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29 avril 2017

[FSSPX Actualités] Pourquoi ce silence du pape face aux dubia sur Amoris lætitia ?

SOURCE - FSSPX Actualités - 29 avril 2017

Au cours du colloque international qui s’est tenu à Rome, le 22 avril 2017, sur le thème « Faire la clarté », à propos des dubia présentés au pape François sur Amoris lætitia (voir DICI n°353 du 14/04/17), un des intervenants, le chilien Claudio Pierantoni, s’est interrogé, dans la conclusion de sa communication, sur la cause du silence du pape, depuis la réception de ces dubia, le 19 septembre 2016. 

Ce qui saute aux yeux dans la situation actuelle c’est précisément la déformation doctrinale de fond qui, même si elle évite habilement toute formulation directement hétérodoxe, manœuvre toutefois de façon cohérente pour s’en prendre non seulement à des dogmes en particulier comme l’indissolubilité du mariage et l’objectivité de la loi morale, mais aussi à l’idée même de doctrine sûre et, avec elle, à la personne même du Christ comme Logos (Verbe de Dieu). Et le pape est lui-même la première victime de cette déformation doctrinale, même si – et c’est une hypothèse de ma part – il en est peu conscient, et s’il est victime d’une aliénation généralisée historique qui frappe de larges pans de l’enseignement théologique.

Dans cette situation, les dubia, ces cinq questions présentées par quatre cardinaux, ont mis le pape dans une impasse. S’il répondait en reniant la Tradition et le magistère de ses prédécesseurs, il passerait formellement pour hérétique, et il ne peut donc pas le faire. Si en revanche il répondait dans la ligne du magistère précédent, il contredirait une bonne partie des principales actions doctrinales effectuées durant son pontificat, et ce serait donc un choix très difficile. Il choisit donc le silence parce qu’humainement, la situation peut sembler sans issue. Mais entretemps, la confusion et le schisme de facto s’élargissent dans l’Eglise.

A la lumière de ce qui précède, un acte de courage supplémentaire est plus que jamais nécessaire, un acte de vérité et de charité de la part des cardinaux, mais aussi des évêques et de tous les laïcs compétents qui souhaiteraient y prendre part. Dans une aussi grave situation de danger pour la foi et de scandale généralisé, une franche correction fraternelle adressée à Pierre est non seulement licite mais il en va même de notre devoir, pour son bien et celui de toute l’Eglise.

Une correction fraternelle n’est ni un acte d’hostilité ni un manque de respect, ni une désobéissance. Elle n’est rien d’autre qu’une déclaration de vérité : caritas in veritate. Le pape, avant même d’être pape, est notre frère.

Dans L’Homme Nouveau du 9 janvier 2017, le philosophe français, Thibaud Collin, lui aussi intervenant au colloque de Rome, se posait la même question sur le silence du pape.

Quel est le sens d’un tel silence officiel ? On peut en faire deux lectures. La première, humaine, consiste à dire que le pape refuse de répondre, car il considère que le texte de l’exhortation est en lui-même clair. Il a chargé le cardinal Schönborn d’expliquer ce que le cardinal Kasper nomme un « nouveau paradigme », celui de l’accompagnement des personnes. Reste à expliquer comment ce nouveau paradigme s’articule avec l’ancien. C’est sur ce point que les quatre cardinaux ont demandé des précisions qui leur ont été refusées. Le pape a cependant répondu indirectement en déclarant au journal Avvenire le 18 novembre 2016 : « Il y a des gens qui continuent à ne pas comprendre, qui raisonnent en noir ou blanc, même si c’est dans le flux de la vie qu’il faut pratiquer le discernement. » Et dans une lettre privée (opportunément publiée) aux évêques de Buenos Aires, il répond à leur texte : « L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8. Il n’y a pas d’autres interprétations. » Enfin le cardinal Farrell, préfet du nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a critiqué publiquement son compatriote Mgr Chaput pour son interprétation rigoriste de l’exhortation.

La deuxième lecture est surnaturelle et consiste à dire que si le pape ne répond pas officiellement mais par des biais privés ou par médiateurs interposés, c’est qu’il ne peut s’opposer frontalement au magistère antérieur et à la Parole de Dieu. N’est-ce pas Jésus lui-même (Mt 19, 3-12) qui a rappelé aux pharisiens, enfermés dans le paradigme casuistique, le caractère normatif de la vérité sur le mariage, tel que Dieu l’a institué « à l’origine » ? La doctrine de l’Eglise, explicitation de la Parole de Dieu, n’est donc pas abstraite ou déconnectée des personnes comme le répètent à l’envi de nombreux « pasteurs ». La loi de Dieu n’est pas non plus un idéal, devenant pour les fidèles, si on leur demande de lui obéir, un fardeau insupportable. Elle est source de vie dans le concret de l’existence de chacun. Dieu donne toujours la grâce de vivre ce qu’Il commande. Rappelons enfin que le discernement cher à saint Ignace ne peut porter que sur des actes bons et jamais sur des actes intrinsèquement mauvais. Il n’y a pas une manière prudente d’être adultère.

(Sources : L’Espresso, trad. Diakonos/Homme Nouveau – FSSPX Actualités 29/04/17)

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Dieu Embauche

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 29 avril 2017

De l’univers entier c’est Dieu qui est le Maître.
Donc Son ciel se remplit malgré maint vilain traître.

Sur de brûlants problèmes actuels l’abbé Jean-Michel Gleize, Professeur de Théologie au Séminaire d’Écône de la Fraternité St Pie X, a rédigé deux articles qui jettent une lumière intéressante sur leur solution. D’abord, le Pape peut-il tomber dans l’hérésie formelle ? Réponse, peut-être, parce qu’on n’a pas toujours cru comme depuis quelques siècles que les Papes sont aussi libres d’erreur. Et ensuite, le document papal Amoris Laetitia montre-t-il que le Pape François est tombé dans l’hérésie formelle ? Réponse, dans le sens strict des mots, non, mais en effet, oui, parce que le néo-modernisme subvertit la doctrine tout en faisant semblant de la maintenir. Cette deuxième question devra attendre un autre numéro de ce « Commentaire », mais pour ne pas se laisser piéger entre le libéralisme et le sédévacantisme, l’abbé Gleize a dû commencer par la première question.

Dans son premier article (qui est plus court), il dit qu’à partir de la dite Réforme Protestante, les théologiens catholiques en général, notamment St Robert Bellarmin, ont tenu que le Pape ne peut pas tomber dans le refus conscient et pertinace d’un dogme défini de l’Église, i.e. dans l’hérésie formelle. Pour étayer leur thèse ils citent l’ordre de Notre Seigneur à St Pierre de confirmer ses frères dans la foi (Lc.XXII, 32), ce qui supposerait que Pierre lui-même ne peut pas la perdre. Et jamais dans toute l’histoire de l’Église, disent-ils, un Pape n’est tombé dans l’hérésie formelle. Par contre avant la révolution Protestante, dit l’abbé Gleize, les théologiens catholiques du 12me au 16me siècle ont jugé en général qu’un Pape peut tomber dans l’hérésie formelle, et cette opinion continue jusqu’aujourd’hui, tout en étant moins commune.

L’abbé conclut qu’en vue surtout des Papes Conciliaires, les théologiens plus récents n’ont pas prouvé leur thèse. Quant à l’argument que Pierre sera toujours protégé par Notre Seigneur de l’hérésie formelle, il faut répondre que la foi est un acte de l’esprit poussé par le libre-arbitre, et il est bien rare que Dieu interrompe le libre-arbitre des hommes. Quant aux Papes dans l’histoire, il y a le cas d’Honorius, anathématisé par ses successeurs pour avoir favorisé l’hérésie monothélite. Certes, pas tous n’acceptent cette conclusion de l’abbé, mais si on la considère du point de vue historique des Sept Époques de l’Église, elle se défend.

Par trois Époques (Apôtres 33–70, Martyrs 70–312, Docteurs 312–500+) l’Église s’est hissée à la Quatrième Époque, les mille ans de la Chrétienté triomphante (500+-1517). Mais vers la fin de ce Moyen Age le Diable, aidé par le péché originel, rongeait la Chrétienté, et les hommes ont lancé la Cinquième Époque, celle de l’Apos tasie (1517–2017 ?). Ici les Chrétiens décadents ont inventé une forme d’hypocrisie après l’autre (Protestantisme, Libéralisme, Communisme, entre autres) pour rendre hommage à la vertu et la civilisation chrétiennes, tout en se « libérant » pour profiter du dernier vice, tel le « mariage » de même sexe. Or le Bon Dieu aurait pu faire durer sans fin le Moyen Age, mais pour cela Il aurait fallu interrompre le libre-arbitre. Donc Il a préféré douer Son Église d’un faisceau de Saints spéciaux pour mener la Contre-Réforme, ce qui lui a valu sur les 500 ans suivants, pour varier la population de Son Ciel, une moisson de Saints post-médiévaux. Donc comme antidote à la corruption de l’homme post-médiéval Dieu aurait choisi de renforcer l’autorité dans Son Église pour que les âmes voulant se sauver, mais ne le voulant plus assez par la vertu intérieure, pussent au moins être dirigées encore vers le Ciel par l’autorité extérieure. A c e moment-là, bien sûr, le Diable s’est mis à travailler surtout les autorités élevées de l’Église, et après quatre siècles et demi c’est comme si le Bon Dieu a dit, « Si vous ne voulez plus de Mon Église à Moi, alors ayez la vôtre, » et voilà Vatican II.

Tout cela fait que l’autorité dans l’Église est en ruines, humainement irréparables, et Dieu va recourir à d’autres moyens pour faire sortir de notre monde spirituellement épuisé une nouvelle moisson d’âmes.

Un Châtiment garantira l’éclat initial de l’Église de la Sixième Époque, mais le Diable et le péché originel y auront comme matière à travailler une nature humaine affaiblie en profondeur par le libéralisme de la Cinquième Époque, en sorte qu’il ne leur faudra pas longtemps pour faire arriver la Septième Époque, celle de l’Antichrist. Mais celle-ci sera en même temps l’Époque de quelques-uns des plus grands Catholiques de toute l’histoire de l’Ã ‰glise – une moisson de Saints exceptionnels.

Kyrie eleison.

28 avril 2017

[Paix Liturgique] Une oasis au sein de l'Eglise d'Allemagne: les rencontres liturgiques de Cologne

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 592 - 28 avril 2017

« La liturgie est plus grande que les liturgistes, de sorte que la célébration des mystères sacrés de l’Église selon les normes fixées prévaut sur les idées personnelles des évêques et des prêtres.»
Cardinal Joachim Meisner, lettre aux organisateurs des Rencontres liturgiques de Cologne 2017

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L'auteur des photos officielles de ces journées est un jeune professionnel
attaché à la liturgie traditionnelle, Andreas Düren. De gauche à droite :
messe privée de Mgr Sample, messe d'ouverture célébrée
par le RP Cassian, Mgr Sample.
Incontestablement, le temps fort des 18èmes rencontres liturgiques de Cologne, « Summorum Pontificum comme source d’avenir », que nous vous avions présentées dans notre lettre 587, a été la lecture du message adressé par le cardinal Sarah, Préfet du Culte divin, aux participants. Ce long texte, qui reprend et renforce encore l’« appel de Londres » (selon l’expression employée avec amusement par le cardinal lui-même) de 2016 (1), constitue un jalon historique supplémentaire dans le très lent processus de restauration de la liturgie catholique dévastée par 50 ans d’improvisation et de créativité.

Toutefois, il serait injuste de réduire les journées de Cologne à ce seul texte, aussi important soit-il. Voici donc notre compte rendu de cet événement, suivi de nos habituelles réflexions.
I – CHOSES VUES À HERZOGENRATH
Les rencontres liturgiques de Cologne se tiennent en fait, depuis plusieurs années, dans un petit bourg tranquille des environs d’Aix-la-Chapelle, Herzogenrath, commune frontalière avec les Pays-Bas. Le motif en est simple : les organisateurs y sont chez eux puisque le curé d’Herzogenrath, l’abbé Guido Rodheudt en est le coordinateur. Or être curé en Allemagne signifie avoir des moyens à disposition grâce au financement institutionnel de l’Église par les impôts des catholiques. En l’occurrence, deux églises, une salle de conférences et une superbe équipe de paroissiens dévoués. Nul besoin, comme c’était le cas à Cologne auparavant de quémander l’accès aux lieux de culte ni de louer, au prix fort, des salles d’hôtel.

Le fait d’être « à domicile », dans un cadre agréable où les déplacements se font à pied, permet que ce rendez-vous ait un caractère familial et authentiquement chrétien. Pour avoir suivi plusieurs congrès de liturgie ces dernières années, nous pouvons dire que ces journées allemandes se distinguent véritablement des autres par leur convivialité. Le fait aussi que l’orientation des interventions soit plus volontiers pastorale qu’académique favorise plus encore cette ambiance accueillante y compris, comme c’était le cas pour nous, pour des non-germanophones. Mais ces journées n’auraient pas été ce qu’elles furent sans l’implication exemplaire de l’abbé Rodheudt et la patience souriante et zélée de ses paroissiens. Souligner la qualité humaine des organisateurs et des participants à ces journées n’est pas anodin en ces temps où une idée reçue voudrait que la tristesse et la rigidité soient le propre des catholiques attachés à la tradition liturgique et doctrinale de l’Église.

La première journée de ces rencontres a été essentiellement réservée aux prêtres membres du Réseau des prêtres catholiques qui est, avec Una Voce Allemagne, l’une des organisations parrainant l’événement. L’invité d’honneur des journées, Mgr Alexander K. Sample, archevêque de Portland, a choisi de faire une conférence pour le clergé sur le thème de « Liturgie et pastorale : la perte d’une unité essentielle ». Pour les prêtres présents, en majorité diocésains, il ne pouvait y avoir de meilleure introduction que cette rencontre avec un pasteur au style et à l’enseignement aussi directs qu’enthousiasmants.

Ce n’est que dans la soirée du premier jour que le reste des participants à ces rencontres liturgiques ont pu, à leur tour, découvrir la figure de Mgr Sample, qui a assuré l’homélie lors de la messe célébré par le RP Cassian Folsom, bénédictin, fondateur des moines de Nursie. Parmi les participants nous avons fait la connaissance d'un jeune duo d’Américains vivant à Hambourg, David et Tiffany, qui ont lancé un site et une chaîne vidéo dédiés à la promotion et à la divulgation de la tradition catholique. Une initiative autofinancée par ces deux étudiants aussi doués que dévoués, qui diffusent un message intemporel en utilisant les codes les plus efficaces du design et de la communication d’aujourd’hui. Nous ne pouvons qu’encourager à visiter leur site et leur chaîne YouTube (2SPetrvs).

Le deuxième jour, jeudi 30 mars 2017, c’est encore Mgr Sample qui a donné le ton des travaux en livrant un témoignage très vivant de ce qu’a représenté la réforme liturgique pour un catholique ayant répondu à l’appel de la vocation au cours des années 70. Se présentant comme un « pur produit du Concile Vatican II », Mgr Sample a expliqué que l’image de prélat traditionnel qui était la sienne aujourd’hui, ne venait pas d’une quelconque nostalgie qui l’habiterait, « mais d’un approfondissement personnel de [sa] compréhension de notre tradition liturgique qui a commencé lors de [ses] années étudiantes ». Et de raconter comment l’expérience d’une messe présidée par l’aumônier du campus autour d’une table de cafeteria, les participants assis en rond autour de la table, le pain (au levain, of course) de l’eucharistie placé dans une panière recouverte d’une serviette et le calice en terre cuite, lui était un jour revenue à la mémoire : « C’était une situation volontairement très improvisée, mettant une grande emphase sur la perception de l’eucharistie comme repas. À l’époque, c’était considéré comme une façon très pertinente de célébrer la messe pour séduire les jeunes gens. Je dois dire que cela m’a alors plutôt laissé de glace. Ce n’est qu’en 2008, alors que j’avais décidé d’apprendre à célébrer la messe traditionnelle, considérant qu’il était de mon devoir d’évêque de répondre au motu proprio de Benoît XVI, que cette expérience m’est revenue à l’esprit : profondément impressionné par la solennité, la beauté et le respect qui se dégagent de la messe traditionnelle, j’ai commencé à me demander ce qu’était devenu le renouveau liturgique annoncé par Vatican II. Comment était-on passé aussi abruptement de cette façon-ci de célébrer la Sainte Messe à l’expérience cette messe étudiante dont le souvenir me revenait soudain à l’esprit ? »

Les autres moments marquants de ces journées ont été la messe selon le missel composé à l’occasion de la constitution Anglicanorum cœtibus de Benoît XVI établissant des Ordinariats personnels pour les anglicans entrant en communion avec l’Église catholique. Comme l’a précisé Mgr Lopes, évêque de l’Ordinariat de la Chaire de Saint-Pierre, qui couvre les États-Unis et le Canada, ce missel, dont l’usage est réservé aux prêtres de ces Ordinariats, est inspiré à la fois de l’usage anglican et de la messe de Paul VI mais fondé sur le respect de la constitution conciliaire sur la liturgie. Difficile de tirer des leçons de la cérémonie à laquelle nous avons assisté – célébrée ad Orientem avec rigueur et dignité, en anglais liturgique – car le contexte était sans doute un peu trop artificiel pour porter un jugement.

Le vendredi, outre la lecture du message du cardinal Sarah, ce sont les interventions de Monseigneur Graulich, salésien, Sous-Secrétaire du Conseil pontifical pour les Textes législatifs, et du Professeur Kwasniewski, qui ont attiré notre attention au cours d’une après-midi consacrée à « L’importance de Summorum Pontificum pour le renouveau de la liturgie et de l’Église ». Tandis que le Professeur Kwasniewski (2) présentait son livre Resurgent in the Midst of Crisis: Sacred Liturgy, the Traditional Latin Mass, and Renewal in the Church [Ressuscité au cœur de la crise : la Sainte liturgie, la messe traditionnelle et le renouveau de l’Église], déjà traduit en polonais et en tchèque mais pas encore en français !, Mgr Markus Graulich, nouveau venu parmi les défenseurs du motu proprio, donnait à l’auditoire un aperçu de son ouvrage :Zehn Jahre Summorum Pontificum: Versöhnung mit der Vergangenheit - Weg in die Zukunft [10 ans de Summorum Pontificum : réconciliation avec le passé et projection pour l’avenir]. Mgr Graulich interviendra lors du colloque Summorum Pontificum pour les 10 ans du motu proprio à Rome le 14 septembre prochain, expose dans son livre son point de vue de canoniste sur le texte de Benoît XVI.

Samedi 1er avril, c’est en l’abbaye de Rolduc, de l’autre côté de la frontière, aux Pays-Bas, que ces journées de Cologne ont trouvé leur conclusion. Mgr Sample y a célébré une messe pontificale avant que le grand écrivain allemand Martin Mosebach (auteur de La liturgie et son ennemie : l'hérésie de l'informe, Hora Decima, 2005) ne livre un hommage enlevé à Benoît XVI. Un hommage que tous les auditeurs ont jugé de très haute élévation morale, intellectuelle et linguistique et ont salué d’une longue, très longue salve d’applaudissements. Une belle conclusion pour un événement qui nous a donné un superbe et, avouons-le, inattendu, aperçu d’une portion de l’Église germanique bien vivante, volontiers souriante voire riante, et profondément priante. En latin et tournée vers le Seigneur.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Parmi les prêtres présents à Herzogenrath, on pouvait croiser quelques religieux et plusieurs séminaristes dont certains ayant quitté leur diocèse d’origine pour étudier en Pologne afin d’y bénéficier d’un enseignement plus classique que celui offert dans les séminaires allemands. Parmi les religieux, outre le prieur des trappistes de Mariawald, les soutanes blanches d’un groupe de jeunes prémontrés de l’abbaye de Hamborn, aux environs de Duisbourg, attiraient l’œil. Encouragés par leur prieur, ces chanoines qui ont embrassé la lettre et l’esprit du motu proprio Summorum Pontificum, ont la liberté d’apprendre à célébrer aussi bien l’une que l’autre forme du rite romain. De façon évidente, ces jeunes prémontrés semblaient l’incarnation parfaite du thème de ces rencontres de Cologne : « Summorum Pontificum comme source d’avenir ».

2) Nous devons insister sur le fait qu’en dehors du supérieur allemand de la Fraternité Saint-Pierre et, le dernier jour, d’un chanoine de l’Institut du Christ-Roi, la quasi-totalité des prêtres présents (une soixantaine) étaient des diocésains et des religieux qui n'appartenaient pas au monde Ecclesia dei. Heureuse surprise, figurait aussi parmi les participants à ces journées le supérieur du district allemand de la Fraternité Saint-Pie X, l’abbé Udressy, parfaitement à son aise parmi tous ses confrères. Comme il a eu la gentillesse de nous l’expliquer, face à un épiscopat souvent totalement acquis au modernisme le plus dévastateur, les prêtres allemands de sensibilité traditionnelle ont pris depuis longtemps l’habitude de se serrer les coudes et de se fréquenter sans donner plus d’importance que nécessaire aux « divisions » – de moins en moins fondées, ajouterions-nous – pouvant les séparer. C’est une belle image de ce que sera bientôt le visage d’un clergé catholique classique renforcé par l’apport des prêtres de la future prélature personnelle Saint-Pie X.

3) Il faut avoir conscience que cette belle manifestation de la liturgie traditionnelle en Allemagne est comme une oasis au milieu du désert religieux qu’est devenue l’Église de ce pays. Très riche financièrement, comme celui de Suisse, le catholicisme germanique est en même temps, comme le catholicisme helvétique (et comme le catholicisme belge voisin), en état de comas avancé. Les vocations disparaissant de manière dramatique, les évêques d’Outre-Rhin gèrent une Église fonctionnarisée, qui compte 3000 « référents pastoraux » (laïcs salariés en responsabilité ayant un diplôme universitaire de théologie) et 4500 « assistants pastoraux » (laïcs salariés ayant un diplôme technique de catéchèse ou de liturgie), lesquels remplissent administrativement de plus en plus de charges autrefois dévolues aux clercs. Quant à l’enseignement, spécialement moral, il a quitté depuis des lustres les rives du dogme catholique.

4) D’ailleurs, en conclusion de ces rencontres, l’abbé Rodheudt , qui assurait l’organisation de ces journées, a jeté un certain froid en annonçant qu’il n’avait plus les forces de continuer. Au-delà de la dimension humaine et personnelle de cette décision, éminemment respectable, il semblerait que se lèvent des obstacles liés à la situation ecclésiale : le diocèse d’Aix-la-Chapelle, duquel dépend la paroisse d’Herzogenrath, aurait le projet de fusionner des paroisses, dont celle de l’abbé Rodheudt. Si tel devait être le cas, il n’y aurait plus de curé mais une équipe de collaborateurs paroissiaux à la tête de la nouvelle entité pastorale, ce qui rendrait l’action et la mission individuelles des prêtres directement dépendante des décisions de cette équipe. Très concrètement, cela signifierait pour l’abbé Rodheudt la fin des moyens qu’il a su mettre au service de cet important rendez-vous. Prions pour qu’un autre de ses confrères accepte de reprendre le témoin et que vivent encore longtemps ces belles journées de Cologne.
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(1) Voir nos lettres 554 à 559.

(2) Angelico Press, 2014. Nous avons plusieurs fois parlé du Professeur Kwasniewski dans nos lettres, en particulier dans notre lettre 514.

[Anne Le Pape - Présent] Entretien avec l’abbé Michel Frament - Prêtre en Martinique

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 28 avril 2017

De passage à Paris, l’abbé Michel Frament évoque son ministère à La Martinique.
— Monsieur l’abbé, quand avez-vous été nommé à Fort-de-France ?
— Je suis parti pour la Martinique en septembre 2016. Ordonné en 2005, je suis resté deux ans à l’école Saint-Joseph des Carmes, puis j’ai passé neuf ans m’occupant de l’économat à Suresnes. Et me voilà à l’autre bout du monde.
Nous sommes trois prêtres au prieuré, aidés par un jeune étudiant dynamique et généreux.
— Quelles sont les facilités et les difficultés que vous trouvez pour assurer votre ministère à Fort-de-France ?
— La plus grande facilité est la situation de la chapelle, en plein centre-ville, l’équivalent de Saint-Nicolas à Paris, si vous voulez. Nous sommes extrêmement bien placés. Nous pouvons y assurer une permanence tous les matins (de 7 h 30 à 10 h 30) après la messe de 6 h 30. Nous rencontrons ainsi les fidèles facilement, ou d’autres gens qui passent, viennent prendre de l’eau bénite, se confesser, parler au prêtre, etc.
Je constate que les catholiques là-bas ont moins de respect humain que les gens de la métropole : ils sont catholiques et fiers de l’être. Ils se montrent extrêmement serviables, nous avons une bonne quarantaine de bénévoles qui nous soutiennent. Les fidèles font preuve d’une grande dévotion envers la Vierge, récitent beaucoup le rosaire. Même en semaine, nous constatons que nous avons du monde aux messes, surtout le jeudi matin, car la cérémonie est suivie du chapelet devant le saint sacrement exposé.
— Avez-vous une école ?
— L’école est assez ancienne. Elle a fermé durant quelque temps mais a pu rouvrir grâce à l’abbé Chrissement. A sa réouverture, il y avait six élèves, l’an passé 16 et cette année 30, ce qui représente une belle croissance sur laquelle nous comptons pour l’avenir. L’école assure actuellement les classes de la maternelle au CM1.
Certaines familles viennent de métropole et choisissent notre école, d’autres parents la découvrent sur place. Les enfants sont de magnifiques petits apôtres ! Nous avons de beaux témoignages de parents, qui s’émerveillent de voir l’enthousiasme des enfants pour leur école. Nous en recueillons les fruits : certains, qui ne pratiquaient pas, viennent désormais à la messe.
— Quelles sont les autres religions représentées en Martinique ?
— Les musulmans sont très peu nombreux, en revanche, on rencontre de nombreuses sectes protestantes ou évangéliques. Je me trouvais l’autre jour dans le garage d’une zone industrielle. Allant faire un tour en attendant la réparation de mon véhicule, j’y ai repéré trois locaux abritant des sectes…
On trouve aussi quelques Indiens pratiquant l’hindouisme mais, parmi les Indiens, certains sont chrétiens.
— Quels sont les pays où le prieuré de la Martinique peut porter la bonne parole, avec des sortes de « missions extérieures » ?
— Nous desservons la chapelle de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Chaque vendredi, l’un des prêtres prend l’avion, assure la messe le vendredi soir après un catéchisme pour adultes, le samedi matin (suivie d’une permanence) ainsi que le catéchisme pour les enfants l’après-midi, la messe du dimanche bien sûr et la messe du lundi matin (suivie d’une permanence).
Nous y avons un bel apostolat pour la jeunesse. Le père Mavel, notamment, a lancé des matchs de basket le dimanche après-midi. Beaucoup d’enfants ont ainsi commencé le catéchisme et persévèrent et, là aussi, par les enfants, on touche les parents. Certains enfants seront baptisés en mai prochain. Notre chapelle est devenue jolie, ce nous est une aide pour l’apostolat. Il y passe beaucoup de monde, nous avons doublé notre effectif en deux ans.
Nous nous rendons également tous les deux mois en Guyane et y restons huit jours. Nous y avons deux centres de messes : l’un à Kourou et l’autre à Cayenne. A Kourou, la paroisse nous prête une chapelle dans un quartier populaire, l’évêque est bien sûr au courant, je l’ai rencontré pour me présenter à lui. Mgr Lafont s’est montré très accueillant et cordial.
Nous avions autrefois une salle prêtée également à Cayenne, mais elle a été fermée pour des raisons de sécurité. Nous ne désespérons pas d’en obtenir une autre. Nos fidèles sont en partie des gens de Guyane et en partie des expatriés, des militaires par exemple.
— Quelles sont les différences qui vous frappent entre les Français de La Martinique et ceux de « l’hexagone » ?
— La plus grande différence qui me frappe entre ici et là-bas est la joie dans les rues en Martinique, la bonne humeur. Quel contraste avec le côté anonyme de la vie à Paris, par exemple ! Je pensais auparavant qu’il s’agissait d’un cliché, mais j’en constate la vérité. Autre différence : les liens sont forts avec les grands-parents, les familles plus unies. Bien sûr, on y trouve comme ici des familles éclatées, des femmes qui élèvent seules leurs enfants. Mais les liens entre les générations se sont sans doute mieux maintenus.
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Propos recueillis par Anne Le Pape
Pour aider l’école, merci d’envoyer vos dons (reçu fiscal sur demande) ou des timbres neufs à : école Saint-Dominique-Savio, 40 av. Martin-Luther-King, 97 200 Fort-de-France (les enfants prient chaque jour et une messe mensuelle est célébrée pour les bienfaiteurs).

27 avril 2017

[Riposte Catholique] Dédiabolisation de la FSSPX: décision exemplaire de Mgr Planet

SOURCE - Riposte Catholique - 27 avril 2017

On sait qu’une lettre de la Commission Ecclesia Dei du 27 mars 2017 informait les évêques de l’univers que le pape avait approuvé des dispositions visant à assurer la validité de mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X. Interprétant le plus généreusement possible les dispositions de cette lettre, Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne, par décret qui sera bientôt publié, donne sans restriction, sur tout le territoire de son diocèse, délégation pour recevoir les consentements matrimoniaux à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X dans toutes les chapelles de cette Fraternité. Les mariages qu’ils célébreront seront inscrits sur les registres de la chancellerie diocésaine.
    
En outre, si les mariages sont célébrés par ces prêtres dans des églises paroissiales, les curés sont invités à déléguer leurs pouvoirs ordinaires pour recevoir les consentements, comme ils le feraient pour tous prêtres catholiques.

[Marie d’Armagnac - Monde & Vie] FSSPX : La drôle de méthode du pape François

SOURCE - Marie d’Armagnac - Monde & Vie - 27 avril 2017

On n’en finit pas d’attendre le mariage officiel entre la FSSPX et le Vatican. et justement, le pape François, véritable maître du calendrier, a décidé que l’accord effectif passait d’abord par la régularisation des mariages. Ambiance !     
Le 4 avril dernier, le bureau de presse du Saint-Siège publiait une courte lettre adressée par le pape François au cardinal Müller et à monseigneur Pozzo, respectivement Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi et secrétaire de la commission Ecclesia Dei exprimant sa décision de « concéder des permissions pour la célébration des mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité Saint Pie X ». 
     
La permission de célébrer des mariages déclarés valides, constitue certainement une étape « vers la pleine régularisation institutionnelle ». En effet, après avoir rappelé la lettre Misericordia et misera du 20 novembre 2016 dans laquelle le pape concédait aux fidèles de la FSSPX «la faculté de recevoir validement et licitement l’absolution sacramentelle de leurs péchés» prolongeant ainsi « jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions » l’autorisation accordée pendant l’année jubilaire, le pape situe ce nouveau pas en direction de la FSSPX «dans la même ligne pastorale qui veut contribuer à rasséréner la conscience des fidèles, malgré la persistance objective, pour le moment, de la situation canonique d’illégitimité dans laquelle se trouve la Fraternité Saint Pie X».
      
Les modalités d’application de cette autorisation sont les suivantes : «Dans la mesure du possible, la délégation de l’Ordinaire pour assister au mariage sera donnée à un prêtre du diocèse (ou du moins à un prêtre pleinement régulier) pour qu’il reçoive le consentement des parties dans le rite du Sacrement qui, dans la liturgie du Vetus ordo, a lieu au début de la Sainte Messe ; suivra alors la célébration de la Sainte Messe votive par un prêtre de la Fraternité.
     
En cas d’impossibilité ou s’il n’existe pas de prêtre du diocèse qui puisse recevoir le consentement des parties, l’Ordinaire peut concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité qui célébrera aussi la Sainte Messe, en lui rappelant qu’il a le devoir de faire parvenir au plus vite à la Curie diocésaine la documentation qui atteste la célébration du Sacrement». Voulant éviter ainsi «les débats de conscience chez les fidèles», mais aussi, plus important encore, «les doutes sur la validité du sacrement de mariage», le pape conclut par un appel à la collaboration des conférences épiscopales concernées. 
Mgr Fellay remercie… 
Réagissant aussitôt, Mgr Fellay a remercié « profondément le Saint Père pour sa sollicitude pastorale », souhaitant que tous les évêques partagent cette même sollicitude, concernant la validité reconnue publiquement par le pape des confessions comme des mariages… Et donc, cela va sans dire, des ordinations sacerdotales. 
     
C’est une bombe que vient de lancer le pape François, fidèle, en cela, à sa façon d’agir et de gouverner.
     
Un certain flou dans la formulation du texte – tous les champs du possible, ou de l’impossible, sont à explorer du côté des autorités diocésaines ou de la Fraternité – laisse présager, et c’est un euphémisme, quelques difficultés dans les relations entre les deux parties. Au moins en France où l’épiscopat, à quelques exceptions près, a rarement fait preuve de souplesse vis-à-vis de la Fraternité en particulier, et de la galaxie traditionaliste en général. 
     
Le 4 avril dernier le journal La Croix, porte-parole officieux de l’épiscopat français, sous la plume de Nicolas Sénèze, qualifie cette lettre du pape François de «petit pas de plus». Dans un article fielleux, l’auteur, manifestement dépité par un geste pontifical qu’il ne comprend pas, s’attache à lister toutes les difficultés qui surgiront, selon lui, lors des discussions entre les conférences épiscopales et la FSSPX ; il n’hésite pas à extrapoler sur les réactions de la Fraternité, à sur-réagir par anticipation, dans une volonté manifeste d’attiser les braises… d’un feu qui n’est pas encore allumé ! Taclant le cardinal Müller qui oublie que «pour l’instant, l’Église catholique ne reconnaît pas la légitimité de l’eucharistie ainsi célébrée», Nicolas Sénèze nous dit que «c’est l’autorité du diocèse qui sera compétente en cas de procédure de nullité», évoquant ainsi, du bout des lèvres et en négatif, la validité du sacrement reconnue ici publiquement par le pape.
Nicolas Sénèze grince des dents…
Pointant les débats internes à la Fraternité Saint Pie x – «Rien ne dit toutefois si la FSSPX acceptera l’intervention des prêtres désignés par les évêques : un certain nombre d’entre eux mettent effectivement en doute sinon la validité, du moins la légitimité des ordinations dans le rite actuel» – Sénèze continue : «L’approbation par cette dernière de cette procédure serait donc un pas de plus vers son acceptation de la légitimité des sacrements dans le rite de Paul VI (même si elle ne les célèbre pas)». On a beau lire et relire la lettre du pape, on ne trouve nulle trace de ce genre de question… 
     
Sénèze conclue son article par une vision pessimiste du futur des relations entre la Fraternité et Rome, il place le débat sur le fond, évoquant les visions radicalement opposées du pape François et de la Fraternité sur «l’œcuménisme, la liberté religieuse et les rapports entre l’Église et le monde», tandis que le pape François, lui, s’est cantonné, au rebours de son prédécesseur, à une ligne purement pastorale. Le journal tente-t-il de rassurer ses lecteurs en renvoyant un éventuel accord dans un futur aussi lointain qu’hypothétique ? Il est en tout cas certain que, par cette démarche, le pape François entend forcer les conférences épiscopales à nouer un dialogue avec la Fraternité, dont il reconnaît ainsi, une nouvelle fois, l’activité pastorale, comme il a pu lui-même le faire en tant qu’archevêque de Buenos Aires, entretenant des relations cordiales avec l’abbé Bouchacourt notamment.
     
Quelle est, jusqu’à présent, la réaction de la FSSPX ? Après le communiqué de Mgr Fellay, la Fraternité a publié le 14 avril une première analyse, non signée, de cette lettre. Rappelant que ces «nouvelles mesures du pape (…) encouragent d’une certaine façon la Fraternité», l’auteur anonyme fait valoir «qu’il n’est plus besoin de recourir à l’état de nécessité pour recevoir validement les consentements, à moins que l’évêque ne s’oppose aux dispositions nouvelles en refusant la délégation voulue par le pape». Mais, prévient-il, «cela ne veut pas dire que l’état de grave nécessité a cessé, mais que les autorités de l’Église ne refusent plus à la Tradition quelques moyens de se développer». Il s’agirait de laisser faire l’expérience de la Tradition, en somme.
     
C’est justement sur cette question d’état de nécessité que cette analyse ne semble pas toujours très claire. Rappelant les conditions canoniques dans lesquelles cet état de nécessité s’exerçait avant la récente lettre du pape, le même article publié dans DICI conclut : «Les mariages célébrés dans la Fraternité Saint Pie X, même sans délégation, ont été certainement valides, au regard de l’état de nécessité». Mais dans le paragraphe suivant, «L’état de nécessité demeure», la Fraternité évoque pour le justifier les récents soubresauts de la crise de l’Église dont l’exhortation apostolique Amoris Laetitia a constitué le plus éclatant exemple.
… Et la Fraternité se protège
Cette crise objective de l’Église serait donc une justification pour recourir à l’état de nécessité invoqué auparavant, les nouvelles dispositions ne font «pas cesser cet état objectif de crise de l’Église». Cette disposition est essentiellement juridique, et ne tranche pas le débat de fond explique la Fraternité. Et d’évoquer la réticence des prêtres de la Fraternité à confier des fidèles à «certains prêtres qui professent de mauvais principes». Alors que «la mise en œuvre des dispositions pourra s’avérer délicate». Conclusion : «L’idéal serait que l’évêque, pour de bonnes raisons pastorales, donne délégation purement et simplement aux prêtres de la Fraternité pour célébrer les mariages des fidèles de la FSSPX». Certes, ce serait l’idéal… mais ce n’est pas ce qui est écrit dans le texte du pape François! 
     
On voit à travers l’analyse de ces deux commentaires récents, que le pape François, en restant volontairement assez flou sur les modalités d’application du texte, entend ainsi lancer un test «grandeur nature», et forcer les relations entre clergé diocésain et FSSPX à évoluer. De fortes réticences de part et d’autre, laissent augurer de sérieuses difficultés d’adaptation : le clergé diocésain qui se satisfaisait dans son ensemble de n’avoir pas à traiter avec la Fraternité devra sortir d’un certain confort et imaginer des solutions qui concordent avec la paix de l’Église. La Fraternité, quant à elle, pourra difficilement se soustraire à la volonté du pape, surtout dans ce processus de réconciliation qui semble bien avancé, et auquel elle participe. Cela ne sera pas sans susciter de nombreuses interrogations et craintes, en interne. Et c’est sans doute pour parler d’une seule voix que Mgr Fellay va prochainement publier «un directoire définissant une discipline commune pour tous les districts de la Fraternité Saint Pie X» concernant les mariages, tandis que le nouveau site internet d’informations et d’analyses de la Fraternité était lancé le 20 avril dernier, s’inscrivant dans le processus de renouvellement et d’unification de tous leurs sites internet.
       
Marie d’Armagnac

26 avril 2017

[Mgr Fellay, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] Le libre examen de Luther nie la nécessité d’une autorité surnaturelle et rend impossible l’unité dans la Vérité.

SOURCE - Mgr Fellay, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 26 avril 2017

Le libre examen de Luther nie la nécessité d’une autorité surnaturelle et rend impossible l’unité dans la Vérité. 

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Il y a cinq cents ans, Martin Luther se révoltait contre l’Eglise, entraînant à sa suite un bon tiers de l’Europe – ce fut probablement la perte la plus importante que l’Eglise catholique ait eu à subir durant son histoire, après le schisme d’Orient de 1054. Il a ainsi privé des millions d’âmes des moyens nécessaires au salut, les éloignant non d’une organisation religieuse parmi d’autres, mais bel et bien de l’unique Eglise fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il a nié la réalité surnaturelle et la nécessité pour le salut. Il a complètement dénaturé la foi, dont il a rejeté les dogmes fondamentaux que sont le saint Sacrifice de la messe, la présence réelle dans l’Eucharistie, le sacerdoce, la papauté, la grâce et la justification.

Au fondement de sa pensée, qui est celle du protestantisme dans son ensemble aujourd’hui encore, il y a le libre examen. Ce principe revient à nier la nécessité d’une autorité surnaturelle et infaillible qui puisse s’imposer aux jugements particuliers, et trancher les débats entre ceux qu’elle a pour mission de guider sur le chemin du Ciel. Ce principe clairement revendiqué rend tout simplement impossible l’acte de foi surnaturel, qui repose sur la soumission de l’intelligence et de la volonté à la Vérité révélée par Dieu et enseignée par l’Eglise avec autorité.

Le libre examen, érigé en principe, rend non seulement inaccessible la foi surnaturelle qui est la voie du salut (« Celui qui ne croira pas, sera condamné », Mc 16, 16), mais aussi il rend impossible l’unité dans la Vérité. Il a ainsi établi en principe l’impossibilité pour les protestants du salut éternel, et de l’unité dans la Vérité. Et de fait la multiplication des sectes protestantes ne cesse d’augmenter depuis le XVIe siècle.

Devant un spectacle si désolant, qui ne comprendrait les efforts déployés maternellement par la véritable Eglise du Christ pour rechercher la brebis perdue, qui ne saluerait ses nombreuses tentatives apostoliques pour libérer tant d’âmes enfermées dans ce principe fallacieux qui leur interdit l’accès au salut éternel ? Ce souci du retour à l’unité de la vraie foi et de la vraie Eglise traverse les siècles. Il n’est pas du tout nouveau ; que l’on considère la prière du Vendredi Saint :

Prions pour les hérétiques et les schismatiques, afin que notre Dieu et Seigneur les arrache de toutes les erreurs et qu’il daigne les ramener à notre sainte Mère, l’Eglise catholique et apostolique.

Dieu tout-puissant et éternel, qui sauvez tous les hommes et voulez qu’aucun d’eux ne se perde ; regardez les âmes trompées par la ruse diabolique, afin que les cœurs de ceux qui errent, ayant déposé toute perversité hérétique, se repentent et reviennent à l’unité de votre vérité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ce langage traditionnel ne laisse aucune place à la confusion si largement répandue aujourd’hui au nom d’un faux œcuménisme. Les mises en garde de la Congrégation du Saint-Office en 1949, à la suite de plusieurs documents pontificaux, dont le plus important est certainement l’encyclique de Pie XI Mortalium animos (1928), ces justes mises en garde semblent désormais lettre morte. Pourtant les dangers de cet irénisme œcuménique, dénoncé par Pie XII dans Humani generis (1950) sont immenses et gravissimes, car il décourage les conversions au catholicisme. Quel protestant, voyant louer les « richesses » et « vénérables traditions » de la Réforme de Luther, éprouverait le besoin de se convertir ? Et d’ailleurs, le mot même de « conversion » est actuellement banni du vocabulaire catholique officiel, dès lors qu’il s’agit des autres confessions chrétiennes.

En outre, cette nouvelle attitude, faite de louanges pour le protestantisme et de repentances pour le catholicisme, cause – c’est un constat – la perte de la foi chez d’innombrables catholiques. Chaque sondage interrogeant la foi des catholiques montre les ravages que produit cet alignement effarant sur le protestantisme. Combien de catholiques sont atteints au XXIe siècle par ce que l’Eglise a condamné, jusqu’au Concile, sous le nom d’indifférentisme ? Erreur funeste qui affirme que tout le monde est sauvé, quelle que soit sa religion. Erreur qui s’oppose frontalement à l’enseignement de Notre Seigneur lui-même et de toute l’Eglise à sa suite. Pourtant, en dénonçant cette erreur contre la foi catholique bimillénaire, l’on passe immédiatement pour un fanatique ou un dangereux extrémiste.

C’est aussi au nom de ce nouvel œcuménisme qu’a été inventée la nouvelle liturgie. Elle entretient avec la Cène protestante des rapports tels que plusieurs théologiens protestants ont pu affirmer la possibilité pour leurs coreligionnaires d’utiliser le nouveau missel catholique, ainsi Max Thurian à Taizé. Et pendant ce temps, les enfants de l’Eglise catholique se voyaient privés des plus beaux trésors de la louange divine et de la grâce. Dieu merci, Benoît XVI a courageusement déclaré que la liturgie pluriséculaire n’avait jamais été abrogée, mais – pendant plus de 40 ans, dans le monde entier – la réforme liturgique postconciliaire a éloigné des millions de fidèles des églises, car ils n’y trouvaient plus ce qu’ils attendaient de l’Eglise catholique.

Comment s’étonner dès lors que cet œcuménisme censé promouvoir l’unité des chrétiens ne fasse que bien peu de progrès ?

Mgr Marcel Lefebvre, dès le Concile, dénonça cette nouvelle façon de procéder avec les protestants, qui s’abritait sous le nom d’œcuménisme. De fait, ce vocable très élastique exprime une manière générale de voir et de faire, introduite dans l’Eglise au moment de Vatican II. Il s’agit d’une bienveillance affichée envers tous les hommes, d’une volonté arrêtée de ne plus condamner l’erreur, d’une recherche tous azimuts de ‘ce qui nous unit’ plutôt que de ce qui nous sépare... Et ce qui aurait dû n’être que le premier pas d’une démarche vers l’unité, dans le cadre d’une captatio benevolentiæ, s’est transformé rapidement en une recherche voulue pour elle-même, devenue sa propre fin ; une quête incessante à la poursuite d’une vérité indéfinie. Elle s’est alors écartée de sa fin objective : le retour à l’unité de l’Eglise de ceux qui l’ont perdue. Ainsi le sens du mot œcuménisme a été changé, le concept d’unité a été modifié, et les moyens pour y parvenir ont été faussés.

A la clarté traditionnelle d’une Eglise qui sait être la seule vraie et qui le proclame haut et fort, s’est substituée une doctrine nouvelle et incertaine – mélange d’autodénigrement repentant et de relativisme post-moderne (‘nous ne possédons pas toute la vérité’, par exemple) –, ce qui conduit actuellement une majorité de catholiques à renoncer à l’affirmation qu’il n’y a qu’une seule voie de salut, et que nous tenons de Jésus-Christ lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6).

On a subrepticement changé le sens du dogme « Hors de l’Eglise pas de salut » par des idées confuses, jusqu’à altérer l’affirmation de l’identité de l’Eglise du Christ et de l’Eglise catholique. Le cardinal Walter Kasper, alors président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, voyait dans la nouvelle définition de l’Eglise (subsistit in) ce qui a rendu tout simplement possible l’œcuménisme promu depuis le Concile. Venant d’une telle personnalité, c’est un aveu de taille, à prendre au sérieux !

Voilà, en quelques mots, pourquoi nous ne pouvons pas célébrer dans la joie le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Bien au contraire, nous pleurons cette cruelle déchirure. Nous prions et œuvrons, à la suite de Notre Seigneur, pour que les brebis retrouvent le chemin qui les conduira sûrement au salut, celui de la sainte Eglise catholique et romaine.

Nous prions aussi pour que soit abandonné bien vite cet irénisme illusoire et pour qu’à sa place renaisse un vrai mouvement de conversion, tel qu’il existait avant le Concile, en particulier dans les pays anglophones.

Enfin, en ce centenaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits bergers de Fatima, nous prions également pour que soient entendus les appels de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a promis la conversion de la Russie, lorsque le Souverain Pontife voudra bien consacrer explicitement ce pays à son Cœur Immaculé. Redoublons nos prières et sacrifices, afin que la promesse de la Mère de Dieu devienne réalité, sans tarder.

Qu’elle daigne avec son divin Fils, cum prole pia, vous bénir en ce temps pascal, et nous conduire tous à la béatitude éternelle.

Dimanche de Pâques 2017
+Bernard Fellay

25 avril 2017

[Abbé Daniel Couture, fsspx - FSSPX Canada] L’Église occupée

SOURCE - Abbé Daniel Couture, fsspx - FSSPX Canada - avril 2017

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Quand Notre-Dame de La Salette annonce une éclipse de l’Église, elle annonce qu’une entité mystérieuse voilerait la véritable Église et chercherait à recevoir les honneurs dus à la véritable Église. C’est ce qu’est une éclipse : vous regardez le soleil, et vous voyez la lune devant elle. Cette entité étrangère qui éclipse actuellement l’Église est sans aucun doute ce qu’on appelle l’Église Conciliaire.
  
À partir des années 1960, dans ses lettres, soeur Lucie de Fatima utilisa l’expression « désorientation diabolique », comme signifiant cette bataille finale entre le diable et Notre-Dame. Cette désorientation, précise soeur Lucie, se manifestera par de fausses doctrines et par l’aveuglement, jusqu’aux échelons les plus élevés de l’Église.

Nous pourrions comparer cette éclipse, cette désorientation diabolique, à une sorte de possession diabolique. Le mot est très fort, comme d’ailleurs les paroles mêmes de Notre-Dame à La Salette et à Fatima, mais pour ceux qui ont été témoins d’un véritable exorcisme, l’analogie est vraiment au point.

Certains de nos prêtres d’Asie et d’ailleurs ont dû accomplir des exorcismes solennels au cours de leur ministère. Un cas en Asie consistait en celui d’une dame qui donnait tous les signes classiques d’une vraie possession diabolique : connaître des langues étrangères, comprendre le latin par exemple, et connaître des choses vraiment impossibles à savoir pour elle. Quand le prêtre lui demanda en latin : « Quot estis ? (Combien êtes-vous ?) », elle répondit avec colère dans son propre dialecte : « Quinze ! » Dans une autre séance d’exorcismes, puisqu’il y en a eu beaucoup au fil des ans, un médecin était présent. Il a vu comment cette pauvre dame était littéralement « occupée », « possédée » par d’autres esprits mauvais. L’un d’eux parlait parfaitement anglais (alors que la dame le connaît à peine), un autre démon parlait dans le dialecte des sorciers de villages de montagne éloignés. C’était un corps occupé par beaucoup d’âmes (ou de mauvais esprits ?). Le docteur commenta plus tard : « Les symptômes présentés par cette femme si gentille, s’expliquant par sa voix si douce, ne se rapportent à aucune classification, à aucun tableau clinique décrit à ce jour par la littérature médicale ».

La confesser et lui donner la sainte communion était un défi. Pendant longtemps, elle ne pouvait pas assister à la messe tridentine de peur de réactions violentes, alors elle restait dans une pièce de la maison voisine. Elle faisait sa confession par écrit, et, pour la sainte communion, on la voyait lutter pour ouvrir sa bouche juste assez longtemps pour laisser le prêtre mettre l’hostie sacrée sur sa langue. Puis une réaction violente suivait comme si elle avait avalé quelque chose qui brûlait. Le docteur rapporte une phrase presque banale de l’un des assistants qui en dit long : « Ce qui se passe avec cette femme n’arrive pas quand elle assiste au Nouvel Ordo de la Messe ». (Cahiers Saint-Raphaël, n. 88, septembre 2007, p. 30)

Parfois il faut beaucoup d’exorcismes pour délivrer une âme du démon. Aux dernières nouvelles, elle peut maintenant assister à la Sainte Messe et recevoir la sainte communion au banc de communion comme tout le monde.

Un cas de possession diabolique comme celui-là nous aide à comprendre ce qui se passe dans la Sainte Église aujourd’hui. En 1975, un excellent livre français a été publié par Jacques Ploncard d’Assac, intitulé L’Église occupée. C’est exactement comme cette pauvre femme asiatique : dans son corps il y avait beaucoup d’esprits qui luttaient les unes contre les autres. Et quand le démon prenait le contrôle, la vraie âme était impuissante. Elle pouvait entendre et voir tout ce qui se passait, mais ne pouvait pas l’arrêter. Cependant, avec les exorcismes répétés, elle devint visiblement plus forte contre le mal. Elle admit que la récitation du rosaire en latin augmentait beaucoup son courage.

L’Église présente aujourd’hui les mêmes signes. Bien qu’il n’y ait qu’un seul corps, une seule structure, il semble y avoir différents esprits luttant pour le contrôle de ce corps. En regardant la dame possédée pendant l’exorcisme, on pouvait dire : c’est vraiment elle, c’est son corps mais ce n’est pas son âme qui parle. Il en est de même pour l’Église : nous ne pouvons pas dire : « Cela n’est pas l’Église ! » Non, le corps est toujours là, bien que la voix ne soit pas celle de l’Église. En 1965, Mgr Lefebvre a parlé de cette mystérieuse occupation de l’Église dans sa dixième intervention lors du Concile Vatican II.

« Cette constitution pastorale n’est ni pastorale, ni émanée de l’Église catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d’autre part, l’Église n’a jamais parlé ainsi. Nous ne pouvons pas écouter cette voix parce qu’elle n’est pas la voix de l’Épouse de Christ. Cette voix n’est pas la voix de l’Esprit du Christ. La voix du Christ, notre Berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous allons l’ignorer. Le vêtement est celui des brebis; la voix n’est pas celle du berger, mais peut-être celle du loup. J’ai dit. » (J’accuse le Concile)

Ceci ressemble fortement à une possession diabolique.

Permettez-moi de terminer cette lettre avec la prière que Notre-Dame a elle-même enseignée le 13 janvier 1864 à un serviteur de Dieu, le Père Louis Cestac, fondateur de la Congrégation des Servantes de Marie (+1868) qui lui demandait une prière pour combattre le diable. Le moment était venu de l’invoquer comme la Reine des Anges et de lui demander d’envoyer les Saintes Légions pour combattre les puissances de l’enfer.
« Auguste Reine des Cieux, Souveraine Maîtresse des Anges, Vous qui, dès le commencement, avez reçu de Dieu le pouvoir et la mission d’écraser la tête de Satan, nous Vous le demandons humblement : envoyez vos légions célestes pour que, sous vos ordres et par votre puissance, elles poursuivent les démons, les combattent partout, répriment leur audace et les refoulent dans l’abîme. “Qui est comme Dieu ?” Ô bonne et tendre Mère, Vous serez toujours notre amour et notre espérance! O divine Mère, envoyez les Saints Anges pour me défendre et repousser loin de moi le cruel ennemi ! Saints Anges et Archanges, défendez-nous, gardez-nous! » (300 jours d’indulgence, saint Pie X, 8 juillet, 1908)

22 avril 2017

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] Spectacle de désolation

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter - mars-avril 2017

Avec les campagnes électorales successives, nous assistons aujourd'hui à un spectacle de désolation. Tandis que des affaires nauséabondes éclatent à chaque instant, que fusent les invectives, chaque candidat essaie d'éviter le naufrage électoral grâce à un « coup médiatique », au ralliement d'une personnalité, à un discours tonitruant. Pourtant, dans un monde compliqué, dangereux, angoissant, où règnent l'insécurité, le chômage, le délitement de la vie sociale, il serait urgent de tracer une voie claire, sage, possible et efficace.

Pourquoi ce chaos politique en un moment crucial ? C'est que le matérialisme a tout envahi, engloutissant le bien commun de la société « dans les eaux glacées du calcul égoïste ». La surabondance des biens matériels a rongé comme un acide les relations humaines, enfermant chacun dans son petit univers ou, tout au plus, dans son groupe, dans sa « bulle » personnelle : le spectacle massif et affligeant, dans les transports, de ces personnes coupées de leurs voisins par des écouteurs et pianotant frénétiquement sur leur téléphone sans regarder autour d'eux est une triste parabole de la société actuelle. Individualisme dont la source est clairement le protestantisme, primat de l'économique et « consommation » sont finalement les vraies valeurs contemporaines, au détriment de celles qui ont animé notre cher vieux pays durant de nombreux siècles.

Le bien commun temporel (dont le sommet est la vertu), objet propre et premier de l'action politique, est délaissé par les hommes politiques, aussi bien que par ceux qui les élisent, parce que le bien commun suprême, naturel d'abord, mais encore plus surnaturel, à savoir Dieu, est oublié, pire encore omis de façon systématique par la prétendue laïcité, voire combattu ouvertement. Un quotidien n'hésitait d'ailleurs pas à titrer récemment son éditorial (Libération du 23 mars) : « Il est temps de tuer Dieuet la patrie. » Le contenu ne déparait pas cette annonce : « notre combat contre Dieu », « notre mission première de créer un monde sécularisé », « éradiquer les références religieuses de toute notre législation ». Et l'éditorialiste concluait : « Nous devons trouver des moyens de tuer leur Dieu et de tuer leur amour pour leur patrie.»

Bien sûr, les politiques font semblant de ranimer le cadavre de la vie politique lors des joutes électorales. Mais cela ne signifie plus rien, car chacun n'a qu'un seul désir : être élu pour profiter de la place, ou élire celui qui fera avancer ses intérêts personnels.

Au milieu de tout cela, hélas !, l'Église « officielle » est muette, inexistante, alors que la religion est évoquée à tout bout de champ, mais pour l'attaquer, la diffamer. Les seuls moments où cette Église « officielle » s'exprime sont presque seulement ceux où elle hurle avec les loups. Personne, en particulier, ne prêche la doctrine sociale et politique de l'Église, qui serait si efficace pour notre société en crise.

D'où vient ce grand malheur naturel et surnaturel qui nous frappe et menace de nous anéantir ? D'un châtiment de Dieu ? Hélas ! ce serait un moindre mal. Quand Dieu châtie, sa correction est toujours accompagnée de miséricorde. Mais parfois, quand les hommes ont accumulé trop de péchés, quand ils ont trop abusé de sa miséricorde, quand ils se sont trop longuement détournés de lui, alors Dieu les abandonne pour un temps à eux-mêmes, à leur folie, à leur méchanceté, à leur aveuglement. Châtiment plus terrible que la foudre, le tonnerre, les tremblements de terre, les épidémies, les guerres.

Faut-il alors que nous baissions les bras ? Que nous désespérions ? Certainement pas ! Sans doute, nos moyens humains d'action sont fort limités, et nous ne pouvons prétendre changer d'un coup de baguette magique le cours politique et moral de nos sociétés. Mais nous pouvons travailler à préparer une renaissance chrétienne, en agissant pour Dieu et avec Dieu là où nous sommes, dans le cadre de notre devoir d'état, pour nous-mêmes (notre sanctification, tout simplement), pour nos familles, pour les sociétés (entreprises, associations, etc.) dont nous avons la charge et, dans la mesure des possibilités, pour la cité, dans la politique, en servant le bien commun et en travaillant, avec la grâce de Dieu, à reconstruire à petit bruit la chrétienté.

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Abbé Couture, fsspx - District du Canada - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] L’Église occupée

SOURCE - Abbé Couture, fsspx - District du Canada - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - avril 2017

Quand Notre-Dame de La Salette annonce une éclipse de l’Église, elle annonce qu’une entité mystérieuse voilerait la véritable Église et chercherait à recevoir les honneurs dus à la véritable Église. C’est ce qu’est une éclipse : vous regardez le soleil, et vous voyez la lune devant elle. Cette entité étrangère qui éclipse actuellement l’Église est sans aucun doute ce qu’on appelle l’Église Conciliaire.

À partir des années 1960, dans ses lettres, soeur Lucie de Fatima utilisa l’expression « désorientation diabolique », comme signifiant cette bataille finale entre le diable et Notre-Dame. Cette désorientation, précise soeur Lucie, se manifestera par de fausses doctrines et par l’aveuglement, jusqu’aux échelons les plus élevés de l’Église.

Nous pourrions comparer cette éclipse, cette désorientation diabolique, à une sorte de possession diabolique. Le mot est très fort, comme d’ailleurs les paroles mêmes de Notre-Dame à La Salette et à Fatima, mais pour ceux qui ont été témoins d’un véritable exorcisme, l’analogie est vraiment au point.

Certains de nos prêtres d’Asie et d’ailleurs ont dû accomplir des exorcismes solennels au cours de leur ministère. Un cas en Asie consistait en celui d’une dame qui donnait tous les signes classiques d’une vraie possession diabolique : connaître des langues étrangères, comprendre le latin par exemple, et connaître des choses vraiment impossibles à savoir pour elle. Quand le prêtre lui demanda en latin : « Quot estis ? (Combien êtes-vous ?) », elle répondit avec colère dans son propre dialecte : « Quinze ! » Dans une autre séance d’exorcismes, puisqu’il y en a eu beaucoup au fil des ans, un médecin était présent. Il a vu comment cette pauvre dame était littéralement « occupée », « possédée » par d’autres esprits mauvais. L’un d’eux parlait parfaitement anglais (alors que la dame le connaît à peine), un autre démon parlait dans le dialecte des sorciers de villages de montagne éloignés. C’était un corps occupé par beaucoup d’âmes (ou de mauvais esprits ?). Le docteur commenta plus tard : « Les symptômes présentés par cette femme si gentille, s’expliquant par sa voix si douce, ne se rapportent à aucune classification, à aucun tableau clinique décrit à ce jour par la littérature médicale ».

La confesser et lui donner la sainte communion était un défi. Pendant longtemps, elle ne pouvait pas assister à la messe tridentine de peur de réactions violentes, alors elle restait dans une pièce de la maison voisine. Elle faisait sa confession par écrit, et, pour la sainte communion, on la voyait lutter pour ouvrir sa bouche juste assez longtemps pour laisser le prêtre mettre l’hostie sacrée sur sa langue. Puis une réaction violente suivait comme si elle avait avalé quelque chose qui brûlait. Le docteur rapporte une phrase presque banale de l’un des assistants qui en dit long : « Ce qui se passe avec cette femme n’arrive pas quand elle assiste au Nouvel Ordo de la Messe ». (Cahiers Saint-Raphaël, n. 88, septembre 2007, p. 30)

Parfois il faut beaucoup d’exorcismes pour délivrer une âme du démon. Aux dernières nouvelles, elle peut maintenant assister à la Sainte Messe et recevoir la sainte communion au banc de communion comme tout le monde.

Un cas de possession diabolique comme celui-là nous aide à comprendre ce qui se passe dans la Sainte Église aujourd’hui. En 1975, un excellent livre français a été publié par Jacques Ploncard d’Assac, intitulé L’Église occupée. C’est exactement comme cette pauvre femme asiatique : dans son corps il y avait beaucoup d’esprits qui luttaient les unes contre les autres. Et quand le démon prenait le contrôle, la vraie âme était impuissante. Elle pouvait entendre et voir tout ce qui se passait, mais ne pouvait pas l’arrêter. Cependant, avec les exorcismes répétés, elle devint visiblement plus forte contre le mal. Elle admit que la récitation du rosaire en latin augmentait beaucoup son courage.

L’Église présente aujourd’hui les mêmes signes. Bien qu’il n’y ait qu’un seul corps, une seule structure, il semble y avoir différents esprits luttant pour le contrôle de ce corps. En regardant la dame possédée pendant l’exorcisme, on pouvait dire : c’est vraiment elle, c’est son corps mais ce n’est pas son âme qui parle. Il en est de même pour l’Église : nous ne pouvons pas dire : « Cela n’est pas l’Église ! » Non, le corps est toujours là, bien que la voix ne soit pas celle de l’Église. En 1965, Mgr Lefebvre a parlé de cette mystérieuse occupation de l’Église dans sa dixième intervention lors du Concile Vatican II.

« Cette constitution pastorale n’est ni pastorale, ni émanée de l’Église catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d’autre part, l’Église n’a jamais parlé ainsi. Nous ne pouvons pas écouter cette voix parce qu’elle n’est pas la voix de l’Épouse de Christ. Cette voix n’est pas la voix de l’Esprit du Christ. La voix du Christ, notre Berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous allons l’ignorer. Le vêtement est celui des brebis; la voix n’est pas celle du berger, mais peut-être celle du loup. J’ai dit. » (J’accuse le Concile)

Ceci ressemble fortement à une possession diabolique.

Permettez-moi de terminer cette lettre avec la prière que Notre-Dame a elle-même enseignée le 13 janvier 1864 à un serviteur de Dieu, le Père Louis Cestac, fondateur de la Congrégation des Servantes de Marie (+1868) qui lui demandait une prière pour combattre le diable. Le moment était venu de l’invoquer comme la Reine des Anges et de lui demander d’envoyer les Saintes Légions pour combattre les puissances de l’enfer.
« Auguste Reine des Cieux, Souveraine Maîtresse des Anges, Vous qui, dès le commencement, avez reçu de Dieu le pouvoir et la mission d’écraser la tête de Satan, nous Vous le demandons humblement : envoyez vos légions célestes pour que, sous vos ordres et par votre puissance, elles poursuivent les démons, les combattent partout, répriment leur audace et les refoulent dans l’abîme. “Qui est comme Dieu ?” Ô bonne et tendre Mère, Vous serez toujours notre amour et notre espérance! O divine Mère, envoyez les Saints Anges pour me défendre et repousser loin de moi le cruel ennemi ! Saints Anges et Archanges, défendez-nous, gardez-nous! » (300 jours d’indulgence, saint Pie X, 8 juillet, 1908)

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Prédictions pour L’ Église

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 22 avril 2017

Dans l’Église à présent, tout est sombre, très sombre,
Mais le Soleil divin va chasser loin toute ombre.

Comme il fallait s’y attendre, il y a eu plusieurs lecteurs qui ont réagi au portrait de la Fraternité St Pie X en « déclin lent », tel qu’il a été présenté dans deux numéros récents de ce « Commentaire ». Cette réaction montre que l’aveuglement et l’insouciance ne sont pas de tous. Voici deux lecteurs qui pensent à l’avenir, celui prochain de la Fraternité, ou celui plus lointain de l’Église. Voici le premier:—

«La déstabilisation, confusion et ramollissement des esprits des prêtres et des laïcs de la Fraternité va continuer, hélas, parce que ses chefs actuels vont persévérer tout droit dans le jeu qu’ils jouent avec les demi-Conservateurs. Du sacre d’évêques dans la Fraternité dont « le besoin est urgent » (Mgr. Tissier), on ne parlera pas. Et lorsqu’on ne pourra plus remettre le Chapitre Général de juillet, 2018, où seront élus les chefs suivants pour la Fraternité, les chefs actuels l’anticiperont en faisant tout dans leur pouvoir pour assurer la continuité ininterrompue de leur poursuite de reconnaissance par Rome.»

Selon le poids des prières que l’on dira pour sauver la forteresse de la Foi construite par Mgr Lefebvre, le Bon Dieu peut toujours intervenir avec un miracle pour la sauver, mais humainement parlant il faut dire qu’elle est trop pourrie pour être sauvée. Par exemple, l’apostolat mondial de la Fraternité exige à présent de nouveaux évêques plus jeunes, mais comment peut-on les choisir pour servir la vraie Foi anti-Conciliaire sans en même temps aliéner les Romains Conciliaires qui seuls peuvent octroyer à la Fraternité cette reconnaissance si ardemment poursuivie par son Quartier Général à Menzingen ? Mgr Lefebvre en 1988 a beau avoir qualifié cette poursuite de l’ « Opération Suicide » de la Fraternité, depuis quand les libéraux en croisade battent-ils en retraite ? La religion réelle de ces croisés libéraux, c’est leur Beau Nouvel Ordre Mondial. Et le catholicisme ? C’est pour les apparences. (Jugement dur ? Pensez-y.)

Le deuxième lecteur suppose que le suicide de la Fraternité est chose faite, et il pense à l’avenir de la Foi, davantage du point de vue de Dieu :—

«Le silence qui vient actuellement de la Fraternité concernant la « régularisation » est assourdissant. Il semble que l’accord est en vérité un fait accompli. Dans ce cas-là, occupons-nous de la longue route à parcourir pour tout restaurer, et des soins dont auront sûrement besoin les Réfugiés de la Tradition Catholique. Autrement dit, comment faire ressortir du chaos l’ordre, et comment faire un radeau à saisir sur la mer déchaînée, tandis que Rome en coulant aspire vers le fond de cette mer les faibles dans la Foi. La Foi se rétrécit-elle, ou bien se purge-t-elle de ceux qui n’ont pas été fidèles ? Dieu, au secours!»

Quand nous pensons aujourd’hui à l’avenir de la Foi, n’oublions pas que la situation est si dramatique que personne ne sait rien pour certain, parce que si en effet cette Fraternité coule elle aussi, qui depuis 40 ans agit en bouée de sauvetage pour la vraie Foi, qu’y a-t-il encore qui empêche Rome d’aspirer les faibles dans les profondeurs de la mer ? Dieu est Dieu, et Il peut intervenir à n’importe quel moment et de mainte manière pour interrompre la course folle de Son Église à l’auto-démolition, mais le pessimisme n’en semble pas moins de mise pour le moment.

Moins facile à comprendre, tant que les Papes restent Conciliaires, est l’optimisme apparent de ce lecteur quant à la restauration de l’ordre et un radeau de sauvetage. Car s’il y a une leçon à tirer de l’histoire depuis 2012 de la « Résistance », c’est bien l’extrême difficulté de fonder une œuvre catholique sans l’approbation ne fût-ce que des apparences de l’Église officielle. La Vérité catholique est en elle-même très forte, mais sans le soutien et la protection de l’Autorité catholique, qui est celle de Notre Seigneur, la Vérité reste assez vulnérable. Par exemple, au-dedans d’un cadre d’autorité un prêtre peut facilement se soumettre même s’il n’est pas d’accord, mais en-dehors d’un tel cadre il peut facilement disputer la sagesse de la mesure la plus sage. Patience.

Le problème est humainement insoluble. Prions et attendons la solution divine, qui nous épatera tous!

Kyrie eleison.

19 avril 2017

[Paix Liturgique] La messe traditionnelle à Porto Rico: le courage de quelques prêtres contre l'indifférence des évêques

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 591 - 19 avril 2017

Dans notre lettre 580, publiée le 1er février 2017, nous avons présenté, en nous appuyant sur le témoignage d’un prêtre australien ayant vécu sur l’île de 1989 à 2007, le P. Brian W. Harrison, religieux des Oblats de la Sagesse (1), le récit du retour de la messe traditionnelle à Porto Rico. Cette semaine, nous vous proposons de faire le point sur la situation liturgique dans l’île en compagnie du Président de la section locale de la Fédération internationale Una Voce (FIUV), Edgardo Juan Cruz Ramos.
I – NOTRE ENTRETIEN AVEC LE PRÉSIDENT D’UNA VOCE PUERTO RICO
Paix Liturgique : Edgardo Juan Cruz Ramos, quand avez-vous initié Una Voce à Porto Rico?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Mes contacts avec la Fédération internationale Una Voce ont commencé fin 2009. Ma découverte de la messe traditionnelle est toutefois bien antérieure à ma rencontre avec Una Voce puisqu’elle s’est faite à travers mon appartenance à la Militia Templi, l’Ordre des pauvres Chevaliers du Christ, association privée de fidèles fondée en 1979 dans l’archevêché de Sienne en Italie. Accueilli comme novice en 2006, j’y ai prononcé mes vœux de chevalier en mai 2009, or l’un des objets de cette association est le respect de la liturgie : nous y récitons le bréviaire selon sa forme traditionnelle et avons la forme extraordinaire du rite romain comme forme du culte. Pour revenir à Una Voce, c’est au lendemain de mon adoubement comme chevalier que je me suis mis à chercher un moyen d’entrer en contact avec les fidèles intéressés localement par la liturgie traditionnelle mais pas forcément par la spiritualité chevaleresque. La FIUV m’est apparue la solution et je suis entré en contact avec le Président et le Secrétaire de l’époque qui m’ont indiqué la marche à suivre pour constituer une section locale. Le processus a été long mais, finalement, Una Voce Puerto Rico a été officiellement admise au sein de la FIUV en juillet 2012. Auparavant, et depuis le départ du P. Harrison en 2007, les activités liées à la messe traditionnelle se déroulaient sous l’appellation informelle « Apostolado Litúrgico Tradicional ».
Paix Liturgique : Il y a deux messes dominicales mensuelles sur l’île et une messe hebdomadaire le mercredi dans le diocèse de Mayagüez : cela signifie-t-il que vous avez plusieurs groupes de fidèles ou est-ce le même groupe qui se déplace d’un lieu à l’autre?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Jusqu’il y a peu de temps, nous avions deux messes mensuelles officielles : l’une à San Juan, la capitale, l’autre à Aguada, dans le diocèse de Mayagüez. Le retour sur l’île d’un prêtre portoricain ami de la tradition nous a permis d’augmenter le rythme des messes dominicales à San Juan. En fait, nous avons deux groupes distincts de fidèles car, en raison de la distance, aucun fidèle d’Aguada ne vient à San Juan et très peu de fidèles de San Juan se rendent à Aguada. À San Juan, nous sommes de 20 à 75 suivant les célébrations, et de 30 à 40 à Aguada. Je dois signaler qu’un de nos prêtres a commencé également depuis peu à célébrer la liturgie traditionnelle pour une communauté de Sœurs Missionnaires de la Charité et pour le personnel d’une base des Garde-Côtes des États-Unis, des développements qui nous donnent de la joie et de l'Espérance pour l'avenir.
Paix Liturgique : Quelle est la situation liturgique de votre pays ? Et quelle place y occupe le catholicisme?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Concernant la situation liturgique en général, je peux dire que le pays est dévasté. Nous rencontrons à peu près tous les abus qui se sont répandus dans le monde catholique : communion dans la main, servantes d’autel, ministres extraordinaires de l’Eucharistie se substituant parfois aux prêtres, danseurs liturgiques, spectacles de marionnettes pendant « la messe des enfants », inculturation exagérée, musique protestante à la place de la musique sacrée catholique, lecture « non sexiste » du missel, etc. D’après moi, seule une poignée de prêtres diocésains et religieux connaissent et suivent les rubriques liturgiques du Novus Ordo. Et ceux qui célèbrent la nouvelle messe de façon digne et respectueuse apprécient souvent la forme extraordinaire. Sur le plan de la religion, les gens de Porto Rico y sont encore attachés même si beaucoup n’ont guère été catéchisés par l’Église locale et si tant d’autres rejoignent les sectes protestantes. La catéchèse moderne des paroisses rend les fidèles ignorants de 2000 ans de Magistère comme des trésors liturgiques de l’Église. Je tiens à rappeler que la messe traditionnelle a complètement disparu de l’île après la réforme liturgique. Ce n’est qu’avec don Cancio (2) et le P. Harrison au tournant du millénaire que le travail de restauration de la liturgie traditionnelle, que votre serviteur et l’équipe d’Una Voce Puerto Rico poursuivent aujourd’hui, a pu débuter.
Paix Liturgique : La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) n’est pas présente sur l’île?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Non, la FSSPX n’a pas d’apostolat à Porto Rico, hélas ! J’ai connu un séminariste originaire de l’île qui étudiait au séminaire argentin de la Fraternité mais il est, depuis, retourné à la vie laïque et vit désormais aux États-Unis.
Paix Liturgique : Quel est le profil des prêtres qui célèbrent pour vous ? Sont-ils religieux ou diocésains?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Pour accompagner notre apostolat, la Providence nous a donné des prêtres très courageux. Quelques-uns célèbrent très régulièrement la messe traditionnelle, d’autres non. Après le départ du P. Harrison en 2007, nous avons profité des visites successives qu’il nous a faites, et du cadre nouveau suscité par le motu proprio de Benoît XVI, pour organiser des séances de formation à la célébration de la forme extraordinaire. Aujourd’hui, nous avons trois prêtres sur lesquels nous appuyer : deux capucins et un diocésain. Aucun n’a été mandaté par son supérieur ou son évêque. Tous sont volontaires, motivés par leur amour pour la messe traditionnelle. À l’exception de l’évêque de Mayagüez, bienveillant envers la liturgie traditionnelle, tous les autres évêques sont soit indifférents, soit plutôt hostiles. Ici, nous sommes sous la juridiction de l’archevêque de San Juan. Pendant 10 ans, il a soigneusement évité de nous rencontrer et n'a même jamais répondu à nos demandes d’audience. Ce n’est que l’an dernier que j’ai eu, en compagnie d’un de nos prêtres, la possibilité de l’approcher lors d’un rendez-vous diocésain. Son langage et son attitude n’ont rien eu de paternel et il nous a confirmé son hostilité en nous disant que l’archidiocèse n’avait nul besoin de la liturgie traditionnelle et qu’il ne souhaitait pas que nous en fassions la promotion. Il nous a aussi donné une interprétation particulièrement tendancieuse du motu proprio, prétendant que Benoît XVI ne l’avait édicté que pour les fidèles déjà liés à l’ancienne liturgie et ne s’appliquait donc pas à ceux qui ne la connaissaient pas ! Bien que rejetés par notre pasteur, la Providence nous a offert ces prêtres qui n’ont pas eu peur de sortir du troupeau pour prendre soin de notre groupe de brebis abandonnées.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Depuis 2007 et la publication du motu proprio de Benoît XVI, la Fédération internationale Una Voce a été profondément renouvelée par l’émergence et l’adhésion de nombreux groupes qui, depuis les pays de l’Est jusqu’à l’Amérique centrale, lui ont donné un caractère véritablement universel. Cette expansion de la FIUV hors des frontières de la Vieille Europe et des grands pays de langue anglaise (Australie, États-Unis) est le reflet de l’adéquation entre la libération du missel traditionnel et l’existence d’une demande généralisée à tout l’orbe catholique. Cette demande est tout simplement celle de ceux que le cardinal Sarah a très justement désigné comme des "apatrides liturgiques" dans son message adressé aux participants aux journées liturgiques de Cologne (lire ici). Ces "apatrides liturgiques" sont ces nombreux fidèles qui, au cours des dernières décennies, « ont été malmenés, voire profondément troublés par des célébrations marquées par un subjectivisme superficiel et dévastateur » au point de s’éloigner de la liturgie dominicale quand ce n’est pas de l’Église elle-même, privés qu’ils étaient de ce que Mons. Klaus Gamber appelait leur heimat, leur « petite patrie » liturgique.

2) La liturgie traditionnelle avait disparu de Porto Rico comme elle avait disparu de tous les pays où la hiérarchie ecclésiastique exerçait encore après le Concile une autorité forte : sans faire de vagues. Sa renaissance, quant à elle, est un énième exemple de ce que peuvent la détermination et la persévérance des fidèles, surtout quand elles peuvent s’appuyer sur un petit noyau de prêtres courageux et convaincus.

3) Le tableau que dresse Edgardo Juan Cruz Ramos de la situation religieuse « dévastée » de Porto Rico est particulièrement sombre. En fait, sous des couleurs locales différentes, le désastre est universel : églises vides en Occident, misère liturgique carnavalesque en Amérique latine, théologie de la libération de la seconde génération en Inde ; dégradation et quasi disparition du clergé ailleurs ; libéralisme ravageur partout. Cette faillite du post-concile, qui représente une crise de la Foi sans précédent, se traduit tout naturellement dans une liturgie anéantisée. On a remarqué qu’Edgardo Juan Cruz Ramos souligne que les prêtres qui célèbrent la nouvelle messe de façon digne et respectueuse apprécient la forme extraordinaire. À Porto Rico, comme en France, comme ailleurs, l’alliance de cette frange de l’Église encore « classique », d’une part, et du monde traditionnel, d’autre part, sera décisive pour sauver ce qui peut encore l’être et pour repartir vers une nouvelle étape de la mission de l’Église. C’est bien pourquoi les prises de position du cardinal Sarah, qui vont dans le sens de cette nécessaire « union des forces vives », sont si importantes à considérer.

4) Edgardo Juan Cruz Ramos est arrivé à la liturgie traditionnelle par le biais d’une organisation de chevalerie reconnue comme association de fidèles de droit diocésain dans l’archidiocèse de Sienne, en Toscane. Autant l’univers de la chevalerie, en particulier d’inspiration templière, peut parfois susciter la perplexité et inciter à une saine prudence, autant la Militia Templi jouit en Italie d’une excellente notoriété, aussi bien pour son travail culturel que social. Quant à la préférence liturgique de l’association, outre à la célébration de la forme extraordinaire dans leur chapelle, elle se manifeste tous les ans à travers la participation de ses membres, et notamment de ses scouts, à la procession solennelle du pèlerinage international Populus Summorum Pontificum.
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(1) Le P. Harrison avait été appelé à enseigner à l’Université Pontificale de Ponce par l’évêque du lieu, Mgr Juan Fremiot Torres Oliver, d'esprit très traditionnel.

(2) Don Cancio Ortiz de la Renta, fidèle portoricain fondateur d’une association pour la renaissance de la messe latine traditionnelle : voir notre lettre 580.

18 avril 2017

[Sabine de Rozières - Max Guazzini - Aleteia] Max Guazzini, ancien patron de NRJ et du Stade Français : « Je voulais vraiment être prêtre »

SOURCE - Sabine de Rozières - Max Guazzini - Aleteia - 18 avril 2017

Tour à tour chanteur, avocat, patron de la radio NRJ puis du Stade Français, Max Guazzini n’est peut-être pas un saint, mais c’est un passionné. Son livre "Je ne suis pas un saint" (Laffont, mars 2017) évoque une vie aux milles visages. Rencontre au Stade Français avec celui qui fut aussi l'un des plus proches amis de Dalida.

Aleteia : Comment est née votre passion pour le chant gregorien ?Max Guazzini : J’ai eu la chance dans mon enfance marseillaise que mes parents m’inscrivent à Notre-Dame de la Viste, un établissement catholique qui était une vraie école religieuse. J’y ai vécu demi-pensionnaire pendant quatre années salutaires. Nous y allions tous les jours de la semaine — même le dimanche — et on vivait au rythme des offices, du latin, du grégorien, de l’encens et des couleurs liturgiques. J’étais thuriféraire. Avant d’aller au réfectoire, nous récitions l’angélus et à la fin du repas il y avait le « Deo gracias » qu’on attendait, signalé par le tintement de clochette du préfet de la discipline, le père Sardou — qui est toujours vivant d’ailleurs. À cette époque là, je me posais sérieusement la question du sacerdoce.
Vous auriez aimé devenir prêtre?
Je voulais vraiment être prêtre, j’étais dans ce cocon de l’Église catholique dans lequel je me suis toujours senti très à l’aise, même si mon père était un communiste invétéré, à l’image de ses propres parents. Du côté de ma mère, ils étaient de fervents catholiques italiens : c’est ce qui m’a permis, je pense, d’avoir une grande ouverture d’esprit. Quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais entrer au séminaire, mon père m’a hurlé dessus en m’interdisant de remettre les pieds dans une église. Après avoir échoué une première fois au bac, je suis retourné dans un lycée catholique, ce qui m’a permis de renouer avec l’Église, je respirais à nouveau. Quand je suis ensuite monté à Paris pour mes études de droit et de philosophie, j’ai vécu au 104 de la rue Vaugirard, un foyer pour jeunes étudiants provinciaux, tenu par les maristes. De nouveau, je me suis posé la question du sacerdoce mais je me suis dit que je n’étais pas fait pour cela et que cela représentait trop de renoncement.
Pourquoi ce titre «Je ne suis pas un saint»?
C’était une façon d’exorciser. Il y a eu toute une période de ma vie où je ne suis pas allé à la messe. Je préférais glander du coté de Saint-Germain des Prés pour faire la fête et passer mon temps en discothèque. Il ne faut pas croire que parce que j’ai fait quelques petites choses importantes je suis un ange pour autant. Il y a deux ans, j’ai sorti un CD dédié à la Vierge Marie qui s’appelait Les Chants de Marie. Le journal L’Équipe avait fait une pleine page dessus en titrant : « Je ne suis pas un saint » suite à la discussion que j’avais eue avec le journaliste, où justement je lui avais dit « ce n’est pas parce que j’ai fait cet album que je suis un saint ! ».
Vous êtes un fervent défenseur des racines chrétiennes de l’Europe… et des messes en latin!
Sur mon compte Twitter, où je suis assez actif, j’annonce toutes les fêtes qui ponctuent la liturgie catholique. Concernant ceux qui ne souhaitent pas reconnaître nos racines chrétiennes, je reste persuadé que c’est soit de la malveillance, soit de l’ignorance. En tout cas c’est de l’irresponsabilité. Pour autant, je n’ai aucun regret de ne pas avoir choisi la prêtrise, je n’étais vraiment pas fait pour cela ! En revanche j’ai beaucoup d’admiration pour les prêtres et pour tous renoncements auxquels ils font face. J’aime aussi quand ils portent au moins le col romain. Ils ne sont pas des hommes comme tout le monde et je crois qu’ils ont à cultiver cette différence.

Quand je vois qu’il y a encore certains évêques qui rechignent à autoriser les messes tridentines dans leur diocèse, cela m’attriste et me questionne profondément. Je trouve que c’est une forme d’intégrisme à rebours.

Je regrette que pendant tant de décennies on ait abandonné le patrimoine culturel de l’Église qu’est le grégorien. Trop souvent on entend des espèces de chansonnettes qui, d’une paroisse à l’autre, ne sonnent jamais pareil. Je ne suis pas traditionaliste à proprement parler mais j’aimerais que français et latin se mélangent davantage ! On pourrait faire un mix et ne pas tirer un trait sur ce patrimoine merveilleux de l’Église catholique romaine. Vatican II a été nécessaire mais beaucoup trop mal interprété. Faire table rase du passé n’est jamais une solution et d’ailleurs ce concile n’a pas non plus rempli les églises. J’aime beaucoup et je suis impressionné par tous ces jeunes qui vont au pèlerinage de Chartres à la Pentecôte. Ils marchent plus de 100 kilomètres sur trois jours et quand on est à Chartres, qu’on voit arriver cette colonne avec ses bannières qui claquent au vent, c’est très impressionnant ! Je trouve que c’est merveilleux !
Quelle est votre prière préférée?
C’est assez basique mais j’aime énormément le « Salve Regina » et la prière de saint Bernard, le « Souvenez-vous ô très miséricordieuse Vierge Marie ».
Quel est votre saint préféré?
Saint Tarcisius quand j’étais enfant ! Il est peu connu mais à l’âge de 8 ans il est mort pour sa foi, lapidé sur la via Appia, sa figure m’a marqué. Et bien sûr il y a aussi Padre Pio que j’aime beaucoup, encore un Italien!
Pour vous, que signifie avoir la foi?
C’est espérer et croire en Dieu. Pour moi la foi est un combat de tous les jours, ce n’est pas une évidence même si c’est une grâce. Un jour un ami m’a dit : « Tu te rends compte ce à quoi on nous demande de croire ? », et je dois avouer que c’est une phrase qui m’a interpellé. Dans ma foi j’ai des hauts et des bas. Je vois au loin le Christ qui est là, qui marche et qui dit : « Viens et suis-moi ». C’est ce qui me touche le plus. En vrai, je ne l’ai pas toujours suivi. Mais malgré mon indignité, j’ai à cœur de témoigner que je suis catholique. J’ai produit un double album de chants grégoriens qui s’appelle Credo et qui a été numéro un des ventes de classique. Bertrand de Villiers (frère de Philippe), le fondateur de Radio Alouette, m’a dit un jour : « Grâce à ce CD tu as gagné quelques années de purgatoire!». Mais ce sera quand même difficile pour moi de rentrer dans « le trou de l’aiguille ».
Qu’est-ce que vous aimeriez dire aux catholiques?
Soyez fiers de ce que vous êtes, ne vous cachez pas ! Et retournez dans les églises… en demandant de belles liturgies ! Pas ces messes minimalistes auxquelles on assiste encore beaucoup trop souvent. D’ailleurs j’ai une affection particulière pour le pape Benoît XVI qui a permis que les messes de rite tridentin soient à nouveau célébrées. Elles permettent d’offrir un sens profond et sacré à la liturgie.
Avez-vous été un patron chrétien à NRJ et au Stade Français?
Ce que j’observe, c’est que les gens avec qui j’ai travaillé sont toujours proches de moi. Je ne sais pas si j’ai suivi la Doctrine sociale à la lettre, même si je pense beaucoup de bien de l’encyclique de Léon XIII Rerum novarum. Je pense même que si l’épiscopat français de l’époque l’avait lue, on n’aurait peut-être pas eu cette loi de 1905. Je crois que l’important quand on est manager, c’est surtout d’être juste avec les gens, de les respecter et de les aimer. À partir de ce moment-là, tout est dit.
Pourquoi aspergiez-vous d’eau bénite les pelouses dans lesquelles jouait le Stade Français?
J’ai toujours eu une grande dévotion pour la Vierge Marie. Je suis allé trois fois aux piscines de Lourdes et cela m’a toujours beaucoup marqué notamment de sortir de l’eau en ayant cette impression de n’avoir même pas été mouillé. Mais en fait c’est par hasard qu’un de mes anciens joueurs m’a envoyé un jour de match des vierges en plastique remplies d’eau de Lourdes. Il m’a dit « c’est pour ce soir ». Alors on en a mis sur le terrain et on a gagné cette finale contre Toulouse ! C’est de là qu’est partie la tradition. Les supporters en apportaient à chaque fois. Mais ce n’est pas pour autant qu’on a toujours gagné ! Cela relève davantage de la superstition que de la foi, mais c’était une façon d’évacuer l’angoisse. J’avais même mis la Vierge sur les maillots du Stade Français mais Adidas nous a dit que c’était pas possible et que les catholiques n’allaient pas être d’accord, alors j’ai dit qu’on avait l’accord du Pape… ce qui n’était pas vrai du tout ! Puis ils nous ont dit qu’il ne fallait pas mettre de symboles religieux, ce en quoi ils avaient raison. On a trouvé une parade en rajoutant des cheveux à ce visage de Marie et on a dit que c’était Blanche de Castille, une reine de France ! Mais on n’a pas gagné pour autant. Je pense que la Sainte Vierge a d’autres choses à faire…
Et sinon d’où vient le maillot rose pour les joueurs du Stade Français?
On était en pleine discussion sur les couleurs du futur maillot, on parlait surtout de la couleur argent mais en réalité ça donnait juste gris à l’impression alors j’ai proposé du rose. On a mis un peu de temps avant de trouver le bon rose et c’est a posteriori que je me suis rendu compte qu’il était exactement de la même couleur que celui de mes souvenirs, porté par le prêtre pour le dimanche de Laetare quand j’étais à Notre-Dame de La Viste.
Avez-vous des regrets?
Oui évidemment j’en ai quelques uns et en fait je suis quelqu’un de très seul. Mais aujourd’hui j’ai du recul sur ma vie et je sais que nous sommes uniquement de passage. J’oscille toujours entre Marthe et Marie, je ne sais jamais trop qui être.
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Propos recueillis par Sabine de Rozières