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30 juin 2016

[Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique] Il n’y a pas que la messe - Les raisons d’une incompréhension

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique - 30 juin 2016
Ma chronique précédente La guerre liturgique se réveille en France ! m’a valu les sévères remontrances de Madame L. « Je me sens profondément blessée et comme insultée par votre façon de considérer les membres de notre clergé (…) Pour en connaître un bon nombre, et ayant un fils séminariste, je vous prie de croire que vos jugements, émanant de personnes aussi éminentes soient-elles, ne m’empêcheront jamais de les respecter, de les aimer et de les admirer pour la charité, la foi, la rigueur intellectuelle, la vie de prière dont ils témoignent…je ne suis pas certain que vous oseriez dire en face à ces nombreux prêtres fervents ce que vous écrivez, en particulier l’analyse de Pierre Chaunu. » Si j’ai blessé Madame L., je le regrette sincèrement mais l’analyse de Pierre Chaunu, effectivement très critique sur le clergé des années 70 en France, ne me semble pas sans fondements. Qu’il me soit permis de l’étayer de quelques faits généraux ou ayant trait au diocèse de Rennes où j’ai passé mon adolescence.
Quelques faits
À partir de 1969, il a été enseigné comme rappel de foi indispensable, sous le patronage de la conférence des évêques de France, dans le célèbre Nouveau missel des dimanches à fleurs, en commentaire de l’épître aux Hébreux et comme définition parfaitement protestante de la messe : « Il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli. »

Où est la rigueur intellectuelle quand, dans le Credo, « consubstantialem » est traduit par « de même nature » ? La substance et la nature sont deux notions pourtant bien différentes.

C’est par la violence, en quelques mois, qu’a été imposée, en 1969, la célébration du nouvel Ordo de la messe.

Le Père Gagneux, dominicain du couvent de la rue de Brizeux à Rennes, avait obtenu l’autorisation de célébrer la messe selon l’antique rite dominicain à condition que cette célébration ait lieu à 5 heures du matin et sine populo. Les familles qui s’étaient repliées sur la messe dominicale de 8 h 30 à Saint-Germain, où se célébrait la messe selon la forme ordinaire mais avec le kyriale en latin, se voyaient régulièrement admonestées par le célébrant lorsque le communiant voulait recevoir l’hostie sur la langue : « Tendez-la main ! » Il y eut aussi les coups de pied dans les jambes pour faire se lever ceux qui souhaitaient communier à genoux.

Ce fut également l’époque de l’introduction de la mixité dans les établissements scolaires diocésains par la fusion, entre autres, des établissements Saint-Vincent et La Providence. Ce qui devait arriver arriva et rapidement le directeur, un prêtre, disparut avec une élève pendant que le préfet de discipline, un autre prêtre, se faisait remarquer par son assiduité à inspecter les camions de médecine scolaire lorsque les jeunes filles y étaient convoquées pour une radiographie des poumons. N’oublions pas les religieuses en larmes parce qu’elles n’arrivaient pas à se faire respecter de grands escogriffes qui faisaient trente centimètres de plus qu’elles.

En 1987, il était toujours impossible de se marier en bénéficiant, pour la messe, de la forme extraordinaire du rite romain pourtant célébrée par un prêtre du diocèse de Rennes, oncle de la future mariée, détaché auprès d’un prestigieux établissement scolaire parisien. L’argument de l’évêque d’alors, Mgr Jullien, ancien curé de Saint-Louis à Brest, où de sa voix de stentor il fustigeait les nouveaux pharisiens qui faisaient une génuflexion avant de communier, était imparable : « Si je donne l’autorisation il y aura d’autres demandes. » Accordons à Mgr d’Ornellas qu’il autorisa en 2007 la messe d’enterrement de mon père selon la forme extraordinaire du rite romain en l’église … Saint-Germain.

Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Que madame L. se rassure. Tout est pardonné et était même oublié jusqu’à ce que Mgr d’Ornellas ne fasse remonter à la surface ces souvenirs douloureux mais apaisés. Je ne reproche rien à monseigneur de Rennes de ces événements dans lesquels il n’a aucune part de responsabilité, cependant il faudra bien que l’épiscopat français, toujours en mal de repentance, se repente un jour de ce qu’il a fait subir à trop de prêtres et de laïcs dont le seul crime était la fidélité.
À Rennes, le combat continue.
Les lettres de Mgr d’Ornellas aux fidèles de Saint-François des 19 et 22 juin sont un sommet d’hypocrisie épiscopale. « J’aime tous les catholiques du diocèse (…) Je n’ai pas de double langage, même si une communication non maîtrisée a pu laisser penser le contraire ». Qu’en termes délicats ces choses là sont dites ! Or la sagesse populaire affirme qu’il n’y a pas d’amour mais que des preuves d’amour. Et ces preuves font cruellement défaut. En effet, Mgr d’Ornellas ne prend aucun engagement sur la pérennité de la présence de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP) comme desservant de la chapelle Saint-François. La seule chose acquise est que la messe selon la forme extraordinaire sera célébrée le dimanche par une équipe de prêtres du diocèse qui officieront à tour de rôle. Pas une raison n’est avancée pour justifier ce changement. Il n’est rien reproché à l’ICRSP ni au chanoine Cristofoli, bien au contraire. Nous sommes en plein arbitraire épiscopal.

En 2007, lors de son arrivée comme archevêque de Rennes, Mgr d’Ornellas avait ordonné deux prêtres. En 2016, après dix années d’épiscopat, il ordonnera un seul prêtre. Il est des signes plus évidents de réussite apostolique… Dans le même temps, la paroisse Saint-François aura la joie, cette année, de voir ordonné un de ses anciens paroissiens, mais au titre de l’Institut du Christ-Roi et non du diocèse. Chaque année, de manière régulière, cette communauté de sept cents personnes fournit des vocations qui ne rejoignent pas le séminaire diocésain. Clin d’œil malicieux de la Providence, Mgr Aumonier a ordonné en 2016 quatre prêtres à Versailles, dont un religieux, alors que l’église Saint-Louis du Port-Marly, communauté de mille cinq cents fidèles, verra aussi quatre de ses anciens paroissiens ordonnés prêtres pour l’éternité par le cardinal Burke. Ainsi, des communautés quasi insignifiantes numériquement sont à l’origine d’autant de vocations que des diocèses qui furent florissants. En 2016, il y aura eu a priori quatre-vingt quatre ordinations de Français selon la forme ordinaire, dont cinq pour la communauté Saint-Martin, et vingt et un selon la forme extraordinaire du rite romain (Institut du Bon Pasteur, Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, ICRSP, FSSPX). Ainsi, dans l’Église de France, les deux millions de paroissiens ordinaires (3% de 66 millions d’habitants) fournissent quatre fois plus de prêtres que les 100 000 paroissiens extraordinaires (5% des deux millions de pratiquants réguliers). Une communauté « extraordinaire » est donc, en terme de vocations, cinq fois plus « féconde » qu’une communauté « ordinaire ». Par quel miracle est-ce possible ? A-t-on entendu nos évêques s’interroger sur cette question ? À ma connaissance non.

Il semblerait plutôt que certains aient pris ombrage de cette situation et aient décidé de procéder à une normalisation du type : L’ordre règne à Varsovie. La réflexion est, peut-être, que si ces communautés un peu à la périphérie venaient à dépendre plus directement de l’autorité diocésaine, les vocations qui en sont issues, sans oublier les quêtes car ces fidèles sont généreux, se dirigeraient alors vers le diocèse. Il s’agit là d’une grossière erreur d’analyse. En effet, l’attachement, exclusif, à la messe traditionnelle n’est pas un hochet ou un gri-gri qui agirait automatiquement, ex opere operato. Il y a la messe dominicale bien sûr mais il y a aussi selon l’heureuse expression de Mgr Brouwet, évêque de Lourdes, « tout ce qui va avec ». C’est-à-dire : la prédication, la messe en semaine, les dévotions du premier vendredi du mois, les confessions, les vêpres et les saluts du Saint-Sacrement, la récitation du chapelet, le catéchisme, le scoutisme, la formation intellectuelle des jeunes, les visites aux malades, la célébration des funérailles, la direction spirituelle, etc. Pour cela, selon la belle prière pour obtenir des vocations sacerdotales et religieuses, il faut « des prêtres qui aiment les âmes, les pauvres et la croix ». Ce sont eux qui feront naître, par leur rayonnement personnel et leur configuration chaque jour plus réelle au Christ crucifié, les vocations dont l’Église et le monde ont besoin. Cette concession d’une simple messe dominicale, sans pasteur attitré, est pire qu’une maladresse elle est une marque de mépris. Il existait, paraît-il, un enseignement du mépris, il existe toujours une pratique épiscopale du mépris.
Un enjeu pour l’Église
C’est une image d’intolérance et de sectarisme que renvoie le primat de Bretagne à l’heure du dialogue interreligieux et de l’ouverture tous azimuts. Quel malheur qu’il n’y ait pas parmi les paroissiens de Saint-François plus d’homosexuels et de divorcés remariés. Toutes les portes de la cathédrale leur seraient grand ouvertes. S’il y avait en plus quelques musulmans ce serait parfait. Mais au-delà du cas rennais et de son caractériel pasteur c’est toute l’Église de France qui est interpellée. Les catholiques de France qui désirent vivre paisiblement leur foi selon les méthodes et la spiritualité qui ont sanctifié leurs anciens seront-ils éternellement des parias et des citoyens de seconde zone nonobstant le motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI ?

Déjà, en 1964, Jean Madiran s’interrogeait : « Sommes-nous donc des chiens ? » Il apostrophait ainsi collégialement les évêques de France. Aujourd’hui certains, pas tous, méritent encore cette interpellation : « Ils sont juchés sur un immense désastre spirituel, les vocations taries, les séminaires intellectuellement à l’abandon, les chrétiens divisés, le peuple déchristianisé et généralement les pauvres, au lieu d’être évangélisés, les pauvres couverts de leur mépris, de leurs crachats, même pas reconnus. Ils sont les puissants, les maîtres, les administrateurs, les installés de ce désastre spirituel sans précédent peut-être dans l’histoire de l’Église de France. Et pour défendre l’arbitraire et l’abus de leur puissance ils n’ont pas une explication, une motivation, une analyse, une argumentation, une justification, pas une qui puisse résister au feu de la critique, au crible d’un débat contradictoire, à l’épreuve d’une confrontation avec les faits et ils le savent. Ah ! Non, de personne à personne ce n’est pas leur mépris qui nous chagrine, c’est leur approbation qui nous épouvanterait. »

Jean-Pierre Maugendre

[La Croix] Le Vatican estime que les lefebvristes n’ont pas fermé la porte aux discussions

SOURCE - La Croix - M.M avec I.Media - 30 juin 2016

Au lendemain des déclarations du supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) semblant écarter la recherche d’un rapprochement avec Rome, Mgr Guido Pozzo, en charge des discussions avec les traditionalistes, a indiqué jeudi 30 juin à l’agence I.Media ne pas y voir une « porte fermée ».

Publié le 29 juin, jour de la fête des saints Pierre et Paul, le communiqué de Mgr Bernard Fellay a clos quatre journées de réunion avec les plus hauts responsables de la Fraternité Saint-Pie X. Dans cette note, il évoque « la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Eglise » et déplore les « erreurs » doctrinales « malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au pape lui-même».

La Fraternité séparée de Rome depuis 1988 assure qu’elle « ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique » et confie prier et faire pénitence « pour que le pape ait la force de proclamer intégralement la foi et la morale».

Ces déclarations ont été perçues par les observateurs comme un véritable coup d’arrêt aux discussions en cours, alors que le dialogue semblait avoir repris autour d’une possible reconnaissance et que le pape François avait même reçu au Vatican Mgr Fellay en avril dernier.

Interpellé par l’agence romaine I.Media, Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, en charge des relations avec la Tradition, relève néanmoins que les reproches d’Écône sont « déjà connus » et il semble ne pas s’inquiéter outre mesure pour l’avenir des discussions avec les représentants de la FSSPX.
Déclarations « prévisibles » et « attentistes »
« Certaines de ces déclarations sont prévisibles, dans le sens où ils ont toujours dit cela, et d’autres sont attentistes dans le sens où ils n’entrent pas dans le détail des questions qui font actuellement l’objet des discussions et dont nous devons encore parler», juge-t-il.

Le communiqué de la fraternité traditionaliste, juge encore avec prudence Mgr Pozzo, « n’est pas un acte négatif, mais il n’annonce pas non plus une solution imminente aux questions en cours ». En tout cas, ajoute-t-il, il ne s’agit « absolument pas d’une porte fermée».

Concernant les « erreurs » encouragées par le pape, Mgr Pozzo assure qu’il est certainement fait référence à l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia sur la famille et en particulier « au point sur les divorcés remariés, dont l’interprétation est d’ailleurs assez controversée ». Les discussions entre Rome et Écône devraient reprendre après l’été.

[Pierre Wolf-Mandroux - La Croix] Mort de Maurice Cantor, ancien prêtre dissident de Vatican II

SOURCE - Pierre Wolf-Mandroux - La Croix - 30 juin 2016

Ancien prêtre catholique, Maurice Cantor avait quitté l’Église après Vatican II. Fondateur d’une Église chrétienne « autocéphale » en Normandie, il est mort à 94 ans.

Maurice Cantor, fondateur de l’Église « autocéphale » Sainte-Marie du Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), près de Rouen, est mort à 94 ans, a précisé le site de son Église. Sa messe d’inhumation sera célébrée le 1er juillet à l’église Sainte-Marie.

Né au Havre en 1921, il étudie à l’Institution Saint-Joseph du Havre. Il entre chez les moines bénédictins de Saint-Wandrille en 1940 et est ordonné prêtre en 1948. Il se retrouve ensuite dans diverses paroisses de la région de Dieppe.
« Guérisseur charismatique »
Il se fait alors connaître par ses dons de guérisseur charismatique, selon le P. Bernard Vignot, auteur de plusieurs livres sur les Églises parallèles.

Mécontent des orientations du concile Vatican II, Maurice Cantor démissionne de l’Église catholique en mai 1964, dans une lettre à Mgr Joseph-Marie Martin, archevêque de Rouen : « Je désire fonder une communauté de tradition catholique ouverte à tous sans exclusion et fidèle à la messe catholique traditionnelle en latin. »

Grâce aux soutiens de ses fidèles, il construit la chapelle Sainte-Marie au Mont-Saint-Aignan, où il célèbre la messe selon le rite de saint Pie V. En 1964, il est excommunié, ainsi que les prêtres qui l’ont suivi.
Prêtres mariés
Le site de l’Église Sainte-Marie précise que cette Église gallicane « de tradition catholique » ordonne prêtres des hommes mariés, « selon la tradition apostolique ». Elle donne aussi aux divorcés remariés la possibilité d’accéder aux sacrements. Des guérisons spirituelles y sont aussi pratiquées, et le culte de sainte Rita développé.

Cette église attire un nombre de fidèles substantiels, selon le P. Bernard Vignot. En 2011, dans son livre sur Le phénomène des Églises parallèles, celui-ci rappelait que les baptêmes célébrés par l’Église Sainte-Marie sont valides. Mais ces personnes baptisées ne peuvent avoir accès aux autres sacrements sans avoir posé un acte de pleine communion avec l’Église catholique, consécutif à un temps de catéchèse.
Mariages nuls et invalides
En 1999, le P. Pierre Choquet, vicaire général du diocèse de Rouen, précisait aussi que « les sacrements célébrés à la Chapelle Sainte-Marie le sont dans des conditions irrégulières aux yeux de l’Église catholique. En particulier, les mariages sont nuls et invalides ».

Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen s’est déclaré attristé par la mort de Maurice Cantor, rapporte Normandie-Actu. « C’est pour nous un chrétien. Devant la mort, nous ne pouvons que le confier à la miséricorde de Dieu, en toute amitié ».
Pierre Wolf-Mandroux

[La Vie] Pour les Lefebvristes, le pape "encourage" l’Église dans l’erreur

SOURCE - La Vie - 30 juin 2016

"La proclamation de la doctrine catholique exige la dénonciation des erreurs qui ont pénétré en son sein, malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au Pape lui-même", affirme Bernard Fellay dans un communiqué publié mercredi 29 juin.
Alors que l’Église célébrait hier, mercredi 29 juin, ses apôtres fondateurs Pierre et Paul, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) a publié un communiqué acerbe, à l’issue d’une réunion de ses supérieurs majeurs, dans lequel elle dénonce les « erreurs » de l’Église, « encouragées » selon elle par « le pape lui-même ».

Signé de Bernard Fellay, supérieur général de la fraternité lefebvriste, le communiqué entend dénoncer « la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Eglise ». « La proclamation de la doctrine catholique exige la dénonciation des erreurs qui ont pénétré en son sein, malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au Pape lui-même »,affirme Bernard Fellay.

Le ton de cette intervention peut surprendre, trois mois après la rencontre du pape avec plusieurs représentants de la FSSPX, le 4 avril, à l’issue de laquelle Bernard Fellay avait assuré vouloir « poursuivre ces échanges sans précipitation ». « Je ne serai pas étonné qu’il (le pape, ndlr) nous considère comme une de ces périphéries auxquelles il donne manifestement sa préférence »,s’était-il exprimé quelques jours auparavant, sûr des avancées réelles avec Rome.
Retour à la Sainte Tradition
Affirmant ne pas rechercher de « reconnaissance canonique » et considérant qu’elle « y a droit en tant qu’œuvre catholique », la FFSPX semble éloigner la perspective d’un rapprochement avec le Saint-Siège.

Dans ses deux derniers paragraphes, particulièrement offensifs, les lefebvristes affirment sans détour qu’ils se considèrent comme en devoir de suppléer au pape. « La « restauration de toutes choses dans le Christ », voulue par saint Pie X à la suite de saint Paul ne pourra se réaliser sans le soutien d’un Pape qui favorise concrètement le retour à la Sainte Tradition. En attendant ce jour béni, la Fraternité Saint-Pie X entend redoubler d’efforts pour établir et diffuser, avec les moyens que lui donne la divine Providence, le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Un pape dont Écône ne semble plus attendre grand-chose, si l’on s’en tient à la « prière » adressée en conclusion de cette lettre : « La Fraternité Saint-Pie X prie et fait pénitence pour que le Pape ait la force de proclamer intégralement la foi et la morale. Ainsi il hâtera le triomphe du Cœur Immaculé de Marie que nous appelons de nos vœux, à l’approche du centenaire des apparitions de Fatima. »

[Jean-Jacques Durré - cathobel] Les « lefebvristes » rompent le lien fraternel avec le pape

SOURCE - Jean-Jacques Durré - cathobel - 30 juin 2016

« Le pape encourage l’erreur. » Cette phrase terrible a été prononcée hier mercredi 29 juin, par Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX). Un pas de plus vers le rejet de la main tendue par le Vatican.

Du 25 au 28 juin, les recteurs des séminaires et les supérieurs de district de la FSSPX se sont réunis pour une série de discussions. A l’issue de cette recontre, la Fraternité a publié un communiqué qui n’est pas tendre pour le pape François. Ainsi, le texte stipule que « dans la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Eglise, la proclamation de la doctrine catholique exige la dénonciation des erreurs qui ont pénétré en son sein, malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au pape lui-même ». Une phrase « choc » prononcée – et ce n’est pas un hasard – en la fête des saints Pierre et Paul, jour de la remise du pallium aux archevêques métropolitains par François; pallium qui est le symbole de l’unité avec l’évêque de Rome.

En ce faisant, les « lefebvristes » semblent bel et bien vouloir signifier que tout rapprochement avec Rome s’éloigne, voire est exclu.

Pourtant, le pape François n’a cessé de vouloir poursuivre le dialogue avec la FSSPX, entamé par son prédécesseur le pape émérite Benoît XVI. La volonté est réelle de ne pas couper les ponts.

La FSSPX, qui rejette toujours le Concile Vatican II, fait donc volte-face, alors que depuis quelques mois, l’idée de faire de celle-ci une prélature personnelle faisait son chemin. Cela aurait permis aux traditionalistes de bénéficier d’une certaine autonomie. Mais, le communiqué de la FSSPX est clair à ce sujet puisqu’il précise que la Fraternité « ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique, à laquelle elle a droit en tant qu’œuvre catholique ». En clair: la prélature personnelle ne les intéresse plus. Et d’ajouter: « Elle n’a qu’un désir: porter fidèlement la lumière de la Tradition bimillénaire qui montre la seule route à suivre en cette époque de ténèbres où le culte de l’homme se substitue au culte de Dieu, dans la société comme dans l’Eglise. » Ce qui est plus grave, c’est que le texte de Mgr Fellay ajoute: « (…) La Fraternité Saint-Pie X prie et fait pénitence pour que le pape ait la force de proclamer intégralement la foi et la morale. » Ce qui sous-entend que le pape François ne le fait pas!

Ce communiqué marque sans doute un nouveau virage dans les relations avec Rome. Les discussions entamées vont sans doute prendre une autre tournure, même si elles ne devraient pas être rompues. En effet, interpellé par I.MEDIA ce 30 juin 2016, Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale « Ecclesia Dei » juge que Mgr Bernard Fellay adopte simplement une attitude « attentiste».

A Rome, Mgr Guido Pozzo relève que les reproches d’Ecône sont « déjà connus » et il semble ne pas s’inquiéter outre mesure pour l’avenir des discussions avec les représentants de la FSSPX. « Certaines de ces déclarations sont prévisibles, dans le sens où ils ont toujours dit cela, et d’autres sont attentistes dans le sens où ils n’entrent pas dans le détail des questions qui font actuellement l’objet des discussions et dont nous devons encore parler ».
Rome minimise les propos
Après une première rencontre entre le pape François et Mgr Bernard Fellay le 1eravril dernier, Rome et Ecône travaillent notamment sur « déclaration doctrinale » à laquelle devra adhérer la FSSPX.

Le communiqué de la fraternité traditionaliste, juge encore avec prudence Mgr Pozzo,« n’est pas un acte négatif, mais il n’annonce pas non plus une solution imminente aux questions en cours ».

Concernant les « erreurs » encouragées par le pape, Mgr Pozzo assure qu’il est certainement fait référence à l’Exhortation apostolique « Amoris Laetitia » sur la famille et en particulier « au point sur les divorcés remariés, dont l’interprétation est d’ailleurs assez controversée ».

Selon l’agence I. Media, reprise par nos collègues suisses de cath.ch, les discussions entre Rome et Ecône devraient reprendre après l’été.

J.J.D.

[I.Media] Rome juge que Mgr Fellay n’a pas fermé la porte aux discussions en cours

SOURCE - I.Media - 30 juin 2016
Au lendemain de la déclaration du supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) sur les "erreurs" doctrinales encouragées par le pape François, le prélat chargé au Vatican des discussions avec les traditionalistes ne voit "absolument pas une porte fermée" pour leur retour dans le giron de Rome.

29 juin 2016

[Candidus - Le Forum Catholique] Exégèse *possible* [du] communiqué [de Mgr Fellay]

SOURCE - Candidus - Le Forum Catholique - 29 juin 2016

[Suite au communiqué de Mgr Fellay]

La FSSPX sait la régularisation imminente (on m'écrit de Rome que la CPED travaille 24/7 sur ce dossier).

- Pour préparer le terrain on souligne à l'avance que cette régularisation n'a pas été quémandée : la FSSPX "ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique". Si on n'a rien demandé, on est moins lié par une exigence de reconnaissance.

- On souligne la raison pour laquelle il faudra faire bonne figure à cette régularisation : la FSSPX a droit à cette "reconnaissance canonique... en tant qu’œuvre catholique".

- On affirme que l'on se réserve le droit de continuer à critiquer les déviations doctrinales d'où qu'elles viennent (réponse à ceux qui accuseront la FSSPX de s'être liée les mains - ou plutôt la bouche).

- On laisse entendre que cette reconnaissance pourra être considérée comme un nouveau "moyen" donné par "la Divine Providence" dans la perspective de l'établissement du "règne social de Notre-Seigneur Jésus Christ".

Une interprétation qui évidemment n'engage que moi.

[Mgr Tissier de Mallerais, fsspx - La Porte Latine] Qu'en est-il de la validité du nouveau rite d'ordination? (sermon des ordinations à Ecône)

SOURCE - Mgr Tissier de Mallerais, fsspx - La Porte Latine - 29 juin 2016

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit Ainsi soit-il

Monseigneur le Supérieur Général,
Monseigneur,
Mes chers confrères dans le sacerdoce,
Chers ordinands,
Bien chers fidèles,

C’est avec une grande joie que nous allons entreprendre cette ordination des nombreux ordinands nous souvenant de cette belle parole de Saint Pie X « Tout instaurer dans le Christ » spécialement par le sacerdoce catholique.

La fête de saint Pierre et saint Paul, que nous fêtons aujourd’hui, a cette belle oraison que je vous invite à méditer : « Dieu qui avez consacré ce jour par le martyre des apôtres Pierre et Paul, donnez à votre Eglise de professer les enseignements dont elle a reçu les prémices par la prédication de ces saints apôtres ». De professer entièrement les enseignements qu’elle a reçus par la prédication des saints apôtres, la Foi catholique et c’est dans ce but que nous allons ordonner ces diacres et ces prêtres.
Le prêtre, véritable médiateur entre Dieu et les hommes
Le prêtre, chers amis, n’est rien d’autre que le médiateur entre Dieu et les hommes, Mediator Dei et hominum . Certes Notre-Seigneur Jésus-Christ seul est médiateur de rédemption par sa croix, mais le prêtre institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ est l’instrument du Christ-Prêtre pour appliquer la Rédemption aux âmes par la bouche, le cœur, les mains du prêtre s’élève la prière de l’Eglise vers Dieu. Cette prière de louange, de supplication, s’élève des fidèles par le prêtre essentiellement. Le prêtre est médiateur d’intercession. Et en retour la grâce divine va descendre sur les fidèles, sur les hommes, par le cœur, par les paroles, par les mains, par les gestes du prêtre. Ainsi le prêtre est vraiment médiateur de Dieu et des hommes, réconciliateur de Dieu avec les hommes et offrant tout spécialement par la grande prière du saint sacrifice de la messe les expiations, les supplications et obtenant la propitiation de Dieu envers les pécheurs.

Ce double rôle ascendant et descendant de la médiation du prêtre de toute votre vie de prêtre, chers ordinands, est exprimé très bien dans l’encensement des oblats à l’offertoire de la messe. Le prêtre va commencer par tracer trois signes de croix sur les oblats, c’est à dire le calice rempli du vin et la patène sur laquelle repose l’hostie. Il trace trois larges signes de croix avec l’encensoir « Incensum istud ad te benedictum ascendat ad te domine et descendat super nos misericordia tua » . Il prononce ces paroles : que cet encens béni par vous monte vers vous Seigneur, et donc la fumée de l’encens monte à ce moment-là au-dessus des oblats pour exprimer la prière, la grande prière de Notre-Seigneur sur la croix, la supplication de Notre-Seigneur sur la croix pour les hommes pécheurs.

Et ensuite l’encensoir va tracer trois cercles concentriques autour des oblats : « Et descendat super nos misericordia tua », trois gestes d’enveloppement comme si la miséricorde de Dieu venait nous envelopper tous ensemble, tout entier, pour exprimer que va descendre, alors, par l’action du prêtre la grâce, le pardon, la miséricorde de Dieu, la vraie miséricorde qui suppose le regret des fautes et la pénitence du pécheur.

Donc c’est bien dans cet esprit catholique du sacerdoce comme médiateur entre Dieu et les hommes que je vais vous ordonner, chers ordinands.

Récemment, oh il y a trois ans, une enquête fut faite par les médias, dans un pays d’Europe réputé fervent dans la foi des catholiques. Et c’était un interrogatoire sur la piété du prêtre, pour savoir qu’elle était la piété du prêtre aujourd’hui. Et l’on interrogeait sur la prière du prêtre puisque le prêtre est précisément l’homme de la prière et de la grâce. Et on leur posait la question : combien de temps, avec quelle régularité priez vous, vous prêtre catholique, de l’Eglise catholique ? Et le résultat du sondage fut que 42 % des prêtres de ce pays ne prient même pas une fois par jour, et même moins que cela, et certains ne prient pas du tout. 42 % des prêtres de ce pays. Telle est la situation de l’Eglise, du sacerdoce aujourd’hui.

On posait la question : avec quelle régularité allez-vous vous confesser, vous les prêtres qui avez aussi besoin de recevoir le sacrement de pénitence ? Et la réponse fut que 54 % se confessent une fois par an ou moins, ou moins…

C’est vous dire donc que le prêtre comme l’homme de la grâce et de la miséricorde a disparu de l’horizon de l’Eglise. Telle est la situation actuelle du sacerdoce et donc combien il est urgent que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, qui a eu cet héritage de l’Eglise, par notre vénéré fondateur, communique cet idéal et même cette réalité catholique du sacerdoce médiateur et sanctificateur des âmes, du prêtre homme de la prière et de la grâce. Et que la Fraternité prenne tous les moyens opportuns aujourd’hui, vu la situation de l’Eglise, pour transmettre à tous les prêtres de l’Eglise, cette vérité du sacerdoce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la réalité du Christ Prêtre et Roi, la communiquer à toute l’Eglise.

Cette nature du prêtre comme médiateur me semble très simplement illustrée dans la cérémonie d’ordination sacerdotale.

Par l’onction des mains du prêtre, par la tradition du calice et de la patène, et par la deuxième imposition des mains accompagnée du pouvoir d’absoudre les péchés. Or ces trois rites sont accomplis à la fin de l’ordination, quand les ordinands sont déjà prêtres par l’imposition silencieuse des mains de l’évêque et la préface consécratoire. Ils sont déjà prêtres. Néanmoins l’Eglise insiste, par ces trois rites secondaires, pour préciser quelle est la nature du pouvoir du prêtre.

Et tout d’abord l’onction des mains, si belle, si significatrice. Le prêtre n’est plus un homme comme les autres, il est un consacré puisqu’il reçoit l’onction de ses mains. En oignant les deux mains de l’ordinand et de l’ordonné, le prêtre prononce ces paroles : « Consacrez et sanctifiez, Seigneur, par cette onction et notre bénédiction ces mains afin que tout ce qu’elles béniront et consacreront soit consacré et sanctifié au nom du Seigneur ». Désormais par vos mains, chers candidats au sacerdoce, vous accomplirez des merveilles, vous allez consacrer et sanctifier. Consacrer à la messe, bien entendu, en tenant le calice qui va devenir le calice du Précieux Sang, en tenant la patène qui va devenir la patène qui soutient Notre-Seigneur Jésus-Christ, son corps immolé. Vous allez donc consacrer la sainte Eucharistie, renouveler sacramentellement le sacrifice de la croix. Et vous allez sanctifier les âmes par vos mains, par toutes les bénédictions de l’Eglise, par le baptême, par la sainte communion que vous allez donner.
Qu'en est-il de la validité du nouveau rite d'ordination?
Or, bien chers fidèles, cette merveilleuse onction des mains du prêtre a été truquée par l’Eglise conciliaire depuis 46 ans. Paul VI a institué d’autres paroles, qui ne parlent ni de consécration, ni de sanctification. C’est pourquoi nous gardons précieusement ce trésor de ces prières de l’ordination.

Deuxième rite, c’est le rite de la présentation au jeune prêtre du calice et de la patène, avec des paroles très claires : « Recevez le pouvoir d’offrir le sacrifice à Dieu ». Ces paroles vous ne les trouvez pas dans les autres parties de l’ordination. Nulle part. C’est dans ce rite secondaire que vous trouverez la précision ultime de ce qu’est le sacerdoce que vous allez recevoir. Recevez le pouvoir d’offrir à Dieu le sacrifice, et il continue, « et de célébrer des messes tant pour les vivants que pour les morts au nom du Seigneur ». De célébrer des messes, c’est bien clair, tant pour les vivants que pour les morts.

Non pas seulement un sacrifice de louange pour les vivants mais aussi le sacrifice d’expiation et de propitiation pour les âmes du purgatoire dont on ne parle plus dans l’Eglise aujourd’hui. Votre sacerdoce est un sacerdoce qui a des effets dans l’éternité, non seulement sur la terre mais au ciel pour faire entrer des âmes au ciel et au purgatoire pour délivrer les âmes.

Monseigneur Lefebvre nous disait : « Le prêtre est un homme d’éternité, qui ne vit pas seulement dans le temps mais dont le sacerdoce a des effets éternels ».

Or, cette belle prière a été truquée, encore une fois, par l’Eglise conciliaire, le nouveau rite d’ordination où l’évêque présente le calice et la patène, avec le vin et l’hostie oui, en disant simplement : « Recevez les dons des fidèles pour les offrir à Dieu ». Alors qu’est-ce que c’est ? Vous recevez les dons des fidèles pour les offrir à Dieu ? C’est tout ? Nous ne recevons pas le don des fidèles, nous recevons le don de Dieu qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ immolé sur la croix, pour l’offrir à nouveau à Dieu son Père. Voilà la vérité ! Nous ne pouvons pas, évidemment, accepter ce nouveau rite d’ordination truqué qui fait peser des doutes sur la validité de nombreuses ordinations selon le nouveau rite.

Et enfin le troisième beau rite, secondaire il est vrai et pourtant si important, le pouvoir d’absoudre les péchés. Le prêtre dit ceci à l’ordinand, en déployant sa chasuble pour signifier que désormais il va pouvoir exercer son sacerdoce et toutes ses fonctions de prêtre, il lui dit : « Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ». Les belles paroles de Notre-Seigneur aux apôtres le jour de Pâques, le soir du jour de Pâques, quoi de plus beau ? D’exprimer ce pouvoir, que les jeunes prêtres ont déjà reçus par l’imposition des mains silencieuse et la préface c’est vrai, mais l’exprimer de façon explicite que le prêtre a le pouvoir de remettre les péchés. Vous me direz, mais Dieu seul peut remettre les péchés. Précisément le prêtre est l’instrument de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour remettre les péchés.

Or bien chers fidèles cette prière, ce rite de transmettre le pouvoir de remettre le péché, a été simplement supprimé du nouveau rite de l’ordination. Il n’en est plus question. Donc ce nouveau rite d’ordination n’est pas catholique. Et donc nous continuerons bien sûr fidèlement à transmettre le sacerdoce réel et valide, et valide, par le rite traditionnel de l’ordination sacerdotale.

Je terminerai, chers fidèles, en vous invitant à invoquer la Très Sainte-Vierge Marie, son Cœur Immaculé qui ne peut qu’avoir grande pitié pour la détresse de l’Eglise et de Rome actuelle, afin qu’elle nous aide à transmettre le flambeau, à prêcher clairement la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu vrai Roi et vrai prêtre, à ce sacerdoce de Notre-Seigneur Jésus-Christ auquel nos futurs prêtres d’aujourd’hui vont participer par la grâce de Dieu, ainsi soit-il.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
         
Mgr Bernard Tissier de Mallerais

[FSSPX - Supérieur Général] "A l’issue de la réunion des supérieurs majeurs de la Fraternité Saint-Pie X..." (Communiqué)

SOURCE - FSSPX - Supérieur Général - 29 juin 2016

A l’issue de la réunion des supérieurs majeurs de la Fraternité Saint-Pie X qui s’est tenue en Suisse, du 25 au 28 juin 2016, le Supérieur général adresse le communiqué suivant :

Le but de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est principalement la formation des prêtres, condition essentielle du renouveau de l’Eglise et de la restauration de la société.
  1. Dans la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Eglise, la proclamation de la doctrine catholique exige la dénonciation des erreurs qui ont pénétré en son sein, malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au Pape lui-même.
     
  2. La Fraternité Saint-Pie X, dans l’état présent de grave nécessité qui lui donne le droit et le devoir de distribuer les secours spirituels aux âmes qui recourent à elle, ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique, à laquelle elle a droit en tant qu’œuvre catholique. Elle n’a qu’un désir : porter fidèlement la lumière de la Tradition bimillénaire qui montre la seule route à suivre en cette époque de ténèbres où le culte de l’homme se substitue au culte de Dieu, dans la société comme dans l’Eglise.
     
  3. La « restauration de toutes choses dans le Christ », voulue par saint Pie X à la suite de saint Paul (Eph 1,10), ne pourra se réaliser sans le soutien d’un Pape qui favorise concrètement le retour à la Sainte Tradition. En attendant ce jour béni, la Fraternité Saint-Pie X entend redoubler d’efforts pour établir et diffuser, avec les moyens que lui donne la divine Providence, le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
     
  4. La Fraternité Saint-Pie X prie et fait pénitence pour que le Pape ait la force de proclamer intégralement la foi et la morale. Ainsi il hâtera le triomphe du Cœur Immaculé de Marie que nous appelons de nos vœux, à l’approche du centenaire des apparitions de Fatima.
Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X
Ecône, le 29 juin 2016
En la fête des saints apôtres Pierre et Paul

[Marie Malzac - La Croix] Les lefebvristes repoussent l’idée d’un ralliement à Rome

SOURCE - Marie Malzac - La Croix - 29 juin 2016

Trois mois après la rencontre au Vatican entre le supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X et le pape François, Mgr Fellay a fait savoir mercredi 29 juin que la « reconnaissance canonique » n’était pas sa priorité, en dépit des récentes ouvertures de Rome.
Un pas en avant, deux pas en arrière. Dans le pénible dialogue entre Rome et les lefebvristes, leur chef de file, Mgr Bernard Fellay, vient de marquer un coup d’arrêt, opposant un refus net au pape, qui avait pourtant fait des signes dans leur direction, en reconnaissant notamment comme licites les absolutions accordées par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) au cours de l’Année de la Miséricorde.

Mgr Fellay a ainsi affirmé, dans un communiqué diffusé hier, que la FSSPX « ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique » mais entend bien « continuer de porter fidèlement la lumière de la Tradition bimillénaire ». Dans cette note, il déplore également « la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Église », accusant le pape d’encourager des « erreurs ».
Mgr Fellay ferme la porte des discussions à une date symbolique

Ces derniers mois, Mgr Fellay et certains responsables de l’institut avaient semblé adopter une attitude plus conciliante envers les autorités romaines. Mais, jeudi 29 juin, le supérieur général de la FSSPX a, une nouvelle fois, fermé la porte des discussions à une date symbolique, celle de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, jour anniversaire des ordinations épiscopales par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, qui avaient provoqué le schisme.

Il y a quelques mois, l’abbé Franz Schmidberger, ancien Supérieur général de la FSSPX, avait détaillé dans un document adressé à quelques responsables lefebvristes, y compris Mgr Fellay, les arguments qui justifieraient une réintégration par Rome, suscitant de nombreux remous dans la sphère traditionaliste. Étant donné les « exigences » du Vatican revues à la baisse, estimait-il, « semble être arrivé le bon moment pour régulariser la situation de la Fraternité ». Les déclarations d’aujourd’hui démontrent qu’un tel moment est loin d’être arrivé.

Marie Malzac

28 juin 2016

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] « Je cherche un homme »

SOURCE – Le Seignadou – juillet 2016

« Je cherche un  homme », proclamait le vieux Diogène, armé de sa lanterne.

Aujourd’hui, ce n’est plus une lanterne qu’il nous faudrait pour trouver un homme mais un véritable phare, plus puissant que le soleil, pour percer l’épaisseur des ténèbres humaines, et y retrouver ce qui fait un homme ! Si je considère les hommes publics, ceux dont on parle, ceux qui parlent, chantent et mènent les affaires du monde… ceux qui se proposent comme les modèles de l’homme d’aujourd’hui… tout est vide, creux, plat, uniforme, sans caractère ni personnalité ! Il n’y a plus d’homme, car il n’y a plus de caractère.

Tel est le fruit le plus évident de la conjugaison du matérialisme et du laïcisme : nous n’avons plus d’hommes libres, capables d’être différent, de vouloir, de désirer, d’aimer en pleine indépendance d’esprit. Tout est aplati au niveau de la jouissance immédiate, et nul n’est plus capable d’aimer autre chose que ce que lui propose la société, cette société qui a perdu son âme et refuse à ses sujets de faire vivre leur âme.

Et parmi ces hommes qui parlent et s’agitent, je cherche un ami du vrai, du bien, de l’ordre … un homme droit… un homme capable de gestes personnels et gratuits, ces gestes qui ne rapportent rien à leur auteur mais donnent tout le meilleur à ceux qui en bénéficient.

Bien sûr, nous trouvons encore parmi nous des hommes de caractère, des personnalités réelles et vivantes, mais avouez qu’ils sont plutôt rares et discrets, et que ceux qui occupent le devant de la scène, et ceux qui les suivent ne sont pas de ceux-là, hélas !

Et nous risquons tous de nous satisfaire de cela, de ne plus oser nous lancer dans cette belle aventure d’une vie publiquement chrétienne, vécue dans la belle indépendance de l’esprit et du cœur, animés seulement par la grâce divine et capables de gestes personnels qui affirment la vie d’une âme. Nous craignons tellement d’être différents et d’être considérés comme des fous, ou plus simplement comme des êtres bizarres ou anormaux parce que nous ne suivons pas les modes du temps. Les chrétiens ont toujours été « anormaux », c’est-à-dire « hors normes », non soumis aux « normes » de l’heure des hommes, mais aux seules « normes » de l’Evangile et de l’éternité.

Sans y prendre garde, et sans qu’il y ait malice ou mauvaise volonté, nous sommes trop souvent soumis à ce sentiment étrange que dénonçait bellement le grand Ernest Hello : « Parmi les formes de l’habitude qui rendent les hommes ennuyeux, ternes, indifférents, sans couleur les uns pour les autres, sans action les uns sur les autres, il en est une qui s’appelle le respect humain. Le respect humain est une concession faite au néant, en vertu de laquelle l’homme qui veut ressembler un peu aux autres hommes, craint d’affirmer la vérité tout entière, par tous les langages dont il dispose. Même chez les meilleurs, le respect humain porte une atteinte, souvent inaperçue, mais presque toujours très profonde, à l’intégrité de l’homme. Quelquefois les blessures qu’il fait sont grossières et évidentes ; quelquefois elles sont si délicates et si imperceptibles que personnes ne les sent, excepté la lumière qui diminue dans l’âme. Par la plus légère complaisance de cette nature, l’homme trahit Dieu et lui-même. Il trahit la gloire par amour-propre.

Une des puissances qui déroutent et subjuguent les hommes, c’est l’absence radicale de respect humain. Ce fut là, je crois, une des causes de l’ascendant causé par le curé d’Ars; les hommes sont étonnés et renversés quand un homme ne fait à leurs erreurs aucune concession. Ils ont peur de celui qui n’a pas peur d’eux. »

Il ne s’agit pas de cultiver la différence pour elle-même, laquelle ne signifie rien en soi. C’est la recherche du beau qu’il faut cultiver, le beau qui est le doux éclat de la vérité et de la conformité à l’être, le beau qui ne doit rien à la parure extérieure, mais qui vient d’ailleurs, de plus haut… c’est la ressemblance avec mieux que soi, avec ce qui peut nous élever, nous faire progresser, qui doit être cultivée : il s’agit donc de choisir à qui l’on veut ressembler, choisir de se placer sous son influence pour cela… et c’est ce choix et ce désir qui causeront la différence ; laquelle pourra exercer une influence bénéfique. C’est alors que nous aurons trouvé ou retrouvé notre véritable personnalité, dans la fidélité à ce que la grâce de Dieu nous a fait être et devenir.

Avant de nous séparer pour un temps, je ne peux que vous encourager à profiter de ces mois d’été pour lire et méditer les derniers carnets du P. de Chivré sur « la personnalité ». Les conférences publiées s’achèvent avec « la personnalité et l’Eucharistie », et la première s’intitulait : Le Sens chrétien de la Personnalité.  Elle définissait ce que trop souvent nous cherchons autour de nous, dans nos chapelles, dans nos familles...sans le trouver ! Rien ne nous distingue vraiment des autres ; comme eux nous sommes souvent un peu palots et sans vigueur, mondains pour tout dire, parce que nous craignons le regard du « monde ».

 Alors que la seule chose dont le monde ait besoin est la droiture des baptisés, leur fidélité à marcher dans « le sillage du Christ », selon la belle formule de Maurice Barrès, bref, des personnalités chrétiennes.

« Le premier aspect philosophique de la personne est d’être irremplaçable dans la pensée de Dieu qui lui a donné la mission de remplir un rôle déterminé, et non pas de noyer son rôle dans le rôle dépersonnalisé du groupe. La personne demande au groupe “paroisse”, au groupe “asso­ciation”, au groupe "église", de la valoriser afin de servir davanta­ge dans la paroisse, dans l’association et dans l’église, la vérité pour laquelle elles existent, selon la manière personnelle que Dieu nous a donné d’exister. »

« Notre salut est conditionné par l’exercice surnaturel de cette personne humaine que le Christ est venu sauver, alors qu'Il n’est venu sauver aucun groupe. Il sauve des âmes. Il ne sauve pas des associations, et notre premier devoir est de sauver nos personnes de la noyade dans le collectivisme, et de leur conserver leur rôle dans la communauté, agissante, apostolique et romaine. »

« L’Eglise est une communauté de personnes dont les valeurs respectives se sont révélées par et dans la vérité indescriptible des valeurs respectives à chacun, si bien qu’elle ne dispose pas d’un calendrier suffisant pour y inscrire tous ces élus qui ont as­suré à la société de leur époque la manière d’exister la plus profi­table à la société : leur sainteté. »

Ces conférences sur la personnalité peuvent nous sembler difficiles, mais elles sont tellement importantes qu’il nous faut prendre la peine et le temps de les lire et de les méditer. Elles expriment ce dont vivaient autrefois les chrétiens avant que la révolution interdise aux hommes de vivre selon leur âme, de vivre en hommes libres de vivre selon ce qu’ils sont, soumis aux seules lois de l’esprit. Les saints ont tous été des hommes de caractère, animés par ce qui vit en eux bien plus que par ce qui vit autour d’eux.

« Si nous refaisons des personnes selon la nature et la grâce, il y a encore de belles heures à vivre, pour les jeunes, de beaux travaux spirituels et sociaux à entreprendre pour le salut de la personne humaine, et ces joies-là donnent à un homme le droit de vi­vre, car ce droit n’existe que lorsqu’il fait écho à l’existence et à la joie de Dieu. »

Si je peux encore vous donner quelque conseil de lecture, ne manquez pas de lire le denier ouvrage de notre ami Jean de Viguerie : le passé ne meurt pas. Un régal pour l’esprit et pour le cœur ! Vous pouvez aussi lire du même auteur son « Histoire du citoyen »… d’une rigueur exemplaire et d’une clarté décapante !

Bel et saint été, reposant et vivifiant.

[Abbé Christian Gouyaud - La Nef] Amoris Laetitia : interrogations

SOURCE - Abbé Christian Gouyaud - La Nef - juin 2016

Le chapitre VIII de l’exhortation apostolique sur la famille, Amoris Laetitia, a donné lieu à des analyses contradictoires et ouvert des débats sans fin, créant une situation de trouble et de confusion. Il y a un besoin de clarification : c’est à l’Autorité de répondre aux questions qui se posent autour de ce texte. Récapitulatif des principales interrogations.
               
Tout texte, à commencer par le texte sacré, est susceptible d’être diversement interprété, à moins de penser, selon la conception de l’islam, qu’une Parole incréée est dictée sans médiation humaine. On ne peut faire le grief à l’exhortation Amoris Laetitia (AL) de donner lieu à différentes lignes herméneutiques. La question est de savoir si, compte tenu des « praxis » divergentes en une matière importante que le chapitre VIII va susciter, l’autorité suprême de l’Église, dont la finalité est de confirmer dans la foi et de veiller à l’unité de l’Église, ne pourrait exercer son magistère à travers une interprétation authentique d’un passage qui semble sur un point précis « ne pas dire tout en le disant ». La difficulté vient de ce que le pape François a sans doute voulu laisser lui-même aux pasteurs une marge de manœuvre pour qu’ils prennent en considération la « complexité des différentes situations » (n. 296) du point de vue des personnes, ce qui relève chez lui d’un souci récurrent et d’une pastorale de la miséricorde.
               
Posons la question globale : AL ouvre-t-elle une brèche dans le magistère ordinaire universel réputé définitif tel qu’il est exprimé dans l’exhortation Familiaris consortio (FC) de saint Jean-Paul II (1981) sur la non-admissibilité à la communion eucharistique des personnes divorcées d’un mariage sacramentel antérieur et remariées civilement et qui n’auraient pas renoncé aux actes intimes réservés aux époux ?
               
D’un côté, pour le cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, mais qui n’était pas au premier plan pour présenter AL, « si AL avait voulu annuler une discipline tellement enracinée et tellement importante [telle qu’on la trouve en FC 84], elle se serait exprimée de manière claire et en fournissant les motifs correspondants. Or il n’y a aucune affirmation en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment les arguments présentés par ses prédécesseurs, qui ne sont pas fondés sur la culpabilité subjective de ces divorcés remariés qui sont nos frères, mais sur leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ » (1). Plusieurs théologiens comme les dominicains Thomas Michelet et Angelo Bellon, estiment qu’il faut interpréter AL selon une herméneutique de la continuité.
               
D’un autre côté, pour le cardinal Kasper, auquel le pape a donné une tribune lors du consistoire de février 2014 et dont il a loué la « théologie à genoux », « la porte est ouverte » pour un accès des divorcés remariés à la communion eucharistique. Pour Mgr Athanaisus Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, qui reprend là une observation de saint Jérôme au sujet de l’approbation par le pape Libère d’une formule à consonance arienne, « le monde entier [après l’exhortation AL] se mit à gémir et se rendit compte avec étonnement qu’il avait accepté le divorce, dans la pratique ». À en croire les journalistes qui l’interrogeaient dans l’avion qui le ramenait de Lesbos à Rome, François aurait lui-même répondu par l’affirmative à une question portant sur la possibilité désormais d’un tel accès. On n’ose accréditer les propos cyniques prêtés à Mgr Bruno Forte, secrétaire général des deux synodes sur la famille : le pape lui aurait demandé de poser les prémisses en faveur de cet accès mais sans conclure explicitement pour éviter une pagaille épouvantable. Est-il permis de demander respectueusement au Saint-Père ce qu’il en est exactement ?
               
Décomposons maintenant la question globale en plusieurs
Le statut de Familiaris Consortio n.84?
Pourquoi AL, qui cite par ailleurs abondamment FC, ne mentionne-t-elle pas expressément le n. 84 de cette exhortation où Jean-Paul II enseigne que « l’Église réaffirme [la] discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés » ? Ce passage de FC est capital car il indique qu’il s’agit d’une doctrine de confirmation ou de réaffirmation portant sur une discipline fondée sur la Parole de Dieu, ce qui confère précisément toute son autorité au magistère ordinaire universel et lui donne son caractère définitif. Doit-on comprendre d’AL n.3, que la doctrine exprimée dans FC relève du « débat », qu’elle peut être sujette à « différentes interprétations » jusqu’à pouvoir permettre à des divorcés remariés de pouvoir accéder à la communion sacramentelle, ou bien d’un enseignement définitif ? Est-ce que des « solutions plus inculturées » peuvent aller jusqu’à des « praxis » différentes sur la question de l’accès des personnes divorcées remariées au sacrement de l’eucharistie ? La position inculturée du cardinal Kasper selon laquelle « ici [en Allemagne], il est possible de permettre ce qui est interdit en Afrique » vaut-elle au sujet de l’accès des divorcés remariés à la communion sacramentelle ?
               
Pourquoi AL, qui évoque à plusieurs reprises les « situations dites “irrégulières” » (nn. 297, 301) ou les « situations “irrégulières” » (n. 305), ne cite-t-elle jamais, en ce chapitre VIII, le texte-source sur lequel la discipline du non-accès des divorcés remariés est fondée : Mc 10, 11, où Jésus n’hésite pas à nommer les choses : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à son égard ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère » ? Jésus, qui nomme l’adultère, pardonne à la femme adultère en lui demandant de ne plus pécher.
Accès des divorcés remariés à la communion sacramentelle ?
Au n. 299, quand AL estime qu’« il convient […] de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées », peut-on savoir si AL écarte ou non la possibilité qu’un tel discernement puisse conduire à un dépassement de l’exclusion des personnes divorcées remariées dans le domaine précisément sacramentel ?
               
Évoquant l’accompagnement et le discernement, le Saint-Père écrit heureusement : « Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir. […] ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église » (n.300). Peut-on comprendre cette impossibilité de s’exonérer des exigences de vérité et de charité comme recouvrant la non-admission des divorcés remariés à la communion eucharistique ?
               
Au n. 300, évoquant les « conséquences ou […] effets d’une norme [qui] ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes », on lit en note 336 : « Pas davantage en ce qui concerne la discipline sacramentelle, étant donné que le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave. » De même, au n. 305, où on affirme que, « à cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu […] en recevant à cet effet l’aide de l’Église », on lit en note 351 : « Dans certains cas, il peut d’agir aussi de l’aide des sacrements ». Peut-on affirmer, avec le cardinal Müller, que « cette note fait référence à des situations objectives de péché en général, sans citer le cas spécifique des divorcés qui ont contracté une nouvelle union civile. La situation de ces derniers, en effet, présente des caractéristiques particulières, qui la différencient d’autres situations. Ces divorcés vivent en opposition avec le sacrement du mariage et, par conséquent, avec l’économie sacramentelle, dont le centre est l’Eucharistie. C’est en effet la raison donnée par le magistère précédent pour justifier la discipline eucharistique de FC 84 ; un argument qui ne se trouve ni dans la note ni dans son contexte. Par conséquent ce qu’affirme la note 351 ne touche pas à la discipline antérieure : la norme indiquée par FC 84 […] reste valable, ainsi que son application dans tous les cas. »
Le discernement contrel’application de la norme ?
Au n. 301, AL dit qu’« il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante ». La théologie classique la plus saine n’a jamais affirmé cela car elle admet parfaitement que l’ignorance invincible excuse de la faute. Mais AL, précisément, ne ramène pas ce cas à celui de l’ignorance invincible – puisqu’elle étend cette possibilité de vivre en état de grâce à un sujet « connaissant bien la norme ». Le pape veut-il dire que quelques personnes qui vivent en situation objective d’adultère, qui connaissent la malice intrinsèque de cette situation, qui n’entendent ni rompre avec cette situation ni s’abstenir des actes réservés aux époux, peuvent être en état de grâce parce que la nécessité de la norme ne s’impose pas subjectivement à leur conscience dans la mesure où elles ne voient pas la possibilité de son application dans leur situation ? Mais, dans ce cas, l’accompagnement pastoral ne consiste-t-il pas justement à faire découvrir que la norme en question, qui n’est pas un impératif arbitraire, est applicable et libératrice ?
               
Au n. 298, on lit que « l’Église reconnaît des situations où “l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation” ». Une note 329 précise que « dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter “comme frère et sœur” que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité “la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis” ». Cela signifie-t-il que l’on soit dans l’obligation morale de commettre le mal que constituent des relations conjugales dans une situation d’adultère pour éviter le mal (supérieur ?) que constituerait la rupture de la relation adultérine ?
               
L’autorité de saint Thomas au n. 304 est-elle invoquée à bon escient ? AL cite la Somme théologique (Ia-IIae, q. 94, a. 4) où le Maître dominicain montre que, au niveau de la raison pratique, qui s’occupe des réalités contingentes comme l’agir humain, « bien que, dans les principes universels il y ait quelque nécessité, plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre d’exception ». Saint Thomas a donc bien le sens de l’exception. La loi naturelle, dont les préceptes primaires correspondent aux principes universels, n’en demeure pas moins une « impression de la loi divine en nous » (Ia-IIae, q. 91, a. 2, c). Or cette perspective transcendante semble absente de ce n. 304, qui paraît réduire la loi à une norme extérieure, et la concevoir de manière positiviste en opposition dialectique avec le jugement prudentiel. Pour saint Thomas, en revanche, la loi est la première étape de ce jugement prudentiel, celle qui fait connaître le principe qui participe à la loi divine ; à cette première étape doit bien sûr succéder la prise en compte de toutes les circonstances, puis doit venir enfin la décision libre. Mais la loi générale n’est pas par elle-même un obstacle à cet itinéraire ; elle en est normalement au contraire la condition.
Approche subjective, interne et individuelle de la vie sacramentelle et ecclésiale ?
Ne pourrait-on pas mettre en valeur l’argument majeur du cardinal Müller, que l’on pourrait appeler l’interconnexion des sacrements dans leur visibilité : « Le principe de fond est que personne ne peut véritablement désirer un sacrement, celui de l’Eucharistie, sans désirer vivre également en accord avec les sacrements, parmi lesquels celui du mariage. Les gens qui vivent en opposition au lien matrimonial s’opposent au signe visible du sacrement du mariage ; en ce qui touche à leur existence corporelle, même si ensuite ils ne sont pas subjectivement coupables, ils deviennent des “anti-signes” de l’indissolubilité. C’est précisément parce que leur vie corporelle est contraire au signe qu’ils ne peuvent pas faire partie, en recevant la communion, du signe eucharistique suprême, dans lequel se révèle l’amour incarné de Jésus. L’Église, si elle l’admettait, tomberait dans ce que saint Thomas d’Aquin appelait “une fausseté dans les signes sacramentels”. Et nous ne sommes pas devant une conclusion doctrinale excessive, mais bien devant la base même de la constitution sacramentelle de l’Église. […] C’est une architecture que l’Église ne peut pas modifier, parce qu’elle vient de Jésus lui-même. […] Changer la discipline sur ce point concret, en admettant une contradiction entre l’Eucharistie et le mariage, signifierait nécessairement modifier la profession de foi de l’Église, qui enseigne et réalise l’harmonie entre tous les sacrements, telle qu’elle l’a reçue de Jésus. Le sang des martyrs a été versé sur cette foi en un mariage indissoluble, non pas en tant qu’idéal lointain mais en tant que pratique concrète.»
               
AL aborde les situations dites irrégulières au niveau du for interne par le biais du discernement spirituel. Même si elle précise qu’il faut éviter toute occasion de scandale (n. 299), la dimension sociale, publique, tant du statut matrimonial que du sacrement de l’eucharistie ne semble-t-elle pas être réduite dans cette approche à partir du for interne et ne participe-t-elle pas d’un individualisme chrétien éloigné de l’économie sacramentelle et ecclésiale ?
Dans le même ordre d’idées, Mgr Minnerath, archevêque de Dijon, écrit justement : « Nous passons d’une approche objectivante à une approche plus subjective […] Maintenant, on peut faire prévaloir le ressenti psychologique sur la réalité objective créée par le sacrement […] L’accès aux sacrements va être laissé à l’appréciation subjective des intéressés et des pasteurs » (2). N’y a-t-il pas péril d’une approche arbitraire – pour le prêtre – et – auto-justificative – pour l’intéressé ?
Le mariage, idéal platonicien ?
En plusieurs paragraphes (nn. 292, 298, 303, 307, 308), AL désigne le mariage sacramentel chrétien comme un « idéal » que certaines autres formes d’union « réalisent au moins en partie et par analogie » (n. 292). N’est-ce pas faire du mariage chrétien un archétype platonicien inaccessible ? AL évoque la valorisation d’éléments positifs – parmi lesquels la stabilité (n. 293) – comme autant de « signes d’amour qui, d’une manière et [ou ?] d’une autre, reflètent l’amour de Dieu en vue d’une plus grande ouverture à l’Évangile du mariage dans sa plénitude » (n.293). AL se défend justement de pratiquer une « gradualité de la loi » (n. 295). Mais cette pédagogie est-elle valable dans le cas des divorcés remariés qui se trouvent dans une situation non de progression vers le mariage sacramentel mais de régression par rapport au mariage sacramentel ? Et la stabilité mise en valeur n’est-elle pas le point au contraire incriminé qui institutionnalise leur situation ?
La doctrine contre la pastorale ?
Le Saint-Père François a des mots très sévères à l’encontre de ceux qui défendent la vérité de la Parole de Dieu : « Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer […]. La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère » (n. 296). Il ne s’agit pas d’appliquer « les lois morales à ceux qui vivent des situations “irrégulières”, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes », comme le font les « cœurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées » (n. 305). Les tenants d’« une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion », enclins aux « jugements trop durs et impatients », en quête « d’abris personnels ou communautaires qui [leur] permettent de [se] garder distants du cœur des drames humains », s’épargnent « le risque de se salir avec la boue de la route » (n. 308). Ce ne sont que des « contrôleurs de la grâce » qui prennent l’Église pour une « douane » (n. 310), adeptes d’une « morale bureaucratique froide » (n. 312).
             
Au-delà des personnes dont elle dénonce le comportement anti-pastoral, l’exhortation ne ramène-t-elle pas la Loi nouvelle (norme sur le mariage sacramentel) à l’ancienne Loi ? Jésus a radicalisé la loi de Moïse (Mgr Minnerath) tout en nous donnant les moyens de l’accomplir de telle sorte que cet accomplissement est imputable à la grâce et non à nos mérites. À l’égard du prêtre qui, de son côté, « peut concéder rapidement des “exceptions” » (n. 300), le pape n’a pas un traitement aussi rigoureux alors même que, en France en particulier, de nombreux pasteurs distribuent allègrement la communion aux divorcés remariés sans passer par le processus d’accompagnement susdit. Le prêtre qui respecte, lui, FC n. 84 ne va-t-il pas, selon le mot du philosophe allemand Robert Spaemann, « aire l’objet de harcèlement de la part de ses fidèles et subir des pressions émanant de son évêque»?
L’Exhortation ne concourt-elle pas, ce faisant, à une dialectique entre pastorale et doctrine ?
Comme, pendant le concile Vatican II, la doctrine sur la collégialité épiscopale fit l’objet d’une Nota explicativa praevia qui consistait en une détermination du niveau d’autorité et en une interprétation authentique de la doctrine en question, peut-on attendre de l’autorité suprême de l’Église des précisions quant aux interrogations suscitées par ce chapitre VIII de AL ?
               
Abbé Christian Gouyaud

[breizh-info.com] Chapelle Saint-François à Rennes : Mgr d’Ornellas dans le refus et le double discours ?

SOURCE - breizh-info.com - 28 juin 2016
La situation autour de la chapelle Saint-François de Rennes apparaît clairement bloquée, après que le rendez-vous entre Mgr Schmitz, provincial de France de l’ICRSP (Institut du Christ Roi Souverain Prêtre), et l’archevêque de Rennes Mgr d’Ornellas, ait été infructueux. Et ce bien que l’évêché affirme le contraire. Il semble qu’aucune avancée réelle n’a été faite et l’archevêque est resté muré dans son refus de voir la communauté traditionnelle forte de près de 700 fidèles continuer avec l’ICRSP qui la dessert depuis 14 ans. Pour les fidèles concernés, le double discours de l’évêque continue encore.
  
Pour rappel, la messe traditionnelle existe à Saint-François depuis 1988. Depuis 2002, c’est l’ICRSP qui dessert cette chapelle, d’abord avec le chanoine Trézières en poste jusqu’à 2008, puis avec le chanoine Cristofoli. Le 10 juin dernier, Mgr Souchu, évêque auxiliaire de Rennes, annonçait au chanoine Cristofoli que son départ était exigé, que la convention entre ICRSP et évêché était rompue, et que la chapelle allait être vendue. Des annonces qui mettaient le feu aux poudres dans une communauté nombreuse, active et soudée. Par la voix du président de l’association Saint-Benoît de Nursie, qui gère les lieux depuis 1988, ceux-ci annonçaient leur détermination à défendre l’avenir de leur communauté et à rester dans la chapelle saint François.
  
Depuis, bien que l’évêché soit revenu – en paroles tout au moins – sur son intention de vendre la chapelle, il accumule faux pas, communication hésitante et double discours , ce qui n’arrange pas la situation, on s’en doute. D’autant que l’affaire commence à faire des vagues au sein du diocèse, et même à le dépasser puisque des fidèles de partout ont apporté leur soutien à la communauté traditionnelle de la chapelle Saint-François, notamment sur sa page Facebook qui compte en deux semaines à peine déjà deux fois plus de « j’aime » que la page officielle de l’archidiocèse de Rennes.
  
Vendredi dernier, le 24 juin, Mgr Schmitz, provincial de France de l’ICRSP, est venu de Montauban jusqu’à Rennes afin de rencontrer Mgr d’Ornellas, entre 16 h 30 et 18h30. Le rendez-vous a été infructueux : « rien n’a été décidé et les négociations continuent », nous résume le chanoine Cristofoli, tandis que Mgr Schmitz ne fait pas de déclaration officielle. Les quelques détails qui ont filtré sont plus précis. On sait par exemple que l’entretien, qui était prévu en tête à tête entre les deux prélats s’est déroulé différemment. En réalité, Mgr Schmitz a été laissé seul dans une petite pièce pendant vingt minutes, après qu’il ait fait six heures de route, puis il a été reçu par Mgr d’Ornellas, flanqué de deux ecclésiastiques – les pères Lemoine et Lagneau –, le délégué à la communication Jelle Lemaître et une secrétaire.
  
Pendant une heure et demie, l’évêque de Rennes serait apparu muré dans son refus de laisser continuer une communauté traditionnelle qui a le tort de se développer – près de 700 fidèles, plusieurs vocations sacerdotales par an, une centaine de scouts, de nombreuses activités pour les jeunes et les familles – et de trancher sur le déclin spirituel et matériel du reste du diocèse. Finalement, sa position n’a pas évolué par rapport au 20 juin, lorsqu’il a reçu l’association Saint-Benoît de Nursie. Alors que celle-ci lui a posé directement la question « « Monseigneur, que prévoyez-vous pour notre communauté de Saint François et le Christ-Roi pour la rentrée ? », il avait répondu « Je ne sais pas ! ». Apparemment, Mgr d’Ornellas, ce 24 juin, ne sait toujours pas.
  
En revanche, son délégué à la communication semble savoir. Juste après la fin de l’entretien, vers 18h50, nous sommes passés à la Maison de la Communication recueillir la version du délégué à la communication de l’archevêché, Jelle Lemaître. Alors que l’entretien venait juste de s’achever, et que sa tenue était de notoriété publique depuis deux jours, un membre de son équipe de communication a tenté de nous faire croire qu’il n’y avait pas eu d’entretien. Devant notre mine incrédule, ils se sont alors placés à cinq pour nous interdire l’accès. Comme nous insistions, Jelle Lemaître a fini par nous recevoir entre deux portes, pour nous dire que « l’entretien s’est bien passé », « des avancées concrètes ont été faites » et « la question serait réglée dans les jours ou semaines à venir, sans doute dans les nominations qui vont arriver fin juin ». Force est de constater que la version des services de communication de l’archevêché est plus optimiste que la réalité.
  
Le départ du chanoine Cristofoli, une mutation comme les autres ? L’évêque en flagrant délit de double discours
  
Mercredi dernier, Jelle Lemaître assurait qu’il était habituel dans le diocèse de Rennes que les prêtres restent en poste 6 à 7 ans en poste – une façon de justifier que le diocèse demande le départ du chanoine Cristofoli puisqu’il est en poste depuis 8 ans. Du reste, son évêque ne dit pas autre chose dans sa lettre du 19 juin qu’il a fait lire par le père Lagneau aux paroissiens de Saint-François, au début de leur messe : « après le départ du chanoine Jean-Paul Trezières, j’ai nommé le chanoine Gwenaël Cristofoli qui exerce ici son ministère depuis huit années. Il est donc normal d’envisager un changement pour lui car il est d’usage que tout prêtre change de mission après être resté entre six et neuf années au même poste ». Le mercredi 22 juin, l’évêque enfonçait le clou dans un message que le père Lagneau a lu lors de la réunion d’information organisée par l’association Saint-Benoît de Nursie à la chapelle Saint-François : « je n’ai pas de double langage, même si une communication non maîtrisée a pu le faire penser. Ma lettre du 19 juin demeure ma seule parole ».
  
Cette affirmation est contestée par un proche de la chapelle Saint-François, qui affirme : « Nous avons trouvé au moins un cas où le diocèse n’a pas suivi cette règle : le cas du père Bernard Heudré, curé-doyen de la Cathédrale, connu pour être très proche de l’archevêque. Il est en poste depuis septembre 2005 dans cette paroisse. Cette constatation pose un double questionnement. Il y aurait-il donc des curés plus égaux que d’autres, et d’autres moins égaux, surtout quand ils développent leurs paroisses et suscitent des vocations ? Et comment faire confiance à un archevêque qui affirme ne pas avoir de double langage, mais qui multiplie les occasions d’avoir un double discours. » No comment…

[Paix Liturgique] D'un Brexit l'autre: 1971, l'indult "Agatha Christie" qui répondait à une demande de nos amis britanniques de pouvoir continuer à bénéficier de la messe traditionnel en Angleterre et au Pays de Galles

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°548 - 28 juin 2016

Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...

De l’« indult Agatha Christie » au Motu Proprio Summorum Pontificum, de 1971 à 2007 : il aura fallu 36 ans pour que l’appel lancé dans les colonnes du Times de Londres par de nombreuses personnalités de la culture et des arts – dont l’inventrice de Miss Marple et d’Hercule Poirot – pour « la survie de la messe traditionnelle » soit pleinement entendu à Rome, au bénéfice des catholiques du monde entier et pas seulement des catholiques britanniques. Nous ne savons pas combien de temps il faudra pour que le vote des sujets de Sa Majesté en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne soit pris en considération à Bruxelles et bénéficie à tous les Européens – en permettant, on peut rêver, la refondation du pacte européen sur ses racines chrétiennes – mais il est évident qu’une nouvelle fois le fort esprit d’indépendance de nos voisins d’Outre-Manche les positionne en précurseurs (1).

Le 3 septembre 2010, nous évoquions l’« indult Agatha Christie » dans notre lettre 246 présentant les résultats du sondage réalisé par Harris Interactive pour notre compte sur la réception du Motu Proprio de Benoît XVI en Grande-Bretagne. Nous rappelions que c’était en effet d’Angleterre, en 1971, quelques semaines après l’entrée de vigueur de la nouvelle messe de Paul VI, qu’était ar rivée la première bonne nouvelle concernant la sauvegarde de la liturgie traditionnelle.

En effet, l’écho obtenu par la pétition publiée le 6 juillet 1971 par le Times et signée par des personnalités, catholiques ou non (Agatha Christie était elle-même anglicane), provenant « de toutes les branches de la culture moderne d’Europe et d’ailleurs », avait conduit Rome à prendre acte de cette démarche qui visait à « attirer l’attention du Saint-Siège sur l’effrayante responsabilité qu’il encourrait dans l’histoire de l’esprit humain s’il refusait de permettre la survie de la messe traditionnelle, même si ce n’était que côte à côte avec d’autres formes liturgiques ». Ces hommes de bonne volont&eac ute;, dans leur requête culturelle, rejoignaient les cardinaux Ottaviani et Bacci, dans leur requête de foi, demandant à Paul VI, le 3 septembre 1969, de pouvoir « continuer à recourir à l'intègre et fécond Missel romain de saint Pie V ». Paul VI fut plus sensible à la critique des hommes cultivés qu’à celle des cardinaux. Le 5 novembre 1971, Mgr Bugnini, l’auteur de la réforme liturgique, adressa donc au cardinal Heenan, archevêque de Westminster, un courrier lui manifestant la décision du pape d’autoriser « les Ordinaires d’Angleterre et du Pays de Galles à permettre à certains groupes de croyants à des occasions particulières de participer à la Messe célébrée selon les Rites et les textes de l’Ancien Missel Romain ».

Si ce texte, cet «&n bsp;indult » – dérogation à la loi accordée par le Pape ou le Saint-Siège à un fidèle ou une communauté de fidèles –, fut suivi de peu d’effets tant les évêques d’Outre-Manche mirent peu d’empressement à l’appliquer (2), il revêt une importance fondamentale dans l’histoire de la défense de la liturgie traditionnelle de l’Église car il ouvrait une brèche et établissait un précédent sur lequel s’appuieront les défenseurs de la messe latine et grégorienne jusqu’à ce que l’indult Quattuor abhinc Annos de 1984 ne l'étende à toute l'Église universelle.

(1) Le père Michel Viot a publié le 24 juin une réflexion intéressante inspirée du vote britannique. À ; lire ici.

(2) C’était très précisément un indult à deux degrés : une autorisation donnée aux seuls évêques d’Angleterre et Pays de Galles d’accorder eux-mêmes des indults.

ANNEXE : L’APPEL DU 6 JUILLET 1971
(Paru dans le Times, traduction La Documentation Catholique)

L’un des axiomes de la publicité contemporaine, aussi bien religieuse que profane, est que l’homme moderne en général, et les intellectuels en particulier, sont désormais pleins d’intolérance pour toutes les formes de la tradition et n’aspirent qu’à le s supprimer pour les remplacer par quelque chose d’autre. 
Mais comme bien d’autres affirmations de nos machines à publicité, un tel axiome est faux. Aujourd’hui, tout comme dans le passé, les hommes cultivés sont à l’avant-garde chaque fois qu’il s’agit de reconnaître la valeur de la tradition, et ils sont les premiers à sonner l’alarme lorsqu’elle est menacée. 
Si quelque décret déraisonnable devait ordonner la destruction complète ou partielle des basiliques ou des cathédrales, ce seraient évidemment les hommes cultivés quelles que soient leurs croyances personnelles qui se dresseraient, pleins d’horreur, pour s’opposer à une telle possibilité. 
Or, c’est un fait que ces basiliques et ces cathédrales ont été bâties pour la célébration d’un rite qui, il y a quelques mois encore, représentait une tradition vivante. Nous voulons parler de la messe catholique romaine. Pourtant, si l’on en croit les dernières informations en provenance de Rome, il existe un plan destiné à supprimer cette messe dès la fin de cette année. 
En ce moment, nous n’envisageons pas l’expérience religieuse et spirituelle de millions de personnes. Le rite en question, dans son magnifique texte latin, a également inspiré quantité d’œuvres d’art inestimables, non seulement des œuvres mystiques, mais aussi des œuvres de poètes, philosophes, musiciens, architectes, peintres et sculpteurs, dans tous les pays et à toute les époques. Il appartient ainsi à la culture universelle aussi bien qu’aux hommes d’Église et aux chrétiens pratiquants. 
Dans la civilisation matérialiste et technocratique qui menace de plus en plus la vie de l’âme et de l’esprit dans son expression créatrice originale — la parole, — il semble particulièrement inhumain de priver l’homme de formes verbales dans l’une de ses plus grandioses manifestations. 
Les signataires de cet appel, qui est entièrement œcuménique et apolitique, proviennent de toutes les branches de la culture moderne en Europe ou ailleurs. Ils désirent attirer l’attention du Saint-Siège sur l’effrayante responsabilité qu’il encourrait dans l’histoire de l’esprit humain s’il refusait de permettre la survie de la messe traditionnelle, même si ce n’était que côte à côte avec d’autres formes liturgiques.