3 septembre 2019

[Abbé Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Excuse ou pardon

SOURCE - Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou - septembre 2019

J’ai connu un prêtre, ni plus ni moins malin qu’un autre, qui avait été un peu sec avec un fidèle. Pour apaiser une éventuelle blessure, il crut bon de lui adresser un petit mot pour lui demander pardon. Sans réponse après trois semaines, il crut pouvoir écrire à nouveau pour s’étonner de ce silence, en évoquant – sans doute à tort – la considération que  l’on peut avoir envers le fait qu’un prêtre vous demande pardon ! Cette fois, la réponse a été immédiate et fulgurante : orgueil et manque de charité ! Il a donc fait à nouveau un petit mot pour demander d’être pardonné de son indélicatesse. Et tout s’est arrêté là, sans aucune réponse ni réaction ! A-t-il été pardonné ? Il ne l’a jamais su et en était bien navré. Je lui avais conseillé de méditer ces sages réflexions d’Ernest Hello : 
« Celui qui refuse un pardon demandé semble livrer son prochain au remords, et celui qui pardonne le livre au repentir.... Entre le repentir et le remords, il y a un abîme. Le premier donne la paix et le second l’arrache. » 
Il m’avait alors confié que, même non pardonné, il n’avait aucun remords, et vivait dans la paix.

Cette triste aventure m’a conduit à quelques méditations sur cet acte si évangélique du pardon. Il nous arrive à tous, qui que nous soyons, prêtre, religieux ou religieuse, parent, enfant, homme ou femme, chrétien ou païen, jeune ou vieux... d’être maladroit, de manquer d’attention ou de délicatesse avec quelqu’un. La plupart du temps, c’est involontaire et la bienveillance devrait pouvoir nous aider à pardonner spontanément mais... c’est difficile, il est vrai.

Alors je vous propose simplement quelques réflexions recueillies ici ou là !
« Il est des mots qui, petit à petit, disparaissent du vocabulaire courant, et, en bout de course, aussi des dictionnaires. Ce phénomène est évidemment signe de ce que la réalité que le mot recouvre n'a plus cours. J'espère vraiment être dans l'erreur, mais je crains que le mot pardon ne soit en train de glisser sur cette pente savonneuse. Et si pardon se perd, c'est sans doute aussi parce que les fautes pour lesquelles on sollicite la miséricorde, et pour lesquelles dès lors la victime pourrait accorder son pardon, sont de moins en moins assumées. « Je ne l'ai pas fait exprès » remplace de plus en plus souvent « Pardonne-moi ». C'est étrange ! Si quelqu'un marche avec de grosses bottines sur mes pieds glissés dans des sandales et qu'il se contente de me dire que je n'ai pas à lui en vouloir puisqu'il n'avait pas vraiment l'intention de me faire mal... mes orteils n'en sont-ils pas meurtris pour autant ? Comment pourrais-je lui pardonner s'il se contente de m'affirmer que me blesser n'était pas sa volonté ? Encore heureux que sa maladresse ne fût pas volontaire ! Deviendrait-il moins humain s'il me demandait aussi pardon ? Un refus de priorité causant une portière défoncée se voit souvent traité de la même façon. Et lorsqu'il y a blessure grave, voire mort d'humains innocents, c'est encore le même couplet qui revient, et qui devrait suffire à clore toute discussion et tout procès aux yeux de celui qui l’entonne : « Je ne l'ai pas fait exprès ! »
 
L'étape suivante ne serait-elle pas alors le déni pur et simple : non plus : « Je ne l'ai pas fait exprès ! », mais « Je n'ai rien fait ! » ? Un match de football est un exemple très révélateur à ce propos : le joueur qui commet une faute lève tout aussitôt les deux bras, pour bien faire savoir à l'arbitre qu'il est innocent comme l'enfant qui vient de naître. Et si l'arbitre sort un carton jaune ou rouge, le fautif jure ses grands dieux qu'il n'a vraiment rien fait et qu'il est l'objet d'un déni de justice atroce, s'il n'injurie pas l'arbitre en plus !
   
Demander pardon ? Pardonner ? Par-courir une ville ou une région, c'est bien plus que la traverser : c'est la visiter dans divers sens. Par-faire, c'est plus que réaliser : c'est mener à son complet développement. Alors, par-donner pourrait bien signifier aussi donner à tort et à travers, donner totalement. Donner ainsi ne fait-il pas grandir en humanité tant celui qui donne que celui qui reçoit ? Redevenir plus humain ! » 
Arthur Buekens – Quand la Bible parle de pardon 
Le Bx Père Lataste, s’adressant aux repenties dont il conduisait la conversion, et à ceux qui ne comprenaient pas toujours son apostolat, nous rappelle quelques saintes vérités.
« Elles furent coupables, c’est vrai ! Mais quelle est donc l’âme qui n’a jamais eu rien à se reprocher, et parmi celles qui sont toujours restées pures, quelle est celle qui à un moment donné n’a pas senti que, si la main de Dieu ne l’avait fermement soutenue, elle était tout près de faillir, à deux doigts de sa perte. « Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber » dit l’apôtre St Paul (1Co. 10, 12), et St Jean ajoute : « Si quelqu’un se dit sans péché́, il est un menteur et il s’en impose à lui-même » (1 Jn. 1, 8). Oui, elles furent coupables mais Dieu ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n’est touché que de ce que nous sommes. Il n’est rien d’avoir été́ pure et vertueuse si on ne l’est plus ; il n’est rien d’avoir été́ coupable si l’on a reconquis sa vertu. Que celles qui sont restées pures par la grâce de Dieu prennent garde, je ne dis pas seulement de ne pas faillir, mais je dis même qu’elles prennent garde de ne pas se laisser devancer, car le prix de la course et la palme de la victoire ne sont pas pour celui qui n’est jamais tombé, mais pour celui qui a couru le plus loin. »
Je laisserai le mot de la fin à notre si sage et si bon P. de Chivré :
« Un homme hésite à pardonner à son ami dont il a reçu une indiscutable blessure d’amour propre. Ce refus de pardonner se présente à sa raison d‘homme comme une justice légitime à l’égard d’une amitié coupable. Il prie. Il en résulte en son jugement une certitude confuse et indéfinissable que cette justice qui sanctionne est une vérité boiteuse et partielle ; il s’efforce de maintenir sa décision mais, désormais, elle est accompagnée d’une sourde conviction qu’il agit mal en exerçant ce genre de justice ; et d’une conviction, non moins consistante, que la vérité se trouve dans un pardon méritoire. Fortifié par cet état d’âme, il pardonne, à la grande colère de sen entourage critique et orgueilleux. Au lieu de s’émouvoir, la calme certitude d’avoir bien agi lui fait affronter avec paix le mécontentement ambiant. L‘ami lui-même n’en revient pas, et pense que leurs relations ne seront plus comme par le passé. L’offensé sent sourdement, avec une certitude inexplicable, qu’il en sera encore mieux que par le passé ; et tout se réalise ainsi. 
Le Don de Conseil a mené le jeu à contre-courant de l’orgueil, de la rancune, des convictions mondaines et de la logique naturelle en créant un état d’âme de certitude, au cours des différentes phases de la crise. 
Toute crise est un ébranlement, et tout ébranlement appelle la Certitude de l’Esprit d’Amour pour ne pas devenir une catastrophe. Admirable réédition du “noli timere” de Jésus, le “n’ayez donc pas peur” écrit lentement dans nos réflexions priantes par le Conseil qui n’a jamais trompé et que personne n’a jamais pu prendre en défaut. » 
R.P. de Chivré
Combien nous sommes loin ici de cette étrange formule : « je m’excuse... » ! Mais cher Monsieur, si vous vous excusez vous-même, je ne puis rien faire de plus ! Allez donc en paix avec votre conscience rassurée, et n’attendez rien de moi, puisque vous ne me demandez rien !
    
La sainte miséricorde est bien autre chose, bien plus belle et plus vraie, qui rétablit tout dans la sainte charité de Dieu. Que chacun en vive et aime en faire vivre ceux qui l’entourent, tel est le commandement de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. »
     
Je me souviens que ce prêtre m’avait confié qu’il avait bien pardonné depuis longtemps l’absence du pardon qu’il avait sollicité mais il n’empêche qu’il en avait du regret, car celui qui ne pardonne pas, qui ferme son cœur au pardon, le ferme dans tous les sens : le don et la réception du pardon ! C’est toute la gravité de ce que nous disons à Dieu sans toujours y penser : « pardonnez-nous comme nous
pardonnons ! » 
     
Cette belle miséricorde est le cœur de la vie chrétienne : le chrétien est un être essentiellement pardonné, mais ce pardon reçu du Cœur de Jésus ne vivra vraiment en son âme que si l’âme ne le garde pas pour elle et le fait vivre en le donnant à son tour. 
     
Alors, à nous de garder toujours le cœur ouvert ! Il en recevra des blessures, sans doute, mais il pourra aussi laisser déborder sur ceux qui l’entourent un peu de cette miséricorde reçue du Cœur de Jésus et de Marie.

[Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou] Un trésor à portée...


SOURCE - Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou - septembre 2019


Bien chers fidèles,
 
Les vacances estivales s'achèvent, il s'agit de reprendre le rythme de nos activités quotidiennes, de ces activités qui sont le moyen privilégié, comme nous l'a assuré la très sainte Vierge Marie à Fatima, pour notre sanctification. Parce que c'est bien là l'essentiel de notre existence : se sanctifier, c'est-à-dire vivre chacune de ses actions de manière sainte, de la manière qui plaît à Dieu. Et il faut pour cela que notre vie soit empreinte de cette dimension surnaturelle dans laquelle nous vivons, et à laquelle nous sommes, plus que tout, destinés ; il faut pour cela avoir une véritable vie spirituelle.
    
Nous avions déjà abordé de nombreux sujets dans cet objectif : la méditation, ou conversation intérieure avec notre Créateur et Sauveur ; conversation alimentée par la lecture spirituelle qu'il nous faut reprendre si nous l'avons arrêtée, continuer si nous y avons été fidèles ; conversation favorisée par la fuite des occasions de péchés et des distractions inutiles, spécialement de celles des écrans qui nous écartent, pour ne pas dire qui nous séparent si souvent de Dieu ; conversation favorisée aussi et surtout par la visite au très saint Sacrement, dès que nous en avons l'occasion. C'était l'objet de nos différentes adresses depuis ce début d'année.
    
Force est de constater que malgré nos bonnes résolutions, prises et reprises constamment, cette sanctification est plus à l'image d'un chemin de croix, parsemé d'embuches et de chutes, que d'une ascensionpaisible et sans entrave. Rien d'étonnant à cela, Notre-Seigneur nous avait prévenus : celui qui veut se sanctifier, « qu'il porte sa croix et qu'il me suive ! »
    
Pour certains cette croix ce sera le cartable de classe, les devoirs à faire, pour d'autres ce sera le repassage ou les enfants insupportables ou ingrats, pour d'autres encore ce seront les collègues de travail. Le nombre des croix est infini. La véritable question est de savoir comment les porter, comment faire en sorte qu'elles participent à notre sanctification. Et la réponse est très simple, il suffit de les unir à celle de notre Rédempteur afin de rendre ces croix victorieuses, victorieuses de la victoire de la grâce et du salut. Mais voilà c'est bien théorique, et à vue humaine c'est utopique, il faut bien l'avouer.
    
Néanmoins, comme en toute chose, Dieu ne nous a pas laissés démunis. Il nous a octroyé un trésor qui nous rend capables de ces victoires, un trésor qui nous obtient immédiatement et efficacement cette même force qu'Il a déployée dans sa Rédemption, un trésor qui nous applique tout simplement les mérites de cette rédemption, ces mérites dont nous avons besoin pour triompher de chacune de nos croix. Ce trésor, c'est la Messe, le centre de tout le culte catholique, la source de toutes, absolument toutes les grâces, aussi bien spirituelles que temporelles que nous avons reçues et que nous recevrons, cette source à laquelle nous ne puisons pas assez et à laquelle nous ne puiserons jamais autant qu'il est possible.
   
A la Messe, en effet, sous les apparences du pain et du vin, Jésus-Christ est présent tout entier, complètement, réellement, substantiellement, vivant comme Il le fut dans l’étable de Bethléem, comme Il le fut lorsqu’Il mourut sur la Croix, comme Il l’est aujourd’hui dans le paradis où Il règne avec son Corps, son Sang, sa Divinité. Et à chaque Messe, Jésus se sacrifie sur l’autel par les mains du prêtre, mais sans effusion de sang. Oui, Jésus se sacrifie réellement pour nous, pour rendre à Dieu, à notre place, l’honneur qui lui est dû, afin de nous procurer, par notre contrition, le pardon de nos péchés, afin de payer, avec notre participation, les dettes que nous avons contractées avec Dieu, afin de nous obtenir toutes les grâces et bénédictions dont nous avons besoin.
     
Qu’elle est vraie cette parole de saint Léonard de Port Maurice : « Une seule Messe vaut plus que tous les trésors du monde ».
     
« Si l’or tombait des nuages, se demande le Père Martin de Cochem, ne laisseriez-vous pas de côté vos occupations ? Ne vous précipiteriez-vous pas pour le recueillir ? Eh bien ! À chaque Messe, il tombe un or surnaturel, non pas des nuages, mais du Ciel. Cet or, c’est l’augmentation de la grâce divine, de la vertu, des mérites, de la gloire céleste ; c’est la contemplation de la piété ; c’est la bénédiction divine dans l’ordre du temps ; c’est le pardon des péchés ; c’est la participation aux mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cet or, c’est le bonheur, c’est la grâce, la miséricorde, toutes choses d’un prix infini. Libre à vous de vous l’approprier. Si, au contraire, pour vous épargner un léger dérangement, pour ne point perdre un avantage misérable, vous négligez d’entendre la Messe un jour de semaine, vous surpassez en folie l’homme qui continuerait à travailler au lieu de recueillir la pluie d’or tombée à ses pieds. »
    
La sainte Messe est un acte de louange parfaite rendu à Dieu. Ce n’est pas la prière d’un homme ni d’un ange, mais la prière même du Fils de Dieu. Elle a donc une valeur infinie. Seul, Notre-Seigneur connaît la grandeur de Dieu, Lui seul sait ce qui convient à Dieu. Seul, Il est en mesure d’honorer comme il convient, la majesté divine. Le Père n’a-t-il pas proclamé, au sommet du Thabor : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances » ? Eh bien, Dieu reçoit à la sainte Messe un hommage qui Le glorifie vraiment et Le dédommage de nos ingratitudes.
     
De là cette dévotion des saints pour le saint sacrifice de la Messe. Saint François de Sales l’appelle : «Soleil des exercices spirituels, centre de la religion chrétienne, cœur de la dévotion chrétienne, âme de la piété ». Aussi le saint évêque ajoutait-il : « Faites donc toutes sortes d’efforts pour assister tous les jours à la sainte messe, afin d’offrir avec le prêtre le sacrifice de votre Rédempteur à Dieu Son Père, pour vous et pour toute l’Eglise ».
     
Soucieuse d’honorer Dieu au milieu d’une humanité qui chaque jour Le déshonore, l’âme fervente sait qu’elle ne peut Lui offrir une louange plus digne que celle d’assister à la sainte Messe.
 
Ce sera, de surcroît, une magnifique prédication adressée au monde que d’assister souvent, voire quotidiennement à la sainte Messe. Le catholique manifeste par là sa foi, sa charité envers Dieu et son
amour pour l’Eglise. Alors que les hommes s’agitent en tous sens pour acquérir les biens terrestres, la vue d’un chrétien qui entre dans une église pour entendre la sainte Messe manifeste la foi qui l’anime. Il croit en Notre-Seigneur, dans la valeur de Ses mérites, des richesses qu’Il nous prodigue en vue du Ciel.
      
Ce sera aussi, évidemment, un témoignage d’amour de Dieu. Le chrétien montre par là qu’il accorde à Dieu plus que le minimum requis pour son salut. Sa présence au pied de l’autel manifeste sa dévotion, son adoration, la force de sa charité.
     
Ce sera enfin se montrer un zélé enfant de l’Eglise que d’assister souvent à la Sainte Messe. L’Eglise est une immense armée qui veut conquérir le monde à Jésus-Christ. Elle rencontre beaucoup d’obstacles à sa mission. Ce qui fait sa force, c’est la sainte Messe qui se célèbre chaque jour, aux quatre coins du monde. Cette louange qui monte vers le Ciel lui attire des grâces et soutient efficacement son action apostolique. Conscients de cette force, les grands hommes voulaient assister quotidiennement à la sainte Messe, tel le maréchal Foch, aux heures les plus difficiles de la Guerre de 14.
     
Alors, bien chers fidèles, profitons de ce début d'année pour prendre une résolution dans le but d'assister plus souvent à la Messe. Certains pourraient s'efforcer d'y assister tous les jours, ils n'y perdront jamais leur temps ; d'autres, parce que les obligations professionnelles ou familiales les en empêchent, devraient s'efforcer de trouver au moins un jour de la semaine autre que le dimanche pour gran-dir dans cette dévotion du Saint Sacrifice de l'autel, de s'y efforcer aussi les jours anniversaires de mariage, de baptême, de mort de nos chers défunts. Et tous, tous, nous devrions assister à la Messe les premiers vendredis et premiers samedis du mois, parce que c'est le Cœur même de Jésus, puis celui de sa très sainte Mère qui nous y appellent.
   
Abbé Gonzague Peignot +

1 septembre 2019

[Paix Liturgique] Corée : La messe traditionnelle c'est la messe de nos martyrs

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 707 - 13 août 2019

Nous avons pensé intéressant d’achever notre copieux dossier sur la messe traditionnelle en Corée, constitué par nos lettres 691, 692, 694, 695  par la publication des réponses faites par un ensemble de fidèles coréens à une sorte d’enquête que nous avons réalisée auprès d’eux. On constatera qu’elles sont, pour un bon nombre d’entre elles, de grande valeur : les idées développées par nos frères coréens donneront par ailleurs à chacun de nous des thèmes d’arguments pour la défense de la messe que nous voulons faire vivre. Un intérêt puissant de ces réponses est qu’elles émanent – on le remarquera, au fil de cette « conversation » – de fidèles nouveaux, qui ont fait la découverte du rite ancien (voir nos précédentes lettres), et non pas de catholiques traditionnels anciens. Enfin, si ces Coréens parlent du point de vue très intéressant de leur sensibilité particulière, ils élargissent leur propos à l’Église universelle avec un sens catholique très roboratif.
João Silveira -  Comment avez-vous découvert la liturgie traditionnelle ?
R – Paul 40 ans - Je m'intéressais depuis longtemps aux liturgies pré-conciliaires et aux anciennes prières des catholiques coréens. C’est ainsi que j’ai découvert l’existence de la messe traditionnelle en furetant sur Internet et j’ai été très heureux mais aussi surpris de voir qu’elle était encore célébrée presque partout dans le monde et même un peu en Corée !

R – Francesco 50 ans – Je suis moi-même le plus âgé d’entre vous car j’ai plus de 50 ans et j’ai donc eu la chance d’avoir un lien plus direct avec la liturgie traditionnelle, car ma mère dans ma jeunesse m'a parlé avec nostalgie de la messe et de l'église telles qu’elles étaient avant le Concile. Voilà pourquoi devenu étudiant je me suis intéressé à l’étude de la liturgie qui m’a fait bien connaitre la liturgie tridentine qui aujourd’hui est celle qui nourrit ma foi.

R – Clara 20 ans - Je suis parmi les plus jeunes et je ne connaissais rien à cela avant mon baptême, que j’ai reçu à 18 ans, mais mes études m’ont entraîné à étudier le latin et les anciennes civilisations et de là à découvrir via internet que le latin était encore vivant dans l’Église et qu’il subsistait des liturgies « en latin ». Dès que j’ai cherché à les mieux connaitre, j’ai senti que celles-ci étaient tout à fait en phase avec ma foi nouvelle.

R – Jean 20 ans - Bien que jeune chrétien, j’ignorais tout des anciennes liturgies mais depuis mon enfance j’aime fréquenter les églises et particulièrement notre cathédrale et c’est à ces occasions que je me suis demandé en voyant de nombreux petits autels qui se trouvent tout autour dans l’église : « Comment la messe a-t-elle été célébrée sur ces autels ? » Internet a répondu très vite à ma question en me faisant découvrir à la fois les célébrations ad Orientem et la messe traditionnelle.

R – Jacques 30 ans – Je suis pour ma part passionné par les musiques anciennes c’est ainsi que j’ai découvert le chant grégorien et – moi aussi via Internet – que celui-ci était encore vivant dans des abbayes. En poursuivant ma curiosité j’ai découvert qu’il existait un usus antiquior en phase avec le chant grégorien.

R – Maria 40 ans - J’ai eu la chance de connaitre la liturgie ancienne depuis toujours au sein de ma famille, même si je ne la pratiquais pas. Et puis un jour je suis tombé sur le site de la liturgie traditionnelle et j’ai rejoint le groupe qui essaye de la faire mieux connaitre.
João Silveira -  Pourquoi avez-vous fait le choix de la messe traditionnelle ?
R – Francesco 50 ans - Lorsque j’ai assisté pour la première fois à la messe traditionnelle j’ai été immédiatement troublé comme si j’assistais au sacrifice du Calvaire. Je me suis trouvé dans une situation d’adoration que j’avais tout à fait ignorée auparavant et que je ne voulais plus perdre.

R – Jacques 30 ans – Je partage cette conviction : pour moi également la liturgie ancienne est une adoration des mystères de Dieu.

R – Paul 40 ans – Oui, tout à fait, la solennité et le mystère nous montrent l’insondable de Dieu, du Christ et de sa Passion d’une manière qui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu lors des célébrations du Novus Ordo.

R – Pierre 30 ans – Pour ma part, J’y ressens un amour intense pour l’Eucharistie, que les prières et les signes d’adoration m’invitent à contempler.

R – Clara 20 ans – Dès que j’ai assisté pour la première fois à une liturgie traditionnelle j’y ai ressenti ce que signifiait la sainteté, et surtout la sainteté de Dieu et j’ai été immédiatement convaincue que j’avais trouvé un trésor très précieux de l’Église catholique.

R – Simon 30 ans – Ce fut pour moi comme un choc de participer humblement à genoux, de loin, au sacrifice du Christ sur la Croix. Aussi je peux me concentrer profondément sur notre Seigneur pendant la messe.

R – Jean 20 ans – Oui, dans une ambiance de sainteté et d’adoration.

R – Clement 20 ans – La liturgie traditionnelle est comme un nouveau monde spirituel pour moi. Du début à la fin de la messe, c'est le sacrifice de Jésus lui-même auquel je participe. Je peux y rencontrer Dieu de près dans le calme. Et mon âme en est ravie.

R – Kim 30 ans – Elle (la liturgie traditionnelle) m'a donné à contempler les mystères de la foi comme je ne les connaissais pas.

R – Maria 40 ans – Lors de la messe tridentine, il existe de nombreux gestes, des temps de silence qui malheureusement ne font plus partie de la messe d'aujourd'hui. Ce sont des éléments qui contiennent des significations sublimes et peuvent témoigner solennellement notre adoration devant Dieu. Et comme la messe tout entière est « construite » d’une manière belle et fixe, nous ne sommes pas dans une représentation théâtrale libre et souvent chaotique, où les risques de blasphèmes peuvent se produire. Ce qui est le plus attrayant dans la messe tridentine, c’est qu’il s’agit d’un rite riche et parfait, lissé par mille ans de pratique et d’expérience de saints de toutes les contrées du monde, qui est idéal pour nous aider à vivre et à nourrir notre foi.
João Silveira -  Pensez-vous que cette liturgie puissent convenir aux catholiques coréens ?
R – Jacques 30 ans - C’est la messe célébrée par nos ancêtres catholiques pendant la période des persécutions. Alors, si elle leur a convenu et les a aidé à conserver leur foi, je suis sûr qu’elle convient parfaitement aux Coréens d' aujourd’hui et à ceux de  demain.

R – Paul 40 ans – Oui c’est sa sainteté et son illustration vivante de la foi et de la doctrine catholique qui fait qu’elle convient aux Coréens.

R – Pierre 30 ans – Et c’est pour cela qu’elle peut aider à une renaissance spirituelle en Corée.

R – Simon 30 ans – Autrefois la Corée s'appelait « Choson », ce qui signifie « Matin calme ». Cela nous indique bien que le calme et le silence font partie de notre culture. Aussi une liturgie faite de silence et de contemplation correspond-elle bien à notre pays. C’est sans doute pour cela que nos ancêtres l’adoptèrent sans difficulté et y restèrent profondément attachés.

R – Kim 30 ans – Oui, et les Coréens pensent qu'il faut montrer le respect intérieur par des actes extérieurs, ce qu’illustre bien la forme extraordinaire, qui de ce fait leur convient parfaitement.

R – Jean 20 ans – Bien sûr. La Corée est une terre de martyrs. La messe célébrée jadis par les martyrs a beaucoup de signification pour nous. Et elle est très bonne pour les gens qui veulent rencontrer le Christ plus profondément.

R – Anna 50 ans – Si la liturgie traditionnelle convient aux Coréens c’est parce qu’elle convient aux catholiques de tous les pays.

R – Andrew 30 ans – Oui cette liturgie convient à tous, quelle que soit sa nationalité, pas seulement aux Coréens. Je crois que la liturgie traditionnelle est simplement tout à fait catholique.

R – Clement 20 ans - Je suis vraiment d'accord sur le fait que la liturgie traditionnelle est une très bonne liturgie, mais il y a un obstacle qui est le latin. Je pense donc que l’éducation latine de base est nécessaire pour que les fidèles catholiques coréens puissent l’adopter plus généralement.

R – Celia 30 ans – La langue et la grammaire coréennes étant très différentes du latin, ou d’ailleurs des autres langues occidentale, je pense que la liturgie traditionnelle peut difficilement remplacer le Novus Ordo, mais je suis convaincue que la liturgie traditionnelle qui a une valeur particulière pour les catholiques coréens doit pouvoir aider à rendre plus catholique la forme ordinaire.

R – Marc 40 ans - Oui vous avez raison pour le latin qui nous est très étranger mais pas plus que l’anglais, qu’utilisent désormais la totalité des Coréens qui font des études... Aussi les catholiques qui sont confrontés au latin peuvent très bien retrouver le sens des textes dans des missels. Or ces textes qui sont globalement toujours les mêmes ne seront pas un obstacle pour les Coréens qui sont très travailleurs ! Quant aux lectures, il est normal qu’elles soient lues en coréen.

R – Francesco 50 ans - Historiquement et éthiquement, les Coréens ont une passion pour la religion. Et traditionnellement nous sommes habitués aux rituels ou aux sacrifices puisque nous sommes aussi dans la culture confucéenne. Cela signifie que les Coréens ne sont pas perdus en face du ritualisme de la messe traditionnelle qui correspond bien à leur mentalité.

R – Maria 40 ans - L'Église coréenne a une histoire relativement courte et pourtant, elle a subi de nombreuses persécutions. C'est pourquoi nous avons beaucoup de martyrs, mais très peu de tradition. La messe tridentine est aujourd’hui presque inconnue des fidèles de Corée, et par manque de connaissance, mais il y a beaucoup de jeunes insatisfaits de la perte de la tradition, voire révoltés par des cas de profanation au sein de la messe qui recherchent plus de sacré et de respect dans la liturgie. A mon avis, la messe tridentine peut être une excellente solution pour les fidèles coréens qui cherchent à enrichir leur foi catholique.
João Silveira -  Pensez-vous que cette liturgie peut avoir sa place dans l’œuvre de la nouvelle évangélisation ?
R – Paul 40 ans - Oui, je pense que la liturgie traditionnelle est spirituellement plus impressionnante. Elle sera donc très efficace pour la ré-évangélisation des fidèles, pour le développement de leur piété et de leur vie religieuse. Je crois aussi qu’elle est très efficacement missionnaire car elle peut montrer le vrai visage de la foi et de l’Église à ceux qui ne sont pas encore chrétiens.

R – Jacques 30 ans – Je suis sûr que l’ancienne liturgie peut jouer un rôle important pour amener les gens à retrouver la vraie foi catholique dans le monde où ils se laïcisent.

R – Suzan 20 ans – Bien sûr. Pour ma part, j’ai également la certitude que ma foi est devenue plus forte après ma découverte de la liturgie ancienne. Il est utile que les fidèles aient une foi plus forte et se rapprochent davantage du Seigneur.

R – Simon 30 ans – Le développement de la liturgie traditionnelle est une solution très souhaitable et correcte pour résoudre la crise d’identité que traverse l’Église de nos jours. Pendant la crise, nous devons retrouver l’essentiel de notre foi et demander la sagesse et l’humilité à la tradition de nos ancêtres catholiques.

R - Pierre 30 ans - L’usus antiquior qui est célébré avec beaucoup plus de solennité que le nouvel Ordo jouera un rôle important pour la nouvelle évangélisation.

R – Jean 20 ans – Je pense que les jeunes veulent être calmes et pieux comparés aux générations qui nous précèdent. Parce que les jeunes générations de Corée sont vraiment épuisées à cause de la concurrence effrénée qui existe dans la société. Ils veulent être réconfortés par Dieu dans le repos. La messe traditionnelle, qui est une cérémonie de paix et de silence, peut être une occasion d'évangélisation qui peut amener les jeunes à regarder derrière eux, à se repentir du péché et à désirer vivre une nouvelle vie.

R – Kim 30 ans – Je le crois fermement car la liturgie ancienne véhicule une longue tradition catholique et son mystère fascine et fascinera les jeunes du monde entier.

R – Francesco 50 ans – Je conviens que la messe traditionnelle a un rôle à jouer dans la nouvelle évangélisation, mais je pense que son rôle le plus important est celui de nous sanctifier.
João Silveira -  À votre avis, la liturgie traditionnelle a-t-elle un avenir pour l’Église de demain ?
R –Jacques 30 ans - La sécularisation de l'église rend la situation de plus en plus difficile. Pour cela le rôle de l’antique liturgie va devenir de plus en plus important parce qu’elle est l'un des  derniers rempart du vrai catholicisme.

R – Pierre 30 ans - Plus la crise de l'église se développera plus l’Église aura besoin de la liturgie traditionnelle et de contemplation.

R – Jean 20 ans - Bien sûr. La Tradition sous tous ses aspects est le futur de l’Église.

R – Francesco 50 ans – Actuellement la liturgie est tellement maltraitée et la réalité de la messe si mise à l’écart que la piété et la sainteté disparaissent. Ainsi, notre foi et notre âme s'affaiblissent et l'athéisme prévaut. Contre ce grand péril la liturgie de nos anciens peut véritablement restaurer la sainteté de l'Église catholique et guider les fidèles qui la quittent sans même s’en rendre compte et rester un phare dans la nuit du brouhaha moderne pour les non-catholiques de bonne volonté qui cherchent la vérité. Donc, je suis sûr que la liturgie traditionnelle a un avenir.

R – Maria 40 ans - La messe tridentine a un avenir, oui ! Parce qu'elle est la vraie renaissance pour l’Église et pour nos âmes.

R – Camilla 40 ans - Pour ceux qui ne la connaissent pas, la messe tridentine peut ne pas être facile à adopter, mais une fois que l’on a fait l’effort de la connaitre les profits spirituels sont immenses.

R –  Clara 20 ans - Oui, je suis tout à fait sûr. Les traditions catholiques et la liturgie traditionnelle sont indispensables pour inspirer, faire vivre et transmettre la foi. Particulièrement en ces temps d'affaiblissement de la foi.

[Paix Liturgique] «J'ai compris que la messe traditionnelle était la messe»

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 708 - 20 août 2019

Pour compléter et enrichir notre dossier consacré à la situation de la liturgie traditionnelle en Corée, que nous avons publié dans nos lettres 691, 692, 694 et 695 t la semaine derniers dans la lettre 707, nous reproduisons ci-dessous quelques témoignages de fidèles venus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique qui vivent en Corée et que nous avons rencontrés au cours de notre voyage missionnaire en février 2019.

Deborah (Etats-Unis)

Je m’appelle Deborah Yoon et bien que d’origine coréenne, je viens d’Amérique. J’ai découvert la messe latine traditionnelle en rencontrant aux Etats-Unis le blog du Father Z. et ensuite celui de la Fraternité Saint-Pie X.

J’ai assisté pour la première fois à la messe traditionnelle lorsque j’habitais à Hong Kong. J'ai été conquise et j’ai compris qu’elle était la liturgie dont j’avais besoin. Mais la célébration était très éloignée de mon domicile ; aussi n’ai-je commencé à assister régulièrement à la messe traditionnelle qu’à l’automne dernier, lorsque je me suis installée à Suwon en Corée.

J’ai fait le choix d’assister à la messe traditionnelle car elle met davantage l’accent sur la sainteté de Dieu. Elle est pour moi comme une méditation, alors que la messe ordinaire m’apparaît comme une réunion des fidèles plutôt que comme un temps de prière et d’adoration.

Anthony (Nigéria)

Je m’appelle Anthony et je viens du Nigéria. Je suis venu en Corée depuis maintenant 5 mois et j’y resterai encore probablement pour une année pour une recherche postdoctorale. J’ai découvert la messe traditionnelle lorsque j’étais étudiant à l’Université Fédérale de Technologie de Akure (Nigéria).

Dans la plupart des régions du Nigeria la messe traditionnelle n’est pas connue, mais dans notre université il y avait beaucoup de discussions à propos de la tradition catholique, et un certain nombre de personnes parlaient de la messe ancienne, bien qu’à ce moment aucun des étudiants ne la connaissaient autrement que par Internet. Et puis, vers 2002 ou 2003, quelqu’un nous a informés qu’il y avait au Nigeria une chapelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) où était célébrée la messe ancienne. Ce n’était pas très loin de notre l’école, nous sommes montés dans un bus et sommes allés y assister. J’ai été illuminé par cette liturgie et j’y assiste depuis très régulièrement.

Voilà pourquoi avant de venir en Corée j’ai cherché sur Internet quelles étaient les célébrations traditionnelles qui y existaient. C’est comme cela que je fréquente désormais la chapelle de la Fraternité Saint-Pie X qui est proche de l’endroit où j’habite, ce qui est commode en Corée où les déplacements sont souvent longs et difficiles.

Dès ma première rencontre avec la messe traditionnelle, j’ai senti, j’ai réalisé qu’elle est ce que la messe est. Ce fut presque intuitif. Ce fut pour moi comme une certitude innée qu’elle était « La Messe ».

J’ai entendu beaucoup de choses à propos de la messe en latin avant de la découvrir, mais personne ne m’avait parlé du silence. On m’avait expliqué comment je pourrais suivre la messe avec un missel, quels étaient les chants et les gestes que faisait le prêtre et ceux que je devrais faire, mais personne n’avait mentionné le silence.

Quand j’ai découvert la messe traditionnelle, j’ai découvert qu’elle était comme un grand espace où chacun pouvait effectivement être libre, marchait librement et retrouvait Dieu à tous les niveaux. Donc pour moi ça a été quelque chose de très profond de constater la capacité de cette liturgie par sa richesse à correspondre aux attentes de toutes les personnes dans leur diversité d’origine, de culture ou de manière de vivre leur foi.

Christian (France)

Je m’appelle Christian Barde et je suis Français. Quand j’avais 18 ans, je suis allé avec mon mère et certaines personnes amies à une messe en latin. C’était en fait une nouvelle messe en latin, mais pour moi ce furent les premiers pas. Je me suis donc intéressé à ce sujet jusqu’à ce qu’un ami me parle d’une chapelle de la FSSPX à Lyon où je suis allé ensuite presque uniquement.

Aujourd’hui je vis à Séoul depuis 24 ans et je pratique depuis mon arrivée dans la chapelle de la FSSPX. Je suis allé aussi quelques fois dans l’une des églises pour étrangers : les célébrations s’y déroulaient comme dans un festival, comme dans une réunion entre amis, entre très bon amis d’ailleurs. Mais je n’y suis jamais revenu, car si j’apprécie d’être entre amis, ce n’est pas la même chose que d’être dans une église à prier, en silence devant Dieu de lui parler et de l’adorer.

Robert (Etats-Unis)

Je m’appelle Robert Landholt et je viens des États-Unis. Je vis à Séoul depuis 5 ans. J’ai grandi dans une famille catholique traditionnelle. Ma famille a pratiqué sa foi en assistant à la messe en latin aussi loin que je me souvienne.

Vers 2009 j’ai fait mon premier voyage en Corée où j’ai naturellement fréquenté la chapelle traditionnelle que j’y ai trouvée. Lorsque je me suis installé définitivement en 2014, j'ai alors commencé à assister à la messe dans cette chapelle, qui appartient désormais à la Marian Corps (la « Résistance »).

Au début l’assistance réunissait environ 10 à 15 personnes, mais petit à petit le nombre des fidèles s’est accru et désormais nous sommes environ 35 lors de chaque messe dominicale.

Notre prêtre vient des Philippines et nous avons la messe les premiers vendredis, samedis et dimanches du mois, et puis pour les grandes fêtes comme Pâques et Noël. La chapelle est toujours ouverte pour les fidèles, qui peuvent venir y prier. Normalement, toute personne qui assiste régulièrement à la messe connaît le code de la porte, afin qu’elle puisse venir habituellement à la chapelle.

Nous avons eu quelques étrangers de ci de là, mais ceux qui assistent régulièrement à la messe sont pour la plupart des Coréens.

Comme je vis en Corée depuis quelques années maintenant, j’ai beaucoup appris de la foi et des pratiques religieuses de mes amis coréens, et je pense que très nombreux sont ceux d’entre eux qui désireraient pouvoir assister à la messe traditionnelle si celle-ci leur était proposée plus largement et à des horaires plus faciles.

Plus je connais et plus je comprends la culture coréenne, plus je suis frappé par son respect de l’autorité et de la solennité que cela inspire à la pratique religieuse. Il est certain que les catholiques coréens les plus dévots se tourneront vers la liturgie traditionnelle dont ils apprécient la grandeur, la solennité, la piété et l’esprit d’humilité. Mais dans un pays très attaché à l’ordre et à l’obéissance aux autorités les choses ne peuvent aller rapidement. Il faut du temps pour envisager un changement profond, qui ne pourra aboutir que si les autorités l’acceptent. En attendant ce moment, probablement lointain, les catholiques les plus convaincus devront continuer à prier et à être des missionnaires de la messe catholiques traditionnelle, afin que celle-ci soit davantage connue et que de plus en plus de catholiques coréens aient le courage d’y assister car je crois que dès qu’ils la connaîtront ils s’y rallieront.

RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Quête et découverte

Il est étonnant de constater que plusieurs de nos témoins ont rencontré la messe traditionnelle « par hasard », ou plutôt providentiellement, en cherchant ce qu’ils ne connaissaient pas encore, un peu comme un homme qui aurait faim chercherait à se nourrir sans savoir ce qu’il allait trouver mais qui chercherait seulement parce qu’il a faim : n’est-ce pas ce qui arrive à beaucoup dans notre monde repus qui en laisse beaucoup justement sur leur faim spirituelle ? Et dans notre Eglise, qui semble ne plus savoir nourrir ses enfants ? Ce qui déclenche cette quête est sans doute tout simplement l’insatisfaction ou le malaise qui sont les leurs dans les lieux qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Cette découverte se réalise souvent via Internet, qui joue aujourd’hui un rôle puissant d’information pour tous, où qu’ils soient et quels que soient leur culture ou leur milieu d’origine (combien de jeunes gens choisissent aujourd’hui le séminaire dans lequel ils décident d’entrer en comparant les informations qu’ils trouvent sur Internet !). Ce qui montre une fois de plus que ceux qui cherchent et trouvent ne sont pas uniquement des nostalgiques, mais tout simplement de pieux catholiques ou parfois de simple curieux, qui découvrent, souvent instantanément, que la liturgie traditionnelle est l’authentique prière de l’Eglise conforme à leur foi. Le rôle des réseaux d’amis est également essentiel pour propager la connaissance de la messe : beaucoup de ceux qui adhèrent à l’usus antiquior l’ont fait après avoir été invités par des proches à « rencontrer » ce dont il n’avait pas l’idée. Que les pusillanimes, que ceux qui, par respect humain, n’osent pas dire quelle messe ils fréquentent, sentent quelle est leur responsabilité !

2 – L’adhésion

Il est aussi significatif de constater qu’à peine rencontrée la messe traditionnelle devient naturellement « La messe » pour nos témoins, qui font instantanément la distinction entre ce que l’on nomme aujourd’hui la forme ordinaire et la forme extraordinaire dont, avec une vraie finesse, ils découvrent les limites et les richesses. « Y a pas photo ! », comme disent les jeunes qui ont connu la messe nouvelle et qui fréquentent la messe traditionnelle.

Le témoignage d’Antony est très fort, sur le thème : on ne m’avait pas dit que la messe traditionnelle était la messe du silence sacré. C’est d’ailleurs une remarque directe ou indirecte que l’on retrouve toujours : la question du silence est fondamentale dans l’adhésion à la liturgie traditionnelle, que ce soit la recherche du silence pour la contemplation ou simplement le rejet de la « dictature du bruit » propre au monde moderne (Cardinal Robert Sarah, Nicolas Diat, La force du silence, contre la dictature du bruit, Fayard, 2016), et propre, hélas, à la liturgie moderne.

3 – La Corée

Remarquable est l’acuité du regard de Robert, notre témoin américain, sur les catholiques coréens qu’il côtoie depuis plusieurs années, et qui rejoint ce que nous disions dans nos lettres précédentes sur le dossier coréen. Combien de fidèles pieux se tourneraient « vers la liturgie traditionnelle, dont ils apprécient la grandeur, la solennité, la piété et l’esprit d’humilité », si cela leur était permis par leurs pasteurs ! Pour des raisons peut-être moins idéologiques – un respect très grand et, en l’espèce, mal entendu, de l’ordre social – en Corée aussi, comme chez nous, la pluralité liturgique n’est pas au programme. Et en Corée aussi, comme chez nous, si la messe traditionnelle était largement offerte, elle serait largement fréquentée. L’attachement à la liturgie traditionnelle n’est pas une affaire de Français, ni d’Occidentaux, mais bien une affaire de catholiques.

[Paix Liturgique] Rappel à Dieu d'un grand évêque catholique, Mgr Juan Rodolpho Laise (2)

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 706 - 5 août 2019



Nous reproduisons ci-dessous la quintessence de plusieurs entretiens que nous avons eu avec Mgr Juan Rodolfo Laise à propos de la liturgie Traditionnelle
Paix liturgique - Excellence, Actuellement quelle messe célébrez-vous chaque jour depuis que vous vivez à San Giovanni Rotondo ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Aujourd'hui je célèbre chaque jour à 6h du matin la messe de Saint-Pie V lors de ma messe privé à San Giovanni Rotondo.
Paix liturgique - Des fidèles peuvent-ils y assister ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Malheureusement, il n’y a pas d’ouverture envers la liturgie traditionnelle parmi les capucins de la communauté, souvent de la part de ceux d’un âge certain. Parmi les jeunes prêtres de passage, il arrive en revanche que certains y soient favorables. Il serait bon qu’il y ait une célébration publique de l’usus antiquior offerte aux pèlerins du sanctuaire et je suis certain que les fidèles répondraient favorablement mais les temps ne sont pas encore mûrs du point de vue des autorités. Pour ma part, je célèbre pro bono pacis, en ayant à cœur d’éviter toute tension rester discret sur mes positions.
Paix liturgique - Comment avez-vous vécu la proclamation du Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Bien entendu, j’ai été très sensible à Summorum Pontificum qui a restauré et encouragé la célébration de la liturgie traditionnelle. La messe a des siècles d’histoire derrière elle. Quand je célèbre la forme ordinaire, je reprends les oraisons de la forme extraordinaire, à l’offertoire notamment. Et le canon romain, bien sûr. C'est dans ce sens, je crois, que le Pape Benoit XVI envisageait les deux formes d'un même rite…
Paix liturgique - Voyez-vous une évolution de la mens liturgica des prêtres ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Il faut distinguer en fonction des générations. Il y a une attitude positive chez les jeunes prêtres, souvent déclenchée par la connaissance d’un prêtre auprès duquel ils ont pu découvrir le missel traditionnel. Ils accèdent ainsi à tout un contenu spirituel et théologique qu’ils ignoraient et qui ne demande qu’à être exploré et partagé. Le contenu de la messe traditionnelle est plus riche, plus précis que celui de la messe moderne. Par exemple, la sainte Vierge, saint Michel archange et les saints apôtres Pierre et Paul sont dans toutes les oraisons de la forme extraordinaire alors qu’ils ont totalement disparu, ou presque, dans la forme ordinaire. Quand je célébrais avec le nouveau missel, j’optais toujours pour la première prière eucharistique, le Canon romain.
Paix liturgique - Quel souvenir gardez-vous de la messe que vous avez célébrée en 2015 en la basilique Saint-Pierre pour le pèlerinage du peuple Summorum Pontificum ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Vous savez, quand vous célébrez, et c’est l’une des grâces de la forme extraordinaire, vous êtes absorbé par le mystère. Alors, les souvenirs que j’ai sont ceux que me communiquent les personnes qui étaient présentes et qui me remercient parce qu’elles étaient heureuses de cette belle cérémonie. Ce que je dois surtout vous dire c’est que mon accord pour participer à votre pèlerinage n’était pas seulement un acte d’amitié mais un acte d’adhésion profonde à ce que vous faites pour mieux faire connaitre le trésor liturgique que représente la liturgie traditionnelle de l’Eglise, une liturgie à laquelle je suis profondément attaché depuis le jour de mon ordination en 1949.
Paix liturgique - Vous avez été ordonné prêtre dans et pour la forme extraordinaire ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Bien sûr en 1949 il n'existait pas autre chose pour nous freres capucins et j’ai célébré l’usus antiquior pendant 20 ans, y compris à Rome quand j'ai étudié à la Grégorienne. Je l'ai célébrée jusqu'à la réforme de Bugnini qui a trahi la pensée des Pères conciliaires. Et peut-être celle de Paul VI. En tout cas c'est ce que l'exemple de la communion dans la main – que Paul VI ne voulait pas, comme il l'a manifesté dans l'instruction Memoriale Domini, mais que les évêques allemands et français ont imposée – me laisse penser.
Paix liturgique - Et votre ordination épiscopale ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Celle-ci se déroula en 1971, donc avec le nouveau rite. Quand je suis devenu évêque de San Luis, la réforme était déjà appliquée. Et je dois dire qu’il n’y avait pas de problème car, à l’époque, en Argentine, nous respections scrupuleusement les rubriques, nous célébrions dans l’esprit de la liturgie précédente. Ce n’est que peu à peu que la situation s’est dégradée. C’est pour ça que la communion dans la main n’est arrivée que tardivement dans le pays,seulement en 1996.
Paix liturgique - Vous avez, je crois, une anecdote à nous confier au sujet de votre élévation à l’épiscopat ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Comme tous les frères capucins je portais jusqu’à mon sacre épiscopal une barbe fournie. Au moment où le nonce apostolique m’annonça la décision du pape Paul VI de me nommer évêque de San Luis celui-ci lui me suggéra en m’indiquant que cette suggestion venait du pape lui-même de me raser la barbe, car à cette époque-là celle-ci aurait pu sembler à beaucoup être une sorte d’appartenance aux tenants de la Théologie de la libération, qui souvent portaient la barbe à la manière du Castro ou du Ché. J’ai obéi, même si sur le moment ce fut difficile et que je cru perdre mon identité de capucin. Il n’en fut rien d’ailleurs. Aujourd’hui, revenu à San Giovanni Rotondo pour y reprendre la vie conventuelle, j’ai repris l’habit de mon ordre, mais je ne me laisse plus pousser la barbe à la mode capucine pour respecter les usages du plus grand nombre de mes frères d’aujourd’hui.
Paix liturgique - Comment voyez-vous la situation actuelle ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Je vois une grosse difficulté, qui est la perte du latin. Le latin n’est plus enseigné dans les écoles et encore moins dans les séminaires ce qui fait que même des prêtres bien intentionnés, et volontaires ne parviennent pas à s’approprier la forme extraordinaire comme il pourrait le faire avec une meilleure connaissance de la langue latine. Cependant ceux qui poussés par leur Foi et leur amour de la messe y parviennent même si ils ne sont pas de grands latinistes: c'est ce qui se passait déjà dans les temps anciens ou l'important était de s'associer le plus parfaitement à se que voulait l'Eglise 
Paix liturgique - Voyez-vous quelque signe positif dans les temps présents ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Les jeunes. Ils ont le respect de la liturgie, l’apprécient et beaucoup sont attirés par la forme extraordinaire mais ils ont besoin de se former. La messe de saint Pie V est un tout : liturgique, spirituel, théologique et moral. C’est chacun de ses aspects qu’il convient de redécouvrir. On s’en rend bien compte sur la question de la communion : saint Thomas d’Aquin enseigne que le Christ est présent dans la moindre partie de l’hostie consacrée, d’où le respect dû au corps du Christ réellement et substantiellement présent dans les saintes espèces, qui conditionne l’attitude de prière et d’adoration des fidèles. La communion dans la main est ainsi inimaginable dans la forme extraordinaire. Quand on accepte une vérité et quand on y croit, on vit en fonction de cette conviction. Il y a une cohérence entre la vie que l’on mène et notre foi : on ne peut pas vivre en contradiction avec une foi authentique, mais on fait de son mieux pour s’y conformer. La messe traditionnelle est exemplaire en ce sens par la rigueur de son contenu théologique et spirituel pour redécouvrir cette cohérence de vie dont nous avons tant besoin. Elle est l'épine dorsale de la liturgie comme le Catéchisme de l'Église Catholique est le résumé de notre foi.
Paix liturgique - Les tenants de la réforme liturgique l’ont justifiée en partie par les abus qui se vérifiaient avant le Concile dans la célébration de la liturgie tridentine : avez-vous observé ces abus au cours de vos premières années de sacerdoce ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Oui, bien sûr ! Mais cela tenait plus à des abus singuliers et personnels qu’à des abus généralisés. Je me souviens que, tout jeune vicaire, je devais lire les avis paroissiaux alors que le curé disait les prières au pied de l’autel. Cela me choquait. La messe requiert une grande concentration sur les choses de Dieu, sur le mystère de la Croix, la Passion et la Résurrection de Notre Seigneur. Le célébrant doit éviter les occasions de se distraire et de distraire les fidèles mais je le repete fondamentalement ces abus n'avaient aucun rapport réel avec la liturgie traditionnelle en elle-même mais étaient plutôt dus à une insuffisante formation des clercs au sujet de l'Eucharistie.