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28 décembre 2001

[Mgr Bernard Fellay - FSSPX] Communiqué du 28 décembre 2001

Mgr Bernard Fellay - FSSPX - 28 décembre 2001

Fraternité Sacerdotale Saint Pie X
Schwandegg • CH 6313 Menzingen • Switzerland
Phone: +41 /41 755 3636 • Fax: +41 /41 755 1444

+Menzingen, le 28 décembre 2001
Communiqué
La Presse en certains pays (Italie, Allemagne) a répandu la nouvelle selon laquelle un accord aurait été signé entre « le Vatican et les Lefebvristes ».

D’après nos renseignements, le Souverain Pontife a signé un décret en la nuit de Noël. Celui-ci concerne exclusivement la Société Jean Marie Vianney de Campos au Brésil.

Jusqu’ici nous ignorons la teneur exacte de ce texte.

En ce qui nous concerne, nous attendons toujours une réponse à notre lettre du 22 juin 2001. Autrement dit, il n’y a eu aucun développement dans nos rapports avec Rome. Aucun accord n’est en vue.

Bien au contraire, nous considérons la journée de prière des religions à Assise prévue pour le 24 janvier 2002 comme un nouvel obstacle majeur à un rapprochement avec le Vatican.

Menzingen 28 décembre 2001

Mgr Bernard Fellay +, Supérieur général

27 décembre 2001

[Aletheia] Canonisation du fondateur de l’Opus Dei - Autorisation du culte public à l’Ile-Bouchard

Yves Chiron - Aletheia n°23 - 27 décembre 2001

Canonisation du fondateur de l’Opus Dei

Mgr Josemaria Escriva De Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, sera canonisé au printemps ou à l’automne prochain. Le 20 décembre dernier, Jean-Paul II a approuvé le décret reconnaissant le caractère miraculeux d’une guérison attribuée à son intercession. Le même jour, quatre autres décrets de guérisons miraculeuses étaient signés par le pape, permettant ainsi la canonisation future d’autres bienheureux. Parmi les futurs canonisés, figure aussi le bienheureux Padre Pio.

La canonisation prochaine des bienheureux Padre Pio et Josemaria Escriva a déjà provoqué l’inquiétude voire la colère de certains. Guillaume Goubert, rédacteur en chef adjoint de La Croix a, le 21 décembre, dit son “ émotion inquiète ” et sa préoccupation “ de ce que l’Eglise catholique dit d’elle-même au travers de telles canonisations ”. Il estime que “ d’autres manières d’annoncer l’Evangile mériteraient - mériteront - d’être honorées ”. Et de citer les noms de Don Sturzo, le fondateur de la Démocratie chrétienne, et de Mgr Romero, l’évêque assassiné au Salvador.

A n’en pas douter, la canonisation de Mgr Escriva n’a pas fini de susciter des controverses. Certains font remarquer que cette canonisation aura été très rapide. Il est vrai que Mgr Escriva sera le saint le plus “récent” de l’histoire de l’Eglise : mort en 1975, sa cause de canonisation a été introduite en 1981, il a été béatifié dix ans plus tard et va être canonisé vingt-six ans après sa mort. Une telle brièveté, dans l’examen d’une cause et sa double conclusion, si elle est exceptionnelle n’est pas unique dans l’histoire de l’Eglise. Saint Charles Borromée, lui aussi, a été canonisé exactement vingt-six ans après sa mort, survenue en 1584 ; et saint Philippe Neri a été canonisé moins de vingt-sept ans après sa mort.

Si la cause de canonisation de Mgr Escriva a abouti si vite, - outre ses vertus personnelles, évidemment -, c’est que la nature de l’oeuvre qu’il a créée favorisait par elle-même l’expansion de la réputation de sainteté de son fondateur. A la mort de Mgr Escriva, l’Opus Dei comptait quelque 60.000 membres répartis sur tous les continents, dans 80 pays. C’est tout naturellement que ces membres ont voulu voir la sainteté de leur fondateur être reconnue. Les postulateurs, lorsqu’ils ont voulu que Rome introduise la cause de canonisation de Mgr Escriva, n’ont eu aucun mal à rassembler les lettres postulatoires nécessaires : environ 6.000, dont 69 de cardinaux, 241 d’archevêques, 987 d’évêques et 41 de supérieurs d’ordres et de congrégations religieuses. Tous n’appartenaient pas à l’Opus Dei mais une telle vague (plus d’un tiers de l’épiscopat mondial) montrait le rayonnement et l’influence de l’Opus Dei.

Un autre point mérite, en revanche, d’être relevé. Mgr Escriva va être le premier saint de l’histoire de l’Eglise (le premier canonisé) à avoir célébré, de manière habituelle dans les dernières années de sa vie, le nouveau rite de la messe. La question s’élargit à celle plus générale de l’attitude de l’Opus Dei face à la crise de l’Eglise et aux bouleversements liturgiques. Il y a là, me semble-t-il, un intéressant sujet historique à étudier. Et, plus encore, une considération doctrinale à faire : si le nouveau rite de la messe n’est pas orthodoxe, comme le dit la Fraternité Saint-Pie X (cf., par exemple, la mise au point faite par l’abbé Grégoire Celier dans Monde et vie du 13.12.2001), comment est-il possible de se sanctifier en la célébrant ?

Autorisation du culte public à l’Ile-Bouchard

Du 8 au 14 décembre 1947, dans une période très troublée de l’histoire de France - avec une évidente tentative de subversion communiste -, la Vierge Marie est apparue sept fois à quatre petites filles de L’Ile-Bouchard, en Indre-et-Loire. La Vierge Marie, dans ses messages, demanda notamment : “ Dites aux petits enfants de prier pour la France, car elle en a grand besoin ”.

Ces apparitions de la Vierge, si elles n’ont pas encore fait l’objet d’un jugement canonique reconnaissant leur authenticité, ont été considérées avec une bienveillance grandissante par les évêques successifs du diocèse :

- en 1966, l’église Saint-Gilles, où ont eu lieu les apparitions, est dédiée à Notre-Dame de la Prière ;

- en 1988, Mgr Honoré, archevêque de Tours, autorise l’installation dans l’église, sur le lieu des apparitions, d’une statue de la Vierge réalisée selon les descriptions des voyantes ;

- en 1992, il donne son imprimatur à une étude historique et théologique de grande ampleur : Marie-Réginald Vernet o.p., L’Ile-Bouchard, la Vierge et ses apparitions, Téqui, 1992, 422 pages ;

- le 8 décembre 2001, au terme d’une enquête canonique qui aura duré dix-huit mois, Mgr Vingt-Trois, publie un décret qui autorise les pèlerinages et le culte public à Notre-Dame de la Prière.

En voici le texte intégral :

Décret

Depuis 1947, de nombreux catholiques viennent en pèlerinage à l’église paroissiale Saint-Gilles de L’Ile-Bouchard pour y vénérer la Vierge Marie. Ces pèlerinages ont porté de nombreux fruits de grâce. Sans jamais céder à l’attrait du sensationnel, ils développent un esprit de prière et contribuent à la croissance de la foi des participants.

Après avoir soigneusement étudié les faits et pris conseil des personnes compétentes, j’autorise ces pèlerinages et le culte public célébré en l’église paroissiale Saint-Gilles de l’Ile-Bouchard pour invoquer Notre-Dame de la Prière, sous la responsabilité pastorale du curé légitime de cette paroisse.

Fait à Tours, le 8 décembre 2001

En la fête de l’Immaculée-Conception

+ André VINGT-TROIS

Archevêque de Tours

Signalons encore qu’une des quatre voyantes de 1947, Jacqueline Aubry, livre parfois son témoignage sur les apparitions à l’occasion de visites dans des communautés religieuses ou lors de rassemblements de prière. Une cassette contenant le témoignage de J. Aubry est disponible à l’Abbaye Sainte-Madeleine, 84330 Le Barroux.

17 décembre 2001

[Aletheia n°22] In Memoriam Mgr Piolanti + Mgr Marchetto et l’interprétation du Concile + Medjugorje “source de division dans l’Eglise” + Condamnation de l’ “Armée de Marie”

Aletheia n°22 - 17 décembre 2001
In Memoriam Mgr Piolanti
• Mgr Marchetto et l’interprétation du Concile
• Medjugorje “source de division dans l’Eglise”
• Condamnation de l’ “Armée de Marie”
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Mgr Piolanti (1911-2001)
Mgr Antonio Piolanti est mort, à Rome, le 28 septembre dernier. Gravement malade depuis plusieurs années, il est mort sans avoir reçu la dignité cardinalice que son service inlassable et fidèle de l’Eglise pouvait laisser espérer à ses amis.
En consultant l’Annuario Pontificio pour l’année 1954, au coeur du pontificat de Pie XII, on relève la multiplicité des fonctions qu’exerçait alors Mgr Piolanti : camérier secret depuis 1947 et professeur de théologie à l’Université pontificale du Latran, il était consulteur de la Congrégation De Propaganda Fide, conseiller de la Congrégation des Séminaires, prélat référendaire au Tribunal de la Signature Apostolique, examinateur apostolique du clergé au Vicariat de Rome, membre de l’Académie de saint Thomas d’Aquin (fondée par Léon XIII) et membre de l’Académie Pontificale de l’Immaculée.
Il avait fondé aussi, en 1948, une revue trimestrielle de théologie et de philosophie thomiste, Doctor communis (qui existe toujours) et en 1956 une autre revue de théologie, Divinitas (qui existe encore elle aussi). Il fut un des inspirateurs de l’encyclique Humani generis (1950) dans laquelle Pie XII mettait en garde contre “ un irénisme imprudent ”, le “ relativisme dogmatique ”, l’ “ exégèse nouvelle ” et autres “ opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique ”.
Sur un des points mis en question par l’encyclique (une fausse conception du “ surnaturel ” - et l’ouvrage du même nom du père de Lubac était visé même s’il n’était pas nommé), Mgr Piolanti multiplia ensuite les ouvrages, notamment en publiant Aspetti della grazia, Rome, Edizioni Ares, 1958. Cette année-là aussi, Mgr Piolanti, recteur de l’Université pontificale du Latran depuis un an, dirigea la publication d’un important volume collectif, Il Protestantesimo ieri e oggi (Rome, Libreria Editrice della Pontificia Università Lateranense, 1385 pages). Cet énorme volume, articulé en trois parties (Origines et développement du protestantisme, Etat actuel du protestantisme, Doctrine du protestantisme et réfutation catholique), rassemblait, pour une des dernières fois avant le concile Vatican II, ce que la “ théologie romaine ” comptait de représentants les plus éminents : notamment Mgr Palazzini, Mgr Gherardini, le père Spiazzi.
Mgr Piolanti fut associé aux travaux de la Commission antépréparatoire du concile Vatican II dès 1959 puis, pendant le concile, il fut membre de la Commission de doctrina. Dans l’après-concile, il fut de ceux qui, à Rome, étaient de moins en moins en consonance avec certaines des nouvelles orientations doctrinales, pastorales et liturgiques. En 1969, il perdit sa charge de recteur du Latran mais il put continuer à exercer une certaines influence par les revues qu’il dirigeait toujours, par les charges qu’il put encore occuper (vice-président puis président de l’Académie de S. Thomas et secrétaire de l’Académie Pontificale Théologique Romaine), et par des collections d’ouvrages qu’il créa à la Libreria Editrice Vaticana (“Studi e ricerche sul clero romano”, “Biblioteca per la storia del tomismo”) et aux éditions Citta Nuova (“Studi tomistici”).
La dernière cause à laquelle Mgr Piolanti s’est dévoué, jusqu’à ses dernières forces, a été celle de la béatification de Pie IX. Postulateur de cette cause depuis 1971, Mgr Piolanti s’activa, avec intelligence et sérieux, à promouvoir une meilleure connaissance d’un pape réduit trop souvent à des caricatures. A partir de 1972, il publia une revue trimestrielle, Pio IX, consacrée à des études historiques sur les différents aspects de la vie et du pontificat du pape de l’Immaculée Conception et du Syllabus et, en 1975, il lança à la Libreria Editrice Vaticana une collection de Studi Piani .
Mgr Piolanti accueillait volontiers les visiteurs intéressés par Pie IX dans ses appartements du Palazzo Canonici, au Vatican. Je garde en mémoire les conversations que nous avons eues dans les années 80/90 à propos de la biographie de Pie IX que je préparais. Je conserve précieusement aussi, comme des pièces émouvantes de cette amitié qui nous liait, deux cadeaux qu’il m’avait faits : le gros volume relié de plus de mille pages du Summarium de la Positio super Introductione Causae de Pie IX, publié en 1954 par la Sacrée Congrégation des Rites et une médaille du pape Pie IX fondue dans le plomb de son premier cercueil et que le vénéré prélat offrait aux visiteurs avec lesquels il se sentait en conformité d’esprit.
Une des dernières joies de Mgr Piolanti aura été, un an avant sa mort, de voir Pie IX béatifié par Jean-Paul II. Mgr Piolanti a trouvé en Mgr Gherardini un digne héritier qui saura, si Dieu le veut et si un pape l’ose, conduire le bienheureux Pie IX jusqu’à la canonisation.
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Interprétations de Vatican II
Mgr Angelo Marchetto, lecteur attentif d’Alètheia, était jusqu’à présent observateur permanent du Saint-Siège auprès de la F.A.O. (Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). Jean-Paul II vient de le nommer secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des migrants.
Mgr Marchetto a publié plusieurs articles remarqués, notamment dans l’Osservatore romano, sur l’herméneutique du concile Vatican II. Un certain nombre de ces études ont déjà été recensées ici. Dans le n° 38 de l’Archivum Historiae Pontificiae (Piazza della Pilotta, 00187 Roma, Italia), Mgr Marchetto publie une longue note critique intitulée : “ Il Concilio Vaticano II : considerazioni su tendenze ermeneutiche dal 1990 ad oggi ” (p. 275-286). Mgr Marchetto fait remarquer d’abord que les nombreux travaux historiques consacrés jusqu’ici au concile Vatican II ont finalement peu utilisé et peu tenu compte des Actes officiels du concile dont l’édition critique a été assurée par Mgr Carbone et qui est achevée depuis peu (62 gros tomes, au total).
Mgr Marchetto souligne aussi, comme dans ses précédents articles, combien l’historiographie actuelle du concile est dominée par une problématique lancée avec force moyens par l’Institut pour les sciences religieuses de Bologne, du professeur Giuseppe Alberigo. Le professeur Alberigo est le maître d’oeuvre d’une grande Histoire du concile Vatican II, en plusieurs volumes, dont l’édition italienne, qui compte pour l’instant quatre tomes, connaît déjà des traductions française, allemande, anglaise, espagnole et portugaise. Mgr Marchetto estime que cette Histoire est “ idéologique ” plus que véritablement historique parce qu’elle est sous-tendue par une herméneutique simpliste : la “ nouveauté ” de Vatican II serait d’être, dans sa phase Jean XXIII, une “ rupture avec le passé ”, tandis que, dans sa phase Paul VI, il serait en retrait et en recul.
Mgr Marchetto estime encore que l’ouvrage d’A. Zambarbieri, I Concilii del Vaticano (Cinisello Balsamo, Ed. San Paolo, 1995) est “ la meilleure synthèse publiée jusqu’ici, en langue italienne ”, notamment parce que l’auteur a utilisé abondamment les Acta signalés plus haut et a mis en connexion les actes de Vatican I - “ in combinata non casuale ” - avec ceux de Vatican II.
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Medjugorje, “source de division dans l’Eglise”
Au dernier Synode des évêques, réuni à Rome en octobre dernier, le cardinal Puljic, archevêque de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), a déploré que les supposées apparitions de la Vierge à Medjugorje soient une “ source de division dans l’Eglise ”. Il a évoqué la désobéissance des Franciscains de Medjugorje, ardents partisans, dès l’origine - 1981 - des supposées apparitions de la Vierge. Il a regretté que ces Franciscains, en conflit avec l’évêque du diocèse depuis un quart de siècle, “ imposent leurs propres points de vue ” en n’hésitant pas à arguer de “ pseudo-charismes ”.
Cette intervention, très importante, vient renforcer la position de Mgr Peric, évêque de Mostar, diocèse où se trouve Medjugorje, qui tient les supposées apparitions - qui se poursuivent depuis vingt ans - comme “ non-surnaturelles ”.
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Nouvelle condamnation de l’Armée de Marie
La Conférence des évêques catholiques du Canada a rendu publique, le 15 août 2001, une longue “ Note doctrinale sur l’Armée de Marie ”. L’Armée de Marie, oeuvre de prière et de sanctification, a été fondée le 28 mai 1971, au Québec, par Marie-Paule Giguère, une âme mystique qui a publié, en quinze volumes, son autobiographie sous le titre de Vie d’amour. L’Armée de Marie a été reconnue, comme pieuse union, en 1975, par un décret canonique de Mgr Roy, archevêque de Québec. L’Armée de Marie, les révélations et visions de Marie-Paul Giguère, ont trouvé, en France de nombreux défenseurs : notamment l’abbé Jean Derobert, qui a publié des dizaines d’ouvrages et de brochures sur les apparitions et faits extraordinaires ; Raoul Auclair, auteur millénariste qui rejoindra, finalement, l’Armée de Marie au Canada (où il est mort) ; même l’abbé Laurentin (cf. Multiplication des apparitions de la Vierge aujourd’hui, Fayard, 1991, 3e édition, p. 151-152).
A partir de 1986, des mises en garde ont été faites par l’archevêché de Québec à propos de nombreuses “ erreurs graves ” répandues dans les publications de l’Armée de Marie. Le 4 mai 1987, un décret du cardinal Vachon, archevêque de Québec, révoquait le décret par lequel son prédécesseur avait érigé l’Armée de Marie en pieuse union.
Aujourd’hui, c’est une note doctrinale plus développée qui met en garde les catholiques. Comme cette note n’a été publiée, à ma connaissance, par aucune publication française, même pas par la Documentation catholique, il n’est pas inutile d’en reproduire l’essentiel :
Les activités et les enseignements de l’Armée de Marie comportent des dangers réels pour l’Eglise catholique au Canada et pour la foi de ses membres. En raison de ces faits et de la menace continue de division pesant sur l’intégrité et l’unité de la foi catholique au Canada, par la présente, les évêques canadiens déclarent et informent tous les fidèles de l’Eglise catholique au pays, que l’Armée de Marie, même si celle-ci soutient le contraire, ne peut pas être considérée comme une association catholique. Certains des enseignements qu’elle propage à propos de la rédemption, de la Vierge Marie et de la “ réincarnation ” s’écartent fondamentalement de l’enseignement et de la profession de foi de l’Eglise catholique. Parce que la foi des fidèles s’en trouve menacée, nous, les évêques du Canada, exhortons les membres et les sympathisants de l’Armée de Marie à cesser leurs activités, quelles qu’elles soient : publications, participation aux rencontres de prière et aux célébrations liturgiques, spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec.
(...) La supposée révélation privée sur laquelle l’Armée de Marie fonde sa seule prétention à la légitimité introduit des doctrines nouvelles et erronées au sujet de la Vierge Marie et de son rôle dans l’histoire du salut. Elle va au-delà de la Révélation définitive du Christ et y ajoute grandement. L’Armée de Marie veut faire croire à ses membres, par exemple, que leur “ Immaculée ” est co-éternelle et habite dans la personne même de la dépositaire de ces révélations privées. C’est à cause de tels efforts fallacieux en vue d’ajouter à l’essence même de la foi que la reconnaissance d’association catholique a été retirée à l’Armée de Marie.
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Revue des revues
L’Homme nouveau (10 rue Rosenwald, 75015 Paris, 18 F le numéro) a connu d’assez importantes transformations depuis que Philippe Maxence, venu de la Nef, en est devenu le rédacteur en chef. Dans le numéro du 16 décembre, on trouve notamment un très intéressant dossier sur Charles Ier de Habsbourg, le dernier empereur d’Autriche-Hongrie ; dont un entretien avec Mgr Krenn, évêque de Sankt Pölten, président de la Gebetsliga, Ligue de prière pour la cause de béatification de Charles de Habsbourg.
Certitudes (23 rue des Bernardins, 75005 Paris, 50 F le numéro) publie un dossier critique de dix articles consacrés à la thèse - contestable - de Jacques Prévotat : Les Catholiques et l’Action Française. Histoire d’une condamnation, 1899-1939, Fayard, 742 pages.
D.I.C.I. (149 rue la Délivrande, Péricentre 4 - Bât. B, 14000 Caen, 10 F le numéro) publie un article de M. l’abbé Aulagnier intitulé “ Le card. Castrillon Hoyos dans la “bataille” de la messe ” où il estime que la nouvelle messe “ n’est pas contraignante précisément parce qu’il manque la note de constance, d’antiquité, de continuité. ” Il écrit aussi : “ il n’y aura jamais prescription, prescription trentenaire ; on commence à entendre cet argument (Dom Gérard - Yves Chiron...). Car la présence constante de cette nouvelle messe, même si elle peut revendiquer maintenant trente ans d’existence, ne fut jamais une présence paisible.” Mgr Fellay, supérieur général de la FSSPX, dans l’Adresse au Saint-Père qu’il faisait le 2 février 2001, envisageait encore une alternative : “ modification ou abrogation ”.



15 décembre 2001

[Abbé Ch. Bouchacourt, fsspx - Le Chardonnet] "Foi et sentiments..."

Abbé Ch. Bouchacourt, fsspx - Le Chardonnet (Bulletin de St Nicolas du Chardonnet) - décembre 2001

C’est dans la loi naturelle que l’on trouve les principes de la moralité d’une action. Celle-ci n’est bonne que par rapport à cette loi que Dieu a établie de façon universelle pour tout homme quels que soient son âge, sa race, sa condition sociale. Les dix commande­ments de Dieu s’appliquent à tous. Nous comprenons donc qu’une action est jugée bonne ou mauvaise non point par rapport à nous-mêmes mais par rapport à des critères objectifs dont les principes se trouvent en Dieu seul qui a déterminé de façon définitive le bien et le mal. Ces deux notions du bien et du mal sont objectives et non subjec­tives, cela va contre le rationa­lisme, le naturalisme et l’imma­nentisme actuel.

Il est en effet fréquent de rencontrer des personnes convaincues de la perversité du divorce, du concubinage, de l’avortement ou de la contraception, etc. mais qui les excusent « dans certains cas » et cela, même dans nos milieux ; c’est la morale de situation ! C’est ainsi que le Père Guy Gilbert, le cardi­nal Martini, le redoutable Mgr Gaillot acceptent « dans certains cas » l’utilisation des contraceptifs ou des préservatifs par respect pour l’autre..! Pour eux l’action serait juste quand il y a une intention droite et une réponse sincère à la situation. C’est au nom de ce faux principe que des parents, des prêtres même encouragent le concubinage temporaire afin que les jeunes gens apprennent à se connaître avant de s’engager défi­nitivement. L’avortement, crime abominable dans l’absolu, devient «tolérable dans certains cas » par exemple lorsqu’une anomalie est découverte au cours d’une écho­graphie. Cette morale de situation fait résider la vérité et la moralité non point en Dieu et dans les prin­cipes qu’Il a établis mais en chacun. Ainsi tout dépendra de la sincérité de la personne. La morale n’est plus objective mais subjec­tive et donc variable.

Les conséquences pratiques sont alors nombreuses et calamiteuses non seulement dam le domaine de l’agir mais aussi pour la Vie spiri­tuelle. Prenons quelques exemples nous avons appris dans le caté­chisme que l’on ne pouvait s’ap­procher de la sainte Table qu’à la condition d’être en état de grâce et qu’il fallait se confesser avant de communier au cas où l’on aurait conscience d’avoir commis un péché mortel. Au nom de la morale de situation, le désir ardent de communier primera sur l’obliga­lion de se confesser. Il n’y aurait donc plus de sacrilège à commu­nier alors que l’âme n’y est pas dis­posée. Ce qui prime ce sont les sentiments de la personne. Il n’est pas rare aussi de rencontrer des parents se réjouir que leurs enfants non mariés à l’Eglise soient au moins passés à la mairie. Ils se ras­surent en pensant qu’ils ont fait déjà une démarche personnelle et oublient que ces jeunes gens vivent dans le péché car il faut le rappeler, pour un baptisé, il n’y a de vrai mariage que celui qui se contracte en présence du prêtre et de deux témoins. Toute autre situation n’est qu’un concubinage plus ou moins déguisé qui éloigne les personnes concernées des sacrements.

A la base de toutes ces erreurs il y a un sentimentalisme ravageur qui tue la vérité et le dogme. La théologie catholique ne trouve plus son origine en Dieu c’est la loi du coeur et des sentiments qui les sup­plante. L’Eglise conciliaire est ani­mée de ces mêmes faux principes dans le dialogue œcuménique qu’elle mène tambour battant. Le but de ces actions n’est pas de convertir ceux qui vivent dans une autre religion mais de dialoguer afin de découvrir tout ce qui nous unit et de taire ce qui nous fâche. Il faudra découvrir le plus petit déno­minateur commun qui réunit les hommes dans ces religions diverses. L’unité prime sur la vérité ! On se demande alors ce qui a poussé les martyrs à verser leur sang et pourquoi tant de missionnaires sont partis mourir loin de chez eux pour apporter la vraie foi aux païens.

L’attitude des prêtres actuels par rapport au baptême est tout aussi erronée. Ils diffèreront le baptême d’un petit enfant de plus de trois ans sous prétexte qu’il doit avoir conscience lui-même de l’engage­ment qu’il prendra en recevant la grâce baptismale. Il faut respecter sa conscience et l’aider à découvrir les sentiments religieux qu’il a au fond de lui-même cela pourra demander de nombreuses annees... Ils en arrivent de façon implicite àla négation du péché originel et ànier la nécessité de la grâce sancti­fiante pour gagner le paradis.

Je vous le disais, on trouve aussi dans nos milieux ces erreurs quant au combat pour la messe traditionnelle. On acceptera d’assister à une nouvelle messe, d’y communier, sous prétexte que le prêtre qui la célèbre est pieux, qu’il a revêtu une belle chasuble et qu’il chante le Gloria en latin. C’est oublier que cette messe reste intrinsèquement mauvaise et qu’elle s’éloigne « dans l’ensemble comme dans le détail » des principes de la théolo­gie catholique. On ne va pas à la messe et on ne communie pas pour faire plaisir au prêtre et à l’assis­tance mais pour honorer Dieu et obtenir sa grâce.

Le manque de formation doctri­nale est à l’origine de toutes Ces erreurs dans lesquelles se four­voient tant de catholiques. Dans le combat que nous menons, ce ne sont pas les sentiments seuls qui doivent nous guider mais les prin­cipes immuables ancrés en Dieu. Sans cela notre pensée et nos actions seront faussées au nom de ces bons sentiments, de ces ater­moiements et de ces lâchetés qui nous conduiront à l’erreur et au mal. Vérité ne rime pas avec sincérité. Il ne faut pas oublier que la vérité catholique et la morale qui en découle sont exigeantes que l’Église catholique a pour mission de former une élite, c’est à dire des saints. Elle rencontrera toujours, et cela jusqu’à la fin des temps, l’op­position du Malin qui cherchera par tous les moyens à infléchir les âmes. La morale de situation, le sentimentalisme font partie de ses armes.

Que la fête de la Toussaint nous incite à contempler l’héroïsme de tous ces saints qui ont mené le bon combat et à remercier Dieu pour les merveilles que sa grâce a réali­sées en eux et qu’Il réalisera en nous si nous sommes fidèles.

Abbé Christian BOUCHACOURT

[Abbé Ch. Bouchacourt, fsspx - Le Chardonnet] "Lettre Ouverte aux Fiancés"

Abbé Ch. Bouchacourt, fsspx - Editorial du Chardonnet (Bulletin de St Nicolas du Chardonnet) - décembre 2001

La cellule familiale est la clef de voûte de l’édifice social. De la stabilité de la famille dépendent la paix et la prospérité d’un pays. On ne pourra résoudre la crise que traverse la société actuelle qu’en redonnant à la famille sa véritable place et en restaurant les valeurs qui lui sont attachées.

Qu’il est réconfortant et enthou­siasmant pour un prêtre de préparer au mariage des jeunes gens qu’une éducation catholique solide a disposés à la vertu dès la petite enfance. Le prêtre alors n’a presque rien à ajouter; tout est prêt, tout est simple... Mais mal­heureusement, il faut remarquer que même dans nos milieux nous rencontrons de plus en plus sou­vent des ménages fragilisés, des époux qui se séparent après quelques années de mariage. Ces drames ont des causes que je sou­haiterais souligner ici.

La cellule matrimoniale doit reposer sur une compatibilité naturelle. Aussi, il est d’une extrême importance que les fiancés soient issus d’un même milieu social et qu’ils aient reçu la même éduca­tion. C’est une erreur de croire que l’harmonie des convictions reli­gieuses sublimera ces différences naturelles. Je me rappellerai tou­jours de la réflexion que me fit un homme séparé de sa femme : « Dites surtout à vos fiancés qu’ils se marient dans leur milieu » Non ce n’est ni de la mondanité, ni du snobisme mais du bon sens S’il existe une différence trop grande entre les fiancés, mariés ils s’agace­ront mutuellement et rougiront l’un de l’autre. L’époux doit être fier de son épouse et vice versa. Je peux vous affirmer que le peu de cas que l’on fait de cette condition est à l’origine de bien des malheurs.Bien évidemment cette condi­tion n’est pas la seule. Il doit exister une réelle harmonie religieuse entre les futurs époux. Il est impen­sable d’envisager un mariage si les fiancés ne s’engagent pas à prati­quer ensemble leur religion dès le temps des fiançailles. Beaucoup comprennent cela et l’on voit alors des jeunes gens revenir à la pra­tique religieuse, grâce à l’exemple de l’autre. Mais ne nous y trompons pas, ce qui n’a pas été obtenu avant le mariage ne le sera jamais par la suite dans ce domaine, ou fort rarement. Fiancés, comprenez bien qu’il est de votre devoir d’al­ler à la messe chaque dimanche, de vous confesser et de communier régulièrement et cela, avant votre mariage. Si vous n’avez pas les mêmes convictions religieuses et la même analyse de la crise de l’Église, vous serez amenés tôt ou tard à vous opposer sur ces sujets et à vous disputer devant vos enfants qui risqueront d’en pâtir gravement. Dans un foyer on peut transiger sur beaucoup de choses, mais jamais sur l’attachement à la vérité catholique et à sa Tradition. Ainsi, par exemple, un fiancé ne peut absolument pas aller à la nouvelle messe pour faire plaisir à celle qu’il aime. Nous prêtres, voyons trop de parents malheureux pour avoir négligé cette condition pendant le temps de leurs fiançailles.

Il est aussi important, pour la pérennité du foyer, que les époux gardent leur autonomie par rap­port à leur propre famille, Le livre de la Genèse ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme « L’homme quit­tera son père et sa mère et s’atta­chera à sa femme et ils deviendront une seule chair ». Ainsi, il est impensable d’envisager un mariage tant que le fiancé n’aura pas lui-même un travail qui lui permettra, en tant que chef de famille, d’assu­mer les besoins matériels des siens ; c’est une question de bon sens et d’honneur! La dépendance financière vis à vis de personnes extérieures au foyer est toujours préjudiciable parce qu’elle détruit son autonomie et génère de nom­breuses tensions.


L’égalitarisme régnant piétine une autre vérité que je souhaiterais souligner. Il existe dans la famille une hiérarchie ; le père en est le chef et doit en être digne pour être respecté. Il saura associer son épouse à ses décisions et évitera de les prendre dans une solitude égoïste. L’épouse, quant à elle, sera soumise à son mari comme le demande saint Paul. Il ne s’agit pas là d’une obéissance servile mais d’une soumission librement consentie parce que voulue par Dieu. L’égalitarisme odieux, tel qu’il est proclamé aujourd’hui, est une des causes principales de divorce dans les familles car il est source d’indépendance, d’envie et de jalousie. L’époux est la tête du foyer et doit le rester; l’épouse en est le coeur. Dans un corps, la tête et le coeur ne sont pas égaux mais complémen­taires et indissociables. Fiancés acceptez dès maintenant cette vérité, elle vous aidera à vivre har­monieusement. Il faut aussi que vous soyez convaincus, vous, futurs chefs de famille, que votre épouse et vos enfants seront la prunelle de vos yeux et qu’ils devront passer avant votre travail. Celle-ci aura besoin de votre aide dans l’éduca­tion de vos enfants et ces derniers auront besoin de votre autorité et de votre disponibilité. Dès le temps des fiançailles, veillez à ce que votre travail soit compatible avec vos obligations de futur père. Trop de ménages vacillent parce que l’époux rentre trop tard le soir. Méfiez-vous dès maintenant, vous, les hommes, des ordinateurs domestiques qui vous absorbent trop et vous, les femmes, de ce maudit téléviseur qui empêche toute discussion familiale. Le manque de communication dans un foyer crée des fissures qui deviennent des crevasses puis ensuite des abîmes que le temps et les passions rendront infranchissables.

Le secret du bonheur familial réside dans le sens du sacrifice chrétien. Il faut que l’un et l’autre sachent s’oublier dès les fiançailles, dans un amour réciproque et chaste. La grâce du mariage alors pourra s’épanouir totalement. Et si un jour l’épreuve venait vous visiter, celle-ci ne vous éloignerait pas l’un de l’autre mais, au contraire, fortifierait votre union. Soyez assu­rés que l’Église attend beaucoup de vous; c’est dans votre futur foyer que se formeront les saints et les élites qui font tant défaut à notre siècle impie. L’exemple de la Sainte Famille, que vous contem­plerez pendant le temps de l’Avent et de Noël, vous y aidera.

Bon Avent à tous, joyeuse et sainte fête de Noël!

Abbé Chistian BOUCHACOURT