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31 mai 2019

[FSSPX Actualités] Entretien avec Mgr Fellay: «Plus que tout, le monde actuel a besoin du prêtre»


SOURCE - FSSPX Actualités - 31 mai 2019

Mgr Bernard Fellay publie aux éditions Via Romana un livre d’entretiens qu’il a accordés à Robert Landers, un fidèle laïc venu l’interroger à Menzingen en 2016.
Monseigneur, vous faites paraître un livre joliment intitulé « Pour l’amour de l’Eglise ». Pouvez-vous nous en présenter la genèse ?
Mgr Fellay : Ce livre a connu une longue gestation. Mon emploi du temps ne me donnait pas toute la liberté qu’il aurait fallu pour la rédaction d’un tel ouvrage. Il fut conçu il y a environ quatre ans ! Et sa rédaction fut terminée il y a plus d’un an. Ce qui fait que les thèmes visant l’actualité sont en partie dépassés.
« Pour l’amour de l’Eglise » invite à s’interroger sur la place de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dans l’Eglise. Cette place ne doit-elle pas être à Rome, car Rome est la tête, mais aussi le cœur de l’Eglise ?
Le cœur de l’Eglise, c’est l’Esprit Saint, c’est l’amour de Jésus, et c’est aussi le sacerdoce, si intimement lié à Notre Seigneur et à son Sacré-Cœur. La tête de l’Eglise, c’est le Christ.

Ici-bas, le chef visible de l’Eglise est le pape, auquel nous sommes bien sûr soumis, que nous respectons et avons toujours respecté, comme d’ailleurs toutes les autorités légitimes de la hiérarchie ecclésiastique.

La place de la Fraternité est au centre, au cœur de l’Eglise. Car le sacerdoce et la sainte messe, intimement liés entre eux, sont le cœur de l’Eglise ; la pompe qui transmet la vie de la grâce dans tout le corps.

En tant que catholiques romains, notre place est aussi à Rome. Mais vous savez que nous traversons une crise terrible, une désorientation vraiment diabolique, qui fait qu’à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité, s’est substituée une Rome nouvelle, née du concile Vatican II, une Rome néo-moderniste et de tendance libérale, à laquelle nous devons résister pour garder la foi.

Cependant, la “question romaine”, comme la dénommait déjà Mgr Lefebvre, repose entre les mains du Supérieur général. C’est lui qui possède les grâces d’état pour réaliser concrètement le développement des relations de la Fraternité avec Rome.
Transmettre la foi semble avoir été la préoccupation majeure de Mgr Lefebvre, mais Vatican II ne fait-il pas partie de la foi ?
La transmission de la foi a très certainement été l’une des préoccupations principales de Mgr Lefebvre, car l’évêque est par sa nature de successeur des Apôtres, voué à l’enseignement de la doctrine. Et Vatican II a bel et bien retenu son attention – non pas tant comme matière d’enseignement, car le Concile a voulu être pastoral et non dogmatique –, mais surtout à cause des erreurs, des glissements dangereux, des adaptations qui ont voulu mettre l’Eglise en harmonie avec le monde ; le résultat est devant nous, dramatique et cruel… au lieu de tirer et d’élever le monde vers le ciel, Vatican II a plongé l’Eglise dans les tourbillons du monde temporel…
Saint Pie X disait que l’ignorance religieuse était la caractéristique de son temps, quelle est selon vous celle d’aujourd’hui ? Et comment s’y opposer sur le plan spirituel ?
Cette ignorance religieuse n’a fait que se développer. Aujourd’hui, il faudrait trouver un mot plus grave encore, mais qui va dans le même sens. Nous sommes entrés dans un désert, un vide abyssal d’ignorance… jusqu’à oublier le Créateur, auteur de ce monde, dont toute créature dépend de manière absolue. Tout autant, le Rédempteur a disparu et par conséquent sa Loi, le véritable amour. L’œuvre du Rédempteur est méconnue, tout comme sa loi d’amour.

Notre Seigneur nous a donné, par saint Paul, la solution à ce mal : prêche à temps et à contretemps une doctrine pleine, intègre, emplie de charité et de l’exemple de miséricorde de Jésus.
Comment être prêtre dans notre société post-moderne ?
Dans une société post-moderne qui a perdu à peu près tous ses repères, le prêtre est plus que jamais nécessaire. Mais il faut se souvenir qu’il possède un caractère profondément intemporel. Le prêtre, c’est un autre Jésus, c’est l’ambassadeur de Dieu, qui donne à ses créatures une loi éternelle, valable pour tous les temps, qui offre et répare les péchés des hommes pour qu’ils puissent être sauvés.

Plus que tout, le monde actuel a besoin du prêtre.
N’y a-t-il pas à la fois disparition et exagération dans le culte marial aujourd’hui ? Comment trouver l’équilibre ?
Là aussi, dans un monde sans repères, les hommes vont en inventer de nouveaux au gré de leurs sentiments.

Ainsi il est vrai que le culte traditionnel à l’égard de Marie a tendance à s’effacer. Il n’y a qu’à voir la valeur donnée au chapelet par les masses… Et la foi pure, exigeante se fait supplanter par une recherche de l’extraordinaire… On pense aux “apparitions” de Medjugorje par exemple, où le message et les voyants présentent des aspects plus que douteux…

L’équilibre se rétablit dès lors que la foi retrouve sa place primordiale. Alors la sainte Vierge Marie reçoit elle aussi les hommages et l’amour filial du chrétien, elle exerce son rôle de Mère et exige de ses enfants qu’ils se montrent tels.
Peut-il y avoir encore un règne social à l’heure de la laïcité acceptée par tous, même par l’Eglise ?
Notre Seigneur étant Dieu, a bien affirmé aux Apôtres : “tout pouvoir m’a été donné au Ciel et sur la terre” (Mt 28, 18). Cette phrase doit être prise dans sa totale simplicité ; elle rappelle les droits de Jésus sur toute créature, mais aussi sur la société humaine, sur les pays, les gouvernants.

Que ces derniers ne veuillent plus le reconnaître n’y change rien. Il est roi dans le sens plénier du terme et ce titre nous est cher. C’est un devoir profond que de travailler à l’établissement de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Mais rappelons-nous que ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Eglise connaît l’opposition ou la persécution.
Quels sont les signes d’encouragement qui vous ont frappé durant les 24 années de votre supériorat ?
En considérant les dernières 24 années de la Fraternité Saint-Pie X, on ne peut que constater, avec beaucoup de consolation, les bénédictions du bon Dieu.

Elles viennent de toutes parts et sont très abondantes : une foi vivante, des âmes qui se convertissent et qui se sauvent.

Une forte consolation est la belle liturgie, qui élève les cœurs et donne la force de vivre selon la loi chrétienne et ses exigences dans le monde actuel.

Les écoles et tant d’œuvres qui fleurissent dans le monde entier, les conversions, une profonde dévotion mariale, voilà encore de très réels et nombreux signes d’encouragement, à travers mille péripéties.

Malgré toutes les difficultés, on peut constater la croissance de cette très belle œuvre qu’est la Fraternité et qui, un jour, sera reconnue comme telle.
  • Mgr Bernard Fellay, Pour l’amour de l’Eglise, entretiens avec Robert Landers, Via Romana, 2019, 152 pages.
    Disponible sur le site de Via Romana

27 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un Mauvais Signe

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 27 mai 2019

Prêtres de la Fraternité, ne vous y trompez plus –
Le Chapitre est passé, rien ne changera plus.

Accrochez-vous, chers lecteurs : encore une nouvelle mauvaise. Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est une paille de plus volant au vent mauvais, une indication de plus que le vent souffle toujours dans la mauvaise direction, alors que nous espérions qu’il finissait par tourner. Car enfin, quand le Chapitre Général de juillet dernier élisait un nouveau Supérieur Général, n’était-ce pas là un signe encourageant indiquant que la dure emprise des libéraux sur l’orientation de la Fraternité s’était enfin relâchée ? Ne pouvait-on pas espérer que le nouveau Supérieur Général réorienterait la Fraternité dans une direction plus saine que celle qu’avaient choisie les deux derniers Supérieurs, successeurs de Mgr Lefebvre ?

Mais cet espoir s’est brutalement effondré, lorsque nous eûmes connaissance d’une décision prise juste avant la fin du Chapitre : à côté du Supérieur Général et de ses deux Assistants, formant le triumvirat qui est l’organe ordinaire de gouvernance de la Fraternité, nous apprîmes qu’il avait été décidé de créer deux nouveaux postes de Conseillers, chargés d’entourer ce triumvirat. Et qui fut choisi pour ces deux postes ? – Justement, les deux Supérieurs Généraux précédents ! Toutefois, pour dissiper nos craintes légitimes de voir se prolonger et s’amplifier le cauchemar que la Fraternité traverse depuis 20 ans, nous avons été assurés que la tâche des deux nouveaux Conseillers se limiterait à statuer sur l’intégration ou l’exclusion de membres, ou sur l’ouverture ou la fermeture des maisons de la Fraternité. Et qui a voulu croire qu’il en serait bien ainsi, l’a bien cru.

Mais afin d’apaiser des craintes insistantes qu’au sommet de la Fraternité, plus les choses changaient et plus elles restaient les mêmes, autrement dit : craintes de voir la Fraternité encore sous l’emprise de ses ennemis internes, on nous assura que l’ancien Supérieur général ne vivrait plus à Menzingen, siège de la Fraternité, près de Zurich. Il était prévu qu’il s’installerait dans le principal séminaire de la FSSPX, à Écône, qu’une chaîne de hautes montagnes sépare de Menzingen. Or, la présence de l’ancien Supérieur Général à Ecône ne laissait pas d’effrayer certains qui redoutaient l’ombre qu’il projetterait sur tout le Séminaire et particulièrement sur la formation sacerdotale des futurs prêtres francophones, mais au moins il ne porterait pas ombrage à son successeur à Menzingen. À cet égard, nous pouvions espérer qu’il laisserait son successeur libre de déterminer par lui-même, en tant que Supérieur Général, la future politique de la Fraternité. Et c’est sûrement ce à quoi le déménagement à Écône était censé nous faire croire. Hélas, il semble qu’une fois de plus, on nous ait pris pour des naïfs.

Car d’après la dernière nouvelle, émanant de plusieurs sources et sûrement assez facile à vérifier, l’ancien Supérieur Général a de nouveau plié bagages et s’en est retourné à Menzingen. Il est possible qu’il ait cru que son installation au Quartier Général ne soulèverait plus que peu ou pas de réaction. En tout cas, il a dû estimer que l’araignée pouvait retourner au centre de sa toile, car aucune des mouches n’y ferait objection.

Maintenant, au nom de Mgr Lefebvre, nous en appelons à vous, prêtres de la Fraternité Saint Pie X ! Croyez si vous devez vraiment le croire que la politique consistant à se soumettre à la Rome conciliaire n’a rien de suicidaire pour la Fraternité, ni pour le but que Mgr Lefebvre s’est assigné en la fondant, mais de pitié, comme le dit Hamlet, “ Ne mettez pas ce baume flatteur sur votre âme” que le changement de Supérieur Général en juillet dernier ait marqué une réelle différence de politique. Ne semble-t-il pas que la même mafia de libéraux soit toujours aux commandes et qu’elle ait toujours le projet – bien sûr avec les meilleures intentions du monde – de défaire ce que Mgr Lefebvre a fait ?

Le problème est profond. Il déborde largement le cadre de la petite Fraternité – restez à l’écoute.

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] La messe traditionnelle retrouve la Semaine Sainte à Séville

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 696 - 27 mai 2019

Depuis le Moyen Âge, de pieuses confréries se sont constituées au sein de la ville de Séville et aujourd’hui encore les Sévillans sont toujours très attachés à ces hermandades et cofradías, qui, durant l’année, organisent des œuvres de charité et se retrouvent, chacune d’entre-elles dans sa chapelle, pour des moments de piété.

La Semaine Sainte constitue cependant le point d’orgue spirituel de leur activité annuelle et l’occasion de faire pénitence lors des derniers jours du Carême et à l’approche de la fête de Pâques qui célèbre la Résurrection du Christ.

Car la Sainte Semaine à Séville donne l’occasion aux 60 confréries de processionner, selon un ordre établi, autour de leurs plus précieuses effigies dans les rues des villes. Montées sur les brancards (les pasos) portées par des hommes, les statues représentent le Christ et la Vierge, souvent accompagnés d’autres personnages tirés des Evangiles ou de la vie des saints, sont promenées, au jour et sur l’itinéraire indiqués, à travers la ville dans des mises en scène évoquant des épisodes de la Passion.

La procession de ces confréries débute le dimanche des Rameaux et se poursuit jusqu’au dimanche de Pâques. La procession la plus émouvante est celle de la Madrugá , dans la nuit du Jeudi au Vendredi saints, où sortent les plus célèbres congrégations de Séville : la Macarena, Esperanza de Triana, Jesús del Gran Poder,…

Ces processions sont universellement célèbres pour leurs pénitents (nazarenos) qui marchent au-devant des pasos, vêtus d’une tunique et d’une cagoule, dont les couleurs varient d’une confrérie à l’autre. Notre littérature les a magnifiés bien des fois, comme par exemple dans Le flagellant de Séville de Paul Morand.

Ces manifestations de foi attirent des foules immenses de fidèles, qui suivent les pasos de leur confrérie ou participent à celles des autres, mais aussi des dizaines de milliers de visiteurs qui sont surpris et étonnés de voir toujours bien vivantes ces manifestations de la foi espagnole.

Depuis plusieurs années le groupe Una Voce de Séville n’a pas manqué cette occasion d’apostolat et propose dans son Oratoire, pendant toute la Sainte Semaine, des messes, des cérémonies et des offices pour les catholiques sévillans et les étrangers de passage.

Nous avons demandé à Juan Luis Ferrari qui est président d’Una Voce Séville de nous présenter l’histoire de son association, les activités qu’ils proposent au cours de la Sainte Semaine et les perspectives d’avenir de la messe traditionnelle dans cette ville.
Q – Diégo de Caleruéga - Comment la célébration de la messe traditionnelle a-t-elle débuté à Séville?
R - Juan Luis Ferrari - À l’automne de l’année du Seigneur deux mille quatre, un petit groupe de fidèles catholiques de Séville – principalement des jeunes – amoureux de la Tradition et de l’antique liturgie de l’Église ont fondé une association, dont le but principal était de promouvoir et de célébrer dans notre ville, la messe selon l’usus antiquior, celle à laquelle nos aïeux avait assisté et grâce à laquelle ils avaient fortifié leur foi au cours des siècles. Cette messe ayant disparu de notre ville à l’aube du troisième millénaire nous désirions la voir renaître comme un bien spirituel pour toute l’Église, pour les Sévillans et pour nos familles car elle constitue un trésor qui mérite d’être gardé et vécu pour la plus grande gloire de Dieu. Ce fut la naissance de la section Una Voce de Séville.

Depuis lors, nos membres ont travaillé sans ménager leurs efforts pour atteindre cet idéal, convaincus que ce qu’on pourrait appeler en principe utopie, un toc ou un archaïsme se réaliserait avec l’aide de Dieu, et produirait des fruits, principalement spirituels.

Notre groupe commença dès 2004 une série de célébrations sporadiques de la messe traditionnelle, qui lui ont permis de montrer aux fidèles de Séville que la messe traditionnelle était toujours vivante et qu’ils pouvaient y participer.
Q - Diégo de Caleruéga – La promulgation du motu proprio Summorum Pontificum modifia-t-elle la situation?
R - Juan Luis Ferrari - La promulgation du motu proprio Summorum Pontificum de S.S. Benoît XVI a été le principal soutien et l’impulsion de la messe traditionnelle, qui a réussi à en normaliser l’utilisation au sein de l’Église universelle, le considérant comme un trésor à vivre aujourd’hui. De même, ce document pontifical reconnaissait qu’il n’était pas interdit et le légitimait comme un droit à célébrer par des prêtres et un droit à demander pour les fidèles. Cela signifiait pour l’histoire d’Una Voce Sevilla un avant et un après, car à partir de ce moment, la messe selon le rite romain traditionnel, ou “forme extraordinaire”, a commencé à être célébrée à Séville tous les dimanches et jours de précepte, constituant depuis une réalité ecclésiale liée à l’archidiocèse de Séville qui compte de plus en plus de fidèles, principalement des jeunes et des familles nombreuses.
Q - Diégo de Caleruéga – L’archevêque de Séville encouragea-t-il la célébration de la messe traditionnelle?
R - Juan Luis Ferrari - C’est une grâce pour l’Eglise de Séville que notre archevêque, don Juan José Asenjo Pelegrina, ait, dèas le premier instant, donné son aval et permis la célébration de la messe tous les dimanches et les jours de précepte, même si il a parfois opté pour une interprétation restrictive du motu proprio Summorum Pontificum, et s’il nous a dispensé un traitement inégal par rapport aux autres réalités ecclésiales du diocèse. Mais nous n’avons pas eu à Séville ce que trop de fidèles ont connu, ou connaissent dans beaucoup d’autres diocèses.
Q - Diégo de Caleruéga – Qui célèbre chez vous la messe selon l’usus antiquior?
R - Juan Luis Ferrari - Par nomination épiscopale, depuis plus de huit ans, le célébrant de la messe traditionnelle organisée par l’Association Una Voce de Séville est un prêtre diocésain qui exerce les fonctions de délégué du prélat pour tout ce qui concerne la liturgie traditionnelle à Séville.
Q - Diégo de Caleruéga – Qu’est-ce que l’Oratoire de l’école du Christ?
R - Juan Luis Ferrari – L’Ecole du Christ de la Nativité est une institution pour laïcs fondée dans notre ville à la fin du XVIIIe siècle et dédiée à la méditation de l’Évangile et à de pieux exercices. Cette institution qui avait disparu aux siècles passés mais qui fut reconstituée en 1925. Elle appartient désormais à l’Oratoire et c’est là que, depuis 2013, la messe est célébrée chaque dimanche et fêtes.
Q - Diégo de Caleruéga – Pouvez-vous nous présenter votre communauté?
R - Juan Luis Ferrari - Depuis 2007, lorsque le motu proprio Summorum Pontificum a commencé à être mis en œuvre dans l’archidiocèse de Séville, non seulement le nombre de fidèles assistant la Messe selon le vetus ordo a augmenté, mais nous avons également constaté un intérêt croissant de la part de ces fidèles pour vivre leur foi chaque jour autour de la messe traditionnelle, pour avoir une direction spirituelle, pour suivre des activités doctrinales et des célébrations liturgiques au cours de la semaine et, finalement, pouvoir vivre la foi dans le cadre d’une communauté paroissiale de spiritualité traditionnelle.
Q - Diégo de Caleruéga – Quel est le profil de vos fidèles?
R - Juan Luis Ferrari - L’immense majorité des fidèles qui assistent à la messe traditionnelle sont de jeunes hommes et aussi des familles avec des enfants, ce qui nous donne une grande espérance pour l’avenir de notre communauté.
Q - Diégo de Caleruéga – La Semaine Sainte attire des milliers de touristes et visiteurs à Séville. Comment essayez-vous de répondre à cette opportunité d’apostolat?
R - Juan Luis Ferrari - En effet, la Semaine sainte attire de nombreux visiteurs et curieux dans notre ville, espagnols et étrangers, intéressés par la religiosité populaire existant autour des confréries, à qui Una Voce Sevilla offre également une expérience unique de pouvoir vivre la Semaine Sainte à travers de la liturgie traditionnelle. Pour cette raison, depuis cinq ans, nous avons considéré comme une priorité dans notre apostolat de la messe traditionnelle d’organiser le triduum sacré de la semaine sainte, comme indiqué par le motu proprio Summorum Pontificum.
Q - Diégo de Caleruéga – Pouvez-vous assumer vous-même ce triduum sacré ? Était-ce votre initiative d’avoir un prêtre et un séminariste du séminaire de la Fraternité Saint-Pierre de Wigraztbad pour la célébration du Triduum sacré?
R - Juan Luis Ferrari - Que Dieu soit remercié car il nous a toujours permis de trouver de l’aide ! Les premières années, nous avons bénéficié de l’aide de prêtres et de séminaristes du Collège Pontifical Nord-Américain de Rome. Et cette année celle d’un prêtre, le Révérend Père José Calvin, et d’un séminariste du séminaire de la Fraternité Sacerdotale San Pedro (FSSP) de Wigraztbad (Allemagne), et pour le service des cérémonies celle de nos amis portugais du blog Senza Pagare. De même, nous devons ajouter la collaboration inestimable de la Schola Gregoriana Laudate Dominum de Una Voce Sevilla, et aussi chaque année de l’aide de fidèles qui viennent de partout et en particulier de la France !
Q - Diégo de Caleruéga – Quel bilan tirez-vous de ces célébrations liturgiques traditionnelles de la Semaine Sainte 2019?
R - Juan Luis Ferrari - Le bilan des célébrations liturgiques traditionnelles à Séville de cette année est très positif pour les fruits spirituels obtenus, si l’on en juge par la ferveur des fidèles, pour la célébration de la solennité des cultes, pour le nombre de fidèles venus de nombreuses parties du monde, qui augmente chaque année, et pour l’engagement des fidèles de la messe traditionnelle de Séville lors de la préparation tout ce qui concerne ces célébrations, avec la collaboration du groupe de jeunes Sursum Corda de Una Voce Sevilla.
Q - Diégo de Caleruéga – Quelles sont les attentes et les projets pour l’avenir?
R - Juan Luis Ferrari - Les attentes futures de l’Association Una Voce Sevilla, si la Providence nous l’accorde, sont de vivre la foi et les sacrements dans la communauté paroissiale autour de la liturgie, selon l’usus antiquior, de bénéficier de la grâce de vocations sacerdotales et religieuses et de pouvoir mener notre apostolat principal, celui de la messe traditionnelle, avec la même normalité et la même compréhension que celles appliquées aux autres réalités ecclésiales existant dans l’archidiocèse.
Q - Diégo de Caleruéga – Un dernier mot pour nos lecteurs?
R - Juan Luis Ferrari - Nous vous attendons à Séville pour la prochaine Semaine Sainte qui se déroulera du 5 au 12 avril 2020, nous essayerons de vous la faire découvrir au rythme de la liturgie traditionnelle et, de plus, votre présence active stimulera notre groupe et nous aidera à améliorer notre apostolat : venez nombreux !

Le site Internet Una Voce Sevilla (unavocesevilla.com) indique les informations relatives à la célébration de la messe traditionnelle le dimanche et certaines fêtes à 10h30 à l’oratoire de l’Ecole du Christ, Callejón Carlos Alonso Chaparro (hauteur du nº 20 de la calle Ximénez de Enciso, Barrio de Santa Cruz), 41004 Sevilla.

22 mai 2019

[Hélène Bonnet - L'Echo Républicain] Le pèlerinage à Chartres des traditionalistes partira de l'église Saint-Sulpice à Paris

SOURCE - Hélène Bonnet - L'Echo Républicain - 22 mai 2019

Le chassé-croisé des pèlerins du week-end de la Pentecôte, entre Chartres et Paris, se prépare. Les organisateurs du pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté, habitués à s’élancer sur les routes depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris, ont dû revoir leurs plans pour cette 37e édition.

L’incendie du lundi 15 avril 2019, qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, n’a pas seulement marqué les esprits. Le tragique événement bouleverse aussi les habitudes des catholiques. Les organisateurs du pèlerinage de la Pentecôte, entre Paris et Chartres, ont dû trouver un nouveau lieu de départ pour leur marche.

Depuis 1984, des milliers de catholiques traditionalistes se réunissent à Notre-Dame de Paris, chaque samedi du week-end de la Pentecôte, avant de prendre la route vers Notre-Dame de Chartres.
"Nous sommes dans la confiance et l’espérance"
Cette année, les participants partiront de l’église Saint-Sulpice, située dans le quartier de l’Odéon, dans le 6e arrondissement de Paris. « Le soir de l’incendie de Notre-Dame de Paris, on a compris qu’il faudrait tout reprendre à zéro pour l’organisation du départ des pèlerins. Ce n’était pas gagné de trouver une église parisienne qui puisse accueillir 13.000 personnes », explique Odile Téqui, chargée de la communication de l’association Notre-Dame de Chrétienté, qui organise le pèlerinage.

Les fidèles en charge du tracé de la marche ont dû revoir leur copie. « Cela a occasionné beaucoup de stress, mais pas de crainte, car nous sommes dans la confiance et l’espérance », ajoute Odile Téqui. « Nous avons confié tout cela à la Sainte Vierge. On s’est dit qu’elle nous donnerait un coup de pouce. On avait deux ou trois pistes envisageables, avec une grosse priorité pour Saint-Sulpice. Les autorités ecclésiales et civiles se sont montrées compréhensives. »
Pèlerinage de tradition. Les catholiques intégristes du pèlerinage de tradition, en rupture avec Rome, ne dérogeront pas à leurs habitudes. Les fidèles de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, fondée en 1970 par Mgr Lefebvre, qui partent de Chartres pour rejoindre Paris, ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés que les marcheurs du pèlerinage de Chrétienté, puisqu’ils ne se réunissent pas devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Comme les années passées, la messe de clôture du pèlerinage de tradition aura lieu le lundi de la Pentecôte, devant la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides, à Paris.

[Caroline Piquet - Le Parisien] Affaire Vincent Lambert : qu’est-ce que la Fraternité Saint-Pie-X?

SOURCE - Caroline Piquet - Le Parisien - 22 mai 2019

Le nom de cette communauté catholique traditionaliste, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, est souvent associé aux parents Lambert.

L’affaire Vincent Lambert a connu un incroyable rebondissement, lundi soir, avec la décision de la cour d’appel de Paris. Contre toute attente, la juridiction a ordonné la reprise des traitements sur ce patient tétraplégique en état végétatif depuis onze ans. À l’origine de ce recours, les parents de Vincent Lambert, Viviane et Pierre, de fervents catholiques aux liens multiples avec les milieux traditionalistes.

Parmi ces connexions, un nom intrigue plus que les autres, celui de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). Si cette communauté religieuse n’est pas publiquement intervenue dans le débat, son nom revient souvent quand il s’agit d’évoquer les réseaux « tradi » du couple Lambert. Enfant, c’est dans un établissement catholique fondé par la Fraternité à Saint-Joseph des Carmes, près de Carcassonne, que Vincent Lambert a effectué une partie de sa scolarité.

Quel rôle joue cette Fraternité dans l’affaire Lambert ? Difficile à dire. L’un des avocats des parents de l’ancien infirmier, Jean Paillot, assure qu’« aujourd’hui, Pierre et Viviane Lambert sont traditionalistes, mais pas de la mouvance lefebvriste (NDLR, du nom du fondateur de la Fraternité en France) », comme il l‘a expliqué à l’hebdomadaire La Vie. Manière de dire qu’il n’en a pas toujours été ainsi 

Pour comprendre ce qu’est cette communauté religieuse traditionaliste, Le Parisien a interrogé des spécialistes.
Qu’est-ce que la Fraternité Saint-Pie-X ?
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) est un mouvement catholique traditionaliste, fondé en 1970 à Fribourg (Suisse) par l’évêque Mgr Marcel Lefebvre. Elle est née en opposition au Concile de Vatican II (1962-65), que l’on appelle l’aggiornamento (la « mise à jour »). Une réforme jugée condamnable par Mgr Lefebvre, qui rejette les concepts de liberté religieuse et de liberté de conscience.

La Fraternité est en état de schisme avec l’Église depuis 1988, année où Mgr Lefebvre décide d’ordonner quatre évêques, sans l’accord du pape. Son objectif : perpétuer l’Église d’avant Vatican II, « dans une représentation très absolutiste, occidentalo-centrée, anti-libérale et anti-moderne », explique au Parisien Jean-François Colosimo, historien des religions. Une provocation qui vaut aux cinq hommes l’excommunication immédiate.

En 2009, Benoît XVI lève l’excommunication qui pèse sur les quatre évêques. Une commission est créée. Mais aucun accord n’a jamais été trouvé. À ce jour, l’ordination des 637 prêtres de la Fraternité reste considérée comme illicite par le Vatican. « Cette idée de réconciliation est un serpent de mer, qui semble de plus en plus improbable sous le pontificat de François », observe Jean-François Colosimo.
Où sont-ils implantés ?
Très présents en France, les membres de la Fraternité sont implantés dans 37 pays, sur les cinq continents. Ils ont beaucoup essaimé dans certains pays d’Amérique latine et d’Afrique, ainsi qu’en Suisse. Le mouvement revendique aujourd’hui entre 150 et 200 000 fidèles, dont 35 000 en France.

Un chiffre très modeste, quand on sait qu’il y a 1,3 milliard de catholiques dans le monde. « L’Église catholique a longtemps craint que le mouvement devienne un schisme très important. Mais il est resté très contenu », note Jean-François Colosimo.
Quels sont ses rapports avec l’extrême droite ?
Plutôt marginal, ce mouvement n’en est pas moins « très activiste », selon Jean-François Colosimo. « Ses membres représentent un type d’Église intransigeante, anti-moderne, ultra-conservatrice en termes de mœurs et de politique », ajoute-t-il. « Si les membres de la Fraternité ne sont pas tous d’extrême droite, il est évident que beaucoup de gens d’extrême droite s’en revendiquent et qu’un certain nombre de leaders catholiques d’extrême droite sont aussi lefebvristes », observe Jean-François Colosimo.

La congrégation religieuse a pendant un temps bénéficié d’un puissant relais médiatique avec l’institut Civitas (fondé en 1999). Cette association satellite de la Fraternité Saint-Pie-X est devenue parti politique en 2016, ce qui a provoqué une mise à distance de la part de la congrégation religieuse.
La FSSPX est-elle une secte ?
La Fraternité est un sujet d’interrogations pour la Miviludes, « sans qu’il n’y ait, à ce jour, de signalement de dérives sectaires avérées à son encontre », nous précise l’administration. Cependant, la Miviludes reste « très vigilante sur ce mouvement ».

« Une dizaine de témoignages reçus ces dernières années » font en effet mention , chez des fidèles, de « changement de comportement », de « changements relationnels » et de « changements d’habitudes de vie », mais aussi de « participations récurrentes à des retraites spirituelles, des camps ou rencontres », de « suivi strict de règles » avec une « attitude intransigeante », voire de « perte de son esprit critique », ainsi que de « ruptures familiales » et de « changements professionnels radicaux », précise la Miviludes.

Enfin, plusieurs témoignages font état de « pressions très fortes exercées sur les adeptes ou les enfants d’adeptes » qui, devenus « adultes, souhaitent prendre leur distance avec le mouvement ».
Combien la FSSPX a-t-elle d’écoles en France ?

La Fraternité compte aujourd’hui une trentaine d’écoles privées « hors contrat » sur tout le territoire, selon la Miviludes. Quelque 4000 enfants y seraient scolarisés, dans la majorité des cas en pensionnat. La FSSPX a sa propre maison d’édition, nommée Clovis, qui édite ses manuels scolaires.

À ce sujet, la Miviludes dispose de témoignages sur le « vécu traumatique de méthodes éducatives extrêmement rigoureuses » et sur la « très forte identité religieuse », qui « incite les enfants qui grandissent au sein de la FSSPX à ne pas nouer de relations à l’extérieur de la communauté ». Autre source d’inquiétude, pour la Miviludes : « les réticences à la vaccination ».

21 mai 2019

[Marie Malzac - La Croix] L’évêque de Coire choisit une maison des lefebvristes pour sa retraite

SOURCE - Marie Malzac - La Croix - 21 mai 2019

Les faits Mgr Vitus Huonder, évêque de Coire (Suisse) depuis 2007, se retirera à Wangs, dans une maison de la Fraternité Saint-Pie-X. Ce choix est pour le moins inhabituel. Pour sa retraite, Mgr Vitus Huonder, évêque de Coire depuis douze ans, a annoncé qu’il élirait domicile au sein de l’internat pour garçons de l’Institut Sancta Maria à Wangs, dans le canton de Saint-Gall. Ce lieu, précise-t-il dans une lettre du 20 mai adressée aux fidèles de son diocèse, « appartient à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X » (FSSPX).

« À la suite du pape François, je m’efforcerai d’apporter ma contribution à l’unité de l’Église, non pour marginaliser, mais pour discerner, accompagner et aider à intégrer », précise-t-il dans ce courrier.

Le même jour, la Salle de presse du Saint-Siège a indiqué que le pape François avait accepté la démission de Mgr Huonder, soit deux ans après l’âge canonique. À sa place, le pape a nommé un administrateur apostolique, Mgr Peter Bürcher, un Suisse de 73 ans, ancien évêque de Reykjavik, en Islande.

Dans un communiqué signé conjointement par Mgr Huonder et par le père Davive Pagliarani, supérieur général de la FSSPX, il est indiqué que cette démarche s’inscrit dans « une volonté exprimée depuis longtemps ». « Le seul et unique but de cette démarche, poursuivent-ils dans cette note commune, est de se consacrer à la prière et au silence, de célébrer exclusivement la messe traditionnelle, et d’œuvrer pour la Tradition, unique moyen de renouveau de l’Église. »

La FSSPX « apprécie la décision courageuse de Mgr Huonder, et se réjouit de pouvoir lui fournir le cadre spirituel et sacerdotal qu’il désire si vivement. Puisse cet exemple être suivi, afin de « tout restaurer dans le Christ » ».
Un diocèse divisé
Les positions de Mgr Huonder sur plusieurs thématiques, en particulier relevant de la morale, ont suscité depuis son arrivée à la tête du diocèse, en 2007, l’opposition d’une partie des fidèles, réunis au sein d’une association, « Es Reicht ! » (Maintenant, ça suffit !), afin de demander au pape un changement à la tête du diocèse.

Ils appelaient aussi de leur vœu la nomination d’un administrateur apostolique, dans ce diocèse où l’évêque est non pas désigné directement par le pape mais élu par le chapitre des chanoines qui choisit l’un des candidats d’une ternaproposée par le Vatican. La nomination d’un administrateur apostolique avant l’élection pourrait permettre, selon eux, d’aplanir les choses dans un contexte polémique, afin de procéder au vote dans un climat plus serein.

Dans une lettre aux fidèles, Mgr Bürcher a indiqué avoir fait part à plusieurs reprises au pape de ses « inquiétudes et réserves sur cette nouvelle mission comme administrateur apostolique du diocèse de Coire » mais a affirmé s’être d’ores et déjà mis à l’écoute, afin de « pouvoir mieux servir ».
Positions controversées
En 2015, des propos de l’évêque de Coire sur les personnes homosexuelles avaient suscité la polémique. Lors du Forum des catholiques allemands, au cours d’une conférence sur le thème du mariage chrétien, Mgr Huonder avait cité le Lévitique (20,13) : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux ». Il avait ajouté que ce verset devrait suffire à « remettre dans la bonne direction la question de l’homosexualité du point de vue de la foi ».

La principale association LGBT de Suisse, Pink Cross, avait immédiatement réagi en qualifiant Mgr Huonder d’« agitateur » et de « délinquant », et en exigeant des excuses publiques. Trois organismes avaient déposé plainte. Elles avaient été classées sans suite quelques mois plus tard.

Au mois de janvier, le porte-parole de l’évêque avait confirmé au site spécialisé cath.ch qu’en accord avec le pape François, Mgr Huonder y assurerait le lien entre la FSSPX et Rome, à la demande de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

20 mai 2019

[Paix Liturgique] Le cas Vincent Lambert: la lettre du Dr Sabine Paliard-Franco

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 695bis - 20 mai 2019

Lettre du docteur Sabine Paliard-Franco
à l'attention de Madame la Ministre de la Santé Dr Agnès BUZYN

objet : Cas de Mr Vincent LAMBERT

Madame la Ministre et Chère Consœur,

Peut-être que cette lettre ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau. Tant pis, je tente ma chance car je suis, en tant que médecin, bien préoccupée par la situation de Monsieur Vincent Lambert. Je ne souhaite pas manquer l'ultime tentative de vous convaincre sur ce sujet, particulièrement sensible.

D'après les données que j'ai, cet homme de 42 ans, traumatisé crânien lors d'un accident de la route, sauvé et réanimé il y a 10 ans, est actuellement lourdement handicapé, tétraplégique et dépendant dans un lit au CHU de Reims. Depuis de nombreux mois, voire des années, il est question lui dans les media, car son cas complexe et délicat sème le doute dans les esprits et la discorde dans sa famille. Et l'on tremble régulièrement sous la menace de l'arrêt de ses soins.

Qu'est-ce que cela veut dire ?

Je ne peux que comparer son cas à celui de Michaël Schumacher, également traumatisé crânien avec de lourdes lésions cérébrales, en état pauci-relationnel, et dont la santé après son hospitalisation fait désormais l'objet de soins spécialisés très attentifs en milieu privé.

Je souhaite attirer votre attention sur plusieurs points qui me semblent essentiels à la prise de décision le concernant. Je me permets d'argumenter car je suis Spécialiste en Médecine Générale, diplômée de Paris, Necker-Enfants-Malades, et j'ai surtout été pendant plusieurs années médecin coordinateur en HAD au CHU de Grenoble, prodiguant des soins palliatifs. De ce fait, j'ai souvent été amenée à prendre des décisions, après concertation collégiale, sur l'arrêt des soins, pour éviter l'obstination déraisonnable dans les cas lourds de fin de vie. Cette expérience me permet d'avoir, à ma petite place, un regard critique sur ce qui se vit autour de Vincent Lambert.

La décision récente d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert et le laisser mourir devrait être collégiale et correspondre à la loi Léonetti II. Or il me semble que sa situation ne répond absolument pas aux critères de cette loi, et ce, sur de nombreux points. Je m'explique :

1/ Il me semble que Mr Vincent LAMBERT n'a pas signé de son vivant de directives anticipées, puisque cela n'était pas en vigueur à l'époque de son accident.

Seul le témoignage verbal de son épouse tendrait à croire qu'il désapprouverait cette situation de dépendance.

Tout le monde sait que lorsque l'on est fort et bien portant, l'on peut lancer à la volée, à qui veut l'entendre et avec conviction, qu'on ne supporterait pas d'être un légume, et qu'il ne faudrait pas en cas d'accident insister pour être maintenu en vie...Or nous le constatons bien, nous médecins expérimentés dans ces questions de fin de vie, que la plupart des malades, une fois la maladie ou le handicap présents, trouvent d'autres ressources insoupçonnées, physiques, morales et spirituelles, pour lutter contre la maladie et partent souvent contre toute attente lorsqu'ils ont accompli ce qu'ils avaient à faire.

2/ Depuis 10 ans, s'il n'avait pas eu envie de vivre, Vincent Lambert se serait débrouillé pour contracter une pneumopathie ou une infection nosocomiale. Il serait décédé depuis longtemps.

Or, il tient toujours, il a les yeux ouverts sur les photos ou les extraits de vidéo le concernant, il respire de manière autonome, il est dans un état stable, il est par conséquent bien vivant et absolument pas en fin de vie. Ce que des dizaines d'experts ont rappelé à vos services depuis ces derniers mois. Donc on ne peut argumenter sur la fin de vie imminente qui nécessiterait son euthanasie passive puis active.

C'est bien ce qui dérange aujourd'hui et qui sème le doute dans la société. Vincent Lambert ne souffre pas d'abandon car il est régulièrement visité par ses parents et certains frères et sœurs, il est entouré et défendu avec ardeur par ses parents...Vincent Lambert garderait même de manière minime et subtile une vie de relation avec eux, il se sent sûrement aimé.

C'est pour cela qu'il tient encore ! Pourquoi ne pas prendre le risque de le transférer dans une unité spécialisée même privée pour permettre à ses parents, qui lui ont donné la vie, de le garder en vie avec tout leur amour ? Quel bénéfice en retirent-ils, autre que celui de choyer et préserver celui qu'ils aiment, à qui ils donnent tout ? Pourquoi leur voler leur dernier combat de parents alors que rien n'est encore perdu ? Pourquoi critiquer leur foi chrétienne, alors qu'ils ne causent de tort à personne ? C'est une forme de discrimination envers eux. Pourquoi l'épouse n'abandonne-t-elle pas la tutelle si elle n'en peut plus, a déjà fait son deuil et souhaite refaire sa vie ? Le cas de Vincent Lambert ne doit pas être un porte-étendard idéologique pour la légalisation de l'euthanasie des personnes vulnérables ou non productives. Nous sommes au Pays des Droits de l'Homme, et la vie doit être protégée lorsqu'elle est encore là. Lorsqu'il y a un doute, il faut privilégier la vie !

3/ S'il s'agit d'un problème de place à l'hôpital, ou de budget transférons-le dans une unité privée ! Il y a sûrement des considérations financières, mais quelles sont-elles ? Il n'est pas cancéreux, pas atteint de VIH ou de maladie auto-immune avec biothérapie, qui coûtent quand même bien plus cher et n'a vraisemblablement pas besoin d'imagerie complexe, il n'a pas d'assistance cardio-respiratoire, il est juste nourri et hydraté dans un état stable. ( d'où le fait que l'on ressasse toujours les mêmes menaces depuis des années) Il a logiquement besoin d'une aide-soignante et d'une infirmière qui assurent le nursing et le changement de position, de la kiné pour éviter les escarres...L'administration de la nutrition et de l'hydratation par gastrostomie ou sonde naso-gastrique...Un lit médicalisé avec matelas anti-escarres et une potence...Bref : L'argument de la difficulté technique ou financière ne tient pas.

4/ Il n'est pas non plus mentionné qu'il présente des souffrances insupportables qui nécessiteraient une sédation profonde, sauf si l'on ne veut pas voir en face des souffrances affreuses générées par l'arrêt même de la nutrition et de l'hydratation, qui entraînent la douleur cruelle de mourir de soif.

Donc cet argument de soulager d'hypothétiques souffrances pour abréger sa vie ne tient pas non plus.

5/ S'il devait y avoir la question de l'obstination thérapeutique, elle se serait posée il y a 10 ans, quand Vincent était entre la vie et la mort. Il a finalement choisi de vivre, avec l'aide et le dévouement des équipes médicales. Il ne s'agit pas non plus dans son cas présent d'une obstination déraisonnable car il ne s'agit pas de soins curatifs d'une maladie incurable, mais du soin corporel et nutritionnel de base d'une personne lourdement handicapée et sans défense.

Si le problème est la survie artificielle du simple fait de la nutrition, car ce patient est incapable de se nourrir par lui-même du fait de ses paralysies, alors nous pourrions tirer la même conclusion au sens large pour les personnes âgées dépendantes, hémiplégiques, sans parler des bébés qui ne sont pas autonomes ! La nourriture est vitale pour tous, et un droit incontestable, même pour ceux qui ne peuvent se nourrir par eux-mêmes !

6/ Le médecin n'est pas le maître de la vie et de la mort et peut tout à fait se tromper dans son appréciation.

Lorsque ma propre mère a eu un grave accident de la route, alors qu'elle m'attendait, enceinte de 5 mois, l'équipe médicale de neurochirurgie au 5e étage du CHU de Grenoble ( unité où a d'ailleurs été admis Michaël Schumacher après son accident de ski ) avait préconisé de pratiquer un avortement sur ma maman, traumatisée crânienne, pour tenter de la sauver.

Mon père, à l'époque interne en Médecine s'y est opposé farouchement, et finalement, ma mère et moi avons eu la vie sauve, contre toute attente.

L'accident avait plongé ma mère dans un coma profond, et lorsqu'elle a repris conscience, elle a été capable de répéter tout ce qui a été dit à son sujet autour d'elle, et même par les infirmières dans le couloir d'à-côté !

C'est la raison pour laquelle nous devons avoir le plus grand respect pour la vie de tout patient dont la conscience est altérée. Il faut à tout prix éviter l'orgueil et la toute-puissance de la Médecine car nous ne détenons pas la Vérité absolue sur la vie et son mystère.

J'aurais pu être victime d'une erreur d'appréciation médicale. Je n'ai heureusement pas de séquelles et ma mère a parfaitement récupéré ses facultés. Même si Vincent Lambert a des séquelles cérébrales irréversibles, il vit toujours, et nul ne peut dire ce qu'il pense et pourquoi il s'accroche. Cela échappe à tout le monde.

Dans le doute, laissons Vincent en vie. Une partie de sa famille tient à lui et s'en occupe. C'est une chance pour lui, et non une maltraitance ! Il ne faudrait pas que la loi s'oppose à l'éthique et à l'intérêt-même de l'être humain.

Ce n'est pas parce que quelque chose est légal qu'il est forcément moral et bon. Nous l'avons observé dans de nombreux pays autoritaires, où la loi a mené à des pertes humaines innombrables. L'Holocauste en est un exemple criant.

Par ailleurs, aucune religion ne permet de donner la mort, il faut aussi en tenir compte. Dans notre monde en manque de repères moraux, culturels et éducatifs, quand on est en responsabilité, il faut bien discerner pour agir dans le sens du bien !

En conclusion, je pense qu'une décision soi-disant légale d'interrompre les soins de confort et de nutrition de base chez un patient handicapé, va contre le caractère légal de la loi Léonetti, ce que j'ai détaillé plus haut. Le CHU de Reims ne peut pas se réfugier derrière cette loi.

Ce serait tout à votre honneur de prendre une décision sage, conforme à votre conscience et au Serment d'Hippocrate. C'est la confiance de l'opinion vis-à-vis du corps médical qui est en jeu.

Car la Médecine est là pour soigner, pas pour donner la mort, surtout dans ce cas tellement polémique. La Loi Léonetti II suffit amplement à répondre à la majorité des vrais cas de fin de vie qui se présentent et protège ainsi les soignants comme les familles dans leurs décisions. Ce n'est pas le cas de Vincent Lambert qui n'est pas mourant.

Si Vincent Lambert vit toujours, alors je vous en supplie, respectez sa vie !

Je vous prie d'agréer, Madame et Chère Consœur, l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués,

Dr Sabine PALIARD-FRANCO
4, chemin de l'Orge
38690 CHABONS

[FSSPX Actualités] Communiqué conjoint de Mgr Vitus Huonder et de l'abbé Davide Pagliarani

SOURCE - FSSPX-news - 20 mai 2019

Ce lundi 20 mai 2019, le pape François a relevé Mgr Vitus HUONDER de sa charge d’évêque du diocèse de Coire, en nommant un administrateur en vue de l’élection de son successeur.
 
Selon une volonté exprimée depuis longtemps, Mgr Huonder se retire dans une maison de la Fraternité Saint-Pie X. Le seul et unique but de cette démarche est de se consacrer à la prière et au silence, de célébrer exclusivement la messe traditionnelle, et d’œuvrer pour la Tradition, unique moyen de renouveau de l’Eglise.

La Fraternité Saint-Pie X apprécie la décision courageuse de Mgr Huonder, et se réjouit de pouvoir lui fournir le cadre spirituel et sacerdotal qu’il désire si vivement. Puisse cet exemple être suivi, afin de « tout restaurer dans le Christ ».

Le 20 mai 2019

Monseigneur Vitus HUONDER  
Evêque émérite de Coire                                                  

Don Davide PAGLIARANI
Supérieur général FSSPX

17 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Le Brexit de Daniel

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel -  17 mai 2019

Comme Daniel, jadis, aux si sublimes dons,
Sauvez, Seigneur, l’Église qui porte votre Nom !
   
Certes il est bien temps que la pauvre Angleterre comprenne les raisons profondes qui font que l’Europe se fourvoie, pour qu’ainsi la Grande Bretagne puisse échapper au Nouvel Ordre Mondial ; mais il est plus urgent encore que les catholiques comprennent les raisons profondes qui ont plongé l’Eglise dans les erreurs du Concile Vatican II, parce que par là on pourrait aider le monde entier à ne plus se séparer du seul vrai Dieu. Dans l’Ancien Testament, nous voyons le Seigneur lui-même inspirer à son prophète Daniel, exilé loin de chez lui par la captivité babylonienne (vers 590–520 av. J.-C.), une ardente prière de contrition pour les péchés des Israélites. Et de fait, Daniel pria Dieu de pardonner à son peuple et de l’autoriser à restaurer la gloire de son Nom en lui permettant de pratiquer à nouveau sa religion dans la cité sainte de Jérusalem. Il n’est pas difficile d’adapter à la captivité de l’Eglise catholique au 21ème siècle la grande prière du prophète (Chapitre IX) :— 

[4] J’ai prié le Seigneur, mon Dieu ; je lui fis cette confession, disant : “Je vous supplie Seigneur, Dieu grand et terrible, qui gardez votre alliance et votre miséricorde envers ceux qui vous aiment et qui observent vos commandements, [5] nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait des actions impies. À Vatican II, nous nous sommes éloignés de Vous, nous nous sommes détournés de vos commandements et de vos préceptes ; [6]. nous n’avons pas écouté vos serviteurs, les Papes fidèles, qui ont parlé en votre Nom à nos présidents, à nos gouvernements, à nos pères, et à toute la chrétienté.
     
[7]. À Vous, Seigneur, appartient la justice ; quant à nous,notre visage est couvert d’une grande confusion, telle qu’elle est aujourd’hui, pour les catholiques, pour les habitants de Rome et pour toute l’Église ; pour ceux qui sont proches comme pour ceux qui sont loin, dans tous les pays où vous les punissez maintenant, à cause des trahisons qu’ils ont commises envers Vous. [8]. À nous, Seigneur, cette confusion que nous portons sur le visage, à nos présidents, à nos gouvernements et à nos pères, qui ont péché contre Vous. [9] Mais à Vous, Seigneur notre Dieu, appartiennent la miséricorde et le pardon, car nous nous sommes retirés de Vous ; [10] nous n’avons pas obéi à la voix du Seigneur notre Dieu nous demandant de marcher dans la Loi qu’Il nous avait prescrite par ses serviteurs dans la personne des Papes et des Évêques fidèles.
     
[11] La chrétienté tout entière a transgressé votre Loi ; elle s’est détournée pour ne plus entendre votre voix. C’est pourquoi la malédiction et l’exécration qui sont inscrites dans le livre de Moïse, serviteur de Dieu (Lévitique XXVI, Deutéronome XXVIII), se sont déversées au Concile sur les catholiques, parce que nous avons péché contre Dieu. [12] Il a accompli les paroles qu’Il avait prononcées contre nous et contre les dirigeants qui nous gouvernaient, en amenant sur nous une grande calamité car, rien n’a jamais égalé sous le ciel tout entier ce que Vatican II a perpétré. [13]. Selon qu’il est écrit dans la loi de Moïse, tous ces maux ont fondu sur nous. Mais, de notre côté, nous n’avons pas supplié votre face, Vous qui êtes le Seigneur, qui êtes notre Dieu, nous n’avons pas supplié votre face de nous détourner de nos iniquités et de nous rendre attentifs à votre Vérité. [14] Aussi le Seigneur a-t-il préparé ce châtiment et l’a amené sur nous ; car, Seigneur-Dieu !vous êtes juste dans toutes les œuvres que vous faites ! Tandis que nous, nous n’avons pas écouté votre voix.
[15] Et maintenant, Seigneur notre Dieu, Vous avez toujours tiré les catholiques hors du monde impie avec une main puissante, et Vous vous êtes fait un Nom, tel qu’il est aujourd’hui. Mais nous, nous avons péché, nous avons fait le mal. [16] Seigneur, selon toute votre justice, que votre colère et votre fureur se détournent de votre Église, votre Montagne Sainte ; car à cause de nos péchés et des iniquités des Pères conciliaires, l’Église catholique devient synonyme d’immoralité pour tous ceux qui nous entourent. [17]. Maintenant donc, Seigneur notre Dieu, prêtez l’oreille à la prière et aux supplications de votre serviteur ; faites briller votre face, pour Votre propre Gloire, sur votre sanctuaire, qui est la seule véritable Eglise. Seigneur, faites-le pour Vous-même, car votre Eglise est de plus en plus désertée.
[18] Ô mon Dieu, prêtez oreille ; écoutez-nous, ouvrez les yeux : voyez notre désolation et cette Église qui porte votre Nom.Ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons nos supplications : c’est à cause de vos nombreuses miséricordes. [19]. Seigneur ! Exaucez-nous ; Seigneur ! Apaisez-vous ; Seigneur ! Protégez-nous, ne tardez pas, ô mon Dieu, faites-le pour Vous-même, car votre Église et votre peuple portent le Nom de votre Fils unique : Notre-Seigneur Jésus-Christ.”
Kyrie eleison.

[FSSPX Actualités] A propos d’une lettre ouverte aux évêques de l’Eglise catholique

SOURCE - FSSPX Actualités - 17 mai 2019

Le mardi 29 avril 2019, une vingtaine de théologiens et universitaires catholiques a publié une Lettre ouverte aux évêques de l’Eglise catholique, les invitant à intervenir auprès du pape François, pour lui demander de renier les hérésies dont ils l’accusent. Dans le cas où il s’obstinerait, le délit canonique d’hérésie serait alors constitué, et le pape devrait alors en « subir les conséquences canoniques ». Le résumé publié par les auteurs précise ce dernier point : si François refuse obstinément de renier ses hérésies, il est demandé aux évêques de déclarer « qu’il s’est librement dépossédé de la papauté».

Ce résumé explique également que cette Lettre est la troisième étape d’un processus commencé à l’été 2016. La première consistait en une lettre privée munie de 45 signatures, adressée à tous les cardinaux et patriarches orientaux dénonçant les hérésies ou erreurs graves contenues ou favorisées par l’Exhortation apostolique Amoris Lætitia. La deuxième étape présentait un texte portant le titre de « Correction filiale », signé de 250 intervenants, rendue publique en septembre 2017 et soutenue par une pétition de 14.000 personnes. Elle demandait au pape de prendre position sur les déviations graves entraînées par ses écrits et ses déclarations. Enfin la présente Lettre ouverte affirme que le pape François est coupable du crime d'hérésie et s’efforce de le prouver, car les paroles et les actions du pape François constituent un rejet profond de l’enseignement catholique sur le mariage, la loi morale, la grâce et le pardon des péchés. Déjà plus de 5.000 personnes ont signé la pétition mise en ligne par les auteurs. 

Cette initiative révèle l’irritation et l’exaspération grandissantes de beaucoup de catholiques devant les écrits et les actes de l’actuel Souverain pontife. Et certes, il y a bien de quoi s’inquiéter devant l’enseignement en matière morale du pape François. De plus, l’opinion catholique s’émeut aujourd’hui davantage d’une erreur dans ce domaine, que d’une fausseté portant sur la foi. Mais l’enseignement du pape est tout aussi déviant – si ce n’est davantage – en matière de foi. 

Devant une situation qui paraît inédite – quoique l’histoire de l’Eglise propose malheureusement des périodes singulièrement troublées et assez proches de la nôtre – la tentation de recourir à des mesures extrêmes peut aisément se comprendre. La situation du catholicisme est aujourd’hui si tragique, que l’on peut difficilement condamner les catholiques qui tentent l’impossible pour réagir en interpellant les pasteurs à qui est confié le troupeau. 
Les fruits du Concile 
Cependant, il faut remarquer tout d’abord que le trouble ne date pas d’hier : il a commencé avec la « troisième guerre mondiale » que fut, au dire de Mgr Lefebvre, le concile Vatican II. Celui-ci, à travers ses réformes, a provoqué « l’auto-démolition de l’Eglise » (Paul VI), en semant ruine et désolation dans les domaines de la foi, de la morale, de la discipline, de la vie sacerdotale et religieuse, de la liturgie, du catéchisme, de la vie chrétienne tout entière. Mais peu d’observateurs s’en sont alors vraiment rendu compte. Plus rares encore furent ceux qui s’opposèrent à cette destruction universelle de manière décidée et efficace. 

De fait, ce à quoi nous assistons avec le pape François, n’est que l’éclosion d’un fruit. Le fruit empoisonné d’une plante dont le germe a été élaboré dans les laboratoires théologiques progressistes et modernistes des années cinquante, tel un OGM (organisme génétiquement modifié), une sorte de croisement impossible entre la doctrine catholique et l’esprit libéral. Ce qui apparaît aujourd’hui n’est pas plus mauvais que les nouveautés de Vatican II, mais c’en est désormais une manifestation plus visible et plus aboutie. De même que la réunion d’Assise sous Jean-Paul II, en 1986, n’était que le fruit des germes du dialogue œcuménique et interreligieux déposés au Concile, de même l’actuel pontificat ne fait qu’illustrer avec plus d’éclat ce qui est appliqué et vécu dans l’Eglise conciliaire, c’est-à-dire l’Eglise réformée et évolutive. 
Une démarche radicale vouée à l’échec 
La seconde remarque porte sur le modus operandi. Vu la manière radicale dont les successeurs des apôtres sont interpellés, la question du résultat à attendre d’une telle action se pose forcément. Cette manière de faire est-elle prudente, a-t-elle une chance d’aboutir ? 

Interrogeons-nous sur les destinataires. Qui sont-ils ? Quelle formation ont-ils reçue ? Quelle théologie leur a été enseignée ? Comment ont-ils été choisis ? Vu la manière dont les textes incriminés ont été reçus par les divers épiscopats dans le monde, il est fortement probable, voire certain que les évêques ne réagiront pas dans leur immense majorité. A quelques exceptions près, tous semblent prisonniers de leur formation dévoyée et de la collégialité paralysante si, d’aventure, l’un ou l’autre voulait se distinguer. 

Et s’ils se taisent ? Quelle sera la suite ? Que faudra-t-il faire ? si ce n’est constater l’échec de pareille initiative qui pourrait bien ridiculiser les auteurs et leur cause. Cette Lettre ouverte ressemble à un coup d’épée dans l’eau : une action ne produisant guère d’effet, fruit d’une indignation légitime mais qui verse dans l’excès, au risque de diminuer l’influence des bons. 

De plus, cette démarche présente le danger de produire chez ses auteurs une certaine déviation par rapport au combat à mener. L’on risque de se laisser captiver par le mal présent, en oubliant qu’il a des racines, qu’il est un aboutissement logique d’un processus vicié à l’origine. Par effet de balancier, certains croient pouvoir magnifier le passé récent pour mieux dénoncer le présent, notamment en s’appuyant sur le magistère des papes du Concile – de Paul VI jusqu’à Benoît XVI – pour les opposer à François. C’est la position de nombre de conservateurs, qui oublient que le pape François ne fait que tirer les conséquences des enseignements du Concile et de ses prédécesseurs. On ne déracine pas un arbre mauvais en ne coupant que la dernière branche... 
L’exemple de Mgr Lefebvre 
« Que faire ? », objecteront certains. Sans aucun esprit de chapelle, ni orgueil mal placé, il est un exemple à suivre, celui de l’Athanase des temps modernes, Mgr Marcel Lefebvre. Il a certes parlé, fermement, contre les orientations prises par les papes modernes. Mais dans son combat pour la foi, il a évité de tomber dans les excès et n’a jamais prétendu vouloir régler tous les problèmes que pose à la conscience catholique la crise que traverse l’Eglise depuis plus d’un demi-siècle. Jamais il ne s’est départi du respect dû à l’autorité légitime, qu’il savait reprendre fortement sans se permettre de la juger comme s’il lui était supérieur, laissant à l’Eglise du futur le soin de résoudre une question actuellement insoluble. 

Mgr Lefebvre s’est battu sur le front doctrinal, au Concile d’abord, puis par ses nombreux écrits et conférences pour combattre l’hydre libérale et moderniste. 

Il s’est battu sur le front de la tradition, tant liturgique que disciplinaire, pour conserver à l’Eglise son antique et auguste Sacrifice, en assurant la formation de prêtres destinés à perpétuer cette action essentielle pour la continuité de l’Eglise. 

Il s’est battu sur le front romain, en interpelant les autorités ecclésiastiques sur les dérives de la barque de Pierre, sans jamais se lasser ni se raidir, toujours à la lumière d’une prudence merveilleuse puisée dans la prière et affermie par les exemples et l’enseignement de vingt siècles de papauté. 

Les résultats ont prouvé que telle était la bonne manière, le bon chemin, ainsi que saint Paul l’a indiqué : « prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Tim. 4, 2). Que la Vierge, notre Reine, forte comme une armée rangée en bataille, nous donne de « travailler jusqu’à notre dernier souffle à la restauration de toutes choses dans le Christ, à l’accroissement de son Règne et au glorieux triomphe de [son] Cœur douloureux et Immaculé » (consécration de la Fraternité Saint-Pie X).

14 mai 2019

[Paix Liturgique] Grande enquête sur le catholicisme en Corée : quatrième partie

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 695 - 14 mai 2019

Nous poursuivons notre enquête sur le Catholicisme en Corée en publiant un entretien avec le père Philippe Blot, des Missions étrangères de Paris, réagissant au sondage que nous venons d’effectuer en Corée.
   
Originaire de Caen, né en 1959, après avoir été ordonné prêtre par le pape Jean-Paul II en 1990, le Père Philippe Blot arrive en Corée. Il entame alors le difficile apprentissage de la langue coréenne pendant deux ans. À la fin de cette période, il commence une vie pastorale et, en 1994, il devient vicaire de Yong-Ju où il rencontre cinq enfants errant dans la campagne. Il décide alors de s’occuper d’eux. Devenu, en 1996, curé de la paroisse de Ok-San, il fonde alors la Maison des cinq enfants.

En 1998, l’évêque lui demande de se charger de ces enfants de la rue à plein temps et il fonde alors la Maison Saint François pour les garçons et la Maison Sainte Claire pour les filles. Les jeunes y sont de plus en plus nombreux.

Après un séjour en France, il retourne en Corée et s’installe cette fois dans le diocèse de Suwon, – plus près de la capitale Séoul -, où il fonde deux autres maisons, en 1999, à Gunpo, dans la banlieue de Séoul, la Maison Saint Jean et Saint Jacques pour les garçons et la Maison Sainte Cécile pour les filles, qu’il confie à des religieuses.

L’histoire de ces maisons et spécialement du foyer Saint-Jean est la réponse à un besoin de la société coréenne, qui s’est développée de manière incroyablement rapide, parfois au détriment de certaines personnes qui n’ont pas pu suivre cette course en avant. C’est la réponse d’un prêtre touché par la misère humaine et matérielle de ces enfants. Pour en savoir plus : kunpohome.com.

Par ailleurs, missionnaire très décidé, le P. Blot n’a pas hésité à se déguiser en moine bouddhiste pour parcourir clandestinement la Chine à plusieurs reprises. Il a ainsi longtemps accompagné des Nord-Coréens fuyant leur pays, depuis la Mongolie jusqu’au Laos puis la Thaïlande. Les autorités chinoises, qui ont passé des accords avec Pyongyang, ne reconnaissent en effet aucune existence légale aux réfugiés nord-coréens, et les renvoient en Corée du Nord, où ils sont torturés et mis en camp de rééducation pour y mourir.

Mais depuis 2016, il se sait repéré par la police chinoise et préfère agir autrement. « Je vais chercher les réfugiés dans des caches précaires à la frontière du Laos, où les risques sont également importants, pour les conduire en Thaïlande. Souvent je les aide à payer leur passeur », expliquait le missionnaire français à La Croix (20 juin 2017).

Ainsi, outre son œuvre d’assistance à l’enfance des rues, le P. Blot accueille très courageusement des réfugiés nord-coréens, qui fuient la dictature de Kim Jong-un (ils sont plus de 30.000 en Corée du Sud) et les aide à faire venir leurs amis et les membres de leur famille qui sont, soit restés en Corée du Nord, soit passés illégalement en Chine.

C’est ce missionnaire français d’envergure qui est aussi, en Corée, un apôtre de la messe traditionnelle.
João Silveira – Comment avez-vous reçu la publication du motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 ?
Père Philippe Blot – L’aggiornamento liturgique, c’est-à-dire la mise à jour comportant un renouveau, dont nous avons célébré le cinquantième anniversaire à la fin de l’année dernière (promulgation de la constitution sur la Liturgie Sacrosanctum Concilium, du 4 décembre 1963), a été en quelque sorte complété par le Motu proprio du Pape Benoît XVI Summorum Pontificum, du 7 juillet 2007, établissant la distinction de deux formes dans le même rite romain : une forme dite « ordinaire », qui concerne les textes liturgiques révisés suivant les indications du concile Vatican II, et une forme dénommée « extraordinaire », qui correspond à la liturgie qui avait cours avant l’aggiornamento liturgique. Dans le rite romain ou latin, deux Missels sont donc actuellement en vigueur : celui de Paul VI, dont la troisième édition date de l’an 2002, et celui de Saint Pie V, dont la dernière édition, promulguée par le Bienheureux Jean XXIII, remonte à 1962.

Dans la lettre aux évêques accompagnant le Motu proprio, le Pape Benoît XVI précisait bien que sa décision de faire coexister les deux Missels n’avait pas seulement pour but de satisfaire le désir de certains groupes de fidèles attachés aux formes liturgiques antérieures au concile Vatican II, mais aussi de permettre l’enrichissement mutuel des deux formes du même rite romain, c’est-à-dire non seulement leur coexistence pacifique, mais encore la possibilité de les perfectionner en mettant en évidence les meilleurs éléments qui les caractérisent. Il écrivait notamment que « les deux formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces… Dans la célébration de la messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien ».
João Silveira – Dans quel cadre avez-vous commencé à célébrer la messe traditionnelle en vivant comme missionnaire ici en Corée du Sud?
Père Philippe Blot – J’ai répondu il y a plus de 9 ans à la demande d’un groupe de fidèles laïcs coréens du groupe Una Voce, de célébrer la messe selon la forme extraordinaire dans la chapelle de notre Foyer Saint Jean et Saint-Jacques, à Kunpo (diocèse de Suwon, dans la périphérie de Séoul).
João Silveira – Cela fut-il facile pour vous?
Père Philippe Blot – Il m’a fallu d’abord mieux connaitre et apprendre à célébrer ce rite que je célèbre désormais une ou deux fois par mois depuis le début de cette demande.
João Silveira – Quels étaient ces demandeurs du groupe Una Voce ?
Père Philippe Blot – Les fidèles étaient en petite partie des habitués de la messe tridentine – relativement peu nombreux en Corée – mais ont été rejoint immédiatement par des fidèles, en particulier des jeunes, habitués de la forme ordinaire et désireux de découvrir l’autre forme du rite romain.
João Silveira – Ce groupe initial s’est-il développé ?
Père Philippe Blot – L’élan spirituel impulsé par le motu proprio du Pape Benoît XVI, à partir de la liturgie, est bien visible et au fils de ces années le nombre des fidèles n’a cessé d’augmenté et ce sont surtout les jeunes qui nous ont rejoints. La majorité d’entre eux vivent près de la chapelle, qui est éloignée de Séoul.
João Silveira – Vous célébrez donc dans un oratoire situé au sud du diocèse de Séoul, n’est-ce pas ?
Père Philippe Blot – Oui, je célèbre à l’Oratoire Saint-Jean. C’est la chapelle d’un foyer social, un orphelinat pour enfants. situé à Gunpo, dans le diocèse de Suwon, au sud de Séoul. Nous y célébrons la messe selon sa forme extraordinaire le troisième dimanche du mois, à 15 heures. Mais l’horaire et l’éloignement de Séoul limitent le développement harmonieux de cette expérience.
João Silveira – Percevez-vous déjà des fruits spirituels de cette expérience ?
Père Philippe Blot – Nous réalisons la belle expérience souhaitée par le Pape : une plus grande ferveur, qui rejaillit même sur les célébrations eucharistiques selon la forme ordinaire en langue coréenne, en particulier la redécouverte des attitudes d’adoration envers le Saint-Sacrement (agenouillement, génuflexion…), un plus grand recueillement, caractérisé notamment par ce silence sacré qui doit marquer les moments importants du Saint-Sacrifice pour permettre aux fidèles d’intérioriser le mystère de la foi qui est célébré… Il est vrai qu’il faut faire œuvre de pédagogie : expliquer les rites du Missel tridentin à ceux qui ne les connaissent pas encore, remettre un livret bilingue latin-coréen pour permettre aux fidèles de bien suivre la messe… C’est une tâche très stimulante pour un prêtre, car il est conscient qu’il travaille au renouveau liturgique, et donc spirituel, voulu par le concile Vatican II, et auquel nous appelle avec vigueur le Pape François.
João Silveira – L’enquête menée par Paix Liturgique en Corée du Sud a montré que de nombreux fidèles coréens souhaitaient assister à la messe traditionnelle. Cela vous surprend-il ?
Père Philippe Blot – Je pense que les catholiques coréens, qui sont naturellement très pieux, aimeraient beaucoup assister à la messe traditionnelle car cette messe est ouverte à la spiritualité, la liturgie y est très belle. Je crois que les catholiques coréens sont très sensibles à la liturgie traditionnelle. Et si on a la chance, dans les années futures, de faire connaître cette liturgie il y aura de plus en plus de Coréens qui assisteront à cette messe selon la forme extraordinaire, parce qu’ils seront très touchés par la beauté de la liturgie, par la profondeur de la liturgie, son côté mystique aussi. Le Coréen est quelqu’un de mystique, de profond, de spirituel, et donc si un évêque accordait la chance de pouvoir célébrer cette messe, non seulement dans la chapelle de la maison Saint Jean mais dans d’autres paroisses, je crois que le nombre de personnes qui y assisteraient seraient très très nombreux.
João Silveira – Durant ces années, avez-vous rencontré des membres du clergé, des prêtres, intéressés à apprendre à célébrer cette forme extraordinaire ?
Père Philippe Blot – Oui, car ce ne sont pas seulement les laïcs qui sont curieux et demandeurs de cette liturgie mais il y a énormément de prêtres coréens aussi qui sont intéressés. Il y a trois ans, cinq prêtres du diocèse de Daejeon (Taejon) sont venus à la chapelle de la Maison Saint Jean pour la découvrir en assistant à cette liturgie. Ils ont été très touchés par la beauté de la liturgie mais lorsqu’ils sont retournés dans leurs diocèses ils n’ont pas été autorisés par l’évêque à célébrer cette forme et n’ont pas pu commencer à le faire. Mais beaucoup de prêtres sont très intéressés et aimeraient pouvoir célébrer cette messe s’ils en avaient la liberté.
João Silveira – Cependant y-a-t-il déjà d’autres prêtres qui célèbrent la messe traditionnelle en Corée?
Père Philippe Blot - Dans la région de Séoul, nous sommes déjà trois ou quatre prêtres coréens et étrangers, qui célébrons selon les deux formes, et, surtout, il existe de nombreux jeunes prêtres coréens, et aussi des séminaristes, qui apprennent à le faire actuellement… Il y a aussi, par exemple, ce curé d’une paroisse de Séoul, qui a accueilli volontiers la demande de pouvoir célébrer la messe tridentine dans sa paroisse, car, a-t-il dit, « je veux la montrer à mes paroissiens »… J’irai donc la célébrer, accompagné d’un groupe de fidèles de l’association Una Voce.
João Silveira – Selon vous, quel pourrait être l’avenir de la messe traditionnelle en Corée ? Existe-t-il des chances d’obtenir des autorisations des évêques ? Et des chances pour que les fidèles puissent mieux la connaître?
Père Philippe Blot – La solution en Corée, pour voir s’épanouir la messe traditionnelle d’une manière plus fréquente et plus générale, pour la faire connaître aux jeunes et à tous les fidèles, et aussi aux prêtres, serait que le cardinal-archevêque de Séoul accepte de la voir célébrer dans sa propre cathédrale ou au moins dans une paroisse du centre de la capitale, ou qu’un autre évêque de Corée le fasse. Ça serait déjà une première étape pour pouvoir ensuite reprendre cette très belle liturgique que nous offre la messe selon la forme extraordinaire. Aujourd’hui notre mission est d’œuvrer dans ce sens d’une manière assez silencieuse, mais en même temps, il serait heureux de pouvoir convaincre les pasteurs que cette messe selon la forme extraordinaire n’est pas une liturgie qui va briser l’unité dans l’Eglise mais, au contraire, qu’elle sera un enrichissement spirituel pour l’ensemble de l’œuvre liturgique et de la piété au sein de l’Eglise coréenne.

12 mai 2019

[Riposte Catholique] Changement pour la forme extraordinaire à Paris

SOURCE - Riposte Catholique - 12 mai 2019

Un lecteur nous indique que des changements ont été annoncés ce matin à Saint Germain l’Auxerrois par le vicaire général du diocèse Mgr Leproux.

A partir du mois de septembre suite à l’incendie du 15 avril dernier, l’ensemble des offices célébrées habituellement à la Cathédrale Notre-Dame de Paris seront célébrés en l’église Saint Germain l’Auxerrois à Paris (sauf grand rassemblement qui seront célébrés à Saint-Sulpice). Par conséquent, les messes célébrées à Saint Germain seront déplacées ou supprimés pour une durée de 2 ans.

La messe dans la forme extraordinaire sera désormais célébrée à 9h30 en l’église Saint-Roch située à quelques centaines de mètres. Les célébrants seront l’abbé Thierry Laurent (curé de Saint-Roch), l’abbé Eric Iborra (nouveau vicaire) et le chanoine Pascal Thuillier (qui célébrait régulièrement à Saint Germain l’Auxerrois).

Notre lecteur nous indique que ces derniers mois des célébrations ponctuelles ont eu lieu dans la forme extraordinaire à Saint-Roch et que le curé, l’abbé Thierry Laurent, voulait célébrer la forme extraordinaire sur sa paroisse.

11 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Brexit – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 11 mai 2019

« Brexiteers », voulez-vous vraiment être bénis ?
Couronnez Dieu, et le reste vous sera bien acquis.

Un poème anglais du XIXe siècle, célèbre à juste titre, jette une vive lumière sur le tapage énorme suscité par la tentative du peuple britannique d’échapper aux contraintes européennes. Le poème de Matthew Arnold (1822–1888), Dover Beach (La plage de Douvres), écrit vers 1851 probablement, dépeint en quatre strophes inégales sa profonde mélancolie alors que résonne en lui au bord de la Manche le battement continu des vagues s’échouant sur la plage devant la maison où il passe la nuit avec sa bien-aimée, sans doute sa légitime épouse.

La première strophe donne une belle description du bord de la mer et des vagues au clair de la lune, mais se termine sur la « note de tristesse éternelle » qu’il lui semble entendre dans le ressac. Maître des classiques, cet érudit se remémore une citation du dramaturge grec Sophocle (496–406 av. J.-C.) qui, lui aussi, sur une plage semblable, bien que située à des milliers de kilomètres et à plus de deux mille ans de distance, entendait “le flux et le reflux obscur de la misère humaine”. L’esprit du poète se tourne vers les troubles profonds de sa propre époque, l’ère Victorienne, et bien qu’il n’ait jamais été catholique, dans la troisième strophe il les fait remonter à la perte de foi du XIXe siècle, dont il lui semble capter dans le bruit des vagues se retirant devant lui le « le grondement prolongé, la retraite en tristesse »

La quatrième et dernière strophe présente la seule solution que le poète puisse concevoir à ce problème de la vie qui quitte ce qui fut autrefois la chrétienté, et c’est de se retourner vers la bien-aimée à ses côtés pour la supplier de maintenir leur fidélité mutuelle, car l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre est le seul bien qu’ils possèdent vraiment. La sombre conclusion du poème le dit : Tout le reste

Est dépourvu d’amour, de joie, et de lumière,
Privé de certitude, de paix, où la douleur est reine,
Et nous voilà, comme sur une sombre plaine
Balayée par les bruits confus de luttes et de fuites,
Où des armées ignares se heurtent dans la nuit.

Arnold avait donc assez de foi pour comprendre que le problème essentiel de la civilisation venait, à son époque, de la perte de foi. Mais sa foi à lui n’était pas assez forte pour croire en l’alternative réelle qui permet d’échapper à cette obscurité et confusion ambiantes : l’Église catholique. De même, les partisans du Brexit ont assez de bons instincts et de bon sens pour sentir que l’Union européenne va à la catastrophe, mais puisqu’ils ont encore moins de religion qu’Arnold n’en avait, ils sont d’autant moins inspirés que lui pour savoir comment sortir de cette “sombre plaine”. C’est pourquoi le Brexit continue de se présenter comme un débat « où des armées ignares se heurtent dans la nuit. ». Car tout le monde aborde le sujet en termes économiques, alors qu’en fait le vrai débat est religieux : d’un côté les derniers vestiges des nations chrétiennes, de l’autre côté, la montée de l’Anti-christ avec son Nouvel Ordre Mondial. C’est la dimension religieuse qui donne au débat toute sa force. C’est l’absence de religion qui, des deux côtés, donne au débat sa grande confusion.

Car, en effet, Dieu est le grand absent de la “civilisation” moderne ; mais comme l’a dit un jour le cardinal Pie : « Si le Seigneur ne gouverne pas par Sa présence, Il gouvernera par Son absence ». Sans Lui, le débat du Brexit se déroule largement sur des bases économiques. Or sur ces bases, les partisans du Brexit ont perdu d’avance. Mais, sont-ils prêts à se tourner vers Dieu ? Voilà toute la question.

Kyrie eleison.