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11 novembre 2019

[Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Les mots du Pape François

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) n°83 - septembre 2019

Le 10 septembre 2019, le Pape François a donné une conférence de presse dans l’avion, lors de son retour de Madagascar. Le texte en est paru dans La Croix (digitale) du 19 septembre 2019, traduit de l’Osservatore romano du 12 septembre 2019. Voici l’extrait le plus intéressant. 
Jason Drew Horowitz, du quotidien américain The New York Times : « Il y a de fortes critiques de la part de certains évêques et cardinaux, il y a des télévisions catholiques et des sites internet américains très critiques, et certains de vos plus proches alliés ont même parlé d’un complot contre vous, certains de vos alliés dans la curie italienne. Y a-t-il quelque chose que ces critiques ne comprennent pas dans votre pontificat ? Y a-t-il quelque chose que les critiques des États-Unis vous ont appris ? Une autre chose, avez-vous peur d’un schisme dans l’Église américaine ? Et si oui, y a-t-il quelque chose que vous pourriez entreprendre – un dialogue – pour aider, pour l’éviter ? ».
Pape François : Tout d’abord les critiques aident toujours, toujours. Quand quelqu’un reçoit une critique, il doit immédiatement faire une autocritique et dire : est-ce vrai ou n’est-ce pas vrai ? jusqu’à quel point ? Je tire toujours des avantages des critiques, toujours. Parfois elles te mettent en colère, mais les avantages existent. Pendant le voyage d’aller à Maputo est venu… – c’est toi qui m’a donné le livre ? – l’un d’entre vous m’a donné ce livre en français… « L’Église américaine attaque le Pape », non, « Le Pape sous attaque des Américains » [quelqu’un dit : « Comment l’Amérique veut changer de Pape »]… Voilà, c’est ce livre. Vous m’en avez donné une copie. J’avais entendu parler de ce livre, mais je ne l’avais pas lu. Les critiques ne viennent pas seulement des Américains, mais d’un peu partout, même de la Curie. Au moins, ceux qui les disent ont le mérite de l’honnêteté. Cela me plaît. Je n’aime pas quand les critiques sont faites dans le dos, quand on te fait un grand sourire et ensuite qu’on te poignarde dans le dos. Ce n’est pas loyal, ce n’est pas humain. La critique est un élément de construction, et si ta critique n’est pas juste, tu es prêt à recevoir la réponse et à entamer un dialogue, une discussion, pour arriver à quelque chose de positif. C’est la dynamique de la vraie critique. En revanche, la critique des « pilules d’arsenic » dont nous parlions, dans cet article que j’ai donné au père Rueda, c’est un peu comme jeter la pierre et ensuite cacher la main. En revanche, une critique loyale : « Je pense ceci, ceci et cela », et qui est ouverte à la réponse, construit, aide. Dans le cas du Pape : « Cette chose du Pape ne me plaît pas », je lui fais la critique, j’attends la réponse, je vais le voir, je parle, je fais un article et je lui demande de répondre, c’est loyal, c’est aimer l’Église. Faire une critique sans vouloir entendre la réponse et sans entamer de dialogue signifie ne pas aimer l’Église, c’est poursuivre une idée fixe : changer le Pape ou faire un schisme, je ne sais pas. C’est clair : une critique loyale est toujours bien acceptée, tout au moins par moi.
         
Deuxièmement, le problème du schisme : dans l’Église il y a eu de nombreux schismes. Après Vatican I, le dernier vote, celui de l’infaillibilité, un grand groupe est parti, s’est détaché de l’Église et a fondé les Vieux-Catholiques pour être vraiment « honnêtes » avec la tradition de l’Église. Ensuite, ils ont eu un développement différent et, à présent, ils ordonnent les femmes ; mais à ce moment-là ils étaient rigides, ils suivaient une certaine orthodoxie et pensaient que le Concile s’était trompé. Un autre groupe est parti sans voter, sans rien dire, mais ils n’ont pas voulu voter… Vatican II a produit ces choses-là, peut-être que la séparation la plus connue est celle de Lefebvre. Il existe toujours l’option schismatique dans l’Église, toujours. C’est l’une des options que le Seigneur laisse toujours à la liberté humaine. Je n’ai pas peur des schismes, je prie pour qu’il n’y en ait pas, car la santé spirituelle de beaucoup de personnes est en jeu. Qu’il y ait un dialogue, qu’il y ait la correction s’il y a une erreur, mais le chemin du schisme n’est pas chrétien. Pensons au début de l’Église, à la manière dont elle a commencé avec de nombreux schismes, l’un après l’autre, il suffit de lire l’histoire de l’Église : ariens, gnostiques, monophysites…
         
Il me vient à l’esprit une anecdote que j’ai racontée plusieurs fois. C’est le peuple de Dieu qui a sauvé des schismes. Les schismatiques ont toujours une chose en commun : ils se détachent du peuple, de la foi du peuple de Dieu. Lors du Concile d’Éphèse, quand il y a eu la discussion sur la maternité divine de Marie, le peuple – cela est historique – se trouvait à l’entrée de la cathédrale quand les évêques entraient pour tenir le concile, ils étaient là avec des bâtons, ils faisaient voir les bâtons et criaient : « Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! », comme pour dire : si vous ne faites pas cela, ils vous attendent… Le peuple de Dieu arrange toujours les choses et aide. Un schisme est toujours un détachement élitiste provoqué par l’idéologie détachée de la doctrine. C’est une idéologie, peutêtre juste, mais qui entre dans la doctrine et la détache et devient « doctrine » pendant un certain temps. C’est pourquoi je prie pour qu’il n’y ait pas de schismes, mais je n’ai pas peur.
          
Que faire pour aider ?… Ce que je dis à présent : ne pas avoir peur… ; je réponds aux critiques, je fais tout cela. Peut-être que s’il vient à l’esprit de quelqu’un une chose que je dois faire, je la ferai, pour aider… Mais c’est l’un des résultats de Vatican II, pas de ce Pape ou d’un autre Pape… Par exemple, les choses sociales que je dis sont les mêmes que celles dites par Jean-Paul II. Les mêmes. Je le copie. Mais on dit : « Le Pape est trop communiste… ». Des idéologies entrent dans la doctrine, et quand la doctrine glisse dans les idéologies, là se trouve la possibilité d’un schisme. Et il y a aussi l’idéologie behavioriste, c’est-à-dire le primat d’une morale aseptisée sur la morale du peuple de Dieu. Les pasteurs doivent conduire le troupeau entre la grâce et le péché, parce que la morale évangélique est celle-ci. En revanche, la morale d’une idéologie pélagienne, pour ainsi dire, te conduit à la rigidité, et aujourd’hui nous avons de nombreuses écoles de rigidité au sein de l’Église, qui ne sont pas des schismes, mais qui sont des voies chrétiennes pseudo-schismatiques, qui finiront mal. Quand vous voyez des chrétiens, des évêques, des prêtres rigides, derrière cette attitude il y a des problèmes, il n’y a pas la sainteté de l’Évangile. C’est pourquoi nous devons être doux avec les personnes qui sont tentées de provoquer ces attaques, elles traversent un problème, nous devons les accompagner avec douceur. Merci.