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29 juin 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] “Prométhée” – La Néo-Église

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 29 juin 2019

Le Concile proclame tout homme bon, sauvé,
Même ceux qui s’en fichent et sont des dépravés !

Dans la deuxième partie de son livre sur Vatican II, l’abbé Calderón étudie l’homme nouveau, tel qu’il émerge du Concile. La troisième partie traite de la Néo-église qui en résulte. Le raisonnement est le suivant : l’unique vraie Religion du seul vrai Dieu a été fondée par Jésus-Christ, Dieu incarné. Sa finalité est “d’enseigner toutes les nations” (Mt XXVIII, 20), car Notre Seigneur a voulu atteindre toutes les âmes pour en sauver le plus grand nombre possible. Mais, afin qu’une Église aussi ambitieuse plût à l’homme contemporain, il fallait protéger l’humanisme moderne, redéfinir la dimension ecclésiale, la réduire et la changer radicalement, tout en dissimulant soigneusement le changement opéré. C’est pourquoi : 1) la Néo-église n’a plus de mission s’étendant sur l’humanité toute entière ; 2) elle s’interdira d’intervenir dans la partie du monde non-religieuse ; 3) et même dans la partie relevant de la religion, elle ne sera plus la seule Église valable : elle devra donc être redéfinie pour remplir son nouveau rôle.

1 La Tradition catholique enseigne que le “Royaume de Dieu” et “l’Église” sont deux expressions désignant une seule et même réalité. Toutes deux ont la même mission de portée universelle. Mais pour adapter cette Église au monde actuel qui, de fait, la rend de moins en moins universelle, Vatican II distinguera entre le Royaume de Dieu, réellement universel, invisiblement présent dans le cœur de tout homme, et la Néo-église, universelle certes, mais seulement par intention, car elle travaille sans cesse à construire et à étendre toujours plus visiblement le Royaume dans la vie concrète des hommes. De plus, la Néo-église est également universelle en tant que “sacrement” ou signe d’unité de tous les hommes (LG,1).

2 Il faut comprendre ici que la Néo-église libère, de toute domination ecclésiale les pouvoirs non-religieux. En effet, la glorification de l’homme a pour conséquence de faire du “Royaume de Dieu” non plus une réalité potentielle destinée à tous les hommes par le baptême, mais une réalité actuelle, pour tous les hommes, rien que par leur nature d’homme. C’est dire que la nature a pris le pas sur la religion. Le rôle de la Néo-église est sans doute de signaler l’universalité du Royaume, mais elle ne peut ni s’en prévaloir ni la revendiquer en exerçant une quelconque autorité. C’est pourquoi la politique se trouve désormais indépendante de la religion. La Néo-église peut tout au plus purifier le pouvoir dans les domaines où il s’exerce. C’est la Nouvelle Chrétienté, annoncée par Maritain, dans laquelle Mammon peut prendre le contrôle du monde, comme nous le voyons depuis Vatican II. En fait, le Concile fut l’aboutissement logique du long déclin de la vraie chrétienté amorcé à partir du Moyen Âge. Mais alors, cette nouvelle chrétienté serait-elle impie ? Non pas, car pour Maritain, ce monde nouveau, ni croyant ni baptisé, est quand même libéré par le Christ et se dirige vers la gloire.

3 Ce rapetissement de l’Église par le libéralisme est suivi de la réduction opérée par l’œcuménisme. Depuis que le protestantisme a brisé l’Église catholique, plusieurs fragments épars ont tenté de se réunir à nouveau. La vraie Église du Christ ne voulait et ne veut toujours pas participer à cette quête vaine de l’unité perdue, tant que les dissidents ne rentrent pas dans l’Église catholique. Mais le dogme de la glorification de l’homme fait que la Néo-église glorifie les non-catholiques et cherche à les rejoindre. C’est ainsi que, parmi les chrétiens non-catholiques, elle glorifiera les “traces” du catholicisme encore présentes, mais sans vie ; par exemple parmi les Orthodoxes, le sacerdoce valide, mais sans juridiction ; parmi les protestants, les Ecritures, mais sans interprétation faisant autorité ; elle verra dans tout cela des “éléments” vivants : « Parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Eglise se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup ; et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Eglise catholique » ( Ch 1- § 3 Unitatis Redintegratio). Dans l’humanité non-chrétienne, elle mettra en valeur “les germes du Verbe”, c’est-à-dire toutes les vérités et choses bonnes qui sont des étincelles de la Parole qui “éclaire tout homme venant en ce monde” (Jn.I, 9) (Nostra Aetate), car tous les êtres raisonnables ont été élus par Dieu pour Le glorifier, et tout élu est sauvé.

Mais comment le Concile peut-il ainsi apprécier tous les non-catholiques sans déprécier les catholiques ? En déclarant que “l’Église du Christ”, qui embrasse tous les hommes, “subsiste” dans l’Église catholique, autrement dit, qu’elle y existe d’une manière toute spéciale (LG#8). Mais dire qu’elle “subsiste” n’est qu’une ruse verbale, car à mesure que le Concile exalte les non-catholiques, comment peut-il ne pas minimiser l’importance du catholicisme ? Ou encore : s’il ne déprécie pas le fait d’être en dehors de l’Eglise, comment peut-il faire prévaloir l’Eglise catholique ?

4 Enfin, comment définir la Néo-église dans son nouveau rôle ? Elle doit se concevoir comme “Peuple de Dieu”, nécessairement démocratique, en sorte que l’Ordre du sacerdoce se confond avec le “sacerdoce” des laïcs ayant reçu le baptême (I P II, 5), ce qui rend la Néo-église tout entière sacerdotale, dotée d’une mission dans le monde entier ; en sorte que les évêques sont assignés, avec le Pape, à la direction de l’Eglise (LG#22). Pour finir, notons également ce vocable, assez vague, qu’emploie le Concile pour correspondre à l’imprécision des notions de la Néo-église : la “Communion”. Son activité principale consiste dans le “Dialogue” avec tous les hommes, afin que personne n’ait jamais tort, et que chacun puisse être en amitié avec tous. Foin de la doctrine ou de la vérité !

Kyrie eleison

[FSSPX Actualités] La Fraternité Saint-Pie X compte 658 prêtres

SOURCE - FSSPX Actualités - 29 juin 2019

Après les ordinations sacerdotales qui ont eu lieu dans les séminaires de l’hémisphère Nord de la Fraternité Saint-Pie X en ce mois de juin 2019, 13 nouveaux prêtres sont venus renforcer les rangs de l’œuvre sacerdotale fondée par Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) il y a bientôt cinquante ans.

Cinq candidats américains ont été ordonnés prêtres pour l’éternité le 21 juin par Mgr Bernard Tissier de Mallerais à Dillwyn (USA), puis six candidats (4 Français, 1 Anglais et 1 Italien) ont été ordonnés le 28 juin par Mgr Alfonso de Galarreta à Ecône (Suisse). Enfin, deux nouveaux prêtres (1 Allemand et 1 Polonais) ont été ordonnés à Zaitzkofen (Allemagne) le 29 juin par Mgr Bernard Fellay.

La Fraternité Saint-Pie X compte désormais 658 prêtres, dont trois évêques, ainsi que 128 frères profès et 74 sœurs oblates.

28 juin 2019

[FSSPX Actualités] Ecône 2019 : l’esprit de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 juin 2019

Aux jeunes prêtres ordonnés à Ecône, le 28 juin 2019, en la fête du Sacré-Cœur, Mgr Alfonso de Galarreta a adressé plus qu’une homélie ; il s’agissait d'un véritable programme de vie sacerdotale, dans l’esprit du Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X.

En effet, reprenant une conférence spirituelle de Mgr Marcel Lefebvre, le Premier Assistant général a indiqué les aspects essentiels la spiritualité de la Fraternité :
1. la primauté de l’esprit surnaturel pour ne pas laisser l’âme sacerdotale se dessécher au contact du naturalisme ;  
2. la prédication de la vraie doctrine pour donner aux fidèles la nourriture dont ils ont grand besoin ; 
3. la vie d’oraison au cœur de la vie apostolique, car Notre Seigneur est la vigne et nous ne sommes que les sarments ; 
4. l’esprit romain et l’amour de l’Eglise dans son enseignement constant, en aimant le Corps mystique comme le Christ l’a aimé, jusqu’au don total ;   
5. le souci de l’ordre hiérarchique ecclésiastique qui s’oppose à un laïcisme néo-protestant où le célibat sacerdotal pourrait être optionnel ; 
6. la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, en particulier à Notre Dame de Compassion, intimement unie à l’œuvre de la Rédemption opérée par son divin Fils. 
Chacune des facettes du trésor spirituel de la Fraternité - qui n’est autre que celui de l’Eglise bimillénaire - éclairera le ministère des jeunes ordonnés, le faisant rayonner pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Ce soir, avec 6 nouveaux prêtres, la Fraternité Saint-Pie X compte 656 prêtres, demain avec les ordinations à Zaitzkofen ils seront 658.

Deo gratias !

27 juin 2019

[FSSPX Actualités] Entretien avec l’abbé Troadec : au service des vocations sacerdotales et religieuses

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 juin 2019

Après 23 ans à la tête du séminaire Saint-Curé d’Ars de Flavigny (France), l’abbé Patrick Troadec deviendra prieur de Brest, le 15 août prochain. DICI lui a demandé quels enseignements il tirait de ses nombreuses années consacrées à la formation des futurs prêtres et frères de la Fraternité Saint-Pie X.
DICI : Vous allez quitter au mois d’août le poste de directeur du séminaire de Flavigny que vous occupiez depuis 1996. Vous avez rencontré durant cette longue période un nombre impressionnant de séminaristes et de frères, n’est-ce pas ?
Abbé Troadec : En effet, j’ai accueilli 459 séminaristes et frères durant mon mandat, soit une moyenne de 20 jeunes gens par année.
Pouvez-vous donner quelques précisions sur la provenance des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ?
Le séminaire de Flavigny, comme tous ceux de la Fraternité, est international. Ce n’est pas un vain mot. En effet, si parmi les séminaristes et frères, les trois quarts sont Français, les autres sont venus essentiellement de Suisse et d’Italie, mais aussi d’autres pays d’Europe comme l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse, la Pologne, l’Espagne, le Portugal. J’ai également accueilli des Africains, des Américains et même un jeune homme du Sri Lanka.
Y a-t-il un certain type de familles à l’origine des vocations ?
Les séminaristes sont issus de familles de 6 enfants en moyenne. Les trois quarts des Français ont été formés dans des écoles pleinement catholiques et la grosse majorité ont leur mère au foyer.

L’Eglise a toujours favorisé les familles nombreuses, encouragé les mères au foyer, et demandé avec insistance que les enfants soient formés dans des écoles foncièrement catholiques. Une analyse de l’origine des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse confirme le bien-fondé de ces prescriptions.
Où ceux qui sont parvenus au sacerdoce exercent-ils leur ministère ?
Près de 40% sont prêtres à l’étranger, répartis dans 18 pays. La moitié d’entre eux sont en Europe et le reste sur les autres continents. Il y en a aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Argentine, au Gabon, au Kenya, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, à Singapour, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Avec son sens catholique, Mgr Lefebvre a voulu que la Fraternité vienne au secours des fidèles du monde entier réclamant sa présence pour assurer le salut de leurs âmes.
Avez-vous vu des différences entre les jeunes gens que vous avez accueillis ces dernières années et ceux que vous aviez formés il y a 20 ans ?
La plupart des séminaristes ont reçu durant leur enfance et leur adolescence des grâces exceptionnelles qui leur ont permis de développer harmonieusement la grâce de leur baptême. Ils ont été souvent protégés du monde. Néanmoins, ils sont les jeunes de leur époque et le monde a laissé une empreinte sur certains d’entre eux. 

Du temps où j’étais séminariste, Mgr Lefebvre disait que nous étions touchés par le libéralisme ambiant. De même aujourd’hui, le mode de vie de nos contemporains rejaillit en partie sur notre milieu.

En arrivant à Flavigny, je parlais de la « mentalité fast-food » qui touchait certains séminaristes, c’est-à-dire une difficulté à appréhender des sujets ardus. Il fallait déjà s’exprimer de façon simple pour se faire comprendre. Huit ans après, j’ai constaté ce que l’on pourrait appeler une « tendance au zapping », c’est-à-dire le souhait de ne pas rester longtemps sur le même sujet, lié à un désir récurrent de changement, et depuis huit ans environ, une partie de nos jeunes est touchée par ce que j’appellerai « l’ère du clic », c’est-à-dire le désir d’avoir réponse à tout et qui plus est de façon immédiate. Les paysans savent qu’il y a un temps entre les semailles et les récoltes, mais aujourd’hui les familiers de Google oublient cette donnée fondamentale de la nature.

Heureusement, le cadre géographique exceptionnel du séminaire de Flavigny permet aux séminaristes un retour au réel, en vivant éloignés du monde informatique et en étant baignés dans une atmosphère favorable à la contemplation.
Quelle est la spécificité de la première année de séminaire ?
Le règlement du séminaire a été conçu par la sagesse de l’Eglise pour forger des tempéraments équilibrés. L’objet principal de la première année est la recherche d’une union intime avec Dieu. Une des conditions pour l’acquérir est le silence. Dieu parlant dans le silence, l’ambiance du séminaire est une atmosphère silencieuse. Le silence du séminaire n’est pas un vide, mais une plénitude. Le silence permet, en outre, d’unir les avantages de la solitude à ceux de la vie commune. 

Une autre caractéristique de la vie au séminaire est la vie liturgique. Or, comme le disait saint Pie X, la liturgie est la première source de l’esprit chrétien. Il y a des grâces propres à chaque fête. Les séminaristes sont dans les meilleures dispositions pour les recevoir.

Un autre élément important pour les futurs prêtres est la vie commune. La Fraternité Saint-Pie X est une société de vie commune. Les séminaristes sont entraînés à la pratique des vertus par le soutien mutuel. Le fait de côtoyer d’autres jeunes gens animés du même idéal est pour les séminaristes une aide précieuse. Parmi eux, il y a une grande diversité, source d’enrichissement : certains ont dix-huit ans, d’autres sont plus âgés ; certains n’ont que le bac, d’autres ont fait des études supérieures ; certains sont nés dans la Tradition, d’autres sont des convertis ; il y a, comme je l’ai dit, des Français et des étrangers. Il y a donc un large éventail de séminaristes et de frères, ce qui rend la vie très agréable. 

Maintenant, il ne faudrait pas idéaliser la vie du séminaire. Il n’y a pas de vie mystique sans vie ascétique, il n’y a pas d’union à Dieu sans renoncement. Pour être heureux au séminaire, il faut être généreux, se donner sans réserve ; il y a des concessions à faire pour parvenir à s’entendre avec des personnes si différentes, car si les différences entre les séminaristes peuvent être source d’enrichissement, elles peuvent aussi engendrer des mésententes. Aussi, Mgr Lefebvre donnait-il ce conseil précieux : « [Les séminaristes] s’efforceront de donner à tous la même estime, le même dévouement surtout à l’occasion des récréations, des sorties. Ils considéreront toujours plus ce qui les unit que ce qui les sépare. […] Qu’on ne se nourrisse pas d’illusions, ce bonheur s’achète par l’obéissance, l’abnégation, l’humilité, l’oubli de soi, le véritable zèle pour le règne de Notre-Seigneur. »
Parmi les séminaristes, vous avez parlé de convertis ? Y en a-t-il régulièrement qui frappent à la porte du séminaire et comment nous découvrent-ils ?
Après une période où le recrutement se faisait presque exclusivement dans la Tradition, régulièrement, depuis une dizaine d’années environ, des jeunes gens non issus du milieu traditionnel frappent à la porte du séminaire.

La plupart nous découvrent par Internet et beaucoup sont passés auparavant par des communautés bénéficiant de la messe tridentine, tout en étant sous la dépendance des évêques diocésains. 
Qu’est-ce qui amène ces jeunes gens à venir jusqu’à nous ?
En général, les deux termes qui viennent spontanément à l’esprit des candidats au séminaire Saint-Curé d’Ars pour justifier leur entrée dans la Fraternité sont : « cohérence » et « Mgr Lefebvre ». Les jeunes gens qui frappent à la porte du séminaire apprécient la rigueur doctrinale de la Fraternité et sa liberté à dénoncer les erreurs qui se sont infiltrées dans l’Eglise depuis le concile Vatican II et qui ont cours actuellement. 

Par ailleurs, en ayant écouté des sermons de Mgr Lefebvre ou lu certains de ses ouvrages, ils ont été conquis par son esprit de foi, ainsi que par la profondeur et la simplicité de ses propos. Ils ont vu en lui l’homme de Dieu choisi par la Providence pour conduire les âmes sur le chemin du Ciel dans le contexte douloureux de la crise que l’Eglise traverse depuis 50 ans.
Vous avez parlé de 20 séminaristes et frères qui entrent au séminaire en moyenne. Le nombre des vocations stagne, alors qu’il y a plus d’élèves en proportion dans les écoles de la Fraternité aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Comment expliquer la difficulté à faire germer les vocations ?
Il y a plusieurs paramètres qui expliquent cette stagnation. Le facteur le plus important est sans doute l’accès à Internet qui détourne les âmes de l’essentiel en les enfermant dans le secondaire, le superficiel, l’éphémère, l’accidentel, l’événementiel, l’immédiateté... L’invasion du numérique produit des désastres chez nos contemporains. Elle empêche le développement de la vie intérieure. A cela s’ajoute hélas ! le problème majeur de l’impureté qui souille tant d’adolescents et même d’enfants par les images malséantes et même provocantes dans tant de films et de publicités. Plus on accorde à la vie de la chair, plus on retranche à la vie de l’esprit. Saint Paul dit bien que « l’homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu ».

Un autre obstacle majeur à l’éclosion des vocations est l’esprit critique. Le Français est très critique. Or la critique des prêtres enlève chez l’adolescent le désir de se donner à Dieu. L’enfant croit et obéit, l’adolescent admire et choisit. Or, la critique à l’égard des prêtres tue chez les jeunes l’admiration.

Les difficultés internes que la Fraternité a connues ont contribué certainement à freiner l’élan de jeunes gens vers le séminaire. Même si cela n’est pas quantifiable, c’est indéniable. Le démon est le grand diviseur : à nous de ne pas entrer dans son jeu.
Quels conseils donneriez-vous aux parents pour favoriser l’éclosion de vocations dans leur foyer ?
Il me semble que les deux points essentiels pour favoriser les vocations se résument dans l’esprit de piété et de sacrifice.

L’esprit de piété naît naturellement chez l’enfant lorsqu’il voit que Dieu occupe la première place dans sa famille. Lorsque l’enfant constate que les grandes décisions de ses parents sont prises sous le regard de Dieu, quand il voit que les épreuves sont portées avec esprit surnaturel, lorsqu’il s’aperçoit que ses parents ont une haute idée de la vocation sacerdotale et religieuse, quand il les voit respecter les prêtres, lorsqu’il les entend en dire du bien, cela engendre naturellement en lui l’estime de la vocation. En respirant le parfum surnaturel dès le plus jeune âge, l’enfant acquiert l’instinct surnaturel, ce qui facilite grandement sa réceptivité à l’appel de Dieu. Bien sûr que la prière en famille tant recommandée par le pape Pie XII s’inscrit dans cette ligne directrice, ainsi que les pèlerinages, l’assistance à des ordinations ou prises de soutane, et également la lecture quotidienne de livrets de vie spirituelle.

A l’esprit de piété, il importe que les jeunes joignent également l’esprit de sacrifice. Les parents doivent communiquer cet esprit en étant fermes devant les caprices de leurs enfants et en les incitant à renoncer non seulement aux choses défendues, mais aussi à certaines choses permises en esprit d’expiation pour tant de péchés qui se commettent dans le monde. Le manque d’esprit de sacrifice rend l’homme vulnérable et le laisse sans résistance, notamment devant le vice impur. Paul Claudel disait à son ami Jacques Rivière : « On dit que la jeunesse est faite pour le plaisir ; en réalité, elle est faite pour l’héroïsme. » La jeunesse n’est pas faite pour le plaisir parce que le plaisir n’est pas une fin en soi. Dès qu’on cherche le plaisir pour lui-même, on se recherche soi-même, on nourrit son égoïsme, on cherche à satisfaire son moi, et l’on sombre peu à peu dans le narcissisme. L’homme n’est pas fait pour prendre, il est fait pour donner, il est fait pour se donner à la suite du bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis. Voilà pourquoi, les séminaristes et les prêtres fidèles à leur vocation sont si épanouis. Développons chez nos jeunes l’esprit de piété et de sacrifice pour leur permettre de résister au mal et de trouver leur bonheur en Dieu.

L’assistance au saint sacrifice de la messe est le moyen par excellence pour favoriser l’esprit de piété et l’esprit de sacrifice. En voyant tout ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous durant sa Passion, en le voyant s’immoler sur nos autels, cela nous encourage à le suivre sur le chemin de la vertu qui est le chemin du Ciel.
Que diriez-vous à des jeunes gens pour les aider à discerner la volonté de Dieu ?
Je les inviterais en premier lieu à avoir un directeur spirituel. Un des moyens les plus propres à aider des jeunes gens à discerner la volonté de Dieu est en effet la direction spirituelle. Celle-ci aide à découvrir la beauté d’une vie d’union à Dieu et à mettre en place une stratégie pour lutter contre le vieil homme.
J’inciterais également le jeune homme à faire partie d’un bon mouvement de jeunesse. Un bon mouvement aide à développer le don de soi et à susciter le zèle missionnaire.

Enfin, je conseillerais aux jeunes gens de faire une retraite spirituelle au moins tous les deux ans. Le cadre d’une retraite est propice au développement de la vie intérieure et aide à se mettre dans les conditions les plus favorables pour entendre la voix de Dieu.
Vous avez parlé de la vocation sacerdotale. Mais à Flavigny, vous avez eu aussi la responsabilité de la formation des frères. Quelle est leur spiritualité propre ?
Les frères sont des religieux. Ils émettent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et sont auxiliaires des prêtres. Ils partagent leur vie de prière et de communauté et les soulagent dans des tâches très variées comme la responsabilité de la sacristie, la direction de la chorale, le jardin, ou encore les travaux divers de la maison.

Parmi ceux que j’ai accueillis, 35 aujourd’hui sont frères profès dont 30% à l’étranger. Ils sont très précieux, notamment dans les écoles mais aussi dans les prieurés et même au séminaire.

Par leur régularité, ils sont un soutien pour les prêtres. En école, ils sont d’excellents intermédiaires entre les enfants et les prêtres et permettent à ces derniers d’exercer une action plus profonde sur les élèves. En prieuré, ils favorisent grandement la vie de prière et sont très appréciés par les prêtres. Ce fut pour moi une grande joie sacerdotale de voir le développement des vocations de frères dans la Fraternité. 

Aujourd’hui encore, des jeunes gens ont les qualités pour être d’excellents frères mais ne s’engagent pas dans cette voie par méconnaissance de la nature de cette vocation ou par crainte de ne pas correspondre aux exigences de cet état de vie. Il est vrai que l’esprit d’indépendance insufflé dans le monde ne favorise pas non plus l’éclosion de cette vocation. Je souhaite ardemment que les prêtres et les parents mettent toujours davantage en valeur la beauté de cette vocation afin de renforcer dans la Fraternité l’esprit religieux que Mgr Lefebvre a voulu lui transmettre. Heureusement, nous avons aussi la grâce d’avoir les Sœurs de la Fraternité qui sont également pour nous de précieuses auxiliaires !
Vous allez quitter le séminaire pour un prieuré. Cela va vous faire un grand changement !
Oui, c’est vrai. Je vais retrouver un poste analogue à celui que j’ai connu avant d’être à Flavigny, mais puisque la Fraternité a pour mission première le sacerdoce et tout ce que s’y rapporte, je vais transmettre à Brest aux familles et aux enfants les bases qui permettront de faire naître chez les jeunes, je l’espère, de nouvelles vocations. Ma prochaine mission restera donc tournée vers le sacerdoce et ce qui est sa raison d’être, le saint sacrifice de la messe dont nous recevons toutes les grâces de rédemption.

  • Séminaire International Saint-Curé-d’Ars, Maison Lacordaire, F-21150 Flavigny-sur-Ozerain

26 juin 2019

[Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Un intéressant courrier

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) - juin 2019

Nous avons reçu la lettre suivante d’un prêtre :
« Monsieur l’abbé, 
Le Christ est ressuscité ! (Ceci peut remplacer le bonjour dans le temps pascal) 
Je fais référence à votre dernier édito, que je viens de recevoir avec la LNFP. 
Je pense que vous devriez être beaucoup plus prudent avant d’accuser un Pape d’hérésie. Il y a des nuances dans le dogme catholique. 
Malheureusement, ce genre de propos est plus qu’une habitude chez la Fraternité Saint-Pie X, c’est la structure même de votre identité, sa façon de se légitimer qui en dépend, comme en atteste parfaitement la conclusion de votre édito. Le jour où vous ne trouverez plus rien à critiquer, il semble que vous n’aurez plus de raison d’exister. Peut-être pourriez-vous vous chercher une autre raison d’être ? En recevoir une du Seigneur ? Je vous promets de prier à cette intention. 
Pensez-vous que cela fasse partie du plan de Dieu qu’Abraham ait rencontré Melchisédech et ait été béni par lui ? Pensez-vous que Jéthro ait été de la même religion monothéiste qui était celle de Moïse et des Juifs ? Pourtant les fils d’Israël et Moïse lui-même ont été aidés par lui. Balaam, prophète païen s’il en est, chargé de maudire le peuple juif, a dû le bénir et c’est dans la Révélation ! Les marins qui convoyaient Jonas étaient païens et ce sont eux qui lui ont dit ce qui était en train de se passer, qu’ils allaient faire naufrage car il avait fui son appel. Le général syrien Naaman était païen qui a emporté de la terre d’Israël pour prier dessus après avoir été guéri par Elisée. Etc. 
Dans le plan de Dieu tel que la Révélation nous le dévoile progressivement, il y a la place pour une “économie du salut”, où les autres religions ont souvent valeur de préparation. 
Saint Paul ne dit-il pas : “Athéniens, je vois que vous êtes les plus religieux des hommes…” ? Il valorise donc bien leur dimension religieuse ! Puis il ajoute: “Eh bien ! ce Dieu que vous cherchez sans le connaître, je viens vous l’annoncer…”. 
Partout les missionnaires chrétiens se sont appuyés sur les semences du Verbe présentes dans les autres religions pour annoncer l’Évangile. Nous pouvons lire ou relire les premiers Pères de l’Église, en particulier les Pères apologètes comme Justin, Tatien, Aristide d’Athènes, Théophile d’Antioche, Méliton de Sardes… 
Aujourd’hui encore, nous voyons que des musulmans souvent viennent à la foi catholique à travers les interrogations qu’ils se posent à partir de leur propre religion et ils sont très nombreux à se convertir même dans les pays dits musulmans où c’est pourtant réprimé. Ce n’est pas en niant la part de vérité qu’il y a dans les autres religions que nous ferons avancer l’évangélisation. 
Donc, oui, la pluralité des religions fait paradoxalement partie du plan de Dieu, (comme le péché aussi en fait partie : “Dieu a enfermé tout homme dans le péché pour faire à tous miséricorde” cf. Rm), car elle peut conduire par des chemins divers à l’unique Médiateur qui est le Christ dans son unique Église. “Il y a un seul chemin pour parvenir à Dieu et c’est le Christ, mais il y a de nombreux chemins pour parvenir au Christ” (Père Antoine). 
C’est là la grande, la vraie Tradition de l’Église, qu’elle a toujours gardée et qu’elle gardera toujours, et, pardonnez ma franchise, elle le fera avec ou sans vous. 
Je serais très heureux si pouviez publier ce petit “droit de réponse”, dans votre prochaine lettre. 
Je vous dis ma communion dans la foi catholique, communion que j’aimerais être aussi une communion dans la charité, laquelle va toujours avec la vérité, n’est-ce pas ? »
Fin de la lettre du père R. H.

Cette lettre du père R. H. est courtoise, précise, argumentée. Elle aborde, de plus, deux questions fort importantes et intéressantes : la réalité de la déclaration d’Abu Dhabi ; l’attitude de la Fraternité Saint-Pie X vis-à-vis de ce qui lui apparaît comme des erreurs, au regard de l’enseignement constant de l’Église. C’est pourquoi, il nous a paru utile et enrichissant d’y répondre un peu longuement.
L’éditorial n’accusait pas le pape d’hérésie 
Le père R. H., après les salutations d’usage, dont nous le remercions, nous explique qu’il va examiner l’éditorial de l’abbé Benoît de Jorna du numéro 81 de la Lettre à nos Frères prêtres, intitulé « Une confusion dramatique » : « Je fais référence à votre dernier édito, que je viens de recevoir avec la LNFP ».
   
Il estime, en effet, que cet éditorial a accusé d’hérésie le Pape François : « Je pense que vous devriez être beaucoup plus prudent avant d’accuser un Pape d’hérésie. Il y a des nuances dans le dogme catholique ».
   
Commençons par ce premier point. Contrairement à ce qu’affirme le père R. H., l’éditorial de l’abbé Benoît de Jorna comportait explicitement une « mise à distance » entre la phrase litigieuse extraite du « Document sur la Fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune » signé aux Émirats Arabes Unis le 4 février 2019, et la personne du Pape François. A aucun moment, et sous aucune forme, il n’a été dit ou suggéré que le Pape était, personnellement, « accusé d’hérésie », comme l’affirme le père R. H. Et même au contraire !
   
D’abord, il est écrit dans cet éditorial que cette phrase litigieuse constitue « en soi » une proposition hérétique. Mais ce qui est vrai « en soi » ne l’est pas forcément « dans le contexte ». On dit plaisamment que tout prêtre a droit à trois hérésies par sermon. Or, même si un prêtre profère par mégarde, dans son homélie, une phrase qui « en soi » est hérétique, cela ne signifie nullement qu’on va l’accuser d’hérésie : le contexte permet de comprendre qu’il s’agit d’une erreur involontaire.
   
Ensuite, il a été dit explicitement par l’abbé de Jorna que, « à un évêque qui lui disait sa surprise qu’il ait pu signer une telle phrase, le Pape François aurait répondu qu’il n’admettait nullement l’équivalence de toutes les religions, que donc il rejetait toute hérésie ». Or l’hérésie suppose la pertinacité, le refus de se soumettre, même après avertissement, à l’enseignement de l’Église. Mais ici, précisément, non seulement le Pape ne semble pas pertinace, mais au contraire il rejette explicitement l’hérésie que constituerait la phrase prise « en soi ».
   
En conséquence, l’éditorial envisage (de façon non limitative) des hypothèses qui pourraient expliquer la présence de cette phrase litigieuse contraire apparemment à la véritable pensée de François : que le Souverain Pontife ne l’ait pas lue ; qu’il n’y ait pas fait suffisamment attention, etc.
Hérésie et erreurs
Cela ne signifie pas que l’éditorial de l’abbé de Jorna ne contenait pas de critiques à l’égard du Pape François : il en contenait, et même plusieurs. Il y était dit que certaines paroles et certains actes du Pape « attaquent les fondements de l’identité catholique », « fourmillent d’erreurs, d’équivoques, de confusions, de sophismes, de propositions suspectes et malsonnantes » et constituent des « zigzags continuels dans la confusion et l’erreur ». Ce n’est pas rien !
   
Mais, précisément, si la Fraternité Saint-Pie X a signalé au cours du dernier demi-siècle un certain nombre d’erreurs touchant à la foi, erreurs émises par des autorités ecclésiastiques, et même au plus haut niveau, elle n’a jamais accusé d’hérésie (formelle, pertinace) aucun des Papes qui se sont succédé depuis le concile Vatican II, elle ne les a jamais qualifiés d’hérétiques.
   
Tout simplement parce qu’elle s’abstient de juger des intentions, des responsabilités, bref des dispositions intérieures des personnes, qui par définition échappent à ses prises et à sa responsabilité. La Fraternité Saint-Pie X est seulement obligée de se confronter à des faits publics de leur nature, comme le texte d’Abu Dhabi et, autant qu’il est absolument nécessaire, de les qualifier le plus objectivement possible, pour pouvoir agir ensuite en fonction de ce qu’ils sont réellement.
Seulement dans la critique ? 
Le père R. H. écrit ensuite : « [La critique] est plus qu’une habitude chez la Fraternité Saint-Pie X, c’est la structure même de votre identité, sa façon de se légitimer qui en dépend, comme en atteste parfaitement la conclusion de votre édito. Le jour où vous ne trouverez plus rien à critiquer, il semble que vous n’aurez plus de raison d’exister. Peut-être pourriez-vous vous chercher une autre raison d’être ? ».
   
Il s’agit là d’une réflexion facile, mais qui pourtant ne correspond aucunement à la réalité. Si tel évêque diocésain français publie, par exemple, un communiqué par an à propos d’un événement qui le touche particulièrement, et que seul ce communiqué me permet d’en entendre parler (parce que je suis éloigné géographiquement de ce diocèse, que je ne connais pas spécialement), serait-il juste de dire : « Cet évêque et ce diocèse ont pour seul activité annuelle la publication d’un communiqué. Ils feraient bien de se trouver d’autres activités pour occuper leur temps ! ». En réalité, l’évêque et les prêtres de ce diocèse remplissent chaque jour leur mission propre auprès de leurs fidèles, et le communiqué annuel ne représente qu’une très faible partie de leur activité.
   
La Fraternité Saint-Pie X est constituée de 650 prêtres, de 130 frères (religieux), de 80 oblates (religieuses), et elle est assistée par les 200 religieuses de la congrégation féminine associée, les « Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X ». Tous ceux-là missionnent chaque jour auprès de centaines de milliers de fidèles à travers le monde, à partir des 180 maisons de la Fraternité, en exerçant cet apostolat dans soixante pays du monde.
   
On peut dire que 99 % du temps des membres de la Fraternité Saint-Pie X est consacré aux œuvres de l’apostolat sacerdotal, comme prêcher et enseigner la foi (sermons, catéchismes), célébrer la liturgie et les sacrements, visiter les malades et les pauvres, aider les familles dans l’éducation de leurs enfants à travers un réseau d’écoles catholiques, et surtout (mission première de la congrégation) susciter les vocations et les former dans des séminaires (la Fraternité Saint-Pie X y accueille actuellement 200 séminaristes).
   
Que, lorsque la nécessité s’en présente, la Fraternité Saint-Pie X confesse publiquement la foi catholique à propos d’un texte ou d’un événement qui met cette foi en cause, comme y obligent le saint baptême et la confirmation, cela constitue certes une activité de la Fraternité Saint-Pie X, mais certainement pas son essence exclusive.
L’existence de la Fraternité Saint- Pie X n’est pas liée à la critique 
A ce propos, dans le numéro 74 de la Lettre à nos Frères prêtres (juin 2017) qui présentait succinctement la Fraternité Saint-Pie X, il était dit explicitement : « Il faut noter dès l’abord que les Statuts de la Fraternité Saint-Pie X ne font pas spécialement référence à une crise doctrinale ou liturgique, et ne contiennent pas de critique directe des erreurs contemporaines ou des pratiques déviantes. Chaque ligne des Statuts est orientée vers la sanctification des membres et, en conséquence, vers le rayonnement de leur apostolat ».
     
Autrement dit, même si la crise dans l’Église cessait subitement, la Fraternité Saint-Pie X continuerait sans aucune difficulté son apostolat fondé sur ses Statuts.
     
Sans vouloir nous comparer à ces prestigieuses congrégations, il est évident historiquement que les Dominicains ont été fondés pour lutter contre l’hérésie cathare, comme les Jésuites pour lutter contre l’hérésie protestante : cela ne les empêche pas, des siècles plus tard et dans un tout autre contexte, de continuer leur apostolat dans l’Église, car la critique du catharisme ou du protestantisme ne constitue nullement et exclusivement leur identité.
   
De même, à son très modeste niveau, la Fraternité Saint-Pie X possède une identité de « société de vie apostolique » tout à fait indépendante de la crise actuelle dans l’Église.
La Fraternité Saint-Pie X seule à critiquer aujourd’hui ?
Par ailleurs, le père R. H. omet de signaler, ce qui fait tout de même partie de l’état de la question, que la Fraternité Saint-Pie X est fort loin d’être la seule aujourd’hui, parmi les catholiques, qui émette des critiques sur les orientations actuelles de l’Église. Des laïcs, des prêtres, des groupes notables de théologiens et d’universitaires, des évêques, des cardinaux ont multiplié ces derniers temps des documents publics sur divers points importants de dogme et de morale.
   
Signalons, parmi d’autres (tous ces documents peuvent facilement être trouvés sur internet) :

  • la demande par Mgr Schneider, alors évêque auxiliaire de Karaganda, lors d’une conférence théologique à Rome en décembre 2010, d’un nouveau Syllabus qui clarifierait certains passages ambigus du concile Vatican II et corrigerait des interprétations hétérodoxes qui en sont issues ;
  • la publication, le 29 août 2016, de la « Déclaration de fidélité à l’enseignement immuable et à la discipline ininterrompue de l’Église sur le mariage », signée notamment par les cardinaux Jãnis Pujats, Carlo Caffarra, Raymond Leo Burke, par les évêques Athanasius Schneider, Andreas Laün, Juan Rodolfo Laise, Taras Senkiv, et par de nombreux ecclésiastiques et théologiens ; 
  • les « Dubia » concernant Amoris laetitia remis au Souverain Pontife le 19 septembre 2016 par les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner ; 
  • la lettre au Pape des mêmes cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner du 25 avril 2017 ; 
  • la « Correctio filialis » adressée au Pape François le 11 août 2017 et signée par plus de 250 ecclésiastiques, universitaires et théologiens ; 
  • la publication, le 31 décembre 2017, de la « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel » par Mgr Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, Mgr Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda et Mgr Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, rejoints ensuite par le cardinal Jānis Pujats, archevêque émérite de Riga, Mgr Vigano, archevêque titulaire d’Ulpiana, Mgr Luigi Negri, ancien évêque de Ferrara, Mgr Andreas Laun, ancien évêque auxiliaire de Salzbourg, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire, Mgr René Gracida, évêque émérite de Corpus Christi et Mgr Elmar Fischer, évêque émérite de Feldkirch ; 
  • la lettre publique de Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce à Washington, datée du 26 août 2018, suivie d’une deuxième lettre datée du 29 septembre 2018 ; 
  • le « Manifeste pour la foi » publié par le cardinal Ludwig Müller le 8 février 2019 ; 
  • l’ouvrage du cardinal Robert Sarah, Le soir approche et déjà le jour baisse, publié chez Fayard le 20 mars 2019, lequel cardinal affirme dans un entretien du 5 avril à l’agence Imedia : « Il est vrai qu’actuellement la crise se situe au niveau de la tête [de l’Église]. Si nous ne sommes plus capables d’enseigner la doctrine, la morale, ou de donner l’exemple et d’être des modèles, alors la crise s’avère gravissime ».
  • la « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique » signée par vingt universitaires et théologiens, et publiée le 29 avril 2019. Etc.
Que tant de personnes différentes, qui ne sont nullement liées à la Fraternité Saint-Pie X, expriment aussi publiquement leurs critiques sur la situation doctrinale et morale actuelle de l’Église, cela ne constitue-t-il pas un de ces « signes des temps » dont on parlait volontiers dans les années 60 ? Et, comme le disait le concile Vatican II dans Gaudium et Spes 4, n’existe-t-il pas un « devoir, à tout instant, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » ?
   
Il serait donc utile, sans du tout s’arrêter aux quelques critiques émises par la Fraternité Saint-Pie X, de s’interroger sur la signification de cette rafale de critiques venant de l’intérieur même de la structure ecclésiastique. Et de le faire honnêtement et courageusement, sans se transformer en autruche, ni répéter sur tous les tons que tout va pour le mieux aujourd’hui dans une Église en pleine expansion.
Les missionnaires devant les fausses religions 
Mais venons-en maintenant au cœur de la lettre. Le père R. H. nous y propose une doctrine missiologique appuyée d’abord sur plusieurs exemples de l’Ancien Testament, puis sur une prédication de saint Paul, enfin sur l’exemple des missionnaires chrétiens de tous les siècles.
   
Il y aurait sans doute plusieurs points à relever et à discuter ; par exemple, en ce qui concerne le général Naaman, s’il est venu comme païen solliciter un miracle ou un prodige, il est clair qu’il repart comme un fidèle du vrai Dieu : « Je sais certainement qu’il n’y a pas d’autre Dieu dans toute la terre que celui qui est dans Israël. (…) A l’avenir, votre serviteur n’offrira plus d’holocaustes ou de victimes aux dieux étrangers ; mais il ne sacrifiera qu’au Seigneur » (2R, 5, 15-17).
     
Mais ne chipotons pas. Très globalement, nous sommes d’accord avec cette affirmation du père R. H. que, dans un certain nombre de cas, les missionnaires catholiques ont pu s’appuyer, dans leur prédication, et à titre de « captatio benevolentiæ », sur tel ou tel élément religieux naturellement bon qu’ils découvraient au sein des populations qu’ils évangélisaient (comme la prière, le respect des serments, etc.). Et ceci, même si ces éléments se trouvent effectivement liés concrètement à d’autres éléments qui constituent, comme ensemble signifiant, la religion (fausse) de cette population.
   
Mais, comme l’histoire nous le prouve, jamais ils ne se sont appuyés sur cette religion fausse en tant que telle, jamais ils n’ont dit ou laissé croire que cette religion fausse était, peu ou prou, la vraie religion. Sinon, évidemment, ils ne seraient pas venus, au péril de leur vie, prêcher à cette population l’unique religion par laquelle les hommes peuvent être sauvés. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16). « Il n’est pas d’autre nom sous le ciel qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12).
   
Nous sommes donc d’accord qu’il existe éventuellement dans les fausses religions une « part de vérité », à savoir des éléments naturellement bons (comme la prière, « élévation de l’âme vers Dieu »), qui peuvent en certains cas servir de pierres d’attente pour la prédication évangélique. Mais nous récusons énergiquement l’affirmation que « les autres religions » (en tant que telles, comme ensemble signifiant) puissent avoir « souvent valeur de préparation ».
Les fausses religions sont en lien avec le péché
D’ailleurs, le père R. H. aperçoit le péril de sa proposition prise au sens propre, et il la corrige ainsi : « La pluralité des religions fait paradoxalement partie du plan de Dieu, (comme le péché aussi en fait partie) ».
   
Sur cette ligne, nous pouvons, avec toute la tradition de l’Église, être d’accord. La première prédication évangélique (la mission au sens propre) s’adresse à des hommes enfoncés dans l’ignorance, l’erreur et le péché. Et il est vrai que, comme l’affirme le dicton, parfois « le Diable porte pierre ». Quelquefois, la honte naturelle du péché est utilisée par la grâce de Dieu pour ouvrir l’oreille de l’homme à la prédication de la foi. Quelquefois, c’est tel élément d’une fausse religion, soit naturellement bon, comme nous l’avons dit, soit même mauvais : plusieurs se sont convertis, par exemple, en comparant les actions malhonnêtes des prêtres de leur fausse religion aux belles actions des missionnaires chrétiens.
   
Comme le dit saint Augustin, Dieu « n’aurait jamais permis dans sa bonté infinie que le mal se mêlât à son ouvrage, s’il n’avait été assez bon et assez puissant pour tirer le bien du mal même » (Traité de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, chapitre XI). La pluralité des (fausses) religions, comme le péché, est donc un mal dont Dieu, dans sa toute-puissance, peut tirer un bien, soit pour le bien de la personne elle-même atteinte de ce mal, soit pour le bien de l’univers entier.
La phrase litigieuse inclut une contradiction
Le problème de cette réflexion du père R. H., avec laquelle nous venons d’exprimer notre accord relatif (c’est-à-dire en incluant les réserves et les nuances apportées), c’est qu’elle ne correspond pas à la phrase litigieuse du document d’Abu Dhabi, telle que celle-ci se présente à nous dans son sens obvie et naturel.
   
Que dit cette phrase, en effet ? « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains ». Cette phrase se réfère donc explicitement à la création des hommes et du monde, soit pour un chrétien aux premiers chapitres de la Genèse.
   
Dans ces chapitres (comme d’ailleurs dans le reste de la Bible en général), la question de la « couleur » de peau n’est pas abordée. La question de la diversité des « races » est abordée à propos des fils de Noé (Gn 9, 19), mais sans jugement moral particulier. La question de la diversité des « langues » est abordée à propos de la tour de Babel (Gn 11, 7-9), mais l’interprétation de cette diversité langagière reste difficile.
   
En revanche, la question de la diversité des sexes est explicitement traitée. Il est dit que « Dieu créa l’être humain à son image, il le créa homme et femme » (Gn 1, 27), qu’il les bénit et qu’il vit que cela était très bon. Dieu crée les deux sexes parce qu’il affirme qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, et c’est pourquoi il lui fait une aide semblable à lui (Gn 2, 18). C’est ainsi que Dieu forme la femme à partir d’Adam, et la lui amène pour qu’il la reconnaisse comme semblable à lui et s’attache à elle.
   
Même si nous mettons de côté (faute de clarté suffisante) la question des couleurs de peau, des races et des langues, il reste néanmoins incontestable que la diversité des sexes est bonne et voulue positivement par Dieu, en elle-même.
   
Si donc, comme l’affirme justement le père R. H., la diversité des religions n’est voulue que négativement par Dieu, c’est-à-dire qu’elle est simplement permise, comme le péché, lequel n’est jamais voulu en tant que tel, mais seulement permis pour être l’occasion d’un plus grand bien divin, il est alors impossible de la mettre sur le même plan que la diversité des sexes, voulue par Dieu en tant que telle, parce qu’elle est elle-même un véritable bien.
La vérité des mots et des choses
Or, les lois immanentes du langage, que même un Pape ne peut changer, font qu’une énumération implique nécessairement une parité entre les diverses choses énumérées. Il faut forcément que les êtres énumérés communient dans une réalité semblable, même s’ils diffèrent par ailleurs, en dehors du principe de cette énumération. Si j’énumère des carottes et des navets, c’est qu’ils sont semblables, dans mon énumération, au titre de légumes : « Les carottes et les navets sont consommés comme des légumes ». En revanche, je ne puis pas dire : « Les carottes et les navets sont de même couleur », ni non plus « Les carottes et les steaks sont des légumes », parce que les réalités évoquées par les mots ne communient pas (elles n’ont pas la même couleur, elles ne sont pas du même genre alimentaire).
     
La diversité des sexes est un bien, qui est voulu de Dieu ; la diversité des religions est un mal, qui ne peut être que permis par Dieu en vue d’un plus grand bien. On pourrait donc dire de façon acceptable : « La diversité des sexes et des religions est voulue ou permise par Dieu, selon les cas ». Mais on ne peut certainement pas dire purement et simplement, sans autre nuance, la phrase d’Abu Dhabi : « La diversité des sexes et des religions est une sage volonté divine ». C’est là, soit une erreur théologique grave, soit une faute de langage, elle aussi grave, puisqu’elle tend à faire croire que Dieu veut équivalemment le bien et le mal, le vrai et le faux, ce qui est contraire à sa sainteté.
     
C’est pourquoi, comme nous l’avons dit, afin d’excuser autant que possible le Pape François d’erreur théologique grave, l’éditorial envisage (de façon non limitative) des hypothèses qui pourraient expliquer la présence de cette phrase contrairement à la véritable pensée de François : que le Souverain Pontife ne l’ait pas lue ; qu’il n’y ait pas fait suffisamment attention, etc.
     
Ces hypothèses ne sont pas forcément très glorieuses pour le Pape régnant, mais elles sont infiniment moins graves que celle (que nous rejetons) par laquelle François aurait apposé sciemment sa signature à une formule « en soi » hérétique.

[Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Reprenons courage!

SOURCE - Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) - juin 2019

Les temps sont bien difficiles pour l’Église. Et les temps sont difficiles pour les ministres de l’Église que nous sommes, les uns et les autres. Il y aurait bien de quoi se décourager. L’Église est trop souvent attaquée, diffamée, traînée dans la boue par des médias sans scrupule. La pratique religieuse baisse inexorablement, malgré les efforts et les sacrifices des fidèles et du clergé. Pire que cela, des scandales éclatent qui nous font honte à tous, parce qu’ils contreviennent directement à ce pour quoi nous nous sommes engagés à la suite du Christ.
      
Et nous, prêtres, nous nous sentons souvent si impuissants, si peu à la hauteur, si misérables. Nous missionnons du mieux que nous pouvons, par la parole et l’exemple, et les fruits apparents sont si maigres. Nous avons l’impression de ne pas savoir ce qu’il faudrait dire, de ne pas avoir la parole enflammée des saints qui touchaient si vivement leurs auditeurs et les convertissaient en un instant. Pire que cela, nos propres péchés font obstacle à l’efficacité de notre apostolat.
     
La fête du martyre de saint Pierre et de saint Paul, au 29 juin, est toutefois de nature à nous encourager et à soutenir notre persévérance missionnaire. Leur tâche fut fort loin d’être facile ; les obstacles et les traverses furent nombreux ; et à la fin de leur vie, lorsqu’ils offrirent leur vie au Christ par le martyre, les résultats étaient beaucoup plus modestes que ce que l’imagination, nourrie de deux mille ans d’histoire de l’Église, nous représente facilement aujourd’hui.
     
D’abord, leur mission était sans limite, quand nous ne sommes chargés que d’une seule paroisse, même si elle comporte plusieurs clochers : « Allez dans le monde entier enseigner toutes les nations». 
     
Ensuite, ils connurent des échecs (apparents) et des contradictions violentes. La prédication de saint Paul à Athènes, par exemple, ne produisit que très peu de fruits, alors qu’il avait si bien préparé son « sermon ». Et que de violence, d’insultes, de coups, d’arrestations!
     
Certes, ils fondèrent de petites communautés ferventes (où toutefois les disputes et les divisions ne manquaient pas), mais quand ils moururent l’un et l’autre à Rome, l’Église ne représentait pas grand-chose, soyons honnêtes. De plus, elle se préparait à trois siècles de sauvages persécutions, où toutes les ressources de l’État et de la société furent mises à contribution pour éradiquer la présence chrétienne.
      
Alors, ne nous décourageons pas. Comptons sur la force de la grâce, sur l’énergie du Saint-Esprit, sur le secours du Christ, et semons inlassablement la Parole de Dieu. « Dieu ne meurt pas », comme disait Garcia Moreno.

Abbé Benoît de JORNA

[Paix Liturgique] Le mépris, ça suffit!

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 700 - 26 juin 2019

Depuis 12 ans des fidèles de Saint-Germain-en-Laye sollicitent leurs pasteurs paroissiaux pour bénéficier dans leur ville d’une célébration dominicale régulière à un horaire familial. Ils le font avec courtoisie, patience et douceur.

Depuis 12 ans ils sont, il faut bien le dire, « roulés dans la farine », en quoi leur situation n’est guère différente de celle de centaines de groupes de demandeurs, constitués dès l’été 2007 dans toute la France. Alors, plusieurs d’entre eux, prenant à la lettre les enseignements évangéliques, ont entrepris de demander publiquement dans la prière ce que jusqu’alors on leur a toujours refusé avec beaucoup de dédain.

Ce groupe nommé Math.7.7, dont la vocation est d’incarner tout simplement le « Demandez et vous obtiendrez » évangélique, a entrepris depuis huit semaines de venir prier, quelques minutes seulement, dans la principale église de Saint-Germain. Mais voici que cela a provoqué un affolement général dans la paroisse, une sorte de scandale. Il faut dire qu’on a répété sans cesse auprés des paroissiens que ces demandeurs n’existaient pas …

Depuis agitations et nouvelles manipulations s’enchaînent pour conduire à des solutions bien étrangères à la demande toute simple des fidèles qui veulent vivre, chez eux, à Saint-Germain-en-Laye leur foi catholique au rythme de la messe traditionnelle, le dimanche matin à un horaire familial sous la houlette d'un prêtre en qui ils auraient pleinement confiance Rien de plus.

Pour répondre à ces bruissements incohérents le groupe Math.7.7 a souhaité exprimer sa position par rapport à l’extravagante et, objectivement scandaleuse situation qui en résulte. 

LA LETTRE DE Math.7.7

Pourquoi depuis 12 ans, refuse-t-on de nous écouter, de nous parler, de dialoguer loyalement avec nous ? 
Et à la fin, on fait faire la commission par un autre : «Tu leur diras que c’est NON ! » sans même avoir le courage de leur parler... 
Or, les solutions existaient, par exemple avec la chapelle de l’hôpital. Mais l’évêché et la paroisse ont refusé de la prendre en charge, et on installe des tiers – les Ukrainiens – qui n’en peuvent mais, afin de prétendre qu’il est impossible d’organiser aussi une célébration traditionnelle à Saint-Germain. 
Alors, après 12 ans de patience… nous prions publiquement. Pas plus. Et on nous traite de « factieux ». C’est franchement disproportionné. 
En réponse, on voudrait nous imposer des solutions bizarroïdes, soit disant tout à fait impossibles et impensables hier.
« Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demande du pain et qui lui remettra une pierre ? ou encore, s’il lui demande un poisson, qui lui remettra un scorpion ? » (Mt 7, 9-10). Soyons clairs : aujourd’hui, il faut repartir sur de nouvelles bases. Notre confiance dans le Père Thierry Faure, qui a toujours nié notre existence, s’est – on nous comprendra – totalement dégradée. 
Pour lui point de loyauté envers nous
Pour lui point de charité envers nous
Pour lui point de respect envers nous 
Ce qui nous faut dire désormais le MÉPRIS, ça suffit ! 
Nous voudrions parler à des hommes nouveaux, qui soient dans des sentiments nouveaux et qui sauraient nous aimer comme nous sommes et pas seulement comme ils aimeraient que nous soyons.. 
Qu’on nous permette de citer le Pape François : 
« Ces disputes se déroulent jusque dans nos paroisses…et on ne peut les résoudre en faisant semblant qu’elles n’existent pas… c’est en discutant et en priant ensemble que l’on peut régler les différents au sein de l’Eglise, convaincus de ce que les ragots, les rancœurs et les jalousies ne portent ni à la concorde ni à la Paix.
Seul l’Esprit est en mesure de sceller l’entente. C’est lui qui conduit à L’harmonie, à l’unité et au respect des différences.
Puisse Marie nous aider à être docile à l’Esprit afin que nous sachions enfin nous estimer les uns les autres pour converger plus profondément dans la foi et dans la Charité » 
Pape François, Regina Cœli du 18 mai 2014 à Rome place Saint-Pierre.
EN SAVOIR UN PEU PLUS SUR Math.7.7


Qu’est-ce que Math.7.7 ?
Un simple groupe de prière, qui s’est constitué pour appuyer une demande de messe dominicale selon la forme traditionnelle aux prêtres de Saint-Germain-en-Laye, jamais prise en compte depuis 12 ans.
Mais alors, comment se fait-il que vous fassiez si peur ?
Certainement pas parce que nous prions… même si nous débordons volontairement de quelques minutes sur l’heure de fermeture de l’église. Si nous faisons peur, c’est parce que nous montrons à tous que nous existons…
Ne craignez-vous pas que vos pasteurs ne bouclent leurs églises par anticipation ?
Si nous ne pouvons pas prier quelques minutes dans l’église, nous prierons à genoux devant l’église.
Vous risquez qu’on fasse intervenir des forces de l’ordre ?
Vous plaisantez : pour disperser 10 à 30 femmes, hommes et enfants qui prient à genoux dans une église ?
Qu’espérez-vous ?
Le bon sens voudrait que se présentent à nous des hommes nouveaux, pour commencer un dialogue, les clercs de l’« ancien monde » n’ayant pas daigné l’entreprendre.
Combien de groupe Math.7.7 existent en cet été 2019 ?
Pour l’instant un seul à Saint-Germain, mais l’enthousiasme que cela suscite montre que bien d’autres que nous, ailleurs en France, sont prêts à se mettre à prier pour soutenir des demandes non examinées.
Combien de fidèles pour constituer un groupe de prière ?
Deux suffisent, comme pour constituer un groupe de demandeurs. Mais je puis vous dire que ce ne sont pas les postulants qui manquent.
Pour plus d’information math.7.7@mail.fr

23 juin 2019

[Bernadette Sauvaget - Libération] Bioéthique : les ultras tiennent l’Eglise en messe

SOURCE - Bernadette Sauvaget - Libération - 23 juin 2019

Assez mesurées au départ, les instances catholiques ont peu à peu durci leurs positions sur la fin de vie au fil de l’affaire Lambert.

Le sort de Vincent Lambert est devenu l’une des grandes causes du moment pour les instances officielles de l’Eglise catholique. Avec un durcissement marqué des autorités. Comme le pape et deux responsables de la curie romaine - le cardinal Kevin Farrell et Mgr Vincenzo Paglia -, les leaders de l’épiscopat français ont exprimé ces derniers temps des positions voisines de celles des parents Lambert. A travers leurs déclarations, les évêques réclament ainsi que Vincent Lambert soit désormais considéré comme une personne handicapée et non pas en fin de vie, un tournant pris récemment dans l’affaire.

«Il y a aujourd’hui un choix de civilisation très clair : soit nous considérons les êtres humains comme des robots fonctionnels qui peuvent être éliminés ou envoyés à la casse lorsqu’ils ne servent plus à rien, soit nous considérons que le propre de l’humanité se fonde, non sur l’utilité d’une vie mais sur la qualité des relations entre les personnes qui révèlent l’amour», a écrit, dans un communiqué au ton très dramatique, l’archevêque de Paris, Michel Aupetit. Cet ancien médecin est très engagé sur les questions bioéthiques. Plutôt discret sur le terrain strictement politique, il manque rarement une occasion pour s’exprimer sur les questions de PMA ou de fin de vie.

Elu en avril président de la Conférence des évêques de France, l’archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort, est moins cash que son collègue de Paris. Mais quand même… Il évoque à propos du sort de Vincent Lambert «une situation complexe». «Face à de telles situations, aucune décision humaine ne peut être assurée d’être parfaite, ni même d’être la meilleure.»Nuancé dans la forme mais ferme sur le fond, l’archevêque de Reims estime lui aussi que Vincent Lambert n’est pas en fin de vie et qu’il devrait être transféré dans une unité spécialisée dans l’accompagnement des patients en état végétatif.
Génération
«Les évêques sont très mobilisés dans cette affaire et leurs positions sont plus radicales qu’il y a quelques années», remarque la sociologue des religions Séverine Mathieu, spécialiste de l’éthique et de la famille. A l’été 2015, tandis que la bataille faisait déjà rage au sujet d’un arrêt des traitements de Vincent Lambert, l’épiscopat ne marchait pas, loin de là, comme un seul homme derrière les plus ultras de la famille Lambert. Le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, avait certes commis un texte assez radical, en faisant signer avec lui les évêques de la région. Mais les spécialistes des questions bioéthiques à l’épiscopat, tel que Pierre d’Ornellas, l’archevêque de Rennes, étaient demeurés plus discrets. Dans un communiqué, le secrétaire général de la Conférence des évêques de France (CEF), Olivier Ribadeau Dumas, avait réclamé, au nom de son institution, «pudeur, modération et discrétion», ce qui avait paru une réponse au texte offensif de Barbarin.

Mais le paysage a changé. L’archevêque de Paris Michel Aupetit semble désormais imposer sa vision ultraconservatrice, de plus en plus partagée parmi les leaders émergents de l’épiscopat français.

Formée sous le pontificat de Jean-Paul II, une nouvelle génération, plus strictement doctrinale est en train de prendre les commandes du catholicisme français tandis que des personnalités ouvertes comme l’archevêque de Marseille, Georges Pontier, s’apprête à quitter les affaires. Bref, les positions se rigidifient, au risque de mettre en péril l’équilibre (certes précaire) trouvé autour de la loi Claeys-Leonetti.

Empêtrée dans les scandales d’abus sexuels, l’Eglise catholique a conscience d’être difficilement audible dans son opposition à la PMA si elle avance son thème favori de la défense des droits de l’enfant. La question de la fin de vie et de l’euthanasie est donc sa nouvelle frontière à défendre. «Quoi qu’il en soit, la sédation profonde et continue jusqu’au décès a toujours été une question pour les évêques catholiques», pointe l’historien et sociologue du catholicisme Philippe Portier.
Ecoles
Les ultras de la famille Lambert peuvent désormais compter sur un large soutien des instances catholiques. Bien au-delà des cercles intégristes lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie-X qui les avaient appuyés au début de l’affaire et qui avaient été alors très efficaces. Touchant à peu près 500 000 personnes en France, toujours officiellement en rupture avec Rome mais en négociations pour rejoindre le giron romain, la Fraternité Saint Pie-X peut s’appuyer sur des militants très déterminés et sur un maillage solide d’écoles privées. C’est dans l’une d’elles qu’avait été scolarisé Vincent Lambert… Avant de rompre radicalement avec ce milieu.

Bernadette Sauvaget

19 juin 2019

[Abbé Nicolas Cadiet - La Porte Latine (FSSPX)] Notre-Dame de laïcité?

SOURCE - Abbé Nicolas Cadiet - La Porte Latine (FSSPX) - 19 juin 2019

La première méditation du livret du pèlerin de Notre-Dame de Chrétienté 2019, sur le thème de la chrétienté, a de quoi surprendre. On comprend assez vite ce que la chrétienté ne doit pas être : à savoir la Charia, qui confond les pouvoirs spirituel et temporel. Ce qui selon le texte consiste à ne pas garantir l’égalité des citoyens de religions différentes et à friser l’idéologie (péché suprême) ; elle ne doit pas non plus être la séparation ou opposition entre l’Etat et la religion ; enfin elle ne doit pas – surtout pas ! – être le retour au 13e s., qui ne semble pas être en odeur de sainteté sous la plume du contemplatif qui nous livre ces lignes : excommunication de Philippe Auguste, interdit jeté sur le royaume, aventures de Boniface VIII avec Philippe le Bel, cathares et Montségur, voilà ce qu’il faut en retenir !

Alors que doit être la chrétienté ? « L’harmonie entre notre vie spirituelle et nos vies naturelles » ? Voilà qui est plus net. La dignité de l’homme, contre toute exploitation, surtout l’esclavage ? Le zèle pour le bien commun ? La responsabilité ? Sans doute il y a là de quoi réfléchir. Mais, « cela concerne tous les hommes », « quelle que soit notre religion ». Alors que sera une chrétienté, « quelle que soit notre religion » ?

Elle sera… ce qui avait échappé à ce 13e siècle surfait ! Elle sera… tenez-vous bien ! Elle sera… allez, devinez !

Elle sera… la laïcité ! Saint Pie X n’y avait pas pensé – le gouvernement français de l’époque ne lui en a pas donné envie – lorsqu’il disait que « la civilisation n’est plus à inventer. Elle a été, elle sera, c’est la civilisation chrétienne, c’est la Cité catholique. Omnia instaurare in Christo. ». 

Léon XIII, en exhortant au ralliement à la République avait cru que de distinguer le mode de gouvernement et le contenu des lois pouvait suffire à assainir la situation française. Lourde erreur. A ce jeu de la république, les catholiques ont pensé devoir jouer loyalement contre les tricheurs qui posaient eux-mêmes les règles. Ils ont perdu.

Il s’agit aujourd’hui d’un ralliement à la laïcité. Les principes de cette curieuse laïcité (« reconnaître Dieu, sa loi morale, le Christ et son Eglise,… et la légitime autonomie des réalités terrestres ») peuvent sonner juste, mais ils sont déjà réduits en pratique à rien par ceux qui répètent imperturbablement que la liberté religieuse est non négociable, et qui se défendent de vouloir que l’Etat impose des « valeurs confessionnelles » (1). En vertu de quoi il ne reste plus qu’à se réjouir de l’ouverture de nouvelles mosquées, dans un pays qui n’a pas le droit de dire pourquoi il n’en veut pas!

Péguy sur les chemins de Beauce chantait à Notre Dame :
Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce on fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.
Deux mille ans, mille ans… Et quelques années d’étourderie pourraient bien laisser faire de Notre Dame de Paris un musée, voire une mosquée. Notre Dame, au feu !
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(1) Commission Théologique Internationale, La liberté religieuse pour le bien de tous, 21 mars 2019, n°65

18 juin 2019

[Paix Liturgique] Sondage du Progrès de Lyon du 13 août 1976 - Troisième partie - les réactions

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 699 - 18 juin 2019

Le sondage de l’été 1976 a permis de révéler une réalité ecclésiale qui semble avoir été jusque-là insoupçonnée pour nombre de nos pasteurs. Évoquons donc aujourd’hui le suc des réactions publiées par Le Progrès, principal quotidien de Lyon.

1 – LES CHIFFRES SONT LES CHIFFRES...

« Devant Jean-Marie Lech, directeur de L’IFOP et en direct sur les ondes de RTL, Mgr Badré, évêque de Bayeux, président de la commission épiscopale pour l’opinion publique s’exprime : « IL NOUS FAUT ACCEPTER LES CHIFFRES TELS QU’ILS SONT ».
Réflexion de Paix Liturgique 
L’intérêt de ce sondage, commandité par un organe de presse indépendant, oblige le président de la commission épiscopale pour l’opinion publique à le reconnaître en direct sur les ondes de RTL devant le directeur de l’IFOP : « Il nous faut accepter les chiffres tels qu’ils sont ». 
Nous savons qu’au cours des décennies qui suivront l’épiscopat, prudemment, ne voudra plus jamais se mettre publiquement dans la situation d’accepter des chiffres « inacceptables pour lui ». Paix liturgique en sait quelque chose…
Voilà pourquoi, 20 ans après ce sondage, Mgr Moutel alors évêque de Moulins et en charge des « traditionalistes » n’hésitait pas à déclarer devant nous : « Au grand maximum vous êtes 50 000 en France ». Le temps était loin alors où Mgr Badré était contraint d’admettre qu’il fallait accepter les chiffres « tels qu’ils étaient », chiffres qui révélaient qu’une immense partie des catholiques français n’adhéraient pas aux orientations de l’après-concile. 50 ans après, les faits le démontrent encore chaque jour…
2 – L’ETONNEMENT DE Mgr BADRE, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE L'OPINION PUBLIQUE

« Pour ce qui est de ceux qui suivent Mgr Lefebvre, j’avoue que je suis un peu étonné du chiffre de 28 %, mais enfin, c’est un chiffre qui est donné, donc je n’ai pas à le contester. Ce qui est pour nous, évêques, à mon sens, une leçon à tirer. Il faut accepter les chiffres tels qu’ils sont. Il faut certainement que nous fassions un effort d’explication, un effort de communication, avec tous les chrétiens pour qu’ils comprennent mieux ce que nous cherchons à faire ».
Réflexion de Paix Liturgique 
L’étonnement de Mgr Badré étonne : le prélat en charge de l’opinion publique est donc si déconnecté de la réalité…
Comme il le déclare sur les ondes de RTL, « Ce n’est pas les chiffres que je retrouve lorsque je suis dans nos communautés. » Bien sûr, lorsque l’on reste entre soi, hier comme aujourd’hui, l’on évite de se confronter à la réalité et l’on peut finir par croire que tous sont d’accord avec eux-mêmes… ce qui bien sûr est inexact, car si jusqu’en 1965/1966 les paroisses de France étaient « plurielles », c’est-à-dire réunissaient en leur sein toutes les composantes du peuple chrétien avec leurs sensibilités propres et mêmes leurs divergences, le vent d’exclusion qui souffla sur nos paroisses de 1967 à 1969 en a chassé ceux qui n’étaient pas en phase avec l’esprit du temps, transformant la plupart de nos paroisses en clans plutôt qu’en paroisses et parfois en sectes, en tout cas pour ce qui concerne les clercs et laïcs dirigeants. Cet enfermement, commencé il y a 50 ans, dure encore aujourd’hui…
3 – LES GLISSEMENTS SEMANTIQUES

Mgr Badré : « Quoi qu’il en soit, le fait que 28 % des catholiques interrogés aient estimé que le pape était allé trop loin dans ses sanctions contre Mgr Lefebvre prouve qu’une partie de l’opinion publique, et pas seulement au sein des catholiques, désapprouve la décision de Paul VI ».

Dans le courrier des lecteurs… De M.H.V. (Paris) : « Je ne saurais trop vous féliciter d’avoir pris l’initiative du sondage IFOP publié dans Le Progrès du 13 août. Voilà du très bon journalisme, car le sujet est d’une actualité brûlante et vous apportez un renseignement original, inattendu, disent certains, et fort important. Pourquoi faut-il que le titre de votre article trahisse quelque peu le sondage? » Un français sur quatre sensible aux idées de Mgr Lefebvre ». La question était : « Approuvez-vous ou désapprouvez-vous ou êtes-vous indiffèrent ? » Et le titre exact aurait dû être « Un français sur quatre approuve » et non est « sensible ». Il y a plus qu’une nuance…
Réflexion de Paix Liturgique 
C’est effectivement une « nuance » affaiblissante, qui sera usitée – elle ou d’autres semblables – par beaucoup de commentateurs, lesquels pour minimiser les positions de ceux qui répondent n’être pas en harmonie avec les évolutions, supposent qu’ils ne comprennent pas bien les problèmes, qu’ils seraient un peu ignorants, qu’ils auraient des positions « superficielles ». 
Un procédé plusieurs fois utilisé dans les commentaires du sondage, insiste sur le fait que les opposants ne seraient attachés « qu’au latin » ce qui est en parfaite contradiction avec le fait que 45 % des personnes sondées pensent que le mouvement de réformes touche à l’essentiel de la foi. 
Et Le Progrès de citer des réactions bien choisies qu’il estime caricaturales : « Un traditionaliste qui a tenu à garder l’anonymat [existait-il ? ndlr] répond « Pour moi la messe en français c’est un peu du music-hall ». Et l’on fait dire à un autre tout aussi anonyme « la messe en latin ça prenait au ventre, la nouvelle liturgie me parait étrangère ». Une vielle dame aurait renchéri « Sans latin, Monsieur, comment peut-on dire la messe? » 
Dans cette veine, nos journalistes auraient mieux fait de citer Georges Brassens chantant « Sans le latin, sans le latin, la messe m’emmerde ».
4 – LA CONDESCENDANCE , MACRONIENNE AVANT L'HEURE, DE Mgr. BADRE

« Quand on est sûr des idées, ils ont [les fidèles ndlr] beaucoup plus de mal à les comprendre et à les accepter, ce qui est pour nous évêques, à mon sens, une leçon à tirer. Il faut certainement que nous fassions un effort, d’explication, un effort de communication avec tous les chrétiens pour qu’ils comprennent mieux ce que nous cherchons à faire ».
Réflexion de Paix Liturgique 
Mgr. Badré parle comme aujourd’hui les ministres ou députés de LREM à propos du bon peuple qui ne suit pas. Pour Mgr Badré, comme pour la plupart de ses confrères dans l’épiscopat, les fidèles qui ne les suivent pas sont en fait des chrétiens de seconde zone, des vieux, des nostalgiques, auxquels « on n’a pas suffisamment expliqué ». Ce contre quoi l’historien Luc Perrin s’inscrivait en faux : « Il y a des légendes qu’il faut faire voler en éclat […] Un énorme effort d’explication a été réalisé, avec beaucoup d’inventivité sur le plan pédagogique. Les bulletins paroissiaux ont été mobilisés. Le prône a été utilisé. Des répétitions ont été faites pour préparer telle prière qui était introduite, tel passage qui était modifié » (« Les paroisses parisiennes à l’époque du Concile », dans Reconstruire la liturgie, sous la direction de Claude Barthe, François-Xavier de Guibert, 1997, p. 181). Sans succès. 
En 1976, croire encore, lorsque 48 % des fidèles estiment que l’on est allé trop loin dans les réformes, que l’on pourra redresser la barre par « de la pédagogie » comme on dit aujourd’hui est tout à fait stupéfiant. D’autant plus que loin de se lancer dans une démarche d’adhésion à son évolution l’Eglise de France continuera à partir de 1976 à marteler son point de vue sans jamais écouter des autres » qui ont conservé le mauvais gout de ne pas être comme l’on voudrait qu’ils soient… 
D’ailleurs, les fidèles, dans ce sondage, donnent clairement des indices d’une bonne connaissance du dossier, car pour eux la question n’est pas « le latin » comme voudrait le faire croire les journalistes, mais bien une grande inquiétude que les évolutions modernes de l’Eglise mettent en cause l’enseignement constant de cette même l’Eglise, ce qui sera reprit par une affirmation populaire souvent entendue : « On nous a changé la religion ! »
5 - LES RESPONSABILITÉS DU CLERGÉ

Toujours, dans le courrier des lecteurs, M. Ch.W. (de Lyon) : « Je pense que si les évêques depuis plus de 10 ans avaient réagi sainement devant les outrances des « nouveaux prêtres » et étaient restés à l’écoute du peuple chrétien, Mgr Lefebvre n’aurait sans doute pas eu à réagir… »
Réflexion de Paix Liturgique 
C’est une réaction qui sera souvent reprise – spécialement par les évêques, qui avouaient par le fait leur incurie – et qui consistait à mettre la crise de la foi et de la liturgie sur le compte des « abus » d’un certain clergé. On n’entrera pas ici dans le débat, sauf pour dire qu’elle suppose qu’une révolution peut-elle être modérée. Quant aux sondés de 1976, ils ne répondent pas sur les « outrances », mais sur ce qu’ils vivaient dans la majorité des paroisses de France.
6 – LA RÉACTION D’ANDRÉ PASTRE DU PROGRÈS DE LYON

« Un sondage c’est le début d’un dialogue ».
Réflexion de Paix Liturgique 
Bien que, comme nous l’avons vu, tous les commentaires réunis dans les éditions du Progrès aient étés biaisés, au moins quant à leur choix, André Pastre apparaît par cette déclaration comme une réaction de bon sens. Pour lui, « un sondage c’est le début d’un dialogue », dans la mesure où les chiffres sont indiscutables et indiscutés par Mgr Badré lui-même : il lui paraît évident que la suite sera naturellement au dialogue et au rapprochement des points de vue. Comment en effet un évêque en charge de l’opinion des catholiques français pourrait être autiste au point d’ignorer un cri d’alarme de millions de catholiques français qui refusent, contestent ou sont inquiets des évolutions en marche au sein de l’Eglise ? 
Mais peut-être André Pastre était-il volontairement naïf pour faire gentiment la leçon aux évêques. En tout cas, loin de se mettre à dialoguer, l’Eglise de France va s’enfermer dans un autisme mortifère en refusant de voir les choses comme elles sont au risque de s’éloigner toujours plus de la réalité et de se retrouver 43 ans après au bout de l’impasse.
7 - EN GUISE DE CONCLUSION ET POUR COMPRENDRE LA SUITE … les commentaires de C. Escapitt (qui n’est pas Robert Escarpit)

« Pourquoi en faire tout un plat ? Tout cela leur fait de la publicité… » (C. Escapitt).
Réflexion de Paix Liturgique 
C. Escapitt tire la leçon que s’est empressé, en effet, de tirer de l’affaire l’Eglise de France : nos pasteurs ont compris qu’avec ce sondage, émanant d’un organe de presse qui n’avait rien d’ecclésiastique, ni surtout d’« intégriste », avait été ouverte une boite de Pandore qu’il fallait de toute urgence refermer. 
La leçon a bien été comprise et respectée. Certes, nos pasteurs ont eu à avaler quelques couleuvres, comme celles des « prises » d’églises de Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, ou de Port-Marly, près de Versailles. Certes, poussés à cela par la politique romaine réaliste, qui a pris acte de l’existence incompressible d’un refus de la réforme liturgique, ils ont dû lâcher du lest et des lieux de culte à la messe traditionnelle. Mais les pasteurs ont toujours soigneusement évité d’ouvrir le débat sur la place publique et de prendre en compte les souffrances de leur troupeau. 
L’Eglise n’est pas une démocratie, quoi qu’en disent certains d’entre vous, mais on regrette parfois, Messeigneurs, que l’on ne puisse organiser dans les diocèses de France un référendum d’initiative populaire à propos de votre réforme liturgique…

17 juin 2019

[Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique] Vers une contre-révolution catholique ?

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - 17 juin 2019

Renaissance Catholique À une semaine d’intervalle deux signaux, en apparence contradictoires, ont été émis par les catholiques de France.

D’une part le score électoral très modeste de François-Xavier Bellamy aux élections européennes, même dans les isolats catholiques votant traditionnellement à droite de l’ouest parisien, atteste qu’une part notable de la bourgeoisie catholique accorde plus d’importance à la défense de ses intérêts matériels qu’aux principes moraux défendus par l’Église.

D’autre part, la nouvelle progression très sensible du nombre de participants au pèlerinage de Pentecôte Paris-Chartres ( 14 000 participants, moyenne d’âge : 21 ans), atteste qu’une part significative, et la plus jeune, du catholicisme contemporain est capable de sacrifier trois journées de vacances pour prier, souffrir, être enseignée, vivre en autarcie une micro-chrétienté itinérante, participer à une liturgie sublime et immémoriale et écouter les paroles de feu et de combat d’un évêque, Mgr Léonard, archevêque émérite de Malines- Bruxelles qu’il n’aurait été possible d’entendre, il y a quelques décennies, que dans la bouche de… Mgr Lefebvre. Les fidèles de ce dernier rassemblant de leur côté 4 000 marcheurs dont 1 600 pour la colonne enfants-adolescents, aux mêmes dates, mais en sens inverse.
Deux catholicismes se font face
Deux catholicismes se font face. Un catholicisme vieillissant, sociologiquement installé, bourgeois, résiduel qui a d’autant plus pris son parti du monde tel qu’il est qu’il y a, confortablement, trouvé sa place. C’est le catholicisme institutionnel, dominant, de la conférence des évêques de France, de l’enseignement catholique, de la direction de l’ICES.

Là-contre, émerge, chaque jour plus puissant, un catholicisme que dans un passionnant essai intitulé Une contre-révolution catholique. Aux origines de la Manif Pour Tous le sociologue Yann Raison du Cleuziou a qualifié de « catholicisme observant ». Ce catholicisme observant, autrefois on aurait dit « intransigeant », se fixe comme objectif prioritaire la transmission intégrale de la foi catholique et n’a pas renoncé à féconder la société civile des valeurs de l’Évangile. Il est un fait que depuis une cinquantaine d’années les deux structures privilégiées de transmission de la foi qu’étaient l’Église et l’école catholique ont largement renoncé à leur mission. Le catéchisme n’est plus enseigné, une liturgie désacralisée fait l’impasse sur la transcendance de Dieu et ses mystères, etc. N’ont réussi à transmettre le dépôt sacré de la foi, sauf exceptions, que les familles qui ont trouvé en elles-mêmes les ressorts moraux, intellectuels et spirituels de la transmission. A l’aune de ce constat, le catholicisme s’est réduit à une partie de la bourgeoisie catholique, accompagnée par quelques prêtres, qui avait les moyens intellectuels de résister à l’apostasie immanente des « nouveaux prêtres » selon l’expression de Michel de Saint-Pierre. Yann Raison du Cleuziou, comme avant lui Guillaume Cuchet dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien confirme que seules ces familles observantes ont transmis et transmettent encore la foi. Le catholicisme de gauche est mort, même si son cadavre bouge encore dans les officines épiscopales.
Des lieux de rencontre
La Manif pour Tous, comme le Pèlerinage de Chrétienté à la Pentecôte, a été le lieu de rencontre de ces différentes familles « observantes » soit : la mouvance charismatique (Emmanuel, Béatitudes), les néo-classiques (communautés Saint-Jean, Saint- Martin), les traditionalistes (Communautés Ecclesia Dei et Fraternité Saint Pie X). Les uns et les autres acceptent de vivre en opposition avec les valeurs dominantes de la société post moderne, par fidélité à la loi de Dieu. Le point de clivage le plus apparent entre ces différentes mouvances est, bien sûr, la question liturgique. Les jeunes générations sont, d’un côté comme de l’autre, moins sensibles à cette ligne de fracture sans doute amenée à s’estomper au fil du temps au bénéfice d’une liturgie réformée resacralisée voire de la liturgie traditionnelle. Aujourd’hui 25% des ordinations sacerdotales en France sont effectuées selon la forme extraordinaire du rite romain alors que les traditionalistes ne représentent que 3 ou 4 % des catholiques. De nombreux évêques, que leur histoire ne prédisposait guère à célébrer cette forme du rite romain, s’y mettent peu à peu. Citons Mgr Cattenoz à Avignon, Mgr Rey, de la communauté de l’Emmanuel, à Toulon, Mgr Aillet, de la communauté saint Martin à Bayonne. La fécondité « vocationnelle » de la messe traditionnelle est un fait qui n’est plus à démontrer, uniquement contredit par l’essor de la communauté Saint-Martin. Ce tableau des catholiques observants serait incomplet si n’était notée leur relation « décomplexée » avec l’épiscopat français, fruit d’une histoire tumultueuse. La communauté Saint Martin trouve son origine à Gênes, car son fondateur, l’abbé Guérin était persona non grata en France malgré son acceptation de la réforme liturgique. Pendant plusieurs années, de 1983 à 1989, les pèlerins de la Pentecôte à Chartres n’ont pas eu le droit de faire célébrer la messe dans la cathédrale. Tout est « oublié, pardonné », mais… Inexorablement, pour des raisons simplement biologiques, le poids des catholiques observants est amené à croître dans l’Église de France. Qui sauvera le diocèse de Montauban dont l’évêque, Mgr Ginoux, vient de confier à l’Homme nouveau que la moyenne d’âge de son clergé est de 78 ans et que sur les 30 prêtres actifs de son diocèse la moitié sont étrangers, essentiellement africains ?
Quelle manifestation politique ?
L’émergence politique des catholiques observants s’est faite à l’occasion des manifestations pour la défense du mariage naturel. Traditionnellement ces catholiques étaient la chasse gardée du Front national. Les catholiques traditionalistes étaient nombreux au bureau politique du FN, la fête annuelle des BBR commençait par la célébration de la messe traditionnelle, le programme était très inspiré de la doctrine sociale de l’Église rappelant le caractère sacré de la vie humaine innocente, refusant la banalisation de l’avortement, promouvant le chèque scolaire, favorisant la liberté d’enseignement, etc. Sous la conduite de Marine Le Pen ce programme a été sensiblement édulcoré, le Rassemblement national ayant, désormais, sur l’avortement, l’euthanasie, la loi Léonetti des positions très politiquement correctes. Comme l’ont montré ses entretiens avec Samuel Pruvost dans son livre 2017 Les candidats à confesse la présidente du Rassemblement national semble entretenir un lourd contentieux non avec la foi, dit-elle, mais avec les chrétiens, ce qui ne simplifie pas les choses.

François-Xavier Bellamy, figure nouvelle de la vie politique, vrai ou faux ingénu, l’avenir le dira, intellectuellement très supérieur à l’ensemble de ses rivaux a accepté une mission impossible : assumer des valeurs conservatrices et, disons sommairement, de droite à la tête d’une organisation politique qui depuis des décennies trompe ses électeurs. Signe patent de la confusion des esprits : le successeur, provisoire, de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains est Jean Léonetti, promoteur de la loi portant son nom rendant possible l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation de Vincent Lambert contre laquelle s’est élevé… François-Xavier Bellamy. Le fait est que le résultat des élections européennes n’a en aucune façon constitué un frein aux « avancées sociétales » puisque l’extension de la PMA est au menu de la rentrée parlementaire et que la GPA suivra inéluctablement.

Politiquement, ou plutôt électoralement, les catholiques observants se sentent un peu orphelins. Les sujets de société qui leur tiennent à cœur, car ce sont eux qui assurent la pérennité et la stabilité d’une société et d’une civilisation, ne leur semblent réellement portés par personne.
Vers un catholicisme religieux ?
Ces catholiques ont également conscience d’être une toute petite minorité (2% de pratique religieuse). Cependant l’émoi suscité par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a révélé qu’il existait encore, enfoui au fond de l’âme de bien des Français, un catholicisme latent, historique, identitaire et patrimonial. Est-ce que le défi de la contre-Révolution catholique pour les années à venir ne serait pas de faire évoluer cette religiosité d’inspiration catholique, somme toute essentiellement sociologique et affective, vers un catholicisme personnel et religieux. Voilà, peut-être, un bon sujet pour la prochaine réunion des évêques de France ?

Jean-Pierre Maugendre