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30 avril 2019

[La Nef] La « bouche » de l’Église

SOURCE - La Nef - Propos recueillis par Christophe Geffroy - 30 avril 2019

Le Père Paul-Marie Cathelinais est un dominicain de la province de Toulouse en mission au couvent du sanctuaire de la Sainte-Baume (Var). Il nous parle ici de la vocation dominicaine et du rayonnement de ce haut lieu dédié à sainte Marie-Madeleine.
La Nef – Pourquoi êtes-vous entré chez les dominicains et comment caractériser cette vocation ?
Paul-Marie Cathelinais, op – Contempler et prêcher ! Les raisons pour lesquelles on entre dans l’Ordre des Prêcheurs sont aussi nombreuses que les frères qui le composent. Le R.P. Jean-Gabriel Ranquet aimait dire : « Vous avez vu un dominicain, vous n’en avez vu qu’un seul ! » On y cultive la singularité des personnes et toutes les sensibilités semblaient représentées. En tout cas j’avais trouvé dans cet Ordre une certaine liberté que donne sans doute l’amour du vrai au-delà des apparences. Sans couleur spécifique, en noir et blanc, il me semblait qu’on pouvait être tout à tous. Dans le corps de l’Église, Thérèse de Lisieux s’identifiait au cœur. Je dirai que les dominicains sont la bouche ! Pour sainte Catherine de Sienne, des trois degrés de la vie spirituelle pris sur le corps même de Notre Seigneur (le premier étant les pieds, le second, le cœur) la bouche est le degré des parfaits. Manifester, parler est en effet la mission du Verbe dans la Trinité. Bref, on rentre chez les dominicains parce qu’à l’évidence, ce sont les plus humbles !
Dans l’Évangile, le Christ loue son Père de s’être révélé aux « tout-petits » et non aux « sages » (Mt 11, 25 et Lc 10, 21) : quelle est la place du travail intellectuel et théologique dans le christianisme ?
Dans son commentaire de l’épître aux Galates, saint Thomas distingue deux intelligences : l’intelligence charnelle et l’intelligence spirituelle. Il y a celle que l’Esprit inspire et celle qu’une volonté mondaine dirige. L’intelligence a besoin de conversion mais pas de sa suppression. Elle est seconde mais pas secondaire, car le travail de l’intelligence permet d’aller plus vite au cœur du réel. Que ce réel soit naturel ou Dieu lui-même. En elle, l‘invisible se donne. Par elle, on se libère de la prison subjectiviste. De plus, beaucoup de fausses rumeurs intellectuelles (des idéologies aux hérésies) ferment les cœurs.
L’évangélisation se doit, en les dénonçant, de neutraliser ces verrous. Plus encore, le travail intellectuel est comme l’agriculture de l’esprit humain. Former en lui le goût du vrai, c’est l’éduquer à l’amour du Verbe qui est le Vrai. En manquant à l’étude, on anémie sa vie spirituelle et on appauvrit le message.
Pourriez-vous nous brosser l’histoire du sanctuaire de la Sainte-Baume ?
La tradition provençale veut que sainte Marie-Madeleine se retira dans cette grotte (baume en provençal) nichée au cœur d’une majestueuse falaise. Après avoir évangélisé Marseille, elle vécut ici trente années de contemplation. La forêt primaire, vieille de sept mille ans, est gardienne de ce silence. On y découvre, avec Marie-Madeleine aux pieds de notre Seigneur, la meilleure part de la vie contemplative. Quant à ceux qui demeurent plus longtemps, ils connaissent les combats qui annoncent la délivrance. C’est un lieu de réelle conversion. D’ailleurs, le roc de la Miséricorde, comme on l’appelle, continue la prédication de l’apôtre des Apôtres. « Que la Sainte-Baume me paraît douce », écrivait Charles de Foucauld, regrettant de ne pouvoir s’y rendre plus souvent.
Y a-t-il un « portrait type » du pèlerin qui vient à la Sainte-Baume et que recherche-t-il plus spécialement ?
Pas vraiment, mais on peut dire que beaucoup viennent par amour de la nature, des scouts aux simples randonneurs, en passant par ceux qui divinisent l’univers. Certains croient trouver en Marie-Madeleine des secrets que l’Église nous cacherait depuis deux mille ans. C’est l’occasion de discussions franches ! Sinon, tous y cherchent le silence, la beauté. C’est aussi un lieu très féminin. Il y a malheureusement quelques idolâtres du « féminin sacré » (sic), mais il y a aussi des femmes qui viennent réellement chercher le pardon de Dieu. Parfois les deux coïncident et c’est la joie du ciel ! On connaît aussi la Sainte-Baume pour son université d’été mais, en plus des sessions de théologie, nous organisons des sessions pour les familles, en particulier pour celles qui ont un enfant porteur d’une trisomie. On y prêche des retraites et même une session où l’on apprend à cuisiner chrétiennement ! Et c’est la joie des mets !
Vous êtes le responsable de l’École de Vie de la Sainte-Baume : pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
L’École de Vie a été fondée pour que des jeunes (entre 21 et 30 ans) puissent nous aider dans le service du sanctuaire. Il faut accueillir les pèlerins dans notre grande hostellerie ou faire une permanence à la grotte avec les frères. En échange de ce service, les jeunes reçoivent une formation spirituelle et intellectuelle. Nous les aidons en particulier à discerner leur future vie professionnelle. Nous voulons des chrétiens laïcs dont le métier et la vie soient conformes à la volonté de Dieu. Cette école est petite et peut donc s’adapter à chaque jeune, notamment par rapport au temps qu’ils peuvent nous consacrer. Nous pouvons faire du sur-mesure.
Il y a également à la Sainte-Baume un « chemin de consolation » : pourriez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Avec l’association Mère de Miséricorde nous accueillons depuis longtemps des femmes qui ont vécu l’avortement. À l’occasion de ces sessions est née la possibilité d’un mémorial pour tous les enfants qui n’ont pas vu le jour (quelle que soit la cause du décès). On peut bénir et poser une plaque à leur nom. Depuis quatre ans, ce sont près de 800 plaques qui tapissent le mur de la grotte. Ainsi, aux yeux de tous, ces enfants existent. Pour leur maman, c’est l’espérance que leur enfant vit d’un bonheur éternel selon le vœu d’Evangelium vitae. En les offrant au Père, elles font un acte de vie. Pour nous, c’est bouleversant et pour elles, c’est une véritable consolation. Beaucoup de parents vivent, à cette occasion, de réelles conversions.
Vous-même accompagnez des couples et de jeunes vocations : quels sont leurs points faibles et leurs points forts ?
Je dirai que leurs points forts viennent des antidotes qu’ils ont créés en choisissant Jésus et l’Église malgré tous les obstacles dressés contre la vie chrétienne. Ils sont convaincus et pleins d’espérance. Leur point faible tient à une très grande sensibilité où l’émotion est exacerbée. Les passions y ont plus de pouvoir. L’espoir cohabite souvent avec l’angoisse. L’enthousiasme est grand comme l’accablement est fort. L’émotivité est la croix et le génie de cette génération. Cela dit, c’est un défaut de jeunesse…
Il vous arrive de célébrer la messe dans la forme extraordinaire : comment analysez-vous la situation liturgique aujourd’hui, vous semble-t-elle en voie d’apaisement ?
Oui, j’ai le sentiment que la situation est bien meilleure que celle que j’ai connue durant ma jeunesse, surtout chez les chrétiens laïcs. C’est évidemment long car la liturgie est une œuvre qui rend sensible ce qui nous tient le plus à cœur. C’est d’ailleurs en éduquant cette sensibilité que l’enrichissement mutuel voulu par Benoît XVI pourra se faire. Le sentiment seul ou la raison seule manquent très souvent leur objet. Je crois qu’en ces matières rien ne vaut une très belle liturgie expliquée dans la docilité de la foi. J’ai parfois l’impression, à l’inverse, en lisant telle ou telle critique d’esprits éclairés que leur pratique du rite qu’ils critiquent est fort limité. Curieusement, on a beaucoup reproché à l’application de la réforme liturgique l’esprit rationaliste qui l’aurait animé. On a bien raison d’ailleurs de le dénoncer. Rien ne vaut l’expérience du temps… Mais il arrive parfois qu’on prenne les mêmes défauts que celui qu’on critique. Le vide d’une expérience charnelle sur la durée est parfois comblé par des raisonnements verrouillés appauvrissant la richesse symbolique et théologique des rites. Mais c’est aussi un défaut de jeunesse…

Propos recueillis par Christophe Geffroy

[FSSPX.news] De Chartres à Paris, un pèlerinage pour servir la Chrétienté

SOURCE - FSSPX.news - 30 avril 2019

L’association Pèlerinages de Tradition organise chaque année depuis 30 ans un pèlerinage de 3 jours, durant le week-end de la Pentecôte, au départ de la cathédrale Notre-Dame de Chartres pour se rendre à Paris au chevet de la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

A l’occasion du 500e anniversaire des apparitions de Notre-Dame de Grâces à Cotignac, Pèlerinages de Tradition vous invite les 8, 9 et 10 juin 2019, à méditer entre Chartres et Paris sur le thème « Servir la chrétienté ».

En août 1519, Notre Dame apparaît par deux fois au jeune bûcheron, Jean de la Baume, à Cotignac (Provence). Elle est accompagnée de saint Michel archange, sainte Catherine et saint Bernard de Clairvaux.

Alors que la chrétienté commençait d’être ébranlée par la révolte de Martin Luther (1483-1540), la Sainte Vierge s’adresse au jeune homme en ces termes : « Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, et qu’on y vienne en procession pour recevoir les grâces que je veux y répandre. »

Dans cette apparition, la présence de Jésus Enfant, siégeant comme sur un trône dans les bras de la Sainte Vierge, nous rappelle que Marie est Mère de Dieu. L’ordre qu’elle fait transmettre au clergé ne permet pas d’en douter : Marie est Mère de l’Église.

Le même ordre s’adresse également aux consuls : Marie est Reine de France.

La promesse de grâces nous comble de certitude et d’allégresse : Marie est Médiatrice et Dispensatrice des Dons célestes.

« Dans la poussière et la pénitence, il est absolument nécessaire de se donner à Marie pour qu’elle fasse de nous des enfants de Dieu et qu’ainsi la France garde son beau titre de Fille aînée de l’Église. La Reine du Ciel nous a désignés ses auxiliaires privilégiés pour entretenir ce dessein.

Saint Michel, sainte Catherine et saint Bernard sont les guides de notre restauration dans le Christ » nous rappelle l’abbé Benoît de Jorna, supérieur du district de France, dans la préface du dossier spirituel, édité spécialement pour l’occasion.

Durant ce pèlerinage, une centaine de kilomètres est parcourue, répartie de manière dégressive sur les 3 jours.

La marche est rythmée par la prière, la méditation, des temps de silence et de détente dans une ambiance conviviale.

Chaque journée comprend une messe, des temps de prières et de chants communs, des méditations encadrées soit par des aumôniers, soit par des responsables laïcs.

Des zones de camping communes (bivouacs) sont prévues tous les soirs dans des espaces aménagés à cet effet par les bénévoles, avec des points d’eau, des W.C., des postes de secours.

Ceux qui seraient empêchés de marcher peuvent rejoindre les bénévoles des équipes logistiques en se rendant sur cette page. Et ceux qui ne peuvent pas venir au pèlerinage peuvent rejoindre le groupe des membres priants, qui vient d’être constitué cette année.
Mis à part pour les membres priants dont l’inscription se fait à l’aide d’un formulaire papier téléchargeable ici, les inscriptions se font en ligne à l’adresse suivante : inscription.pelerinagesdetradition.com

Ce pèlerinage nécessite d’importants moyens mis en œuvre bien en amont, c’est pourquoi nous vous remercions d’avance de vous inscrire le plus tôt possible, pour que nous puissions prévoir tous les besoins logistiques. Une réduction est accordée pour toute inscription jusqu’au 10 mai 2019 inclus.

Pèlerinages de Tradition 
20 rue Gerbert
F-75015 Paris
Tél. 01 55 43 15 60

[Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau] Mgr Rey présidera le pèlerinage Summorum Pontificum, une présence encourageante

SOURCE - Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau - 30 avril 2019

Pour la fête du Christ Roi, se dèroulera à Rome la huitième édition du pèlerinage Summorum Pontificum. Cette année, c'est Monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon, qui présidera le pèlerinage. L'Abbé Claude Barthe, aumônier du pèlerinage, a répondu à nos questions.
Cette année, c’est donc Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, qui présidera le pèlerinage Summorum Pontificum.
En effet, du 25 au 27 octobre, Mgr Dominique Rey conduira ce pèlerinage au Tombeau de l’Apôtre. Sa présence sera particulièrement appréciée des pèlerins venus de toutes les parties du monde, car il est un des rares évêques à appliquer intégralement le motu proprio de 2007. Je veux dire par là que bien des évêques acceptent certes volontiers la célébration de la messe traditionnelle dans leur diocèse, mais au titre d’une permission qu’ils accordent pour tel ou tel lieu, telle ou telle paroisse. C’est une bonne chose. Mais dans le diocèse de Fréjus-Toulon, conformément aux dispositions de Summorum Pontificum, les curés de paroisses ont toute latitude pour prendre eux-mêmes, librement, l’initiative de répondre aux demandes des fidèles.
Quel est le programme du pèlerinage ?
Avant le pèlerinage, comme l’an passé, aura lieu une « Rencontre Summorum Pontificum » à l’Augustinianum, le vendredi 25 octobre, qui sera organisée par Paix liturgique et Una Voce.

Quant au pèlerinage, il commencera le vendredi après-midi par un chemin de Croix à Saint-Louis des Français, et il s’achèvera le dimanche, par une messe pontificale à la Trinité-des-Pèlerins. Mais comme chaque année, le moment fort du pèlerinage sera le samedi 26 octobre, avec une adoration eucharistique à San Lorenzo in Damaso, suivie d’une procession dans les rues de Rome, présidée par Mgr Rey, et d’une messe pontificale à Saint-Pierre qu’il célèbrera à midi.
Comment faut-il s’inscrire ?
Pour la Rencontre Summorum Pontificum, les indications seront données dans quelques temps. 

Pour le pèlerinage, un programme détaillé sera également fourni, mais aucune inscription n’est requise. On peut librement participer à tout ou partie du pèlerinage. En revanche, il faut que chacun organise son propre voyage et qu’il prévoit son logement, ce que je conseille de faire assez tôt (on peut aussi s’adresser à l’agence Via Sacra, info@viasacra.it, qui peut se charger de réservations de vols et dans des hôtels ou pensions religieuses). Les dates du pèlerinage se situent d’ailleurs au sein des vacances scolaires de la Toussaint. Pour les prêtres qui voudraient être rentrés en France le dimanche 27, afin d’assurer leur ministère paroissial, il existe des vols à tarif intéressants partant de Fiumicio le samedi après-midi. 
Vous jugez donc importante la présence de Mgr Rey ?
Pour les catholiques français, qui appartiennent à ce qu’on appelle le «peuple Summorum Pontificum», c’est un encouragement. Aussi, est-il est bon que les pèlerins de notre pays soient nombreux à l’entourer. 

En outre, la pratique conforme à l’esprit et à la lettre du motu proprio, qui est la sienne comme celle de quelques autres évêques dans le monde, doit être saluée et soutenue. La visée de Summorum Pontificum était de « banaliser » la messe d’avant le Concile, et cela doublement : d’une part, il la déclarait de soi légitime, au même titre que la messe de la réforme qui a suivi le Concile, puisque chaque prêtre de rite latin peut désormais personnellement la célébrer ; d’autre part, c’est au curé de paroisse qu’il a confié le soin de l’organisation publique de cette messe, lorsque des fidèles la demandent, au titre d’un exercice normal de sa charge pastorale. Cette normalité de l’usus antiquior est un jalon extrêmement important pour le redressement futur de la liturgie et de l’Eglise. Il est très important d’entourer les évêques qui, dans le monde, l’ont compris.

29 avril 2019

[Chanoine Benoît Merly, icrsp - Appel de Chartres] Le Christ est Roi

SOURCE - Chanoine Benoît Merly, Institut du Christ Roi Souverain Prêtre - L'Appel de Chartres - n°231 - 29 avril 2019

Le 11 décembre 1925, la pape Pie XI publiait l’encyclique Quas primasqui instituait la fête du Christ-Roi. En vérité, la Royauté du Christ n’était pas vraiment une nouveauté, et l’Eglise comme les autres sociétés – la famille et l’Etat ­­–, christianisées, manifestaient dans leurs lois, dans leurs mœurs, dans leur diplomatie, la souveraine domination du Christ, dont le nom signifie précisément « Seigneur ». Cela se nommait : « chrétienté ».

L’hymne de la fête du Christ-Roi le rappelle très opportunément : « [C’est] A vous, que les chefs des nations rendent les honneurs publics ; que vous confessent maîtres et juges, que lois et arts portent votre empreinte. Que, soumis, les insignes des rois brillent, à vous consacrés ; à votre doux sceptre soumets la patrie et les demeures des citoyens. [...] ». Disparue sous les coups de boutoir répétés de l’Ennemi du genre humain, par le biais des idées philosophiques et des révolutions successives qui renversèrent les trônes catholiques les uns après les autres, il fallait, la nature ayant horreur du vide, que l’on remplaçât cette chrétienté par autre chose, dont l’essence était, quelque forme que prît ce succédané, de reléguer la foi au domaine privé, de ne pas la favoriser par l’action de l’Etat, et, moyennant cette « prise en tenaille », s’assurer, à plus ou moins long terme, que le nombre de ceux qui croyaient non seulement au Christ, mais encore au Christ-Roi, s’amenuiserait, voire disparaitrait.

Car, n’en doutons pas, tenir que le Christ est Roi, c’est non seulement affirmer ce que croit l’Eglise, mais encore un des aspects les plus fondamentaux de la lutte que nous menons contre celui qui hait Dieu. Reconnaître la royauté du Christ, c’est corrélativement renoncer à ce qu’un autre souverain exerce sur nous son empire : pas de double nationalité pour un chrétien ! : « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi disperse. » (Mat. XII, 30).

Le Catéchisme de l’Eglise catholique enseigne lui-même, au n. 2105 : « Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement. C’est là "la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ ". »

Beaucoup, aujourd’hui, oublient cet enseignement, pourtant maintes fois réaffirmé : on ne peut se prétendre chrétien en cantonnant la foi et son expression au domaine privé. On ne peut s’affirmer chrétien en se prétendant « le levain dans la pâte » (Mat. XIII, 31-35), lorsqu’on limite la domination de Dieu sur un pan essentiel de notre existence, la communauté humaine, la vie en société.

Puisque nous parlons de royauté, il convient d’en préciser la nature : pour tout homme, il est une fin commune vers laquelle il doit orienter sa vie. Pour autant, cette orientation ne prend pas toujours, en raison des circonstances, des caractères, des formes identiques. Dans ces conditions, l’homme doit faire appel à sa raison et à sa prudence pour se gouverner lui-même. Puisqu’il convient que l’homme se gouverne lui-même dans sa conduite individuelle, il faut évidemment que cette nécessité de gouvernement se retrouve dans la vie sociale. « Nulle société n’est possible sans un chef qui l’organise et la dirige dans la poursuite de la fin qu’elle se propose. » Chaque individu composant le groupe poursuit, légitimement, des intérêts propres.

Le chef, qui, rien ne l’interdit, peut être en fait constitué de plusieurs individus auxquels l’autorité est dévolue, sera « un chef, un pasteur unique, qui cherche le bien commun de la multitude et non son propre avantage. » Le Christ est donc Roi. Il est roi universel : son dominion ne se limite pas aux baptisés qui croient en lui : il s’étend à tous les hommes de tous les temps, à toutes les créatures, à tous les ordres sociaux, dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel : « D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures. » Et ce pouvoir royal, le pape le rappelle, le Christ l’exerce non seulement parce qu’il est Dieu, mais également parce qu’il est homme, parce que Dieu lui a donné la puissance : « [...] les anges et les hommes ne doivent pas seulement adorer le Christ comme Dieu, mais aussi obéir et être soumis à l'autorité qu'il possède comme homme ; car, au seul titre de l'union hypostatique, le Christ a pouvoir sur toutes les créatures ». 

Le règne que doit exercer le Christ, vrai Dieu, vrai homme, n’est donc en aucune manière un règne métaphorique, comme hélas, beaucoup le laissent entendre. C’est bien une royauté sociale et à vocation universelle dont il est question. Le Christ s’étant immolé pour le genre humain, il convient « qu’après avoir soumis toutes les créatures à son pouvoir, il procurât à votre immense Majesté un royaume éternel et universel, un royaume de vérité et de vie, un royaume de sainteté et de grâce, un royaume de justice, d’amour et de paix. ». 

C’est pourquoi également le devoir d’évangélisation n’est pas un simple conseil : il faut s’évangéliser soi-même, bien-sûr, mais aussi, par amour, le prochain : parce que l’on veut son bien, il faut agir afin que son âme soit remplie de Dieu et soumise à son joug, qui est« doux et léger ». La société dans laquelle ces âmes évolues doit elle aussi contribuer à cette évangélisation car elle n’existe que par et pour les âmes : la divinisation de l’Etat pratiquée par le marxisme, le fascisme, le nazisme, et aujourd’hui encore dans nos propres pays, ne produit que mort et désolation.

Le pape Jean-Paul II, depuis canonisé, parlait avec justesse de « structures de péchés » : ces sociétés, parce qu’elles sont étrangères à Dieu ne suscitent que l’impossibilité de faire le bien ou d’éviter le mal, ce qui est le B-A, BA de l’action morale. Sauvés par le Christ, élevés à la vie de la grâce, cela ne nous exempte cependant pas de notre fin humaine, « et l’organisation sociale qu’exige cette poursuite demeure requise. » L’ordre temporel, et ses chefs, demeurent à leur place. Mais, l’irruption de la grâce dans le monde doit désormais incliner leur action vers le Christ. Chassant les marchands du Temple, le Christ ne se substitue pas aux chefs légitimes de la société juive.

Cette intervention dans l’ordre temporel n’est que le juste exercice d’une prérogative de la royauté spirituelle du Christ – et il faut dès lors bien comprendre que le caractère spirituel de la royauté n’exclut pas, et même exige parfois, une intervention dans l’ordre temporel, sans que la distinction Cæsaris Cæsari en pâtisse – qui exerce alors une puissance royale temporelle. Saint Thomas, commentant l’épitre aux Hébreux écrivait : « [...] ce règne n’a pas pour but les choses du temps, mais celles de l’éternité (Jn. XVIII, 36) : "Mon royaume n’est pas de ce monde", car si le Christ règne, c’est pour conduire les hommes à la vie éternelle. »

Et de fait, si le Christ possède bien la royauté temporelle en raison de sa royauté spirituelle, il est manifeste, à la lecture des évangiles, qu’il n’a pas souhaité exercer cette puissance temporelle. La royauté du Christ, dans la plénitude de ses pouvoirs et de son exercice comprend ainsi, outre une triple domination ­­– législative, exécutive et judiciaire –, un vrai pouvoir spirituel – l’influx de la grâce – par lesquels le Christ, en vertu de l’union hypostatique, est cause universelle de sanctification. Il est donc roi des individus, mais aussi roi des sociétés humaines, c’est là la fameuse, et trop souvent oubliée, « Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ ».

Chanoine Benoît Merly 
Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

[Paix Liturgique] Père Ricardo: un curé brésilien à l'écoute de ses fidèles

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 693 - 29 avril 2019

Le père Ricardo de Barros Marquese est prêtre depuis 20 ans. Il est aujourd'hui curé de la paroisse de Saint-Paul Apôtre à Santos, dans l'État brésilien de São Paulo. Ami de longue date de nos amis portugais de Senza Pagare, il a accepté de nous présenter son apostolat spécifique sur Internet et surtout sa découverte de la messe traditionnelle dans sa paroisse.

Q - Paix Liturgique - Vous êtes un adepte de l'apostolat sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous présenter celui-ci ?

R - Padre Ricardo - Etudiant j'étais très actif sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, twitter et WhatsApp. Maintenant que je suis prêtre, j'en ai fait mon terrain favori d'apostolat. Cet apostolat sur les réseaux sociaux dépend de ma disponibilité en fonction de ce qui est le plus urgent. La principale caractéristique est le contact très étroit avec les jeunes. J'accorde une grande importance à répondre aux questions, aux doutes, afin de connaître un peu la vie des jeunes. Ce n'est pas un apostolat très général, pour ainsi dire, ce n'est pas simplement un apostolat d'informations ou d'enseignement, de doctrine, mais un apostolat de contact, certes virtuel, mais authentique avec le plus grand nombre de jeunes possible. Il s'agit de défendre la foi authentique dans la charité avec beaucoup de bon sens et souvent un peu d'humour.

Q - Paix Liturgique - Depuis 2018 vous célébrez la messe traditionnelle, pourquoi avez-vous fait ce choix ?

R - Padre Ricardo - J'avais bien connu des prêtres espagnols qui célébraient la messe traditionnelle lorsque je faisais mes études ecclésiastiques à Rome mais je ne pensais pas être confronté à cette forme liturgique dans ma paroisse au Brésil. Je me trompais et c’est ce qui se passa. Cela m'a amené à célébrer la messe selon la forme extraordinaire. Ce fut l'existence autour de moi d'un besoin pastoral, d'un besoin de l'Église. Certains des fidèles du diocèse de Santos, en particulier des jeunes, souhaitaient que la messe tridentine se déroule chez nous, dans notre région. Dans ce diocèse, il n'y avait plus d'église ou elle était célébrée et aucun autre prêtre n'avait l'expérience de la célébration de la messe traditionnelle. Il y a huit ans de cela, nous avions eu dans notre diocèse un prêtre âgé qui célébrait la messe tridentine dans la chapelle du musée d'art sacré mais son grand âge avait rendu impossible la poursuite de cette célébration. Or lorsque je suis rentré au Brésil, je me suis trouvé dans la paroisse Saint-Paul-Apôtre face à un groupe de personnes, des jeunes, des jeunes couples, qui souhaitaient bénéficier d'une messe extraordinaire dans leur paroisse, qui était aussi la mienne. C'est mon évêque qui, connaissant le souhait de certains de mes fidèles, m'a appelé et m'a demandé de commencer à célébrer la messe tridentine dans ma paroisse.

Q - Paix Liturgique - Qu'avez-vous ressenti lorsque vous fûtes chargé de cette mission ?

R - Padre Ricardo - Avant de célébrer ma première messe selon l'usus antiquior , j'ai eu le sentiment d'assumer une grande responsabilité. De plus, je me sentais un peu inquiet parce que je n'avais pas été formé en tant que prêtre dans ce contexte culturel de la messe tridentine. J'ai des notions de latin, je peux lire le latin, je connais des expressions et des mots, mais j'ai dû étudier un peu plus ce que j'allais dire pendant la messe. J'ai aussi dû apprendre les gestes qu'il me fallait faire et respecter, car ce n'est pas comme dans la nouvelle messe où le prêtre peux même pendant le déroulement de la messe choisir le prochain geste qu'il va faire. J'avoue que j'étais un peu inquiet, un peu nerveux, alors quand j'ai terminé la première célébration en mai 2018, j'ai soupiré de soulagement. Mais dans le même temps j'étais très heureux de célébrer une liturgie, un rite, qui inspire et génère tant de piété.

Q - Paix Liturgique - Et comment cela s'est-il passé avec les fidèles ?

R - Padre Ricardo - Nous avons essayé de préparer les paroissiens et les personnes venues de l'extérieur par une catéchèse sur la messe. Cela a été fait à travers une conférence donnée par Michel, un jeune laïc qui connaît le rituel de la nouvelle messe et celui de la messe tridentine. Environ 100 personnes ont assisté à cette conférence, puis 200 personnes ont assisté à la messe. De nombreux fidèles, désireux d'assister à la messe tridentine, étaient déjà des paroissiens et d'autres étaient étrangers à la paroisse et étaient même pour certains venus de l'extérieur du diocèse. Parce qu'ici, au Brésil, il existe une communication très importante, à travers les réseaux sociaux, entre ceux qui aiment la messe tridentine, qui nous dit où et quand la messe sera célébrée, et beaucoup de gens parcourent de nombreux kilomètres pour se rendre à cette messe. Cela s'est passé dans ma paroisse, donc lors de cette première messe, il y avait 200 fidèles. À la deuxième messe que j'ai célébrée, il y avait moins de monde et le troisième nous n'étions qu'une centaine. C'était parce que les célébrations avaient lieu pendant la semaine. C'est tout ce que je pouvais faire parce que le dimanche je célèbre déjà quatre messes. Il y avait cependant une autre curiosité : l'année dernière, j'ai célébré une messe tridentine un jour férié civil, non liturgique. Beaucoup de gens sont allés à cette messe et nous sommes revenus au nombre initial de plus de 200 fidèles. J'ai alors réalisé qu'il valait mieux célébrer la messe le dimanche. En cette année 2019, j'ai commencé à célébrer la messe tridentine un dimanche par mois dans l'après-midi. Le nombre de personnes a augmenté, en particulier les jeunes, beaucoup de jeunes filles et de dames qui s'habillent modestement, les familles de jeunes couples avec beaucoup d'enfants : trois, quatre, cinq enfants. Les enfants de chœur sont de la paroisse et ont eu une préparation avec un acolyte de l'extérieur de la paroisse. Nous avons maintenant un très bon groupe choral, très bien formé. J'espère bientôt pouvoir assurer cette célébration tous les dimanches, si possible le matin.

Q - Paix Liturgique - Quels fruits avez-vous vu éclore de ces messes ?

R - Padre Ricardo - Un jour, un ami prêtre espagnol, alors que nous vivions à Rome, m'a dit qu'en célébrant la messe tridentine il avait ensuite célébré la nouvelle messe d'une manière différente, plus pieuse. À l'époque, je n'avais toujours pas célébré la messe traditionnelle. Quand j'ai commencé à la célébrer, ici au Brésil, j'ai réalisé combien ce prêtre avait raison. Aujourd'hui, je célèbre beaucoup plus souvent la nouvelle messe que la messe tridentine, que je ne célèbre qu'une ou deux fois par mois, mais j'ai commencé à la célébrer avec beaucoup plus de miséricorde et de piété. Je pense que tous les prêtres qui en feront l'expérience ressentiront ce que j'ai ressenti lorsqu'ils auront commencé à célébrer la messe tridentine. C'est pourquoi désormais je les invite à en faire l'expérience pour le bien et la Paix de leur âme.

Q – Paix Liturgique - Alors vous continuez à célébrer avec une certaine régularité. Quels fruits avez-vous vu émerger de ces messes?

R – Padre Ricardo – En plus des grandes célébrations j'ai célébré d'autres messes tridentines un peu plus privés, dans la chapelle du Saint-Sacrement, avec seulement les servants et cinq ou six autres personnes. J'ai vu que grâce à cette messe, de très bons fruits sont apparus, cela a accru la piété des gens, que ce soit ceux qui voulaient avoir la messe tridentine ou bien ceux qui l'ignoraient ou qui la connaissait seulement lorsqu'ils étaient enfants. Tous sont venus profiter de la messe tridentine. Les fruits ont été surtout au niveau de la piété.

Q –Paix Liturgique - Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez eues en tant que prêtre et les plus grands défis pour vos paroissiens ?

R – Padre Ricardo - Ce n'est pas facile pour un prêtre qui n'a pas été formé au contexte du latin, et qui n'a pas reçu de formation liturgique sur la messe tridentine au séminaire, de commencer à célébrer la messe traditionnelle. Il n'est également pas facile pour les croyants habitués à la nouvelle messe de participer à la messe tridentine pour la première fois. C'est aussi parce que le niveau culturel des gens a beaucoup diminué ici au Brésil, ainsi que le niveau académique. Les gens en général ne connaissent pas le latin, beaucoup de jeunes notamment. Bien sûr, ceux qui apprécient la messe tridentine sont souvent très bien formés: ils connaissent le latin, ils connaissent d'autres langues, ils connaissent la doctrine de l'Église et l'histoire de l'Église. La difficulté à laquelle je fais allusion n'est pas tant en rapport avec ceux qui aiment déjà la messe tridentine, mais avec d'autres personnes qui n'ont pas cette haute formation culturelle, qu'elle soit ecclésiastique ou non, pour participer à la messe tridentine. Les portes sont ouvertes, nous vous ferons savoir quand celle-ci sera célébrée. Mais les gens, à cause de ce niveau culturel et intellectuel, risquent de ne pas venir ou de partir la première fois et ne retournent pas la suivante mais l'on peux avoir aussi de bonnes surprise et voir des gens peu cultivés enchanter par la piété et la sacralité de l'office: cela m'est arrivé ! 

Q –Paix Liturgique - Quel conseil donneriez-vous à tous les prêtres qui souhaiteraient célébrer la messe tridentine mais qui ont peur de ce que vont dire les autres prêtres, ou à certains paroissiens qui ont des préjugés sur cette manière de célébrer la messe ?

R – Padre Ricardo - Bien que le motu proprio du pape Benoît XVI indique qu'il n'est pas nécessaire que l'évêque autorise la célébration de la messe, s'il existe un groupe stable de croyants qui désirent assister à la célébration de la messe tridentine, il est bon ton, il est prudent, que le prêtre parle d'abord avec l'évêque diocésain. Et explique à l'évêque que la célébration de la messe tridentine ne signifie pas une manière de se tenir contre quelque chose dans l'Église. C'est très important parce que si les évêques réalisent que la célébration de la messe tridentine n'est pas liée au rituel mais à un groupe de personnes, y compris à un prêtre, qui - à tort ou à raison - s'oppose à quelque chose ou à quelqu'un, les évêques n'autoriseront pas la célébration de la messe. C'est une question de prudence.

Q –Paix Liturgique -Une célébration pour la réconciliation et la paix dans les paroisses?

R – Padre Ricardo - Ici au Brésil, on peut rencontrer l’opposition d’autres prêtres ou paroissiens à la messe tridentine. Personnellement je n'ai ressenti aucune persécution ici dans mon diocèse. En fait, le recteur du séminaire s'est rendu à la première messe célébrée pour voir comment elle se déroulait et a autorisé les séminaristes à assister à la messe tridentine. Certains sont venus, en vacances, certains veulent apprendre à célébrer la messe. Bien sûr, il y a des gens qui sont contre et il y en aura toujours. Mais le prêtre est un berger pour tous ses fidèles : nous devons donc également nous occuper de ceux qui aiment et veulent participer à une messe tridentine. C'est la réponse d'un prêtre qui a un vrai sens pastoral. Dans la paroisse, le curé peut donc montrer l'importance de la messe tridentine, celle d'accueillir ceux qui assistent à la messe tridentine et même d'inclure certaines de ces personnes dans l'apostolat paroissial, comme cela se passe dans ma paroisse. Il n’y a de problème qu’avec ceux qui assistent à la messe tridentine sans avoir conscience qu’ils le doivent la paroisse, mais il est vrai qu'à cause de la messe tridentine, certains sont venus d’ailleurs assister à la messe dans ma paroisse et sont devenus mes paroissiens, comme les autres.

25 avril 2019

[Paix Liturgique] Grande enquête sur le catholicisme en Corée : seconde partie

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 693 - 25 avril 2019

Nous approfondissons cette semaine notre grande enquête sur le catholicisme en Corée en nous intéressant aujourd’hui à l’émergence du monde traditionnel au pays du matin calme.

Pour cela nous poursuivons notre entretien avec João Silveira qui continue à nous présenter les informations recueillies lors de son voyage missionnaire effectué dans ce pays en mars 2019.

Q – Paix Liturgique – Comment se sont effectués les changements liturgiques postconciliaires en Corée ?

R – João – L’Église coréenne, fondée sur la culture confucéenne, est une Église ou l’obéissance à l’autorité est de règle. Aussi, l’épiscopat coréen a-t-il adopté immédiatement et rigoureusement les changements postconciliaires, notamment la réforme liturgique qui a été appliquée, comme Rome l’avais demandé, dès sa promulgation à partir de 1964 et jusqu’en 1969.

Q – Paix Liturgique – La liturgie traditionnelle a donc totalement disparu du pays ?

R – João - Oui je le pense car, je le rappelle, il n’est pas dans la mentalité coréenne de résister à l’autorité même lorsque l’on est convaincu de devoir le faire. Aussi l’on peut considérer que dès 1969 la liturgie traditionnelle n’a plus été célébrée en Corée.

Q – Paix Liturgique – Pensez-vous qu’il ait subsisté des ilots de résistance ?

R – João – Ce n’est pas impossible et la suite de mes propos permet sans doute de le croire. Cependant, si des célébrations traditionnelles ont continué ce fut dans une semi clandestinité, sans que cela ait été connu des autorités épiscopales et paroissiales.

Q – Paix Liturgique – Pouvez-vous précisez ?

R – João – A notre connaissance, des fidèles coréens sont entrés en relation avec l’association Una Voce au cours de ces années de plomb, mais cela n’eut pas immédiatement de résultat visible dans le cadre officiel de l’Eglise de Corée.

Q – Paix Liturgique – De quand date la renaissance ?

R – João – Comme je vais le montrer, il y eut en Corée deux sortes de renaissances. La renaissance « officielle », la seconde, eut lieu lors de la célébration d’une première messe selon la forme extraordinaire le 13 mai 2009 soit deux ans après le motu proprio Summorum Pontificum, dans l'Église de Yongsan à Séoul, à la suite d’une conférence donnée par le professeur Martin Mosebach en Corée dans le cadre des activités du Goethe Institute. La messe a été célébrée par le Père Michael Bauer, curé de la paroisse allemande de Shanghai, en Chine, et c'est le professeur Mosebach lui-même qui a servi la messe, devant une assemblée de plus de 200 fidèles qui, pour beaucoup, n’avait jamais assisté à une messe traditionnelle en latin. Ce fut pour ceux que j’ai rencontré un moment historique ( pour en savoir visionnez la vidéo ).

Q – Paix Liturgique – Et la première renaissance ?

R – João – Historiquement c’est la Fraternité Saint-Pie X qui, la première, a réintroduit la messe traditionnelle en Corée dès les années 80 à la suite des demandes répétés de ces fidèles qui étaient entrés en contact avec Una Voce. Pendant longtemps la Fraternité n’est venue qu’occasionnellement en Corée mais depuis 1993 la célébration est devenue mensuelle dans une chapelle de Séoul. Actuellement la messe est célébrée bimensuellement pour une soixantaine de fidèles, avec une présence sacerdotale de 9 jours autour de la célébration pour assurer le catéchisme les confessions et l’apostolat auprès des familles. Les deux prêtres qui desservent la Corée viennent de l’un des prieurés de la fraternité à Manille (capitale des Philippines).

L'un d'eux est le Père Tomás Onoda, un prêtre japonais très apostolique. La fécondité de cet apostolat n’est pas négligeable car déjà il a généré 5 vocations sacerdotales et plusieurs vocations religieuses. Outre la messe, il y a l'adoration. Il est émouvant de voir tous ces Coréens qui ne parlent que leur langue chanter les cantiques catholiques en latin avec toute la ferveur possible. Il se trouve en effet beaucoup de piété en Corée et celle-ci pourrait s’étendre si l’offre traditionnelle était amenée à se répandre non seulement dans la mégapole de Séoul mais aussi dans tout le pays.

Q – Paix Liturgique – C’est tout pour la Fraternité Saint-Pie X ?

R – João – Pas exactement, il y a aussi ce qu’on appelle la « Résistance ». Vous savez qu’en 2012 il y a eu une scission au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Celle-ci eut des conséquences en Corée où l’abbé François Chazal, un prêtre issu de la Fraternité Saint Pie X, passa à la Résistance et poursuivit son apostolat à Séoul. Les débuts ont été difficiles mais aujourd’hui il assure une messe mensuelle qui réunit de 30 à 35 personnes, presque toutes coréennes. Les autres dimanches, lorsque la messe n’est pas assurée, les fidèles se réunissent dans la chapelle pour réciter le chapelet.

Q – Paix Liturgique – Et qu’en est-il du Peuple Summorum Pontificum ?

R – João - J’ai évoqué précédemment le fait que des fidèles étaient entrés très tôt en contact avec Una Voce. Si certains d’entre eux ont été à l’origine des apostolats de la Fraternité Saint-Pie X, d’autres ont profité de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum pour constituer le 14 septembre 2007 la Societas Liturgiae Traditionis Latinae (SLTL) à la fois le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix et aussi celui de la date d'entrée en vigueur du Motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI, promulgué le 7 juillet 2007.

Q – Paix Liturgique – Quelle était le but de cette association de fidèles ?

R – João – Il faut préciser que ce furent surtout des jeunes qui agirent pour lancer cette association. Leur premier objectif fut de créer des groupes d’étude de la liturgie traditionnelle. Pendant 3 ans ces groupes se réunirent pour mieux connaitre les richesses de la liturgie traditionnelle et simultanément cherchèrent à nouer des liens avec des prêtres qui partageaient leur amour de l’usus antiquior. C’est ainsi qu’une première messe selon la forme extraordinaire fut célébrée le 31 octobre 2010, le jour de la solennité du Christ-Roi. A partir de cette date la messe fut célébrée au moins une fois par mois et lorsque cela était possible pour les grandes fêtes, à Noel et à Pâques.

Q – Paix Liturgique – Quelle est aujourd’hui l’action de ce groupe ?

R – João – La mission principale du SLTL est de faire connaitre la liturgie traditionnelle aux Coréens qui pour beaucoup ne la connaissent pas. Parmi les moyens qu’ils ont mis en œuvre il y a un site Internet qui réunit en 2019 plus de 7 000 abonnés repartis dans toutes les régions du pays.

Q – Paix Liturgique – Et c’est auprès de ces personnes que se développe l’apostolat du SLTL ?

R – João – Oui car il faut répondre aux interrogations et préparer la messe mensuelle mais aussi former des servants de messe et constituer des chorales.

Q – Paix Liturgique – Et qu’en est-il des prêtres ?

R – João - C’est une activité importante du SLTL que de faire connaitre son apostolat aux prêtres et d'aider ceux qui le désirent à apprendre à célébrer. Le SLTL a mis en place un groupe de 7 prêtres dont certains sont étrangers comme le père Philippe Blot des missions étrangères de Paris.

Q – Paix Liturgique – Que représentent ces groupes ?

R – João - Il y a beaucoup d’enthousiasme et de volontaires pour ces activités mais malheureusement, l'oratoire où la messe est célébrée, à Guanpo, est un peu éloigné de Séoul et peu de fidèles ont la possibilité d'y aller pour assister à la messe. Cependant en moyenne plus de 50 personnes assistent à la messe chaque mois. Si celle-ci était célébrée au centre de Séoul ce chiffre serait bien plus important.

Q – Paix Liturgique – Pouvez-vous nous présenter votre célébrant ?

R – João – Le prêtre célébrant est le Père Philippe Blot, un prêtre des Missions étrangères de Paris, de la même famille que les premiers missionnaires qui sont arrivés en Corée en 1836. Le Père Blot lui, est arrivé en 1990 et depuis lors, il travaille principalement à une œuvre d’aide aux orphelins qui vivent dans la rue. C’est un prêtre enthousiaste pour la messe traditionnelle et il est très motivé pour mettre en œuvre une célébration à Séoul… dès qu’il obtiendra la permission de l’archevêque.

Q – Paix Liturgique – Quelle impression tirez-vous de votre mission en Corée ?

R – João – J’ai été très impressionné par le sérieux et la piété des catholiques coréens et même si j’ai été un peu surpris par ce qui m’a semblé être une excessive obéissance à leurs pasteurs je suis persuadé que celle-ci leur apportera beaucoup de fruit, car le jour où la Tradition sera officiellement intégrée à la vie de l’Eglise de Corée cela provoquera un vrai tsunami en faveur de la liturgie traditionnelle, qui correspond si bien à la mentalité et à la piété coréenne.

Q – Paix Liturgique – Mais les groupes que vous avez rencontrés sont minuscules par rapport à l’importance du catholicisme coréen ?

R – João – C’est exact mais j’ai senti parmi eux un tel enthousiasme, un tel désir de faire partager le trésor qu’ils ont découvert autour d’eux, qu’ils m’ont fait penser aux premiers apôtres qui ont su changer le monde antique pour en faire un monde chrétien.

Q – Paix Liturgique – Vous pensez donc que ces petites braises vont se propager ?

R – João – J’insiste sur l’enthousiasme et le zèle missionnaire de ceux que j’ai rencontrés et j’ai vu que partout désormais des brindilles s’enflamment en Corée pour la Tradition et cela me fait croire que demain ce pays deviendra plus que la vielle Europe ou les Amériques un foyer rayonnant d’un catholicisme, pieux, authentique et traditionnel en continuité et en fidélité à ces nombreux martyrs sur lesquels s’appuie aujourd’hui l’Eglise de Corée.

[Abbé Fabrice Loschi - FSSPX Actualités] En direct : que se passe-t-il au Sri Lanka ?

SOURCE - Abbé Fabrice Loschi - FSSPX Actualités - 25 avril 2019

Beaucoup d’entre vous se sont inquiétés pour nous et ont offert de nombreuses prières pour notre sauvegarde après les attentats à la bombe contre des églises, le matin de Pâques. Je voudrais vous remercier très sincèrement de votre charité et vous donner un état de la situation ici. En entendant les explosions qui ont touché deux églises catholiques (ainsi qu’un temple protestant) le jour où nous célébrions la Résurrection de Notre Seigneur, la communauté catholique a été profondément secouée, surtout par le caractère totalement inattendu de l’attaque.
La présence catholique
Au Sri Lanka, même si le pays est majoritairement bouddhiste, l’Eglise catholique est une institution estimée et considérée par les autorités publiques. Elle est appréciée pour l’excellence de ses écoles, pour ses hôpitaux et pour toutes ses institutions charitables. Sur le territoire srilankais, l’Eglise catholique est répartie en douze diocèses regroupant environ 1,2 million de catholiques représentant environ 6,1 % de la population selon un recensement de 2012. Elle jouit de la liberté de culte et croît régulièrement par des conversions, l’ouverture de nouvelles paroisses, la construction d’églises, l’ouverture de nouvelles écoles et de maisons religieuses chaque année.
La vie catholique
Pour un prêtre, le Sri Lanka est un très bel apostolat dans le monde. Le prieuré de la Fraternité Saint-Pie X est situé dans la ville de Negombo, l’une des régions les plus catholiques du pays et cela permet aux prêtres de la Fraternité de vivre dans une société catholique, un privilège qui a presque disparu de la surface de la terre à notre époque.

Si l’on parcourt la côte Ouest depuis Colombo (la capitale) jusqu’à la ville de Chilaw, l’on rencontre des oratoires ou des statues de saints à presque tous les carrefours. Negombo est très réputée pour cela ; il s’y trouve même une statue du Christ-Roi de trois mètres de haut à l’Hôtel de ville, pour montrer que Negombo est une ville catholique. Il y a deux ans, une statue de Notre Dame a été inaugurée au sommet de la tour de l’horloge principale, au centre-ville, avec un panneau accueillant les visiteurs dans la « petite Rome », le surnom de Negombo.

Durant la période de Noël, de jolies scènes de la Nativité sont érigées dans les rues par les habitants catholiques de Negombo, avec des statues et des décorations. Au contraire de ce que l’on peut voir en Europe, personne n’oserait vandaliser de telles expressions de foi.
Les prêtres dans la société
Le prêtre catholique est tenu en haute estime et cela se constate par le fait qu’un prêtre ne fera jamais la queue dans un bâtiment administratif ni dans une banque ! Il est immédiatement pris en charge dès qu’il entre. Dans un bus, si tous les sièges sont occupés, quelqu’un abandonnera spontanément sa place pour un prêtre qui n’en a pas.

En quittant le pays, à l’aéroport de Colombo, il y a des sièges spéciaux pour le clergé (bouddhiste et catholique) et à la porte d’embarquement, un membre de l’équipage invitera le prêtre à monter le premier à bord, avec les personnalités, même si vous voyagez en classe économique. Les manières obligeantes du personnel de la compagnie nationale se sont particulièrement manifestées en 2010, lorsqu’une relique de saint Antoine de Padoue a été apportée au Sri Lanka. La relique fut transportée par un avion de Sri Lanka Airlines. Pour l’occasion, cette compagnie choisit comme pilote et copilote deux catholiques. En outre, la relique reçut une place en première classe. Lorsqu’elle arriva à l’aéroport, elle fut accueillie par le chef de l’Etat. Au sortir de l’aéroport, la relique de saint Antoine fut placée dans un véhicule officiel et escortée jusqu’à Colombo par l’armée et la police.
Mais alors, pourquoi ces attentats ?
Le dimanche de Pâques, l’acte terroriste fut intentionnellement dirigé pour blesser au plus profond la communauté catholique. D’abord parce qu’il fut accompli lors de la plus grande fête de l’année, ensuite, parce que les deux saints les plus populaires au Sri Lanka sont saint Antoine de Padoue et saint Sébastien. Les terroristes n’ont donc pas choisi leur cible au hasard. Ils ont visé le sanctuaire de saint Antoine à Colombo et l’église de saint Sébastien à Negombo, qui sont des églises très fréquentées. La police recherche toujours qui a été le cerveau de ces attaques, mais beaucoup de monde a déjà une bonne idée de la réponse ici. – Depuis la réception de ce message de l’abbé Loschi, les autorités sri-lankaises ont dénoncé le National Thowheeth Jama’ath, soutenu par l’organisation terroriste Etat islamique qui a revendiqué l’attentat dans l’après-midi du 23 avril, voir notre article « Pâques sanglantes au Sri Lanka ». NDLR
La Fraternité est-elle en sécurité ?
Comme beaucoup de communautés du pays, nous devons être vigilants. L’église doit rester fermée sauf pour la messe. Il nous est conseillé d’éviter tout déplacement inutile. Un couvre-feu est en vigueur de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Notre prieuré n’est pas important, et il est bien improbable qu’il puisse être la cible d’un acte malveillant, mais qui sait ? L’une des églises touchées est à seulement trois kilomètres de notre prieuré. Nous comptons fortement sur vos prières et votre soutien. Priez spécialement pour ce beau pays qui a tant à offrir, pour qu’il puisse surmonter rapidement cette épreuve et demeurer un endroit paisible.

Abbé Fabrice Loschi

[Ouest France] Nantes. Ces traditionalistes qui prospèrent en marge de l’Église

SOURCE - Ouest France - 10/25 février 2019

Ils représentent une minorité de catholiques, mais sont actifs et convaincus. À Nantes, la Fraternité Saint-Pie X fait construire sa propre église, pour 2 millions d’euros.

Le chantier n’est pas banal. Rue François-Bruneau, quartier Saint-Félix, à Nantes, des ouvriers s’affairent à la construction d’une église. Avec son clocher à 22 mètres de haut, elle accueillera 400 personnes, comptera des salles de réunion et des bureaux pour les prêtres. Montant du projet : 2 millions d’euros. Un emprunt, mais aussi les dons des fidèles financent la construction de l’édifice. À la manœuvre : le Prieuré Saint-Louis, qui appartient à la Fraternité Saint-Pie X, c’est-à-dire les lefèbvristes (1). Des catholiques traditionalistes, en rupture avec l’Église.

Depuis les années 1980, à Nantes, ils prient à cet endroit. Mais l’ancienne usine transformée en chapelle subissait des infiltrations d’eau. « Le plafond est tombé trois fois », raconte l’abbé France. Et la communauté, qui dit compter 1 000 fidèles, se sentait à l’étroit. « On est en pleine explosion. D’une part, Nantes est une ville attractive. D’autre part, on voit un retour à la tradition de la part de fidèles catholiques. Par exemple, la soutane redevient tendance chez les jeunes prêtres. »

Qu’est-ce qui attire vers cette communauté, où la messe est célébrée en latin ? « C’est une église résistante aux modes » , confie par exemple Alexandra, une mère de famille qui aime le côté « intangible » , de la Fraternité Saint-Pie X. « Le bon Dieu n’a pas changé depuis 2 000 ans » , répète une autre fidèle, Jeanne, comme un slogan. Intégriste, cette communauté qui semble vivre dans le passé ? « Non, sauf à considérer que votre grand-mère l’était ! » , répond du tac au tac l’abbé France, dans un sourire. Un discours bien rodé : on le sent habitué à répondre à la polémique. « Les insultes, oui, ça arrive », admet-il.

La Fraternité reste en dehors de l’Église catholique. Mais pas totalement sans lien. Ainsi, lorsqu’il a fallu trouver un lieu de culte pendant les travaux, c’est le diocèse qui a dépanné. Il prête à la communauté la chapelle de l’Immaculée, derrière la cathédrale. « On a droit à deux messes le dimanche. » « On a posé ce geste fraternellement » , confirmait simplement, fin décembre, l’ancien vicaire général Benoît Bertrand.

Une situation qui devrait durer encore quelques mois : l’église de la rue François-Bruneau devrait être achevée pour Noël prochain. Son nom, lui, est déjà choisi : Saint-Emilien, qui mourut en combattant les Arabes au VIIIe siècle. Pour l’abbé France, «  c’est normal de servir la mémoire d’un évêque nantais. En plus, sa fête tombe le jour de la Saint Pie ».

(1) Mgr Lefebvre fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie X, en réaction au concile Vatican II, qui modernise l’église au début des années 1960.
La requête contre l’église suspendue
Une requête avait été présentée auprès du tribunal administratif de Nantes, le 5 novembre 2015, pour faire annuler le permis de construire de l’église de la Fraternité Saint-Pie X, accordé quelques mois plus tôt par la mairie de Nantes.

Finalement, le riverain, qui avait engagé cette procédure, a vendu sa maison. Et a demandé, du même coup, la suspension de sa requête. Les nouveaux propriétaires disent avoir acheté leur demeure en connaissance de cause.

Saint-Pie V refuse le « modernisme » de toutes ses forces

Ils rejettent le dialogue interreligieux, l’avortement, la séparation de l’Église et de l’État… La communauté Saint-Pie V n’est pas seulement en dehors de l’Église catholique, elle la condamne. Un discours radical.

Il demande qu’on l’appelle « Monsieur l’abbé », plutôt que Monsieur tout court. « Cela fait partie des us et coutumes. Et je suis prêtre pour l’éternité. » Ordonné en 1977 par Mgr Lefebvre, l’abbé Guépin officie rue d’Allonville, à Nantes, dans la chapelle du Christ Roi. Un ancien hangar rénové par les fidèles il y a quelques années, qui peut accueillir 200 personnes au milieu d’une foule de statues de saints, face à un traditionnel autel en marbre. Une cérémonie a lieu chaque jour, ici. S’y ajoute, une fois par semaine, une messe à la Chapelle Notre-Dame des dons, à Treillières.

L’association Saint-Pie V, que préside l’abbé Guépin, évolue en dehors de l’Église catholique.« À ses yeux, je ne fais pas partie de la communauté des prêtres. Nous n’avons rien à voir avec l’Église actuelle , dit-il franchement. Les autorités enseignent une doctrine qui n’est pas celle de notre Seigneur. On fait figure de marginaux, mais ce n’est pas le nombre qui fait la vérité. Nous sommes le dernier bastion de résistance au modernisme. »
Prosélytisme
Ce qu’ils reprochent à l’Église ? Avoir fait évoluer la messe, dans les années 1960, avec une célébration centrée sur le partage du pain entre les fidèles et non sur le sacrifice du Christ. Ils rejettent aussi tout dialogue interreligieux, préférant l’époque de l’Église missionnaire. « L’œcuménisme est un scandale : cela met toutes les religions au même niveau, c’est se moquer de Dieu » , assène l’abbé Guépin. Si certaines de leurs idées les rapprochent de la fraternité Saint-Pie X, ils affichent une forme de jusqu’au-boutisme encore plus affirmé. « Eux reconnaissent la légitimité du clergé moderniste, pas nous. »

Ce rejet du « modernisme » revient sans cesse. Comme un leitmotiv, avec un prosélytisme non dissimulé. Et il s’étend au-delà des lieux de cultes. Pour l’abbé Guépin, « la société actuelle est décadente car elle ne s’appuie plus sur l’enseignement de l’Église » . L’association Saint-Pie V rejette par exemple la séparation de l’Église et de l’État, tout comme l’avortement, vu par l’abbé Guépin comme « un crime abominable » . Politiquement, elle affiche son « attachement à la monarchie catholique »  : chaque année, en janvier, elle commémore le décès de Louis XIV, en lisant son testament.
L’abbé Guépin soupçonné d’abus de faiblesse
Une fidèle a remis tout son patrimoine à l’association cultuelle que dirige le prêtre. Celui-ci était, jeudi 7 février, à la barre du tribunal. Le jugement est en délibéré .

« J’ai eu beaucoup de donateurs (1). En quarante ans de sacerdoce, c’est la première fois que je suis mené au tribunal par une bienfaitrice. » En soutane et long manteau noir, l’abbé Guépin, 67 ans, garde cependant le visage serein tout au long de l’audience. Plus intégriste que les intégristes de la Fraternité Saint-Pie X, il dirige la communauté Saint-Pie V, basée à Nantes, rue d’Allonville.

Il est aussi le président « omniprésent, omnipotent » , selon le ministère public, de l’association cultuelle Lépante, laquelle recueille des dons pour subvenir aux besoins du clergé de la communauté. Parfois, en « exhortant à la bienfaisance » . Comme dans cette lettre de 2011, où il appelle ses fidèles à placer leur argent dans « la banque du Bon-Dieu » , afin d’acquérir la chapelle du Christ-Roi où s’exerce son ministère.

Sur le banc des victimes, une dame de 66 ans, décrite comme « passionnée » . Infirmière à la retraite, après une vie « mouvementée » , elle a pensé « trouver sa place » auprès de différentes communautés religieuses, qui l’ont déçue. Jusqu’à ce qu’elle rencontre celle de l’abbé Guépin, en 2011. Elle vient de faire un héritage important. Elle souhaite « faire vœu de pauvreté » , afin de « racheter ses péchés ».

En quête d’absolution, elle fait don, en plusieurs fois, de 345 000 € à l’association Lépante, puis d’un appartement qu’elle vient d’acheter, sur les conseils de l’abbé, tout près de la chapelle du Christ-Roi. Voulait-elle ainsi échapper au fisc, qui lui réclamait des impôts sur la plus-value d’actions vendues ? La question est posée. Mais la question est surtout de savoir si l’abbé a profité de la faiblesse de cette dame qui vit aujourd’hui dans un appartement qui ne lui appartient plus, avec une toute petite retraite. Et qui, un jour, s’est sentie flouée.

« Je lui ai dit que je ne pouvais recevoir ses vœux de pauvreté, affirme l’abbé, mais elle n’écoutait pas, elle fonçait. C’est elle qui commandait » . Il ne se sent donc nullement coupable. Cependant, il a omis de signaler, lors de la donation de l’appartement chez le notaire, qu’il avait déjà reçu un don.

Certes la victime « concourt elle-même à son propre sort » , admet le ministère public. Mais, elle est alors « dans une situation d’isolement » , aveuglée par « une idéologie enfermante » . L’abbé a su « cueillir le fruit » , estime le procureur qui réclame une « sanction symbolique » de dix-huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve. Décision le 4 avril.

(1) L’association Saint-Pie V ne reçoit aucune subvention et ne fonctionne donc qu’avec ses donateurs, réguliers ou occasionnels.

« Cette école va les élever vers Dieu »
   
Ils vivent à Aigrefeuille-sur-Maine, dans un pavillon, au fond d’un petit lotissement des années 80. Isabelle Gravethe et son mari ont choisi de scolariser leurs trois filles dans une école hors contrat, catholique, dont la gestion est totalement autonome. Le cours Saint-Albert-le-Grand, appelé Le Rafflay, du nom du lieu-dit où les mères dominicaines prêchent la bonne parole aux enfants et jeunes filles du CP à la terminale. Une école de filles, 240 au total, située à trois kilomètres de celles des garçons de Saint-Martin de la Placelière, ouverte en 2012 à l’initiative de la Fraternité.

« C’est une école qui va les élever vers Dieu, raconte Isabelle Gravethe. Les mères dominicaines sont là pour nous aider. » Elle explique : « Leur enseignement est très complet. Et, sur le plan spirituel, nous n’aurions pas le temps de leur donner tout ce qu’elles reçoivent. » Car cette femme de 35 ans et son mari Etienne doivent faire bouillir la marmite. Entre leur boulot de clerc de notaire et de technicienne dans un bureau de maîtrise d’œuvre, ils auraient du mal à placer des cours de caté, véritablement approfondis, dans leur emploi du temps.

Au Rafflay, les élèves, qui sont tenues d’être vêtues d’une jupe et prient le matin avant les cours, ne subiront pas de « moqueries » liées à Dieu. Contrairement à l’école publique, où Isabelle Gravethe a étudié jusqu’à la 5e avant de rejoindre, elle aussi, une école hors contrat.« Dans les petites classes, je n’ai pas d’inquiétude. J’ai d’ailleurs toujours eu de bonnes relations avec les enseignants de l’école publique. Mais, en grandissant, on n’est pas du tout sur la même longueur d’onde. Étant catholique, nous n’avons pas la même vision de la vie. »

Qu’importe donc, le coût de la scolarité. 150 € par mois et par enfant. C’est le prix à payer. Comment réagirait-elle si l’une de ses enfants plaquait, adulte, la religion catholique ? « Chaque personne est libre. Je prierais pour qu’elles reviennent à Dieu. » Car, martèle-t-elle, « le but, c’est d’aller au Ciel » .

22 avril 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Restaurer l'Autorité

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 22 avril 2019

Tout fils, qu’on aime bien, doit être châtié.
Nous qui refusons Dieu méritons la raclée.
   
Alors que le christianisme avait déjà ensemencé la terre, le païen Jean-Jacques Rousseau (1712–1778) affirmait que l’homme, par nature, était un animal asocial et que la société humaine n’était qu’un phénomène artificiel. À l’inverse, bien que vivant avant l’ère chrétienne, le païen Aristote (384–322), faisait preuve de beaucoup plus de sagesse : il savait que la société est un fait de nature, car l’homme est par nature un animal social. Il suffit d’observer comment il participe du matin au soir, à toutes sortes de groupes humains, particulièrement à la famille. De plus, chaque homme étant doté du libre arbitre, il importe que toutes les sociétés aient à leur tête une personne investie de l’autorité afin de coordonner les volontés libres qui, livrées à elles-mêmes, sont susceptibles de se disperser en tous sens. C’est pourquoi toute société a besoin d’une autorité, aussi naturelle et nécessaire à l’homme que l’est la société elle-même. Voyez comment le centurion romain reconnaît en Notre Seigneur un homme investi d’une autorité : il part de l’expérience qu’il a de sa propre autorité dans l’armée romaine (Mt VIII, 8–9).

Aussi l’autorité est-elle pour l’homme aussi naturelle que sa nature sociale. Or, sa nature sociale vient de Dieu ; il est donc clair que toute autorité humaine vient finalement de Dieu (cf. Eph. III, 15). En ces temps qui annoncent la fin du monde, l’humanité tout entière, ou presque, tourne le dos à Dieu ; on comprend dès lors que les hommes se révoltent contre toute autorité. C’est pourquoi toute sorte d’autorité est de plus en plus fragile. À titre d’exemple, n’est-il pas de plus en plus courant aujourd’hui que les femmes se déclarent indépendantes de leur mari et que les enfants dirigent leurs parents ? Dans le vrai sens du terme, ce n’est pas naturel. Mais il n’empêche qu’aujourd’hui c’est monnaie courante. Car la révolte contre l’autorité coule dans nos veines. Alors comment restaurer l’autorité naturelle ? Le livre des Nombres (Ch.16) dans l’Ancien Testament nous donne un exemple classique.

Moïse et son frère Aaron étaient respectivement les chefs politique et religieux du peuple israélite, et avaient pour mission de le faire sortir d’Egypte et de le conduire dans la Terre promise. Tous deux avaient été désignés par Dieu, et le peuple le savait bien. Mais les Israélites étaient un peuple fier à la nuque raide. Dans le désert il advint que Coré, cousin germain d’Aaron, jaloux de ses privilèges, appela à la révolte 250 autres Lévites et deux Rubénites : Dathan et Abiron. Le peuple suivit les agitateurs contre l’autorité de Moïse et d’Aaron. Ces deux chefs firent immédiatement appel au Seigneur, qui leur dit de rassembler le peuple le lendemain devant le Tabernacle. Moïse dit au peuple de s’éloigner des tentes de Dathan et d’Abiron qui se tenaient là avec tout leur clan. C’est alors que la terre s’ouvrit et engloutit ces révoltés directement en enfer. Ensuite des flammes envoyées par Dieu dévorèrent Coré et ses 250 Lévites qui convoitaient le prestige et les privilèges que Dieu n’avait accordés qu’à la famille d’Aaron.

C’est ainsi que Dieu démontra Lui-même à qui Il avait donné autorité sur le peuple. Pour les Israélites il était très important qu’il y eût une autorité dans le désert car, malgré la traversée miraculeuse de la Mer Rouge (Exode XIV), ce peuple regrettait les oignons d’Egypte, et Dathan se plaignait de la dureté du désert (Nb XVI, 13–14). Pourtant, Moïse n’avait rien d’un tyran ; c’était le plus doux des hommes (Nombres. XII, 3). Quant à Aaron, il n’avait fait au peuple aucun mal (Nb. XVI, 11). Si Dieu n’avait pas eu recours à une punition extrême contre les rebelles, on peut se demander si Moïse et Aaron auraient été en mesure de conduire les Israélites en Terre promise. Quoi de moins aurait permis de rétablir leur autorité ? On peut aisément se figurer qu’après ce double châtiment miraculeux, aucun Israélite n’était pressé de désobéir encore à Moïse ou à Aaron !

En 2019, le matérialisme rampant dans le monde entier fait que les hommes qui croient en Dieu sont de moins en moins nombreux ; et moins nombreux encore sont ceux qui Le prennent au sérieux. La science et la technique semblent garantir à tous la bonne vie. Alors, qu’avons-nous encore besoin de Dieu ? Mais sans Lui, tout fondement de l’autorité disparaît. L’autorité dans la société humaine, qu’elle qu’en soit la forme, est prête à fondre comme la guimauve. Spécialement dans l’Église catholique. Pour comble, le néo-modernisme exerce maintenant sur ses victimes une telle emprise qu’il est pratiquement impossible de les convertir, tant elles sont profondément persuadées qu’elles sont encore catholiques. Comment l’Église peut-elle survivre ? Si l’autorité catholique doit être restaurée avant la fin du monde, un autre feu mortel, tombant miraculeusement du Ciel, ne sera-t-il pas nécessaire, comme pour Dathan, Coré et Abiron ? On ne se moque pas de Dieu (Gal. VI, 7).

Kyrie eleison.

19 avril 2019

[FSSPX Actualités] Vendredi saint

SOURCE - FSSPX Actualités - 19 avril 2019

Le Vendredi saint est un jour de deuil, le plus grand qui soit. Le Christ entre dans la mort. Conséquence du péché, l'emprise de la mort sur toutes nos vies humaines s'étend jusqu'au chef de l'humanité, le Fils de Dieu fait homme.

Mais, tous les chrétiens le savent, cette mort que Jésus a partagée avec nous, et qui fut pour lui si atroce, répondait aux desseins de Dieu pour le salut du monde. Imposée par le Père à son Fils, elle fut acceptée par lui pour notre rédemption.

La Croix du Christ, dès lors, c'est la croix des chrétiens. Hier, déjà, nous le chantions : "Pour nous, toute notre gloire est dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ" ; aujourd'hui encore, l'Eglise le répète et présente la Croix elle-même à notre adoration : "Voici le bois de la croix, qui a porté le salut du monde."

Par là, le Vendredi saint, qui reste un jour de deuil, est aussi le jour qui a rendu l'espérance aux hommes ; il conduit à la joie de la Résurrection.

18 avril 2019

[Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique] Rebâtis mon Église !

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - éditorial de la revue Renaissance Catholique n° 156 - 18 avril 2019

Il y a bien longtemps que notre pays n’avait vécu un tel moment d’émotion partagée ! L’enjeu n’était plus de savoir si la France allait être, ou non, championne du monde de football ou de handball mais d’évaluer les capacités de la voûte et des beffrois de la cathédrale Notre-Dame de Paris à résister à l’incendie qui faisait rage.

Quand la flèche s’est effondrée un cri a jailli de la foule. Dans les rues de la capitale des groupes en prières récitaient le chapelet. Les églises de France ont sonné le glas. La cathédrale de Chartres s’est ouverte à 22 h, en union de prières avec l’autre Notre-Dame. Chacun, confusément, a bien senti que c’est l’âme même de la France qui était en jeu, qu’il ne s’agissait pas d’un simple amas de bois et de pierres ou d’un musée, si prestigieux fut-il. La cathédrale Notre-Dame de Paris nous relie à la fois à notre Histoire longue, à nos racines mais aussi au Ciel. Parce qu’elle est l’œuvre inégalée de siècles de foi, le symbole éclatant de toute une civilisation en péril, elle continue d’interroger notre siècle matérialiste, gavé de biens matériels mais toujours en quête de sens. Ce drame nous rappelle que ce que nous croyons indestructible peut disparaître.

Une nouvelle union nationale

Un grand mouvement d’union nationale s’est amorcé pour reconstruire la cathédrale. Les dons affluent importants ou modestes, de personnalités célèbres ou inconnues. C’est une grâce. Cependant que peut signifier cet incendie dans le plan de Dieu ? En 1210, le pape Innocent III vit en songe un petit moine qui soutenait l’église Saint-Jean-de-Latran en ruine. Au même moment saint François d’Assise entendit une voix lui ordonner : « Va et rebâtis mon Église qui tombe en ruine ».

C’est à cette reconstruction de l’Église, alors ébranlée par l’hérésie cathare, que s’attacha saint François. Au-delà de la reconstruction matérielle de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ce drame, qui frappe notre mémoire et notre identité en plein cœur, pourrait être l’occasion d’un sursaut salvateur. Il faudrait pour cela que la, nécessaire, démarche de reconstruction matérielle soit complétée et accompagnée par une démarche spirituelle de prière et de pénitence, renouant avec l’Histoire longue et l’âme même de notre pays. Le président de la République nous a appelés « à retrouver le fil de notre projet national ».

Prenons le aux mots ! Pour préparer le millénaire du baptême de la Pologne, célébré en 1966, le cardinal Wyszynski initia une neuvaine d’années de prières à Marie qui renouvela en profondeur le pays. Quelques années plus tard, le cardinal Wojtyla, archevêque de Cracovie, devenait pape sous le nom de Jean-Paul II et la Pologne se libérait du joug communiste.

La passion de l’Église

L’Église de France semble ne jamais devoir arriver au bout du chemin de croix qu’elle parcourt, douloureusement, depuis des années. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est le point d’orgue de bien des mois d’épreuves. Citons la fermeture du séminaire de Lille, la condamnation pénale du cardinal Barbarin (archevêque de Lyon et primat des Gaules) pour non-dénonciation de l’activité pédophile du père Preynat, à ce jour non jugé… Sans oublier, à l’échelle de l’Église universelle, le scandale, globalement impuni, des abus sexuels commis par des prêtres, des évêques voire des cardinaux sur des mineurs ou des adolescents, la confusion sur l’accès des divorcés remariés à la communion, le relativisme doctrinal vis-à-vis de l’islam, etc.

À la suite de son divin maître, l’Église chemine, sous les crachats et les coups, portant la croix, vers le calvaire, dans l’espérance de la Résurrection. Cependant, la dévotion populaire du chemin de croix le rappelle, ce qui est méritoire ce n’est pas de tomber mais de se relever, à trois reprises selon la Tradition. Il ne suffit pas de déplorer les malheurs des temps, il s’agit d’œuvrer à rendre les temps meilleurs. Et cela sous le regard de Dieu. Les Ninivites le comprirent qui, à la prédication de Jonas, décrétèrent quarante jours de pénitence pour que Dieu les épargne malgré leur mauvaise conduite. Dieu, « lent à la colère » (Jo, IV, 2) se laissa fléchir et Ninive fut épargnée. On se demande bien à quel titre notre pays mériterait d’être épargné ! La loi naturelle, qui est l’autre nom de la loi de Dieu, est en permanence bafouée par une législation civile qui ne connaît d’autre règle que la satisfaction immédiate des désirs et des pulsions de chacun. Quant à l’Église, elle a fait depuis cinquante ans le choix de s’associer au monde dans une union sacrilège, dont les fruits vénéneux sont chaque jour plus apparents sous nos yeux : banalisation de l’homosexualité, silence sur les réalités du mariage, abandon de la prédication sur les fins dernières, autocélébration de l’assemblée en lieu et place du culte dû à Dieu, etc.

Un ultime avertissement ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris, selon la volonté directive ou permissive de Dieu – nous laissons le pape François trancher –, frappe au cœur à la fois l’État français et l’Église. L’État, comme propriétaire du lieu. L’Église, comme affectataire du lieu de culte. Ultime avertissement à peu de frais avant des choses plus sérieuses ? Seul Dieu le sait. Ne l’oublions pas : notre Dieu est « un Dieu jaloux » (Ex, 34, 14) dont « on ne se rit pas, ce qu’on sème c’est aussi ce qu’on récolte » (Gal, VI, 7). Le « maître des horloges » a dû remettre sine die le beau discours qu’il avait consciencieusement préparé pour répondre à la « foule haineuse ». Mieux lotie, l’Église de France a touché du doigt qu’il restait encore un humus chrétien dans notre vieux pays, une braise sous la cendre qui ne demande qu’à illuminer de nouveau nos vies et nos patries.

Des foules jeunes et priantes se sont rassemblées pour des prières publiques dans les jours qui ont suivi l’incendie. « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » interrogeait le pape Jean-Paul II, le 1er juin 1980, à Paris ? Poser la question, c’est y répondre.

Ce n’est sans doute pas un hasard si ce tragique événement s’est déroulé au soir du Lundi saint, alors que les catholiques entrent dans la « semaine peineuse ». Dieu semble absent, vaincu. Nous sommes comme les apôtres dans la barque pendant la tempête ou les disciples sur la route d’Emmaüs. Mane nobiscum. « Restez avec nous car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc, 24,29), implorent les disciples s’adressant au Maître qu’ils n’ont pas encore reconnu. Ayant abandonné Dieu, notre monde a perdu sa boussole. Plus ou moins consciemment chrétiens et incroyants sentent bien que l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris constitue une nouvelle atteinte aux liens de plus en plus ténus qui nous relient à la fois avec nos anciens, notre Histoire, notre civilisation et avec l’au-delà, le Ciel, le Salut. Ces liens qui nous rappellent que notre horizon ne se réduit pas à celui, un peu animal, d’être des consommateurs compulsifs.

La Semaine Sainte qui s’ouvre est l’occasion de renforcer ce lien, voire de le renouer.

17 avril 2019

[Père Guillaume - interia.pl] "Notre Dame est notre église mère..."

SOURCE - Père Guillaume - interia.pl - 17 avril 2019

"Notre-Dame est notre église mère, et la voir brûler c'est évidemment quelque chose devant lequel on reste comme incrédule. On n’y croit pas et pourtant les flammes sont là. Il se trouve que j'étais en Bretagne le 15 avril, et que j'ai donc vu brûler Notre-Dame, à la télévision. C'était évidemment d'abord une grande inquiétude. En fait la vieille dame, Notre-Dame la vieille dame, a bien tenu, elle a tenu bon malgré les siècles, elle ne s'est pas effondrée. Elle est toujours là, elle attend simplement une génération de reconstructeurs. Vous savez, en France la “déconstruction”, cette mode intellectuelle, mais je pense qu'aujourd'hui, Notre-Dame détruite fait signe pour la reconstruction. Une reconstruction qui est fondée sur une vraie foi commune, pas forcément une fois de catholique pratiquant, mais ça touche bien au delà des catholiques pratiquants, ça touche tout le monde. Et je pense que la foi est tisonnée, la foi dans le cœur de chacun, de chaque Français par cet événement. C'est le travail du négatif: ce n'est pas si négatif que ça. Elle est toujours là, l’écrin de pierre est intact, et elle attend une génération de reconstructeurs"