31 octobre 2019

[FSSPX Actualités - FSSPX Canada] Fête du Christ-Roi 2019 à l'église de la Transfiguration de Toronto

SOURCE - FSSPX Actualités - FSSPX Canada - 28 octobre 2019

Après la messe chantée, l'abbé Raymond Lillis et les fidèles de l'église de la Transfiguration à Toronto ont fait une procession avec le Saint-Sacrement dans le quartier, afin d'honorer le Roi des rois et de proclamer publiquement son règne de justice, d'amour et de paix.

La fête du Christ-Roi est traditionnellement célébrée le dernier dimanche d'octobre.

Elle a été promulguée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 dans l'encyclique Quas primas, dans laquelle le Saint-Père écrit : « le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire : “Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme ; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain”. »

Nous rappelons aux catholiques et à tous les hommes que nous devons notre allégeance première à notre Seigneur Jésus-Christ, et non à quelque puissance temporelle que ce soit.

29 octobre 2019

[Abbé Davide Pagliarani - FSSPX] Communiqué du Supérieur général à l'occasion du synode sur l'Amazonie

SOURCE - Abbé Davide Pagliarani - FSSPX - 28 octobre 2019

Menzingen, le 28 octobre 2019

En la fête des saints Simon et Jude, apôtres

Chers Membres de la Fraternité,

Le récent synode sur l’Amazonie a été le théâtre de spectacles exécrables où l’abomination de rites idolâtres est entrée dans le sanctuaire de Dieu d’une façon inédite et impensable. De son côté, le document final de cette assemblée tumultueuse s’en prend à la sainteté du sacerdoce catholique, en poussant à l’abolition du célibat ecclésiastique et au diaconat féminin. Vraiment les germes de l’apostasie, que notre vénéré Fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre, avait très tôt identifiés comme étant à l’œuvre dans le Concile, continuent à porter tous leurs fruits avec une efficacité renouvelée.

Au nom de l’inculturation, des éléments païens s’intègrent de plus en plus dans le culte divin et l’on constate, encore une fois, comment la liturgie de Vatican II s’y prête parfaitement.

Devant une telle situation, nous appelons tous les membres de la Fraternité et les tertiaires à une journée de prière et de pénitence réparatrice, car nous ne pouvons rester indifférents devant de telles attaques envers la sainteté de l’Eglise notre mère. Nous demandons qu’un jeûne soit observé dans toutes nos maisons le samedi 9 novembre prochain. Nous invitons tous les fidèles à faire de même et nous encourageons aussi les enfants à offrir prières et sacrifices.

Le dimanche 10 novembre 2019, chaque prêtre de la Fraternité célèbrera une messe réparatrice, et dans chaque chapelle seront chantées ou récitées les Litanies des Saints, tirées de la liturgie des Rogations, pour demander à Dieu de protéger son Eglise et de lui épargner les châtiments que de tels actes ne peuvent manquer d’attirer. Nous invitons instamment tous les prêtres amis, ainsi que tous les catholiques qui aiment l’Eglise, à faire de même.

Il en va de l’honneur de l’Eglise romaine fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui n’est pas une foire idolâtre et panthéiste.

Abbé Davide Pagliarani

Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] 30 nouveaux séminaristes

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - 7 octobre 2019
Après leur retraite de rentrée, les nouveaux propédeutes ont commencé leur formation à Wigratzbad. Nous nous réjouissons de recevoir cette année 30 nouveaux séminaristes : 17 francophones et 13 germanophones.

Avec les 15 candidats entrés au mois d'août dans notre séminaire de Denton aux Etats-Unis, la FSSP compte ainsi 45 séminaristes de première année. 

Le séminaire devient exigu, avec 90 inscrits en cette rentrée bénie de Dieu (ils n'étaient que 64 il y a deux ans). Nous égalons ainsi le record historique établi en 2011. 

La retraite de rentrée des francophones a été prêchée selon la méthode des Exercices de St-Ignace à Sankt-Pelagiberg en Suisse, par deux moines de l'abbaye de Flavigny. 

La propédeutique francophone est très internationale, avec 9 nationalités pour 17 séminaristes : cinq Français, quatre Portugais, deux Italiens, un Belge, un Brésilien, un Colombien, un Libanais, un Polonais et un Suédois.

Il en est de même dans la propédeutique germanophone, qui réunit trois Allemands, deux Polonais, un Autrichien, un Brésilien, un Croate, un Hollandais, un Suisse, un Tchèque, un Germano-Hollandais et un Germano-Polonais !

Le prochain événement approche à grands pas : c'est le samedi 19 octobre que 15 séminaristes de deuxième année recevront la tonsure et la soutane, dans la collégiale de Lindau. Il en sera de même, mais à Denton aux USA, pour huit de nos confrères. 

Merci de prier avec ferveur pour tous ces jeunes lévites!

[Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Synode sur l’Amazonie, la fin de l’Église tridentine?

SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 29 octobre 2019

Ne nous y trompons pas ; ce qui s’est passé à Rome, avec le Synode pour l’Amazonie qui s’est clos dimanche 27 octobre, marque une véritable révolution pour l’Église catholique. Même si, comme toutes les révolutions, elle s’inscrit dans le temps long. Certes, le pape François n’est pas obligé de suivre inconditionnellement les avis des pères synodaux. Cela dit, on voit mal qu’il s’en exonère, d’autant que c’est le résultat d’un processus qu’il a assez largement encouragé.
En finir avec le célibat des prêtres
Or, en demandant la possibilité pour l’Amazonie d’ordonner prêtres des hommes mariés, en envisageant la création de nouveaux «  ministères  » (c’est-à-dire de responsabilités au sein des paroisses ou diocèses), avec même la reconnaissance d’un ministère pour «  les femmes qui dirigent les communautés  », en exigeant enfin de rouvrir le débat si explosif sur le diaconat féminin, les évêques du Synode ont clairement signé la fin d’un modèle, celui qui est issu du concile de Trente et de près de cinq siècles de catholicisme.
Une Église structurée autour du « saint prêtre »
Car nous sommes encore, consciemment ou pas, largement tributaires de ce Concile, qui date pourtant du XVIe siècle. Visant à conforter une religion mise à mal par les pouvoirs des princes et la Réforme de Luther, le concile de Trente a en effet structuré le catholicisme autour de la figure du prêtre. Le clerc, célibataire, devient alors le pivot central. Il concentre sur sa personne toutes les fonctions sacrées, à partir de l’Eucharistie et de la confession. Cet imaginaire du prêtre idéal, le «  saint prêtre  » identifié au Christ, placé au-dessus des fidèles, condamnés eux à n’être qu’un simple troupeau de brebis bien dociles, a profondément marqué les mentalités de tous les catholiques, et largement favorisé le «  cléricalisme  » ambiant, y compris chez les laïcs. Même si Vatican II a rappelé en 1962 l’importance du rôle de l’ensemble des baptisés, tous appelés à être « prêtres, prophètes et rois », la figure du prêtre «  surpuissant  » est restée très prégnante sur les bancs des églises. Et la gestion de la crise des abus sexuels a montré combien les dérives de ce cléricalisme, en ce qu’il fausse la manière de concevoir l’autorité dans l’Église, pouvaient avoir de conséquences dramatiques.
Pour une biodiversité dans l’Église
C’est tout cela que le Synode pour l’Amazonie vient définitivement de condamner. Comment ? En plaidant pour une véritable «  biodiversité  » dans l’Église, qui laisse place à d’autres formes de responsabilités : à côté du prêtre célibataire classique, on aurait des hommes mariés expérimentés, et aussi des nouveaux ministères, définis en fonction des besoins locaux, et éventuellement ouverts aux femmes. En réalité cette «  biodiversité catholique  » existe déjà largement, mais on ne la voit pas. Surtout, on ne la reconnaît pas officiellement. Qui sait qu’en France la plupart des diocèses ne tournent que grâce à des femmes, laïques, formées à la théologie – plus de 12  000 aujourd’hui  –, sur lesquelles les évêques ont pris l’habitude de s’appuyer ? Qu’il existe déjà 2  700 hommes mariés diacres, qui assurent de nombreux services dans les paroisses ? Tout cela à côté de seulement 5 600 prêtres en activité…
La révolution silencieuse de l’Église de France
Cette «  révolution silencieuse  » transforme progressivement le visage de l’Église de France. Il faut désormais, comme viennent de le demander les pères synodaux pour l’Amazonie, lui donner plus de visibilité, l’officialiser, la structurer. De ce point de vue, en invitant pour la première fois, lors de leur Assemblée plénière annuelle qui débute à Lourdes le 5 novembre, des laïcs, hommes et femmes, à leurs côtés, les évêques de France vont enfin renvoyer une image moins cléricale et masculine de l’Église. Une image plus fidèle à la réalité du catholicisme en France. Et une autre manière d’en finir, là aussi, avec l’héritage du concile de Trente.

[Riposte Catholique] Nouvel apostolat pour l’Institut du Christ Roi aux États-Unis

SOURCE - ICRSP via Riposte Catholique - 22 octobre 2019
L’Institut du Christ Roi est appelé à Waterbury dans le diocèse d’Hartford (Connecticut) à 150 km au nord-est de New-York (Etats-Unis).
L’archevêque de Hartford, Mgr Leonard P Blair, a confié à la paroisse Saint Patrick de Waterbury au soin pastoral du clergé de l’Institut du Christ Roi et Prêtre Souverain. À partir du 27 octobre 2019, l’église Saint Patrick redeviendra une paroisse territoriale et le siège d’un nouvel oratoire, qui accueillera les habitants de tout l’archidiocèse qui souhaitent assister à la messe extraordinaire – communément appelée messe traditionnelle latine – et recevoir les autres sacrements catholiques dans cette même forme. Les paroissiens locaux qui ont assisté à une réunion d’information en septembre ont reçu la nouvelle avec des sourires et des mots de bienvenue pour le nouveau clergé. Depuis 1996, l’Institut est en charge de communautés paroissiales selon la spiritualité de son patron, saint François de Sales, dans quinze diocèses des États-Unis.

Le chanoine Joel Estrada de l’Institut a été nommé curé de Saint-Patrick et recteur de l’Oratoire. Il sera assisté par l’abbé Kevin Kerscher [NDLR: oblat]. La première messe traditionnelle latine à l’église Saint-Patrick sera célébrée le dimanche 27 octobre à 10h30 par le vicaire général de l’Institut, Mgr Michael Schmitz.

L’archevêque Blair a précisé : « Je suis très heureux d’accueillir l’Institut dans l’archidiocèse, non seulement pour son ministère paroissial auprès des personnes attachées à la messe traditionnelle latine, mais également pour son engagement envers la spiritualité sacerdotale de saint François de Sales. Cela enrichira et approfondira sans doute la vie spirituelle des personnes qu’ils servent, ainsi que la vie sacerdotale et la fraternité de tout notre clergé. Je demande la bénédiction de Dieu sur cette nouvelle entreprise et demande à tous d’accueillir chaleureusement le chanoine Joel Estrada à l’église Saint Patrick de Waterbury. »
L’Institut du Christ Roi est présent dans 15 diocèses d’Amérique du nord.

[Disputationes Theologicae] L’IBP a-t-il fini dans les mains de la TFP? Au sujet du Chapitre 2019

SOURCE - Disputationes Theologicae - 29 septembre 2019

Le récent Chapitre du Bon Pasteur a laissé dans l’étonnement plusieurs observateurs. Son résultat voit l’élection comme Supérieur Général d’un prêtre presque inconnu originaire d’Amérique latine. Ordonné dans la Fraternité Saint Pie X qu’il abandonna pour le diocèse de San Bernardo au Chili, il y célébra la messe réformée pendant une quinzaine d’années avant d’arriver au Bon Pasteur après 2014. Ce prêtre s’appelle Luis Gabriel Barrero et est assez peu connu par les prêtres, par les séminaristes et par les fidèles. 

Que s’est-il vraiment passé au Chapitre et comment expliquer cet événement ? Voilà la question adressée à notre Rédaction par certains lecteurs. La réponse à cette dernière est une analyse de la crise identitaire de l’Institut, étayée aussi par les confirmations récentes parvenues jusqu’à nous par des confrères de l’IBP, parmi lesquels certains Pères Capitulaires. 

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà largement écrit et argumenté, mais pour comprendre ce qui est arrivé ces derniers temps il est capital de relire nos articles couvrant la période qui s’étend de la demande de nous aligner sur l’herméneutique de la continuité, en mettant de côté concrètement la critique constructive, et de renoncer “à tout exclusivisme” (avec une réaction pas franche, pas vraiment filiale, mais servile) jusqu’au « putsch de Fontgombault » duquel est sortie la classe dirigeante de l’époque 2013-2019. Ce qui s’est passé était en partie prévisible, ne serait-ce que comme conséquence de l’anéantissement de l’identité et de la conscience selon lequel on avale ce qui est contraire à ses propres spécificités. 

En bref, au Chapitre 2019 le candidat sortant M. l’Abbé Philippe Laguérie n’a pas été réélu. On nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix lors de l’élection du Supérieur Général. Il s’est ensuite présenté à l’élection de simple Assistant, mais là encore on nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix. Son concurrent, M. l’Abbé Vella, jadis un des plus fidèles de l’Abbé Laguérie, mais qui cette fois se présentait comme candidat indépendant, a obtenu peu de voix à l’élection du Supérieur Général. M. l’Abbé Raffray, lui aussi pilier de l’administration Laguérie, devenu son concurrent au Chapitre, a eu également très peu de voix. Cependant, l’événement inattendu a été que dès le début le candidat qui avait le plus de voix était un certain Padre Barrero; certains des votants nous ont avoué que personne ne savait bien quel avait été son passé et que la plupart ignorait le fait que pendant plusieurs années il avait choisi le rite reformé en abandonnant le rite traditionnel. Sic !

Il n’a pas fallu longtemps aux Pères Capitulaires pour comprendre que toutes ces voix ne pouvaient qu’être la conséquence d’un plan lié à une composante de l’IBP dépendante de l’association brésilienne « Montfort », qui dérive d’une scission de la TFP, dont elle a su maintenir les méthodes d’organisation et les stratégies de commandement. Les électeurs français se sont trouvés en minorité, et cela aussi parce qu’il semble que l’Abbé Aulagnier - depuis toujours lié à la « Montfort » et à certains financiers du giron de la TFP qui par un complexe système “redistribuent” les dons atlantiques - ait déjà pris depuis longtemps (mais avec discrétion) le parti sud-américain, qui est particulièrement à la mode.

Le reste est connu, Padre Barrero - avec un coup de pouce de la Pologne - est devenu le nouveau Supérieur Général; l’Abbé Aulagnier a gardé sa place de premier Assistant Général; l’Abbé Vella a pu rester second Assistant Général, maigre consolation pour ce qui en substance est une défaite. L’Abbé Laguérie disparait complètement de la scène et dans le communiqué officiel il n’y a même pas les remerciements habituels. Spontanément, vient à l’esprit : “il n’a pas accepté les vrais amis, et voilà”. Concernant d’autres détails sur le déroulement et la “préparation” du Chapitre, comme ils ne sont pas essentiels à la compréhension de ce qui s’est réellement passé, mieux vaut ne pas en parler.

Les faits parlent d’eux-mêmes, il ne nous semble pas qu’il faille ajouter grand-chose, si ce n’est que la dérive que nous dénonçons depuis 2012 a connu une accélération plus rapide que prévue et que la dénaturation identitaire de la société sur le long terme a mené à une véritable “mutation génétique”. Il faut noter également que tous les membres du nouveau Conseil Général non seulement ne sont pas des fondateurs, mais qu’aucun d’entre eux n’était membre de l’Institut à l’automne 2006, lorsqu’au milieu de grands sacrifices et avec peu de monde naissait l’IBP (l’Abbé Vella arriva en 2007, l’Abbé Aulagnier en 2011 - juste à temps pour voter au Chapitre de 2012 - et le nouveau Supérieur Général seulement en 2014). Il nous semble qu’il faut renouveler un appel aux confrères de l’IBP qui nous ont contactés, reconnaissant implicitement que nous défendons encore l’identité de l’IBP-2006, la validité de cette ligne et de ces présupposés, même si désormais nous sommes réunis dans la Communauté Saint Grégoire le Grand : aujourd’hui, face à des signes si évidents, le moment de revenir sur certaines options et sur certaines stratégies utilitaristes qui ont démontré à un tel point leur échec n’est-il pas arrivé ?

La Rédaction de “Disputationes Theologicae

28 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’abbé Bruehwiler

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 octobre 2019

Les fidèles regardent la doctrine avant tout,
Et non les compromis et ni les mauvais coups.

charL’analyse suivante de la situation actuelle de la Néo-fraternité Saint Pie X parut dans le bulletin paroissial n°3 de l’abbé Aloïs Brühwiler de Saint-Gall en Suisse, publié cet automne. L’abbé Brühwiler, anciennement prêtre de la Fraternité, l’a quittée en 2015 parce qu’il ne pouvait plus accepter la mauvaise direction prise par la Néo-fraternité cherchant éperdument à être reconnue par les autorités romaines, alors même que cette Néo-église insiste pour que la néo-Fraternité accepte, comme condition indispensable à cette reconnaissance, les documents profondément anticatholiques de Vatican II. Comme à l’ordinaire, nous adaptons notre commentaire aux dimensions d’une feuille A4.
Dans les temps de crise dramatique que nous traversons aujourd’hui, alors que les sources de la vie sont attaquées, déstabilisées, voire renversées, un catholique doit en toute humilité faire confiance au Bon Dieu et se placer sous Sa protection. Il doit se concentrer sur « la seule chose nécessaire » (Luc X, 42) et, se gardant de remettre Dieu en question, il doit se soumettre à l’épreuve que la Sagesse éternelle permet (voire suscite ?) comme moyen voulu par sa Miséricorde, pour nous punir, nous purifier, nous sanctifier et finalement nous sauver corps et âme. 
Après Vatican II, notre mère l’Église, humiliée et enchaînée depuis, s’est trouvée occupée et submergée par de sinistres pouvoirs francs-maçons, nichés au sein de « l’Église conciliaire ». C’est pourquoi la divine Providence, dans sa Sagesse, a donné aux catholiques un fidèle successeur des Apôtres, Mgr Lefebvre, afin de nous assurer, dans l’extrême et persistante nécessité que nous avons d’être secourus, un accès sûr à la doctrine inaltérée de Notre Seigneur Jésus-Christ. Plus l’esprit conciliaire parle et agit sous l’influence des « fumées de Satan », plus les catholiques, s’ils veulent sauver leur âme, doivent prêter attention à l’héritage doctrinal que nous a laissé le fondateur de la Fraternité St Pie X. Car, tout comme saint Paul avait averti les Corinthiens de s’en tenir à l’Évangile tel qu’il le leur avait prêché et que lui-même avait reçu du Christ (I Co XV, 1–3, etc.), de même, aujourd’hui, devons-nous nous en tenir aux leçons de Mgr Lefebvre sur la Nouvelle Messe et le Concile, car brader cet enseignement équivaudrait en réalité à évacuer la doctrine du Christ. 
Mais hélas ! peu de temps après la mort de leur fondateur en 1991, les dirigeants de la Fraternité ont opté pour une voie nouvelle, en s’efforçant de « normaliser » le statut canonique de la Fraternité au sein de l’Église, comme si c’était la Fraternité et pas l’Église conciliaire qui était en faute. Ce changement d’orientation a clairement commencé à se faire jour avec la tentative des dirigeants de la Fraternité, en 2001, de se soumettre aux conciliaires. Cela s’est manifesté encore plus clairement le 7 avril 2012 dans la lettre adressée par trois des quatre évêques de la FSSPX aux dirigeants de cette Fraternité. A la suite de quoi, l’un des quatre évêques fut exclu. La Fraternité se divisait en deux, en sorte que si quelqu’un approuvait cette exclusion à ce moment-là, il doit aujourd’hui approuver les « nouveaux amis » de la Fraternité, tel cet évêque suisse de la Néo-église, dont la doctrine concernant le Concile et la Messe est bien loin de coincider avec celle de Mgr Lefebvre. C’est ainsi que la Néo-fraternité est en train de se former selon le principe qu’un accord pratique passe avant la vérité doctrinale, principe franc-maçon et nullement catholique. Malgré cela, de plus en plus de prêtres et de laïcs aveuglés semblent espérer qu’un accord entre la Néo-fraternité et Rome verra bientôt le jour. 
Le problème remonte à Vatican II (1962–1965). A l’époque, les fidèles catholiques, dans leur famille et au travail, durent apprendre à leurs dépens ce qui se passe lorsque les responsables de l’Église s’écartent de la vérité catholique : les fidèles catholiques ne pouvaient plus suivre ces papes, ces évêques et ces prêtres, ni leur obéir, même si cette hiérarchie avait autorité sur eux, parce que la raison d’être même de l’Autorité catholique n’est autre que de servir la Foi et la Justice. Par contre le motu proprio de Benoît XVI de 2007, et le Communiqué de Presse ambigu et trompeur publié en même temps par le Supérieur Général de la FSSPX, sont deux exemples d’un mépris profond pour la vérité et la justice. Comme l’a dit Mgr Tissier en 2016, « La messe du Motu Proprio n’est pas la vraie messe. » Nous pourrions ajouter : la Néo-fraternité qui ne cesse d’évoluer depuis 1991, n’est plus la vraie Fraternité.
Kyrie eleison.

[Lettre des Dominicains d’Avrillé] Tradition

SOURCE - Lettre des Dominicains d'Avrillé - décembre 2018

Claude Lévi-Strauss, qui n’est pas suspect d’idées préconçues en faveur de la Tradition catholique, a écrit ceci :
La Révolution a mis en circulation des idées et des valeurs qui ont fasciné l'Europe, puis le monde, et qui procurèrent à la France pendant plus d'un siècle, un prestige et un rayonnement exceptionnels. On peut toutefois se demander si les catastrophes qui se sont abattues sur l'Occident n'ont pas là aussi leur origine. On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite, alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu'un contenu concret.
[Claude LÉVI-STRAUSS et Didier ERIBON : De près et de loin. Odile Jacob, 1989.]

[Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau] À quoi sert le Synode des Évêques ?

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau - 17 octobre 2019

Publié dans la lettre Res Novae, à l'issue du Synode sur les jeunes, cet article n'a rien perdu de son actualité dans sa présentation de l'institution synodale et de son utilisation dans le cadre d'une société largement idéologisée à laquelle l'Eglise ne semble pas échapper totalement.

Paul VI créa le Synode des Évêques en 1965, comme un organisme permanent se concrétisant par des assemblées successives convoquées par le pape. Il est le fruit le plus significatif de la collégialité, l’un des thèmes majeurs de Vatican II, fort difficile à strictement définir. Les détracteurs de la collégialité y virent, à l’époque, l’introduction dans la constitution de l’Église d’une sorte de parlementarisme épiscopal venant affaiblir le charisme pétrinien. C’était raisonner selon des schémas doctrinaux trop traditionnels. Paul?VI, instituant le Synode, avait d’ailleurs pris la précaution de le faire de son propre mouvement de Pontife, motu proprio, et de le cantonner à un rôle consultatif.
Une institution nouvelle
En réalité, le Synode venait plus se superposer à la constitution de l’Église qu’il ne la modifiait directement. Il avait cette particularité de ne ressembler en rien aux conciles, synodes et assemblées d’évêques classiques, qui réunissaient tous les évêques de l’univers, ou tous ceux d’un pays, d’une partie du monde, d’une province. Lui, regroupait dans ses assemblées des représentants élus des Conférences nationales, de religieux élus par l’Union des supérieurs généraux, auxquels s’ajoutaient des membres nommés par le pape et les chefs des dicastères de la Curie. Il était donc censé représenter l’épiscopat de l’univers de manière inédite. Ayant donné lieu, à ce jour, à 28 assemblées ordinaires, extraordinaires ou spéciales en 53 ans, soit à plus d’une assemblée chaque deux ans, il a pris toutes les apparences d’un concile permanent, ou plus exactement du Concile tendant à devenir permanent.

Car le Synode n’a rien d’un concile classique, tranchant des points doctrinaux ou réglant des questions disciplinaires – ce qu’il n’aurait au reste pas compétence de faire dans la mesure où il n’est ni un concile général, ni un concile particulier, et qu’en outre il a seulement vocation consultative – mais il se calque sur le caractère atypique qu’a voulu se donner Vatican II en se plaçant volontairement, comme l’on sait, en matière doctrinale, en deçà du registre définitif et, en matière disciplinaire, sur un mode d’aggiornamento. Ce qui n’a pas empêché les conséquences, tant doctrinales que disciplinaires, d’être au moins aussi considérables que celles du concile de Trente. En un sens et pour des fruits tout différents. Le Synode, avec ses assemblées s’achevant par un texte de synthèse, repris ensuite par une exhortation apostolique censée en interpréter les travaux – a perpétué ce mode de gestion conciliaire de l’Église.
Un but : le consensus
À l’image de ce qui se passe dans les sociétés modernes, ses assemblées régulières entrent dans le jeu d’élaboration d’un consensus, lequel, pour l’Église, se superpose à la traditionnelle obéissance de la foi, ciment de la communion au Christ. Selon que la ligne romaine est conservatrice, le consensus est en faveur du célibat sacerdotal (assemblée de 1971), ou selon qu’elle est libérale, il ouvre les sacrements aux époux adultères (assemblées de 2014 et 2015). Le tout obtenu au prix d’interminables travaux faits de déclarations, discussions en groupes linguistiques, votes, modi, pour aboutir à une sorte de motion de synthèse finale présentée au pape pour qu’elle donne lieu de sa part à un texte, dont le titre même souligne qu’il n’est qu’exhortatif, vœu pontifical couronnant des vœux épiscopaux. On reste donc – quand bien même la ligne générale se veut traditionnelle, comme lors de l’assemblée de 1980 sur la famille chrétienne suivie de l’exhortation apostolique Familiaris consortio – dans un registre doctrinal et disciplinaire qui pour le meilleur ou le moins bon jouit d’une autorité simplement incitative. Le tout donnant l’impression d’une Église non plus amarrée sur le roc, mais évoluant tant bien que mal dans les sables mouvants de courants théologiques contraires ou contradictoires.

Ainsi l’institution synodale représente-t-elle à l’état chimiquement pur le processus du post-Concile : si Vatican II, comme événement global, a été une tentative d’adaptation du message de l’Épouse du Christ pour qu’il soit audible aux hommes de ce temps, les assemblées du Synode poursuivent sur cette lancée. Dans ce cadre, les forces conservatrices ont dépensé d’immenses efforts pour contenir cette adaptation (assemblées sur la catéchèse, la vie consacrée, la formation des prêtres, etc.) Elles l’ont fait avec la très grande faiblesse tenant au registre simplement « pastoral » sur lequel le Synode opère : ni l’assemblée, ni l’exhortation du pape qui suit n’engagent la foi. Les forces de mouvement ont au contraire bien plus de facilité à prôner l’« ouverture » qu’elles désirent (les assemblées depuis 2013), mais en délivrant un message déjà largement dépassé, tant pour les chrétiens de progrès que pour la société laïque. De toutes parts et de toutes les manières, on assiste à la dilapidation progressive de la vigueur du dépôt.

Dans ce contexte, la dernière assemblée, non seulement a souvent semblé d’un ennui mortel, mais elle a manifesté, à la manière d’un passage à la limite, l’inadéquation du système synodal à une véritable transmission. À l’intention d’une jeunesse qui a massivement cessé de recevoir une catéchèse et même de croire, de pratiquer, de se conformer à la morale chrétienne, les pasteurs de l’Église se sont contenté de disserter sur le « dialogue intergénérationnel » et de protester de leur « écoute fraternelle ». Il se peut qu’approche le moment pour des pasteurs décidés de renverser la table.

[Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau] Prêtres mariés : la lucarne des diacres permanents

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau - 27 octobre 2019

Personne ne le conteste : le Pape François est un politique génial. Le document final de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie le montre une fois encore.

Tout le monde attendait que le document demande simpliciter que soit désormais possible l’ordination sacerdotale d’hommes mûrs et éprouvés, des viri probati. Il n’en est rien, du moins apparemment : comme si les critiques très fortes venues de toute part avaient été entendues, l’assemblée, guidée d’une main sûre, ne s’est pas engagée en ce sens.
Elargissement
En revanche, elle propose, au n. 111 du document, l’ordination sacerdotale de diacres permanents, éventuellement mariés : il est demandé que l’autorité compétente établisse des critères pour ordonner prêtres des « hommes idoines et reconnus par la communauté, qui exercent un diaconat permanent fécond », lesquels pourront avoir une « famille stable légitimement établie ». Lucarne fort astucieuse par laquelle va pouvoir passer l’ordination des prêtres mariés, sans en avoir trop l’air.

On pourra même se prévaloir du fait que l’on se calque sur la discipline des Eglises orientales, qui font du diaconat une sorte de cliquet : les candidats au sacerdoce qui entendent se marier doivent l’être avant le diaconat, sinon, ils seront tenus au célibat sacerdotal.
Mesure « libératrice »
Ainsi donc, on pourra désormais ordonner prêtres ces presque prêtres que sont les diacres mariés. Et pour accéder au sacerdoce, les candidats mariés pourront d’abord être ordonnés diacres « permanents ». L’étape du diaconat étant au reste une obligation disciplinaire rigoureuse.

Du coup, la mesure « libératrice » n’aura aucun mal à devenir universelle. On devine que les évêques de nos régions, aussi pauvres en prêtres que l’Amazonie, à Langres, à Rodez, à Auch, ne vont pas tarder à demander à pouvoir ordonner prêtres leurs diacres permanents. Le célibat sacerdotal à l’imitation du Christ, gloire ascétique de l’Eglise romaine, aura vécu.

27 octobre 2019

[FranceTvInfo] Le pape François "demande pardon" après le vol de statuettes amazoniennes dans une église à Rome

SOURCE - FranceTvInfo - 26 octobre 2019

Une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, montre deux hommes voler des statuettes considérées comme païennes par les catholiques traditionalistes.
   
"Ceci s'est passé à Rome et, en tant qu'évêque de ce diocèse, je demande pardon à ceux qui ont été offensés par ce geste." Le pape François a présenté des excuses, vendredi 25 octobre, pour le vol, dans une église de Rome, de statuettes indigènes d'Amazonie considérées comme païennes par les ultra-traditionalistes.

Une vidéo, récemment diffusée sur les réseaux sociaux, montre deux hommes non identifiés en train de dérober ces représentations de femmes nues enceintes, dans l'église Santa Maria in Traspontina, tout près du Vatican, avant de les jeter dans le Tibre depuis le pont Saint-Ange. Les statuettes ont été retrouvées, et "n'ont pas été endommagées", a souligné le pape François.
Des ultra-conservateurs outrés
Ces statuettes en bois sont apparues à plusieurs reprises dans des processions de représentants de peuples autochtones, invités à Rome à l'occasion d'un synode consacré à l'Amazonie, du 6 au 27 octobre. Elles ont suscité des remarques ulcérées des catholiques traditionalistes, qui jugent que ces objets "païens" n'ont pas leur place dans des célébrations liturgiques.

Pour le père Giacomo Costa, chargé de l'information pour le synode, "voler des objets n'est jamais une chose constructive" et parler continuellement de ces objets "n'a pas de sens". Mercredi, le prêtre avait souligné que la statuette représentait simplement "une indigène qui porte la vie". Un objet "ni païen, ni sacré" qui ne prétend pas personnifier la Vierge Marie.

19 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Conversion moderne

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 19 octobre 2019


L’aide divine donne ce qu’on n’ose espérer
Quand Dieu reste avec nous pour veiller et prier.


Y aurait-il aujourd’hui quelqu’un pour penser que le Bon Dieu a renoncé au gouvernement de Son Église et du monde ? Il serait alors facile de lui opposer les témoignages qui parviennent au bureau de ces « Commentaires ». Ils montrent clairement – à tout le moins de l’avis du commentateur – que le Saint-Esprit est toujours à l’œuvre. Un catholique qui s’était éloigné de l’Eglise nous raconte ci-dessous comment il est revenu à la Foi, comment il a rencontré la Tradition catholique, et peu après, la « Résistance ». Il nous dit le sens qu’il donne à tout cela. Fait remarquable : dans la confusion et le découragement ambiant que nous connaissons tous, ce qu’il écrit ne manque ni de portée ni de sérénité, signe fort qu’il est guidé par la grâce de Dieu.
Je suis marié et ma femme m’a donné deux filles : l’aînée est presque adolescente, la seconde est encore un bébé. Je crois devoir à ma grand-mère mon retour à la Foi. Un jour, il y a cinq ans de cela, alors que je passais devant une église, j’ai soudain pensé à ma grand-mère qui avait l’habitude de dire le chapelet. Je me suis alors senti poussé à entrer dans l’église pour faire une prière. Et depuis ce moment, j’ai recommencé à prieret j’ai de nouveau assisté à la messe. Bien sûr, au début, c’était la Nouvelle Messe. Mais il y a environ trois ans, j’ai découvert l’existence de la Tradition catholique. 
Depuis lors, ma famille et moi fréquentons près de chez nous la chapelle de la Fraternité Saint Pie X. Le prêtre et les fidèles ont été très heureux de nous accueillir. Mais je n’ai pas tardé à sentir qu’il y avait dans la chapelle beaucoup de divisions. Vous imaginez facilement la difficulté que j’avais à comprendre de quoi il s’agissait. Venant tout juste d’arriver dans la Tradition, il me fallut beaucoup de patience, de courage et de ténacité pour persévérer et ne pas prendre la fuite dès les six premiers mois ! Mais notre soif de vérité et notre recherche d’enracinement ont été plus fortes que nos doutes ; si bien que nous sommes restés, grâce à Dieu. 
J’ai compris que la FSSPX constituait une partie encore saine de la véritable Église du Christ ; c’est pourquoi je reste avec ma famille, au moins pour le moment, dans la Fraternité. Mais afin de continuer à former mon jugement, je n’en écoute pas moins ce qu’ont à dire les sédévacantistes et les « résistants ». J’ai une grande admiration pour Mgr Lefebvre, véritable homme de Dieu et saint successeur des Apôtres. Voir sa Fraternité ainsi vaciller sous la pression infernale du monde est très difficile à supporter ; cela exige de nous toujours plus de prières. 
La Fraternité a sans doute encore un grand rôle à jouer, car elle continue à faire beaucoup de bien. Il en va de même pour ce qu’on appelle la « Résistance ». Elle aussi joue, et a raison de jouer, le rôle d’un garde-fou, chaque fois que la Fraternité vacille et chancelle sous les attaques du monde moderne ou face aux tentations que lui proposent les officiels de l’Eglise conciliaire. Je suis convaincu que la « Résistance » exerce une influence capitale. Alors qu’elle semble être extérieure à la FSSPX, Notre Seigneur lui permet d’exister pour faire beaucoup de bien, même au sein de la Fraternité. Personnellement, je me considère comme un résistant convaincu vis-à-vis de ceux qui louvoient et n’attaquent pas clairement et frontalement le Concile Vatican II, nettement inspiré par le diable. Tout bien considéré, comment pourrait-on vivre en vrai catholique aujourd’hui, sans résister partout et toujours ? Etre catholique ici-bas n’est sans doute pas de tout repos, mais n’est-ce pas aussi la plus belle chose qui soit ? Merci, chère grand-mère, d’avoir prié pour moi Jésus et Marie !
Durant cette vie, nous ne pouvons jamais voir Dieu. Mais, du moins nous Le voyons à l’œuvre : la dévotion d’une grand-mère ; la prière d’une âme qui débute, mais dont la démarche est décisive ; l’assistance à la Messe comme étape suivante : la Nouvelle Messe, malgré tout porteuse de quelque grâce, aussi étouffée qu’y soit la grâce de la Messe de toujours ; l’âme catholique à laquelle, par qelque truchement que ce soit, Dieu permet d’accéder à la Tradition ; le refuge dans une chapelle de la Fraternité et le bon accueil réservé aux nouveaux venus, réconfort qui, en fait, préparait l’épreuve suivante ! Épreuve surmontée grâce à tous ces besoins d’enracinement, d’amour et de recherche de la Vérité ; grâce à cette attente gardant l’esprit en veille, malgré la confusion ambiante ; l’estime pour Mgr Lefebvre et l’aversion pour Vatican II ; la réception des bienfaits communiqués tant par la Fraternité que par la « Résistance », chacun de ces mouvements procurant –sans exclusive – ce qu’il peut apporter ; la découverte du sort de tout catholique qui doit nécessairement nager à contrecourant, et enfin la gratitude pour tout ce que Dieu lui a apporté. Beaucoup de leçons en peu de mots. Que Dieu bénisse ce correspondant et les gardent, lui et sa famille, fidèles jusqu’à la mort. Il est en bonne voie.

Kyrie eleison.

13 octobre 2019

[Présent - Anne Le Pape - Abbé de Tanoüarn] La place indiscutable du rite traditionnel

SOURCE - Présent - Anne Le Pape - Abbé de Tanoüarn - 21 septembre 2019

Des élections viennent de se dérouler à l’Institut du Bon Pasteur pour choisir le nouveau supérieur général. L’abbé de Ta- noüarn, l’un des fondateurs de l’institut créé en 2006, com- mente l’actualité de l’IBP et par ricochet celle du rite tradi- tionnel.
— Monsieur l’abbé, le nouveau supérieur général de l’IBP, l’abbé Barrero, est originaire d’Amérique du Sud. Comment expliquez-vous ce change- ment de continent pour la tête de votre institut ? 
— L’abbé Barrero est Colombien. La Colombie est connue pour le narcotrafic malheureusement, mais elle est aussi l’un des pays les plus catholiques du monde. Mgr Marcel Lefebvre se référait souvent à la Colombie comme étant un pays reconnu comme catholique dans sa constitution. Il a fallu attendre les ré- formes du concile Vatican II pour que l’Eglise catholique elle-même (au nom de la liberté religieuse) fasse cesser cette exception (que l’on trouvait aussi dans le Valais suisse). Notre abbé Barrero est aussi un compatriote du cardinal Dario Castrillón Hoyos, un grand cardinal qui fut à Rome un combattant de la foi et un défenseur de la tradition. A l’heure où ce qui reste de la catholicité est en train de perdre le nord et de douter de son iden- tité – entre scandales pédophiles et synode amazonien. 
— Les maisons érigées par l’IBP en Amérique du Sud sont plus nombreuses en Amérique latine qu’en France. Comment l’expliquez-vous ? 
— Les évêques y sont, sans doute, somme toute plus accueillants car moins idéologues. En France, la doctrine officieuse face aux communautés traditionnelles, c’est : ne pas leur donner plus, institutionnellement, que ce qu’elles ont obtenu sous Benoît XVI. Ne donner qu’aux communautés qui acceptent de concélébrer, car la concélébration – à une époque où les fois sont aléatoires – représente aujourd’hui (contrairement à ce qui s’est fait dans le passé) tout ce qui reste de la communion ecclésiastique. Il y a par ailleurs un vrai problème : autrefois tous les ecclésiastiques connaissaient le rite traditionnel. Aujourd’hui beaucoup d’évêques ne l’ont vu célébrer que très circonstanciellement et ne se rendent tout simplement plus compte de la charge mystique, de la puissance spirituelle qu’il représente. Le dialogue entre les évêques et la tradition catholique n’en est pas facilité.
— Quelle est la muraille de Chine qui « bloque » les évêques français vis-à-vis de l’IBP ? Est-ce la même situation dans les autres pays d’Europe, en Italie, par exemple ? 
— La muraille de Chine, c’est un peu vieux jeu. Il y a, pour reprendre une métaphore politique à la mode, un véritable plafond de verre qui empêche les ex-sans-papiers de l’Eglise que nous sommes de nous intégrer normalement dans l’institution. C’est toujours plus fa- cile de prêcher aux Etats, en leur deman- dant d’accueillir des migrants, que de faire l’effort de vivre cette même ouver- ture à l’intérieur de la communauté ec- clésiale, en accueillant les sans-papiers de l’Eglise trop récemment régularisés. Dans les autres pays d’Europe, il me semble que la situation est la même, mais que le clivage est moins saillant. Comme toujours, la France a le génie spirituel de la radicalité. 
— Les évêques ont-ils la même réaction vis-à-vis des autres instituts Ecclesia Dei ? 
— Absolument, avec, entre ces instituts, toutes les nuances de gris que vous pouvez imaginer. 
— Pourquoi accepter la liturgie rénovée est-il si important aux yeux des évêques français ? 
— Il y a deux aspects dans votre question : il faut reconnaître la légitimité du rite rénové qui, parce qu’il a été promul- gué par un pape qui a cherché à en ren- dre la célébration obligatoire, présente extrinsèquement les caractéristiques juridiques d’un rite catholique. C’est ce que j’appelle sa légitimité. A moins de tomber dans le sédévacantisme, on ne peut pas nier ce point. Les évêques, le pape même auraient raison d’insister sur ce point, ils ne le font malheureusement pas. Cela étant dit, reconnaître la légitimité du rite rénové, cela ne signifie pas que l’on soit obligé de le célébrer. Il n’a jamais été question d’imposer à tous la célébration du même rite. Jamais dans l’Eglise romaine une telle obligation n’a été manifestée. Il suffit de célébrer un rite catholique, un rite traditionnel, pour être catholique, M. de La Palice en aurait dit autant. Saint Pie V avait maintenu l’existence de rites qui pouvaient prouver une ancienneté de plus de deux siècles, le rite lyonnais, le rite mozarabe, le rite ambrosien et quantité d’autres. On n’aurait jamais obligé un prêtre célébrant le rite lyonnais à célébrer, même une fois, le rite romain. Cette notion de rite propre existe toujours dans le droit canon. Elle permet de comprendre ceux qui, comme nous, revendiquent la célébration exclusive de ce rite. Il y a un deuxième aspect, c’est l’ecclésiologie de communion, s’inspirant de la pratique des chrétiens orthodoxes, qui de manière très classique font ainsi le lien entre le corps mystique du Christ (son Eglise) et le corps eucharistique du Seigneur. Les orthodoxes insistent sur la célébration commune comme signe de l’unité. Les catholiques, qui ne sont toujours pas sortis des turbulences de l’après-concile, trouvent dans la célébration le dernier signe capable d’exprimer une unité devenue problématique. La théorie classique des « tria vincula » (les trois liens) semble devenue trop exigeante, embrassant classiquement la profession de foi, le culte et l’obéissance. Elle est aujourd’hui remplacée en pratique par la concélébration… l’acte cultuel, indépendamment de sa signification profonde. Bien évidemment, si cette tendance se confirmait, ce serait un indicatif grave, un signal pour l’avenir de l’Eglise. 
— Ce que Benoît XVI a accordé aux traditionalistes est donc resté lettre morte ? 
— Non… Mais la fameuse théorie des groupes stables, profondément réformiste parce qu’elle tendait à reconnaître un droit aux laïcs (le droit à la messe tra- ditionnelle), n’a pas fonctionné. Le conservatisme de l’institution l’a emporté provisoirement. Les évêques dé- fendent leur pré carré et y admettent, à leurs conditions, des tradis au comptegouttes. Et les jeunes tradis se lassent et vont fredonner les mélodies et cantiques de l’Emmanuel, pensant (à tort, à mon avis) que la piété suppléera à tout. Reste tout de même, pour l’Eglise du XXIe siècle, l’intuition prophétique du pape Benoît, tentant de donner une forme canonique à l’expression du cardinal Castrillón Hoyos : « Tous les catholiques ont droit de cité dans l’Eglise. » Ce sont les traditionalistes qui portent aujourd’hui la question fon- damentale pour l’avenir de l’Eglise du droit des fidèles, face aux mutations de l’institution. Il appartient aux congrégations issues de la défunte commission Ecclesia Dei de faire valoir ce droit. 

12 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Présence et puissance

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 12 octobre 2019

Tous les démons me disent : Dieu est faible et absent.
Mais c’est loin d’être vrai, en y réfléchissant.

Même si l’écroulement de « la civilisation occidentale » s’accélère, il est très nécessaire de nous rappeler que « Notre secours est dans le Nom du Seigneur », dans l’intercession de la Vierge Marie, Sa Très Sainte Mère, et dans rien ni personne d’autre. Peu de gens, même parmi les catholiques, comprennent combien le Bon Dieu nous est proche et combien Il est fort. Ils s’adonneraient peut-être plus volontiers à la prière si seulement ils s’en rendaient compte. Car aujourd’hui, seule la prière peut faire sérieusement barrage à l’avancée du mal. Par un juste châtiment de l’humanité apostate, Dieu a laissé passer sous le contrôle de Ses ennemis tout autre moyen d’influence et de pouvoir.

Mais qui est Dieu ? Le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles.

Tout d’abord, Il est Père, c’est à dire Créateur du ciel et de la terre. Mais il ne l’est pas seulement à la manière d’un fabricant qui façonne un produit et le laisse ensuite faire son propre chemin dans le monde. La meilleure comparaison qui puisse illustrer le soin de Dieu et son amour pour Ses créatures, c’est l’amour qu’un homme peut porter à ses enfants, normalement jusqu’à sa propre mort ou à la mort des enfants, voire au-delà. Toutefois, alors que l’amour d’un homme est fini, l’amour de Dieu est infini.

Ensuite, Il est Tout-Puissant. Peut-être la façon la plus simple de saisir la force ou la puissance de Dieu est-elle d’accepter ce qu’enseigne l’Église : Dieu est Créateur, et tout ce qui existe est créature de Dieu. Par cette création, toutes choses sont sorties à partir de rien. Par contre, chaque fois que nous autres, êtres humains, « créons » quelque chose, c’est toujours à partir d’un matériau préexistant : par exemple une chaise faite de bois, une maison de briques, des briques d’argile, et ainsi de suite. Plus j’y pense, plus il m’est difficile de concevoir quoi que ce soit créé à partir de rien, pour la bonne raison que tous les changements que je constate autour de moi procèdent à partir de quelque chose. Si je pouvais concevoir quelque chose sortant de rien, je commencerais à saisir le sens de Tout-Puissant.

Enfin, Il est Créateur de toutes choses. D’abord toutes les choses matérielles « visibles », jusqu’au bout de la plus lointaine des galaxies. Saint Ignace de Loyola se tenait dehors la nuit à Rome, et regardait les étoiles pour absorber la leçon qu’elles ne cessent de donner de l’infinie puissance de Dieu. Ensuite toutes les choses spirituelles ou « invisibles », telle que l’âme qui donne la vie, les facultés de raison et de libre arbitre à tout être humain durant sa vie ; sans parler de l’ordre immatériel des neuf Chœurs des anges. Doute-t-on qu’ils existent, parce qu’ils sont immatériels ? Mais doute-t-on qu’il faille bien plus d’une intelligence humaine pour organiser le mal tel qu’il s’étale autour de nous aujourd’hui ?

Toutefois, même si beaucoup de personnes sont prêtes à admettre que sans un Créateur rien ne pourrait accéder à l’existence, ce que peu de gens comprennent, c’est que l’action créatrice de Dieu se poursuit à chaque instant pour maintenir les choses dans l’existence. De sorte que, si Dieu cessait un instant de soutenir dans l’existence un être existant, celui-ci retomberait sur l’instant dans le néant. Une comparaison, servant de modèle, peut aider à faire comprendre cela. Pour démarrer un train électrique, le conducteur doit tirer vers lui ce qu’on appelle un « levier d’homme mort », et il doit continuer à le tirer vers lui pour que le train avance. Car ce levier fait partie d’un système de sécurité également appelé « veille automatique ». Le levier est rattaché à un ressort en sorte que si on le relâche, il rebondit automatiquement, provoquant l’arrêt du train. De cette façon, le train est protégé contre une marche incontrôlée si, par exemple, le conducteur est victime d’un malaise à son poste. Ainsi, le train démarre lorsqu’on tire le levier, mais il faut continuer à le tirer pour que le train continue à rouler.

De même, Dieu crée un être en lui conférant l’existence dès son premier instant. Mais cela ne servirait à rien si cet être n’était pas maintenu par cette action créatrice, ou si la créature n’était pas « conservée » pour la durée prévue de son existence. Comme la première traction sur le levier permet le démarrage du train, ainsi la prolongation de cette traction est nécessaire pour que le train continue d’avancer. Aussi la seule différence entre la création et la conservation d’une créature par Dieu est-elle la différence entre le premier moment de son existence et tout moment suivant. Ainsi, à chaque instant de mon existence, Dieu est actif en moi, créateur en moi, conservant à la fois mon corps et mon âme. Dieu est donc davantage présent à moi et à tout ce qui est en moi plus que je ne le suis à moi-même, car Il opère en moi ce que Lui seul peut opérer, à savoir me tenir hors du néant. Comment pourrais-je encore douter de Sa Toute-Puissance ? Comment pourrais-je mettre en doute qu’Il soit proche de moi ? Ou qu’Il se soucie de moi ?

Kyrie eleison.

6 octobre 2019

[Abbé Guillaume de Tanoüarn - Boulevard Voltaire] «L’Église devient comme une sorte d’ONG»

SOURCE - Abbé Guillaume de Tanoüarn - Boulevard Voltaire - 1er octobre 2019

Une statue en bronze représentant 140 migrants sur une embarcation a été érigée à l’occasion de la 105e journée mondiale du migrant et du réfugié. Cette statue a été installée place Saint-Pierre au Vatican. Cette décision a fait réagir. Certains y voient un très beau signe de fraternité, d’autres au contraire un signe de démagogie. Quel est votre point de vue ?
Je crois que c’est ni la fraternité ni la démagogie que ce groupe sculpté signifie, mais une nouvelle conception de l’Église. L’Église jusqu’à maintenant été l’arche du salut pour les individus et les sociétés. Son rôle, historiquement dans cette religion de salut qu’est le christianisme, est de prêcher ce salut spirituel, ce salut surnaturel. Or, beaucoup d’hommes d’Église ont été sensibles à la philosophie de Polnareff, vous savez : « on ira tous au paradis, même moi ». La question du salut est complètement démonétisée aujourd’hui. Parmi les intellectuels, elle ne signifie plus rien.
     
C’est la marque de l’insignifiance de sa mission d’origine qui a poussé l’Église à devenir quelque chose comme une O.N.G., une organisation non gouvernementale, au service de causes. Ces causes sont choisies et il ne me revient pas de juger de la légitimité du choix de cette cause des migrants. Il y a dans ce phénomène beaucoup de détresse et tous les migrants ne sont pas des agresseurs, même si dans le contexte social actuel ils sont perçus comme tels, et on peut le comprendre. La question n’est pas tellement le choix de tel ou tel sujet, mais le fait que l’Église soit en quête de sujets auxquels se dévouer. Ce qu’on appelle en latin instrumentum laboris, pour le synode amazonien qui aura lieu à Rome dans quelques jours, c’est exactement la même démarche avec un autre thème, celui de l’écologie. L’Église se met au service de la cause écologique, comme elle se met au service de la cause des migrants.
     
Vous remarquerez que ce sont deux causes très politiquement correctes. L’Église cherche manifestement à plaire au monde à travers ce choix. Mais surtout, elle change de nature. Le fait d’inscrire cela dans un bloc de bronze place Saint-Pierre est à cet égard significatif. Certains appellent cela un deuxième souffle de l’Église, une Église comme O.N.G., mais ce qu’il n’en reste pas moins un changement complet dans sa nature et dans ses perspectives. Si l’Église ne prêche plus le salut, elle va prêcher des causes humaines et se mettre à la disposition de la planète pour ce faire.
On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’était devenue l’Église dans Le camp des saints de Raspail, une Église totalement incapable de jugement moral. En sommes-nous là aujourd’hui ?
L’Église se veut en apesanteur, en quelque sorte, sur la planète. Elle se voudrait ne pas être plus l’Église des chrétiens que des non chrétiens. Elle voudrait vraiment être cette O.N.G. laïque au sens abstrait de ce terme. Elle voudrait être là pour tout le monde. Quand le pape François avait ramené de l’île de Lesbos des personnes qui étaient toutes musulmanes, alors que des chrétiens souffrent tout autant et qu’il avait refusé de s’intéresser aux chrétiens pour s’intéresser aux musulmans, c’est le même genre de démarche. À Abu Dhabi, on est en train de construire sur une île, avec la bénédiction du Saint-Père, une sorte de monument aux trois monothéismes, où les trois monothéismes ont la même place. C’est une autre cause, c’est la cause du dialogue inter religieux. Dans cette autre cause, l’Église ne veut pas être intéressée et elle ne veut pas avoir la première place. Elle veut être une parmi d’autres. Je crois que ça lui coûtera très cher, car le message de l’Église est difficile. Alors, soit il vaut la peine, soit il ne vaut pas la peine. S’il ne vaut pas la peine, pourquoi se charger de ce message difficile ? Pourquoi vivre selon les commandements de l’Église qui ne sont pas simples à observer ?
L’église a un temps d'avance en ne jugeant pas les gens selon leur religion étant entendu qu’elle les juge égaux devant Dieu ?
Pascal disait : « l’hérésie n’est pas le contraire de la vérité, mais l’oubli de la vérité contraire ». L’Église prêche deux vérités contraires, l’universalisme et l’incarnation. L’universalisme, parce qu’en effet elle s’adresse à tout homme et quelle annonce l’appel de Dieu lancé à tout et à chacun. Elle ne fait pas de différence entre les hommes. Mais aussi l’incarnation. L’Église n’est pas idéologue. Elle ne prêche pas un ensemble d’idées. Elle prêche des réalisations et des réalités concrètes.

[Le Monde - Zineb Dryef] Un lieu dans l’actu : l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

SOURCE - Le Monde - Zineb Dryef - 5 octobre 2019

Fondé en 1970, ce monastère du Vaucluse est un haut lieu du catholicisme traditionaliste. Des opposants à la PMA pour toutes s’y sont réunis avant leur mobilisation du 6 octobre.
Un haut lieu traditionaliste
C’est dans cette abbaye bénédictine entourée de vignes et d’oliviers, au pied du mont Ventoux, que de nombreux jeunes catholiques traditionalistes se sont retrouvés le week-end du 28 septembre pour préparer leur rentrée et leur participation à la mobilisation du 6 octobre contre la PMA pour toutes. Fondé en 1970, ce lieu reçoit régulièrement des jeunes pour des moments de «formation» et compte une école catholique mixte et hors contrat qui accueille des élèves de la maternelle au CM2 – jupe obligatoire pour les fillettes, legging autorisé en cas de grand froid. Le collège de garçons est aujourd’hui fermé par manque de moyens.
Un refuge de l’extrême droite
Cette abbaye a vu son calme troublé par la visite de la police, au mois d’avril 2011, espérant y trouver Xavier Dupont de Ligonnès. Le fugitif y a séjourné, mais trente ans plus tôt. À l’époque, les moines sont proches de Mgr Lefebvre. Au milieu des années 1990, Le Monde révèle qu’ils accueillent régulièrement Jacques Bompard, Jean-Marie Le Pen et Chrétienté-Solidarité, le mouvement intégriste de Bernard Antony. L’abbaye demeure un fief de l’extrême droite. En 2013, le père Dom Louis-Marie prononçait l’homélie de Jean Madiran, journaliste maurassien, antisémite et admirateur de Robert Brasillach. L’hommage s’achevait ainsi : «Que ce qu’il a semé puisse porter beaucoup de fruits.»
Le repaire des parents Lambert
Installés dans le sud de la France, Viviane et Pierre Lambert fréquentaient régulièrement l’abbaye. Leur fille, la demi-sœur de Vincent, dénonçait l’influence de certains moines sur ses parents. «Ce monastère traditionaliste gère de très près la vie de Viviane Lambert et de mon père, expliquait-elle en mai sur Francetvinfo. C’est d’ailleurs au retour d’un voyage au Barroux qu’ils ont décidé d’attaquer en justice la décision de l’hôpital de Reims, en mai 2013.» L’un des frères de Vincent, Frédéric, devenu moine au Barroux à l’âge de 17 ans, a quitté les ordres en 2009.
Une PME florissante
Les produits d’abbaye ayant le vent en poupe, ceux du Barroux ne font pas exception : huile d’olive, nougats, savon… Ces derniers mois, les médias se sont enthousiasmés pour le succès de leurs sandales – 1.200 paires vendues chaque année, jusqu’au Japon – et pour leur vignoble. Depuis peu, les moines se sont associés aux vignerons de la cave coopérative locale et à un œnologue pour développer leur propre vin. Leur production est vendue sur Internet ainsi que sur leur application mobile qui diffuse quotidiennement en direct les offices en latin.

[Jean de Tauriers - Notre Dame de Chrétienté] Pour l'amour de l'Eglise

SOURCE - Jean de Tauriers - Notre Dame de Chrétienté - 26 septembre 2019

Quel livre passionnant donné par Monseigneur Fellay, ancien Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X ! J’encourage nos amis de Notre-Dame de Chrétienté à lire cet ouvrage qui m’a beaucoup fait penser à la ‘Lettre aux catholiques perplexes’ de Monseigneur Lefebvre écrite en 1985 (éditions Albin Michel). Cette ‘Lettre’ voulait en son temps par son langage simple, accessible à tous, faire comprendre les positions d’un évêque qui demandait simplement à transmettre ce qui lui avait été transmis. Dans un contexte différent - 34 années après - mais avec la même volonté d’être compris de tous, Monseigneur Fellay nous explique l’histoire de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, de sa création à aujourd’hui, sans rien cacher des combats difficiles, en expliquant le sens des choix posés.

L’entretien avec Robert Landers sans langue de buis aborde les sujets principaux avec la volonté de prendre de la hauteur : la situation de l’Eglise, la vocation de la Fraternité Saint Pie X, les sacres de 1988, la levée des sanctions, les relations avec Rome, la formation des prêtres, la vie spirituelle, l’évangélisation etc.

Un extrait traitant du thème de notre pèlerinage 2019 (La Paix du Christ par le règne du Christ) nous replongera dans nos méditations de Pentecôte :
« Toute société, comme toute créature, doit être soumise à dieu et à sa loi. Qu’il s’agisse de la famille, de la société civile, de l’Etat, toute société dépend de son Créateur. En outre, comme Notre Seigneur s’est incarné, il est par sa nature humaine le roi des nations. Toute société lui est soumise. Cela vaut aussi pour la société temporelle. Dès lors, quand nous parlons de l’autonomie du temporel, nous devons faire attention. L’expression est quelque peu ambiguë. Sans aucun doute, il y a une distinction à faire entre l’Eglise et l’Etat qui sont deux sociétés parfaites. L’encyclique Quas Primas de Pie XI le montre bien. Cependant, aujourd’hui, le temporel et le spirituel ne sont plus seulement distingués, mais séparés. Influencés par le libéralisme, beaucoup pensent que la société temporelle est indépendante de l’Eglise. C’est une grave erreur dont vous voyons les conséquences aujourd’hui. Cette « autonomie du temporel » comprise comme une véritable indépendance par rapport au pouvoir spirituel entrave l’action de l’Eglise. Elle l’empêche d’intervenir pour promouvoir la paix des nations, soulager les pauvres, défendre les vies humaines abandonnées à l’arbitraire des lois iniques. Bien des évêques et des cardinaux en sont conscients. Ce principe de séparation les empêche de s’impliquer efficacement dans la vie sociale et politique. Notre Seigneur est le roi du ciel et de la terre. L’Ecriture le dit. Les saints le proclament par leurs écrits et leurs œuvres. C’est pourquoi je crois qu’il faut revenir à la distinction traditionnelle entre temporel et spirituel, en donnant une interprétation juste du fameux ‘rendez à Dieu ce qui est à Dieu, rendez à César ce qui est à César’ ».
Nous remercions Monseigneur Fellay d’avoir écrit que « tous ceux qui œuvrent dans l’Eglise avec humilité en faveur de sa Tradition travaillent dans le bon sens », nous faisons nôtres ces propos.

Lisant ce livre cet été, je pensais à Jean Guitton, célèbre philosophe et ami de Paul VI, qui rapportait ses relations avec Monseigneur Lefebvre dans un entretien publié en août 1988. Il précisait qu’en dépit des divergences, sur son lit de mort (il avait près de quatre-vingt-dix ans), il souhaitait avoir un prêtre comme Monseigneur Lefebvre auprès de lui.

Les catholiques ont besoin d’évêques courageux pour nous aider à « fortifier notre foi » (Rm 4-20) ; le livre de foi, de conviction et d’amour pour l’Eglise de Monseigneur Fellay nous aidera et nous soutiendra dans cet effort.

Jean de Tauriers
  • Mgr Bernard Fellay, Pour l’amour de l’Eglise, entretiens avec Robert Landers, Via Romana, 2019, 152 pages, 19 €.

5 octobre 2019

[Abbé Pierre-Marie Berthe, fsspx – La Lettre de Saint-Florent] Les dissensions ecclésiales

SOURCE - Abbé Pierre-Marie Berthe, fsspx - La Lettre de Saint-Florent - octobre 2019

L’abbé Pierre-Marie Berthe a publié aux Éditions du Cerf sa thèse de doctorat en droit canonique, intitulée Les dissensions ecclésiales, un défi pour l’Église catholique. Il présente ici à grands traits son ouvrage. 
Que désigne exactement l’expression « les dissensions ecclésiales » ?
L’expression évoque une situation de crise et de division entre baptisés. Ces « dissensions » menacent l’unité de l’Église catholique qui est fondée sur les liens de la profession de foi, du culte et du gouvernement. 

Ces troubles ou dissensions sont de deux sortes. Lorsqu’un différend conduit à une rupture formelle et à la naissance d’une nouvelle entité qui n’appartient plus à l’Église catholique, il y a une « dissidence ». Tel est le cas des Églises dites orthodoxes, du protestantisme et de l’anglicanisme. En revanche, quand une querelle reste dans un cadre institutionnel catholique, il y a un simple « dissentiment ». Telle est la situation du pélagianisme, du jansénisme et du modernisme. 
En quoi les « dissensions ecclésiales » sont-elles un défi pour l’Église catholique ?
Les divisions révèlent souvent qu’il y a un malaise dans l’Église. Elles sont donc un appel à la réforme. De plus, les difficultés d’ordre doctrinal ou disciplinaire qui divisent les chrétiens stimulent la vie intellectuelle, car elles réclament une vraie réflexion. La recherche d’une solution peut être laborieuse, comme le montrent la crise arienne et le Grand Schisme d’Occident. 
Ce livre parle-t-il seulement d’histoire ?
L’ouvrage est sous-titré « Histoire et actualité », car il traite autant du passé que du présent. Il commence par examiner les textes néotestamentaires et patristiques, mais s’achève en évoquant la grave controverse autour d’Amoris laetitia. Ainsi il offre une longue fresque qui intègre l’Antiquité, le Moyen Age, l’époque moderne et contemporaine. Les questions qui sont aujourd’hui très discutées dans l’Église sont éclairées par l’histoire. 
A quel niveau le droit intervient-il ?
Le droit canonique garantit l’ordre à l’intérieur de l’Église catholique. Il impose des règles qui ont pour but de prévenir les conflits et de maintenir la paix, quand des tensions surgissent. Il dispose d’instruments variés pour faire triompher l’unité : exemption, sanction, création d’une commission, convocation d’un concile... De plus, il encadre les relations avec les baptisés non catholiques. Le problème de l’œcuménisme a un aspect canonique. 
En quoi l’œcuménisme est-il problématique ?
L’œcuménisme, tel qu’il est mené habituellement depuis Vatican II, se nourrit d’illusions, car ses acteurs n’ont pas la même conception de l’unité. Ils donnent vie à la communion « imparfaite » par des gestes et des rites sans grande consistance doctrinale. Tous proclament qu’ils sont unis par la foi et la grâce, en attendant d’être rassemblés dans la gloire, mais le fossé doctrinal entre confessions chrétiennes reste entier. C’est pourquoi il est indispensable de changer de perspective. Les ordinariats créés pour les anglicans qui désirent entrer dans l’Église catholique constituent un modèle intéressant pour sortir l’œcuménisme de l’impasse où il se trouve, en lui fixant des objectifs réalistes mieux ancrés dans la doctrine. 
L’ouvrage parle-t-il des relations entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X ?
Le livre ne pouvait esquiver ce sujet, mais il ne lui consacre qu’un chapitre, car au regard de l’histoire et de l’actualité ecclésiale l’affaire n’est qu’un petit drame ! Ce chapitre s’intitule « Rome et la Fraternité : exclure et intégrer ». Il met en lumière deux attitudes, d’abord une démarche de condamnation qui s’est révélée pour Rome un échec, puis un lent processus de réconciliation encore inabouti. Il importe de baliser un chemin qui, tout en honorant les exigences canoniques de l’unité catholique, laisse un espace suffisant à la critique doctrinale, chaque fois qu’elle est nécessaire. 
La papauté sort-elle grandie de ce livre ?
Le successeur de Pierre est garant de l’unité dans l’Église. De fait, il arrive que des papes n’apportent pas les réponses adéquates aux difficultés qu’ils rencontrent, mais la primauté romaine demeure une bénédiction pour l’Église. Le christianisme n’a pas d’avenir en dehors de la papauté. Les groupes qui s’écartent d’elle par principe sont dans une impasse institutionnelle. 
Voit-on la main de Dieu dans l’histoire ?
A travers ces querelles multiformes qui opposent les disciples du Christ pour des motifs parfois graves, le croyant découvre que l’Église cache un mystère. Qu’une telle société soit toujours debout, au milieu des nations, après tant de désordres, est un véritable miracle. En tout temps, Dieu suscite des artisans d’unité dans l’Église. 
Comment être artisan d’unité ?
Un chrétien qui cherche véritablement l’unité fait preuve de pondération, de patience et de charité, quand une dissension se produit. Celui qui détient l’autorité doit éviter les solutions trop radicales, en songeant qu’un jour lui aussi se trouvera peut-être en désaccord avec un supérieur ou un pape... D’un autre côté, celui qui critique et conteste les décisions de sa hiérarchie doit garder la déférence envers elle et maîtriser sa colère. Sinon, il n’y a plus de vie en société possible. 
Que faire quand la confusion gagne l’Église ?
Il importe de revenir aux éléments fondamentaux de l’identité catholique et d’aborder sans passion les questions qui divisent à la lumière de la Révélation. 
  • Pierre-Marie BERTHE, Les dissensions ecclésiales, un défi pour l’Église catholique, Paris, Éditions du Cerf, 2019, 910 p. [LIEN] — Disponible en librairie

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Lettre des trois évêques

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 5 octobre 2019


Satan maîtrisa Rome avec Vatican II,
Les fidèles pensent-ils qu’ils y restent chez eux ?


Un lecteur nous a demandé de bien vouloir publier les circonstances qui ont motivé la lettre du 7 avril 2012 adressée à Mgr Fellay et à ses deux Assistants par les trois autres évêques faisant alors partie de la Fraternité Saint Pie X. Cette lettre fait bientôt partie de l’histoire ancienne. Toutefois les lecteurs se souviendront peut-être du rôle important qu’elle a joué en attirant l’attention des catholiques Traditionnels sur le changement de direction important de la Fraternité qui se produisait en catimini depuis 15 ans et dont beaucoup ne s’apercevaient même pas. Mais en mars 2012, le Supérieur Général (SG) décida de jeter le masque et de de révéler son jeu au grand jour.

Ce mois-là, dans « Cor Unum » (magazine de la Fraternité paraissant trois fois par an et réservé aux prêtres) le SG écrivit que le temps était venu pour la Fraternité de réviser la politique de Mgr Lefebvre qui excluait tout accord pratique sans accord doctrinal préalable. Car, disait le SG, l’hostilité des ecclésiastiques romains envers la Tradition catholique s’affaiblissait, si bien que la Fraternité pouvait reprendre confiance dans les chefs de l’Église conciliaire. En fait, depuis le début des années 2000, de plus en plus de prêtres et de laïcs de la Tradition soupçonnaient un changement de cap de la part de la Fraternité. Et voici un texte du SG lui-même qui venait confirmer ces soupçons. Ce « Cor Unum » fit grand bruit au sein de la Fraternité.

Au Prieuré de la Fraternité à Londres, au cours d’un dîner, le rédacteur de ces « Commentaires » se demanda à haute voix s’il ne serait pas opportun d’écrire au SG une lettre de protestation contre ce changement de direction, aprês avoir envoyé cette lettre à Mgr Tissier pour qu’il en contrôle le contenu. Un confrère, présent au dîner, suggéra de soumettre la lettre également à Mgr de Galarreta, car adressée ainsi au Siège de la Fraternité, cette missive revêtirait le caractère d’une protestation commune contre une déviation bien grave par rapport au principe que l’Archevêque fondateur n’avait cessé d’enseigner et de pratiquer : « Doctrine d’abord ». Le confrère avait raison. C’est ainsi que naquit l’idée d’ une lettre des trois évêques. Consulté sur le projet, Mgr Tissier souhaita qu’une ébauche de la lettre lui fût envoyée, et l’ayant lue, il lui donna son approbation enthousiaste. Le projet fut ensuite soumis à Mgr de Galarreta qui l’approuva également, mais il la renforça considérablement en en réécrivant la dernière partie. Le texte final fut ensuite signé par les trois évêques et envoyé par la poste à Menzingen, siège de la Fraternité, en trois exemplaires, à l’attention du SG et de ses deux Assistants.

Une semaine plus tard, la réponse arrivait. Ce n’est pas pour rien que la Maison Générale, ayant changé d’orientation, en cachait à la Fraternité en général le changement. Le Conseil Général se déclarait profondément persuadé que la Rome conciliaire était en train de devenir de plus en plus catholique, au point que les graves réserves de Mgr Lefebvre quant à la coopération avec les Néo-modernistes romains étaient en fait dépassées. En 1988, l’Archevêque avait dit au cardinal Ratzinger que toute coopération était impossible, parce que la FSSPX et Rome travaillaient dans des directions diamétralement opposées : Rome voulait déchristianiser la société alors que la FSSPX s’efforçait de la rechristianiser. Mais en 2012, la Maison Générale se montrait catégorique sur le fait que la situation avait évolué, si bien qu’en s’opposant aux trois évêques, ils ne s’opposaient pas à l’archevêque. Telle était la teneur de la lettre. Mais que penserait Mgr Lefebvre au sujet de la trahison actuelle du pape François ? Plutôt, que ne dirait-il pas maintenant ? Eh bien, dans un livre paru récemment relatant plusieurs entretiens avec Mgr Fellay, ancien SG, celui-ci récusait avec force jusqu’à la moindre critique à l’encontre du pape François.

C’est ainsi qu’ à une date convenue d’avance, en juin 2012, le SG se présenta à Rome, accompagné d’un adjoint de toute confiance pour sceller l’accord censé mettre un point final à une « inutile querelle », vieille de 37 ans, entre la FSSPX et Rome. Inutile, cette querelle ? N’étaient-ce donc que chamailleries ? La Rome conciliaire ne menait-elle pas, ne mène-t-elle pas toujours, une véritable guerre contre la Tradition catholique ? Évidemment, les Romains avaient eu connaissance de la lettre des trois évêques. Leur position, à l’arrivée de Mgr Fellay, était donc qu’il leur était inutile de vouloir piéger les dirigeants officiels de la Fraternité tant que les trois autres évêques auraient évité le piège. La Tradition ne risquait-elle pas de redémarrer de plus belle ? C’est pourquoi, en 2012, le SG s’en est retourné de Rome comme il y était venu : les mains vides. Sa tâche était de s’efforcer de ramener tout de suite les trois autres évêques dans le droit chemin. De fait, il n’a pas perdu une seconde.

Kyrie eleison.+

28 septembre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Rosmersholm de Henrik Ibsen

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 28 septembre 2019

Les modernes souvent aiment l’obscurité,
Mais comme le Christ leur manque, ils n’ont que vacuité.

Henrik Ibsen (1828–1906) est un célèbre auteur de théâtre norvégien. Beaucoup le considèrent comme le père de la dramaturgie moderne. Il n’était pas catholique. Néanmoins, ses pièces expriment une grande vérité. Or saint Augustin n’affirmait-il pas que toute vérité appartient aux catholiques ? (Parce que le Christ est « le Chemin, la Vérité et la Vie »). N’est-ce pas pour cette raison que les catholiques se trouvent parfois mieux placés que les non-catholiques pour apprécier les vérités que peuvent dire ces derniers ? La grande vérité d’Ibsen c’est de montrer que, même dans la Norvège de la fin du XIXe siècle, engoncée dans l’hypocrisie qui étouffait la vie et la joie sous le poids de traditions moribondes, l’esprit humain est encore capable d’élever une protestation ; il préfère même la mort à une existence prisonnière, dépourvue de liberté et de toute signification.

En quoi consiste cette protestation ? Prenons trois pièces dans lesquelles Ibsen passe du drame de la société moderne à l’analyse psychologique des personnages. Rosmersholm (1886) se termine par le double suicide du héros et de sa bien-aimée ; Solness, le constructeur (1892) se termine par la chute du héros du haut d’une tour qu’il était suicidaire d’avoir voulu escalader ; dans John Gabriel Borkman (1896) le héros meurt de froid lors d’une ascension quasi-suicidaire parmi les bois d’une montagne glacée. Dans chaque cas, le héros est toujours en lutte pour la liberté de l’esprit humain, toujours en butte à un monde qui s’acharne à étouffer cet esprit. Concentrons-nous sur Rosmersholm, dont une adaptation, récemment mise en scène à Londres, vient de remporter un grand succès. Ibsen n’est pas mort !

La trame d’un drame a toujours besoin d’un conflit. Dans Rosmersholm, ce conflit oppose, d’un côté, le vieux monde de la famille Rosmer et de son domaine : depuis 200 ans, cette lignée se distingue par ses officiers et ses pasteurs qui en étant de beaux exemples surent élever toute la région ; et de l’autre côté, on trouve un monde nouveau qui prône l’émancipation de toutes ces anciennes valeurs. Le personnage central de la pièce est le dernier rejeton de cette noble famille, John Rosmer, ancien pasteur. Mais il a perdu la foi et se trouve maintenant déchiré entre ces deux mondes. Il y a d’un côté le Dr Kroll, conservateur au cœur sec, qui tente de sauver la Norvège du libéralisme envahissant, mais dont la propre femme et les enfants versent dans ce libéralisme. On trouve de l’autre côté le rédacteur en chef du journal radical local, Mortensgaard. Ce personnage est au moins aussi désobligeant que Kroll dans ses tentatives pour attirer Rosmer de son côté. En théorie, ce nouveau monde, fait de joie et de liberté, a conquis Rosmer lui-même, grâce à l’influence de Rebekka West, jeune femme charmante, qui est sa compagne platonique depuis plusieurs années.

Le drame atteint son paroxysme lorsque Rosmer avoue à Kroll qu’il a perdu la foi et qu’il projette maintenant de soutenir publiquement les libéraux. Kroll passe alors à l’action, en employant des moyens plus ou moins équitables, voire déloyaux, pour dissuader Rosmer de faire don de sa personne et de son prestige à la pourriture du pays. Sous la pression de Kroll, Rebekka se rend compte qu’en croyant lutter pour libérer Rosmer de son milieu – noble, certes, mais étouffant – c’est en fait ce milieu de Rosmersholm qui l’a conquise. Finalement, la seule façon pour John et Rebekka d’atteindre cette liberté nouvelle tout en gardant l’ancienne noblesse, c’est de se jeter ensemble dans le moulin à eau de Rosmersholm. En d’autres termes, selon Ibsen, l’ancienne noblesse est sans joie, le nouveau conservatisme est sans cœur et la nouvelle émancipation ne vaut guère mieux. La mort reste la seule issue, la seule voie de recours encore possible aux yeux de ce couple pris au piège de ses contradictions.

Tout cela n’est-il qu’une sombre absurdité, sujet impropre pour les catholiques d’aujourd’hui ? Eh bien, non, au contraire. Ce drame présente en fait un portrait réaliste de notre monde actuel. Quand la foi se meurt, comme chez Rosmer et chez d’autres âmes qui se comptent aujourd’hui en milliards, alors le conservatisme déshonnête d’un Kroll finit par ne rien conserver ; la gauche d’un Mortensgaard est tout juste bonne à jeter l’huile de l’impiété sur l’incendie d’une société sans Dieu ; l’émancipation d’une Rebekka reste exsangue, si bien que l’instinct suicidaire du libéralisme prend le dessus. Pour avoir la vie en soi, et l’avoir en abondance (Jean X, 10), Rosmer doit d’abord recouvrer la foi de ses ancêtres ; c’est-à-dire qu’il doit, au-delà même de ses meilleurs ancêtres protestants, remonter jusqu’à ces ancêtres catholiques vraiment nobles qui firent la Norvège chrétienne. Alors que Rosmer devienne un vrai catholique, et tous les Kroll, les Mortensgaard et les Rebekka pourront voir la vraie solution, et la lumière du Christ pourra se rallumer dans toute la région.

Kyrie eleison.