Ce blog n'est plus mis à jour. Les articles en ligne restent accessibles. Merci à toutes les personnes qui ont soutenu cette initiative.

31 octobre 2015

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Encore la Culture

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 31 octobre 2015

Catholiques, ne méprisez pas les païens – « Toute vérité leur est à nous » : Augustin.

Un lecteur de ces « Commentaires » questionne une fois de plus la valeur de la culture non-Catholique lorsqu’elle attaque ces derniers pour avoir loué Wagner (CE 9) et T. S. Eliot (CE 406, 411). Pour elle, T. S. Eliot doit être mis au rancart en tant que Protestant, alors que Wagner est un diable jacobin amoureux du bouddhisme, dont la musique est remplie d’impuretés gnostiques. Or, à la fois Eliot et Wagner ont leurs fautes, des fautes graves certes lorsqu’on les compare à la plénitude de la vérité catholique, comme ces « Commentaires » l’ont précédemment souligné. Toutefois, dans notre époque malade, ils ont leur utilité, qui peut se résumer en quelques mots, attribués à St Augustin : « Toute vérité nous appartient à nous, Chrétiens. »

Eliot et Wagner appartiennent à la « culture » d’hier. Définissons ici la culture pour notre usage comme les histoires, musique et images dont ont besoin les hommes de tous les temps pour nourrir leurs esprits et leurs cœurs. Ainsi définie, la culture réfléchit et révèle, enseigne et façonne. Elle réfléchit car elle est le produit d’un écrivain, musicien ou artiste qui a eu le talent d’exprimer ce qui se passait dans les âmes de ses contemporains. Si ce produit fut populaire en son temps, il reflétait une partie de ce qui se passait dans leurs âmes, et s’il est devenu depuis un classique, tels Eliot et Wagner, c’est qu’il reflète et révèle une partie de ce qui se passe dans les âmes des hommes de tous les temps. Ainsi, Eliot, de par la pauvreté même de sa formation Unitarienne a su esquisser son portrait effarant de l’homme moderne, alors que Wagner, de par son talent gigantesque, à côté de tout bouddhisme ou gnosticisme, a su enrichir ses opéras d’une profonde psychologie humaine que des milliers d’interprètes n’ont cessé d’étudier depuis.

La culture façonne et enseigne aus si, car l’écrivain, le musicien ou l’artiste sait donner une expression et forme aux mouvements, jusqu’alors informes, qui meuvent l’esprit et le cœur de ses contemporains. Shelley appelait les poètes « les législateurs méconnus du monde ». Elvis Presley et les Beatles ont eu une immense influence sur la jeunesse moderne, pour des générations à venir. Picasso a quasiment créé l’art moderne et il a façonné par là en grande partie comment nos contemporains voient le monde autour d’eux. On peut difficilement se réjouir de ces exemples modernes de l’influence immense de la littérature, de la musique et des arts sur les êtres humains, car l’homme moderne est si impie et en lui se trouve si peu qui vaille la peine d’être reflété ou exprimé, mais que l’influence soit immense, on ne peut le nier.

Bref, la culture se plonge dans les âmes des hommes d’où elle sort. Et c’est l’affaire de l’Église catholique de les sauver. Alors, comme nt peut-elle négliger la culture ? Depuis le début de l’Église ses écrivains ont dirigé les pensées des hommes, et ses artistes et ses musiciens ont rempli ses églises d’une beauté qui élève les âmes humaines à Dieu. Bien sûr, cela est vrai pour la culture catholique, peut-on objecter, mais ni Eliot ni Wagner n’était Catholique. Alors de quelle utilité peuvent-ils être à l’Église ?

Dans l’homme, il y a trois choses : la grâce, le péché et la nature. Venant de Dieu, notre nature fondamentale ne peut être que bonne, mais de par la faille du péché originel elle est faible et incline au mal. La nature est comme le champ de bataille de la guerre éternelle entre la grâce et le péché pour la possession de cette nature. La grâce élève et guérit cette même nature. Le péché la rabaisse. D’où la guerre sans fin. Or, il se peut bien qu’Eliot et Wagner aient manqué de la grâce, mais il leur a été donné de Dieu d’être des maî tres de la nature. L’Église est le commandant en chef bataillant pour le salut des âmes. Comment peut-elle ne pas étudier champ de bataille et tirer tout le profit possible des maîtres de la nature, pour connaître les âmes de l’époque et pour les enseigner ?

Kyrie eleison.

30 octobre 2015

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx - Acampado] Synode - Une pastorale qui se substitue au dogme

SOURCE - Abbé Xavier Beauvais, fsspx - Acampado - octobre 2015

En novembre 2014 nous avions déjà parlé de l'américanisme, mais les actes du Pape François exigent une nouvelle mise en garde contre une certaine mentalité dangereuse qui peut atteindre les meilleurs d'entre nous, celle qui sous prétexte de semer et qui fatiguée d'attendre la moisson voudrait s'ouvrir au monde dans l'espoir d'une moisson plus abondante, celle qui consiste à mettre tant d'eau dans le vin de la foi qu'on en vient à la transformer en quelque chose qui n'est plus la foi. C'est l'hérésie de ce qu'on appelle l'américanisme. Hérésie née aux U.S.A. à la fin du 19e siècle pendant les pontificats de Pie IX et Léon XIII, qui se propagea en Amérique et en France sous l'impulsion du Père Hecker, son promoteur, de l'archevêque de Saint-Paul dans le Minessota, Monseigneur Ireland, du cardinal Gibbons archevêque de Baltimore ses protecteurs et propagandistes et de l'abbé Félix Klein, professeur à l'Institut catholique de Paris, son colporteur en Europe, et c'est la même que l'on retrouve aujourd'hui dans les actes pontificaux, en plus relativiste encore.

L'américanisme a été condamné par Léon XIII dans une lettre « Testem Benevolentiæ » au cardinal Gibbons. Quelles sont les idées de cet américanisme que l'on retrouve aujourd'hui ?

- Pour ramener plus facilement à la vérité, les dissidents, l'Eglise doit s'adapter davantage à l'homme désormais parvenu à l'âge adulte. Relâchant son ancienne rigueur, elle doit se montrer indulgente à l'égard des aspirations et des exigences des peuples modernes.

- Pour gagner les coeurs des égarés, il est opportun de passer sous silence certaines affirmations doctrinales de moindre importance, ou de les amollir de manière à ne plus leur conférer le sens traditionnel auquel l'Eglise s'est toujours tenue.

- Il faut introduire une certaine liberté dans l'Eglise afin que la puissance et la vigilance de l'autorité se trouvant en quelque façon amoindries, chaque fidèle ait la faculté de développer plus librement les ressources de son activité et de son initiative.

- Tout magistère extérieur est superflu sinon inutile pour ceux qui s'appliquent à tendre à la perfection chrétienne. L'Esprit Saint répand aujourd'hui dans les âmes des dons plus étendus et plus abondants que jadis. Il les meut et les éclaire sans intermédiaire, par une sorte de secret instinct.

- Les vertus naturelles (les vertus sociales) sont mieux adaptées aux moeurs et aux exigences de notre temps parce qu'elles développent surtout l'activité et l'énergie. Il faut substituer une autre méthode que celle du passé pour ramener les dissidents. Tous ces projets ont été mis en oeuvre depuis Vatican II et reviennent en force sous le pontificat actuel. L'ensemble de ces projets caractérise la mentalité conciliaire. Donc là naît une sorte de nouvelle Eglise rompant délibérément avec le passé et se tournant vers l'avenir. C'est alors que naît un nouveau clergé qui n'hésite pas à effacer le caractère surnaturel que lui imprime le sacrement de l'ordre pour se séculariser de plus en plus, et trouver à tout prix des harmonies de la religion catholique avec l'état actuel de la vie moderne. L'Eglise doit se mettre à l'écoute du monde, entend- on si souvent rabâcher, ou encore, à la mutation du monde doit correspondre une mutation de l'Eglise.

Dans un discours prononcé en la cathédrale de Baltimore en octobre 1893 pour les vingt-cinq ans de la consécration épiscopale du cardinal on entendit ceci : « Du nouveau ! tel est le mot d'ordre de l'humanité, et renouveler toute chose est sa ferme résolution ». « Aujourd'hui, la routine de l'ancien est chose mortelle ; aujourd'hui les moyens ordinaires, c'est-à-dire la sanctification personnelle, la prière, la contemplation, sentent la décrépitude de la vieillesse ; la crise demande du nouveau, de l'extraordinaire, et c'est à cette condition que l'Eglise enregistrera la plus grande de ses victoires dans le plus grand des siècles historiques ». Le Père Hecker clamait cela voici plus d'un siècle. « L'Eglise est fermée, disait-il, et pour faire entrer les dissidents dans son enceinte, il ne suffit pas de les amener à elle : il faut abaisser les barrières, élargir des portes ». C'est ce que se propose le prochain synode concernant les divorcés remariés et les invertis.

Et c'est ainsi que l'Eglise s'immerge et se dilue dans le monde au point de ne plus apparaître comme Eglise.

Le chanoine Houtart quant à lui affirmera encore « ou bien le christianisme demeurera attaché à la lettre du dogme, et accepté par une minorité immobile et de plus en plus restreinte, il succombera, ou bien le christianisme renoncera à la lettre et, devenu spirituel, il opèrera l'union des âmes et apparaîtra comme la fin et le couronnement de toute la science de l'homme ».

Les évêques anglais composèrent alors une sorte de syllabus des erreurs de l'américanisme.

Quelles sont ces erreurs, à nous d'y prendre garde plus spécialement quand la longueur de la crise que traverse l'Eglise inciterait certains à lâcher du lest.

- On dira que l'enseignement de l'Eglise doit être limité aux articles ou définitions de la foi catholique, un mini credo en quelque sorte ;

- on dira que l'Eglise ne doit plus condamner l'erreur, que son culte n'est plus adapté à nos mentalités festives ;

- on mettra en suspicion sa capacité à résoudre les difficultés intellectuelles et scientifiques ;

- on rabaissera le caractère de l'Eglise, autant que possible au niveau d'une institution humaine à caractère social (écologisme, pastorale des migrants) ;

- on mettra tout en oeuvre pour que la constitution et l'enseignement de l'Eglise soient mis en harmonie avec la pensée moderne et le progrès du monde ;

- on enseignera que les laïques doivent avoir de droit, une large part au gouvernement de l'Eglise, ou que l'intérêt croissant du peuple dans les affaires ecclésiastiques fait qu'il est bon et à propos d'en appeler de l'autorité ecclésiastique à l'opinion publique.

A la notion de vérité on va substituer celle d'efficacité, c'est-à-dire au dogme on va substituer la pastorale. Toute sa tactique sera alors de n'admettre de la vérité totale que les bribes et morceaux que l'homme dit moderne est disposé à recevoir. Ce sera donc le résultat qu'on considère avant tout dans les doctrines et c'est ainsi qu'on a évacué des catéchismes toute la substance surnaturelle en la traduisant dans un langage pastoral et non plus dogmatique défini comme le seul que l'homme moderne puisse comprendre. Or, toute la pédagogie de l'Eglise consiste précisément à parler aux hommes un langage qui permet au vrai surnaturel de toucher leurs facultés spécifiquement humaines : l'intelligence et la volonté. Le langage convient à tous les temps et tous les lieux. Si l'Eglise renonce à parler aux hommes son langage à elle, ils ne l'apprendront jamais et, contrainte d'adopter alors le leur, il arrivera que ce dernier, de plus en plus privé des vérités surnaturelles et des mots qui les véhiculent, rejettera toute la révélation de ses propres cadres sémantiques. Il en résulte une apparente fécondité par son abondance de feuilles, mais une stérilité de l'arbre qui ne porte plus de fruits, tout comme notre Seigneur Jésus-Christ a maudit le figuier stérile parce qu'il n'y a trouvé qu'une apparence de fécondité, que du feuillage. Stérilité, oui. Le langage contemporain expulse Dieu, Dieu est mort. Il chasse Jésus-Christ, mais Dieu est vrai homme, donc Jésus-Christ n'est plus qu'un personnage mythique construit par les premières communautés chrétiennes pour affirmer leur cohésion. Du catholicisme et de l'Evangile lui-même formulé en un langage culturellement dépassé, il ne reste donc plus que le message révolutionnaire : liberté, égalité, fraternité, le seul que l'homme moderne puisse comprendre.

Il faut alors écouter saint Jean de la Croix « certains spirituels donnent leur préférence à l'activité et s'imaginent pouvoir conquérir le monde par leur prédication et leurs oeuvres extérieures. Eh bien qu'ils réfléchissent à ceci : ils rendraient beaucoup plus de services à l'Eglise s'ils employaient ne fut-ce que la moitié du temps qu'ils passent ainsi pour se tenir en oraison devant Dieu, car ils feraient certainement plus avec moins de travail et plus par une oeuvre que par mille ». C'est très vrai, cependant que cela ne serve pas d'alibi aux paresseux et aux lâches pour tomber dans l'inaction totale.

Le zèle pastoral, oui, mais appuyé sur deux bases très solides : le spirituel et une doctrine sûre. Le spirituel, car sans amour de Dieu, sans prière, sans la piété de sa doctrine, il n'y a pas d'apostolat efficace. La perte du sens surnaturel porte à l'esprit du monde et à l'activisme : le naturel prend le pas sur le surnaturel.

Et la doctrine, d'abord la vérité donnée par la Révélation dans ses deux sources que sont la Tradition et la Sainte Ecriture. « Cherchez d'abord le royaume de Dieu ». Il faut donner la vérité, même si elle doit déplaire ou faire mal. « Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile » affirmait saint Paul. Il ne faut donc pas craindre de s'affirmer pour Jésus-Christ, ni craindre de parler de Jésus-Christ, de l'honneur de Dieu, du péché, etc. cela c'est semer.

Ensuite la morale. Il n'y a pas d'apostolat possible si l'attitude n'est pas nette, franche, si le bien n'est pas séparé du mal. Devant le péché, l'apôtre qui se tait, biaise ou ironise comme pour se faire pardonner sa position, se fait plus ou moins complice du démon. Charité et indulgence n'excluent pas du tout, au contraire, la différence nécessaire entre pécheur bien disposé et pécheur endurci ; la bonté n'est vraiment bonne et attirante que dans la vérité. Il n'y a que « oui » en Dieu. On ne peut donc prêcher le oui et le non, il n'y a là aucune tiédeur possible. L'apôtre doit semer la vérité toute entière, la donner par miettes quelque fois mais sans jamais la cacher, ni la déformer. Et il doit la donner avec l'autorité de l'Eglise, l'autorité qu'elle tient de Notre-Seigneur, une autorité qui peut s'accommoder de formes très différentes, qui peut à l'occasion être adoucie de compréhension mais qui doit cependant toujours s'affirmer. Or, la pastorale conciliaire a déplacé son objet. Au lieu de faire à Dieu sa place haute et grande, elle tend à exalter l'homme, en cherchant à le diviniser sans purification, au rabais, le diviniser sans Dieu. Ainsi, cette pastorale, oubliant Dieu et ses exigences, va orienter les âmes presque uniquement sur les hommes, le social, l'écologie, la libération matérielle, la beauté du corps et que sais-je. Et on trahit alors l'Evangile qui prêche la pénitence, la conversion intérieure. ne renouvelons pas les exemples de l'Action catholique des années 60, qui manquait d'abord de souffle spirituel. Beaucoup d'activités et peu de piété, peu de doctrine, peu de foi, une action catholique orientée vers l'humain, les problèmes sociaux, l'action sociale et même la lutte sociale, l'affranchissement des tutelles, la recherche du confort, un certain rationalisme.

On a retrouvé tout cela également dans l'enseignement religieux, le naturalisme s'y est infiltré, d'abord dans le nom lui-même, au point qu'on ne dit plus catéchisme, mais « recherche religieuse », éludant ainsi tout un aspect primordial, autorité divine et ecclésiale d'une part, vérité nécessaire d'autre part.

Naturalisme dans le climat des cours où le dialogue prime sur l'affirmation du dogme. naturalisme dans les méthodes où l'on parle de tout, des fleurs, du monde, de l'amour, du racisme évidemment, sauf de Dieu, ou si l'on y parle encore de Dieu c'est en référence à la dignité de l'homme, la foi cède la place au pathos sentimental. Partout la religion y est présentée non plus comme le culte dû à Dieu mais comme une belle réalisation humaine. On ne parle plus dans ces méthodes, au coeur de l'enfant, de l'adolescent, on n'évoque pas l'amour de notre Seigneur Jésus-Christ, ses souffrances, on ne forme pas à la piété, et ce qui est aussi grave, on ne donne plus d'armature doctrinale ; on prétend faire réfléchir, on pose des questions, des points d'interrogation mais on ne fournit pas de réponses nettes, de principes de base spirituelle ; à la place ce sont des idées-choc, de l'humanisme, des mots vagues ou des slogans communautaires.

La pastorale s'est laissée gagner par l'esprit du monde. En voulant s'adapter, elle a dévié et perdu une bonne partie de sa substance spirituelle. On parle de dimensions nouvelles, de présence, d'engagement, de responsabilité du laïcat, de la transcendance de la parole, de sortir des ghettos, du dialogue avec le monde, mais on oublie que tant qu'on ne fondera pas tout sur la grandeur de Dieu et du Sauveur, son amour, sa croix, sa Présence eucharistique, sur l'union et la fidélité à Dieu, l'esprit de sacrifice et le détachement de ce qui est trop temporel, tant qu'à l'exemple de saint Paul on ne cherchera pas à élever constamment les âmes vers Dieu, à les faire vivre de la vie de Dieu et hors du péché, alors cette pastorale ne fera jamais rien germer dans le champ de l'Eglise et la parole de Dieu sera inféconde.

L'Eglise doit être missionnaire. Les novateurs font grand cas de ce mot, laissant bien souvent entendre que c'est seulement aujourd'hui que peuvent apparaître de véritables semeurs, de véritables missionnaires. A vrai dire, oui l'Eglise doit être missionnaire plus que jamais dans une époque où tout est remis en question, mais on oublie de dire que c'est dans la mesure où l'Eglise restera le roc de la foi et de la morale catholique qu'elle pourra plus hardiment reconstruire les structures temporelles de la chrétienté. C'est parce qu'elle s'attachera plus fermement au scandale de la croix qu'elle pourra mieux faire bénéficier les âmes au mystère de la Résurrection.

L'Eglise doit absolument rester elle-même dans la sûreté de sa doctrine et la pureté de sa morale. Si elle cède à l'esprit du monde, elle renonce à l'esprit de Dieu et sera frappée de stérilité dans ses oeuvres, comme nous le constatons aujourd'hui et cruellement.

L'époque de la réaction c'est toujours aujourd'hui, car tant d'autorités ecclésiastiques suivent la sagesse du monde et ses méthodes, finissant par trahir notre Seigneur Jésus-Christ et son Evangile comme son Magistère de toujours, et choisissant à leur gré des maximes qui conduisent l'Eglise à sa perte.

Trop souvent silencieux et impuissants nous subissons le déferlement d'un raz de marée qui menace de submerger le véritable esprit de l'Eglise. Apprenons donc aussi cependant qu'il n'y a pas d'excuses à l'inefficacité. On dira peut-être pour s'excuser « Je n'ai pas les connaissances requises ». Il n'y a pas d'excuse qui tienne ; on dira aussi « c'est que la maladie, c'est que je n'ai pas beaucoup de talent, c'est que les conditions ne sont pas favorables, que le milieu dans lequel j'évolue ne me permet pas de... » etc. Ces excuses ne tiennent pas davantage. Malheur donc à qui se pare du feuillage d'un faux apostolat, à qui fait ostentation de la frondaison d'une vie apparemment féconde, sans essayer sincèrement de porter du fruit. Il semble profiter de son temps : il s'agite, il organise, il invente de nouvelles méthodes pour tout résoudre ... mais il est improductif. Personne ne se nourrira de ses oeuvres parce qu'elles manquent de sève surnaturelle. Il faut savoir demander à Dieu de faire de nous des âmes disposées à travailler d'une façon héroïquement féconde. Car nombreux sont ceux sur la terre, qui ne donnent que des feuilles lorsqu'on s'en approche. Du feuillage et rien d'autre.

Abbé Xavier BEAUVAIS, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Source : Acampado n° 108 d'octobre 2015

[Traditionalistes! (blog)] "Omnes stulti omnia tentant." Saint Thomas d'Aquin

SOURCE - Traditionalistes! (blog) - 30 octobre 2015

Sur son site, l’«Institut Civitas» publie aujourd’hui 30 octobre une «Déclaration solennelle en conclusion du Synode» qui contient d’étranges et très fermes propos. C’est ainsi que nous lisons que «…l’Institut Civitas n’acceptera jamais de se taire ou de souscrire à une stratégie de l’enfouissement qui chercherait à se faire accepter par ceux qui détruisent l’Eglise et la société, de l’intérieur comme de l’extérieur…», que cette position sera tenue «…quelles qu’en soient les conséquences…», et que «…l’Institut Civitas continuera à offrir sa collaboration aux prêtres fidèles à la Tradition catholique…».

Bref, Civitas, au départ très proche de la FSSPX, annonce en des termes assez directs qu’il ne la suivra pas dans son éventuelle réconciliation avec Rome. Et qu’il passera à ceux qui, l’ayant quittée, se nomment la «résistance».

A dire vrai, le départ de Civitas ne fera guère de bruit. Le mouvement n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été; en octobre 2015 ses manifestations de rue parisiennes n’ont attiré qu’entre 28 et 71 personnes. Le nombre de membres ne dépasse plus 50, et devrait sensiblement baisser lorsqu’il s’agira de renouveler les cotisations.

Quant à la production intellectuelle de Civitas, elle se limite à l’unique livre de FX Peron, d’une qualité telle qu’il a été banni des tables de presse de toutes les chapelles, ce que chacun pourra constater par lui-même.

A tous points de vue, la FSSPX s’est distanciée de Civitas, à mesure que l’institut amorçait son virage «national-catholique», patchwork de toutes les contestations à la droite de la droite de la droite. On se reportera à ce sujet à quelques articles de presse, ou encore à la note d’un certain Ennemond.

On pourrait donc hausser les épaules, considérer que tout cela n’est d’aucun poids, et sourire d’une certaine grandiloquence. Cependant on remarque que la «Déclaration solennelle» de l’«Institut Civitas» est reprise telle qu’elle, et mise en valeur, par… La Porte Latine, c’est-à-dire par «…le site officiel du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X qui défend la Tradition catholique et les catholiques de Tradition…».

Autrement dit, le trio résiduel de Civitas déclare la guerre au chemin que prendra sans doute la FSSPX, et il se paye le luxe de le faire depuis le site français de cette FSSPX. Un ami m’écrit pour se dire «étonné de voir que Civitas a encore ses accès à La Porte Latine». Je lui réponds que la vraie question est plutôt de savoir si la FSSPX a encore la maîtrise de son site.

D’aucuns en doutent.

[Abbé Christian Bouchacourt - FSSPX Jubilé du Puy 2016] Le 25 mars 2016 aura lieu une coïncidence exceptionnelle

SOURCE - FSSPX Jubilé du Puy 2016 - octobre 2015

Chers fidèles,

Le triste état de notre patrie, de la sainte Eglise et la désorientation des âmes peut nous porter au découragement. Humainement parlant, la situation semble désespérée et pourtant, la Providence Divine ne nous abandonne pas, nous le savons. Pour nous aider à garder la sainte Espérance, elle nous propose en 2016 le 31e Jubilé du Grand Pardon de Notre-Dame du Puy.

En effet, le 25 mars 2016 aura lieu la coïncidence exceptionnelle de l’Annonciation avec le Vendredi Saint. Pour célébrer cet événement rare, qui n’arrive que deux ou trois fois par siècle, le pape Jean XVI, institua en 992 le premier Jubilé du Puy afin d’honorer la Mère de Dieu et nous  rappeler notre rachat par Dieu fait homme, mort sur la croix pour la rémission de nos péchés. Ce jubilé nous donnera l’occasion de méditer sur deux grands mystères de notre sainte religion : l’Incarnation et la Rédemption, de renouveler nos promesses de baptême par lesquelles nous renonçons à Satan à ses pompes et à ses œuvres et de manifester publiquement notre désir de vivre sous l’étendard du Christ notre Roi.

Comme pour renforcer notre dévotion, ce grand jubilé coïncide aussi avec le 300eanniversaire de la mort de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, grand apôtre de la dévotion mariale. Cette date anniversaire n’est pas fortuite, en effet: le Père de Montfort encourage fortement la rénovation des promesses du baptême pour grandir dans la foi et remédier aux dérèglements des chrétiens. Il démontre cela en s’appuyant sur les Pères de l’Eglise et il cite le catéchisme du Concile de Trente qui exhorte les curés à « se dévouer et se consacrer à jamais à notre Rédempteur et Seigneur comme esclaves » [ n° 127 122 129 et 130 Traité de la vraie dévotion]. Il se fait ainsi l’écho de saint Paul dans son épître aux Romains qui le premier explique cette notion d’esclave : «Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice. Quel fruit en recueillez-vous alors ? Vous en rougissez aujourd’hui; car le terme de tout cela, c’est la mort. Mais maintenant qu’affranchis du péché vous êtes devenus les esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sanctification, et le terme c’est la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort, tandis que le don de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur. » Épitre aux Romains VI, 20-23

Mais le Père de Montfort va plus loin ; il propose  la rénovation des promesses du baptême par une voie plus parfaite  en renonçant non seulement à Satan  pour se donner à Jésus mais en nous invitant à le faire par les mains de la Très Sainte Vierge Marie, lui consacrant nos personnes, nos biens extérieurs et intérieurs, tous nos mérites passés, présents et futurs, lui laissant le droit d’en disposer et d’en être la trésorière. [Traité de la Vraie Dévotion n° 121& n°126]

Il se trouve que cette consécration du Père de Montfort a un lien très étroit avec l’histoire même du sanctuaire du Puy. En effet, Saint Louis-Marie raconte, que cette dévotion du « Saint Esclavage » fut inspirée par la Sainte Vierge dans la cathédrale du Puy à la bienheureuse Agnès de Langeac, qui la transmit à Monsieur Ollier, fondateur du séminaire du Puy et fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, où saint Louis-Marie fit son séminaire [Traité de la Vraie Dévotion n° 170].

Le Puy est un haut lieu de chrétienté. Le sanctuaire fut bâti à la demande de la Sainte Vierge (1ère apparition publique mondiale) sur l’emplacement d’une pierre des druides, pour renverser le paganisme et implanter la foi. Placé sous le vocable de l’Annonciation, il fut consacré miraculeusement par les anges au Ve siècle, d’où son nom de « chambre angélique ». Plus qu’ailleurs, les générations ont honoré en ce lieu le « Fiat » de Marie et la dépendance de Jésus qui vient à nous par Marie, prenant notre condition pour expier le péché et nous rétablir dans l’amitié divine. Le Père de Montfort insiste sur cette dévotion au « Fiat » et à l’Incarnation le 25 mars. Il désigne ces mystères de notre Rédemption comme capitale pour notre foi [n°243 & n°142 n°152 Traité de la vraie dévotion].

La prière quotidienne de l’Angélus honore tout particulièrement ces mystères. Et c’est d’ailleurs auPuy, qu’en 1449, Louis XI fit publier les lettres apostoliques qu’il avait obtenues du pape Sixte IV pour étendre la récitation de l’Angélus à midi. L’usage en fut consacré par le pape Calixte III et Louis XI l’étendit à tout le Royaume en 1476.

Mgr Lefebvre voyait dans cette consécration au Saint Esclavage à Jésus par Marie, l’excellente attache pour garder la foi sous la protection de la Très Sainte Vierge Marie. Il avait en outre une dévotion profonde au mystère de l’Incarnation, point capital du combat de la foi. Et c’est sans doute pour honorer sa foi vive que Dieu l’a rappelé à lui un 25 mars, c’était un Lundi Saint, il y a 25 ans. Ainsi, pour  raviver notre espérance dans le combat de la foi, la Providence permet également d’associer ce Jubilé du 25e anniversaire du rappel à Dieu de Mgr Lefebvre au Jubilé du Puy et au 300e anniversaire de la mort du Père de Montfort. Que de coïncidences !

Venez nombreux au Puy ! N’attendez pas la prochaine occasion qui n’aura lieu qu’en 2157 ! Dieu n’attend que nos prières et notre venue au sanctuaire du Puy pour déverser ses grâces sur l’Eglise, la France et les âmes. La statue de Notre Dame de France qui domine le sanctuaire du Puy rappelle toutes les grâces privées et publiques données à notre pays au cours des siècles. Alors acquiesçons à la volonté de Dieu en sa Providence, soyons généreux et venons nous consacrer à Jésus par la Vierge Marie.

Il faut souligner enfin que le Salve Regina composé par Adémar de Monteil, évêque du Puy, fut chanté pour la première fois dans la cathédrale du Puy, le 15 août 1096, à l’occasion du départ à la première croisade : venons renouveler notre ferveur et implorer Notre Dame avec cette belle prière les 9 et 10 avril 2016 au pèlerinage organisé par le Prieuré Saint François-Régis.
Dans l’attente de nous retrouver tous au Puy pour ce jubilé béni, que Notre-Dame dispose dès maintenant  nos âmes à recevoir toutes les grâces que son divin Fils voudra nous accorder par sa maternelle intercession à l’occasion de ce pèlerinage. Que Dieu vous bénisse !

Abbé Christian BOUCHACOURT
Supérieur du district de France.

[Abbé Bernard de Lacoste-Lareymondie, fsspx - Pèlerinages de Tradition] Lire ou relire le Traité de la vraie dévotion

SOURCE - Abbé Bernard de Lacoste-Lareymondie, fsspx - Pèlerinages de Tradition - Pèlé-Infos n° 39 - octobre 2015

Pèlerinage de Pentecôte de Chartres à Paris du 14 au 16 mai 2016
Chers pèlerins, à la Pentecôte 2016, nous marcherons de Chartres à Paris en compagnie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. En effet, cet apôtre de Marie est mort en 1716, il y a exactement 300 ans. C'est donc pour fêter cet anniversaire que nous l'avons choisi pour thème.

Pendant notre marche de trois jours, nous contemplerons ses vertus et nous méditerons ses livres. La richesse de sa vie et de ses ouvrages est insoupçonnée !

Pour bien comprendre combien la doctrine de ce saint est d'actualité, rappelons-nous l'entretien qui s'est déroulé le 27 décembre 1908 entre le R.P. Gebhard, Procureur Général de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, et saint Pie X.

Le saint pape a avoué connaître le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge depuis longtemps et s'en être inspiré pour rédiger sa lettre encyclique Ad diem illum du 2 février 1904 publiée, pour le jubilé de laproclamation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX, le 8 décembre 1854 ; ensuite, il a aussi donné une bénédiction spéciale pour les lecteurs de ce même traité.

La revue montfortaine a rapporté l'essentiel de l'entretien : « Devant son bureau, le pape se tient debout. Plein de confiance, le Père Procureur présente alors un exemplaire italien de la Vraie Dévotion, relié en soie blanche, à sa Sainteté.

- Le Révérendissime Père Lepidi en a entretenu Votre Sainteté qui, m'a-t-il dit, connaît depuis longtemps le traité du bienheureux de Montfort.

- E vero – c'est vrai, dit le pape ; et, s'il vous a tout dit, il a dû vous apprendre que j'ai tenu à le relire avant de composer mon encyclique sur la Sainte Vierge.»

Puis, le père montfortain présente au pape Pie X une supplique rédigée en ces termes : « Très Saint Père, Moi, Hubert-Marie Gebhard, Procureur général de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, lui présente très humblement la première version italienne intégrale, fidèlement traduite d'après le texte original, d'un petit ouvrage peu volumineux, il est vrai, mais qu'on peut dire de la plus haute importance. Il s'agit de l'opuscule intitulé : Traité de la Vraie Dévotion à la Très Sainte Vierge, ayant pour auteur le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort, une Somme Mariale dont la solidité théologique et la suavité mystique firent l'admiration de tous ceux qui en ont une fois goûté.

Le susdit suppliant ose demander très instamment, que Votre Sainteté ne dédaigne pas de recommander la lecture du traité en question et de bénir ceux qui se dépensent pour sa plus grande explication et diffusion. »

Et, sur le champ, « Avant même que le Père ait le temps de dire un mot, Pie X, achevant de la lire, a déjà posé la supplique sur son bureau et saisi sa plume. Lentement, de sa main si ferme il écrit : Accédant à vos prières, Nous recommandons fortement le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge si admirablement composé par le bienheureux de Montfort et Nous accordons avec amour à ses lecteurs la bénédiction apostolique.»

Le Père Gebhard ajoute ceci : « Ce petit livre, Très Saint Père, a déjà fait tant de bien ; recommandé par votre Sainteté, il en fera plus encore. - E proprio tanto bello ! Il est vraiment si beau, répondit-il avec conviction. » Ajoutons aussi que notre triste époque est contaminée par le modernisme, qui se répand jusque dans les plus hautes sphères de la hiérarchie de l'Eglise. Or, l'enseignement et la vie de saint Louis- Marie offrent un remède à ces erreurs doctrinales. La vraie dévotion mariale, en effet, s'oppose radicalement à l'oecuménisme et à l'esprit d'Assise.

Le fait suivant en est la meilleure illustration : les Bénédictins de Ramsgate (Angleterre), dans leur Dictionnaire hagiographique, à l'article Louis-Marie Grignion de Montfort, n'hésitent pas à affirmer que ses « considérations sur la Sainte Vierge ne sont guère compatibles avec l'enseignement du deuxième concile du Vatican ». E

n effet, Vatican II « exhorte vivement tous les théologiens et ceux qui portent la parole de Dieu à s'abstenir avec le plus grand soin de toute exagération [sur la Mère de Dieu]… Qu'ils se gardent avec le plus grand soin de toute parole ou tout geste susceptibles d'induire en erreur, soit nos frères séparés, soit tout autre personne, sur la véritable doctrine [mariale] de l'Église » (Lumen gentium, n° 67). Ce que dit Vatican II est très vrai en soi : il ne faut pas induire en erreur.

Mais l'application qu'il en fait à la Vierge Marie et aux frères séparés est très fausse, car les protestants refusent de prier Notre Dame. Montfort, d'accord avec toute la Tradition mariale catholique, enseigne qu'il faut « dire en vérité, avec les saints : De Maria numquam satis ! On ne prie jamais assez la sainte Vierge !

Je vous conseille donc, chers pèlerins, de lire ou de relire le Traité de la vraie dévotion, et de vous procurer au plus vite le dossier spirituel du pèlerinage. Les richesses de ces deux ouvrages affermiront votre foi et enflammeront votre charité !

Abbé Bernard de Lacoste-Lareymondie, Directeur de Pèlerinages de Tradition

29 octobre 2015

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Synode sur la famille: la bénédiction donnée à l’adultère !

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 29 octobre 2015

IL N’Y A PAS que sur les affiches dans nos rues et dans le métro que l’on promeut l’adultère. «Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu» peut-on ainsi lire sur différents panneaux publicitaires de nos villes avec la photo d’une pomme croquée, symbole du fruit défendu. Ces affiches conçues par Gleeden, «premier site de rencontres extra-conjugales pensé par des femmes» et incitant explicitement à l’infidélité ne devraient pas choquer au Vatican. En effet, le synode sur la famille convoqué par Jorge Mario Bergoglio et qui s’est achevé le 25 octobre a ouvert la voie à la communion pour les divorcés remariés (article 85 de la Relatio finalis). Désormais «au cas par cas», les divorcés remariés pourront s’approcher de la table de communion. Il sera fait appel à leur «conscience personnelle» et elles sont invitées à entreprendre, avec un prêtre, un «parcours de discernement». Si les personnes remariées ne se sentent pas coupables, n’ont le sentiment d’avoir commis aucune faute, eh bien elles pourront recevoir l’eucharistie. La notion de péché objectif, de faute grave a complètement disparu. L’on nage en plein subjectivisme, en plein relativisme. L’on ne parle plus que de miséricorde et de réconciliation. C’est oublier volontairement que pour qu’il y ait pardon et miséricorde, il faut qu’il y ait eu au préalable reconnaissance de sa culpabilité (contrition) et engagement à ne plus recommencer, à se réformer (ferme propos). Certes on savait déjà que dans l’église conciliaire beaucoup de personnes en situation irrégulière étaient déjà admises à la communion (ou à ce qui en tient lieu car avec la réforme des rites sacramentels postérieure à Vatican II il est permis de douter sérieusement de la validité des sacrements ainsi altérés). Beaucoup de divorcés ou de concubins exercent ainsi des responsabilités au sein de groupes “paroissiaux”, font même le catéchisme mais une chose est d’agir en pratique contre les commandements de Dieu et de l’Eglise, une autre est de théoriser cette pratique, de lui donner sa bénédiction au plus haut niveau de l’institution conciliaire.

Ce nihil obstat donné de fait à des relations adultères est une négation implicite mais bien réelle de l’indissolubilité du mariage déjà mise en question par les deux récents motu proprio de François facilitant les procédures d’annulation de mariage religieux. Certes, comme toujours avec les modernistes, on feint de rappeler le dogme pour mieux le subvertir de l’intérieur, pour mieux s’en affranchir. L’accès à la communion pour les divorcés remariés a été acquise avec une… voix d’avance: 178 voix “pour” et 80 voix “contre” puisqu’il fallait les deux tiers des suffrages pour que cette disposition fût entérinée. Lors de la première session de ce même synode, il y a un an, elle avait été repoussée, la majorité qualifiée n’ayant pas été atteinte. La révolution conciliaire avance selon la politique des petits pas, le temps d’habituer les gens à ce qu’ils acceptent l’inacceptable. On se souvient de la célèbre phrase de saint Augustin: «A force de tout supporter, on finit par tout tolérer, à force de tout tolérer, on finit par tout accepter et à force de tout accepter on finit par tout justifier. » Cette disposition nouvelle du synode est donc symbolique d’un changement capital, non pas tellement dans la pratique (où l’entorse à la règle était des plus courantes) mais dans la doctrine. Une fois de plus, sur un sujet capital, la contre-église œcuménique de Vatican II rompt avec le magistère traditionnel de l’Eglise catholique, avec le Décalogue, avec la morale chrétienne.

CE N’EST PAS une surprise puisque François n’a jamais caché son objectif de faire bouger les choses dans ce domaine, c’est-à-dire en réalité de se soumettre au monde, à la modernité, au relativisme moral et doctrinal et d’encourager finalement l’apostasie et donc l’immoralité des masses. «Le monde change et nous devons observer les signes du temps», insista Bergoglio dans son intervention finale, reprenant, mot à mot, le discours de Jean XXIII et de Paul VI, les deux principaux responsables de Vatican II. Juste avant le vote final, François s’en prit même aux (très relatifs) conservateurs : «Les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre, mais l’esprit; non les idées, mais les hommes; non les formules, mais la gratuité de l’amour de Dieu et de son pardon. Le premier devoir de l’Église n’est pas de distribuer des condamnations ou des anathèmes, mais de proclamer la miséricorde. » On reconnaît là la patte habituelle des modernistes destructeurs :on prétend ne juger personne et au final on absout d’avance toutes les fautes, même les plus graves, sans que les fautifs aient si peu que ce soit manifesté l’intention de revenir dans le droit chemin. On rappelle toujours l’épisode de la femme adultère qu’en effet Jésus n’a pas condamnée mais on oublie sciemment de citer les paroles que le Christ lui a adressées en la congédiant : «Va et ne pèche plus».

La reconnaissance des “couples homosexuels”, sans être aussi explicite que l’intégration des divorcés remariés, ne fait également guère de doute: «L’Église réitère que chaque personne, indépendamment de sa propre tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter toute marque d’une injuste discrimination.» Et aucune condamnation morale, même implicite, n’est portée contre l’homosexualité dont le catéchisme de saint Pie X enseignait pourtant qu’elle était «un péché qui crie vengeance devant Dieu!» De toute façon, les gestes nombreux de François se faisant photographier tout sourire voire hilare avec des invertis heureux et fiers de l’être voire avec des paires de transsexuels en disent plus qu’un long discours. Bergoglio doit par ailleurs s’atteler à un «document sur la famille» où il ira certainement encore plus loin dans les novations. Il sera aidé dans ce but par le nouveau dicastère dont il a annoncé la création le 22 octobre, lequel aura «compétence sur les laïcs, la famille et la vie» et «remplacera le Conseil pontifical pour les laïcs et le Conseil pontifical pour la famille et auquel sera reliée l’Académie pontificale pour la vie».

Comme chez les anglicans auxquels l’église conciliaire ressemble de plus en plus dans ses rites, ses discours, ses décisions, son organisation, son décorum, le synode a décidé d’accorder davantage de responsabilités à la gent féminine. Serait-ce là une ouverture implicite au diaconat voire au sacerdoce pour les femmes ? Les «pères synodaux» exhortent en effet à la «valorisation de la responsabilité des femmes dans l’Église» et encouragent «leur intervention dans les processus décisionnels, leur participation au gouvernement de quelques institutions».

ON LE VOIT, les dirigeants de l’église conciliaire poursuivent avec détermination leur destruction méthodique et systématique de la doctrine et de la morale catholiques. Après avoir détruit les sacrements, obstruant ainsi les sources de la grâce sanctifiante, le catéchisme, le Bréviaire, le missel, le rituel, les constitutions religieuses, les Etats, les écoles et les syndicats catholiques, altéré le Rosaire, falsifié la Bible et les Evangiles, lavé les juifs du péché de déicide (le 28 octobre nous commémorions les 50 ans de Nostra Aetate), détruit le dogme, sauf bien sûr le dogme holocaustique qui se substitue de fait au dogme catholique, il ne leur restait plus pour parachever leur entreprise diabolique d’anéantissement qu’à subvertir ce qui restait de morale chrétienne. C’est désormais chose faite. Il faut en être conscient : les politiciens ne sont pas les seuls à s’en prendre à la morale, à la famille, à la nation, aux vertus domestiques. La contre-église de Vatican II, vecteur du mondialisme, fourrier de l’immigrationnisme mahométan, servante de la synagogue et de son tabou mondial, responsable de la perte générale de la foi et de son cortège de familles divisées, éclatées, décomposées, recomposées est à l’avant-garde depuis un demi-siècle de la ruine de nos sociétés et de notre civilisation européenne et (naguère) chrétienne.

Jérôme BOURBON,
éditorial de RIVAROL daté du jeudi 29 octobre 2015, numéro 3208.

[Petrus] «FSSPX-Rome»: autopsie d’une manipulation (1e partie: 2000-2005)

SOURCE - Petrus - Le Blog-Note de Pétrus - 29 octobre 2015

ALORS QUE LA « régularisation canonique » pleine et entière de la FSSPX semble désormais très proche, voire imminente (ce serait, nous dit-on ici et là, une question de mois voire de semaines), il n’est pas inutile de revenir sur les étapes d’une vaste manipulation qui aura duré près de vingt ans. Que cette “régularisation” soit sur le point d’aboutir au moment où le synode sur la famille démantèle la morale conjugale et donne sa bénédiction à l’adultère et à la veille de l’ouverture du jubilé célébrant les cinquante ans de Vatican II est très éclairant.
Le discours de Kansas City sans cesse démenti depuis deux ans
Lors d’une conférence et d'une homélie données lors d'un colloque organisé du 11 au 13 octobre 2013 à Kansas City par AngelusPress, Mgr Fellay déclarait: «Quand on voit ce qui se passe maintenant, nous remercions Dieu, nous remercions vraiment Dieu d'avoir été préservés de toute forme d'accord l'année dernière. Et nous pouvons certainement dire que l'un des fruits de la “Croisade du Rosaire” que nous avons entreprise est d'avoir été sauvegardés d'un tel malheur. Dieu merci. (…) Imaginez que certaines personnes continuent de prétendre que nous cherchons toujours à obtenir un accord avec Rome... les pauvres! Je les mets au défi de prouver ce qu'elles avancent.»

Deux mois après avoir tenu ces propos anti-accordistes — il y définissait François comme «un parfait moderniste » —, Mgr Fellay était reçu avec ses deux assistants par “Mgr” Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, était invité à déjeuner à la salle à manger de la Maison Sainte-Marthe et était présenté à François. Puis ce fut la rencontre avec le “cardinal” Gerhard Müller, “Préfet” de la congrégation pour la Doctrine de la Foi le 23 septembre 2014 dans le but de parvenir rapidement à une « régularisation canonique ». Depuis les choses se sont brutalement accélérées: « visites canoniques » des séminaires, camouflées en un premier temps en simples échanges informels, reconnaissance de la FSSPX en Argentine, puis par “l’archevêque” de Ravenne, reconnaissance par le Vatican de Mgr Fellay comme juge d’affaires internes à la FSSPX et lettre de François décidant que les absolutions des prêtres de la FSSPX pendant l’année célébrant les 50 ans de Vatican II seront valides et licites.

D’évidence Mgr Fellay mentait en redisant en 2013 qu’il ne cherchait pas à obtenir un accord avec Rome. Le fait de définir Bergoglio comme un « parfait moderniste », c’est-à-dire si les mots ont un sens un hérétique, ne l’a pas empêché de poursuivre et d’amplifier son entreprise de ralliement. Et à nouveau il se moquait de la Sainte Vierge (mais c’est une constante chez lui, nous y reviendrons) en affirmant qu’elle avait miraculeusement évité en 2012 la signature d’un accord… qu’il continue pourtant plus que jamais à rechercher depuis lors et dont il regrettait le 17 juin 2012 dans une lettre à Benoît XVI qu’il n’ait pu alors aboutir à cause de la résistance interne à la Fraternité: «Malheureusement dans le contexte actuel de la Fraternité, la nouvelle déclaration (doctrinale demandée par le Vatican) ne passera pas». Autrement dit aucun problème pour lui de reconnaître Vatican II mais difficile de le faire avaler sans heurts à ses troupes!

Dans toute cette affaire des rapports avec le Vatican, Mgr Fellay aura sans cesse agi de manière très gaullienne, utilisant le mensonge, la ruse et la duplicité pour parvenir à ses fins. En Suisse sachant patienter et prendre son temps, il n’aura reculé devant aucune manipulation, aucun mensonge, aucune crapulerie, la pire étant l’instrumentalisation de la Mère de Dieu dans sa politique de ralliement-apostasie aux occupants modernistes du Vatican.
Au commencement était le… GREC
Tout semble commencer avec le pèlerinage romain en août 2000. En réalité, nous le savons aujourd’hui, la première étape clairement établie visant au ralliement, c’est la fondation du GREC en 1997, organisation qui agira discrètement, sinon secrètement, pendant des années, pour favoriser un accord entre le Vatican et Menzingen. Dès cette époque la direction de la FSSPX adoptera en permanence un double discours: un discours ad intra dans les conférences, les homélies, dans le bulletin interne à la FSSPX Cor unum où l’on répétera grosso modo jusqu’en 2011-2012 l’antienne « pas d’accord pratique avec Rome sans accord doctrinal préalable », c’est-à-dire sans être d’accord sur les principes, et un discours ad extra, devant la presse, face aux “prélats” romains et dans le cadre du GREC où est tenu un discours accordiste sans complexe. Le fondement et la pratique du GREC, c’est de faire dialoguer des membres dirigeants de la FSSPX (comme l’abbé Lorans) et des membres du clergé moderniste. Cette politique de dialogue a pour objectif avoué d’aplanir les différends et de parvenir à une « régularisation canonique » de la FSSPX. Cette structure n’a jamais été évoquée pendant les quelque douze ans où elle a activement fonctionné dans les publications officielles de la FSSPX (Fideliter, Dici, Cor unum) car pour être efficace elle devait agir dans l’ombre.

Pour ne pas trop allonger l’exposé (il y aurait matière à écrire un livre sur le sujet), nous ne retiendrons qu’un certain nombre de faits et de citations mais l’on pourrait aisément compléter la démonstration. Vu la longueur de l’article, nous allons le diviser en plusieurs parties successives.
Le pèlerinage romain de l’an 2000 et le déblocage des dons et legs
Le pèlerinage romain d’août 2000 est très important dans la chronologie des événements à un double titre. D’abord parce qu’il marque, après l’échec des négociations en 1987-1988 entre Mgr Lefebvre et le “cardinal” Ratzinger, la reprise publique de pourparlers entre le Vatican et la FSSPX. Ensuite parce que réalisé à l’occasion du jubilé de l’an 2000, ce pèlerinage se veut explicitement une manifestation d’attachement à l’Eglise romaine, à Rome, au Pape, c’est-dire pour la direction de la FSSPX à Jean Paul II. Ce qui n’est pas neutre puisque jamais Karol Wojtyla n’était allé aussi loin dans l’apostasie que lors de cette année 2000 avec la “béatification” de Jean XXIII, l’homme en blanc qui a “convoqué” Vatican II, la condamnation de 2000 ans d’Eglise devant un menorah à sept branches à saint-Pierre de Rome le 1er dimanche de Carême et le voyage en Terre sainte avec le papier introduit devant force rabbins dans le mur des Lamentations et demandant pardon à la synagogue pour le mal que lui aurait fait l’Eglise tout au long de son histoire. Malgré tous ces actes scandaleux et impies, Mgr Fellay avait demandé que lors de ce pèlerinage romain aucune critique, aucune attaque ne fût portée contre Jean Paul II. Il fallait seulement manifester son attachement filial à l’Eglise et au Pape (donc Jean Paul II pour la FSSPX).

Les quatre évêques officiellement excommuniés avaient eu l’autorisation de se rendre dans les quatre basiliques majeures avec le reste du clergé et les fidèles. Ce que l’on s’est bien gardé de dire à l’époque, c’est que l’ouverture de basiliques à la FSSPX avait fait l’objet de négociations pendant les deux années ayant précédé le pèlerinage, ainsi que nous l’avait assuré entre autres Michèle Reboul travaillant alors à Monde et Vie. Cela a donc supposé d’intenses pourparlers entre la FSSPX et le Vatican. La reprise des négociations en août 2000 n’est donc pas le fruit du hasard, le contexte était déjà à la détente, au dialogue, sinon à l’entente. D’ailleurs, pour les dix ans des sacres, en 1998, la FSSPX, de manière très significative, n’avait prévu aucune célébration officielle, comme s’il fallait déjà ménager les occupants du Vatican. Pourtant, ne nous avait-on pas présenté ces sacres comme une «opération-survie de la Tradition » ? Dans ces conditions, il était déjà très suspect de faire profil bas pour les dix ans de cet événement.
Variations sur une excommunication d’abord souhaitée, puis niée, puis dont le retrait est sollicité
Il faut dire que la FSSPX a beaucoup varié sur la question des excommunications fulminées contre Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer et les quatre évêques consacrés. Le 6 juillet 1988, les supérieurs majeurs de la FSSPX écrivaient une lettre au “cardinal” Gantin, “préfet” de la congrégation pour les évêques, dans laquelle ils affirmaient solennellement: «nous n'avons jamais voulu appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d'Église Conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missæ, l'œcuménisme indifférentiste et la laïcisation de toute la Société. Oui, nous n'avons aucune part, nullampartemhabemus, avec le panthéon des religions d'Assise. Nous ne demandons pas mieux que d'être déclarés ex communione de l'esprit adultère qui souffle dans l'Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles. Nous croyons au seul Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, et nous serons toujours fidèles à Son unique Épouse, l'Église Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine.


Être donc associés publiquement à la sanction qui frappe les six évêques catholiques, défenseurs de la foi dans son intégrité et son intégralité, serait pour nous une marque d'honneur et un signe d'orthodoxie devant les fidèles.Ceux-ci ont en effet un droit strict à savoir que les prêtres auxquels ils s'adressent ne sont pas de la communion d'une contrefaçon d'Église, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste

Il n’est pas inutile de rappeler le nom de signataires qui sont aujourd’hui de fervents ralliéristes et qui ne semblent donc plus gênés aujourd’hui par Assise et par cette « contrefaçon d’Eglise » (car que je sache, les grandes orientations de Vatican II n’ont en rien été abandonnées au Vatican, au contraire elles se confirment et s’aggravent chaque jour!) Voici quelques-uns de ces noms: l’abbé Schmidberger, l’abbé Aulagnier, l’abbé Lorans, l’abbé Simoulin, l’abbé Laisney, l’abbé Couture. On sait aujourd’hui ce que vaut la parole de ces Diafoirus de la religion!

Neuf ans plus tard, le discours changeait. En 1997 la FSSPX publiait une petite brochure Ni schismatiques ni excommuniés: l’aveu de Rome, où Menzingen, voulant rassurer ses troupes, essayait de développer des arguties pour faire accroire que la FSSPX n’était en réalité pas vraiment excommuniée par le Vatican. S’appuyant sur l’avis d’un théologien anonyme ayant fait un mémoire de droit canonique et sur la déclaration d’un “prélat” romain affirmant que la question de la FSSPX était «une affaire interne à l’Eglise catholique», Menzingen en déduisait de manière passablement malhonnête qu’en réalité le Vatican ne la jugeait pas excommuniée. Peu après la publication de cette brochure: la réponse des occupants du Vatican ne tarda pas: la FSSPX était bel et bien excommuniée!

Et puis à partir de 2001, nouveau changement de discours: cette fois la direction de la FSSPX demande officiellement le retrait du décret d’excommunication. Elle le demandera plusieurs fois dans les années qui suivront jusqu’à la fameuse lettre du 15 décembre 2008 au “cardinal” CastrillonHoyos.

Résumons: en 1988 on demande à ce que l’excommunication soit étendue glorieusement à tous les supérieurs majeurs, on la voit comme une décoration, comme un signe d’orthodoxie face à une église conciliaire jugée adultère, impie, développant l’esprit adultère d’Assise. En 1997 on affirme que cette excommunication est reconnue comme nulle par le Vatican et à partir de 2001, toujours sous Jean Paul II, on demande officiellement et de manière répétée son retrait. Voilà la logique, la cohérence et la dignité intellectuelle de la Fraternité Saint-Pie X! Chapeau bas!
La reprise officielle des négociations: la « feuille de route » du supérieur général
C’est au cours de cette même année 2000, où a donc eu lieu ce pèlerinage romain voulant montrer l’amour de la FSSPX pour la papauté, que la FSSPX récupérera soudainement, et il est difficile d’y voir une simple coïncidence, la totalité des dons et des legs qui avaient été bloqués depuis les sacres de 1988 par le ministère de l’Intérieur. Plusieurs dizaines de millions de francs sont ainsi débloqués d’un coup. A ce moment-là la reprise des discussions entre le Vatican et Menzingen n’est pas encore connue du grand public. A cause de fuites internes, Mgr Fellay est contraint de rédiger un communiqué le 22 janvier 2001 qui est lu dans toutes les chapelles de la FSSPX et qui annonce la reprise des discussions.

Ce communiqué, chef-d’œuvre d’ambiguïté, est millimétré: il ne faut froisser personne. Pour rassurer les opposants à l’accord, le point numéro un déclare: «Ayant devant les yeux d'une part l'exemple tout récent de la Fraternité Saint-Pierre, d'autre part la continuité de la ligne post-conciliaire constamment réaffirmée par Rome, notre défiance est extrême. » Mais comme Mgr Fellay est dès cette époque dans une logique ralliériste, il faut faire des pas dans ce sens, mais pas trop quand même. Il faut aller de l’avant mais sans que cela soit trop voyant. Cela donne le point 3: «Si accord il y avait, il ne serait à envisager que dans la perspective de redonner à la Tradition son droit de cité, même si le triomphe final ne s'obtiendra que graduellement. »

Là encore, tous les mots sont soigneusement pesés. Le principe « pas d’accord pratique sans accord doctrinal préalable » qui prévalait depuis les sacres est-il abandonné ? Là encore on est dans l’ambiguïté. Car que veut dire précisément «redonner à la Tradition son droit de cité ? » Est-ce seulement régulariser la FSSPX, lever les « sanctions canoniques » la frappant ou rompre avec les principes de Vatican II ? La section de phrase « Même si le triomphe final ne s’obtiendra que graduellement » laisse à penser qu’un accord pratique pourrait être envisagé si des signes sont donnés dans un sens “conservateur”. Mais ce n’est pas comme cela qu’il a été compris et interprété à l’époque. On le voit, on nage en pleine ambiguïté. Et cette équivoque, ce double discours permanent destinés à tromper, à manipuler, on va le voir, dureront jusqu’à aujourd’hui.

A cette époque, on évoque un accord entre Rome et Menzingen pour Pâques 2001. Le “cardinal”CastrillonHoyos pousse dans ce sens et Mgr Fellay y est lui aussi favorable. Le problème, c’est que l’opposition dans les rangs de la FSSPX est alors très forte et, en bon Helvète, sachant prendre son temps, le supérieur général patiente, louvoie, botte en touche. C’est un orfèvre en la matière, un horloger… suisse!

Le supérieur général de la FSSPX a convié la communauté de Campos à se joindre à la table des négociations. Campos ira au bout du ralliement dès la fin de l’année 2001. C’était plus facile pour cette communauté homogène, numériquement réduite et limitée spatialement à un seul diocèse(au Brésil) de s’orienter sans heurts vers la pleine intégration à l’église conciliaire. Pour Mgr Fellay qui est à la tête d’une structure de plusieurs centaines de prêtres, de frères, de religieuses étendue sur les cinq continents et à laquelle sont liées différentes communautés amies, c’est beaucoup plus difficile d’obtenir un consensus.Le supérieur général doit donc faire preuve de ruse et d’habileté. Comment manipuler tout ce monde et parvenir à ses fins ? En mentant tout le temps et à tout le monde. Tantôt par omission (c’est la fameuse restriction mentale dont la maison généralice fera un usage exceptionnel, elle mériterait le premier prix dans ce domaine), tantôt activement (par exemple avec les deux versions de la lettre du 24 janvier 2009 sur la reconnaissance de Vatican II, nous y reviendrons dans la partie 2 de cet article).

Dès cette époque, le supérieur général évoque une «feuille de route» à propos de ses rapports avec le Vatican. Or par définition une feuille de route indique un but avec des étapes. Le but (non avoué mais réel), c’est le ralliement. Les étapes, ce sont les fameux préalables: liberté pour la messe tridentine, retrait du décret d’excommunication. Le 11 mai 2001, dans le journal valaisan La Liberté, Mgr Fellay se lâche. Il dit qu’il approuve 95 % de Vatican II. Il va même plus loin: «Accepter le concile ne nous fait pas problème ». Bref, dès cette époque, on le voit, le supérieur général est prêt pour le ralliement. Mais comment l’obtenir de troupes qui y sont encore majoritairement hostiles ? Il n’y a qu’un moyen: agir comme De Gaulle l’a fait pour liquider l’Algérie française et imposer cette politique à une opinion qui était au départ massivement hostile à ce projet.

Mgr Fellay va donc enchaîner les déclarations contradictoires tout en prenant soin de faire des petits pas, presque imperceptibles, dans le sens du ralliement. C’est ce que l’on appelle la technique du voleur chinois qui consiste à déplacer chaque jour de manière presque imperceptible un objet jusqu’à ce qu’il disparaisse, mais sans qu’on s’aperçoive de cette disparition. Le supérieur général va donc s’employer, de manière graduelle, à conciliariser la Fraternité, puisque finalement ce concile est pour lui acceptable, à la rendre compatible avec les modernistes occupant le Vatican. Les publications officielles de la FSSPX, et notamment le bulletin Dici dirigé par l’abbé Lorans, son porte-parole et le responsable de la communication de la FSSPX, évitent ainsi soigneusement toute critique vigoureuse de la « Rome moderniste ». Nous vivons dans le monde de bisounours. Les articles seront de plus en plus factuels, vides de substance (et d’intérêt), creux (ce qui est très facile pour le très mondain Alain Lorans qui projette sans effort son propre vide, son propre néant) tandis que Nouvelles de chrétienté devient une sorte de Pravda à la gloire de Mgr Fellay. Le supérieur général y donne régulièrement de longues interviews et l’on voit à chaque page de grandes photos en couleur du grand timonier, souriant, toujours souriant (un sourire Colgate éclatant) avec sa belle croix pectorale en or brillant sur une soutane impeccable. Alors qu’on abandonne le combat contre le modernisme, on érige un culte de la personnalité du supérieur général. Lequel se montre toujours calme, pédagogue, cherchant à séduire et à rassurer.
Campos condamné alors que Mgr Fellay veut faire la même chose!
Parallèlement sont donnés à intervalles réguliers des signes destinés à rassurer l’aile récalcitrante aux accords. On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre, c’est bien connu. Pour que la manœuvre réussisse, il faut bien donner des gages, un os à ronger aux anti-ralliéristes. Cet os est tout trouvé, c’est Campos. La FSSPX n’a pas sa pareille pour dézinguer l’allié d'hier. Et quelle est la meilleure façon de rassurer cette aile droite ? Eh bien de taper sur le compagnon qui vient de se rallier. C’est ainsi que le 2 mars 2002 Mgr Fellay publie un texte très hostile à Campos. Ce qui est un comble lorsqu’on sait que c’est la maison générale qui a incité Campos à entrer dans les négociations avec le Vatican et qu’au fond le supérieur général de la FSSPX a exactement le même objectif que Mgr Rifan et Mgr Rangel.

Citons quelques morceaux de ce texte qui vaut son pesant de cacahuètes quand on connaît la suite des événements: « La conjonction, à quelques jours près,de la reconnaissance de Campos par Rome, que certains pensent être une reconnaissance de la Tradition, et de la journée d’Assise, qui est à l’extrême opposé de la Tradition présente une telle contradiction qu’elle nous oblige à un regard approfondi; la démolition systématique de tout ce qui est traditionnel dans l’Eglise depuis le concile Vatican II impose une cohérence logique dans l’œuvre entreprise. Avant de saluer la reconnaissance de Campos comme un retour de Rome à la Tradition, nous sommes obligés de nous demander si cet événement ne peut pas aussi, ne doit pas aussi, être inséré dans la logique post-conciliaire: et précisément la journée d’Assise fournit un argument probant en faveur de cette thèse. Si la Rome post-conciliaire est capable de réunir tant de religions, on peut même dire toutes les religions, pour une cause commune religieuse, comment ne pourrait-elle pas aussi trouver une petite place pour la Tradition ? Faut-il y voir un dilemme pour Rome: résorber le «schisme de la Tradition» en l’acceptant, alors que cette dernière s’est montrée jusqu’ici exclusive et condamnatoire (et donc accepter qu’elle a raison contre la Rome moderniste) ou continuer dans la ligne des réformes ? Très manifestement, la ligne des réformes est maintenue comme principe intangible et irréversible. »

On pourrait paraphraser Mgr Fellay et écrire aujourd’hui: «La conjonction, à quelques jours près, de la reconnaissance de la FSSPX par l’archevêque de Ravenne en Italie qui suit la régularisation canonique de la Fraternité en Argentine, la juridiction donnée pour les confessions par François que certains pensent être une reconnaissance de la Tradition, et du synode de la famille qui détruit la morale familiale et conjugale, qui est à l’extrême opposé de la Tradition présente une telle contradiction qu’elle nous oblige à un regard approfondi; la démolition systématique de tout ce qui est traditionnel dans l’Eglise depuis le concile Vatican II impose une cohérence logique dans l’œuvre entreprise. Avant de saluer la reconnaissance de la FSSPX comme un retour de Rome à la Tradition, nous sommes obligés de nous demander si cet événement ne peut pas aussi, ne doit pas aussi, être inséré dans la logique post-conciliaire. »

Mgr Fellay devrait réfléchir à cet adage: scripta manent! L’abbé Aulagnier, 18 mois plus tard, sera congédié comme un laquais parce qu’il s’obstinait à défendre publiquement ses amis de Campos et à prôner ouvertement et sincèrement un accord de la FSSPX avec Rome. En réalité Mgr Fellayne lui reprochait pas d’être favorable à un accord auquel lui-même travaillait dans l’ombre, la suite l’a amplement montré, il lui faisait grief de le dire trop tôt et trop ouvertement. Au fond ce qui a tué l’abbé Aulagnier c’est son manque de machiavélisme et de duplicité, c’est sa franchise. Tout le monde, il est vrai, n’a pas les talents de manipulateur et de faussaire du supérieur général!
L’affaire de Bordeaux: une direction tyrannique
Je passe sur l’affaire de Bordeaux et l’exclusion de l’abbé Philippe Laguérie, privé de couverture sociale et à qui ont été envoyés des vigiles et des chiens en toute charité sacerdotale. Cette affaire en soi sordide est néanmoins intéressante sur un point parce que Mgr Fellay y révèle son vrai visage: il s’est en effet comporté comme un tyran sans cœur et a pu mesurer le degré de docilité de ses troupes. Il refuse tout droit d’appel à l’abbé Laguérie. Le chapitre général de 2006, tenant compte de cette affaire ayant divisé le district de France, créera un droit d’appel mais à l’arrivée ce n’est pas mieux quand on voit les parodies de procès des abbés Pinaud et Salenave en 2013, les juges étant totalement soumis à Bernard Fellay et exécutant ses ordres!

En pleine affaire de Bordeaux, feu l’abbé Schaeffer me confiait qu’il faisait très attention à ce qu’il disait sur le parvis de saint-Nicolas car tout était répété à Suresnes et à Menzingen. Régnait en effet en interne un véritable climat de terreur. L’affaire de Bordeaux a incontestablement marqué une étape importante dans la sectarisation de la FSSPX, dans la caporalisation de ses membres, dans l’évolution de plus en plus tyrannique et stalinienne de sa direction, dans la gouroutisation du mouvement. Rappelons que fut refusé à l’abbé Christophe Héry, proche de l’abbé Laguérie, d’aller prendre une hostie au tabernacle du prieuré de Bruges pour un mourant, Suresnes l’ayant interdit. Ce sont des choses qu’il est bon de garder en mémoire! Mais Mgr Fellay a pu mesurer l’obéissance ultra-majoritaire de ses troupes. De bon augure pour la suite!

2005 c’est l’année de l’ “élection” de Benoît XVI que Mgr Fellay saluera comme une « lueur d’espérance ». Cette année-là le processus de ralliement avancera considérablement. Benoît XVI reçoit Mgr Fellay le 29 août 2005. Un communiqué est signé déclarant la volonté de s’acheminer vers « la résolution des points qui font difficulté dans un délai raisonnable ». S’ensuivra à partir de 2006 et jusqu’en 2012 la supercherie sacrilège des « croisades du Rosaire » destinées à faire croire que le Vatican revenait progressivement mais sûrement à la Tradition et qu’il était donc temps de se diriger vers l’accord. Nous allons décortiquer ce subterfuge diabolique. C’est en effet dans ces années-là que Mgr Fellay ira le plus loin dans l’imposture, le mensonge et la manipulation. Tous les détails dans une seconde partie (à venir, j’espère, d’ici quelques jours).

Petrus.

[Nicolas Bonnal] Philippe de Villiers et la France face à la trahison catholique

SOURCE - Nicolas Bonnal - Les 4 Vérités - 29 octobre 2015

Le déclin du christianisme est une vieille lune en Occident: Montesquieu se moque du pape, « vieille idole qu’on encense par habitude » (cela n’a pas changé) ; Swift se demande lui en 1707 par quoi on pourra le remplacer (le christianisme) ! Il survivra pourtant, mais le penseur athée Feuerbach déclare que c’est à titre de copie, d’apparence de christianisme.

Plus près de nous, le cardinal Ratzinger déclare à Philippe de Villiers, à propos de l’aggiornamento de Vatican II :
« C’est le vide qui s’est propagé, le désert spirituel. On a perdu bien souvent la dignité et le mystère du sacré. On a dépouillé les églises de leurs splendeurs. Beaucoup de clercs ont réduit la liturgie au langage et aux gestes de la vie de tous les jours par le moyen de salutations, de signes d’amitié. »
On a une liturgie en show. Je suis convaincu, ajoutait-il, que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie ». 
Et le cardinal Ratzinger d’ajouter : 
« En refusant de reconnaître ses racines chrétiennes, l’Europe se refuse à elle-même. Elle se renie.»
Dans son livre traumatisant (on dirait cent chroniques de BVoltaire, mises bout à bout sur la France comme elle déraille), profond et bouleversant à la fois, Villiers insiste sur les responsabilités eschatologiques et économiques de nos pieuses élites catholiques et cathodiques. Le ridicule Etchegaray rencontre le renommé Trichet. Et notre trublion de conclure :
« Je n’en peux plus de cette cérémonie où on récite l’évangile des droits de l’homme et où on s’incline devant le Veau d’or. Je décroche. La logorrhée continue quelques instants sur la parousie monétaire, le cardinal évoque le sentiment naissant d’une humanité neuve. »
Les idées chrétiennes devenues folles, devenues molles et lâches. Convenues. Au début de son bouquet pamphlétaire de souvenirs, Villiers rappelle quelles grenouilles de bénitier nous ont mis là :
« Les évangélistes du marché qui avaient concocté la parabole de « Vive la crise ! » étaient des chrétiens, des démocrates-chrétiens — Delors, Camdessus, Lamy, Lagayette, Peyrelevade. Ils iraient bientôt coloniser les instances internationales — FMI et Banque mondiale. Ils étaient en mission, ils allaient partir évangéliser, au nom de l’économie œcuménique mondialisée, toutes les nations. Ce sont eux qui, dès 1983, en prêchant pour la liberté des marchés et des capitaux, firent sauter les verrous étatiques. »
Ce sont les jeux sans frontières du christianisme libéral en attendant la main tendue aux islamistes de tout poil et aux réfugiés de toute nationalité : donner sa patrie pour mériter sa place au paradis (à moins qu’il ne faille aussi la donner celle-là, quel purgatoire cette bonté moderne!).

Et pendant que son évêque crache sur la Vendée trop catho, Villiers termine par un éloge répété de la Russie et de son orthodoxie. J’attends les cosaques et le Saint-Esprit, disait l’autre il y a un siècle.

Nicolas Bonnal

[La Porte Latine (FSSPX France)] Le cardinal Barbarin et une "pasteure" confirment dans un temple protestant - 17 octobre 2015

SOURCE - La Porte Latine (FSSPX France) - 29 octobre 2015

Légende du site lyon.catholique.fr : "Samedi 17 octobre 2015, à l'église
Saint-Martin d'Oullins, a eu lieu, pour la première fois dans notre diocèse,
une célébration de confirmation dans un cadre oecuménique"
Aprés avoir prononcé la profession de foi de l’Islam le 4 janvier 2011 à Versailles, après s'être rendu le 21 février 2013 à la Grande Mosquée de Lyon au moment de la prière de l’après-midi (Asr) afin de prier avec la communauté musulmane, voici que Son Eminence le cardinal Barbarin, Prince de l'Eglise et Primat des Gaules, retombe dans les compromissions de la doxa de Nostra Aetate.
 

 
[autres images sur laportelatine.org]
Ci-dessus les photos de cette cérémonie au cours de laquelle chacun, mais unis dans une même d'acte d'apostasie publique, a confirmé selon "sa" tradition comme le rapporte l'article paru sur le site du diocèse de Lyon :

"Depuis plus de 40 ans, à Oullins, une catéchèse biblique et oecuménique, avec les catholiques et les protestants unis de France, réunit des enfants et des jeunes du CE1 au lycée.

Des lycéens de ces deux traditions ont été confirmés samedi 17 octobre au cours de la même célébration : les catholiques ont été témoins de la confirmation dans la tradition protestante, partie présidée par le pasteur Françoise Sternberger. Les protestants ont été témoins du sacrement de confirmation donné par le cardinal Philippe Barbarin."

Comme le note Emilie Defresne dans MPI du 28 octobre 2015, "cette cérémonie procède du même esprit que la Relatio finale duSynode des évêques pour la famille : c’est la mise en libre débat de la parole de Dieu et des commandements de Dieu pour une appréciation « au cas par cas. »"

Et Mgr Bernard Fellay a bien raison dans sa déclaration du 27 octobre d'en appeler au pape François et de lui demander, "conformément à sa charge, et dans les limites que lui a fixées le Christ – de redire avec clarté et fermeté la vérité catholique quod semper, quod ubique, quod ab omnibus".

Dieu et Notre Dame fassent qu'il soit rapidement entendu à Rome avant que le pire n'advienne.

La Porte Latine, 29 octobre 2015

28 octobre 2015

[Abbé Bouchacourt - FSSPX France - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] "Il y a 90 ans, le 11 décembre 1925, le pape Pie XI publiait..."

SOURCE - Abbé Bouchacourt - FSSPX France - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - octobre 2015

Chers Amis et Bienfaiteurs, Il y a 90 ans, le 11 décembre 1925, le pape Pie XI publiait sa magnifique encyclique Quas primas sur le Christ-Roi. Ce document a gardé toute son actualité comme en témoignent les lignes qui suivent :
« Or, si nous ordonnons au catholicisme entier de vénérer le Christ-Roi, Nous pourvoirons par le fait même aux besoins des temps actuels et Nous opposerons un remède souverain à la peste qui affecte la société humaine. Ce que nous appelons la peste de notre temps, c'est le laïcisme, ses erreurs et ses tentatives impies. Ce fléau, Vénérables Frères, vous savez qu'il n'a pas mûri en un jour ; depuis longtemps, il couvait au plus profond des sociétés. On commença par nier les pouvoirs du Christ sur toutes les nations ; on dénia à l'Eglise un droit dérivé du droit du Christ lui-même, celui d'enseigner le genre humain, de porter des lois, de diriger le peuple, de le conduire à la béatitude éternelle. Alors la religion du Christ fut un peu traitée d'égale avec les faux cultes, et placée avec une choquante inconvenance sur le même niveau ; puis elle fut soumise au pouvoir civil et presque livrée à l'arbitraire des princes et des magistrats ; certains allèrent jusqu'à prôner la substitution d'une religion naturelle, d'un sentiment naturel, à la religion divine. Il ne manqua pas de nations qui estimèrent pouvoir se passer de Dieu et mirent leur religion dans l’impiété et l'oubli de Dieu. Les fruits amers que produisit si souvent et si longtemps une semblable séparation des individus et des peuples d'avec le Christ (…) nous les déplorons aujourd'hui de nouveau : les germes de discorde semés partout, les jalousies et les rivalités entre peuples qui retardent encore la réconciliation, le déchaînement des convoitises qui, bien souvent, se cachent sous les apparences du bien public et du patriotisme, et toutes leurs conséquences : dissensions intestines, égoïsme aveugle et démesuré qui, ne considérant rien, sinon les avantages et les profits particuliers, soumet absolument tout à cette mesure ; la paix des familles détruite à fond par l'oubli et la négligence du devoir ; l’unité et la stabilité de la famille battues en brèche ; toute la société enfin ébranlée et menée à la ruine. »
Quelle clairvoyance ! Le laïcisme dénoncé hier par Pie XI ne cesse aujourd’hui de s’étendre comme un cancer, cherchant à effacer toute trace de chrétienté dans la société. Le laïcisme sorti des officines de la franc-maçonnerie a sa doctrine, ses dogmes, ses rites, ses thuriféraires, ses fêtes, ses saints, sa morale. C’est une nouvelle religion que nos politiques cherchent à nous imposer.

L’homme-dieu doit remplacer le Dieu fait homme. Il est en effet impressionnant et effrayant de constater vers quel abyme ce laïcisme cherche à nous entraîner. Il veut remplacer le Créateur en s’appropriant le droit de vie et de mort sur l’enfant à naître, mais aussi sur le malade et le vieillard. Il s’acharne à détruire la cellule familiale en favorisant le divorce et les unions homosexuelles. Il veut détruire la complémentarité des sexes voulue par Dieu en imposant la théorie délirante du gender et favoriser le commerce du corps humain par la GPA et la PMA.

Pour dénoncer de telles horreurs, étaient auparavant convoqués sur les plateaux de télévision des hommes d’Eglise, mais ils sont devenus tellement timorés que leurs avis n’intéressent plus ! Alors quelques intellectuels les ont remplacés tel un Eric Zemmour ou un Alain Finkielkraut qui parlent avec un certain courage mais sans donner la seule réponse qui vaille : la solution catholique ! Il faut relire le communiqué alambiqué de la conférence épiscopale française sur la situation dramatique de Vincent Lambert. Un chef-d’œuvre de langue de buis ! Cependant, quelques évêques isolés ont été courageux et ont sauvé l’honneur.

Les ténèbres du laïcisme semblent se répandre inexorablement sans rencontrer aucune résistance. Seule la solution catholique portée par l’Eglise peut soigner la société agonisante. Il est consternant de constater à quel point la grande majorité de nos évêques a baissé les bras en adoptant le profil bas des vaincus. Pour beaucoup, la royauté sociale est obsolète. Ils n’y croient plus ! Alors ils pactisent avec ce monde des ténèbres dans l’espoir de l’amadouer et concourent ainsi à la ruine de l’Eglise de France. Jamais il n’y a eu aussi peu d’ordinations sacerdotales que cette année ! Alors, devant un tel vide sidéral, les musulmans revendiquent nos églises désertées pour en faire des mosquées. Là encore, quelques évêques ont su réagir avec une certaine vigueur, mais la majorité est restée comme paralysée et aphone devant cette tentative. Il s’est même trouvé l’un d’entre eux pour dire qu’il préférerait voir une église transformée en mosquée plutôt qu’en restaurant ! Heureusement quelques personnalités laïques ont su réagir avec force. La tentative a échoué… pour cette fois !

C’est un fait ; nos églises sont vides, nos séminaires désertés et la pratique religieuse a chuté de façon vertigineuse. Pourquoi ce désastre ? Quelle est cause de cette situation dramatique ? Est-ce le matérialisme ambiant ? Certes, il est un facteur qu’il ne faut pas négliger. Mais est-il le principal ? Il faut répondre par la négative. Le responsable de cette ruine est principalement le dernier concile qui a voulu marier l’Eglise avec l’esprit du monde. Cet aggiornamento initié par Jean XXIII et porté par tous ses successeurs a changé l’Eglise dans sa substance et a stérilisé son rayonnement. La théologie, la liturgie, le sacerdoce, le catéchisme, le droit canonique, l’Ecriture sainte ont tous été bouleversés par ce vent révolutionnaire qui a désorienté l’Eglise et dispersé ses membres. Et voilà que maintenant, après avoir détruit la foi, lors du prochain synode, certains voudraient remettre en cause la morale catholique et sa discipline ! Jusqu’où ira-t-on ? Nous savons que Notre-Seigneur n’abandonnera pas son Eglise qui ne peut sombrer. Nous gardons confiance contre vents et marées mais il nous faut supplier Dieu qu’il mette un terme à cette passion qui s’éternise et cause la perte d’un grand nombre d’âmes.

Plus que jamais, dans ces ténèbres, nos familles, nos prieurés, nos églises, nos chapelles, nos écoles et nos communautés doivent être des lieux où brillent la sainteté, la charité et la vérité. Que le Christ-Roi y règne ! Plus que jamais, nous devons travailler chacun à notre place à faire la volonté de Dieu dans l’accomplissement de notre devoir d’état et la sainteté de notre vie. Humainement, la tâche qui nous attend nous dépasse, mais ayons la foi en la grâce et en la toute-puissance de Dieu. Nous nous trouvons dans la même situation que David face à Goliath. Gardons une confiance inébranlable en la sainte Providence qui aura toujours le dernier mot.

Comme il est beau et consolant de voir ces familles nombreuses dans nos prieurés qui accomplissent tant de sacrifices pour l’éducation des enfants, qui récitent le chapelet chaque jour. Comme il est réconfortant de voir tout ce dévouement qui soutient nos prêtres. La Tradition catholique est la jeunesse de l’Eglise.

Cependant, attention de ne pas donner prise au prince de la division, au Malin, qui rôde cherchant à diviser nos rangs en y semant le trouble, le doute et le découragement. Restons unis autour de nos prêtres et de nos Supérieurs dans le combat de la foi que la Fraternité veut mener dans la fidélité à son fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre. Unis, nous pouvons tout. Divisés, nous serons réduits à l’impuissance comme le souhaitent nos ennemis.

Plus que jamais, nous avons besoin de votre générosité pour répondre aux appels qui nous arrivent de toutes parts. Il nous faut construire des églises, préparer l’ouverture de prieurés, consolider nos œuvres comme vous pourrez le lire ci-dessous. Votre charité nous permettra d’œuvrer à la restauration du règne du Christ-Roi qui seul peut faire barrage aux ravages du laïcisme. Que Notre-Seigneur et Notre-Dame vous comblent de grâces et vous protègent. Chaque jour, dans nos prieurés et nos maisons, nous prions pour nos bienfaiteurs à qui nous devons tant. Que Dieu vous bénisse !

Abbé Christian BOUCHACOURT Supérieur du district de France

[Abbé Denis Puga, fsspx - DICI] Mariage et fécondité

SOURCE - Abbé Denis Puga, fsspx - DICI - 28 octobre 2015

Le 10 octobre 2015, au cours du second synode sur la famille qui vient de s’achever, l’archevêque de Varsovie-Prague (Pologne), Mgr Henryk Hoser rappelait aux pères synodaux la nécessité de revenir à l’encyclique de Paul VI Humanae vitae (1968), en citant cet extrait : « Les hommes droits pourront encore mieux se convaincre du bien-fondé de la doctrine de l’Eglise en ce domaine, s’ils veulent bien réfléchir aux conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité. Qu’ils considèrent d’abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l’infidélité conjugale et à l’abaissement général de la moralité. (…) » (H.V. n°17) 

Mais, le 20 octobre, un père synodal hispanophone a tenu à mettre en relief un des 600 amendements apportés à l’ Instrumentum laboris (document de travail) : « Sur la contraception, nous avons proposé un modus qui donne beaucoup plus de poids à la décision en conscience des couples, et c’est passé ! », s’est-il réjoui.

Rappel de la doctrine et de la morale de l’Eglise, d’une part ; appel à la conscience individuelle marquée par le personnalisme, d’autre part ; tel fut ce synode ! Face à tant de confusion, l’abbé Denis Puga, ancien professeur de théologie morale au Séminaire Saint-Pie X d’Ecône, énonce les principes qui permettent d’y voir clair sur la fécondité de la famille chrétienne.


La santé morale du mariage des chrétiens est une composante essentielle de la note de sainteté de l’Eglise. Les époux par la transmission de la vie coopèrent à l’œuvre créatrice de Dieu. Quand l’institution matrimoniale est en péril, la pérennité même de l’Eglise est en danger. De nos jours, parmi les défis auxquels les chrétiens sont confrontés, figure l’incitation permanente de la société à violer les lois présidant à la transmission de la vie. La mentalité moderne contraceptive, fondée notamment sur l’inversion personnaliste des fins du mariage qui fait passer l’amour et la fidélité des époux avant la stabilité du foyer et le bien des enfants, est omniprésente. En considérant le mariage comme finalisé principalement par l’épanouissement corps et âme des époux, on en est venu à oublier que l’union conjugale des époux vise essentiellement à transmettre la vie. La fécondité familiale devient un fardeau duquel on cherche à se débarrasser, pour mieux fuir ses responsabilités et ses devoirs devant Dieu et la société.

La vie conjugale n’est pas qu’une affaire de conscience

Plus que jamais les époux catholiques, qui veulent vraiment vivre en pleine harmonie avec l’enseignement du Christ Sauveur, doivent garder à l’esprit cet avertissement de l’apôtre saint Paul dans son épître aux Hébreux (XIII, 4) : « que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure car Dieu condamnera les impudiques et les adultères. »

Le contrat matrimonial donne aux époux un droit exclusif et perpétuel aux actes aptes à la génération. C’est l’échange de ce droit qui fait le vrai mariage. La vie conjugale n’est pas qu’une affaire de conscience qui ne concernerait exclusivement que les seuls époux. L’Eglise en tant que société se doit d’encourager les couples à vivre fidèlement – et saintement – leur engagement qui touche directement au bien commun. Malheureusement, même parmi les membres du synode sur la famille, certains remettent en cause l’enseignement pérenne de l’Eglise en matière de moralité matrimoniale. Ainsi en est-il de Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique de Paris, nommé expert auprès du secrétaire spécial du Synode.

Dans une déclaration reprise par le quotidien La Croix du 27 août 2015, Mgr Bordeyne n’hésite pas à remettre en cause directement l’enseignement de l’Encyclique Humanae Vitae qui, en 1968, avait jeté la stupeur chez les chrétiens progressistes en condamnant la contraception comme intrinsèquement contraire à la morale naturelle et catholique. Mgr Bordeyne propose qu’au Synode une voie alternative soit proposée aux époux chrétiens : « une autre voie, dont la licéité morale pourrait être admise (par l’Eglise) et le choix confié à la sagesse des époux, consisterait à user des méthodes contraceptives non abortives. S’ils décident d’introduire cette médecine-là dans l’intimité de leur vie sexuelle, les époux seraient conviés à redoubler d’amour mutuel. Celui-ci est seul à pouvoir humaniser l’usage de la technique, au service d’une “écologie humaine de l’engendrement”. »

On touche du doigt le ravage qu’ont accompli dans l’intelligence de nombreux clercs la nouvelle présentation des fins du mariage, l’approche personnaliste et le laxisme généralisé.

Deux erreurs entretiennent une mentalité contraceptive

Il est également important de souligner que, malgré un enseignement officiel de l’Eglise qui reste défavorable à toute forme de contraception, deux grandes erreurs se sont répandues chez de nombreux couples chrétiens, même parmi ceux qui se veulent défenseurs de la vie. Ces erreurs ont pour conséquence la disparition de la famille nombreuse du paysage ecclésial.

La première erreur est la suivante : certes la recherche de la fécondité du mariage est primordiale et ne peut être écartée par des époux vraiment chrétiens, cependant elle doit s’établir globalement sur l’ensemble de la vie du couple et non à l’occasion de chacun des rapports physiques des conjoints. L’encyclique du pape Paul VI, Humanae Vitae, a clairement écarté cette vision totalement erronée : « On ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, (…) le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l’unique et identique bonté morale… C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde. » (n°14)

L’autre erreur touche une manière de vivre très répandue, selon laquelle les époux n’auraient pas à se poser de problèmes de conscience, du moment que dans leurs actes conjugaux, ils excluent les moyens artificiels de régulation des naissances et s’en tiennent aux méthodes strictement naturelles. C’est d’ailleurs le résumé simpliste que les médias font de l’encyclique Humanae Vitae : en interdisant la pilule contraceptive Paul VI aurait légitimé l’usage sans retenu et sans motif des méthodes naturelles. C’est oublier le grave avertissement que déjà le pape Pie XII avait fait dans sa célèbre Allocution aux sages-femmes du 20 octobre 1951. Le pape, après avoir rappelé le grave devoir des époux de participer par la vie matrimoniale au développement du genre humain, expliquait que certes « de cette prestation positive obligatoire certains peuvent être dispensés, même pour longtemps, bien plus même pour toute la durée du mariage, par des motifs sérieux, comme ceux qu’il n’est pas rare de compter dans ce qu’on appelle l’indication médicale, eugénique, économique et sociale et que de là dans les conditions mentionnées il suit que l’observance des périodes d’infécondité peut être et même est licite » . Mais le même Pontife ajoutait : « Si cependant, il n’y a pas, selon un jugement raisonnable et juste, de semblables raisons graves ou personnelles ou provenant de circonstances extérieures, la volonté d’éviter habituellement la fécondité de leur union, tout en continuant de satisfaire pleinement leur sensualité, ne peut provenir que d’une appréciation fausse de la vie et de motifs étrangers aux droites règles de la morale. »

Des conséquences désastreuses pour la société

Les deux erreurs qui viennent d’être soulignées ne sont guère dénoncées par la pastorale moderne. Elles sont, de facto, des portes ouvertes à l’usage de la contraception et à une mentalité contraceptive parmi les époux. Or elles ont été déclarées incompatibles avec la Loi évangélique. La reconnaissance d’un droit à la contraception chez les époux, comme le préconisent certains clercs, conduirait même à la reconnaissance de la légitimité des mariages contre nature. Car si des actes intrinsèquement mauvais devenaient légitimes pour des conjoints de sexe opposé, pourquoi ne le seraient-ils pas non plus pour des conjoints de même sexe ?

Changer la doctrine de l’Eglise en matière de contraception – sous prétexte d’une fausse miséricorde – ce serait détruire de fond en comble, qu’on le veuille ou non, toute l’institution du mariage et donc pervertir la société chrétienne et humaine. Le pape a le pouvoir d’empêcher ce scandale, et sa charge lui en fait un devoir, selon cette parole de Celui dont il est le vicaire : « Il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! » Mat. XVIII, 7.

Abbé Denis Puga