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30 octobre 2007

[Jehan De Belleville - Bénédictins de l'Immaculée] Lettre du RP Dom Jehan à Mgr Oliveri

SOURCE - Jehan De Belleville - Bénédictins de l'Immaculée - 30 octobre 2007

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PAX
À Son Excellence,
Monseigneur Mario OLIVERI
Évêque d’Albenga-Imperia

Excellence et Cher Monseigneur,

Merci de tout cœur de m’avoir appelé hier au téléphone et de m’avoir communiqué très simplement votre pensée sur le problème des concélébrations qui divise notre communauté. Notre conversation m’a suggéré quelques réflexions dont j’aimerais m’ouvrir auprès de votre Excellence.
[…]
Si l’on s’en tient à la loi canonique, le canon 902 laisse entendre que la règle générale dans la sainte Église est la célébration individuelle de la messe et que la concélébration n’est que permise (sacerdotes Eucharistiam concelebrare possunt), qu’elle est parfois même interdite et que, dans tous les cas, demeure la liberté pour chacun de la célébrer individuellement. Il serait donc injuste de tenir grief à tout prêtre et à toute communauté de ne pas concélébrer.

Si notre communauté s’est construite autour du rite exclusivement traditionnel, c’était donc son droit et l’Église l’a d’ailleurs reconnue comme telle à travers ses Constitutions. Après lecture attentive de ces dernières, mon ancien professeur à la faculté de droit de l’Opus Dei, Monseigneur Stankiewicz, doyen actuel de la Rote, m’en a donné en juin 2006 une pleine confirmation. La loi propre (lex propria) des divers Instituts n’est pas une loi territoriale, incitant à penser par exemple que le rite traditionnel de la messe n’est obligatoire qu’à l’intérieur de l’abbaye. Le commentaire du Code par l’université de Salamanque explique au contraire, à propos du Can. 13, que « certaines lois affectent directement leurs destinataires, non à cause de leur lien avec un territoire, mais pour un motif qui les touchent plus personnellement, si bien que ces lois suivent les personnes qui leur sont assujetties partout où elles vont ». Notre loi propre nous oblige donc, même à l’extérieur du monastère.

Il est évident que ce choix communautaire, canonisé par l’Église, repose sur des convictions de foi, que la hiérarchie n’a pas toujours comprises et encore moins acceptées. Liés “collégialement” à des institutions ecclésiales en crise, les évêques, trop souvent imprégnés de l’esprit du monde et de ses idéologies, n’ont fait que paralyser la vie surnaturelle dans les âmes. Après quarante ans d’un tel régime, les conséquences dramatiques s’étalent tristement sous nos yeux. Et ceux qui parmi eux le reconnaissent et le déplorent, n’arrivent pas toujours à réagir avec les moyens et la vigueur nécessaires.

Notre attachement au rite traditionnel est un mariage de foi et d’amour qui, à l’image de l’union conjugale, nous oblige à une fidélité exclusive. Il suppose et manifeste une théologie et une pastorale qui ne peuvent pas s’accorder avec une liturgie qui tourne le dos à Dieu pour le dialogue et « l’être ensemble ».

« La réforme liturgique, confessait déjà le Cal Ratzinger, a produit des dommages extrêmement graves pour la foi » (La mia vita, éd. San Paolo, Roma, 1997). La dénonciation et la mise à bas par Benoît XVI lui-même du tabou du « conciliairement correct » ou de « l’esprit du concile » libère peu à peu les esprits, et de plus en plus de Pasteurs et de théologiens finissent par reconnaître publiquement les carences et les ambiguïtés doctrinales du N.O.M. Or, comme le rappelait Jean-Paul II, « l’Eucharistie est un don trop grand pour pouvoir supporter des ambiguïtés et des réductions » (Ecclesia de Eucharistia, n° 10).

Tel est le drame que vit la réaction traditionnelle : tout en voulant conserver l’union hiérarchique voulue par le Seigneur, elle refuse de se lier à un rite dans lequel, bien que valide et légal, elle ne reconnaît pas le témoignage authentique d’une foi sans équivoque. Le Cal Ratzinger en avait pleinement conscience lorsqu’il écrivait dans son autobiographie : « Je suis convaincu que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». N’est-ce pas là la raison fondamentale pour laquelle le pape lui-même aspire à réformer la réforme liturgique sur le modèle de la messe de toujours ?

Il est vrai que cette grave défaillance de la liturgie actuelle, même quand elle est célébrée avec la dignité requise, n’est pas toujours et facilement perceptible aux esprits théologiques car le langage de la liturgie n’est pas celui de la doctrine. Celle-ci manie les concepts, celle-là les signes. L’une s’adresse à l’intelligence, l’autre à tout l’être humain, corps et âme. La liturgie, disait Péguy, est de la théologie détendue. Si la liturgie est l’œuvre de la foi de nos Pères, elle en est par conséquent l’expression mais aussi la gardienne. Tout ce qui choque le sens liturgique traditionnel est pour le moins douteux. À titre d’exemple, le contre-autel à l’envers blesse d’instinct la piété liturgique. Je ne connais qu’un seul évêque — honneur à vous Monseigneur — à avoir demandé à ses prêtres d’ôter la table posée devant l’autel. L’orientation liturgique signifie en effet que le culte que nous rendons est d’abord pour l’honneur et la gloire de Dieu et non une autocélébration de l’assemblée qui, dialogue oblige, nécessite de déplacer le crucifix sur le coté ; au centre, il serait trop gênant. Cette liturgie que nous avons reçue de toute la tradition deux fois millénaire de l’Église est Opus Dei et non opus hominum, une liturgie qui vient de Dieu et non une liturgie « fabriquée », comme l’écrivait le Cal Ratzinger.

La mentalité traditionnelle, tout en reconnaissant la validité et la légalité ecclésiale du N.O.M., ne retrouve pas en lui l’expression plénière de sa foi. Telle est la raison profonde de son éloignement vis-à-vis de lui et de son refus instinctif de l’utiliser. La concélébration, qui n’est ni une obligation juridique ni même une nécessité théologique, ne la choquerait pas en tant que telle. À notre époque, où l’on éprouve un besoin particulier de se sentir ensemble, elle exprime, il est vrai, un lien fraternel entre les prêtres qui est signe de communion ecclésiale. Ce qui rebute la mentalité traditionnelle, c’est davantage le rite que la concélébration elle-même. À cette dernière cependant, elle préfère de beaucoup la manière plus ancienne, avec diacre, sous-diacre, ministres inférieurs, qui manifeste une communion hiérarchique plus expressive d’une saine ecclésiologie qu’une communion égalitaire, influencée par la mentalité démocratique de la société.

Dom Gérard, notre fondateur, habité comme un Dom Guéranger par l’idée liturgique, écrivait dans l’un de ses nombreux ouvrages sur ce sujet : « L’Église, Épouse et Corps mystique du Christ, est la société la plus diversifiée, la plus structurée, la plus hiérarchisée qui existe : du sommet jusqu’à la base, tout porte en elle l’empreinte d’une hiérarchie sacrée émanée de son centre vivifiant. Cette Église céleste composée d’anges et d’élus que nos peintres primitifs ont représentés les yeux grand ouverts, les mains jointes et rangés par ordre autour de l’Agneau, depuis les grands Séraphins jusqu’aux âmes du Purgatoire qui montent prendre place parmi les chœurs innombrables, c’est elle qui est notre véritable patrie et c’est en la voyant s’ébaucher sous nos yeux, que nous faisons l’apprentissage de l’éternité. » (La Sainte liturgie, éd. Sainte-Madeleine, p. 59-60, Le Barroux, 1982.)

Pardonnez, Monseigneur, la franchise de ces propos qui appellent certainement des nuances ; elle est avant tout l’expression d’une volonté de transparence à l’égard de votre Excellence. J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de nos éventuelles et légitimes divergences, mais qu’au contraire vous me permettrez de collaborer à votre ministère sacré, en union avec le Pape et tout le collège épiscopal, par le témoignage de l’obéissance filiale, de la prière et de l’exemple. Si pour l’instant il s’avérait difficile de trouver un lieu où je puis m’installer seul ou avec un ou deux compagnons, pourriez-vous au moins me donner un accord de principe pour me recevoir dans votre diocèse ? Avec l’aide de plusieurs prêtres, qui m’ont manifesté leur grand désir d’une présence monastique parmi eux, nous pourrions chercher alors ensemble une solution pratique. Je ne vous remercierai jamais assez de m’accorder la grâce de poursuivre ma vocation de fils de saint Benoît dans la paix retrouvée.

Veuillez, Excellence et cher Monseigneur, me bénir et agréer, l’assurance de mon respectueux et religieux dévouement en Notre-Seigneur et Notre-Dame.
Fr. Jehan, O.S.B.

27 octobre 2007





Une source de paix dans la vérité
27 octobre 2007 - L'Homme nouveau n°1407- mis en ligne par leforumcatholique.org
Curé du sanctuaire de L'île-Bouchard, le père Pierre Afonso s'engage pour une application large et généreuse du Motu proprio de Benoît XVI. Propos recueillis par Daniel HAMICHE

Né en 1963, vous êtes un enfant de l'après-Concile. Quand avez-vous découvert la forme extraordinaire du rite romain ?
Père Pierre Afonso : J'ai découvert la messe de saint Pie V à l'abbaye de Fontgombault vers 1985. J'aime le latin. Je me suis posé la question d'entrer à Font­gombault en 1981. J'ai toujours gardé une profonde amitié pour le père abbé et les moines. Et je pense que leur façon d'accueillir chacun avec respect et de soutenir les personnes attachées à la liturgie de 1962 est édifiante.
Dans quelles circonstances avez-vous décidé d'apprendre la forme extraordinaire ? Avez-vous rencontré des résistances de l'autorité ?
Père P.A. : J'ai été ordonné prêtre le 26 juin 1988 pour le dio­cèse de Tours. En 1993, avec l'accord de l'archevêque, je suis aussi devenu membre de la Commu­nauté de l'Emmanuel. Dans la dernière année de mes études à Rome, au printemps 1989, j'ai désiré célé­brer la messe de saint Pie V pour mieux comprendre de l'intérieur l'attachement à cette forme anté­rieure. J'ai obtenu l'indult auprès de la Commission Ecclesia Dei et j'ai célébré seul dans la plus grande discrétion, une trentaine de fois, selon ce Missel. Sans enjeu pastoral il s'agissait pour moi d'expérimenter le dévelop­pement liturgique comme on parle du développement dog­matique. Mon archevêque a pris peur et en vue de ma nomi­nation à l’été 1989, il me de­manda de mettre fin à cette expérience. J'ai obéi. La durée avait été suffisante, et je ne cherchais pas à remettre en cause mon incardination dans le diocèse de Tours.
Comme prêtre, quelles sont, selon vous, les difficultés et les richesses propres au Missel de 1962 ?
Père P.A. : Je ne vois pas de difficulté. Les lectures bibliques moins nombreuses préservent d'une surabondance parfois dé­routante. Ce Missel souligne de façon admirable la Sainte Trinité, le Saint Sacrifice du Christ, le sacerdoce ministériel des prêtres et le sacerdoce commun des fidè­les (par la récitation distincte du Confiteor notamment), l’humilité du prêtre pauvre pécheur. Il soutient la ferveur du prêtre par les gestes plus nombreux et plus précis, l’effacement du prêtre derrière le rite identique pour tous face à la personnalisation et adaptation dans le Missel de Paul VI.
Summorum Pontificum est-il un acte juridique allant dans le sens de la paix liturgique ou au contraire une initiative susceptible de ranimer le conflit ?
Père P.A. : C’est d’abord un acte de justice et de vérité et ensuite un acte de charité. Il fait comprendre que l'Eglise ne peut se vivre dans la rupture mais plutôt dans la continuité. Je suis naïve­ment étonné de voir les crispations d'évêques ou de prêtres. Cela révè­le un malaise sur l'interprétation juste du concile Vatican II dans la continuité. L'acte de Benoît XVI est source de paix dans la vérité. Il pointe la raison d'une intolérance suicidaire contraire à la Tradition de l'Église et à la sainteté du patrimoine liturgique. Il est de l'inté­rêt de tous, prêtres et laïcs, de découvrir la richesse de la liturgie de 1962. La perte de nos racines compromet l'avenir.
Curé de la paroisse-sanctuaire de L'île-Bouchard depuis 1998, avez-vous l'intention de célébrer la forme extraordinaire dans le cadre paroissial, et d'en autoriser la cé­lébration lors des pèlerinages ?
Père P.A. : J'autorise évidem­ment la forme extraordinaire pour les pèlerinages et pour tous. La Vierge Marie donne ici une grâce d'unité pour la France, pour les familles et pour l'Église. Je pense donc que ce lieu doit être exem­plaire dans l'accueil des formes dif­férentes du même rite romain. Je célèbre la messe basse selon la for­me extraordinaire avec beaucoup de joie spirituelle, ainsi que le bréviaire de 1962. Pour une proposi­tion paroissiale de semaine ou dominicale, c'est encore à venir.
 




Que se passe-t-il chez les Scouts d’Europe ?
27 octobre 2007 - L’Homme Nouveau - Philippe Maxence - mis en ligne par leforumcatholique.org
Que se passe-t-il chez les Scouts d’Europe ? L’Homme Nouveau n° 1407 du 27 octobre 2007
Philippe Maxence

Le centenaire du scoutisme (1907-2007), qui a été propice à plusieurs signes de fraternité scoute, va-t-il se terminer par une nouvelle division au sein même du scoutisme catholique français ? Pour surprenante qu’elle soit, cette question est, malheureusement, à poser. Avec clarté et dans l’espoir qu’une solution soit trouvée.
Tout commence avec la publication du Motu proprio Summurom pontificum de Benoît XVI en juillet dernier. Le centenaire du scoutisme bat alors son plein et les unités sont parties rejoindre leurs lieux de camps. On ne refera pas ici l’historique du Motu proprio, de son attente, des discussions, polémiques et pressions auxquelles il a donné le jour. Si beaucoup de catholiques français ne se sentent pas directement concernés par ce texte, en revanche, il suscite chez d’autres une véritable espérance. Ces derniers sont-ils tous des intégristes, rancis par les combats, aigris par l’âge et désireux d’en découdre une dernière fois en criant: « Victoire »?
Le chemin de l’unité
L’image est commode. Elle est même facile ! Est-elle, pour autant, vraie ? Il existe certes une infime minorité qui pourrait être dépeinte par cette caricature.
Pour le reste, en revanche, le geste du Pape marque surtout le changement d’une époque et la possibilité de vivre en paix à l’intérieur de la réalité visible de l’Église : paroisses, mouvements, diocèses. Pour ces catholiques – et nous en sommes – le geste du Pape, loin d’élever une nouvelle barrière entre frères, va permettre de retrouver le chemin de l’unité et de la paix. Nous serionsnous trompés? Avons-nous rêvé ?
Dans ce contexte ecclésial et liturgique, pourquoi évoquer le scoutisme ? Tout simplement parce que l’un des principaux mouvements de scoutisme catholique, l’Association française des Guides et Scouts d’Europe, est directement touché par la question liturgique. Pratiquant un scoutisme classique, fondé sur le système des patrouilles pour la branche éclaireur, les Guides et Scouts d’Europe ont derrière eux un passé qui fait foi de leur réussite. Des milliers de membres, des centaines de vocations sacerdotales et religieuses sorties de leurs rangs et, moins connu du grand public, un approfondissement constant de la pédagogie scoute, toutes branches confondues, qui permet à ce mouvement de réussir la gageure d’être à la fois traditionnel dans ses principes et adapté au besoin de la jeunesse d’aujourd’hui. Cette réussite, l’aura du mouvement, son histoire, ont fait et font que les parents sont souvent attirés avec confiance par les Guides et Scouts d’Europe, dont l’ancrage catholique est par ailleurs incontestable.
Responsabilité historique
Ce panorama rapide implique-t-il que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes du scoutisme européen ? Non, bien sûr ! Comme toute institution humaine, les Guides et Scouts d’Europe ont eu affaire à des conflits internes, à des luttes d’intérêt, à des divisions. L’âme de ce mouvement, Pierre Géraud-Keraod, en fut même évincé. Ces luttes intestines, malheureuses en soi, ne sont que le reflet de l’humaine condition depuis le péché originel. Au passage, cassons d’ailleurs un mythe : le scoutisme n’a jamais été vraiment uni. Son fondateur, Robert Baden-Powell, a connu deux ans après le lancement de son mouvement en Angleterre une première et importante scission. Elle faillit emporter sa propre association. Une deuxième scission, moins importante en nombre mais plus grave sur le fond, devait le menacer à nouveau quelques années plus tard (1). Les querelles au sein du scoutisme n’ont donc rien de nouveau. Les Guides et Scouts d’Europe n’y échappent pas ! On leur reproche également, au contraire de leurs cousins les Scouts unitaires de France, une grande lourdeur hiérarchique. Les décisions partent du haut de la hiérarchie et se répercutent à chaque échelon. Le contraire du principe de subsidiarité ! Dans les moments troubles des années soixante-dix et quatre-vingt, ce type d’organisation a permis pourtant de maintenir la cohésion et la cohérence d’une organisation attaquée de toutes parts.
Mais les conflits rebondissent aujourd’hui après la parution en date du 9 octobre dernier d’une importante décision du mouvement (nous publions les documents page 13 de ce numéro). Signé par les plus hautes autorités, ce document stipule que la forme ordinaire du missel est la seule autorisée par l’Association française des Guides et Scouts d’Europe, en ce qui concerne les activités scoutes, que seuls les conseillers religieux (aumôniers) « qui célèbrent habituellement selon la forme ordinaire du missel » sont autorisés et que « la création d’un nouveau groupe se fait autour de la pédagogie scoute et non d’une spécificité liturgique ». C’est clairement refuser la possibilité à des groupes scouts de profiter de la pédagogie éprouvée des Scouts d’Europe tout en vivant selon l’esprit de Summorum pontificum du pape Benoît XVI.
Les Guides et Scouts d’Europe ont pris là une responsabilité importante qui ne va qu’accroître la division au sein du scoutisme, et plus grave, au sein du catholicisme français. L’Association française avait pourtant un rôle historique à jouer à cet égard. Rôle qu’elle était à peu près la seule à pouvoir assumer en tout équilibre.
D’après nos informations, cette décision a été encouragée par une partie de l’épiscopat français qui vit mal les décisions du Pape en matière liturgique. Le texte des Guides et Scouts d’Europe a d’ailleurs été approuvé par Mgr Rivière, président de la Commission épiscopale pour la Pastorale des enfants et des jeunes. Cette grave décision voit également le jour alors que les tensions montent entre l’Union Internationale des Guides et Scouts d’Europe (UIGSE) et l’Association française qui en est membre. Là encore, d’après nos informations venant de sources diverses, l’été a représenté un tournant dans les relations entre l’Union internationale et l’Association française. Lors de l’Euro-Moot, rassemblement de la branche aînée du mouvement, venue de tous les pays appartenant à l’Union internationale, une messe en rite gréco-catholique était prévue. L’un des buts des organisateurs était de montrer que l’Église en Europe respire avec deux poumons, selon la belle expression de Jean-Paul II. Cette messe gréco-catholique devait illustrer le poumon oriental avant qu’une autre grand-messe, en rite latin, selon la forme ordinaire, incarne la même chose pour le poumon occidental. Toutes les associations nationales des Guides et Scouts d’Europe assistèrent à cette messe grécocatholique sauf les Français. La raison qui aurait été invoquée: en permettant d’assister à cette messe, les responsables auraient donné acte à la pluralité liturgique et auraient offert ainsi un argument en faveur des groupes désireux de bénéficier de la forme extraordinaire du rite latin, pourtant autorisée par le Pape.
L’affaire éclate à Toulon
Sans qu’il y ait de rapport direct, l’affaire franchit une nouvelle étape quand, à la rentrée, soutenu par son évêque, l’abbé Loiseau, curé de la paroisse personnelle de rite traditionnel Saint-François-de-Paule à Toulon et supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine, demande l’agrément des Guides et Scouts d’Europe pour le lancement d’une meute. Celle-ci serait confiée à un jeune séminariste, lui-même ancien scout d’Europe dans les Yvelines. Le commissaire de district, plein de bonne volonté, donne son accord avant de devoir transmettre à l’abbé Loiseau le refus du commissaire général, Jean-Michel Permingeat. Une rencontre entre ce dernier et l’abbé Loiseau devait surseoir à la décision, jusqu’à la publication du texte du 9 octobre. De ce fait, la réponse était définitivement négative. Elle l’était pour l’abbé Loiseau, mais aussi pour d’autres groupes qui voulaient aussi rejoindre les Scouts d’Europe comme c’est le cas, par exemple, à Toulouse.
Entre la demande de l’abbé Loiseau et la réponse négative des Scouts d’Europe était pourtant paru un texte important, émanant de l’Union Internationale des Guides et Scouts d’Europe et signé du commissaire fédéral, Jacques Mougenot (cf. p. 13). Dans ce texte, endatedu 25 septembre, l’Union internationale explique qu’il faut recevoir filialement les décisions du Saint-Père et les appliquer. Le texte précise deux choses importantes. La première a une répercussion philosophique dans la mesure où elle touche la conception que l’Union internationale se fait du scoutisme au regard des parents. C’est un rôle auxiliaire et complémentaire. Le scoutisme ne dicte pas une attitude aux parents mais entre en conformité avec leur volonté éducative dès lors que celle-ci est en harmonie avec les principes du droit naturel et chrétien ainsi qu’avec les règles de l’Église. De ce fait, l’Union internationale stipule que « S’agissant de questions liturgiques, est légitime tout rite dûment approuvé par le Siège apostolique ; il convient de veiller à ce que les enfants et les jeunes qui nous sont confiés bénéficient, dans les cérémonies auxquelles ils participent lors des activités scoutes, de liturgies conformes aux textes approuvés par les pasteurs de l’Église, dignes, priantes et conformes à la tradition et au rite dans lesquels les parents, premiers éducateurs de nos scouts, ont choisi de les élever ».
Deuxièmement, en conformité avec les règles de fonctionnement du mouvement, il est précisé que « Chaque association (nationale membre de l’UIGSE, NDLR) est tenue de se conformer à cette mise au point ». Pour autant, l’Union internationale ne fait pas de la forme extraordinaire du rite latin la forme habituelle du mouvement. Celle-ci reste la forme ordinaire, notamment pour les rassemblements internationaux.
Pourquoi ?
Pourquoi l’Association française a-t-elle décidé de faire cavalier seul, au risque de provoquer plusieurs ruptures ? Une rupture interne avec ses membres ne comprenant pas une telle décision. Une rupture avec l’Union internationale qui a édicté des règles contraires. Et, enfin et surtout, une rupture avec la volonté du Pape. L’Association française des Guides et Scouts d’Europe argumente à ce sujet en disant qu’elle est fidèle à l’enseignement de Vatican II et au magistère, qu’elle respecte la volonté des parents choisissant d’élever leurs enfants dans la forme extraordinaire mais qu’elle leur offre en contrepartie « la possibilité de découvrir la beauté et la sainteté du missel de Paul VI ». Surtout, l’association avance qu’en tant que mouvement, elle n’est pas concernée par le Motu proprio Summurom pontificum.
Seules les paroisses le seraient. Or, tel n’est pas tout à fait le cas. Le Motu proprio s’adresse d’abord aux prêtres et aux fidèles, et seulement ensuite aux paroisses. Comme le remarque l’abbé Loiseau, « une association publique de fidèles concernée par cette réalité ne peut s’exclure de son champ d’application » (cf. p. 13). Encore une fois, la question s’impose : pourquoi l’Association française prend-t-elle le risque de tant de ruptures ? Une solution simple aurait été d’édicter, en conformité d’ailleurs avec les décisions de l’Union internationale, que la forme ordinaire était la forme habituelle au sein du mouvement, que les groupes vivant selon la forme extraordinaire étaient les bienvenus à condition qu’ils vivent selon les règles du mouvement et que notamment pour les grands rassemblements, pèlerinages de district, journées nationales ou autres, ils acceptent de suivre les cérémonies selon la forme ordinaire. Impossible ? Les quelques groupes subsistant ayant des aumôniers célébrant selon la forme extraordinaire agissent ainsi aujourd’hui. Prétendre que le mouvement aurait été submergé par des demandes, c’est jouer à contre-argument. Si c’était vraiment le cas, cela donnerait une raison de plus d’appliquer le Motu proprio au sein du mouvement. Mais il n’est pas insensé de penser que cette question ne concerne pas la majorité des groupes scouts. Accueillir ceux qui veulent vivre de la liturgie ancienne, autorisée par le Pape, aurait été un facteur d’unité et de paix.
Abus de pouvoir
Le plus grave ne se situe pourtant pas ici. En stipulant que les « unités du mouvement doivent être accompagnées par des conseils religieux qui célèbrent habituellement selon la forme ordinaire du missel », l’Association française se substitue au libre choix du prêtre et au rôle de l’évêque. Concrètement, cela veut dire qu’actuellement les prêtres qui célèbrent habituellement dans leur apostolat la forme extraordinaire mais qui acceptent au sein des unités scoutes de célébrer la forme ordinaire ne pourront plus être conseillers religieux. Plusieurs prêtres, théologiens et canonistes consultés parlent ici d’abus de pouvoir (cf. p. 13).
Une nouvelle fois : pourquoi ce risque de rupture à un moment où le Pape offrait la possibilité de reprendre le chemin de l’unité et de la paix comme en témoignent ces prêtres de paroisse qui célèbrent selon les deux formes du rite latin ? Un exemple impensable voici plusieurs années et qui montre pourtant qu’au sein de l’Église il est possible de dépasser le réductionnisme des étiquettes faciles, des clivages historiques dès lors que l’on veut servir Jésus-Christ et son Église.
Des raisons multiples
Pression de certains évêques, incompréhension de la part de certains responsables français du scoutisme européen de la volonté du Pape, peur injustifiée d’une mauvaise image de marque, les raisons sont multiples qui semblent expliquer le choix actuel des Scouts d’Europe. Une autre raison tient peut-être au fait que l’Association française a décidé de travailler à la constitution éventuelle d’une fédération de scoutisme catholique avec les Scouts unitaires et les Guides et Scouts de France. Selon la confidence d’un responsable, ces derniers auraient indiqué que le Motu proprio était un non-évènement. Est-ce un tel avis qui a influencé les Guides et Scouts d’Europe ? On comprend leur volonté de participer à l’unité du scoutisme en France, comme le leur a d’ailleurs demandé le Saint-Père le 25 juin dernier. Pour autant, ce but, noble en lui-même, reste subordonné à l’unité dans l’Église.
C’est pourquoi nous formulons le vœu, comme catholiques français, et à titre personnel comme ancien scout d’Europe, que l’Association française reconsidère cette décision. Pour la paix et l’unité dans l’Église. Pour le bien des enfants. Pour l’avenir de notre pays. Par respect filial pour les décisions du Saint-Père.

1. Philippe Maxence, Baden-Powell, éclaireur de légende et fondateur du scoutisme, Perrin, 396 p., 22,50 euros
Sur le Motu proprio Summorum pontificum, lire la brochure éditée par L’Homme Nouveau, Autour de Summorum pontificum, 48 p., 6 euros.
 

26 octobre 2007





Réponse de l'abbé Loiseau à Monsieur Permingeat
26 octobre 2007 - saintfrancoisdepaule.fr
Le 26 octobre 2007
Monsieur Permingeat a été très courtois dans sa lettre, mais malheureusement il ne répond à aucune des objections que je lui présentais.
1. Ce texte "Mise à jour", même s'il a été composé avec les commissaires de Province, n'est pas le fruit d'une collaboration avec les autorités romaines sur un sujet aussi délicat. Je maintiens que le Congrégation pour le Culte Divin, la Commission Ecclesia Dei, les évêques diocésains et les conseillers religieux concernés n'ont pas été consultés. Monsieur Mougenot, président de la fédération internationale des scouts d'Europe, a exposé son désaccord avec ce texte. De nombreux conseillers religieux de toute la France, des commissaires de district, de nombreux chefs scouts et des parents de scouts manifestent leur désaccord. J'invite donc les responsables de Château-Landon à soumettre le texte "Mise à jour" au vote de la prochaine Assemblée Générale et de le faire signer par le Conseil Pontifical pour les laïcs. L'autonomie d'une association de fidèles est relative aux orientations de l'Eglise catholique.
2. L'esprit de ce texte "Mise à jour" est une vision dialectique, la demande de parents voulant bénéficier de la forme extraordinaire du rit romain dans le cadre de la F.S.E, en accord avec l'évêque, loin de diviser le mouvement, est une richesse pour celui-ci. La situation géographique (sic) et ecclésiale de Toulon, même si nous sommes moins nombreux qu'à Versailles, permettait de vivre cette réalité sans divisions. Les tensions ne viennent alors que de la part de ceux qui refusent de voir la forme extraordinaire du rite comme un bien. Nous nous demandons alors qui est fidèle au Magistère.
L'unité n'est pas uniformité, mais communion et obéissance aux orientations du Souverain Pontife.
3. Depuis 1988 de nombreux conseillers religieux célébrant la forme extraordinaire du rit romain dans le cadre des activités F.S.E ont travaillé à cette communion. Cela s'est passé sans difficultés et nous regrettons que Château-Landon n'en tienne pas compte.
4. Ces autorités F.S.E craignent que certains se servent du rit extraordinaire pour créer des tensions et ainsi ne plus suivre la pédagogie F.S.E. C'est pour cela que des conditions pouvaient être posées. Mais interdire sans nuances en dehors de Versailles toute célébration avec le missel du bienheureux Jean XXIII est excessif et va contre le droit de l'Eglise. De plus, quand l'évêque en fait la demande et que le Conseiller Religieux a fait preuve de son esprit de communion, il n'existe pas de danger d'avoir des groupes extrémistes, l'histoire le prouve depuis 1988.
5. Monsieur Permingeat ne comprend pas que certains parents demandent la création d'un groupe utilisant le missel du Bienheureux Jean XXIII. Pour lui, il existe suffisamment d'unités avec le missel de Paul VI bien célébré. Encore une fois, il refuse de voir le missel tridentin comme une spiritualité qui contribue à l'éducation. Cela apparaît comme une opposition au missel de Paul VI. Monsieur Permingeat n'est pas dans l'esprit du Motu proprio.
Etant donné l’effort de la F.S.E de se rapprocher des paroisses et permettre ainsi la création de groupes, il est injuste de l’interdire à la seule paroisse personnelle.
6. Il existe une liste d'attente importante pour les meutes de Toulon. Certaines n'ont pu ouvrir faute de chefs ; notre paroisse avait les moyens de commencer une meute cette année, il était donc légitime de la demander. Avant le texte "Mise à jour", il n'était nullement question pour les parents de retirer les enfants des autres unités. La présentation des faits par Monsieur Permingeat est donc fausse. Ce n'est qu'en constatant l'injustice et les incohérences des nouvelles dispositions que des parents ont décidé de retirer leurs enfants des unités déjà existantes.
7. L'article le plus controversé est toujours maintenu : "seuls les prêtres célébrant habituellement dans la forme ordinaire pourront être Conseillers Religieux". Canoniquement, cet article est nul. Il sera certainement retiré. Une association de fidèles ne peut statuer sur la mission du prêtre et faire une discrimination à propos de son rite. Nous revendiquons l'autonomie des évêques et des prêtres face aux prétentions de Château-Landon. Une association catholique ne peut aller contre le droit de l'Eglise. Espérons que cet article soit juste un malentendu.
8. Enfin il est question d'unité et de communion. Mais soyons sérieux, ce texte "Mise à jour" ne trompe personne. Il est compris par des évêques, des pères abbés, de nombreux prêtres et fidèles comme un texte de rupture et de durcissement par rapport aux dispositions de 1988. Il s'oppose clairement à l'esprit et aux orientations du Souverain Pontife Benoît XVI. Nulle part dans ce texte, il n'est fait allusion au livre blanc, comme le dit Monsieur Mougenot : "C'est normal, il contredit ses dispositions".
C'est beaucoup de bruit pour quelques louveteaux, pourrait-on dire. Il s'agit malheureusement d'un enjeu beaucoup plus important puisque c'est le respect des décisions du Souverain Pontife et la reconnaissance de différents charismes dans l'Eglise. La Nouvelle Évangélisation ne peut faire l'impasse sur cette fidélité à l'Eglise dans ses différentes composantes. Malheureusement, ce manque de fidélité au Magistère et d'accueil des différents charismes est trop souvent le drame de l'Eglise qui est en France…
9. Nous avons donc ouvert une meute Europa Scout avec quinze louveteaux. Je remercie son président Monsieur Georges Verny, connu pour sa modération et son sérieux, de nous avoir accueillis. Notre évêque reconnaît donc les Europa Scout comme l'un des quatre mouvements scouts diocésains. Je rappelle que les Europa Scout ont été lancés par Monsieur Perig Géraud-Keraod, fondateur des Scouts d'Europe. Ce mouvement est agréé par le Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Souhaitons que les nouvelles dispositions des Scouts d’Europe soient dépassées pour vivre une plus grande unité dans la fidélité au Saint Père.
Abbé Fabrice Loiseau,
Conseiller religieux du clan de Toulon.
 

24 octobre 2007





"Non" à l'application du Motu Proprio
2007-10-24 - par Bénigne - leforumcatholique.org
A Copenhague, 40 fidèles ont signé une petition pour la célébration de la Messe selon la forme extraordinaire du rit Romain, chaque dimanche et fête en l'église du Sacré Coeur. C'est la paroisse où est affecté le prêtre diocésain qui, depuis 2003, a dit une telle Messe une fois par mois dans une chapelle d'école ailleurs dans la ville, selon une permission de notre évêque. Pourtant, le curé a complètement refusé la demande, où plutôt nous a communiqué que la comité paroissiale l'a décidé ainsi. Pour raison, on donne que seulement 17 des signataires viennent de la paroisse et donc "ne paraîssent pas être le groupe stable dont parle le motu proprio". A Copenhague, il y a une dizaine de paroisses; parmi les signataires qui appartiennent à d'autres paroisses catholiques. Plusieurs des signataires (et leurs enfants) vont régulièrement à la messe en l'église du Sacré Coeur (où et célébrée la seule messe ordinaire en latin dans la capitale). En plus, le curé maintient - contre toute évidence et la mention explicite, par trois fois dans la pétition, de ce vicaire qui s'est dit prêt - que nous n'avons pas désigné de prêtre "capable" pour la célébration demandée.

Bien sûr tout cela nous laisse bouleversés, non pas pour l'action à entreprendre (le Motu Proprio est très clair là-dessus) mais pour voir comment la résistance à la Messe extraordinaire va jusqu'à contredire la vérité et, bien sûr, l'instruction du Saint Père. Bien triste, en effet... mais à suivre.
 

23 octobre 2007





Que se passe-t-il à Paris ?
23 octobre 2007 - La Lettre de Paix Liturgique - contact@paixliturgique.com
La Lettre de Paix liturgique 23 octobre 2007 – Numéro 67
Pour abonner un ami, une paroisse, une institution et nous aider à développer notre mouvement, envoyez un message à l''adresse suivante : contact@paixliturgique.com
Que se passe-t-il à Paris ?
► « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. »
Le 7 juillet dernier, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI publiait le Motu Proprio « Summorum Pontificum Cura » rappelant de manière claire la position de l’Eglise sur la question de la célébration de la liturgie traditionnelle.
Pourtant à Paris, ville de 2 500 000 habitants, rien ne bouge, du moins officiellement.
Est-ce dire que dans cette grande ville il n’existe donc aucun « groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure » ?
La question mérite d’être posée puisque Monseigneur Chauvet, Vicaire Général de l’Archevêché de Paris, affirmait le 10 octobre dernier sur les ondes de radio Notre-Dame « aujourd''hui nous avons une quinzaine simplement de demandes... de personnes privées... donc je veux dire par là qu''il n''y a pas de groupe stable, aujourd''hui nous n''avons pas de groupe stable. »
Qu’il nous soit permis de penser que Monseigneur Chauvet est – au mieux – « mal informé »…
Après comme avant le Motu Proprio du 7 juillet 2007, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes à Paris, il n’y a pas de problèmes liturgiques, la demande des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise est satisfaite…
On ne connaît hélas que trop bien cette version officielle.
Ce satisfecit liturgique qu’un certain clergé se plaît à s’attribuer sans complexe est magnifiquement exprimé dans la lettre en date du 14 septembre 2007 du Père Philippe Marsset, curé de Saint-Pierre de Montrouge, distribuée dans cette église.
A la lecture de cette lettre, le lecteur comprendra – ou devra comprendre – que la situation parisienne est convenable depuis longtemps et que seules quelques adaptations locales sont suffisantes…

► Le document recueilli à Saint-Pierre de Montrouge
Chers frères et sœurs chrétiens,
J’emploie ce vocabulaire un peu solennel pour vous exposer succinctement, comme chaque curé est invité à la faire dans sa paroisse, le sens du Motu Proprio de notre Pape au sujet de la liturgie. Ce document (qui prend effet au jour de la Croix Glorieuse, ce 14 septembre) a fait couler un peu d’encre et il nous appartient dans chaque lieu où se vit la foi catholique de clarifier son sens, son esprit. Je le ferai en reprenant en substance la lettre de notre archevêque.
1. Il n’y a aucune remise en cause de la « forme ordinaire » de la liturgie paroissiale, c''est-à-dire de la manière dont nous célébrons la messe aujourd’hui. « Ordinaire », dans le langage liturgique veut dire « habituel, commun » et non pas « banal » ! Une forme « extraordinaire » (ce qui veut dire « exceptionnelle ») est permise et n’a d’ailleurs jamais été interdite : celle du missel de 1962, dit de St Pie V. Cette messe est célébrée depuis 1988 à Paris dans trois églises : Ste Odile, St Eugène-Ste Cécile et Notre-Dame du Lys, remplacée depuis ce jour par St Germain l’Auxerrois. Dans ces trois lieux la qualité liturgique permet aux chrétiens sensibles à cette forme d’expression et fidèles à l’église de pouvoir prier habituellement sous cette forme « extraordinaire ».
2. Nous veillons depuis longtemps à St Pierre de Montrouge, à la qualité de toutes les célébrations liturgiques (Eucharisties dominicales et de semaines, sacrement du Pardon, baptême etc…). Vos échos et ceux de chrétiens de passage nous disent que cet effort n’est pas vain. Nous continuons sereinement à renforcer la beauté, l’intériorité et la joie de célébrer ensemble le Christ Ressuscité. La messe doit bien être ce lieu où nous nous donnons en vérité « la Paix du Christ » avant de communier à son corps.
3. D’un point de vue canonique, il est clair qu’un prêtre désirant aujourd’hui célébrer selon l’usage ancien doit reconnaître la « valeur et la sainteté » de la messe ordinaire (celle que nous célébrons). Autrement dit, il doit y avoir une communion de foi avec l’église et les évêques. Ce n’est pas une concession, c’est une confession et une adhésion de foi.
4. Dans ce document, Benoit XVI ouvre la possibilité de célébrer la messe selon la forme extraordinaire du rite à « un groupe stable de fidèles attachés à la tradition antérieure » qui en ferait la demande (art 5 § 1 du motu Proprio). C’est en partie pour répondre à ces besoins que ces trois paroisses parisiennes ont été choisies. Mais le pape confie à chaque curé le soin d’évaluer ce terme avec bon sens et discernement et de voir éventuellement comment lui permettre une expression dans la communion de l’église.
Il me semble que ce document du Saint-Père est une ultime étape pour montrer le problème de la fidélité à la communion ecclésiale n’est pas un problème liturgique, mais disciplinaire, dogmatique et théologique. L’ouverture de cette possibilité de célébrer la messe selon l’ancien rite révèle, de fait, aux chrétiens que cela ne peut se faire que dans la communion avec notre évêque en assumant la totalité de la Tradition Catholique et notamment du Concile Vatican II.
Pour ma part, je ne suis pas inquiet de cette mise en œuvre car je perçois un « sensum fidei », un bon sens ecclésial, ici à St Pierre de Montrouge. Je suis heureux de la manière dont nous prions ensemble et dont nous célébrons. Il est toutefois certain que si la totalité des paroissiens arrivait à l’heure à la messe, ce serait là une vraie conversion de la communauté… Mais si c’était la seule à vivre, tout irait bien. Non, ce que nous avons à apprendre, c’est le « vivre ensemble » dans une foi reçue dont nous ne sommes pas propriétaire, mais dépositaires…
Père Philippe Marsset, curé de Saint-Pierre de Montrouge (Paris)

► Commentaires
Nous avons demandé à Jacques Laffont paroissien de Saint Pierre de Montrouge de nous donner son sentiment:
Q : Que pensez-vous de ce texte ?
R : Ce texte est une provocation ! Depuis des années, tout est fait à Paris pour ne pas appliquer « généreusement et largement » le Motu Proprio… de 1988. Le Motu Proprio de Benoît XVI du 7 juillet dernier semble ne rien changer pour ces apparatchiks du diocèse… Pourtant, tout le monde à Paris sait bien que depuis des années les milliers de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise sont bâillonnés et qu’il leur est quasiment impossible d’obtenir autre chose que le minimum minimorum concédé en 1988. Tout le monde sait bien qu''en définitive, la seule église de Paris où une vraie vie paroissiale existe avec toutes les activités et toutes les oeuvres est Saint-Nicolas du Chardonnet.
Q : Pourquoi cette réaction ?
R : Paris compte 2 500 000 habitants dont 5 % au moins sont proches de la forme extraordinaire et l’on continue à ignorer leur existence. Ce pourcentage a été vérifié par l’expérience à deux reprises (sondages CSA, organisme professionnel et indépendant). On peut, comme Monseigneur Chauvet, se convaincre que seule « 15 personnes » sont demandeuses mais la réalité est totalement différente.
Q : Mais tout de même l’évêque vient d’accorder une messe dans la belle église Saint-Germain l’Auxerrois.
R : Vous parlez « d’accorder une messe » comme si nous en étions encore au Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988. Les temps ont changé et il serait temps d’arrêter d’appréhender la question de la célébration de la liturgie traditionnelle comme une « parenthèse miséricordieuse » ou je ne sais trop quelle concession pour attardé. Relisez donc le Motu Proprio et la lettre du Saint-Père du 7 juillet dernier.

La célébration de la forme extraordinaire du rit romain à Saint-Germain est une excellente nouvelle pour les habitants du 1er arrondissement mais cela concerne-t-il les familles de Notre-Dame du Lys (15e arrondissement) et leurs jeunes enfants ? Evidemment non, alors pourquoi "donner" une église en remplacement d''une autre ? Est-ce respectueux des personnes ? Donner une église éloignée en remplacement d’une autre, c’est là que se trouve la provocation. On sait pourtant que la demande dans le 15e arrondissement n’est déjà pas satisfaite et qu’une église plus adaptée que Notre-Dame du Lys serait nécessaire dans cet arrondissement très familial. La solution proposée par l’évêché est donc encore une fois la déportation des fidèles. A croire que les méthodes autoritaires et les basses manipulations du Père Aybram du diocèse de Nanterre font des émules. Mais attention, qui sème le vent...
Q : Que proposez-vous ?
R : Que l’évêque entame un vrai dialogue… et pas une énième manipulation, en vue de mesurer l’exact besoin des fidèles en quantité et répartition de lieux de culte traditionnels sur le sol de Paris…
Q : Pourquoi cela ne se fait-il pas ?
R : Tout simplement car le diocèse ne veut sans doute pas voir la réalité : celle que les 5 % de fidèles attachés à la liturgie du Bienheureux Jean XXIII devraient trouver au moins une célébration dominicale dans chaque arrondissement de Paris.
Q : N’est-ce pas exagérer ?
R : L’existence de Saint-Nicolas du Chardonnet (23 rue des Bernardins – 75005) avec ses 5 messes le dimanche et ses 3 messes quotidiennes en semaine, celle du centre Saint-Paul (12 rue saint Joseph – 75002) avec ses 5 messes le dimanche et ses 2 messes quotidiennes en semaine, et celle des trois églises Ecclesia Dei (Église Saint-Eugène : 4 rue du Conservatoire – 75009 ; Chapelle Notre-Dame-du-Lys : 7 rue Blomet – 75015 ; Église Sainte-Odile : 2 avenue Stéphane Mallarmé – 75017) et leurs messes dominicales révèlent une forte demande et un fort potentiel… Il suffirait alors d’organiser, par arrondissement, des réunions honnêtes, à l’instar de ce que le Père Blin, curé de Sèvres (92) a organisé le 29 septembre dernier réunissant plus de 70 personnes, pour rencontrer les fidèles plutôt que d’affirmer qu’ils n’existent pas, pour répondre à leurs attentes plutôt que de continuer à les mépriser. Ainsi, on pourrait mettre en place des célébrations dont la légitimité et le succès ne seraient contestés par personne…
Q : Je vous comprends mais depuis des années les fidèles parisiens des paroisses Ecclesia Dei semblent n’avoir pas montré beaucoup de zèle.
R : Vous devriez plutôt vous demander comment ces fidèles ont pu réussir à maintenir le peu qui leur a été concédé il y a presque 20 ans malgré les pressions, les intimidations, le chantage et les rapports de force inéquitables. Avez-vous une idée du nombre de couleuvres que ces fidèles ont dû avaler pour ne pas perdre le peu qu’ils avaient… soumis en permanence qu’ils étaient aux épées de Damoclès qui se seraient abattues sur eux s''ils avaient eu l’audace de manifester leurs besoins ou de demander plus…

Les prêtres qui les ont soutenus dans leurs justes aspirations ont tous rapidement été remerciés et envoyés vers des banlieues éloignées et souvent inhospitalières…
Q : Alors que faire ?
R : Il est temps de comprendre que les querelles liturgiques sont terminées. Le Pape nous l’a rappelé. Il nous faut agir enfin ! Nous rencontrer. Créer par arrondissement des groupes qui dans la charité iront solliciter les prêtres pour leur demander la célébration qu’ils désirent.
Q : Quelques mots de conclusion ?
Nous sommes en train de créer des groupes de fidèles dans chacun des arrondissements de Paris. Si vous désirez nous rejoindre, vous pouvez vous faire connaître afin que nous puissions vous convier à nos prochaines rencontres. info@motuproprio75.com
Au moment où Mgr Vingt-Trois va recevoir son chapeau de cardinal, nous espérons qu''une application large et généreuse du Motu Proprio de Benoit XVI soit permise aux nombreux prêtres de Paris qui en comprendront la nécessité pastorale, l'importance et l'urgence.
Sylvie Minpontel,
Merci de nous aider à diffuser ce message.

Qui sommes-nous ?
► Ce que nous sommes
- Des catholiques romains attachés à leur Eglise.
- Des fidèles attachés au Saint-Père.
- Des diocésains qui respectent leurs évêques et qui attendent beaucoup d''eux comme des enfants de leur père.
- Des croyants soucieux de respecter l’enseignement de l’Eglise conformément aux définitions qui ont été renouvelées par le Catéchisme de l’Eglise catholique publié par Jean Paul II en 1992.
- Des chrétiens très nombreux qui désirent vivre leur foi catholique dans l''Eglise au rythme de la forme extraordinaire du rit latin de l''Eglise comme le pape Benoit XVI le propose dans son motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007.
► Ce que nous désirons
- Une application « large et généreuse » des possibilités accordées par l''Eglise en faveur des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle.
- Il est nécessaire que ces lieux soient des églises où sera célébrée chaque dimanche et fête la liturgie traditionnelle selon le missel de 1962.
- L’enseignement de la foi catholique selon les schémas définis par le catéchisme de l’Eglise catholique publié par le Vatican en 1992.
- L’accès pour tous aux sacrements de la Sainte Eglise.
- La possibilité de développer dans la paix toutes les oeuvres chrétiennes nécessaires aux besoins des fidèles (scoutisme, patronage, chorale, Conférences Saint Vincent de Paul, Domus Christiani, récollections, pèlerinage...)
- Ces communautés en communion avec l’évêque doivent être dirigées par des prêtres bienveillants, soucieux de paix et de réconciliation.
► Pourquoi nous le désirons
- Les querelles dans l’Eglise doivent cesser.
- C’est notre sensibilité et le pape a demandé que cette sensibilité soit accueillie et respectée.
- Au moment où l’Eglise traverse en France une crise grave, il est urgent de mettre en oeuvre une réconciliation entre tous les fidèles.
- C’est par ce moyen et lui seul que se renoueront des liens de dialogue, de charité fraternelle et de respect et que cesseront les invectives.
- C’est surtout répondre au précepte évangélique d’agir en tout pour l’unité des catholiques malgré leurs différences et leurs diversités.

C’est ainsi que l’on pourra véritablement prétendre favoriser l’oecuménisme et entreprendre tous ensemble la nouvelle évangélisation réclamée par l''Eglise.
 

18 octobre 2007





"La situation est préoccupante" - interview de Mgr Pascal Roland
18 octobre 2007 - La Semaine de l'Allier, n°133, page 8 - leforumcatholique.org
"La situation est préoccupante" Confronté à un manque flagrant de prêtres, l'évêque de Moulins, Monseigneur Pascal Roland, est contraint de réorganiser tout son diocèse, réduisant au passage le nombre de paroisses. Il s'en explique.
Extraits.

Question. Combien de séminaristes y-a-t-il en ce moment dans le Bourbonnais et ce nombre est-il suffisant pour l'avenir de l'Eglise locale ?
Réponse. Il y a actuellement cinq séminaristes. Ils ne sont pas dans le diocèse, mais suivent leurs études à Paris, au sein du séminaire de Paris, sous la direction du père Millet (originaire de Vallon en Sully). C'est une disposition qui a été voulue par mon prédécesseur, Philippe Barbarin. Ce nombre est faible, très faible. Il ne permet notamment pas d'assurer le renouvellement du clergé bourbonnais. Actuellement, il y a dans le diocèse de Moulins dix neuf prêtres de moins de soixante-cinq ans. Depuis le mois de janvier 2007, nous avons déjà enterré six prêtres. La situation est donc préoccupante.
Question. Comment comptez vous faire face ? Y-a-t-il un moyen pour faire venir plus de prêtres ?
Réponse. Nous nous organisons en conséquence. Depuis le 1er septembre, le nombre de paroisses a de nouveau évolué. De trente-neuf, nous sommes passés à dix-huit. Pourquoi dix-huit et pas vingt ou vingt-cinq ? C'est parce que ce nombre correspond exactement au nombre de prêtres âgés de moins de soixante-cinq ans. (...) [Ces dix-huit paroisses] recouvrent l'intégralité du territoire diocésain, soit les 320 communes, et au moins autant de clochers du Bourbonnais. Le faible nombre de prêtres peut aussi s'expliquer par d'autres éléments. Du fait de son histoire, le département de l'Allier n'a pas été fortement marqué par la foi catholique. Toutefois, l'histoire de l'Eglise est marquée par ces hauts et ces bas. Je suis persuadé que le travail que nous effectuons aujourd'hui portera un jour ses fruits et que la pratique religieuse renaîtra.
Question. Cela signifie-t-il qu'il y aura moins de messes dans les campagnes de l'Allier ? A l'heure où l'on parle d'une baisse notoire de la pratique religieuse, n'est-ce pas un mauvais calcul ?
Réponse. Il y aura effectivement un peu moins de célébrations dominicales. Et vous avez raison de dire que la pratique religieuse est en baisse. Toutefois, je constate que cette pratique a considérablement évolué dans le temps. Autrefois, on venait à l'office par tradition, un peu par obligation sociale en quelque sorte. Aujourd'hui, c'est un choix clairement et pleinement assumé par les chrétiens. Rien ne les oblige à sortir de chez eux le dimanche pour se rendre, souvent en famille, à la messe. La qualité de la foi s'en ressent donc très positivement. (...)
(...)
Question. Autre élément lié à la pratique religieuse, la recrudescence des adeptes d'un rite plus traditionnel. Sont-ils présents dans l'Allier ?
Réponse. Deux rites coexistent. L'un est prôné par les adeptes de Monseigneur Lefèvre. Ils sont sortis de l'Eglise et ne reconnaissent donc pas l'autorité du pape. Ils sont un petit nombre du côté de Vichy. L'autre réalité de cette tradition est la messe selon le missel de 1962. Un groupe existe sur Vichy. Et une demande m'est parvenue concernant une messe sur Moulins (laquelle est actuellement célébrée une fois par mois, ndlr). Il s'agit-là d'un mouvement minoritaire qu'il ne faut pas mettre en exergue. Cela correspond au choix de quelques-uns et c'est d'ailleurs une réalité très française. Dans cette histoire, le grand souci du pape est l'unité de tous les chrétiens. Il souhaite éviter toute séparation. Il vaut donc mieux prévenir que guérir et autoriser ponctuellement ces demandes qui restent, je le répète, très marginales dans l'Eglise d'aujourd'hui. Cela ne m'empêche pas de porter un regard optimiste sur l'avenir de l'Eglise dans le Bourbonnais. Nos chrétiens sont motivés et je sais qu'ils peuvent accomplir de grandes choses.
 

17 octobre 2007





Petit à petit, la messe en latin reprend sa place
17 octobre 2007 - cyberpresse.ca
Le mercredi 17 oct 2007
Petit à petit, la messe en latin reprend sa place
Jean-François Cliche
Le Soleil / Québec
Pour les uns, il s’agit au mieux d’un souvenir d’enfance, au pire d’une relique empoussiérée. Pour d’autres, elle est quelque chose comme « la seule, la vraie, l’unique ». La messe traditionnelle en latin est de retour à Québec, célébrée tous les jours à l’église Saint-François-d’Assise, dans Limoilou.
C’est plus précisément le rite dit tridentin qui vient, en quelque sorte, de ressusciter, après avoir été largement abandonné dans les années 60, dans la foulée de Vatican II. Il se distingue notamment par la langue, le plus clair de la célébration se déroulant en latin, et par le fait que le curé, qui ne s’adresse pas directement à son auditoire, leur fait dos.
Ou plutôt, « il fait face à Dieu », précise l’abbé Guillaume Loddé, 30 ans, d’origine française, qui préside quotidiennement cette messe tridentine depuis le 9 septembre. Elle n’était offerte aux fidèles qu’une fois aux quinze jours auparavant. « Ça a commencé il y a environ deux ans, se souvient le curé Raymond Anger, officiellement en charge de la paroisse. Des gens en lien avec la Fraternité Saint-Pierre, qui ont déjà une paroisse dans la ville d’Ottawa, cherchaient une implantation à Québec. » Ils obtinrent d’abord une messe par mois, puis deux, et maintenant sept par semaine.
La Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), dont est issu l’abbé Loddé, est une organisation religieuse qui forme les prêtres à la messe tridentine — un savoir qui s’est beaucoup perdu au cours des dernières décennies. Elle a été créée en 1988 afin d’accueillir d’anciens suivants de Mgr Marcel Lefebvre, archevêque ultraconservateur français qui a été excommunié pour avoir ordonné des prêtres sans l’assentiment de Rome. Très critique des réformes modernisantes de Vatican II, Mgr Lefebvre favorisait le maintien du rite tridentin.
Dès ses débuts, la FSSP a reçu l’appui d’un certain cardinal Joseph Radzinger, élu pape par la suite, qui a toujours eu la réputation d’être lui-même résolument conservateur.
« Catholique réveillé »
Il semble bien, en tout cas, que la messe à l’ancienne ait ses adeptes à Québec. Bien qu’elle n’attire qu’une poignée de catholiques sur semaine — ils étaient par exemple une douzaine, lundi dernier —, elle rassemble tout de même plus d’une centaine de personnes le dimanche matin, dont certains viennent des quatre coins de la ville, voire de l’extérieur. Il faut dire que, ce jour-là, la célébration comporte aussi des chants grégoriens.
« Ça avait l’air d’une vraie messe, il y avait plus d’émotion. J’étais un catholique endormi (…) mais là, j’ai retrouvé le côté sacré de la messe, qu’il n’y a pas dans le nouveau rite », dit Claude Bélanger, de Québec, assurant qu’il y retournera régulièrement.
Abondant dans le même sens, Joël, 33 ans, précise que « ce n’est pas le latin qui amène la dimension sacrée », mais plutôt plusieurs petites gestes. « Par exemple, dit-il, le fait que le prêtre, avant de proclamer la parole de Dieu, encense la Bible. Ça met en évidence le côté sacré de la chose. »
Comme d’autres pratiquants interviewés par Le Soleil, Joël souligne « qu’il y a plus de moments de silence, ça laisse davantage méditer la parole de Dieu ».
D’autres catholiques du quartier, cependant, préfèrent s’en tenir à la liturgie française. « La messe, ça reste la messe, mais c’est une question de sensibilité et d’habitude, dit François (nom fictif), 23 ans. (…) J’ai toujours fréquenté la messe nouvelle (en français), je ne vois pas pourquoi je changerais. »
Son curé, Raymond Anger, estime pour sa part que « les gens de Limoilou, ça ne les dérange pas. Nous, on fait une cohabitation avec eux (les partisans de la tridentine). Ils ont leurs heures et leur prêtre, et nous on célèbre nos messes comme d’habitude, aux heures qu’on avait avant. (…) Moi, poursuit-il, ça ne me dérange pas qu’elle soit tridentine ou non. Mais c’est la position face à l’autel et face au peuple... Je pense que la messe, on la célèbre avec des gens, alors on peut leur parler. Tandis que chez eux, la messe est plutôt vue comme un sacrifice. (…) Ils insistent beaucoup sur le silence de la prière eucharistique (…) c’est un peu mystérieux. Tandis que nous, on fait ça en français, c’est plus convivial. »
 

16 octobre 2007

[PDF] [Totus Tuus] Charte de l'association sacerdotale "Totus Tuus"

16 octobre 2007

Charte de l'association sacerdotale "Totus Tuus" - mis en ligne par veritatis.free.fr

[téléchargeable ici]




Messe en latin célébrée à Saint-Germain l'Auxerrois à partir du 2 décembre
AFP - 16 oct 2007 - la-croix.com
PARIS, 16 oct 2007 (AFP) - Messe en latin célébrée à Saint-Germain l'Auxerrois à partir du 2 décembre La messe en latin, selon le rite de Saint Pie V, sera célébrée régulièrement en l'église Saint-Germain l'Auxerrois, à deux pas du Louvre à Paris (Ier), à partir du premier dimanche de l'Avent (2 décembre), annonce l'archevêché de Paris dans sa revue hebdomadaire Paris-Notre-Dame.
"Au moment où le motu proprio (décret papal, ndlr) entre en application, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a décidé que la paroisse Saint-Germain l'Auxerrois accueillerait à partir du premier dimanche de l'Avent des fidèles attachés au missel de Saint Pie V. Cette décision favorisera la communion de tous les fidèles souhaitée par le Saint Père", selon l'archevêché.
La messe en latin, dite tridentine, sera célébrée du lundi au vendredi à 18H30 et le dimanche à 10H00. La messe en français continuera à être dite quotidiennement, a précisé le curé de la paroisse, le père Dominique Schubert.
Depuis le concile Vatican II (1962-1965), la messe "officielle" est célébrée dans la langue du pays, la messe en latin étant soumise à l'autorisation de l'évêque.
A Paris par exemple, l'archevéché autorisait jusqu'ici la messe traditionnelle dans deux églises, Sainte-Odile (XVIIe) et Saint-Eugène/Sainte-Cécile (IXe), et dans la chapelle Notre-Dame du Lys (XVe). Désormais, il n'y aura plus de messe en latin à Notre-Dame du Lys, les fidèles de cette paroisse étant invités à venir à Saint-Germain l'Auxerrois.
La messe traditionnelle en latin est également célébrée à Saint-Nicolas du Chardonnet (Ve), la paroisse des traditionalistes fidèles à Mgr Marcel Lefèbvre, et dans plusieurs églises de rite grec melkite, syriaque, arménien.
Le "motu proprio" du pape Benoît XVI autorisant à nouveau la messe en latin, publié le 7 juillet par le Vatican, est entré en vigueur le 14 septembre. Il prévoit que les groupes de fidèles désirant assister à la messe traditionnelle peuvent le demander à leur curé.
L'annonce du retour de la messe en latin avait suscité beaucoup d'émotion parmi les fidèles. Dans la réalité, il est entré en vigueur très discrètement, peu de prêtres ayant été saisis de demandes de messe en latin.

15 octobre 2007





Lettre collective à Monseigneur Vingt-Trois, Archevêque de Paris pour l'érection d'une paroisse personnelle de rite extraordinaire
Octobre 2007 - quemtimebo.net
Cette "pétition" a d'abord été proposée à la signature devant le Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris) en octobre 2007. En deux semaines elle a recueilli 560 signatures qui ont déjà été remises en mains propres au cardinal Vingt-Trois. Les personnes qui ne l’ont pas signée sous sa forme « papier » peuvent maintenant la signer sous sa forme électronique.

Lettre collective à Monseigneur Vingt-Trois, Archevêque de Paris pour l'érection d'une paroisse personnelle de rite extraordinaire
Monseigneur
La promulgation par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI du Motu Proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet dernier, a profondément réjoui les fidèles attachés au rite romain publié en 1962 par le Bienheureux Pape Jean XXIII, et qui entendent demeurer dans la structure visible de l'Eglise. Ils attendent désormais avec confiance et impatience les mesures qui seront prises pour faire cesser une forme de discrimination qu'ils estimaient, à tort ou à raison, subir de la part de leurs pasteurs légitimes, tant en ce qui concerne la célébration de la Sainte Messe que de l'accès aux sacrements selon le rituel ancien.
Dans le diocèse de Paris, un groupe stable de plusieurs centaines de fidèles assiste régulièrement aux différents offices célébrés quotidiennement dans le rite traditionnel au Centre Saint-Paul dont le rayonnement, dans la région parisienne, est renforcé par les multiples activités -conférences, cours, sessions de théologie...- qu'il propose pour assurer la diffusion de la culture chrétienne. Malheureusement, l'exiguïté des locaux conduit à multiplier le nombre de messes le dimanche (cinq messes dominicales) et, pour les grandes fêtes, les fidèles sont souvent contraints d'assister aux offices depuis la rue.
Les fidèles soussignés recourent donc respectueusement à vous, Monseigneur, et renouvellent la demande qui vous avait été faite en mai dernier par l'association Sensus Fidei, pour solliciter de votre paternelle bienveillance l'érection à Paris d’une paroisse personnelle au titre du canon 518, comme l'article 10 du Motu Proprio le permet, confiée à un institut spécialisé comme l'Institut du Bon Pasteur dont la place spéciale dans l'Eglise vient d'être rappelée par son Eminence le Cardinal Castrillon Hoyos pendant la cérémonie d'ordinations de cinq nouveaux prêtres de l'Institut en l'Eglise Saint-Eloi de Bordeaux, le 22 septembre dernier.
Les fidèles soussignés sont persuadés que l'existence à Paris d'une paroisse personnelle développant l'ensemble des activités propres à une paroisse, comme c'est le cas aujourd'hui à Bordeaux grâce à la clairvoyance de son Eminence le Cardinal Ricard, serait un signe fort d'unité des fidèles parisiens autour de leur Archevêque et ferait cesser les polémiques stériles qui ont pu se manifester de temps à autre, faute d'un dialogue apaisé et sans doute du fait d'une ignorance réciproque des diverses communautés.
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, par ses enseignements répétés, nous montre le chemin à suivre, les fidèles soussignés sont prêts à répondre généreusement à son appel et à contribuer activement, sous votre autorité et selon leur sensibilité propre, à la vie du diocèse de Paris.
Dans l'attente confiante de votre décision, ils sollicitent votre paternelle bénédiction.
 




Pour ou Contre ?
15 octobre 2007 - abbé Laguérie - institutdubonpasteur.org
Monsieur L’abbé,
Dans un dialogue en direct sur Internet, on a posé la question suivante à Monseigneur Fellay :
"Quelles sont vos relations avec l’Institut du Bon Pasteur ? Quel regard portez vous sur cette oeuvre ? Merci de votre réponse."
à laquelle il a répondu :
"Nous n’avons pas de relations avec l’IBP. Je n’ai pas d’objection contre le fait que ces ex-confrères aient cherché à fonder une œuvre. J’en ai cependant certainement lorsque je constate qu’encore une fois Rome les a érigés « contre nous ». Et depuis ils n’ont pas fait grand chose d’autre dans l’Eglise que d’accomplir cette mission."
Partagez- vous ce jugement de Mgr Fellay ?
D.Balter- Nantes

Cher Monsieur,
Il est bien évident que le pape Benoît XVI, très fortement impressionné par le traitement injuste qu’à subi Mgr Lefebvre, et consterné de la division de l’Eglise spécialement en France, prend les mesures les plus aptes à réunir les catholiques et à unifier et pacifier l’Eglise de Dieu dont il a la responsabilité. A l’heure actuelle ses décisions les plus importantes en ce domaine sont évidemment l’érection de l’Institut du Bon Pasteur (8 septembre 2006) et son désormais célèbre Motu Proprio (7 juillet 2007).
On parle d’ailleurs à ce sujet, de sources bien informées, de la possibilité de la levée du décret d’excommunication des quatre évêques de la Fraternité qui pourrait, dit-on, intervenir dans l’année, plus ou moins. Il m’apparait que ces trois mesures, dont deux sont inscrites dans les faits, sont des décisions pour la Fraternité et certainement pas contre la Fraternité.
Il est certain que l’immense majorité des prêtres de la Fraternité n’accepterait aucun bi-ritualisme et c’est pourquoi le pape l’a concédé au Bon Pasteur comme un exemple de ce qu’il ferait évidemment pour la Fraternité, et bien plus (administration apostolique par exemple). Ceci n’est pas une mesure contre la Fraternité mais évidemment pour.
De même pour le Motu Proprio qui était une des fameuses conditions préalables posée par les abbés Riffan et Aulagnier alors en grâce avec l’oeuvre de Monseigneur Lefebvre. Même si le Motu Proprio est une mesure de soi universelle pour l’Eglise, il demeure un acte posé pour la Fraternité et non pas contre.
Quant à la levée du décret d’excommunication des quatre évêques, il serait, en arrivant, une mesure pour la Fraternité et pour elle seule, même si ce geste de la condescendance du pape ne manquerait pas d’avoir des répercussions sur toute l’Eglise.
Dès lors, et dans ce contexte plus général, interpréter la création du Bon Pasteur comme une mesure contre la Fraternité est simplement une énorme erreur historique. C’est comme si les élèves récalcitrants d’une classe considéraient comme des punitions à eux adressées, les encouragements que l’institutrice prodigue à ses élèves les plus coopératifs. Ils feraient mieux de considérer que c’est un appel pressant à faire de même.
Quant à l’action menée par l’Institut du Bon Pasteur depuis sa création il y a un an, on voudra bien m’expliquer ce qu’elle peut avoir de contre et surtout de contre qui ? L’Institut a fait ordonner 7 prêtres, aura, lundi prochain, une maison de 40 séminaristes, assure une dizaine de lieux de culte en France, assure l’aumônerie de bientôt 4 écoles et travaille à la création de plusieurs paroisses. Contre qui, je vous le demande ? Sans parler de l’étranger qui va bientôt vous surprendre !
Il est trop tôt peut-être pour la décrire aujourd’hui dans toute son ampleur ; mais il me semble plutôt se profiler à l’horizon quelque chose comme une cohabitation profitable entre les évêques français et la Fraternité saint Pie X sur la base du "chacun chez soi et les brebis seront bien gardées !" Car au fond, celle-ci n’inquiète pas plus ceux-là qu’ils ne préoccupent celle-ci. "Je prends sur moi de vous renvoyer à la Fraternité Saint Pie X" lance récemment un évêque à un fidèle qui lui demande l’application du Motu Proprio. " Il ne suffit pas d’être en communion avec Rome" lâche un autre etc...
Finalement, le Lefebvrisme sans le très catholique Mgr Lefebvre, c’est bien pratique pour les évêques. Un peu comme la corbeille de ton ordinateur. J’avais la naïveté de penser que les quatre cents églises et chapelles en France de la Fraternité étaient autant de groupes stables tels qu’ils constituaient la plate-forme idéale requise par le Motu Proprio. Et bien voyez- vous, ni les uns, ni les autres ne le pensent.
Les évêques nous disent qu’ils n’ont quasiment pas de demandes et la Fraternité ne demande pas d’églises. Finalement chacun est content de l’autre sans oser bien trop le dire et tout va très bien dans le beau pré carré qu’est la Fille aînée de l’Eglise !
Oui, cher Monsieur, je suis pour et résolument pour : pour le pape qui unifie l’Eglise, pour son Motu Proprio qui en est le moyen, pour les évêques de France qui rouvriraient leurs églises, pour la Fraternité Saint Pie X qui accepterait qu’on lui en confie… A l’Institut du Bon Pasteur, nous avons fait nôtre cette sentence de Jésus aux apôtres qu’Il envoie en mission : « qui n’est pas contre vous est avec vous ». Autrement dit, nous n’avons pour ennemis que ceux qui refusent catégoriquement d’être de nos amis ; ce n’est pas nous qui choisissons, c’est eux.
 

14 octobre 2007

[Le Figaro] La messe en latin s'installe sans vagues

SOURCE - Sophie de Ravinel - Le Figaro - 10 octobre 2007

La mise en oeuvre de la libéralisation de l'ancien rite en latin, voulue par Benoît XVI, débute aujourd'hui dans un climat de faible mobilisation.
L'ALERTE au tsunami a tourné court. La vague traditionaliste attendue n'a pas déferlé sur l'Église catholique en France après l'annonce, en juillet, de la libéralisation de l'ancien rite de la messe par Benoît XVI. On n'a guère entendu non plus de contestataires de la décision papale.
Alors que le décret (le motu proprio) créant la possibilité pour tout prêtre de célébrer selon l'ancien rite si un groupe de fidèles le souhaite, entre en vigueur aujourd'hui dans les diocèses, les traditionalistes ne se bousculent pas. À la Conférence des évêques de France, on a bien noté « des demandes » depuis début juillet, mais « pas en grand nombre ».
Dans l'impossibilité de les quantifier « au niveau national », la porte-parole des évêques tient à souligner le « climat positif » qui règne sur le terrain depuis le début de l'été. « Dans les diocèses, la volonté est claire de mettre en pratique ce motu proprio. Les évêques se sont adressés en ce sens à leurs prêtres par des courriers, et parfois à l'ensemble des fidèles. La question, assure-t-elle, est à l'ordre du jour. »
C'est le cas à Lyon, où le cardinal Philippe Barbarin a rencontré ses prêtres à ce sujet la semaine dernière. « Et nous pouvons affirmer qu'à ce jour il n'y a pas eu de demandes de groupes constitués », assure Pierre Durieux, chargé de la communication du diocèse. « Nous en restons donc pour le moment à ce qui se fait déjà : une messe à Lyon et une autre à Francheville. » Idem à Rennes, à Poitiers ou encore à Pontoise...

«Quelques demandes»

Dans ces diocèses, une messe hebdomadaire est déjà proposée aux fidèles attachés à l'ancien rite, et répondrait à la demande. Dans le diocèse de Verdun, aucune messe dite « de saint Pie V » n'est célébrée pour le moment. Mais à l'évêché, on parle de silence radio du côté des traditionalistes. Si, à Paris, « quelques demandes » ont bien été reçues - ce qui a incité l'archevêché à élargir quelque peu l'offre -, l'ambiance semble être on ne peut plus paisible.
« Nous sortons à peine de l'été ! », tempère Marc Erhard, un père de famille d'Eure-et-Loir qui affirme être en cours de constitution d'un groupe avec l'aide des prêtres de l'Institut du Bon-Pasteur, basé à Courtalain. « Nous sommes déjà une petite quarantaine, enfants compris », soutient-il, sur le point d'aller demander une audience à son évêque pour lui en parler.
Du côté des contempteurs, ce n'est pas non plus la grande mobilisation... Regrettant l'ampleur du débat « fermé sur lui-même » et « réglant des comptes avec un passé mal digéré », le jésuite Pierre de Charentenay prévoit ainsi dans la dernière livraison d'Études : « C'est plutôt le statu quo qui l'emportera, sans bouleversement. » L'occasion de le vérifier sera donnée samedi prochain à Bordeaux, lorsque le cardinal Castrillon Hoyos, venu de Rome, ordonnera cinq prêtres selon l'ancien rite, en présence du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque du lieu et président de l'assemblée des évêques français.

[Aletheia n°115] Un évêque français contre la Franc-Maçonnerie

Aletheia n°115 - 13 octobre 2007
UN ÉVÊQUE FRANÇAIS CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE - par Yves Chiron
Il y a longtemps, plusieurs décennies au moins, un siècle peut-être, qu’un évêque diocésain français n’avait pas publié un livre pour mettre en garde les fidèles contre la franc-maçonnerie. Ce n’est pas que tous les évêques français aient été silencieux sur la franc-maçonnerie, mais, depuis la fin du pontificat de Pie XII, leurs interventions sur le sujet ont été rarissimes. Les initiatives qui penchaient vers la sympathie, voire la complaisance (rappelons les noms de Mgr Pézeril et de Mgr Thomas), ont été davantage médiatisées que les déclarations qui mettaient en garde.
Dans les dernières années, il y a eu, en France, deux interventions épiscopales pour rappeler, de façon argumentée, la condamnation de la franc-maçonnerie par l’Eglise : en 2002, Mgr Brincard, évêque du Puy, dans un long entretien à une radio chrétienne locale[1] et, en 2004, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, dans un autre entretien, à la revue La Nef, entretien qui concluait un intéressant dossier sur le sujet[2]. Précisons que c’est Mgr Rey qui avait demandé à la revue de consacrer un dossier spécial sur le sujet.
Mgr Rey y revient dans un livre lumineux : Peut-on être chrétien et franc-maçon?[3] L’ouvrage est composé de six chapitres argumentés et de cinq annexes utiles.
Les six chapitres:
  • Comment définir la franc-maçonnerie?
  • Quelle est la position de l’Eglise catholique?
  • Sur quoi porte cette hostilité de l’Eglise catholique envers la franc-maçonnerie?
  • Sur quoi porte la condamnation de l’Eglise catholique?
  • Quelles sont les conséquences théologiques de cette opposition?
  • Influence de la franc-maçonnerie dans la société française?
Ces multiples approches sous forme d’interrogations ne doivent pas tromper sur la clarté du propos. La position de Mgr Rey est sans ambiguïté et elle est d’autant plus fortement affirmée qu’elle ne lui est pas propre mais celle de l’Eglise catholique : « La position de l’Eglise est donc constante depuis la naissance de la franc-maçonnerie. On ne peut être en même temps catholique et franc-maçon » (p. 11).
Cette incompatibilité fondamentale tient à l’essence même de la doctrine maçonnique. Mgr Rey rappelle : « La franc-maçonnerie anglo-saxonne confesse sa foi en Dieu, ”Grand Architecte de l’univers”. Cependant les Constitutions d’Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent pas la moindre référence à Dieu en Jésus-Christ, ne mentionnent jamais la Sainte Trinité, le péché, le salut, la résurrection, la venue de l’Esprit-Saint… » (p. 6).
L’esprit apparent de tolérance de la franc-maçonnerie et le spiritualisme de ses rites ne doivent pas faire illusion. L’Église ne peut être d’accord ni avec son affirmation d’un ésotérisme (« le sens caché de l’univers » serait révélé à travers un enseignement secret), ni avec son relativisme qui aboutit à ce que « les religions se retrouvent sur le même plan, comme autant de tentatives concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en soi, est inatteignable et insaisissable » (p. 23), ni avec son naturalisme (p. 27).

Mgr Rey, après ces rappels doctrinaux – d’autres aspects encore sont développés –, reproduit quatre documents du Magistère.
Le premier est la Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et la franc-maçonnerie publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 26 novembre 1983.
Le second est la longue Déclaration de l’Episcopat allemand sur l’Eglise et la franc-maçonnerie, publiée le 12 mai 1980. Rappelons que cet exposé développé sur les « Raisons de l’incompatibilité » a été fait après des entretiens approfondis entre des représentants officiels de l’Eglise catholique et les Grandes Loges Unies d’Allemagne qui ont eu lieu entre 1974 et 1980.
Le troisième document reproduit est plus inattendu : il s’agit de la Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, le 21 novembre 2002. La Note ne comprend pas de condamnation explicite de la franc-maçonnerie. Mais Mgr Rey avait expliqué : « L’attrait en faveur de la franc-maçonnerie souligne certaines carences pastorales de l’Eglise ». Un des meilleurs moyens de lutter contre la franc-maçonnerie est d’ « investir le champ politique ». La Note de 2002 fixe des orientations utiles, mais certainement pas exhaustives, et rappelle les principes de la doctrine catholique.
Enfin, le quatrième document est un extrait de Fides et Ratio, l’encyclique sur les rapports entre la foi et la raison publiée en 1998 par Jean-Paul II. Dans son étude, Mgr Rey avait montré le lien entre certaines déficiences quant à la conception même de la foi et l’attrait de la franc-maçonnerie : « le divorce entre la foi et la raison, dénoncé par le pape Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Fides et ratio déporte insidieusement la foi vers un certain piétisme, un sentimentalisme religieux. Livrée à elle-même, la raison n’est plus finalisée par la recherche de la Vérité. Elle se trouve à la merci des idéologies ou des constructions subjectives. L’engagement du chrétien dans la franc-maçonnerie relève, dans bien des cas, d’une méconnaissance de ce lien organique entre foi et raison » (p. 31).

On manquerait à l’honnêteté, si on ne signalait pas l’une ou l’autre expression qui laisse insatisfait ou dubitatif. Ainsi quand Mgr Rey affirme : « les chrétiens ont à défendre le principe et la vertu d’une ”laïcité ouverte” » (p. 35). Ou encore quand il parle, pour les chrétiens, d’une « vision d’humanité basée sur l’être humain » (p. 37) ; la tradition théologique et spirituelle dirait plutôt, me semble-t-il, « une vision d’humanité basée sur la révélation de Dieu en Jésus-Christ ».
Mais ces remarques de détail n’enlèvent rien à l’intérêt et à la clarté de cette parole courageuse d’évêque. On sera attentif à l’accueil que lui réserveront non les grands médias, souvent silencieusement complices sur ce genre de sujet, mais la presse catholique, à commencer par La Croix et La Documentation catholique. Oseront-ils parler de ce livre?
En marge de cet ouvrage, finissons par une anecdote authentique que la discrétion oblige à tenir anonyme. Il y a six ans, peu après la prise de possession de son diocèse – une ville prestigieuse de la région parisienne – le nouvel évêque a été abordé par le vénérable de la loge locale qui lui a demandé quand il comptait solliciter son admission dans la franc-maçonnerie… Le nouvel évêque a refusé l’invitation.
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Vient de paraître
Yves Chiron : Enquête sur les apparitions de la Vierge
Tempus, octobre 2007, 427 pages, 10 euros.
Publié en 1995 aux éditions Perrin, cet ouvrage reparaît en collection de poche, dans une version augmentée et corrigée. Avec notamment des mises à jour et des compléments sur La Salette, Lourdes, Fatima et Medjugorje.
Introduction
1. QU'EST-CE QU'UNE APPARITION?
Vision ou apparition? - Apparitions et Révélation - Structures des apparitions - Le lieu - Le moment - Le bénéficiaire - Le signe annonciateur - Le vocable - Le signe d'authentification - La source - Les guérisons et les pèlerins - Critères d'authenticité.
2. LA VIERGE DES MIRACLES
Quelle est la plus ancienne apparition mariale? - Fondation de sanctuaires - Fondation et protection d'ordres religieux - Miracles de protection et de guérison - Notre-Dame-des-Victoires.
3. APPARITIONS EN TERRE DE MISSION
Amérique - Afrique - Asie, Océanie.
4. FACE AU PROTESTANTISME
Apparitions préventives - En Europe de l'Est - En France - Louis XIII et la Vierge Marie - Notre-Dame-de-l'Osier - Du Luberon à la Bretagne.
5. CONTRE L'INCRÉDULITÉ
Le Laus ou le jansénisme vaincu - La Vierge Marie face aux Lumières - La Vierge Marie face à la Révolution - Après la tourmente.
6. DE PARIS À BANNEUX (1830-1933)
Paris - La Salette - Cerreto - Porzus - Lourdes - Philippsdorf - Pontmain- Saint-Bauzille - Pellevoisin - Gietrzwalde - Knock - Fatima - Beauraing – Banneux.
7. LA VIERGE CONTRE LE COMMUNISME ET LE NAZISME
Fatima et le communisme - L'Ile-Bouchard (1947) - Expansion du communisme - Face au nazisme.
8. FAUSSES APPARITIONS
De type apocalyptique - De type mimétique - Par illusion - De type sectaire.
9. APPARITIONS CONTROVERSÉES
Tilly - Kerizinen - Garabandal - San Damiano – Medjugorje.
10. SECRETS ET CHATIMENTS
Les secrets « privés » - Secrets destinés à être rendus publics - Châtiments - La Vierge Marie et la fin des temps.
Bibliographie
Index des lieux cités
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Du même auteur
MEDJUGORJE (1981-2006) - “ Constat de non supernaturalitate ”
Éditions Nivoit, 2006, 90 pages, 10 euros.
Avant-Propos
Journal de Medjugorje par Yves Chiron.
Medjugorje, conférence de Mgr Ratko Peric.
Documents:
Entretien avec Mgr Ratko Peric (1997).
Déclaration de Mgr Ratko Peric (1997).
À propos de Medjugorje par Mgr Henri Brincard (2000).
Bibliographie critique
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Commande Envoyer ses nom, prénom, adresse complète en précisant le titre de l'ouvrage commandé et le nombre d'exemplaires.
  • Enquête sur les apparitions de la Vierge au prix de 10 euros l’exemplaire - franco de port.
  • Medjugorje (1981-2006). ”Constat de non supernaturalitate” au prix de 10 euros l’exemplaire franco de port. 
À adresser avec le règlement à l’ordre de l’ «Association Nivoit».
Éditions Nivoit 5, rue du Berry 36250 NIHERNE
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[1] Entretien reproduit intégralement dans Aletheia, n° 28, 16 avril 2002.
[2] La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles), n° 155, décembre 2004. Cf. Aletheia n° 67, 12 décembre 2004.
[3] Mgr Dominique Rey, Peut-on être chrétien et franc-maçon?, Éditions Salvator (103 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris), 78 pages, 9,50 euros.