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30 novembre 2003

[Aletheia n°49] Le T.R.P. Dom Gérard a rénocé à sa charge abbatiale - et autres textes

Aletheia n°49 - 30 novembre 2003

Le T.R.P. Dom Gérard a rénocé à sa charge abbatiale

Jean Madiran, dans Présent du vendredi 28 novembre, a publié, sans titre, l'article suivant :

Le Révérendissime, ou plutôt, si l'on veut à bon droit éviter en français cet italianisme, le Très Révérend Père Dom Louis-Marie a été, le 25 novembre, élu par les profès de la communauté pour succéder au T.R.P. Dom Gérard comme Père abbé de Sainte-Madeleine du Barroux.

Dom Louis-Marie avait été nommé par Dom Gérard prieur de sa fondation récente à Sainte-Marie de la Garde. Il est de six ou sept ans plus jeune que ne l'était Dom Gérard en 1970 : la première année où la messe traditionnelle, latine et grégorienne, fut interdite en France par un abus de pouvoir impie et frauduleux. Cette année-là, en la fête du Cœur Immaculé de Marie, avec l'autorisation de son Père Abbé de Tournay, Dom Gérard venait S'établir en ermite à la Madeleine de Bédoin. Et, si parva ficet componere magnis, Dom Louis-Marie est plus jeune aussi que Caroline Parmentier ; et même qu'Olivier Figueras !

Dom Gérard a renoncé à sa charge abbatiale sans doute pour réaliser de son vivant ce rajeunissement radical. Le parti de l'apostasie immanente n'arrête pas de raconter,

aujourd'hui comme il y a trente et quarante ans, que l'attachement à la doctrine et aux rites traditionnels est une affaire de vieillards. En trente ans et quarante ans, les vieillards ont eu le temps de mourir ; et l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux demeure la plus jeune des communautés bénédictines.

Cette vitalité réconfortante ne peut toutefois empêcher que l'événement ne soit porteur pour nous, simples laïcs, d'une grande tristesse ; et aussi l'occasion d'exprimer notre très profonde et très filiale reconnaissance pour ce qu'a été, pour nous, l'abbatiat de Dom Gérard.

Si nous nous sentons en quelque sorte orphelins, c'est de la grande autorité morale de Dom Gérard que nous le sommes. Autorité morale en France et dans le monde, autorité tutélaire qui n'était pas celle d'un évêque, nous le savons, mais qui était tout de même celle d'un Père Abbé. Autorité qui venait conforter celle des pères et mères de famille et leur dire qu'ils avaient raison de constater que “ depuis trente ans (une génération) les enfants n'ont plus de catéchisme, et que dans les "carrefours obligatoires" qu'on leur propose, on ne trouve plus les connaissances de la foi nécessaires au salut ”. Autorité qui s'élevait contre une “ Bible de saveur moderniste, éditée chez Bayard ”. Autorité du Père Abbé qui avertissait publiquement tous les “ Amis du monastère ” :

“ Les martyrs anglais du XVIe siècle et les martyrs chinois du XXe siècle ont tous versé leur sang pour avoir refusé d'entrer, les uns dans une église anglicane, les autres dans une église patriotique, et vous voudriez nous voir entrer dans ce magma informe qu'on appelle "œcuménisme ” ou “dialogue inter-religieux" ? Il est temps que ce vent se lève et balaye ces mensonges doucereux déguisés sous les oripeaux de la tolérance. ”

Là il avait l'humilité, surnaturelle assurément, mais aussi, naturellement charmante, d'ajouter aussitôt :

“ je sais ce que vous allez me dire. Vous aimeriez que notre intransigeance s’exprime avec moins d’âpreté. Eh bien, chers amis, j'en conviens.

“ Mais c'est là l'ouvrage de toute une vie.

“ Et n'oubliez pas non plus le bref avertissement de Saint-Exupéry : ~"SentineIIe endormie, avant-garde des ennemis." Priez donc avec nous et pour nous, afin que notre témoignage se répande, non pas avec le zèle d'amertume stigmatisé par S. Benoît, mais avec la toute miséricordieuse et ferme bonté du Seigneur Jésus au fil de son Evangile, fortiter et suaviter. Avec force et douceur. ”

Devant le renoncement de Dom Gérard à sa charge abbatiale, on peut bien nous inviter (avec raison) à un surnaturel détachement, et à l'abandon confiant en la Providence. Mais enfin, selon saint Grégoire, notre Père saint Benoît lui-même, quand lui fut révélée la destruction future de son monastère du Mont-Cassin, “ a pleuré très amèrement ”. Alors, qu'à nous aussi, on en laisse le temps.

JEAN MADIRAN

Si je reproduis intégralement l'article de Jean Madiran [1], c'est que je n'aurais certainement pu dire aussi bien - et certainement avec beaucoup moins de profonde familiarité spirituelle - toute la dette contractée, par plusieurs générations de fidèles maintenant, envers Dom Gérard. Et aussi parce que le TRP Abbé du Barroux a manifesté si souvent sa bienveillance attentive à l'égard d'Alétheia, et aussi à l'égard des nôtres.

Les centaines d'oblats bénédictins liés à l'abbaye Sainte-Madeleine, les lecteurs des Amis du Monastère, et tous ceux qui aiment, lisent et écoutent Dom Gérard, peuvent maintenant espérer que le renoncement à sa charge abbatiale ne signifiera pas la fin de son enseignement. Allégé de cette charge, peut-être aura-t-il désormais plus de temps pour leur donner quelque nouveau livre de lumière et de réconfort.

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À propos de la "gnose"

Paul Sernine - il s'agit du pseudonyme du directeur d'une maison d'éditions catholique - publie une réfutation des thèses d'Etienne Couvert sous le titre: La Paille et le Sycomore. À propos de la “ gnose ” (Editions Servir, 15 rue d'Estrées, 75007 Paris, 219 pages, 15 euros).

On sait qu'Etienne Couvert, qui a été longtemps professeur de Lettres classiques à Lyon, a multiplié, depuis vingt ans, les livres: De la Gnose à l'œcuménisme, La Gnose contre la foi, La Gnose universelle, La Gnose en question. Tous prétendent démontrer et dénoncer l'existence d'une “ Gnose ” univoque et universelle. Cette “ Gnose ”, qui serait à l'origine de toutes les erreurs philosophiques et religieuses répandues dans le monde depuis tous les temps, en serait à la fois la cause et le dénominateur commun. Sont ainsi réputés “ gnostiques” , par Etienne Couvert, un nombre impressionnant d'auteurs et de courants de pensée : de Bouddha à Jean Borella, en passant par les Esséniens, Maître Eckart, Dante, Spinoza et bien d'autres.

Etienne Couvert avait fondé aussi, avec Jean Vaquié et Paul Raynal, un “ Centre d'Etudes et de Recherches sur la pénétration et le développement de la Révolution dans le Christianisme ”, dont le moyen d'expression était une publication qui a paru de 1977 à 1994 : les Cahiers Barruel.

Tous les ouvrages d'Etienne Couvert ont été publiés aux Editions de Chiré (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil). Une des revues de cette maison d'édition, Lecture et Tradition, a fait paraître aussi de nombreux articles d'Etienne Couvert et a consacré des numéros spéciaux à la présentation de ses livres ou à la réfutation de ceux qui contestent ses thèses.

Paul Sernine avait contesté plusieurs thèses et affirmations d'Etienne Couvert dans des articles parus dans la revue Certitudes, revue proche de la Fraternité Saint-Pie X. Dans son ouvrage, il reprend ces pages et les amplifie par d'autres réfutations.

Dans un “ Avertissement de l'éditeur ”, le directeur des Editions Servir (i.e. M. l'abbé de Tanoüarn) présente la réfutation faite par son confrère comme “ une démonstration particulièrement "formelle" ”. Il est vrai que Paul Sernine procède de manière méthodique pour contester que la “ Gnose ” soit une catégorie explicative probante de toutes les erreurs, passées et contemporaines.

Son premier argument est de montrer “ le silence du Magistère ” sur le sujet : “ si le Magistère de l'Eglise a bien condamné, dans les premiers siècles, la gnose historique, celle de Marcion ou de Valentin, en revanche il n'a jamais utilisé le mot "gnose" au sens où l'entendent les Cahiers Barruel, ni n'a dénoncé (au besoin sous un nom différent) une erreur maîtresse traversant les siècles en causant, en rassemblant et en expliquant toutes les erreurs de l'histoire de l'humanité (sens que donnent au mot "gnose" les Cahiers Barruel). ”

Dans un autre chapitre, Paul Sernine entend montrer “ l'impossibilité intellectuelle ” de la thèse centrale d'Etienne Couvert. “ Il s'agit de constater, écrit-il, que l'énumération de tous les noms de doctrines et de personnes censées appartenir à la "gnose" représente une telle amplitude et une telle diversité qu'il est absolument impossible de les regrouper sérieusement en un seul courant d'idées suffisamment déterminé pour en tirer des conclusions valides. Il y a là une énormité psychologique, une invraisemblance intellectuelle.”

Le troisième argument employé par Paul Sernine pour contester la thèse d'une “ Gnose ” universelle est l' “ argument de prescription ”.Pour que la thèse d'Etienne Couvert d'une “ Gnose ” unique, “ universelle ”, indéfiniment répétée sous des formes diverses, soit valide, il faudrait aussi que des “ auteurs approuvés ”, antérieurs à lui, soient, écrit Sernine, “ susceptibles d'appuyer de leur autorité les affirmations des Cahiers Barruel et de Monsieur Couvert. ”

Paul Sernine n'en trouve aucun. C'est là où son dossier, très solide dans l'ensemble, pèche par défaut.

En effet, dans les auteurs cités à l'appui de sa thèse par Etienne Couvert, et par ses défenseurs, il y a Humbert Cornélis. Paul Sernine cite ce nom parmi ceux d'auteurs “ quasiment inconnus et confidentiels” , rédacteurs de “ petits ouvrages de vulgarisation ”, qu'on ne peut considérer comme des “ auteurs de référence ” (p. 140).

Or, le P. Humbert Cornélis, dominicain, ne fut pas un auteur de deuxième zone. Docteur en théologie, professeur à l'université de Nimègue, il fut un bon connaisseur de la gnose ancienne, auteur notamment, chez Vrin, des Fondements cosmologiques de l'eschatologie d'Origène. Avec un confrère dominicain, Augustin Léonard, il a publié La Gnose éternelle (Librairie Arthème Fayard, 1959).

Sernine ne cite pas ce livre qui, pourtant, est, peut-être, celui qui s'approche le plus de la thèse de Couvert. Les PP. Cornélis et Léonard commençaient par établir une “ définition ” du mot gnose. Ils distinguaient la “ gnose au sens large et au sens étroit ”. Ils estimaient qu'au sens “ large ”, la “ gnose est de tous les temps ”. Ils s'interrogeaient aussi sur l'existence d'une “ structure propre aux systèmes gnostiques ”

Trois des sept chapitres de leur livre étaient consacrés à la gnose historique (l'hérésie des premiers siècles), à sa naissance, à son développement, à sa doctrine et à sa réfutation par les Pères de l'Eglise.

Mais les auteurs croyaient aussi en une “ continuité historique réelle ” de la gnose, d'où le titre de leur livre : La gnose éternelle. Ils consacraient tout un chapitre aux “ formes contemporaines de la gnose ”, qu'ils retrouvaient dans la théosophie, le “ traditionalisme ” de Guénon, l' “ hindouisme occidentalisé ”, la psychologie de Jung et certains poètes contemporains. En revanche, dans ce même chapitre sur les formes contemporaines de la gnose, ils contestaient que Simone Weil puisse être considérée comme une gnostique, comme certains analystes de son œuvre le pensaient et le pensent encore (et Couvert est de ceux-là).

L'ouvrage des PP. Cornélis et Léonard se distingue de la thèse d'Etienne Couvert par la finesse et la nuance de son analyse. Les auteurs prenaient garde d' “ étendre trop largement la notion de gnose ”. Et, à la différence de Couvert, ils circonscrivaient l'appellation de gnose à “ un enseignement secret, de nature religieuse, qui promet un salut que procure la connaissance de soi... ”

Paul Sernine a fait œuvre utile en montrant crûment les défauts de méthode et les faiblesses argumentatives d'Etienne Couvert. Son éditeur, dans l' “ Avertissement ” déjà cité, estime que “ d'autres études sont nécessaires pour compléter le travail bien circonscrit de Paul Sernine ”. Parmi les sujets qui, selon lui, restent à étudier, il y a celui-ci : “ Existe-t-il un état d'esprit récurrent, au cours de l'Histoire, que l'on pourrait qualifier de "gnostique" en ce qu'il rechercherait un salut par la connaissance? ” (p. 11). Il se demande aussi si la “ "nouvelle théologie" conciliaire ” ne serait pas une résurgence, non pas d'une Gnose permanente, mais d'une tentation ou d'un repli gnostique, au sens précis qu'ils donnent à ce mot.

L'abbé de Tanoüarn rejoint par là, sans le savoir sans doute, certaines interrogations de théologiens contemporains. Dans la revue internationale catholique, Il Nuovo Aeropagio (n° 4/2001, p. 3-23), Michael Waldstein, président de l'Institut Théologique international de Gaming, en Autriche, s'est interrogé sur le “ retour du gnosticisme ”. Il en repère des “ variations ” notamment dans la théologie et l'exégèse de Bultmann, dans la psychologie de Jung et dans une inclination du “ christianisme moderne ”, fait d'excès de “ spiritualisme et d'individualisme ”. La sécularisation acceptée et la réduction de la foi à la sphère privée tout comme l' “ expérience de libération personnelle ” comme fin de la vie religieuse, ne sont-elles pas les effets d'une “tentation gnostique” ?

Encore une fois, la gnose dont il est question ici est celle du salut par la connaissance et non, comme chez Couvert, d'un système complet d'erreurs, reproductible à l'infini de génération en génération, auquel il faudrait rattacher toutes les doctrines et systèmes non-catholiques.

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NOTE

[1] Les lecteurs d'Alétheia qui lisent le quotidien Présent auront retrouvé, avec profit et émotion, un bel article qui leur était déjà connu. Les autres, les plus nombreux je crois, en France et à l'étranger, auront peut-être envie de lire dans le texte les articles, jamais anodins, de Jean Madiran. Signalons à ceux-là qu'un abonnement “ Présent de Noël ” est proposé ces mois-ci par le quotidien catholique: 85 euros pour trois mois (Présent, 5 rue d'Amboise, 75002 Paris, tél. : 01.42.97.51.30).