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12 novembre 2019

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Présent, la subvention publique et les prud’hommes

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 13 novembre 2019

Dans Présent du 5 novembre, Francis Bergeron, le gérant du journal, fait savoir que le quotidien ne recevra pas, contrairement aux années précédentes, la subvention gouvernementale qu’il estimait pour 2019 à quelque 140 000 euros et sollicite à nouveau l’aide de ses lecteurs. Cet appel a été largement relayé sur les réseaux sociaux, du Salon beige à Français de souche en passant par Riposte laïque, TV Libertés et l’Observatoire du journalisme, qui crient tous au scandale et à la persécution politique. Les choses sont-elles aussi simples que cela ? Que faut-il vraiment en penser ? 

Beaucoup de lecteurs de Présent auront en tout cas été surpris d’apprendre que le quotidien percevait chaque année une aide de l’Etat, une subvention publique de plus de cent mille euros. Il est en effet étonnant d’attendre d’un gouvernement que l’on combat, ou que l’on est censé combattre, une aide publique. De plus, au sein de la droite nationale, on s’est toujours opposé au principe des subventions publiques, qui plus est pour la presse. Jean-Yves Le Gallou a souvent expliqué, non sans raison, qu’une presse devait être libre et ne dépendre que de ses seuls lecteurs. Précisons que RIVAROL, lui, ne perçoit, ni n’a jamais perçu le moindre centime d’aide publique. Ce qui explique sans doute sa totale liberté de ton et la radicalité de sa ligne éditoriale.

L’actuelle direction de Présent ayant depuis cinq ans le monopole de la communication et recourant régulièrement à la désinformation, il nous paraît nécessaire, au moment où l’on parle tant dans nos milieux de la nécessité de la réinformation, de rétablir la stricte vérité des faits pour que le public puisse valablement se faire une opinion sur ce qui se passe actuellement, et depuis un certain temps déjà, à Présent. Il est certes très délicat d’aborder ce genre d’affaires pénibles mais nous taire plus longtemps nous rendrait complice d’une imposture dont le lecteur est la première victime. A quoi sert en effet un journal d’opinion si la vérité doit être mise sous le boisseau et si l’on n’ose rien dire de crainte de se faire des ennemis, d’être incompris ou d’indisposer tel ou tel ? RIVAROL prend donc une nouvelle fois ses responsabilités.
UN JOURNAL DOIT-IL ÊTRE SUBVENTIONNÉ ?
On savait que la plupart des journaux étaient subventionnés par l’Etat et ne vivaient que sous respiration artificielle. Beaucoup auront appris ces jours-ci que Présent est également dans ce cas. C’est d’autant plus étonnant que le journal a toujours dit qu’il ne vivait que de ses lecteurs et qu’il s’est bien gardé de dire, ou alors ô combien discrètement, qu’il bénéficiait depuis de très longues années d’une subvention publique de plusieurs centaines de milliers d’euros par an. Une rapide recherche sur Internet permet de connaître le montant des aides reçues chaque année du gouvernement : en 2015 Présent a ainsi perçu 262 257 euros d’aide publique directe, 218 128 en 2016, et encore 157 562 en 2017. Aides directes auxquelles il faut ajouter l’aide indirecte, non négligeable également.

Un bon produit n’a pas besoin d’être subventionné. Que dirait-on d’un boulanger subventionné pour vendre son pain ou d’un boucher aidé pour écouler sa viande ? Un commerce doit vivre des ventes de ses produits. Si ce qu’il propose au public est de qualité, il doit en principe pouvoir se maintenir et même éventuellement se développer. On a rarement entendu qu’un boulanger faisant du bon pain ou un pâtissier réalisant de succulents gâteaux ait fait faillite. 

Le principe des subventions publiques est donc éminemment contestable. Il l’est davantage encore pour la presse. Car comment combattre frontalement et sans arrière-pensée un gouvernement dont on attend chaque année l’aide publique ? La crainte de perdre la subvention publique ne conduit-elle pas à un amollissement de la ligne éditoriale, à un attiédissement des convictions ? N’invite-t-elle pas à certaines timidités éditoriales ? Et surtout le fait de pouvoir compter régulièrement sur des aides publiques n’engendre-t-il pas le risque de conduire à une certaine médiocrité ? Pourquoi consentir à des efforts, viser l’excellence, si l’on sait que de toute façon on touchera chaque année une subvention permettant de durer ?

La raison invoquée par le ministère de la Culture pour refuser à Présent l’aide publique cette année, pour la première fois depuis douze ans, est que le prix de vente du quotidien est en-dessous des autres quotidiens. Les autres quotidiens à faibles ressources publicitaires que sont La Croix et L’Humanité sont vendus respectivement 2 euros et 2,20 euros. Si Présent s’était aligné en janvier 2019 sur les prix de vente de ses deux confrères, il y a fort à parier qu’il aurait bénéficié à nouveau de sa subvention publique cette année, subvention qu’il touchait sans discontinuité depuis 2008. Et s’il passe à 2 euros ou 2,20 euros en janvier 2020, tout laisse supposer qu’il récupérera la subvention l’année prochaine. C’est si vrai que, dans le passé, lorsque Présent avait déjà perdu une fois sa subvention annuelle parce que son prix de vente était trop élevé, il lui a suffi l’année suivante de baisser son prix pour être dans la moyenne des autres quotidiens et, ainsi, de récupérer aussitôt la subvention momentanément suspendue, comme nous l’a confirmé la gérante de l’époque, Jeanne Smits. Donc, dans cette affaire, s’agit-il exclusivement d’une manœuvre politique du gouvernement ou surtout d’une impéritie, d’une incurie de l’actuelle direction du quotidien ?

Dans Présent daté du 8 novembre, le rédacteur en chef, Samuel Martin, un intime de Caroline Parmentier — qui a quitté le navire début 2019, sentant le naufrage arriver, pour devenir attachée de presse au Rassemblement national — écrit une « lettre ouverte à nos confrères quotidiens » dans laquelle il demande très officiellement à huit quotidiens, La Croix, L’Opinion, Libération, L’Humanité, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Les Echos, de verser à Présent une partie de leur subvention annuelle. Faut-il n’avoir aucun sens de l’honneur et aucune dignité pour demander de l’argent à l’ennemi que l’on combat ! Mieux vaut mourir debout, le drapeau fièrement déployé, la bannière claquant au vent, que de solliciter, de manière plaintive, l’aide du gouvernement et de journaux cosmopolites. 
PRÈS DE 400 000 EUROS RÉCLAMÉS EN UN AN !
Francis Bergeron demande à ses lecteurs d’ouvrir largement leurs porte-monnaie puisqu’il réclame 140 000 euros, soit le montant estimé de la subvention selon ses calculs. En l’espace d’un an environ, Bergeron a demandé presque 400 000 euros aux lecteurs de Présent : 210 000 euros pour l’affaire Rémi Fontaine, journaliste de fondation à Présent qui a gagné aux prud’hommes en première instance, puis plus largement encore en appel, 35 000 euros pour l’affaire Yves Brunaud, journaliste de fondation à Présent qui a gagné en première instance aux prud’hommes, et voilà que, dans un troisième appel au secours, en quelques mois, Bergeron demande encore 140 000 euros pour une subvention publique perdue !

Cela ne va pas s’arrêter là et les dévoués lecteurs de Présent doivent savoir qu’ils seront appelés à mettre très souvent encore la main au portefeuille dans ce puits sans fonds qu’est devenu ce quotidien. Pendant longtemps, Francis Bergeron a fait croire qu’il n’y avait qu’un seul et non plusieurs procès aux prud’hommes, intentés contre la SARL Présent par d’anciens journalistes du quotidien écœurés par les méthodes de gestion et le changement de ligne éditoriale de la nouvelle direction. Il ciblait uniquement Rémi Fontaine, régulièrement traîné dans la boue et auquel était systématiquement refusé tout droit de réponse. Puis Bergeron avoua un deuxième procès, une fois qu’il l’eut perdu, celui d’Yves Brunaud. La vérité, c’est qu’il n’y a pas un, ni deux procès, mais SIX procès aux prud’hommes dont celui intenté par l’ancienne gérante et directrice de la publication et de la rédaction Jeanne Smits, débarquée en mars 2014 dans des conditions humainement épouvantables et qui ont gravement altéré à l’époque son état de santé, et bien plus encore celui de son époux, Olivier Figueras. Les six journalistes qui ont été aux prud’hommes sont Jeanne Smits, Olivier Figueras, Catherine Robinson, Rémi Fontaine, Yves Brunaud et Maroun Charbel. Bergeron, qui n’en est pas à un mensonge près, se garde bien d’informer ses lecteurs, sans doute pour ne pas les décourager, qu’il a déjà perdu un troisième procès, celui de Catherine Robinson, qui va coûter 146 000 euros (124 000 euros accordés par les prud’hommes, plus 22 000 euros attribués par la commission arbitrale des journalistes) au journal, ou plutôt à ses lecteurs appelés à renflouer sans cesse le tonneau des Danaïdes. On peut trouver tous les jugements en PDF sur la page Wikipédia consacrée à Présent
SIX PROCÈS AUX PRUD’HOMMES
Lorsque Bergeron a demandé 210 000 euros aux lecteurs de Présent pour payer la somme prétendument allouée par les juridictions prud’homales en première instance à Rémi Fontaine, les lecteurs ont été très généreux puisque, de l’aveu même de Bergeron, en quelques mois, ils ont donné près de 300 000 euros, plus encore que la somme demandée. Or, d’après ce que dit Rémi Fontaine dans un communiqué, non seulement la somme alors demandée était mensongèrement gonflée mais il n’a à ce jour perçu qu’un petit dixième de la somme due en vertu d’un jugement pourtant exécutoire. Où est donc passé l’argent puisque Bergeron écrit que le journal n’a quasiment plus de trésorerie aujourd’hui et qu’il est condamné à une mort imminente sans un nouveau renflouement massif de la part de ses lecteurs ? De la même façon, Yves Brunaud nous confirme qu’à ce jour il n’a pas touché un centime des 35 000 euros que Bergeron avait récoltés auprès de lecteurs de Présent toujours aussi généreux. Où est passé l’argent donné par les lecteurs ?

Si on additionne tous les procès perdus à ce jour aux prud’hommes par Présent, on est déjà très largement au-dessus de 300 000 euros, et le total pourrait s’alourdir encore dans les mois qui viennent, Jeanne Smits, Olivier Figueras et Maroun Charbel étant en appel, comme d’ailleurs Catherine Robinson et Yves Brunaud. Or, traditionnellement, en droit du travail, les juridictions d’appel sont plus favorables aux salariés qu’aux employeurs. Martin Peltier, qui avait perdu en première instance contre National-Hebdo après avoir fait valoir la clause de conscience pour quitter ses fonctions de rédacteur en chef de l’hebdomadaire frontiste au moment de la scission mégrétiste en 1999, avait gagné sur toute la ligne en appel, ce qui avait durablement affaibli le périodique qui a cessé définitivement sa parution en juin 2008. 

Que les lecteurs soient appelés à aider un journal qui connaît une difficulté passagère, conjoncturelle, ou qui a perdu un procès politique à cause de positions courageuses, politiquement ou historiquement incorrectes, il n’est rien là de plus légitime. Mais les lecteurs à qui l’on doit la vérité et qu’il est particulièrement irrespectueux de manipuler et de tromper, d’autant plus quand on leur demande régulièrement de l’aide, doivent-ils en permanence prendre sur leurs deniers, se priver de ce que Bergeron appelle « le superflu », pour payer les conséquences d’une gestion exécrable des relations humaines en son sein ? Car à qui fera-t-on croire que tous les torts sont d’un seul côté quand, quasiment du jour au lendemain, plus d’une dizaine de collaborateurs ont quitté le journal et que six d’entre eux, dont deux de fondation ainsi que l’ancienne directrice, sont allés aux prud’hommes ? Curieux que Bergeron qui a été DRH dans une grande entreprise se soit montré aussi calamiteux dans la gestion des ressources humaines au point de conduire à la révolte des journalistes de fondation ! 
MARINOLÂTRIE
La vérité, c’est qu’en 2014, un « clan familial » (dont les liens ne sont de surcroît pas conformes à la morale catholique qu’est censé défendre le quotidien) s’est emparé du journal avec une extrême brutalité — d’où les nombreux départs et les six procès aux prud’hommes —, en a altéré la ligne éditoriale, transformant le quotidien fondé en 1982 en bulletin mariniste inconditionnel. 

RIVAROL avait d’ailleurs épinglé en 2017, quelques semaines avant la présidentielle et avant le débat calamiteux de Marine Le Pen, les dithyrambes insensés à l’égard de la présidente du Rassemblement national : « En tout cas, la marinolâtrie s’intensifie chaque jour davantage dans le quotidien qui avait autrefois pour devise « Dieu Famille Patrie ». En témoigne en page une cet article du 7 mars 2017 (« Mobilisation générale ») de son principal actionnaire Francis Bergeron qui passe la brosse à reluire : « il n’y a qu’un seul candidat, à droite — et même dans tout l’échiquier politique français — qui ait une stature d’homme d’Etat, c’est elle (Marine Le Pen) ». Emporté par son enthousiasme, Bergeron ose écrire : « Pour ceux qui ont étudié l’histoire de notre courant politique — le courant identitaire et patriotique, pour faire simple —, jamais nous n’avons eu de tête de file de la qualité de Marine Le Pen. Le moment est tout simplement extraordinaire. » Oui, vous avez bien lu : Marine Le Pen est un chef de file ô combien supérieur à saint Louis, à sainte Jeanne d’Arc, à Drumont, à Barrès, à Maurras, au maréchal Pétain, à Poujade, à Tixier-Vignancour, à Jean-Marie Le Pen (qui a dû apprécier le compliment !) Personne dans notre histoire ne saurait égaler (l’ex-)concubine de Louis Aliot qui est tellement extraordinaire. On croirait lire La Pravda du temps de Staline. Des dithyrambes qui confinent au délire. Décidément les élections rendent fou, font perdre tout jugement, tout bon sens, toute mesure, toute dignité intellectuelle. »
UN REDRESSEMENT QUI N’A PAS EU LIEU
Depuis plusieurs années, partout où il est invité, à Chiré, sur Radio Courtoisie, à TV-Libertés, et encore dans un livre paru récemment, Présent, un défi au quotidien, Bergeron fait croire, avec l’humilité qui le caractérise, qu’il a redressé le journal et que tous les torts incombaient à l’ancienne gérance (Jeanne Smits), « ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal ». Il suffit toutefois de consulter les comptes de la société déposés chaque année depuis 2014 au greffe du tribunal de commerce de Paris pour se rendre compte qu’il s’agit là d’un fieffé mensonge. Le chiffre d’affaires annuel de Présent est en baisse quasiment constante, les déficits et les dettes augmentent, les abonnements et les ventes en kiosques chutent de manière sensible. Il est donc totalement mensonger de prétendre qu’il a redressé le journal.

Il est des individus qui, à cent ans, attendent encore fébrilement la Légion d’honneur. Bergeron, qui rêvait dans sa vieillesse de diriger à sa guise un journal pour en faire sa danseuse, son bâton de maréchal, n’a reculé pour ce faire devant aucun moyen, aucune forgerie, aucune manipulation, aucune falsification. Se croyant tout permis, il s’est ainsi emparé en 2016 de la présidence de Présent-militants, qu’il a transformée en CLAP (Club des Lecteurs et Amis de Présent), alors qu’il n’était même pas membre de l’association et qu’il n’a pas pris la peine de convoquer un conseil d’administration en bonne et due forme, n’informant ni ne convoquant par lettre recommandée avec AR les membres de plein droit de Présent Militants (Jeanne Smits qui disposait de 5 voix sur une totalité de 22, ainsi qu'Yves Chiron, 1 voix, Olivier Figueras, 1 voix, Jean-Claude Absil, 1 voix, Rémi Fontaine, 1 voix, et plusieurs autres). 

Enfin, ce qui en dit long sur le personnage, au moment où l’actuelle direction de Présent poursuivait l’ancienne gérante de Présent, Jeanne Smits, devant le tribunal de commerce de Paris, en essayant de la faire condamner le plus lourdement possible pour de supposées fautes de gestion, Bergeron, qui est la fourberie faite homme, faisait publier, avec une évidente fausse compassion, un petit texte pour assurer Jeanne Smits de toute sa sympathie au moment où elle venait de perdre son père. Difficile d’aller plus loin dans la tartuferie !

Jérôme BOURBON
RIVAROL numéro 3399 du 13 novembre 2019, page 11