2 octobre 2013

[Mikael Corre - Le Monde des Religions] À Saint-Nicolas-du-Chardonnet, c'est la rentrée

SOURCE - Mikael Corre - Le Monde des Religions - 2 octobre 2013

Dans l’église traditionaliste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, le cours de "doctrine approfondie" a repris mardi 1er octobre. Théologie pour néophytes ou propagande réactionnaire, notre journaliste avait suivi la rentrée de l'année dernière.

« Je suis très heureux de retrouver cette salle de cours, avec un certain nombre d’anciens et quelques nouveaux. » La légère calvitie du professeur le rendrait plutôt avenant, s’il n’avait pas opté pour une rentrée en soutane noire, surmontée d’un col romain. Derrière le bureau, que surplombe un crucifix démesurément grand, il regarde par-dessus ses lunettes sa nouvelle promotion. « Nous n’allons pas nous attarder en amabilités, nous avons l’ambition de faire ici de la théologie. » Un paquet de feuilles intitulées « Introduction générale au cours de “Doctrine approfondie” ou d’initiation à la théologie » circule. Le professeur se lève, tourne le dos à sa petite assemblée et entonne un Je vous salue Marie, en français.

Étonnante infidélité au latin, dans cette petite salle jouxtant l’église Saint-Nicolas du Chardonnet (Paris, Ve arr.), occupée depuis 1977 par des membres de la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, mouvement catholique schismatique, antimoderne et intégriste, aux liens forts avec l’extrême droite française. « Pour les anciens, je dépose la fin du cours sur le sacrement de pénitence sur la table. Je n’avais pas eu le temps de le finir à la fin de l’année dernière. » Dans l'Église catholique romaine, on parle aujourd'hui plutôt de « sacrement de réconciliation ». Le Saint-Siège ne reconnaît à la Fraternité aucun statut canonique et ses prêtres« n'exercent aucun ministère légitime », selon la lettre apostoliqueEcclesia Dei. En 2009, l'excommunication de Mgr Lefebvre, son fondateur, fut levée, sans pour autant que la Fraternité, qui ne reconnaît toujours pas le concile Vatican II, ait réintégré le giron romain.
Une doctrine sur la défensive
En quoi consiste la « doctrine approfondie » ? Le professeur commence par quelques réflexions sur la notion d'apologétique, ce champ d'étude de la théologie qui consiste à défendre, à justifier une position, contre une attaque. Des quinquagénaires alignés comme des écoliers écoutent la voix monocorde du professeur : « La théologie est la science de la foi. […] La science la plus élevée des sciences humaines. […] Aucune science ne peut prétendre à un degré aussi élevé de certitude. » Le prêtre argumente : « L’homme est faillible, tandis que Dieu lui est infaillible. »Avant toute explication de texte, de retour vers le grec ou l'araméen ou de quelques éléments de contexte biblique, le prérequis semble être l'adhésion totale.

« Imaginez quelqu’un qui n’a pas la foi, pourquoi se lancerait-il dans cette étude qu’est la théologie?», demande le professeur. Le cours est bien réservé aux croyants.

C’est ce qu'explique le chapitre sur la Révélation. « Qu’est-ce que la révélation ? » La question posée est rhétorique. Elles le seront toutes. « L’existence de Dieu est démontrable naturellement, parce qu’il se révèle dans la nature », explique l'enseignant. Seule exception : les bienheureux (les hommes montés au ciel) qui « ont une révélation supplémentaire en plus de celle qu’ils ont déjà eu ici-bas, en plus de leur foi ». Mais la foi est le prérequis de ce cours, celui de la Révélation et celui de l'accès au Paradis. « C’est pour cela que saint Paul va jusqu’à dire que les païens sont inexcusables ! », explique le théologien. Un jeune élève, 25 ans, polo surmonté d’une médaille miraculeuse (il lit d’ailleurs un livre intitulé La Médaille miraculeuse), ricane.
Un raisonnement par équations

Le professeur en soutane s’est levé, il trace d’énigmatiques lettres au tableau, organisées en systèmes mathématiques. S’en suit un exposé complexe. Une vieille femme fronce les sourcils. La conclusion de l'exposé arrive : le syllogisme « est la base du raisonnement humain, sauf pour les esprits angéliques qui raisonnent par intuition ». À défaut d'être un esprit angélique, on doit (la majorité des phrases du cours se rapportent au champ lexical du devoir) raisonner par syllogisme. Le pédagogue en soutane ne tarit pas d’exemples, scrupuleusement pris en notes par la vieille femme aux sourcils toujours froncés. Certains sont simples : « Les hommes sont mortels, or Pierre est un homme, donc Pierre est mortel » (on notera que Socrate a été remplacé par un apôtre). D'autres plus obscurs : « La Révélation surnaturelle faite par Jésus-Christ ne peut être contestée raisonnablement, or elle a tous les critères d’une vraie Révélation, donc Jésus est la Voie, la Vérité et la Vie. »
La Tradition supérieure à la Bible
Le professeur se rasseoit sous le crucifix. « Qu’est-ce que la Tradition ? », demande-t-il, avant de reformuler la question : « Deux mille ans après la vie du Christ comment être sûr que l’enseignement qu’on en fait [la tradition] est la Tradition divine authentique ? » Le prêtre traditionaliste explique : « Dieu merci, des critères existent pour en être sûr, ils ont été définis par l’Église et par un docteur, saint Vincent de Lérins. » On ne saura rien des arguments de ce moine du Ve siècle. Il s'agit sans doute de son Commonitorium, écrit après le concile d'Éphèse (431), un énoncé de critères permettant de savoir si une doctrine est hérétique ou orthodoxe. Il énonce principalement trois critères : l’universalité, l’antiquité et l’unanimité. Mais l'histoire, le contexte ou même la lecture ne sont pas au cœur du cours : « La Tradition est très importante. Elle est antérieure et donc supérieure au Livre. » Et l'enseignant de poursuivre : « Notre religion n’est pas une religion du Livre, c’est pour cela que j’ai mis la tradition avant le Livre [sur le polycopié].Quand il y a un écrit, encore faut-il qu’il soit interprété. »

Outre les critères, il existe une « raison profonde » qui permet d’être sûr qu’il s’agit bien de la« vraie tradition » : « Humainement parlant, il est impossible qu’une doctrine puisse être tenue partout, depuis toujours, et par tous quasiment », sans être vraie. « Si vous regardez dans les sociétés humaines, qu’une doctrine se transmette comme cela, ça n’existe pas. C’est donc que c’est Dieu qui l’a fait.»
Un enseignement tourné vers l'entre-soi
Si l'universalisme semble être le critère d'une Révélation vraie, qu'en était-il, dans les premiers siècles avant Jésus-Christ des systèmes de croyances des civilisations babyloniennes et égyptiennes? Qu'en est-il aujourd'hui de l'hindouisme, né avant l'ère chrétienne, qui, selon le Pew Forum, compte un milliard de fidèles, soit 15 % de la population mondiale totale ? Lors de sa découverte de la Démocratie en Amérique, dans la première moitié du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville parlait de l’« esprit de religion », qui poussait l’homme vers les autres, vers l’avenir et vers le haut.

Après un cours de « Doctrine approfondie », on sait qu’à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, on est plutôt tourné vers le passé et vers un entre-soi. Pour ce qui est du haut, il n’y a qu’à observer l'assemblée en prière, lors d'une messe en latin : à genoux, tête penchée vers le sol, recouverte – pour les femmes – de ce foulard appelé mantille.

[Ennemond - le Forum Catholique] Appréhender la personnalité de Mgr Lefebvre et nécessités du film

SOURCE - Ennemond - le Forum Catholique - 2 octobre 2013

L’un des objectifs du film visait à cerner au mieux la personnalité de Mgr Lefebvre. D’ailleurs, la problématique affichée consiste à comprendre pourquoi cet ultra-romain se trouve en difficulté avec le Saint-Siège au soir de sa vie. C’est pourquoi nous avons tenté d’appréhender l’état d’esprit qui animait l’archevêque aux différentes étapes de sa vie. Les personnes les mieux placées pour en parler étaient évidemment celles qui vivaient au plus près de lui, selon les époques : Son frère ou sa sœur pour son enfance, ses collaborateurs spiritains quand il était en Afrique, ses prêtres quand il a lancé sa Fraternité. Le fil de cette histoire suit d’ailleurs le récit que Marcel Lefebvre a proposé lui-même : la Petite histoire de ma longue histoire, série de conférences proposées aux sœurs de la FSSPX. Les grands moments marquants y sont : le Séminaire français de Rome, les missions africaines, le drame du Concile, la fondation de la Fraternité. Étudier les multiples avis que les hommes peuvent avoir de lui est sans doute fort intéressant, mais ce serait le sujet de dix DVD ! Ainsi, l’avis du père Béguerie sur les sacres est sans doute digne d’intérêt, mais en 1988 il ne fréquentait plus Mgr Lefebvre depuis des années. De même l’avis des abbés Aulagnier ou Cottard sur l’apostolat à Dakar est sans doute intéressant mais ce ne sont pas eux qui l’ont connu là-bas. Une exception est faite pour Luc Perrin ou Mgr Tissier de Mallerais qui interviennent en qualité de biographes de l’archevêque (en partie pour le second qui est à la fois biographe et témoin proche). Mais ils s’appuient sur tous les témoignages qu’ils ont pu eux-mêmes recueillir. Enfin, vous ne pouvez pas reprocher que les spiritains ne s’expriment pas sur la période conciliaire car c’est le Père Béguerie, farouche opposant à Mgr Lefebvre qui s’exprime le plus sur le sujet, ainsi que le Père Fourmont. Nous aurions souhaité parler davantage de la crise spiritaine, et nous les avions interrogés en ce sens, mais faute de temps, nous avons dû passer à l’essentiel. Je trouve l'épisode passionnant et il y aurait beaucoup à dire mais ce serait le sujet d'un film à lui seul.

Nous avons donc choisi ces témoins dans la mesure où ils avaient bien connu Mgr Lefebvre et où ils pouvaient parler des différentes époques : ceux qui l’ont connu de près pendant plusieurs dizaines d’années. Des gens comme les abbés Kelly et Cekada entrent à Écône après leurs confrères Aulagnier et Tissier. Leur ministère les tient relativement éloignés au cours des années 1970 et leur rupture les distance définitivement en 1983. Ils auraient tout au plus parlé des premières années d’Écône ? Honnêtement, je ne pense pas qu’ils auraient dit autre chose que les propos très factuels rapportés par leurs aînés. Sur les mois qui précèdent les sacres, la place centrale de l’abbé du Chalard, présent à Rome, est évidemment irremplaçable. Un abbé Pozzetto ou un abbé Belmont auraient difficilement pu en dire autant sur le sujet. Ceci étant dit, j’ai essuyé quelques refus, tant dans les milieux qui quittent Mgr Lefebvre au cours des années 1970-1980, que dans les milieux curiaux qui approchent Mgr Lefebvre au cours des rendez-vous romains. De même, s’ils avaient été encore vivants, les témoignages de Mgr Masson ou de Dom Gérard auraient été évidemment très précieux à recueillir. Et si une figure sédévacantiste avait aussi bien connu l’archevêque que l’abbé Aulagnier, je n’aurais eu aucune hésitation. Mais globalement, je ne pense pas qu’on puisse reprocher au film d’être écrasé par les témoins membres de la FSSPX. Ils sont cinq. Il y a davantage de membres du clergé dit conciliaire qui prend la parole ! La présence de Jean Madiran montre qu’il n’y avait pas de tabou et elle représente proportionnellement parmi ces témoins le monde qui s’est distancé de l’archevêque à ces époques.

Par ailleurs, les nécessités techniques du film n’offraient pas le temps d’aborder tous les thèmes. Ce fut même un défi que d’appréhender le sujet crucial qu’était le Concile en si peu de temps. En quelques minutes, nous avons, espérons-nous, résumé ce qui fut à la fois une rupture historique, un bouleversement des consciences, abordé les problèmes de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité et de la liturgie qui préoccupèrent particulièrement Mgr Lefebvre. Le film est déjà long (1 h ¾). Nous ne pensons pas que la mort d’Itinéraires, la problématique sédévacantiste ou le procès de la LICRA soient les points essentiels qui permettent de comprendre la vie de l’archevêque. En revanche, il est évident qu’ils ont toute leur place dans une biographie détaillée de plusieurs centaines de pages qui peut prendre le temps d’approfondir. Pour information, le script du film fait 25 pages quand la biographie de Mgr Tissier en fait 700… S’il fallait rajouter prioritairement des choses, nous rajouterions davantage sur le grand dessein de la sanctification sacerdotale.

Enfin, si l’objectif consistait, comme je vous le disais, à exposer les motivations de Mgr Lefebvre, les paroles d’opposition apparaissent. Outre la voix du narrateur qui rappelle que tous ne le suivent pas, que des difficultés se présentent en plusieurs moments, vous pouvez entendre les grands opposants au fondateur de la FSSPX : le cardinal Garrone, Dom Helder Camara, Mgr Etchegaray, le cardinal Decourtray, entre autres.

1 octobre 2013

[SPO] Photos du jour : La messe traditionnelle hier !

Messe avant le débarquement (1944)
SOURCE - SPO - 1er octobre 2013
Le blog Missa in Latino nous livre une série de photos de messes célébrées entre 1940 et 1950 reprises du blog Santa Iglesia militante (Argentine) (Ce dernier semble ne plus fonctionner aujourd’hui).

Ces photos nous rappellent que même en temps de guerre ou dans des conditions difficiles, la messe était célébrée dignement, avec un véritable esprit d’adoration et dans une foi ardente, bien loin de ce que l’on peut malheureusement certaines fois voir aujourd’hui !

[Michèle Méreau - Sud Ouest] Pèlerinage et messe en latin le dimanche soir

SOURCE - Michèle Méreau - Sud Ouest - 1er octobre 2013

Un collectif Saint-Benoît s’est constitué à Blaye. Il participe au pèlerinage de l’île Madame à la mémoire des prêtres déportés pendant la Révolution française.
 

Une vingtaine de paroissiens blayais ont effectué un pèlerinage à l’île Madame, près de Rochefort, début septembre. Une initiative du Collectif Saint-Benoît de Blaye qui pourrait bien être reconduite chaque année désormais. Le pèlerinage de l’île Madame est connu et suivi par des chrétiens de la France entière pour rendre hommage à 829 prêtres martyrs déportés sur cette île durant la Révolution française et dont beaucoup périrent avant de partir pour le bagne de Cayenne.
Rite romain
« Les méditations et prières ont été assurées et coordonnées par le père abbé de Blaye Jean-Christophe Slaiher et M. le chanoine de Ternay », explique Jean-Jacques Boiffier, membre du collectif constitué il y a quelques mois et reconnu par l’évêque de Bordeaux.

Le Collectif Saint-Benoît pratique la messe traditionnelle chaque dimanche soir dans l’église Saint-Romain-de-Blaye. Le chanoine Thibaut de Ternay y officie selon « la forme extraordinaire du rite romain », en latin, dos aux fidèles. Une célébration où l’on ne communie pas sans avoir été confessé (1).

« Nous ne sommes pas une association, ni même un collectif avec des objectifs définis pour ou contre quelque chose. Nous sommes seulement des chrétiens qui, avec Louis Riglet en tête, avons décidé en accord avec les autorités religieuses de nous regrouper autour de quelques idées », précise Jean-Jacques Boiffier. « Pas intégristes et totalement apolitiques - comme chez tous les catholiques de France il y a des gens de tous les partis », affirme ce membre actif du collectif.
Une tradition culturelle
Jean-Jacques Boiffier convient que quelques-uns d’entre eux seraient tentés par l’instauration d’une royauté moderne, à l’instar des monarchies parlementaires que l’on retrouve ailleurs en Europe. Les membres se définissent simplement comme des personnes attachées à une tradition d’ordre culturel.

« Nous aimons la messe en latin. Cela nous fait rajeunir, de nous rappeler nos années d’études », dit en riant Jean-Jacques Boiffier.
À la mémoire des prêtres
À l’île Madame, les pèlerins se rassemblent pour prier et rappeler les sévices que subirent les prêtres réfractaires avant leur déportation. Lorsqu’en 1794 le typhus se déclare un hôpital de fortune est installé sous tentes sur l’île Madame. 228 prêtres seulement en réchapperont.

Plusieurs de ces prêtres réfractaires ont été enfermés dans les cachots de l’ancienne prison de la citadelle de Blaye (actuel bâtiment de la manutention) ainsi que dans les geôles de fort Pâté. En 1999, l’association OS a mis au jour des chapelles ardentes sculptées par les prêtres prisonniers qui furent libérés en 1795. Le Collectif Saint-Benoît pense aussi rendre dans la citadelle hommage à ces prêtres l’an prochain. « Ils ont pardonné à leurs bourreaux ! C’est un message de tolérance très fort », souligne Jean-Jacques Boiffier. « Notre collectif prie et veut agir pour davantage de tolérance comme avec ce pèlerinage. Mais la tolérance c’est aussi, à l’inverse, respecter nos idées».
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(1) En Gironde, la messe en latin selon « la forme extraordinaire du rite romain » est célébrée dans trois autres lieux de culte : l’église Saint-Bruno et l’église Saint-Éloi à Bordeaux ainsi que dans la chapelle Saint-Germain d’Auros, près de Langon, où officie également le chanoine Thibaut de Ternay.

[Paix Liturgique] Un pape pour tous, pasteur d'une Eglise pour tous, même pour les fidèles "extraordinaires"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°407 - 1er octobre 2013

Cité du Vatican, 25 septembre 2013 (VIS) 
Durant l'audience générale tenue ce matin Place Saint-Pierre devant plus de 40 000 personnes, le Saint-Père a poursuivi sa catéchèse sur l'Église, rappelant que dans le Credo on professe son unité. L'Église, qui est unique, est unité en elle-même, bien que répandue sur tous les continents en près de 3 000 diocèses: « L'unité dans la foi, l'espérance et la charité, dans les sacrements et dans le ministère, soutient et tient ensemble le grand édifice qu'est l'Église. Où qu'on aille, dans la plus petite paroisse, au fin fond de la planète, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu. L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls Européens, ou une pour les Africains, une autre pour les Américains, les Océaniens. Non elle est une et pareille partout, à l'instar d'une famille dont les membres peuvent être éparpillés sans perdre les liens les unissant. Peu importent les distances!». 
Puis le Pape a reparlé des récentes JMJ de Rio, riches de tant de visages, de langues, d'origines et de cultures différentes : « Mais on ressentait l'unité profonde que caractérise l'unique Église, on ressentait cette union de tous que nous ressentons ce matin également. Le chrétien ne peut dire « non, cela ne m'intéresse pas » et rester enfermé dans un petit groupe comme en lui-même, au risque de privatiser l'Église entre amis. Comme catholique, je ressens cette unité et je la vis... Il serait triste d'avoir une Église privatisée par l'égoïsme et un manque de foi. Restons donc tous unis et demandons-nous si nous prions vraiment les uns pour les autres. Prions-nous pour les chrétiens persécutés, pour nos frères et sœurs qui souffrent à cause de leur foi ? Il est important de se projeter au dehors de notre horizon personnel pour se sentir membre de la famille qu'est l'Église. Et puis demandons-nous aussi s'il existe des blessures à l'unité de la famille de Dieu... Il y a parfois des incompréhensions, des tensions et des conflits qui blessent une Église qui n'a pas le visage que nous voudrions, lorsqu'elle ne manifeste pas la charité voulue par Dieu. Mais nous sommes les responsables de ces lacérations. Face aux divisions qui demeurent entre catholiques, orthodoxes et protestants, nous constatons combien il est difficile de rendre pleinement visible l'unité de l'Église. Dieu nous a offert l'unité que nous avons du mal à vivre. Il faut donc faire des efforts, bâtir la communion, éduquer à la communion, dépasser incompréhensions et divisions... car ce monde a lui aussi besoin d'unité, de réconciliation et de communion. Or l'Église est une maison de communion!». 
Citant enfin l'épître de Paul aux Éphésiens, le Pape François a souligné combien le maintien de l'unité dépend de la paix, et que cela nécessite humilité, douceur, magnanimité et amour, des vertus qui sont le fruit de nos efforts. L'Esprit les concède, qui est l'auteur de l'unité dans la diversité car il est harmonie. C'est pourquoi nous devons tous demander au Seigneur de nous tenir unis, de ne pas être des instruments de division. « Comme le dit une belle prière franciscaine, nous devons prendre l'engagement à porter l'amour là où règne la haine, le pardon là où règne l'offense, l'union là où il y a discorde».
LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1 – Le Pape François, en évoquant un thème aussi général que celui de l'unité de l'Église que nous professons à chaque Credo, interpelle chaque catholique : pape, évêques, prêtres et laïcs. À la différence de son prédécesseur qui sur ce thème aurait professé une haute synthèse théologique, François, à travers ses paroles simples et fortes, nous donne des axes concrets à suivre : travailler chacun à sa place à la paix et à l'unité de l'Église. Vaste programme : les « incompréhensions », les « lacérations », les « tensions » dont il parle existent, hélas, à tous niveaux, dans tous les diocèses, les groupes, les communautés, les mouvements. Merci, Très Saint Père, pour ce rappel si évident mais si nécessaire : travailler à l’union dans la charité ! Et par exemple, posons-nous dès lors la question : sommes-nous crédibles lorsque nous disons œuvrer pour la paix et l'unité de l'Église, lorsque nos prières universelles débordent de paroles d'amour, d'accueil et de partage, et que nous rejetons concrètement les aspirations de nos frères qui ne partagent pas notre sensibilité liturgique, « l'Église qui n'a pas le visage que nous voudrions » en somme ?

2 – Une Église pour tous ? Chiche ! « L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls Européens, ou une pour les Africains, une autre pour les Américains, les Océaniens », dit le Saint-Père. Et donc on peut aussi dire : « L'Église est une mais pour tous, non pour les seuls pratiquants de la forme ordinaire, ni d’ailleurs pour les seuls de la forme extraordinaire (mais il y peu de danger qu’advienne cette dernière dérive…) ». Car il convient de commencer par balayer la désunion ici et maintenant, devant notre porte. Il serait bien vain de se dire disciple de Jésus-Christ et d'applaudir à ce magnifique discours de François sans se remettre en question sur la question de (l'absence de ?) la paix liturgique dans chacun de nos diocèses, chacune de nos paroisses. L'unité dont parle le Pape ne saurait se construire en choisissant les thèmes sur lesquels elle devrait s'appliquer et en excluant ceux qui nous gênent. La liturgie, qui est par essence le lieu d'expression de la foi catholique et donc de l'unité de l'Église dans la diversité légitime, est un sujet essentiel quant à l'édification de l'unité de l'Église. Force est hélas de constater que, en dépit du changement de mentalité indéniable des dernières années quant à la célébration de la forme extraordinaire dans les paroisses, « il y a parfois des incompréhensions, des tensions et des conflits qui blessent » les fidèles et les prêtres attachés à la forme extraordinaire de l'unique rit romain – lesquels demeurent, dans bon nombre de diocèses, des catholiques de seconde catégorie, des sous-catholiques qui ne méritent rien d'autre que le ghetto et la « parenthèse miséricordieuse ». Comment expliquer que l'Église, qui se veut une, soit le dernier lieu où en 2013 l'apartheid est encore en vigueur dans bon nombre de diocèses ? Parce que nous avons tous une part de responsabilité et parce que nous sommes tous, à des degrés divers, « les responsables de ces lacérations », il appartient à chaque catholique, pape, évêques, prêtres et laïcs, de poser des actes concrets pour que cessent ces lacérations et ces blessures.

3 – Le tout est dans chaque partie. C’est ce principe ecclésiologique qu’évoque le Saint-Père lorsqu’il dit : « Où qu'on aille, dans la plus petite paroisse, au fin fond de la planète, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu ». On peut le dire de même de chaque célébration du Saint-Sacrifice de la Messe, qui en quelque sorte « contient » toute l’Église. On peut donc et même on doit dire : « Où qu'on aille, dans la plus petite messe extraordinaire, au fin fond d’une chapelle ou d’une église concédée bien souvent à la périphérie géographique et morale, il y a l'Église, l'unique Église. Nous y sommes chez nous, en famille, entre frères et sœurs. C'est là un grand don de Dieu ». On y est même davantage chez soi, dans la mesure où l’union n’est pas seulement sensible du point de vue actuel, mais où elle est manifestée de manière très forte du point de vue historique, par la qualité traditionnelle de la célébration en forme extraordinaire. 

4 – Rappelons d’ailleurs que la forme extraordinaire du rit romain peut et doit jouer un rôle dans l'édification de l'unité de l'Église. Où qu'on aille, en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Océanie, la forme extraordinaire est vecteur d'unité : 

  • D’une part, l'usage du latin comme langue universelle, le respect des rubriques qui permet au prêtre de s'effacer derrière le mystère du sacrement et qui offre une ressemblance saisissante de la célébration, quel que soit l'endroit où cette liturgie est célébrée. Voilà un trésor commun à toute l'Église et qui transcende les peuples, les races et les cultures.
  • Et d’autre part, le fait de puiser dans les richesses de la tradition rattache plus directement à l’enseignement de la foi une qu’elles véhiculent et qui fondent solidement l’Église une.

5 – Comme nous sommes heureux d'entendre François mettre en garde contre le « risque de privatiser l'Église entre amis » ! Combien de fois les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rit romain n'ont-ils pas eu l'impression, lorsqu'ils demandaient à leur curé l'application du Motu proprio Summorum Pontificumdans leurs propres paroisses, de ne pas faire partie de la famille ou de gêner ? Et comme si une forme liturgique s’était appropriée la paroisse, l’avait privatisée, on répond souvent : « Retournez chez Mgr Lefebvre ! » même à ceux, très nombreux, qui se sont contentés d'être silencieux dans leur paroisse depuis des décennies. « On ne veut pas de votre messe en latin, les paroissiens ne comprendraient pas »... Que de paroles d'exclusion n'avons-nous pas entendues de la part de ceux qui s'émerveillent des paroles de François ! Combien de mensonges, de manœuvres déloyales ont et continuent d'être utilisés contre les justes aspirations de ce que les organisateurs du pèlerinage à Rome appellent avec justesse le « peuple Summorum Pontificum»?

6 – Redisons une fois encore, pour conclure, combien la célébration de la forme extraordinaire du rit romain dans le cadre paroissial, à un horaire familial, par le curé de la paroisse, nous semble être un gage de paix et d'unité. Tous rassemblés dans la même paroisse et gardés dans l'unité par le curé, père de tous.

Voilà un petit pas simple, à la portée de toutes les paroisses. Ne pas tenter cette expérience si évidente, ne serait-ce pour commencer qu'un dimanche par mois, c'est se priver d'un moyen concret et facile de construction de l'unité. Il sera bien vain de vouloir faire de grandes choses et de rêver d'unité universelle si l'on n'est pas capable de commencer par nos propres paroisses, où et qui que nous soyons.

Pas de communautarisme, pas de privatisation. Pas d'exclusion au motif que nous ne sommes qu’une « sensibilité ». Ne serions nous qu’une sensibilité, nous aurions droit à l’existence, mais nous revendiquons en outre cette sensibilité dans sa signification la plus forte, celle de sens de la foi. Nous demandons l'Église pour tous en somme!