seregno, qui est un centre où nous avons un bon nombre de fidèles, nous avons acheté un bâtiment industriel que nous avons l'intention de transformer en église. À l'avenir, ce grand espace pourrait lui aussi devenir un nouveau Prieuré. Nous espérons commencer les travaux de transformation au cours de ce mois de septembre. À San Damiano aussi il existe un bâtiment, géré par le District suisse, qui organise des pèlerinages. Ce District a décidé de réaménager la maison et il sera probablement possible de construire une nouvelle chapelle.
Q. 6 – C'est l'année dernière aussi que la première école primaire italienne de la FSSPX a été lancée. Que représente cette initiative ?
R. - Il s'agit d'une petite école reliée au Prieuré de Rimini. Pour l'instant, il n'y a que cinq élèves. Mais nous comptons bien poursuivre sur cette voie en fondant de nouvelles écoles, voire des collèges et des lycées. Le combat pour l'école catholique est fondamental pour l'Église, surtout actuellement où des lois de plus en plus contraires même au droit naturel sont en train d'être mises en place, lois dont les répercussions seront très négatives au niveau de l'enseignement. Peut-être qu'en Italie cette nécessité ne se faisait pas sentir avec autant d'acuité que dans les autres pays, car dans ce pays l'idée qui domine c'est que l'école publique, qui prévoit l'enseignement de la Religion, n'est pas à proprement parler une institution laïque. Malheureusement c'est tout le contraire qui se passe, à savoir que toute la conception de l'école moderne est fondée sur le concept de base que l'existence de Dieu et les devoirs de l'Homme envers Dieu sont des considérations facultatives et que par conséquent chacun en fait ce qu'il veut. L'Église a toujours enseigné aux Catholiques de donner à leurs enfants une formation vraiment chrétienne et de les préserver de l'école laïque. En France, les Catholiques sont depuis des années habitués à lutter contre l'école athée d'État. La Fraternité Saint Pie X a pu réaliser dans ce pays de nombreuses écoles. Et nous espérons en faire autant en Italie.
Q. 7 – À la différence des autres pays, la Fraternité en Italie semble avoir plus de contacts avec le clergé diocésain et peut-être même avec quelques évêques. Vous confirmez cette impression ?
R. - Disons que par principe nous nous efforçons d'avoir des contacts avec les prêtres, les curés ainsi qu'avec les évêques. C'est important aussi pour faire reculer certains préjugés nous concernant. Nous organisons régulièrement des rencontres et des exercices spirituels pour les prêtres. Même lorsque les positions de certains ne concordent pas avec les nôtres , nous ne refusons jamais une franche confrontation qui sert à mieux faire comprendre notre position. Et puis il est vrai que depuis la promulgation du Motu Proprio "Summorum Pontificum", de nombreux prêtres italiens ont recommencé à célébrer la messe traditionnelle. Ceux-là ont été très nombreux à s'adresser à la Fraternité Saint Pie X, nous demandant des textes, des missels, une formation liturgique, voire même une formation doctrinale. Le fait de se remettre à célébrer la Sainte Messe traditionnelle est très souvent un premier pas pour retrouver la saine Théologie et découvrir ainsi la crise profonde que l'Église traverse de nos jours.
Q. 8 – D'après vous de quoi l'Église aurait-elle le plus besoin dans le contexte actuel ?
R. - Je pense que l'Église a besoin de prêtres courageux, animés d'un esprit surnaturel, des prêtres qui vivent à la lumière de la Foi et qui, à la lumière de la Doctrine immuable, aient le courage de dénoncer sans ambages les erreurs du monde moderne. Prenons ne serait-ce que cette horrible loi qui vient tout récemment d'être approuvée en France sur le mariage homosexuel, et que la hiérarchie a pratiquement passée sous silence. Les traditionalistes ont été les seuls à se mobiliser avec beaucoup d'énergie.
Q. 9 – Peut-être qu'en Italie on rencontrera plus de courage auprès des laïcs catholiques ?
R. - Je pense que oui et cela me semble être un signe très positif, mais ce n'est pas suffisant. L'amour de la vérité doit aussi nous pousser à placer les représentants de la hiérarchie face à leurs propres responsabilités de pasteurs. Cela fait aussi partie des devoirs des fidèles que de signaler les erreurs à leurs supérieurs, avec bien entendu tout le respect et la considération dus à leur rôle. Je suis convaincu que si, en plus des laïcs, les membres de la hiérarchie ecclésiastique qui se rendent compte de la crise profonde que nous sommes en train de vivre au sein de l'Église avaient le courage de se faire connaître, les choses pourraient bien avancer dans le bon sens. C'est là, je crois, la condition essentielle pour entamer une véritable restauration au sein de l'Église.
Q. 10 – Souhaiteriez-vous ajouter encore quelques mots en conclusion ?
R. - Je voudrais encore souligner le rôle fondamental de la famille dans la propagation de la Foi. Nous avons besoin de familles authentiquement catholiques qui sachent accueillir avec générosité les enfants qui naissent comme étant un don de Dieu. Les familles nombreuses sont toujours une bénédiction pour la société chrétienne. Et puis, il est important de pouvoir compter sur des laïcs préparés qui soient capables de soutenir les Prêtres dans le combat culturel contre l'esprit du monde. En Italie nous en avons déjà un bon nombre, mais je voudrais qu'ils soient encore plus nombreux, et qu'ils sachent s'unir et s'organiser pour agir efficacement afin d'œuvrer à la restauration de l'ordre social et politique, selon les principes de l'Église.Entretien réalisé parpar Marco Bongi, le 3 septembre 2013, en la fête de saint Pie X, patron de la FSSPX
Sources : District d'Italie/LPL - Traduction O. C-R pour La Porte Latine

[Credidimus Caritati] Mgr Lefebvre : ne jamais abandonner le successeur de Pierre

SOURCE - Credidimus Caritati - 3 septembre 2013

Lorsque les abus proviennent de l’autorité de l’Église, que les faits font grandir la déception, la tentation est grande de simplifier, d’insulter, de se fourvoyer dans de fausses options, de se réconforter dans les illusions. Ainsi, devant les scandales œcuméniques et liturgiques, certaines âmes, victimes des abus, se sont-elles accaparées les prérogatives du Siège apostolique et ont cru pouvoir dire que tel homme n’était pas pape. Elles se sont fait leur petite papauté à elles seules et se sont donné la possibilité de pouvoir lier et délier. On choisit son pape, on rejette son successeur, on garde le suivant. Les faits pourtant demeurent : les pontifes romains sont légitimement élus et unanimement reconnus comme pasteurs de l’Église universelle. Mgr Lefebvre demande de bien revenir aux faits : Malgré toutes les causes de scandale provenant des papes eux-mêmes, il ne faut « jamais abandonner le successeur de Pierre ». L’écueil du sédévacantisme, il l’a dénoncé jusqu’au soir de sa vie. Mais déjà, lors des ordinations du 29 juin 1982, dans un sermon qui tentait de cerner le mystère de l’Église, il a prononcé l’un de ses prêches les plus marquants et a abordé le sujet de la papauté :
« Eh bien, nous vivons cette époque. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Les choses sont là devant nous, elles ne dépendent pas de nous. Nous sommes témoins de ce qui se passe dans l'Eglise, de ce qui s'est passé d'effrayant depuis le Concile, de ces ruines qui s'accumulent de jour en jour, d'année en année, dans la Sainte Eglise. Et plus nous avançons et plus les erreurs se répandent et plus les fidèles perdent la foi catholique. Une enquête faite récemment en France, disait qu'il n'y avait pratiquement plus que deux millions de catholiques français qui sont encore vraiment catholiques. Alors nous allons à la fin. Tout le monde tombera dans l'hérésie; tout le monde tombera dans l'erreur, parce que des clercs – comme le disait saint Pie X – se sont introduits à l'intérieur de l'Eglise et ont occupé l'Eglise et ont répandu les erreurs à la faveur de l'autorité qu'ils occupent dans l’Eglise. 
« Alors sommes-nous obligés de suivre l'erreur parce qu'elle nous vient par voie d'autorité ? Pas plus que nous ne devons obéir à des parents qui sont indignes et qui nous demandent de faire des choses indignes; pas plus nous ne devons obéir à ceux qui nous demandent d'abandonner notre foi et d'abandonner toute la tradition. Il n'en est pas question. 

« Oh certes, c'est un grand mystère. Grand mystère de cette union de la divinité avec l'humanité. L'Eglise est divine, l'Eglise est humaine. Jusqu'où les défauts de l'humanité peuvent – je dirais – presque atteindre la divinité de l'Eglise ? Dieu seul le sait, c'est un grand mystère. Mais nous, nous constatons les faits. Et nous devons nous placer devant des faits et ne jamais abandonner l'Eglise, l'Eglise catholique et romaine, ne jamais l'abandonner. Ne jamais abandonner le successeur de Pierre, parce que c'est par lui que nous sommes rattachés à Notre Seigneur Jésus-Christ, à l’évêque de Rome, successeur de Pierre. 
« Mais si par malheur, entraîné par je ne sais quel esprit ou quelle formation, ou quelle pression qu'il subit, par négligence, il nous laisse et il nous entraîne dans des chemins qui nous font perdre la foi, eh bien nous ne devons pas le suivre tout en reconnaissant cependant qu'il est Pierre et que s'il parle avec le charisme de l'infaillibilité, nous devons accepter. Mais lorsqu'il ne parle pas avec le charisme de l'infaillibilité, il peut très bien se tromper. Hélas, ce n'est pas la première fois que cela arrive dans l'Histoire. »

[Grégory Solari - Blog de La Croix] François et François

SOURCE - Grégory Solari - Blog de La Croix - 3 septembre 2013

Entre François et François, rien ne va plus. Entendez, entre le pape François et François d’Assise, ou plus exactement une branche de ses frères : les Franciscains de l’Immaculée. A la faveur du Motu proprio de 2007 rendant sa visibilité à la forme extraordinaire du rite latin, les Franciscains de l’Immaculée ont adopté la liturgie tridentine en raison de son caractère contemplatif. Si l’on en croit les récents événements, ce choix n’a pas fait l’unanimité dans la communauté. Certains frères ont fait appel à la Congrégation pour les religieux, invoquant notamment le problème que l’adoption des livres liturgiques antéconciliaires posait par rapport à «l’unité ecclésiale» de la communauté. Résultat : depuis le 11 août 2013, à la suite de la décision prise par la Congrégation des religieux, les Franciscains de l’Immaculée doivent célébrer ordinairement dans la forme ordinaire (Missel de Paul VI), et extraordinairement dans la forme extraordinaire.
Résurrection liturgique
La chose mérite attention pour deux raisons. La première est que la décision de la Congrégation a très probablement été approuvée par le pape François. Elle donne la tonalité de la position du Saint Père par rapport à la question de la forme extraordinaire, et d’une manière plus générale, par rapport à la liturgie. La seconde est qu’elle pourrait donner à croire que cette décision entre en collision avec sinon la lettre du moins l’esprit du Motu proprio de Benoît XVI. En redonnant sa visibilité au Missel du Bienheureux Jean XXIII (ie, le missel dit tridentin), le pape émérite avait deux intentions majeures : 1) inscrire la réforme liturgique – et via celle-ci le concile tout entier – dans une histoire non dialectique de l’Eglise ; 2) permettre une possible fécondation mutuelle (du point de vue de l’éthos célébratoire avant tout) des formes du rite latin. La question des revendications de la Fraternité Saint-Pie-X vient en troisième lieu. Il n’était pas question, comme on l’a entendu un peu trop dire dans les milieux dits de «la tradition», de revenir petit à petit sur la réforme, voire de la remettre en cause, ou sur le concile. Le retour à une papauté de style tridentin n’était pas à l’ordre du jour ; la renonciation de Benoît XVI l’a clairement démontré. Comme le pontificat actuel. Cela veut-il dire que les lectures tridentinisantes du Motu proprio se soient complètement trompées ? Non.
Le risque d’une Eglise fantôme
Le concile l’a rappelé : liturgie et ecclésiologie sont inséparables. Réintroduire le missel tridentin, c’était aussi réintroduire quelque chose de l’ecclésiologie qui l’a façonné. Je sais bien que le missel dit tridentin remonte dans sa structure à Grégoire le Grand, mais il reste que via le «ritus servandus» (la règle de la célébration), c’est le concile de Trente qui lui a donné la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Or avec ce missel, étant donné que tous les autres livres liturgiques antéconciliaires ont été autorisés, y compris le Pontifical qui est utilisé pour l’ordination des prêtres, c’est toute l’ecclésiologie d’avant Lumen gentium (et des autres documents à portée ecclésiologique) qui a ressurgi avec le Motu proprio. Comme un fantôme. Du moins c’est le risque que présente ce retour si les communautés ou les prêtres qui célèbrent la forme extraordinaire ne sont pas assez enracinés intérieurement dans l’enseignement du Magistère vivant. D’où, dans certains cas, cet effet, qui est contraire aux attentes de Benoît XVI : alors que la forme extraordinaire devait souligner la continuité, elle a pu manifester une certaine rupture latente.
Ite, missa est
La décision, si elle a bien été approuvée par le pape François, a le mérite de confirmer l’intention de son prédécesseur – celle-ci était d’ailleurs très claire dans la lettre accompagnant le Motu proprio –, mais que les négociations avec la FSSPX ont un peu fait perdre de vue : la forme extraordinaire ne doit pas être un «réduit» ecclésial – la traduction liturgique d’un «donatisme» ecclésiologique. En ce sens, la décision du pape François n’entre pas en collision avec le Motu proprio, comme a pu l’écrire le vaticaniste Sandro Magister. Il est vrai cependant, et tout le monde a pu l’observer depuis son élection, que le pape François n’a pas la fibre liturgique de Benoît XVI. Entre les deux pontifes, il y a la différence d’un saint Benoît – ou d’un saint François – et d’un saint Ignace par rapport à la liturgie. Benoît XVI était l’homme du chœur et du narthex, de l’Eucharistie et de la Parole – de Sacramentum caritatis et de Verbum Domini ; François est le pontife du seuil – de l’«ite missa est», c’est-à-dire de l’envoi en mission, non pas au terme de la célébration, mais au moment où après la communion à la Parole et à l’Eucharistie le chrétien doit élargir cette communion en la portant au monde entier. En ce sens, l’Eglise n’est pas «à côté» du monde ; elle est l’annonce du Monde à venir, sa présence et sa réalisation mystérieuse, sacramentelle. L’«ite missa est» (intraduisible en vernaculaire), c’est au fond le prolongement dans le temps de la mission trinitaire ; le Père envoie le Fils ; le Fils envoie l’Esprit ; l’Esprit, par l’Eglise, qu’il conduit et anime de l’intérieur, envoie le chrétien. Où ? Dans le monde, ce cosmos créé par la Trinité, blessé par le péché, et que le chrétien a pour mission de ramener à sa Source. Par la prière, par le service, par l’amour de charité. C’est cette mission qui «fait» le chrétien. Voilà pourquoi le pape François fustige les retours sur soi, les retours en arrière, les replis identitaires. Ils sont pour lui des manques à l’amour dont le Fils de Dieu nous a donné l’exemple dans sa propre mission sur terre. C’est ce que le Pape a appelé la tentation «pélagienne» dans son discours aux évêques du CELAM, lors des JMJ de juillet dernier. «Elle apparait fondamentalement sous la forme d’une restauration», écrit-il. «Devant les maux de l’Église, on cherche une solution seulement disciplinaire, par la restauration de conduites et des formes dépassées qui n’ont pas même culturellement la capacité d’être significatives. En Amérique Latine, on la rencontre dans des petits groupes, dans quelques Congrégations religieuses nouvelles qui recherchent de manière exagérée une « sécurité » doctrinale ou disciplinaire. Elle est fondamentalement statique, même si elle promet une dynamique ad intra, qui retourne en arrière. Elle cherche à “récupérer” le passé perdu
La liturgie comme mission
Je reviendrai dans une prochaine chronique sur ce discours, ainsi que sur celui prononcé devant les évêques brésiliens. Il suffit d’avoir ses lignes à l’esprit pour comprendre la position de François par rapport aux Franciscains de l’Immaculée, comme à tous les attachements liturgiques insuffisamment fondés ecclésialement. Le peu de cas qu’il fait de l’ordo liturgique («ne cantat, ne rubricat», dit-on à Rome) ne doit pas tromper la lecture ici. Pour lui, la liturgie n’est pas d’abord un ensemble de rites mais une dynamique – encore une fois : une mission, un mouvement qui doit pénétrer le monde. En ce sens, sa vision s’apparente à celle de Romano Guardini, d’Henri de Lubac, de Louis Bouyer, de Hans Urs von Balthasar, lesquels travaillèrent à la réduction de la dichotomie opérée par la Contre Réforme entre deux réalités : le monde et l’Eglise. Mais avant eux, c’est bien sûr à saint Ignace que se rattache l’esprit de ce pontificat franciscain. Comment (ré)concilier Françoise d’Assise et Ignace ? Peut-être dans ce sens cosmique de l’Eglise et de sa mission, qui fait que le pape prend toujours plus la figure d’un Père universel, au delà même des limites visibles de l’Eglise.

2 septembre 2013

[Fideliter] Grande cérémonie de consécration des vierges chez les bénédictines de Perdéchat

SOURCE - Fideliter (n° 213) - mai-juin 2013

Ces voeux solennels sont les premiers depuis le déménagement en 2008 du monastère de Notre-Dame-de- Toute Confiance (Lamairé) à Perdechat près de Bellaigue. Trois religieuses se sont engagées pour toujours dans la phalange de saint Benoît, troquant leur voile blanc pour le voile noir, couleur du renoncement et de la mort au monde. Leur église de Perdechat étant en grands travaux, c'est dans l'abbatiale des moines, leurs voisins, que se déroula la cérémonie, devant une belle assemblée de parents et amis, malgré les frimas, le gel et la neige qui ont agrémenté cet hiver.

La consécration des vierges remonte aux temps antiques du IV° siècle. D'abord pour toute religieuse dans le monde, la cérémonie fut ensuite réservée aux soeurs cloîtrées, mais finit par être abandonnée auXII° siècle, au temps de sainte Gertrude, sauf chez les cisterciennes et les chartreuses. Dom Guéranger devait restaurer cette consécration au xixe siècle, l'unissant à l'émission des voeux perpétuels. Cette longue cérémonie, chantée de bout en bout, rassemble des textes de la tradition chrétienne et monastique la plus vénérable : la remarquable préface consécratoire, composée par saint Léon le Grand pour la consécration de sa propre soeur, en est le sommet, mais aussi une dizaine d'antiennes tirées de l'office de sainte Agnès, leur modèle, avec le célèbre Veni, sponsa Christi. Les religieuses étant assimilées à des diacres, la consécration se place au coeur de la messe entre le graduel et l'alléluia. Les vierges s'avancent, cierge en main – les vierges sages de l'Évangile – et se prosternent durant les litanies des saints. Elles sont consacrées par la préface puis reçoivent les insignes, voile, coule, anneau, couronne de fleurs et enfin le bréviaire car, comme les diacres, elles sont appelées à chanter les louanges divines pour l'Église ex officio.

Cette consécration, propre à l'ordre bénédictin, s'accomplit dans la neuvième année de vie religieuse, après six ans de voeux temporaires. Déjà pour l'an prochain, s'annonce une nouvelle consécration, mais dans l'immédiat, deux religieuses émettront leurs voeux temporaires à la Pentecôte et deux recevront l'habit des mains de Mgr Alfonso de Galarreta, le 1er juin.

Dans son sermon, le père Placide a insisté sur le mystère de l'église, épouse sans tache ni ride du Christ Sauveur, ce que la vierge consacrée a pour mission de rendre visible au coeur de la chrétienté. Ainsi sont affermis les autres membres du corps mystique alors qu'ils cheminent in via.

Au sein du cloître bénédictin, cette vie déjà céleste, que la couronne de fleurs représente au mieux, est la lumière même des Béatitudes de l'Évangile qui donne à tous l'assurance qu'en elles, qu'en nous, « la grâce n'a pas été vaine ».

Extrait de Fideliter n° 213

1 septembre 2013

[SPO] Jubilés à Cheméré

SOURCE - SPO - 1er septembre 2013
Le 28 octobre 1988, le Saint-Siège érigeait la Fraternité Saint-Vincent Ferrier en institut religieux de droit pontifical. Quelques semaines plus tard, le 3 décembre, les RR.PP. Dominique-Marie de Saint-Laumer (actuel prieur), Bernard-Marie Laisney et Raymond-Marie Puibaraud étaient ordonnés prêtres à l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault

La Fraternité est distincte et indépendante canoniquement de l’Ordre des Frères Prêcheurs, dont elle a reçu la communication des biens spirituels en 1988. La Fraternité, dont les Constitutions ont reçu l’approbation définitive du Saint-Siège en 1995, comporte des Pères, des frères convers et des frères qui se préparent aux ordres sacrés (diaconat ou sacerdoce). Elle compte actuellement un couvent, le Couvent Saint Thomas d’Aquin (Cheméré-le-Roi), d’une vingtaine de frères. Les frères mènent une vie fraternelle, avec comme point culminant la Sainte Messe, et partagée entre l’oraison, les offices chantés en grégorien ainsi que le travail manuel ou intellectuel. Plusieurs Pères approfondissent leur formation en passant des grades universitaires (Fribourg, Rome, Paris ou Toulouse). Ils sont attentifs à confronter la sagesse thomiste avec les débats de la modernité (liberté religieuse, bioéthique, philosophie des sciences…). Selon la célèbre expression de saint Thomas d’Aquin, le cœur de leur existence est : « contemplari et contemplata aliis tradere » (Contempler et communiquer aux autres la vérité contemplée).

Leur apostolat rayonne autour de trois axes :

  • Spiritualité : les retraites sur le Rosaire, récollections, pèlerinages…
  • Formation : revue de culture religieuse Sedes Sapientiae, publication d’ouvrages, sessions de formation, camps itinérants, « café-caté »…
  • Famille : préparation au mariage pour fiancés, accompagnement de foyers, camps pour garçons…

Le 6 octobre prochain, la Fraternité rendra grâce en esprit de reconnaissance et de fidélité envers l’Église et le Siège apostolique. Les RR.PP. Dominique-Marie, Bernard-Marie et Raymond-Marie célébreront leur jubilé sacerdotal.

La messe (dans le rite dominicain traditionnel) sera célébrée à 10 h 30 en l’église paroissiale de Cheméré-le-Roi pour la solennité du Très Saint Rosaire.