21 septembre 2013

[Credidimus Caritati] Mgr Lefebvre face aux crises internes

SOURCE - Credidimus Caritati - 21 septembre 2013

Peut-être n’y a-t-il jamais eu autant de crises au sein de la Fraternité Saint-Pie X qu’à ses débuts. Tous les deux ou trois ans, une scission éclatait et c’est ici un séminaire qui chavirait, là un district qui s’éloignait. En 1983, Mgr Lefebvre perdit quasiment tout l’apostolat des États-Unis, les prêtres lui reprochant sa trop grande souplesse et son manque de fermeté. L’archevêque ne s’émut pas. S’il faut tout perdre, nous recommencerons tout, disait-il. Six ans auparavant, le corps professoral d’Écône l’avait jugé trop dur et c’est une grave crise qui affecta la Fraternité au point de séparer le séminaire du fondateur. Une fois la tempête apaisée, il prévint ses séminaristes : Ceux qui ne veulent pas reconnaître les dangers provoqués par la réforme, et ceux qui manifestent une dureté excessive à l’encontre du pape ou de leurs confrères n’épousent pas le véritable esprit sacerdotal : 
« Cela fait déjà un an – les autres diront peut-être deux ans – que la situation au séminaire est difficile, qu’il y a des oppositions à l’intérieur du séminaire ; que certains groupes de séminaristes sont opposés les uns aux autres, qu’on a donné des étiquettes à certains. Les uns se sont dits libéraux, les autres se sont dits jansénistes, et que sais-je… 
« Enfin, cela, j’en suis conscient moi-même. Je ne suis pas le dernier à le savoir, et je suis payé pour le savoir parce qu’on me donne les deux étiquettes ! Et ces deux étiquettes, surtout en France, particulièrement dans notre cher pays de France, les divisions y sont effrayantes, épouvantables, dans les milieux traditionalistes. Elles ne font que se multiplier. C’est effrayant et triste de voir cette division… 
« Alors la situation s’est trouvée, ici au séminaire, le reflet de cette situation qui se trouve en France. Heureusement pour ceux qui ne sont pas français, la situation dans leurs pays en général est moins aiguë. Je ne dis pas qu’il n’y en ait pas, il y a des divisions partout parce que quand le vrai pôle de l’unité qui doit être Rome faiblit, forcément tout s’en va. Chacun se fait un peu sa vérité, chacun se fait sa doctrine, son groupe. Chacun veut avoir sa manière de réagir. C’est fatal. Ce sont les conditions dans lesquelles se trouve l’Eglise actuellement qui veulent cette poussière de divisions. C’est ce qu’a produit le protestantisme. Le protestantisme est devenu une poussière de sectes parce qu’ils ont perdu l’unité de Rome. Maintenant c’est Rome même. La lumière est en quelque sorte obscurcie et alors les fidèles, les catholiques, sont dans le désarroi complet. Et les réactions, même les bonnes réactions, se voient sous des angles différents, des manières différentes, des méthodes différentes. Et on se divise. 
« Alors je me trouve forcément moi-même pris dans tout ce tourbillon, ayant moi-même réagi et fait ce séminaire il y a maintenant huit ans. Fatalement, il y en a qui sont d’accord, pas d’accord et pas tout à fait d’accord, pas tout à fait contre, etc. C’est fatal. Et ma foi, cela fait déjà trois fois que la Providence permet qu’il y ait des ruptures à l’intérieur du séminaire. C’est la troisième fois que je répète, que je dis la même chose. […] 
« Hésitations au sujet des ordinations, hésitations au sujet de la juridiction des nouveaux prêtres, hésitations au sujet des incardinations des prêtres dans la Fraternité que je considère comme toujours existante puisqu’elle a été abolie illégalement et injustement. Autant de petits points, je dirais peu de choses comme différences, mais tout de même une certaine différence. 

« Alors, en plus de cela, il faut bien reconnaître que dans le séminaire il y avait un peu cette tendance à ne pas être parfaitement dans ce que je pense devoir affirmer. Et en plus de cela, il y avait aussi le fait que je réprouve absolument, de certains séminaristes qui, eux, se sont durcis et ont plutôt voulu suivre les idées du Père Barbara et je dirais un certain durcissement de ceux qui, parmi les traditionalistes de France, ont des positions, à mon avis, excessives de dureté contre le pape, contre les évêques, toujours prêts à insulter les évêques, à insulter le pape. 
« Alors il s’est trouvé de fait ici certains séminaristes qui prenaient plutôt leur inspiration, inspiration de doctrine, en dehors du séminaire et non pas dans le séminaire. Alors, si d’un côté il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par défaut, il y en avait qui ne suivaient pas le séminaire par excès. Et alors cela fait cet affrontement, cet affrontement qui est venu à l’intérieur du séminaire, affrontement lamentable : manque de charité, manque de compréhension, manque d’union, divisions continuelles. Alors on ne pouvait plus se voir, plus s’asseoir l’un à côté de l’autre et bientôt presque ne plus manger ensemble, ne plus aller en récréation ensemble. Inimaginable ! Ce n’est plus chrétien, à plus forte raison plus sacerdotal ! C’est inimaginable cela. Inimaginable !  
« Que font ici des séminaristes qui sont dans cet état d’esprit ? Il vaut mieux qu’ils s’en aillent. De grâce, qu’ils s’en aillent ! Et personnellement je me vois obligé en conscience de sévir contre ceux qui apportent cet esprit excessif dans une dureté, une attitude à mon avis non conforme à l’esprit sacerdotal, non conforme à l’esprit pastoral, une attitude exagérée vis-à-vis de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, une attitude qui n’est pas chrétienne. Je me vois obligé de sévir. C’est pourquoi j’ai demandé à trois séminaristes de ne pas revenir cette année-ci au séminaire. 
« D’autre part, je ne puis pas non plus tolérer des séminaristes qui ne pensent pas comme nous, qui ne nous suivent pas, qui ne sont pas d’accord pour les ordinations, qui ne sont pas d’accord pour l’incardination, qui ne sont pas d’accord pour dire qu’il y a quand même dans les sacrements nouveaux des choses inquiétantes et qui rendent certainement invalides un bon nombre des sacrements – du moins il faut aussi étudier les cas particuliers – mais il y a certainement maintenant beaucoup de prêtres qui n’ont maintenant plus l’intention de faire ce que fait l’Eglise et donc leurs sacrements sont invalides – et puis ceux qui pensent que nous avons une attitude vis-à-vis du pape qui n’est pas celle qui devrait être. Eh bien ces séminaristes-là, s’ils ne nous suivent pas, que font-ils ici ? Pourquoi venir dans ce séminaire si on ne veut pas en prendre les orientations et la ligne ? C’est inutile. Alors c’est un poids qui pèse et que l’on traîne comme un boulet dans le séminaire, ces gens qui ne sont pas d’accord avec la ligne du séminaire.» 
Mgr Lefebvre, conférence du 20 septembre 1977

20 septembre 2013

[Les séminaristes de Gricigliano - Institut du Christ-Roi-Souverain-Prêtre] Seize nouveaux séminaristes dont neuf français

Les séminaristes de Gricigliano - Institut du Christ-Roi-Souverain-Prêtre - Lettre à nos amis et bienfaiteurs N°29 - septembre 2013

Chers amis,

L’heure de la rentrée a sonné et c’est aussi au séminaire l’heure de l’action de grâce pour les seize nouveaux, dont neuf français, qui ont répondu à l’appel du Bon Dieu en ce début d’année. C’est avec une joie toute surnaturelle que nous les accueillons, en nous serrant dans le séminaire qui devient chaque année plus petit ! Laissons la parole au Saint-Père le Pape François qui au cours d’une rencontre avec les séminaristes et les novices nous a décrit ce que doit être la vraie joie de notre état :
« Devenir prêtre, religieux, religieuse n’et pas d’abord notre choix. Je n’ai pas confiance en ce séminariste, en cette novice qui dit : J’ai choisi cette voie. Cela ne me plaît pas ! Cela ne va pas ! Mais c’est la réponse à un appel et à un appel d’amour. Je sens quelque chose à l’intérieur qui e trouble, et je réponds oui. Dans la prière, le Seigneur nous fait sentir cet amour, mais aussi à travers tant de signes que nous pouvons lire dans notre vie, toutes les personnes qu’Il met sur notre chemin. Et la joie de la rencontre avec Lui et de son appel pousse à ne pas se renfermer, mais à s’ouvrir. Elle nous conduit au service dans l’Église. Saint Thomas disait : bonum est diffusivum sui – ce n’est pas du latin trop difficile ! – le bien se diffuse. Et la joie aussi se diffuse. N’ayez pas peur de montrer votre joie d’avoir répondu à l’appel du Seigneur, à son choix d’amour, et de témoigner de son Évangile dans le service de l’Église. Et la joie, la vraie, est contagieuse, elle contamine… elle fait avancer. (…) Il n’y a pas de sainteté dans la tristesse, il n’y en a pas ! Sainte Thérèse disait : Un saint triste est un triste saint ! »
Puissions-nous toujours accomplir joyeusement notre devoir d’état au service de Notre Seigneur et de son Église.

[SPO] Messe traditionnelle pour le bienheureux Charles de Habsbourg-Lorraine

SOURCE - SPO - 20 septembre 2013

La Fraternitá San Filippo Neri est une pieuse association de prêtres et de séminaristes du diocèse de Massa Carrara-Pontremoli en Toscane. Le 23 juillet dernier, elle a obtenu de l’évêque diocésain, Mgr Giovanni Santucci, sa reconnaissance comme Comunitá in formazione dell’Oratorio qui devrait aboutir à l’érection canonique de droit diocésain d’une Congregazione dell’Oratorio di San Filippo Neri. Elle célèbre tous les mercredis la Messe selon la forme extraordinaire et nous prie d’annoncer qu’elle célèbrera mercredi prochain, 25 septembre, une Messe selon cette forme aux intentions de la canonisation du bienheureux empereur Charles de Habsbourg-Lorraine en la chapelle Saint-Dominique Savio de sa maison à Villafranca in Lunigiana.

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Les questions que pose l'interview du pape François - François tourne-t-il le dos à la mouvance traditionaliste?

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 20 septembre 2013

[...]
François tourne-t-il le dos à la mouvance traditionaliste?
François ne donne pas d'importance à la liturgie, c'est-à-dire, la façon de célébrer la messe. Mais son pontificat est déjà en fort contraste sur ce point avec celui de Benoît XVI, marqué par l'échec d'une main tendue jusqu'au bout aux Lefebvristes et par une orientation doctrinale et liturgique où la sensibilité traditionaliste catholique se sentait parfaitement à l'aise.

Trois passages de l'interview indiquent un changement de cap radical, exprimé sans prendre de gants: «Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s'il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d'ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd'hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la “sûreté” doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d'autres.»

Il ajoute: «Si quelqu'un dit qu'il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu'il n'y a aucune marge d'incertitude, c'est que quelque chose ne va pas. C'est pour moi une clé importante. Si quelqu'un a la réponse à toutes les questions, c'est la preuve que Dieu n'est pas avec lui, que c'est un faux prophète qui utilise la religion à son profit.»

Enfin, François ouvre explicitement la porte aux évolutions doctrinales: «la compréhension de l'homme change avec le temps et sa conscience s'approfondit aussi. (…) Les autres sciences et leur évolution aident l'Église dans cette croissance en compréhension. Il y a des normes et des préceptes secondaires de l'Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd'hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l'Église comme un monolithe qu'il faudrait défendre sans nuance.»

[La Croix] Abbé de Tanouarn : « En parlant de “vieille messe”, le pape semble nous condamner au musée »

SOURCE - Abbe de Tanuarn, ibp - La Croix - Recueilli par Céline Hoyeau - 20 septembre 2013

« Les traditionalistes peuvent avoir des raisons d’être inquiets puisque, dans ce long entretien, le pape François taxe d’idéologie toute crispation restaurationniste. Il émet par ailleurs un jugement, très implicite certes, mais guère valorisant, de Benoît XVI, lorsqu’il dit que le choix de son prédécesseur d’accorder aux traditionalistes le motu proprio fut “un choix prudentiel, lié à quelques personnes de son entourage”…


Son allusion claire au discours du pape émérite du 21 décembre 2005 sur l’herméneutique de rupture et l’herméneutique de continuité n’est guère plus encourageante : il y a dans ce texte, me semble-t-il, une véritable prise de position du pape François, pour qui le concile Vatican II induit une nouvelle épistémologie du christianisme, fondée sur l’actualisation.

La question est de savoir maintenant si les traditionalistes sont restaurationnistes ou non. Le pape peut leur donner une leçon opportune. À eux de prouver qu’ils sont fils de leur temps et participent à l’élan de la nouvelle évangélisation. Se montrer restaurationniste serait suicidaire. En revanche, si les traditionalistes ne sont pas partie prenante de la révolution chrétienne que le pape veut instiller, je pense qu’elle manquera de structures, de formes. En parlant de vetus ordo, de “vieille messe”, le pape semble nous condamner au musée : c’est à nous de faire la preuve de notre jeunesse.»