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5 novembre 2011

[Jean Madiran - Présent] “La Croix” est en guerre contre « les intégristes »

SOURCE - Jean Madiran - Présent - 5 novembre 2011

La sale guerre que La Croix mène contre « les intégristes », en y entraînant ses lecteurs laïques ou épiscopaux, a explosé à l’occasion de la dernière « création de l’art contemporain », la création excrémentielle de Romeo Castelluci qu’elle désigne comme étant simplement « une pièce de théâtre jugée blasphématoire par les intégristes ».

Pour disqualifier les jeunes catholiques qui ont manifesté à l’extérieur ou à l’intérieur du théâtre excrémentiel, La Croix a construit un réquisitoire tellement universel qu’il n’y manque guère que le soleil et la lune. Elle y rassemble et elle y mêle Maurras, l’hostilité (coupable) à la Révolution française (de 1789), l’épiscopat de 1960 mettant « fermement en garde » contre Jean Ousset « dont l’influence est [à cette époque] grande dans l’armée, notamment en Algérie », et qui, l’abominable, aurait « justifié la torture au nom de saint Thomas d’Aquin » ; et puis le « schisme » de 1988, et aussi Jacques Trémolet de Villers « avocat de Touvier », et bien sûr Mgr Lefebvre. Quel rapport avec les manifestations contre l’excrémentiel ? Eh bien, tout cela en bloc, justement, ce sont les ignobles, ce sont « les intégristes ».

Quoi qu’il se passe du côté de ces catholiques qui déplaisent tant à La Croix, invariablement ce sont « les intégristes » qui sont mis en cause, accusés d’une culpabilité collective non précisée, il suffit qu’ils soient « les intégristes », tout est dit, on répète « les intégristes » ici, « les intégristes » là, et encore « les intégristes », et toujours globalement « les intégristes » : comme si les rédacteurs de La Croix, et principalement Nicolas Senèze et subsidiairement Bruno Bouvet, étaient appréciés au nombre de fois où dans un article ils arriveraient à placer « les intégristes », – et comme s’ils ignoraient qu’« intégriste » est à l’origine un sobriquet caricatural et méchant, devenu une injure, une perfidie, dénoncées et démontrées comme telles depuis des années et des années.

Pour enfoncer dans le déshonneur les jeunes catholiques manifestant contre la croissance d’un christianophobie ignorante, artificielle et persécutrice, La Croix accuse donc Jean Ousset, cinquante et un ans après coup, d’avoir « justifié la torture au nom de saint Thomas d’Aquin ». C’est (involontairement ?) une calomnie, et peut-être quelque Guillebon va croire que c’est vrai, mais de toute façon les jeunes catholiques en question sont nés vingt ans, trente ans, trente-cinq ans plus tard. Pour les discréditer, le réquisitoire leur attribue d’avoir, « un temps », subi la présidence de « Jacques Trémolet de Villers, avocat de Touvier ». Là non plus, il n’y a aucun rapport entre le procès Touvier et la « création » de Romeo Castelluci. Mais il convient d’arrêter son attention sur la persistance de ce trait typique de la dialectique communiste. Si l’on y réfléchit au lieu de le répéter mécaniquement, on s’aperçoit qu’incriminer le fait d’avoir été l’« avocat de Touvier », cela suppose qu’être l’avocat de Touvier est en soi répréhensible, et donc que personne ne devrait accepter de l’être ; par suite, cela implique forcément que Touvier aurait dû être jugé sans avoir d’avocat. C’est faire, éventuellement sans le savoir, du marxisme-léninisme authentique, version stalinienne. Mais peut-être Touvier était-il un « intégriste » ?

Madame Dominique Quinio, qui dirige la rédaction de La Croix, se dit attristée de recevoir des lettres d’insultes aberrantes et grossières. C’est le sort ordinaire de tout journaliste. Mais si elle s’attarde à en présenter publiquement un « florilège », c’est pour se désoler qu’on ne lui ait pas opposé, dans cette affaire, « des textes argumentés, des critiques affûtées ». Triste procédé de sa part, regrettable contre-vérité. Elle n’aurait donc jamais lu Jeanne Smits ?

Madame Quinio souhaite être « en dialogue avec ceux qui pensent ou croient autrement ». Tiens donc. Je ne crois pas qu’on ait jamais vu La Croix dialoguer avec « les intégristes ». Mais bien sûr, c’est sans doute leur faute : « les intégristes », tels qu’en font le portrait les réquisitoires de La Croix, sont des gens qui ne pensent pas et qui ne croient rien. Oui, véritablement, La Croix leur fait une sale guerre. 

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 7469 du Samedi 5 novembre 2011